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22 février 2016 1 22 /02 /février /2016 06:36

La France et les Français sont tout de même dans un drôle d’état. Le Parisien TV rapporte l’initiative d’un restaurateur de Rueil-Malmaison :

 

Depuis mardi, un restaurateur interdit à tous les banquiers de venir manger dans son établissement. Sur une ardoise, exposée à l’entrée de ce restaurant, la consigne est claire et sans détour : « Chiens acceptés, banquiers interdits ».

 

« Ce n’est pas une blague. Aucun banquier ne passera cette porte », prévient le patron des lieux. Parce qu’il s’est vu refuser à plusieurs reprises un crédit qui lui aurait permis d’ouvrir un deuxième établissement, Alexandre Callet, gérant des « Écuries de Richelieu » a saisi sa plus belle craie. « A moins que l’un d’entre eux ne vienne avec un chèque de 70.000 euros, assure-t-il, je refuse de les servir ».

 
Revue de Presse (157)

 

 

Selon BFMTV, les parlementaires français doivent jouer les James Bond pour avoir accès à la documentation concernant le TAFTA (Traité transatlantique).

 

Le député Jean-Frédéric Poisson a dénoncé à l’Assemblée nationale le manque de transparence qui entoure les négociations du traité de libre-échange transatlantique. Pour consulter les compte rendus des négociations, il faut se rendre « dans un de services du Premier ministre dans une salle fermée, escorté par un fonctionnaire de Matignon qui sert de surveillant, en prenant soin déposer son téléphone portable pour ne pas s’en servir en consultant les documents ».

Il a également fait état de « sanctions pénales à la clef pour tout parlementaire qui divulguerait des informations qu’il a recueillis en consultant ces documents ».

 

 

Politis a rendu hommage à Thérèse Clerc, récemment disparue :

 

Femme de toutes les luttes, Thérèse Clerc s’est éteinte mardi 16 février, à l'âge de quatre-vingt huit ans. Nourrie par ses combats féministes, de l’avortement à la parité, la militante fait partie de cette première génération de femmes qui s'engagent, éprises de liberté et d'indépendance. C'est à ce titre qu'elle fonde la Maison des Femmes de Montreuil, ouverte aux victimes de violence de tous âges. En 2013, après une quinzaine d'années de lutte, Thérèse Clerc réussit à créer La Maison des Babayagas : une résidence ouverte sur la ville et la connaissance, qui accueille des retraitées à faibles revenus, attachées à leur autonomie. Une « utopie réaliste », selon ses dires.

 

 

A noter que Politis a publié une lettre ouverte adressée le 19 janvier à la ministre de la Justice, Christiane Taubira, par la Ligue des Droits de l’Homme, la CGT et l’Association France Palestine Solidarité :

 

Madame la ministre,

 

Depuis maintenant plus de trois ans, nous vous alertons au sujet des circulaires Alliot-Marie et Mercier invitant les procureurs à engager des poursuites contre les militants de la campagne internationale BDS appelant au boycott, au désinvestissement et aux sanctions à l’égard d’Israël.

 

Le moment dramatique que nous vivons après les monstrueux attentats de Paris ne rend que plus nécessaire la suppression de cette circulaire. Il est impératif, si l’on veut s’opposer de façon crédible par tous à toutes les formes de racisme et singulièrement à l’antisémitisme, de marquer que la critique de la politique d’un État ne saurait être confondue avec la mise en cause d’une population. Ne pas oser le faire ne pourrait que renforcer une fracture et une incompréhension graves dans toute une partie de la population et de notre jeunesse alimentant les fantasmes antisémites que nous combattons.

 

 

Dans Res Publica, Evariste nous interpelle sur la « néolibéralisation » de l’école :

 

Que dire d’une société qui distribue davantage d’argent par élève à l’école privée confessionnelle qu’à l’école publique, alors que seule cette dernière peut prétendre devenir l’école de la république sociale ?

 

Que dire d’une « réforme des rythmes scolaires » dont le résultat est le remplacement fréquent d’enseignants par des animateurs qui ne sont pas tous titulaires du BAFA et la fin de la gratuité des activités dans 40 % des cas ?

 

Que dire de la confection de nouveaux programmes d’enseignement dont le but est d’empêcher le développement d’un esprit critique ?

 

Que dire d’une école qui a supprimé à la fin du siècle dernier la liberté pédagogique des enseignants chargés de transmettre les connaissances, en leur imposant un pédagogisme visant à formater la jeunesse ?

 

Que dire aujourd’hui du développement par le « mouvement réformateur néolibéral » d’une « école des compétences » définie par le patronat, au lieu d’être un lieu de construction du futur citoyen émancipé des pouvoirs constitués et capable d’esprit critique argumenté ?

 

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15 février 2016 1 15 /02 /février /2016 06:06

Dans l’Humanité, Pierre Khalfa se demande si la Cour des comptes n’est pas devenue l’organe officiel de l’ordre libéral :

 

En aucun cas, la Cour ne peut prescrire des politiques publiques, qui relèvent du seul débat démocratique et de la décision politique.

 

Or, depuis quelques années, la Cour tend à outrepasser son rôle, évolution qui s’est encore aggravée depuis la nomination de Didier Migaud à sa tête, et les rapports se multiplient qui promeuvent une orientation politique ultralibérale. On y retrouve tous les poncifs concernant les dépenses publiques. Les recommandations, qui ressemblent comme deux gouttes d’eau aux plans d’ajustement structurel du FMI ou aux mémorandums de la troïka en Grèce, sont à l’avenant : réduction des dépenses d’intervention de l’État, baisse du nombre de fonctionnaires et de leurs salaires et ralentissement des déroulements de carrière, désindexation des retraites, des allocations chômage et de la plupart des prestations sociales par rapport à l’inflation, augmentation de la durée du travail.

 

La Cour des comptes est, de fait, devenue un organe faisant, sous le couvert de l’objectivité, l’apologie des politiques néolibérales. Avec des orientations présentées comme une évidence indiscutable, la Cour participe ainsi à la crise démocratique actuelle, dont l’une des racines est l’exclusion du débat public et de la décision citoyenne de tout ce qui relève des politiques économiques et sociales.

 

 

Dans Le Grand Soir, Vanessa Codaccioni, maître de conférences à Paris VIII, explique pourquoi « L’antiterrorisme est l’héritier direct de la justice politique d’exception » :

 

Il y a une tradition en France de contourner ou d’utiliser politiquement la justice. Dans l’histoire de l’antiterrorisme, le pouvoir exécutif a toujours eu tendance à contourner l’autorité judiciaire pour donner plus de pouvoirs aux agents qui travaillent avant le procès. Ce qui compte, c’est l’enquête, la surveillance, le fichage, tout ce qui constitue l’avant-crime.

 

L’antiterrorisme est l’héritier direct de la justice politique, qui visait les ennemis intérieurs. Officiellement, la justice politique n’existe plus en France depuis 1981, lorsqu’on a cessé, juridiquement, de considérer qu’il existait des crimes politiques. Mais, en réalité, elle n’a jamais cessé. De multiples dispositions antiterroristes sont réutilisées contre des militants radicaux. Par exemple, l’association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste, créée pour soi-disant empêcher les réseaux d’acheminement au djihad au milieu des années 1990, a été réutilisée contre les activistes de Tarnac.

Revue de presse (156)

 

Pour Bernard Cassen (sur le site des Mémoire des luttes), l’Europe est une terre d’immigration. Il faut en tirer toutes les conclusions :

 

Dans la mesure où toutes les hypothétiques mesures de redistribution des richesses à l’échelle du globe prendront du temps, l’Europe va devoir accueillir des millions de nouveaux immigrants dans les années à venir. Cela va lui poser des problèmes de tous ordres, dont le plus aigu sera l’intégration de personnes aux cultures très différentes de celles du Vieux Continent, en premier lieu dans les rapports hommes-femmes et dans le statut de la religion. C’est un immense défi, et les événements, aux conséquences dévastatrices pour l’accueil des migrants, de la nuit de la Saint Sylvestre à Cologne – plus de 800 plaintes déposées par des Allemandes pour agressions sexuelles de masse commises par de jeunes étrangers, résidents ou réfugiés présumés musulmans – montrent qu’il est urgent de s’y préparer.

 

Paris Match nous apprend que leurs altesses royales le prince Guillaume et sa femme Catherine aiment à se retrouver dans l’Est-Anglie, avec leurs semblables :

 

Le nord du Norfolk n’est pas un trou perdu pour le premier gueux de passage. C’est l’image de l’Angleterre éternelle, celle où un seigneur, lord Leicester, peut détenir depuis des générations autant d’hectares de terres que la Reine. Ce cercle, qui mélange aristocrates, gens bien nés, fortunés, éduqués dans les meilleurs pensionnats du pays, a un surnom dans le Norfolk : les « Turnip Toffs », difficilement traduisible. Les amis de Kate et William en font tous partie. 

 

[Je précise « Turnip Toffs » peut se traduire par « Snobinards à la tête de navet ». Dans cette région très agricole de l’Angleterre, les navets poussent à profusion. On appelle turnip quelqu’un d’un peu bas du chapeau, un aristo un peu consanguin, par exemple].

 

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11 février 2016 4 11 /02 /février /2016 06:41

Un menu proposé par un restaurant parisien pendant la Commune de Paris. La Commune fit environ 7 000 morts du côté des insurgés, dont 1 400 fusillés.

 

Gustave Flaubert écrivit à George Sand : « La seule chose, j'en reviens toujours là, c'est un gouvernement de mandarins. Le peuple est un éternel mineur. Je hais la démocratie. » « Le premier remède serait d'en finir avec le suffrage universel, la honte de l'esprit humain. Dans une entreprise industrielle (société anonyme), chaque actionnaire vote en raison de son apport. Il en devrait être ainsi dans le gouvernement d'une nation. » « L'instruction obligatoire et gratuite n'y fera rien qu'augmenter le nombre des imbéciles. Le plus pressé est d'instruire les riches qui, en somme, sont les plus forts. »

 

Sand lui répondit : « Cette Commune est une crise de vomissements, les saturnales de la folie. »

 

Pour sa part, Victor Hugo écrivit : « Qu'un vaincu de Paris, qu'un homme de la réunion dite Commune, que Paris a fort peu élue et que, pour ma part, je n'ai jamais approuvée, qu'un de ces hommes, fût-il mon ennemi personnel, surtout s'il est mon ennemi personnel, frappe à ma porte, j'ouvre. Il est dans ma maison. Il est inviolable. »

A table ! (8)

Dessin publié par L'Assiette au beurre ("Amène toi, tu vas en choper une indigestion"). Un dessin similaire de L'Assiette au beurre, que je n'ai pas retrouvé, représentait les même titis parisiens dans la même situation, répondant à un adulte qui leur demandait ce qu'ils faisaient là : "On est venus voir manger le député".

 

 

 

Café Voisin, G. Braquenas

HORS D'ŒUVRE


Beurre - Radis - Tête d'âne farcie - Sardines

POTAGES


Purée de haricots rouges aux croûtons
Consommé d'éléphant

ENTREES


Goujons frits - Le chameau rôti à l'Anglaise
Le civet de Kangourou
Côtes d'ours rôties sauce poivrade

ROTS


Cuissot de loup, sauce chevreuil
Le chat flanqué de rats
Salade de cresson
La terrine d'antilope aux truffes
Cèpes à la bordelaise
Petits pois au beurre

ENTREMETS


Gâteau de riz aux confitures

DESSERT


Fromage de gruyère

VINS
 PREMIER SERVICE DEUXIEME SERVICE


Xérès Mouton Rotschild 1846


Latour Blanche 1861

Romanée Conti 1858

Ch. Palmer 1864

Bellenger frappé
 Grand porto 1827

Café et liqueurs

 

 

 

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8 février 2016 1 08 /02 /février /2016 06:18

L’incontournable Théophraste R., du Grand Soir, nous parle de nouveau de Béziers. Robert Ménard, maire de Béziers vient de conseiller Marine Le Pen sur l’avenir du FN : pour élargir « le spectre électoral », briser « le plafond de verre », il faut que le parti change de nom et de programme et qu’elle en quitte la présidence.

 

Bref, comme Ménard se faisant élire en clamant « Je ne suis pas FN », il faut enfumer l’électeur.

 

La victoire acquise, il sera temps de jeter le masque, d’interdire de battre les tapis et d’étendre le linge aux fenêtres, de s’en prendre aux Kebabs, de christianiser les édifices publics, d’imposer une messe à tous à l’ouverture de la féria, d’affubler d’uniformes les écoliers, de recenser les non-catholiques, d’armer des policiers non formés, de chasser le Sarazin abrité dans une HLM vide, de créer des milices qui iront quatre par quatre dans les rues de la ville, rotant leur bière et comparant leurs tatouages et leur poing américain, faisant baisser la tête aux citoyens blancs-blancos-whites, provoquant les Noirs et les bronzés et tripotant en riant leurs femelles qui passent à leur portée (« Bien fermes, ces salopes »).

 

Le fascisme, s’il arrive parfois au pouvoir par la voie des urnes, n’accepte jamais d’en partir autrement que par celle des armes. D’où l’utilité pour lui de créer des clans bien tranchés en vue de la guerre civile.

 

 

Chez ceux qui ont trouvé une vraie cause à défendre, L’Obs nous explique pourquoi il ne faut pas se fier aux applis qui comptent les pas :

 

Bracelets et montres connectés, appli de fitness sur smartphones, quantified self... Les technologies destinées à mesurer son activité physique se multiplient. Objectif ultime et communément partagé de ce “ sport du quotidien ” sous contrôle : effectuer 10.000 pas par jour. Sauf que l'ensemble n'est pas fiable. Une étude de l'Université de Toronto, repérée par le site Numerama, pointe que les applications de podomètre des smartphones présentent “ un pourcentage d'erreur inadmissible ”. Concrètement, les chercheurs ont fait marcher leurs cobayes avec les téléphones et avec un podomètre traditionnel, avant de comparer les résultats.

 

Résultat : les appli présentent un écart moyen de 5% avec la réalité. Mais dans le détail, c'est beaucoup plus ! Les appli Moves et Accupedo ne comptabilisent pas 30% et 25% des pas. A l'inverse, l'appli Runtastic compte 10% de pas supplémentaires.

 

 

 

 

 

Marianne.fr raconte comment les époux Pécresse ont fait « péter la bière » pour célébrer la mort d’Alstom :

 

Rien de mieux qu'une énorme fête pour célébrer le bilan du PDG d'Alstom, Patrick Kron, parti avec une retraite chapeau de 10 millions d'euros et un plan massif de licenciements à son actif. Mais aussi à l'actif de son bras droit, Jérôme Pécresse, qui était bien sûr de la partie. Il était accompagné pour l'occasion de sa femme, Valérie Pécresse, qui dirige pourtant la région Île de France, la plus touchée par les suppressions d'emplois. Mais qu'importe, champagne s'il vous plaît. Monsieur Pécresse, l'un des sept membres du comité exécutif du groupe, a mis à la porte des centaines d’effectifs franciliens d’Alstom que  son épouse accueillera dans les agences Pôle emploi d’Île-de-France.

 

Un article du Monde nous amène à penser que les dettes publiques, les trous publics comme celui de la Sécu, sont choses bien relatives :

 

Comme de nombreuses autres collectivités, Romans-sur-Isère (Drôme) fait partie de ces villes piégées par des emprunts structurés à risque – dits « emprunts toxiques » – contractés dans les années 2000. Depuis lundi 1er février, après l’adoption d’une délibération votée en conseil municipal, elle est devenue la première collectivité à sortir de ces prêts toxiques tout en se désendettant. Une première rendue possible grâce à une disposition introduite dans la loi de finances pour 2016, complétée par un décret du gouvernement, publié le 29 décembre 2015, modifiant la méthode de calcul des ratios financiers pour les collectivités territoriales bénéficiant du fonds de soutien. En gros, celui-ci permet de défalquer l’aide du fonds de soutien de la dette par habitant.

 

Majax n’aurait pas fait mieux…

 

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6 février 2016 6 06 /02 /février /2016 06:56

Depuis 1990, la réforme de l’orthographe, approuvée par l’Académie française, dont l’inénarrable et réac Maurice Druon, n’est jamais passée dans les mœurs (les meurs ?) Une langue n’évolue pas à coups de décrets mais par l’usage. Le jour où 100% de Français diront « après qu’il soit venu » au lieu de « après qu’il est venu », on instaurera – pourquoi pas ? – une nouvelle règle. Le subjonctif tombera peut-être en désuétude et la langue sera officiellement un peu moins précise. Faudra que ça va !

 

Si tant d’étrangers cultivés souhaitent connaître le français dans toutes ses nuances, c’est parce que c’est une vieille langue qui repose sur un socle très solide, le latin (que l'on n'enseigne quasiment plus aujourd'hui, sauf par bribes), et qu'elle a beaucoup évolué en s’enrichissant de nombreux apports. Il en va du français comme de toutes les langues : la langue, c’est l’histoire. L’histoire de la langue, c’est la langue de l’histoire.

 

Comme toutes les langues, le français est difficile. Elle n’a pas de déclinaisons comme l’allemand, mais elle a, par exemple, un subjonctif très pénible à manier. Imaginons un jeune Anglais devant la difficulté à terminer – en respectant la consordance des temps – la phrase suivante : « J’aurais voulu que tu [coudre] », alors que dans sa langue, « coudre » sera rendu tout bêtement par l’infinitif. En revanche, le petit Français aura des problèmes avec les temps du passé en anglais – les fameux « for, since, ago » de mon enfance, alors que, justement, ces temps sont globalement plus logiques en anglais qu’en français. Autre étrangeté : la première fois qu’un Anglais (ou un Turc) rencontre la phrase banale « Je reviens » alors que le locuteur exprime un processus futur et qu’il n’est même pas parti, sa réaction première est de se demander si les compatriotes de Descartes ne sont pas un peu fous. Et je ne parle pas, car c'est une broutille, d'« événement » qui se prononce «évènement ». Simplement, semble-t-il, parce que le mot vient du latin evenire, qu'il est arrivé dans la langue trois siècles après « avènement », dont il a dû (du ?) se singulariser, mais que, par paresse, on a fini par prononcer comme on ne l'écrit pas.

 

Hé bien, justement, c’est ça le génie de la langue. 999 fois sur 1 000, les bizarreries, les difficultés sont justifiées et elles ont, de toute façon, une origine historique. Le 1 sur 1 000, c’est « chariot-charrette ». Et alors ? Se coltiner à cette petite difficulté, c'est la poilade (poilâde ?), non ? Surtout quand on apprend les mots en situation, dans un contexte soit ludique soit utilitaire, soit les deux.

 

Du temps où j’étais encore en exercice, un étudiant me demanda pourquoi en français « hommage » prenait deux m alors qu’il n’en prend qu’un en anglais. Aujourd’hui, j’aurais d’abord marqué mon étonnement que les féministes politiquement correct.e.s, ceux.elles qui exigent des barbarismes du style « auteure » ou « tou.s.tes les militan.s.tes » (mais qu’on n’a pas vraiment entendu.e.s à l’occasion des agressions sexuelles en Allemagne) n’aient pas encore exigé de remplacer « mes hommages » par mes « femmages ». A l’époque, j’avais tout simplement expliqué qu’« hommage » venait d’« homme », que, le suffixe « age » désignant une action, l’hommage était le fait de devenir l’homme d’un suzerain. Et j’avais ajouté qu’en anglais, « homage » venait du vieux français « omage », lui-même descendant du latin « homo », sans h aspiré. Il n’est pas rare que, dans la langue anglaise, l’orthographe d’un mot, ou le mot lui-même, soit plus proche du vieux français ou du latin que du français moderne. Dans l'anglais « pineapple » (en français « ananas » qui vient de la langue guarani), « pine » a pour origine le vieil anglais pin, qui vient du latin pinus signifiant un pin. C’est comme ça. De même, les Britanniques ont préféré umbrella, du latin umbrella et de l'italien ombrello, à parapluie. Ce n’est pas aussi important que les causes et les conséquences de la bataille de Lépante, mais tout de même…

 

De cette histoire, de notre histoire, les sociauxlibéraux se contre-fichent (contrefichent ?) comme de leur première liquette.

 

Ce sont en effet des spécialistes de la « réforme » (à l'usage, le mot « réforme » va disparaître du dictionnaire : il ne restera plus que « contreréforme »), comme quand ils s’attaquent au Code du travail ou aux allocations chômage. Un nénuphar va donc (re)devenir un nénufar. Qu’en sera-t-il du far breton que l’on déguste au pied du fare de Brest ? C’est d’autant plus urgent que nenufar vient de l’arabe et que la désinence ph est grecque. Faisons vite disparaître (disparaitre ?) ces oripeaux (du latin aurera (« d’or ») et pellis (« peau ») de la culture. Les sociauxlibéraux n’ont apparemment pas touché aux Nymphéas de Monet. Petits bras !

 

Ce qui me choque le plus, c’est la disparition des accents circonflexes. Avec quelques exceptions. On dira toujours : « Après le jeûne », il s’est tapé un.e jeune ». Le « il » en question n’aura donc eu qu’un.e seul.e partenaire sexuel.le et pas deux. L’accent circonflexe est un marqueur historique du français. Quand on écrit, il ne faut pas l’oublier en route. Il est assurément aussi difficile à bien placer que de retenir les dates de l’histoire de France. Je rejoins la plainte de Martine Billard (en corrigeant gentiment deux fautes qu’elle a commises en écrivant « ethymologie », mais ça arrive à tout le monde) : « L'accent de cime est tombé dans l'abîme ; l'étymologie dit toute l'histoire d'une langue et d'un pays. » Et j’apprécie l’humour de Christophe Robin :

 

Adam n'a plus la cote ; il est moins sûr, Eve.

Adam n'a plus la côte ; il est moins sur Eve.

 

 

 

 

Aidons-nous de Wikipedia :

 

L’accent circonflexe, du latin circumflexus, « fléchi autour » est un diacritique [signe qui modifie le son d’une lettre ou d’un graphème] de l’alphabet latin hérité de l’accent circonflexe grec. Cette moustache, qui nous vient de loin, combine un accent aigu et un accent grave. Il est apparu dans le français du XVIe siècle. En 1560, l’imprimeur de Saint-Avertin Plantin systématisa son usage pour remplacer la lettre s que l’on trouve dans teste ou dans hospital. On trouve une survivance de ce s dans de nombreux mots : hospitalier, festoyer, forestier (mais pas testicule). L’ajout d’un accent circonflexe modifie la prononciation : « jeûne » ne se prononce pas comme « jeune ». Hein, les djeuns ?

 

Moins de la moitié des Français maîtrisent (maitrisent ?) correctement les règles de l’ortograf. On peut s’attendre à un joyeux bordel lorsque l’ortograf « réformée » et l’ancienne cohabiteront. Les enseignants auront deux fois plus de travail, mais ils ont l’habitude. Comme quand ils devront expliquer que « fantôme » a donné « fantomatique », mais peut aussi s’écrire « fantome ». Ce sera simple car cette étrangeté n'est en rien exceptionnelle : elle est le résultat d'une logique implacable, le produit d'une alternance vocalique consécutive au déplacement de l'accent tonique dans l'adjectif ([fan-tô-m'], [fɑ̃tomatik]).

 

Dans ce domaine, comme dans d’autres (voir la manière dont il a gracié Madame Sauvage sans la gracier tout en la graciant), Hollande est infoutu (c’est français, ça ?) de prendre une vraie décision. Tant qu’il sera mentalement coincé entre papa et maman, il en sera ainsi.

 

 

Mais l’important est que la gauche socialelibérale, la gauche « américaine », comme disait Chevènement, veut nous couper de notre histoire (voir l’enseignement de plus en plus congru et tachiste de cette matière à l’école) parce qu’elle veut que notre pays ne soit plus une nation mais simplement un immense parking de supermarché aux ordres de la finance gouverné par des fonctionnaires anonymes “ européens ”.

 

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4 février 2016 4 04 /02 /février /2016 06:40

Dans son éditorial, Serge Halimi nous explique que les grandes puissances, démocraties comprises, tendent à être gouvernées par des hommes à poigne :

 

L’échange de compliments a surpris. Le 17 décembre dernier, le président russe Vladimir Poutine a marqué une préférence pour l’un des candidats de la primaire républicaine américaine, le milliardaire new-yorkais Donald Trump. Le qualifiant d’« homme brillant et plein de talent », il a fait de lui « le grand favori de la course présidentielle ». Loin de récuser un tel hommage, pourtant susceptible de lui nuire dans un parti où les néoconservateurs, nombreux, se demandent s’ils exècrent davantage la Russie ou l’Iran, M. Trump a réagi avec chaleur : M. Poutine « dirige vraiment son pays, c’est un leader énergique, ce qui le distingue beaucoup de ce que nous avons chez nous ». M. Trump a également promis que, s’il devenait président des Etats-Unis, il s’entendrait volontiers avec le dirigeant russe. La sympathie que se portent ces deux hommes à poigne est confortée par leur mépris commun pour l’actuel locataire de la Maison Blanche. M. Poutine « n’aime pas du tout Obama, se réjouit M. Trump, il ne le respecte pas. »

 

 

Pour Philippe Baqué, Alzheimer [« Vous connaissez le prénom d’Alzheimer ? Non. Ça commence comme ça »] est une maladie politique :

 

L’augmentation rapide du nombre de diagnostics de la maladie d’Alzheimer représente un défi inédit pour l’humanité. Misant sur un marché potentiel colossal, l’industrie pharmaceutique recherche frénétiquement – et jusqu’ici sans succès – un médicament ou un vaccin miracle. L’intérêt des personnes malades et de leurs proches invite cependant à repenser les politiques publiques et l’approche thérapeutique d’une affection encore bien mal connue.

 

 

Pour Anne-Cécile Robert, les grands médias nouent jouent la stratégie de l’émotion :

 

Des émissions de divertissement à l’actualité médiatique en passant par les discours politiques, le recours à l’émotion est devenu l’une des figures imposées de la vie publique. Si les émotions, positives ou négatives, enrichissent l’existence, cette forme d’expression peut poser de redoutables défis à la démocratie lorsqu’elle se fait envahissante et tend à remplacer l’analyse.

 

 

 

Le Monde Diplomatique (91)

Article très utile de Benoît Bréville sur ces millions d’Etasuniens qui vivent en mobile home (en maison mobile, comme on dit au Québec) :

 

Aux Etats-Unis, même les pauvres peuvent devenir propriétaires : il leur suffit d’acheter un mobile home, pour un prix qui dépasse à peine celui d’une voiture, puis de lui trouver un terrain. C’est alors que les difficultés commencent…

 

 

Article très utile de Maude Barlow et Raoul Marc Jennar sur le fléau de l’arbitrage international :

 

Jugé frauduleux, l’arbitrage dont avait bénéficié, en France, l’homme d’affaires Bernard Tapie jette le soupçon sur les mécanismes dérogatoires aux procédures judiciaires habituelles. Pourtant, à l’échelle du commerce international, ces mécanismes prévus par les accords de libre-échange – dont le futur grand marché transatlantique – s’imposent partout, au seul bénéfice des multinationales.

 

 

Qu’en est-il des CDR à Cuba (Marion Giraldou) :

 

Alors que La Havane sort lentement de son isolement tant diplomatique qu’économique, l’évolution du rôle et du fonctionnement des comités de défense de la révolution (CDR), longtemps consacrés à une forme de surveillance de la population, illustre la façon dont les Cubains s’adaptent à la nouvelle donne.

 

 

Pour Gérard Prunier, le Burundi est menacé par la pénurie :

 

En un an, la crise politique au Burundi a fait plusieurs centaines de morts et des dizaines de milliers de réfugiés. Fin janvier, les Nations unies détectaient les « signaux alarmants » d’un accroissement de la « dimension ethnique » du conflit. Au-delà de ce petit pays, sous l’effet de facteurs économiques et politiques enchevêtrés, c’est toute l’Afrique centrale qui pourrait s’embraser.

 

 

Gabriel Gorodetsky revient sur les origines du soutien soviétique à Israël :

 

Dans son journal, à la date du 3 février 1941, Ivan Maïsky, ambassadeur soviétique à Londres, relate une entrevue inattendue qui prépara la reconnaissance précoce de l’Etat d’Israël par l’URSS. Ses notes éclairent le revirement de Moscou, qui, après avoir soutenu la création d’une Palestine indépendante, se révéla en définitive plus opposé au mandat britannique qu’au sionisme.

 

 

Peut-on s’attendre à une nouvelle intervention en Libye (Patrick Haimzadeh ) :

 

Après la conclusion d’un accord entre Parlements rivaux, la mise en place d’un gouvernement d’union nationale ouvre la voie à une action militaire occidentale en Libye. Dirigée contre les forces de l’Organisation de l’Etat islamique, une nouvelle ingérence de forces étrangères risquerait d’aggraver les violences entre factions et de faire échouer le fragile dialogue inter-libyen.

 

 

Il fut un temps où les djihadistes étaient nos amis (Denis Souchon ) :

 

Pendant une période comprise entre la défaite cinglante des Etats-Unis en Indochine (avril-mai 1975) et les craquements en chaîne dans les pays européens satellites de l’Union soviétique (notamment en Pologne, où l’état d’urgence est proclamé en décembre 1981), les Etats-Unis et l’Europe occidentale imaginent – ou font croire – que Moscou a lancé une grande offensive mondiale. En Afrique, l’Angola et le Mozambique, nouvellement indépendants, semblent lui tendre les bras ; en Amérique centrale, des guérilleros marxistes font tomber une dictature proaméricaine au Nicaragua ; en Europe occidentale, un parti communiste prosoviétique oriente pendant quelques mois la politique du Portugal, membre fondateur de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord. L’invasion de l’Afghanistan par l’Armée rouge, en décembre 1979, semble marquer une fuite en avant de Moscou. Elle ouvre une nouvelle étape de la guerre froide entre les deux blocs. Le combat des moudjahidins (« combattants de la foi engagés dans le djihad ») afghans va apparaître comme providentiel pour contrer les ambitions hégémoniques prêtées à l’Union soviétique. Et, souvent, être célébré à la façon d’une épopée.

 

 

En Inde, des tribus sont courtisées par les nationalistes (lea Chakraverty ) :

 

Dans les montagnes du Nord-Est indien, en territoire tribal adi, les associations ultranationalistes hindoues s’intéressent de très près au mouvement religieux indigène Donyi-Polo. Un engouement tout sauf anodin à l’heure où l’Inde se bat contre ses démons identitaires.

 

 

Dans ce pays, on peut toujours être lynché au nom des vaches sacrées (Naïké Desquesnes ) :

 

Des centaines de chrétiens ont été menacés l’an dernier en Inde. Plusieurs musulmans soupçonnés d’avoir mangé de la vache ont été battus à mort.

 

 

Pour Bernard Cassen, David Cameron est pris à son propre piège du « Brexit » :

 

Soutien du patronat, appui embarrassé des travaillistes, concessions probables des partenaires européens : à la veille du référendum sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, tout devrait rassurer le premier ministre britannique, a priori opposé au « Brexit ». Le sentiment antieuropéen gagne pourtant en puissance, menaçant jusqu’au locataire du 10 Downing Street.

 

 

Susan Watkins se demande si le Parlement européen est une bonne solution au déficit de démocratie :

 

Interpellés sur son déficit démocratique, les partisans de l’Union européenne ont en général une réponse toute trouvée : le Parlement européen. Ils soulignent qu’à chaque extension des prérogatives de la Commission correspond une extension « compensatrice » des pouvoirs l’assemblée de Strasbourg dans le cadre de la « codécision ». Mais de quoi s’agit-il ? La codécision, ou procédure législative ordinaire, vise en fait à cimenter le consensus entre la Commission (seule habilitée à proposer des directives et des règlements européens), le Parlement (qui peut les amender) et enfin le Conseil de l’Union européenne (instance interétatique sans laquelle aucune décision ne peut être adoptée). Mais en réalité, et pour résumer à gros traits, le Parlement ne dispose que de deux options : soit proposer des amendements acceptables, soit se satisfaire de ce qu’on l’ignore.

 

 

Selon Julia Beurq, les Roms sont les laissés-pour-compte de la transition post-communiste :

 

Plus de vingt-cinq ans après la chute de Nicolae Ceausescu, la restitution des logements nationalisés s’éternise en Roumanie. Ayant choisi de rendre les biens plutôt que d’indemniser les propriétaires, les autorités expulsent les locataires, aux premiers rangs desquels figurent souvent des Roms.

 

 

Pour Floran Gautier, Le sport est la nouvelle vitrine du Kosovo :

 

Depuis qu’il a proclamé son indépendance, en 2008, le Kosovo tente de prouver sa viabilité et sa légitimité. Mais ce territoire enclavé, miné par la corruption et maintenu à flot grâce à une assistance extérieure, peine à obtenir une pleine reconnaissance internationale. Pour y parvenir, il a fait du sport sa principale arme.

 

 

Un rapprochement peut-être osé de Daniel Paris-Clavel : Suffragettes et jujitsu :

 

A l’aube du XXe siècle, le combat des suffragettes britanniques pour l’égalité civique coïncida avec l’introduction des arts martiaux japonais en Europe. L’histoire dépassant souvent la fiction, cette concomitance permit de bousculer — au sens propre — l’Etat patriarcal.

 

Frédéric Lordon analyse le film de François Ruffin Merci patron !

 

Comme on ne risque pas d’avoir les studios Universal sur le dos et qu’en réalité il ne s’agit pas tout à fait d’un film à suspense, on peut révéler l’intrigue de Merci patron !, de François Ruffin. C’est l’histoire de Serge et Jocelyne Klur, employés d’Ecce, filiale du groupe LVMH, plus exactement employés de son usine de Poix-du-Nord, jadis chargée de la confection des costumes Kenzo. « Jadis », car, mondialisation oblige, le groupe a cru bon d’en délocaliser toute la production en Pologne. Moyennant quoi les Klur ont été invités à se rendre employables ailleurs. Cependant, ils explorent méthodiquement la différence entre employables et employés. Depuis quatre ans. Evidemment, la fin de droits a été passée depuis belle lurette, on tourne à 400 euros par mois, la maison est fraîche – forcément, il n’y a plus de chauffage, et il a fallu se replier dans la seule pièce habitable. Au rayon des vertus tonifiantes, on compte aussi l’élimination de tout excès alimentaire et l’adoption de saines résolutions diététiques ; on peut même aller jusqu’à parler de rationnement – Noël avec une tartine de fromage blanc, les amis de la frugalité apprécieront.

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2 février 2016 2 02 /02 /février /2016 06:31

Robert Lombard, Marylin Pacouret (coord.). Israël-Palestine. Le conflit dans les manuels scolaires. Paris : Syllepses, 2014.

 

Une fidèle lectrice de mon blog a eu la gentillesse de me faire parvenir ce livre de 2014 (ohé, les autres, on dort ?).

 

Cela m’a rappelé que j’avais eu la chance de côtoyer un peu, à l’université de Vincennes il y a plus de quarante ans, Yves Lacoste, ce formidable géographe, auteur de l’assertion malheureusement définitive : « La géographie, ça sert d’abord à faire la guerre ».

 

En 2013, Le Monde Diplomatique publiait l’article “ Manuels scolaires, le soupçon ” où il exposait que « le manuel scolaire est devenu si central dans les salles de classe qu’on n’imagine plus s’instruire sans son aide. Initialement utilisé par les jeunes Etats-nations européens pour déterminer les savoirs légitimes, il ne se contente pas d’organiser des connaissances : il les trie, afin de s’adapter aux attentes du pouvoir, il reflète les présupposés des sociétés qui le produisent. » Analysant la problématique de la légitimation, le sémioticien Theo van Leeuwen expliquait que le discours « transforme la réalité en une version de cette réalité ». Cette version étant transmise aux enfants.

 

 

La guerre israélo-palestinienne se mène aussi dans les manuels scolaires. En France, les auteurs sont souvent victimes d’une double contrainte, le double bind du psychologue Gregory Bateson : il est difficile de critiquer la politique de l’Etat d’Israël sans être qualifié d’antisémite. Il n’en reste pas moins que, dans les manuels français, le point de vue “ naturel ” est celui de l’Occident.  Même lorsqu’est évoqué l’avant 1948. On peut ainsi lire dans un manuel Hachette que « Le refus du plan de partage de la Palestine par les Arabes, qui prennent les armes, entraîne des affrontements avec les Juifs, à la fin du mandat britannique. » Sans mentionner le fait que des agissements violents furent commis dès les années vingt par des milices sionistes.

 

La guerre de 1967, aurait permis aux Israéliens, toujours selon les manuels français, de « reprendre » Jérusalem. Le fait que la « réunification » de la ville ait été déclaré illégal par l’ONU n’est pas mentionné. Dans certains manuels, la ville sainte a même le statut de « capitale » de l’Etat hébreu (Hatier 2012, qui ne cartographie pas les territoires palestiniens). Les manuels français mettent l’accent sur le rôle valorisant de l’implantation (Belin n’emploie jamais le mot “ colonisation ”) d’Israël : « Les premiers Juifs mettent en valeur », « des fermes modèles sur le sol aride », « achat de terre et leur mises en valeur ». On cherche en vain des photos de la Cisjordanie prises après 1967, des images de la violence de la colonisation juive et des opérations militaires sur Gaza. On s’étonne que le problème de l’eau accaparée ne soit jamais posé alors qu’il est essentiel. Il n’est non plus jamais fait mention que, selon l’article 49 de la Convention de Genève, signée par Israël, il est « interdit à un pays d’implanter sa propre population sur un territoire occupé ».

 

Le nationalisme palestinien n’existe dans les manuels français que comme un surgeon du nationalisme arabe. Dont l’image est négative (voir le nationalisme panarabe de Nasser). Au nationalisme palestinien est systématiquement associé le mot « terrorisme » et jamais celui de « résistance ».

 

En tant qu’Etat ethnocratique, Israël (officiellement “ Etat juif ”) propose un récit national qui exclut tous les autres, y compris ceux proposés par des Israéliens eux-mêmes (on pense à l’historien Shlomo Sand pour qui le peuple juif fut « inventé »). Ce biais quasi totalitaire est poussé très loin. Pour l’historien israélien Eli Barnavi, « le problème palestinien empoisonne, depuis une génération et plus, les relations d’Israël avec le monde arabe et avec la communauté internationale. » Poison, parasite, le Palestinien est également un primitif, « réticent à adopter la modernité et refusant de donner quoi que ce soit pour le bien général. »

 

 

Pour illustrer la proposition d’Yves Lacoste, citée plus haut, il suffit de lire les cartes de nombreux manuels occidentaux. La population arabe en est souvent absente, avec la fausse excuse que, pour la Cisjordanie, « il n’existe pas de données ». Dans de nombreux manuels israéliens, l’Europe est placée aux centre des cartes, ce qui suggère de manière subliminale qu’Israël fait partie de l’Europe.

 

Dans les manuels suédois, le discours dominant est que « les Juifs ont pu enfin retourner sur la terre qu’ils considèrent comme la leur ». On trouve tout de même une réflexion sur l’existence de Palestiniens en Palestine bien avant l’arrivée du peuple hébreu. Mais dans l’imaginaire collectif, les Palestiniens sont des Arabes nomades, alors que «  les Juifs sont là ».

 

Les manuels palestiniens de Palestine peuvent également poser problème. Leurs concepteurs n’ont aucune liberté car leurs travaux son révisés par une autorité politique qui veille à ce que l’image d’Israël ne soit pas trop écornée. Les manuels sont en effet financés par la Banque mondiale ou l’Union européenne. La cause du peuple palestinien est liée à l’umma, la grande communauté des musulmans, par delà leur nationalité, qui date du VIIe siècle. Comme s’il n’y avait pas de palestiniens chrétiens, voire agnostiques ou athées. A noter, cela dit que, pour les manuels palestiniens, l’ennemi, l’Autre, ce n’est pas le Juif mais le sioniste. Le rôle de la Grande-Bretagne (la lettre de Balfour à Lord Rothschild, en contradiction avec les accords Sykes-Picot de 1916 sans perspective d’un Etat israélien) fut déterminant lorsque cette puissance coloniale décida de donner une terre, qui ne leur appartenait pas, à des sionistes qui ne la méritaient pas.

 

Pour nous résumer « parti pris » serait faible.

 

 

PS : En revanche, la maison d’édition étasunienne HarperCollins vend des atlas à des établissements anglophones du Moyen-Orient. Elle a choisi de supprimer l’Etat hébreu de ses manuels. Un temps passées inaperçu, ces cartes ont été révélées par la presse britannique. Pour la maison d'édition, il ne s'agissait pas d'un oubli mais d'un choix. Celui de répondre aux « préférences locales ». Dessiner Israël aurait été jugé « inacceptable » par les pays du Golfe qui se fournissent chez elle.

Note de lecture (155)
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1 février 2016 1 01 /02 /février /2016 06:25

Je vais citer Le Courrier Picard, quotidien que je n’ai jamais mentionné, qui fut le dernier journal français à être régi par une coopérative ouvrière. Le 27 janvier, ce fut « Ch’Picard à l’fête au Sénat. « Os sonme Charlie ». Barré de noir, c’est le cri du nº137 d’éch jornal picard Ch’Lanchron (traduction : le pissenlit ou l’herbe à lapin), publication trimestrielle adulée jusqu'en Belgique qui rendait hommage à Charlie Hebdo. Un peu plus d’un an après les massacres de 2015, le numéro spécial a été présenté salle Vaugirard au Sénat, à l’invitation des sénateurs picards. Mon ami d’enfance, le sénateur PS (personne n'est parfait) Christian Manable, s’est fendu d’une vibrante défense de la langue picarde : «  Le picard fait partie intégrante des soixante-quinze langues de France. Elle est reconnue par cinq départements et une partie de la Belgique. Deux millions de personnes sont capables de la comprendre. Le ch’ti est en fait du picard qui a réussi. » Un rappel utile quand on pense que la langue d’oil vient du picard et que le rapport sur les langues régionales, commandé par l’ex-ministre de la Culture Filipetti, l'a bizarrement oublié.

Revue de Presse (154)

Dans son blog, Gérard Filoche déconstruit le rapport Badinter consacré au Code du travail :

 

On caractérisera le rapport comme une tentative pour en finir avec un « code du travail » spécifique et le remplacer par un mélange avec le code civil, où les contrats commerciaux et les statuts d’indépendants sont mis sur le même plan que l’ex contrat de travail. La « personne » remplace le salarié. Le salarié est traité comme l’indépendant.

 

La hiérarchie des préoccupations commence aussi par la « personne », les libertés individuelles, pas par la santé, l’hygiène ni la sécurité. La mensualisation, la médecine du travail, les prud’hommes, l’indépendance de l’inspection du travail, les institutions représentatives du personnel, sont supprimés. Il n’y a même plus d’âge plancher pour le travail des enfants.

 

Le code du travail depuis 1910 était fait de sueur et de sang, de luttes et de larmes, c’état l’expression des rapports de force sociaux. Le rapport Badinter, c’est un bricolage médiocre fait de neurones badins et de préjugés aristocratiques soucieux de plaire au maitre du moment, le Medef.

 

 

Politis s’élève contre l’expulsion d’une française d’Israël, citant tout d’abord JSS News – site d’information tout ce qu’il y a de plus officiel – sur l’expulsion d’Elsa Lefort du territoire hébreu : « Engrossée par un terroriste palestinien, une employée du consulat français de Jérusalem est expulsée d’Israël ». Elsa est la fille de Jean-Claude Lefort, ex-député communiste et ancien président de l’association France Palestine solidarité. Mariée depuis 2014 à Salah Hamouri, un Franco-Palestinien condamné à sept ans de prison par un tribunal militaire israélien et libéré en 2011, elle avait obtenu un visa de service pour passer les fêtes de fin d’années en France. À son retour, Elsa Lefort, en poste à l’Institut français du Proche-Orient, rattaché au consulat, s’est vu notifier sa « dangerosité ».

 

L’Humanité reprend l’hommage de Régis Debray à Edmonde Charles-Roux en la cathédrale de Marseille le 23 janvier 2016 :

 

Ce n’est pas tous les jours que la disparition d’une personne nous donne le sentiment qu’avec elle quelque chose comme une époque, quelque chose de rare et de symbolique s’éloigne de nous. Elle a incarné la rencontre de ce qui n’était pas fait pour se rencontrer. De l’élégance la plus féminine avec un sens très viril, à l’ancienne, de la camaraderie ? De l’alliage de la politique et de la culture, un vieux couple séculaire dont le divorce semble aujourd’hui consommé. De l’honneur rendu aux belles lettres, à la lecture et au silence, dans un monde voué au bruit et aux images.

 

Qu’on puisse naître avec une cuillère d’argent dans la bouche, et se retrouver FTP à vingt ans, et à quatre-vingts, les pieds dans la gadoue à la Fête de l’Humanité, cela veut dire que le destin d’un être humain n’est pas donné par sa généalogie ni par son milieu mais par son caractère et sa volonté. Cela veut dire que le monde est ce que nous en faisons et non ce qu’il fait de nous.

 

C’est à un trait de notre civilisation que nous adressons notre salut reconnaissant. Non pour les enterrer, ces valeurs en déroute, mais dans l’espoir que ton nom seul, ton prénom, nous donnent désormais l’envie, le besoin de les voir un jour ressusciter.

 
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29 janvier 2016 5 29 /01 /janvier /2016 06:28

Après toutes ces années passées sur cette terre, j’en suis venu à me dire – quart d’heure philosophique oblige – que nous sommes toujours partiellement responsables des avanies qui nous tombent sur le poil.

 

Si, aujourd’hui, les universitaires français sont humiliés, épuisés, si leur statut est à peu près l’équivalent de celui d’un préposé au courrier, c’est parce qu’ils ont accepté quantité de reculades, de régressions, et parce qu’ils ont eux-même œuvré à la confection de leurs chaînes.

 

Un exemple dans la recherche. Il y a trente ans, un universitaire souhaitant faire une conférence dans un colloque, envoyait un titre de communication à l’organisateur de ce colloque ou de l’atelier qui l’accueillerait. Il y a vingt ans, l’enseignant-chercheur (on ne parle plus d’« universitaire », ce qui signifie beaucoup de choses) soumettait un titre et un résumé de cinq à dix lignes. Aujourd’hui, il doit envoyer le titre et la totalité de la communication. Sans oublier un “ abstract ” en anglais. Son texte sera soumis anonymement à deux ou trois lecteurs experts qui rendront leur verdict le plus rapidement possible, dans l'urgence, cette satanée urgence à laquelle doivent se plier tous les enseignants du supérieur, pour ne parler que d'eux. Soit le texte est accepté comme tel, soit les experts demanderont telle ou telle amélioration. Une fois le colloque terminé, le texte, remanié ou non, sera envoyé au comité de rédaction d’une revue qui choisira d’autres experts pour réévaluer le texte et demander d’autres corrections et améliorations.

 

De mon temps, comme on dit, en vingt ans de pérégrination dans plus de cinquante colloques européens, j’ai assisté à une seule vraie bavure. Il s’agissait d’une collègue parfaitement au niveau mais qui ne parvenait pas à s’exprimer en public. Au lieu de faire lire sa communication par quelqu’un d’autre, elle s’était bourrée de tranquillisants et sa prestation avait été incompréhensible. S’il n’y avait pas, à l'époque, d’examen, de censure préalables des communications orales, c’est tout simplement parce que les collègues savaient très bien où ils mettaient les pieds et qu’une prestation bâclée dans le « petit monde » tellement bien décrit par David Lodge impliquerait une déconsidération totale pour une bonne décennie. Mais il aura suffi d'une poignée d'universitaires stakhanovistes et gravement névrosés, admirateurs inconditionnels du modèle anglo-saxon de surcroît (j’ai les noms dans le domaine des sciences humaines), pour instaurer ce système de censure et ces surcharges de travail. Il va de soi que le niveau de la recherche française ne s’est pas élevé de manière notoire. En revanche, le flicage accepté et l’infantilisation ont pénétré les universitaires par tous leurs pores. Et pour longtemps.

 

 

 

 

Tout récemment, à l’Université de Lyon 2, une violence très sournoise a été exercée par une responsable du CNRS à l’encontre de chercheurs locaux. Je suis le premier à reconnaître que lorsque j’étais débutant dans le métier, le CNRS était le lieu de tous les possibles. Il comptait des chercheurs très brillants, nobélisés ou pas, des chercheurs un peu moins brillants mais très travailleurs, et puis une minorité de glandeurs qui faisaient leurs recherches dans leur mas du Lubéron (l’immobilier était abordable à l’époque du côté d’Avignon). Prenant prétexte de la mauvaise volonté de ces chercheurs apathiques, le CNRS se réforma à tour de bras et instaura tout un système de contrôles, flicage et lourdeur bureaucratique. Au point que cette vénérable institution compte désormais plus d’administratifs que de chercheurs.

 

Une inspectrice évalua donc les travaux d’un laboratoire de sciences humaines, rattaché à Lyon 2. Les entretiens eurent lieu par visio-conférence. Cette dame fut très sévère, parfois à juste titre, quelques chercheurs n’étant pas suffisamment productifs. Les inspectés avaient été réunis dans un bâtiment de l’université situé au bord du Rhône, en centre ville. Ils pensèrent, logiquement, que la personne à l’écran les morigénait depuis Paris. Quelle ne fut pas leur immense surprise de découvrir qu’elle leur parlait depuis Bron, c’est-à-dire depuis les locaux d’enseignement (et non de recherche) que l’université possède dans une banlieue située à sept ou huit kilomètres du centre de Lyon.

 

On peut penser que cette inspectrice n’avait pas eu le courage de faire face aux collègues qu’elle était venue remettre dans le droit chemin et qu’elle avait marqué son mépris pour ses subordonnés en descendant de Paris (nous avons payé le train) et en s’adressant à eux comme une sorte de Big Mother à la fois proche et inatteignable.

 

Les collègues un peu déficients ont donc subi la violence d’une inspection au cours de laquelle les reproches, partiellement fondés, furent sans nuances, ainsi qu'une violence encore plus grande quand ils se prirent en pleine figure la morgue de l’inspectrice.

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28 janvier 2016 4 28 /01 /janvier /2016 06:44

 

 

Un numéro largement consacré à la montée du FN.

 

Paul Ariès incrimine les « liquidateurs » : J’ai provoqué volontairement une polémique assez vive sur le site de nos amis de Politis en expliquant, à la veille du second tour des régionales, que les fusions techniques entre les listes de gauche (EELV, PG, PCF, Ensemble !, etc.) et le parti « socialiste » ajoutaient de la confusion à la confusion en donnant le sentiment que faire liste commune avec les « socialistes » serait possible, malgré la condamnation de sa politique. Comme si le P « S » n’était pas responsable de la montée de la droite et du Front-national en ayant choisi d’abandonner les milieux populaires et les jeunes au chômage. Comme si la meilleure façon de combattre l’extrême-droitisation ce n’était pas d’exiger d’abord de nos partenaires « techniques » « socialistes » quelque chose que nous estimons essentiel, comme l’arrêt de certains grands projets inutiles imposés, comme la gratuité des services publics régionaux, comme la démocratisation des institutions, etc.

 

Pierre Zarka interroge le scrutin des régionales, la « tempête » Le Pen :

 

La réactivité d’abstentionnistes du premier tour des régionales dit que nous ne sommes pas d’abord en présence d’une irrésistible attraction du Fn, mais d’abord devant une panne de perspective transformatrice. a quelle perspective (heureuse) peuvent s’identifier celles et ceux qui font l’expérience que quel que soit leur vote, ce qui sort des urnes ne fait que prolonger et amplifier ce que faisaient les précédents élus ? c’est sur cette panne que réagissent les abstentionnistes qui, loin d’être passifs, sont en colère et refusent de jouer un jeu fait pour les berner. Qui pourrait reprocher à quelqu’un sa lucidité ? Quant au Fn, il surfe sur le ressentiment provoqué non seulement par les promesses jamais tenues et l'exaspération qui suit, mais aussi sur le fait qu’aucune force qui se réclame d’une alternative n’en porte réellement les contours.

 

 

Membre du PG, Jean-Pierre Lemaire nous invite à ne pas nous décourager :

 

C'est avec beaucoup de modestie qu'il faut envisager l'analyse de la nouvelle période ouverte par les attentats de novembre, l'état d'urgence et la montée continue du Front national. au delà de la sidération et de l'impuissance, l'heure est avant tout à l'introspection. avant de s'accorder sur la nécessité de « tout changer », encore faut-il comprendre la situation et se poser quelques bonnes questions en tentant d'avancer dans trois directions : comment en est-on arrivé là ? Pourquoi eux et pas nous ? la gauche est-elle condamnée à disparaître ?

 

 

Pour Christian Jacquiau, décembre 2015 fut « l’heure de vérité » :

 

Cela faisait déjà longtemps que le divorce était consommé entre les citoyens et ceux qui prétendent les représenter. ce désamour s'est traduit lors des dernières élections régionales par une désaffection de l’électorat des partis pseudo républicains doublé d'une mobilisation des électeurs d'un Front national conforté par les voix protestataires d’un électorat trop content de donner une bonne leçon à ceux qu'ils n'ont guère d'autres moyens de sanctionner. Et maintenant ?

 

 

Pour Jacques Testart, il faut « bouleverser les usages frelatés de la démocratie » :

 

Cette situation, où le FN devrait trouver un nouveau ring, ne pourrait être prévenue qu'en s'y préparant par une culture de la convivialité et du partage, en bouleversant complètement les règles du jeu politique afin que le plus grand nombre ne se trouve pas exclu, en plaçant le bien des humains au dessus de toutes les actions. Il s'agit d'inventer et appliquer des règles pour rendre possible l'avenir immédiat. Sans de telles règles, proprement révolutionnaires, tout effort des partis pour afficher un programme supposé satisfaire les besoins authentiques de la population sera considéré comme une manœuvre par l'électorat. Ce n'est plus seulement le contenu du programme qui compte, mais le protocole mis en action pour le réaliser.

 

 

Le FN : « péril brun ou grand méchant loup ? », demande Jean-Pierre Garnier :

 

Au début de l’an 2015, la France - une certaine France - avait démarré en beauté avec cette consigne répercutée tous azimuts et suivie par une masse auto-satisfaite et hébétée : « Je suis charlie ». elle termine l’année, rassemblée de manière tout aussi grégaire sous l’injonction diffusée aux cinq coins de l’hexagone une semaine durant: « barrer la route au Fn ». Faire front face au Front, tel fut, en effet, le mot d’ordre qui allait réanimer ce qui tient lieu de vie politique dans un pays où celle-ci était devenue exsangue à force d’« alternances » sans alternative.

 

 

L’économiste Jean Gadrey nous invite à « interpréter » rapidement le « traumatisme » de l’élection :

 

C’est après le « tournant de la rigueur » de 1983-1984 (la première percée du FN remonte aux élections européennes de 1984 avec 2,2 millions de voix), puis la montée en puissance, au milieu des années 1980, du social-libéralisme et du nombre des « déçus du socialisme » que le FN atteint un premier palier haut autour de 4 millions de voix, niveau auquel il se maintiendra en moyenne jusqu’en 2007. C’est beaucoup, mais on n’est pas encore aux plus de 6 millions de 2015. Le passage à ce niveau plus élevé se produit en deux temps, d’abord entre 2010 et 2012, à la fin de la présidence Sarkozy, et depuis 2012, sous Hollande, Valls, Macron et consorts.

 

 

Quel avenir pour la gauche, demande Florent Bussy ? :

 

La « fin de l’histoire » espérée n’a pas eu lieu, la France paye aujourd’hui le prix des choix de ses dirigeants, des zones d’ombre de la République. À force de soutenir des dictatures, de mener des jeux troubles au Moyen Orient et en Afrique, elle connaît aujourd’hui le retour de bâton. Nous sommes les cibles de ses attentats, parce que nous sommes impliqués dans des opérations qui localement maintiennent nos sources d’approvisionnement en matières premières et énergies et de profits pour nos grandes multinationales. La guerre nous touche (même si cela restera probablement très localisé), parce que nous menons des guerres extérieures, parce que notre modèle économique est fondé sur l’exploitation et la spoliation, sur le soutien à des dictatures et sur la désespérance des peuples. Daech s’est fait des alliés des populations sunnites écrasées par la chute de Saddam Hussein. Il ouvre une brèche dans la désespérance. En Europe, il concentre l’espoir de certains de ceux qui ne trouvent aucune place dans un modèle qui accepte l’exclusion toujours plus accentuée d’une partie des siens, qui ne propose pas d’avenir, mais qui affirme cyniquement que la richesse continuera d’être concentrée entre quelques mains, entre quelques nations et que les « damnés de la terre » ont vocation à se taire et se soumettre.

 

 

L’économiste Michel Husson apporte un éclairage économique sur la montée du FN :

 

Peut-on quantifier les liens existant entre les scores du Front national et la conjoncture économique et sociale ?

 

Malgré le risque d’une lecture « économiciste », l’exercice peut apporter un éclairage, certes partiel mais utile. Il montre qu’il existe effectivement une corrélation assez étroite entre le vote FN et les perspectives sociales et économiques mesurées par le chômage et la stagnation du niveau de vie.

 

Le FN ne reculera pas tant que s’incrustent le chômage et la précarité sociale. Imaginons que soit garanti le droit à l’emploi et à un revenu décent : si l’analyse qui précède est correcte, elle implique que les « fondamentaux » du FN seraient largement ébranlés et que sa décrue pourrait commencer. Mais cela implique des mesures radicales : réduction du temps de travail, créations ex nihilo d’emplois utiles, remise en cause de la répartition inégalitaire des revenus. On sait que la gauche gouvernementale a totalement tourné le dos, depuis longtemps, à cette orientation. Et la crise est venue creuser le pas à franchir dans le degré d’affrontement avec le système.

 

Il se trouve que le programme du FN est fondamentalement anti-social : il propose des aides aux petites entreprises et à la production nationale, plutôt que la baisse du temps de travail ; il envisage de réduire les emplois publics plutôt que de les favoriser ; il préconise une baisse indifférenciée des impôts plutôt que la justice fiscale et l’investissement public. Tous ces arguments critiques doivent être diffusés mais, aussi fondés soient-ils, ils sont en grande partie inaudibles. Restent les luttes sociales. Elles sont le seul levier qui permet en pratique de marginaliser le FN. Dans les luttes pour l’emploi, pour les retraites, pour la santé, la dimension sociale reprend le dessus et les réflexes xénophobes passent au second rang. Jamais le FN n’a vraiment réussi à s’inscrire dans les mobilisations sociales. Il faut donc qu’une autre « mayonnaise » prenne : entre les luttes locales, sectorielles, souvent défensives, et la construction d’un autre horizon, d’un projet de transformation sociale. Cette perspective peut - malheureusement - sembler hors d’atteinte aujourd’hui, mais c’est sans doute la seule qui puisse enrayer la montée de la droite extrême.

 

 

 

Les Zindigné(e)s n° 31

Par ailleurs co-auteur de Marine Le Pen amène le pire, Maxime Vivas pose une grave question à propos du Venezuela : Venezuela : Nicolas Maduro a perdu les élections législatives. Mais pourquoi ? Et contre qui ? »

 

Cependant, ont été observées la tristesse de Caracas au lendemain du scrutin, l'absence de liesse dans les rues et la mobilisation de collectifs populaires et des syndicats qui se déclarent en « état d’urgence », après qu'une partie du peuple a fait défaut au successeur d’Hugo Chávez. Car Fedecámara (le MEDEF vénézuélien) a aussitôt annoncé l’agenda de la future Assemblée Nationale. Entre autres : privatiser les services publics, supprimer les subventions publiques, renvoyer les médecins cubains qui garantissent la santé gratuite sur tout le territoire national, abroger la loi organique du travail (le Code du travail), les lois contre l’escroquerie immobilière, celle pour la protection des locataires... Et cela, dans le silence des médias internationaux, hier si attentifs au sort du peuple vénézuélien affecté par des pénuries, dont celle de « papier toilette ».

 

 

 

Robert Ali Brac de la Perrière revient sur un problème qui n’a pas fini d’être topique, les semences paysannes et la souveraineté alimentaire :

 

Au début de ce siècle, l’imposition des plantes transgéniques brevetées comme seul horizon aux cultures alimentaires de demain a brutalement réveillé les campagnes, assoupies depuis quelques décennies à l'écoute de la berceuse du progrès éternel : produire toujours plus et vivre toujours mieux. Les OGM ont brisé l’enchantement. et le mouvement pour les semences paysannes est né.

 

 

Le dépistage organisé du cancer du sein nuit-il aux femmes, demandent les oncologues Georges et Nicole Delépine ?

 

Chaque année les Françaises sont victimes d’une intense campagne de désinformation sur le dépistage organisé du cancer du sein. le ministère de la santé, l’institut national du cancer et de nombreuses entreprises qui vendent des appareils d’imagerie médicale, des tests diagnostiques et des produits de chimiothérapie investissent des sommes considérables pour généraliser toujours plus un dépistage qui leur rapporte beaucoup au détriment des femmes et de la sécurité sociale.

 

 

Pour Ronan David, le sport est « le poisson-pilote de l’égalité répressive entre les sexes » :

 

Lorsque Coubertin affirmait que « le seul véritable héros olympique, c’est l’adulte mâle individuel. Par conséquent ni femmes, ni sports d’équipes », il exprimait largement les racines idéologiques et politiques du projet sportif et olympique moderne. Loin de constituer cet espace de démocratie, de liberté, de réalisation de soi, le projet sportif s’est constitué originellement comme projet de domination, de hiérarchisation alimenté par son carburant essentiel que constitue la mise en compétition des individus.

 

 

Bernard Guibert envoie une lettre à ses « camarades endeuillés » :

 

L'oligarchie mondiale qui représente en gros 1/1000 de la population totale a une section française qui totalise environ 60 000 personnes. Celle-ci cumule tous les pouvoirs sanctionnés par des titres de propriété, titres de propriété économique en termes de propriété foncière, d'actions et d'obligations, de propriété d'entreprises, d'assurance-vie etc., titres et diplômes universitaires de la noblesse d'État comme disait Pierre Bourdieu et enfin différents mandats politiques multiples des cumulards des politiques professionnels et de leur clientèle puisée dans leur environnement familial ou parmi leurs collaborateurs.

 

 

Yann Fiévet évoque la « double dépression climatique » qui nous affecte :

 

Décembre 2015 restera le mois des révélations. Il est désormais patent que notre société est dramatiquement soumise à une double dépression climatique. Le climat politique est détérioré par une droitisation accélérée des discours et pratiques découlant d’une interprétation outrancière des aspirations sécuritaires et identitaires des fractions de « l’opinion publique » les moins bien associées à « l’aventure démocratique ». Le climat, quant à lui, fut placé au Bourget sous le feu des projecteurs le temps d’une Cop, vingt- et-unième du nom, pour l’adoption, aux forceps et in extremis, d’un texte unanime des 196 pays ainsi réunis, texte salué comme une « remarquable avancée », mais qui ne permet en rien de commencer à régler rapidement la crise écologique majeure. Ce que révèle la détérioration des deux climats tient en ceci : la classe dite politique est cruellement impuissante à tenter d’enrayer les profondes dérives de notre temps.

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