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8 avril 2022 5 08 /04 /avril /2022 05:01

Des enseignants-chercheurs dénoncent certaines méthodes d'intimidation de l'IFOP

 

Les procédures bâillon vise à intimider, à faire perdre du temps et de l’argent et à faire commettre des erreurs aux chercheurs visés. Il arrive le plus souvent qu’elles portent délibérément sur des propos secondaires, dans les médias ou sur les réseaux sociaux, ce qui conduit encore certaines présidences à refuser la protection fonctionnelle. Pourtant, la protection fonctionnelle est de droit en cas de poursuites pénales dès lors que les faits avérés n’ont pas le caractère d’une faute personnelle.

Deux procédures bâillon intentées par des chercheurs devraient être jugées ce mois-ci, ce qui donne l’ampleur nouvelle du phénomène. Il s’agit de violations majeures de l’éthique scientifique : les tentatives de judiciarisation du débat scientifique à des fins d’intimidation sont inacceptables. Nous reviendrons dans un prochain billet sur l’association et le fonds de défense de la liberté universitaire : nous encourageons dès maintenant les collègues au reversement partiel (voire intégral) des primes C3 du RIP E-C au fonds de dotation. Les dotations ouvrent droit à une réduction d’impôt sur le revenu égale à 66 % du montant des dons dans la limite de 20 % du revenu imposable.

Alors qu’il s’apprêtait à publier son livre 10 Leçons sur les sondages politiques chez De Boeck, notre collègue Alexandre Dezé a appris qu’il faisait l’objet d’une plainte pour diffamation de la part de l’IFOP pour les propos suivants, tenus dans Le Monde du 11 septembre 2020, à propos d’une enquête de l’institut de sondages portant notamment sur le rapport des musulmans aux attentats de Charlie Hebdo : « Avec un échantillon aussi faible, de 515 personnes, ce sondage n’a aucune valeur et ses conclusions sont discutables. La faiblesse méthodologique est délirante et en même temps il y a une croyance indéboulonnable que ces sondages sont de la science ». Les critiques scientifiques des sondages d’opinion en soulignant les faiblesses méthodologiques et le caractère pseudo-scientifique ne sont pourtant pas une nouveauté.

Pour soutenir notre collègue, vous pouvez signer la lettre publiée par la section 04 du CNU :

https://semestriel.framapad.org/p/soutien-a-alexandre-deze-9tfq?lang=fr

 Une nouvelle procédure bâillon, intentée par l’IFOP
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6 avril 2022 3 06 /04 /avril /2022 05:01

Serge Halimi analyse longuement la manière dont l’élection présidentielle est « percutée » par la guerre en Ukraine : « Alors même que nombre de bouleversements sont intervenus depuis cinq ans et que la politique du président Emmanuel Macron ne peut se prévaloir d’aucun succès réel, sa reconduction à l’Élysée paraît le scénario le plus probable : l’extrême droite est puissante mais divisée entre deux candidats peu susceptibles de triompher du président sortant ; une bonne part de l’électorat bourgeois et conservateur de la droite est aspirée par M. Macron, à qui se sont déjà ralliés nombre de ses caciques ; enfin, la gauche est trop faible pour s’imposer, d’autant que depuis cinq ans les partis qui la composaient vaille que vaille ont conforté des analyses de plus en plus éloignées sur des questions aussi capitales que l’âge du départ à la retraite, la planification économique, la place du nucléaire dans le mix énergétique, les institutions de la Ve République, le fédéralisme européen, l’alliance avec les États-Unis, la guerre en Ukraine… De telles fractures ne sont pas susceptibles de se résorber, même si, le 10 avril prochain, M. Jean-Luc Mélenchon accédait au second tour du scrutin présidentiel, une performance à laquelle aucun autre candidat de cette (ex-)famille politique ne peut prétendre. En tout état de cause, la poursuite de la guerre en Ukraine favorise M. Macron en mobilisant l’attention des Français sur les efforts diplomatiques de leur président. »

 

 

Pour Olivier Zajec (professeur de sciences politiques à Lyon 3), « En annonçant qu’il plaçait sa force de dissuasion en état d’alerte, le président russe Vladimir Poutine a contraint l’ensemble des états-majors à mettre à jour leurs doctrines, le plus souvent héritées de la guerre froide. La certitude de l’annihilation mutuelle – dont l’acronyme en anglais MAD signifie « fou » – ne suffit plus à exclure l’hypothèse de frappes nucléaires tactiques, prétendument limitées. Au risque d’un emballement incontrôlé. »

 

 

Pour François Thuillier (“ Genèse du discours sécuritaire ”), Peu de questions illustrent aussi bien le glissement de l’échiquier politique français vers la droite que la thématique de la « sécurité ». Pour une partie des candidats à la présidentielle française de 2022, elle constitue l’unique prisme permettant d’appréhender les dysfonctionnements de la société. Comment l’obsession de certains est-elle devenue aussi centrale ?

 

 

 

Maëlle Mariette explique pourquoi le Venezuela est « brisé par les sanctions » : « Soucieuse de s’assurer un approvisionnement en pétrole dans le contexte de la guerre en Ukraine, l’administration américaine a dépêché, début mars, une équipe à Caracas, dont Washington refusait jusque-là de reconnaître les autorités. Après avoir semé le chaos dans le pays par leurs sanctions, les États-Unis estiment peut-être le Venezuela suffisamment transformé pour leur être de nouveau utile. »

 

 

En Égypte, selon Léa polvérini, « l’avenir passe par les pharaons » : « Le régime du président Abdel Fattah Al-Sissi exploite à tout- va le prestigieux passé antique de son pays, symbole millénaire de pouvoir. Source importante de devises, la mise en valeur de ce patrimoine permet aussi d’atténuer les critiques formulées à l’étranger sur les violations des droits humains. »

 

 

Romain Mielcarek explique pourquoi la défaite française au Sahel est « inavouble » : « Accueillis en héros en janvier 2013 après avoir arrêté une offensive djihadiste partie du nord du pays, les soldats français ne sont plus les bienvenus au Mali. La junte au pouvoir révise ses alliances en se rapprochant notamment de la Russie, et oblige la France à repositionner ses troupes dans la région. Sur le terrain, l’absence de progrès économiques se fait sentir. »

 

 

Martine Bulard ouvre un dossier sur « l’engrenage » en Ukraine : « Longtemps les images de champignons nucléaires renvoyaient à un âge révolu. Elles nourrissent à présent un avenir possible. Découlant de motivations géopolitiques, mémorielles et idéologiques), l’invasion de l’Ukraine, suivie de son cortège de dévastations, de réfugiés et de censures a précipité le basculement de l’Europe dans un univers guerrier que la plupart des habitants du Vieux Continent avaient oublié. Alors que l’Allemagne annonce procéder à son réarmement, l’Union européenne entend promouvoir une autonomie qui ne dérangerait pas trop son suzerain américain. De leur côté, les pays asiatiques, Chine en tête, naviguent entre l’allié russe et le client occidental.»

 

 

Marc Endeweld critique durement la diplomatie d’Emmanuel Macron : « Accueilli parThe Economist  comme le « sauveur de l’Europe » et parTime  comme le prochain « leader » du Vieux Continent, le président français Emmanuel Macron fait désormais sourire dans la presse étrangère. Son action diplomatique, qui semble orchestrée par des agences de communication, a été rythmée par des « coups », le plus souvent infructueux. »

 

 

 

 

Le Monde Diplomatique (272)
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5 avril 2022 2 05 /04 /avril /2022 05:01

Une jeune nageuse discute avec son entraîneur avant une compétition :

 

  • Je voudrais nager le 200 papillon plutôt que le 200 nage libre.
  • C’est toi qui décides. Il faut voir si ton choix entre dans le cadre de ton projet.
  • Bien, ce sera le pap.

 

Dans cette discussion, technique, ces deux personnes, unies comme les cinq doigts de la main, étaient dites par le discours dominant (Oswald Ducrot, Le dire et le dit), aujourd’hui celui du capitalisme financier. En effet, tout ce que nous disons (le dit) n’est – à de rares exceptions près – qu’une reprise, une paraphrase, un commentaire d’une superstructure qui nous dépasse, qui nous englobe, le dire. Toute énonciation étant polyphonique. Ici, la nageuse se retrouvait face à elle-même : si elle ratait son coup, la faute serait sienne ; si elle réussissait, une partie de son succès rejaillirait sur son entraîneur. Et puis, surtout, elle était victime d’un concept popularisé ad nauseam par le banquier éborgneur et emmerdeur lors de son dernier discours de campagne en 2017, de manière hysrérique dans la forme mais très réfléchie quant au fond : le projet.

 

Dans l’idéologie et la pratique du capitalisme financier, le projet a recouvert le programme. La gauche et une partie de l’extrême gauche ont été piégées par ce glissement. Or les deux mots ne sont nullement synonymes. Un projet, c’est « l’image d’une situation, d’un état que l’on pense atteindre » (Le Robert). C’est un travail préparatoire, une ébauche qui n’engage pas forcément son auteur. Un programme, c’est – si l’on se réfère à l’étymologie – ce qui est écrit à l’avance et qui annonce quelque chose de précis. Les gens de ma génération se souviennent des mois de lutte féroce, en 1972, entre les élaborateurs puis les signataires du Programme commun de la gauche, les communistes d’une part et les autres forces de gauche d’autre part, à propos du sens à donner à pratiquement chaque mot, chaque virgule, de ce programme qui engageait, liait, contraignait des gens qui devaient gouverner ensemble.

 

Pour plaisants qu’ils puissent être, les glissements sémantiques sont idéologiques et témoignent de l’aliénation des sujets. Á titre d’exemple, j’avais, il y a quelques années, disserté brièvement sur la portée idéologique, donc certainement pas innocente) de l’utilisation de l’adjectif « beau » au détriment de « bon » dans « belle journée », « bel après-midi », « belle année ».

 

Depuis une vingtaine d’années, le capitalisme financier a réussi une entourloupe de très grande envergure : imposer au peuple – sans douleur, sans contraintes apparentes – le sens qu’il donne aux mots (à des centaines de vocables), la plupart du temps en contradiction avec l’usage commun et reconnu jusque-là. En 2008, Laurence Parisot, ancienne patronne des patrons, l’exposait sans vergogne : « En à peine plus de deux ans, nous avons installé la parole de chefs d’entreprise dans tous les débats publics. Nous avons remis des mots à la mode, lancé des slogans et forgé des concepts. Tous ont acquis la force de l’évidence. Rappelez-vous le premier d’entre eux : réconcilier les Français avec l’entreprise. N’ayez aucun doute, cette réconciliation est en marche ! ». C’est d’ailleurs depuis qu’on se réconcilie comme des fous que le « dialogue social » a remplacé les « négociations salariales », les chères « négos » d’antan. L’utilisation du verbe « porter » fut également assassine. Les pratiques militantes ont commencé à avoir du mou lorsque – il y a une vingtaine d’années – les responsables politiques de gauche ont mis ce verbe à toutes les sauces. D’abord les socialistes, puis les communistes, la CGT, même le NPA. La droite a suivi. Ainsi, on « porte une revendication », on « porte un programme », ce qui ne veut rien dire, mais ce qui fait très « partenaire social ». Comme si on portait des fleurs ou des escarpins. On a donc cessé de « défendre » une revendication (ou de la « soutenir »), on a cessé de vouloir « imposer » un programme. Enfin, je pourrais mentionner l’usage massif du mot « collaborateur » en lieu et place d’« employé ». L’autre jour, je fais le plein à la station Total proche de chez moi. Au moment de payer, je plaisante avec le caissier : « alors, la baisse du carburant, c'est pour quand ? Vous qui êtes un professionnel, vous devez le savoir... »

 

— Non, me dit-il, je ne suis qu'un collaborateur.

 

Dans le monde lisse, bisounours mais tellement cruel du capitalisme libéral, il n'y a que des collaborateurs, en d'autres termes, des gens qui travaillent ensemble, au même niveau. Le caissier de la station se situait – malgré lui je n'en doute pas – au même niveau que Patrick Pouyanné, le PDG de l'entreprise, qui mérite d’être mieux connu. En 2018, il assiste, contrairement à d'autres grands patrons, au forum économique de Riyad au moment où l'Arabie saoudite est fortement soupçonnée d'avoir commandité l'assassinat du journaliste Jamal Khashoggi. Fin septembre 2019, il annonce vouloir augmenter le dividende versé aux actionnaires de Total, de 5 ou 6 % contre 3 % jusqu'alors. En janvier 2020, il déclare que le débat sur le réchauffement climatique est « trop manichéen, trop faussé », et invite à ce que « tout le monde retombe un peu sur Terre sur ce sujet énergétique. » Lors de la crise liée au Covid, et alors que l'État le lui demande, Pouyanné refuse de réduire les dividendes versés à ses actionnaires (Total est la plus grande entreprise française avec 900 filiales dans le monde). Il envisage de leur verser 7 milliards d'euros en 2020 alors que les profits de l'entreprise sont en baisse.

 

Bref, quand on fait passer des mots à la trappe, ce sont les idées que ces mots incarnent (et non pas « portent ») qui disparaissent.

 

Nommer les choses c'est les faire exister, à dit Jean-Paul Sartre, car on fait apparaître le sens sous le signe (Senghor) Á ce titre, la manière dont les patrons ont nommé leur principale organisation depuis le milieu du XIXe siècle est très instructive. En 1864, on parle de « Comité des forges ». La France est en pleine révolution industrielle et seule la sidérurgie compte. Á l’époque, il n’y a guère que Marx pour évoquer le saccage de la planète par cette lourde industrie. Le plus savoureux est que, comme les ouvriers, les patrons ont interdiction de s’unir, de se réunir même (loi Le Chapelier de 1791). Ce comité défend les intérêts professionnels des sidérurgistes suite à la signature d’un traité de libre-échange signé en 1860 avec l’Angleterre qui menace leurs intérêts. 1901 voit l’Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM). Le grand patron Eugène Schneider souhaite « travailler au groupement d'industriels qui, jusqu'à présent, n'avaient pas encore jugé nécessaire de se réunir en comités patronaux ». Il faut d’urgence « organiser l’entente des patrons afin de résister aux grèves des ouvriers. » En 1919 est créée, à l’instigation du gouvernement, la Confédération générale de la production française (CGPF) qui, sous la pression du grand mouvement social de 1936, avec la CGT comme fer de lance, signera les « Accords Matignon ». La révolution n’étant plus à l’ordre du jour, de nombreux patrons dénoncent la « capitulation » de la confédération qui laissera la place, en 1945, à la Confédération nationale du patronat français (CNPF). Enfin, en 1998, naît le Mouvement des entreprises de France, le Medef. Plus de patrons, plus de syndicat, plus de confédération : des entreprises en mouvement. Comme LAREM, en marche. Avec cette idée que le mouvement est perpétuel, que les patrons iront toujours de l’avant, sans jamais être satisfait de l’état des choses.

 

Apparaît alors le discours de l’entraîneur de natation cité plus haut. Chaque nageur – pardon : chaque salarié – est responsable de son projet dans un processus d’individualisation. Le collaborateur est un acteur capital de son développement. Aux million deux cent mille entrepreneurs français affiliés au Medef, Florence Parisot le dit avec des fleurs, autrement dit avec des mots qui veulent tout dire et rien dire. Chacun doit être « responsable, solidaire, éthique, désireux de progrès, réaliste, économe, pragmatique, décidé, sérieux, concentré, curieux, engagé, solide. » (Vivement l'avenir, 2009). Elle a oublié « modeste ». Chaque salarié doit s’investir comme s’il était propriétaire de son « outil de production ». Chacun sera évalué, les ouvriers y compris, dans une optique d’une culture du résultat. Donc chacun sera en compétition avec l’autre.

 

Alors que jusqu’en 1997, le mot « démocratie » était totalement absent des textes patronaux, il apparaît à partir de 1998 dans l’expression « démocratie sociale », qu’il faut, bien sûr, « rénover » et préserver des empiètements, des atteintes de l’État. Donc préférer le contrat à la loi. Il faut « pacifier » les relations sociales entre partenaires institutionnels avec pour objectif, rarement proclamé, de subordonner les chers « collaborateurs » aux exigences du capitalisme financier.

 

La pieuvre libérale est subtile et son poison est doux. Je discutai à la fin du XXe siècle avec l’ancien président d’ATTAC (un ami de 55 ans). Il revenait de Bruxelles où il avait rencontré un syndicaliste français éminent, autrefois figure de la CGT, en poste dans les institutions européennes. Il me dit que ce grand militant parlait désormais la novlangue du système. « Ne serais-tu pas piégé, toi aussi, si tu étais à sa place », lui demandai-je ? « Si, probablement », admit-il, « raison pour laquelle, si on est contraint d’aller à Bruxelles ou, d’ailleurs, dans toutes les institutions internationales, il ne fait pas y rester plus de deux ou trois ans. »

 

 

Les mots des patrons
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4 avril 2022 1 04 /04 /avril /2022 05:01

Dans son blog, Jean Lévy s’intéresse à BlackRock, le plus grand gestionnaire d’actifs au monde, détenant près de 7 800 milliards de dollars d’encours en octobre 2020, dont l’activité repose sur la gestion et le placement d’argent provenant de fonds de pension, d’assurances et de petits épargnants :

« Le lien entre ce fonds d’investissement américain et le système de retraites français n’est pas évident à première vue, et pourtant la réforme des retraites est l’occasion idéale pour ramener de nouveaux clients auprès du gestionnaire multinational. Si un gouvernement diminue les cotisations pour la retraite et donc les sommes versées aux personnes concernées, il incite les épargnants des classes supérieures à se tourner vers des fonds de placements privés. Comme le soulignait Le Monde en janvier 2020 : les syndicats, les partis politiques de gauche et quelques-uns de droite qualifiaient BlackRock de « cheval de Troie de la capitalisation » essayant de tirer profit de la réforme des retraites.

“Depuis plusieurs années, BlackRock se montre intéressé pour mettre la main sur une partie de l’épargne des actifs français les mieux payés, afin de l’orienter vers l’épargne retraite” rappelle France Info. Larry Fink, PDG de BlackRock, a été discrètement reçu par Emmanuel Macron, selon L’Obs” et, “en octobre 2017, le gouvernement a demandé au Comité action publique 2022 de plancher sur la réforme de l’État. Un groupe d’experts où siège Jean-François Cirelli, le patron de la branche française de BlackRock”. Les rencontres au sommet ne s’arrêtent pas là poursuit France Info :  “On retrouve encore Larry Fink à l’Élysée en juillet 2019, à l’invitation d’Emmanuel Macron, lors d’une réunion sur le climat et l’investissement ».

 

Toujours dans son blog, Jean Lévy rappelle que Georges Ibrahim Abdallah, enfermé en France depuis 38 ans, aura 71 ans le 2 avril prochain.  Le combat de Georges et celui de la Palestine sont intimement liés. Nous voulons interpeller le gouvernement et les candidates et candidats pour qu’un engagement public pour la libération de Georges soit pris dès à présent.

 

 

L’Obs rend compte de la création historique (saluée par Joe Biden), à New York, du premier syndicat chez Amazon des États-Unis : « Un petit groupe d’employés motivés a fait flancher l’une des plus grandes multinationales : les salariés d’un entrepôt d’Amazon à New York ont voté en majorité en faveur de la création d’un syndicat, une première aux États-Unis au sein de l’entreprise.

Selon un décompte retransmis en ligne, 2 654 employés ont coché « oui » pour être représentés par l’organisation indépendante Amazon Labor Union, créée il y a près d’un an, contre 2 131 ayant voté « non ».

L’entreprise a de son côté embauché des consultants spécialisés et convoqué les salariés à plusieurs réunions obligatoires à l’approche du scrutin pour leur présenter les inconvénients d’un syndicat. « Beaucoup de gens nous ont dit qu’on ne pouvait pas gagner, qu’on avait besoin d’un syndicat expérimenté », remarque Mat Cusick. « De nombreux travailleurs vont maintenant se rendre compte que ce n’est pas vrai et qu’ils peuvent le faire ».

 

Revue de Presse (400)

Dans Le Grand Soir, José Manzaneda décrit la censure organisée dans le monde “ occidental ” autour de la guerre en Ukraine : « Les médias russes, qui ont été pendant des années un espace pour des analystes internationaux critiques, ont été interdits par les États-Unis, l’Union européenne, le Royaume-Uni et d’autres alliés. Sa diffusion en direct, ses chaînes YouTube et tous ses réseaux sociaux. Sans aucune décision judiciaire.

Google a supprimé de son moteur de recherche ses contenus précédents, son hémérothèque. Réécrire l’histoire, comme le Ministère de la vérité du roman 1984. »

 

 

Dans le site de l’1dex, Claude Lelièvre moque les prétentions pédagogiques d’Éric Zemmour : « Il avait déjà fait fort avec la proposition du retour du certificat d’études primaires. Il continue de façon réitérée en prétendant qu’il faut revenir aux méthodes de Jules Ferry : le par cœur et la dictée, alors qu’en réalité Jules Ferry et son lieutenant historique Ernest Lavisse ne se prononçaient nullement en ce sens, Lavisse pour qui on ne devait pas apprendre l’histoire par « cœur » mais « par le cœur ».

UN PEU D'ÉTRANGITUDE

Revue de Presse (400)
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2 avril 2022 6 02 /04 /avril /2022 05:02

Je fais le plein hier à la station Total proche de chez moi. Au moment de payer, je plaisante avec le caissier : « alors, la baisse du carburant, c'est pour quand ? Vous qui êtes un professionnel, vous devez le savoir... »

 

— Non, me dit-il, je ne suis qu'un collaborateur.

 

Hé oui, quand tu t'exprimes avec la langue de l'autre, tu es aliéné, c'est-à-dire manipulé sans en avoir conscience. Le caissier est tout bêtement un employé, donc quelqu'un recruté sur un emploi. Mais dans le monde lisse, bisounours mais tellement cruel du capitalisme libéral, il n'y a que des collaborateurs, en d'autres termes, des gens qui travaillent ensemble, au même niveau.

 

Mon cher caissier se situe – malgré lui je n'en doute pas – au même niveau que Patrick Pouyanné, le PDG de l'entreprise.

 

Je ne suis pas certain qu'il ait pleinement conscience de la personnalité de celui avec qui il collabore.

 

En 2018, Patrick Pouyanné assiste, contrairement à d'autres grands patrons, au forum économique de Riyad au moment où l'Arabie saoudite est fortement soupçonnée d'avoir commandité l'assassinat du journaliste Jamal Khashoggi.

 

Fin septembre 2019, il annonce vouloir augmenter le dividende versé aux actionnaires de Total, de 5 ou 6 % contre 3 % jusqu'alors.

 

En janvier 2020, il déclare que le débat sur le réchauffement climatique est « trop manichéen, trop faussé», et invite à ce que « tout le monde retombe un peu sur Terre sur ce sujet énergétique. »

 

Lors de la crise liée au Covid, et alors que l'État le lui demande, Pouyanné refuse de réduire les dividendes versés à ses actionnaires (Total est la plus grande entreprise française avec 900 filiales dans le monde). Il envisage de leur verser 7 milliards d'euros en 2020 alors que les profits de l'entreprise sont en baisse.

 

Dans le contexte de crise économique liée à la pandémie de covid-19, l’État invite les entreprises à réduire les dividendes versés aux actionnaires. Patrick Pouyanné s'y refuse et prévoit de leur verser 7 milliards d’euros en 2020 malgré des profits en baisse. Il envisage de licencier 700 salariés (pardon : collaborateurs) pour équilibrer les finances du groupe.

 

Greenpeace France, Anticor et l’association La Sphinx portent plainte en avril 2021 contre Patrick Pouyanné pour prise illégale d’intérêts. Elles lui reprochent d’avoir profité de sa position de membre du conseil d’administration de l'École polytechnique pour favoriser les intérêts de Total, emploi particulier son implantation d’un centre de recherche et d’innovation au cœur du campus de l’établissement. Le Parquet national financier ouvre en mai 2021 une enquête préliminaire.

 

Durant l'invasion russe en Ukraine de mars 2022, Patrick Pouyanné prend la décision de poursuivre l'importation de gaz russe contre la volonté du ministre de l'Économie Bruno Le Maire (pauvre Nono !).

 

PS : à propose de La Sphinx. Il s'agit d'une association d'élève.e.s et ancien.ne.s élève.e.s progressiste.e.s de Polytechnique. Je suis persuadé qu'il ne leur a pas échappé – iel.les qui pratiquent l'écriture inclusive – que “sphinx ” est un mot masculin, dont le.a féminin.e est “ sphinge ”. Qui trop embrasse mal étreint.e

 

 

Collaborateur
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28 mars 2022 1 28 /03 /mars /2022 05:01

 

Pour Évariste, dans ResPublica, « la guerre a saisi les Français fatigués et déjà anxieux après deux ans de crise sanitaire due au Sars-Cov-2. L’émotion et la morale ont remplacé l’analyse froide et globale du réel. Les médias s’en donnent à cœur joie. L’historien français Pierre Serna, en écrivant en 2019 L’extrême centre ou le poison français, caractérisait bien la séquence. Les médias français dominants continuent l’inoculation du poison français de l’extrême centre macroniste en instrumentalisant à fond la guerre à des fins de réélection. La poussée immédiate dans les sondages en porte témoignage.

 

L’urgence du moment est d’adopter une stratégie qui permette une sortie « honorable » pour toutes les parties. L’utilisation de l’OSCE est une occasion pour obtenir un retrait des troupes russes, pour créer un statut de neutralité de l’Ukraine sans laquelle le point précédent serait un vœu pieux, pour organiser une consultation démocratique et contrôlée par des instances internationales des populations du Donbass quant au statut qu’elles désirent (toujours garder à l’esprit que l’autonomie des territoires du Donbass était actée dans les accords de Minsk II de février 2015), pour définir un cadre et un processus démocratique de résolution de tous les contentieux territoriaux intra-européens (qui sont très nombreux)… »

 

 

 

Robert Stevens, dans le World Socialist Website nous informe que la compagnie maritime P&O reprend les traversées avec des travailleurs à 2,18 euros de l'heure. Le cabinet du premier ministre a été directement impliqué dans le licenciement par P&O de 800 employés de ferry ce mois-ci. 

 

Les équipages ont été licenciés via un appel Zoom de trois minutes. Les travailleurs ont été expulsés de leurs navires par des voyous payés portant des cagoules et brandissant des menottes.

 

Le Sunday Times a fourni des détails montrant que de telles attaques massives contre les moyens de subsistance ne sont jamais simplement conçues par les entreprises impliquées, mais entrainent les travailleurs dans un affrontement contre le gouvernement et l'État. Une note d'information rédigée par un haut fonctionnaire du gouvernement a été diffusée dans les ministères un jour avant l'opération. La note déclarait : « Tout porte à croire que P&O Ferries a l'intention d'essayer de réembaucher de nombreux employés selon de nouvelles conditions générales ou d'utiliser le personnel d’agences d’intérim pour redémarrer les traversées ; ils estiment que l'interruption des services durera 10 jours. »

P&O paie des remplaçants en provenance d'Inde, des Philippines et d'Ukraine un salaire de misère de 2,18 euros de l'heure (2.18 euros). Le salaire minimum britannique est de 10.71 euros pour les travailleurs de plus de 23 ans.

 

Le syndicat des réseaux ferroviaires, maritimes et des transports a déclaré que « deux navires P&O sur la traversée Liverpool-Dublin qui ont été attribués un équipage philippin… étaient sous contrat pour un salaire de base de 3,14 euros de l'heure ». Le syndicat a également signalé que « les équipages des ferries P&O à Douvres ont été remplacés par des marins indiens payés 2,15 euros de l'heure ».

 

Le genre d'attaque montée jeudi dernier avait déjà été menée par Irish Ferries en 2005. Irish Ferries avait «changé » le pavillon de trois Irish Sea Ferries d’Irlande pour celui de Chypre afin de réduire les coûts et les conditions de travail. Il proposa de licencier un tiers de ses effectifs afin de les remplacer par des travailleurs moins bien rémunérés d'Europe centrale et orientale. Le 24 novembre 2005, la société a embauché des agents de sécurité pour monter à bord de l' Isle of Inishmore dans le but de prendre le contrôle du navire. De nouveaux employés montèrent également à bord du ferry en même temps.

 

Les licenciements collectifs ont déclenché une grève de 20 jours, qui a pris fin lorsque le Syndicat des services, de l'industrie, des professionnels et des techniques a conclu un accord de trois ans avec Irish Ferries qui entérinait le licenciement de centaines de ses membres et leur remplacement par des intérimaires employés par une agence d’intérim chypriote. Les équipages étrangers recevaient le salaire minimum de seulement 7,65 € de l'heure et le syndicat s’engagea à ne plus faire de grève.

 

Revue de Presse (399)
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27 mars 2022 7 27 /03 /mars /2022 05:01

 

Lisez, ou plutôt, écoutez ceci :

« Vers 1650 résidait sur ses terres, entre Compiègne et Pierrefonds, un riche gentilhomme, nommé Bernard de Montragoux, dont les ancêtres avaient occupé les plus grandes charges du royaume ; mais il vivait éloigné de la Cour, dans cette tranquille obscurité, qui voilait alors tout ce qui ne recevait pas le regard du roi. Son château des Guillettes abondait en meubles précieux, en vaisselle d'or et d'argent, en tapisseries, en broderies, qu'il tenait renfermés dans des garde meubles, non qu'il cachât ses trésors de crainte de les endommager par l'usage ; il était, au contraire, libéral et magnifique. Mais en ces temps-là les seigneurs menaient couramment, en province, une existence très simple, faisant manger leurs gens à leur table et dansant le dimanche avec les filles du village. Cependant ils donnaient, à certaines occasions, des fêtes superbes qui tranchaient sur la médiocrité de l'existence ordinaire. Aussi fallait-il qu'ils tinssent beaucoup de beaux meubles et de belles tentures en réserve. C'est ce que faisait M. de Montragoux. 

 

Son château, bâti aux temps gothiques, en avait la rudesse. Il se montrait du dehors assez farouche et morose, avec les tronçons de ses grosses tours abattues lors des troubles du royaume, au temps du feu roi Louis. Au-dedans il offrait un aspect plus agréable. Les chambres étaient décorées à l'italienne, et la grande galerie du rez-de-chaussée, toute chargée d'ornement en bosses, de peintures et de dorures. »

 

Cela coule de source, c’est parfaitement construit, très harmonieux, d’une précision totale. En un mot, c’est de l’Anatole France (Les Sept femmes de Barbe-Bleue).

 

Tenez, plus court : « Elle sentit une contraction douloureuse de l'estomac, un étouffement à la gorge, une brûlure de sang aux joues, une angoisse indicible. » Pas de chichi, pas d’emphase, mais on a atrocement mal avec cette personne (Jocaste et Le Chat maigre).

 

Je ne comprends pas pourquoi, depuis plusieurs décennies, Anatole France a, non seulement, été placé sous une lourde chape d’oubli, mais a également fait l’objet d’un dénigrement scandaleux de la part des autorités littéraires et politiques françaises. Quand il mourut, France était presque aussi populaire que l’avait été Victor Hugo en son temps (il disait que la gloire, c’est de pouvoir aller à l’opéra en pantoufles).

 

Il fut un écrivain immense et d’un très grand courage.

 

Prenons-le par le biais de l’étranger. George Orwell qui, en tant que critique littéraire, avait un jugement très sûr, écrivit en 1943, pour l’hebdomadaire socialiste Tribune, une étude vigoureuse sur le très populaire écrivain étatsunien Mark Twain : “ Mark Twain – The Licensed Jester ”, que l’on peut traduire par “ L’amuseur sous licence ”, avec cette idée que Twain était devenu la figure de référence patentée, autorisée de l’humour d’outre-Atlantique. À l’auteur de Huckleberry Finn, Orwell oppose fort justement celui de Crainquebille ou encore celui qui, à l’occasion de l’affaire Dreyfus, avait forgé le mot “ xénophobe ”. Que disait l’auteur de 1984 ? Que Twain put avoir des prétentions à la critique sociale, à la philosophie, même ; qu’il y avait chez lui quelque chose d’iconoclaste, peut-être de révolutionnaire mais que tout cela fit long feu ; qu’au lieu d’être un héraut de la démocratie, il se contenta du rôle de figure publique, de people dirait-on aujourd’hui. Comme Anatole France, Twain était un athée, convaincu de la cruauté des hommes. Mais France, nous dit Orwell, était infiniment plus cultivé, plus civilisé que Twain. Et surtout, il fit preuve d’infiniment plus de courage. Il ne se satisfit point du rôle du jester, de l’aimable amuseur d’autorité : il attaqua frontalement ses ennemis et prit les problèmes à bras le corps. Il osa défier les autorités, y compris l’Église, tandis que Twain ne s’en prit que très rarement aux croyances établies. Y compris celle qui veut que le succès soit synonyme de valeur morale. Les romans dont Monsieur Bergeret est le héros sont une vigoureuse critique globale de la société française à la fin du XIXe siècle. En quelques pages, dans Crainquebille, France dénonce de manière spectaculaire l’injustice … de la Justice et des forces de l’ordre. Ce, du point de vue d’une certaine partie de la classe ouvrière. Sur la pierre blanche, publié en feuilleton dans L’Humanité en 1905, offre – à l’époque de l’affaire Dreyfus – une dénonciation du racisme et de l’antisémitisme et, à une époque où les nationalismes reprenaient du poil de la bête, réfléchit à la possibilité d’États-unis du monde.

 

Anatole France fut un radical au sens propre du terme. Pas un socialiste, même s’il lui arriva fréquemment de se faire l’avocat d’idéaux socialistes et de ceux qui avaient le front de se battre pour eux. Alors que sa dépouille n’était pas encore froide, cet homme d’un grand courage fut l’objet de lâches attaques particulièrement haineuses, du même registre que celles que Zola avait dû subir. Il faut dire qu’il avait soutenu la cause de Dreyfus, s’était permis de démythifier Jeanne d’Arc de manière rationaliste et avait écrit une histoire de France satirique en quatre volumes. Il ne pouvait qu’être détesté par les cléricaux et les revanchistes.

 

François-Anatole Thibault (le dessinateur Chaval avait inventé que l’auteur de L’Île aux penguins s’était trouvé un nom de plume en lançant des fléchettes sur un planisphère !) naquit à Paris en 1844 et mourut quatre-vingts ans plus tard à Saint-Cyr-sur-Loire, trois ans après avoir reçu le Prix Nobel de littérature. Son père fut un sous-officier royaliste jusqu’à la Révolution de 1830, date à laquelle il démissionna pour devenir libraire et défendre les idéaux de la Révolution française. Les dieux ont soif (1908) doivent beaucoup à ces contacts précoces du jeune Anatole avec la Révolution. Dans cet ouvrage, le personnage de Brotteaux, ancien noble conscient des dérives révolutionnaires, représente peu ou prou le point de vue de l’auteur.

 

Au collège Stanislas, institution privée catholique où De Gaulle fut élève, France souffrit d’être de condition modeste parmi les riches. Au milieu des années soixante, il fut proche de Leconte de Lisle et de sa conception de la poésie : travail de la forme, idéal antique de la beauté, primat de la raison sur les sentiments, absence d’engagement en tant qu’écrivain.

 

Je n’insiste pas sur la vie privée d’Anatole France : amour déçu, puis mariage, puis liaison tumultueuse avec la célèbre égérie de la littérature française Léontine de Caillavet dont il dira : « sans elle, je ne ferais pas de livres », puis divorce prononcé à ses torts.

 

France aborde le genre romanesque assez tard, avec Le crime de Sylvestre Bonnard (1881), couronné par l’Académie française. Il devient ensuite le critique littéraire du Temps, un journal de centre-gauche. Il est élu à l’Académie française en 1896.

 

Au sommet de sa gloire, il soutient de nombreuses causes minoritaires : il dénonce le génocide arménien et, à l’inverse de tous ses collègues académiciens, rejoint Zola dans la défense du capitaine Dreyfus. Il participe à la création de la Ligue des droits de l’homme et du citoyen, il quitte L’Écho de Paris antidreyfusard, et rejoint Le Figaro, quotidien de droite mais dreyfusard. En 1898, il rend sa Légion d’honneur parce qu’on avait privé Émile Zola de la sienne. Il soutient l’auteur de Germinal pendant son procès. Il refusera de siéger à l’Académie pendant seize ans.

 

Il se rapproche de Jean Jaurès et de son Parti socialiste français. Il prône vigoureusement la séparation de l’Église et de l’État, milite pour les droits syndicaux et dénonce les bagnes militaires.

 

Au début de la Première Guerre mondiale, il écrit des textes patriotiques qu’il reniera, puis milite pour la paix entre Français et Allemands, ce qui lui vaudra des menaces de mort. En 1919, il se prononcera, dans L’Humanité (quotidien auquel il avait collaboré depuis sa création), contre la « paix injuste » du Traité de Versailles. En 1922, il publie un “ Salut aux Soviets ” dans le quotidien communiste avant de dénoncer les premiers procès faits aux Socialistes révolutionnaires. Il est alors interdit de publication dans les journaux communistes.

 

Son regard sur le monde devient alors plus pessimiste, comme l’atteste Les dieux ont soif (1912), sa critique de la Terreur sous la Révolution française.

 

En 1922, juste après avoir été couronnée par le Nobel, son œuvre fait, en totalité, l’objet d’une condamnation papale.

 

Lors de la victoire du Cartel des gauches en mai 1924, il reçoit un hommage triomphal lors d’une fête en son honneur au Trocadéro. Il s’éteint paisiblement en octobre. Alors qu’il les avaient refusées, des obsèques nationales sont organisées à l’instigation du président de la République Gaston Doumergue. Paul Valéry est élu à son fauteuil à l’Académie française. Il ne prononcera pas une seule fois le nom de son prédécesseur durant son éloge.

 

Anatole France fut reconnu par des écrivains qui savaient lire : Proust, à qui le personnage de Bergotte, dans La recherche, doit beaucoup ; Marcel Schwob, Georges Bernanos.

 

Peu après sa mort, il fut courageusement assassiné par certains surréalistes. Le tract collectif “ Un cadavre ” posa la question « Avez-vous déjà giflé un mort ? ». Joseph Delteil dit de France qu’il n’était qu’un « hors-d’œuvre ». Drieu La Rochelle (qui n’était pas encore sympathisant nazi mais qui était déjà bien de droite) prophétisa : « Ce n'est qu'une France qui vient de mourir, il y en a plusieurs, il y en a qui naissent, étranges et terribles ». Parce qu’il était le fils naturel d’un préfet et qu’il avait du mal à tuer les pères en littérature, Aragon évoqua en Anatole France « le littérateur que saluent à la fois aujourd'hui le tapir Maurras et Moscou la gâteuse » ; il ajouta que tout admirateur de France était « un être dégradé » et que le grand écrivain fut « un exécrable histrion de l’esprit », bel exemple de « l’ignominie française ».

 

Ces godelureaux très mal dans leur peau avaient réduit Anatole France au statut d’écrivain officiel – ce qu’il était sûrement au moment de sa mort – aussi médiocre que son personnage Monsieur Bergeret.

 

Pourquoi j'aime Anatole France
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21 mars 2022 1 21 /03 /mars /2022 06:01

Selon Ouest-France, près de La Roche-sur-Yon, un collège porte le nom de l’écrivain Russe Alexandre Soljenitsyne qui s’était rendu en Vendée en 1993. Des syndicats d’enseignants demandent qu’il soit remplacé par celui d’un poète ukrainien.

 

Les syndicats Sud Éducation 85, SGEN CFDT 85, CGT Educ’action 85, FA groupe Henri-Laborit et Attac Vendée « exigent le changement de nom du collège, en soutien aux peuples victimes de la folie meurtrière de Poutine ».

J'observe que le syndicat auquel j'appartiens depuis plus de 50 ans (la FSU) n'a pas signé cet appel honteux. Quant à ce qui reste de la malheureuse ATTAC...

 

Philippe Dossmann, dans les Dernières Nouvelles d’Alsace, rapporte que la campagne d’affichage choisie par Strasbourg contre le racisme et l’antisémitisme fait parler d’elle sur les réseaux sociaux. L’opposition estime qu’elle réduit ces combats républicains à des clichés sur les signes religieux.

L’ancien adjoint, Mathieu Cahn, est monté au créneau sur Facebook en stigmatisant les signes religieux portés par certains (deux garçons arborent des kippas, une jeune femme un voile) : « Non l’avenir de Strasbourg et de la République ne doit pas avoir comme visage l’affirmation des particularismes… »

Revue de Presse (398)

 

Selon Voici, un débat de fond agite le parti socialiste : «  Anne Hidalgo et son époux restent plus soudés que jamais. Une histoire qui n'est pas près de s'arrêter alors qu'ils s'étaient rencontrés quand ils travaillaient dans le cabinet de Martine Aubry lorsque cette dernière était ministre du Travail. Cette collaboration s'est transformée en une belle relation malgré leur différence d'âge. Anne Hidalgo, âgée de 62 ans, a 7 ans de plus que son mari. Un petit écart qui ne les dérange pas le moins du monde. D'ailleurs Anne Hidalgo a insisté : elle ne se "sent pas cougar". "Contrairement à d'autres, je n'aurais jamais pu tomber amoureuse d'un adolescent…", a-t-elle déclaré. Nul doute qu'elle tacle outrageusement Brigitte Macron et fait référence à son histoire avec le président de la République. »

 

 

Selon Manon Bernard, dans L’Obs, le gouvernement français a peut-être libéré les masques un peu trop tôt, en particulier dans les écoles : « Les écoles n’échappent pas à la recrudescence de Covid-19, la pandémie connaissant un regain dans toute la France ces derniers jours. Selon les chiffres  hebdomadaires du ministère de l’Éducation national, 52 669 élèves ont été testés positif au Covid-19 en sept jours, soit 12 176 de plus que la semaine précédente.

 

En ce qui concerne les personnels, le nombre est également en augmentation avec 6 199 cas de Covid-19 en sept jours contre 4 459 comptabilisés la semaine précédente.

 

La semaine dernière, l’Éducation nationale dénombrait 2 693 fermetures de classe.

 

Selon Amanda Chaparro, dans Le Monde, au Pérou, la libération de l’ex-autocrate Alberto Fujimori provoque la colère.

« Des milliers de personnes sont descendues dans la rue pour protester contre la décision du Tribunal constitutionnel de remettre en liberté l’ancien président.

 

A l’annonce de la libération anticipée de l’ex-autocrate Alberto Fujimori, 83 ans, condamné en 2009 à 25 ans de prison pour crimes contre l’humanité et corruption, des réactions de colère ont éclaté au Pérou, jeudi 17 mars. Les partisans de l’ancien président, qui demandaient sa sortie de prison, invoquant son grand âge et sa santé fragile, ont salué cette décision, tandis que des milliers de personnes ont protesté dans les rues du centre historique de Lima, la capitale, de Cuzco, et d’autres grandes villes du pays, contre ce jugement qualifié de « honte nationale ».

 

Jeudi, le Tribunal constitutionnel a ordonné la libération de l’ex-président, rétablissant une grâce initialement accordée en catimini en 2017 par l’ex-président de droite Pedro Pablo Kuczynski, pour « raisons humanitaires ». Une grâce annulée ensuite par la Cour suprême l’année suivante, en raison d’une série d’« irrégularités »,  – notamment une procédure jugée trop rapide, et alors que Kuczynski avait manigancé avec le camp fujimoriste pour éviter sa destitution par le Congrès. « Retourner en prison est une condamnation à mort lente et certaine », avait alors déclaré M. Fujimori, en proie à des problèmes de santé récurrents.

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18 mars 2022 5 18 /03 /mars /2022 06:01

La réponse de Michel Feltin-Palas

 

The Voice, Cash investigation... Pourquoi la télé française aime-t-elle autant l'anglais ?
Malgré la loi Toubon et le pouvoir de sanction dévolu au CSA (devenu l'Arcom), la langue nationale est bien mal défendue sur le petit écran.
 
Cash Investigation, Grey's Anatomy, Cold Blood Legacy, Captain America civil wars, Red Light, Wheeler Dealers France, Le Paname Comedy club, the Voice la plus belle voix, Young Sheldon, Lego Masters... Non, il ne s'agit pas des titres des émissions d'une chaîne de télévision américaine ou britannique, mais des programmes de la télévision française en début de soirée relevés lors d'une semaine ordinaire. Et encore, je vous épargne la liste des films dont les titres sont présentés en anglais sans la moindre traduction.
 
Je sais bien que les journalistes ont l'esprit mal tourné (pléonasme ?), mais quand même : l'article 12 de la loi Toubon sur la langue française, reprenant une loi précédente de 1986, ne dit-elle pas ceci : "L'emploi du français est obligatoire dans l'ensemble des émissions et des messages publicitaires des organismes et services de radiodiffusion sonore ou télévisuelle, quel que soit leur mode de diffusion ou de distribution, à l'exception des oeuvres cinématographiques et audiovisuelles en version originale" ? Et le Conseil supérieur de l'audiovisuel (désormais Arcom) n'est-il pas "chargé de veiller à la défense et à l'illustration de la langue et de la culture françaises" ? 
 
Cette semaine de la langue française m'a donc semblé l'occasion idéale pour me pencher sur ce fâcheux paradoxe. Dans ce but, j'ai interrogé la conseillère chargée de ce sujet au sein de l'organisme de régulation, Carole Bienaimé-Besse. Et j'ai compris assez vite d'où provenait ce laxisme généralisé. "Notre pouvoir dans ce domaine est limité, m'a-t-elle aussitôt expliqué. En 1994, le Conseil constitutionnel a en effet estimé que la loi Toubon était sur ce point contraire à "la liberté de pensée et d'expression". Dès lors, il ne nous est pas possible d'obliger France Télévision à transformer The Artist en "L'Artiste", par exemple." La même décision bride au demeurant l'Autorité de Régulation Professionnelle de la Publicité, l'organisme chargé de veiller au respect de la loi Toubon dans ce domaine.
 
Certains d'entre vous s'étonneront sans doute de l'étrange logique du Conseil constitutionnel. A ceux-là, je ne saurais trop recommander de lire l'analyse qu'avançait Jacques Toubon lui-même dans un entretien accordé à l'Express à l'occasion des 25 ans de sa loi. L'ancien ministre de la Culture y évoquait clairement la "pression des milieux publicitaires" – allusion transparente aux intérêts personnels du président de l'institution de l'époque, Robert Badinter, dont l'épouse, Elisabeth, est la fille de Marcel Bleustein-Blanchet, le fondateur de Publicis... 
 
De ce fait, le gendarme de l'audiovisuel s'estime fondé à renvoyer la balle du côté des politiques. En substance : si la loi est mal faite, il appartient aux élus de la changer. Sauf que.
 
S'il est incontestable que l'action de l'Arcom est entravée par la décision des "Sages", cet argument ne met cependant pas un terme au débat. Car le régulateur pourrait, s'il le souhaitait vraiment, agir par d'autres moyens. "En cas de constatation d'infractions dans ce domaine, le Conseil [supérieur de l'Audiovisuel] peut prendre les sanctions prévues par la loi du 30 septembre 1986", indique en effet l'article 2.5 de la circulaire du 19 mars 1996 concernant l'application de la loi Toubon. Or, "ce pouvoir de sanction n'a jamais été utilisé", convient la conseillère. En cas d'écarts manifestes, l'Arcom s'en tient à de simples "recommandations" qui restent sans effets. "Si les journalistes, les rédacteurs en chef et les chargés de programmes n'ont pas la volonté d'éviter les anglicismes, il nous est difficile d'agir. Il faudrait une volonté collective", commente, résignée, Carole Bienaimé-Besse. Résultat : le gendarme de l'audiovisuel se contente de publier sur son site internet des "exemples de bonnes pratiques destinées à limiter le recours aux anglicismes". Jusqu'à plus ample informé, il ne semble pas que son taux de consultation ait jamais fait surchauffer les serveurs informatiques de l'institution...
 
Les esprits les mieux disposés se rassureront en apprenant qu'il existe dans les chaînes privées un "référent langue française". Au sein du groupe TF1, par exemple, ce poste est confié à une ancienne gloire du petit écran, Jean-Claude Narcy, âgé aujourd'hui de 84 ans, qui se déclare... "très satisfait "de la situation. "Dans l'ensemble, cela se passe bien, même s'il faut rester vigilant", m'a-t-il assuré très sérieusement. Je lui ai fait remarquer que sa chaîne multipliait pourtant les anglicismes, que ce soit dans ses journaux, dans ses programmes et même sur son site, baptisé MyTf1. "Oui, cela m'énerve !", a-t-il alors reconnu. Je lui ai également demandé si son groupe avait été fréquemment la cible des fameuses "recommandations" de l'ex-CSA. "C'est arrivé une fois en 10 ans, à propos de l'émission 50 ' Inside", m'a-t-il précisé. "Et que s'est-il passé ?", l'ai-je relancé. Sa réponse m'a sidéré : "Ils nous ont dit que c'était un péché véniel et l'émission a pu garder son titre."
 
PS (BG) : en illustration, la couverture d'un livre d'Henri Gobard qui, comme moi, enseigna aux universités d'Amiens et de Vincennes et qui fut l'un des tout premiers – pour ne pas dire le premier – en France, au début des années 1970, à dénoncer l'aliénation linguistique et culturelle dans notre pays.
Pourquoi la télé française aime-t-elle autant le gallo-ricain ?
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14 mars 2022 1 14 /03 /mars /2022 06:17

Selon Courrier International, La guerre en Ukraine a déclenché une vague d’émigration russe vers les Émirats arabes unis – notamment d’employés de compagnies étrangères ayant fermé leurs bureaux et de riches oligarques, mais aussi vers la Turquie, seul pays de l’Otan à ne pas avoir fermé son espace aérien aux avions russes.

 

Al-Bayan affirme que “beaucoup de riches Russes se pressent à Dubaï, considéré comme une destination sûre permettant un mode de vie distinguée”. Et de rappeler que Dubaï a instauré, depuis octobre 2020, un visa spécial pour les télétravailleurs, suivi d’autres mesures favorables aux grandes fortunes du monde.

 

Le journal local s’appuie sur un article paru jeudi 10 mars dans le Financial Timesselon lequel “des Russes affluent pour établir leurs affaires et acheter de l’immobilier aux Émirats arabes unis dans le souci de s’assurer une résidence et de mettre à l’abri des actifs au moment où les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Union européenne renforcent leurs sanctions” contre la Russie.

Selon le journal britannique, quelque 40 000 Russes et 15 000 Ukrainiens, sans compter 60 000 russophones originaires d’autres républiques de l’ex-Union soviétique, vivaient déjà aux Émirats avant le début de la guerre.

 

 

Noam Chomsky s’exprime sur la guerre en Ukraine dans le site Truthout traduit par Ballast : « Avant d’aborder la question, il convient de régler quelques faits incontestables. Le plus crucial est que l’invasion russe de l’Ukraine est un crime de guerre majeur, au même titre que l’invasion américaine de l’Irak et l’invasion de la Pologne par Hitler et Staline. Il est toujours judicieux de chercher des explications mais il n’y a aucune justification, aucune circonstance atténuante.

 

On pourrait dire, par exemple, que « puisque la principale exigence de Poutine est l’assurance que l’OTAN ne prendra pas de nouveaux membres, et en particulier pas l’Ukraine ni la Géorgie, il est évident que la crise actuelle n’aurait pas eu lieu s’il n’y avait pas eu d’expansion de l’Alliance après la fin de la guerre froide, ou si l’expansion s’était faite en harmonie avec la construction d’une structure de sécurité en Europe qui incluait la Russie ». L’auteur de ces mots est l’ancien ambassadeur des États-Unis en Russie, Jack Matlock, l’un des rares spécialistes sérieux de la Russie dans le corps diplomatique des États-Unis. Il a écrit ça peu avant l’invasion. Et il poursuivait, concluant que la crise « peut être facilement résolue par l’application du bon sens. Il est dans l’intérêt des États-Unis de promouvoir la paix et non le conflit. Essayer de détacher l’Ukraine de l’influence russe – le but avoué de ceux qui ont agité les révolutions de couleur – était une course folle et dangereuse.

 

Revue de Presse (397)

Enfin Viktor Dedaj, pour le Grand Soir, exprime un point de vue que l’on ne trouve pas dans nos médias grand public : « Je considère l’Ukraine comme un pion du camp occidental, et la réaction des chancelleries occidentales tend à me conforter dans cette opinion. On dirait qu’elles n’attendaient que ça.

 

La diabolisation des Russes pour cet acte d’agression n’est qu’une de ces farces régulières dans lesquelles les médias entraînent les populations hébétées. C’est quoi ça ? Quelle population a déjà été lynchée par les médias occidentaux et sanctionnée par les politiques pour un acte d’agression commis par ses dirigeants ? Et qui en a déjà commis et combien de fois, et qui en commet en ce moment même, et sous quelles formes et avec quelles “ excuses ” et pour quelles indignations ?

 

Et il se trouve aussi que, contrairement à d’autres, je m’en cogne et contre-cogne que l’Ukraine se trouve en Europe et que ses habitants soient des blonds aux yeux bleus.

 

Alors,


Aux Raphaël Glucksmann et consorts...

 

A tous ceux qui ont trouvé dans cette affaire un exutoire pour leur racisme, leur bellicisme – qui l’eut cru ? – et un casus belli contre la liberté d’opinion et notre droit de savoir...

 

...Tant que la Tour Eiffel ne sera pas éclairée, ne serait-ce qu’une fois, une seule fois, aux couleurs de la Palestine, du Yémen, du Soudan, de l’Irak ou de [longue liste], je n’ai qu’une réponse : “ Fermez-la ”.

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