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26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 05:52

RP2Le retour de l’obscurantisme peut-il sauver les riches ? se demande Caleb Irri dans les colonnes du Grand Soir.

Pour expliquer le capitalisme, on le compare souvent à un gâteau qui représenterait la somme des richesses à se partager. Au départ d’une taille qui correspondait à la quantité de monnaie qui le constituait, il s’est agrandi au fur et à mesure des convertibilités successives, de la création monétaire, du crédit… jusqu’à devenir un gigantesque dessert « mondial », par addition de tous les gâteaux « nationaux » : c’est le résultat de la mondialisation.

Mais ce gâteau qui grandit sans cesse (c’est ce qu’on appelle la croissance) est à partager entre tous les acteurs qui ont contribué, de près ou de loin, à sa réalisation, selon des règles établies et acceptées sinon par tous, au moins par la majorité. Et toute la science politique se résume à savoir comment : chaque individu a-t-il le droit de prétendre à la même part, et si non comment le justifier ?

En réalité la crise est l’excuse sur laquelle s’appuient les puissants pour le rester en imposant LEUR modèle de civilisation, et le choc des civilisations sera la croisade capable de détourner l’attention des peuples vers d’autres responsables des injustices dont ils sont victimes.

 

Selon Daniel Bernard, journaliste à Marianne, Étienne Mougeotte a réuni ses journalistes du Figaro pour leur expliquer que Sarkozy faisait vendre et que lui, Mougeotte, n’avait rien à faire de leurs états d’âme de journalistes soucieux de la pluralité d’expression. Pour Mougeotte, le pluralisme existe. La preuve : « Les chroniqueurs vont d’Ivan Rioufol à Luc Ferry, d’Alain-Gérard Slama à Yves de Kerdrel, il y a plus que des nuances entre eux, je les laisse écrire ce qu’ils veulent ». Prions que Maxime Vivas ne traite jamais les collaborateurs d’« Excusez-moi de vous interrompre » comme Mougeotte traite sa rédaction !

 

Mediapart s’est intéressé au Canal du Midi qui été un des héros médiatiques de l’été dernier, quinze ans après son classement à l’Unesco. La cause ? Le chancre coloré, qui, à terme, condamne les 42000 platanes qui bordent l’ouvrage.

Le 24 novembre dernier, Nathalie Kociusko-Morizet, était à Trèbes dans l’Aude, site emblématique du Canal du Midi, pour planter un arbre en fanfare, sous l’œil des caméras. La ministre de l’Ecologie en a profité pour lancer un appel aux dons pour financer le remplacement de tous les platanes qui bordent le canal, fortement touchés par le chancre coloré, un champignon ravageur. Même dans ce domaine, l’État recule et attend tout des investisseurs privés.

Un entretien très intéressant du démographe Hervé le Bras dans les colonnes de Rue 89 sur la France saine et la France malade :

Vous avez évoqué les liens entre la transformation de structures familiales et le communisme. Mais vous rejetez tout lien entre vote PC et vote FN.

Hervé Le Bras. Les régions où le vote FN est élevé ne sont pas les régions où le vote PC est élevé. C'est une autre histoire. On pense que ce qui est en cause, ce n'est pas une anthropologie familiale mais une anthropologie de voisinage, et on le constate à deux niveaux : à très grande échelle, dans des régions où la nature du voisinage s'est profondément transformée, dans un sens de perte de contact avec les voisins. C'est toute la France du Nord-Est, au dessus de la Seine, toute la France qui descend dans le couloir rhodanien, et les rivages de la Méditerranée.

Les cartes ne bougent pas depuis 1984, année du premier vote FN de masse. Plus on s'éloigne des centre-ville, depuis 2000-2002, plus on vote FN. C'est la France périurbaine, des banlieues éloignées. C'est là qu'on trouve le plus de ruptures avec le voisinage. On travaille en moyenne à 30 km de chez soi, on fait ses courses à l'hypermarché, il n'y a pas de café, de fêtes de village, de mariages où se retrouver.

Ce sont des vies difficiles, qui ne peuvent guère compter sur une communauté pour les accueillir ou les aider, plantés au milieu des champs. C'est d'une grande dureté. Le voisin, c'est déjà un étranger. Je pense que le FN est lié à cette question de voisinage.

C'est assez violent de parler comme vous le faites d'une « France saine » et d'une « France malade »...

La France saine est celle qui ne vote pas FN. Depuis l'époque de Charlemagne, deux modes de vie différents coexistent en France. Et l'un deux correspond au vote FN : là où on vit dans des petits villages, des petites villes : la Champagne, la Haute-Marne, séparés par rien, des vastes champs. Dans une autre partie de la France, il y a une succession d'habitats isolés.

La France saine, c'est là où les relations sociales se sont plutôt épanouies au fil des années, et la France malade, c'est celle où les relations sociales se sont durcies.

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23 mars 2012 5 23 /03 /mars /2012 15:53

http://www.dinosoria.com/enigmes/gevaudan-1.jpgPhilippe Arnaud m'a adressé ce texte très intéressant sur le traitement par les médias des tueries de Toulouse.


 

Quelles remarques peut-on tirer de cette tragédie ?

 

- Essentiellement celle-ci, sur laquelle je suis souvent revenu, et que notait déjà RobertMandrou en 1967, dans son ouvrage sur /La France aux XVIIe et XVIIIe siècles (citation reprise par Pierre Goubert dans L'Ancien Régime, en 1969) : nos informations, malgré la modernité des supports (satellites, Internet, écrans plats, tablettes tactiles, ordinateurs, caméras incorporées dans les plus petits supports - comme les appareils téléphoniques, etc.), nos informations restent, sur le fond, des informations témoignant d'une mentalité archaïque.

 

- Elles restent archaïques par la prédominance de la météo, surtout traitée dans ses manifestations exceptionnelles, par la prédominance du récit biographique attendrissant (transféré de celui des princes - et encore pas toujours ! - à celui des vedettes du sport, du cinéma ou de la chanson), par la prédominance du merveilleux - pris en charge par la technologie - et, enfin, et surtout, par la prédominance du fait divers criminel. Et plus ce fait divers est gros, plus il est affreux, plus, comme sous l'Ancien Régime, il est utilisé pour attireret retenir le chaland. Voire pour le manipuler....

 

- Les tueries attribuées à Mohamed Merah entrent dans ce cadre. Et l'on ne peut qu'être frappé par la distorsion entre la modernité du média et l'archaïsme de la mentalité ainsi mise à jour. Un événement du passé revient à la mémoire à ce propos, celui de la Bête du Gévaudan, qui, de 1764 à 1767, fit 80 victimes, principalement sur les territoires des actuels départements de la Lozère (du nord) et de la Haute-Loire. Et, de fait, les similitudes ne manquent pas.

 

1. La première d'entre elles - celle qui suscite l'angoisse initiale - est l'incertitude (qui, en l'occurrence, n'a duré que quelques jours) sur la localisation et sur l'identité du tueur. De même qu'on ne savait quelle était la nature de la Bête du Gévaudan (un loup ? plusieurs loups ? une créature fabuleuse tel que le loup-garou ? un animal dressé à tuer ?), on a élaboré des conjectures sur une appartenance supposée du tueur à une association d'extrême-droite, à une mouvance islamiste ou à Al-Qaida. Et, de même que la Bête se déplaçait à plusieurs lieues de distance, le tueur a commis ses forfaits de Toulouse à Montauban (distance : 54 km). Il est d'ailleurs révélateur que l'objet-symbole de ce tueur ait été non pas le pistolet mais le scooter, marque de sa mobilité, de sa dangereuse ubiquité, comme celle de la Bête du Gévaudan.

 

2. La deuxième similitude est qu'il touche à un des interdits de la société, à un de ses tabous : s'en prendre à des enfants. De même que la Bête assaillait souvent des enfants, qui gardaient les troupeaux, souvent accompagnés de leurs frères et soeurs plus jeunes (une consultation de Wikipedia mentionne des enfants de 14 ans, 15 ans, 8 à 12 ans, 6 ans et même 14 mois). Or, on ne tue pas des enfants - y compris dans les oeuvres cinématographiques. Dans celles-ci, en effet, lorsqu'il y a des dangers (genre films-catastrophes) ou des tueurs, une convention non écrite veut que les enfants figurent presque toujours parmi les survivants. Ce qui, d'ailleurs, est le contraire de la réalité puisque, pour diverses raisons - manque de mobilité, de force physique, de conscience du danger, les enfants figurent souvent parmi les premières victimes. En s'en prenant à des enfants, dans une école juive de Toulouse, le tueur, s'en prenant à cet interdit, accroissait l'horreur de son geste.

 

3. La troisième similitude est la disproportion énorme entre le nombre de victimes et l'émotion suscitée : les quatre morts de l'école de Toulouse ne sont "/que/" la valeur d'un accident de la circulation, ne touchant qu'une seule voiture familiale. Et on peut noter la disproportion (même s'il s'agissait d'un accident concernant des Belges et non des Français) entre le traitement médiatique de l'accident d'autobus de Sierre, qui fit tout de même 28 morts (contre 7 en France) et celui de Toulouse-Montauban, traité, relativement, de façon encore plus disproportionnée que les attentats du 11 septembre 2001...

 

4. Cette disproportion est d'ailleurs celle qui s'attache à ces autres "acteurs" d'homicides que sont les loups ou les ours (qui ne tuent aucun humain et encore moins de troupeaux de moutons que les chiens errants), ou, symboliquement, les requins. A propos de ces derniers, une des années les plus meurtrières fut, par exemple, l'année 2000, qui vit 11 attaques mortelles de requins, /toutes espèces confondues, dans le monde entier/. La probabilité d'être tué par un requin, même lorsqu'on est un passionné des baignades en mer, est donc bien moins grande que celle d'attraper un coup de dents - éventuellement mortel s'il touche un nourrisson - par le brave labrador du voisin que l'on caresse pourtant depuis des années. Or ni les chiens ni les hyménoptères (abeilles, guêpes, frelons) qui, cependant, sont la cause de bien davantage de morts dans le monde, ne suscitent ces peurs aussi hystériques qu'irraisonnées (mais non inexplicables).

 

5. Ce traitement disproportionné (et, j'ose le dire/, outré/) des tueries de Montauban est Toulouse souligne un autre trait archaïque, en ce qu'elle est un révélateur de peurs cachées, instinctives, préhistoriques. Dans le cas du requin, c'est, comme le dit Jean Delumeau dans La peur en Occident (XIVe - XVIIIe siècles) [Fayard, 1978], une peur de la mer et une peur de l'obscurité (puisque  le requin surgit des profondeurs, qui sont ténèbres), plus une peur du dessous, de la profondeur, l'Enfer, dans le folklore chrétien, étant toujours situé dessous.

 

6. Dans le cas de la Bête du Gévaudan, revenait aussi la peur de l'animal fabuleux (le loup-garou), éventuellement aussi la peur du Malin - soit que l'animal ait été l'un des avatars du Démon, soit qu'il ait été l'instrument de Dieu pour punir les hommes de leur péchés (comme on le disait pour les pestes ou les épidémies). Enfin, cette peur est celle de l'inconnu - pendant longtemps, nul ne vit la Bête du Gévaudan, et même après la fin de ses tueries, on douta des divers cadavres d'animaux présentés comme étant le sien, la peur de l'étranger et la peur du déviant (jadis, les sorcières ou présentées comme telles, les juifs, les étrangers, voire les fous) étaient les premières victimes des pestes ou des incendies.

 

7. Dans notre époque déchristianisée (ou post-chrétienne), où l'un des paradoxes est la fortune des films consacrés au Diable [alors que l'évocation de celui-ci a disparu des catéchèses], les peurs sont toujours celle de l'Inconnu, celle du déviant et celle de l'étranger.

 - Or, depuis quelques années, cet inconnu s'est incarné - ou, plutôt, "on" l'a incarné - dans l'islamiste, et, plus largement, dans le musulman, à qui on a prêté des desseins diaboliques non seulement d'attentats, mais aussi de submersion démographique (alors que les pays musulmans ont accompli leur révolution démographique), de prise du pouvoir - démocratique ou subreptice - de changement progressif des mœurs (notamment par l'imposition, aux femmes, de normes rétrogrades) ou d'attaque nucléaire (alors que le pays le plus soupçonné de vouloir utiliser la bombe atomique est l'Iran, qui, pourtant, n'en possède pas une seule...). Il est donc caractéristique qu'à partir du moment où le suspect présumé ait été identifié comme étant un musulman - se prétendant islamiste -, toutes ces peurs se soient coagulées pour en faire le cirque médiatique que nous connaissons depuis 48 heures.

 

Philippe Arnaud

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23 mars 2012 5 23 /03 /mars /2012 06:40

http://www.delaplanete.org/IMG/jpg/afghan_moudjahidine.jpgLoin de moi l’idée de critiquer les envoyés spéciaux qui, comme ce fut le cas lors du long épisode de la Rue du Sergent Vigné, rendent compte, dans des conditions difficiles dues à la fatigue et à la tension ambiante, d’événements difficiles à décrire, à comprendre. Je serais assurément incapable d’en faire autant même si, parce que je fus enseignant, j’ai parlé pendant près de quarante ans. Le problème est que les journalistes des radios et télévisions doivent donner l’illusion qu’ils informent alors qu’il ne se passe rien. Et puis, il y a la pression des actionnaires, des employeurs : il faut être les « meilleurs », être les premiers à annoncer des “ nouvelles ”, à annoncer quelque chose, à annoncer tout court. À Toulouse, BFMtv s’est particulièrement illustrée en balançant de grosses âneries, comme, par exemple, le suicide du tueur.

 

Je voudrais insister ici sur deux travers, deux tics de langage communs à la plupart des envoyés spéciaux dans la “ ville rose ”.

 

Lorsqu’eurent lieu les échanges de coups de feu très nourris entre Mehra et les forces de l’ordre, plusieurs journalistes qualifièrent ces tirs d’« hallucinants » (ceux de BFMtv au premier chef quand on pense s’agissait d’un mort qui tirait comme un dératé). Qu’entendaient-ils par hallucinants ? Je ne pense pas qu’il s’agissait de l’acception djeuns : « Peutainnn, j’hallucine grave ! ». Fallait-il prendre le mot dans le sens « la ressemblance entre ces deux frères est hallucinante » ? Je doute également que ce terme ait été employé dans son sens premier : qui provoque des hallucinations. Il ne pouvait s’agir que du sens familier, synonyme d’énorme : « sa beauté est hallucinante ». Mais alors pourquoi utiliser un mot dans son sens le plus familier, donc le plus vague lorsque l’on évoque un épisode dramatique ? Poussons cette logique jusqu'au bout : « la fumée qui s’échappait des crématoires d’Auschwitz, c’était hallucinant ! » Le rôle d'une personne qui rapporte n'est pas uniquement de nous donner spontanément son ressenti, surtout s'il est confus, il est d'informer (pas de communiquer), donc de hiérarchiser.

 

À maintes reprises, la rue du Sergent Vigné a été qualifiée de rue « résidentielle, calme et tranquille ». Ça a l’air tout bête, comme ça, mais, en fait, c’est très politique. Le sens du mot résidentiel est « propre à l’habitation ». Une rue résidentielle est une rue où l’on trouve des résidences. Mais ce sont des résidences d’un certain chic. On oppose ainsi quartier résidentiel à quartier industriel, ou encore coron, banlieue. À l’origine, la rue du Sergent Vigné était située dans un quartier plutôt prolo. Dans les années trente, on y a vu des ouvriers immigrés italiens y construire leur maison. Aujourd’hui, cette rue ne comporte aucune habitation fastueuse. Mais des maisons banales avec un petit bout de terrain pour y planter un barbecue, le tout pour 600000 euros, alors, là, d’accord. La spéculation immobilière, l’aménagement (ou le manque d'aménagement) de la ville ont fait le reste en repoussant les gens modestes vers les banlieues, puis vers la première ceinture (10 kilomètres), la deuxième (20 kilomètres), la troisième (30 kilomètres). Comme partout ailleurs. Le problème avec le forcené, au moment où les envoyés spéciaux commentaient, c’est qu’il possédait une BMW (la voiture des nouveaux riches), un scooter à 10000 euros, et qu’il fut capable de s’acheter un arsenal coûteux. En d’autres termes, ce forcené était difficilement classable sur l’échelle sociale.

 

D’où la « rue résidentielle, calme et tranquille ». Comme tout aurait été plus simple si Merah avait résidé au Mirail, un quartier qui compte 40000 habitants, où la population d’origine maghrébine est surreprésentée, où le chômage chez les jeunes est de 50%, un quartier qui connut des scènes d’émeute en 1998 et en 2005 ! Dire que la rue est calme et tranquille, c’est exprimer le désarroi et l’incompréhension supposés de ceux à qui l’on s’adresse. C'est également stigmatiser ce moujahiddine qui n’aurait jamais dû résider là. Dans le meilleur des mondes.

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21 mars 2012 3 21 /03 /mars /2012 16:06

http://forum-social-hauts-cantons-herault.org/wp-content/uploads/2009/07/affiche_resistance_foix_w.jpgComme l'Inalco, un certain nombre d'UFR s'opposent aux principes mêmes de l'IDEX, que des conseils d'administrations (les futurs "sénats", comme on dit chez les Anglo-Saxons) font voter à toute berzingue, à l'aveuglette, loin de toute démarche démocratique et collégiale. Décidément, le sarkozysme a la vie dure !

À titre d'exemple, je propose une motion votée par le Conseil de l’UFR de physique de l’Université Paris-Diderot du 12 mars 2012

 

Le projet d’Idex “Sorbonne Paris Cité” (SPC) a été écrit sans concertation et voté en aveugle par le Conseil d’Administration de l’université Paris-Diderot, sans passage ni par le CS ni par le CEVU, au cœur de l’été. Bien que présentant l’Idex comme “une université de droit commun, respectant les principes de collégialité et de démocratie académique”, le détail du projet et son pilotage montrent le contraire et il s’agit bien plus d’un projet attisant les divisions que d’un projet de fusion.

Cette structure est inacceptable en l’état. Le projet déposé n’engage en rien la communauté universitaire – tout au plus engage-t-il financièrement l’Etat. Nous refusons tout calendrier précipité, que cela soit pour la création de “départements” ou pour toute signature contractuelle concernant l’Idex. Nous demandons au Conseil d’Administration de l’Université Paris-Diderot de reprendre à la base les projets d’établissement, dans un processus s’inscrivant dans la durée et s’appuyant sur la communauté universitaire. L’ensemble de la réorganisation éventuelle doit être discutée collégialement : le principe même de la fusion entre établissements, ses modalités, le mode de désignation de ses conseils, l’échelle à laquelle sont réparties les ressources.

L’Université Sorbonne Paris Cité, si elle se créait, devrait (i) être un établissement public reposant sur des collaborations réelles, avec les pratiques collégiales et démocratiques de nos universités, (ii) avoir une politique de ressources humaines fondée sur les statuts de la fonction publique, (iii) être construite autour de l’ensemble des missions des universités, et penser avec la même ambition les enjeux de formation pour tous les secteurs de formation, du L jusqu’au D, et les enjeux de recherche pour tous les secteurs disciplinaires de l’Université Paris-Diderot. C’est à ces conditions, qu’il nous faut obtenir, que ce projet deviendra compatible avec l’avenir de notre université.

 

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21 mars 2012 3 21 /03 /mars /2012 06:55

http://www.geekculture.fr/wp-content/uploads/2010/09/batmansuperman.jpgL’âne frotte l’âne. En d’autres termes, les imbéciles s’épouillent et se congratulent.

 

On peut être surdiplômé et être un parfait crétin pervers et narcissique. On peut ne pas être titulaire du Certificat d’Études primaires et être une personne formidable, cultivée, altruiste. Par elles-mêmes, les peaux d’âne ne veulent rien dire.

 

Que Sarkozy ait été un élève médiocre durant toute sa scolarité, de la classe de sixième au DEA, ne l’a pas empêché de développer, de manière exceptionnelle, certaines qualités intellectuelles et humaines. Il n’a pas réussi le parcours qu’on lui connaît sur sa simple bonne mine.

 

Le problème est que son rapport au savoir et à la culture est purement fonctionnel, marchand. Il a beau avoir une femme, une belle-mère et une belle-sœur artistes, cela ne changera plus. Pour lui (comme pour Clinton, Blair et quelques autres qui n’ont jamais écrit une ligne), une conférence, c’est essentiellement une source de revenus. Pour lui (comme pour Clinton, Blair et quelques autres qui se sont littéralement vendus aux puissances d’argent), occuper la plus haute fonction dans un État est un job comme un autre, mal payé au point qu’il faut tripler son salaire dès qu’on l’occupe.

 

Je crois qu’il n’est pas superflu, parce qu’il est toujours bon de connaître l’adversaire autant qu’il nous connaît, parce qu'il ne faut jamais oublier que cet homme s'est mis en scène chez Disney et qu'il nous a imposé ses poignées d'amour de mauvais pagayeur, de reprendre un texte d’Alain Garrigou (professeur à l’université de Nanterre, qui a changé de nom bêtement à cause de Sarkozy) sur l’un des aspects centraux de la personnalité du kleiner Mann : son indifférence (pour ne pas dire son mépris) à la culture. Ajoutons également que pour ce qui est de son curriculum vitae comme pour tout le reste, Sarkozy est un "homme qui ment" (link)

 

Les propos de Nicolas Sarkozy sur l’université et la recherche trahissent une implication personnelle qui n’obéit pas seulement à la centralisation présidentielle du pouvoir. Il ne suffit pas de mettre en cause les conseillers et la plume du discours du 22 janvier 2009 sur « une stratégie nationale de recherche et d’innovation » alors que des passages improvisés de cette allocution prennent un ton acrimonieux et que bien d’autres interventions confirment un solide ressentiment. Pendant sa campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy s’en prenait par exemple à celui qui avait mis La princesse de Clèves au programme du concours d’administration centrale : « Un sadique ou un imbécile, choisissez, avait mis dans le programme d’interroger les concurrents sur La princesse de Clèves. Imaginez un peu le spectacle » (23 février 2007 à Lyon). Depuis, les propos méprisants se sont multipliés contre les scientifiques ou des sciences. En février 2008, la mise en place d’une commission présidée par le professeur Guesnerie, visait à donner une caution académique aux reproches adressés à un enseignement qui négligerait l’entreprise, accorderait trop de place à la macroéconomie et à la sociologie et préparerait, on le devine, à des pensées politiquement subversives. Toutefois, la commission Guesnerie conclut à une excellente qualité d’ensemble des manuels. Les attaques contre la section économique et sociale ont néanmoins continué en prenant parfois le ton du persiflage au nom d’une compétence peu évidente. Ainsi, le 27 janvier 2009, Nicolas Sarkozy ressassait-il son hostilité devant un nouveau public : « Il y a une filière économique pour vos enfants. C’est une blague. Mettez vos enfants dans la filière ES, ils ne pourront pas se permettre de se présenter dans les meilleures écoles économiques ».

 

Titres de compétence ? Les sociologues savent bien que les jugements en disent souvent plus sur leurs auteurs que sur les choses dont ils parlent. Or les études de Nicolas Sarkozy n’ont pas été si brillantes ni spécialisées qu’elles l’autorisent à juger de haut les questions d’orientation scolaire et de pédagogie. Par contre, elles ont été assez médiocres pour nourrir son ressentiment personnel qui, en affinité avec l’humeur anti-intellectuelle des milieux qui le soutiennent, explique largement la « petite guerre » faite aujourd’hui aux scientifiques et universitaires.

 

Avant l’élection présidentielle de 2007, les sites officiels (ministère de l’Intérieur, Conseil Général des Hauts de Seine), partisan (UMP) ou professionnel (Cabinet d’avocats Arnaud Claude – Nicolas Sarkozy) indiquaient que Nicolas Sarkozy avait une maîtrise de droit privé, un certificat d’aptitude à la profession d’avocat, un DEA de sciences politiques et fait des études à l’Institut d’Etudes politiques de Paris. Quelques uns étaient plus précis comme le Ministère de l’Intérieur et de l’Aménagement du Territoire indiquant un « DEA de sciences politiques avec mention (mémoire sur le référendum du 27 avril 1969 » ainsi que celui du Conseil Général des Hauts de Seine qui assurait que « Nicolas Sarkozy décroche un DEA de sciences politiques avec mention, lors de la soutenance d’un mémoire sur le référendum du 27 avril 1969 ».

 

La mention des Etudes à l’IEP de Paris est problématique puisque Nicolas Sarkozy n’y a pas poursuivi ses études jusqu’au bout comme il est aisé de le vérifier dans l’annuaire des anciens élèves. Or, selon les usages, le titre d’ancien élève ne vaut que pour les diplômés. Il fut donc abandonné. Toutefois, le site de l’Elysée porte toujours cette indication lapidaire : Institut d’Etudes Politiques de Paris (1979-1981). Quant à l’expression « avec mention » accolée à un diplôme, elle indique cette propension à « gonfler » son CV caractéristique des candidatures aux emplois d’aujourd’hui. Si les universitaires savent que tous les diplômés ont au moins la mention « passable », tous les Français ne le savent peut-être pas. L’ensemble des CV est flou à d’autres égards puisqu’on ignore où les diplômes ont été obtenus. Seul le site professionnel du cabinet d’avocats des Hauts de Seine indiquait que Nicolas Sarkozy « est diplômé de droit privé et d’un DEA de sciences politiques de l’Université de Paris X Nanterre ».

 

C’est en effet là que Nicolas Sarkozy a fait ses études. Faute d’annuaire d’anciens élèves, il était plus difficile de vérifier ce curriculum vitae. Le certificat d’aptitude à la profession d’avocat a bien été obtenu en 1980 avec la note de 10/20 (cf. doc. 1 en annexe). Il y a par contre un problème pour le DEA. Sauf la même défaillance de mémoire des professeurs exerçant en 1979 dans le DEA de sciences politiques de Paris X Nanterre, Nicolas Sarkozy n’a pas obtenu son diplôme. Une petite enquête se heurte à la page noire du réseau intranet de l’université. L’auteur de ces lignes a alors adressé une demande écrite à la présidence de l’université qui a confirmé que le service de scolarité disposait bien d’un document certifiant l’obtention du DEA. Il restait à vérifier avec la pièce qui fait foi en la matière, à savoir le procès verbal de délibération, document autographe au format A3, difficile à contrefaire. Le candidat apparaît bien dans le procès verbal de la première session : il est « ajourné » car absent de l’épreuve écrite terminale et n’ayant pas rendu son mémoire (cf. doc. 2). Il restait à consulter le procès verbal de la deuxième session. Or, le procès verbal a disparu des archives de l’université. Il est même le seul procès verbal manquant de toute l’existence du DEA.

 

Un conclusion est certaine : les universités protègent mal leurs archives. Si l’auteur de ces lignes a pu y pénétrer pour enquête, on peut supposer que d’autres puissent le faire aussi, légalement ou non, pour des raisons illicites. Voila en tout cas un bon motif de réforme de l’université : garantir l’authenticité des diplômes.

 

Et puis, on peut revenir sur des informations fournies par des professeurs du collège de Vonnas dans l’Ain. Sa rancune contre le corps enseignant vient du fait que ses professeurs ne l’ont pas reconnu à ce qu’il pensait être sa juste valeur :

 

Et son certificat d'aptitude à la profession d'avocat ? Obtenu sur le fil avec la note médiocre de 20/40 (7/20 à la première épreuve et 13/20 à la seconde).
Rappelons aussi, pour compléter le tableau, les notes obtenues au bac par le candidat 18917 en 1973 (Jury 80, lycée Molière) : 7/20 à l'épreuve écrite de français et 12 à l'oral (voilà
pourquoi il s'exprime toujours dans un idiome approximatif), 9/20 en philo, 8/20 en maths, 10/20 en anglais et 11/20 en économie.
Avec 142 points sur 300, le médiocre petit candidat fut recalé et fut obligé de se présenter au repêchage.


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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 08:17

http://www.elle.fr/var/plain_site/storage/images/loisirs/livres/dossiers/les-maitres-du-polar-passent-aux-aveux/pierre-lemaitre-et-son-thriller-hitchcockien/14132501-1-fre-FR/Pierre-Lemaitre-et-son-thriller-hitchcockien_image_sousdossier_portrait.jpgJ’ai grand plaisir à reprendre ce texte donné par l’écrivain Pierre Lemaitre à Libération(15 mars 2012). Les lecteurs de ce blog savent ma grande admiration pour ce romancier (link et link). 

Les éditeurs français, dans leur majorité, ont décidé de boycotter le livre numérique. C’est du moins ce qu’affirme Calmann-Lévy, éditeur du groupe Hachette. Résumons et simplifions : un livre qui vaut 7 euros lorsqu’il passe au format de poche continue d’en valoir 15 ou 16 en version numérique. Persister à vendre un livre deux fois plus cher au format numérique qu’au format de poche, c’est du boycottage pur et simple. Calmann-Lévy me confirme d’ailleurs cette décision : «Bon nombre d’éditeurs hésitent à prendre des mesures qui risqueraient de fragiliser un marché du livre déjà chahuté par la crise.»

En attendant, aucune vente au format numérique, pour les auteurs, - qui, cela va sans dire, ne sont pas consultés - c’est 0% de droits. Le même résultat que le piratage. La raison de cette politique ? «Le papier représente 99% des ventes contre 1% pour le numérique.» Ça ne pèse rien. On connaît l’argument contre les évolutions technologiques, c’est le plus ancien. A ceci près qu’il est plus bête encore qu’hier car les mutations s’effectuent aujourd’hui à une vitesse sans commune mesure avec celles des siècles précédents et que la montée en puissance des liseuses et des tablettes numériques (pratiques, écologiques et de plus en plus performantes) est une réalité assez prévisible.

Cette mesure punitive des éditeurs vis-à-vis du numérique est contre-productive. Elle a pour conséquence évidente que les lecteurs, même les mieux intentionnés, se tournent vers les sites de téléchargement illégal. C’est assez spectaculaire. Prenez Team Alexandriz, un parmi d’autres. Il se proclame «numéro 1 sur les ebooks FR». Depuis plusieurs années, sous les yeux des éditeurs et dans l’impunité la plus totale, il propose au téléchargement gratuit des centaines d’ouvrages piratés qui, du dernier Goncourt à Delphine de Vigan, proviennent des catalogues de XO, J’ai lu, Michel Lafon, Pocket, 10/18, Albin-Michel, Denoël, le Livre de Poche, Robert Laffont, Plon, Rivages, les Presses de la Cité, Calmann-Lévy, Buchet-Chastel, Belfond, etc. Il estampille ses versions piratées : «Lu et approuvé par Team Alexandriz». On peut même lui adresser des dons, via Paypal, pour l’aider à en mettre en ligne un plus grand nombre. Son objectif est de publier sur Internet la version piratée des livres en même temps que leur sortie en librairie, c’est pour bientôt. Depuis le temps qu’il fonctionne, les auteurs attendaient les réactions des éditeurs. Totalement inopérantes. Le site est florissant. Tous les jours de nouveaux livres. Et très réactif : à la disparition de Megaupload, il s’est téléporté sur Mediafire ou Rapidshare. Pour le combattre, peut-être Attributor, le partenaire d’Hachette pour traquer le piratage, fera-t-il mieux que les autres, nous verrons. Mais traquer le piratage tout en maintenant le numérique deux fois plus cher que le papier, est-ce une politique tenable ?

L’arrivée du livre numérique pose un problème complexe à l’économie du livre. Il ne va pas remplacer le livre papier, comme la télévision n’a pas remplacé le cinéma mais le modèle économique de la production cinématographique a bien été contraint de s’adapter à l’influence de la télévision. Alors que certains éditeurs cherchent des solutions, s’entendre dire de la part des autres, parfois des plus importants, que cette politique de boycottage est consciente et concertée, donne un peu l’impression qu’en pleine révolution numérique, ils préfèrent camper sur un modèle d’Ancien Régime. On sait comment ça finit.

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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 06:49

http://socio13.files.wordpress.com/2010/11/mc3a9lenchon-h-20-1186401-1209310492.jpgJe propose ici – ce qui nous donnerait assurément une université moins ravagée – deux réponses de Jean-Luc Mélenchon concernant l'avenir de l'avenir de l'enseignement supérieur (repris s du site du candidat à l'élection présidentielle link).


 

1) Envisagez-vous l’abrogation de la loi LRU ? Par quelles mesures immédiates et à plus long terme, engagez-vous un changement de cap garantissant un fonctionnement des établissements fondé sur une collégialité démocratique et assurant aux universités et laboratoires des financements d’Etat stables et pérennes ?


La LRU est l’outil privilégié des libéraux pour imposer la marchandisation et la mise en concurrence de l’enseignement supérieur et de la recherche. Désormais, les universités luttent entre elles et en leur sein pour vivre. Elles doivent se plier au diktat de la compétition en lieu et place de la coopération qui devrait prévaloir dans ce monde du savoir. L’Université est le lieu de l’universalisme et du savoir. Or le savoir est la seule chose qui se multiplie quand on la partage. Je restaurerai ce cycle vertueux.


Cela demandera bien sûr de préparer la construction d’une nouvelle loi dont le vote interviendrait en même temps que l’abrogation de cette sinistre LRU. La méthodologie de travail revêt autant d’importance à mes yeux que le contenu de la future loi, dans l’optique d’y faire adhérer l’ensemble de la communauté. Ainsi, en tout premier lieu, il faut, d’une part, procéder à une évaluation critique des dégâts et des mesures immédiates de réparation nécessaires et, d’autre part, charger le CNESER et le CoNRS d’organiser au sein de toute la communauté de l’ESR l’ébullition intellectuelle indispensable à l’émergence de la loi.


2) Pour rompre avec le processus inégalitaire actuel des Idex, Labex,…, quelles mesures institutionnelles et quels moyens budgétaires (y compris en emplois) comptez-vous mettre en oeuvre, dès la prochaine rentrée, pour assurer un développement équilibré sur l’ensemble du territoire du service public d’enseignement supérieur et de recherche ? Quels sont les objectifs qui seront assignés à ce service public ?


Les Idex, Labex et autres « Bidulex » visent aujourd’hui à créer des territoires d’exception au sein de la République pour mieux conforter la concurrence libre et non faussée internationale. La concurrence est mise en place au niveau international pour se traduire ensuite en une lutte entre étudiants. La concentration comme mode d’organisation privilégié doit donc être interrompue. À l’occasion de l’élaboration de la nouvelle loi, nous redéfinirons le périmètre des Idex et transformerons ceux-ci en pôles de coopération. Mais, pour cela, la question des moyens se pose avec acuité après les ravages du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Ce sont donc 5 000 emplois statutaires par an pendant 5 ans qu’il faudra envisager pour remettre sur les rails un service public qui vise l’élévation du niveau culturel, scientifique et des qualifications de l’ensemble d’une classe.


3) Comptez-vous abroger la « réforme » de la formation des enseignants ? Quelles mesures pensez-vous prendre pour engager, dès la rentrée 2012, une tout autre réforme associant une véritable formation professionnelle à une formation universitaire en s’appuyant sur le potentiel des IUFM et des UFR ?


Une nouvelle réforme de la formation des enseignants doit voir le jour pour remplacer ce dispositif absurde qui nie la nature même de l’acte d’enseigner. Celle-ci articulera formation de haut niveau dans la ou les disciplines à enseigner, formation professionnelle et ouverture à la recherche. Elle s’appuiera sur des pré-recrutements afin de permettre aux jeunes issus de milieux populaires d’accéder au métier. Le statut de fonctionnaire d’État, garantie de la liberté pédagogique et de l’égale qualité du service public sur tout le territoire, sera renforcé. Parallèlement, la recherche en éducation doit être relancée, la formation continue rétablie, et des temps d’échanges pédagogiques, de réflexion et d’élaboration institués dans les établissements.



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16 mars 2012 5 16 /03 /mars /2012 06:44

Revuedepresse"Ils ont droit aux aides sociales mais ne les demandent pas", explique Estelle Faure dans Rue 89.

RSA, CMU... Loin d'une France des «  fraudeurs  », des bénéficiaires potentiels capitulent face à l'administration ou ne savent pas qu'ils ont droit à des allocations.

Selon un rapport d'évaluation [PDF] paru en décembre dernier, la moitié des bénéficiaires potentiels du RSA (Revenu de solidarité active) n'en ont pas fait la demande.

Les gens sont en butte à la lourdeur administrative : la CAF, la Sécurité sociale, les impôts. On parle beaucoup des fraudeurs à l'assurance maladie, mais on n'entend jamais parler de ceux qui auraient droit à des allocations et qui ne le savent pas.

 

Tout part en fumée, nous explique Le Grand Soir : la zone Euro contraint une ville d’Espagne à cultiver de la marijuana.

Une ville d’Espagne "moribonde" (Rasquera), qui souffre d’un chômage de plus de 20%, essaie d’enrayer son déclin économique de la seule manière dont elle dispose : en cultivant de la marijuana. Le fait que l’Espagne en arrive à prendre des mesures aussi désespérées est-il un signe de ce qui attend l’Europe à mesure que la crise s’aggrave ?

Pour essayer de retenir les jeunes de cette petite municipalité, le Conseil Municipal de Rasquera a voté mercredi la location d’un terrain à une association de cannabis de Barcelone pour faire pousser de la marijuana.

 

Le 1er février, l’écrivain Mouloud Akkouche effectue le trajet Foix-Toulouse, à bord d'un TER Midi-Pyrénées. Il découvre l'affichette suivante :

« Ces dernières semaines des soucis ont été rencontrés avec des Roumains. En effet de nombreux vols de bagages ont été constatés. Nous vous demandons de redoubler de vigilance. Par ailleurs tous les faits de roumains doivent être signalés au PCNS [PC national sûreté de la SNCF, ndlr]. Il arrache alors ce qu'il pense être un canular. Pris d'un doute, il compose le numéro inscrit et tombe... sur la SNCF. Il scanne l'affiche et l'envoie à Rue89. La SNCF s'excuse : « Une enquête interne est en cours »

Contacté, le service de communication de la SNCF en Midi-Pyrénées reconnaît que « cette note a bien existé » : « Elle a été affichée dans certains TER de la région. C'est un agent SNCF qui a eu une expression malheureuse. Début février, des agents SNCF nous ont alertés. Les affichettes ont immédiatement été retirées. » Selon la SNCF, aucun passager ne s'est plaint de la note, qui serait restée affichée plus d'une semaine. La CGT Cheminots de Toulouse précise que ce sont des contrôleurs qui, trouvant la note dans leurs casiers, s'en sont plaints auprès de la direction de l'établissement.

 

Sur le site Mémoires des Luttes, Bernard Cassen dénonce le traitement que l’Union européenne inflige à la Grèce : « Vu d’un autre continent, cet acharnement laisse pantois, et le visiteur européen de passage éprouve un sentiment de honte lorsqu’il doit expliquer à ses interlocuteurs une situation grecque en tous points comparable à celle des pays du Sud laminés par les programmes d’ajustement structurel du FMI et de la Banque mondiale. Loin des grands discours humanistes, le message que l’Union européenne (UE) donne au reste du monde est celui de la solidarité avec ses banquiers et non pas avec ses citoyens.

L’UE délivre aussi un message destiné, lui, à ses propres ressortissants, en premier lieu ceux de sa périphérie : préparez-vous à vivre à la grecque. Il y va de votre compétitivité ! Dans cette perspective, les différents gouvernements font assaut de « rigueur », avec une obsession : réduire le coût du travail et accélérer sa précarité. Mariano Rajoy, se veut particulièrement exemplaire : il a ainsi « réformé » le Code du travail, jugé trop « rigide », en faisant notamment chuter de 42 à 12 mois de salaire le montant maximum des indemnisations en cas de licenciement. »

 

Pierre Verhas, sur le site Uranopole, ne croit plus en la victoire de Hollande. Son argumentation mérite notre attention :

« Un point faible de la gauche est sa division. Elle est double : la division au sein du PS et celle entre les différentes sensibilités de la constellation de gauche. Bien que François Hollande ait remporté les « primaires » avec brio montrant ainsi qu’il a une forte base populaire au sein de la gauche, le PS ne s’est pas mis en ordre de marche derrière lui. Ensuite – et c’est essentiel – il n’y a pas d’accord préalable entre les différentes formations de gauche, comme en 1981. François Mitterrand avait réussi à créer un rapport de forces en sa faveur. Celui-ci n’existe plus aujourd’hui. La tentative de rapprochement avec les écologistes a échoué et le Front de gauche de Jean-Luc Mélenchon  a été laissé de côté. Or, il est fort probable que celui-ci représentera, au terme du premier tour, une force sur laquelle Hollande devra compter. La droite, elle aussi, est divisée, mais Sarkozy a réussi à ramener au bercail les « brebis égarées » comme Borloo, Boutin et Morin. L’UMP est ainsi. En dépit des sondages – on peut se demander dans quelle mesure ils ne sont pas manipulés – la droite a toutes les chances de l’emporter le 6 mai prochain. Il reste une seule voie : un accord réel, c’est-à-dire pas seulement de désistement, mais de programme, entre Mélenchon et Hollande. »

 

Nous verrons bien. À la semaine prochaine.

 

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15 mars 2012 4 15 /03 /mars /2012 06:33

Henri Rochefort. Un sacré personnage. Fils d’un faux comte (de Rochefort-Luçay), expéditionnaire à l’Hôtel de ville de Paris pendant dix ans, il a suffisamment de loisirs pour collaborer au Charivari. Calembourreur de première bourre, il écrit une quinzaine de pièces de boulevard (à succès) en quatre ans.

Il fonde son propre journal en mai 1868 : La Lanterne, un brûlot d’opposition pamphlétaire. Très gros succès (100000 exemplaires vendus). L'éditorial du premier numéro restera célèbre : « La France compte 36 millions de sujets, sans compter les sujets de mécontentement… » (il sera également l’auteur de la célèbre formule : « Ce n’est pas cela qui nous rendra l’Alsace et la Lorraine »). Après une interdiction à la vente publique, il est attaqué en justice et condamné à des amendes et de la prison. Il rejoint alors à Bruxelles Victor Hugo, chez qui plusieurs mois.

Il rentre en France fin 1869 et sort le premier numéro de son nouveau journal, La Marseillaise, co-créé avec le révolutionnaire Lissagaray. Le quotidien accueille les collaborations de Jules Vallès et de Victor Noir. Celui-ci est assassiné le 10 janvier 1870 par un des neveux de l’empereur, passablement caractériel. Rochefort est condamné à six mois de prison pour menées subversives.

Il est libéré le 4 septembre 1870 et fonde un nouveau quotidien : Le Mot d’Ordre. Le 8 février, il est élu député de Paris. Il soutient la Commune. À la veille de l’entrée des Versaillais, il est arrêté et condamné à la détention à perpétuité. Il est déporté en Nouvelle-Calédonie. Au cours de la traversée, il écrit pour Louise Michel “ À ma voisine de tribord arrière ” :

Non loin du pôle où nous passons,

Nous nous frottons à des glaçons,

Poussés par la vitesse acquise.

Je songe alors à nos vainqueurs :

Ne savons-nous point que leurs cours

Sont plus dures que la banquise ?

Il s’évade et gagne l’Australie, puis les Etats-Unis , puis l’Angleterre.

Après l’amnistie, il fonde L’Intransigeant, quotidien socialiste. Puis il soutient le boulangisme et sombre dans l’antisémitisme lors de l’affaire Dreyfus.

Comme on dit en Afrique de l’Ouest : « Qui est fou ? »

http://uploads4.wikipaintings.org/images/james-tissot/men-of-the-day-no-4-the-mob-rule-henri-rochefort.jpg


Ouvrier tapissier, Théodore Six participe à la révolution de 1848. Il participe à la résistance au coup d’État du 2 décembre 1851. Il est condamné à la déportation en Algérie. Il organise des coopératives ouvrières. Il publie ce texte saisissant : “ Du peuple au peuple ” le 24 février 1871, à la veille de la Commune :

Un jour m'élançant sur la place publique

J'ai dit  : vivre en travaillant, mourir en combattant.

J'ai dit : l'air de ma mansarde m'étouffe

Je veux respirer.

J'ai dit : les hommes sont égaux

J'ai dit : république universelle.

Alors ils m'ont saisi

Ils m'ont enfermé dans de noirs cachots,

Ils m'int laissé pendant de longues semaines

Couché sur la paille infecte,

Et puis une nuit, ils m'ont enchaîné ;

Ils m'ont emmené dans un entrepont de vaisseau,

Rempli de vermine

Côte ç côte avec les enfants du crime,

Les forçats de leur société  ;

Après ils m'ont emmené bien loin,

Bien loin de mon pays,

De la terre où j'étais né,

Où vivaient ma femme et mes petits enfants.

Bien loin,

Dans le pays où le soleil brûle,

Où la terre brûle,

Où l'air brûle l'âme du prisonnier ;

Puis ils ont mis dans mes mains une pioche,

Ils m'ont dit en ricanant :

Forçat, tu veux le droit au travaille ?

Travaille !

Forçat, l'air de ta mansarde t'étouffe ?

Respire !

Ils m'ont battu à coups de pied, lls m'ont insulté,

Ils m'ont appelé pillard, bandit.

Mon âme séchée par la douleur, l'incertitude, la torture

Demanda justice.

Ils ont ri.

Alors, la douleur, l'incertitude, la torture, la transportation

Lentement, bien lentement, m'ont donné la mort.

Loin de ceux que j'aimais

Et qui m'aimaient.

Dis, ne m'ont-ils pas assassiné ?

...

Tout autour de moi, demandait l'égalité ;

Tout me démontrait

Que ma chair était semblable à la chair du riche.

Tout me démontrait que

Riche et pauvre voulait dire usure et esclavage,

Voulait dire : Pauvre, moi capital,

Je poserai les bases de ton salaire,

Pauvre, tu mangeras selon mon bon plaisir,

Je te pressurerai

Comme le pressoir pressure la grappe

Pour lui faire rendre tout le sang de la terre.

Alors j'ai dit :

Abolition de l'explotation de l'homme par l'homme.

J'ai dit :

La terre à celui qui la cultive.

J'ai dit :

Celui qui ne produit pas n'est pas digne de vivre.

C'est alors qu'ils m'ont assassiné

...

J'ai publié ceci pour pouvoir dire : à tous par tous.

Peuple, médite et souviens-toi

Que tu es force et nombre,

Mais que

Tant que tu seras force et nombre sans idée

Tu ne seras qu'une bête de somme.

J'ai publié ceci pour te dire, peuple,

Que ton émancipation réside dans ta solidarité ;

Pour te dire que l'heure la plus sombre

Est celle qui précède l'aurore.

http://2.bp.blogspot.com/_LU-VCffjJJ0/SKgwIUaC2mI/AAAAAAAAB4Y/ZKTFBxkpRNA/s400/quilles+de+six+parc+theodore+denis+dax.jpg


Jules Vallès sut prendre de la distance avec son œuvre poétique : « La strophe, le décamètre, la stance, l’alexandrin, des bêtises ! Nos coquins d’enfants feront des cocottes avec nos poésies, je vous le promets ! »

Le père de l’auteur de L’Insurgé fut instituteur puis agrégé de grammaire. À seize ans, alors qu’il est lycéen, Jules Vallès participe aux événements révolutionnaires de 1848. En 1851, Vallès et son camarade Charles-Louis Chassin fondent un Comité des Jeunes pour lutter contre Louis-Napoléon Bonaparte, dont ils suspectent les intentions ; après le 2 décembre, ils essaient de mobiliser les étudiants parisiens.

En 1867, Vallès fonde son premier journal, La Rue. En 1869, il est candidat aux législatives. Dans son programme, cette phrase : « Son programme : « J'ai toujours été l'avocat des pauvres, je deviens le candidat du travail, je serai le député de la misère ! La misère ! Tant qu'il y aura un soldat, un bourreau, un prêtre, un gabelou, un rat-de-cave, un sergent de ville cru sur serment, un fonctionnaire irresponsable, un magistrat inamovible ; tant qu'il y aura tout cela à payer, peuple, tu seras misérable ! » Il n’est pas élu.

En 1870 : Jules Vallès relance son journal La Rue. Jules Vallès, pacifiste, est arrêté lors de la déclaration de guerre contre la Prusse. La République est proclamée le 4 septembre. Vallès est opposé au « Gouvernement de la Défense nationale ».

Le 6 janvier : Vallès est un des quatre rédacteurs de l’Affiche rouge qui dénonce « la trahison du gouvernement du 4 septembre » et réclame « la réquisition générale, le rationnement gratuit, l'attaque en masse ». le texte se termine par : « Place au peuple ! Place à la Commune ! ».

En février, Vallès fonde le Cri du Peuple. « La Sociale arrive, entendez-vous ! Elle arrive à pas de géant, apportant non la mort, mais le salut. » Le 26 mars, il est élu à la Commune dans le XVe arrondissement. il intervient contre les arbitraires, pour la liberté de la presse. il siége à la commission de l'enseignement, puis à celle des relations extérieures. Durant la Semaine sanglante durant laquelle 20000 personnes sont fusillées, deux faux Vallès seront exécutés par erreur.

Vallès s’enfuit en Belgique, puis en Angleterre. Il est condamné à mort par contumace. Il rentre à Paris en 1880. Il meurt épuisé par la maladie en 1885. Des dizaines de milliers de Parisiens l’accompagnent au Père-Lachaise. Charles Longuet, le gendre de Marx, prononce cet éloge funèbre : « L’humanité n’oublie jamais ceux qui ont lutté avec éclat pour accroître sa somme de liberté, de justice, de bonheur. »

 

Dans le n° 1 de son journal Le Peuple, Vallès explique à qui il veut s’adresser :

 

Cet homme a peau de bête, coiffé comme un pendu, que la pluie glace, que la vapeur brûle, debout sur la locomotive, coupant le vent, avalant la neige, mécanicien, chauffeur, c’est le Peuple !

L’animal qui, là-bas dans les champs, redresse son échine cassée et levant son cou maigre aux muscles tendus comme des cordes, regarde d’un œil terne le wagon qui s’enfuit, le paysan brun comme une feuille de vigne ou blanc comme une rave, c’est le Peuple !

Ce barbu aux épaules larges, à chapeau de goudron, qui, sur la rivière muette, mène dans le courant le radeau de bois noyé, seul entre le ciel et l’eau, le flotteur mouillé jusqu’au ventre et perclus jusqu’au cœur, c’est le Peuple !

Ce mineur qui vient, la lampe accrochée à son front, traverser la chambre du feu grisou, et qui est resté l’autre jour enfoui dix heures sous un éblouissement – on ne voyait que ses grands yeux blancs dans le trou noir – ce mineur, c’est le Peuple !

Ce couvreur qui tombe du toit comme un oiseau mort, ce verrier dont la vie fond avec le verre dans le braiser, ce tourneur que la poussière de cuivre étouffe, ce peintre que la céruse mort, ce mitron, pâle comme sa farine, c’est le Peuple ! Il suffit à tout, contre l’eau, le vent, la terre et le feu, ce peuple héroïque et misérable ! C’est de ce peuple-là que nous allons parler. »

En 1878, Vallès rendit cet hommage à Gustave Courbet : « [...] Il a eu la vie plus belle que ceux qui sentent, dès la jeunesse et jusqu'à la mort, l'odeur des ministères, le moisi des commandes. Il a traversé les grands courants, il a plongé dans l'océan des foules, il a entendu battre comme des coups de canon le cœur d'un peuple, et il a fini en pleine nature, au milieu des arbres, en respirant les parfums qui avaient enivré sa jeunesse, sous un ciel que n'a pas terni la vapeur des grands massacres, mais, qui, ce soir peut-être, embrasé par le soleil couchant, s'étendra sur la maison du mort, comme un grand drapeau rouge. »

 http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/ZoomPE/3/3/2/9782258070233.jpg

 

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13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 16:36

http://amitie-entre-les-peuples.org/IMG/jpg/racisme-cerveau.jpgJe propose ici de larges extraits d’un très bon article de Dominique Dupart pour Mediapart sur la rhérorique de Sarkozy dans son discours de Villepinte. Tout le monde le dit, ce discours a été écrit par Henri Guaino. Tout comme l’ignoble adresse aux Africains (« pas encore entrés dans l’histoire », les pauvres, alors qu’ils étaient déjà organisés en royaume et en empires quand les ancêtres magyars du kleiner Mann vivaient en tribu sous des tentes !).

 

Guaino, comme dit pudiquement Wikipédia, n’a pas connu son père. Il a été élevé par sa mère, une femme de ménage, et sa grand-mère. Par ailleurs, bien que brillant (parce que brillant ?), il a échoué au concours de l’ENA. Chaque matin, il a une terrible revanche à prendre. Dans d’autres circonstances, il pourrait aller beaucoup plus loin.

 

Villepinte, 11 mars. Le discours du candidat président se clôt sur la mention de Victor Hugo coincé entre Jeanne d’Arc et le général De Gaulle. Le nom du grand écrivain sonne comme un drapeau. Il est la pointe d’un discours très écrit, très travaillé: un discours dont la simplicité apparente –phrases à la première personne, courtes, formulaires, rythmées – révèle une grande éloquence populaire et populiste, destinée à la masse et dont le principe est l’attaque de populations particulières, isolées du reste du pays pour être stigmatisées.

Villepinte, 11 mars. Le discours du candidat président se clôt sur la mention de Victor Hugo coincé entre Jeanne d’Arc et le général De Gaulle. Le nom du grand écrivain sonne comme un drapeau. Il est la pointe d’un discours très écrit, très travaillé: un discours dont la simplicité apparente –phrases à la première personne, courtes, formulaires, rythmées – révèle une grande éloquence populaire et populiste, destinée à la masse et dont le principe est l’attaque de populations particulières, isolées du reste du pays pour être stigmatisées. Un exemple: «…que celui qui n’a jamais travaillé et jamais cotisé… que le profiteur, le tricheur, le fraudeur soit puni parce qu’il vole l’argent des Français, parce qu’il prend à tous ceux qui ont vraiment besoin de solidarité nationale».

Un des grands enseignements oratoires du XIXe siècle est la nécessité d’accueillir dans les discours des personnages spécifiques qui animent, incarnent les idées et des arguments défendus par l’orateur. Dans une grande éloquence démocratique, les idées s’incarnent en des types, des agents, des figures : une sorte de personnel de tribune qui loge traits, caractères, habitudes spécifiques qui animent la parole politique des visages de ceux qui sont supposés l’écouter. Ici, le profiteur, le tricheur, le fraudeur.

Ces types ne sont pas seulement des clichés car un grand orateur, c’est celui qui invente justement un personnel de tribune nouveau, ou celui qui modifie l’axiologie traditionnelle qui le traverse. Par exemple, dans son discours (fameux) sur la misère prononcé à la Chambre le 9 juillet 1849, Victor Hugo dresse les silhouettes de femmes, d’enfants, de familles avilies par la misère, obligés de chercher leur nourriture «dans les débris immondes et pestilentiels des charniers de Montfaucon»: mais ces êtres avilis sortent grandis du discours car se joint à eux, en passant, un «malheureux homme de lettres» mort de faim et ce malheureux homme de lettres sert à une chose: à permettre à l’auditoire et à l’orateur de s’identifier aux miséreux !

La triade du profiteur, tricheur, fraudeur est succincte. C’est du rapide et de l’efficace car l’orateur s’adresse à un auditoire qui possède la connaissance et la jouissance des mêmes implicites accolés aux chômeurs longue durée, ou aux bénéficiaires du RSA. Pas question, ici, d’inventer un nouveau personnel de tribune ou de construire une nouvelle figure démocratique à la Victor Hugo. Autour du même trait trois fois décliné, le profit, la triche et la fraude, s’esquisse la mention éclair de la silhouette d’un bouc émissaire facile et possible.

Le mot-signal dans la triade est celui de fraudeur. La fraude aux indemnités: une pratique unanimement réprouvée par tous et qui déchaîne d’autant plus l’hostilité qu’elle s’incarne ici idéalement en des personnes facilement identifiables. Encore pire que la fraude: le fraudeur.

Ce que l’éloquence populiste d’aujourd’hui conserve, c’est la typification, même si elle est plus rapide, plus allusive qu’autrefois. Ce qu’elle laisse de côté, c’est l’épithète infâmante ou le qualificatif insultant. Jamais le candidat président ne va jusqu’à caractériser le profiteur, le tricheur, le fraudeur de parasite dans son discours de Villepinte. Il s’arrête sur le seuil au moyen d’embrayeurs oratoires typifiant des comportements: à l’auditoire revient de trouver le bon mot qui fait mal «sans langue de bois». C’est le grand progrès de notre démocratie, la cible est toujours autant désignée, mais elle n’est plus nommée en tant que telle par l’insulte.

Cette pudeur rend étrangement et paradoxalement un racisme de tribune toujours possible. Le candidat président ne peut pas tout dire parce qu’il s’adresse à un auditoire feuilleté, mélangé, du meetingproprement dit à l’audience médiatique la plus large : de l’électeur raciste, frontiste à l’électeur seulement conservateur et résolument chrétien ou, dans tous les cas,  anti-raciste. Il invente donc une éloquence feuilletée qui correspond à la perfection à cet éventail aussi large et c’est cette invention qui le rend si efficace et quasi à l’abri de tout reproches, de la censure inoffensive de nos démocraties occidentales.

Si le personnel de tribune possède une histoire oratoire, un vrai passé de tribune, en revanche, ce procédé de l’éloquence feuilletée est tout à fait propre à l’orateur de Villepinte. Un exemple: «C’est pour que l’immigré puisse trouver sa place dans la société, pour que la mère puisse être libre, élever ses enfants, parler à l’instituteur, que je veux mettre au regroupement familial des conditions de revenu, de logement et un examen préalable prouvant un minimum de maîtrise de français et de connaissance des valeurs de la République». Ce n’est pas la peine que j’explique les sous-entendus de cette phrase. Tous les auditeurs, tous les lecteurs le font automatiquement : et pourtant rien ne déborde, absolument rien. La tribune populiste est magique. Elle est aussi sale qu’elle paraît propre, aussi raciste qu’elle paraît humaniste et généreuse. Cette phrase est prononcée, qui plus est, après deux autres phrases similaires qui prenaient pour cible le chômeur (encore !) et le titulaire du RSA (encore !). La grande cible du racisme de tribune inventé par le candidat président Sarkozy possède bien trois visages : le fraudeur, le jeune (si possible au RSA) et – osons le dire frontalement, parce que nous condamnons – l’Arabe.

La sollicitude est l’instrument oratoire même par lequel on mène ces populations à l’abattoir tribunicien, pour cristalliser des réflexes d’exclusion comme on les appelle aujourd’hui.

Au nom de la liberté de la femme, l’étranger ne pourra plus faire venir sa femme. Au nom d’un idéal bucolique de partage symbolique avec l’instituteur, son enfant ne pourra pas aller à l’école en France. Le sous-texte excluant a pris le déguisement d’un humanisme oratoire volé aux Romantiques. Ou encore, l’étranger dont on sait ici qu’il s’identifie principalement aux populations issues de l’Afrique du Nord est pris souterrainement à partie pour sa race, pour sa religion, pour ses mœurs. J’en veux pour preuves la proposition défendue sur la même page du discours, deux microscopiques strophes oratoires plus tard: « Je veux qu’aucune femme ne soit asservie à des pratiques ; à des traditions qui les empêcheraient d’être libres, qui seraient contraires aux valeurs de la République. Nous avons interdit la Burqa ».

La défense de la laïcité isole la même cible : seule l’entrée diffère. Cette fois, ce sont les droits de la femme qui aident à entrer en tribune. Le candidat président fait croire qu’il défend des valeurs cardinales mais ces valeurs cardinales sont seulement mentionnées pour toucher une cible. En réalité, un racisme de tribune, aussi éclatant que nié, recompose opportunément le paysage des valeurs républicaines de base.

Chez Sarkozy, la République éponge le racisme qui imbibe la tribune de l’UMP. Que se passe-t-il alors ? Une complète inversion des perspectives construites artificiellement par ce Romantique de pacotille. Un renversement systématique et automatique des propos entendus : comme si on saisissait la tribune et qu’on la secouait la tête en bas pour mieux l’entendre. Un exemple de relecture inversée : Parce que nous voulons désigner à la vindicte les Arabes bien connus pour bafouer les valeurs de la justice et de l’égalité en brutalisant leurs femmes (contrairement à vous, Français de souche, blancs comme neige, vous qui m’écoutez), nous en appelons opportunément, au cours de ce discours, aux droits de la femme et à la République.

 

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Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
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