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6 décembre 2015 7 06 /12 /décembre /2015 07:01

 

Dans son éditorial, Paul Ariès enjoint de voter des budgets en déséquilibre pour lutter contre l’austérité. Il appelle les villes de gauche à cesser d’habituer les citoyens au discours austéritaire et « à à voter systématiquement des budgets en déséquilibre ». Je regrette que l’excellent Paul termine son intervention par un surprenant « déséquilibre » de la langue française : « Nous vous proposons d’offrir un abonnement de six mois à votre meilleur amiE au tarif préférentiel de 20 euros ».

 

Le mensuel fait le procès de la « tyrannie des modes de vie » : « aucune dynamique de rupture n’est possible sans en finir avec la tyrannie des modes de vie qui sont ceux du capitalisme. » Selon le philosophe Mark Hunyadi, « l’éthique individualiste, en valorisant l’individu, favorise en fait le système. On protège les droits individuels, mais ce faisant on permet au système de se déployer, un système qui engendre en retour des modes de vie qui s’imposent à nous sans que quiconque y ait consenti. »

 

Pour Thierry Brugvin, la décroissance écosocialiste n’est ni la récession ni l’austérité : « Une critique classique de certains détracteurs de la décroissance consiste à affirmer que la décroissance serait synonyme de récession ou d’austérité. Donc, que la décroissance ne serait pas vraiment enviable, car elle engendrerait notamment une croissance du chômage et de la pauvreté. Certains décroissants, se situant politiquement dans le courant néolibérale (à droite), sans parfois même le savoir et crient parfois « Vive l’austérité ! ». C’était le cas d’un numéro du mensuel « La Décroissance ». D’autres décroissants crient aussi « Vive la récession ! » Comme s’il s’agissait d’une politique de décroissance. Or, il s’agit d’une récession, donc une décroissance économique involontaire. Tandis que la décroissance est une récession volontaire. »

 

Jean-Marc Sérékian, à l’occasion de la COP 21, dresse le sombre tableau de la France à l’ère du capitalisme du désastre : « Pour les plus critiques, la messe est dite. La question ne se pose même plus, ces négociations sommitales ostentatoires et ultra-médiatisées sous le signe de la finance omniprésente s’annoncent comme une énième vaste et affligeante fumisterie; « Le résultat de la Cop 21 est écrit… depuis 1972 ». « S’il s’agit de bien accueillir les convives (…) de superviser des débats qui tournent en rond, la Cop 21 peut être très bien « réussie ». Sur le fond par contre, on voit mal comment on pourrait réussir des négociations qui n’ont jamais eu vocation à aboutir. Car les grandes puissances économiques et les classes dirigeantes ont choisi, et depuis longtemps, la course aux profits plutôt que la protection des ressources ».

 

Bernard Perret recherche « les nouvelles voies de la démarchandisation » : « développement de la gratuité des échanges non monétaires, l’autoproduction et la mutualisation des biens. » Bernard Perret est l’auteur d’ Au-delà du marché. Les nouvelles voies de la démarchandisation, Institut Veblen.

 

Jacques Leclercq (auteur de Néo-nazis et ultra droite, L’Harmattan), dans le cadre du combat de l’extrême droitisation de la pensée, propose une analyse des textes et de la carrière d’Alain Soral, de Chevènement à Le Pen, en qui il voit le seul moyen de lutter contre « la déferlante capitaliste et ultralibérale ». Tout cela dans la nostalgie de l’aile « gauche » du parti nazi (« Röhm, communiste soutenant Hitler, et chef des fameux SA ». Pour l’anecdote, Soral s’appelle Alain Bonnet, il a pris le nom d’actrice de sa sœur Agnès et il déclarait en 2003 à Mireille Dumas : « Quand on regarde les drames familiaux il n’y a que des monstruosités. Et moi j’assume de venir de cette monstruosité là. Par contre, je ne veux pas rester un monstre. C’est-à-dire qu’on m’a programmé pour être un monstre mais je veux échapper à cette fatalité ; j’ai fait un énorme travail et je pense y être parvenu. » Ce qui n’excuse pas tout.

 

 

Les Zindigné(e)s ! n° 29

Yannis Youlountas dénonce le « vieux mal européen et la tentation de l’extrême-droite » : « L’Europe actuelle s’avère toujours plus capitaliste, néo-colonialiste, productrice d’armes, autoritaire, raciste et mortifère. J’ajoute perverse. Oui, perverse. En effet, quand on fait souffrir d’un côté et qu’on empêche de fuir de l’autre, le tout en culpabilisant les victimes et en faisant de beaux discours souriants et vaniteux, on se comporte de façon perverse, tant à l’égard des migrants que des Grecs, par exemple, dans une direction comme dans l’autre. Cette Europe est sans doute le (petit) continent le plus pervers à l’égard des autres dans toute l’histoire de l’humanité. Une perversité qui se vérifie dans l’articulation de trois symptômes :

1 – son exploitation criminelle de beaucoup d’autres régions du monde (mainmise sur leur économie, exploitation des richesses naturelles, exploitation de la main d’œuvre, maintien des populations dans la misère, soutien à des régimes autoritaires, soutien à des guerres et vente massive d’armes).

2 – sa haine virulente à l’égard des migrants qui, fuyant la misère, les privations de liberté, les persécutions politiques ou la guerre — dont elle est souvent la première responsable — sont violemment refoulés à ses frontières ou maltraités sur son territoire.

3 – sa propagande au sujet du reste du monde, qui se résumerait, selon elle, à quelques coupeurs de têtes et autres barbares de circonstances, alors qu’elle serait, à l’inverse, le creuset de la sagesse, de la justice et de la paix. Parmi d’autres présupposés, le soleil du sud et le manque de culture engendreraient la paresse et l’inorganisation, alors que le climat tempéré et la somme d’intelligences et d’expériences du continent s’imaginant supérieur favoriseraient la qualité de son travail et de son organisation. »

 

Geneviève Fontaine propose  « l’expérience de l’association Evaléco » qu’elle préside : « Les initiatives d’économie solidaire se proposent de mettre en acte une autre vision de la société, davantage centrée sur l’humain, où l’économie serait réencastrée dans la société et les rapports sociaux. Elle tendent à proposer une alternative à la place aujourd’hui occupée par une pensée économique basée sur un présupposé de rareté des ressources et sur la croyance dans la suprématie du marché et de ses “ lois ” ».

 

Les Zindigné(e)s ! propose un entretien avec Bernard Friot : « Emanciper le travail » (à ce propos, voir sur Youtube) : Friot propose le salaire à vie, la lutte des classes dans le domaine des modes de vie. Passionnant, comme toujours.

 

Michel Weber revisite le féminisme entre épiderme et utopie : « En bref, trois thèses complémentaires sont avancées : d’abord, le féminisme n’a jusqu’ici réussi qu’à obtenir des aménagements cosmétiques de nos sociétés moribondes, qui demeurent plus paternalistes (et infantilisantes) que jamais ; ensuite, le sens commun nous met en demeure de penser à neuf les relations entre les sexes, pas de niveler les séparations entre les genres ; enfin, seule une utopie féministe radicale pourrait répondre aux très légitimes attentes des femmes. Il est grand temps de reconnaître la puissance du vagin. »

 

Yann Fiévet explique ce qu’est le « monologue antisocial » : « L’ampleur de la décrépitude actuelle de la politique se mesure certainement à l’aune de la distance creusée entre les discours et les actes des gouvernants. MM. Hollande et Valls disent à l’envi être fermement attachés au dialogue social, croire en ses vertus « au service de la cohésion nationale », convaincus qu’ils sont que cela permettrait de réduire les inégalités tout en « renforçant notre économie ». Attend-on vraiment une autre parole de la part d’hommes politiques qui, par ailleurs, se disent toujours authentiquement de gauche ? Pourtant, la parole ne pèse rien lorsqu’elle est systématiquement contredite par les actes politiques. Pire, elle devient hypocrisie, une hypocrisie qui flirte, en l’occurrence, dramatiquement avec la tromperie. »

 

 

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5 décembre 2015 6 05 /12 /décembre /2015 06:30

Dans sa livraison de novembre, le Diplo nous présente les trois visages du vote FN (Joël Gombin) : « Une victoire du Front national (FN) aux élections régionales de décembre 2015 dans le Nord-Pas-de-Calais-Picardie et en Provence-Alpes-Côte d’Azur illustrerait la géographie électorale du parti d’extrême droite. Celle-ci n’a guère évolué depuis les élections européennes de 1984, auxquelles le FN obtint environ 10 % des voix : elle oppose un arc oriental allant du Nord aux Pyrénées-Orientales à une moitié occidentale bien plus rétive. Pourtant, le lieu commun d’un FN du Nord, social et populaire, qui séduirait les ouvriers, opposé à un FN du Sud, identitaire et économiquement libéral, davantage tourné vers les retraités, a fait florès ces dernières années. Cette opposition est loin d’être pertinente. »

 

 

Reprenant une ancienne expression d’Obama, Serge Halimi expose ce qu’est une guerre « imbécile » : « Je ne suis pas contre toutes les guerres. Ce à quoi je m’oppose, c’est à une guerre imbécile, une guerre irréfléchie, une guerre fondée non pas sur la raison mais sur la colère. » Ainsi parlait, le 2 octobre 2002, un élu de l’Illinois nommé Barack Obama. La « colère » consécutive aux attentats du 11 septembre 2001 n’était pas retombée aux Etats-Unis, et le président George W. Bush avait choisi de la rediriger non pas vers l’Arabie saoudite, d’où provenaient la plupart des membres des commandos d’Al-Qaida, mais vers l’Irak, qu’il attaquerait six mois plus tard. Les médias voulaient la guerre ; la plupart des sénateurs démocrates, dont Mme Hillary Clinton, s’y rallièrent. Et l’invasion de l’Irak créa le chaos qui servirait d’incubateur à l’Organisation de l’Etat islamique (OEI). »

 

 

Nabile Mouline décortique la genèse du djihadisme : « Effort d’élévation spirituelle, le djihad peut aussi signifier le combat contre les infidèles et les hypocrites. Ceux qui s’en réclament aujourd’hui pour justifier une conduite ultraviolente s’inspirent d’une idéologie rigoriste issue d’une double filiation : les Frères musulmans et le salafisme wahhabite, diffusé depuis l’Arabie saoudite. »

 

 

Pierre Conesa évoque les “ Cinq conflits entremêlés ” : L’engouement quasi unanime des responsables politiques pour la « guerre » traduit une grave méconnaissance de la réalité du terrain. Décidé durant l’été 2014, l’engagement militaire occidental ajoute une cinquième strate à une superposition de conflits qui embrasent l’aire arabo-islamique.

 

 

Pour Akram Belkaid, En Syrie, l’issue politique est bien incertaine : « Les pays occidentaux voudraient détruire l’Organisation de l’Etat islamique sans mener d’intervention terrestre, ce qui imposerait d’en passer par une réunification des principales factions armées syriennes et par la mise en place d’un processus politique de transition. Mais un tel scénario fait fi de nombreuses réalités. »

 

 

Les djihadistes circulent, le gouvernement français réprime les manifestants (Patrick Baudouin) : « Alors que la facilité avec laquelle circulent les djihadistes souligne l’insuffisance des moyens mis au service de la justice, le gouvernement répond par un déni de justice supplémentaire, avec la prolongation de l’état d’urgence. »

 

Le Monde Diplomatique (89)

Qu’en est-il du printemps arabe (Hicham Alaoui) ? : « Depuis la vague de révoltes qui a débuté en Tunisie en janvier 2011, le « printemps arabe » semble pris dans un étau, entre retour des Etats autoritaires et menace djihadiste. Mais l’exigence de dignité et l’aspiration à la liberté n’ont pas disparu. »

 

Pour Ibrahim Warde de graves périls viennent d’Arabie saoudite : « Accusée de défendre la même doctrine rigoriste que les djihadistes, l’Arabie saoudite combat les mêmes ennemis chiites. La famille royale, divisée, boude son allié américain et subit les conséquences de la guerre des prix du pétrole qu’elle a lancée. »

 

Que se passerait-il, bon sang mais c’est bien sûr, si les vaches mangeaient de l’herbe (Gérard Le Puill), : « Dans le cadre de la conférence de Paris sur le climat, l’Union européenne réfléchira-t-elle à son modèle agricole, qui accompagne plus que jamais la mondialisation libérale ? En développant l’agroécologie, une idée neuve, la France pourrait réduire considérablement son empreinte carbone tout en produisant des aliments de qualité en quantité suffisante. »

 

Pour Nicolas Pinsault et Richard Monvoisin, la kinésithrapie est piégée par les mages : « L a demande de soins du corps ne cesse de croître et entraîne un engouement pour les traitements manuels. Mais l’émiettement de l’offre laisse perplexe : kinésithérapie, ostéopathie, chiropractie, biokinergie, kinésiologie appliquée ou microkinésithérapie ; même les professionnels en perdent leur latin ! Pour la personne en attente de soins, faire un choix revient à jouer à la loterie. Les raisons de ce flou sont multiples. Sur le plan pratique, la technique la plus saugrenue peut donner l’illusion d’être efficace : l’écoute, le toucher et l’empathie contribuent à produire certains bénéfices de l’effet placebo. Sans bienfaits spécifiques démontrés scientifiquement, beaucoup de gestes semblent « marcher » et satisfont les patients… à court terme. Dans ce domaine comme pour les autres pratiques médicales, seules les preuves acquises par l’expérience clinique permettent de déterminer les thérapies efficaces. Or, très peu de thérapeutes manuels s’y réfèrent : bon nombre préfèrent suivre leur ressenti, bien moins chronophage et qui semble leur conférer une sorte de don.

 

 

Pour Akram Belkaïd, il faut relire les textes saints : « Il n’est guère facile d’aborder la question de l’islam et de ses origines en échappant à l’actualité et aux thématiques récurrentes qu’elle impose, tel l’incontournable « djihad ». C’est donc un tour de force que réalise le documentaire en sept épisodes de Gérard Mordillat et Jérôme Prieur consacré à l’influence majeure du christianisme sur l’islam, du moins celui des premiers temps de la révélation. Ce travail a pour premier mérite de montrer que l’étude multidisciplinaire – c’est-à-dire au-delà du seul commentaire théologique – du Coran est une science en devenir. Le livre saint des musulmans est souvent présenté comme un « texte sans contexte » en raison de sa structure littéraire complexe et de l’impossibilité de dater ses sourates (chapitres) ou même de déterminer la totalité de l’ordre chronologique de leur révélation. L’enjeu est de taille, car une meilleure connaissance du contexte historique et social dans lequel est apparue la dernière des trois grandes religions monothéistes aiderait à surmonter les défis politico-religieux contemporains.

 

 

Pierre Rimbert évoque les méthodes pendables de Volkswagen : « L’Europe n’échappe pas à la manie du déni bureaucratique consistant à supprimer les problèmes qu’on ne souhaite pas résoudre. L’Union européenne devait imposer en 2017 des tests de pollution automobile sur route plutôt qu’en laboratoire. Problème : aucun moteur diesel ne les aurait passés. Assiégés par les lobbyistes, les régulateurs des pays membres et la Commission ont décidé fin octobre, au beau milieu du scandale Volkswagen, de relever le seuil d’émission des oxydes d’azote de... 110 %. Comme le rappelle Wolfgang Münchau, chroniqueur au Financial Times (9 novembre 2015), « ces polluants tuent. Le nombre de décès imputés aux émissions des moteurs diesel dépasse largement celui des tués sur la route. On peut ainsi interpréter cette réglementation technique de l’Union comme la décision de tuer plusieurs milliers de personnes ».

 

 

 

Dans l’article de Bernard Friot et Christine Jakse sur la sécurité sociale, tout y est : « Depuis sa création en 1945, le régime général de la Sécurité sociale subit le feu des « réformateurs » de tout poil. Comment expliquer cet acharnement contre un système que l’on réduit souvent à une simple couverture des risques de la vie ? C’est qu’au-delà de l’assurance sociale, les pionniers de la « Sécu » forgeaient un outil d’émancipation du salariat géré par les travailleurs. »

 

 

Que se passe-t-il aux Etats-Unis quand des citoyens élisent leur shérif (“ Prions pour notre shérif et sa victoire aux élections ”) ? : « Tous les quatre ans, les Américains sont invités à élire leurs shérifs et leurs procureurs. Bien souvent, ils n’ont de choix qu’entre des candidats répressifs. D’ailleurs, l’inflation carcérale aux Etats-Unis est devenue telle que le sujet s’est invité ans la campagne pour la présidentielle de 2016. »

 

 

“ Qui a peur de la vérité en Colombie ? ”, demande Maurice Lemoine : « Le 23 septembre dernier, la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) et le gouvernement se sont entendus pour conclure des accords de paix dans un délai de six mois. Un tribunal spécial devra juger les acteurs du conflit… Reste à savoir s’il aura l’audace (et les moyens) de remonter la chaîne des responsabilités jusqu’à son sommet. »

 

 

Pour Renaud Egreteau, “ La Birmanie est en liberté surveillée ” : « Lors des élections du 8 novembre, la Ligue nationale pour la démocratie (LND) de Mme Aung San Suu Kyi a remporté la majorité absolue des sièges à pourvoir dans les deux chambres du Parlement national, ainsi que dans dix des quatorze assemblées provinciales. Un succès retentissant ; mais la junte conserve une capacité de blocage considérable. »

 

 

Après l’un des pires crimes de masse du XXe siècle, en Indonésie, c’est toujours la “ mémoire de l’impunité ” qui règne (Lena Bjurström) : « Cinquante ans après le massacre par l’armée indonésienne de centaines de milliers de citoyens communistes ou soupçonnés de l’être, les survivants et leurs familles luttent pour obtenir justice. A ce jour, aucun des responsables de cette campagne de terreur n’a été jugé. Et le gouvernement du président Joko Widodo, arrivé au pouvoir en octobre 2014, hésite à ouvrir de véritables enquêtes. »

 

 

Tierno Monénembo  explique pourquoi en Afrique les présidents à vie sont de retour : « La démocratie progresse partout en Afrique. Pourtant, de vieilles habitudes persistent dans plusieurs pays : dans l’indifférence internationale, des chefs d’Etat manipulent sans vergogne la Constitution pour prolonger leur règne. Ces dictateurs sortis des urnes se trouvent surtout en Afrique francophone, en raison d’une infernale accumulation de handicaps. »

 

 

Pablo Jensen se demande si les théories scientifiques ne pourraient pas être des croyances parmi d’autres : « Selon le juriste Alain Supiot. aucune société ne peut subsister durablement sans des croyances communes, qui sont placées au-dessus des individus et cimentent le corps social. Ainsi, c’est au nom de droits humains proclamés sacrés que la République française est censée « assujettir le bon plaisir des plus forts à quelque chose de plus fort qu’eux, qui s’impose à tous et évite que la société des hommes ne se transforme en jungle ». Au cours de l’histoire, ce sont les rites, les religions ou — grande invention de la Rome antique — un ordre juridique autonome qui ont rempli ce rôle. »

 

 

Sommes nous tous, potentiellement, des délateurs en pantoufles (Ignacio Ramonet) ?: « Beaucoup de personnes se moquent de la protection de la vie privée. Elles réclament, au contraire, le droit de montrer et d’exhiber leur intimité. Cela peut surprendre, mais, en y réfléchissant, un faisceau de signes et de symptômes annonçaient depuis quelque temps l’inéluctable arrivée de ce type de comportement qui mêle inextricablement voyeurisme et exhibitionnisme, surveillance et soumission. Sa matrice lointaine se trouve peut-être dans un célèbre film d’Alfred Hitchcock, Rear Window (Fenêtre sur cour, 1954), dans lequel un reporter photographe (James Stewart), immobilisé chez lui, une jambe dans le plâtre, observe par désœuvrement le comportement de ses voisins d’en face. Dans un dialogue avec François Truffaut, Hitchcock expliquait : « Oui, l’homme était un voyeur, mais est-ce que nous ne sommes pas tous des voyeurs ? » Truffaut l’admettait : « Nous sommes tous des voyeurs, ne serait-ce que lorsque nous regardons un film intimiste. D’ailleurs, James Stewart, à sa fenêtre, se trouve dans la situation d’un spectateur assistant à un film. » Puis Hitchcock observait : « Je vous parie que neuf personnes sur dix, si elles voient de l’autre côté de la cour une femme qui se déshabille avant d’aller se coucher, ou simplement un homme qui fait du rangement dans sa chambre, ne pourront pas s’empêcher de regarder. Elles pourraient détourner le regard en disant : “Cela ne me concerne pas”, elles pourraient fermer leurs volets, eh bien ! elles ne le feront pas, elles s’attarderont pour regarder. »

 

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4 décembre 2015 5 04 /12 /décembre /2015 06:40

Toujours préciser le lieu d’où l’on parle : comme les syndiqués du Snuipp (professeur des écoles) de Haute-Garonne, je suis affilié à la FSU. Par ailleurs, je suis un parfait mécréant, depuis tout petit. Enfin, alors que je résidais encore à Toulouse, je n'ai pas voté pour l'actuelle municipalité de droite.

 

Je suis d’autant plus sidéré par la démarche de ces camarades toulousains, choqués que les édiles municipaux aient pu distribuer dans les écoles du département, parmi 16 250 livres CD, la chanson québécoise de “ La poule à Colin ”.

 

Il s'agissait pour les syndiqués, au nom d’un principe ayatollesque de défense de la laïcité, de ne pas laisser entrer dans les établissements scolaires une comptine qui parle de curé et de paroisse.

 

Le texte de la chanson :

 

Colin a une poule qui pond tout les matins

Colin a une poule qui pond tout les matins

 

Ha elle a été faire sa ponte dans la cour à Martin

Tu l'entend pas mon Lanlire tu l'entend pas mon lapin

Tu l'entend pas mon Lanlire tu l'entend pas mon lapin

 

Ha elle a été faire sa ponte dans la cour à Martin

Ha elle a été faire sa ponte dans la cour à Martin

 

Pis Martin a pris sa fourche et lui a cassé les reins

Tu l'entend pas mon Lanlire tu l'entend pas mon lapin

Tu l'entend pas mon Lanlire tu l'entend pas mon lapin

 

Pis Martin a pris sa fourche et lui a cassé les reins

Pis Martin a pris sa fourche et lui a cassé les reins

 

Puis il a fait une bonne sauce pour le dimanche matin

Tu l'entend pas mon Lanlire tu l'entend pas mon lapin

Tu l'entend pas mon Lanlire tu l'entend pas mon lapin

 

Puis il a fait une bonne sauce pour le dimanche matin

Puis il a fait une bonne sauce pour le dimanche matin

 

Puis tout le monde de la paroisse son venu saucer le pain

Tu l'entend pas mon Lanlire tu l'entend pas mon lapin

Tu l'entend pas mon Lanlire tu l'entend pas mon lapin

 

Puis tout le monde de la paroisse son venu saucer le pain

Puis tout le monde de la paroisse son venu saucer le pain

 

Ainsi que Monsieur le curé qui est venu saucer le sien

Tu l'entend pas mon Lanlire tu l'entend pas mon lapin

Tu l'entend pas mon Lanlire tu l'entend pas mon lapin

 

Ainsi que Monsieur le curé qui est venu saucer le sien

Ainsi que Monsieur le curé qui est venu saucer le sien

 

Pis trouva la sauce si bonne qui s'y trempa les mains

Tu l'entend pas mon Lanlire tu l'entend pas mon lapin

Tu l'entend pas mon Lanlire tu l'entend pas mon lapin

 

Pis trouva la sauce si bonne qui s'y trempa les mains

Pis trouva la sauce si bonne qui s'y trempa les mains

 

Pis des mains ben jusqu'aux coudes, des coudes jusqu'au

reins

Tu l'entend pas mon Lanlire tu l'entend pas mon lapin

Tu l'entend pas mon Lanlire tu l'entend pas mon lapin

 

Pis des mains ben jusqu'aux coudes, des coudes jusqu'au

reins

Pis des mains ben jusqu'aux coudes, des coudes jusqu'au

reins

 

Puis il a fait la messe avec ses paroissiens

Tu l'entend pas mon Lanlire tu l'entend pas mon lapin

Tu l'entend pas mon Lanlire tu l'entend pas mon lapin

 

Puis il a fait la messe avec ses paroissiens

Puis il a fait la messe avec ses paroissiens

 

À toutes ses bonnes vieilles qui en ont besoin

Tu l'entend pas mon Lanlire tu l'entend pas mon lapin

Tu l'entend pas mon Lanlire tu l'entend pas mon lapin

 

Puis il a fait la messe avec ses paroissiens

Puis il a fait la messe avec ses paroissiens

À toutes ses bonnes vieilles qui en ont besoin

Tu l'entend pas mon Lanlire tu l'entend pas mon lapin

 

 

Que nous disent ces valeureux militants ? Au moment de poser cette question, je m’aperçois que le titre de ce billet n’est pas bon. Les ayatollahs n’ont pas peur (de Dieu, peut-être). Ces camarades, eux, sont morts de trouille : « Un curé bon vivant, des paroissiens rassemblés autour de leur berger et des vieilles qui ont bien besoin de la messe, ça peut prêter à sourire, mais nous pensons au contraire que les institutions laïques se doivent d'être exemplaires. »

 

Jean-Philippe Gadier, secrétaire départemental du syndicat, dit n’avoir « rien contre cette chanson ». Il ajoute : « On trouve simplement qu'elle est mal venue dans la période qu'on traverse. Le fait religieux est enseigné à l'école, ce n'est pas la question, il l'est dans sa neutralité. La mairie aurait été bien inspirée de ne pas faire référence qu'à une seule religion explicite. Elle devrait respecter toutes les religions dans leur neutralité. Nos écoles sont quand même multiculturelles et cette chanson ne va pas de soi, c'est un malentendu ». La voilà la sainte trouille : « malvenue dans la période qu’on traverse ».

 

Non, nos écoles ne sont pas « multiculturelles ». Elles sont les écoles de la République française. Sinon, demain, il faudra expliquer la reproduction chez les diptères, “ Le Corbeau et le Renard ” ou le “ Petit Chaperon rouge ” d’une certaine manière aux enfants d’origine judéo-chrétienne, et d’une autre manière aux enfants d’origine musulmane. Et, après-demain lorsque le camarade Gadier emmènera ses ouailles dans l’un des nombreux musées de Toulouse,  il cachera à la vue de ses élèves d’origine culturelle musulmane, les innombrables tableaux inspirés par la religion catholique. Que seraient nos musées si Jésus n’avait pas existé ? Et puis, quand il aura un moment, ce camarade relira attentivement la chanson ci-dessus (je pourrai l’y aider, éventuellement). Il s’apercevra qu’il s’agit d’un texte à l’érotisme particulièrement criard – bien plus que “ Savez-vous planter les choux ? ” (« On les plante avec le nez ») – comme quantité de comptines que nous enseignons à nos chères têtes blondes et brunes.

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3 décembre 2015 4 03 /12 /décembre /2015 06:40

 

Je reproduis ci-dessous une réflexion très intéressante de l’Union Rationaliste sur « Langues régionales ou minoritaires » :

 

 

  • Écrit par Francoise-Olivier-Utard

 

La question de la ratification de la charte européenne des langues régionales ou minoritaires devait revenir cet été sur la scène publique, mais le débat a finalement été une fois de plus repoussé. Plus le temps passe, plus cette charte soulève des questions graves, sur lesquelles le Conseil constitutionnel et le Conseil d’État ont rendu par trois fois un avis défavorable argumenté. La pertinence de la ratification n’apparaît pas, mais le danger d’y procéder.

 

En tout état de cause, la simple lecture de ce qui est proposé à ratification laisse percevoir qu’il n’y est pas seulement question de linguistique et de culture, comme son titre tendrait à le faire croire, mais aussi d’intégration politique européenne. Il s’agit en effet, pour la France, d’une remise en cause de l’unité nationale par la reconnaissance de minorités, d’une remise en cause de l’égalité en droits des citoyens par l’abandon de la notion de langue nationale au profit de langues officielles diverses, et d’une remise en cause des rouages de notre démocratie par une modification de la Constitution qui rendra possible et facile la ratification d’articles supplémentaires.

 

La Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, lancée en 1975, ne s’inscrit pas dans l’axe « Culture » mais dans celui de « Minorités » des travaux du Conseil de l’Europe. Or, les minorités ethniques n’existent pas en France : cet État se situe sur le terrain de l’universalité des droits des citoyens et non sur celui de la diversité des droits selon l’origine ethnique. Allons- nous renoncer à nos principes fondamentaux ? Le gouvernement avance que la ratification sera accompagnée d’une « déclaration interprétative » visant la notion de « groupes ». C’est, comme l’a fait remarquer le Conseil d’État le 30 juillet dernier, en parfaite contradiction avec l’esprit et le texte de la Charte. La valeur juridique d’une telle déclaration sera contestable et contestée au niveau international. Plus grave : le conseil des ministres a déclaré, le 31 juillet dernier, que la déclaration interprétative pourra être levée quand la Constitution aura été changée. Autrement dit, la voie sera libre à l’adoption de nouveaux articles.

 

Les langues ont une histoire, c’est une banalité de le dire. Les pays qui ont signé la Charte ont des problèmes de diversité linguistique : l’Allemagne, la Finlande, Chypre, l’Arménie, etc. Ce n’est pas le cas de la France. Le français est devenu la langue officielle de l’état civil et des actes administratifs en 1539, par l’édit de Villers-Cotterêts. Il a remplacé le latin, que personne ne parlait plus dans la vie courante. Le français est ensuite devenu la langue nationale à la Révolution. C’est l’armée qui a donné l’exemple : il fallait que les soldats comprennent les ordres pour défendre la République attaquée par la coalition des émigrés et des monarchies européennes. L’économie a suivi car elle avait besoin de l’unification des termes désignant les produits et marchandises, parallèle à l’unification des poids et des mesures. Les parlers des provinces ont alors connu des sorts variables. Certains ont disparu, d’autres ont subsisté. Le français aujourd’hui n’est pas la langue officielle, mais bien la langue nationale : tout le monde le comprend et le parle, pour l’avoir appris à l’école publique. Une autre question, bien différente, est celle du développement des langues vivantes, dans lesquelles les élèves français sont censés se débrouiller très mal. Il s’agit là de former à l’anglais, l’espagnol, l’allemand, le russe ou le chinois pour ouvrir les élèves sur le monde et les aider à trouver leur place dans les échanges avec les autres sociétés. La charte les exclut et fait un sort aussi aux langues « étrangères » parlées par les « migrants ». Outre le fait que certains migrants se sont fixés et sont devenus des immigrés puis des citoyens, leur langue d’origine, que ce soit l’arabe ou le turc, ne sera pas prise en compte par la charte. La multiculturalité annoncée sera ainsi bien étriquée. Réformer la pédagogie ne pousse pas forcément à remettre en cause la langue nationale, même si l’on peut s’appuyer sur les langues régionales proches d’une langue nationale différente, comme l’occitan pour l’espagnol ou l’alsacien pour l’allemand. Les langues régionales relèvent de la culture personnelle, au pire du folklore. De plus, les réintroduire dans la vie publique est incohérent avec la nouvelle carte des régions françaises, dans lesquelles la diversité des langues selon la Charte sera ingérable, mais on voit ce qui se dessine en filigrane : l’Europe des régions, dans lesquelles se décideront les contrats de travail, la formation professionnelle, les juridictions etc., toutes choses évoquées dans les articles autres que la culture, l’enseignement et les medias. La ratification est donc, au bout du compte, la soumission à une transformation politique de grande ampleur, introduite de façon sournoise.

 

Le troisième danger à pointer du doigt est celui de la procédure choisie pour ratifier la Charte. La ministre de la justice, garde des Sceaux, propose une loi qui modifie la Constitution. Elle exclut tout recours à un referendum. Comme la procédure normale de convocation du Congrès est lourde, il est question de l’alléger en comptabilisant simplement les votes des deux assemblées. Modifier la Constitution de cette façon n’est pas seulement désinvolte, c’est un signal donné qu’on peut se passer du fonctionnement démocratique. De plus, une fois adoptée, la nouvelle loi permettra de prendre de nouvelles décisions en matière linguistique sans réunir le Congrès. La Constitution en ressortira affaiblie.

 

Sur le plan pratique, si l’on regarde de près les 39 articles que la France se propose de ratifier, on constate qu’ils correspondent à des mesures qui existent déjà, puisqu’ils visent en particulier la culture, l’enseignement et les médias. Les nouveautés contraignantes se situeront dans le bilinguisme des administrations, des lois « régionales », sans toutefois préciser quelles seront les langues reconnues parmi les 76 parlers répertoriés sur le territoire.

 

La ratification de la Charte, dans ces conditions, ne peut donc être interprétée que comme la preuve de la volonté de s’intégrer à une Europe supranationale, une Europe des régions, des communautés plus ou moins ethniques, des décideurs déliés de tout contrôle. Non merci, Nein Danke.

Langues régionales ou minoritaires
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30 novembre 2015 1 30 /11 /novembre /2015 06:46

Terrorisme : qui est responsable, demande Evariste dans Res Publica ?

 

Nous refuserons aussi qu’on renonce à mettre en cause l’industrie française de l’armement. La France est devenue un des plus grands marchands d’armes de la planète, les dirigeants du Grand capital y sont en lien étroit depuis des décennies avec le capital financier des pétro-monarchies du Golfe persique. Ces représentants d’authentiques États islamiques barbares sont reçus avec les égards les plus humiliants par nos gouvernants ; c’est que leurs capitaux sont devenus, depuis la crise financière de 2008, indispensables à la survie d’un capitalisme français archaïque, ce qui fait fermer les yeux sur les délits d’initiés, blanchiment d’argent mafieux, fraudes fiscales, etc., sans oublier le financement et l’encouragement de Daesh, l’ennemi qui nous fait la guerre, par l’Arabie saoudite, l’allié qui achète « nos » avions…

 

L’ennemi a franchi un cran supplémentaire : ce ne sont plus les athées (Charlie Hebdo), la police (8 janvier 2015) ou les juifs (l’Hypercasher du 9 janvier 2015) mais n’importe qui vivant en France qui est visé. L’idée avait été énoncée par Ben Laden il y a déjà plus de 15 ans : ils veulent créer en France une guerre civile sur des bases religieuses. S’ils y parviennent, c’est la destruction de la gauche politique et sociale dans ce pays. Ces total-terroristes, rois du pétrole (de contrebande) et de vidéos Youtube abjectes, sont des ultra-capitalistes 2.0 d’une efficacité incroyable car ils s’appuient tout à la fois sur les vulnérabilités des démocraties et sur un projet de « civilisation (!) » qui justifie la démesure des actes.

 

 

Politis dénonce les dessous des tarifs abusifs de La Poste :

 

Coté distribution du courrier, les infrastructures sont en voie de disparition : une quinzaine de centres de tri doivent fermer, « autant de dégâts pour l’emploi dans les territoires, et pour l’environnement avec des envois qui vont parcourir des centaines de kilomètres supplémentaires », relève le syndicat. La Poste « poursuit la mise en œuvre de sa stratégie qui se traduit par une réduction de la présence postale sur l’ensemble du territoire, la distribution du courrier et des colis en J+1 est en recul, notamment par le déploiement à grande échelle de la lettre verte. Cette casse du service public s’accompagne d’une casse de l’emploi : - 90 000 en dix ans, 7 352 en 2014 », expliquait le 5 novembre la fédération CGT des activités postales, à la veille du comité de suivi sur le contrat d’entreprise entre La Poste et l’État. En juillet, lors de la présentation des résultats semestriels du groupe, les organisations syndicales ont constaté la suppression de plus de 5 000 équivalents temps plein en six mois.

 

Je citerai pour terminer l’introduction et la conclusion d’un article de Patrick Varetz pour Mediapart, qui se veut malgré tout optimiste après sa visite d’Hénin-Beaumont :

 

J’ai mené mes maigres investigations, et rédigé une bonne partie de ce texte, avant les événements meurtriers du 13 novembre dernier. Tenter de restituer, de façon parcellaire et totalement subjective, l’atmosphère culturelle d’Hénin-Beaumont peut apparaître — dans un tel contexte d’état de choc — quelque peu anecdotique, voire hors de propos. Néanmoins, je ne peux m’empêcher de penser que si la société de consommation n’avait à ce point évidé les esprits, et à ce point détruit le lien social par son libéralisme incontrôlé, nous n’en serions pas là en termes d’extrémisme et de désespoir.

 

(…)

 

Il y a un monde par-dessous, ou par-delà le nôtre – et il est ici, maintenant. Si ces mots du poète Robert Creeley entrent pour moi en résonance parfaite avec la réalité d’Hénin-Beaumont, ils semblent également s’appliquer – avec le même à-propos – à des centaines d’autres villes en France. Des villes où le libéralisme, censément vainqueur, détruit aveuglement emploi et lien social ; des villes où toute vie apparaît désormais éradiquée, depuis que les grandes enseignes de distribution ont créé leurs parcs d’attractions marchands en périphérie des zones urbanisées. Tous, nous voilà relégués en bordure d’un monde encore indifférencié – sur le point d’advenir. Mais à quoi ressemblera-t-il ce monde ? S’annonce-t-il pire, plus violent, partagé entre factions extrêmes, opposées mais pareillement opportunistes ? Ou bien s’invente-il déjà plus humain, plus curieux de connaissance, plus avide de culture et de partage, tout cela parce qu’une infime multitude – invisible et idéaliste – s’empêche chaque jour de renoncer. Oui. Miser sur un monde meilleur, c’est le pari encore qu’il nous faut tenter. Ici et maintenant.

 

Revue de presse (146)

Hénin : le boulevard Basly de mon enfance. Je suis sur la photo...

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28 novembre 2015 6 28 /11 /novembre /2015 06:48

Thierry Frémont (Libération 18 janvier 1995) : “ Quand ça viendra, tant mieux: je serai «bankable», j'aurai plus de scénarios. Je ne manque pas d'ambition: au contraire, je fais ce métier pour grimper jusqu'au sommet. Mais je ne suis pas prêt à faire n'importe quoi pour ça. ”

 

A l’origine, en anglais, « bankable » appartient au jargon financier (« bankable securities » : titres recouvrables par les banques). Le terme est passé, vers 1990, dans le jargon cinématographique : un acteur qui rapporte de l’argent ou sur qui on peut financer un film. Le mot est alors prononcé à l’anglaise. Il a remplacé le mot « rentable », exprimant trop crument pour des oreilles francophones l’idée que le cinéma est, certes, un art, mais surtout un commerce. Il faut dire bankaibeul et non bancable. Or le mot « bancable » (ou banquable ») existe en français depuis 1877, avec le sens qu’il a, à l’origine, en anglais. Il se dit « des effets de commerce remplissant les conditions voulues pour être escomptés ou réescomptés par la Banque de France » (Le Grand Robert). Rien à voir, donc, avec un être humain ou un art populaire.

 

On trouve désormais « bankable » dans des écrits sur la musique, la peinture la littérature (« Stéphane Hessel, n°1 des ventes de livres en 2011, a de quoi s'indigner. Même avec une avance de plus d'un million d'exemplaires vendus sur son poursuivant direct, cinq auteurs ont été plus « bankable » que lui en 2011. », La Tribune, 16 mars 2012). Le terme fait également florès dans le sport : peu importe qu’un sportif en fin de carrière ne soit plus le meilleur s’il est le plus « bankable » : « Le plus bankable des rugbymen français n’a pas l’intention de raccrocher. Il réfléchit à sa « dernière étape ». Où qu’il atterrisse – le Japon, l’hémisphère Sud, Lyon, Toulon ? – il fera sans doute vendre des billets et des maillots. » ‎ Libération, 4 février 2012.

 

Ce glissement sémantique est idéologique : après l’art, l’artiste devient lui-même un produit commercial. Il suscite l’intégration des valeurs de la finance par le plus grand nombre.

 

Mieux vaut dire : rentable, sur quoi on peut miser, qui constitue une valeur sûre.

 

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27 novembre 2015 5 27 /11 /novembre /2015 05:50

 

Que les choses soient claires : je suis athée, je n’ai pas été baptisé, je me suis marié civilement, mes enfants n’ont pas été baptisés et je serai enterré civilement.

 

A côté de cela, je suis un grand visiteur d’églises et de cathédrales (surtout l’été car il y fait frais) et l’un des chocs esthétiques les plus forts de mon existence restera d’avoir vu de mes yeux vu la Pietà et le Moïse de Michel-Ange à Rome.

 

Je trouve lamentable le procès actuellement instruit, depuis un an, par un groupe de pression à l’intérieur de l’Association des Maires de France contre la présence de crèches dans les mairies de certaines villes. Ainsi d’ailleurs que celle des sapins de Noël, la fétichisation de ces arbres n’étant nullement d’origine chrétienne mais païenne.

 

Les crèches ne sont pas apparues sur notre sol la semaine dernière, ce qui n’est pas le cas des horaires réservées aux femmes voilées dans certaines piscines publiques.

 

J’observe que nombre de militants anti-crèches, de droite comme de gauche, sont francs-maçons. Je n’ai rien contre les trois points et j’admire bien des combats qu’ils ont menés depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Ils agitent actuellement un chiffon rouge à peu de frais. Ils surfent sur le concept vague à souhait du « vivre ensemble », tout comme, d’ailleurs, surfent, depuis la tragédie du Bataclan, les bobos parisiens. Pendant ce temps, on oublie les vrais problèmes et le CAC se frotte les mains. Les chômeurs et les smicards d’Uckange et d’Hénin-Beaumont apprécient fortement, n’en doutons pas, que les jeunes cadres puissent picoler (pardon “ boire des coups ”) en terrasse et aller aux concerts dans la douceur des soirées parisiennes. Ça, c'est Paris, le “ Gay Paree ” !

 

Tous les ans, je fais faire à mes filles le tour des crèches qu’une petite dizaine de villages du Gers créent à l’époque de Noël. Le Gers est une terre socialiste – il en reste si peu ! – et la plupart des visiteurs sont comme moi de gauche, athées ou agnostiques. Ces crèches ne sont pas installées dans les mairies mais, néanmoins, dans l’espace public : places, halles etc… Ce sont des crèches à thèmes : Alphonse Daudet, les capitales européennes, les peuples du monde, les contes de Perrault, Marcel Pagnol. Travail d'un an, admirable, instructif et, évidemment, bénévole. Un bain de culture, pas de culte.

 

Au IVe siècle, afin d’attirer à elle davantage de croyants, l’Eglise décida que Jésus était né un 25 décembre, jour d’une fête païenne venue de Perse (qui n’était pas encore chiite), où l’on égorgeait un taureau pour fêter le soleil. Quant à la fête de Pâques, elle nous vient des Juifs.

 

Je sens que l’aile marchante de l’AMF va mettre bon ordre à tout cela. Elle s'occupera ensuite du chômage qui a bondi en octobre.

 

Sus aux crèches !
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20 novembre 2015 5 20 /11 /novembre /2015 06:38

    

Je publie ci-dessous un court texte de Michel Cornaton, rédigé le 25 août 2015.

 

Je connais Michel Cornaton depuis plus de trente ans. Sociologue, psychologue, Michel a enseigné aux universités d’Abidjan (où nous fûmes collègues et amis) et de Lyon 2. Sa vie durant, il aura été un chercheur inlassable et rigoureux. Il fut le premier – et l’un des rares – à dénoncer et à étudier de manière exhaustive les « camps de regroupements » en Algérie, l’un des grands scandales cachés de la IVe République finissante. Pendant la guerre d’Algérie, les autorités coloniales déracinèrent et concentrèrent de force au moins deux millions de personnes dans des camps faits pour durer.

 

En 1964, Bourdieu publia Le déracinement, une approche sociologique de ce scandale, où il forgea le concept de paysans « dépaysannés ». Mais sa guerre d’Algérie connut une part d’ombre évoquée ici.

 

Créé en 1955 sur le modèle indochinois le 5ème Bureau assimila la guerre d’Algérie à une croisade des temps nouveaux mettant aux prises l’Occident chrétien avec le communisme camouflé sous les couleurs de l’islam. La lutte devait être menée selon trois axes : le soutien moral des troupes, l’action sur les populations musulmanes rurales, la démoralisation des bandes rebelles par des actions chocs. Le 25 décembre 1955 paraît le n°1 de Bled, journal de propagande de l’armée. Peu après la semaine des barricades à Alger, le 5 février 1960, à la surprise générale, le nouveau ministre des armées, Pierre Messmer, avait dissous à tous les échelons le 5ème Bureau d’Action psychologique dès son entrée en fonction. Il le considérait en effet comme un « véritable Etat dans l’armée » et avait fait de sa dissolution une priorité absolue.

 

Cinq décennies plus tard, l’ouverture au public des archives de la guerre d’Algérie réserve d’autres surprises, en particulier la révélation du rôle de Pierre Bourdieu, le futur sociologue, au Comité central d’action psychologique du Gouvernement général à Alger. En déplorant leur « peu d’informations » sur sa période militaire (1955-1957), sans plus d’investigations ses biographes et hagiographes se sont contenté de donner crédit aux quelques lignes de son « auto-analyse » posthume dans laquelle il se présente comme un deuxième classe dépourvu de toute responsabilité jusqu’aux « derniers mois » du service militaire. Or, selon le compte rendu officiel du Comité central d’action psychologique sa présence est mentionnée dès le 18 septembre 1956, non pas à titre de petit « employé aux écritures » mais d’ « assistant de M. Gorlin », le directeur de l’information. La réunion est présidée ce jour par Lucien Paye, le futur ministre de l’Education nationale de Michel Debré. Bourdieu siège à chacune des réunions du Comité, aux côtés du colonel parachutiste Ducourneau, un parent béarnais auquel il doit son détachement auprès du Gouverneur général de l’Algérie, Robert Lacoste. Au fil des mois il va monter en grade au point d’être pleinement intégré au Comité d’action psychologique, dont l’importance grandira au cours de l’année 1957. Pour mieux se rendre compte de l’influence croissante de Bourdieu dans l’Action psychologique il suffit de se référer à la conclusion de la réunion du 13 mars 1957. « M. Bourdieu propose la mise au point, en commun avec le Service psychologique de l’armée, d’une brochure indiquant les méthodes et les techniques de l’information, faisant le point d’un certain nombre de thèmes permanents de propagande se référant à l’œuvre de la France dans ses territoires africains. Ce qui faciliterait l’orientation et les actions locales des autorités et leur permettrait d’adapter à ces vues communes les circonstances quotidiennes. »

 

Pierre Bourdieu propagandiste de l’Armée ? Qui l’eût cru ? En attendant la publication de cette « brochure », précise-t-il dans son Esquisse pour une auto-analyse, il entreprend « d’écrire un petit livre, un Que sais-je ? », dans lequel il essaiera de « dire aux Français, surtout de gauche », ce qu’est l’Algérie. Vingt ans après l’appel de Londres du 18 juin 1940, en pleine guerre d’Algérie, il s’adresse d’Alger aux « Français, de gauche » pour leur parler… des mœurs et coutumes kabyles, dans le même temps où il est devenu la plume de Lacoste ! Bourdieu fait son entrée sur la scène de l’histoire. En 1961, suite au putsch avorté, de nombreux cadres du 5ème Bureau rejoignirent le noyau dur de l’OAS. A l’occasion de leur procès ils évoquèrent les cours d’action psychologique. Leurs témoignages contribuèrent à déconsidérer un peu plus l’emploi de l’arme psychologique à l’intérieur des forces armées, si bien qu’à partir de 1963 la psychologie fut retirée des programmes d’enseignement militaire supérieur.

 

 

Un chercheur franco-algérien, qui a relu ce texte, propose l’analyse et les précisions suivantes :

 

"En 1961......supérieur" pourrait également laisser entendre que Bourdieu aurait eu une collusion avec l'OAS. Or, Bourdieu à mon sens est dans les petits souliers des Gaullistes, c'est l'homme ou plutôt l'intellectuel organique (rôle qu'il tient au service du groupe dominant) du plan de Constantine. Il est l'expert qui domine alors, après la mise au ban de Jean Servier [ethnologue favorable à l’Algérie Française]. Bourdieu fait non pas de l'ethnologie mais bien un exercice de sociologie en collectant de l'information très précieuse dans les camps de regroupements pour préparer le Plan de Constantine et notamment ses déclinaisons en Métropole. Autre chose aussi : Pierre Bourdieu […] a construit son parcours de manière souveraine en faisant en sorte qu'aucune instante supérieure à lui ne puisse exister. Ce fut le cas pour sa revue Actes de la recherche en sciences sociales où il n' y avait aucun comité de lecture ou de rédaction, ce fut le cas également, selon moi, par son refus de réaliser une thèse de doctorat ; il ne voulait surtout pas de jury !!!. Seule exception : son audition pour l'entrée au Collège de France.

 

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18 novembre 2015 3 18 /11 /novembre /2015 06:20

J’ai déjà utilisé quelque chose de très approchant comme titre d’article, mais comme cette amorce était très accrocheure, j’en profite, à l’occasion de la parution d’un document officiel émanant du Haut Conseil à l’Egalité entre les Femmes et les Hommes, une administration qui dépend du Premier ministre. Le titre de ce document est « Guide pratique pour une communication sans stéréotype de sexe ».

 

Ce titre est hideux et idéologiquement marqué, dès lors qu’il nous inflige le concept de communication. La communication est au totalitarisme ce que l’information est à la démocratie. Mais ceci est un autre débat.

 

Ont participé à l’élaboration de ce document 19 personnes : 16 femmes, et 3 hommes. Une vraie parité, quoi ! L’objectif de ce groupe de travail, où les spécialistes en communication étaient plus nombreu.x.ses que les coiffeures, était de repérer des « stéréotypes de sexe ». L’expression est un peu bizarre : parle-t-on, en effet, de « pratiques de sexe » ? Mais, mettons.

 

On ne peut qu’adhérer aux nombreux postulats sociétaux de ce document, comme, par exemple, celui-ci : « La langue reflète la société et sa façon de penser le monde. Ainsi, une langue qui rend les femmes invisibles est la marque d’une société où elles jouent un rôle second. » Le Haut Conseil a parfaitement raison de rappeler que des noms et expressions tels.les que « chef de famille », « mademoiselle », « nom de jeune fille » n’existent plus dans le droit français depuis des dizaines d’années, même si ils.elles sont toujours présentes dans les têtes. Je me permets de rappeler qu’aux Etats-Unis d’anciennes militantes gauchistes devenues néocons.nes, horrifiées par la double existence de « miss » et de « mrs », ont forgé « ms », qui se prononce comme quelque chose ressemblant à « mzz ». Une « mzz » n’étant ni une « miss » ni une « mrs », la pauvre se stigmatisait comme, au choix, une lesbienne, une vierge, une larguée, une ni baisée ni baisante, bref une créature portant un lourd fardeau sur les épaules. By the way, ces expressions n’ont pas été « bannies » comme le dit le Haut Conseil (colonisé dans sa tête par le franglais) mais « interdites ». Assurément, le Conseil a parfaitement raison de souligner que « Les femmes sont, plus fréquemment que les hommes, présentées par leur prénom uniquement, étant précisée leur qualité d’ « épouse de » ou de « mère de x enfants », quand les hommes sont présentés le plus souvent avec leur prénom et nom, leur qualité, grade ou profession. » Ces pratiques sont (ou étaient) foncièrement idéologiques.

 

Dans ce blog, je n'avais pas attendu le Haut Conseil pour dénoncer une campagne particulièrement sexiste de recrutement dans l’Education nationale en 2011, et que cette même haute instance reprend dans son argumentaire :

Le Haut Conseil à l’Egalité entre les Femmes et les Hommes, ou l’acteure porno est une grande suceure

Le ministre était alors le DRH de l'Oréal et cette campagne avait été facturée, par des communicant.e.s, cela va de soi, 1,3 millions d'euros.

 

Mais le Haut Conseil (a-t-on déjà vu un « Bas Conseil » ?) sombre dans le grotesque du politiquement correct quand il se pique de réécrire la langue française au profit des femmes. Il préconise d’officialiser (souhaite imposer) dans la langue écrite le Morse que des militants d’extrême gauche ou écolos s’efforcent de faire passer dans les mœurs. On ne doit plus écrire « Les militants se retrouveront Place de la Liberté » mais « Les militant.te.s se retrouveront… ». On ne doit plus écrire « Un élève sera responsable du cahier de texte » mais « Un.e élève sera… ». Malheureusement, le Haut Conseil n’a pas, au long de ses interminables explications et recettes, indiqué comment prononcer à l’oral, surtout dans le feu de l’action, « les militant.te.s ».

 

La seconde officialisation du Haut Conseil est la féminisation de la dénomination d’un certain nombre de professions. Je l’ai déjà écrit à plusieurs reprises, la langue est traversée par la lutte des classes. Mais, pour des Conseiller.e.s bobos centre droit/centre gauche qui se veulent dans l'air du temps solférinien, la lutte des classes est un vague souvenir dans des livres d’histoire jaunis. Voici des exemples fournis par le Haut Conseil, prouvant que ses membres ne sont pas conscient.e.s de leur propre aliénation. Il souhaite que s’impose l’usage de nouveaux féminins. Seulement, pourquoi devrait-on dire « professeure » mais « éducatrice » ? « Chercheure » (cette chercheure est une « tête chercheuse ! ») mais « animatrice » ? « Gouverneure » mais « actrice » ? « Ingénieure » mais « transporteuse » ? Pour la bonne et simple raison que, dans le premier cas, nous avons affaire à des femmes de pouvoir qui veulent le beurre et l’argent du beurre en surimposant leur sexe à celui des hommes et, dans le second, à des femmes du peuple qui n'ont pas la parole.

 

Alors, en tant que sentinelle (ah, ben ça alors : suis-je un ou une sentinelle ?), je me dois de citer de larges extraits d’un article publié dans ce blog en avril 2015 à propos de ces initiatives horripilantes :

 

 

« En français comme dans de nombreuses autres langues (en tout cas celles que je connais de près ou de loin), le genre n’est pas nécessairement conforme au sexe.

 

Dans notre belle langue, celle de la raison de Descartes, des noms féminins s’appliquent uniquement aux hommes. On dit « une petite frappe » et non « un petit frappe ». On dit que tel chanteur d’opéra est « une basse » et non« un bas ». François est « Sa Sainteté » et non « Son Saint ». On dit également une tapette, une gouape. Et, à l’armée, une ordonnance ou, voir plus haut, une sentinelle.

 

Dans le même temps, des noms masculins s’appliquent à des femmes : on ne dit pas « une bas-bleu », « une contralto » (lorsqu’on parle de la voix d’une chanteuse). Au XIXe siècle, la petite employée d’une modiste était « un trottin ». Dans le langage familier, quand on dit d’une personne que c’est « un laideron », il s’agit d’une femme (même si, au moyen-âge, le mot était féminin). On a fini par adopter le mot « laideronne » (de moins en moins utilisé, les djeuns lui préférant « thon », vocable masculin qualifiant généralement une fille). Le mot masculin « souillon » a remplacé « souillard »  et s’applique presque toujours à une femme, qui travaillait autrefois dans une souillarde.

 

Et puis, il y a les bien utiles mots épicènes, ceux qui n’ont qu’un genre, quel que soit le sexe des personnes qualifiées. Alors là, la lutte des classes bat encore son plein (sa pleine ?). Il n’y a pas d’« amphytrionne », pas d’« angèle » (les anges n’ont pas de sexe, mais il est masculin), pas de « clerque » de notaire, pas d’ « artilleuse », pas d’« autrice » (qui devrait être le féminin d’« auteur » – sur le modèle de « factrice », mais Taine, qui connaissait bien l’Angleterre, a utilisé « autoresse »), pas d’« apotresse », pas de « bourrelle » (repéré une fois chez Colette qui s’en amusait), pas de « fausse-monnayeuse », pas de « censeuse », pas de « flirte », pas de « forçate », pas de « goinfrette », pas de « gourmette (au sens d'épicurienne) », pas d’« individue », pas de « membrette », pas de « pariate », pas de « tyrane », pas de « première violone ». On ne dit pas non plus « elle m’a pris en traîtresse ».

 

On peut – on doit – féminiser. Encore faut-il le faire intelligemment (j'allais dire esthétiquement), dans le respect du génie de la langue. Disons « une écrivaine » et non « une écrivain ». A noter que le féminin d’« écrivailleur » est « écrivailleuse » et non « écrivailleure » mais qu’ « écrivaillon » n’a pas de féminin. Disons « malfaitrice » et non « malfaiteure ». Disons avec Marcel Aymé « une ministresse » et non « une ministre ». On a bien connu la (légendaire) « papesse » Jeanne.

 

 

Le Haut Conseil à l’Egalité entre les Femmes et les Hommes, ou l’acteure porno est une grande suceure

Vérification de la virilité d'Innocent X

 

Disons « une peintresse » (et non « une peintre »), une « sculptrice » ou une sculpteuse » (comme on dit « une fraiseuse», mais là il s’agit – lutte des classes oblige – d’une ouvrière comme on n’en fait plus) et non « une sculpteure ». Disons « une voyoute », et non « une voyou ». Je comprends que « les époux se doivent mutuellement fidélité, secours, assistance » (Code civil) pose problème car « épouse » existe. Que fera-t-on de l’expression figée « d’égal à égal », ou de la phrase « dans ce type de rôle, cette actrice n’a pas son égal car elle est sans rivale et n’a pas son pareil ») ? Les plus grands ne se sont pas gênés. Restif de la Bretonne a utilisé « autrice » et Voltaire « professeuse » – en se moquant un peu, tout de même – sur le modèle d’empoisonneuse.

 

Depuis les années trente, on dit « aviatrice » et non « aviateure », « auditrice » (je sais que certain.e.s auraient aimé « cher.e.s auditeur.e.s »), « électrice », « postière ». Et aussi « championne » (ah, Laure Manaudou, cette grande « champion » toujours  détenteure de plusieurs records !). « Officière » ne fait pas – encore – partie du vocabulaire de l’armée, mais appartient depuis le XIVe siècle à celui de l’Église et, depuis 1949, à celui de l’Armée du Salut. Le péjoratif « officemar » n’a pas de féminin. La journaliste et écrivaine Michèle Perrein, qui proclamait être devenue féministe « par amour des hommes », avait fort bien posé le problème dans Entre chienne et louve (1978) : « Lorsque des tas d’entre nous auront été formées à l’École polytechnique, seront devenues officières de marine ou d’aviation, fliquesses en tous genres, le pouvoir sera peut-être partagé, mais il s’agira toujours d’un pouvoir instauré selon des idées et des normes masculines. »

 

On ne saurait passer sous silence le cas des bébés, des enfants en bas âge. En anglais, ils sont généralement du neutre, alors que les animaux de compagnie sont plutôt masculins et féminins. En français, ils sont majoritairement masculins. On rencontre très rarement « une nouvelle-née ». Ainsi que « nourrissonne » ou « enfançonne ». Mais cela peut changer. Le mot « enfant » lui-même sera utilisé pour parler d’une petite fille (« il a sauvé l’enfant de la noyade »). Les Enfants de Marie sont une congrégation de jeunes filles catholiques. L’expression « une enfant » est généralement condescendante (« une malheureuse enfant », « ma pauvre enfant ! »).

 

Je ne sais trop ce que les féministes politiquement corrects ont à dire des noms féminins qui recouvrent des réalités uniquement masculines. « Une canaille », « une femmelette », « Sa Majesté le roi », « une grosse légume », ce sont des hommes. De Gaulle fut « une grande star de la politique ». « Ce type est une vraie bête » signifie aujourd’hui qu’il est un gros balèze, mais cela n’a pas toujours été le cas. « Gens » est masculin, mais pas quand il est immédiatement précédé d’une épithète : « les petites, les bonnes, les vieilles gens ». Mais « les gens de bien », « les gens de sac et de corde » sont du masculin. Pensons également à ces mots problématiques : une chouette ou une girafe peuvent être fortement membrés mais girafeau et girafon n'ont pas de féminin.

 

Que les politiquement corrects s’inspirent de la richesse et de la diversité de la langue. L’histoire, la tradition, le rapport des forces veulent qu’on parte généralement du masculin, forme neutralisée, pour créer le féminin. On a vu l’inverse : « veuf » (1596) vient de « veuve » (1226). « Demoiselle » (appliqué autrefois à une jeune fille noble ou à une femme mariée de la petite noblesse, du latin domnicella) a précédé « damoiseau » (XIIe siècle) qui a précédé « damoiselle » (XIIIe siècle). « Puceau » (1530) vient de « pucelle » (1050), même si ce dernier mot vient de pullus, petit d’un animal. « Gourgandin » vient de « gourgandine ». Le mot « Juif » vient de « juive » (juef a été reconstitué à partir de juieue). Pour constituer le féminin, on a l’embarras du choix. Il y a ainsi le classique « e » qui peut être muet ou pas, surtout si l'on parle avec l'accent du sud (« une amie », « une Espagnole », « une ourse »).

 

Il y a des féminins qui gardent la marque du masculin. Depuis les rapatrié-e-s d’Algérie, une « pied-noir » peut être une « sans-cœur » car elle est « ronchon ». On dit « une Anglaise » mais « une Viking ». « Esquimaude » a remplacé « esquimau », même s'il sagit d'une vraie « poison ». « Laponne », comme « Nipponne (mots chéris des contrepéteures) », sont des formes attestées.

 

Le français a créé « chouchoute » (à partir de « chou »), ou encore une « rigolote hobereaute ». Celle-ci peut être « une butorde », même si elle est une « baillive » (qui n'exerce pas, qui est la femme du).

 

Par ailleurs, un certain nombre de féminins se terminent en « esse » depuis des lustres. On ne dit donc pas « une comte », « une chanoine », « une abbé », ni « une duc », « une dieu », « une bougre », « une mulâtre », « une notaire », « une druide », « une tigre », « une Suisse », « une pape », « une pasteure », « une vengeure ». À noter – toujours la lutte des classes – que les politiquement corrects parlent d’« une maîtresse d’école » mais d’« une maître de conférences. Elle savent ce qu'elles font, les bougre.esse.s !

 

Je pourrais développer à l’infini. Je terminerai par quelques exemples de féminins qui ne sortent même pas de l’ordinaire : « une bufflonne », « une reine », « une chanteuse » (et non « une chanteure »), « une cantatrice » (qui n’a pas de masculin), « une procureuse » (la magistrate) et non « une procureure », mais « une procuratrice » (celle qui procure), « une débiteuse » (celle qui doit) mais « une débitrice » (celle qui débite »). »

 

Au boulot, les Conseiller.e.s politiquement correct.e.s !

 

Dans l’édition de 1935 du Dictionnaire de l’Académie française, on trouvait : artisane, postière, aviatrice, pharmacienne, avocate, bûcheronne, factrice, compositrice, éditrice et exploratrice. Les saines réflexions ne datent donc pas d’hier. Ces mots étaient entrés tout naturellement dans la langue et l’Académie les avait repris pour la bonne raison qu’ils n’étaient pas des barbarismes et qu’ils avaient été constitués dans le respect du génie et de la tradition du français. Mais quand on se contorsionne pour écrire que « la professeure d’université a été nommée rectrice », que « la procureure est une acheteuse compulsive », on perd les pédales parce qu’on a décrété, de manière facho, que le masculin à valeur générique était digne d’Attila. On peut revenir sur cette règle contraignante qui remonte au bas latin selon laquelle notre langue n’a que deux genres, en reconnaissant dans le même mouvement que le masculin l’emporte pour des raisons arbitraires. Mais il ne revient pas à un aréopage de Haut.e.s Conseiller.e.s de proposer des horreurs, de régenter à la chlague une norme langagière qui a assurément besoin de refléter les temps qui changent.

 

Au fait, qui suis-je pour me permettre ce discours d’autorité ? Un homme qui, depuis 45 ans, fait la cuisine, les courses, la vaisselle. Un père qui a langé quatre enfant.e.s, à qui il a donné le biberon, et qui a lavé des couches en coton dans une petite machine à laver électrique en plastique.

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16 novembre 2015 1 16 /11 /novembre /2015 06:48

Dans le Grand Soir, l'inégalé Théophraste revient sur le boycott d'Israël :

 

Naguère, le boycott international des produits sud-africains accéléra la fin de l’apartheid et la libération de Nelson Mandela. Le boycott a été utilisé contre la junte birmane et même contre le Mexique pour obtenir la libération de Florence Cassez.

 

Aujourd’hui, des tribunaux français sévissent contre quiconque appelle au boycott de produits en provenance d’Israël.

 

Israël s’étrangle devant la loi européenne l’obligeant à mentionner l’origine exacte de ses exportations (les produits des terres colonisées).

 

Israël ne tolère d’autre traçabilité que celle utile à ses missiles guidés par Laser.

 

Il faut d’urgence boycotter le mauvais coton filé à Tel Aviv par les dirigeants israéliens, bourreaux de la Palestine et futurs bourreaux de leur propre peuple.

 

 

 

A l'occasion de la campagne pour les régionales, Mathieu Magnaudeix de Mediapart est allé faire un tour à La Réole, une bourgade de 4000 habitants, en bord de Garonne :

 

Derrière les jolies façades du centre-ville, des marchands de sommeil logent des gens au RSA dans des bouis-bouis insalubres. Dans ce coin d’Aquitaine, du Sud-Gironde à Agen, du Médoc à Fumel (Lot-et Garonne), en passant par la Dordogne, l’Insee parle d’un « couloir de la pauvreté » où se cumulent les difficultés. Les usines, on les a plutôt vues fermer. Comme les bureaux de poste, peu fréquentés, toujours menacés. Dans certains villages d’Aquitaine, il y a encore des zones blanches où le portable ne passe pas. L’arrivée du haut débit est fêtée dans la presse locale.

 

Le maire, le socialiste Bruno Marty, élu en 2014, a de grands projets pour La Réole : un centre-ville revitalisé « avec l’aide de la région », des actions pour la réhabilitation des logements, contre la précarité énergétique. Pour les régionales, Marty s’inquiète, bien sûr. Ce prof de maths voit ses anciens élèves du lycée voter « très facilement » pour le parti de Marine Le Pen. « Il y a quinze ans, ce n’était pas le cas. » Peur du déclassement, ressentiment envers la population d'origine maghrébine, pourtant là depuis des lustres...: dans les villages, le Front national grignote, même si le socialisme municipal tient plus le coup qu’ailleurs, tradition radicale-socialiste oblige.

 

 

 

Le village de mes grands-parents, pas très loin de La Réole

 

 

 

Je rédige cette rubrique quelques heures après les attentats de Paris et de Saint-Denis. Sur la page d'accueil d'Orange (privatisée), un article sur les affres que connaît Jennifer Lawrence, actuellement l'actrice la mieux payée au monde :

 

C'est dans un long entretien dont certains passages sont disponibles en vidéo sur le site du magazine Vogue, que Jennifer Lawrence se dévoile et revient sur sa vie de jeune célibataire. En quête d'amour, cette dernière confie vivre dans la solitude la plus totale, aucun homme ne faisant le premier pas. "Personne n'ose me demander. Je suis seule chaque samedi soir, explique-t-elle avant d'ajouter : "Les mecs sont si méchants avec moi. Je sais d'où ça vient, je sais qu'ils essayent d'établir une forme de domination, mais ça blesse mes sentiments". Mais la belle blonde ne baisse pas les bras et donne même des conseils pour la séduire. "Je suis une fille qui veut que vous soyez sympas, dit-elle. Je suis réglo".

 

 

 

A propos des massacres parisiens, je laisse provisoirement le dernier mot à Politis qui titre :

 

Paris : Une tragédie aux conséquences incalculables

Ces nouveaux attentats de Paris s’inscrivent dans une série meurtrière venue de Syrie et menacent durablement la démocratie.

 

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