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9 novembre 2015 1 09 /11 /novembre /2015 06:21

700 millions de Chinois, et moi, et moi, et moi… Peut-être, mais pas en Corée qui pourrait disparaître au XXe siècle à cause de son faible taux de fécondité (1,2 enfants). Selon l’Obs,

 

Le faible taux de natalité est une obsession des politiques sud-coréens. La dernière trouvaille du parti conservateur, majoritaire à l’Assemblée, Saenuri (littéralement « Nouveau monde ») : réduire la durée de la scolarité de deux ans.

Sérieusement ? Saenuri a proposé de commencer l’école primaire à cinq ans, au lieu de six, et d’enlever une année d’école en primaire et une autre au collège. Sa logique : plus vite on aura bouclé sa scolarité, plus vite on peut faire des bébés. La Maison bleue (la présidence) a répondu qu’elle allait réfléchir à cette proposition. 

Le chef des politiques publiques du parti Saenuri, Jeong Hun Kim, explique sur la chaîne YTN :

« La principale raison de la faible natalité est que les gens se marient trop tard et commencent à travailler trop tard parce qu’ils passent trop de temps à faire des CV. »

L’idée fait bondir l’éditorialiste du Huffington Post Corée, Jung Tae Noh :

« Le parti Saenuri et le gouvernement ne semblent pas considérer les hommes et les femmes en âge de procréer comme des humains. C’est plutôt comme l’éleveur de cochons qui dit aux cochons : vous devez faire des bébés, vite ! »

Revue de presse (143)
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2 novembre 2015 1 02 /11 /novembre /2015 06:40

 

Dans Le Grand Soir, Maximilien Reynès-Dupleix nous donne un exemple de mannes publiques qui engendrent des bénéfices privés :

 

Le maire (LR) de Moissac (82) vient de renouveler la concession de distribution de l'eau à Véolia en offrant à la multinationale une usine de traitement toute neuve de 5,2 M d'Euros.

 

C’est en catimini que ce mauvais coup s’est fait et c’est une fois encore en ouvrant le journal local que l’on apprend que le maire de Moissac, Monsieur Henryot, ci-devant président du SIEPA (Syndicat Intercommunal d’Eau Potable et d’Assainissement) a littéralement vendu, l’usine de traitement des eaux de Moissac à une filiale du groupe VEOLIA.

 

L’usine de traitement des eaux de pompage d’un montant de 5,2 millions d’euros passe sous la coupe de Véolia qui, sans bourse déliée, bénéficie d’un équipement haut de gamme neuf et performant là ou les mêmes auraient dû, depuis de longues années, remettre en état le réseau et s’assurer que demain il n’y aura plus de scories plombées, de métaux lourds et de pesticides dans les verres issus des robinets.

 

Alors que, partout dans la région (exemple : Castelsarrasin !), on organise le retour à une gestion publique de l’eau, de son assainissement à sa distribution, l’ultra libéralisme forcené de l’équipe municipale actuelle renforce les choix de la précédente en faisant payer 2 fois les citoyens.

 

Ici l’argent public, c’est 2 207 411 Euros (42,9%) versés par l’Agence Adour-Garonne, 818 260 (15,9%) versés par le Conseil Départemental et surtout 2 119 329 (41,2%) versé par la commune de Moissac qui, aujourd’hui, font sortir de terre cette usine dernier cri, rendue nécessaire par l’épuisement des puits.

 

 

Toujours dans Le grand Soir (quelle mine, ce site !), Anastase Adonis brosse un tableau lugubre de la Grèce aujourd’hui :

 

Dix mois se sont écoulés depuis que la prétendue gestion de la « crise de l’euro » a anéanti les efforts des Grecs pour se faire entendre, comprendre et traiter en tant que peuple d’un pays-membre d’une communauté « civilisée ». La Grèce a fêté son NON cette année avec moins d’espoir politique et moins d’enthousiasme que d’habitude. On ressentait la situation économique étouffante dans laquelle la Grèce a été mise afin de convenir à un ordre des choses pas très clair ni explicite. L’étouffement de l’espace politique grec passait par le balayage d’un revers de la main de ses cris légaux, constitutionnels et légitimes de société, de Nation, d’Etat. Il n’y a pas de doute que le résultat escompté fut l’anéantissement de toute initiative de changement en Europe, ce qui jette un froid politique glacial constaté dans les peuples du Sud qui ont toute légitimité et les mêmes droits de dire ce qu’une Union Européenne doit être. La majorité politique est devenue une minorité financière et lorsque les règles du jeu changent à la guise de certains, il ne peut y avoir une UE politique.

 

 

Une des émissions désormais les plus déconsidérées du PAF, “ On N’est Pas Couché ”, animée par Laurent Ruquier, aura peut-être l'honneur de recevoir prochainement le président de la République François Hollande :

 

"Nous recevons de nombreuses invitations à de nombreuses émissions, explique l'entourage du président. Nous les examinons toutes. Mais pour y répondre positivement, il faut que ça ait du sens. Nous gardons 'On n'est pas couché' dans un coin de nos têtes", a déclaré l'Elysée à la rédaction de L’Express.

 

 

 

Enfin, Politis nous explique que certains vont pouvoir s’acheter de nouvelles chemises de qualité :

 

En plein conflit social mettant en jeu la suppression de 2 900 emplois, Air France-KLM a annoncé ce jeudi un bénéfice d’exploitation de 898 millions d’euros au troisième trimestre au 2015. Un record dans l’histoire du groupe.

 

Sur le trimestre de juin à septembre, le chiffre d’affaires est de 7,4 milliards d’euros, en progression de 4,7 % une fois retranchés les effets d’une longue grève survenue dans le groupe l’an passé.

 

La chute des prix du pétrole, une hausse de la demande et un effet change important explique ces chiffres selon l’entreprise qui continue de tenir un discours alarmiste sur sa compétitivité à moyen terme. Ces résultats ne permettent « ni de combler le différentiel de compétitivité avec [ses] concurrents ni de disposer des moyens de financer la croissance du groupe », a martelé le PDG d’Air France Alexandre Marie Henry Begoügne de Juniac.

 

Après l’échec des négociations avec les salariés au 30 septembre dernier, la direction a proposé de les rouvrir en fixant une nouvelle date butoir à début janvier pour aboutir à un accord. A défaut, le plan B qui prévoit la suppression de 2.900 postes serait appliqué.

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31 octobre 2015 6 31 /10 /octobre /2015 08:05

 

Dans le numéro de novembre 2015, Serge Halimi voit la France « dégringoler » :

 

Pour trouver un précédent à l’actuel effacement diplomatique de la France, il faut remonter à l’expédition de Suez de 1956 et à la guerre d’Algérie. Ni l’organisation par Paris d’une conférence internationale sur l’environnement, ni les proclamations martiales du président de la République, ni l’incorrigible contentement de soi de son ministre des affaires étrangères ne peuvent plus masquer la dégringolade de la France.

 

En matière européenne, l’alignement sur l’Allemagne fut éclatant pendant l’épisode grec. Le Quai d’Orsay semblait aux abonnés absents ; le ministre des finances se montrait volubile mais inexistant ; et M. François Hollande limita son rôle à celui d’émissaire de Berlin, chargé de faire accepter au premier ministre Alexis Tsipras les oukases de Mme Angela Merkel. Même à Washington, on se déclarait alors surpris par la dureté de l’Union européenne envers Athènes.

 

 

Olivier Zajec observe un basculement stratégique au Proche-Orient :

 

Est-il temps de faire de l’Iran notre ami et de l’Arabie saoudite notre ennemi ? » Sous ce titre provocateur, le chroniqueur britannique Michael Axworthy notait en janvier 2015 que « l’idée selon laquelle l’Iran est devenu une force de stabilité dans la région du Golfe relève désormais de l’évidence acceptée  ».On est bien loin de la rhétorique de l’« axe du mal », reprise sans nuance depuis le 11 septembre 2001 et martelée ensuite avec passion et suivisme. Ni le discours enflammé du premier ministre israélien Benyamin Netanyahou devant le Congrès américain, le 3 mars 2015, ni les combats d’arrière-garde des disciples néoconservateurs de Thérèse Delpech au Quai d’Orsay ne sont parvenus à prévenir ce renversement des mentalités.

 

Un lourd dossier est consacré au chaos climatique.

 

Philippe Descamps et Dominique Raynaud nous emmènent sur les hauteurs de l’Antarctique (où il ne faut pas oublier son foulard) :

 

Durant la nuit polaire, la température monte difficilement au-dessus des — 60 °C sur les hauteurs de l’Antarctique. A l’intérieur des frêles baraquements de la base de Vostok, on chante Georges Brassens ou Vladimir Vissotsky pour garder le moral. Les rares nouvelles ne sont pas bonnes. Le président américain Ronald Reagan vient de lancer son initiative de défense stratégique pour défier une gérontocratie soviétique impuissante à sortir de la stagnation économique et du bourbier afghan. Approvisionnés par des avions américains, scientifiques français et soviétiques bravent les éléments afin de percer ensemble les secrets du climat. Objectif : remonter le temps en descendant toujours plus bas dans les entrailles du glacier de 3 700 mètres d’épaisseur qui gît sous leurs pieds.

 

 

Pour Éric Martin, deux degrés de plus c’est deux degrés de trop :

 

Contenir le réchauffement global à 2 °C par rapport à la période préindustrielle : cette idée s’appuie sur les travaux du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), qui étudie une palette de scénarios et leurs conséquences. Evoqué dès la fin des années 1990, cet objectif était en discussion au sein de la convention des Nations unies depuis les années 2000. Il paraissait susceptible d’empêcher des conséquences graves ou irréversibles à l’échelle du globe. Depuis la conférence de Copenhague en 2009, toutes les parties ont adopté ce chiffre, qui s’est également diffusé auprès du grand public.

 

 

Sommes-nous tous responsables, demande Christophe Bonneuil ?

 

Anthropocène : ce mot désigne une nouvelle époque de l’âge de la Terre, ouverte par une humanité devenue force tellurique. Le point de déclenchement de ce nouvel âge géohistorique reste sujet à controverse : la conquête et l’ethnocide de l’Amérique ? la naissance du capitalisme industriel, fondé sur les énergies fossiles ? la bombe atomique et la « grande accélération » d’après 1945 ? Mais il y a du moins un constat sur lequel les scientifiques s’accordent : bien plus qu’une crise environnementale, nous vivons un basculement géologique, dont les précédents — la cinquième crise d’extinction, il y a 65 millions d’années, ou l’optimum climatique du miocène, il y a 15 millions d’années — remontent à des temps antérieurs à l’apparition du genre humain. D’où une situation radicalement nouvelle : l’humanité va devoir faire face dans les prochaines décennies à des états du système Terre auxquels elle n’a jamais été confrontée.

 

 

 

Le Monde Diplomatique (88)

Pour Jean Gadrey, la croissance est « un culte en voie de disparition » :

 

Il existe de multiples explications à la « baisse tendancielle du taux de croissance » observée depuis plusieurs décennies dans les pays riches, et plus récemment dans les pays émergents. Même des économistes médiatiques commencent timidement à envisager l’hypothèse d’un monde sans croissance, du moins dans les pays dits avancés. C’est le cas, aux Etats-Unis, de Paul Krugman et de Larry Summers, pour qui « une stagnation séculaire est plausible  ». En France, Thomas Piketty nous met lui aussi en garde : « Est-il bien raisonnable de miser sur le retour de la croissance pour régler tous nos problèmes ? Cela ne résoudra pas l’essentiel des défis auxquels les pays riches doivent faire face. » A son tour, Daniel Cohen nous exhorte : « Affranchissons-nous de notre dépendance à la croissance. »

 

 

Pour Agnès Sinaï, les négociations internationales sont un théâtre d’ombres :

 

La lenteur des négociations climatiques contraste avec la grande accélération de l’histoire humaine, tandis que les instances internationales se montrent impuissantes à inventer des outils et des modes de pensée à la hauteur des enjeux.

 

 

Maxime Carvin dresse le portrait d’un Robespierre sans masque :

 

La première phase de la Révolution française, visant le renversement du pouvoir absolutiste, fait l’unanimité, ou presque : ne vient-elle pas donner corps à l’esprit des Lumières ? Mais la suite divise violemment. Notamment au sujet de Robespierre, qui, selon certains, conjuguerait tous les vices antidémocratiques : le populisme et l’extrémisme. De quoi se méfier de tout projet radical…

 

 

Un article de Martine Bulard « entre cueillette et internet :

 

En à peine plus de trente ans, la Chine a réussi à éradiquer la famine alors qu’avec 20 % de la population mondiale, elle ne dispose que de 9 % des terres arables, concentrées dans la moitié est et en régression constante. Elle est le premier pays producteur de riz, de blé, de thé… Mais les paysans ne peuvent vivre de leur travail et sont obligés, quand ils n’émigrent pas en ville, de trouver d’autres activités. Le phénomène devrait s’accélérer avec les prochaines réformes.

 

 

Pour Alexeï Malachenko, Moscou parie pour la Syrie :

 

Entrée sur le théâtre d’opérations syrien, l’armée russe entend démontrer sa capacité à honorer ses alliances régionales et à défendre ses intérêts stratégiques. En réaffirmant une coopération ancienne avec le régime de M. Bachar Al-Assad, le président Vladimir Poutine espère peser davantage dans la reconfiguration du Proche-Orient. Mais il prend aussi le risque de dévoiler les limites de la puissance russe.

 

 

Pour Aziz El Massassi, la presse égyptienne a été mise au pas :

 

Que tombe le règne de l’armée ! Nous n’avons pas peur et nous ne baisserons pas la tête ! » Au soir du 5 mars 2015, dans le centre-ville du Caire, les slogans des manifestants répondent à la violence du pouvoir militaire. Sur la place Talaat-Harb, devant le bureau d’Air France-KLM, leurs cris de protestation se mêlent aux hommages à Shaima Al-Sabagh, jeune militante de gauche tuée à cet endroit même le 24 janvier, lors de la répression sanglante d’un rassemblement organisé pour honorer les victimes de la révolution de 2011. « Ils ont énormément de courage », observe avec un respect ému Shahira Amin, parmi les rares journalistes présents sur place. Du courage, il lui en faut à elle aussi. Depuis le coup d’Etat militaire contre l’ancien président Mohamed Morsi, en juillet 2013, et surtout la victoire à l’élection présidentielle du maréchal Abdel Fatah Al-Sissi, en mai 2014, les journalistes indépendants sont devenus, avec les Frères musulmans, les bêtes noires du gouvernement.

 

 

Marie Bénilde explique pourquoi l’Europe s’intéresse enfin à la régulation du capitalisme numérique :

 

La surveillance par les services secrets américains des données personnelles des Européens attente au « contenu essentiel du droit fondamental au respect de la vie privée ». Ce jugement de la Cour de justice de l’Union européenne rendu le 6 octobre dernier marque un tournant : sous la pression des industriels, les pouvoirs publics s’intéressent soudain à la régulation du capitalisme numérique.

 

 

Rien ne va plus au Brésil, pays où l’on compte « trois cents voleurs avec des titres de docteur » (Namia Oualalou) :

Réélue de justesse en octobre 2014 et affaiblie par un scandale de corruption sans précédent au sein de la société Petrobras, la présidente brésilienne Dilma Rousseff a souhaité apaiser son opposition en mettant la barre à droite. Peine perdue : elle n’est parvenue qu’à aiguiser l’appétit des libéraux. Coupée de sa base, la voici livrée à des députés rebelles et parfois moins soucieux de politique que d’enrichissement personnel.

 

 

En fait, quelque chose marche au Brésil : le marché de l’art (Anne Vigna) :

 

La crise, quelle crise ? Les déboires économiques du Brésil ont jusqu’à présent épargné le marché de l’art, havre de paix et de prospérité au cœur de la tourmente.

 

 

Selon Henri Léridon, l’Afrique demeure une « énigme démographique » :

 

Les projections démographiques pour l’Afrique déconcertent les analystes. Avec une fécondité toujours élevée, le continent ne suit aucun schéma de transition connu. L’augmentation exceptionnelle de sa population pourrait annihiler les effets bénéfiques attendus des bons taux de croissance enregistrés. Etrangement, cette situation d’urgence ne semble susciter aucune réaction d’envergure.

 

 

Les Bataves seraient-ils plus malins que nous ? En tout cas, ils ferment leurs prisons (Léa Ducré et Margot Hemmerich) : Contrairement à la majeure partie des pays européens, les Pays-Bas enregistrent une baisse de leur population carcérale, au point qu’ils louent désormais des places de prison à la Belgique ou à la Norvège. Une politique de réinsertion très ancienne, un recours accru aux peines courtes et aux sanctions financières, ou encore à une justice négociée, se combinent aux considérations budgétaires pour expliquer ce phénomène.

 

 

 

Pierre Rimbert s’est intéressé à nos intellectuels bougons :

 

Les intellectuels français sont-ils « néoréacs » ? A-t-on encore le droit de débattre ? A intervalles réguliers, des journalistes et essayistes transforment ce genre de questions creuses en controverses nationales. A mesure qu’ils perdent leurs moyens d’informer sous l’effet des concentrations industrielles, les médias se jettent à corps perdu dans ces polémiques où s’affrontent les célébrités — à défaut des idées.

 

 

Un article très enrichissant de Sébastien Lapaque sur Pasolini :

 

Grand perturbateur de l’ordre en place par ses prises de position, ses écrits, ses films, il a la stature d’un héros de légende, témoin de la vigueur subversive des années 1960. Mais c’est peut-être parce qu’il n’a jamais dissocié ses combats politiques de son travail de poète que Pier Paolo Pasolini reste si durablement porteur d’une belle inquiétude.

 

 

 

Enfin, le contrôle que les compagnies d’assurances et les autorités médicales exercent sur nous ne date pas d’hier (Dan Bouk) :

 

Une photographie publiée en 1903 par la société d’assurance-vie New York Life montre une femme en blouse blanche maniant de lourdes boîtes à fiches métalliques, tandis que des hommes en costume noir, assis à leur bureau, plongent le nez dans leur paperasse. Cette image n’illustre pas seulement la division sexuée des tâches, mais aussi une caractéristique peu connue des sociétés d’assurance-vie : le contrôle qu’elles exercent sur les données personnelles de leurs clients. Un volume d’informations plus ample et plus convoité encore que leurs réserves de devises.

 

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31 octobre 2015 6 31 /10 /octobre /2015 08:05

 

Dans le numéro de novembre 2015, Serge Halimi voit la France « dégringoler » :

 

Pour trouver un précédent à l’actuel effacement diplomatique de la France, il faut remonter à l’expédition de Suez de 1956 et à la guerre d’Algérie. Ni l’organisation par Paris d’une conférence internationale sur l’environnement, ni les proclamations martiales du président de la République, ni l’incorrigible contentement de soi de son ministre des affaires étrangères ne peuvent plus masquer la dégringolade de la France.

 

En matière européenne, l’alignement sur l’Allemagne fut éclatant pendant l’épisode grec. Le Quai d’Orsay semblait aux abonnés absents ; le ministre des finances se montrait volubile mais inexistant ; et M. François Hollande limita son rôle à celui d’émissaire de Berlin, chargé de faire accepter au premier ministre Alexis Tsipras les oukases de Mme Angela Merkel. Même à Washington, on se déclarait alors surpris par la dureté de l’Union européenne envers Athènes.

 

 

Olivier Zajec observe un basculement stratégique au Proche-Orient :

 

Est-il temps de faire de l’Iran notre ami et de l’Arabie saoudite notre ennemi ? » Sous ce titre provocateur, le chroniqueur britannique Michael Axworthy notait en janvier 2015 que « l’idée selon laquelle l’Iran est devenu une force de stabilité dans la région du Golfe relève désormais de l’évidence acceptée  ».On est bien loin de la rhétorique de l’« axe du mal », reprise sans nuance depuis le 11 septembre 2001 et martelée ensuite avec passion et suivisme. Ni le discours enflammé du premier ministre israélien Benyamin Netanyahou devant le Congrès américain, le 3 mars 2015, ni les combats d’arrière-garde des disciples néoconservateurs de Thérèse Delpech au Quai d’Orsay ne sont parvenus à prévenir ce renversement des mentalités.

 

Un lourd dossier est consacré au chaos climatique.

 

Philippe Descamps et Dominique Raynaud nous emmènent sur les hauteurs de l’Antarctique (où il ne faut pas oublier son foulard) :

 

Durant la nuit polaire, la température monte difficilement au-dessus des — 60 °C sur les hauteurs de l’Antarctique. A l’intérieur des frêles baraquements de la base de Vostok, on chante Georges Brassens ou Vladimir Vissotsky pour garder le moral. Les rares nouvelles ne sont pas bonnes. Le président américain Ronald Reagan vient de lancer son initiative de défense stratégique pour défier une gérontocratie soviétique impuissante à sortir de la stagnation économique et du bourbier afghan. Approvisionnés par des avions américains, scientifiques français et soviétiques bravent les éléments afin de percer ensemble les secrets du climat. Objectif : remonter le temps en descendant toujours plus bas dans les entrailles du glacier de 3 700 mètres d’épaisseur qui gît sous leurs pieds.

 

 

Pour Éric Martin, deux degrés de plus c’est deux degrés de trop :

 

Contenir le réchauffement global à 2 °C par rapport à la période préindustrielle : cette idée s’appuie sur les travaux du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), qui étudie une palette de scénarios et leurs conséquences. Evoqué dès la fin des années 1990, cet objectif était en discussion au sein de la convention des Nations unies depuis les années 2000. Il paraissait susceptible d’empêcher des conséquences graves ou irréversibles à l’échelle du globe. Depuis la conférence de Copenhague en 2009, toutes les parties ont adopté ce chiffre, qui s’est également diffusé auprès du grand public.

 

 

Sommes-nous tous responsables, demande Christophe Bonneuil ?

 

Anthropocène : ce mot désigne une nouvelle époque de l’âge de la Terre, ouverte par une humanité devenue force tellurique. Le point de déclenchement de ce nouvel âge géohistorique reste sujet à controverse : la conquête et l’ethnocide de l’Amérique ? la naissance du capitalisme industriel, fondé sur les énergies fossiles ? la bombe atomique et la « grande accélération » d’après 1945 ? Mais il y a du moins un constat sur lequel les scientifiques s’accordent : bien plus qu’une crise environnementale, nous vivons un basculement géologique, dont les précédents — la cinquième crise d’extinction, il y a 65 millions d’années, ou l’optimum climatique du miocène, il y a 15 millions d’années — remontent à des temps antérieurs à l’apparition du genre humain. D’où une situation radicalement nouvelle : l’humanité va devoir faire face dans les prochaines décennies à des états du système Terre auxquels elle n’a jamais été confrontée.

 

 

 

Le Monde Diplomatique (88)

Pour Jean Gadrey, la croissance est « un culte en voie de disparition » :

 

Il existe de multiples explications à la « baisse tendancielle du taux de croissance » observée depuis plusieurs décennies dans les pays riches, et plus récemment dans les pays émergents. Même des économistes médiatiques commencent timidement à envisager l’hypothèse d’un monde sans croissance, du moins dans les pays dits avancés. C’est le cas, aux Etats-Unis, de Paul Krugman et de Larry Summers, pour qui « une stagnation séculaire est plausible  ». En France, Thomas Piketty nous met lui aussi en garde : « Est-il bien raisonnable de miser sur le retour de la croissance pour régler tous nos problèmes ? Cela ne résoudra pas l’essentiel des défis auxquels les pays riches doivent faire face. » A son tour, Daniel Cohen nous exhorte : « Affranchissons-nous de notre dépendance à la croissance. »

 

 

Pour Agnès Sinaï, les négociations internationales sont un théâtre d’ombres :

 

La lenteur des négociations climatiques contraste avec la grande accélération de l’histoire humaine, tandis que les instances internationales se montrent impuissantes à inventer des outils et des modes de pensée à la hauteur des enjeux.

 

 

Maxime Carvin dresse le portrait d’un Robespierre sans masque :

 

La première phase de la Révolution française, visant le renversement du pouvoir absolutiste, fait l’unanimité, ou presque : ne vient-elle pas donner corps à l’esprit des Lumières ? Mais la suite divise violemment. Notamment au sujet de Robespierre, qui, selon certains, conjuguerait tous les vices antidémocratiques : le populisme et l’extrémisme. De quoi se méfier de tout projet radical…

 

 

Un article de Martine Bulard « entre cueillette et internet :

 

En à peine plus de trente ans, la Chine a réussi à éradiquer la famine alors qu’avec 20 % de la population mondiale, elle ne dispose que de 9 % des terres arables, concentrées dans la moitié est et en régression constante. Elle est le premier pays producteur de riz, de blé, de thé… Mais les paysans ne peuvent vivre de leur travail et sont obligés, quand ils n’émigrent pas en ville, de trouver d’autres activités. Le phénomène devrait s’accélérer avec les prochaines réformes.

 

 

Pour Alexeï Malachenko, Moscou parie pour la Syrie :

 

Entrée sur le théâtre d’opérations syrien, l’armée russe entend démontrer sa capacité à honorer ses alliances régionales et à défendre ses intérêts stratégiques. En réaffirmant une coopération ancienne avec le régime de M. Bachar Al-Assad, le président Vladimir Poutine espère peser davantage dans la reconfiguration du Proche-Orient. Mais il prend aussi le risque de dévoiler les limites de la puissance russe.

 

 

Pour Aziz El Massassi, la presse égyptienne a été mise au pas :

 

Que tombe le règne de l’armée ! Nous n’avons pas peur et nous ne baisserons pas la tête ! » Au soir du 5 mars 2015, dans le centre-ville du Caire, les slogans des manifestants répondent à la violence du pouvoir militaire. Sur la place Talaat-Harb, devant le bureau d’Air France-KLM, leurs cris de protestation se mêlent aux hommages à Shaima Al-Sabagh, jeune militante de gauche tuée à cet endroit même le 24 janvier, lors de la répression sanglante d’un rassemblement organisé pour honorer les victimes de la révolution de 2011. « Ils ont énormément de courage », observe avec un respect ému Shahira Amin, parmi les rares journalistes présents sur place. Du courage, il lui en faut à elle aussi. Depuis le coup d’Etat militaire contre l’ancien président Mohamed Morsi, en juillet 2013, et surtout la victoire à l’élection présidentielle du maréchal Abdel Fatah Al-Sissi, en mai 2014, les journalistes indépendants sont devenus, avec les Frères musulmans, les bêtes noires du gouvernement.

 

 

Marie Bénilde explique pourquoi l’Europe s’intéresse enfin à la régulation du capitalisme numérique :

 

La surveillance par les services secrets américains des données personnelles des Européens attente au « contenu essentiel du droit fondamental au respect de la vie privée ». Ce jugement de la Cour de justice de l’Union européenne rendu le 6 octobre dernier marque un tournant : sous la pression des industriels, les pouvoirs publics s’intéressent soudain à la régulation du capitalisme numérique.

 

 

Rien ne va plus au Brésil, pays où l’on compte « trois cents voleurs avec des titres de docteur » (Namia Oualalou) :

Réélue de justesse en octobre 2014 et affaiblie par un scandale de corruption sans précédent au sein de la société Petrobras, la présidente brésilienne Dilma Rousseff a souhaité apaiser son opposition en mettant la barre à droite. Peine perdue : elle n’est parvenue qu’à aiguiser l’appétit des libéraux. Coupée de sa base, la voici livrée à des députés rebelles et parfois moins soucieux de politique que d’enrichissement personnel.

 

 

En fait, quelque chose marche au Brésil : le marché de l’art (Anne Vigna) :

 

La crise, quelle crise ? Les déboires économiques du Brésil ont jusqu’à présent épargné le marché de l’art, havre de paix et de prospérité au cœur de la tourmente.

 

 

Selon Henri Léridon, l’Afrique demeure une « énigme démographique » :

 

Les projections démographiques pour l’Afrique déconcertent les analystes. Avec une fécondité toujours élevée, le continent ne suit aucun schéma de transition connu. L’augmentation exceptionnelle de sa population pourrait annihiler les effets bénéfiques attendus des bons taux de croissance enregistrés. Etrangement, cette situation d’urgence ne semble susciter aucune réaction d’envergure.

 

 

Les Bataves seraient-ils plus malins que nous ? En tout cas, ils ferment leurs prisons (Léa Ducré et Margot Hemmerich) : Contrairement à la majeure partie des pays européens, les Pays-Bas enregistrent une baisse de leur population carcérale, au point qu’ils louent désormais des places de prison à la Belgique ou à la Norvège. Une politique de réinsertion très ancienne, un recours accru aux peines courtes et aux sanctions financières, ou encore à une justice négociée, se combinent aux considérations budgétaires pour expliquer ce phénomène.

 

 

 

Pierre Rimbert s’est intéressé à nos intellectuels bougons :

 

Les intellectuels français sont-ils « néoréacs » ? A-t-on encore le droit de débattre ? A intervalles réguliers, des journalistes et essayistes transforment ce genre de questions creuses en controverses nationales. A mesure qu’ils perdent leurs moyens d’informer sous l’effet des concentrations industrielles, les médias se jettent à corps perdu dans ces polémiques où s’affrontent les célébrités — à défaut des idées.

 

 

Un article très enrichissant de Sébastien Lapaque sur Pasolini :

 

Grand perturbateur de l’ordre en place par ses prises de position, ses écrits, ses films, il a la stature d’un héros de légende, témoin de la vigueur subversive des années 1960. Mais c’est peut-être parce qu’il n’a jamais dissocié ses combats politiques de son travail de poète que Pier Paolo Pasolini reste si durablement porteur d’une belle inquiétude.

 

 

 

Enfin, le contrôle que les compagnies d’assurances et les autorités médicales exercent sur nous ne date pas d’hier (Dan Bouk) :

 

Une photographie publiée en 1903 par la société d’assurance-vie New York Life montre une femme en blouse blanche maniant de lourdes boîtes à fiches métalliques, tandis que des hommes en costume noir, assis à leur bureau, plongent le nez dans leur paperasse. Cette image n’illustre pas seulement la division sexuée des tâches, mais aussi une caractéristique peu connue des sociétés d’assurance-vie : le contrôle qu’elles exercent sur les données personnelles de leurs clients. Un volume d’informations plus ample et plus convoité encore que leurs réserves de devises.

 

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31 octobre 2015 6 31 /10 /octobre /2015 07:56

Dans le numéro de novembre 2015, Serge Halimi voit la France « dégringoler » :

 

Pour trouver un précédent à l’actuel effacement diplomatique de la France, il faut remonter à l’expédition de Suez de 1956 et à la guerre d’Algérie. Ni l’organisation par Paris d’une conférence internationale sur l’environnement, ni les proclamations martiales du président de la République, ni l’incorrigible contentement de soi de son ministre des affaires étrangères ne peuvent plus masquer la dégringolade de la France.

 

En matière européenne, l’alignement sur l’Allemagne fut éclatant pendant l’épisode grec. Le Quai d’Orsay semblait aux abonnés absents ; le ministre des finances se montrait volubile mais inexistant ; et M. François Hollande limita son rôle à celui d’émissaire de Berlin, chargé de faire accepter au premier ministre Alexis Tsipras les oukases de Mme Angela Merkel. Même à Washington, on se déclarait alors surpris par la dureté de l’Union européenne envers Athènes.

 

 

Olivier Zajec observe un basculement stratégique au Proche-Orient :

 

Est-il temps de faire de l’Iran notre ami et de l’Arabie saoudite notre ennemi ? » Sous ce titre provocateur, le chroniqueur britannique Michael Axworthy notait en janvier 2015 que « l’idée selon laquelle l’Iran est devenu une force de stabilité dans la région du Golfe relève désormais de l’évidence acceptée  ».On est bien loin de la rhétorique de l’« axe du mal », reprise sans nuance depuis le 11 septembre 2001 et martelée ensuite avec passion et suivisme. Ni le discours enflammé du premier ministre israélien Benyamin Netanyahou devant le Congrès américain, le 3 mars 2015, ni les combats d’arrière-garde des disciples néoconservateurs de Thérèse Delpech au Quai d’Orsay ne sont parvenus à prévenir ce renversement des mentalités.

 

Un lourd dossier est consacré au chaos climatique.

 

Philippe Descamps et Dominique Raynaud nous emmènent sur les hauteurs de l’Antarctique (où il ne faut pas oublier son foulard) :

 

Durant la nuit polaire, la température monte difficilement au-dessus des — 60 °C sur les hauteurs de l’Antarctique. A l’intérieur des frêles baraquements de la base de Vostok, on chante Georges Brassens ou Vladimir Vissotsky pour garder le moral. Les rares nouvelles ne sont pas bonnes. Le président américain Ronald Reagan vient de lancer son initiative de défense stratégique pour défier une gérontocratie soviétique impuissante à sortir de la stagnation économique et du bourbier afghan. Approvisionnés par des avions américains, scientifiques français et soviétiques bravent les éléments afin de percer ensemble les secrets du climat. Objectif : remonter le temps en descendant toujours plus bas dans les entrailles du glacier de 3 700 mètres d’épaisseur qui gît sous leurs pieds.

 

 

Pour Éric Martin, deux degrés de plus c’est deux degrés de trop :

 

Contenir le réchauffement global à 2 °C par rapport à la période préindustrielle : cette idée s’appuie sur les travaux du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), qui étudie une palette de scénarios et leurs conséquences. Evoqué dès la fin des années 1990, cet objectif était en discussion au sein de la convention des Nations unies depuis les années 2000. Il paraissait susceptible d’empêcher des conséquences graves ou irréversibles à l’échelle du globe. Depuis la conférence de Copenhague en 2009, toutes les parties ont adopté ce chiffre, qui s’est également diffusé auprès du grand public.

 

 

Sommes-nous tous responsables, demande Christophe Bonneuil ?

 

Anthropocène : ce mot désigne une nouvelle époque de l’âge de la Terre, ouverte par une humanité devenue force tellurique. Le point de déclenchement de ce nouvel âge géohistorique reste sujet à controverse : la conquête et l’ethnocide de l’Amérique ? la naissance du capitalisme industriel, fondé sur les énergies fossiles ? la bombe atomique et la « grande accélération » d’après 1945 ? Mais il y a du moins un constat sur lequel les scientifiques s’accordent : bien plus qu’une crise environnementale, nous vivons un basculement géologique, dont les précédents — la cinquième crise d’extinction, il y a 65 millions d’années, ou l’optimum climatique du miocène, il y a 15 millions d’années — remontent à des temps antérieurs à l’apparition du genre humain. D’où une situation radicalement nouvelle : l’humanité va devoir faire face dans les prochaines décennies à des états du système Terre auxquels elle n’a jamais été confrontée.

 

 

 

Le Monde Diplomatique (88)

Pour Jean Gadrey, la croissance est « un culte en voie de disparition » :

 

Il existe de multiples explications à la « baisse tendancielle du taux de croissance » observée depuis plusieurs décennies dans les pays riches, et plus récemment dans les pays émergents. Même des économistes médiatiques commencent timidement à envisager l’hypothèse d’un monde sans croissance, du moins dans les pays dits avancés. C’est le cas, aux Etats-Unis, de Paul Krugman et de Larry Summers, pour qui « une stagnation séculaire est plausible  ». En France, Thomas Piketty nous met lui aussi en garde : « Est-il bien raisonnable de miser sur le retour de la croissance pour régler tous nos problèmes ? Cela ne résoudra pas l’essentiel des défis auxquels les pays riches doivent faire face. » A son tour, Daniel Cohen nous exhorte : « Affranchissons-nous de notre dépendance à la croissance. »

 

 

Pour Agnès Sinaï, les négociations internationales sont un théâtre d’ombres :

 

La lenteur des négociations climatiques contraste avec la grande accélération de l’histoire humaine, tandis que les instances internationales se montrent impuissantes à inventer des outils et des modes de pensée à la hauteur des enjeux.

 

 

Maxime Carvin dresse le portrait d’un Robespierre sans masque :

 

La première phase de la Révolution française, visant le renversement du pouvoir absolutiste, fait l’unanimité, ou presque : ne vient-elle pas donner corps à l’esprit des Lumières ? Mais la suite divise violemment. Notamment au sujet de Robespierre, qui, selon certains, conjuguerait tous les vices antidémocratiques : le populisme et l’extrémisme. De quoi se méfier de tout projet radical…

 

 

Un article de Martine Bulard « entre cueillette et internet :

 

En à peine plus de trente ans, la Chine a réussi à éradiquer la famine alors qu’avec 20 % de la population mondiale, elle ne dispose que de 9 % des terres arables, concentrées dans la moitié est et en régression constante. Elle est le premier pays producteur de riz, de blé, de thé… Mais les paysans ne peuvent vivre de leur travail et sont obligés, quand ils n’émigrent pas en ville, de trouver d’autres activités. Le phénomène devrait s’accélérer avec les prochaines réformes.

 

 

Pour Alexeï Malachenko, Moscou parie pour la Syrie :

 

Entrée sur le théâtre d’opérations syrien, l’armée russe entend démontrer sa capacité à honorer ses alliances régionales et à défendre ses intérêts stratégiques. En réaffirmant une coopération ancienne avec le régime de M. Bachar Al-Assad, le président Vladimir Poutine espère peser davantage dans la reconfiguration du Proche-Orient. Mais il prend aussi le risque de dévoiler les limites de la puissance russe.

 

 

Pour Aziz El Massassi, la presse égyptienne a été mise au pas :

 

Que tombe le règne de l’armée ! Nous n’avons pas peur et nous ne baisserons pas la tête ! » Au soir du 5 mars 2015, dans le centre-ville du Caire, les slogans des manifestants répondent à la violence du pouvoir militaire. Sur la place Talaat-Harb, devant le bureau d’Air France-KLM, leurs cris de protestation se mêlent aux hommages à Shaima Al-Sabagh, jeune militante de gauche tuée à cet endroit même le 24 janvier, lors de la répression sanglante d’un rassemblement organisé pour honorer les victimes de la révolution de 2011. « Ils ont énormément de courage », observe avec un respect ému Shahira Amin, parmi les rares journalistes présents sur place. Du courage, il lui en faut à elle aussi. Depuis le coup d’Etat militaire contre l’ancien président Mohamed Morsi, en juillet 2013, et surtout la victoire à l’élection présidentielle du maréchal Abdel Fatah Al-Sissi, en mai 2014, les journalistes indépendants sont devenus, avec les Frères musulmans, les bêtes noires du gouvernement.

 

 

Marie Bénilde explique pourquoi l’Europe s’intéresse enfin à la régulation du capitalisme numérique :

 

La surveillance par les services secrets américains des données personnelles des Européens attente au « contenu essentiel du droit fondamental au respect de la vie privée ». Ce jugement de la Cour de justice de l’Union européenne rendu le 6 octobre dernier marque un tournant : sous la pression des industriels, les pouvoirs publics s’intéressent soudain à la régulation du capitalisme numérique.

 

 

Rien ne va plus au Brésil, pays où l’on compte « trois cents voleurs avec des titres de docteur » (Namia Oualalou) :

Réélue de justesse en octobre 2014 et affaiblie par un scandale de corruption sans précédent au sein de la société Petrobras, la présidente brésilienne Dilma Rousseff a souhaité apaiser son opposition en mettant la barre à droite. Peine perdue : elle n’est parvenue qu’à aiguiser l’appétit des libéraux. Coupée de sa base, la voici livrée à des députés rebelles et parfois moins soucieux de politique que d’enrichissement personnel.

 

 

En fait, quelque chose marche au Brésil : le marché de l’art (Anne Vigna) :

 

La crise, quelle crise ? Les déboires économiques du Brésil ont jusqu’à présent épargné le marché de l’art, havre de paix et de prospérité au cœur de la tourmente.

 

 

Selon Henri Léridon, l’Afrique demeure une « énigme démographique » :

 

Les projections démographiques pour l’Afrique déconcertent les analystes. Avec une fécondité toujours élevée, le continent ne suit aucun schéma de transition connu. L’augmentation exceptionnelle de sa population pourrait annihiler les effets bénéfiques attendus des bons taux de croissance enregistrés. Etrangement, cette situation d’urgence ne semble susciter aucune réaction d’envergure.

 

 

Les Bataves seraient-ils plus malins que nous ? En tout cas, ils ferment leurs prisons (Léa Ducré et Margot Hemmerich) : Contrairement à la majeure partie des pays européens, les Pays-Bas enregistrent une baisse de leur population carcérale, au point qu’ils louent désormais des places de prison à la Belgique ou à la Norvège. Une politique de réinsertion très ancienne, un recours accru aux peines courtes et aux sanctions financières, ou encore à une justice négociée, se combinent aux considérations budgétaires pour expliquer ce phénomène.

 

 

 

Pierre Rimbert s’est intéressé à nos intellectuels bougons :

 

Les intellectuels français sont-ils « néoréacs » ? A-t-on encore le droit de débattre ? A intervalles réguliers, des journalistes et essayistes transforment ce genre de questions creuses en controverses nationales. A mesure qu’ils perdent leurs moyens d’informer sous l’effet des concentrations industrielles, les médias se jettent à corps perdu dans ces polémiques où s’affrontent les célébrités — à défaut des idées.

 

 

Un article très enrichissant de Sébastien Lapaque sur Pasolini :

 

Grand perturbateur de l’ordre en place par ses prises de position, ses écrits, ses films, il a la stature d’un héros de légende, témoin de la vigueur subversive des années 1960. Mais c’est peut-être parce qu’il n’a jamais dissocié ses combats politiques de son travail de poète que Pier Paolo Pasolini reste si durablement porteur d’une belle inquiétude.

 

 

 

Enfin, le contrôle que les compagnies d’assurances et les autorités médicales exercent sur nous ne date pas d’hier (Dan Bouk) :

 

Une photographie publiée en 1903 par la société d’assurance-vie New York Life montre une femme en blouse blanche maniant de lourdes boîtes à fiches métalliques, tandis que des hommes en costume noir, assis à leur bureau, plongent le nez dans leur paperasse. Cette image n’illustre pas seulement la division sexuée des tâches, mais aussi une caractéristique peu connue des sociétés d’assurance-vie : le contrôle qu’elles exercent sur les données personnelles de leurs clients. Un volume d’informations plus ample et plus convoité encore que leurs réserves de devises.

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31 octobre 2015 6 31 /10 /octobre /2015 07:56

Dans le numéro de novembre 2015, Serge Halimi voit la France « dégringoler » :

 

Pour trouver un précédent à l’actuel effacement diplomatique de la France, il faut remonter à l’expédition de Suez de 1956 et à la guerre d’Algérie. Ni l’organisation par Paris d’une conférence internationale sur l’environnement, ni les proclamations martiales du président de la République, ni l’incorrigible contentement de soi de son ministre des affaires étrangères ne peuvent plus masquer la dégringolade de la France.

 

En matière européenne, l’alignement sur l’Allemagne fut éclatant pendant l’épisode grec. Le Quai d’Orsay semblait aux abonnés absents ; le ministre des finances se montrait volubile mais inexistant ; et M. François Hollande limita son rôle à celui d’émissaire de Berlin, chargé de faire accepter au premier ministre Alexis Tsipras les oukases de Mme Angela Merkel. Même à Washington, on se déclarait alors surpris par la dureté de l’Union européenne envers Athènes.

 

 

Olivier Zajec observe un basculement stratégique au Proche-Orient :

 

Est-il temps de faire de l’Iran notre ami et de l’Arabie saoudite notre ennemi ? » Sous ce titre provocateur, le chroniqueur britannique Michael Axworthy notait en janvier 2015 que « l’idée selon laquelle l’Iran est devenu une force de stabilité dans la région du Golfe relève désormais de l’évidence acceptée  ».On est bien loin de la rhétorique de l’« axe du mal », reprise sans nuance depuis le 11 septembre 2001 et martelée ensuite avec passion et suivisme. Ni le discours enflammé du premier ministre israélien Benyamin Netanyahou devant le Congrès américain, le 3 mars 2015, ni les combats d’arrière-garde des disciples néoconservateurs de Thérèse Delpech au Quai d’Orsay ne sont parvenus à prévenir ce renversement des mentalités.

 

Un lourd dossier est consacré au chaos climatique.

 

Philippe Descamps et Dominique Raynaud nous emmènent sur les hauteurs de l’Antarctique (où il ne faut pas oublier son foulard) :

 

Durant la nuit polaire, la température monte difficilement au-dessus des — 60 °C sur les hauteurs de l’Antarctique. A l’intérieur des frêles baraquements de la base de Vostok, on chante Georges Brassens ou Vladimir Vissotsky pour garder le moral. Les rares nouvelles ne sont pas bonnes. Le président américain Ronald Reagan vient de lancer son initiative de défense stratégique pour défier une gérontocratie soviétique impuissante à sortir de la stagnation économique et du bourbier afghan. Approvisionnés par des avions américains, scientifiques français et soviétiques bravent les éléments afin de percer ensemble les secrets du climat. Objectif : remonter le temps en descendant toujours plus bas dans les entrailles du glacier de 3 700 mètres d’épaisseur qui gît sous leurs pieds.

 

 

Pour Éric Martin, deux degrés de plus c’est deux degrés de trop :

 

Contenir le réchauffement global à 2 °C par rapport à la période préindustrielle : cette idée s’appuie sur les travaux du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), qui étudie une palette de scénarios et leurs conséquences. Evoqué dès la fin des années 1990, cet objectif était en discussion au sein de la convention des Nations unies depuis les années 2000. Il paraissait susceptible d’empêcher des conséquences graves ou irréversibles à l’échelle du globe. Depuis la conférence de Copenhague en 2009, toutes les parties ont adopté ce chiffre, qui s’est également diffusé auprès du grand public.

 

 

Sommes-nous tous responsables, demande Christophe Bonneuil ?

 

Anthropocène : ce mot désigne une nouvelle époque de l’âge de la Terre, ouverte par une humanité devenue force tellurique. Le point de déclenchement de ce nouvel âge géohistorique reste sujet à controverse : la conquête et l’ethnocide de l’Amérique ? la naissance du capitalisme industriel, fondé sur les énergies fossiles ? la bombe atomique et la « grande accélération » d’après 1945 ? Mais il y a du moins un constat sur lequel les scientifiques s’accordent : bien plus qu’une crise environnementale, nous vivons un basculement géologique, dont les précédents — la cinquième crise d’extinction, il y a 65 millions d’années, ou l’optimum climatique du miocène, il y a 15 millions d’années — remontent à des temps antérieurs à l’apparition du genre humain. D’où une situation radicalement nouvelle : l’humanité va devoir faire face dans les prochaines décennies à des états du système Terre auxquels elle n’a jamais été confrontée.

 

 

 

Le Monde Diplomatique (88)

Pour Jean Gadrey, la croissance est « un culte en voie de disparition » :

 

Il existe de multiples explications à la « baisse tendancielle du taux de croissance » observée depuis plusieurs décennies dans les pays riches, et plus récemment dans les pays émergents. Même des économistes médiatiques commencent timidement à envisager l’hypothèse d’un monde sans croissance, du moins dans les pays dits avancés. C’est le cas, aux Etats-Unis, de Paul Krugman et de Larry Summers, pour qui « une stagnation séculaire est plausible  ». En France, Thomas Piketty nous met lui aussi en garde : « Est-il bien raisonnable de miser sur le retour de la croissance pour régler tous nos problèmes ? Cela ne résoudra pas l’essentiel des défis auxquels les pays riches doivent faire face. » A son tour, Daniel Cohen nous exhorte : « Affranchissons-nous de notre dépendance à la croissance. »

 

 

Pour Agnès Sinaï, les négociations internationales sont un théâtre d’ombres :

 

La lenteur des négociations climatiques contraste avec la grande accélération de l’histoire humaine, tandis que les instances internationales se montrent impuissantes à inventer des outils et des modes de pensée à la hauteur des enjeux.

 

 

Maxime Carvin dresse le portrait d’un Robespierre sans masque :

 

La première phase de la Révolution française, visant le renversement du pouvoir absolutiste, fait l’unanimité, ou presque : ne vient-elle pas donner corps à l’esprit des Lumières ? Mais la suite divise violemment. Notamment au sujet de Robespierre, qui, selon certains, conjuguerait tous les vices antidémocratiques : le populisme et l’extrémisme. De quoi se méfier de tout projet radical…

 

 

Un article de Martine Bulard « entre cueillette et internet :

 

En à peine plus de trente ans, la Chine a réussi à éradiquer la famine alors qu’avec 20 % de la population mondiale, elle ne dispose que de 9 % des terres arables, concentrées dans la moitié est et en régression constante. Elle est le premier pays producteur de riz, de blé, de thé… Mais les paysans ne peuvent vivre de leur travail et sont obligés, quand ils n’émigrent pas en ville, de trouver d’autres activités. Le phénomène devrait s’accélérer avec les prochaines réformes.

 

 

Pour Alexeï Malachenko, Moscou parie pour la Syrie :

 

Entrée sur le théâtre d’opérations syrien, l’armée russe entend démontrer sa capacité à honorer ses alliances régionales et à défendre ses intérêts stratégiques. En réaffirmant une coopération ancienne avec le régime de M. Bachar Al-Assad, le président Vladimir Poutine espère peser davantage dans la reconfiguration du Proche-Orient. Mais il prend aussi le risque de dévoiler les limites de la puissance russe.

 

 

Pour Aziz El Massassi, la presse égyptienne a été mise au pas :

 

Que tombe le règne de l’armée ! Nous n’avons pas peur et nous ne baisserons pas la tête ! » Au soir du 5 mars 2015, dans le centre-ville du Caire, les slogans des manifestants répondent à la violence du pouvoir militaire. Sur la place Talaat-Harb, devant le bureau d’Air France-KLM, leurs cris de protestation se mêlent aux hommages à Shaima Al-Sabagh, jeune militante de gauche tuée à cet endroit même le 24 janvier, lors de la répression sanglante d’un rassemblement organisé pour honorer les victimes de la révolution de 2011. « Ils ont énormément de courage », observe avec un respect ému Shahira Amin, parmi les rares journalistes présents sur place. Du courage, il lui en faut à elle aussi. Depuis le coup d’Etat militaire contre l’ancien président Mohamed Morsi, en juillet 2013, et surtout la victoire à l’élection présidentielle du maréchal Abdel Fatah Al-Sissi, en mai 2014, les journalistes indépendants sont devenus, avec les Frères musulmans, les bêtes noires du gouvernement.

 

 

Marie Bénilde explique pourquoi l’Europe s’intéresse enfin à la régulation du capitalisme numérique :

 

La surveillance par les services secrets américains des données personnelles des Européens attente au « contenu essentiel du droit fondamental au respect de la vie privée ». Ce jugement de la Cour de justice de l’Union européenne rendu le 6 octobre dernier marque un tournant : sous la pression des industriels, les pouvoirs publics s’intéressent soudain à la régulation du capitalisme numérique.

 

 

Rien ne va plus au Brésil, pays où l’on compte « trois cents voleurs avec des titres de docteur » (Namia Oualalou) :

Réélue de justesse en octobre 2014 et affaiblie par un scandale de corruption sans précédent au sein de la société Petrobras, la présidente brésilienne Dilma Rousseff a souhaité apaiser son opposition en mettant la barre à droite. Peine perdue : elle n’est parvenue qu’à aiguiser l’appétit des libéraux. Coupée de sa base, la voici livrée à des députés rebelles et parfois moins soucieux de politique que d’enrichissement personnel.

 

 

En fait, quelque chose marche au Brésil : le marché de l’art (Anne Vigna) :

 

La crise, quelle crise ? Les déboires économiques du Brésil ont jusqu’à présent épargné le marché de l’art, havre de paix et de prospérité au cœur de la tourmente.

 

 

Selon Henri Léridon, l’Afrique demeure une « énigme démographique » :

 

Les projections démographiques pour l’Afrique déconcertent les analystes. Avec une fécondité toujours élevée, le continent ne suit aucun schéma de transition connu. L’augmentation exceptionnelle de sa population pourrait annihiler les effets bénéfiques attendus des bons taux de croissance enregistrés. Etrangement, cette situation d’urgence ne semble susciter aucune réaction d’envergure.

 

 

Les Bataves seraient-ils plus malins que nous ? En tout cas, ils ferment leurs prisons (Léa Ducré et Margot Hemmerich) : Contrairement à la majeure partie des pays européens, les Pays-Bas enregistrent une baisse de leur population carcérale, au point qu’ils louent désormais des places de prison à la Belgique ou à la Norvège. Une politique de réinsertion très ancienne, un recours accru aux peines courtes et aux sanctions financières, ou encore à une justice négociée, se combinent aux considérations budgétaires pour expliquer ce phénomène.

 

 

 

Pierre Rimbert s’est intéressé à nos intellectuels bougons :

 

Les intellectuels français sont-ils « néoréacs » ? A-t-on encore le droit de débattre ? A intervalles réguliers, des journalistes et essayistes transforment ce genre de questions creuses en controverses nationales. A mesure qu’ils perdent leurs moyens d’informer sous l’effet des concentrations industrielles, les médias se jettent à corps perdu dans ces polémiques où s’affrontent les célébrités — à défaut des idées.

 

 

Un article très enrichissant de Sébastien Lapaque sur Pasolini :

 

Grand perturbateur de l’ordre en place par ses prises de position, ses écrits, ses films, il a la stature d’un héros de légende, témoin de la vigueur subversive des années 1960. Mais c’est peut-être parce qu’il n’a jamais dissocié ses combats politiques de son travail de poète que Pier Paolo Pasolini reste si durablement porteur d’une belle inquiétude.

 

 

 

Enfin, le contrôle que les compagnies d’assurances et les autorités médicales exercent sur nous ne date pas d’hier (Dan Bouk) :

 

Une photographie publiée en 1903 par la société d’assurance-vie New York Life montre une femme en blouse blanche maniant de lourdes boîtes à fiches métalliques, tandis que des hommes en costume noir, assis à leur bureau, plongent le nez dans leur paperasse. Cette image n’illustre pas seulement la division sexuée des tâches, mais aussi une caractéristique peu connue des sociétés d’assurance-vie : le contrôle qu’elles exercent sur les données personnelles de leurs clients. Un volume d’informations plus ample et plus convoité encore que leurs réserves de devises.

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31 octobre 2015 6 31 /10 /octobre /2015 07:56

Dans le numéro de novembre 2015, Serge Halimi voit la France « dégringoler » :

 

Pour trouver un précédent à l’actuel effacement diplomatique de la France, il faut remonter à l’expédition de Suez de 1956 et à la guerre d’Algérie. Ni l’organisation par Paris d’une conférence internationale sur l’environnement, ni les proclamations martiales du président de la République, ni l’incorrigible contentement de soi de son ministre des affaires étrangères ne peuvent plus masquer la dégringolade de la France.

 

En matière européenne, l’alignement sur l’Allemagne fut éclatant pendant l’épisode grec. Le Quai d’Orsay semblait aux abonnés absents ; le ministre des finances se montrait volubile mais inexistant ; et M. François Hollande limita son rôle à celui d’émissaire de Berlin, chargé de faire accepter au premier ministre Alexis Tsipras les oukases de Mme Angela Merkel. Même à Washington, on se déclarait alors surpris par la dureté de l’Union européenne envers Athènes.

 

 

Olivier Zajec observe un basculement stratégique au Proche-Orient :

 

Est-il temps de faire de l’Iran notre ami et de l’Arabie saoudite notre ennemi ? » Sous ce titre provocateur, le chroniqueur britannique Michael Axworthy notait en janvier 2015 que « l’idée selon laquelle l’Iran est devenu une force de stabilité dans la région du Golfe relève désormais de l’évidence acceptée  ».On est bien loin de la rhétorique de l’« axe du mal », reprise sans nuance depuis le 11 septembre 2001 et martelée ensuite avec passion et suivisme. Ni le discours enflammé du premier ministre israélien Benyamin Netanyahou devant le Congrès américain, le 3 mars 2015, ni les combats d’arrière-garde des disciples néoconservateurs de Thérèse Delpech au Quai d’Orsay ne sont parvenus à prévenir ce renversement des mentalités.

 

Un lourd dossier est consacré au chaos climatique.

 

Philippe Descamps et Dominique Raynaud nous emmènent sur les hauteurs de l’Antarctique (où il ne faut pas oublier son foulard) :

 

Durant la nuit polaire, la température monte difficilement au-dessus des — 60 °C sur les hauteurs de l’Antarctique. A l’intérieur des frêles baraquements de la base de Vostok, on chante Georges Brassens ou Vladimir Vissotsky pour garder le moral. Les rares nouvelles ne sont pas bonnes. Le président américain Ronald Reagan vient de lancer son initiative de défense stratégique pour défier une gérontocratie soviétique impuissante à sortir de la stagnation économique et du bourbier afghan. Approvisionnés par des avions américains, scientifiques français et soviétiques bravent les éléments afin de percer ensemble les secrets du climat. Objectif : remonter le temps en descendant toujours plus bas dans les entrailles du glacier de 3 700 mètres d’épaisseur qui gît sous leurs pieds.

 

 

Pour Éric Martin, deux degrés de plus c’est deux degrés de trop :

 

Contenir le réchauffement global à 2 °C par rapport à la période préindustrielle : cette idée s’appuie sur les travaux du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), qui étudie une palette de scénarios et leurs conséquences. Evoqué dès la fin des années 1990, cet objectif était en discussion au sein de la convention des Nations unies depuis les années 2000. Il paraissait susceptible d’empêcher des conséquences graves ou irréversibles à l’échelle du globe. Depuis la conférence de Copenhague en 2009, toutes les parties ont adopté ce chiffre, qui s’est également diffusé auprès du grand public.

 

 

Sommes-nous tous responsables, demande Christophe Bonneuil ?

 

Anthropocène : ce mot désigne une nouvelle époque de l’âge de la Terre, ouverte par une humanité devenue force tellurique. Le point de déclenchement de ce nouvel âge géohistorique reste sujet à controverse : la conquête et l’ethnocide de l’Amérique ? la naissance du capitalisme industriel, fondé sur les énergies fossiles ? la bombe atomique et la « grande accélération » d’après 1945 ? Mais il y a du moins un constat sur lequel les scientifiques s’accordent : bien plus qu’une crise environnementale, nous vivons un basculement géologique, dont les précédents — la cinquième crise d’extinction, il y a 65 millions d’années, ou l’optimum climatique du miocène, il y a 15 millions d’années — remontent à des temps antérieurs à l’apparition du genre humain. D’où une situation radicalement nouvelle : l’humanité va devoir faire face dans les prochaines décennies à des états du système Terre auxquels elle n’a jamais été confrontée.

 

 

 

Le Monde Diplomatique (88)

Pour Jean Gadrey, la croissance est « un culte en voie de disparition » :

 

Il existe de multiples explications à la « baisse tendancielle du taux de croissance » observée depuis plusieurs décennies dans les pays riches, et plus récemment dans les pays émergents. Même des économistes médiatiques commencent timidement à envisager l’hypothèse d’un monde sans croissance, du moins dans les pays dits avancés. C’est le cas, aux Etats-Unis, de Paul Krugman et de Larry Summers, pour qui « une stagnation séculaire est plausible  ». En France, Thomas Piketty nous met lui aussi en garde : « Est-il bien raisonnable de miser sur le retour de la croissance pour régler tous nos problèmes ? Cela ne résoudra pas l’essentiel des défis auxquels les pays riches doivent faire face. » A son tour, Daniel Cohen nous exhorte : « Affranchissons-nous de notre dépendance à la croissance. »

 

 

Pour Agnès Sinaï, les négociations internationales sont un théâtre d’ombres :

 

La lenteur des négociations climatiques contraste avec la grande accélération de l’histoire humaine, tandis que les instances internationales se montrent impuissantes à inventer des outils et des modes de pensée à la hauteur des enjeux.

 

 

Maxime Carvin dresse le portrait d’un Robespierre sans masque :

 

La première phase de la Révolution française, visant le renversement du pouvoir absolutiste, fait l’unanimité, ou presque : ne vient-elle pas donner corps à l’esprit des Lumières ? Mais la suite divise violemment. Notamment au sujet de Robespierre, qui, selon certains, conjuguerait tous les vices antidémocratiques : le populisme et l’extrémisme. De quoi se méfier de tout projet radical…

 

 

Un article de Martine Bulard « entre cueillette et internet :

 

En à peine plus de trente ans, la Chine a réussi à éradiquer la famine alors qu’avec 20 % de la population mondiale, elle ne dispose que de 9 % des terres arables, concentrées dans la moitié est et en régression constante. Elle est le premier pays producteur de riz, de blé, de thé… Mais les paysans ne peuvent vivre de leur travail et sont obligés, quand ils n’émigrent pas en ville, de trouver d’autres activités. Le phénomène devrait s’accélérer avec les prochaines réformes.

 

 

Pour Alexeï Malachenko, Moscou parie pour la Syrie :

 

Entrée sur le théâtre d’opérations syrien, l’armée russe entend démontrer sa capacité à honorer ses alliances régionales et à défendre ses intérêts stratégiques. En réaffirmant une coopération ancienne avec le régime de M. Bachar Al-Assad, le président Vladimir Poutine espère peser davantage dans la reconfiguration du Proche-Orient. Mais il prend aussi le risque de dévoiler les limites de la puissance russe.

 

 

Pour Aziz El Massassi, la presse égyptienne a été mise au pas :

 

Que tombe le règne de l’armée ! Nous n’avons pas peur et nous ne baisserons pas la tête ! » Au soir du 5 mars 2015, dans le centre-ville du Caire, les slogans des manifestants répondent à la violence du pouvoir militaire. Sur la place Talaat-Harb, devant le bureau d’Air France-KLM, leurs cris de protestation se mêlent aux hommages à Shaima Al-Sabagh, jeune militante de gauche tuée à cet endroit même le 24 janvier, lors de la répression sanglante d’un rassemblement organisé pour honorer les victimes de la révolution de 2011. « Ils ont énormément de courage », observe avec un respect ému Shahira Amin, parmi les rares journalistes présents sur place. Du courage, il lui en faut à elle aussi. Depuis le coup d’Etat militaire contre l’ancien président Mohamed Morsi, en juillet 2013, et surtout la victoire à l’élection présidentielle du maréchal Abdel Fatah Al-Sissi, en mai 2014, les journalistes indépendants sont devenus, avec les Frères musulmans, les bêtes noires du gouvernement.

 

 

Marie Bénilde explique pourquoi l’Europe s’intéresse enfin à la régulation du capitalisme numérique :

 

La surveillance par les services secrets américains des données personnelles des Européens attente au « contenu essentiel du droit fondamental au respect de la vie privée ». Ce jugement de la Cour de justice de l’Union européenne rendu le 6 octobre dernier marque un tournant : sous la pression des industriels, les pouvoirs publics s’intéressent soudain à la régulation du capitalisme numérique.

 

 

Rien ne va plus au Brésil, pays où l’on compte « trois cents voleurs avec des titres de docteur » (Namia Oualalou) :

Réélue de justesse en octobre 2014 et affaiblie par un scandale de corruption sans précédent au sein de la société Petrobras, la présidente brésilienne Dilma Rousseff a souhaité apaiser son opposition en mettant la barre à droite. Peine perdue : elle n’est parvenue qu’à aiguiser l’appétit des libéraux. Coupée de sa base, la voici livrée à des députés rebelles et parfois moins soucieux de politique que d’enrichissement personnel.

 

 

En fait, quelque chose marche au Brésil : le marché de l’art (Anne Vigna) :

 

La crise, quelle crise ? Les déboires économiques du Brésil ont jusqu’à présent épargné le marché de l’art, havre de paix et de prospérité au cœur de la tourmente.

 

 

Selon Henri Léridon, l’Afrique demeure une « énigme démographique » :

 

Les projections démographiques pour l’Afrique déconcertent les analystes. Avec une fécondité toujours élevée, le continent ne suit aucun schéma de transition connu. L’augmentation exceptionnelle de sa population pourrait annihiler les effets bénéfiques attendus des bons taux de croissance enregistrés. Etrangement, cette situation d’urgence ne semble susciter aucune réaction d’envergure.

 

 

Les Bataves seraient-ils plus malins que nous ? En tout cas, ils ferment leurs prisons (Léa Ducré et Margot Hemmerich) : Contrairement à la majeure partie des pays européens, les Pays-Bas enregistrent une baisse de leur population carcérale, au point qu’ils louent désormais des places de prison à la Belgique ou à la Norvège. Une politique de réinsertion très ancienne, un recours accru aux peines courtes et aux sanctions financières, ou encore à une justice négociée, se combinent aux considérations budgétaires pour expliquer ce phénomène.

 

 

 

Pierre Rimbert s’est intéressé à nos intellectuels bougons :

 

Les intellectuels français sont-ils « néoréacs » ? A-t-on encore le droit de débattre ? A intervalles réguliers, des journalistes et essayistes transforment ce genre de questions creuses en controverses nationales. A mesure qu’ils perdent leurs moyens d’informer sous l’effet des concentrations industrielles, les médias se jettent à corps perdu dans ces polémiques où s’affrontent les célébrités — à défaut des idées.

 

 

Un article très enrichissant de Sébastien Lapaque sur Pasolini :

 

Grand perturbateur de l’ordre en place par ses prises de position, ses écrits, ses films, il a la stature d’un héros de légende, témoin de la vigueur subversive des années 1960. Mais c’est peut-être parce qu’il n’a jamais dissocié ses combats politiques de son travail de poète que Pier Paolo Pasolini reste si durablement porteur d’une belle inquiétude.

 

 

 

Enfin, le contrôle que les compagnies d’assurances et les autorités médicales exercent sur nous ne date pas d’hier (Dan Bouk) :

 

Une photographie publiée en 1903 par la société d’assurance-vie New York Life montre une femme en blouse blanche maniant de lourdes boîtes à fiches métalliques, tandis que des hommes en costume noir, assis à leur bureau, plongent le nez dans leur paperasse. Cette image n’illustre pas seulement la division sexuée des tâches, mais aussi une caractéristique peu connue des sociétés d’assurance-vie : le contrôle qu’elles exercent sur les données personnelles de leurs clients. Un volume d’informations plus ample et plus convoité encore que leurs réserves de devises.

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28 octobre 2015 3 28 /10 /octobre /2015 06:40

Un numéro centré sur la citoyenneté universelle.

 

Dans un long article, malheureusement bourré de barbarismes politiquement corrects (« Comme en [sic] attestent l’augmentation catastrophique des mort-es, et disparu-es…), Jean Rousseau, président de l’Organisation pour une citoyenneté universelle, défend la cause du passeport universel. L’Organisation pour une Citoyenneté Universelle (O.C.U.) stipule que « toute personne a le droit de circuler librement, de s’installer sur n’importe quel territoire sans visa, et bénéficier des mêmes droits sociaux et économiques qu’un citoyen national ». L’idée forte étant qu’aucun être humain n’est illégal.

 

Pour Claire Rodier (GISTI), l’immigration est devenue un « business de l’industrie militaro-sécuritaire », un marc hé juteux, « une manne que se partagent les entreprises spécialisées dans la production de matériel sophistiqué en matière de détection à distance ».

 

Pablo Servigne et Raphaël Stevens se demandent s’il est pessimiste de dire que notre civilisation peut s’effondrer. Ils sont d’ailleurs les auteurs de Comment tout peut s'effondrer.
 Petit manuel de collapsologie à l'usage des générations présentes (Anthropocène/Seuil). La conclusion de leur article est sombre : « Il n’existe pas vraiment de chemin crédible et concret qui trace un avenir désirable dans une perspective d’effondrement. »

 

Les Zindigné(e)s ! n° 28

Le philosophe Michel Weber dénonce « l’imposture électronucléaire » : « le développement et l’utilisation de l’énergie nucléaires constituent le tournant de l’histoire de l’humanité, mais cela est vrai pour des raisons complètement différentes de celles  qui sont mises en avant. En effet, le nucléaire est, constitutivement, une industrie funeste. »

 

Christian Jacquiau expose comment le Burkina Faso se révolte contre Monsanto. Après avoir déboulonné le dictateur Blaise Compaoré, le peuple burkinais s’en prend à la dictature de Monsanto, l’empereur des semences manipulées qui « pourrait vaciller ».

Les Zindigné(e)s ! n° 28

Toujours passionnant, Laurent Paillard se demande si on peut être de gauche sans être d’extrême droite. Pas facile quand on voit à quel point la gauche (Corcuff, Sapir etc.) cède à la confusion ambiante.

 

A contre-courant, Paul Ariès analyse très longuement les « dessous pas sexy de l’Église verte ». Au passage, il met en garde contre des personnalités écolo-cathos qui méritent le détour : Jacques de Guillebon (une des premiers signataires de “ Touche pas à ma pute ! ”) et Falk van Vaver (La Nef, Causeur, Famille Chrétienne).

 

Yann Fiévet revient sur les parias de tous les pays : « La « crise des migrants » comme la nomment les médias trop pressés, les politiciens opportunistes et les citoyens apeurés par les précédents susnommés, dissimule des réalités indéniables aux racines anciennes que nous avons préféré oublier. Disons-le d’emblée : l’aphorisme rocardien passé à la postérité, « nous ne pouvons accueillir toute la misère du monde mais nous devons en prendre notre part », est une hypocrisie. Ce n’est pas tant notre part de la misère du monde que nous devons prendre à notre compte que notre part de responsabilité dans les causes évidentes de la misère. L’ordre capitaliste du monde, pudiquement baptisé mondialisation, génère partout sur la planète, certes de manière non uniforme, des cohortes de déshérités. Et partout les déshérités sont mués allègrement en parias. Et partout ils fuient la misère, la guerre, le climat. Mais, attention : les réfugiés désignés ne sont pas seuls. Il en est d’autres qui s’ignorent. […]« La Corrèze avant le Zambèze » disait le député Jean Montalat en 1964. Occupons-nous d’abord de nos pauvres au lieu de nous appesantir sur la misère d’autrui, entend-on encore couramment aujourd’hui. Ces postures sont à faire tomber en désuétude au plus vite. L’hospitalité n’est pas un devoir que nous devons aux autres mais un Droit que nous devons faire respecter partout et pour tous. »

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27 octobre 2015 2 27 /10 /octobre /2015 06:57

Il s’agit d’une expression qui, si elle n’est peut-être pas originaire d’outre-Atlantique, a été popularisée sur les campus des États-Unis. Elle est devenue confuse, voire obscure en passant dans la culture française au point qu’elle a considérablement affadi tout débat sur la société et la vie politique.

 

En 1968, Michel Foucault écrivait : « « une pensée politique ne peut être politiquement correcte que si elle est scientifiquement rigoureuse » (Quinzaine littéraire, no 46, 1er-15 mars 1968). Par delà la perspective maoïste, le philosophe était en quête de rectitude, de morale politique.

 

En se développant dans les pays de langue anglaise, le concept du « politiquement correct » a fini par devenir un marqueur d’autoritarisme. Il s’agit, depuis les années 1990, d’éviter toute expression ou action qui peuvent être perçues comme marginalisant, excluant des individus ou des groupes discriminés ou défavorisés. En France, le « politiquement correct » se réduit à une posture morale. Il s’agit de ne pas heurter, de ne pas déplaire, de se conformer, d’être dans le bon ton. Et toujours de cacher le stigmate. En disant « Black » au lieu de « Noir », on passe pour antiraciste à peu de frais mais on ne fait avancer en rien la cause des victimes du racisme.

 

 

Avant 1990, aux Etats-Unis, l’expression « politically correct » était clairement péjorative, à tout le moins ironique. Étaient ainsi qualifiés ceux qui en rajoutaient dans la défense des victimes de la société. Vers la fin du XXe siècle, sous l’impulsion d’intellectuels conservateurs tel Dinesh D’Souza, furent taxés de « politiquement corrects » ceux qui se prononçaient en faveur du multiculturalisme ou de la discrimination positive.

 

Cette évolution du social vers le sociétal, à bases d’euphémismes ou de périphrases, a contribué à l’évacuation des différences de classe au profit des différences ethniques ou sexuelles. Plus grave, la démarche « politiquement correcte » permet un contrôle social sur le langage au nom de ce qui passe pour progressiste, juste ou technique : un chômeur devient un demandeur d’emploi, un aveugle un « non voyant », un clochard un « SDF », un balayeur un « technicien de surface ». Ainsi le monde devient lisse, non conflictuel.

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26 octobre 2015 1 26 /10 /octobre /2015 06:37

 

Fin 2014 Nicolas Dupont-Aignan, proposait « qu'on rétablisse à Cayenne un centre de détention ». Sur le site Ballast, Jean-Marc Delpech nous parle de ce bagne :

 

Le bagne est une création du Second Empire. C’est la IIIe République qui, en 1885, nourrit l’ogre bagne avec l’envoi des multirécidivistes de la petite et moyenne délinquance par la loi créant la relégation. Le sociologue et linguiste étasunien Ervin Goffman parle en 1961, dans son étude sur les asiles d’aliénés, d’institutions totales pour qualifier ces lieux d’enfermement où l’individu ne devient qu’un rouage remplaçable et corvéable à merci. Éliminer ne signifie pas tuer, exterminer. Cela peut induire l’éloignement : la Guyane est à 7 000 kilomètres de la métropole, la Nouvelle-Calédonie à presque 17 000 kilomètres de là ! Combien sont revenus ? S’il ne m’appartient pas de trancher la question de l’amalgame avec les goulags staliniens ou les camps de concentration nationaux-socialistes – avec tout autre mouroir d’État, finalement (et ce, quelle que soit la nature du régime politique créateur de cette horreur) , j’aime à croire que je puisse m’interroger sur ce point pour ouvrir le débat et le généraliser sur la gestion de l’enfermement.

 

Suite au succès de Jeremy Corbyn, Fabien Escalona écrit sur le site de Mémoires des Luttes :

 

L’économie et la société britannique ont été reconfigurées par trois décennies de politiques néolibérales, si bien qu’à court ou moyen terme, les objectifs de Corbyn peuvent davantage être décrits comme une reconquête de l’Etat social que comme une offensive socialiste. Son programme est d’ailleurs soutenu ou regardé avec sympathie par des économistes modérés. Orienter la création monétaire vers des investissements publics, nationaliser un monopole naturel ou augmenter les taux marginaux d’impôt sur le revenu ne suffit pas à impulser une révolution bolivarienne dans le pays de la City.

 

Dans L’Humanité, Jean-Emmanuel Ducoin revient sur la Conférence sociale chère à François Hollande :

 

L’ordre du jour et les conditions de cette rencontre au sommet sont une véritable flétrissure d’État! Le constat du secrétaire général de la CGT se veut sans appel. « Cette conférence sociale, c’est uniquement de la communication, explique Philippe Martinez. On ne va pas écouter une grand-messe d’experts patronaux et participer à des tables rondes avec des ministres qui viennent se faire valoir. » Quant à François Hollande, Philippe Martinez achève cruellement le sens de sa politique: « Il est dans la continuité de son prédécesseur sur le plan social. » Comment ne pas lui donner raison? Et comment accuser la CGT de pratiquer la «chaise vide» quand la chaise en question est à bascule et orientée vers le vide ?

 

Dans Mediapart, Laurent Mauduit explique longuement pourquoi et comment François Hollande prépare la retraite à 67 ans :

François Hollande aura décidément renié tous ses engagements de campagne, les uns après les autres, et se sera méthodiquement appliqué à désespérer ceux qui lui ont permis d’accéder à l’Élysée. S’il en faut une dernière illustration en date, c’est assurément le dossier hautement symbolique des retraites qui l’apporte. Comme il semble loin, en effet, le temps où le candidat aux primaires socialistes promettait d’abroger la principale mesure prise en 2010 par Nicolas Sarkozy, relevant de 60 à 62 ans l’âge légal du départ à la retraite ! Désormais, même si ce n’est pas affiché publiquement, c’est une autre voie qu’empruntent les dignitaires socialistes : en avant, à petits pas vers la retraite… à 67 ans ! Le Medef en rêve depuis longtemps, et c’est vers cela que la France se dirige.

 

 

Un débat qui, en tant qu’homme, m’avait échappé, est celui, suite à la taxe tampon, des menstruations. Le Monde nous informe :

 

Le collectif Georgette Sand, qui milite pour abaisser le taux de TVA sur les tampons et serviettes, a lui calculé que la dépense représenterait quelque 1 500 euros dans la vie de chaque femme.

 

Le « sans règles » ne fait pourtant pas consensus. Synonyme de purification, de féminité et de fécondité dans les esprits, les menstruations comptent davantage de défenseurs que de détracteurs.

 

Si Martin Winckler considère qu’il appartient aux femmes de choisir ce qu’elles veulent, et de « faire ce choix sans crainte », le docteur Vignal reste intransigeant : « Il faut en finir avec le dogme des règles à tout prix : les règles, ce n’est pas automatique ! »

Revue de presse (141)
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