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25 avril 2016 1 25 /04 /avril /2016 05:34

 

Toujours utile, Evariste, dans Res Publica, demande de quoi “ Nuit Debout ” est le nom :

 

François Ruffin dans sa dernière intervention sur la place de la République a dit que pour l’instant « Nuit debout » ne faisait pas peur à l’oligarchie. Pour avancer, il fait deux propositions :

 

« On a une place qui est saturée d’énergie, maintenant il faut qu’elle rencontre autre chose. Ce premier autre chose à rencontrer c’est l’évidence, ce sont les syndicats »
« On se propose de faire un gros temps fort dans le week-end du 30 avril et du 1er mai, et qu’en gros à partir de là démarre une deuxième étape avec des ambassadeurs de la « Nuit debout » dans les quartiers, dans les campagnes et ainsi de suite. »

 

Bien évidemment, rien ne dit que tout cela débouchera sur un nouveau rapport de force permettant de renouer avec l’émancipation humaine. Mais le retour d’un débat collectif s’interrogeant sur les formes de la démocratie est positif, même si la confusion règne ici et là sur les conditions pour rendre victorieuse une nouvelle hégémonie culturelle, sur le rôle indispensable des couches populaires, sur la nécessité d’un travail conscient et organisé, incluant l’éducation populaire, sur le travail théorique, par exemple sur les lois tendancielles de la formation sociale capitaliste, sur le renouveau des principes du modèle politique d’avenir, etc.

 

 

Sur son blog, François Coq explique pourquoi le FN adore l’école privée :

 

« Nous nous félicitons du rétablissement des aides sociales aux élèves du privé. Le groupe des Patriotes salue la fin de cette injustice. » Voilà comment le groupe FN à la région Île-de-France a salué l’octroi d’aides facultatives à l’enseignement privé remis en vigueur cette semaine par Valérie Pécresse. Il faut dire qu’en matière de prosélytisme du privé dans l’éducation, le FN n’a jamais fait dans la demi-mesure.

 

On se souvient ainsi de la tribune du Collectif Racine, le prétendu collectif enseignant du FN, parue dans Le Figaro du 2 mai 2013. Il y était affirmé la volonté de promouvoir « le respect des spécificités de l’enseignement privé sous contrat ou hors contrat. » Où l’on constate que non-seulement le FN cherche à développer l’enseignement privé mais que celui-ci ne fait pas la distinction entre le «sous contrat » et le «hors contrat ». Le FN a beau jeu de clamer qu’il revendique un cadrage national qui s’imposerait à tous partout sur le territoire. Dans les faits, en appelant à la promotion du «hors-contrat », il choisit délibérément de laisser le champ libre pour que les savoirs et les conditions d’enseignement proposés aux enfants soient exonérés du respect de tout encadrement par la communauté nationale.

 

 

 

Revue de Presse (165)

Selon Politis, près de 9 milliards d’euros devront être retranchés des dépenses publiques l’année prochaine, selon le « programme de stabilité » présenté le 13 avril en Conseil des ministres. Nous avions pourtant cru entendre François Hollande enterrer ce sacro-saint « pacte de stabilité » européen après les attentats du 13 novembre, lorsqu’il assurait : « Le pacte de sécurité l’emporte. » Ces mots se sont évaporés une fois l’émotion retombée. La France poursuit donc l’objectif d’un déficit sous les 3 % en 2017, durcissant encore de deux milliards d’euros une politique d’austérité qui a fait les preuves de son inefficacité depuis bientôt quinze ans.

 

Mauvaise nouvelle supplémentaire, l’inflation quasi nulle oblige à corser encore l’addition de 3,8 milliards d’économies. Et il faudra dégager 3 milliards de plus pour compenser les gestes financiers annoncés ces dernières semaines pour tenter d’acheter la paix sociale – coup de pouce aux boursiers, emplois aidés, compensation pour les agriculteurs et les taxis, salaire des fonctionnaires. Le plus gros du pactole devrait être raboté dans la Sécurité sociale et les dotations aux collectivités territoriales.

 

 

Il y a au moins un homme heureux en France : il s’agit, selon L’Humanité, de Patrick Drahi, malgré son endettement de 50 milliards d’euros. Pour réussir, il faut s’inspirer des Etats-Unis, nous dit le grand patron franco-israélien résidant en Suisse : « Ce dont nous avons besoin en France, c’est de simplifier. »

 

Si la France est un cauchemar pour les patrons, on peut aller investir dans de véritables paradis : « Tenez, a-t-il dit dans un moment d’extase, on aura bientôt 20.000 collaborateurs aux Etats-Unis, où on a racheté deux entreprises. Ils savent qu’il y a des personnes en trop. Eh bien, ils se sont réunis entre eux pour définir qui resteraient. Je n’ai jamais vu cela. C’est cela dont nous avons besoin en France. »

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24 avril 2016 7 24 /04 /avril /2016 05:42

Inlassablement, Acrimed (Action Critique Médias) poursuit sa critique des travers des médias dominants qui ne sont jamais que le reflet de leur soumission à l'idéologie du même nom. Dans ce qui suit, Acrimed s'intéresse aux mots qui piègent les grèves et les manifestations. La langue de bois des journalistes est devenue la langue officielle.

 

 

I. Consensus sous surveillance

 

 « Réforme » : Quand une réforme proposée est imposée, cela s’appelle « LA réforme ». Et s’opposer à cette réforme devient : le « refus de la réforme ». Ne plus dire : « les travailleurs combattent les politiques libérales qui favorisent chaque jour davantage les revenus du capital et dissolvent l’Etat social ». Ecrire : « Une autre chose dont on peut être sûr - et qui nourrit l’antienne d’un pays impossible à réformer -, c’est la nature difficile des rapports sociaux en France. La conflictualité l’emporte sur le consensus. Vieil héritage de la culture ouvrière revendicative du XIXe siècle du côté des organisations syndicales, crispées sur la défense des droits acquis [...]. » (Le Monde Economie, mardi 7 juin 2005, page I). Le terme peut désigner spécialement les attaques successives du système des retraites par répartition. En 2003, « Sur France 2, Arlette Chabot réforme la France » : une émission "Mots croisés" benoîtement intitulée : « Pourquoi est-il impossible de réformer la France ? ». En 2007, au sujet des régimes spéciaux, grand « retour des gardiens du consensus » et de LA réforme.

 

 

« Réformistes » : Désigne ou qualifie les personnes ou les syndicats qui soutiennent ouvertement les réformes gouvernementales ou se bornent à proposer de les aménager. Les partisans d’autres réformes constituent un « front du refus ».

 

 « Modernisation » : Synonyme de « réforme » ou de l’effet attendu de « LA réforme ». « LA modernisation » est, par principe, aussi excellente que « LA réforme »... puisque, comme l’avait fort bien compris, M. de La Palisse, fondateur du journalisme moderne, la modernisation permet d’être moderne. Et pour être moderne, il suffit de moderniser. Le modernisme s’oppose à l’archaïsme. Seuls des esprits archaïques peuvent s’opposer à la modernisation. Et seuls des esprits tout à la fois archaïques, réactionnaires et séditieux peuvent avoir l’audace et le mauvais goût de proposer de subordonner "LA modernisation" au progrès social. D’ailleurs, « LA modernisation » est indifférente à la justice sociale, que la modernité a remplacée par l’« équité ». Voir ce mot.

 

 « Ouverture » : Se dit des opérations de communication du gouvernement. L’ « ouverture » se traduit par des « signes ». Les « signes d’ouverture » traduisent une « volonté d’apaisement ». Ne pas confondre avec cette autre ouverture : « l’ouverture de négociations », qui pourrait manifester un dommageable « recul ».

 

  « Apaisement » : Se dit de la volonté que l’on prête au gouvernement. Par opposition au « durcissement » de la mobilisation. Voir « ouverture ».

 

  « Concertation » : Se dit des réunions convoquées par un ministre pour exposer aux organisations syndicales ce qu’il va faire et pour écouter leurs doléances, de préférence sans en tenir aucun compte. Selon les besoins, la « concertation » sera présentée comme un équivalent de la « négociation » ou comme son substitut. Le gouvernement est toujours « ouvert » à la « concertation ». Voir « ouverture ».

 

  « Négociation » : Selon les besoins, tantôt synonyme, tantôt antonyme de « concertation ». On est prié de ne pas indiquer que, à la différence de la « concertation », la « négociation » est généralement terminée avant d’avoir commencé. Inutile aussi de souligner ce miracle : au printemps 2003, dix heures de « négociation » ont suffi au gouvernement pour ne céder que sur les quelques points qu’il avait déjà prévu de concéder.

 

  « Dialogue social » : Se dit des rencontres où un ministre parle aux syndicats, par opposition au « conflit social », comme si le « dialogue » n’était pas généralement de pure forme : destiné à dissimuler ou à désamorcer le « conflit ».

 

  « Pédagogie » : Devoir qui, pour les journalistes communicants, s’impose au gouvernement (plus encore qu’aux enseignants...). Ainsi, le gouvernement fait preuve (ou doit faire preuve...) de « pédagogie ». Tant il est vrai qu’il s’adresse, comme nos grands éditorialistes, à un peuple d’enfants qu’il faut instruire patiemment. Et si « la réforme » passe, c’est que la pédagogie (et non la force) a triomphé, comme s’en félicitait par avance Challenges (13 septembre 2007) à propos de la « réforme des régimes spéciaux » : « Si (…) cette réforme passait sans coup férir, ce serait le signal que la pédagogie finit toujours par triompher ».

 

 

II. Déraison des foules

 

 « Crispation » : Un mot parmi d’autres pour désigner l’attitude des salariés qui se battent contre les délocalisations, le chômage, le dumping social, la destruction du droit de travail, du système de santé et des retraites par répartition. La France « crispée » est rigide et s’oppose à la France moderne et flexible. Un exemple ici.

 

 « Égoïsme » : Frappe les chômeurs, les travailleurs précaires, les classes populaires en général. Exemple : le refus du dumping social est un symptôme évident d’égoïsme. Vice dont sont dépourvus les bénéficiaires de stock-options.

 

 « Individualisme » : Peut être vice ou vertu. Vice quand il entame la solidarité des dominés avec les dominants, vertu quand il détruit les défenses immunitaires des mouvements sociaux. En parler beaucoup, pour ne rien dire des conditions collectives de l’émancipation des individus.

 

 

 « Corporatisme » : Mal qui menace n’importe quelle catégorie de salariés qui défend ses droits, à l’exclusion des tenanciers des médias. Dans ce dernier cas, s’exclamer, comme Jean-Michel Aphatie  : « Trouvez un argument de meilleure qualité que le corporatisme, s’il vous plaît, s’il vous plaît ! ». L’accusation de « corporatisme » est en effet un argument de bonne qualité, sauf quand elle vise des éditorialistes de qualité supérieure. (Voir ici pour un exemple récent de non-corporatisme)

 

 « Malaise » : Se dit du « trouble », plus ou moins profond, qui peut aller jusqu’au « mal-être », vécu ou ressenti par une profession. Depuis le printemps 2003, le « malaise » affecte particulièrement les enseignants. Le « malaise » peut se traduire par des « revendications » qui ne sont alors que des « symptômes ». Le « malaise » et ses « symptômes », diagnostiqués par les éditorialistes et les experts, réclament un « traitement » approprié.

 

  « Grogne » : Un des symptômes les plus graves du « malaise », un signe de l’animalité privée de mots des « grognons ». Voir ce mot, sonanalyse et un exemple récent opposant les « grognons » universitaires aux « diplomates » gouvernementaux.

 

 

 

 

 

III. Paroles, paroles

 

 « Grognements » : Ne se dit pas mais tient lieu de parole des « grognons.

 

 « Témoins » : Exemplaires de la foule des grévistes et manifestants, interrogés en quelques secondes à la télé ou en quelques lignes dans les journaux. Le « témoin » témoigne de ses affects, jamais de ses motifs ou du sens de son action. Seuls les gouvernants, les « experts » et l’élite du journalisme argumentent, connaissent les motifs, et maîtrisent le sens. L’élite pense, le témoin « grogne ».

 

  « Expert » : Invité par les médias pour expliquer aux grévistes et manifestants que le gouvernement a pris les seules mesures possibles, dans l’intérêt général. Déplore que les « grognements » des « jusqu’auboutistes » et des « ultras » (voir ce mot), ces privilégiés égoïstes et irresponsables (voir « corporatisme »), empêchent d’entendre le « discours de raison » des artisans du « dialogue social ». Un exemple de service public, daté de 2005.

 

 « Éditorialiste » : Journaliste en charge des éditoriaux. Pour ne pas se laisser enfermer dans cette lapalissade sortie du dictionnaire, l’éditorialiste est condamné à changer de titre pour se répandre simultanément dans plusieurs médias. Dans certains d’entre eux, il devient « chroniqueur ». Dans d’autres, il est « interviewer ». Dans tous, il est « invité ». Exemple : Alain Duhamel. Exemple de « chroniqueur » : Pierre-Luc Séguillon, particulièrement performant, en 2003.

 

 « Interviewer » : Journaliste en charge des entretiens. Les meilleurs d’entre eux sont des éditorialistes modestes puisqu’ils ne livrent leurs précieuses opinions que dans la formulation des questions qu’ils posent. L’interviewer est un éditorialiste condamné aux points d’interrogation. Ou presque : Christine Ockrent est une intervieweuse, Jean-Pierre Elkabbach aussi. Aphatie l’est indiscutablement, comme on peut le vérifier ici même, face à un représentant de Sud-Rail.

 

 « Débat »  : Se dit notamment des sessions de papotage qui réunissent autour d’une table l’élite pensante des « experts » et « éditorialistes ». Certains d’entre eux peuvent même « refaire le monde », comme on a pu le constater en 2005.

 

 « Tribunes libres » : Souvent invoquées pour répondre à ceux qui s’inquiètent de l’état du pluralisme dans les médias. Ces espaces réservés à l’expression des « experts » dominants, peuvent être occasionnellement décorés par la présence de contestataires, pour peu qu’ils se rendent respectables en s’abstenant de toute critique des médias.

 

 « Courrier des lecteurs »  : Dans la presse écrite, se dit de la sous-rubrique où sont relégués les propos, soigneusement triés, des non-experts.

 

 « Micro-trottoir » : Equivalent audiovisuel du courrier des lecteurs, cette forme avancée de la démocratie directe, concurrencée par les SMS, permet de connaître et de faire connaître l’opinion des « gens ». Technique recommandée pour faire dire en quinze secondes à chaque exemplaire d’un échantillon soigneusement sélectionné ce que l’on attend qu’il dise. Ne pas confondre avec « entretien » : trop long. Quelques cas d’école, ici, ou .

 

 « Opinion publique » : S’exprime dans les sondages et/ou par l’intermédiaire des « grands journalistes » qui lui donnent la parole en parlant à sa place. Quelques exemplaires de l’opinion publique sont appelés à « témoigner » dans les journaux télévisés. Les grévistes et les manifestants ne font pas partie de « l’opinion publique », qui risque de (ou devrait...) se retourner contre eux.

 

 « Contribuables » : Nom que porte l’opinion publique quand elle paie des impôts qui servent au service public. Quand l’argent public est dépensé pour consentir des avantages fiscaux aux entreprises, cet argent n’a plus d’origine identifiée. On dira : « les régimes de retraites du secteur public sont payées par les contribuables ». On ne dira pas : « les exonérations de charges consenties aux entreprises sont payées par les contribuables.

 

 

IV. Mouvements des troupes

 

 « Troupes » : Mode d’existence collective des grévistes et des manifestants, quand ils répondent (ou se dérobent) aux appels et aux consignes des syndicats. Parler de « troupes de manifestants », de « troupes syndicales », de syndicats qui « mobilisent » ou « ne contrôlent pas » leurs « troupes ». (Re)voir Pierre-Luc Séguillon en 2003.

 

 « Troubles sociaux »  : Se dit des effets de la mobilisation des « troupes ». Un journaliste rigoureux se garde généralement de les désigner comme des « soubresauts » (ainsi que le fit au cours du journal télévisé de 20 h sur TF1 le mercredi 28 mai 2003, le bon M. Raffarin).

 

 « Concernés » : Se dit des secteurs ou des personnes qui sont immédiatement visés par « LA réforme ». Sinon, dire : « les cheminots ne sont pas concernés par la réforme des retraites » ou « les enseignants ne sont pas concernés par la décentralisation ». Vous pouvez pousser le souci de la rigueur jusqu’à affirmer que « les cheminots ne sont pasdirectement concernés ». Dans les deux cas, vous pouvez même ajouter qu’ils « se sentent menacés ». D’où l’on peut déduire ceci : se sentir menacé, ce n’est pas être menacé, et en tout cas être ou se sentir menacé, ce n’est pas être concerné. (« La CGT de la SNCF qui n’est pourtant pas du tout concernée par le CPE a déposé un préavis de grève nationale pour le mardi 28 »,décrète Jean-Pierre Pernaut, qui déplore ainsi, le 21 mars 2006, que les cheminots ne soient pas assez corporatistes.)

 

 « Usagers » : Se dit de l’adversaire potentiel des grévistes. Peut également se nommer « élèves qui préparent le bac » et « parents d’élèves inquiets ». « La grève […] s’annonce massive et dure. Dure surtout pour les usagers », précise David Pujadas, compatissant et soucieux de l’avenir des cheminots le 13 novembre 2007.

 

  « Otages » : Synonyme d’« usagers ». Terme particulièrement approprié pour attribuer les désagréments qu’ils subissent non à l’intransigeance du gouvernement, mais à l’obstination des grévistes. « Victimes » des grèves, les « otages » sont d’excellents « clients » pour les micros-trottoirs : tout reportage se doit de les présenter comme excédés ou résignés et, occasionnellement, solidaires. Parmi les « otages », certains méritent une compassion particulière. Nous vous laissons découvrir deux d’entre eux : un premier et un second.

 

  « Pagaille » : Se dit des encombrements un jour de grève des transports. Par opposition, sans doute, à l’harmonie qui règne en l’absence de grèves.

 

  « Galère » : Se disait (et peut se dire encore...) des conditions d’existence des salariés privés d’emploi et des jeunes privés d’avenir, vivotant avec des revenus misérables, de boulots précaires en stages de réinsertion, assignés à résidence dans des quartiers désertés par les services publics, sans loisirs, et subissant des temps de transports en commun démesurés. Phénomène presque invisible à la télévision, ses responsables ne sont pas identifiables. « Galère » se dit désormais des difficultés de transports les jours de grève : on peut aisément les mettre en images et les imputer à un coupable désigné, le gréviste. Un seul exemple (en fin d’article) : quelques titres de la PQR en 2007.

 

  « Noir » : Qualifie un jour de grève. En 2005, c’était un mardi. En 2009,un jeudi – un « jeudi noir » finalement « plutôt gris clair », d’ailleurs, selon le contemplatif Jean Pierre Pernaut . Peut également se dire des autres jours de la semaine. « Rouge » ou « orange » sont des couleurs intermédiaires réservées aux embouteillages des week-ends, des départs ou des retours de vacances. Le jour de grève, lui, est toujours « noir », couleur du « chaos » (toujours en 2009).

 

 « Chaos » : Se dit sobrement des conséquences des journées « noires ». Pour désigner les conséquences d’un tsunami ou d’un tremblement de terre… chercher un autre mot ?

 

  « Surenchère » : Se dit, particulièrement au Figaro, de tout refus des mesures imposées par le gouvernement, dont l’attitude au contraire se caractérise par la « fermeté ».

 

  « Durcissement » : Se dit de la résistance des grévistes et des manifestants quand elle répond à la « fermeté » du gouvernement, une « fermeté » qui n’est pas exempte, parfois d’ « ouverture ».

 

 « Essoufflement » : Se dit de la mobilisation quand on souhaite qu’elle ressemble à ce que l’on en dit.

 

 « Ultras » : Désigne, notamment au Figaro, les grévistes et les manifestants qui ne se conforment pas au diagnostic d’« essoufflement ». Vaguement synonyme d’ « extrême gauche », lui-même synonyme de... au choix ! Autre synonyme : Jusqu’auboutistes.

 

 « Violence » : Impropre à qualifier l’exploitation quotidienne, les techniques modernes de « management » ou les licenciements, le terme s’applique plus volontiers aux gens qui les dénoncent, et aux mots qu’ils emploient pour le faire. Par exemple quand les patrons de Caterpillar sont qualifiés de « chiens ». A condition de respecter cette règle d’usage, la « violence » est presque toujours « condamnable ». Et condamnée.

 

 

Henri Maler et Yves Rebours

 

SOURCE:

 

Lexique pour temps de grèves et de manifestations

http://www.acrimed.org/Lexique-pour-temps-de-greves-et-de-manifestations-version-2010

 

 

 

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23 avril 2016 6 23 /04 /avril /2016 05:32

 

 

Christophe Granger. La destruction de l’université française. Paris : La fabrique, 2016.

 

Un livre formidable, qui date de l’année dernière et qui n’a pas pris une ride.

 

Un mot sur le titre, qui n’a rien de sensationnaliste : l’université française (comme d’autres) est, effectivement, détruite, c’est-à-dire dans un processus presque achevé et irréversible de destruction. Les casseurs sont le capitalisme financier et ses auxiliaires politiques, tous issus du suffrage universel, bien évidemment. Cela s’accompagne d’une infantilisation des universitaires qui, à bout ou complices actifs des procédures légales mises en place par la droite et renforcées par la “gauche ”, se retrouvent prisonniers d’un asservissement sans fin et toujours plus dur.

 

La thèse du livre est parfaitement résumée dans les premières lignes de l’avant-propos : « L’université française a vécu. Les mots d’ordre anciens qui tramaient ses missions d’enseignement et de recherche n’ont plus cours. Désormais, c’est à la compétitivité, à la concurrence et même à la flexibilité qu’on rapporte à peu près tout ce qui s’y passe. » Economiquement, la misère est « le seul horizon possible », un quart des personnels étant précaires. Psychologiquement, les précaires, comme les titulaires sont contraints de renoncer à leur liberté en tant qu’individus et en tant qu’enseignants et chercheurs.

 

Après un brillant historique de la place et du rôle de l’université au XIXe siècle, l’auteur brosse, pour la première moitié du XXe siècle, le tableau d’une institution douée de règles internes et collectives, un début de démocratie donc, qui permet « une représentation partagée du savoir », une « communauté de destin ». Mais le modèle étasunien et britannique ne va pas tarder à frapper : « Depuis la fondation de l’université Johns Hopkins, s’opère dans les grandes universités [des Etats-Unis] un déracinement de l’idéologie désintéressée des choses universitaires. Les études et les recherches scientifiques relèvent désormais d’une conception instrumentale du savoir. » Asservi au desiderata des banquier et des industriels, le savoir opère un tournant capitaliste. Déjà en 1930, dans les établissements universitaires privés français, les industriels représentent un tiers des conseils de direction, et les banquiers plus de 20%. Les formations universitaires, théoriquement autonomes, vont s’élaborer à partir des besoins du pays, c’est-à-dire de la classe dominante.

 

 

 

 

Dans les années soixante, des recrutements massifs de titulaires, mais aussi de précaires (ATER, allocataires de recherches, moniteurs) répondront aux exigences du baby boom. 800 assistants en 1955, 11 000 en 1973. 500 maîtres-assistants en 1960, 10 000 en 1973. Cela coûte cher et le gouvernement mitterrandien va presque doubler la charge d’enseignement des universitaires (en faisant expérimenter la mesure par la Côte d’Ivoire – du bon usage des anciennes colonies !). Au XXIe siècle, les postes pour précaires ont de moins en moins vocation à être transitoires : ils sont « désormais leur propre fin ».

 

La France n’est qu’une des annexes du grand laboratoire européen et mondial dirigé par l’OCDE, la Banque Mondiale et l’Union Européenne. Notre pays n’a désormais plus de politique universitaire à lui. En mars 2000, lors de la conférence de Lisbonne, le Conseil européen décide que les universités seront « un ressort de l’économie mondiale ». Le travail scientifique devra répondre aux appels d’offres d’agence de financement, les chercheurs étant désormais mis en concurrence selon des critères n’ayant pas forcément à voir avec la recherche scientifique. L’auteur place la décomposition de l’université française dans le contexte plus général du dépérissement des missions historiques de l’Etat : déjudiciarisation de la justice, déshospitalisation de l’hôpital. Ce n’est pas un hasard si, dans l’université, ces missions funestes ont été accomplies par Valérie Pécresse et Geneviève Fioraso. Elles étaient parties du principe que l’Université française était gouvernée par des produits de Mai 68 qui s’étaient glissée dans la peau de chefs d’entreprise privée et qui avaient le profil idoine pour ancrer la mutation scélérate dans les faits et les esprits. Pécresse est la fille d’un universitaire telle que la droite affairiste les affectionne : PDG de Bolloré Telecom (6 milliards de chiffre d’affaires par an). Enfant, puis jeune fille, Valérie Pécresse n’a eu aucun contact avec l’enseignement public : elle fréquenta l’Institution Sainte-Marie de Neuilly-sur-Seine, puis une classe préparatoire au lycée privé Sainte-Geneviève de Versailles, puis HEC, et finalement l’ENA où, enfin, elle rejoignit l’élite de la République. En 1997, après la dissolution de l’Assemblée nationale, elle fut approchée par Jospin (décidément, à un certain niveau, tout se vaut et tous se valent) mais préféra Chirac. Quant à Fioraso (dont certains ont mis en doute la validité des diplômes), le collectif “ Sauvons l’Université ! ” brossait d’elle, en mai 2012, le portrait suivant : « Actuellement au poste de députée, d’adjointe à la Ville de Grenoble (chargée de l’économie, l’emploi, l’université et la recherche), de première vice-présidente de la Métro (chargée du développement économique, universitaire, scientifique et de l’innovation), et de présidente de la SEM Minatec Entreprises, c’est une innovation développée par le Parti socialiste en partenariat avec le Commissariat à l’énergie atomique et les grandes entreprises de la région. La preuve de la réussite de ce produit ? Geneviève Fioraso a été chargée de l’« innovation » dans l’équipe de campagne du candidat à la présidence de la République François Hollande. Tous les jours, Geneviève Fioraso se dépense sans compter pour « monter des projets » et « faire aboutir des dossiers ». Inlassablement, l’élue augmentée se dévoue avec le même élan pour la cause de l’Innovation, repoussant toujours plus loin les capacités de l’élu du peuple. La perfection du système est telle que Geneviève Fioraso ne s’arrête jamais, pas même pour penser : aucune réflexion ne vient retarder sa quête du Bien, c’est-à-dire du Progrès Technologique. Alors que Geneviève Fioraso se démène actuellement sur plusieurs fronts – de la ville intelligente à la promotion de la biologie de synthèse, de l’industrie innovante à sa réélection au poste de députée de la première circonscription de l’Isère –, partons à la découverte des fonctionnalités de cette post-élue. « Ils m’appelaient Miss dollar, s’amuse-t-elle. C’est vrai. Ça ne sert à rien de chercher à faire le top du top si on ne le vend pas. Il faut coller à un cahier des charges et dégager de la marge pour réinvestir dans la R&D...  ». Ainsi parle Geneviève Fioraso, alias Miss Dollar, surnom donné par ses collègues de la start-up Corys où elle a travaillé dans les années 1990. Chez elle, « le style spontané est direct, rapide, efficace, sans formules de politesse » et elle est ‘‘à l’aise dans le monde du business, elle sait parler prix, profit...’’, note Guy Sarrey, de Grenoble École de Management [en français grenoblois, on ne dit pas « École grenobloise de Gestion » : on n’est pas des ploucs, on est presque des Ricains !] ». Dans le monde d’aujourd’hui, savoir parler prix et profit plutôt que salaires et acquis sociaux est un réel atout pour les représentants du peuple. » Deux universitaires qui avaient peu en commun avec la tradition universitaire française.

 

 

 

 

Dans le contexte de « crise », qui n’est qu’un « moyen, une peur, un chantage », les Etats ne sont plus à la manœuvre : ils sont « désœuvrés », selon l’heureuse formule de Granger. L’Université, en tant que productrice et outil de l’économie du savoir (expression calquée sur knowledge management), n’a plus besoin d’être pensée par l’Etat. Dès 1998, la Banque Mondiale pensait pour lui dans un texte fondateur intitulé Le Financement et la gestion de l’enseignement supérieur. L’Université devait s’amender car elle était en crise au regard des indicateurs économiques (un Gattaz pense que l'Education nationale est la grande responsable du chômage en France). La seule solution était le retrait de l’Etat et la soumission au libre jeu du marché. Traversée par le capitalisme, l’université doit être rentable. La fausse gauche européenne (Jospin, Schröder et le futur milliardaire Blair) ne va plus jurer que par la compétence et le capital professionnel. L’étudiant – « entrepreneur de ses études » – sera un client (Blair – qui a bénéficié de l'université gratuite – instaure des frais d’inscription à 3 000 livres par an) qui devra se responsabiliser en élaborant « dans la liberté » son parcours personnel. Libres, les institutions universitaires le seront également dès lors qu’elles feront appel à des financements privées (25% en Allemagne ou en Espagne). Les salaires des présidents managers pourront exploser (300 000 euros par an en moyenne en Grande-Bretagne). Les présidents Français doivent se contenter de 150 000 euros brut, sauf feu Richard Descoings, le patron de Sciences Po qui connut l’épectase, qui touchait 537 000 euros par an (un maître de conférences perçoit 23 000 euros brut par an en début de carrière, un professeur d’université 36 500). A cause de la loi Pécresse renforcée Fioraso, les présidents français ne risquent plus trop d'être furieusement de gauche : les conseils d’administration qui les élisent comptent 30 membres au lieu de 60, dont au moins sept ou huit « personnalités extérieures », style chef ou cadre d’entreprise.

 

La conséquence principale de ce chamboulement est fondamentale : la désorganisation des études « vide de leur cohérence pédagogique les procédures qui organisaient les savoirs dispensés et leur minutieux emboîtement. Elle impose aux étudiants de juger tout ce qu’ils apprennent à la façon dont ils seront jugés sur le marché du travail et de rapporter tout ce qui constitue leur présent à l’exigence de leur devenir professionnel. » Les universités n’enseignent plus, elles préparent à l’employabilité, pour reprendre ce concept forgé par Anthony Blair. Sous l’œil attentif du patronat. Les contenus, les matières changent : « Jusqu’au seuil du XXIe siècle,  les disciplines “ pures ” et “ théoriques ” tenaient le haut de l’université. La chimie organique, les langues et la littérature anglaise venaient en tête du nombre d’enseignants. Aujourd’hui, c’est aux disciplines plus “ professionnalisées ” – informatique, mécanique et génie civil, sciences de gestion et sciences économiques – que revient la suprématie. Elle ne produit plus du savoir mais de l’innovation, des brevets dans le cadre d’appels à projets. Elle ne tire plus sa vérité première de l’ordre des choses scientifiques mais de « questions d’utilité et de finances ». Les chercheurs sont devenus des « bureaucrates de la compétition ». En contradiction avec ce que plaidait le prix Nobel Albert Fert  dans Le Monde : « On ne peut pas imposer une finalité stricte à la recherche. Son parcours n'est jamais linéaire. Il faut  laisser la recherche fondamentale se dérouler, les chercheurs suivre leurs idées, en zigzaguant, pour déboucher sur des découvertes et ensuite des applications. »

 

 

 

 

La loi Pécresse mâtinée Fioraso avait pour objectif non avoué de faire de l’Université française un champ de ruines. Un quart des établissements français sont aujourd’hui en quasi-faillite. Ces déficits, expliquent Granger, ne sont pas la conséquence mais les instruments de la “ réforme ” libérale menée depuis bientôt dix ans. Autre moyen de démolition : la prolifération de la précarité. Sévissent désormais de véritables négriers, comme les dirigeants de l’université de Pau qui, pour l’année 2014-2015, recrutèrent un enseignant assurant un service complet sur la base de 700 euros nets par mois. Le chômage des jeunes universitaires est de plus en plus massif (16% des docteurs). En toute légalité, des présidents encouragent de docteurs tout neufs à accepter des recrutements en tant qu’auto-entrepreneurs. Un jour prochain, les titulaires seront tous devenus des précaires. Or  la moitié des précaires, plutôt des femmes, gagnent moins de 1250 euros par mois.

 

Il faut, clame en conclusion de son livre Christophe Granger, que l’Université « cesse de n’être plus ». Il en va de la vie de notre collectivité.

 

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22 avril 2016 5 22 /04 /avril /2016 05:33

Dès lors qu’un fait inattendu se répète, il faut être attentif et ne pas s’en remettre aux caprices du hasard. Ma femme vient de connaître, en quelques semaines, la même surprise, le même léger désagrément.

 

Professeur des universités, elle a récemment siégé dans deux jurys de thèse. Les deux thésards étaient citoyens de pays d’Afrique du Nord, tous deux musulmans. Depuis Robert de Sorbon (1201-1274) – j’exagère un peu – il est d’usage qu’après la soutenance et les délibérations, le nouveau docteur (pardon : le-a nouv-eau-elle docteur-e) offre le champagne au jury et au public. De petits amuse-gueule ne sont pas de refus.

 

Il n’est évidemment pas question d’obliger des musulmans stricts à boire de l’alcool. On peut néanmoins attendre d’eux qu’ils offrent ce précieux breuvage tellement français à des éminences universitaires qui viennent de leur accorder un titre de docteur. A deux reprises, ma femme et ses collègues durent se contenter d’une orangeade sucrée pour faire passer les cornes de gazelle (le Coran ne savait rien du diabète).

 

 

Nous sommes en présence d’une démarche politique et non religieuse. Il y a près de quarante ans, lorsque je fus recruté à la Faculté des Lettres de l’Université Nationale de Côte d’Ivoire, mon doyen invita tous les collègues à fêter le nouvel an chez lui. Ce musulman très pieux, nommé depuis recteur de l'Université Musulmane de Côte d'Ivoire, appartenait à ce que Maurice Druon aurait appelé une « grande famille ». Il nous reçut avec ses deux femmes en nous gratifiant de son meilleur champagne, sans en boire une goutte. Pour ce qui est des collègues ivoiriens musulmans, ce fut selon. Certains burent le pétillant breuvage, d’autres pas.

 

J’ajoute que l’un des deux candidats au titre de docteur était un homme. Peu de temps après la soutenance, il s’adressa à ma femme en ces termes : « Nathalie, je te remercie. J’espère qu’on aura l’occasion d’écrire quelque chose ensemble. » Ben voyons ! Il lui avait donné du « Madame le Professeur » en la vouvoyant (ils se rencontraient pour la première fois). Son titre en poche, il pouvait désormais la considérer comme à son service.

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20 avril 2016 3 20 /04 /avril /2016 05:30

Moi qui ne fume rien du tout (et qui me contrebalance des petits jeux solfériniens du même pas rusé Le Guen), je suis pour la légalisation du cannabis. Je me permets de vous repasser une note à ce sujet publiée en juin 2011.

 

De manière régulière, le problème de la légalisation du cannabis se pose dans notre pays.

 

En Hollande, cela fait bien longtemps que cette herbe se vend dans les bonnes épiceries.

 

http://www.cannabizz.com/journaux-culture/cannabis-culture-image/photo-cannabis/recolte-cannabis1.jpgÀ Marseille, il y a quelques siècles, on s'en procurait rue de la ... Canebière, qui tire son nom du chanvre.

 

En 1968, quelques mois avant le joli moi de mai, j'étais étudiant à l'université d'Amiens. J'avais comme professeur de civilisation britannique le jeune (il avait 31 ans) Bernard Cassen, futur directeur du Monde Diplomatique, futur fondateur d'ATTAC, responsable aujourd'hui du site Mémoires de Luttes.

 

J'ai raconté ailleurs comment, avec Cassen et quelques autres, je me suis retrouvé pleinement dans le mouvement de Mai 68.

 

Un jour Bernard nous fit travailler sur un texte trouvé par lui dans un excellent hebdomadaire de l'époque, New Society. Qui n'existe plus. Je parle d'un temps où Murdoch n'avait pas encore fait main basse sur la presse papier anglaise. Ce texte était intitulé “Should Pot Be Legalized ?” (Faut-il légaliser le cannabis ?). Je n'ai pas de souvenir précis de cette réflexion si ce n'est que la réponse donnée par le journaliste était "oui".

 

Il y a plus de quarante ans, l'argument en faveur de la légalisation était le même qu'aujourd'hui : quand aux États-Unis l'alcool fut interdit, la consommation monta en flèche, ainsi que le pouvoir du milieu.

 

Je comprends parfaitement le point de vue du maire de Sevran qui voit sa ville devenir un centre mafieux comme la France n'en a peut-être jamais connu.

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18 avril 2016 1 18 /04 /avril /2016 05:58

 

 

Descartes nous explique dans son blog Pourquoi les “ Panama Papers ” n'ont aucun intérêt :

 

Je vous mets au défi de m’indiquer une chose, une seule, que vous ayez apprise grâce aux “ Panama papers ”. Alors, il faut se demander pourquoi on fait tant de raffut sur des informations que tout le monde connaît par cœur. Pourquoi tant de bonnes âmes se déclarent scandalisées en découvrant ce que tout le monde sait déjà. Pourquoi le commissaire européen aux Affaires financières, Pierre Moscovici, déclare que cette affaire doit nous pousser à lutter contre les paradis fiscaux. Aurait-il oublié que l’actuel président de la Commission européenne, Jean Claude Juncker a fait la richesse de son pays grâce à des juteux arrangements qui permettaient aux multinationales de s’affranchir de l’impôt en échange de leur installation au Luxembourg ?

 

Comment expliquer que Le Monde, qui a salué l’élection de Juncker à la tête de la Commission européenne avec des articles dithyrambiques nous fasse aujourd’hui le numéro de la vierge effarouchée découvrant les turpitudes de Cahuzac ou de Porochenko ?

 

 

Perspectives communistes nous rappelle qu’il y a 70 ans, le 8 avril 1946, l’Assemblée nationale nationalisait l’énergie :

 

Marcel Paul ministre communiste de la Production industrielle monte à la tribune. Il rappelle qu’il a créé le pool de l’énergie électrique, pour mettre en commun toutes les ressources énergétiques. Il poursuit : « Allons-nous, alors, assister à je ne sais quelle concurrence entre les entreprises d’électrochimie, les entreprises électrométallurgiques, les chemins de fer et notre mécanisme national d’électricité pour l’équipement de nos chutes d’eau ? Dans ce cas, les errements du passé persisteront certainement. Nous assisterions encore à l’écrémage des meilleures chutes d’eau, à l’utilisation des meilleurs barrages, c’est-à-dire de ceux qui fournissent l’énergie la moins coûteuse. » 

 

 

Le quotidien néerlandais De Telegraaf, s’intéresse à l’évolution de l’entreprise Philips (chiffre d’affaires : 25 milliards d’euros) : Philips ne mise plus sur l’ampoule. Il y a plus juteux. Les applications paramédicales, par exemple, qui ont cet incomparable avantage de reposer sur un marché "captif" (les malades, y compris imaginaires) et subventionné par la sécurité sociale. Certes. Encore faut-il pouvoir se débarrasser des vieux rossignols. Philips s’est engagé à éjecter son département éclairage avant la fin du semestre 2016, par une mise en Bourse, ou en dénichant des repreneurs intéressés. Jusqu’il y a peu, Philips tablait sur une offre de la société Melrose mais, informe l’agence d’information financière Bloomberg, c’est tombé à l’eau. D’autres candidats repreneurs se presseraient cependant au portillon : Blackstone, Onex, Apollo Global Management et Go Scale. Point commun de ces étranges volatiles : tous des fonds d’investissement spéculatifs, de même que la société londonienne Melrose, dont Wikipedia dit, pince-sans-rire, qu’elle est "spécialisée dans l’acquisition et l’amélioration des performances de sociétés en difficulté".

 

 

Puisque nous sommes dans les polders, restons-y avec Jean-Emmanuel Ducoin qui revient dans son blog sur la mort de Johan Cruyff :

 

L’idole des années 1970, à l’Ajax d’Amsterdam puis à Barcelone, avant de devenir le plus grand entraîneur de tous les temps, n’était pas qu’une icône à l’esthétique et à la technique uniques en leur genre, mais bien, l’un de ces penseurs qui rendent la vie meilleure et donnent sens aux actions collectives les plus banales. Bien sûr, il ne s’agit là que de sport et de ballon rond, et les raisons ne manquent pas de nous détourner de ce spectacle outrageant de puissance communicative et de fric capté par quelques mains, penser qu’il n’est plus qu’un théâtre désenchanté, l’antre piétiné d’une humanité de contrebande hantée par la légende mythifiée de héros de pacotilles.

 

 

L’héritage de Cruyff a la valeur d’un petit concentré d’élaboration politique. Sur un terrain ou sur le banc de touche, il a véhiculé l’idée d’un sport au service des hommes, offensif et spectaculaire, celui dans lequel une équipe s’épanouit comme un collectif solidaire [un peu comme celle de l’émission “ Excusez-moi de vous interrompre ”], dans lequel tout individu quête sa part de bonheur à jouer en fonction des autres et pour les autres.

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11 avril 2016 1 11 /04 /avril /2016 05:47

Viktor Dedaj, administrateur du Grand Soir, a été vraisemblablement le premier à dénoncer le biais des enquêteurs du nouveau scandale de Panama : « Connaissiez-vous le Consortium International des Journalistes d’Investigation ? Il existe depuis 1997. Basé aux Etats-Unis (à Washington – quelle meilleure base arrière pour faire des enquêtes et lancer des alertes ?), le Consortium affiche une liste de médias plus prestigieux les uns que les autres, véritable « dream team » de la presse libre : El Pais, El Mundo, Le Monde, Le New York Times, Le Washington Post, la BBC, Le Guardian, El Nacion...

 

Ce Consortium est entièrement financé et géré par le Centre des États-Unis pour l’intégrité publique. Leurs bailleurs de fonds comprennent :

 

- La fondation Ford

- La fondation Carnegie

- La fondation de la famille Rockefeller

- La Fondation W K Kellogg

- La Fondation pour une société ouverte (du financier Soros) »

 

 

L’Obs a fini par emboiter le pas : « pourquoi si peu de noms américains apparaissent-ils dans ces documents ? Parce que les Etats-Unis ont ce qu'il faut, chez eux, en matière de sociétés-coquille contrôlant d'autres sociétés, tout cela dans l'anonymat le plus total. Une journaliste de Fusion a même réussi à créer une société dans le Delaware, "She Sells Sea Shells" ("Elle vend des coquillages"), au nom de son chat Suki ! Quant à Mossack Fonseca, elle possède une filiale dans le Nevada, l'un des Etats les plus laxistes en la matière (avec le Wyoming et le Delaware), qui ne demande pas à connaître l'identité de la personne établissant la société. La filiale en question peut établir des compagnies américaines "offshore"… sur le sol même des Rtats-Unis

 

 

 

Dans Res Publica, à propos de la loi El Khomri, Evariste explique comment Hollande a aggravé les “ réformes” mises en place par Sarkozy : « Nicolas Sarkozy fait voter la loi Tepa le 21 août 2007 qui favorise les heures supplémentaires en les défiscalisant et en diminuant les entrées de cotisations sociales vers la Sécurité sociale. Puis la loi du 20 août 2008 renforce l’autonomie des entreprises en matière de gestion du temps de travail : plus besoin de l’accord de l’inspecteur du travail pour les heures supplémentaires au-delà des 180 heures, le repos compensateur n’est plus automatique mais négocié au sein de l’entreprise, l’annualisation du temps de travail peut être mis en application sans justification.

 

Sur tout ce travail de détricotage, Hollande n’annule à son arrivée que la défiscalisation des heures supplémentaires.

 

La loi El Khomri va encore beaucoup plus loin en allant jusqu’au bout du changement de la hiérarchie des normes en faisant en sorte qu’un accord d’entreprise puisse déroger à une loi, à un accord de branche et même à un contrat de travail. La durée de travail permet d’aller jusqu’à 12 heures par jour, et même 60 heures par semaine en cas de « circonstances exceptionnelles ». Les forfaits jours sont encore élargis. Toutes les majorations des heures supplémentaires pourront être réduites à 10 % par accord d’entreprise.

 

 

Dans Les Zindigné(e)s !, Thierry Brugvin explique pourquoi le capitalisme s’appuie sur nos peurs pour nous faire consommer : « Consommer et posséder vise à compenser un manque d’estime de soi. Le consommateur cherche à montrer aux autres, ou à lui-même, que s’il possède certains biens, c’est parce qu’il dispose d’un capital économique et culturel important. Par conséquent, il attend des autres une reconnaissance sociale de sa puissance économique ou de sa distinction culturelle. »

 

Toujours dans Les Zindigné(e)s !, au moment où Emmanuel Macron lance un nouveau mouvement politique, Yann Fiévet dresse un tableau sans complaisance de la “ Macronésie ”, « archipel complexe de vieilles idées recyclées sous une apparence de modernité. L’appel au dialogue social par le renforcement des prérogatives patronales et l’affaiblissement des droits des salariés ne saurait faire illusion. La casse sociale est plus que jamais ouverte. Elle sera funestement le tombeau de la gauche de façade. »

Revue de Presse (163)
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8 avril 2016 5 08 /04 /avril /2016 05:43

L’éditorial de Paul Ariès s’intitule – il a malheureusement raison – “ La gauche Hara kiri ! ” : « La gauche de gauche aphone menace maintenant de se suicider. Non parce qu’elle irait aux élections divisée ou avec un projet trop radical mais parce que les logiques d’appareil et les petits intérêts personnels la conduisent à tenter de sauver une dernière fois le PS (qui n’est plus un parti de gauche).

 

 

Jean Jacob revient sur le « terreau de théories » que constitue l’écologie politique : « L ‘écologie politique a été tiraillée entre des courants parfois très opposés (libertaires, conservateurs). Depuis, l’écologie est aussi en proie à de nombreuses récupérations très intéressées.

 

 

Le même Jean Jacob décrit « une (re)Fondation américaine de l’écologie politique française » et la « croissance de la décroissance ».

 

 

Thierry Brugvin pense que « le capitalisme s’appuie sur nos peurs pour nous faire consommer plus » : « Par la publicité, le capitalisme vise à inciter à la consommation infinie des masses, afin de tenter de satisfaire deux besoins névrotiques principaux : celui d’être reconnu et celui de posséder. Ces besoins sont engendrés par la peur de ne pas être aimé et d’être faible. »

 

 

Boris Martin se demande si les entreprises veulent se payer l’humanitaire : « La doctrine américaine en matière d’humanitaire a donné lieu à un modèle dit d’intégration de l’humanitaire dans le dispositif politique, diplomatique et militaire américain. Ce modèle est basé sur le « managérialisme » libéral défini par le chercheur Serge Makki, avec la réduction du poids de l’État et l’ouverture au secteur privé. Ce modèle a pour vocation à être dupliqué via la Grande Bretagne en Europe et notamment en France. Or, le modèle humanitaire français est particulier ; la greffe prendra‐t‐elle ?

De fait, la stratégie humanitaire française adoptée en 2012 accorde une place de choix aux entreprises et fondations privées. Le récent accord conclu entre le ministère français des Affaires étrangères et 5 entreprises (Bouygues Construction, EDF, Lafarge, Nutriset et Veolia) marque ce rapprochement de manière éclatante. Par ce partenariat, qui prévoit de créer des synergies plus efficaces entre les moyens publics et privés, les entreprises s’engagent à mettre à disposition des moyens humains et matériels dans leur domaine de compétence, et l’État, ses réseaux diplomatiques.

 

Camille Sardon s’intéresse à nous comme spectateurs : « Nous sommes tous devenus spectateurs. Nous commentons, nous critiquons. Nous déléguons aux autres le soin de penser à notre place, de faire semblant d’agir. L’essentiel est notre bonne conscience. »

 

Pour Yann Fiévet, Macron est le « casseur en chef » : « Il est dit souvent que les grands hommes qui marquent l’Histoire sont les produits fidèles de leur époque. S’il est trop tôt pour affirmer qu’Emmanuel Macron va vraiment imprégner l’Histoire socio-économique et politique de la France, il est en revanche déjà incontestable qu’il est le pur produit d’une remarquable conjonction : une ascension personnelle permise par le règne absolu de la méritocratie ; le renoncement du politique à contredire sérieusement la doxa économique néo-libérale à l’œuvre depuis trente ans. Comme tous les personnages désireux d’atteindre les sommets l’actuel ministre français de l’économie dispose déjà d’une légende nourrie tout à la fois par les indiscrétions lâchées opportunément par l’intéressé lui-même et par la complaisance empressée de certains médias. Il est dès maintenant possible d’anticiper sur l’avenir : si la politique française laisse les coudées franches encore quelques temps à Emmanuel Macron l’Histoire pourra le consacrer comme le destructeur suprême du modèle social français. Osons un pari : le jeune ambitieux a été précisément nommé à Bercy pour endosser la responsabilité des réformes décisives dont rêve le tandem Hollande/Valls sans oser les assumer vraiment. »

 

Jean-Marc Sérékian explique pourquoi le gaz de schiste est la victoire à la Pyrrhus de Big Oil : « Grâce aux magistrats, Total se retrouve avec un permis en bonne et due forme. En février, le président des Républicains a déclaré que sa formation politique devait être “ le parti des gaz de schistes et des OGM ”. »

 

 

 

Le mensuel publie un entretien avec Paul Ariès à l’occasion de la publication de son livre « La face cachée du pape François » (Editions Max Milo).

 

Question : Vous signez fin mars 2016 le premier livre critique sur le pape François ou plus exactement sur « l’Eglise du pape François ». Vous expliquez que ce livre n’aurait pas existé sans le soutien actif des réseaux sud-américains et notamment argentins.

 

Paul Ariès : Il est important en effet de renouer avec une critique de l’Eglise alors qu’on assiste à une montée du fait religieux et que les autres langages peinent à exprimer les ressentiments et les espoirs. Le retour du religion c’est déjà la sanction d’une gauche mondiale aphone. La gauche comme la science se défilent même aujourd’hui devant leur fonction critique et laissent l’Eglise tenir la rue et imposer ses dogmes. Les cathos de gauche sont devenus incapables de tenir un discours critique et reprennent la thèse du bon pape mal conseillé, mal entouré ou simplement empêché d’agir par une Curie qui lui serait opposée. Une Eglise réactionnaire se mordrait les doigts d’avoir choisi un pape devenu subitement, par la grâce divine, progressiste, social et écolo ! J’aurai aimé participer à la papamania actuelle mais les faits sont têtus. J’ai toujours revendiqué mon athéisme natif mais je n’ai jamais considéré que la religion serait uniquement un opium du peuple, bien que l’Eglise, en tant qu’institution soit « intrinsèquement perverse ». Elle a toujours pactisé avec les puissants contre les peuples. J’ai collaboré depuis trente ans à de nombreuses revues catholiques comme Golias, Relations, revue éditée par les jésuites du Québec, Lumière et vie, revue dominicaine, je suis même édité au Brésil par les éditions Loyola du nom du fondateur de l’ordre des Jésuites. Ce livre n’aurait pas été possible sans l’aide de multiples réseaux qui n’osent pas notamment dans l’Eglise dire tout haut ce qu’ils pensent tout bas.

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7 avril 2016 4 07 /04 /avril /2016 05:35

Dans ce numéro d’avril 2016, Serge Halimi revient sur « la percée inattendue de Donald Trump ». Il y voit une « guerre civile » au sein de la droite étasunienne : Comment un promoteur immobilier new-yorkais marié à trois reprises peut-il être aussi populaire dans le sud des Etats-Unis, bastion de la droite religieuse ? Réponse en Alabama, avec des militants du Parti républicain qui s’affrontent autour de la candidature de M. Donald Trump.

 

 

Solenne Jouanneau nous invite à nous détourner des clichés lorsqu’on observe les imams en France : « Principale incarnation de l’autorité islamique en France, les imams suscitent l’intérêt des pouvoirs publics, qui leur prêtent une grande influence. Il faudrait donc les surveiller, les encadrer, voire les former, pour éviter toute dérive communautaire. Cette lecture se heurte à la réalité du travail des religieux musulmans, dont le profil est avant tout déterminé par les fidèles qui fréquentent le lieu de culte. »

 

 

Pour Michael T. Klare, le fait que le pétrole soit bon marché est une malédiction : « Entre l’été 2014 et l’hiver 2015-2016, le prix du baril de pétrole a été divisé par trois. Plus de 250 000 emplois ont été supprimés dans un secteur qui a dû renoncer à de très gros investissements, ou les différer. Cette secousse planétaire affaiblit les géants de l’industrie pétrolière et bouleverse le jeu politique dans les pays exportateurs. »

 

 

Comment faire la critique des médias (Dominique Pinsolle) : « On ne découvrira l’histoire des résistances à la presse de marché ni dans les manuels scolaires ni dans… les grands journaux. Avec ses personnages hauts en couleur et son ambition généreuse, cette tradition internationale de critique des médias fait courir depuis deux siècles le fil rouge d’une autre information possible. »

 

 

 

Le Monde Diplomatique (93)

Pour Sophie Béroud, la démocratie d’entreprise est une imposture : « Pour faire passer la réforme du code du travail préparée par la ministre Myriam El Khomri, le gouvernement et les médias jouent sur deux tableaux. D’une part, ils dénigrent systématiquement ceux qui s’y opposent : étudiants nantis contre jeunes sans diplôme précarisés, travailleurs contre chômeurs… De l’autre, ils brossent un tableau enchanté des accords au cas par cas et du référendum dans l’entreprise. ».

 

 

Vanessa Pinto nous dit que la droite n’est pas tendre pour les étudiants dans leur combat contre la loi Précarité : « Les étudiants « sont des gens relativement protégés, les insiders, qui sont en train de lutter contre les outsiders. (…) Ce sont ceux qui bloquent l’entrée sur le marché du travail des moins qualifiés. (…) Ce sont les jeunes privilégiés, favorisés, qui vont empêcher que l’on réforme le marché du travail de ceux qui n’ont pas de job ». Ainsi parlait Laurent Bigorgne, le directeur de l’Institut Montaigne, un puissant think tank libéral, le 12 mars 2016 sur Europe 1. »

 

 

Pour Marie Kostrz, le Hazbollah est le maître du jeu au Liban : « Avec le renfort des bombardiers russes, des conseillers iraniens et des combattants chiites libanais, l’armée syrienne a regagné du terrain avant le cessez-le-feu de fin février. En première ligne pour soutenir le président Bachar Al-Assad, le Hezbollah voit sa légitimité et sa position renforcées sur le plan intérieur. Désigné comme « groupe terroriste » par la Ligue arabe, il demeure pourtant très populaire dans les pays du Maghreb. »

 

 

Lakram Belkaïd explique pourquoi le Maghreb soutient Bassar Al-Assad : « Contrairement au cliché réducteur qui veut qu’une ligne de fracture violente oppose désormais les deux branches principales de l’islam, de nombreux Maghrébins demeurent peu sensibles à la logique confessionnelle. « Ils ont d’abord une lecture politique des événements en Syrie et voient dans ce parti le dernier bastion de la résistance contre Israël en particulier et contre l’impérialisme occidental en général », explique l’éditorialiste et essayiste algérien Mohamed Saadoune. »

 

 

Pour Jean-Arnault Dérens & Simon Rico, l’Europe a tiré le rideau face aux réfugiés : « Un million de réfugiés ont emprunté la route des Balkans au cours de l’année 2015. Tandis que l’Union européenne s’accorde avec la Turquie pour tenter d’endiguer les départs, les fermetures successives de frontières coupent ce corridor humanitaire informel dans lequel sont encore engagés des dizaines de milliers d’êtres humains fuyant la guerre ou la misère. »

 

 

Pour Francesca Maria Benvenuto, le crédit de l CPI est au plus bas : « Le 21 mars 2016, la Cour pénale internationale a déclaré l’ancien vice-président congolais Jean‑Pierre Bemba coupable de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre en Centrafrique. Mais c’est seulement son quatrième jugement en quatorze ans. Et les péripéties du procès de l’ex-président ivoirien Laurent Gbagbo, ouvert au début de l’année, entament son crédit déjà fragile. »

 

 

Le Monde Diplomatique consacre un dossier à la diplomatie des armes. Philippe Leymarie évoque la « chasse aux milliards » : « u début des années 1990, la fin de la guerre froide devait vider les arsenaux et mettre fin à la plupart des conflits. Après un net recul, la « guerre contre la terreur », avec les engagements en Afghanistan et en Irak, a redonné du grain à moudre au complexe militaro-industriel américain. »

 

 

Serge Halimi se rit du Figaro émerveillé par un avion : « Il y a (au moins) trois sujets qu’un journaliste du Figaro doit aborder avec prudence, ou déférence, ou révérence : Moët Hennessy Louis Vuitton (LVMH), le groupe de M. Bernard Arnault, puisque le secteur du luxe est l’un des principaux annonceurs de presse ; Publicis et son président-directeur général (PDG) Maurice Lévy, pour les mêmes raisons ; et enfin Dassault Aviation, car — le quotidien conservateur le signale lui-même au bas de chaque article qui traite du Falcon ou du Rafale — « le groupe Dassault est propriétaire du Figaro  ». Autant dire qu’en matière de ventes d’armes, un thème alléchant pour qui s’intéresse aux complicités politiques et aux pots-de-vin, un journaliste du Figaro n’est pas le mieux placé pour décrocher un prix Albert-Londres. »

 

 

Pour Olivier Zajec, la Russie est aussi bonne en Kalachnikov qu’en tueurs de satellites : « Tiraillée entre sa volonté de moderniser son appareil militaro-industriel et la réalité de son économie en panne, la Russie cherche à retrouver son rang stratégique. Malgré des retards technologiques, elle demeure la deuxième exportatrice mondiale d’armes. »

 

 

Thibaut Henneton n’oublie pas la “ Silicon Army ” : « Faut-il considérer les matériels et logiciels estampillés Google, Apple, Amazon… comme des armes ? Les géants américains de la « nouvelle économie » sont intimement liés au ministère de la défense. »

 

 

Camille François suggère de penser la cyberpaix : « Si la guerre a son droit et ses règles, la cyberguerre n’a pas de contours définis. Se pose alors la question : comment réguler un affrontement dont on peine à identifier les protagonistes, et qui se déroule sur un terrain civil, Internet ? »

 

 

Johann Fleuri explique pourquoi les Japonaises sont indésirables au travail : « Près de deux Japonaises sur trois mettent un terme à leur carrière lorsqu’elles deviennent mères. Prise en charge des enfants, manque de perspectives professionnelles, discriminations : les raisons de ce renoncement sont nombreuses. Il plonge le pays dans une situation alarmante : avec le vieillissement de la population, l’Archipel pourrait perdre 6,4 millions de travailleurs d’ici à 2025. »

 

 

Pour Carlos Gabetta, en Argentine, les régimes passent mais la corruption reste : « L’Amérique latine n’a pas attendu le monumental scandale qui chahute l’ensemble du système politique brésilien pour découvrir les dégâts de la corruption. Depuis longtemps, le phénomène accable l’Argentine. Dans ce domaine comme dans les autres, le nouveau président Mauricio Macri promet le changement, qui débute par un vigoureux virage à droite. »

 

 

Olivier Pironet évoque l’engagement absolu de Simone Weil : « La pensée et la trajectoire fulgurante de Simone Weil (1909-1943) demeurent largement méconnues au-delà d’un cercle de spécialistes. Figure majeure de la philosophie du XXe siècle, dont Albert Camus édita une grande partie de l’œuvre après sa mort, elle fut également une femme de combat. Impliquée dans les luttes et les débats de son temps, elle a marqué de son empreinte la culture politique de la gauche. »

 

 

Pour Pierre Rimbert, les barbares sont parmi nous : « le pays de la liberté a déclaré la guerre à la barbarie. A un empire lointain qui frappe la France et la Belgique, méprise les civils et tue des enfants. « Nous sommes en guerre ! » Soutenus par la population, les dirigeants claironnent leur volonté de détruire l’ennemi. On pavoise. Mais pendant que les soldats combattent, les civils s’activent. L’ennemi ne serait-il pas aussi caché là, sous nos yeux ? Loyaux en apparence, les immigrés et leurs descendants ne formeraient-ils pas une armée d’espions et de traîtres ? »

 

 

A noter un supplément sur les défis sanitaires en Afrique francophone avec, notamment, un article sur la prison d’Abidjan, laboratoire de la lutte contre le VIH-sida.

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6 avril 2016 3 06 /04 /avril /2016 05:32

 

J’en ai un peu ras le bol de dénoncer ce travers politiquement correct (donc de droite), mais je doute que ça leur passe avant que ça me reprenne.

 

Dans le n° 32 des Zindigné(e)s ! (sic) que j’adore, on le sait, un article collectif (dont je partage largement l’argumentaire concernant la nécessité de primaires vraiment citoyennes afin de rompre avec la fausse gauche) signé, entre autres, par une collègue dont j’admire la personne et le combat depuis longtemps. Article bourré d’horreurs. Je cite :

 

« l’irruption active des citoyen.nes »

 

« pour désigner un.e candidat.e »

 

« la vainqueur.e »

 

« un.e leader charismatique »

 

« un.e alter-ministre »

 

« ce.tte candidate »

 

« la guerre des chef.fes »

 

« dénicher un.e sauveur. »

 

 

Lorsqu’on se lance dans une logique aussi crétine, même si on est soi-même quelqu’un d’intelligent, on ne va jamais au bout des choses. On prétend innover en français mais on utilise le mot “ expertise ” dans son sens anglais. Et puis on rate son coup. En dénonçant, par exemple, la figure d’« un monarque républicain », qui ne saurait être féminin ou transsexuel, ou de dix membres « dont chacun aura été préalablement sélectionné ». Les femmes passent alors à la trappe.

 

 

 

Certains mots du français n’ont pas de féminins (d’autres n’ayant pas de masculin). C’est le cas de “ vainqueur ”, encore que le mot “ vainqueresse ” a existé. Dans ce cas, on peut prendre un dictionnaire de synonymes pour les nuls et on trouvera “ la gagnante ”.

 

Marre de ce zèle grotesque, de ce désir du beurre et de l’argent du beurre, de cet accaparement symbolique des attributs virils. Récemment, une universitaire signait un article « X, chercheure ». La chercheuse Marie Curie (qui était une tête) a dû se retourner dans sa tombe.

Les violeur.e.s de langue
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