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22 septembre 2015 2 22 /09 /septembre /2015 05:50

 

 

 

Le mensuel a la gueule de bois grecque : « l’espérance est en train de tourner cauchemar pour la gauche radicale européenne. Giscard avait raison : « cette Union européenne est bien conçue pour rendre toute transformation de la société juridiquement impossible. »

 

Les Zindigné(e)s inaugure la rentrée avec Sandrine Feydel et Christophe Bonneuil autour du livre Prédation. Nature, le nouvel eldorado de la finance. Quelques pistes de réflexion pour nourrir les mobilisations et pour faire entendre la voix des sans-voix. Cette enquête raconte l’histoire de la mainmise économique et bancaire sur les ressources vivantes à l’échelle planétaire, une véritable entreprise de prédation. Elle révèle que des banques et des fonds d’investissement achètent aujourd’hui d’immenses zones naturelles riches en espèces animales et végétales en danger, partout dans le monde, pour les échanger sur des marchés. Elle dévoile également le rôle crucial des lobbies, qui s’activent auprès des institutions européennes et internationales pour favoriser le développement de cette branche financière du green business.

 

Dans “ Droites ultras et régionalisme ”, Jacques Leclercq s’efforce d’être « clair sur les connexions entre régionalisme et extrême droite. »

 

Pour Gino Hoel, Marion Maréchal Le Pen est un arbre qui cache la forêt : « Il y a de l’ambiance dans le Var ! Après avoir fait sonner les cloches de la moitié de la France et de quelques diocèses européens le 15 août dernier, Mgr Rey, évêque de Fréjus-Toulon, était tout heureux de « convier » ses diocésains « à la 5e édition des Universités de la Sainte- Baume, du 26 au 29 août, organisées par l’Observatoire sociopolitique [OSP, NDLR] et les dominicains de la Sainte-Baume, sur le thème : " Médias et vérité ? La vérité vous rendra libres" (Jn 8, 32), en partenariat avec " Famille Chrétienne " et " Liberté Politique " [deux revues très à droite, NDLR] ». Avec des intervenants de choix, si l’on peut dire, ce qui confirme la vivacité des forces les plus obscures du conservatisme et de la réaction toujours à l’œuvre dans l’Eglise en France. »

 

Jean-Claude Paye s’interroge sur notre « société de surveillance » : « Le 9 juin dernier, le Sénat français a adopté la loi sur le renseignement. L’urgence ne peut justifier l’adoption de la procédure accélérée, car la loi ne fait qu’inscrire dans le droit des pratiques existantes, mais illégales et qui ont montré leur totale inefficacité dans les dernières affaires terroristes. Les services de renseignement pourront installer chez les fournisseurs d’accès Internet une « boîte noire » surveillant le trafic. Seront captées les métadonnées : origine ou destinataire du message, adresse IP d’un site visité, durée de la conversation ou de la connexion. La possibilité de lever l’anonymat des données montre que celles-ci sont bien identifiantes. »

 

Pour Eva Lacoste, le Pérou et la Bolivie sont « à l’épreuve d’un accord européen » : « En septembre 2007, les gouvernements de la Colombie, de l’Equateur, du Pérou, de la Bolivie et l’Union européenne entamaient des négociations pour trouver un « accord d’association » portant sur la coopération et le commerce. La Bolivie et l’Equateur, membres de l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique, quittaient rapidement les négociations, estimant que cet accord serait de la même eau que celui de l’Alena, l’Accord de libre échange nord-américain qui a permis aux Etats-Unis et au Canada de piller le Mexique. Un véritable forcing et un déni de démocratie de la part de l’Union européenne, puisque l’accord avec le Pérou est entré « provisoirement » en vigueur le 1er mars 2013 et le 1er août suivant avec la Colombie... avant même qu’il ne soit ratifié par les Parlements nationaux. »

 

Thierry Brugvin estime que la guerre au Moyen Orient « mène vers une Troisième Guerre mondiale » : « En France et dans le monde, on assiste actuellement à une montée du religieux et surtout à une nouvelle guerre de religion entre au moins une partie des Chrétiens, des musulmans et des juifs. Cette guerre de religion cache une guerre entre capitalistes pour les ressources du Moyen Orient notamment. »

 

Pour Jean-Marc Serékian, « Big Oil is Back ! » Les EU sont redevenus le premier producteur de pétrole en 2014 et le restent en 2015. La Californie est en feu mais elle transpire le pétrole par tous ses pores.

 

 

 

 

Bure sera-t-elle un nouveau Notre-Dame-des-Landes, demande Eva Lacoste ? C’est là que l’industrie nucléaire veut stockers ses déchets les plus dangereux. Face à des tentatives d’ignorer à la fois le débat parlementaire et citoyen, les luttes se fédèrent contre un projet générateur de risques  qui comporte de nombreuses failles techniques. »

 

Simon Lecomte s’entretient avec Paul Ariès sur « les milieux populaires au secours de la planète » : 

« Paul Ariès, vous venez de publier aux éditions Utopia un livre iconoclaste. Son sous-titre « Les modes de vie populaires au secours de la planète » est plus précis que le titre « Ecologie et milieux populaires »

Paul Ariès - Ce livre est déjà un coup de gueule contre l’idée qu’il n’y aurait rien de bon à attendre des milieux populaires au regard de la situation écologique. C’est à qui dénoncera en effet le plus vertement leur rêve de grand écran de télévision, leurs vieilles voitures polluantes, leurs logements mal isolés, leurs achats dans les hypermarchés, leur goût pour la viande rouge et les boissons sucrées, leurs rêves de zones pavillonnaires et de vacances bon marché, etc. Les élites auraient donc raison : « salauds de pauvres qui consommez si mal ! ». Le pire c’est que ce discours d’enrichis finit par contaminer ceux qui à gauche se disent le plus conscients des enjeux planétaires et sociaux. Au moins, les riches achèteraient des produits bio, auraient des voitures électriques, des maisons bien isolées et lorsqu’ils prennent l’avion pour leurs vacances, ils achèteraient des compensations carbone auprès d’organismes certifiés, etc. Je démontre donc, chiffres officiels à l’appui, que tous les indicateurs prouvent que les milieux populaires ont un bien meilleur « budget carbone », une bien meilleure « empreinte écologique », un bien plus faible écart par rapport à la « bio-capacité disponible », un bien meilleur indice « planète vivante » (concernant l’impact des activités sur la biodiversité), un « jour de dépassement de la capacité régénératrice de la planète » plus tardif, une moindre emprise sur la « déplation des stocks non renouvelables » en raison d’une moindre utilisation de la voiture/avion mais aussi parce qu’ils font durer plus longtemps leurs biens d’équipements. Bref, par rapport à l’objectif d’émettre quatre fois moins de GES (Gaz à effet de serre) par rapport à 1990, si les riches ont « tout faux », les milieux populaires font déjà bien mieux. »

 

Mauvaise nouvelle en provenance du Larzac selon Yann Fiévet : Au fil de ses multiples renoncements à tenter d’infléchir le cours économique néolibéral de la société française, et tout au long des trahisons des idéaux de son camp supposé, François Hollande se paie les pires audaces. Nous y sommes désormais habitués et pourtant il parvient encore à nous surprendre après trois longues années d’un règne si soucieux de se couler paresseusement dans l’ère du temps. Le dernier avatar – mais probablement pas l’ultime – de cette mente dramatique décrépitude est intervenu au cœur du présent été, au moment où les feux de l’actualité se font moins crépitants, où le citoyen digne de ce nom se repose un peu de son habituelle vigilance. La décision fut prise lors du Conseil des ministres du 31 juillet : les militaires vont reprendre le Larzac.

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21 septembre 2015 1 21 /09 /septembre /2015 05:56

 

Après le vote des “ Smart ”, la presse française pluraliste était très partagée :

 

Les Echos : « 56% des salariés favorables à un retour au 39 heures »

Le Monde : « Une majorité de salariés en faveur du retour aux 39 heures »

La Croix «  Les salariés de Smart optent pour le retour aux 39 heures »

Le Figaro : « Les salariés de Smart favorables au retour des 39 heures »

L’Express : « Les salariés de Smart prêts à un retour aux 39 heures »

TF1 : « Les employés de Smart votent le retour aux 39 heures »

La Tribune : « Les salariés de Smart votent pour un retour aux 39 heures »

Libération : « Les salariés disent oui aux 39 heures »

 

Je rappelle ce que tout le monde sait, à savoir que Smart (une entreprise commune – pardon : joint venture – fondée par l’horloger suisse Swatch, Mercedes et Renault en partie possédée par l’État français)  a mis en concurrence ses travailleurs français et slovènes. Protégée par l’ANI, la direction mosellane a fait chanter ses employés : vous travaillez plus en étant moins payés, sinon je délocalise en Slovénie. On n’a pas entendu le gouvernement solférinien dénoncer cette manœuvre.

 

44% de salariés ont réussi à dire « non ». 74% des cadres ont voté oui. 61% des ouvriers ont voté non.

 

 

 

 

Bernard Teper, dans Res Publica, revient sur l’élection de Jeremy Corbin à la tête du parti travailliste :

 

« Alors que le fatalisme et la déception s’emparent de pans entiers de l’Autre gauche française devant la parcellisation, la segmentation et donc l’inefficience donc elle est frappée dans la perspective des prochaines régionales, l’élection de Jeremy Corbyn dès le premier tour, avec 59,5 %, des voix, redonne espoir. D’abord parce que cette victoire a été obtenue contre les tenants des politiques d’austérité qui se sont succédé à la tête du parti travailliste britannique depuis Blair jusqu’à nos jours. Mais aussi parce que cette élection a mobilisé le mouvement syndical revendicatif qui souhaitait ne plus soutenir un parti travailliste volontairement austéritaire. Elle a permis la participation, et donc le vote pour Jeremy Corbyn, à tous les sympathisants. La jeunesse s’est mobilisée, ce qui n’est pas rien.
Bien évidemment, les médias néolibéraux de droite et de gauche en ont conclu que c’était une aubaine pour Cameron et la droite néolibérale. Comme si la gauche avait vocation à glisser au centre, alors que c’est par des ruptures successives qu’elle doit mobiliser le peuple dans une lutte globale. »

 

Teper poursuit sur une note optimiste :

 

« L’élection de Jeremy Corbyn montre que, même dans un parti de gauche néolibéral ayant justifié les politiques austéritaires anti-sociales, des circonstances particulières peuvent renforcer les forces internes qui petit à petit se dressent contre ces politiques austéritaires et recueillent alors un soutien externe dans le mouvement syndical revendicatif et dans la jeunesse. »

 

Mais il termine sur une note réaliste :

 

« Fêtons l’élection de Jeremy Corbyn tout en étant persuadés qu’il y a encore loin de la coupe aux lèvres ! »

 

Dans Mediapart, Caroline Coq Chodorge nous informe que l’ancien ministre, Claude Evin vient de quitter la direction générale de l’Agence régionale de santé d’Île-de-France pour rejoindre un grand cabinet d’avocats d’affaires. Ses futurs clients : des laboratoires, des complémentaires et des établissements de santé. Un joli pantouflage pour un homme dont la carrière est marquée par des allers et retours entre public et privé. L’hépatologue Claude Gervais regrette ce choix : « En tant qu’avocat, il pourrait s’inspirer de Pierre Joxe, qui défend les mineurs devant la justice sur commission d’office. » Faussement naïve, Anne Gervais se demande : « Pourquoi Claude Evin ne conseillerait-il pas gratuitement les établissements ? » Même pas dans vos rêves, chère Anne !

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20 septembre 2015 7 20 /09 /septembre /2015 06:08

Ce 17 septembre 2015, Marion Maréchal-Le Pen était en campagne électorale dans la petite ville de Guillestre, porte du Queyras cher à mon cœur.

 

Elle et la quarantaine de ses sympathisants furent accueillis par 150 militants de gauche qui leur lancèrent toutes sortes d’insultes et, d’après ses dires, des jets de liquide.

 

Pour Marion, la soirée fut à ce point éprouvante qu’on est scandalisée par la manière dont Le Monde a relaté l’événement. Moins par la teneur de l’article que par l’illustration qui l’accompagne. Le Monde aurait pu publier une photo de Marion in situ. Non : il est allé rechercher dans ses archives un cliché avilissant, quasiment fétide :

 

Quand Le Monde traite Marion Maréchal-Le Pen de manière ignoble

 

 

En revanche – et le célèbre quotidien de référence ne nous surprend plus – il traite, iconographiquement parlant, Jean-Luc Mélenchon de la manière la plus noble, la plus délectable qui soit car il a choisi son camp :

 

 

Quand Le Monde traite Marion Maréchal-Le Pen de manière ignoble
Quand Le Monde traite Marion Maréchal-Le Pen de manière ignoble
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15 septembre 2015 2 15 /09 /septembre /2015 05:48

 

 

Laurent Binet. La septième fonction du langage. Paris : Grasset, 2015.

 

Il faut être un dandy affublé d’une coiffure ridicule et se répandre dans les médias après avoir lu les livres en diagonale pour faire à cet ouvrage le coup du mépris. Autant j’avais été personnellement ébloui par HHhH, son livre sur la mort d'Heydrich, autant j’avais été déçu par le livre de Laurent Binet sur rien (François Hollande en campagne), Rien ne se passe comme prévuMais avec La septième fonction du langage, j’ai bu du petit lait.

 

Je n’ai pas connu  personnellement Roland Barthes. Mais nous avons eu deux relations en commun. Alors, je peux vous l’assurer (et vous rassurer) : tout ce qui est écrit est faux. Et en même temps, évidemment, tout est vrai, dès lors que l’on a repéré sur la couverture la précision « roman » – ainsi que l'effacement du “ vrai ” Barthes comme celui du “ vrai ” Heydrich pour HHhH – et que, par le pacte de lecture (je m’exprime comme il y a trente ans), on prend cette histoire pour un pur délire, une démonstration par l’absurde de ce qu’est le mentir-vrai. Mais un délire totalement maîtrisé, et surtout terriblement utile.

 

Ainsi donc, Roland Barthes aurait été assassiné au sortir d’un repas avec François Mitterrand trois mois avant l’élection présidentielle de 1981. Par parenthèse, la narration de ce repas – fausse mais plus vraie que nature – est un tour de force jouissif : se payer de la sorte les pauvres Lang et Fabius, quel art ! L’inventeur du concept de la “ mort de l’auteur ” a été renversé par un véhicule car il portait sur lui un document explosif. Et c’est là que la touffe de cheveux ridicule des dandys précieux est larguée : la mort de l'auteur des Essais critiques est une rétribution qui nous permet à nous, lecteurs dans le texte, de naître. Lorsque Binet réécrit la fin de Barthes et tout un contexte intellectuel que le monde entier nous enviait réellement, il installe une mise en abyme (parfois double) où l’on passe de la réalité (nous sommes des sujets conscients qui savons parfaitement que les attributs virils de Philippe Sollers sont toujours là où il faut) au réel (dans notre imaginaire où tout peut être, les testos de Sollers – qui ne s’appelle même pas Sollers – pourraient bien se trouver en Italie dans une urne devant laquelle le grand homme va se recueillir deux fois par an). Laurent Binet, qui, à l’occasion, a inventé un fantasme de Kristeva pas piqué des vers, nous montre qu’il faut fouiller le réel pour savoir, et donc accéder à la réalité. Le réel est, selon la classification freudienne, étrange et inquiétant tandis que la réalité n’est pas forcément identique à la vérité. Si nous pouvons produire une connaissance du monde, c’est parce que nous avons ressenti et expérimenté ce qui, de prime abord, relevait de l’Unheimlichkeit pour notre conscient et notre inconscient. Comment pourrais-je, moi [BG] qui ai croisé vingt fois Michel Foucault déambulant en majesté, accompagné de sa cour de sémillants jeunes esprits, dans les couloirs de l’université de Vincennes, moi qui suis passé trois cents fois devant l’hôtel particulier de Poitiers où il est né (la plus grande habitation privée de la ville, rachetée par le ministère de la Justice – preuve de l'existence de Dieu), en pensant aux fermes et aux champs que sa famille possédait dans la campagne environnante, comment pourrais-je, donc, ne pas être déstabilisé par les dingueries du personnage du roman de Binet et la description langoureuse du grand philosophe se faisant sucer tendrement et méticuleusement par un jeune Arabe dans un sauna ? Quel est le vrai de Foucault ? Quand il est César ou quand il est Pompée ? À ce moment précis, la touffe ridicule s’étrangle.

 

Le président Giscard (Barthes déjeuna une fois avec lui pour, dira-t-il en guise de justification, voir fonctionner un esprit de la grande bourgeoisie) est rapidement informé du caractère explosif du document. Il demande à un commissaire de police, qui s’adjoint les services d’un jeune universitaire sémiologue, de le retrouver rapidement. Il est clair que, si le président sortant retrouve ce document, il sera réélu car il massacrera Mitterrand dans le débat télévisé. Les suspects ont alors pour noms Althusser (que Binet pulvérise de manière à peine métaphorique), Deleuze, Lacan, Foucault, Derrida, Hélène Cixous, le déjà inévitable B-HL et le couple Kristeva/Sollers (derrière Kristeva, il y a forcément toutes les sinistres officines bulgares d’avant la chute du Mur). Ces personnalités sont traitées comme pure matière de fiction, et leurs actes et discours sont a priori (a priori seulement) invraisemblables. Par sa maîtrise, Binet saupoudre à bon escient ces personnages d’effets de réel barthésiens, ce qui les rend complètement ressemblants, en tout cas au mythe d’eux-mêmes qu’ils ont élaboré.

 

De quoi la bombe est-elle le nom ? Selon le grand linguiste Roman Jakobson, le langage possède six fonctions, mais il en existerait peut-être une septième, atomique celle-là. Les deux enquêteurs vont alors nous emmener du campus de Vincennes à celui de Bologne (le livre est un hommage indirect à Umberto Ecco, personnage obligé de ces pages, le seul que le ridicule ne fait qu'égratigner), en passant par l’université Cornell, par des palais vénitiens, des bars homosexuels et par la finale du tournoi de Wimbledon de 1980. Cette septième fonction serait la fonction « magique ou incantatoire, la conversion d’une troisième personne absente ou inanimée, en destinataire d’un message conatif. » « Imaginons », explique l'auteur de Lector in fabula, « une fonction du langage qui permette de convaincre n’importe qui de faire n’importe quoi dans n’importe quelle situation. Celui qui aurait la connaissance et la maîtrise d’une telle fonction serait virtuellement le maître du monde. Il pourrait se faire élire à toutes les élections, soulever les foules, provoquer des révolutions, séduire toutes les femmes, vendre toutes sortes de produits inimaginables, escroquer la terre entière. »

 

 

 

 

Certains chroniqueurs ont reproché à Binet la longueur de son livre. Mais un auteur a le droit d’écrire en jubilant et de jubiler en écrivant. Surtout s’il souhaite que le monde foisonnant et ridicule qu'il nous offre cesse d’être unheimlich pour nous. Il faut en effet de nombreuses pages pour qu’un récit soit à la fois délirant et maîtrisé, quand la matière en est les grands esprits cités plus haut et, surtout, le pouvoir faramineux du langage qui nous permet de tenir l'univers dans notre main et de prendre l’ascendant sur tous nos interlocuteurs. Il faut également de nombreuses pages pour que nous acceptions l’inacceptable, par exemple un attelage d’enquêteurs constitué par un commissaire de droite bas du képi et un jeune universitaire gauchiste. Ou encore de nous pénétrer de l’idée – fausse – que Barthes n’a pas été fauché accidentellement. Ou enfin que Venise n’a été construite que pour que Sollers la contemple et la dise.

 

1968 a vu la fin de la rhétorique : « Sous les pavés, la plage ». Les années soixante-dix ont connu l’essor de la sémiotique, la science des signes qui permet de décoder les mécanismes de tous les langages, donc de les neutraliser, de les démystifier et de les démythifier. Raison pour laquelle Binet nous montre les grands esprits de l’époque planer au LSD ou à l’herbe, mais surtout aux mots. Et plus les mots sont abscons, plus le discours sur les mots doit être abscons. Quand Jean-Edern Hallier hurle « L’existentialisme est un botulisme ! Vive le troisième sexe ! Vive le quatrième ! Il ne faut pas désespérer la Coupole ! » se pisse-t-il dessus ou nous offre-t-il, consciemment ou non, un écorché vif de sa pensée ?

 

Un des aspects fascinants du livre est sa démarche métadiscursive. Le roman – ou plutôt le texte car depuis Barthes il n’y a plus de romans, de poèmes ou d’indicateurs téléphoniques, il n’y a plus que des textes – s’autoanalyse, s’interroge sur lui-même. Ce n’est certainement pas un hasard si, par antiphrase, le commissaire Bayard porte le même nom qu’un des professeurs les plus connus de l’université de Paris 8, Pierre Bayard, auteur d’ouvrages qui déconstruisent la littérature tels que : Qui a tué Roger Ackroyd ?, Enquête sur Hamlet, Comment parler des livres qu’on n’a pas lus. À de nombreuses reprises, l’universitaire d’extrême gauche se demande s’il est un personnage de roman, s’il est dans la vraie vie ou dans la fiction.

 

Grâce à cet ouvrage, on en sait un peu plus sur l’homme qui est né dans la langue (merci aux personnages de Binet d’en abuser ou de l’utiliser de manière farfelue, et surtout merci à Binet de réinventer les idiosyncrasies langagières des autres), sur les fonctions du langage, sur ce qu’il ne faut pas faire et dire et sur ce que nous faisons et disons, donc sur notre humanité.

 

PS : pour moi, le punctum barthésien de la photo ci-dessous, topique à l'époque mais que l'histoire n'a pas retenue, ce sont les pattes d'eph' de Sollers.

 

PPS : Un correspondant se demande qui peut bien être le critique à la touffe ridicule. J'ai pensé qu'il était plus connu que ça. Il ne l'est pas trop, et c'est tant mieux. Il ne manque pas de talent mais chez lui, plus que chez d'autres chroniqueurs, le medium est le message.

 

Je ne trouve pas scandaleux que l'on puisse critiquer vertement un livre, ce que je trouve ignoble, d'autant qu'on est entendu par des centaines de milliers d'auditeurs et de téléspectateurs, c'est qu'on lui fasse le coup du mépris avec un commentaire du genre “ c'est nul, ne l'achetez pas, aucun intérêt, cette chose m'est tombée des mains ” sans expliciter cette mise à mort. Si on avait écrit – ne serait-ce qu'un seul ouvrage soi-même, on ne condamnerait pas sans appel. On aurait au moins la décence de respecter un énorme travail qui, dans ce cas précis, est réellement innovant, apporte quelque chose, surtout aux gens de ma génération qui ont vécu tout cela. Le paradoxe étant que Binet, qui était à l'école primaire à l'époque, a disposé du recul nécessaire pour mettre en scène ce monde multiforme, génial et déjanté, ce maelstroem intellectuel et comportemental n'ayant existé, comme aurait dit Barthes, que pour finir dans un roman.

 

A la télé, on voit de tout, mais des coiffures comme celle-là, ça m'avait jusqu'alors échappé.

 

 

 

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14 septembre 2015 1 14 /09 /septembre /2015 05:30

 

Pour Bradley Burton, qui s’exprime dans le quotidien israélien Haaretz (repris par l’Union Juive Française pour la Paix), « Il est temps de l’admettre. La politique intérieure d’Israël est l’apartheid. »

 

Apartheid c’est un clergé fondamentaliste, suprématiste, fer de lance du renforcement de la ségrégation, des inégalités, et de l’assujettissement.

 

Apartheid c’est des centaines d’attaques de colons contre la propriété, les moyens de subsistance et la vie des Palestiniens qui se terminent sans condamnation, inculpation ni même de suspects. Apartheid c’est un nombre incalculable de Palestiniens emprisonnés ou abattus sans jugement, tirés dans le dos alors qu’ils s’enfuyaient et sans aucune raison.

 

Israël a récemment voté la loi intitulée "Loi pour prévenir les dommages causés par les grèves de la faim". Celle-ci autorise le gavage de force des prisonniers au prétexte que leur vie serait en danger. Gilad Erdan, le Ministre de la Sécurité intérieure de Benjamin Netanyahou qui a "poussé" pour fait passer cette loi, a qualifié les grèves de la faim des Palestiniens enfermés depuis des mois sans inculpation ni procès de "nouveau type d’attaque-suicide qui va menacer l’Etat d’Israël".

 

Selon Convergences Révolutionnaires, on se mobilise pour la sécurité à l’hôpital psychiatrique du Vinatier, à Lyon :

 

Le 28 janvier 2015, un infirmier du Vinatier se fait gravement agresser à l’arme blanche par un patient. Déjà en 2002, un infirmier avait trouvé la mort suite à une grave agression d’un adolescent à l’arme blanche au sein de la même unité. Cette fois, le jour même de l’agression, la direction de l’hôpital envoie un e-mail à tous les agents, se disant rassurée sur l’état de santé de la victime : beaucoup moins rassurant, plusieurs mois après l’agression cette personne n’a toujours pas pu reprendre le travail. La direction minimise dans ce drame l’absence du Dispositif d’alerte d’urgence, le petit boîtier d’alerte mobilisant tout le personnel en cas de crise, comme elle minimise l’ampleur du sous-effectif. Certains membres de la direction vont même jusqu’à dire qu’il est normal de se faire agresser, que ce sont les risques du métier !

 

Pour Critique Sociale, le FN est toujours une entreprise de haine :

 

Ne nous laissons pas leurrer par les changements dans la façon de présenter la politique de la haine. S’il est très peu probable que le FN puisse arriver par lui-même au pouvoir, il n’en est pas moins extrêmement dangereux. Ses thématiques se diffusent depuis des années au sein d’autres partis.

 

Ce n’est pas tant de « vigilance » dont il y a besoin aujourd’hui, mais d’action sociale à la base, en partant des intérêts communs concrets de l’immense majorité de la population afin de mener des luttes collectives contre l’exploitation et l’aliénation. Ces luttes unissent les travailleurs, les précaires, les chômeurs, en tant que classe sociale, et ce quelles que soient leur nationalité, leur origine. C’est sur l’individualisme et le désespoir social que prospère la haine : attaquons le mal à la racine !

 

 

Quelques nouvelles essentielles, ou futiles, concernant sa majesté la reine Eizabeth II d’Angleterre. En 1990, elle était la première fortune du royaume. Le dernier classement du Sunday Times, en avril, ne la place qu'au 302e rang avec une richesse évaluée à 475 millions d'euros. Une dégringolade due à un changement de comptabilité. Depuis 1994, on distingue ses biens personnels de ceux qu’elle possède au nom de l’Etat. Le patrimoine de la couronne qui regroupe un ensemble de propriétés est, quant à lui, estimé à 8 milliards de livres (10 milliards d'euros).

 

Les Windsor coûtent cher aux contribuables. Avec un budget de 50 millions d’euros, c’est la famille royale la mieux dotée d’Europe.

 

Elizabeth II est pingre avec les 250 employés qu’elle paie de sa poche. Un valet de pied gagne en moyenne 13 000 livres par an.

 

Tous les cygnes du royaume lui appartiennent, en vertu d’une loi de 1324 édictée sous Edouard II. Toujours selon cet édit, elle est propriétaire de tous les esturgeons, baleines, marsouins et dauphins pêchés dans les eaux britanniques.

 

Si Elisabeth mesure ses propos, son mari est le roi de la gaffe. « Si vous restez ici plus longtemps, vous allez tous avoir les yeux bridés », lance un jour le Prince Philip à des étudiants britanniques résidant en Chine. Face à d’autres expatriés, en Papouasie-Nouvelle Guinée, il s’étonne : « Vous avez donc réussi à ne pas vous faire manger... » Lors de la visite d’une usine près d’Edimbourg, il s’écrie devant une machine détraquée : « On dirait un travail d'indien. »

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8 septembre 2015 2 08 /09 /septembre /2015 05:50
Au risque de lasser mes lecteures, je reviens sur cette barbarie qui se veut “ de gauche ”, “ féministe ”, mais qui, pour finir, est totalement imbécile (et de droite).
 
 
Ulcéré, Maxime Vivas me fait passer un tract récent du Parti de Gauche. Lorsque l'on confond le genre des mots et les sexes qu'ils désignent, on se rend coupable des barbarismes comme ceux dans l'exemple ci-après. Et puis, comme on n'est pas sûr de son fait, on commet des incohérences stupides.
 
 
-Cher-e contient une faute par manque d’accent.
-Les citoyen-ne-s engagé-e-s et militant-e-s ne peuvent être associatifs ou syndicaux mais associatif-v-es (quelle horreur!) et syndicaux-ales (mon dieu !).
-La fonction des signataires de l’invitation est soudain “masculanisée”.
 
 
Parfois, les révolutionnaires de la langue écrivent  engagé-e-s ou engagé(e)s ou engagéEs. C’est selon.
 
 
Essayez de prononcer ce qui est écrit. C'est impossible. Essayez d'écrire de la poésie. C'est également impossible.
 
Encore une fois : Catherine Deneuve est une grande acteure
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7 septembre 2015 1 07 /09 /septembre /2015 06:02

 

 

On commence cette année sur les chapeaux de roue avec l’Union de Reims.fr qui s’intéresse aux sextos, des textos sexuels qui permettent d’érotiser notre quotidien routinier. Le site propose, pour un coût d’1 euro 25 la minute, de canaliser nos fantasmes en répondant à quelques questions essentielles. Rappelons que l’Union de Reims fut fondé en 1944 par des résistants du groupe Libération-Nord dont deux furent assassinés en 1945 au camp de concentration de Neuengamme. Alors, avec quelle actrice pourriez-vous sortir ?

 

Découvrez avec quelle actrice de cinéma votre personnalité est compatible. Bien que le monde pailleté des célébrités semble inatteignable, l’amour n’a pas de limite, alors ne faites pas le timide, découvrez la star que vous avez le plus de chance de faire craquer !

 

Quelle sportive est faite pour vous ?

 

En plus d'avoir un corps de rêve les sportives ont un caractère bien trempé.

 

Madame, êtes-vous douée en préliminaires ?

 

Chaque corps n’est pas parfait et peut présenter un petit défaut. Ne laissez pas ces petits détails vous intimider. Concentrez-vous plutôt sur les caresses et vos ébats amoureux et tout se déroulera à merveille.

 

L’Union de Reims.fr élève le débat en brossant le portrait de l’homme ou de la femme infidèle : « Contrairement aux idées reçues, les infidèles, qu'ils soient homme ou femme, sont plutôt châtains aux yeux marrons, répondent à des critères physiques classiques et ont en commun d'être romantiques et sensuels. Chez l'homme, il approche la quarantaine et mesure 1,80 m pour 80kg. Cheveux châtains courts, yeux marron sont ses attributs physiques.

 

Du côté des femmes, guère de différence dans la typologie standard. Elle a en moyenne 34 ans, mesure 1,70m pour 60kg. Sa chevelure châtain est de longueur moyenne et ses yeux sont également marron. Verseau est son signe zodiacal. Si la femme infidèle partage le romantisme et la sensualité avec son homologue masculin, elle est plus attentive. Son signe astrologique est le Taureau.

 

Revue de presse (135)

Zora Ramdane, dans Res Publica, revient sur des problèmes de restauration scolaire :

Les partisans de l’identité nationale-chrétienne, nostalgiques de la « France fille aînée de l’Église », ont une vision inquiétante de la restauration scolaire. Pour eux, le problème se réduit à pouvoir placer du poisson le vendredi et imposer les autres jours un menu unique, avec cochon pour tous lorsque le maire le décide. Cette droite nationale-chrétienne, dans laquelle de nombreux chrétiens ne se retrouvent pas, ne compte pas que des chrétiens. Mais, comme Barrès, ils utilisent le catholicisme comme arme contre la République laïque, libre, égalitaire et fraternelle. S’agissant de restauration scolaire, il convient pourtant raisonner en termes d’offre de repas, de sécurité alimentaire, de diététique, de découverte, de plaisir partagé et d’éducation au goût. Pour un nombre croissant d’élèves, le repas pris à la cantine constitue le seul véritable repas de la journée, faisant de la restauration scolaire un système solidaire de cohésion sociale. La qualité de la cantine scolaire, son adaptation aux besoins des élèves, à leur équilibre et leur développement, ne forme pas un problème idéologique mais social, qui mérite d’être d’abord traité en lui-même et positivement, d’une façon sécularisée, indépendamment des questions de normativité religieuse. Les deux parties qui se sont affrontées dans la bataille juridique de Chalon ont exclusivement fait valoir leur communautarisme ou leur sectarisme, qui, tous deux, divisent le peuple.

 

Dans L’Humanité, Christophe Prudhomme souhaite une réforme profonde des soins urgentistes en France : « Le bon modèle, c’est le centre de santé où les généralistes se retrouvent avec d’autres professionnels, infirmiers, kinés… Cette structure pourrait accueillir des petites urgences en soirée, disposer d’un plateau technique, permettre de réaliser des prises de sang, des radios… Les postes de médecins doivent aussi devenir plus attractifs. Quand vous êtes urgentiste à bac + 9 et qu’on ne vous propose que des CDD de trois mois renouvelables, ce n’est pas possible ! La solution passe également par l’augmentation du nombre de médecins en formation. Seules quelques centaines d’urgentistes sont formées chaque année. Il y a trente ans déjà, on avait alerté sur la pénurie, avec un numerus clausus excessivement bas jusqu’aux années 1990. Le numerus clausus a été augmenté dans les années 2000 mais comme il faut dix ans pour devenir docteur, là, on paie encore les années où seules 4 000 personnes par an étaient en formation (contre 7 800 aujourd’hui). Résultat, sur les 200 000 médecins exerçant en France, 40 000 ont eu leur diplôme à l’étranger. Il est temps de sortir de ce système consumériste où les patients ne sont pas bien pris en charge.

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31 août 2015 1 31 /08 /août /2015 05:37

Aucun doute pour Serge Halimi (Le Monde Diplomatique, sept 2015), la primaire du parti républicain sera celle des milliardaires : « En 2012, MM. Barack Obama et Willard Mitt Romney avaient consacré environ 1 milliard de dollars chacun au financement de leur campagne présidentielle. Plutôt que de verser son écot à un candidat, le milliardaire new-yorkais Donald Trump a décidé d’entrer lui-même dans l’arène : « Je gagne 400 millions de dollars par an, alors quelle différence cela fait-il pour moi ? » Un autre milliardaire, M. Ross Perot, promettait dès 1992 « d’acheter la Maison Blanche pour la rendre aux Américains qui ne peuvent plus se la payer ».

M. Trump va probablement échouer à son tour, mais non sans avoir éclairé à sa manière le fonctionnement du système politique américain : « Je suis un businessman. Quand [des candidats] m’appellent, je donne. Si j’ai besoin de quelque chose deux ou trois ans plus tard, je les appelle et ils sont là pour moi. » Ancienne sénatrice de New York et candidate aux primaires démocrates, Mme Hillary Clinton fut « là » elle aussi : « Je lui ai dit de venir à mon mariage, elle l’a fait. Vous savez pourquoi ? J’avais versé de l’argent à sa fondation. » Afin d’obtenir un président incorruptible, suggère M. Trump, choisissez-le dans la liste des grands corrupteurs ! »

 

Vivrons-nous demain dans un monde entièrement uberisé (Evgueni Morozov) ?: « Voici près de dix ans que nous sommes otages de deux bouleversements. Le premier est le fait de Wall Street ; le second, de la Silicon Valley. L’un et l’autre se complètent à merveille dans le numéro du mauvais et du bon policier : Wall Street prône la pénurie et l’austérité ; la Silicon Valley exalte l’abondance et l’innovation.

Premier bouleversement : la crise financière mondiale, qui s’est soldée par un sauvetage du système bancaire, a transformé l’Etat social en un champ de ruines. Le secteur public, ultime rempart contre les avancées de l’idéologie néolibérale, en est sorti mutilé, voire totalement anéanti. Les services publics ayant survécu aux coupes budgétaires ont dû augmenter leurs tarifs ou se sont vus contraints d’expérimenter de nouvelles tactiques de survie. Certaines institutions culturelles ont ainsi dû, faute de mieux, faire appel à la générosité des particuliers en recourant au financement participatif : les subventions publiques ayant disparu, elles n’avaient plus de choix qu’entre le populisme de marché et la mort. »

 

Pour Jean-Michel Dumay, le pape François s’attaque au « fumier du monde » : « Voici près de dix ans que nous sommes otages de deux bouleversements. Le premier est le fait de Wall Street ; le second, de la Silicon Valley. L’un et l’autre se complètent à merveille dans le numéro du mauvais et du bon policier : Wall Street prône la pénurie et l’austérité ; la Silicon Valley exalte l’abondance et l’innovation.

Premier bouleversement : la crise financière mondiale, qui s’est soldée par un sauvetage du système bancaire, a transformé l’Etat social en un champ de ruines. Le secteur public, ultime rempart contre les avancées de l’idéologie néolibérale, en est sorti mutilé, voire totalement anéanti. Les services publics ayant survécu aux coupes budgétaires ont dû augmenter leurs tarifs ou se sont vus contraints d’expérimenter de nouvelles tactiques de survie. Certaines institutions culturelles ont ainsi dû, faute de mieux, faire appel à la générosité des particuliers en recourant au financement participatif : les subventions publiques ayant disparu, elles n’avaient plus de choix qu’entre le populisme de marché et la mort. »

 

Razmig Keucheyan et Renaud Lambert, nous invitent à mieux connaître Erneto Laclau, inspirateur de Podemos : « Contre la corruption, les diktats européens, les grands projets inutiles : la multiplicité des mobilisations contraste avec le sentiment d’impuissance politique. Comment faire vibrer ces batailles particulières sur une corde collective ? En cultivant une forme renouvelée de populisme, expliquait l’intellectuel argentin Ernesto Laclau. Influentes auprès de la gauche radicale espagnole, ses réflexions appellent une lecture critique. »

 

Pour Maxime Robin, aux Etats-Unis, on sait rançonner les pauvres : « Impossible, ou presque, de vivre aux Etats-Unis sans contracter un emprunt. Devant les difficultés de leurs clients à rembourser, les banques augmentent les pénalités et... leurs profits. En revanche, dans certains quartiers défavorisés, elles refusent d’ouvrir des agences. Les habitants doivent alors avoir recours aux échoppes de « prêteurs rapaces ». »

 

Cédric Gouverneur explique pourquoi la Bolivie a les yeux « tournés vers les flots » : « La Cour internationale de justice devra trancher dans les prochaines semaines un contentieux de plus d’un siècle. Défaite lors de la guerre du Pacifique (1879-1883), la Bolivie a perdu son littoral au bénéfice du Chili. L’enjeu économique, lié à la création d’un corridor qui faciliterait les relations commerciales de toute la région avec l’Asie, éclipse aujourd’hui les considérations politiques. »

 

Pour Florent Détroit, La course à l’Arctique passe par Reykjavik : « Encore hypothétique, l’ouverture de routes maritimes dans l’océan Arctique suscite un intérêt croissant parmi les puissances commerciales. Pour se rapprocher des ressources naturelles de la région polaire, la Chine courtise l’Islande, premier pays européen à avoir signé avec elle un traité de libre-échange. »

 

Est-ce pour cela que l’ours polaire est devenu un animal géopolitique (Farid Benhammou et Rémy Marion) : « L’ours polaire est devenu le symbole d’une biodiversité en péril, sous la menace du réchauffement climatique. Impossible toutefois de dissocier la protection de l’espèce des enjeux géopolitiques liés à un territoire convoité, l’Arctique. Une dimension dont les organisations environnementales ne sont pas toujours conscientes, pas plus qu’elles ne mesurent le rôle des peuples autochtones. »

 

Camelia Entekhabifard estime que Les Iraniens sont dans l’incertitude du lendemain : « 

Après l’accord sur le nucléaire signé en juillet, la perspective d’une levée des sanctions contre Téhéran devrait permettre, à terme, le redémarrage d’une économie sinistrée. Mais les dirigeants de la République islamique auront à choisir la nature des réformes qu’ils souhaitent mener pour accompagner cette relance. L’ouverture politique intérieure, très incertaine, dépendra de deux scrutins majeurs en 2016. »

 

Akram Belkaïd explique pourquoi le président turc s’en prend désormais violemment aux forces progressistes : « Sans lui et son parti, point de salut... Le 11 août 2015, lors d’une allocution télévisée, M. Recep Tayyip Erdogan, usant d’un ton à la fois martial et paternaliste, donne le signal implicite de la campagne pour les élections législatives anticipées, qui devraient avoir lieu le 1er novembre. Evoquant successivement la fin du processus de paix avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), la décision de s’attaquer militairement à celui-ci, mais aussi à l’Organisation de l’Etat islamique (OEI), et la nécessité pour le Parti de la justice et du développement (AKP) de gouverner seul pour continuer à mener les réformes, le président turc revendique un bilan positif. « Il agit comme s’il n’avait enregistré aucun revers depuis deux ans, observe Taha Akyol, éditorialiste à Hürriyet, quotidien de centre droit. Il relativise même l’incapacité de l’AKP à obtenir la majorité absolue au scrutin législatif du 7 juin dernier, disant qu’il ne lui a manqué “que” 18 députés. »

 

Lors de la cérémonie de l’humiliation en Palestine, Abaher El Sakka était présent : « Vivre en Palestine, c’est s’habituer à être arrêté à tout moment. Les barrages ne se résument pas aux personnes abattues, aux femmes enceintes qui perdent leur bébé et aux malades morts d’avoir trop attendu ; ils constituent un lieu privilégié pour observer le spectacle de l’occupation. Selon les périodes, les organisations humanitaires recensent jusqu’à plus de cinq cents barrières de tout type rythmant nos vies : permanentes, provisoires, volantes, mobiles, saisonnières... Le colonisateur les désigne à sa guise. Certaines sont « internationales », comme entre la bande de Gaza et Israël. D’autres découpent la Cisjordanie en une multitude d’entités séparées appartenant en théorie à trois zones discontinues : la première relève des prérogatives de l’Autorité palestinienne en matière de sécurité ; la seconde est cogérée ; la troisième est totalement contrôlée par Israël. Cette classification donne à l’Autorité palestinienne un pouvoir illusoire, car, en pratique, soldats et policiers israéliens peuvent dresser un obstacle mobile militarisé où et quand ils le veulent, comme on a pu le voir à Al-Bireh, à quelques centaines de mètres de la Mouqata’a, le siège de la présidence palestinienne à Ramallah. »

 

 

Pour Gavan McCormack, La base américaine d’Okinawa est une épine dans le pied du premier ministre japonais : « Sous prétexte de s’émanciper des Etats-Unis, M. Abe Shinzo veut contourner la Constitution pacifiste de son pays. Le premier ministre japonais masque ainsi sa volonté de renforcer l’armée, malgré une forte opposition de la population. Du reste, il a accepté l’extension des bases militaires réclamée par Washington dans l’île d’Okinawa, qui abrite déjà les deux tiers des troupes américaines déployées au Japon. »

 

Baptiste Dericquebourg évoque Syriza et les chausse-trapes du pouvoir : « En remettant en jeu son mandat de premier ministre après avoir accepté les conditions draconiennes des autorités européennes, M. Alexis Tsipras a précipité la scission de Syriza. La Plate-forme de gauche s’est aussitôt constituée en un mouvement, Unité populaire, favorable à la sortie de l’euro. Les leçons que les uns et les autres tirent des six mois de pouvoir de Syriza en Grèce diffèrent… »

 

Dans l’est de l’Allemagne, de grands investisseurs font main basse sur les terres agricoles : « Après avoir connu la noblesse prussienne, la collectivisation, les coopératives et la transition, l’agriculture est-allemande suscite désormais l’appétit de grands investisseurs souvent étrangers au secteur. Une situation paradoxalement favorisée par les structures héritées du régime communiste. »

 

À Bruxelles, les pantoufles sont confortables (Vicky Cann) : « Les institutions européennes accordent une place exorbitante à la bureaucratie au détriment du pouvoir politique. Intervenant à tous les stades du processus de décision, ces fonctionnaires concentrent l’attention des lobbys. Faute de règles précises dont l’application serait effectivement contrôlée, la vie bruxelloise voit aussi se multiplier les conflits d’intérêts, tant chez les députés que chez les commissaires. »

 

Et puis, Les élus passent, les eurocrates restent (Sylvain Laurens) : « Pourquoi perdre son temps avec un député lorsque l’on peut s’adresser directement à ceux qui détiennent le pouvoir ? Dans un restaurant chic de Bruxelles, le lobbyiste Erik Polnius ne s’embarrasse pas de simagrées : « Pour moi, il y a deux types de lobbyistes : d’abord, ceux qui, quand ils ont une proposition de texte, viennent voir un membre du Parlement... » Une moue moqueuse suggère ce que lui inspire la démarche et appelle la question : mais qui sont ces personnes si puissantes auxquelles préfère s’adresser la seconde catégorie de lobbyistes ? La grimace se transforme en sourire satisfait : « Les bureaucrates de la Commission, bien sûr. »

 

Comment la Corse peut-elle se développer (Dominique Franceschetti) ?: « Le plan d’aménagement et de développement durable de la Corse (Padduc) doit être soumis au vote de l’assemblée territoriale cet automne. En adaptant les modalités d’application des lois montagne et littoral aux spécificités locales, ce texte renvoie à la question de la relation des Corses avec le milieu naturel. Il implique aussi de revenir sur une forme d’organisation sociale singulière. »

Daniel Paris-Clavel revient sur la révolution du western italien : « Expression d’une lucidité politique, le « western spaghetti » a profondément renouvelé un genre à bout de souffle tout en démythifiant la fondation de l’Amérique. Décliné en « western Zapata », avec pour toile de fond les révolutions mexicaines, il donne le beau rôle au paysan basané du sud du Rio Grande, qui vole la vedette au héros yankee... »

 

Aminata D. Traoré, femme politique malienne, évoque, dans une lettre à sa sœur, le martyre des naufragés africains : « Deux cents de tes concitoyens et presque autant des miens figurent parmi les huit cents morts du naufrage du 18 avril 2015 au large de la Sicile. Nombreux sont ceux dont on ne parle déjà plus, ceux dont on ne parlera jamais, enfouis dans ces fosses communes que sont devenus le désert du Sahara et la Méditerranée.

Ton fils unique est un jour parti pour l’Europe avec quatre-vingt-neuf autres jeunes de Thiaroye (Sénégal) à bord d’une embarcation que la mer a engloutie. Nous nous sommes rencontrées parce que, dans mon pays, d’autres mères de migrants disparus qui ne veulent ni oublier ni baisser les bras m’ont interpellée : « Nous n’avons pas revu nos enfants ni vivants ni morts. La mer les a tués. Pourquoi ? » Elles ne savaient rien non plus de cette mer tueuse, notre pays le Mali étant enclavé. »

 

 

 

 

 

 

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15 août 2015 6 15 /08 /août /2015 05:37

Il y a longtemps que je voulais consacrer une chronique à l'expression “ capital humain ”. Cela a été fait récemment par Élisabeth Beague, beaucoup mieux que je n'aurais su le faire, sur le site Investig'Action :

 

Le « capital humain » fut précédemment appelé « ressources humaines » et, il y a plus longtemps encore, « personnel ». Pourquoi cette évolution ? Sans prendre le risque de se tromper lourdement, il est permis d’avancer que la transformation du lexique est au cœur d’un vaste travail politique de marchandisation de la relation salariale.

La définition du dictionnaire

 

Le personnel est l’ensemble de personnes employées dans une catégorie d’activités. La gestion du personnel est entendue dans une perspective opérationnelle, il s’agit de l’administrer selon ses différents niveaux de qualification. Les ressources sont les moyens matériels (hommes, réserves d’énergie) dont dispose ou peut disposer une collectivité ou une entreprise. La gestion des ressources humaines est l’ensemble des pratiques mises en œuvre pour les administrer, les mobiliser et les développer au bénéfice de l’activité d’une organisation. Et, dans certaines organisations, elle est considérée comme coresponsables de la production et de la qualité. Le capital est une richesse destinée à produire un revenu ou de nouveaux biens, c’est aussi l’ensemble des choses qui servent à la satisfaction de besoins. Plus spécialement, en économie, le capital est un instrument de travail employé à la production.

 

La dérive néo-libérale

 

Le capital humain est un réservoir de ressources au service de l’entreprise. Ce capital désigne des aptitudes, physiques ou intellectuelles, d’une main d’œuvre pouvant être exploitée avec profit dans la production économique. Dans ce sens, le capital humain est un investissement qui a un coût mais qui augmente la productivité et est censé rapporter un revenu bien supérieur au coût. Dans la dérive économique actuelle, le capital humain est un facteur de production au même titre que le capital physique et, comme les coûts de production doivent être « maîtrisés », la rémunération de ce capital, le salaire, évolue en fonction de la fluctuation des marchés, c’est-à-dire à la baisse. La suppression d’emplois devient alors un mode de gestion, une variable d’ajustement, une source d’économies, un agent essentiel du profit. Tous les séminaires organisés pour amener les managers à optimaliser la gestion du capital humain ont pour but de rendre ce « capital » responsable des aléas de son parcours professionnel. On fait donc appel à son principe de responsabilité et d’exemplarité, à son désir de reconnaissance et d’appartenance, à son souci du dépassement des limites et à l’exigence de sa mobilisation totale. L’assujettissement du salarié sera complet sauf quand, sans doute insuffisamment formaté et au risque de ne plus pouvoir subvenir à ses besoins vitaux les plus élémentaires, celui-ci fera comprendre au capitaliste que le jeu ne l’amuse plus.

 

Donc, en réalité

 

L’employé est le plus parfait exemple du capital « circulant » : transformé ou détruit pendant le cycle de production. La gestion du capital humain confiée aux entreprises a pour but de diminuer progressivement ce capital qui est par trop aléatoire. Puisque l’employeur désire maximiser ses profits, il exigera beaucoup de son salarié et lui donnera peu en retour. L’individu aura la responsabilité du choix : soit être exploité au travail, soit être exclu du travail. Une situation très confortable pour l’employeur magnanime qui ne pourra qu’entériner la responsabilité du travailleur et, en fonction de la décision de celui-ci, faire rédiger par un de ses subordonnés une belle lettre de préavis. S’il n’est pas complètement dégoûté, l’individu s’inscrira alors à une « bourse de l’emploi » pour se remettre sur le « marché » du travail.

 

 

 

 

 

 

 

Chef du personnel, DRH, capital humain
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14 août 2015 5 14 /08 /août /2015 05:16

 

 

 

Comment se fait-il que les gens des médias se mettent soudain à utiliser les mêmes mots, les mêmes tournures, à bon ou à mauvais escient, quand ce n’est pas à contresens. Cela dure quelques mois, quelques années et puis les modes passent, les tics sont fatigués, le pavlovisme émoussé.

 

Je n’ai pas de réponse très assurée à cette question. Peut-être est-ce parce que les gens des médias veulent avant tout être d’accord. D’accord avec les autres gens des médias, d’accord avec le discours dominant, d’accord avec l’air du temps. Parfois ce sont les gens des médias qui suggèrent aux politiques de nouvelles manières de s’exprimer, parfois c’est l’inverse. Au milieu, les consommateurs du « parler ensemble », du « parler comme il faut », du « parler de connivence », c’est-à-dire nous.

 

Je donne ici quelques exemples, multiples et surtout variés.

 

Je commence par un tic qui tend à disparaître, l’utilisation exagérée de la préposition « sur », que j’ai appelé précédemment la « surite », une maladie peu grave mais irritante causée par une contamination de l’anglais. Il se trouve qu’en anglais « on » est d’un usage plus fréquent que « sur » : « on his departure » (lors de son départ), « he works on a farm » (il travaille dans une ferme), « on the high seas » (en pleine mer). Ainsi, pendant des années, les gens des médias chargés de la météo nous ont informé qu’il faisait 19 sur Lyon, en oubliant que « 19 sur Lyon » et « 19 à Lyon » ne signifiaient pas la même chose. 19 étant, selon ces mêmes gens des médias une « normale saisonnière » (un adjectif devenant un substantif) et non une « norme saisonnière ». La disparition n’est pas totale puisqu’il reste, par exemple, « sur mon portable » (on my cellular phone), comme dans la phrase un peu bizarre : « appelle moi sur mon téléphone portable » ou, mieux encore, « à partir de 20 heures, je serai sur mon portable ».

 

 

Si j’emploie à dessein l’expression « gens des médias » et non pas « journalistes », ce n’est pas entièrement de ma faute : c’est surtout celle des intéressés. En effet, ceux-ci n’informent plus : ils « communiquent » et attendent des gens d’en haut mais dont ils sont tout à fait contigus qu’eux aussi « communiquent » : « le ministère a décidé de ne pas communiquer pour le moment », « dans l’entreprise dont le PDG vient d’être mis en examen, le responsable de la communication a refusé de s’exprimer ». Les gens des médias n’ont pas compris – ou font semblant de ne pas comprendre – que la communication suit un parcours inverse de celui de l’information. Informer c’est donner à l’autre. Communiquer, c’est amener l’autre à soi. D’où, toujours dans la perspective de l’être d’accord, la soumission des gens des médias à la langue des dominants, celle de l’impérialisme anglo-saxon au premier chef. Je rappellerai pour la bonne bouche, et parce que c’est facile « le marché de l’éducation », « les frappes chirurgicales », « les dégâts collatéraux » (surtout quand il s’agit de véritables carnages, c’est-à-dire de la transformation d’êtres humains avec un corps, un esprit, un passé, un présent et un avenir en chair animalière), les « partenaires sociaux » (expression d’abord CFDTiste, puis CGTiste, qui date des peurs engendrées par la révolution industrielles outre-Manche et qui constitue désormais le ba-ba de toute amorce de réflexion niant la lutte des classes), naturellement les « charges sociales » qui sont bien évidemment des cotisations, du salaire différé, donc de la solidarité.

 

Je ne sais trop qui est l’âne pervers qui a lancé l’expression « changer de logiciel ». Cette fois, je ne suis pas certain que l’expression anglaise « change software » soit utilisée comme chez nous au sens figuré. Ce vocable est doux pour les politiques qui n’ont plus de programmes politiques mais des « plates-formes », des « perspectives », et pour les gens des médias qui, consciemment ou non, associent « logiciel » à l’idée de logique. Quand on veut à tout prix être d’accord sur tout, on apprécie que le monde puisse se lire en langage binaire et que la pensée ne soit pas erratique ou contradictoire mais performante, raisonnable, inscrite dans un cadre intangible.

 

Allons faire un tour du côté des gens des médias sportifs. Le flot de tics est un véritable Niagara. Contentons-nous de quelques gouttes. Le coureur cycliste s’est échappé « pour la gagne » (gagner). On a ainsi apprécié le « déroulé » (le déroulement) d’une étape nerveuse tout en appréciant le « rendu » (la remise) du marchand de barbe à papa. Il y a là une évolution qui devrait intéresser les sociolinguistes. Ce recours à des déverbaux signifie, me semble-t-il, quelque chose de profond. Un  déverbal est un substantif créé en retirant le suffixe verbal d’un verbe à l’infinitif. On a tendance à penser qu’en français les verbes ont été tirés de noms. Or c’est le plus souvent l’inverse qui s’est produit. C’est « marcher » qui a donné « marche » ou « crier » qui a donné « cri ». Lorsque « gagne » remplace « gagner », lorsque « déroulé » remplace « déroulement », c’est le « procès » (pardon : le process) qui est oblitéré. Il n’y a plus que le résultat qui compte. Le chemin n’existe plus. Idem pour « rendu » qui est l’argent qui se retrouve soudain dans ma main, alors que le mot « remise » renvoie à un acte. Puisqu’on est dans le sport, on ne saurait oublier l’insupportable « il est le troisième meilleur nageur de tous les temps » (« third best ») alors que « troisième nageur » suffisait amplement il y a trente ou quarante ans. Tandis qu’en français il ne saurait y avoir de « troisième pire nageur de tous les temps », l’Anglais a besoin de se rassurer. Il importe en tout cas que nos nageurs soient « aux taquets ». Cette expression est pour moi un mystère car, n’existant pas (voir le Gros Robert), elle ne saurait signifier ce qu’elle est censée vouloir dire dans la bouche des gens des médias qui en usent et abusent. S’ils sont « aux taquets », ils « répondront présent » et gagneront s’ils sont « fréquents ». Ces nageurs devront assurément s’inspirer de l’exemple d’« un certain » Alex Jany qui dominait toutes les « problématiques » et les « thématiques » de la natation (problèmes et thèmes sont beaucoup trop bouseux pour les gens des médias), même s’il ne disposait pas de la « technologie » d’aujourd’hui. Hé non, bananes ! La technologie, c’est le discours, la réflexion sur la technique. Le béton précontraint est une technique, pas une technologie.

 

 

Je terminerai provisoirement par (pardon : « sur ») l’infinitif séparé, le split infinitive cher à nos amis d’outre-Atlantique, donc du monde entier. L’infinitif anglais étant constitué de deux mots, le split infinitive intercale un adverbe entre « to » et le verbe infinitif. On aura donc « afin de pleinement comprendre la dimension du problème » (so as to fully understand the dimension of the problem).

 

PS : le dessin à la moussaka est tiré d'un article intitué “ Pourquoi trop de tics de langage juste insupportables tuent les tics de langage juste insupportables (ou pas) ? ” J'aurais naturellement dû mentionner dans mon article le « juste » contaminé de l'anglais (« it's just impossible » = c'est juste impossible) et le (« ou pas ») qu'un vrai gens des médias, « un certain Delahousse » utilise toutes les cinq minutes.

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