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22 juin 2015 1 22 /06 /juin /2015 05:51

Jean-Loup Salzmann fait partie de ces trop nombreux présidents d’université qui ont soutenu Valérie Pécresse dans sa “ réforme ” visant à privatiser et financiariser l’enseignement supérieur. Il aurait tant aimé être le nouveau secrétaire d’État aux universités. Il a commis un peu trop de fautes récemment. La dernière, selon Marianne :

 

Jean-Loup Salzmann a l’urgence sélective. En mars dernier, Jean-Loup Salzmann était épinglé par l’Inspection générale de l’Éducation nationale. En cause, son inaction face aux alertes répétées et circonstanciées que Samuel Mayol, le directeur de l’IUT de Saint-Denis, lui avait fait parvenir pendant plusieurs mois au sujet du comportement de plusieurs enseignants. Alertes qui avaient coïncidé avec une vague de menaces de mort à l’encontre de Samuel Mayol.

 

Le 17 mai, l’une des responsables administratives de l’IUT, à l’instar de cinq autres collègues, avait reçu des menaces par texto. Quelques jours plus tard, la porte de son bureau était taguée d’étoiles de David et de croix gammées. Un acte clairement antisémite que Najat Vallaud-Belkacem avait dénoncé.

 

Dans un courrier adressé le 9 juin à cette même fonctionnaire, Jean-Loup Salzmann l’informe qu’il a demandé à la ministre de la suspendre de ses fonctions (!), « pour présomption de faute grave constituée par un manquement à (ses) obligations d’agent public. » Tout y passe : non-respect du devoir de réserve, harcèlement moral, atteinte à la dignité et menaces envers des collègues… « De pures allégations qui ne reposent sur rien, s’emporte Richard Malka, l’avocat de la fonctionnaire. On est en train de vouloir faire passer les victimes pour des bourreaux ! C’est surréaliste ! »

 

Dans les colonnes du Grand Soir, Emir Sader, professeur de sociologie à l’université de São Paulo, critique le néo-colonialisme intellectuel de la gauche européenne : « L’aura universitaire ne réussit pas à cacher les difficultés qu’ils ont pour s’engager dans des processus concrets et, à partir de ceux-ci, pour partager la construction des alternatives. Les analyses qui ne débouchent pas sur des propositions concrètes de transformation de la réalité, présentent de moins en moins d’intérêt. Les postures critiques restent sur le plan de théories qui ne se projettent pas dans le champ du réel, sans aucune capacité à s’approprier la réalité concrète, moins encore de la transformer. Pour reprendre le vieil adage marxiste toujours actuel : leurs idées ne se transforment jamais en force matérielle parce qu’elles ne pénètrent jamais dans les masses. »

 

 

Très en verve, le kleiner Mann Sarkozy a comparé l'afflux de migrants en Europe à une grosse fuite d'eau. Je cite la dépêche de l’AFP. L'ancien chef de l'Etat a raillé la proposition de la Commission européenne de répartir les demandeurs d’asile entre les pays de l’UE. Dans "une maison, il y a une canalisation qui explose, elle se déverse dans la cuisine", a illustré Sarkozy. "Le réparateur arrive et dit : 'J'ai une solution : on va garder la moitié pour la cuisine, mettre un quart dans le salon, un quart dans la chambre des parents et si ça ne suffit pas il reste la chambre des enfants'", a-t-il ironisé.

 

 

Quasiment tous les jours, la page d’accueil d’Orange publie des articles essentiels. Il faut bien que l’entreprise privatisée marche la tête haute. Un exemple récent :

 

Revirement de situation pour le couple Sean Penn et Charlize Theron ! Alors que les deux stars parlaient de mariage depuis plusieurs mois, leur histoire s'arrête brusquement, quelques jours avant l'été. L'actrice sud-africaine de 39 ans a décidé de mettre un terme à sa relation avec Sean Penn, pour des raisons encore inconnues. Après avoir arpenté le tapis rouge du Festival de Cannes et s'être rendus à Vienne pour assister à un événement mondain et caritatif, les deux stars auraient pris des chemins différents. Selon plusieurs sources qui se sont confiées à People Magazine, Charlize Theron et Sean Penn ne vivraient déjà plus ensemble, ce dernier ayant repris ses quartiers dans sa villa de Malibu.

 

L'annonce de cette rupture fait donc l'effet d'une bombe sur la planète people. Le couple semblait plus uni et amoureux que jamais.

 

Avec de telles informations, l’entreprise privatisée qui a aidé l’armée israélienne lors de sa dernière et très violente intervention militaire à Gaza et qui tire profit des colonies israéliennes dans la Cisjordanie, peut marcher la tête haute.

 

 

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14 juin 2015 7 14 /06 /juin /2015 05:02
Dessiné sur du sable …
Dessiné sur du sable …

http://pelapapas.com.mx/htmls/animacion-arena-2.html

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10 juin 2015 3 10 /06 /juin /2015 05:22

Hugo ChávezMa première vie. Conversations avec Ignacio Ramonet. Paris : Éditions Galilée, 2015.

 

On ne peut pas dire que ce livre essentiel ait été étouffé sous les recensions, ni que son co-auteur, Ignacio Ramonet, qui a pourtant réalisé un ouvrage d’une densité rare (il faut dire qu’il n’avait pas en face de lui une coquille vide), ait encombré les plateaux de télévision, ceux des éclats de rire à la Ruquier ou ceux des sourires de connivence à la Busnel. Bref, ces trois années de travail, entre un des grands journalistes français et l’une des figures historiques du monde latino-américain n’ont pas reçu en France l’accueil qu’elles méritaient.

 

D’emblée, ce qui frappe lorsque l’on aborde la personnalité d’Hugo Chávez, c’est qu’il fut un être hors du commun, non parce que les fées s’étaient penchées sur son berceau (quoique…) mais parce que cet homme, plus intelligent que la moyenne, s’est construit, au prix d’un travail de tous les instants, dans la compréhension très fine du contexte personnel, et aussi historique, qui était le sien. Chávez ne niait pas le déterminisme (son arbre généalogique – père noir, grand-mère indigène, « sagesse de l’Indien, rébellion du Noir », nom d’origine basque – vaut le détour), mais, beaucoup plus importantes pour lui, furent les conditions (les faits et non les fées) matérielles, culturelles et politiques qui lui permirent de se distinguer, de creuser son sillon et de laisser une marque peut-être aussi durable que celle de son modèle Bolivar. Il comprit mieux que d’autres cette belle formule de Marx : « Les hommes font l’histoire dans les conditions que la réalité leur impose ».

 

Appartenant à une génération qui fut témoin, en Amérique Latine, des pires horreurs des militaires d’extrême-droite aux ordres des États-Unis avec la bienveillance des hiérarchies de clergés locaux, je n’ai pas compté spontanément parmi les soutiens d’un officier putschiste, qui plus est chrétien. Mais, comme il aimait à le préciser, « plus chrétien que catholique et plus christiste que chrétien ». Il y a en Amérique latine une tradition de grands militaires progressistes. Pensons à Bolivar, à Antonio José de Sucre (par ailleurs descendant d'une aristocratie européenne très établie), à Ezequiel Zamora. Son ami Bernard Cassen avait calmé mes doutes en m’expliquant ce qu’avait d’unique, de hors norme, cette personnalité, qui, avant de devenir un comandante, avait été un fils d’instituteurs puis un pédagogue instinctif sachant se mettre à l’écoute de tous les publics. Comme l’explique Ramonet, il était à la fois rationnel, logique, cartésien et altruiste, tumultueux, sentimental. Il était doué d’une ouverture d’esprit phénoménale (« Quand j’étais jeune militaire, on m’appelait “ le scientifique ” »). Naturellement, les œuvres de Victor Hugo n’avaient aucun secret pour lui. Ni celles de Teilhard de Chardin qui avait démontré que le marxisme et le christianisme « pouvaient marcher la main dans la main ». Mais je fus tout de même surpris de découvrir qu’il connaissait fort bien l’œuvre de l’historien résistant antifasciste Marc Bloch, cofondateur des Annales.

 

 

Avant de devenir bolivarien après une maturation lente et réfléchie,  Chávez fut d’abord un admirateur du Christ, qu’il voyait comme un « combattant socialiste conséquent ». C’est par le biais de ce double prisme qu’il étudia l’histoire violente du Venezuela des deux derniers siècles : coups d’État, émeutes, invasions, « une boucherie sans fin ». Mais, enfant, il était déjà curieux de tout, depuis son poste d’observateur de vendeur de confiseries dans les rues. Il a ce souvenir d’avoir été un « petit animal politique », tiraillé, cela dit, entre sa mère « grenouille de bénitier » et sa grand-mère bouffeuse de curés. Il fut un très bon élève, systématiquement dispensé d’examen final car ses moyennes oscillaient entre 19 et 20 et, très vite, il se plongea dans l’autrefois célèbre Nouvelle encyclopédie autodidactique Quillet (dans la version en espagnol, tout de même). Il devient par ailleurs un joueur de base-ball de haut niveau et un peintre amateur de bonne qualité.

 

C’est à la caserne, comme élève officier, qu’il vire nettement à gauche, bardé de « motivations » politiques : « Je ne suis pas entré dans l’Académie militaire un livre du Che sous le bras, mais il est vrai que j’en suis sorti avec le livre sous le bras. » C’est à la caserne, en compagnie d’autres élèves progressistes, qu’il réfléchit au drame social de son pays (façade clinquante, très grande pauvreté des campagnes, confiscation par une petite minorité des énormes profits engendrés par le pétrole, l’équivalent de vingt plans Marshall !), auquel il ne voit qu’une solution : inversion du flux migratoire, réoccupation de l’espace rural par le peuple, récupération de millions d’hectares non cultivés.

 

Il dévore l’œuvre de John Kenneth Galbraith, en particulier Economia y Subversion (Economics, Peace and Laughter) par laquelle il souhaite appliquer cette règle de base : « la preuve du succès économique n’est pas la quantité de biens produits, mais ce que nous faisons pour que la vie soit tolérable ou agréable ». Plus tard, il dissertera sur Galbraith, avec la faconde et l’intelligence qu’on lui connaît. En victime de première ligne de la Reaganomics, il comprend que les ennemis du peuple, les chevilles ouvrières politiques du capitalisme sont moins les industriels qui contribuent à la richesse du pays que les oligarques financiers qui « utilisent leur pouvoir économique pour acheter un pouvoir politique au service de leurs intérêts économiques. » Il lit également Du contrat social de Rousseau, Le rôle de l’individu dans l’histoire  de Plekhanov, qui deviendra sa boussole et dont il tirera un enseignement extraordinaire : « Tu peux te trouver enchaîné au fond des oubliettes, mais si tu as conscience que c’est le rôle qui te revient dans un processus supérieur de libération, alors cela te rend libre. » Il lit également Thomas More qui l’amène à comprendre comment passer de l’utopie en aucun lieu à l’utopie ayant un lieu.

 

Toujours dans la caserne, il nourrit ses sentiments révolutionnaires après avoir découvert « dans le coffre d’une Mercedes noire déglinguée et criblée de balles un tas de livres marxistes en très mauvais état. » Un véritable trésor qu’il va rafistoler et lire intégralement. Il rêve de rejoindre la guérilla, mais son amour pour sa future femme Nancy l’en empêche. Il est également bouleversé par une embuscade qui voit des guérilleros massacrer d’humbles soldats : « Quelle cause pour justifier un crime pareil ? » Il décide de continuer sa carrière militaire et d’impulser un processus révolutionnaire, de l’intérieur de l’armée où il crée de nombreuses cellules bolivariennes. Il ne croit pas en la théorie du foquisme, dont l’erreur est, à ses yeux, l’absence d’un préalable : « Le travail sérieux de l’organisation révolutionnaire au sein des masses populaires sur le théâtre des opérations. C’est ce qui a été fatal, par exemple, à Che Guevara qui n’a pas eu le temps de faire ce travail et de s’articuler plus concrètement aux masses paysannes boliviennes. Il a attaqué trop tôt. » Ce travail de fond et de base peut permettre la désaliénation des plus défavorisés : « La classe riche se sert des pauvres pour freiner les pauvres eux-mêmes ». Se référant au livre de Claude Heller, L’armée comme agent de changement social (1979), il fait le pari que les militaires peuvent suppléer les leaders civils corrompus ou incompétents à la condition expresse qu’ils allient une profonde conviction idéologique et une efficacité entière dans l’exécution des missions.

 

Au début des années 1980, alors qu’il a été nommé commandant d’une compagnie de parachutistes, Chávez estime qu’il est urgent d’agir car le Venezuela est dans une situation d’entropie où « l’on est incapable de faire cesser le désordre qui règne dans tous les secteurs. » Cela ne l’empêche pas de poursuivre des études, avec l’autorisation de sa hiérarchie : un master en sciences politiques à l’université Simón Bolívar. Plus tard, les autorités carcérales l’empêcheront de terminer une thèse de doctorat. Son sujet de recherches s’intitule « Projets nationaux, planification et développement ». Il examine le tristement célèbre « Grand Virage » lancé par le président Carlos Andrés Pérez, mais imposé par le capitalisme hégémonique mondial et le FMI. Il analyse également la transition du franquisme à la démocratie en Espagne, en problématisant à partir du livre de Maurice Duverger Droit constitutionnel et institutions politiques. Il cerne en particulier la fonction constitutionnelle du roi qui ne représente ni le pouvoir législatif ni l’exécutif. À partir de l’ouvrage théorique du géographe français Paul Claval Espace et pouvoir, il réfléchit à la « géométrie du pouvoir » dans son pays.

 

En février 1992, Chávez est l’un des auteurs d’une tentative de coup d’État. Lui et ses camarades se sentent comme des poissons dans l’eau, des « soldats du peuple et non des cerbères au service de l’oligarchie et de ses maîtres gringos. » Mais cette fois, le destin lui est moins souriant que lorsque, nourrisson, il avait été sauvé des crocs d’un boa de trois mètres de longs qui était entré dans sa pauvre chambre. Pourtant, il avait confiance dans ce soulèvement préparé pendant près de vingt ans. Il passe deux ans en prison, persuadés que les fruits de la révolution mûriront bientôt : « Bolivar est dans le peuple, mais désactivé. Il suffit d’appuyer sur une touche pour qu’il se réveille. »

 

Le 6 décembre 1998, Hugo Chávez gagne l’élection présidentielle avec 56,2% des voix. Il est réélu le 30 juillet 2000 avec 59,5% des suffrages. Le 11 avril 2002, il est fait prisonnier lors d’un coup d’État. Une insurrection civile et militaire le libère et le rétablit au pouvoir.

 

Avant la maladie et la mort prématurée, Chávez s’était engagé à reprendre ses discussions avec Ignacio Ramonet.

 

Note de lecture (143)

PS qui n'a rien à voir : un éditeur un peu connu (son prénom commence par un M, tout comme son nom) vient d'inviter ses auteurs à un pot de l'amitié. Je cite l'invitation :

 

Chers auteurs et auteures, chers collaborateurs et collaboratrices,

 

Du politiquement correct aussi crétin, un viol de la langue française infligé avec une rage telle qu'il en oublie que “ chère ” existe et que c'est le féminin de “ cher ”, il faut quand même se lever de bonheur pour en trouver. D'autant que ce MM informe ces convives qu'il y aura un “ open bar ” sur une terrasse panoramique. Les “ boissons à volonté ”, c'est carrément pour les ploucs de province.

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8 juin 2015 1 08 /06 /juin /2015 05:18

Une pensée tardive mais émue pour BHL à la lecture d’un article de Rue 89 : Bernard-Henri Lévy détient assurément le record du monde des entartages : samedi soir, il en a subi un nouveau, en Belgique, de la part d’un spécialiste de la discipline, l’entarteur Noël Godin qui n’en est pas à son coup d’essai.

BHL a été attaqué dans une église de Namur, où il venait participer à un dialogue avec l’artiste belge Jan Fabre. Une vingtaine de personnes s’en sont prises à l’intellectuel français en criant « y en a marre » ! Les deux gardes du corps qui accompagnaient BHL n’ont rien pu faire et le philosophe a été atteint par les tartes à la crème...

Noël Godin a dédié son geste au dessinateur Siné limogé de Charlie Hebdo et contre lequel, dit-il, BHL a témoigné. Heureusement que BHL éprouve un coup de foudre permanent pour Arielle Dombasle.

 

 

Owen Jones, dans le Monde Diplomatique, tire les leçons de la victoire des conservateurs au Royaume-Uni : « Au Royaume-Uni, la victoire des bourreaux :

Non, la crise qui balaye l’Union européenne n’évince pas mécaniquement les gouvernements sortants. Pas même lorsque les politiques qu’ils ont menées ont aggravé la détresse sociale. C’est l’une des leçons des élections générales britanniques de mai, qui ont conforté un gouvernement de conservateurs millionnaires en guerre contre les démunis. Comment expliquer un tel paradoxe ?

 

Pour les travaillistes, ce fut une défaite en rase campagne. Une tornade à laquelle peu s’attendaient. Jusque-là, les sondages s’étaient montrés aussi monotones qu’un ciel d’hiver en Grande-Bretagne. Ils plaçaient les tories du premier ministre David Cameron, élu en 2010, au coude-à-coude avec le Labour de M. Edward Miliband. Le jour des élections, les instituts avaient même décelé un frémissement en faveur du second. A l’unisson, éditorialistes et « experts » avaient rendu leur oracle : M. Miliband déposerait sa brosse à dents dans la salle de bains du 10 Downing Street. Non pas à la tête d’une majorité parlementaire, mais grâce au soutien du Parti national écossais (SNP), favorable à l’indépendance. »

 

Guy Novès, qui vient d’être nommé sélectionneur de l’équipe de France de rugby et que les Toulousains connaissent bien, assume des idées résolument de droite : Fils d'un ouvrier, petit-fils d'un chiffonnier, républicain espagnol réfugié, déclare, selon sa fiche Wikipédia, « Je suis pour reconnaître ceux qui travaillent. Je n'avais rien ; j'ai ramassé des cartons pour gagner de l'argent. Ma femme est anesthésiste, – onze ans d'études, elle a sacrifié sa jeunesse. Pendant ce temps, certaines prenaient du bon temps, fumaient des joints. À Noël, cette année, elle a passé des nuits blanches au bloc opératoire. Je veux dire qu'aujourd'hui, il me semble que la droite met plus en valeur l'importance du travail. »

 

L’Humanité revient sur Robert Ménard et sa communication d’extrême-droite : « il avance, aiguillonné par ses deux éminences grises. Sa femme, Emmanuelle Duverger, est une catholique traditionaliste. Son directeur de cabinet André-Yves Beck, proche des Identitaires, occupait les mêmes fonctions auprès des époux Bompard à la mairie d’Orange. Pour mener à bien sa mission, il a totalement reformaté le Journal de Béziers. Un marqueur de l’extrême droite, que l’ex-homme de presse, qui connaît ses classiques, utilise à plein. Il accueille la propagande municipale, martelant sa vision pour la cité, vante les qualités des conférenciers reçus par la municipalité (Éric Zemmour, Philippe de Villiers,  Philippe Bilger…) ; il y affirme l’idéologie identitaire lorsqu’il érige la jeune chanteuse originaire d’Hénin-Beaumont Louane Emera, en « Lolita de souche », ou fait l’éloge du « hamburger bien de chez nous » en lettres bleu-blanc-rouge… Pire, cette une sur l’exposition « Gaulois, une exposition renversante » censée balayer les clichés, qui se retrouve ici utilisée pour vanter « la naissance d’une nation », « le temps, pas si lointain où tous les enfants de France, quelles que soient leurs origines, récitaient en chœur “Nos ancêtres les Gaulois” »… Ce numéro-là se paie même le luxe de citer Orwell « Qui contrôle le passé contrôle le futur. Qui contrôle le présent contrôle le passé. » Dans cette ville où le premier édile a confié au promoteur de la théorie raciste dite du grand remplacement, Renaud Camus, la tâche de (ré)écrire une histoire de Béziers, rien n’est plus vrai… Sur le plateau des Poètes, en bas des allées, avec sa foire 1900, chevaux de bois et balancelles, il a fait revivre une époque où la séparation de l’Église et de l’État n’existait pas, et où les salariés n’avaient d’autre droit que de se taire. « Le changement c’est jamais », lançait-il pour l’inaugurer… »

 

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6 juin 2015 6 06 /06 /juin /2015 05:26

Il y a un quart de siècle, il m’a été donné de présider un jury de baccalauréat. Cet examen étant le premier grade universitaire, les jurys sont présidés par des universitaires et vice-présidés par des enseignants du secondaire. Je me souviens qu’à l’époque mes collègues parisiens – ceux de la Sorbonne en particulier – ne répondaient quasiment jamais aux convocations, ce en quoi ils avaient tort, sans parler de l’illégalité de la posture. Il est bon, en effet, que les enseignants du supérieur ait une connaissance, même rapide et superficielle, de ce qui se passe dans les classes terminales, du niveau des futurs étudiants, de leurs difficultés.

 

Cette session avait duré deux jours, peut-être trois, je ne me souviens plus exactement. Dans une ville distante de mon université. Je m’étais présenté le matin du premier jour au chef d’établissement et au vice-président du jury. Ils m’avaient dit qu’il n’y avait pas de problèmes en vue et m’avaient simplement suggéré de repasser le soir pour apposer mon paraphe au bas d’une pile de PV. Le soir du deuxième (ou troisième) jour, j’assistai naturellement à la délibération finale en donnant comme conseil à mes collègues, à propos des cas litigieux, d’imaginer le candidat trois mois plus tard en fac. S’ils le voyaient intégrer, sans grandes difficultés, l’université à la rentrée suivante, un coup de pouce était possible. Sinon, le candidat devrait faire ses preuves au rattrapage. Je conseillai, cela dit, une certaine rigueur dans la mesure où, le bac étant le premier grade de l’enseignement supérieur, il donnait un accès automatique à l’université, sauf dans quelques filières qui, illégalement, avaient mis en place des formes détournées de sélection.

 

La veille de mon premier jour de présence sur les lieux de l’examen, j’avais reçu un coup de téléphone d’un employé subalterne du rectorat m’informant que dans la série que je présidais le pourcentage national de réussite était de 78% et qu’il serait bon que je m’approche de cette performance. J’étais sidéré : je venais de passer dix ans en Côte d’Ivoire où jamais je n’avais subi une telle pression de la part des autorités au moment des examens. Je répondis à cet administratif qu’en droit français les jurys étaient souverains et je lui raccrochai au nez.

 

Depuis, les choses se sont nettement affinées. On sait que, dans certaines disciplines, les correcteurs sont encouragées à noter sur 24 et non sur 20 et que la mention “ très bien ”, attribuée à un candidat sur 500 quand j’ai moi-même passé le bac dans les années soixante, est devenue totalement banale. Et je ne parle pas des candidats qui, grâce à diverses épreuves facultatives, obtiennent l’examen avec une moyenne de 21 sur 20.

 

Je ne pense pas, cela dit, que l’on puisse qualifier le bac d’aujourd’hui de mascarade. Il s’agit toujours d’une entrée dans le bois sacré de la vie, intimidante et plutôt sérieuse. Et ce qui n’est certainement pas une comédie, en ces jours où les Solfériniens n’ont que l’expression « choc de simplification à la bouche », c’est le pensum infligé aux présidents de jurys et à leurs adjoints.

 

 

En un  mot : plus le bac est facile à obtenir, plus les membres des jurys sont accablés de travail et d’obligations. Qui ne servent strictement à rien, évidemment, puisque, au plan national, les résultats sont connus à l’avance.

 

Les présidents et présidents-adjoints doivent d’abord perdre une demi-journée de « formation ». À l’aide du désormais inévitable Powerpoint, ils sauront tout, tout, tout sur leurs obligations. Le document d’une soixantaine de pages remis en fin de stage l’atteste magnifiquement.

 

Le jour venu, les P et PA devront prendre connaissance de la proportion des avis donnés par l’équipe pédagogique du candidat : Très favorable, Favorable, Doit faire ses preuves. Ce qui signifie, par parenthèse, que les collègues du secondaire doivent perdre leur temps (sans rémunération, bien sûr) à établir ces statistiques et à évaluer les candidats en fonction de leurs camarades.

 

J’ai sous les yeux le document concernant un baccalauréat technologique. Pendant dix pages, le bac est décrit en phrases succinctes, à raison de quelques lignes par page (merci pour le papier). On en arrive ensuite à la « mission » des P et des PA. Avec un rappel auquel personne n’aurait jamais pensé : « sauf exception, les examinateurs délibèrent dans le jury au titre duquel ils ont corrigé les copies et participé aux oraux. » 13 lignes (sur 2 pages) sont ensuite consacrées à la « préparation des résultats ». 4 pages mettent ensuite en scène des exemples concrets de livrets scolaires. Puis 1 page pour la « signature » et 1 autre page (5 lignes) sur la « préparation des résultats », précédant 2 pages d’exemples de PV de délibérations de jury. 1 page (6 mots) est consacrée aux « fraudes ». 1 page (2 mots) est intitulée « Questions diverses ? ».

 

1 page fournit ensuite la liste des centres de délibération du bac technologique pour l’académie.

 

4 pages, serrées cette fois-ci, concernent les « instructions pour les présidents et membres du jury ». Des instructions utiles et concrètes mais totalement évidentes pour la plupart d’entre elles. Certaines de ces instructions sont reprises dans un document de 3 pages (bien serrées), extrait du Code de l’éducation. Plus les candidats sont mauvais, plus ils sont procéduriers. Donc, prudence.

 

Une liasse de 21 pages est consacrée à la saisie des notes sur Delibnet. Je n’entre pas dans les détails mais c’est lourd et complexe. Et puis, comme toujours avec les démarches informatiques, il ne faut pas se tromper !

 

Enfin, 3 pages présentent le baccalauréat concerné et les modalités de l’examen.

 

Lors de ce stage, il a été recommandé aux P et PA de se faire fabriquer, à leurs frais, un tampon. Ils auront en effet à mentionner des centaines de fois leurs nom et prénom sur toutes sortes de document.

 

Bon courage à tous.

 

 

 

 

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4 juin 2015 4 04 /06 /juin /2015 05:42

Serge Halimi s’alarme de la droitisation en France et dans le reste de l’Europe : Cortèges protestataires, participation aux élections, exercice du pouvoir. Ces trois types d’action politique comportent une caractéristique commune : les catégories populaires s’en éloignent ou en sont écartées. Lorsque, le 11 janvier dernier, des millions de Français ont manifesté leur solidarité avec les victimes des attentats de Paris, la mobilisation des classes moyennes a contrasté une fois de plus avec celle, relativement plus modeste, du monde ouvrier et de la jeunesse des quartiers défavorisés. Depuis des années, la « rue » s’embourgeoise. Les urnes aussi. A chaque élection ou presque, le taux de participation régresse conjointement avec le niveau de revenu. Et la « représentation nationale » n’est guère mieux lotie, puisque son visage se confond avec celui des classes supérieures. La politique, un sport d’élite ?

On l’observe déjà dans le cas de la gauche européenne. Créé au début du XXe siècle par les syndicats, le Parti travailliste britannique avait pour vocation de représenter l’électorat ouvrier. En 1966, 69 % des travailleurs manuels lui accordaient leur vote ; cette part est passée à 45 % en 1987, puis à 37 % lors du scrutin du 7 mai dernier. Le blairisme estima qu’il fallait donner la priorité aux classes moyennes. Mission accomplie : c’est avec l’électorat le plus bourgeois de leur histoire que les travaillistes viennent d’essuyer un revers électoral retentissant.

 

 

Nous allons être surveillés comme jamais, par les États et les entreprises (Félix Tréguer) : « Profitant de l’émotion suscitée par les attentats de Paris, et sans remédier aux défaillances qu’ils ont révélées, le gouvernement français entend faire adopter une loi sur le renseignement qui permettrait une surveillance généralisée des communications. Le Sénat doit étudier début juin ce texte qui alarme tous les défenseurs des droits humains et du respect à la vie privée.

 

 

Pour les dirigeants français, la polémique autour de la loi sur le renseignement, examinée depuis la mi-avril au Parlement, n’est qu’un mauvais moment à passer. Un mal nécessaire et une parenthèse dans la politique qui prévaut depuis les révélations du lanceur d’alerte Edward Snowden sur les pratiques de la National Security Agency (NSA) américaine, en juin 2013. Car, jusqu’à présent, ils appliquaient avec zèle la devise de Louis XI : « Qui ne sait dissimuler ne sait pas régner. »

 

 

A lire, un fort dossier sur le « complot » : « Quelques jours après le tremblement de terre d’avril dernier au Népal, des doutes ont envahi la Toile : la catastrophe ne s’expliquerait-elle pas par la réactivation de l’accélérateur de particules de l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire (CERN) ? Dorénavant, le scénario est bien rodé. Des marchands de conspirations attribuent chaque bouleversement du monde à l’Occident, aux Juifs, aux financiers de Wall Street, aux francs-maçons, etc. Ces imputations rencontrent un écho d’autant plus large que l’histoire encourage à douter des récits officiels comme des engouements médiatiques. Assurément, la plupart des théoriciens du complot versent dans la paranoïa et surestiment le rôle de puissances occultes. Mais d’autres, plus simplement, se fourvoient dans une quête d’explication simple à des événements chaotiques. Leur désir de comprendre provoque leur égarement, peut-être provisoire… »

 

 

 

Frédéric Lordon évoque le fantôme d’une dépossession : « En voir partout ; n’en voir nulle part : en matière de complot, la discussion évite rarement l’un de ces deux écueils symétriques. Quand les cinq grandes firmes de Wall Street, en 2004, obtiennent à force de pressions une réunion, longtemps tenue secrète, à la Securities and Exchange Commission (SEC), le régulateur des marchés de capitaux américains, pour obtenir l’abolition de la « règle Picard » limitant à 12 le coefficient de leviérisation globale des banques d’affaires. il faudrait une réticence intellectuelle confinant à l’obturation pure et simple pour ne pas y voir l’action concertée et dissimulée d’un groupe d’intérêts spécialement puissant et organisé. Des complots, donc, il y en a — celui-là, par exemple, d’ailleurs tout à fait couronné de succès.

 

 

Franck Gaudichaud décrit la main noire de Washington : « De nombreux complots avérés parsèment l’histoire et donnent du crédit aux thèses conspirationnistes. Les relations entre les Etats-Unis et l’Amérique latine invitent toutefois à distinguer machinations, stratégie d’influence et art du rapport de forces. »

 

 

Julien Brygo revient sur le 11 septembre : « « Qui croit à la version officielle ? »

L’association ReOpen911 milite pour la réouverture de l’enquête sur les attentats du 11-Septembre. Le 2 mai dernier, elle tenait son assemblée générale annuelle. Récit d’une journée de doutes. « Combien parmi vous considèrent que les tours du World Trade Center se sont effondrées à cause de l’incendie causé par l’impact des avions et croient à la version officielle ? » Ce 2 mai 2015, une seule main se lève dans l’amphithéâtre du d’Artagnan, une auberge de jeunesse parisienne. Quelque soixante-dix personnes y assistent à l’assemblée générale de l’association ReOpen911, qui milite pour la réouverture de l’enquête sur les attentats de 2001. L’homme qui pose cette question, M. Richard Gage, affiche le titre de président de l’organisation américaine Architects & Engineers for 9/11 Truth (Architectes et ingénieurs pour la vérité sur le 11-Septembre). Fraîchement débarqué des Etats-Unis, il insiste : « Je suis venu pour dire la vérité et séparer les faits de la fiction. » Face à un public essentiellement composé d’hommes, il poursuit son sondage introductif : « Combien d’entre vous ont des doutes quant au fait que les tours se sont effondrées à cause de l’incendie causé par l’impact des avions ? » Dix mains se lèvent. La question finale suffira à jauger le degré d’adhésion du public à la thèse aujourd’hui présentée : « Combien d’entre vous sont convaincus que les tours se sont effondrées à cause d’une démolition contrôlée ? »

 

 

Pour Akram Belkaïd, le monde arabe n’est pas épargné : « Les théories du complot reviennent aussi en force dans le monde arabe. Elles permettent aux populations et aux gouvernants d’éluder leurs propres responsabilités dans certains événements. »

 

 

Benoît Bréville analyse la mécanique intellectuelle des conspirations.

 

 

Marina Mestrutti pense que personne n’est à l’abri : « Contrairement à ce qu’affirment certains de leurs détracteurs, les adeptes des théories du complot ne sont pas des individus irrationnels : leur croyance se fonde sur des raisonnements relativement ordinaires, mais poussés un peu trop loin… »

 

 

Evelyne Pieiller aborde le problème sous l’angle littéraire : « De Balzac à Dan Brown, de « James Bond » à « Matrix », entre intrigues politiques et quêtes métaphysiques, au fil des soubresauts du monde, que serait la fiction sans la quête d’une vérité cachée ?

« Il y a deux histoires : l’histoire officielle, menteuse, puis l’histoire secrète, où sont les véritables causes des événements. » Honoré de Balzac, qui signe dans Illusions perdues (1837-1843) cette maxime appelée à devenir célèbre, en est convaincu. D’ailleurs, il fonde une association, Le Cheval rouge, destinée à organiser dans l’ombre l’ascension de ses amis et de lui-même aux postes-clés du monde littéraire. Et il le démontre dans ses romans ; non seulement ceux qui tournent explicitement autour de complots (Une ténébreuse affaire, Histoire des Treize), mais aussi ceux qui décrivent avec précision le fonctionnement d’un milieu social. »

 

 

En matière de complot, l’anathème est commode (un des spécialistes étant Jean Quatremer, de Libération) : « Certains voient partout des complots ; d’autres, des complotistes. L’accusation fait florès dans les médias, où elle vise souvent à disqualifier toute pensée critique. »

 

 

Alexandre Sumpf revient sur « Le complot bolchevique et l’a(r)gent allemand : En 1917, deux révolutions éclatent en Russie : celle de février abat la monarchie ; celle d’octobre porte Lénine au pouvoir. Cette accélération de l’histoire en a surpris plus d’un. L’empire des Romanov s’est effondré sur lui-même, mais certains voient dans la révolution d’Octobre le résultat d’une cabale ourdie par des forces occultes aspirant à la mort de la Russie d’ancien régime. »

 

 

 

La religion peut-elle servir le progrès social  ?, demande Gilbert Achcar : « Alors que l’athéisme est pourfendu par bien des religieux, et la religion par de nombreux laïcs, des combats émancipateurs ont rassemblé ceux qui croyaient au ciel et ceux qui n’y croyaient pas, notamment en Amérique latine grâce à la théologie de la libération. Mais ce type d’alliance paraît inconcevable avec les partisans ultraorthodoxes de l’islam politique. Pourquoi ? »

 

 

Owen Jones tire les leçons de la victoire des conservateurs au Royaume-Uni : « Au Royaume-Uni, la victoire des bourreaux

Non, la crise qui balaye l’Union européenne n’évince pas mécaniquement les gouvernements sortants. Pas même lorsque les politiques qu’ils ont menées ont aggravé la détresse sociale. C’est l’une des leçons des élections générales britanniques de mai, qui ont conforté un gouvernement de conservateurs millionnaires en guerre contre les démunis. Comment expliquer un tel paradoxe ?

 

Pour les travaillistes, ce fut une défaite en rase campagne. Une tornade à laquelle peu s’attendaient. Jusque-là, les sondages s’étaient montrés aussi monotones qu’un ciel d’hiver en Grande-Bretagne. Ils plaçaient les tories du premier ministre David Cameron, élu en 2010, au coude-à-coude avec le Labour de M. Edward Miliband. Le jour des élections, les instituts avaient même décelé un frémissement en faveur du second. A l’unisson, éditorialistes et « experts » avaient rendu leur oracle : M. Miliband déposerait sa brosse à dents dans la salle de bains du 10 Downing Street. Non pas à la tête d’une majorité parlementaire, mais grâce au soutien du Parti national écossais (SNP), favorable à l’indépendance. »

 

 

En Grèce, l’asphyxie financière semble programmée (Stelios Kouloglou) : « Grèce, le coup d’Etat silencieux

Semaine après semaine, le nœud coulant des négociations étrangle progressivement le gouvernement grec. De hauts dirigeants européens ont d’ailleurs expliqué au « Financial Times » qu’aucun accord ne serait possible avec le premier ministre Alexis Tsipras avant qu’il ne « se débarrasse de l’aile gauche de son gouvernement ». L’Europe, qui prêche la solidarité, ne la consentirait-elle qu’aux conservateurs ?

 

A Athènes, « tout change et tout reste pareil », comme le dit une chanson traditionnelle grecque. Quatre mois après la victoire électorale de Syriza, les deux partis qui ont gouverné le pays depuis la chute de la dictature, le Mouvement socialiste panhellénique (Pasok) et la Nouvelle Démocratie (droite), sont totalement discrédités. Le premier gouvernement de gauche radical dans l’histoire du pays depuis le « gouvernement des montagnes », au temps de l’occupation allemande, jouit d’une grande popularité. »

 

 

Que peuvent faire les Nations unies face au conservatisme des grandes puissances (Bertrand Badie), : « C’était un cauchemar pour le président Franklin Delano Roosevelt : l’idée que le Congrès des Etats-Unis refuse de ratifier la création de l’Organisation des Nations unies (ONU), dont il avait été l’un des principaux inspirateurs à la fin de la seconde guerre mondiale. Le risque était réel, puisque l’un de ses prédécesseurs, Woodrow Wilson, en avait lui-même fait les frais un quart de siècle plus tôt, alors qu’il se prévalait d’un rôle actif dans l’invention de la Société des nations (SDN). Il faut dire que les parlementaires américains se considèrent comme les dépositaires intransigeants de la théorie classique qui proclame, urbi et orbi, que nul ne saurait se substituer au peuple pour définir les lois : ni le droit international, ni quelque organisation multilatérale ne saurait amender, encore moins éteindre, la souveraineté des nations. Le débat était lancé : quelle place attribuer à cet embryon de société internationale institutionnalisée ? Les néoconservateurs, soixante ans plus tard, sauront s’en souvenir... »

 

 

La mission européenne au Kossovo a échoué (Ana Otasevic) : « Des crimes impunis, un déficit extérieur colossal, une partie de la population fuyant un chômage de masse, des responsables rêvant tout haut de « Grande Albanie » : le Kosovo semble livré à ses démons. Le patronage de l’Union européenne ne lui a pas permis de décoller, et des affaires de corruption entachent la mission internationale visant à instaurer un Etat de droit. »

 

 

Comment se sortir de la crise ukrainienne, selon Jean-Pierre Chevènement ?: « Décidée fin 1991 par Boris Eltsine, président de la Russie, et par ses homologues ukrainien et biélorusse, la dissolution de l’Union soviétique s’est déroulée pacifiquement parce que son président, M. Mikhaïl Gorbatchev, n’a pas voulu s’y opposer. Mais elle était grosse de conflits potentiels : dans cet espace multinational, vingt-cinq millions de Russes étaient laissés en dehors des frontières de la Russie (qui comptait 147 millions d’habitants au dernier recensement de 1989, contre 286 millions pour l’ex-URSS), celle-ci rassemblant au surplus des entités très diverses. Par ailleurs, le tracé capricieux des frontières allait multiplier les tensions entre Etats successeurs et minorités (Haut-Karabakh, Transnistrie, Ossétie du Sud, Abkhazie, Adjarie, etc.). Beaucoup de ces Etats multiethniques n’avaient jamais existé auparavant. C’était notamment le cas de l’Ukraine, qui n’avait été indépendante que trois ans dans son histoire, de 1917 à 1920, à la faveur de l’effondrement des armées tsaristes. »

 

 

Le Congrès des Etats-Unis résisterait-il contre la déferlante du libre-échange ? (Lori M. Wallach) : « La résistance contre la déferlante du commerce sans limites commence à trouver un écho chez les parlementaires américains, qui ont rechigné devant la ratification accélérée du traité de partenariat transpacifique voulue par le président Barack Obama. Après deux décennies, le bilan accablant de l’accord de libre-échange nord-américain (Alena) ne devrait guère les inciter à persévérer dans cette voie. »

 

 

L’insécurité reste endémique en Amérique Latine (Nathalie Alvarado et Carlos Santiso) : « Région la plus inégalitaire du monde, l’Amérique latine demeure également la plus violente. Si l’insécurité reflète la brutalité des rapports sociaux dans les pays ravagés par le néolibéralisme, elle souligne également les échecs de gouvernements progressistes parfois empêtrés dans la corruption et l’impunité. Diverses capitales défrichent toutefois des pistes prometteuses dans la lutte contre ce fléau. »

 

 

 

Pour Gilles Balbastre, « C’est toujours la faute à l’école… Chômage, pauvreté, laïcité « en danger » : à chaque difficulté, les dirigeants politiques se tournent volontiers vers l’école, dont ils affectent de croire qu’elle détient toutes les solutions. Ce fut à nouveau le cas à la suite des attentats contre « Charlie Hebdo » et le supermarché Hyper Cacher, en janvier dernier. Mais peut-on sauver le monde depuis la salle de classe ? »

 

 

Pierre Benetti revient sur la situation très tendue au Burundi : « En moins d’un mois, le Burundi a vécu des manifestations populaires, un exode massif et une tentative de coup d’Etat. Dans un pays marqué par une longue guerre civile, la volonté du président Pierre Nkurunziza de se maintenir au pouvoir à tout prix fragilise les équilibres politiques et sociaux. »

 

 

Eric Tandy se souvient du mouvement punk : « Souvent réduit à des clichés — jeans troués, cheveux hérissés, épingles à nourrice —, le punk fut bien plus que l’expression d’un goût juvénile pour la provocation. En refusant d’être le supplément d’âme d’un système porteur de crises sociales, morales et esthétiques, ce mouvement a incité chacun à inventer concrètement ses réponses. »

 

 

Virginie Bueno se demande si nous sommes malades d’internet : « « Passez-vous plus de temps sur Internet que vous ne l’auriez pensé initialement ? Y a-t-il des sites que vous ne pouvez éviter ? Trouvez-vous difficile d’être déconnecté durant plusieurs jours ? » Ces questions extraites du test d’Orman, relayé par la presse magazine, permettraient de diagnostiquer une dépendance à Internet. En suivant ce type d’évaluation, près de la moitié de la population connectée serait atteinte. Et la plus formidable pandémie de l’histoire serait en train de se répandre sur la planète. La Chine a déjà fait de cette « pathologie » une priorité de santé publique. Des réseaux internationaux travaillent d’arrache-pied à élaborer des diagnostics standardisés, des essais cliniques, des protocoles de traitement et des campagnes de prévention. »

 

 

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3 juin 2015 3 03 /06 /juin /2015 05:30

Dans Marianne.fr, Antoine Desjardins vient de publier un article sur la vie comme elle va dans les collèges. Le code de conduite pour les enseignants est désormais ceci :  pour se faire bien voir de la hiérarchie toujours plus puissante et exigeante, ne plus s'investir dans les cours mais dans le périscolaire, considérer – car ce n'est pas bien grave – qu'au centre il n'y a pas l'élève mais du vide, lancer des projets bien visibles à tour de bras, et surtout se dépenser comme un fou jusqu'à se consumer (se burn-outer) sans pouvoir prendre le temps de récupérer. Desjardins fait la liste des réunions statutaires obligatoires auxquelles tout enseignant est tenu d'assister pendant l'année.

 

Un article similaire pourrait être écrit sur une dérive similaire dans l'enseignement supérieur.

 

En vrac, voici à quoi peut s'employer aujourd'hui le professeur sur son temps de préparation, de correction et de reconstitution de son enthousiasme pédagogique. Liste non exhaustive...

 

On attend avec impatience les réunions pour mettre au point les EPI en 2016 !


 

- Conseils de classe (douze par an, pour un prof certifié de lettres modernes en charge de 4 classes, neuf pour un agrégé).


- Pré-conseils (très souvent ils ne sont pas inclus dans le conseil de classe, il y en a donc autant que de conseils).


- Réunions parents/professeurs (deux par an).


- Réunions pour accompagnement personnalisé.


- Réunion de rentrée pour chaque niveau.


- Réunions remise de bulletins.


- Réunion préparation d'un « forum des métiers » en troisième.


- Réunion de concertation pour choix des sujets en commun.


- Réunion liaison CM2/6ème (tous les ans).


- Réunion sur le projet d'établissement (tous les ans).


- Réunion pour l'HDA (l’Histoire des arts).


- Réunion sur les voyages.


- Réunion mise en œuvre du socle commun.


- Réunion validation des compétences avec le logiciel.


- Réunion sur la validation du B2i.


- Réunion pour l'oral de l'HDA en 3ème.


- Réunion sur la DHG (Dotation horaire globale de l'établissement).


- Réunions du conseil pédagogique.


- Réunions CA.
- Réunions commission permanente.


- Réunion rattrapage Pentecôte (deux jours).


- Assemblée générale de rentrée.


- Conseils d'enseignement (deux fois par an).


- Réunion sur la remédiation et le soutien ou sur les cours de « méthodologie ».


- Réunion sur l'environnement numérique de travail.


- Réunion sur le cahier de textes électronique.


- Réunion choix des sujets du brevet blanc.


- Commissions d'appel en fin d'année.
(On reprend sa respiration...)


- Commissions éducatives.


- Réunion prise en compte du handicap spécifique d'un élève.


- Réunions préparation des jurys pour le rapport de stage en entreprise et soutenance orale (classe de 3ème).


- Réunion de bassin avec l'Inspecteur régional (IPR) pour la mise en œuvre des nouveaux programmes.


- Conseils de discipline.


- Réunion des modérateurs du brevet.


- Commission de choix des sujets.


- Commission d'harmonisation du brevet.


- Réunion du Comité de pilotage du projet d'établissement.


- Réunion pour les PAI (Projet d'action individualisé) ou les PPS (Projet personnalisé de scolarisation).


- Réunion constitution des classes de l'an prochain, etc.

Pour enseigner dans le secondaire : un Capes de réunionnite !
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1 juin 2015 1 01 /06 /juin /2015 05:46

Le Grand Soir reprend un texte de Noam Chomsky, qui a reçu le Prix de la Lutte contre la Stupidité, mis en place par la revue britannique Philosophy Now. Dans son discours de réception, le grand linguiste explique ceci : « Je ne suis pas la première personne à m’être penchée sur ce sujet. De façon prévisible, George Orwell a été une des premières personnes à traiter ce sujet. Il a écrit un essai peu connu, qui sert d’introduction à son célèbre livre La ferme des animaux. Il est peu connu car il n’a pas été publié : il a été retrouvé plusieurs décennies plus tard parmi ses documents inédits, mais il n’est pas disponible. Cet essai signale que La ferme des animaux est évidemment une satire du régime totalitaire, mais il invite le peuple anglais à ne pas s’endormir sur ses lauriers parce que, comme il l’exprime, en Angleterre les idées impopulaires peuvent être supprimées sans avoir besoin de recourir à la force. Il donne par la suite des exemples de ce qu’il veut dire et seulement quelques phrases d’explication, mais je crois qu’il touche au but. »

 

 

Sur le site de Mémoire des Luttes, Christophe Ventura publie un article analytique et de synthèse sur la gauche captive. Je cite sa conclusion sous forme de questionnement :

 

« Est-il envisageable de transformer le champ global et, au-delà, le monde, en territoire politique ? Si oui, comment s’y organiseraient la participation et la responsabilité démocratiques ? 

Au contraire, se pourrait-il que pour la première fois de son histoire, l’humanité ne soit pas en mesure de bâtir un espace politique démocratique généraliste correspondant à celui qu’elle a accouché dans l’économie ?

Est-il possible pour les mouvements sociaux et la gauche d’exister et de combattre en permanence à l’échelle internationale sans coordination et organisation permanentes ? Si oui, et en prenant en compte la nature et le fonctionnement du champ global, de quelle manière ?

Sur quelles bases politiques et programmatiques (écologie, récupération de la souveraineté, lutte contre les inégalités sociales, promotion de la qualité de la vie et critique culturelle du capitalisme ?) et à partir de quelles alliances sociales (paysannerie anti-productiviste, salariat stable exploité et intégré au capitalisme industriel, classes moyennes urbaines fragmentées et plurielles, individus en cours de désaffiliation économique et sociale ?) une force populaire de la transformation organisée pourrait-elle émerger ? Comment pourrait-elle connecter ces groupes sociaux ? »

 

Le site Convergences révolutionnaires nous signale que l’Assemblée nationale, sous la pression du gouvernement, vient de voter le maintien des tests osseux pour les mineurs étrangers. Ces tests, utilisés pour savoir si un jeune est majeur, sont pourtant considérés comme non fiables à partir de 16 ans et leur interdiction a été demandée par l’ordre des médecins.

Les mineurs isolés sont souvent à la rue, sans aucune prise en charge. Le gouvernement a trouvé une solution : décider qu’ils sont majeurs, pour se débarrasser de toute responsabilité.

 

 

 

 

Au festival de Cannes, une étudiante en cinéma s’est fait refouler d’une projection à cause de ses talons plats. Elle raconte dans L’Obs :

 

«  J’avais de jolies chaussures plates et argentées.

 

Le type de la sécurité m’a regardé et m’a dit : "Vous ne pouvez pas rentrer à cause de vos chaussures." Je lui ai demandé si c’était mes talons ou la couleur… Il m’a dit que c’était les deux. Je lui ai expliqué que je ne pouvais pas en mettre pour des raisons de santé.  

 

Je n’aurais pas dû avoir à me justifier davantage… Et pourtant, histoire d’enfoncer le clou, il m’a carrément demandé si j’avais une carte handicapé pour me justifier. Si ce n’était pas le cas, j’étais en parfaite santé et donc je n’avais pas d’excuse. Ça m’a sciée.

  

Sur le moment, j’ai trouvé ça complètement incompréhensible, très misogyne et parfaitement honteux alors que le festival de Cannes se veut officiellement ouvert et de plus en plus féministe.

 

Comment se fait-il que Peter Jackson puisse défiler en baskets pendant qu’on embête l’épouse d’Asif Kapadia (le réalisateur d’"Amy") ? Ça n’a pas de sens. N’importe quel homme aurait pu porter les mêmes chaussures que moi et fouler le tapis rouge sans aucun problème. »

 

PS : En photo, une paire de chaussures Gretaflora. Don't ask me why ...

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27 mai 2015 3 27 /05 /mai /2015 05:44

Georges-Arthur Goldschmidt (et al.). Puisque le ciel est sans échelle. Chreaphis Editions, 2015

 

Georges-Arthur Goldschmidt est né près de Hambourg en 1928 dans une famille juive de magistrats convertie au protestantisme. Son père Arthur Goldschmidt fut déporté au camp de concentration de Theresienstadt, dans les Sudètes annexées. Georges-Arthur fuit l’Allemagne en 1938, pour l’Italie, puis la France. Il obtient la nationalité française en 1949 et sera professeur agrégé d’allemand jusqu’en 1992. Écrivain, il choisit le français comme langue d’expression.

 

Dans ce livre très émouvant, il a rassemblé les dessins que son père a réalisés en déportation. Ces œuvres ont été déposées au Centre d’histoire de la Résistance et de la Déportation (CHRD) de Lyon.

 

Dans la préface, Georges-Arthur écrit ceci :

 

« Il me fallut une vingtaine d’années et le regard de ma femme pour que m’apparaisse enfin toute l’importance de ces dessins qui rendent si bien compte et avec tant d’apparente objectivité de l’effroyable condition de tous ces gens en attente d’une mort certaine. J’en craignais la beauté d’exécution et le caractère parfois presque “ idylllique ” des paysages pouvait créer, me semblait-il, un véritable malentendu. Mais les visages parlent d’eux-mêmes et disent tous la même désolation. »

Note de lecture (142)

Le ghetto de Theresienstadt était la vitrine du système concentrationnaire nazi, le seul établissement que la Croix-Rouge eut le droit de visiter. Ce n’en était pas pour autant un camp de vacances. 33 000 déportés (dont Robert Desnos) y moururent à cause des conditions de vie très dures. 88 000 autres déportés furent transférés vers Auschwitz. Au total, sur les 144 000 personnes « accueillies » dans ce camp, 19 000 survécurent (comme Marceline Loridan-Ivens).

 

Le commentaire d’Annette Wieviorka est très précieux. Elle rappelle que le « Protecteur-adjoint » (quel titre !) de Bohème-Moravie, Reinhardt Heydrich choisit Theresienstadt pour devenir le principal lieu de rassemblement des Juifs du Protectorat. Plus précisément des « bons » Juifs : des anciens combattants valeureux, les décorés de la Croix de guerre de première classe. Ainsi, en permettant ce « ghetto-Potemkine », il gagna la bienveillance de la Wehrmacht.

 

Les dessins d’Arthur Goldschmidt furent réalisés entre 1942 et 1945. Ils nous livrent sobrement la vie quotidienne, des visages, les lieux du ghetto. Le dessin le plus remarqué du recueil est peut-être celui de cet étrange coiffeur qui s’active en costume au pied d’un arbre. Je reprends ici le commentaire de Marcel Cohen. Quel coiffeur pourrait porter un nœud papillon dans un ghetto concentrationnaire ? Là est la perversité de la vitrine de Heydrich. Le coiffeur n’est pas un coiffeur, plutôt un médecin ou un professeur d’université, médaillé de la Grande Guerre.

 

Note de lecture (142)

On peut aussi mentionner ce dessin d’un violoncelliste raide, triste et muet, en se souvenant de cette terrible analyse de Pascal Quignard (La haine de la musique) reprise dans cet ouvrage : « La musique est le seul, de tous les arts, qui ait collaboré à l’extermination des Juifs organisée par les Allemands de 1933 à 1945. Il est le seul art qui ait été requis comme tel par l’administration des Konzentrationlager. Il faut souligner, au détriment de cet art, qu’il est le seul qui ait pu s’arranger de l’organisation des camps, de la faim, du dénuement, du travail, de la douleur, de l’humiliation et de la mort. » Le ghetto compta jusqu’à quatre orchestres symphoniques, des chorales, des ensembles de jazz. De grands musiciens et chanteurs juifs se produisirent avant d’être gazés à Auschwitz.

Note de lecture (142)

Le crayon est silencieux mais, comme il vient de la terre, il nous donne l’appartenance au monde. Il rend compte de l’éternité de ces êtres qui attendent, sans mot dire, le grand voyage. Mais, pour l’instant, ils sont là. Ils n’ont plus de passé. Leur présent, leur espace, leur espèce, sont indéfinis. Le crayon de Goldschmidt saisi excessivement le vide. Mais ce vide est un danger. Dans Si c’est un homme, Primo Levi rapportait une des règles métaphysiques imposées par les nazis : « Hier ist kein warum ». Ici, il n’y a pas de pourquoi.

 

PS : Il y a une vingtaine d’années j’ai visité ce ghetto, en pensant à Desnos qui y mourut du typhus et à Marcelline Loridan qui en réchappa. Terezin est situé à cinquante kilomètres des splendeurs baroques de Prague. Le conservateur nous avait donné à voir une exposition de dessins d’enfants gazés à Auschwitz. L’un d’entre eux représentait une maison banale, avec des rideaux aux fenêtres. Dans le ciel, un trop grand soleil jaune brillait. J’allais passer au dessin suivant lorsque mon regard fut attiré par un détail : en haut de la feuille, dans le coin droit, une petite potence, prête à servir. Ce dessin ne m’a jamais quitté.

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26 mai 2015 2 26 /05 /mai /2015 05:49

 

Dans son éditorial (“ Les milieux populaires imitent-ils les enrichis ? »), Paul Ariès met en garde contre la tentation du recours aveugle au penseur étasunien Thorstein Veblen qui a largement évacué la question de la lutte des classes dans sa démarche, par ailleurs très originale.

 

Puisqu’on est en pleine confusion idéologique, le long article synthétique et analytique de Jean-Loup Anselle, “ L’écologie est-elle « rouge-brune » ” apportera des éléments de réflexions fort utiles. Anselle est l’auteur des Nouveau rouges-bruns (éd. Lignes).

 

Jean Gadret et Aurore Lalucq se demandent s’il faut donner un prix à la nature pour la préserver. « L’utilisation d’unités monétaires ne veut pas dire “ donner un prix ”, donner un prix ne signifie pas créer un marché, et créer un marché n’implique pas sa financiarisation. »

 

Pour Thierry Brugvin (“ La croissance démographique contre l’écologie ”), « il est possible de développer des politiques sociales permettant de réduire la population en favorisant l’équité sociale et la protection de la planète. »

 

Pour Martine Billard et Jean-Pierre Lemaire (Parti de gauche), la décroissance est incontournable : « le pourcentage d’augmentation de la production continue à être l’alpha et l’omega de la vie en société. Couplé à l’hégémonie de l’idéologie de la “ compétitivité ” et au fétichisme de la marchandise, la vision productiviste de l’économie reste dominante. »

 

Emilie Atchaka (CADD Bénin) explique comment, dans le cadre du microcrédit, les femmes unissent leurs luttes.

 

Un entretien essentiel d’Eva Lacoste avec Pierre Tarakowski, président de la LDH sur la loi sur le renseignement : « Ce chantier est ouvert, non pas suite aux attentats de janvier, mais à l’affaire Snowden. Les pouvoirs en place, partout dans le monde, ouvrent une réflexion pour que de telles fuites ne puissent se reproduire et que les lanceurs d’alerte soient mis hors d’état … d’alerter. » Il s’agit par ailleurs d’élargir « le champ des techniques de renseignement à la prévention des “ violences collectives ” et à la défense des “ intérêts économiques et industriels majeurs ”, ouvrant la voie à des formes de surveillance des mobilisations sociales et politiques. »

 

Pour Maxime et Frédéric Vivas (auteurs de Marine Le Pen amène le pire, éd. Golias), le FN d’aujourd’hui, c’est le FN d’hier. Parvenir à l’Élysée « suppose que la nature profonde du FN se dissimule derrière un discours rassembleur qui, ayant emprunté sans vergogne à la droite républicaine et à la gauche, placerait le FN au centre de l’échiquier politique. »

 

Un texte très intéressant des Femen sur leur démarche « sextrêmiste » : il s'agit pour elles d'interroger la place du corps de la femme dans un monde structuré par des normes masculines. « Le mot sextrêmisme s’impose comme contrepoint ironique face à l’extrémisme patriarcal et son culte de la terreur, et face aux extrémismes religieux.

 

Toujours dans la perspective de la confusion idéologique ambiante, Philippe Godard dénonce l’escroquerie libérale-libertarienne : « la critique de l’État ne peut être à la fois libérale et anarchiste. Elle penche nettement soit d’un côté soit de l’autre. »

 

Laurent Paillard pousse un coup de gueule contre la FSU dont la revue POUR accepte des pubs pour les kits pédagogique Colgate. Membre de la FSU moi-même, je m’associe à ce coup de gueule. Le même Laurent Paillard explique comment la classe dirigeante divise pour régner : « les attaques contre les classes moyennes sont présentées comme des mesures de lutte contre les inégalités que subissent les classes plus défavorisées qu’elles. Cela permet de les stigmatiser afin de justifier le siphonage de leurs ressources en direction des hyper-possédants tout en dressant les classes populaires contre elles. On présentera les bénéficiaires des minimas sociaux comme étant à la charge des classes moyennes. »

 

Yann Fiévet revient lui aussi sur les grands oreilles du pouvoir solférinien : « en étendant le recours aux techniques de renseignement aux intérêts économiques et industriels, auxquels on peut ajouter la surveillance préventive des mouvements collectives de contestation sociale ou écologique, le projet de loi offre un champ potentiellement illimité aux curiosités intrusives de la police. Enfin, on assiste au basculement dans le champ de la police administrative de mesures répressives qui devraient bénéficier de garanties judiciaires. Le projet de loi porte donc atteinte au principe de la séparation des pouvoirs. À cet égard, le silence complice de Christiane Taubira, garde des Sceaux, nous laisse pantois. »

Les Zindigné(e)s ! n° 25
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