Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
11 mars 2022 5 11 /03 /mars /2022 06:01
 

Je propose ici une réflexion de Rodolphe Bacquet, rédacteur en chef du mensuel Alternatif Bien-Être.

 

La fuite des civils ukrainiens dans le grondement des bombardements russes, l’approche molle de l’élection présidentielle française, occupent désormais la « Une » des journaux et les chaînes d’info.

Ni la situation sanitaire ni le pass vaccinal ne semblent plus intéresser les journalistes, après 24 mois de présence étouffante.

Et pourtant, hormis la levée de l’obligation de porter le masque au restaurant, le quotidien des Français n’a pas changé.

Le pass vaccinal est toujours actif ; il est obligatoire pour prendre le TGV, visiter un proche à l’hôpital ou entrer dans un café.

Je note un silence assourdissant de médias autour des désactivations du pass sanitaire.

Or ce sont elles qui vont déterminer le proche avenir du pass vaccinal.

La campagne de la troisième dose est un échec

Il y a 15 jours, 4 à 5 millions de personnes ont perdu, du jour au lendemain, le bénéfice de leur pass [1] ; 10 millions vont les rejoindre bientôt, c’est-à-dire tous les Français qui n’ont pas fait leur troisième dose.

Pourquoi les centres de vaccination sont-ils déserts ? Pour trois raisons :

  • les Français ont constaté que le grand méchant variant Omicron n’avait en réalité rien de grave et que le Covid, d’une manière générale, recule malgré les gigantesques contaminations de ces derniers mois;
  • le rapport bénéfice/risque de la vaccination revient au centre des débats, alimenté par la commission d’enquête du Sénat sur les effets secondaires [2];
  • une part croissante de la population a compris que l’obsession vaccinale du gouvernement comporte d’autres objectifs de long terme (je vais y revenir)… et se montrent plus méfiants.

Le gouvernement n’a pas d’autre choix, dans ce contexte de désaffection générale pour la vaccination, que d’annoncer l’abandon du pass vaccinal. Ce devrait être chose faite d’ici la fin mars, en suivant l’exemple de tous nos voisins à l’exception de l’Italie.

Cette annonce n’empêchera évidemment pas Olivier Véran de bomber le torse et de clamer qu’il a « vaincu le danger » grâce à un pass vaccinal imposé énergiquement.

À quelques semaines de l’élection présidentielle, ça compte.

Mais non. La levée du pass vaccinal ne sera pas un happy end mais une première étape.

Quoi qu’il arrive, nous assisterons à l’un de ces 3 scénarios :

Scénario n°1 : abrogation totale du pass vaccinal (je n’y crois pas)

Le scénario le plus souhaitable… ET le moins probable… serait l’abrogation totale du pass vaccinal (et pas sa simple suspension).

En termes constitutionnels et humains, ce serait la chose à faire.

Nous reviendrions à un état de droit, où la liberté de chacun n’est plus déterminée par ses données médicales.

Cependant l’État a investi des moyens considérables dans la technologie du pass vaccinal. Mais aussi en force de conviction sur le thème « le pass vaccinal est bon pour vous ».

Vous ne jetez pas une voiture sophistiquée et flambant neuve après vous en être servi à peine quelques mois. Vous la remisez soigneusement au garage, en attendant des jours meilleurs.

C’est ce qui va se passer, j’en suis certain.

Scénario n°2 : suspension provisoire et réactivation l’automne prochain

Le deuxième scénario est que le pass soit suspendu provisoirement.

Le virus du Covid est devenu endémique, les scientifiques nous le disent. Cela signifie qu’il continuera à circuler sous une forme ou une autre, et que nous aurons, à chaque automne-hiver, des épisodes de contagion comparables à ceux de la grippe.

Cette saisonnalité prévisible permettra aux autorités de réactiver le pass vaccinal à l’automne – peut-être même dès la fin des vacances d’été, comme mesure préventive.

Il suffira cette fois d’une ou deux doses pour bénéficier du pass durant toute la saison froide, et ainsi continuer à pouvoir se déplacer, aller au restaurant, etc.

Et ainsi de suite : chaque année la campagne de vaccination anti-Covid deviendra saisonnière, exactement comme celle de la grippe.

À la différence près que…

…le fait d’avoir reçu votre dose… conditionnera vos libertés !

Scénario n°3 : réactivation et augmentation du pass vaccinal

Le scénario n°3 est la fille monstrueuse de la précédente.

Elle est à mon avis la plus probable.

L’État va considérer que le principe d’un pass vaccinal a désormais été acté, par les assemblées législatives de notre pays, mais aussi par la société civile.

Je l’écrivais dans ma pétition de décembre dernier : le pass vaccinal est un point de non-retour vers un nouveau modèle de société.

Je le pense toujours.

Je ne combattais pas ce pass vaccinal-là mais surtout tous ses avatars à venir.

Aujourd’hui, rien n’empêche l’État d’étendre l’application du pass à d’autres vaccins.

Le plus « évident » est le vaccin contre la grippe. Sachez que des projets de vaccins mixant anti-Covid et anti-grippe sont en cours de développement, notamment chez Novavax [3].

Il y a tous les autres vaccins, du DTP aux oreillons en passant par la rougeole et certains nouveaux-venus comme le Gardasil, le fameux « vaccin » contre le papillomavirus.

En fonction de votre année de naissance, l’intégration numérique de votre carnet de vaccination, attestant que vous êtes à jour de vos injections, paraît hautement probable.

Ce « pass vaccinal augmenté » pourra même, à terme, faire partie intégrante du projet d’identité numérique officiellement porté par l’Union Européenne.

Je vous rappelle que ce projet inclut votre accès « facilité » à vos comptes bancaires[4]. Que les deux projets fusionnent (pass vaccinal et identité numérique) ne me semble pas de la science-fiction. Je ne m’étonnerais pas, d’ici 5 à 10 ans, que vos avoirs puissent être « gelés » si vous n’êtes pas à jour dans vos injections.

Trouvez-vous que j’exagère ?

En toute franchise, je souhaite me tromper.

Mais ces deux dernières années nous ont fait assister à des décisions politiques et sociales si inouïes, si inimaginables avant cette crise, qu’en comparaison la pilule des scénario 2 et 3 serait plus facile à avaler – d’autant qu’elle serait étalée dans le temps.

Ce qui les rend possibles (et à mon avis probables) c’est, une fois de plus, le « précédent » qu’a constitué, pour la première fois dans notre Histoire, le conditionnement de notre vie sociale et de notre liberté, en tant que citoyen, à un acte médical au vu et au su de tous.

Pourquoi le passe vaccinal ne va peut-être pas disparaître
Partager cet article
Repost0
7 mars 2022 1 07 /03 /mars /2022 06:06

 

 

Dans le blog de Jean Lévy, Antoine Manessis nous recommande de veiller à ce que la bourgeoisie n’étouffe pas la campagne électorale : « En 2022, et les quelques années qui précèdent,  on peut dire que la bourgeoisie s'appuie sur deux événements pour saboter au maximum le moment démocratique : la pandémie bien sûr et, depuis quelques semaines, la crise ukrainienne. Ces deux circonstances étouffent le débat et poussent, accompagnées par un discours idéologique très fort, à ” l'union sacrée ”. Et donc à l'effacement de la conflictualité objective de la situation sociale, politique tant au niveau national qu'international. La fixation sur un “ ennemi ” diabolisé, un pilonnage médiatique adéquat, l'absence d'analyse historique qui disparait sous des sentiments de peur et/ou d'indignation paralysent l'esprit critique parfois chez les meilleurs. Fleurissent alors les fleurs aux fusils et les drapeaux ukrainiens un peu partout. C'est le règne de l'amalgame et de la simplification : qui n'est pas avec nous est contre nous avait dit G.W. Bush au lendemain du 11 septembre 2001, événement du même type que celui que nous vivons actuellement et qui met en berne l'intelligence, la compréhension d'une situation dans sa complexité et ses contradictions. 

 

 

 
Revue de Presse (396)

La chaîne Public Sénat donne la parole à Claude Malhuret. Selon l’ancien ministre moustachu de Giscard qui était passé de l’extrême gauche à la droite la plus bourgeoise, « Vladimir Zemmour, Joseph Vissarionovitch Mélenchon et Anastasia Le Pen sont la cinquième colonne de Poutine en France ». Sans commentaire.

 

Le World Socialist Website explique comment l’exécutif au Canada se retranche derrière une nouvelle légalité pour juguler toute contestation sociale : « Le gouvernement Trudeau a déployé la Loi sur les mesures d’urgence pour soutenir les intérêts géostratégiques prédateurs de l’impérialisme canadien et les profits des grandes entreprises, et non pour protéger les droits démocratiques et sociaux des travailleurs.

L’invocation de cette loi jamais utilisée auparavant et son approbation par la Chambre des communes marquent un virage majeur à droite au sein de la politique officielle. Elle brise un « tabou politique » sur l’utilisation des pouvoirs d’urgence et prépare le terrain pour une application plus impitoyable des intérêts impérialistes canadiens contre la classe ouvrière au pays et les rivaux géopolitiques d’Ottawa à l’étranger. Ce processus ne peut être arrêté que par la mobilisation politique indépendante de la classe ouvrière sur la base d’un programme socialiste.

Succédant à la draconienne Loi sur les mesures de guerre, la Loi sur les mesures d’urgence permet au gouvernement fédéral d’employer des mesures coercitives qui pourraient ne pas être appropriées en temps normal. Lorsque la loi est en vigueur, le gouvernement fédéral est habilité à faire de nouvelles lois par décret et à étendre ses pouvoirs comme bon lui semble. Les seules conditions sont que le Parlement doit approuver rétroactivement l’invocation de la loi, qu’il peut abroger les pouvoirs d’urgence, en partie ou en totalité, que le gouvernement s’arroge, et que l’urgence doit expirer après 30 jours, sauf si sa prolongation est approuvée par le Parlement. »

 

Toujours dans ce website, trois études internationales sur les origines du coronavirus réfutent l’allégation de la « fuite du laboratoire » de Wuhan : « Quand vous regardez l’ensemble des preuves, c’est une image extraordinairement claire que la pandémie a commencée au marché de Huanan ! »,selon le Dr Michael Worobey, biologiste évolutionniste à l’Université d’Arizona.

Au cours du week-end, trois études ont été publiées sous forme de préimpression. Elles apportent d’autres preuves irréfutables que le virus SRAS-CoV-2, responsable de la Covid-19, est passé de l’animal à l’homme, non pas une, mais au moins deux fois, sur le marché des fruits de mer de Huanan à Wuhan, en Chine, et dans ses environs, en l’espace de peu de temps, en novembre et décembre 2019.

 

Partager cet article
Repost0
5 mars 2022 6 05 /03 /mars /2022 06:01

 

Dans son éditorial, Serge Halimi dénonce la marche forcée de la numérisation, qu’il qualifie de maltraitance institutionnelle : « Conduite à marche forcée, la numérisation de l’accès aux services publics s’applique désormais à des démarches aussi indispensables qu’une demande d’état civil, le règlement d’un impôt, l’obtention d’un permis de séjour. Pourtant, l’obligation de recourir à Internet dans ces domaines et dans beaucoup d’autres liés à la vie quotidienne (voyages, réservations, tenue de comptes) réclame un effort particulier de ceux qui sont les moins en mesure de le fournir, faute du matériel requis, des savoirs informatiques, d’une assistance des proches. Pour eux, la « start-up nation » de M. Emmanuel Macron s’apparente à une peine d’exil dans leur propre pays.

 

Dès les premiers mots du rapport qu’elle consacre au rôle croissant du numérique dans la relation entre l’administration et ses usagers, la défenseure des droits Claire Hédon donne le ton : « Dans les permanences de nos délégués territoriaux arrivent des personnes épuisées, parfois désespérées, qui font part de leur soulagement à pouvoir, enfin, parler à quelqu’un en chair et en os» Les scènes poignantes de Moi, Daniel Blake, le film de Ken Loach dans lequel un chômeur britannique fait face à des procédures administratives d’autant plus inhumaines qu’elles sont informatisées, se rejouent quotidiennement en France. Treize millions de personnes, soit une sur cinq, y galèrent avec le numérique sans que les responsables politiques se soucient de leur existence.

 

 

 

 

 

Un article d’Hélène Richard et Anne-Cécile Robert écrit avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie : “ Le conflit ukrainien entre sanctions et guerre ” : « En reconnaissant l’indépendance de deux régions séparatistes, le président Vladimir Poutine a porté atteinte à l’intégrité de l’Ukraine et accéléré la spirale des sanctions occidentales contre la Russie : liste noire de dirigeants, embargos, restrictions financières… Bien que ces mesures soient rarement efficaces, Washington et l’Union européenne en font un usage croissant. »

 

 

 

Frédéric Le maire se demande s’il faut craindre l’inflation : « Confrontés aux soubresauts de l’économie mondiale, les dirigeants politiques ressemblent aux plombiers des dessins animés. Dépourvus d’outils pour colmater une fuite d’eau, ces derniers utilisent leurs mains… mais le liquide finit toujours par rejaillir ailleurs. Déflation ou bulles spéculatives, inflation ou récession, la plomberie néolibérale ne répare rien, elle déplace les problèmes. »

 

 

 

Évelyne Pieiller revient sur “ L’éternelle fabrique de l’histoire ” : « Au début des années 1980, le discours sur la « fin des grands récits » postula que toute tentative de comprendre l’histoire collective et de lui donner un sens relevait de l’illusion. La fin des idéologies et celle de la croyance au progrès constituèrent autant de variations sur ce thème. Or les grands récits reviennent, divers, pour proposer des avenirs. »

 

 

 

 

Le Monde Diplomatique (271)

 

Pierre Daum évoque “ le niqab au pays des soviets indiens ” : « Alors que, sous la houlette du premier ministre indien Narendra Modi, intégriste hindouiste, les musulmans sont pourchassés et que les violences interreligieuses se développent dans tout le pays, au Kerala ils s’affirment de plus en plus dans l’espace public. On y voit couramment des femmes en voile intégral. Pourtant, ce petit État indien est dirigé par les communistes. Une alliance inédite entre des marxistes et des musulmans rigoristes ? »

 

 

 

Alan Audi : Pour Alan Audi, la Cour suprême des EU est suprêmement politique : « En démissionnant de la Cour suprême, le juge Stephen Breyer a permis au président Joseph Biden de nommer son remplaçant, qui doit être confirmé par le Sénat. En l’occurrence, il s’agira d’une remplaçante, M. Biden ayant promis de choisir une Afro-Américaine. L’équilibre politique de la Cour ne sera pas modifié pour autant : celle-ci continuera à favoriser des politiques conservatrices. »

 

 

 

Michael Klare estime que le repli américain aura duré six mois : « Six mois après la chute de Kaboul et la débandade occidentale en Afghanistan, les États-Unis se sentent obligés de relever le défi que leur pose un rival stratégique, la Russie, certes militairement puissant mais moins prioritaire à leurs yeux que la Chine. Les tensions croissantes en Ukraine leur permettent toutefois de rassembler derrière eux des alliés européens apeurés. »

 

 

 

Damien Lefauconnier explique pourquoi : en Irak et en Syrie, les civils sont les premières victimes des bombardements : « L’usage intensif des bombardements aériens dans les multiples conflits en Syrie et en Irak a provoqué la mort de milliers de civils en moins de dix ans. Dans tous les cas, les acteurs impliqués tendent à minimiser le bilan qui leur est imputable, à l’image de l’alliance internationale menée par les États-Unis. Ou à le nier, comme le fait la Russie, alliée du régime syrien. »

 

 

 

Ernesto Samper Pizano donne la parole à un ancien président de la Colombie : « Président de la Colombie entre 1994 et 1998 et secrétaire général de l’Union des nations sud-américaines (Unasur) de 2014 à 2016, M. Ernesto Samper dresse un tableau sombre des politiques menées en Amérique latine au cours des dernières décennies. Après la crise sanitaire, qui a révélé la faillite du néolibéralisme, la voie du progrès passerait désormais par l’intégration régionale. »

 

 

 

Philippe Leymarie nous rappelle quand les yeux des Australiens se sont décillés (“Le club des « cinq » face à la Chine ”) : « Si le vaste maillage des services de renseignement américains a été révélé notamment par MM. Edward Snowden (en exil) ou Julien Assange (en prison), personne ne semble dérangé par l’alliance des cinq géants de l’espionnage : États-Unis, Royaume-Uni, Canada, Australie et Nouvelle-Zélande. Nés après la seconde guerre mondiale, ces « five eyes » connaissent une nouvelle jeunesse.

 

Longtemps, ce fut une alliance invisible, y compris pour les dirigeants des pays concernés. Le travailliste australien Gough Whitlam la découvre en 1973, à l’occasion d’une crise constitutionnelle, alors qu’il est premier ministre. Celui qui avait entrepris de moderniser son pays, aboli la White Australia policy (la politique raciale qui n’autorisait que les Européens blancs à immigrer), retiré ses soldats du Vietnam et reconnu la République populaire de Chine, apprend que l’Australie est reliée à un réseau secret d’échange automatique de renseignements avec les États-Unis, le Canada, le Royaume-Uni et la Nouvelle-Zélande, familièrement appelé les five eyes (« cinq yeux » ou FVEY). On l’informe par la même occasion que la base d’écoutes australienne de Pine Gap est passée pratiquement sous le contrôle de la Central Intelligence Agency (CIA)… qui provoquera vraisemblablement son limogeage deux ans plus tard. »

 

 

 

Emmanuel Haddad décrit “ Les chrétiens d’Orient « chez eux » en France ” : « Depuis plus d’un demi-siècle, des ressortissants du Proche-Orient de confession chrétienne choisissent la France comme terre de refuge et d’exil. Ces diasporas ont vu leurs rangs s’élargir au fil des multiples soubresauts subis par leurs pays d’origine. Préserver leur culture ancestrale et dépasser l’entre-soi pour s’intégrer dans la société française est pour elles un défi quotidien. »

 

 

 

Nedjib Sidi Moussa évoque : “ Les enfants perdus de l’« Algérie française » : « Soixante ans après la conclusion des accords d’Évian, qui conduisirent à l’indépendance de l’Algérie, le souvenir des attentats perpétrés par l’Organisation armée secrète (OAS) s’est estompé. Pourtant, cette violence d’extrême droite fut responsable de centaines de tués et d’importantes destructions, sur les territoires algérien et métropolitain. »

 

 

 

Aurélien Bernier décrit le nouveau “ made in France ” : « C’est un petit séisme dans le monde de l’étiquette. La direction de l’usine en charge de la confection des étiquettes portant la mention “fabriqué en France” a annoncé la délocalisation de sa production sur un site chinois» En publiant cette (fausse) dépêche en 2016, les auteurs du site parodique Le Gorafi savaient-ils qu’on trouvait déjà, sur la plate-forme de commerce en ligne Alibaba, des centaines de références d’étiquettes made in France fabriquées en Chine ? »

 

Il y a quelques décennies, un tel constat aurait sans doute suscité la résignation, tant les délocalisations font partie des « évidences » défendues par la pensée libérale. Mais la pandémie de Covid-19 a bousculé quelques certitudes. Alors que la France découvre que 80 % des molécules pharmaceutiques dont elle a besoin sont importées, l’heure n’est plus à la plaisanterie. La promesse de relocaliser figure désormais au rang des passages obligés des discours politiques.

 

 

 

Pour Marc Endeweld, “ Le pouvoir gesticule, l’industrie agonise ” : « En déplacement à Amiens au début de son mandat, M. Emmanuel Macron promettait de sauver l’usine de sèche-linge Whirlpool, menacée de délocalisation. Deux ans et un repreneur plus tard, le site fermait ses portes. Une histoire qui symbolise le bilan du président en matière de politique industrielle : beaucoup de paroles et peu de résultats.

Il y a deux ans, la pandémie de Covid-19 a suscité la sidération dans la population. C’est sans doute sur le terrain industriel que la prise de conscience fut la plus douloureuse : la France est le seul membre du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (ONU) à ne pas avoir su développer un vaccin, et le pays a été incapable de mobiliser des ressources industrielles suffisantes pour disposer ne serait-ce que de simples masques en urgence. « [La pandémie] a eu l’effet, dans le débat public, d’un électrochoc, constate, dans un récent rapport. le Haut-Commissariat au plan, une institution fondée par le général de Gaulle en 1946, supprimée en 2006 et ressuscitée par le président Emmanuel Macron à l’automne 2020. Les fragilités résultant de la désindustrialisation ont éclaté au grand jour : masques, respirateurs, équipements médicaux et produits stratégiques, certains vitaux, ont fait cruellement défaut lorsque la France a dû affronter l’épidémie. »

 

 

Margot Hemmerich et Clémentine Méténier estiment que, pour beaucoup de jeunes à la Réunion, l’exil est le seul horizon : « La population de la Réunion a quadruplé depuis que l’île est devenue département français en 1946. Afin de limiter la pression démographique et d’éviter une explosion sociale, les autorités ont toujours encouragé l’émigration vers la métropole. Mais cette dépendance vis-à-vis de l’Hexagone prive les Réunionnais d’une partie de leurs talents. Les jeunes gens aspirent de plus en plus à rester et à parler leur langue maternelle. »

 

 

 

Guillaume Fondu demande ce qu’est un roman progressiste ? : « Chercher à définir ce qui, dans une œuvre littéraire, relève d’une démarche progressiste est devenu rare. Aujourd’hui, ce label est souvent attribué en fonction du sujet traité. Georg Lukács avait ouvert jadis des pistes autrement plus stimulantes. »

 

 

 

Pierre Rimbert s’en prend ironiquement au Totem teuto dans les médias français : « Si l’éditocratie française éblouit la planète entière, c’est avant tout par la folle originalité de ses analyses. « Voilà une élection allemande tout à fait extraordinaire », a expliqué Bernard-Henri Lévy peu après le scrutin fédéral de septembre dernier : il « donne au monde et à la France une belle leçon de démocratie » (Le Point, 30 septembre 2021). « Ce qui se passe à Berlin, où une coalition dévoile sa feuille de route après des mois de négociation, constitue effectivement une leçon de démocratie », confirme Thomas Legrand, l’éditorialiste politique de France Inter dans une chronique audacieusement titrée « La leçon de démocratie allemande » (26 novembre 2021). « Les Allemands sont en train de nous donner une formidable leçon de démocratie », renchérit le quotidien économique Les Échos (27 septembre 2021). »

 

 

Partager cet article
Repost0
28 février 2022 1 28 /02 /février /2022 06:06

Dans le site du Grand Soir, Nick Dearden fait le point sur Pfizer et son vaccin : « La vérité est qu’ils ne sont pas les seuls inventeurs du vaccin. C’est l’œuvre de l’argent public, de la recherche universitaire et d’une société beaucoup plus petite, l’entreprise allemande BioNTech. Comme s’en est plaint un ancien fonctionnaire du gouvernement américain, le fait que nous l’appelions le vaccin "Pfizer" est "le plus grand coup marketing de l’histoire des produits pharmaceutiques américains".

 

Une analyse de Stat news en 2018 a conclu que Pfizer ne développait qu’une fraction – environ 23% – de ses médicaments en interne. Et un rapport de la Cour des Comptes des États-Unis de 2017 notait que le modèle de l’industrie consiste de plus en plus à simplement racheter des entreprises plus petites qui ont déjà développé des produits. Cela leur permet de monopoliser ces connaissances et de maximiser le prix des médicaments qui en résultent. Pfizer a versé 70 milliards de dollars à ses actionnaires, directement sous forme de dividendes et de rachats d’actions. Ce montant dépasse de loin son budget de recherche pour la même période.

 

Pour replacer les chiffres d’aujourd’hui dans leur contexte, le médicament le plus lucratif au monde sur une seule année jusqu’à présent était Humira, qui traite les maladies auto-immunes, et qui a rapporté à son propriétaire, AbbVie, 20 milliards de dollars en 2018. L’Humira a été étudié par une commission du Congrès des États-Unis et est un cas classique de la façon dont les grandes entreprises pharmaceutiques travaillent aujourd’hui : acheter un médicament qui a déjà été inventé, le breveter à outrance, et augmenter le prix de 470 % au cours de sa durée de vie.

 

 

Le site de La Révolution Prolétarienne, organe, rappelons-le, fondé par Pierre Monatte en 1925, appelle à « stopper Bolloré » : « Sous nos yeux incrédules se déroule une révolution rétrograde qu’il est urgent d’empêcher. Depuis la Libération, il est pourtant acquis que l’information n’est pas un objet commercial mais un instrument de culture. Il est entendu qu’elle ne peut remplir sa mission que « dans la liberté et par la liberté ». Il est clair qu’elle est libre quand elle ne dépend « ni de la puissance gouvernementale ni des puissances d’argent mais de la seule conscience des journalistes et des lecteurs », selon la Déclaration des droits et des devoirs de la presse libre, 1945. Cette tradition démocratique, essentielle à l’État de droit, est aujourd’hui menacée.

 

La liberté des journalistes et des auteurs n’existe plus lorsque les rédactions et les maisons d’édition sont ainsi mises au pas. Quel sens y a-t-il à parler d’indépendance d’une information soumise à la volonté d’un seul homme ? Auditionné par les sénateurs, Vincent Bolloré a prétendu que ses motivations n’étaient pas politiques mais strictement économiques. Pourtant, une idéologie mortifère est martelée chaque jour dans ses médias. Le paroxysme est atteint sur CNews, où la polémique outrancière tient lieu de débat, le choix des invités fait fi du pluralisme, et la ligne éditoriale montre une obsession pour les thèmes d’extrême-droite. La chaîne devient le lieu de diffusion de discours haineux, racistes, homophobes, sexistes, celui de la promotion d’entrepreneurs identitaires, de l’incitation à la violence, celui de la banalisation du complotisme, du négationnisme climatique, finalement celui du triomphe du préjugé contre la science et la vérité.

 

 

Le monde automobile fait-il sa révolution, demande L’Obs ?

 

Un jury composé exclusivement de femmes journalistes auto a récompensé le 15 février dernier les Kia Sportage, BMW iX, Jeep Wrangler 4Xe, Peugeot 308, Audi e-tron GT et Ford Mustang Mach-E. Lentement en France, les constructeurs ont intégré le fait que les femmes sont des conductrices, des acheteuses et même des prescriptrices autos. Le choix de la voiture familiale est désormais le fruit d'une décision commune du couple. Des professionnelles comme Linda Jackson, directrice générale de Peugeot, font bouger les choses de l'intérieur. Des femmes journalistes font des essais. Enfin l'air du temps néo-féministe bouscule le vieux schéma absurde faisant des femmes une minorité et des conductrices un danger.

 

 

Revue de Presse (395)
Partager cet article
Repost0
21 février 2022 1 21 /02 /février /2022 06:03

 

Dans le blog Réveil Communiste, Gilles Questiaux se demande ce que cela signifie « la gauche » : « Dans les années 60 et 70) personne ne voulait plus être rangé avec la droite, ni les gaullistes, ni les fascistes, ni les conservateurs, ni les bourgeois ; dire de quelqu’un, « il est de droite » était devenu une façon de dire « c’est un vieux con ».

 

[Aujourd’hui en France], les trois principales "gauches" qui se superposent, qui se confondent et qui s'opposent souvent entre elles sont maintenant :

1) Gauche de 1789 : la gauche républicaine, humaniste, des droits de l’homme et du citoyen, du suffrage universel, de la démocratie, de la laïcité. Victor Hugo, Émile Zola, Jean Jaurès, etc.

2) Gauche de 1917 : la gauche révolutionnaire qui se définit par les luttes de la classe ouvrière. C’est la gauche qui persiste à s’inspirer de la Commune de Paris de 1871 et de la Révolution russe d’Octobre 1917. Karl Marx, Lénine, Mao, etc.

3 ) Gauche de 1968 : la gauche individualiste héritière de mai 1968 : rejet de l’État, des frontières, de la police, du travail et de l’autorité, écologisme, liberté des mœurs, exaltation des marginaux et des minoritaires.

Marx est-il de gauche, demande Questiaux ? On peut en douter. Il est de gauche si on considère d’où il provenait, du mouvement révolutionnaire bourgeois de l’époque romantique, mais il avait déjà dépassé complètement ce concept quand il écrivit le Manifeste du Parti Communiste avec Engels. La meilleure critique de la gauche qui existe, c’est lui qui l’a faite, en décrivant les révolutionnaires de 1848 qui rejouent 1793 au lieu d’agir concrètement. Dans la mesure où Marx considère que ce ne sont pas les idées qui conduisent le monde mais au contraire qu’elles sont déterminées par les conditions matérielles, il n’est ni de gauche ni de droite. Et Lénine non plus, l’homme de « l’analyse concrète des situations concrètes ».

 

 

 

 

Pour Keith Begg, dans le World Socialist Website, la Suède est le nouvel homme malade de l’Europe : « L’ironie est que la Suède a donné la priorité à son économie plutôt qu’à la santé et au bien-être de sa population. Mais l’économie suédoise a fait pire que celle des autres pays nordiques ou du moins très similaire.

’Les gouvernants] n’ont cessé d’intoxiquer les Suédois. Ils utilisaient les ventes de voitures, par exemple, pour prétendre que l’économie se portait vraiment bien. En réalité, la Suède a le quatrième taux de chômage de toute l’Union européenne, juste derrière l’Italie, l’Espagne et la Grèce.

L’État-providence s’est totalement effondré. Un exemple : tout au long de la pandémie, des milliers et des milliers de travailleurs, principalement des femmes, employées par des agences de soins aux personnes âgées, avaient des contrats à durée indéterminée et mal payés. Beaucoup d’entre elles sont allées au travail malades, parce qu’il n’y avait aucune disposition de protection sociale pour elles si elles tombaient malades.

 

[Le gouvernement] essaie de rendre les immigrés responsables de la propagation du COVID, du taux de mortalité, alors qu’en fait, ce sont des milliers de Suédois blancs, largement privilégiés, qui sont allés dans les Alpes, qui sont revenus et qui ne sont pas fait tester.

 

 

 

 

L’Humanité critique la recapitalisation d’EDF par le gouvernement : « Ces 2,5 milliards d’euros ne font que consolider les fonds propres d’un groupe endetté de 43 milliards d’euros. « Ce n’est pas avec ça qu’on va agir de manière pérenne sur la facture des usagers et sur les enjeux d’avenir autour du climat, de l’environnement et de la transition énergétique », a déploré Fabrice Coudour (FNME-CGT).

En 2021, EDF aurait pu connaître une année record avec la hausse des prix de l’électron. Celle-ci lui rapporte bien 6 milliards, multipliant ainsi par huit son bénéfice net. Mais les 8 milliards ponctionnés par le gouvernement pour payer la facture du blocage des tarifs réglementés de l’électricité s’ajoutent aux 11 milliards d’euros de pertes liées aux arrêts de réacteurs, plombent l’embellie. L’entreprise va donc aussi être contrainte de céder pour trois milliards d’euros d’activités, d’ici trois ans.

 

 

 

 

 

 

Revue de Presse (394)
Partager cet article
Repost0
20 février 2022 7 20 /02 /février /2022 06:02

Je cite souvent ReSpublica, en particulier la chronique d'Évariste, pour ma revue de presse. J'ai donc plaisir ici à accompagner cette équipe qui fête son millième numéro en reprenant l'historique qu'elle a établi de son combat pour la laïcité, inséparable de la lutte pour la justice sociale et d'un vrai changement politique.

 

You are currently viewing Millième numéro de ReSPUBLICA ! Histoire d’une saga militante

Ce numéro 1 000 de ReSPUBLICA nous permet de revenir sur l’histoire d’un journal qui, dès le départ en 1999, fut créé par et pour des militants du mouvement social et politique.

 

Ses initiateurs avaient vécu la double trahison de la gauche, contre la laïcité dès les errements des directions du bloc FEN à la fin des années 60, et contre les conquis sociaux dès mars 1983 lors du tournant néolibéral du gouvernement nommé par François Mitterrand.

L’action anti-laïque du gouvernement Mitterrand-Rocard-Jospin en 1989 sur la laïcité à l’école, et celle du gouvernement d’union de la gauche de Lionel Jospin (1997-2002), plus grand privatiseur de l’histoire de France, continuateur de l’étatisation de la Sécurité sociale par le plan Juppé de 1995, ont finalement convaincu ces militants de gauche de la nécessité de créer un média électronique. Quel fut le contexte militant des dix années ayant conduit à la création de ReSPUBLICA ?

1989-1992 : les reculs laïques de Mitterrand-Rocard-Jospin et la bataille pour la laïcité

Ces reculs débutent avec les accords anti-laïques Lang-Cloupet, et surtout la loi Jospin du 10 juillet 1989 et son article 10 qui servira au Conseil d’État dans son avis du 27 novembre 1989.


Cette loi dite d’orientation scolaire de Lionel Jospin dans le gouvernement Rocard (avec présidence François Mitterrand) qui stipulait que la liberté des élèves était la même dans l’enceinte scolaire que celle des enfants à l’extérieur. Le vote de cette loi a servi aux trois socialistes hypocrites ci-dessus de demander alors au Conseil d’État de dire le droit. L’arrêt du Conseil d’État du 27/11/1989 tient bien évidemment compte de l’article 10 susnommé. Les circulaires de Jean Zay du Front populaire en 1936 et 1937, interdisant les signes politiques et religieux dans l’école, ont donc été abolies par la jurisprudence liée à l’article 10 de la loi du 10 juillet 1989. Des auditeurs amis du Conseil d’État nous ont convaincus qu’une gigantesque bataille d’éducation populaire était nécessaire tant les trahisons étaient générales dans toutes les organisations naguère laïques politiques, syndicales et associatives.

La seule organisation qui réagit immédiatement fut le Grand Orient de France (GODF) par son banquet républicain du 21 octobre 1989 avec 1500 personnes (voir les retombées duMonde et de Libération entre autres). Puis, trois semaines plus tard « la bande des 5 » du Nouvel Obs réunie par Catherine Kintzler et Elisabeth Badinter, en première page du journal en novembre 1989. La bataille de la loi contre les signes religieux à l’école est lancée
En début 1992, le GODF décide, sans modifier sa position de fond, d’arrêter d’animer la lutte, en modifiant lui-même sa propre commémoration prévue du bicentenaire de la République du 22 septembre 1992. Celle-ci devait être une initiative de relance politico-médiatique sur le sujet et fut transformé en micro-colloque intime.

Le banquet républicain d’Initiative Républicaine (IR) prend le relais. Plus de 900 personnes y participent à la mutualité en décembre 1992 avec la plupart des intellectuels et militants qui s’étaient solidarisés avec l’initiative du GODF. Marc Blondel, Catherine Kintzler, Jean-Marie Kintzler, Richard Gerbaudi, Philippe Schwartz, Bernard Teper et beaucoup d’autres sont là.

1993-2004 : continuer la bataille au sein du mouvement social hors du champ politique

La CGT-FO, qui avait soutenu le banquet de décembre 1992 (les trotskistes lambertistes influents au sein de la direction de la centrale, prenant position contre le projet de loi qui interdirait les signes religieux à l’école) et Initiative républicaine ayant décidé de rejoindre le champ politique, commence une nouvelle période.

Ceux qui décidèrent de continuer la bataille au sein du mouvement social hors du champ politique, acceptèrent la proposition d’André Fortané, président-fondateur de l’UFAL, de le faire à partir de l’UFAL.

Au cours de ces années, l’UFAL s’est donné comme objectif de transcrire ses positions philosophiques et politiques dans le langage juridique pour mener d’une part la campagne d’éducation populaire tournée vers l’action (réunions publiques sur un discours cohérent, précis et homogène) et d’autre part, de partir à l’assaut des assemblées parlementaires. Cette période est prolifique :

La mission parlementaire présidée par Jean-Louis Debré reprend mot pour mot la proposition de l’UFAL (« interdiction des signes religieux visibles dans l’école ») donnée lors de son audition. Cette dernière avait été préparé avec des juristes (magistrats et avocats) L’estocade est la tribune parue dans Libération en mai 2003 avec une adresse courriel : ce fut le déferlement !

Sachant cela, et sans attendre la fin de la mission parlementaire, le lobby catholique fait pression sur la présidence de Jacques Chirac qui invente la Commission Stasi pour tenter de casser ou de modérer les résultats prévisibles de la mission parlementaire.

Les retombées des réunions publiques très suivies de l’UFAL, l’action d’Henri Pena-Ruiz et de la directrice d’Elele, Gaye Petek, dans la commission Stasi, et surtout l’estocade prévisible du 17 octobre 2003 portant audition de Jean-Paul Costa, alors vice-président de la Cour européenne des droits de l’homme, explicitant les jurisprudences de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) fait chavirer les directions de l’UMP et du PS sans débat interne comme d’habitude. L’application de l’article 9 de la Convention européenne des droits de l’homme organise une jurisprudence européenne supérieure, dans la hiérarchie des normes, à la loi française. Elle stipule que les restrictions dues à l’application du principe de la laïcité sont autorisées, à condition qu’elles ne soient pas générales et qu’elles soient notées dans une constitution ou une loi nationale.

Suivront la décision de l’Elysée en novembre 2003 et la loi du 15 mars 2004.

Entre temps, le groupe qui avait lancé Initiative républicaine et qui avait rejoint l’UFAL pour la troisième phase de ce combat a souhaité créer un journal en 1999. ReSPUBLICA naît alors. Il appuie la campagne pour une loi contre les signes religieux à l’école. Tout en insérant cette lutte dans le cadre d’une nécessité d’intégrer ce combat à l’intérieur d’un projet de République sociale d’où le titre choisi, ReSPUBLICA, la chose publique en latin.

Depuis 2004, le combat laïque reste tout aussi nécessaire

Mais le lobby clérical ne désarme pas, Tour à tour, l’accord Kouchner-Vatican, le rapport Machelon, la loi Carle (financement obligatoire des municipalités du forfait scolaire aux écoles privées confessionnelles d’autres communes si elles scolarisent des enfants de la commune) montre que la volonté du Secrétariat général de l’enseignement catholique (SGEC) de préparer des réformes régressives avec les partis néolibéraux de droite comme de gauche est toujours présente. Pire, il ne se passe plus une année sans une augmentation, malgré la crise, des subventions au lobby catholique et à ses écoles. Une lecture des livres d’Eddy Khaldi sur ce point est édifiante.

Dans la séquence qui a suivi, notre tâche fut difficile. Car le principe de laïcité vit trois dérives. La première, c’est la dérive néo-concordataire qui s’amplifie car le mouvement réformateur néolibéral se développe avec son allié, le communautarisme. La tendance des capitalistes néolibéraux, c’est la dérive néo-concordataire qui s’oppose au principe laïque défini par Victor Hugo qui s’écrie à la chambre des députés le 15 janvier 1850 : « je veux l’État chez lui, l’église chez elle ». L’autre dérive, c’est celle de la « laïcité usurpée » d’une partie de la droite et de toute l’extrême droite qui utilise le principe de laïcité contre une seule religion, hier le judaïsme, aujourd’hui l’islam alors que la laïcité est pour la liberté des cultes. La troisième dérive est celle de la laïcité d’imposture de plus en plus fréquente à gauche et à l’extrême gauche, qui cache mal sa préférence pour le communautarisme. Cette troisième dérive prendra un nouvel essor avec le développement de la gauche identitaire qui remplacera la lutte des classes par la lutte identitaire.

Nous avons même vécu un évènement singulier contre la dérive de la laïcité usurpée lorsque nous avons été infiltré, quelques semaines avant notre victoire dans la bataille pour une loi contre les signes religieux par quelques personnes, dont le leader, venait de la LCR et de la CGT du Livre. Nous nous sommes aperçus ensuite qu’ils se préparait à une dérive doriotiste, qu’il pratiquait ce que nous appelons la laïcité usurpée, et qu’il ne faisait pas de différence qui, pour nous est centrale, entre des croyants musulmans d’une part et des intégristes et djihadistes d’autre part et qu’ils étaient contre le clivage gauche-droite, contre la lutte des classes, qui pour nous sont centrales. Après notre surprise vu la provenance de ces personnes, nous les avons convoqués à une réunion d’explication pour les confondre, ils ont préféré ne pas venir et sont partis créer Riposte laïque qui dès sa création a travaillé avec l’extrême droite identitaire.

Partager cet article
Repost0
17 février 2022 4 17 /02 /février /2022 06:01

You are currently viewing Question préliminaire à tout traitement – de la démocratie à l’université

 

Deux universitaires éminents se  demandent si l'Université peut demeurer un service public, et à quel prix.

Repris de Res Publica.

 

Alain Abelhauser : psychanalyste, professeur des universités (psychopathologie clinique), ancien vice-président  de l’université Rennes 2, auteur de : Le sexe et le signifiant (Seuil, 2002), Mal de femme. La perversion au féminin (Seuil, 2013), Un doute infini. L’obsessionnel en 40 leçons (Seuil, 2020) et, avec Roland Gori et Marie-Jean Sauret, La folie Évaluation (Mille et une nuits, 2011).

 

Marie-Jean Sauret, Professeur émérite des Universités, chercheur au Pôle Clinique psychanalytique du sujet et du lien social (LCPI) Université Toulouse Jean-Jaurès, psychanalyste (Le Pari de Lacan), membre du SIUEERPP, de l’Appel des Appels, de l’Association Archipel citoyen(Toulouse).

 

L’université peut-elle encore prétendre être un service public ? Et de quel « service public » s’agit-il ? A-t-elle encore vocation à la démocratie ? Ou, en inversant la question, à quel symptôme de la démocratie touche-t-elle ? Et qu’a-t-elle à en dire ?

Face à ces questions, deux universitaires confrontent ici leurs points de vue.

Alain Abelhauser :

J’ouvre le feu ? Oui ? Dans ce cas, de la façon suivante :

La martingale la plus simple, dans les jeux où l’on a une chance sur deux de gagner (et donc une chance sur deux de perdre) et où le gain correspond au double de la mise, consiste à miser le même montant que le précédent lorsqu’on a gagné, et le montant double du précédent lorsqu’on a perdu.

Exemple : je mise 1 €. Si je gagne (à savoir 2 €), il me faut alors mettre de côté l’un des euros et miser au coup suivant l’autre euro. Mais si je perds, en revanche, il faut que je joue au coup suivant 2 €. Car si cette fois je gagne (c’est-à-dire 4 €), 1 € couvrira le montant de ma première mise, 2 € le montant de ma seconde mise, et le dernier euro sera un gain pur. Que je mettrai de côté avant de recommencer l’opération avec ma mise initiale.

Il s’agit d’un modèle très simple, dont on peut tirer ce principe : la réussite ne demande guère qu’à ce qu’on la prolonge ; l’échec, lui, en revanche, exige non seulement que l’on persévère, mais que l’on investisse deux fois plus à chaque étape, faute de perdre tout ce que l’on a misé précédemment.

Un tel modèle s’applique-t-il à d’autres circonstances que celles de l’univers des jeux ? Gageons, comme cela a déjà été constaté par maints auteurs, qu’il peut aisément éclairer de nombreuses situations. Ces pans de l’histoire, par exemple, où l’on s’engage dans une voie qui apparaît très vite comme déplorable, mais où l’investissement nécessaire à l’engagement de départ interdit de faire machine arrière sous peine de faire éclater au grand jour l’absurdité de la décision première.

Est-ce clair ? Tel pays s’engage par exemple dans une guerre insensée. Qui coûte très cher, entre autres en vies humaines. Et n’apporte aucun bénéfice. Aussi faut-il arrêter rapidement l’opération. Et dire à tous ceux qui y ont laissé un père, un frère, un époux, un fils (ou une mère, une sœur, une épouse, une fille) : mais oui, bien sûr, ils sont morts pour rien, d’ailleurs c’est pour ça qu’on arrête les frais maintenant ? Impossible. Alors on continue, coûte que coûte. C’est ce que certains historiens appellent le syndrome du « pas morts en vain ». (Et ce que les psychanalystes mettent volontiers sur le compte de la « répétition », figure de proue de la pulsion de mort.)

Eh bien, il me semble que ce modèle, pour extrêmement simpliste qu’il soit, met pourtant assez bien en lumière de nombreux processus sociaux et s’applique de fait assez bien au monde de l’université.

J’en donnerai quelques illustrations, dont le mérite est aussi de témoigner des principaux plans où se concentre l’activité universitaire : l’enseignement et la recherche, ainsi que l’organisation qui est dorénavant requise pour exercer ces fonctions.

Commençons par cette dernière. Il y a une quinzaine d’années, le mythe néo-libéral et « évolutionniste » voulant que la compétition entre organismes permette d’améliorer leurs performances, conduisit entre autres à promouvoir un classement des universités, aux critères au demeurant très contestables et contestés(1). Bien d’autres ont suivi depuis. Ce classement, dans lequel la France était peu à l’honneur, servit d’argument pour la mise en place d’une stratégie de regroupement des établissements : plus ils étaient gros, plus il y avait de chercheurs dans chacun d’eux, et plus leurs résultats cumulés donneraient de chances à l’établissement de progresser dans les classements. Big devenait forcément beautiful. Ce sur quoi renchérissait la politique économique, en considérant que ces regroupements devaient permettre une gestion plus centralisée et efficace de nombre d’opérations : des économies d’échelle, comme disent les gestionnaires. Aussi regroupa-t-on les universités en formant des PRES (Pôles de Recherche et d’Enseignement Supérieur).

Nombreuses furent les Cassandre à objecter : cette stratégie était stérile à terme et ne tenait pas compte des réalités de terrain. D’ailleurs, s’il s’agissait vraiment de cumuler des résultats pour bien se classer (en admettant bien sûr que l’on souscrive aux critères de classement, voire à leur logique sous-jacente), il était des subterfuges bien plus simples et bien moins coûteux pour y parvenir. Et s’il s’agissait grâce à cela d’attirer davantage d’étudiants étrangers, peut-être convenait-il en priorité d’améliorer les possibilités et les conditions de leur accueil. Mais peu importa. Les regroupements eurent lieu, les PRES furent mis en place, cela nécessita beaucoup de temps et d’énergie (que l’on aurait peut-être pu consacrer à travailler vraiment) et, pour finir, ce ne fut pas plus heureux que ce qu’avaient prédit les Cassandre.

Se le tint-on pour dit ? Vous n’avez pas entendu ce que l’on a précisé en introduction ? Si les PRES ne marchaient pas bien, alors il fallait doubler la mise, faute de se désavouer. Il fallait faire pire. D’ailleurs on avait un nom tout prêt pour cela : les COMUE (Communautés d’Universités et d’Établissements). (J’ajoute que dans la région où j’exerce, et où l’on dénonçait volontiers ce processus, on suivit parfaitement la logique sur laquelle il s’appuyait. Tant qu’à faire pire que les PRES, autant viser le pire du pire : on décida de créer la plus grosse COMUE française : près de 30 établissements et plus de 180 000 étudiants couvrant deux régions entières. À sa création, on se rendit compte que l’on ne savait pas comment faire voter simultanément tous ces étudiants sur autant de sites et que l’organisation de ce monstre devenait vraiment compliquée. Mais tout ne fut pas perdu, d’un certain point de vue : certes, les économies d’échelle ne furent pas vraiment au rendez-vous puisque plus d’une centaine de postes administratifs durent être créés en sus, mais après tout ce ne fut jamais là que notre contribution à la lutte contre le chômage !)

Autre exemple. Les universitaires sont pour la plupart enseignants-chercheurs (E-C), c’est-à-dire qu’ils partagent en principe leur activité professionnelle à parts égales entre la recherche et l’enseignement, l’une et l’autre devant se nourrir réciproquement. (Je dis « en principe », car l’évolution du métier les conduit hélas à consacrer une bonne partie de leur temps à tout autre chose : l’« administration » de leurs activités, quand ce n’est pas la promotion de leurs recherches – pardon ! la « valorisation » de celles-ci.)

Étant en principe relativement autonomes – même s’ils sont intégrés dans des laboratoires, d’un côté, et des équipes pédagogiques, de l’autre – les E-C ont des comptes à rendre sur leurs activités. Rien là que de très normal. Si ce n’est qu’il n’est pas simple d’évaluer ces activités. Une recherche fondamentale peut prendre des années avant de produire un résultat tangible. Et si elle aboutit à une impasse, elle aura eu néanmoins le considérable mérite d’indiquer aux autres chercheurs que cette voie était pour l’instant sans issue. Et l’enseignement n’est pas plus simple à évaluer dès lors qu’il ne consiste pas seulement à remplir un cahier des charges de bon fonctionnaire : être à son poste aux moments voulus, dire ce qu’il faut, suivre scrupuleusement un programme, etc.

Devant cette difficulté de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement (dit) supérieur, on a essayé de trouver quelques critères acceptables par tous. Par exemple, jauger l’activité d’un chercheur en comptabilisant les publications où il présente les résultats de ses recherches. Et jauger celle d’un enseignant en recueillant les avis des étudiants qui ont suivi ses cours. Simple, non ? À ceci près que si un bon chercheur est celui qui publie beaucoup, et dans de « bonnes » revues, l’accent se déplace : il ne s’agit plus trop, dès lors que l’on veut faire carrière, d’entamer des recherches longues, complexes, aléatoires et inattendues, mais de jouer la sécurité en priorisant tout ce qui permettra de publier aisément, abondamment, et en accord avec la ligne directrice des revues visées. Et à ceci près que si un bon enseignant est celui qui fait un bon score à l’audimat étudiant, le contenu de son enseignement et ses propres critères d’évaluation aux examens qu’il organise peuvent s’en trouver considérablement influencés.

Cassandre, à nouveau consultée, considéra qu’il y avait là les germes d’une stérilisation de la recherche et d’un appauvrissement de l’enseignement (supérieur). Fut-elle écoutée ? Mais oui ! Puisqu’on décida très vite de franchir quelques étapes supplémentaires dans le processus. Par exemple – puisque publier tout, n’importe quoi et n’importe où, n’avait pas forcément de sens – de hiérarchiser les revues elles-mêmes, de leur confier alors quasi exclusivement l’évaluation des chercheurs et d’apprécier la qualité de ceux-ci en fonction du nombre de fois où des collègues citaient leurs travaux (ce qu’on a appelé l’impact factor), même si c’était parfois pour en dire le plus grand mal. Ce qui a conduit, comme on pouvait s’y attendre, à promouvoir les renvois d’ascenseurs et la production d’articles de synthèse (n’apportant souvent rien de nouveau, mais étant plus pratiques à citer), voire à multiplier le nombre de cas d’impostures scientifiques.

Et, par exemple encore, puisqu’enseigner était soumis à l’approbation de l’auditoire, il devint habituel d’en réduire les risques potentiels en se cantonnant à la prestation de quelques cours bien cadrés, bien rodés et a priori peu susceptibles de provoquer l’ire des auditeurs. Puis-je témoigner de ceci ? Lorsque j’ai commencé à enseigner à l’université, il était possible, voire apprécié, de poursuivre dans les cycles avancés un enseignement tout au long d’une année (en y consacrant, disons, une bonne cinquantaine d’heures) pour explorer un champ complexe, et sans parfaitement savoir au départ où cela allait aboutir. De prendre des risques, en somme, accueillis et partagés par les participants de l’enseignement qui en comprenaient les bénéfices possibles. (Je me souviens de l’étonnement et de l’enthousiasme d’étudiants américains, ravis d’assister en France à des séminaires où se disaient des choses qu’ils n’avaient pas encore entendues, qui n’avaient pas encore été publiées, et qui étaient mises là à l’épreuve de leur écoute.) À présent, il me semble que de telles entreprises sont devenues fort rares. La plupart de mes collègues ne me disent-ils pas qu’ils ne dispensent plus que des poussières d’enseignement (jamais plus de 8 h par enseignant dans un cours donné), chacun se limitant à son pré carré, à son domaine très étroit de spécialisation, et laissant aux étudiants le soin de rassembler – si tout va bien, et s’ils y arrivent – ces morceaux épars d’un savoir effiloché.

Dernier exemple, lequel a trait aux modes d’entrée à l’université ou à la poursuite de certains cursus. Soyons réalistes : nombre de jeunes gens, leur bac en poche, s’inscrivent pour un an à la fac par attentisme, histoire de prendre le temps de décider ce qu’ils veulent faire ensuite, ou plus simplement par défaut, parce qu’ils n’ont pas été pris dans la formation qu’ils visaient en priorité. De surcroît, alors même que l’université est loin de constituer la voie royale pour de nombreux types d’études, il est néanmoins des cursus très demandés, lesquels offrent soit des capacités d’accueil limitées, soit organisent une sélection drastique en fin de première année. Mais qu’à cela ne tienne : on attend de l’université qu’elle fasse état de « bons » résultats, à savoir que la plupart des étudiants de première année passent en deuxième. Quant à ceux qui ne se réinscrivent pas, ils sont considérés comme « décrocheurs », témoignant ainsi du mauvais encadrement pédagogique qu’ils ont subi. Certes, celui-ci est loin d’être optimal, mais il n’est pas non plus inintéressant de noter que sur quatre étudiants qui ne se réinscrivent pas, trois ne le font pas parce qu’ils ont réussi à intégrer cette fois la formation de leur choix (un pourcentage significatif ayant de plus complètement validé leur première année) !

Pourtant cette sélection précoce imposée dans certaines formations, et cet usage d’orientation de la première année d’étude, furent retenus comme autant de mauvais points potentiels de l’université, auxquels il s’agissait de remédier. Comment ? En orientant le mieux possible, d’entrée de jeu, les étudiants pour qu’ils ne perdent pas leur temps à tenter de suivre une formation pour laquelle ils n’avaient pas les capacités ou les prérequis. Cela donna « Parcoursup ». Un grand barnum qui, autant que je puisse en juger à ma toute petite échelle, conduisit avant tout nombre d’étudiants à bien réaliser qu’ils ne pouvaient suivre de droit la formation qu’ils souhaitaient. Mais surtout un mode de sélection qui ne disait pas vraiment son nom et qui conduisit les équipes pédagogiques chargées de l’effectuer à : 1) prendre la mesure de l’ampleur de la tâche (des milliers de dossiers à traiter en très peu de temps et à très peu d’enseignants) ; 2) renoncer à l’accomplir comme elles l’auraient souhaité (par un examen approprié de chaque dossier) ; 3) confier dès lors le soin de ce tri à des algorithmes – disons-le – souvent bricolés dans l’urgence à partir de critères loin de faire l’unanimité au sein des équipes.

On constate que l’université accueille mal les étudiants et ne permet pas à tous de progresser harmonieusement dans leurs cursus ? Pas de problème ; il n’y a que des solutions. Par exemple celle de les sélectionner de manière encore plus aveugle et selon des procédures aussi chronophages que grossières.

Ce qui nous amène au cœur du sujet que nous avons ici à traiter : qu’est-ce que l’université, d’abord ? À l’origine, c’était une corporation – le corps des maîtres et celui des élèves rassemblés en une communauté d’aspiration au savoir. Soit. Et qu’est-elle devenue ? Pour ma part, je dirais qu’il s’agit maintenant, en premier lieu, d’un monde quasi féodal, toujours peuplé de mandarins (en baskets ou Richelieu) et de petites mains (encore corvéables à merci), avec des territoires jalousement délimités, des suzerainetés et des vassalités, et un système hiérarchique beaucoup plus prégnant qu’il n’y paraît souvent à l’extérieur.

Mais un monde quasi féodal doté pourtant d’une sorte d’idéal d’autogestion, hésitant volontiers entre la démocratie la plus directe (les Assemblées Générales) et la bureaucratie la plus redoutable (les sacro-saintes procédures). Et, de surcroît, tiraillé entre ce que les psychanalystes appellent le « discours du maître » (peu importe ce qui est en jeu, il faut que les choses tournent et que « ça marche »), le « discours capitaliste » (tout cela ne tient qu’à s’indexer à l’exigence de développement, à l’exigence de la croissance) et l’idéologie libérale (donnons aux universités libertés et responsabilités – c’est la fameuse « LRU » – et le jeu du marché finira bien par faire le reste). Avec, enfin, cette caractéristique de taille d’être à la fois investi des missions sociales les plus importantes (éduquer à un haut niveau, dispenser des connaissances de pointe et former à de multiples compétences, faire penser) et les plus ambitieuses (accueillir tous ceux qui le souhaitent, quelle que soit l’augmentation de leur nombre), et de se découvrir pourtant économiquement faible et contraint aux jonglages financiers les plus dérisoires (il n’est, rappelons-le, qu’à comparer le coût d’un étudiant à l’université et celui d’un élève de classe préparatoire ou de grande école).

Un monde de paradoxes, donc, maniant oxymores et contradictions à l’envi : moderne et vieillot, féodal et démocratique, autogéré et bureaucratique, libéral et humaniste. Mais pourtant toujours censé remplir ces missions qui relèvent de ce que l’on aimerait encore pouvoir nommer le « service public ». Et, enfin, parfaitement partie prenante de ce processus que j’ai tenté de souligner au départ (celui consistant à persister dans un engagement pourtant néfaste, voire à le doubler à chaque nouvelle étape, parce qu’il est strictement impossible de reconnaître s’être fourvoyé à moins de désavouer tout ce qui a précédé).

 

Comment l’université peut-elle s’arranger de ces paradoxes, se déprendre de ce processus, et répondre aux mutations de plus en plus rapides de notre monde actuel ? C’est à ce point que je laisse – certainement très lâchement – la plume à mon ami Marie-Jean Sauret.

Marie-Jean Sauret :

J’enchaîne
… non sans que nos réflexions n’aient tenté de conjuguer quelques pistes.

 Il me revient que lorsque mon université a réuni, elle aussi, ses enseignants pour discuter du projet qui devait faire d’elle une candidate à l’excellence, j’ai posé cette question : comment faire en sorte que nous préservions notre mission de transmission des savoirs au-delà des seuls étudiants qui permettent de construire les réponses singulières au « pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien », au sens de la présence de chacun au monde, et de tresser les mises en récit ainsi obtenues afin de contribuer à un lien social partagé et vivable ? Qu’allons-nous faire de l’anthropologie, de la philosophie, de la littérature, de l’histoire, de certains pans de la psychologie (clinique…), de la sociologie, du peu de psychanalyse, etc. ?

Un collègue agacé et « riche » du soutien de quelques autres m’a renvoyé dans mes quartiers : le problème est de savoir comment notre université peut s’inscrire dans le monde de l’entreprise, devenir elle-même rentable en étant concurrentielle au point de s’imposer sur le marché du savoir, des compétences, de l’information – quitte à remiser les disciplines académiques obsolètes. Malgré la réaction offusquée du président de l’université d’alors, un historien, c’est pourtant cette transformation qui a eu globalement lieu.

Ce n’est pas que les disciplines mentionnées, pour s’en tenir à elles, aient disparu. C’est que, de façon larvée, le savoir a muté sous l’impact de la logique d’évaluation imposée par la forme contemporaine du lien social. Le mariage de la techno-science (la science opératoire) et du marché, dont naît la forme contemporaine du « discours capitaliste » s’effectue sous le privilège du savoir scientifique, avec la rigueur duquel aucun autre savoir n’est capable de rivaliser. Ce qui divise en fait le savoir de la science et les savoirs que l’on dira existentiels, ceux qui se posent la question de la vérité quand le premier ne connaît (légitimement) que l’exactitude du calcul dans une langue qui ne se parle pas, les mathématiques.

 

Or ce sujet qui s’interroge sait que la science ne peut se construire sans lui en même temps qu’il la met en échec en ce qui le concerne : il est foncièrement singulier, une exception quand la science ne peut produire qu’un savoir généralisable, vrai pour tous et pour tous les objets de même type. C’est donc ce sujet que requiert la démocratie. Et tous les savoirs qui ont contribué à la penser sont maltraités, car ils empêchent le marché de tourner en rond, de ronronner. Le seul savoir valable est celui compatible avec une allure scientifique, dont les seules valeurs sont chiffrables et relèvent du « tout évaluation ». On devine le coup d’accélérateur que cette modalité du savoir reçoit du numérique jusqu’à imposer l’intelligence artificielle comme idéal de la décision au service de « tous » …

Selon l’anthropologie idéologique qui sert le capitalisme, « l’individu » ne devrait avoir qu’une visée : la rentabilité et la jouissance, puisqu’il lui est promis une réponse à tout. Ce système est à la fois un système de prédateur et un système de frustration puisqu’il est fondamentalement mensonger : mais il récupère la frustration pour renvoyer les individus sur le marché… Et l’université joue sa partie dans ce jeu, qu’elle le veuille ou non.

Jusque-là l’université formait des professeurs : soit des sujets qui consentaient, quelle que soit leur discipline (sciences dures ou humaines…), à s’expliquer devant un auditoire avec ce qu’ils ne comprenaient pas eux-mêmes, car c’est seulement là que le savoir se déploie. Désormais l’université forme des travailleurs : l’étudiant doit apprendre à se vendre, soit se traiter lui-même comme un objet. Toutes ses compétences seront mobilisées au service d’une logique qui conduit au pire.

La science ne dit pas ce qu’il faut faire de la science : là intervient la nécessité du débat. La réponse sera éthique si l’on appelle ainsi celle que le sujet doit donner quand il n’y a pas d’autre pour répondre à sa place (ni calcul, ni morale, ni déontologie, ni comité de ceci ou de cela). Leo Szilard, qui a accompagné Einstein pour convaincre le président des États-Unis de construire la bombe atomique dans la crainte que les nazis les devancent, culpabilisé par les conséquences de son intervention, a abandonné la physique pour la biologie moléculaire. Il met en scène, dans une nouvelle, une discussion dans laquelle un intervenant lui demande ce qu’il faut faire pour éviter que cette contribution des savants à une catastrophe ne se répète(2). Avec une ironie prophétique incroyable, il répond qu’il suffit de créer des commissions d’évaluation et de demander aux chercheurs de concourir pour les valider et les financer : ils passeront plus de temps dans l’administratif, à peaufiner des projets en quête de financement, que dans la recherche !

Plutôt que d’organiser la discussion autour de notre responsabilité quant à ce que nous découvrons, renonçons à penser quitte à ce que la recherche fondamentale en souffre… à l’université, car on sait que nombre de laboratoires (à commencer par ceux qui servent des intérêts économiques, pharmaceutiques ou militaires) n’ont même pas ce genre de scrupules.

Lorsque je suis rentré dans l’Université à la fin des années 70, il y avait plus de personnels enseignants qu’administratifs. Pourtant, des appariteurs accueillaient les étudiants dans les amphithéâtres, surveillaient, ramassaient et ordonnaient les copies, le secrétariat rentrait les notes, organisait les sessions d’examens, etc. Lorsque je suis parti, plus de 40 après, il y avait plus d’agents administratifs que d’enseignants, et néanmoins les enseignants passaient la moitié de leur temps en tâches administratives ! Ainsi qu’Alain Abelhauser l’a décrit au début de ces pages, la bureaucratisation est sans doute le symptôme le plus lisible de la forme prise par le « il faut que ça marche » sous l’emprise de la logique néolibérale.

Le Discours capitaliste a non seulement mis à mal les disciplines susceptibles d’aider à penser, mais en a réquisitionné un certain nombre – les unes malgré elles, les autres consentantes – pour fabriquer l’anthropologie idéologique dont il a besoin : comportementalisme, neurosciences (partiellement), cognitivisme (idem), psychologie de la santé, psychopathologie du DSM, sociologie métrique, et les disciplines en « isme »(3)(biologisme, économisme), bref toutes les disciplines qui concourent à la « nouvelle » idéologie, celle qui prétend répondre à toutes les questions, existentielles et scientifiques, par les seuls moyens de la science : le « scientisme ».

Le sujet ne peut pas ne pas mettre sa vie en récit : dès lors que les « grands récits » (les savoirs qui se préoccupent du sens de l’existence) sont disqualifiés par le Discours Capitaliste, le « scientisme » prend leur place, imposant son « politiquement correct » et sa « religion » paranoïaque (avec lequel les formes religieuses contemporaines tentent parfois de rivaliser). Si le sujet habite bien le discours qu’il construit, ce politiquement correct le formate : de la sorte l’université, enrôlant malgré eux, innocemment, ou de façon complice, ses propres agents, devient l’un des principaux centres d’éradication du sujet et de la théorie du sujet de l’acte, de la responsabilité, sans lequel il n’est point de démocratie, un centre de diffusion de ce « politiquement correct » dont la pandémie est pire que la COVID 19. En ce sens, quel que soit son mode de gestion, l’université est anti-démocratique !

Un seul exemple : un universitaire pouvait s’insurger sur France Culture contre ceux qui incriminent le capitalisme dans la dégradation de l’université. Il mettait au défi quiconque d’en apporter la preuve expérimentale. Mais si la science, expérimentale ou non, a pour condition de bouter hors de ses conclusions le sujet qui la fabrique afin de tendre à l’objectivité et à la généralisation, alors il n’est pas scientifique de vouloir en saisir les dimensions (singularité et inscription dans le lien social) qui ne s’attrapent pas par la science ! Chacun a pu voir d’ailleurs ce que donnait la gestion à flux tendu pour des raisons strictement de rentabilité économique de la santé et de la recherche quand il a fallu faire face à la première vague de la pandémie actuelle, sans d’ailleurs que cela n’infléchisse la politique du gouvernement. Le même intervenant voyait la raison du déclin universitaire dans la dépendance politique de l’université et réclamait plus d’autonomie : on devine qu’en l’absence de discussion sur la société que nous voulons, il demande d’abandonner encore plus l’université à la concurrence et à la logique néolibérale, celle dont les tenants nous disent qu’elle a réduit la pauvreté, fait des progrès techniques extraordinaires, et nous sauvera des cataclysmes écologiques dont elle est pourtant responsable. Tel est l’impact du formatage, le résultat de la contamination : « Je ne veux pas savoir ».

En d’autres termes, certes, la démocratie universitaire suppose, sur un versant, de penser l’université au sein de la société (ses fonctions de formation et de transmission), et sur un autre d’imaginer comment régler son organisation en associant tous ses acteurs. Sur ce dernier point, c’est moins d’un maître aux allures de PDG qu’il conviendrait de mettre au poste de responsable, qu’une « intelligence » capable de mettre au travail les ressources de « l’intelligence collective » que l’université recèle encore : une sorte de « sous-commandant Marcos », en quelque sorte.

On aura compris qu’il y a donc « une question préliminaire à tout traitement de la démocratie » : quel soin apportons-nous à son sujet ? Restaurer et défendre les disciplines qui cherchent à lui rendre la responsabilité de sa position, de ses actes, sa capacité de création est un premier moyen ; solliciter « l’intelligence collective » un autre. Le discours Analytique prend sa part dans cette entreprise : ce pourquoi il est une cible du discours Capitaliste.

Partager cet article
Repost0
16 février 2022 3 16 /02 /février /2022 06:05

- Un producteur décide de tourner un film tiré d'un roman dont le personnage principal est un homme blanc. Avec l'accord du romancier ou des ses ayants droit je suppose, il transforme ce personnage en une femme de couleur.

- La production choisit une actrice connue, mulâtresse, Thandiwe Newton, née à Londres d'un père anglais et d'une mère Zimbabwéenne. Des Noires en pagaille protestent contre le fait que l'actrice n'est pas assez noire.

- La pauvre Thandiwe, qui a fait ses preuves depuis longtemps en tant qu'artiste et aussi en tant que personne de la société civile, s'excuse d'avoir pris la place et d'avoir volé un emploi à une “sœur ” vraiment noire. Pas d'avoir pris la place d'une bonne actrice, si tant est qu'elle ait été elle-même mauvaise.

Bien sûr ce type de démarche simplificatrice ne peut que se retourner contre les non-Blancs. Car chaque fois que l'ont verra un présentateur de JT noir, métis, jaune, et surtout femme, on pourra toujours se demander si la personne est là au nom des quotas et non en raison de sa qualité professionnelle.

Trois “ kow-tows ” wokistes
Partager cet article
Repost0
16 février 2022 3 16 /02 /février /2022 06:01

Un témoignage de Marie-Jean-Sauret, professeur émérite de psychopathologie clinique, sur la dégradation des conditions de travail des universitaires :

“ Lorsque je suis rentré dans l’Université à la fin des années 70, il y avait plus de personnels enseignants qu’administratifs. Pourtant, des appariteurs accueillaient les étudiants dans les amphithéâtres, surveillaient, ramassaient et ordonnaient les copies, le secrétariat rentrait les notes, organisait les sessions d’examens, etc. Lorsque je suis parti, plus de 40 après, il y avait plus d’agents administratifs que d’enseignants, et néanmoins les enseignants passaient la moitié de leur temps en tâches administratives ! ”
 
Je ne peux qu'opiner. Lorsqu'à la fin des années 80 je suis rentré de Côte d'Ivoire, où j'avais enseigné une dizaine d'années à l'Université Nationale, j'ai été frappé de constater que les conditions d'enseignement en France, pour les universitaires, étaient plus mauvaise que dans ce pays d'Afrique de l'Ouest.
Les principaux responsables de cette catastrophe sont les enseignants eux-mêmes qui ont accepté toutes les reculades, en suivant le panache blanc de présidents d'université, souvent “socialistes”, qui ont imposé leur volonté stakhanoviste à une masse d'enseignants qui ont cru – ou fait semblant de croire – qu'à leur petit niveau ils s'en sortiraient par des comportements individualistes et des solutions individuelles.
Misère des universitaires français
Partager cet article
Repost0
14 février 2022 1 14 /02 /février /2022 06:01

La secrétaire générale adjointe de l’Organisation des Nations Unies, Amina Mohammed, n’a pas de mots assez durs pour qualifier la situation des femmes dans les régions d’Ethiopie en conflit : « Les femmes éthiopiennes ont été touchées d’une manière inimaginable » et « dans vos pires cauchemars, vous ne pouvez pas imaginer ce qui  leur est arrivé », a déclaré la numéro deux de l’ONU.

 

Pour ces horreurs alimentées par la guerre, « tout le monde est à blâmer » et, au XXIe siècle, il « est inadmissible qu’un être humain puisse infliger [de telles souffrances] à un autre », a insisté Mme Mohammed, en évoquant notamment le sort d’une jeune femme violée sous les yeux de son fils de 3 ou 4 ans et désormais rejetée par son mari, sa famille et la société.

 

« La justice doit être rendue et les responsabilités établies. Quand les hommes partent en guerre, ils reviennent et ce sont des héros, peu importe les blessures qu’ils ont, n’est-ce pas ? Mais pour les femmes blessées, blessées d’une manière inimaginable, elles n’en sortent pas en héroïnes. Elles sont juste exclues ».

 

 

Pour le site Anti-K, il n’y a pas de victoire de la lutte écologiste sans lutte des classes : « Nous avons tous un rôle à jouer dans la prise de conscience globale de cette lutte de classes, par nos idées et nos actions. Mais la clé réside dans le fait que la lutte écologiste, qu’elle soit révolutionnaire ou non, ne peut passer que par la lutte des classes. Ne dit-on pas, par exemple, que « l’écologie sans révolution, ce n’est que du jardinage » ? Hé bien, il s’agit ici de faire prendre conscience aux acteurs des classes dominées qu’ils possèdent les outils pour participer à une grande séance collective de replantage ou de réensauvagemement du monde, pour pouvoir renverser, transformer les choses, et (sur ?) vivre tous ensemble. En des termes plus explicites : l’histoire de la survie de l’espèce humaine et de nombreux autres êtres vivants « n’est que l’histoire de la lutte des classes ». Car c’est bien la lutte contre l’accumulation effrénée du capital qui peut enrayer le désastre écologique qui a commencé avec la mise en place de la révolution industrielle capitaliste, et ce frein réside dans la manière dont les classes populaires peuvent se matérialiser, prendre conscience de leur aliénation, lutter pour leur intérêt et faire changer le cours de l’histoire. A nous de nous en emparer, sans dogmatisme, mais comme un outil rationnel et de lutte. »

 

 

 

Selon le site L’1dex, Le vaccin d’Astrazeneca a rapporté 2,5 milliards de dollars en 2021. Le groupe a mis fin à sa politique de vente de son vaccin à prix coûtant.

 

Le vaccin d’Astrazeneca dégage désormais des bénéfices. Le vaccin du groupe pharmaceutique suédo-britannique Astrazeneca a rapporté 2,5 milliards de dollars en 2021. «Nous avons tenu notre promesse d’un accès large à notre vaccin contre le Covid-19 dans le monde», s’est félicité le directeur général Pascal Soriot. Le laboratoire, qui a d’abord vendu son vaccin contre le coronavirus au prix de revient, contrairement à ses rivaux, avait indiqué en novembre qu’il commencerait à dégager des bénéfices sur les recettes du sérum.

 

 

Dans Le site Le Grand Soir, Bernard Tepper se demande si on peut échapper au précipice vers lequel on s’avance dans le cadre de l’UE ? « Juncker l’a dit : Il n’y a pas de démocratie contre les traités ». Il ne peut donc y avoir aucune politique progressiste dans l’UE et pour en sortir c’est l’Article 50. Mais pour en sortir faut être solide. Il y a deux gros obstacles : d’une part les Français sous-estiment le rôle réactionnaire de l’UE car il est dissimulé par les pouvoir en place, et, d’autre part, la France est dans l’Euro. La sortie ne pourra avoir lieu qu’à la faveur d’une crise paroxystique, avec une majorité solide. Dans tous les cas, comme disait Jean Jaurès : « Il faut partir du réel pour aller vers l’idéal ».

Revue de Presse (393)

 

 

Pour se quitter sur un sourire, appeler le 115 en Isère, c'est plutôt cucudge, comme on dit à Toulouse.

Revue de Presse (393)
Partager cet article
Repost0