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30 décembre 2011 5 30 /12 /décembre /2011 15:36

Qui fut le premier roi d'Angleterre ?

 

Aethelstan, petit-fils d'Alfred le Grand. Alfred ne régna que sur le Wessex (le Sud-Ouest du pays, capitale Winchester). Surnommé "le Glorieux", il régna sur l'Angleterre unifiée, après avoir soumis le roi d'Ecosse, de 924 à 939. Cet homme très pieux se fit enterrer dans une abbaye. Sa tombe existe toujours, mais pas ses restes.

 

http://www.historytoday.com/sites/default/files/aethelstan.jpg

 

 

 

D'où viennent les chapeaux Panama ?

 

Pas du tout. Ils viennent d'Equateur. Très en vogue vers 1900 chez les ouvriers pour se protéger du soleil. Le Panama est généralement de couleur ivoire avec un ruban marron ou noir. Il est entièrement réalisé en fibres naturelles et confectionné à la main. La technique de tissage vient peut-être de Polynésie.

 

Il existait des chapeau de paja toquilla 4000 ans avec Jésus-Christ. Lorsque les Espagnols les découvrirent au XVIe siècle, ils crurent, les sots, qu'ils étaient fabriqués avec la peau des ailes de chauve-souris.

 

Un Panama de qualité supérieure nécessite cinq mois de travail et coûte environ 1500 euros.

 

http://rebobine.files.wordpress.com/2008/10/sean_connery_pouis_vuitton.jpg

 

 

 Irlandais, saint Patrick ?

 

Pour sûr, non.

 

Il naquit dans le Penbrokeshire, au Sud-Ouest du Pays de Galles. Ou peut-être dans le Somerset, un comté bien anglais. Voire en Cumbrie, dans le Nord-Ouest de l'Angleterre. En vieil-irlandais, Patrick se dit Qatrikias. Son père était diacre, son grand-père prêtre (à l'époque du non célibat).

 

Vers l'âge de 15 ans, il est enlevé et emmené comme esclave en Irlande. Six ans plus tard, il s'évade vers le continent, se fait moine, a une vision et retourne en Irlande pour évangéliser l'île. Il meurt  en 461, âgé d'environ 75 ans.

 

Ci-dessous : le kit coiffure saint Patrick.

 

 

http://www.boutiquedelingeri.fr/317-778-large/kit-saint-patrick.jpg

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27 décembre 2011 2 27 /12 /décembre /2011 15:21

Le langage politique est destiné à rendre vraisemblable les mensonges, respectables les meurtres et à donner l'apparence de la solidité à ce qui n'est que du vent. (George Orwell).

 

Il s'agit aujourd'hui de sortir de 1945 et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ! (Denis Kessler, vice-président du Patronat français)

 

L'affirmation selon laquelle la démocratie fleurit là où paraît une presse nombreuse est une duperie : mille journaux qui mentent valent moins qu'une feuille de choux qui rapporte les faits réels. (Maxime Vivas)

 

 

Fin de cette rubrique tonique, réalisée à l'aide de 200 citations pour comprendre le monde, passé présent et à venir, de Viktor Dedaj et Maxime Vivas.

 

 

 

http://www.lesamisdecuba.com/Library/huma%202011/maxime-vivas_viktor-dedaj.jpg

 

 

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26 décembre 2011 1 26 /12 /décembre /2011 06:57

http://farm1.static.flickr.com/50/404462618_560c17bd0c.jpgCeux qui se sont sagement limités à ce qui leur paraissait possible n'ont jamais avancé d'un seul pas. (Mikhaïl Bakounine)

 

On dit d'un fleuve emportant tout qu'il est violent, mais on ne dit jamais rien de la violence des rives qui l'enserrent. (Bertolt Brecht)

 

La provocation est une façon de remettre la réalité sur ses pieds. (Bertolt Brecht)

 

Le succès ou l'échec d'une révolution peut toujours se mesurer au degré selon lequel le statut de la femme s'en est trouvé rapidement modifié dans une direction progressiste. (Angela Davis)

 

La misère ne rassemble pas, elle détruit la réciprocité. (Wolfgang Sofsky)

 

Ceux qui ne bougent pas ne sentent pas leurs chaînes. (Rosa Luxembourg)

 

El sueño de la razon produce monstruos. (Goya)

 

Rien n'est moins innocent que le laissez-faire. (Pierre Bourdieu)

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23 décembre 2011 5 23 /12 /décembre /2011 14:57

Ci-dessous, un article de Santiago Alba Rico repris et traduit par Le Grand Soir.

 

http://4.bp.blogspot.com/_NS6vIGqahjA/TM9Uj84D4HI/AAAAAAAAACA/bgmWAxHcP6o/s1600/nike-luxe-or.jpgIl a peu de temps, j’ai lu l’information suivante : dans un des palais de Ben Ali, le dictateur déchu, sa femme, Leila Trabelsi, gardait mille paires de chaussures des griffes les plus prestigieuses et les plus chères. Mille paires de chaussures ! Non, Madame Trabelsi n’est pas un monstre polypode obligé de marcher sur deux mille tentacules, comme pourrait peut-être l’imaginer un archéologue des temps futurs qui tomberait sur les vestiges matériels de son palais. Comme la plupart des humains, Madame Trabelsi est parfaitement constituée et elle aurait dû avoir 1.998 pieds supplémentaires — ainsi que leurs respectives jambes — pour pouvoir porter tous ses souliers. Avait-elle trop de souliers ? Ou bien avait-elle juste le pouvoir qu’il faut avoir, ni plus ni moins, pour faire fi de la relation qui existe entre un corps et un objet ? C’était là le privilège de longues années de corruption et de pillage : si Leila Trabelsi ne pouvait pas avoir plus de pieds que les autres Tunisiens, elle pouvait, par contre, avoir beaucoup plus de souliers.

Le top-model Irina Shayk, la fiancée de Cristiano Ronaldo, n’a pas non plus un nombre plus grand d’oreilles ou de poignets que les autres humains, mais elle peut arborer des boucles d’oreilles et des bracelets en diamants, cadeaux de son amoureux, pour une valeur de 117.000 euros. Ici, ce n’est pas le nombre de bijoux qui nous laisse pantois, mais le prix, et la dépense de Cristiano exige la collaboration des journalistes et des médias sans qui personne ne serait au courant de l’existence de ces trésors. Un maçon ou un comptable, éprouvent-ils moins d’amour envers leur fiancée ? Probablement non ; mais ce qu’ils ne possèdent pas c’est précisément l’argent qu’il faut, cette quantité d’argent et pas une autre, pour se distinguer d’un maçon ou d’un comptable. Si Irina et Cristiano ne peuvent avoir plus de reins ou plus de foies que les autres humains — ni les étaler sur eux — au moins ils peuvent faire pendre à leurs oreilles et à leurs poignets, comme des sujets d’une peuplade primitive, des milliers de billets de banque.


L’écart entre ce que nous sommes et ce que nous pouvons s’appelle « luxe », mot qui signifie littéralement « excès ». Nous tous nous ne sommes presque rien et, pourtant, tous nous pouvons un peu plus que ce que nous sommes, même si nous ne possédons que très peu de biens : le plus misérable des humains peut mettre une fleur derrière son oreille, il peut se sécher au soleil après une giboulée de printemps. Mais lorsque cette disproportion est déterminée par la position sociale ou économique dans un régime fondé sur l’inégalité, le « luxe » est alors une monstrueuse « équivalence ». Je m’explique : le luxe n’a rien en trop ni en moins. Il ne manque pas de pieds pas plus qu’il n’a trop de souliers ; il ne manque pas de reins pas plus qu’il n’a trop de billets de banque. Le luxe a exactement le pouvoir qu’il faut pour faire la démonstration qu’on a du pouvoir ; il a exactement la quantité d’argent qu’il faut pour bien montrer qu’on a de l’argent.


Pour le bon sens populaire, le luxe est associé à l’idée de dépense non nécessaire ou somptuaire, ce qui, à dire vrai, est une redondance puisque « somptuaire » vient du Latin « sumptus » qui signifie, littéralement, « coût », « dépense » ou « dégat » qui veut dire « destruction ». On parle par exemple des « dégâts » ou des « coûts d’une guerre  ». Je me souviens d’un passionnant philosophe français que j’ai beaucoup lu dans ma jeunesse, Georges Bataille, qui s’efforçait d’élaborer une théorie libératrice à partir de ce qu’il appelait la « dépense improductive  ». En combinant de façon provocatrice Marx, Nietzsche et Sade, il revendiquait toutes ces formes de destruction sans but, sans profit ou bénéfice, qui semblent nous situer en marge d’une logique purement économique : l’art, l’orgie, la guerre et le luxe.


Ce que Georges Bataille oubliait c’est que, sous le capitalisme, la « dépense improductive », la « destruction anti-économique », joue un rôle économique fondamental. C’est la destruction en marge de toute rationalité comptable — depuis le remplacement programmé et systématique des marchandises par des modèles nouveaux jusqu’à la doctrine du « shock », depuis la destruction des excédents jusqu’à l’usage des armes mortelles — qui reproduit le système dans son ensemble. Pour le capitalisme, ce qui est véritablement productif c’est la dépense, les dégâts, la destruction. Et cela est également vrai en ce qui concerne le luxe. Pensons, par exemple, au fait suivant : alors que nous vivons une crise sévère, le marché des produits de luxe non seulement ne connaît pas une forte inflation des prix, mais c’est celui qui voit sa demande augmenter le plus fortement. Alors qu’en Espagne le chômage ne cesse de croître de jour en jour, (il y a plus de 4.300.000 chômeurs), alors que les gens perdent leur maison et les travailleurs leurs droits, on nous informe de la création de Luxury Spain, l’Assocation Espagnole du Luxe, présidée par Beátrice d’Orléans qui nous apprend que ce secteur a représenté un chiffre d’affaires de 170.000 millions d’euros dans le monde entier, en 2010 ; « Le luxe est très difficile à combattre  » et, en outre, « il crée des emplois et il développe l’activité  », dit-elle.


Mais si nous définissons le « luxe » comme « une dépense improductive » ou comme la « différence entre ce que nous sommes et ce que nous pouvons », nous devons conclure, paradoxalement, que ce que le capitalisme ne permet pas ce sont précisément les luxes. Luxe équivaut à Humanité. La spectaculaire queue du paon royal est tout le contraire d’un luxe ou d’une dépense improductive : elle est la garantie de l’accouplement et, donc de la reproduction de l’espèce. Il en va de même des 1.000 paires de chaussures de Leila Trabelsi ou des 170.000 euros qu’Irina Shayk fait pendre à ses oreilles : ce n’est pas qu’ils soient excessifs, c’est qu’ils collent parfaitement — comme l’exhibition de paon mâle — à leur propos reproductif. Pour qu’une dépense soit réellement improductive, il faut que ce soit un investissement fait en dehors du système, un investissement en humanité. L’humanité est un luxe. C’est précisément la différence entre le rien que nous sommes et le peu que nous pouvons ; tous ces gestes non indispensables pour vivre, mais absolument nécessaires pour nous définir face à la nature, face aux paons royaux, face aux Leila Trabelsi et aux Cristian Ronaldo, en tant qu’êtres humains. Nous possédons tous, par exemple, un corps qui n’est pas seulement un ensemble de fonctions organiques qu’il nous faut conserver, mais aussi un territoire, une surface, un crochet ; nous pouvons le marquer, le peindre, lui accrocher des fanions comme pour une nation ou un décor de fête. L’ornement est ce qui définit la culture humaine, un droit de sa dignité sur-naturelle. Accrocher 170.000 euros à une oreille est un geste de barbarie et d’animalité ; accrocher une baie colorée c’est revendiquer notre humanité.


Entre ce que nous sommes et ce que nous pouvons, l’humanité est toujours somptuaire et somptueuse. Nous pouvons imaginer un grand nombre de gestes luxueux, improductifs, qui « montrent » seulement le pouvoir que nous possédons comme simples humains. Le geste d’une mère qui emmitoufle son enfant qui n’a pas froid, n’est-il pas littéralement un luxe ? Regarder dans les yeux la bien-aimée dans laquelle nous nous perdons dans le plaisir, n’est-ce pas, littéralement, un luxe ? Graver sur l’écorce d’un arbre le prénom adoré, n’est-ce pas, littéralement, un luxe ? Faire une tresse, laisser sa place assise à une personne âgée, ajouter un adjectif, pardonner à un ennemi, mettre une nappe sur la table, caresser une pensée, marcher très lentement, veiller un malade, raconter une histoire à un enfant, avoir pitié d’un assassin, tous ces « gestes » ne sont-ils pas des « luxes » ?


Le capitalisme nous interdit tous les luxes.


À bas les luxes ! Rien d’autre que ce qui est strictement nécessaire : la dilapidation, l’incendie, la destruction, la mort.


Santiago Alba Rico


http://www.rebelion.org/noticia.php?id=141519


Traduit par Manuel Colinas Balbona pour Le Grand Soir

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22 décembre 2011 4 22 /12 /décembre /2011 07:00

http://s3.static69.com/m/image-offre/9/9/8/5/9985dbe99f398dd69089e9163d26b8bf-300x300.gifC’est la meilleure de l’année : Axel Kahn sera candidat aux prochaines élections législatives contre Fillon et/ou Dati, sous les couleurs du parti socialiste, à la demande des militants de la circonscription !

 

S’il est des universitaires, des étudiants qui pouvaient encore imaginer qu’en cas de victoire à l’élection présidentielle François Hollande reviendrait sur les mesures scélérates de l’homme du Fouquet’s (la loi LRU au premier chef), ils savent désormais que ce ne sera pas le cas. Dans une interview accordée au Journal du Dimanche juste après sa décision, le toujours modeste Axel Kahn se qualifiait lui-même de candidat très emblématique, « le plus emblématique » par rapport à Fillon et Dati (link). Si Kahn est emblématique de quelque chose, c’est bien du ralliement à la politique universitaire de droite d’un homme qui n’est même pas capable de louvoyer avec habileté.

 

Il faut toujours se méfier des gens qui aiment tout le monde, qui admirent tous azimuts. Kahn a servi Fillon qu’il « connaît très bien » : « Je l’ai aidé à mener les états généraux de la recherche lorsqu’il était ministre. Nous avons sympathisé. Je l’ai revu lors des grands mouvements de grève de 2009, quand je suis allé déjeuner à Matignon pour parler en particulier du problème de la formation des maîtres. » Son frère Jean-François soutient Bayrou. Allez, vas-y, Axel : « J’aime personnellement beaucoup François Bayrou. D’abord, c’est un homme de cheval, comme moi. Il a même posé des questions au généticien que je suis pour savoir comment favoriser les saillies de ses juments! Il a des valeurs humanistes incontestables et elles me sont sympathiques. »

 

Axel Khan a dirigé de la manière la plus mandarinale qui soit une université parisienne, utilisant toutes les ressources antidémocratiques de la LRU qu’il a combattue très mollement pour la forme. En mai 2011, Pécresse et Kahn publiaient ensemble Controverses - Université, Science et Progrès, un livre de 250 pages où ces deux comparses dialoguaient furieusement. C’est ainsi que l’éditeur présentait les deux auteurs : « En tant que président de l’université Paris-Descartes, Axel Kahn se place à la pointe de la mise en oeuvre de cette réforme qu’il approuve dans sa philosophie tout en en contestant certains aspects et certaines méthodes. C’est à un dialogue parfois vif que nous invite ainsi cet ouvrage, où plusieurs sujets de fond sont abordés : réformes, diplômes, emplois, révoltes, recherche… En cette période où la notion de progrès est souvent attaquée, ces deux responsables s’interrogent sur l’avenir de nos enfants, à travers l’éducation poussée qui pourra leur être donnée… ou non. Et s’affrontent sur certains objectifs de cette éducation. » Que de violence !

 

Je reproduis ci-dessous des extraits d’une chronique des Ravages de la LRU de mai 2011 où, avec d’autres, je mettais en garde mes lecteurs contre les agissements d’Axel Kahn (link) :

 

 

La LRU est une arme de guerre conçue par l’hyperbourgeoisie internationale pour privatiser l’enseignement supérieur français et sortir ses personnels de la Fonction publique en une génération. Ont lutté contre cette ignominie, outre, évidemment, toutes les bonnes volontés individuelles, le Snesup, la CGT, Sud, une partie du syndicat autonome (droite), le Parti communiste, le NPA, le Parti de gauche, ainsi que deux associations d’universitaires : Sauvons l’Université ! et Sauvons la Recherche !. Le SGEN-CFDT, l’UNSA, le Parti socialiste (très tardivement) se sont fort mollement opposés à Pécresse. Les deux confédérations syndicales participent désormais à la gestion de l’Université de manière plutôt zélée. Le Parti socialiste, qui n’a jamais condamné globalement la logique de la LRU, ne prévoit pas de faire abolir cette loi en cas de victoire aux prochaines élections présidentielle et législatives.

 

Un psychodrame vient tout récemment de se dérouler autour de la personne de Bertrand Monthubert, ancien animateur de Sauvons l’Université !. Scientifique de premier plan, Monthubert a joué un rôle déterminant dans le combat contre la LRU. Membre du Parti socialiste, il a choisi d’accepter, après s’être retiré de la direction de SLU, des fonctions éminentes dans ce parti.

 

Le Parti socialiste avait décidé d’inviter à Toulouse (la ville où exerce Monthubert) Étienne Boisserie, l'actuel président de Sauvons l’Université !, à l’occasion d’une journée consacrée à l’université. Très choqué par le programme du Forum des idées du PS, Boisserie, dénonçant la manière dont ce parti accompagne les réformes de la droite en matière d’enseignement supérieur et de recherche, vient d’adresser une lettre ouverte à Monthubert ;

 

Cher Bertrand Monthubert,

Je vous remercie de votre invitation à venir assister aux débats du PS à Toulouse.

J'ai bien entendu regardé attentivement l'organisation de vos travaux, les thèmes abordés et les personnalités invitées. Pour vous dire les choses avec une franchise que je juge préférable, connaissant les combats que vous avez menés, je dois bien avouer une grande déception. De toute évidence, vous avez totalement oublié les représentants des personnels (toutes catégories confondues), un certain nombre de thèmes et de secteurs fondamentaux de nos universités, et particulièrement ceux qui souffrent déjà – et continueront de souffrir – des effets des “ réformes ” conduites depuis 2007. J'entends bien qu'un président d'université – a fortiori quatre – a une certaine expérience des RCE et de l'application de la loi LRU, mais cela ne vous aidera certainement pas à calibrer l'indispensable balayage des effets les plus délétères de la LRU et des graves dysfonctionnements introduits dans les structures universitaires par les différents « -ex » que nombre de vos invités ne manqueront d'ailleurs pas de louer. Au demeurant, l'idée d'inviter à vos travaux un « grand témoin » qui, la veille, aura présenté dans une librairie parisienne le livre qu'il cosigne avec la ministre, permettant ainsi à celle-ci de vanter urbi et orbi son miraculeux « bilan », est un pied de nez qui doit être apprécié à sa juste valeur.

 J'entends bien, par ailleurs, que « l'innovation » – qui se substitue bien trop à la « recherche » pour ne pas devoir susciter quelques interrogations – est une composante essentielle du discours ambiant, mais quid de pans entiers de l'université ? Des SHS ? Des IUT ? Quid des conditions de travail des personnels soumis à la RGPP – les Biatoss depuis un moment, les enseignants-chercheurs sous peu ?

 Beaucoup de « vedettes » et de discours convenus en perspective, un mauvais signal adressé à la communauté universitaire, une incapacité à poser un diagnostic autrement qu'avec ceux qui ont accompagné – ouvertement ou dans les faits, avec zèle ou toute honte bue – des transformations redoutables.

 Avez-vous oublié que votre groupe parlementaire avait, en plein mouvement de 2009, certes tardivement, mais clairement, pris position contre la loi LRU ? Avez-vous oublié que vous-même aviez pris une telle position au même moment ? Êtes-vous en train de vous préparer à annoncer au nom du Parti, comme M. Cambadélis l'a fait en son nom dans le JDD du 8 mai, que la réforme des universités est « peut-être » la seule réussite du quinquennat de Nicolas Sarkozy ? Votre idée de « la société de la connaissance » ne cache-t-elle pas une conversion définitive à « l'économie de la connaissance ? Et, enfin, pourquoi diable avoir pris la peine de consulter les associations SLR et SLU en décembre dernier si c'était pour produire un tel cadre de débat et de réflexion publique ?

 Je reconnais bien volontiers que ce courrier n'est pas une réponse courtoise à votre aimable invitation, mais comment un parti comme le vôtre peut-il à ce point évacuer autant de dimensions du problème de l'enseignement supérieur et de la recherche ? Comment peut-il aussi durablement éviter de tracer des priorités nouvelles pour un secteur gravement affecté depuis 2007. Or, il est consternant de constater qu'aucun de vos invités – à l'exception sans doute de votre élue régionale – n'a jamais pris la mesure de ces bouleversements et des effets néfastes des réformes en cours, quand il ne s'en est pas réjoui au nom d'une « excellence » qu'il est désormais convenu dans les cercles « réalistes » d'invoquer à tout bout de champ, comme jadis, en d'autres lieux, on en appelait aux mannes du « socialisme scientifique » ? Mesurez-vous vraiment – votre parti, pas vous-même – le degré de renoncement atteint, qui consiste à copier le discours de l'adversaire par crainte du discrédit ?

 Cela ne remet pas en cause mon estime pour le militant que vous fûtes, ni mon espoir d'une alternance politique. Mais cela ne sera pas à n'importe quel prix et vous devez prendre enfin la mesure du désarroi des femmes et des hommes sans lesquels l'université n'existe pas. Je ne doute pas que le programme de votre « Forum des idées » - certains d'entre nous y ont lu un « Forum des Idex » - provoquera chez beaucoup d'entre eux un sourire mi-las, mi-désabusé, chez d'autres une grande inquiétude.

 En espérant que votre parti saura un jour comprendre que ce n'est pas seulement d'une alternance dont l'Université et la Recherche ont besoin, mais bien d'une alternative aux politiques en cours, je vous prie de croire, cher Bertrand Monthubert, en mes sentiments les plus cordiaux.

 Étienne Boisserie

 Président de Sauvons l'université !

 

 Deux remarques explicatives avant de poursuivre. Le “ grand témoin ” dont parle Boisserie, qui a cosigné un livre avec Pécresse, n’est autre que le président de l’université Paris V, élu en 2007. Homme assoiffé de pouvoir et de reconnaissance, Axel Kahn eut, pendant la lutte contre la LRU, une attitude plus qu’ambiguë de soutien voilé aux agissements de la droite. Dans sa jeunesse, Kahn fut membre du Parti communiste puis, brièvement, du Parti socialiste. Il est vice-président des Amis du journal L’Humanité et fut membre – au titre de ses compétences en génétiques, peut-être – de la commission de révision de la Constitution française présidée par Simone Veil. Bref, l’homme navigue à la godille, un pied dans chaque camp. Heureusement, il n’y a que deux camps. Je n’ai aucune compétence pour évaluer le savant. Je note ceci dans la page Wikipédia qui lui est consacrée :

 

« Présenté parfois par les médias comme le « généticien français le plus renommé en Europe », Axel Kahn ne figure cependant pas dans la liste des 137 scientifiques français les plus cités, établie par l’Institute for Scientific Information. Cette liste comporte une bonne dizaine de généticiens français, parmi lesquels Pierre Chambon, Daniel Cohen, Jean-Louis Mandel, Marie-Geneviève Mattéï et Jean Weissenbach. Il a néanmoins publié plus de 500 articles dans des revues internationales. »

 

Dans sa lettre, Boisserie joue avec le suffixe “ ex ”. Il faut savoir que les inventeurs de la LRU et les nombreux universitaires qui la soutiennent se gargarisent désormais du concept d’excellence. Cette notion bidon sert à mettre les institutions universitaires en compétition les unes avec les autres, tout comme les personnes. C’est ainsi qu’ont été créés des “ laboratoires d’excellence ” ou Labex. Une minorité de labos pourra bénéficier de cette prestigieuse étiquette et des subventions afférentes. Mais à l’intérieur de ces labos remarqués, seuls 30% des personnels pourront se prévaloir de l’excellence. On imagine donc la lutte à couteaux tirés entre les labos et à l’intérieur même de chaque labo. Ce n'est pas le lieu de se demander ici combien de ministres pourraient bénéficier du label...

 

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20 décembre 2011 2 20 /12 /décembre /2011 06:32

Je rappelle que c'est toujours sur les ondes délicieuses de la vigoureuse Radio Mon Païs que je propose cette revue de presse hebdomadaire différente de celle d'Ivan Levaï, dans l'émission de Maxime Vivas “ Excusez-moi de vous interrompre ” (99.1)RP2

 

Selon Bernard Cassen, dans Mémoires des Luttes, La mafia de la finance s’installe directement au pouvoir : Les gouvernements européens ne se donnent même plus la peine de le cacher : toutes leurs décisions ont pour seule et unique motivation de donner des gages aux marchés financiers, avec les agences de notation dans le rôle de distributeurs de bons et de mauvais points. À Athènes et à Rome, la finance a réussi un double exploit : non seulement elle a conforté la déconnexion entre la sphère économique et financière et la sphère politique, mais elle s’est carrément installée dans cette dernière. Jusqu’ici les banquiers avaient comme interlocuteurs politiques des élus, maintenant ils dialoguent avec d’autres banquiers.

J’ajouterai pour ma part que l’Europe est désormais dirigée par ce que Serge Halimi dans Le Monde Diplomatique appelle, sans malheureusement forcer le trait, des « juntes civiles ».

Une grave question posée par The Lancet : Faut-il prescrire la pilule aux bonnes sœurs ? Pour prévenir les cancers génitaux auxquels elles sont exposées du fait de leur chasteté, les religieuses catholiques devraient pouvoir bénéficier de contraceptifs hormonaux. On attend la réponse du Vatican.

 

Il y aura bientôt trois siècles (c’était en 1713), un médecin italien, Bernadino Ramazzini, observait que les sœurs catholiques présentaient ce que l’on n’appelait pas encore une maladie professionnelle: il avait noté que ces femmes (ayant fait vœux de célibat, de chasteté et de vie monacale) souffraient avec une fréquence anormalement élevée de cancers du sein.

Un entretien très intéressant d’Annie Ernaux avec Blandine Grosjean pour Rue 89. L'œuvre d'Annie Ernaux est très fortement marquée par une démarche sociologique bourdieusienne qui tente de « retrouver la mémoire de la mémoire collective dans une mémoire individuelle ».

Annie Ernaux revendique une écriture neutre, « sans jugement, sans métaphore, sans comparaison romanesque », et évoque un style « objectif, qui ne valorise ni de dévalorise les faits racontés »

Annie Ernaux : La coupure est à l'intérieur de moi. Ce sont deux mondes irréductibles. La lutte des classes est en moi. J'ai un mode de vie, une façon physique d'apparaître qui est celle de la classe dominante, je ne vais pas me le cacher. Mais je sais quelle était ma vision de petite fille, d'adolescente, et ce n'est pas réconciliable. Ma mémoire est dans un monde et ma vie est dans un autre et ça, c'est insupportable.

J'ai vu mon père travailler de ses mains, et pourtant je viens là, à Gallimard. Il n'y a pas de réconciliation, sinon sur un plan politique. Mais intérieurement, ce n'est pas possible.

Vous sentez-vous « traître » à votre classe ?

Je ne vais pas dire que je me sens traître, mais j'ai tout de suite conscience qu'il y a des mondes ennemis, des classes sociales, qu'il y a de la liberté d'un côté et de l'aliénation de l'autre. Oui, j'ose employer ce terme marxiste, et on va pas me la faire « Mais non, il est très heureux cet homme qui fait des choses de ses mains. »

Pendant que l’homme du Fouquet’s et ses gens organisent la misère au profit de la finance, des gens formidables comme Julien Lauprêtre et tous ceux qui militent avec lui au Secours populaire s’efforcent de panser quelques plaies.

 

Le dernier numéro de Convergence, l’organe su Secours populaire, évoque l’existence à La Rochelle de l’Escale, un établissement visant à accueillir dans la dignité les personnes âgées dépendantes, en grande pauvreté. Les maisons de retraite ne s’empressent pas d’accepter des personnes souvent atteintes de troubles du comportement et qui ont vieilli avant l’heure. Ces pauvres qui ont longtemps évolué en marge de la société éprouvent de réelles difficultés à investir les lieux. « Ayant toujours affirmé leur liberté », estime une infirmière, « ils admettent mal leur dépendance. Ils revendiquent leur marginalité, mais ont aussi sans cesse besoin de notre aide. » Ils ont réduit leur consommation d’alcool. Des diabétiques se passent désormais d’insuline. Ils craignent moins de mourir un jour seuls dans la rue.

 

Dans Siné Hebdo, Véronique Brocard évoque les conditions de travail des gardiens de musée, en lutte devant les Prud’hommes. Le métier n’est pas facile. Bien-sûr, il y a l’obligation de respecter une certaine tenue dans les salles – ne pas manger, ne pas boire, ne pas écouter de musique, ne pas mâcher de chewing-gum –. Il y a les pauses qui passent trop vite (vingt minutes le matin, une heure à midi, dix minutes l’après-midi). L’attitude des gardiens de musées est contrôlée en permanence par des responsables qui passent dans les salles. « La société nous fournit l’uniforme gris mais pas les chaussures qui doivent être obligatoirement noires. Gare à nous si elles ont un liseré blanc ou si nous mettons des chaussettes blanches. Gare à nous si nous fermons les yeux deux secondes, ils nous reprochent de dormir même si ce n’est pas vrai. Un jour, pour me punir, ils m’ont fait garder une rotonde vide. Pendant quatre mois, je n’ai vu personne, je fixais un petit morceau de carrelage pour tenir le coup ». Tout cela pour 1300 euros brut par mois.


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19 décembre 2011 1 19 /12 /décembre /2011 16:13

http://im.quirao2.com/qimage/p/moy300/p1/automate-musical-lutece-creation-le-petit-marquis-au-002.jpg

Je reprends ici un article que Pierre Dubois vient de publier dans son fort utile blog (link) sur le dernier livre de Laurent Wauquiez

 

 

Laurent Wauquiez Le Prétentieux


Laurent Wauquiez, agrégé d’histoire, énarque et Conseiller d’Etat, ci-devant Ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, délaisse les affaires courantes de son ministère. Il a le temps d’écrire. Il vient de publier un livre chez Odile Jacob, La lutte des classes moyennes.

Oser paraphraser le titre d’un ouvrage de Karl Marx qualifie bien le personnage : il a une prétention démesurée. Il veut s’imposer dans l’histoire des idées. ”Les classes moyennes, aspirées vers le bas de l’échelle sociale, luttent pour leur survie, trop souvent dans l’indifférence générale”. Laurent Wauquiez ne manque pas d’air. Enfant des classes supérieures, il a, à ce titre, bénéficié de tous les privilèges : accès aux écoles les plus prestigieuses et scolarité dans l’enseignement supérieur qui a coûté 230.000 euros à l’Etat. Pourquoi n’a-t-il pas plutôt écrit un ouvrage sur les moyens d’assurer la circulation des élites ? Une véritable mobilité sociale exige que les classes supérieures ne restent pas boulonnées au dernier étage de l’ascenseur social.

Laurent Wauquiez ne fait pas le job pour lequel il est payé. Il fait campagne pour Nicolas Sarkozy et court les médias. Hier soir, il était invité de l’émission de Laurent Ruquier, “On n’est pas couché”, pour y faire la promotion de son livre. Audrey Pulvar, journaliste et compagne d’Arnaud Montebourg, “a, selon le Figaro, ”méchamment épinglé son bouquin” ; le quotidien de droite monte au créneau  : le Ministre est tombé dans un “traquenard”. Visionner le débat.

 

Ce jeune Ministre du SUP me fait honte. Ce genre de débat à la télé, où tout le monde se connaît et s’appelle par son prénom, est par définition stérile. Seule importe la polémique. Plus la polémique est violente, plus Ruquier est content. Pas de débat de fond : qu’entend le 1er partout par “classes moyennes” ? Les ouvriers qualifiés et les employés de bureau - il les cite - en feraient-ils partie ? Livre scientifique ? Nenni : “il est uniquement fondé sur des exemples“. Wauquiez déstabilisé cherche un moment à se dédouaner : “je tape même sur les profiteurs d’en haut”. Près de deux millions de téléspectateurs. 

Ce jeune Ministre du SUP me fait honte. Il a un mépris surdimensionné pour les enseignants-chercheurs. Il les humilie : pas de problème pour lui pour faire éditer un livre par un éditeur patenté alors que bien des EC en sciences humaines et sociales ont un mal énorme à se faire publier ; pas de problème de comité de lecture ; pas de problème d’enquêtes, de documentation, de sources et d’administration de la preuve. Un livre qui n’est fondé que sur des exemples est un déni de la méthode scientifique. D’ailleurs, est-ce le Ministre qui l’a écrit ? Combien de petites mains ?

Ce jeune Ministre du SUP me fait honte. Pourquoi ne balaie-t-il pas devant la porte de son ministère ? Les enseignants-chercheurs vivent un déclassement continu depuis plusieurs décennies. Ils appartenaient aux classes supérieures de la Nation ; le descenseur social les projette aujourd’hui dans les classes moyennes. Le Ministre a-t-il des idées pour les faire remonter à l’étage le plus haut de l’ascenseur ? Non, le 1er partout est à court d’idées.

Les personnels BIATOS de l’enseignement supérieur vivent, eux aussi, un déclassement continu. Ceux qui sont fonctionnaires de catégorie B appartenaient aux classes moyennes. Titulaires d’un diplôme de bac+3 ou 5, le descenseur social les pousse aujourd’hui vers les classes populaires. Et que dire des personnels de catégorie C et des personnels précaires ?

Ce jeune Ministre du SUP me fait honte. Qui va oser porter plainte pour faute professionnelle contre un ministre qui ne fait pas le job pour lequel il est payé ? Qui passe plus de temps à courir les médias et à mettre en scène ses déplacements sur le terrain pour flatter telle ou telle université que de temps à résoudre les questions qui lui sont posées par ses personnels et par leurs représentants syndicaux.

Qui oserait ? Les syndicats étudiants qui ont obtenu les modalités de contrôle des connaissances les plus laxistes qui aient jamais existé ? La CPU, les Présidents d’université invités à sa table et qui se satisfont de maigres obolessur le GVT, la sécu étudiante et les primes sociales interministérielles ? Vivement mai 2012 ! Que Laurent Le Prétentieux crée alors un CLAM, un Centre d’analyse des CLAsses Moyennes ! Luc Ferry pourrait lui donner quelques conseils.

Ce jeune Ministre du SUP me fait honte. Laurent Wauquiez, vous et moi, nous sommes issus d’une famille textile du Nord de la France. Vos grands-parents étaient des patrons, les Wauquiez et les Motte. Mes grands-parents, mes parents, mes cousins et cousines étaient des ouvriers du textile. Votre famille a-t-elle subi un déclassement quand elle a fermé ses usines ? Bien sûr, vous n’avez pu entendre les conversations qui attristaient et révoltaient les réunions de ma famille à chaque nouvelle fermeture d’usine. Oui, Laurent Wauquiez, puisque vous reprenez le langage de la lutte, vous êtes pour moi un ennemi de classe ! Mon père aurait ajouté dans son patois tourquennois : “ce Ministre n’est qu’un p’tit péteux et j’en ai connu beaucoup des p’tits péteux devenus patrons parce qu’ils étaient fils de patrons” !

 

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16 décembre 2011 5 16 /12 /décembre /2011 16:01

Un récent article de Télérama (n° 2773), “ Destination Auschwitz, les visiteurs du noir ”, m’a interpellé car il posait un problème grave auquel j’ai été moi-même confronté. Je passe rapidement sur le fait que plus un secrétaire de rédaction n’est capable de concevoir un titre d’article sans se fendre d’un jeu de mots douteux (visiteurs du noir, visiteurs du soir).

 

L’extermination des Juifs ayant été un crime indépassé, peut-on considérer les lieux du génocide comme d’autres lieux mémoriels ? À l’évidence : non. D’autant qu’en cette ère de marchandisation totale du monde – la Pologne capitaliste n’y échappant évidemment pas – les endroits où fut commis l’abomination, banalisés par leur rentabilité, perdent à grande vitesse leur caractère, je n’irai pas jusqu’à dire sacré, mais à tout le moins officiel, exemplaire.

 

Rappelant au passage que des hommes d’affaires avaient tenté d’installer une boîte de nuit à deux pas du camp d’Auschwitz, Télérama nous montre des photos de groupes de jeunes, pas pires que d’autres, posant, hilares, sur la voie ferrée menant aux crématoires. L’hebdomadaire explique à quel point Auschwitz est devenu un « produit d’appel » pour la ville historique de Cracovie, et comment des tours-opérateurs vendent pour 20 euros une excursion vers le camp à l’intérieur d’un paquet bon marché pour une journée à partir de n’importe quelle capitale européenne.

 

Télérama a sollicité le témoignage d’Alain Finkielkraut, dont le père fut déporté et revint miraculeusement d’Auschwitz. Ce camp est devenu, dit-il, « le Djerba du malheur ». Finkielkraut ajoute :

 

« Je suis allé à Auschwitz dans les années 80, dans des conditions qui n’ont rien à voir avec celles qui sont ici décrites. Je me souviens d’avoir pu marcher, notamment dans le camp de Birkenau, sans croiser personne. J’y allais pour des raisons personnelles, c’est là qu’une partie de ma famille a été déportée, dont mon père. Mais je dois dire que même dans ces conditions optimales le recueillement est très difficile. Il est beaucoup plus aisé de se représenter les choses lorsqu’on lit Si c’est un homme de Primo Levi que lorsqu’on visite un camp. Le camp est nu, abstrait, dépouillé de tout. »

 

Je partage pleinement cette approche, en ajoutant que la lecture des livres de Primo Levi ou de Robert Antelme ne produit pas de PNB. J’apprécie d’autant plus cette analyse de Finkielkraut qu’il avance une proposition concrète fort intelligente pour aujourd’hui et demain :

 

« Je préconise depuis trente ans la création d’un État palestinien, je critique l’immobilisme actuel du gouvernement israélien, et je crois qu’on peut le faire sans transformer les Israéliens en nazis. Mais il faut aussi sans cesse rappeler que les descendants des victimes ne sont pas eux-mêmes des victimes. La surenchère victimaire n’a pas lieu d’être, il n’y a plus de victimes. Défendre la spécificité de l’extermination des Juifs, ce n’est pas réclamer une position plus haute pour soi-même. Mon père a été déporté, je ne suis pas déporté, et les descendants d’esclaves ou de colonisés devraient raisonner exactement de la même manière, alors pourraient-on sortir de cette horrible guerre des mémoires qui fait rage aujourd’hui. »

 

Pour en revenir au problème posé plus haut, l’alternative n’est pas simple. Ne plus se rendre dans les lieux de la barbarie nazie, c’est enfouir le souvenir de l’horreur. S’y rendre, c’est faire le jeu des marchands du temple, c’est trafiquer – dans tous les sens du terme – l’histoire.

 

Il y a quarante ans, j’ai visité une première fois la maison d’Anne Frank à Amsterdam. Moins de trente ans après la déportation de la famille. Les autorités avaient laissé la demeure pratiquement en l’état. Parvenu devant l’étagère de livres pivotante qui cachait l’escalier menant au grenier aménagé par les Frank en appartement de fortune, je fus étreint par une émotion violente qui me ramena en fait à moi-même. J’avais lu le Journal, j’avais vu le film hollywoodien. Mais à ce moment précis, dans une autosuggestion qui me fit croire qu’Anne allait descendre de l’escalier, je ressentis concrètement pour la première fois de ma vie ce qu’avait été le calvaire des Frank et de tous les Juifs traqués par les nazis. Nous n’étions qu’une poignée dans l’escalier pentu de la maison (à Amsterdam, tous les escaliers sont raides). Un petit groupe silencieux, recueilli. Les mots n’étaient pas nécessaires.

 

http://img.deco.fr/0290017104435268-c2-photo-oYToyOntzOjE6InciO2k6NjU2O3M6NToiY29sb3IiO3M6NToid2hpdGUiO30=-la-maison-d-anne-frank.jpg


 

Je suis retourné en ces lieux il y a une dizaine d’années. Avec l’assentiment de la famille, je ne sais trop, les édiles municipaux ont agrandi la maison et l’ont transformée en une sorte de musée à caractère et usage généraux. Des photos de déportés vues cent fois nous éloignent d’Anne Frank. La maison ancienne manière était un lieu trop métaphysique, pas suffisamment racoleur ou commercial. Lors de cette visite, je fus amené à suivre péniblement une longue ligne de touristes étatsunien au sein desquels une famille nombreuse se distinguait bruyamment par des « look at that ! », « incredible ! », « Mum, the photos’s shocking ! ». N’y pouvant plus, je leur lançai un « bouclez-la ! ».

 

      What did you say ?, demandèrent-ils interloqués.

      I asked you to clam it up, rétorquai-je.

 

Nous eûmes la paix quelques minutes.

 

http://www.annefrank.org/ImageVault/Images/id_7336/width_520/height_520/compressionQuality_80/scope_0/ImageVaultHandler.aspx

 

Récemment, un de mes amis allemands septuagénaires, dont la famille fut victime du nazisme, me demanda de l’accompagner à Oradour-sur-Glanne. Cela me posait un problème matériel car je n’étais pas trop libre à ce moment-là. Je lui demandai pourquoi il ne pouvait s’y rendre par lui-même. Il me répondit – ce qui me fit chaud au cœur – que j’étais son meilleur ami français et qu’il ne pouvait visiter ce lieu autrement qu’avec moi. Nous y allâmes, donc. Sur place, il ne me demanda pas de le prendre en photo devant une carcasse de voiture calcinée ou dans l’église où avaient péri par le feu des centaines d’hommes, de femmes et d’enfants.

 

PS : lire le commentaire de Pierre Verhas (http://uranopole.over-blog.com/) sous l'article. Pierre me transmet une photo du camp d'Esterwegen en Allemagne, dont il parle longuement :

 

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16 décembre 2011 5 16 /12 /décembre /2011 06:50

http://www.chambe-aix.com/recit_voyage/images/colombie_transport_rail.jpgEn Colombie, se déroule actuellement une réforme des universités "à la chilienne". Dans le mauvais sens, donc. Ci-dessous, un article de Rosmerlin Estupiñan Silva pour Mémoire des Luttes.

 

Au Chili, le mythe de l’éducation inclusive favorisant la mobilité sociale s’est brisé après la prise de contrôle de la finance sur le système éducatif. L’espoir individuel d’ascension sociale est anéanti par la réalité écrasante du chômage et du surendettement des familles, lié la plupart du temps à la nécessité, pour ces dernières, de contracter des dettes pour financer les études de leurs enfants.

Non loin de là, en Colombie, les secteurs financiers se préparent également à mettre la main sur l’enseignement supérieur. Le 3 octobre 2011, le ministère de l’éducation nationale a présenté devant la seizième commission de la Chambre du Congrès de la République le projet de loi 112/2011C dont l’objectif est de « réformer » l’enseignement supérieur en révisant l’ancienne loi 30/1992.

A cette occasion, le gouvernement dirigé par Juan Manuel Santos et le mouvement social pour la défense de l’enseignement supérieur se sont livrés à leur première confrontation. Résultat : le retrait provisoire du projet de loi, le 9 novembre 2011. Cette situation laisse ouvert le débat public sur le modèle d’enseignement souhaité en Colombie.

La réforme envisagée par le gouvernement constitue une caricature importée du système éducatif étasunien. Il s’agit, entre autres, de promouvoir le développement du modèle des universités mixtes de droit privé (article 37), l’augmentation des droits d’inscription (jusqu’à 20% selon l’article 149 du projet de loi), les gels d’augmentation du budget de l’enseignement (article 145), la fusion, sans le moindre contrôle de qualité, des instituts techniques et des universités (articles 57-59).

Le projet vise à soumettre l’enseignement supérieur aux milieux financiers. En pratique, un système d’emprunt est imposé à tous les niveaux pour les étudiants, les universités, ainsi que pour le ministère de l’éducation nationale lui-même. Si cette « réforme » voit le jour, l’endettement constituera la principale source de financement de l’enseignement supérieur (articles 152-162).

Depuis le 12 octobre, 32 universités publiques et 67 universités privées sont en grève, et le mouvement pour la défense de l’enseignement supérieur a multiplié les mobilisations dans les rues. Depuis, il ne cesse de se développer malgré le silence assourdissant des médias nationaux et internationaux.

A Cali, ce même 12 octobre, un étudiant en médecine, Jean Farid Chan Lugo, a été assassiné alors qu’il participait aux protestations au côté de 15 000 autres personnes. Deux universités publiques parmi les plus importantes du pays (l’université d’Antioquia et l’université industrielle de Santander) ont été investies par l’armée. Celle-ci y est toujours présente. Le bilan de ces interventions est lourd. Les étudiants blessés ou détenus se comptent par dizaines.

Les 19 et 26 octobre, ainsi que le 3 novembre, des audiences publiques télévisées se sont déroulées au sein du Congrès de la République. Un groupe de parlementaires a réussi à faire convoquer la ministre de l’éducation nationale afin qu’elle soit confrontée à la communauté universitaire (étudiants, professeurs, personnels administratifs, recteurs et parents) qui, depuis 7 mois, réclamait l’organisation d’un débat public. Le premier projet de réforme avait en effet été annoncé le 12 avril.

La montée de la pression a poussé le gouvernement du président Santos à annoncer, le 9 novembre, le retrait temporaire du projet de loi jusqu’à la prochaine session parlementaire qui débutera en juillet 2012, en échange de la levée immédiate de la grève. Ainsi, depuis le 16 novembre, le retour des étudiants dans les cours coïncide avec l’ouverture d’un débat sur l’avenir de l’enseignement supérieur colombien. L’enjeu est de taille : quel modèle de société souhaitons nous ?

 

Transposition du modèle chilien

Le gouvernement colombien essaie d’appliquer doctement les exigences de la finance, notamment celles formulées par la Banque mondiale. De ce point de vue, la Colombie inscrit ses pas dans ceux du Chili, mais va plus loin en faisant également siennes les exigences des États-Unis et de l’Union européenne (UE) contenues dans les traités de libre-échange (TLC) déjà signés (avec les États-Unis le 10 octobre) et à venir (avec l’UE en 2012 sous la forme d’un accord d’association).

Il suffit d’étudier le document intitulé Stratégie Éducation 2020 de la Banque mondiale pour se rendre compte de quelle manière cette dernière exige une réforme du système éducatif à tous les niveaux, la généralisation du modèle mixte à prédominance privée, la soumission de l’éducation aux besoins de l’entreprise et à la rentabilisation économique du système [1].

Déjà en 2002, lorsque l’ex-président Alvaro Uribe Velez avait imposé l’acroissement de la place de l’emprunt dans l’enseignement supérieur, le mouvement social avait montré qu’il s’agissait de renforcer les universités privées au détriment des universités publiques [2]. Aujourd’hui, les étudiants colombiens s’endettent sans aucune garantie de l’État en cas d’impossibilité de remboursement. Et ce, alors que les taux d’intérêt annuels pratiqués peuvent atteindre 12%, soit le double de ceux appliqués au Chili ! La conséquence, pour les familles colombiennes, est que les parents et les grand-parents doivent mobiliser tout leur patrimoine pour rembourser les dettes de leurs enfants étudiants.

Comme le montre le cas chilien, les jeunes qui entrent dans la vie professionnelle sont déjà endettés à hauteur de plus de 180% de leurs revenus (plus de 200% pour les plus pauvres d’entre eux). Lorsque les jeunes diplômés trouvent un travail, ils doivent consacrer environ 20% de leur salaire au paiement de leur dette pendant au moins 15 ans.

Pendant les quarante dernières années, l’enseignement supérieur en Colombie était considéré comme un investissement de la société pour former la conscience critique des citoyens et construire l’avenir de la nation. En 2011, le message envoyé par le gouvernement est clair : la Colombie n’a plus besoin de professionnels universitaires pour penser l’avenir du pays, mais de travailleurs formés pour appuyer sur les boutons de machines importées de transnationales étasuniennes et européennes.

La Colombie est le pays où le financement public de l’enseignement supérieur est le deuxième plus faible de l’Amérique latine : 0,3% du PIB pour 2012. A titre de comparaison, il faut savoir qu’en termes de budget investi, une année de corruption en Colombie représente deux ans de financement de l’enseignement supérieur, et que le coût d’une année de guerre dans notre pays en représente huit.

La réforme « à la chilienne » de l’enseignement supérieur en Colombie agit directement sur trois dimensions fondamentales : la qualité, l’autonomie et le financement.

Perte de qualité

Le rideau de fumée consistant à annoncer un maintien de l’offre éducative cache mal une réalité : le budget public annuel consacré à chaque étudiant en 2002 représentait 2 257 euros. En 2011, il n’était plus que de 1 317 euros. Avec la réforme, il passerait à 300 euros.

La réforme prévoit également la fusion des institutions techniques et universitaires, sans augmentation des budgets et sans préciser quels seront les objectifs qualitatifs de chaque institution.

Elle affirme la nécessité d’inverser la part des étudiants inscrits dans les filières universitaires et celle des inscrits dans les filières techniques : actuellement, 65% des étudiants sortent de l’université et 35% des institutions techniques et technologiques. Cette perspective est réellement préoccupante lorsque l’on sait à quel point l’enseignement technique est de mauvaise qualité en Colombie.

Enfin, seul 43% de l’enseignement supérieur colombien est public. Le gouvernement veut clairement s’appuyer sur le secteur privé pour développer ce secteur sans investissements publics.

Fin de l’autonomie universitaire

Pour arriver à son but, la réforme prévoit d’encadrer et de strictement conditionner les budgets des universités publiques. Il s’agit ici d’organiser la perte d’autonomie de ces dernières, l’incapacité de penser les programmes des filières en fonction des besoins de la société, l’impossibilité de décider de la qualité et des thèmes de recherche. Tout doit désormais passer sous le contrôle du ministère et être soumis aux règles de la concurrence et du marché (article 27).

Privatisation

Le budget de l’enseignement supérieur, s’il suit la voie du modèle chilien, serait désormais financé par des dispositifs d’endettement. L’Etat devrait assigner en justice tout individu emprunteur en cas de non paiement (articles 157-159). Les prêts, ainsi que leurs taux d’intérêt, seraient, eux, fonction de la santé financière de l’État. Cela signifie donc qu’ils seraient soumis aux aléas des crises économiques internationales et intérieures.

Par ailleurs, l’université colombienne devra s’ouvrir au marché à travers la constitution d’ « entités à capital mixte avec prédominance de capital privé » régies par le droit privé. Il s’agit d’une porte ouverte aux transnationales pour franchiser l’enseignement supérieur (dans le TLC signé entre la Colombie et les Etats-Unis, ce secteur est abordé au chapitre XI de l’accord).

Il faut savoir que l’enseignement supérieur en Colombie est déjà privatisé au niveau des Masters et du doctorat par le biais des frais d’inscription. D’où les vagues d’étudiants colombiens qui émigrent pour se spécialiser.

Pour sa part, la recherche est déjà largement privatisée à travers le mécanisme de vente de services aux entreprises. De plus, depuis la loi 30/1992, l’université publique a de moins en moins de professeurs permanents et de plus en plus de contrats à durée déterminée.

 

Quel avenir pour l’enseignement supérieur ?

La question posée aujourd’hui en Colombie est la même que celle à laquelle dut répondre l’enseignement supérieur en Europe à l’occasion des réformes mises en place dans le cadre du processus dit de Bologne. Il s’agit de savoir quel type d’éducation veulent nos sociétés : une éducation marchandise qui peut s’acheter et se vendre, qui doit générer du profit économique et de l’appropriation privée de la recherche publique ? Ou bien une éducation envisagée comme un droit garanti par l’État avec la solidarité des citoyens et qui doit défendre la liberté académique et l’autonomie pour garantir l’existence d’une conscience critique dans la société ?

Il s’agit aussi de savoir ce que nous souhaitons pour les nouvelles générations. C’est cette préoccupation qu’ont porté les mouvements étudiants chiliens, colombiens et européens lors de leurs luttes respectives. La vision qui assimile l’étudiant à du capital humain aboutit à ce que celui-ci ne soit pas considéré comme un citoyen en formation, mais comme un entrepreneur devant investir dans son propre avenir.

Enfin, ce qui se passe actuellement dans l’enseignement supérieur renvoie aux conséquences du modèle capitaliste financier dans tous les secteurs de la société : santé, logement, alimentation, etc. Le secteur financier cherche à mettre à contribution les générations futures pour accroître ses profits actuels. Il s’agit de créer une société d’endettés dans laquelle les étudiants constitueraient un groupe de choix.

Les faits sont têtus

Le gouvernement Santos utilise à fond le pouvoir des médias. Rappelons que le président est lui-même propriétaire du journal le plus important du pays, El Tiempo. Face à la résistance sociale, l’Etat a activé une propagande massive à la télévision, à la radio et dans la presse écrite pour « vendre » le projet de loi à l’opinion et qualifier ses opposants d’agitateurs anarchistes, d’ignorants ou d’irresponsables coûtant cher au Trésor public. Si l’on veut aborder ce dernier sujet, rappelons que 40 secondes de propagande financée pour désinformer la société équivalent au coût d’une journée de grève de l’ensemble du système public de l’enseignement supérieur.

Pendant que le Congrès approuvait le budget de la nation (18 octobre) et octroyait aux universités 26, 33 millions d’euros, c’est à dire uniquement 10% du budget nécessaire pour couvrir leur déficit, la ministre de l’éducation nationale assurait dans les médias que le gouvernement allait le renflouer avec la réforme.

Pendant que le gouvernement annonçait qu’il allait augmenter l’offre universitaire, il décrétait la fermeture de la faculté de médecine de l’Université nationale (l’université publique la plus importante du pays). Pour sa part, l’Institut artistique du département de Sucre a dû fermer ses portes car la Chambre du commerce estime que le timbre fiscal de soutien [3] à cet Institut réduit la compétitivité du territoire.

Pendant que le gouvernement augmente le budget alloué à chaque soldat ( 7 148 euros en 2011 et 8 276 euros en 2012), il prévoit de diminuer celui consacré à chaque étudiant ( de 1 316 euros à 1 203 euros).

Paradoxalement, le système éducatif et celui de la santé s’effondrent malgré la mise en avant d’une croissance économique de 4 à 6%.

Des alternatives sont possibles

Pour augmenter les ressources de l’enseignement supérieur, une réforme n’est pas nécessaire. Un investissement de 3 % du PIB garantirait un financement pérenne de l’offre de l’université publique. Il suffirait de 10% du budget national destiné annuellement à la guerre pour sortir l’enseignement supérieur du déficit. D’ailleurs, cette proposition a été présentée au Sénat par le groupe parlementaire du Pôle démocratique alternatif (PDA). Elle a immédiatement fait l’objet d’un rejet violent de la part de la coalition de partis alliés au président Santos, dite « Unité nationale ».

Malgré la propagande institutionnelle, il est clair que la réforme de l’enseignement supérieur, telle qu’elle est proposée, met en danger l’avenir du pays et celui des enfants de chaque famille colombienne.

Le fort besoin de résistance existant dans la société a contribué à une unité historique du mouvement étudiant. Aujourd’hui, la Table nationale étudiante élargie (MANE - MesaAmplia Nacional Estudiantil-) est devenue le premier rassemblement des étudiants des universités publiques et privées depuis 1979. Elle est mobilisée autour d’un même objectif : les générations d’aujourd’hui ne permettront pas la marchandisation de l’université colombienne [4]. Le programme de la MANE met au centre de ses revendications la recomposition des valeurs du service public. Il s’élève contre l’intention du gouvernement d’exempter l’État de ses responsabilités en matière d’éducation supérieure.

Jusqu’à présent, les principales revendications des étudiants se concentraient sur le retrait du projet de loi et l’ouverture d’espaces de concertation sur le modèle d’enseignement supérieur souhaité pour le pays. La victoire obtenue le 9 novembre n’est qu’un premier pas dans la lutte pour l’existence d’un enseignement supérieur public au service de la société.

Au niveau de la formation technique, les protestations massives des étudiants du Service national de l’apprentissage (SENA) ont fait échouer, le 18 octobre, la proposition du gouvernement d’inclure le budget de cet organisme dans celui de l’enseignement supérieur afin de gonfler artificiellement les chiffres.

Les victoires du mouvement montrent que la bataille ne saurait se limiter aux murs du Congrès de la République où les possibilités de succès sont nulles, comme l’a rappelé Jorge Robledo, sénateur du PDA. Seuls 15 parlementaires s’opposent à la réforme, contre 260 qui font partie de l’Unité nationale.

C’est grâce aux mobilisations sociales qui se sont multipliées dans tout le pays que le Sénat a approuvé à l’unanimité la mise en place d’une négociation sur l’enseignement supérieur, et que le pouvoir exécutif, dans ce contexte, a demandé le retrait du projet de loi jusqu’à la session parlementaire de 2012.

Ce scénario nous rappelle un grand principe : il ne faut jamais oublier que la lutte dans la rue est une forme fondamentale de démocratie. La mobilisation continentale latino-américaine organisée le 24 novembre a montré l’importance de la question de l’éducation publique, gratuite et de qualité. En Colombie, des manifestations ont eu lieu dans 30 villes. Plus de 30 000 manifestants ont répondu présents à Bogotá et revendiqué l’enseignement supérieur comme droit pour tous.

La défense de l’université est une nécessité intergénérationnelle. Cette lutte nous implique tous, en Colombie et ailleurs dans le monde. Comme le dit Jairo Rivera, dirigeant étudiant colombien, il faut nous souvenir que l’université n’est pas un héritage de nos parents, mais un emprunt que nous faisons à nos enfants et petits-enfants. C’est à eux que nous devrons la rendre.

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15 décembre 2011 4 15 /12 /décembre /2011 15:42

http://crosskey.co.uk/anglophonie/wp-content/uploads/091030_anglophonie-web-recto.jpegCi-dessous, de larges extraits d’une lettre de l’A.FR.AV  (link) au député Jacques Denis qui souhaite que le Parlement vote une loi pour que tous les films étrangers diffusés à la télévision le soient en V.O. sous-titrée.

 

Monsieur le député,

Nous savons que les groupes de pression anglo-saxons sont très puissants et donc très influents au sein de la classe politique française, comme ils le sont aussi auprès des euro-technocrates-décideurs de Bruxelles et de Strasbourg. Leurs moyens, bien évidemment, sont des milliers de fois supérieurs à ceux de pauvres associations françaises comme la nôtre qui défendent, comme elles le peuvent, sans subvention, seules, la langue française, la francophonie et le droit d'apprendre à l'école une, ou des langues étrangères qui ne soient pas obligatoirement l'anglais.


Au début des années 70, Georges Pompidou avait donné comme préalable à l'entrée de la Grande-Bretagne dans le Marché commun que Edward Heath, le 1er Ministre anglais de l'époque, parle français lors des réunions à Bruxelles. Celui-ci accepta, mais, en bon sujet de la Perfide Albion qu'il était, alors qu'il s'appliquait à parler français pour faire bonne figure, débarquèrent avec lui, pour aller dans les couloirs de tous les centres décisionnels européens, par centaines, les "lobbyistes" anglo-saxons. Leur mission : faire de l'Europe un sanctuaire anglo-américain où l'anglais serait de mise et la doctrine ultralibérale de rigueur. Résultat : 40 ans après les discours en français d'Edward Heath à Bruxelles, l'anglais est en passe de devenir la langue officielle de l'UE, la France veut devenir un pays bilingue français-anglais, notre mode de vie et de pensée est calqué sur celui d'outre-Atlantique et nos sinistres Darcos, Chatel, Pécresse et Cie rêvent de toujours plus d'anglais dans nos écoles, au point de vouloir le rendre obligatoire dès la maternelle et d'enseigner EN anglais dans nos universités.


[…] Votre proposition de loi consistant à vouloir diffuser les films étrangers – soit dit en passant, par honnêteté, vous auriez pu dire les films anglo-américains en anglais, puisque ces films représentent plus de 95% des films étrangers diffusés à la télévision –, bref votre proposition de loi consistant à vouloir diffuser les films étrangers en version originale sous-titrée sur les chaînes françaises de télévision, va donc tout naturellement dans le sens des intérêts anglo-saxons de diffusion massive de leur langue. Vous n'avez donc rien inventé avec cette loi, vous suivez, en cela, les desiderata des "lobbyistes" pro-anglais qui infestent le navire des gouvernances françaises et européennes depuis l'arrivée des Britanniques dans l'UE, vous faites partie de leur plan, vous êtes leur marionnette au point d'ailleurs de ne même plus être capable de vous offusquer de la mention « anglais exigé », alors que cette mention est ILLICITE en France puisque la langue du travail dans notre pays, c'est le français et uniquement le français (Article Premier de la loi n°94-665).


[…]

Voilà où nous en sommes en France, aujourd'hui : défendre la langue française contre son assujettissement à l'anglais relève du parcours du combattant. On assassine, viole, bafoue, mutile notre langue partout dans les recoins de la maison et même dans le jardin, et tout le monde, ou presque, fait comme si de rien n'était. Circulez, il n'y a rien à voir, mais pourtant :


- Nos jeunes sont tellement imbibés d'anglais que lorsqu'ils chantent, la plupart chantent en anglais ; n'avez-vous pas remarqué cette tendance ?


- Nos cinéastes, quand ils ne tournent pas en anglais, aiment farcir leurs films de chansons en anglais (voir notamment « Les petits Mouchoirs », de Guillaume Canet), puis, à quoi bon aussi traduire les titres de film en français, "The lady", "The Artist", puisque c'est l'anglais qui est recommandé en France ; cautionnez-vous de telles pratiques ?


- Nos humoristes nous parlent de "stand up", de "one man show", de "one woman show" ; cet abandon lexical vous fait-il sourire ?


- Nos savants et chercheurs doivent publier leurs travaux en anglais pour pouvoir obtenir des subventions tant françaises qu'européennes, êtes-vous au courant de cette obligation ?


- Certains ministères français reçoivent des documents de Bruxelles en anglais et ont ordre de ne pas les refuser, trouvez-vous cela normal ?


- L'Ifri, l'Institut Français des Relations Internationales, un organisme public financé avec nos impôts, diffuse de ses bureaux de Bruxelles des communiqués en anglais, organise des conférences en anglais, obligeant même les Français qui s'y expriment de s'y exprimer en anglais ; aviez-vous connaissance de telles infamies ?


- Aucun fournisseur d'accès à la Toile en France (Alice, AOL, SFR, Orange, etc.) n'emploie les mots français « courriel » et « infolettre », tous préfèrent les mots anglais "e-mail" et "newsletter" ; n'avez-vous rien à dire face à ce blocage inadmissible de mots français ?


- Parce qu'on ose plus demander de notices en français, pensant que de ne pas connaître l'anglais est une maladie, des radiothérapeutes à Épinal ont tué des patients et rendus handicapés à vie plusieurs dizaines d'autres ; avez-vous eu vent de ce scandale ?


- Nos soldats sont priés de parler anglais comme l'obligent l'Eurocorps, EuroGendFor et OTAN ; cet abandon linguistique, prélude, bien évidemment, à d'autres abandons, ne vous inquiète-t-il pas ?


- Nos publicitaires sont incapables d'aligner deux mots sans les truffer d'anglais. La publicité aujourd'hui, c'est d'abord la publicité de l'anglais ; toujours rien à dire ?


- Notre École pratique la discrimination linguistique puisque tout est fait autour de l'anglais au détriment des autres langues étrangères et de l'enseignement du français ; ce favoritisme pro-anglais et cette discrimination ne vous choquent-ils pas ?

[…]

- Si le drapeau européen est largement connu des Français et s'il est mis presque systématiquement à côté du drapeau français à chaque pavoisement, le drapeau de la Francophonie, lui, est totalement ignoré ; un drapeau qui représentera une communauté de plus de 750 millions de locuteurs francophones dans les années 2050 (Source UNESCO) et qui ainsi symbolise notre indépendance linguistique, ne mériterait-il pas plus d'honneur et de lisibilité, selon vous ?

 

Bref, nous assistons en direct à un basculement linguistique et tout cela se fait sans que le peuple ait été mis au courant, sans qu'on lui ait demandé son avis, sans qu'on l'ait consulté.


Devant cette dictature qui avance à pas de velours, devant cette guerre qui ne dit pas son nom, il est temps, au nom des valeurs de la démocratie, de la liberté et des Droits de l'Homme […], qu'il soit organisé en France même, au nom de ces valeurs, un grand débat démocratique public sur la politique à adopter pour la langue française, pour la Francophonie, pour l'enseignement des langues étrangères dans nos écoles. Puis, pour clore les débats, nous demandons que soit organisé un référendum qui posera clairement deux questions aux Français :


Question n°1 : Voulez-vous que la France devienne petit à petit, en deux ou trois générations, un pays anglophone (anglais obligatoire à partir de la maternelle, enseignement en anglais, bilinguisation français-anglais de toutes les annonces publiques et privées, etc.) ?

Question n°2 : Voulez-vous que la France reste une nation francophone et joue, en cela, la carte de son indépendance linguistique en se tournant résolument vers la Francophonie et vers le plurilinguisme (enseignement pluriel des langues étrangères à l'école, sans que priorité soit donnée à l'anglais) ?


Pour que cesse le pouvoir des "lobbyistes" anglo-saxons en France et en Europe, parce que le seul pouvoir légitime, c'est celui du peuple et parce que nous ne voulons pas de la dictature de velours qui est en train de se mettre en place partout, nous vous demandons, Monsieur le Député, qu'au lieu de collaborer à l'anglicisation ambiante, vous participiez plutôt à organiser à la place un référendum national sur la question linguistique.


[…]

Dans l'attente de votre rupture avec la dictature des groupes de pression pro-anglais et de vous voir à l'œuvre dans l'organisation du référendum que nous demandons sur la question linguistique, nous vous transmettons nos salutations militantes et francophones.

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Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
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