Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
19 février 2012 7 19 /02 /février /2012 18:35

http://www.flatulenceremedyinfo.com/wp-content/uploads/2011/10/ailmentExcessiveFlatulence.jpgLa désormais célèbre affiche du kleiner Mann en campagne a fait l'objet de nombreux détournements.

 

Je me paye à mon tour un petit délire.

 

La " France forte ", prononcée par Papa Schultz dans Babette s'en va-t-en guerre, cela donne Frankfort. Justement, le siège de la Banque Européenne qui veut du bien au "peuple" français auquel s'intéresse désormais le kleiner Mann.

 

En allemand, Francfort se dit Frankfurt, ce qui signifie le gué des Francs. Notre gué, donc. Furt a donné en anglais ford, comme dans Oxford, le gué des boeufs.

 

Puisqu'on est dans l'anglais, furt est un dérivé de fart (pet). A furt, c'est un pet qui fait très mal parce que l'anus est gercé, ou encore parce que le péteur a mangé trop de choux de Bruxelles.

 

Bon, j'arrête le délire, l'important était, en partant de la mer Egée, d'arriver en pleine scato.

Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
commenter cet article
16 février 2012 4 16 /02 /février /2012 07:03

Clovis Hugues (de son vrai nom Hugues Clovis) est né en 1851 dans le Vaucluse. Il fut le mari de la sculptrice (les révolutionnaires politiquement corrects écriraient « sculpteure ») Jeanne Royannez. Les deux époux s’étaient passé du curé pour convoler à Paris. De retour à Marseille, ils furent dénoncés dans un journal local. L’affaire se termina sur le pré. Hugues envoya le dénonciateur ad patres. Il fut acquitté par la Cour d’assises d’Aix-en-Provence.

Hugues a vingt ans quand la Commune éclate à Marseille. Il soutient Gaston Crémieux (link) dont il partage la cellule après la défaite. Crémieux est condamné à mort et exécuté. Hugues est condamné à trois ans de prison pour publication de sa brochure Lettre de Marianne aux républicains.

Dans ses Poèmes de prison (1875), Hugues « porte la lyre comme on porte l’épée ». Il rejoindra le mouvement boulangiste en 1885, sera élu et réélu député jusqu’à sa mort en 1907.

Écoutons-le dans “ Misère ”, écrit à vingt ans dans la prison Saint-Pierre de Marseille :

L’autre hiver, la tête lassée,

J’entrai dans un café-concert,

Horrible taverne adossée

Au fond d’un vieux quartier désert.

 

Les décors avaient sur la scène

Des airs de tristesse. Une enfant

Chantait une chanson obscène

Dans ce lupanar étouffant.

 

Elle était là, le front tout pâle,

Ses yeux lugubrement profonds,

Soulignant l’allusion sale

De gestes tristes et bouffons.

 

Sous sa robe étroite et fripée

La misérable avait, hélas !

De vagues raideurs de poupée,

D’étranges lourdeurs de corps las.

 

Un tout petit bout de dentelle,

Festonné d’ourlets jaunissants,

Esquissait sa poitrine frêle,

Ses seins ronds, fluets et naissants.

 

Quand elle exprimait, les mains jointes,

Quelque charnel désir d’amour,

Ses deux coudes montraient leurs pointes

Dans l’étoffe cousue à jour.

 

Elle avait douze ans, la pauvrette !

Douze ans ! l’âge charmant et doux !

Et son sourire était honnête,

Pendant qu’on lui jetait des sous.

 

http://www.paca.culture.gouv.fr/banqueImages/cd/DOC_MH_dpt05_2008/tiers/MHR93_20080500113NUCA_T.jpg

 

 

Inversement, Jules Jouy (1855-1897) connut son heure de gloire au moment de la tentative boulangiste contre la République. À celui qu’il appelait le « César de carton », Jouy rappelle qu’il a massacré les Fédérés à la Grange-Ory lorsqu’il n’était encore que colonel versaillais :

 

Bourreau de soixante et onze

La victime se souvient.

 

Il apostrophe Clovis Hugues qui a rejoint le boulangisme :

 

Le vent qui souffle à travers la Boulange

T’a rendu fou.

 

Son “ Tombeau des fusillés ” est particulièrement émouvant :

 

Ornant largement la muraille, 

Vingt drapeaux rouges assemblés

Cachent les trous de la mitraille 

Dont les vaincus furent criblés. 

Bien plus belle que la sculpture 

Des tombes que bâtit l'Orgueil, 

L'herbe couvre la sépulture 

Des morts enterrés sans cercueil. 

 

Ce gazon que le soleil dore, 


Quand Mai sort des bois réveillés ;


Ce mur que l'Histoire décore, 

Qui saigne encore, 

C'est le tombeau des fusillés.

 

Tout comme son ode à Louise Michel :

 

Louise, c'est l'impersonnelle 

Image du renoncement.

Le « moi » n'existe plus en elle ;

Son être est tout au dévouement.

 

http://2.bp.blogspot.com/_1CuTnfxKFSI/ShgvmtYpCtI/AAAAAAAADGo/LCvsZds6G-U/s400/Jouy+Chansonniers+Montmartre.jpg

 

Louise Michel. Des dizaines de livres lui furent consacrés. Elle-même en écrivit une trentaine (mémoires, poésies, romans, théâtre, livres pour enfants, mais peu d’écrits théoriques). Elle fut la première militante française à brandir le drapeau noir de l’anarchie. Elle est née à quelques kilomètres du Domrémy de Jeanne d’Arc. Son père rdt vraisemblablement le fils du vieux châtelain de l’endroit, qui employait sa mère (Marthe Robert nous a dit de fort belles choses sur l’opposition bâtard/enfant trouvé dans la littérature). Elle reçoit au château une instruction libérale et coule une jeunesse heureuse. Elle devient institutrice et fonde une école en Haute-Marne, où elle n’enseigne qu’un an. En 1856, elle s’installe à Paris où elle travaille comme enseignante, dans un cours privé car elle ne veut pas prêter serment à l’empereur. De 1850 à 1879, elle entretient une correspondance suivie, exaltée, d’un romantisme exacerbé, avec Victor Hugo (que d’emblée elle appellera son « frère » en poésie). Un petit échantillon :

 

« Savez-vous ce que je vous dirais si j'avais de grandes ailes de vapeur et de flamme et que Dieu m'eût fait votre ange gardien ? Je vous dirais : s'il est vrai qu'on veuille rappeler les Bourbons de l'exil, c'est à toi, poète, à élever la voix le premier pour cette belle et grande inspiration. Tu aimes la liberté, la gloire ; ton âme a des larmes pour toutes les douleurs. Ne laisseras-tu pas tomber quelques paroles de clémence ?

Voilà ce que je vous dirais, Olympio, si j'étais votre ange, et je descendrais du ciel pour vous écouter, en repliant mes ailes sur ton front.

Adieu. Je m'arrache à ma lettre. La pensée que vous la trouverez trop longue me fait mal. »

 

Hugo pourrait être le père de sa fille Victorine, placée en nourrice à la naissance. Elle fréquente des clubs de gauche, côtoie Vallès, Varlin, Rigault. Dans le Paris affamé de la Commune, elle crée une cantine pour ses élèves. Elle organise les soins aux blessés, fait le coup de feu aux avant-postes. Elle se bat à la barrière de Clignancourt, au cimetière de Montmartre. Elle est volontaire pour se rendre seule à Versailles afin d’y tuer Thiers, mais le projet avorte. Elle se livre volontairement à l’ennemi pour faire libérer sa mère, arrêtée à sa place et menacée d’exécution. Détenue au camp de Satory, elle assiste aux exécutions, dont celle de Théophile Ferré (qui avait laissé fusiller des religieux otages), le grand amour (platonique) de sa vie. Peu après, elle comparait devant le Conseil de guerre sous un voile de veuve. Elle déclare en préambule : « Je ne veux pas me défendre, je ne veux pas être défendue. J’appartiens tout entière à la révolution sociale. Si vous me laissez vivre, je ne cesserai de crier vengeance. » La presse versaillaise qualifie celle qui réclame la mort de « louve avide de sang ». Elle passe vingt mois en détention à la prison d’Auberive, puis est déportée au bagne de Nouvelle-Calédonie. Pendant sept années, elle prodigue soins et réconfort à ses compagnes d’infortune et refuse de bénéficier d’un traitement différent de celui des hommes. Elle apprend la langue kanaque. Clémenceau, qu’elle connaissait depuis la Commune et qui l’admirait profondément, lui écrit régulièrement et lui envoye de nombreux mandats. Elle rentre en France en 1880 après l’amnistie générale, ayant obstinément refusé toute mesure de grâce personnelle. Pendant vingt-cinq ans, elle milite pour la cause anarchiste, sans dédaigner pour autant de soutenir des socialistes tels Jules Guesde ou Édouard Lafargue. Le 9 mars 1883, elle organise une manifestation au nom des « sans-travail » qui dégénère en pillage de trois boulangeries. Louise est condamnée à six ans de prison et dix ans de surveillance de haute-police. Elle est graciée en 1886 par le président de la République Jules Grévy. Elle est à nouveau emprisonnée pour quatre mois suite à un discours prononcé en solidarité avec les mineurs de Decazeville. Le 22 janvier 1888, alors qu’elle vient de prononcer un discours contre la peine de mort, un extrémiste de droite lui tire un coup de pistolet à la tête dont elle réchappe. Elle refuse de porter plainte contre son agresseur. Elle meurt le 10 janvier 1905 à Marseille, au cours d’une tournée de conférences.

 

Le 11e bataillon de la XIIIe Brigade internationale avait reçu le nom de « Louise Michel ». Les énarques de 1984 (Guillaume Pépy, président de la SNCF, Stéphane Bouillon, directeur de cabinet de Guéant, Pierre Moscovici, aussi !) baptisèrent leur promotion de son nom. Dans son discours fondateur du Parti de gauche, Jean-Luc Mélenchon se réclama des « deux visages de Jean Jaurès et Louise Michel ».

 

Écoutons-là dans “ Le chant des captifs ” :

 

Ici l'hiver n'a pas de prise,

Ici les bois sont toujours verts ;

De l'Océan, la fraîche brise

Souffle sur les mornes déserts,

Et si profond est le silence

Que l'insecte qui se balance

Trouble seul le calme des airs.

 

Le soir, sur ces lointaines plages,

S'élève parfois un doux chant :

Ce sont de pauvres coquillages

Qui le murmurent en s'ouvrant.

Dans la forêt, les lauriers-roses,

Les fleurs nouvellement écloses

Frissonnent d'amour sous le vent.

 

Viens en sauveur, léger navire,

Hisser le captif à ton bord !

Ici, dans les fers il expire :

Le bagne est pire que la mort.

En nos coeurs survit l'espérance,

Et si nous revoyons la France,

Ce sera pour combattre encor !

 

Voici la lutte universelle :

Dans l'air plane la Liberté !

A la bataille nous appelle

La clameur du déshérité !...

... L'aurore a chassé l'ombre épaisse,

Et le Monde nouveau se dresse

A l'horizon ensanglanté !

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/f/f5/Louise-Michel.jpg/220px-Louise-Michel.jpg

 

 

 

Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
commenter cet article
11 février 2012 6 11 /02 /février /2012 15:38

http://www2.cnrs.fr/sites/journal/image/langevineinstein_hd.jpg

 

Autant je n'ai que commisération (j'utilise un terme gentil) pour les ventres mous, autant j'éprouve beaucoup d'admiration pour ceux qui résistent, qui "ne lâchent rien", comme dit la chanson. C'est le cas de chercheurs du CNRS qui refusent la marchandisation de leur métier.


 

Lettre ouverte

à Monsieur Fuchs, président du CNRS

et à Monsieur Bourdelais, directeur de l’Institut des Sciences humaines et

sociales

 

Paris, le 6 février 2012

 

Monsieur le Président,

Monsieur le Directeur,

 

Chercheuses et chercheurs CNRS des centres de recherche de l’Ecole des hautes études en sciences sociales, nous avons pris connaissance du lancement de la campagne 2012 relative à ladite « prime d’excellence scientifique » (PES).

 

Le temps n'ayant nullement érodé nos convictions, nous demeurons fermement opposés à ce système de rémunération injuste et nuisible au fonctionnement serein des équipes et donc à la qualité de la recherche dans notre pays. Il dénature et entrave l’objectif de revalorisation des traitements et des carrières de l'ensemble des chercheurs CNRS, notamment des débuts de carrière, ainsi que de leurs collègues ingénieurs, techniciens et administratifs. Il est particulièrement choquant pour les travailleurs précaires de la recherche et de l'enseignement, le montant de cette prime pouvant à  bon droit être reçu par eux comme une insulte.

 

Nous ne contestons pas seulement la forme de cette « campagne », même s'il y aurait beaucoup à dire sur des modalités d'attribution arbitraires et opaques de la PES, mais son principe : cette prime dégrade l’image que nous nous faisons de notre métier et du service public de la recherche et de l'enseignement. Au regard de l’activité éminemment collective qu’est la recherche, ces primes contribuent artificiellement à individualiser des mérites qui ne le sont guère. En introduisant des écarts de rémunérations toujours plus prononcés entre les agents du service public, elles véhiculent une gestion managériale de l’enseignement et de la recherche à l’opposé de la conception du service public à laquelle nous sommes attachés. C’est pour les mêmes raisons que les sections du comité national de l’INSHS ont refusé d’évaluer les demandes de PES.

 

Nous refusons par conséquent de participer à cette procédure et appelons tous nos collègues à refuser de cautionner un tel processus d'individualisation concurrentielle des rémunérations, dont la PES n’est malheureusement pas la seule modalité. Dans l’immédiat, nous vous suggérons d’affecter les ressources que vous voulez consacrer à la PES aux crédits récurrents des unités, qui sont en diminution.

 

Nous aimons notre métier et nous n'avons pas l'intention d’en changer en nous faisant acheter, fût-ce au nom de l' « excellence », mot fétiche du « new public management » et prétexte à la mise en concurrence sauvage de tous contre tous.

 

Veuillez croire, Monsieur le Président, Monsieur le Directeur, à notre

détermination.

 

Catherine Alès (GSPM), Luc Arrondel (PSE), Philippe Artières (IIAC), Emma Aubin-Boltanski (CEIFR), Michel Barthélémy (CEMS), Bernard Barraqué (CIRED), Irène Bellier (IIAC), Laure Béreni (CMH), Marc Bessin (IRIS), Christophe Bonneuil (CAK), Thierry Bonnot (IRIS), Véronique Boyer (CERMA), Pascal Buresi (CIHAM), Maurice Cassier (CERMES), François Denord (CSE), Marie-Elizabeth Ducreux (CRH), Julien Duval (CSE), Benoît Fliche (CETOBAC), Elie Haddad (CRH), Minh Ha-Duong (CIRED), Nicolas Jaoul (IRIS), Marie Ladier-Fouladi (CADIS), Sara Le Menestrel (CENA-MASCIPO), Amélie Le Renard (CMH), Benoit de l'Estoile (IRIS), Dominique Linhardt (GSPM), Frédéric Lordon (CSE), Catherine Maire (CESPRA), Claire Manen (TRACES), Dominique Marchetti (CSE), Denis Matringe (CEIAS), Patrick Michel (CMH), Marika Moisseeff (LAS), Claire Mouradian (CERCEC), Catherine Neveu (Laios-IIAC), Albert Ogien (CEMS), Waltraud Paul (CRLAO), Thomas Perrin (CRPPM), Sophie Pochic (CMH), David Pontille (IIAC), Philippe Quirion (CIRED), Juliette Rouchier (GREQAM), Alessandro Stella (CRH), Stéphanie Tawa Lama-Rewal (CEIAS), Sophie Wahnich (Laios-IIAC).

 

 

* Sur la photo, en compagnie d'Einstein : Paul Langevin, un grand scientifique et un grand résistant.

 

Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
commenter cet article
9 février 2012 4 09 /02 /février /2012 06:36

http://motsetmauxdemiche.blog50.com/media/01/00/1871913920.jpgAh ! Victor Hugo, le bon Totor, l’immense Totor. Face à ce géant qu'on a dit paradoxal, il y a toujours eu de fines bouches. Cocteau, qui a déjà bien mal vieilli, disait que Victor Hugo était un fou qui se prenait pour Victor Hugo. Quand on demandait à André Gide quel était le plus grand poète français, il répondait, admiratif, mais également très ironique : « Victor Hugo, hélas ». Hugo ne fit peut-être pas voler en éclats les normes esthétiques de son temps comme, par exemple, Mallarmé, mais son œuvre poétique est indépassable, et elle pèse des tonnes, non parce qu’elle est pesante, mais parce qu’elle est impossible à déplacer du champ littéraire. Baudelaire, dont l’œuvre et la démarche étaient aux antipodes de celles de l’auteur de La légende des siècles, rendit cet hommage particulièrement pénétrant à son aîné :

 

« Quand on se figure ce qu'était la poésie française avant que Victor Hugo apparût et quel rajeunissement elle a subi depuis qu'il est venu; quand on imagine ce peu qu'elle eût été s'il n'était pas venu, combien de sentiments mystérieux et profonds qui ont été exprimés, seraient restés muets; combien d'intelligences il a accouchées, combien d'hommes qui ont rayonné par lui seraient restés obscurs; il est impossible de ne pas le considérer comme un de ces esprits rares et providentiels, qui opèrent, dans l'ordre littéraire, le salut de tous... »

 

Si un million de personnes (dans un pays qui en comptait 35) se pressèrent aux funérailles de celui qui était, quand il mourut, la personne la plus connue au monde, c’est que cet homme, de tradition royaliste et très conservatrice, lutta aux côtés du peuple sans jamais faiblir. Il subit volontairement 19 années d’exil : « Je resterai proscrit, voulant rester debout », préviendra-t-il en 1853 dans Les Châtiments :

 

J'accepte l'âpre exil, n'eût-il ni fin ni terme,

Sans chercher à savoir et sans considérer

Si quelqu'un a plié qu'on aurait cru plus ferme,

Et si plusieurs s'en vont qui devraient demeurer.

 

Vingt années plus tard, il soutiendra la Commune.

 

Il rentre à Paris le 5 septembre 1870 après son long exil. Sans tarder, il adresse un appel « Aux Allemands », les adjurant de ne pas poursuivre leur attaque contre la République. Hystérique, la presse allemande répond par un « Pendez le poète au haut du mât ! » Le 17 septembre, il adresse alors « Aux Français » un appel pour organiser « l’effrayante bataille de la Patrie. » « Que pas un point du territoire ne se dérobe au devoir », exhorte-t-il. Il ajoute – et là, on reconnaît bien le père et le grand-père des poésies de notre enfance – : « Arrêtez-vous seulement, quand vous passerez devant une chaumière, pour baiser au front un petit enfant endormi. Car l’enfant c’est l’avenir. Car l’avenir c’est la république. »

 

Pendant le terrible hiver du siège de la capitale, Hugo abandonne tous ses droits d’auteur au profit de la souscription pour les canons. Il fustige les capitulards incapables, « le tas de gens de guerre qui a rendu cette ville » alors que

 

[…] les petits enfants, bombardés dans les rues,

Ramassaient en riant obus et biscayens,

Quand pas un n'a faibli parmi les citoyens,

Quand on était là, prêts à sortir, trois cent mille,

 

Il est élu à l’Assemblée qui doit ratifier les conditions de la paix, devant Gambetta, Garibaldi et Thiers. Le 1er mars 1871, à la tribune de l’Assemblée de Bordeaux, il fustige, au nom de Paris, « la paix infâme », cette paix sans honneur qui nourrira la haine. Il s’en prend aux « Ruraux » réactionnaires qui veulent décapitaliser Paris. Il démissionne de cette Chambre introuvable pour mieux la combattre de l’extérieur.

 

Son fils Charles meurt. Dans “ L’Enterrement ”, il donne cette stupéfiante réflexion sur la mort de son enfant  et sur les combats nécessaires :

 

Les morts sont des vivants mêlés à nos combats,

Ayant tantôt le bien, tantôt le mal pour cibles ;

Parfois on sent passer leurs flèches invisibles.

Nous les croyons absents, ils sont présents ; on sort

De la terre, des jours, des pleurs, mais non du sort ;

C'est un prolongement sublime que la tombe.

 

En avril 1871, il propose l’extraordinaire allégorie de “ La mère qui défend son petit ” :

 

Au milieu des forêts, asiles des chouettes,

Où chuchotent tout bas les feuilles inquiètes,

Dans les halliers, que semble emplir un noir dessein,

Pour le doux nouveau-né qui frissonne à son sein,

Pour le tragique enfant qu'elle emporte effarée,

Dès qu'elle voit la nuit croître, sombre marée,

Dès que les loups obscurs poussent leurs longs abois,

Oh ! le sauvage amour de la femme des bois !

 

Dans un premier temps, son ralliement au prolétariat n’est pas net. Depuis la fin de son exil bruxellois, il ne sait trop à qui attribuer la responsabilité des massacres, alors qu’elle est exclusivement le fait de Thiers, des Versaillais qui ont attaqué dès que Bismarck a reconstitué leur armée en leur rendant les prisonniers de Sedan :

 

Verser, mêler, après septembre et février,


Le sang du paysan, le sang de l’ouvrier,


Sans plus s’en soucier que de l’eau des fontaines !


Les latins contre Rome et les grecs contre Athènes !

Qui donc a décrété ce sombre égorgement ? (“ Un cri ”)

 

Toujours depuis Bruxelles, il marque une opposition larvée à la Commune : « Je suis pour la Commune en principe et contre la Commune en application », écrit-il dans Le Rappel, en avril 71. Mais il va basculer le jour où il va faire personnellement l’expérience de la haine des possédants pour le peuple. Le gouvernement belge ayant fait savoir qu’il s’opposerait à l’entrée sur son territoire des Communards réfugiés, Hugo rédige une lettre ouverte par laquelle il offre asile aux fugitifs, dans sa maison sis dans la place bien nommée des Barricades. Une bande de jeunes conduits par le fils du ministre de l’Intérieur se lance à l’assaut de sa maison en hurlant « À mort, Jean Valjean ! » Le gouvernement expulse le poète de Belgique. Hugo se réfugie au Luxembourg. Durant la Semaine sanglante, il prend définitivement parti pour les Communards. Dans un texte très violent, “ La prisonnière passe… ”, il vitupère contre les bourgeoises qui insultent une femme du peuple qu’on emmène en prison :

Charmantes, laissant pendre au bras de quelque amant

Leur main exquise et blanche où brille un diamant,

Accourent.

Je plains la misérable ; elles, je les réprouve.

Les chiennes font horreur venant mordre la louve.

 

Dans “ Sur une barricade, au milieu des pavés ”, il narre cet histoire incroyable d’un enfant qui, après être allé remettre sa montre à sa mère, vient s’adosser « au mur sombre où sont morts ses amis » :

 

Un enfant de douze ans est pris avec des hommes.

— Es-tu de ceux-là, toi ? – L'enfant dit : Nous en sommes.

— C'est bon, dit l'officier, on va te fusiller.

Attends ton tour. – L'enfant voit des éclairs briller,

Et tous ses compagnons tomber sous la muraille.

Il dit à l'officier: Permettez-vous que j'aille

Rapporter cette montre à ma mère chez nous ?

— Tu veux t'enfuir ? – Je vais revenir. – Ces voyous

Ont peur ! Où loges-tu ? – Là, près de la fontaine.

Et je vais revenir, monsieur le capitaine.

— Va-t'en, drôle ! – L'enfant s'en va. – Piège grossier !

Et les soldats riaient avec leur officier,

Et les mourants mêlaient à ce rire leur râle ;

Mais le rire cessa, car soudain l'enfant pâle,

Brusquement reparu, fier comme Viala,

Vint s'adosser au mur et leur dit : Me voilà.

 

La mort stupide eut honte, et l'officier fit grâce.

 

http://www.cndp.fr/media-sceren/images/vignettesFilms/W-00588-bt-4819.jpg

À ce moment précis, Hugo soutient pleinement la Commune, mais sans être un Communard lui-même. Il raisonne sur les bases de 1789. Il croit en une « révolution faite à l’amiable ». Lui qui, sa vie durant, a vécu des intérêts de ses rentes sans jamais toucher à son capital, souhaite la démocratisation de la propriété, « la réconciliation du travail avec le capital par le billet à rente ». Sa position est essentiellement morale : « Au bout de peu de temps, l’ordre faux que fait le sabre est vaincu par l’ordre vrai que fait la liberté… »

 

Il entame une campagne pour l’amnistie. Il demande la grâce pour tous les condamnés à mort : « Assez de victimes ! Qu’on fasse enfin grâce à la France ! C’est elle qui saigne… »

 

Ce soutien lui fera perdre les élections suivantes. Ce qui ne l’empêchera pas d’écrire “ Viro major ” cette ode à Louise Michel, une femme plus grande que les hommes. Six ans seront encore nécessaires pour que les proscrits puissent rentrer :

 

Et ceux qui, comme moi, te savent incapable

De tout ce qui n'est pas héroïsme et vertu,

Qui savent que si l'on te disait : " D'où viens-tu ? "

Tu répondrais : " Je viens de la nuit ou l'on souffre ;

Oui, je sors du devoir dont vous faites un gouffre !

Ceux qui savent tes vers mystérieux et doux,

Tes jours, tes nuits, tes soins, tes pleurs donnés à tous,

Ton oubli de toi-même à secourir les autres,

Ta parole semblable  aux flammes des apôtres ;

Ceux qui savent le toit sans feu, sans air, sans pain

Le lit de sangle avec la table de sapin

Ta bonté, ta fierté de femme populaire.

L'âpre attendrissement qui dors sous ta colère

 

 

Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
commenter cet article
7 février 2012 2 07 /02 /février /2012 06:22

http://www.massalire.fr/couverture/la_commune_a_marseille.jpgEugène Chatelain (1829-1902) est l’auteur de cette maxime reprise cent fois : « En politique, toute faute est un crime. »


Il combat sur les barricades de 1848, est arrêté en 1851 et déporté. De retour, il devient agent d’affaires, ce qui ne l’empêche pas d’évoluer vers l’extrême gauche. Lors de la Commune, il fait partie du Comité central républicain. Combattant de la Semaine sanglante, il est condamné à la déportation par contumace. Il se réfugie en Angleterre, est amnistié, rentre en France et publie de nombreux recueils de poésie. Sa chanson révolutionnaire la plus connue est “ Vive la Commune ! ”, écrite en exil et publiée en 1886 :

 

Je suis franc et sans souci ;

Ma foi, je m'en flatte !

Le drapeau que j'ai choisi

Est rouge écarlate.

De mon sang, c'est la couleur

Qui circule dans mon coeur.

Vive la Commune !

Enfants,
Vive la Commune !

Oui, le drapeau rouge est bien

 

Le plus bel emblème

De l'ouvrier-citoyen ;

C'est pourquoi je l'aime.

L'étendard du travailleur

Sera toujours le meilleur.

Vive la Commune !

Enfants,
Vive la Commune !

[…]

Quand les temps seront venus,

Aucune famille

N'aura plus d'enfants pieds-nus,

Traînant la guenille.

Tout le monde aura du pain,

Du travail et du bon vin.

Vive la Commune !

Enfants,
Vive la Commune !

 

Outre “ Jeanne ”, un poème sur la femme d’un Communard qui meurt pour le défendre, je mentionnerai ce très beau “ Proscrit de 1871 ” :

 

Si l’exil n’est point l’esclavage,

Si l’exil n’est point la prison,

Il transforme l’homme en sauvage,

En annihilant sa raison.

Communeux miné par la fièvre,

Semblable à l’enragé qui mord,

Avec le délire à la lèvre,

Je lutte encore contre la mort.

 

Issu d’une famille des “ Juifs du pape ”, Gaston Crémieux (1836-1871), bien qu’admiré de Victor Hugo, n’eut certainement pas la postérité littéraire qu’il méritait. Avocat, journaliste, d’abord proche de Gambetta, il évolue vers l’extrême gauche. Il anime plusieurs associations d’entraide sous l’égide de sa loge maçonnique. En mars 1871, il prend la tête de la Commune de Marseille et tente un compromis que les Versaillais refusent. L’insurrection marseillaise est écrasée dans le sang. Crémieux est condamné à mort. Thiers refuse sa grâce. Pendant les trois mois qu’il passe en prison, il écrit une pièce de théâtre consacrée à Robespierre (Le neuf Thermidor), quelques poèmes et des “ Impressions d’un condamné à mort ”. Il est fusillé dans les jardins du Pharo le 30 novembre 1871. Il ordonne lui-même son exécution en criant « Vive la République ! ». Le 3 mars 2011, eut lieu à Marseille une reconstitution du procès de celui qu’on appelait « l’avocat des pauvres ». Le 17 octobre 1871, il écrivit ce poème à son ami l’écrivain et homme politique socialiste Clovis Hugues :


Laisse dormir dans leur suaire

 

Nos martyrs de la liberté

N’entr’ouvre pas le sanctuaire

Du repos qu’ils ont mérité :

Il nous suffit, quand tu contemples

Leurs traits et leurs noms glorieux,

Qu’ils revivent par leur exemple ;

C’est à nous de mourir comme eux !

 

Émile Dereux ne fut sûrement pas le plus grand poète du XIXe siècle, mais Armand Mestral (link) chanta son “ Paris pour un beafsteak ”, une chanson vendue dans les rues de la capitale au moment de la capitulation :

 

Vive la Paix ! La France est aux enchères ;

Demain, Bourgeois, vous pourrez regoinfrer.

Bismarck attend au château de Ferrières

Que dans Paris, Thiers lui dise d’entrer.

Favre griffonne un dernier protocole,

Trochu renonce à son plan incompris.

Allons Brébant, tourne la casserole :

Pour un beafsteak, on va rendre Paris.

 

 

 

Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
commenter cet article
5 février 2012 7 05 /02 /février /2012 07:16

http://3.bp.blogspot.com/_jZoqZrwTLcA/TSUddoBhAUI/AAAAAAAAAT0/jyq6VnS5RG4/s1600/dettes.jpg

Dans Le Monde Diplomatique de février 2012, Serge Halimi se projette dans l’après Tobin : « En 1997, notre journal a popularisé l’idée d’une taxe sur les transactions financières. Celles-ci représentaient alors quinze fois la production annuelle mondiale. Aujourd’hui, c’est près de soixante-dix fois. Il y a quinze ans, on ne parlait guère de crédits subprime et nul n’imaginait une crise de la dette souveraine en Europe. La plupart des socialistes européens, envoûtés par le premier ministre britannique Anthony Blair, ne juraient que par l’« innovation financière ». Aux États-Unis, le président William Clinton se préparait à encourager les banques de dépôt à spéculer avec l’argent de leurs clients. Quant à M. Nicolas Sarkozy, il se pâmait devant le modèle américain et rêvait de crédits subprime à la française… ».


Joseph Sassoon (un parent du célèbre écrivain ?) explique comment les tyrans prennent leurs décisions : « Pendant plusieurs décennies, en Irak et en Syrie, Saddam Hussein et Hafez Al-Assad – puis son fils Bachar – ont exercé un pouvoir sans partage. Encensés par des médias à la solde, les tyrans s’aveuglent aussi bien sur leur popularité que sur des réalités internationales complexes, ce qui les conduit à prendre des décisions désastreuses. »

 

Pour G.M. Tamas, la Hongrie est le laboratoire d’une nouvelle droite : « « Travail, foyer, famille, nation, jeunesse, santé et ordre », telles sont les valeurs dont se réclame le Premier ministre hongrois Viktor Orbán. Il espère ainsi conserver le soutien des classes moyennes, laborieuses et « saines ». Et son gouvernement de droite nationaliste est bien décidé à présenter comme autant d’agents de l’étranger ceux qui, en Hongrie même, s’opposent à sa politique. »

 

Martine Bulard est allée se rendre compte de la « fièvre commerciale » à Taïwan : « Même soulagement à Taïpeh, Pékin et Washington au lendemain de l’élection présidentielle taïwanaise de janvier : M. Ma Ying-jeou, fervent partisan du rapprochement avec la Chine continentale, a été réélu avec une confortable majorité. »

 

Bruce Cumings reprend la thématique bien connue des deux corps du roi à propos des Kim en Corée : « Les discussions du groupe des Six qui s’étaient interrompues après la mort de Kim Jong-il, ont repris pour obtenir une dénucléarisation du pays. Si le nouveau président Kim Jong-un multiplie les visites officielles aux armées, son frère aîné, installé à Macao, prédit l’effondrement imminent du régime. »

 

Pour Anne-Cécile Robert, certains veulent étrangler l’ONU : « Pour la seconde fois en cinquante ans, les Nations unies ont adopté un budget en baisse. Si la crise financière justifie officiellement cette réduction, les Etats membres n’hésitent pas à la contourner. L’Organisation semble chercher sa voie dans une géopolitique en plein bouleversement. »

 

Jean Ziegler explique pourquoi le riz est devenu un produit financier : « Pour lutter contre la faim, au-delà de l’aide ponctuelle, et nécessaire, il faudrait soustraire les matières premières agricoles au système de spéculation, comme le proposent des économistes. »

 

À lire un fort dossier sur la « main basse » opérée sur les salaires en Europe. Anne Dufresne revient sur le consensus de Berlin : « Grèce, Roumanie, Belgique… Depuis quelques mois, Bruxelles place l’évolution des salaires au cœur de sa stratégie de résolution de la crise qui secoue l’Europe. Mieux, elle somme les autorités nationales d’obtenir des baisses. », et sur la difficile riposte des syndicats européens : « Contre l’harmonisation des rémunérations par le bas, un salaire minimum européen formerait un solide rempart. Et entraverait le dumping social au sein de l’Union. Pourtant, l’idée ne fait pas l’unanimité parmi les syndicats. »

 

Pour Sam Pizzigati, il est une nouvelle urgence, celle de plafonner les revenus (une idée qui nous vient … des États-Unis !) : « Si la pauvreté soulève une indignation unanime – il faudrait la combattre pour rendre le monde plus juste –, la fortune est plus rarement perçue comme un problème. Mais, avec la tempête financière, le lien entre l’une et l’autre refait surface. En même temps qu’une idée née aux États-Unis il y a plus d’un siècle : limiter les revenus des plus riches. »

 

Julien Brygo revient sur la grève des agents de Roissy et de leurs salaires à la baisse : « En décembre 2011, les agents privés de sûreté des aéroports de France ont fait onze jours de grève contre l’un des effets ordinaires de l’externalisation de services publics : la pression à la baisse sur les salaires. »

 

Bernard Frio explique pourquoi les cotisations sont un levier d’émancipation : « Mutualiser la richesse, revendication utopique ? Projet réaliste, au contraire : sans toujours le savoir, nous collectivisons déjà une bonne part des salaires grâce aux cotisations sociales. »

 

Selon Aurélien Barreau, on saura bientôt peut-être comment est né l’univers : « À Genève, les chercheurs traquent la fameuse « particule-Dieu », le boson de Higgs, qui pourrait permettre d’expliquer les propriétés du cosmos. La quête de l’infiniment petit transformerait alors la physique pour nous éclairer sur la naissance de l’Univers… »

 

Pour Sanou M’Baye, l’Afrique décolle mais le Sénégal stagne : « En annonçant sa candidature à la présidentielle du 26 février, le chanteur Youssou N’Dour a ajouté son nom à une liste déjà longue d’opposants au président Abdoulaye Wade. La vie politique sénégalaise ressemble à un chaudron de déception et de colère sur fond de crise sociale. Mais le mal dont souffre le pays – en panne de croissance – déborde le cadre des clivages politiciens. »

 

Et pendant ce temps-là, les Sarahouis résistent obstinément (Olivier Quarante) : « Depuis la signature d’un cessez-le-feu entre le Front Polisario et le gouvernement marocain, toutes les tentatives de solution diplomatique au Sahara occidental ont échoué. Sur le terrain, la situation dégénère. »

 

Rémi Carayol trouve ambiguë la lutte contre la piraterie au large de la Somalie : « Neuf preneurs d’otages somaliens ont été tués, le 25 janvier, par les forces spéciales américaines venues libérer deux humanitaires. L’Alliance atlantique intensifie la lutte contre la piraterie dans l’océan Indien, où sept Occidentaux seraient retenus contre leur gré. Dans ce combat, Paris, comme ses alliés, n’hésite pas à employer les moyens les plus expéditifs. »

 

Anne Vigna doute de l’enseignement dans enseignants dans les télécollèges mexicains : « Alors que les cartels de la drogue contrôlent des régions entières du pays, l’affaiblissement de l’Etat mexicain préoccupe jusqu’à Washington. Il s’observe également dans le domaine de l’éducation, où les stratégies technophiles de Mexico pour « réduire les coûts » ne sont pas toujours très convaincantes. »

 

Alexander Cockburn revient sur les débuts de la contre-culture aux États-Unis il y a un demi siècle : « A l’aube des années 1960, les groupes radicaux se multiplient aux États-Unis. Le mouvement Etudiants pour une société démocratique connaît un succès inattendu. Son manifeste, publié il y a un demi-siècle, s’est imposé comme le document de référence de la contre-culture américaine. »

 

On passe un bon moment avec Felix Stalder qui nous parle d’Anonymus : « Le 19 janvier, le FBI fermait le site de téléchargement Megaupload, déclenchant une riposte du collectif Anonymous : les sites de la Maison Blanche et d’Universal Music, notamment, étaient touchés. De New York au Caire en passant par Tunis, des réseaux virtuels à la rue, une nouvelle culture de la contestation a émergé. Ceux qui l’ont forgée découvrent à la fois l’étendue et les limites de leur pouvoir. », ainsi qu’avec Navid Hassanpour (“ Révolte égyptienne avec ou sans Twitter ”) : « « Si vous voulez libérer une société, vous n’avez qu’à lui donner accès à Internet. » Les événements égyptiens offrent un terrain d’étude unique pour vérifier la validité de cette maxime. »

 

Mais Smaïn Laacher et Cédric Terzi constatent qu’au Maghreb les blogueurs sont fatigués : « Les révoltes arabes ont fait émerger dans les médias la figure du cyberactiviste, documentant les conditions de vie de la population et le sentiment d’injustice qu’elles engendrent. »

 

Un très bel article de John Berger sur l’exposition Danser sa vie au Centre Pompidou : « Au siècle précédent, Edgar Degas, par son travail sur les ballerines, tentait de percer le mystère du mouvement, mais aussi, niché dans la chair, le secret de la condition humaine. »

 

Enfin, pour Maurizio Lazzarato, la dette c’est le vol du temps : « Le phénomène de la dette ne se réduit pas à ses manifestations économiques. Il constitue la clé de voûte des rapports sociaux en régime néolibéral, opérant une triple dépossession : d’un pouvoir politique déjà faible, d’une part grandissante de la richesse que les luttes passées avaient arrachée à l’accumulation capitaliste, et, surtout, des possibles. »

Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
commenter cet article
2 février 2012 4 02 /02 /février /2012 15:45

0314---copie.jpgIl en va de la LRU comme de la peine de mort : on est pour ou contre cette loi scélérate qui tue la démocratie dans une institution qu'elle livre à la finance internationale. J'ai dit il y a quelques jours que François Hollande s'accommodait de cette "réforme" (link). C'est cela le socialisme Flanby. Or il ne peut pas y avoir d'accommodement avec cette loi qui s'inscrit dans le cadre de la marchandisation du savoir, de la culture et de la Fonction publique.

Je reproduis ici un texte du Front de gauche à ce sujet. Très clair :

 

« Une des tâches [du Front de gauche] est de 'démarchandiser' tout le secteur scolaire » ; cela passe notamment par « la gratuité de l'enseignement », et « l'abrogation de la LRU », déclare Jean-Luc Mélenchon, candidat du Front de gauche à l'élection présidentielle, lors de ses voeux « à la communauté éducative », lundi 30 janvier 2012. Le candidat consacre l'essentiel de son discours à l'enseignement scolaire devant près de 700 personnes, parmi lesquelles Bernadette Groison, actuelle secrétaire générale de la FSU et son prédécesseur Gérard Aschieri, dans le théâtre Comédia à Paris. Interrogé par AEF sur l'organisation du système universitaire une fois la LRU abrogée, Jean-Luc Mélenchon répond qu' « on n'échappera pas à des États généraux de l'enseignement supérieur ». « Il y a un gros travail à faire. Le statut quo ne me convient pas. Il faudra travailler dans le sens où étaient les choses avant [la LRU] », précise-t-il. 

 

« Je veux être parmi ceux qui dénoncent le classement de Shangaï », lance aussi Jean-Luc Mélenchon au cours de son intervention. Ce classement a selon lui été « érigé en principe d'évaluation des universités », alors qu' « il ne correspond en rien à notre organisation » car « il favorise ceux qui publient en anglais et pénalise ceux qui comme nous séparent recherche et université », explique-t-il. « Sous prétexte du classement de Shangaï, [le gouvernement] a décidé la première loi d'autonomie des établissements. Nous ne parlons pas d'autonomie pédagogique, il s'agit de l'autonomie de gestion qui crée un marché pour mettre des acteurs en concurrence », poursuit-il. « Le président d'université fait la paye et choisit ses enseignants (…). Dorénavant, il faudra des qualités intellectuelles et les faveurs du prince ou du roitelet [pour exercer à l'université] », avance-t-il.

 

UN ÉTAT QUI « BAT DIPLÔME NATIONAL »

 

« Le système de diplômes doit rester national. C'est l'État qui bat diplôme national et personne d'autre ! », insiste le candidat du Front de gauche qui estime « qu'un diplôme ne vaut que s'il reste assez général ». « Un niveau de diplôme doit correspondre à un niveau de salaire » et doit être inscrit dans les conventions collectives, ajoute-t-il en évoquant l'existence de « clubs de diplômes » en Angleterre.

 

Par ailleurs, Jean-Luc Mélenchon souhaite « rétablir immédiatement la formation des enseignants » : « Pour diversifier le recrutement social, nous devrons procéder massivement à des pré-recrutements comme nous le faisions avec les Ipes (Instituts préparatoires à l'enseignement du second degré) », indique le candidat, reprenant ainsi une des propositions formulées par le PCF, membre du Front de gauche 

 

Jean-Luc Mélenchon, qui a été ministre de l'Enseignement professionnel de 2000 à 2002 (gouvernement Jospin), a longuement développé sa vision du bac professionnel et de l'apprentissage. Il estime qu'il faudra « aider » les bacheliers professionnels « financièrement et pédagogiquement à intégrer un BTS ou un IUT », sans en préciser les modalités. Pour concrétiser son exigence de « scolarisation étendue de 3 à 18 ans », il défend par ailleurs une « forte relance de la recherche pédagogique ».

Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
commenter cet article
2 février 2012 4 02 /02 /février /2012 07:09
Charles Bonnet fut condamné par contumace à la déportation. Il continua à militer à Genève, où il était réfugié (en ce temps-là, la Suisse n’abritait pas que des banques). Dans la capitale suisse, Bonnet publie en 1872, aux bons soins d’une imprimerie coopérative, un texte intitulé “ Entrée triomphale du général Espivent à Marseille ”. Ce de la Villeboisnet appartenait à une grande famille de la noblesse française. En 1871, il avait été envoyé à Marseille pour y réprimer l’insurrection communarde. Il fut plus tard sénateur et décoré de la Grand-croix de la Légion d’honneur. La violence du poème de Bonnet répond à la violence de la répression :

 

 

C’est à toi, grand héros, que la brune Marseille

Doit son repos présent … et ses assassinats.

Dans l’art de massacrer, tu fais vraiment merveille ;

Sauveur, cache tes mains … le sang rougit tes bras !

Fais chanter tes soldats, leur voix couvre le râle

Des enfants étendus pêle-mêle à tes pieds !…

Continue à présent ta marche triomphale !…

Victimes, dressez-vous !… Offrez-lui des lauriers.

 

http://www.images-chapitre.com/ima0/original/135/790135_5103451.jpg

Étrange destin que celui de Maurice Boukay. De son vrai nom Charles-Maurice Couyba, ce professeur au lycée Arago chantait le soir au Chat Noir. Il fut élu député radical en 1896 et devint ministre du Commerce en 1911. Son vrai plaisir était d’écrire des chansons romantiques. Il est l’auteur immortel d’“ Adieu, Venise provençale ” (interprétée ici par Brassens, avé l’assent, (link). Vers 1889, il rencontre Paul Delmet, auteur, avec Michel Vaucaire, des “ Petits pavés ”, cette étrange et bouleversante chanson d’amour, interprétée ici par Lys Gauty : link. Delmet mettra en musique des dizaines de poèmes de son ami Boukay. Le drame de la Commune amènera Boukay à écrire, par exemple, “ Tu t’en iras les pieds devant ”, un poème dont la force rend à merveille la violence de l’époque :


Tu t'en iras les pieds devant,

Ainsi que tout ceux de ta race,

Grand homme qu'un souffle terrasse.

Comme le pauvre fou qui passe,

Et sous la lune va rêvant,

De beauté, de gloire éternelle,

Du ciel cherché dans les prunelles,

Au rythme pur des villanelles,

Tu t'en iras les pieds devant.

Tu t'en iras les pieds devant,

Duchesse aux titres authentiques,

Catin qui cherches les pratiques,

Orpheline au navrant cantique.

Vous aurez même appris du vent,

Sous la neige, en la terre grise,

Même blason, même chemise,

Console toi fille soumise,

Tu t'en iras les pieds devant.

Tu t'en iras les pieds devant,

Oh toi qui mens quand tu te signes,

Maîtresse qui liras ces lignes,

En buvant le vin de mes vignes,

À la santé d'un autre amant,

Brune ou blonde, être dont la grâce,

Sourit comme un masque grimace,

Voici la camarde qui passe.

Tu t'en iras les pieds devant.

Tu t'en iras les pieds devant,

Grave docteur qui me dissèques,

Prêtre qui chantes mes obsèques.

Bourgeois, prince des hypothèques,

Riche ou pauvre, ignorant, savant,

Camarade au grand phalanstère,

Vers la justice égalitaire,

Nous aurons tous six pieds de terre.

Tu t'en iras les pieds devant.

 

 

 

Dans son recueil Les Chansons rouges (1896), Bouquet rendra hommage aux déportés de la Nouvelle-Calédonie et des Fédérés fusillés au Père-Lachaise :

 

Coq rouge, au sommet du clocher,

Que vois-tu là-bas, dans une île ? –

Je vois des hommes qu’on exile

Et qui meurent sur leur rocher. –

 

Coq rouge, au sommet du clocher,

Que vois-tu dans le cimetière ? – 

Je vois les morts lever leur pierre.

Les martyrs vont se revancher. – 

 

 

Secrétaire de la Commission exécutive de la Commune, Pierre Brissac sera condamné aux travaux forcés, dont il purgera sept ans en Nouvelle-Calédonie. Il reviendra de son exil avec Souvenirs de prison et de bagne(1882), puis adhèrera au parti ouvrier de Jules Guesde. Dans l’île Nou, les autorités pénitentiaires contraignirent ce militant contre la peine de mort à participer au montage de la guillotine.  Je citerai de lui ce magnifique “ En remplissant des sacs ” :

 

La chaux, comme un simoun, tourbillonne en atomes

Ses vagues, peuplant l’air épais de blancs fantômes,

Font choir leur avalanche, en poudrant à frimas

Les marquis de la Chiourme et les ducs du ramas.

La maudite. – l’enfer, certes, l’a fabriquée ! –

Remplit d’une âcre odeur ma gorge suffoquée,

Verse la cécité sur mes yeux impuissants,

La toux dans ma poitrine et l’horreur de mes sens.

Vole aussi, toi, poussière impalpable d’idées !

Pénètre les esprits ! Féconde les cerveaux !

Jettes-y les clartés des horizons nouveaux !

Répands-toi sur le monde en laves débordées !

 

 

 

Étienne Carjat découvre, adolescent, le dessin et la lithographie. Puis la photographie. Il ouvre son propre atelier en 1861. Son cliché le plus connu est celui du jeune Rimbaud, réalisé en octobre 1871.

http://farm4.static.flickr.com/3653/3379297668_f807404e81.jpg

 Il se lie à plusieurs opposants notoires au Second Empire, tels Vallès, Courbet ou Verlaine. Il soutient pleinement le mouvement révolutionnaire et publie des poèmes politiques dans le journal La Commune. En janvier 1872, une querelle éclate au cours d’un dîner organisé par un groupe d’amis artistes auquel il appartient. Rimbaud le blesse à l’aide d’une canne-épée. Carjat détruira la plupart des clichés qu’il a pris du jeune poète, dont il ne reste aujourd’hui que huit photographies le représentant. Je propose ici un extrait des “ Versaillais ”, un long poème publié en mai 1871, un portrait sans nuances de la campagne réactionnaire et collaborationniste :

 

Comme un roquet hargneux qui jappe après la blouse,

Et montre, en s’enfuyant, ses petits crocs aigus,

La campagne imbécile, Ô Paris, te jalouse,

Et t’insulte de loin en serrant ses écus.

[…] Que le Prussien vienne et montre sa monnaie,

[Les paysans] offriront leur pain, le vin et leur cellier ;

Ils livreront leur lit, leur femme, et, s’il les paie,

Au moment du départ, lui tiendront l’étrier.

 

 

Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
commenter cet article
1 février 2012 3 01 /02 /février /2012 15:51

RP2On ne va pas se gêner : deux contributeurs éminents de cette émission étant par ailleurs deux contributeurs éminents du site Le Grand Soir, je me permets aujourd’hui une revue de presse spéciale Grand Soir.


Charles Sullivan évoque l’écologie et la pathologie du capitalisme :

Contrairement à ce qu’on nous a toujours dit, il n’y a pas d’États Unis d’Amérique. Les Etats-Unis sont un territoire occupé qu’il serait plus approprié d’appeler les Etats des Entreprises d’Amérique. Si les états sont unis sur le plan géopolitique, les habitants ne le sont pas. Nous sommes une nation divisée en classes idéologiques, sociales et économiques. Les Etats-Unis ne sont pas une démocratie et ne l’ont jamais été. La structure du pouvoir ne permet pas aux travailleurs de se faire entendre ni d’influencer collectivement le cours des événements.

En dépit du discours sur la liberté et la démocratie, les droits des entreprises ont continuellement supplanté les droits souverains de l’individu et de la communauté. L’histoire des classes laborieuses et la multiplication des catastrophes environnementales en sont la preuve. Par exemple, les agences gouvernementales "ostensiblement créées pour protéger la santé publique" autorisent partout l’exploitation du gaz de schiste par fracture hydraulique même lorsque cela empoisonne l’eau potable de la commune et cause des dégâts incalculables à l’environnement.

 

Théophraste R. n’est pas en reste (Diplômé à 12 ans de l’Ecole Navale de Pilotage des Pédalos). Je me demande si « Théophraste R. » c’est un pseudonyme. Il a eu accès, en exclusivité, à une conversation téléphonique capitale :

Remonte à bord tout de suite !

  Président Papandreou, vous avez débarqué ?

  Non, un roulis du FMI et de la banque Goldman Sachs m’a jeté à l’eau.

  Remontez immédiatement pour sauver les femmes, les enfants, les vieux...

  Bon, je suis à bord. J’organise un référendum pour sauver mon peuple.

  Président, vous êtes vraiment à bord ?

  Il y a eu une mutinerie. C’est Papademos qui m’a remplacé.

  Par Zeus ! Vous êtes le président élu de ce pays et lui un vulgaire porte-flingue de Goldman Sachs.

  Porca miseria ! Goldman Sachs, une puissance plus terrible que Poséidon.

  Va fanculo ! Vous êtes aussi président de l’Internationale socialiste. Une autre puissance, avec des peuples qui attendent vos ordres pour sauver votre navire et mettre au fer les naufrageurs internationaux.

  Ils m’ont débarqué, ils m’ont débarqué. Je vais demander l’aide des Français : Bayrou, Le Pen, Hollande et leur président Nikólaos Sirtaki, qui sauve l’Europe et l’euro toutes les semaines.

  Oubliez-les. Ils font du bruit avec leur bouche en se couchant sur le flanc.

 

Yann Fiévet s’intéresse au Triple A, mais surtout au triple D

Au commencement était le triple D. Pendant que le « triple A » occupe tant d’esprits conformistes et de discours convenus l’on oublie coupablement que ce « machin » si outrancier est la conséquence directe et fatale d’un autre triptyque conçu par les pouvoirs politiques du « monde développé » voilà trente ans déjà. Le triple A n’est rien d’autre qu’une note – au pouvoir certes démesuré – sanctionnant la capacité des instances politiques et économiques à bien faire vivre la croyance dans les bienfaits miraculeux du dieu Marché. Afin que le règne sans partage de ce dernier advint, des hommes à la fois suffisants et insuffisants inventèrent les trois D : déréglementation, décloisonnement, désintermédiation. Les trois verrous qui contenaient la finance dans des limites raisonnables sautèrent et l’on salua cet épisode, largement méconnu ou oublié par les peuples en souffrance, comme une libération trop longtemps attendue. Aujourd’hui, de trop nombreux témoins et acteurs de l’époque feignent l’étonnement. Le temps est donc venu de rafraîchir les mémoires afin de nourrir l’espoir de retrouver un jour la raison.

 

 

À la semaine prochaine

 

Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
commenter cet article
1 février 2012 3 01 /02 /février /2012 15:24

http://www.pointsdactu.org/IMG/bmp/La_vie_des_forcats.bmpLe kleiner Mann et le gang du Fouquet’s ont ravagé l’Éducation nationale. Leur mission est loin d'être accomplie. S’il est réélu (20% des enseignants se prononcent en sa faveur), Sarkozy prépare pour les personnels quelques traitements aux petits oignons. Souvenons-nous de ces initiatives tellement intelligentes du début de son quinquennat, mais tellement normales pour quelqu’un qui voue un mépris d’acier à l’école de la République. Les élèves de CM2 devaient parrainer un enfant juif mort dans les camps. Même Simone Veil, qui soutient Sarkozy publiquement (en privé, hum !) avait trouvé cette initiative scabreuse. Chaque année, les lycées devaient lire la lettre de Guy Môquet (le casinotier Laporte, patron de l’équipe de France de rugby à l’époque, avait imposé ce pensum aux joueurs avant une branlée mémorable lors d’un tournoi des cinq nations). Les parents devaient pouvoir choisir librement l’école de leurs enfants. L’échec scolaire allait être divisé par trois en fin de primaire (fastoche avec la suppression des Rased), les élèves sortiraient bilingues du lycée, le master formation des maîtres allait supplanter avantageusement le Capes. J'en passe et des meilleures.

Donnons la parole à quelques enseignants qui évoquent franchement leur vécu (source : Libération).

Jean François Petit, secrétaire régional Rhône-Alpes de la CGT-Éduc'action et professeur de construction mécanique dans un lycée professionnel de Givors.

« Le bilan des cinq années Sarkozy, c'est les suppressions de postes. L'année dernière, on a perdu 30 professeurs dans l'académie en lycée pro, cette année 150. Le résultat c'est plus d'élèves par classe. On plafonnait à 24, maintenant on est à 30.

Sarkozy c'est aussi le bac pro en trois ans au lieu de quatre. Avant les élèves faisaient deux ans de BEP plus deux ans de bac. Maintenant, ils font la totalité en trois ans. Avec des mômes cabossés, ça ne marche pas. Ils ont voulu justifier la réforme d'un point de vue pédagogique, c'est elle n'est que comptable.

Pour les enseignants, ce sont des conditions de travail qui se détériorent. Les gens s'imaginent qu'on ne fout rien. Psychologiquement, c'est quand même dur pour nous à vivre.

Sarkozy, c'est aussi les gamins sans papiers qui s'angoissent. On en a régulièrement. C'était pas le cas avant Sarko, c'est net.

Pour moi, faut oublier ces cinq ans. Habituellement, je vote très à gauche, mais là je vais voter Hollande au premier tour pour le dégager. »


Sylvie Caron, enseignante en primaire à Rillieux-la-Pape (Rhône), militante à SE-Unsa (Syndicat des enseignants du premier degré et du second degré).

« On assiste depuis cinq ans à une casse systématique et organisée de l'Education nationale et de l'enseignement en général. Le gouvernement a cassé la formation professionnelle des enseignants, il a cassé les moyens en termes de postes d'aide aux enfants en difficulté, de remplaçants, et de postes de directeurs quand on a fusionné les écoles pour en gagner un.

Cette entreprise de casse démobilise les troupes et provoque dans les établissements un ras-le-bol général. Les profs sont pressurés par l'administration avec des évaluations natinales à tout bout de champ et pas forcément en corrélation avec ce qu'ils doivent enseigner et demander aux élèves. Ce ras-le-bol a des effets au niveau santé, motivation, moral, et se ressent dans le travail d'équipe.

D'autant qu'on s'entend dire dans le même temps qu'on est des nantis, que tout va bien, et qu'on a beaucoup trop de moyens.»

Jérémie Buttin, professeur depuis douze ans en arts appliqués au lycée Adolphe-Chérioux, dans le Val-de-Marne.  Il y a tout juste deux ans, un élève était agressé dans l'enceinte de l'établissement par une bande de jeunes venus de l'extérieur. L'équipe enseignante s'était alors fortement mobilisée réclamant des postes d'encadrement.

«Après cet épisode, ils ont fait une clôture autour de l'établissement pour l'isoler du grand parc départemental qui est à côté. On a obtenu quatre postes de surveillants sur les onze qu'on demandait. Leur contrat de deux ans arrivent à échéance, on ne sait pas du tout s'ils seront remplacés. De manière générale, il y a une vraie pénurie de personnel encadrant et administratif. La dégradation est vraiment criante ces dernières années. Le personnel reste motivé mais débordé. L'intendante du lycée, par exemple, est à cheval sur plusieurs établissements. Elle a un travail de dingue. Cela a des répercussions sur les projets éducatifs, tout est plus compliqué, les délais sont plus longs pour débloquer les budgets...

Autre dégradation qui me vient à l'esprit : depuis la rentrée, avec la mise en place de la réforme du lycée, chaque proviseur a désormais une enveloppe avec un nombre d'heures à distribuer pour dédoubler les classes par exemple. C'est une sorte de pot commun. Chaque enseignant doit se battre et justifier pourquoi il a besoin de prendre ses élèves en demi-groupe... Cela met une mauvaise ambiance dans l'équipe. On se retrouve en compétition les uns les autres, ce n'est pas sain. »

Sabine, enseignante Rased (Réseaux d'aides spécialisées aux enfants en difficulté), ces profs spécialisés dans le traitement de la difficulté scolaire. Elle vient d'apprendre que son poste était supprimé à la rentrée.

« C'est vraiment dommage. Surtout ce qui m'énerve, c'est ce double discours complètement contradictoire. D'un côté, Sarkozy dit mettre tout en place pour aider les enfants à réussir à l'école. De l'autre, il détruit le seul système qui existe dans l'Education nationale pour venir en aide aux élèves qui sont en grandes difficultés. Tout cela obéit à une logique purement comptable. Le chef de l'Etat a promis de ne pas supprimer de classes donc il fait des économies sur tous les postes à côté: les Rased sont les premières cibles.

En tant qu'enseignante spécialisée Rased, je ne suis pas rattachée à une classe, j'interviens dans plusieurs écoles. Je m'occupe, par petits groupes, d'enfants en grandes difficultés. Je travaille en étroite relation avec les orthophonistes, les psychologues, les parents pour essayer d'aider ceux qui sont vraiment en grandes difficultés. Bien évidemment, cela ne marche pas à chaque fois, mais nous avons des résultats. Plutôt que d'encourager cette démarche et de l'améliorer, on la détruit. Les premières victimes, ce sont évidemment ces enfants, souvent les plus défavorisés socialement. Sarkozy se vante d'avoir instauré à la place l'aide personnalisée [après l'école, le soir ou entre midi et deux, ndlr] mais on ne cible pas du tout les mêmes élèves et les mêmes difficultés. La preuve : depuis la mise en place de l'aide personnalisée, nous avons toujours autant de demandes d'intervention dans les classes. »

Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
commenter cet article

  • : Le blog de Bernard Gensane
  • Le blog de Bernard Gensane
  • : Culture, politique, tranches de vie
  • Contact

Recherche