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19 novembre 2011 6 19 /11 /novembre /2011 15:50

http://www.cfdt-colombes.fr/wp-content/uploads/2010/11/evaluation.jpgDu coup, j'ai vraiment bien fait de rendre compte d'un récent ouvrage sur la "folie" évaluation (link). Je propose ci-dessous une analyse du Parti de gauche sur la réforme annoncée concernant les pouvoirs exorbitants des chefs d'établissement et une énième attaque contre le statut des fonctionnaires dans l'Éducation nationale.


 Ce projet gouvernemental, qui vient d’être connu, doit être bouclé avant fin décembre. C’est une pièce essentielle dans la marche forcée à la destruction des statuts des personnels, et une application aux enseignants de la loi du 3 août 2009 qui concerne l’ensemble des fonctionnaires.

 

 

 

▲ Défendre les statuts

 

Pour comprendre l’enjeu, il faut rappeler que les statuts des fonctionnaires sont l’équivalent du code du travail pour les travailleurs du privé. Ils définissent les obligations et les droits des fonctionnaires, qui sont des agents publics employés par l’État, les collectivités territoriales et les établissements publics à caractère administratif. Ils garantissent l’unité des personnels.

Or, ces statuts sont attaqués par de nombreux biais. Ainsi le dispositif des établissements ECLAIRS brise, le cadre national des programmes et le statut des enseignants (sélectionnés par les chefs d’établissements).

 

 

▲ L’autonomie contre les statuts et les programmes nationaux

 

Il faut également mettre en relation ce projet précis qui modifie le mode d’évaluation des enseignants avec le projet sur l’école que vient de rendre public l’UMP.

 

Ce projet destiné à la  prochaine campagne électorale de l’UMP contient ceci :

Proposition n° 10 : « Le renforcement de l’autonomie des établissements doit signifier la possibilité pour le chef d’établissement (principal de collège, proviseur de lycée, mais aussi, à terme, directeur d’école) de recruter librement son équipe enseignante et d’administration, en fonction du projet de son établissement. Une telle évolution doit naturellement s’accompagner d’une formation à la GRH des chefs d’établissement et un renforcement de l’équipe de direction. »

 

Ce projet signifie la destruction pure et simple du statut de fonctionnaire des enseignants. Il prépare immédiatement l’étape suivante, qui sera la privatisation pure et simple de l’ensemble de l’enseignement public. Dans ce cadre, tout s’éclaire

 

 

▲ Une nouvelle évaluation pour asservir les enseignants

 

Pour les professeurs du second degré, il y a aujourd’hui double notation. L’une émane du chef d’établissement, l’autre de l’inspecteur de la discipline, qui seul a compétence pour les questions de contenu disciplinaire et de pédagogie. Si la visite de ces inspecteurs est parfois mal vécue par les enseignants, elle protège les professeurs de l’arbitraire local.

Pour le primaire, actuellement, une seule note (pédagogie et administrative) est mise par l’inspecteur local  (IDEN).

 

Le projet gouvernemental ne vise pas seulement à faire noter les professeurs par le seul chef d’établissement (lequel n’a aucune compétence concernant les différentes disciplines), il modifie radicalement la notation de tous les enseignants, du premier et du second degré. Il importe les méthodes en vogue dans le privé. L’évolution des carrières se fera au mérite, selon l’appréciation du chef d’établissement (si, aujourd’hui, la notation conduit à des progressions de carrière et de salaire différenciées selon les notes attribuées, cette notation actuelle est très encadrée et codifiée, et les différences d’évolution sont limitées, sans régression possible). L’écart actuel entre deux carrières (entre la progression la plus rapide et la progression la plus lente) est déjà significatif. Il deviendra gigantesque. Or, selon un syndicat, cette carrière sera de 36 ans au minimum.

De fait, les enseignants seront totalement soumis à la hiérarchie locale, et jugés sur leur enthousiasme à mettre ou non en œuvre le projet d’établissement, c'est-à-dire jugés selon leur degré d’adhésion à la dislocation des programmes nationaux. Le projet d’arrêté précise que l’entretien avec le supérieur hiérarchique s’appuis sur «  une démarche d’auto-évaluation ».  Cela signifie que. « l’agent » doit « évaluer sa capacité à améliorer notamment « sa pratique professionnelle dans l’action collective de l’école ou de l’établissement, en lien avec les parents d’élève et les partenaires. Cette action se situe conformément aux orientations validées par les instances de l’école ou de l’établissement par la mise en place notamment de projets pédagogiques transversaux et pluridisciplinaires assurant la cohérence d’un enseignement collectif ; la qualité du cadre de travail afin qu’il soit propice aux apprentissages et au partage des valeurs de la République, notamment le respect mutuel et l’égalité entre tous les élèves ».

 

Tout y est : la soumission au groupes de pression locaux, la déstructuration et la dislocation des champs disciplinaires, et la soumission aux exigences de l’idéologie dominante, celle de la bourgeoise, du patronat et de l’impérialisme (que tout gouvernement pourra baptiser à sa convenance « valeurs de la République »).

 

 

▲ Il y a urgence

 

Le projet de l’UMP concernant l’école, prévoit notamment « l’évaluation des enseignants par le chef d’établissement ». Il prévoit aussi, dans les« grands établissements » l’institution d’ « un responsable» pour chaque discipline, un véritable contremaître qui  serait  « responsable du travail en équipe au sein de la discipline » et aurait notamment comme fonction de participer à l’évaluation » des collègues »

 

Ce projet s’inspire donc ce qui prévaut au Royaume-Uni et, en France, dans nombre d’établissements privés.

Or, manifestement, le gouvernement craint que les électeurs, au printemps prochain, ne « valident » pas ses projets réactionnaires. Il cherche donc à mettre en œuvre ce programme, ou une partie de ce programme, au plus vite, en espérant rendre irréversibles ces attaques nouvelles.

 

On ne peut donc attendre que les électeurs chassent Sarkozy. Il faut imposer le retrait immédiat de ce projet.

Parce que le Parti de Gauche considère que les statuts de la Fonction publique doivent être défendus parce que les fonctionnaires sont des salariés, parce que leurs statuts sont un point d’appui pour l’ensemble des travailleurs (on notera que les militaires et magistrats ne relèvent pas du statut général de la Fonction publique), et parce que la défense des services publics est inséparable des garanties statutaires des agents publics,

 

Le Parti de Gauche condamne vigoureusement ce projet. Il sera aux côtés des personnels et de leurs syndicats pour exiger le retrait pur et simple du projet de décret et du projet d’arrêté.

 

 

Serge GOUDARD

Novembre 2011

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18 novembre 2011 5 18 /11 /novembre /2011 07:05

RP2 L’Humanité :

Quand on pouvait représenter Mahomet

 

Depuis l’attentat contre Charlie Hebdo, on lit un peu partout dans la presse que « l’Islam interdit la représentation du prophète ». Ce n’est pas le cas.

Dans le Coran, rien sur la représentation de Mahomet. Les seules lignes qui pourraient y faire allusion concernent l’idolâtrie, qui est fortement condamnée par l’Islam. Le Coran considère avec mépris ces « païens » qui adorent des images. Mais sur l’image de Mahomet, rien n’est dit. On peut d’ailleurs trouver au cours de l’histoire plusieurs représentations du prophète, effectuées par  des artistes musulmans du monde entier. On en trouve quelques exemples datant des XV, XVI et même XIXème siècle dans la collection du Metropolitan Museum de New York. Mahomet est ainsi représenté dans des histoires du monde, des biographies illustrées qui lui sont consacrées. On le retrouve aussi représenté dans de nombreuses histoires de Prophètes, dont les Perses (en Iran) et les Indiens étaient très friands.

 

Mediapart : Bettencourt: l'affaire rend fou au tribunal de Bordeaux

PAR MICHEL DELÉAN

 

L'arrivée voici un an du dossier Bettencourt à Bordeaux crée de fortes tensions au sein du tribunal. Les magistrats syndiqués sont soigneusement tenus à l'écart de cette affaire par une hiérarchie soupçonneuse et un parquet très politique. Un climat de méfiance généralisée frisant la paranoïa s'est installé dans le palais de justice.

 

Rubrique people. Les médias du monde entier nous ont remis en mémoire Vanessa Hessler (mannequin italo-états-unienne) qui semble s’être suicidé professionnellement : elle a expliqué sa vision de la famille Kadhafi. «Ce sont des gens très simples, comme vous et moi.» Si le mannequin – célèbre notamment pour avoir incarné « Alice » pour le fournisseur ADSL du même nom, et pour sa participation au film de Thomas Langmann, Astérix aux Jeux Olympiques – tient de tels propos, c'est à cause de sa «très belle histoire d'amour» avec Muatassim Kadhafi, après avoir eu une relation avec son frère Saadi. «C'était une relation passionnée, nous sommes restés ensemble pendant quatre ans», raconte Vanessa Hessler.

 

Reprise du blog « Liévin à gauche » (Liévin est une charmante cité – autrefois minière – du Pas-de-Calais) :

Quand un peuple subit des mesures d’austérité sans précédent, que se passe-t-il dans sa vie de tous les jours ?

L’antenne grecque de Médecin du Monde vient de tirer la sonnette d’alarme. Dans une conférence de presse organisée voici quelques jours  à Athènes, l’ONG a souligné l’impact délétère sur la santé des Grecs de la crise subie par le pays depuis près de quatre ans.

Ainsi, les antennes de Médecin du monde d’ordinaire destinés à apporter des soins aux sans abris et aux sans papiers, ont vu croître les demandes de près de 30 % en une année. Des personnes au chômage arrivant en fin de droit, des retraités (dont les pensions ont baissé),  se pressent dans les permanences pour obtenir les médicaments qu’ils n’ont plus les moyens de s’offrir. Les pédiatres volontaires enrôlés par l’ONG racontent qu’ils voient de plus en plus d’enfants non vaccinés, les mères n’ayant plus les moyens de payer la consultation (70 euros) et le vaccin (50 euros en moyenne).

Conséquence de la fermeture de crédits budgétaires, il n’y a plus de campagnes de prévention contre le Sida. Selon The Lancet (le grand hebdomadaire médical britannique), les contaminations vont augmenter de moitié cette année par rapport à l'an passé du fait d’une augmentation de la prostitution et de la consommation d'héroïne.

La situation est d’autant plus grave que « le budget des hôpitaux a baissé de 40 % entre 2007 et 2009. » Par ailleurs, du fait des faillites en chaîne, le taux de suicide s’est également envolé, de 17 % avancent les auteurs de l’étude.

 

Je terminerai par une information régionale (largement développée par La Dépêche) concernant l’entreprise Vivadour qui compte installer une usine de poulets en batterie à Lannepax, dans le Gers. Je dirai qu’Avec Vivadour et son président sarkozyste, nous sommes dans l’« effet Farfouille ». Il y a maintenant une trentaine d’années que les industriels occidentaux, ayant constaté la baisse structurelle du pouvoir d’achat de la majorité de la population, importent d’Asie des produits de qualité médiocre mais à la portée du peuple appauvri. À court terme, les consommateurs continuent de consommer. À moyen et long termes, ces pratiques créent du chômage qui renforce cette logique délocalisante. Le poulet aux hormones que dénonçait Jean Ferrat il y a cinquante ans, moins onéreux que le poulet plein champ, est à la portée de bourse du smigard ou du chômeur gersois. Mais la production industrielle, outre qu’elle porte atteinte à l’environnement et à la santé, crée du chômage en ce qu’elle ruine la production artisanale de qualité.

 

Je signale, à Lannepax, une auberge absolument formidable : Les Caprices d'Antan.

 

Semanalmente o proximo, comme on dit à Coimbra.

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17 novembre 2011 4 17 /11 /novembre /2011 16:06

À lire cet appel très important concernant l'avenir de l'université :


http://lecolporteur.files.wordpress.com/2009/05/greve_universite_strasbourg_6.jpg

Pour une Université au service d’un Monde Commun

 

Aujourd’hui, il devient chaque jour plus évident que la mise en place des réformes récentes au sein de l’Université, de l’Education Nationale et des organismes de recherche (Loi de Réforme des Universités, Révision Générale des Politiques Publiques, Evaluations AERES) heurte de front les valeurs qui nous animent et nos missions premières : produire de la connaissance et partager le savoir.


Les paradigmes qui la sous-tendent sont ceux qui inspiraient, en son temps, les politiques de Ronald Reagan et Margaret Thatcher. Le New Public Managementest né aux mêmes sources que les théories néo-libérales. Conçu dans les multinationales, il a servi de modèle pour « moderniser » les entreprises publiques et réformer les institutions publiques. Les réformes actuelles mettent en œuvre les mêmes principes : la rentabilité plutôt que l’intérêt général, la compétition plutôt que la coopération, la concurrence plutôt que la solidarité, l’utilité productiviste plutôt que l’amélioration du bien être collectif.


La recherche de la haute performance devient le critère ultime pour exister. Cette conception utilitariste de l’excellence produit l’exclusion et intensifie la lutte des places dans tous les secteurs. Le management par projet nous conduit à passer plus de temps pour acquérir les moyens de travailler qu’à travailler vraiment. Il affecte les ressources à des projets incertains en les réduisant d’autant pour nos activités d’enseignement et de recherche. L’évaluation prescriptive et quantitative pervertit les fondements même de la recherche, fondés sur la discussion publique, l’argumentation et la controverse. L’idéologie des ressources humaines instrumentalise l’humain pour le soumettre à des critères de productivité immédiate et de rentabilité. La culture de l’urgence nous entraîne dans une course permanente qui empêche de prendre le temps de la réflexion et de la critique. Les exigences opérationnelles envahissent l’institution au détriment de nos tâches premières. Les primes, les classements et la segmentation des statuts cassent nos collectifs de travail, renforcent le chacun pour soi, le découragement et la déception car « un gagnant » produit de fait une multitude de perdants. La reconnaissance n’est plus celle que confère le « travail bien fait » mais dépend de grilles et de critères d’évaluation importés de l’extérieur. Comme si  l’objectif de gagner des places au classement de Shanghai était l’alpha et l’oméga de la nouvelle gouvernance universitaire.


Nous avons aimé notre université. Nous l’avons servie avec passion. Aujourd’hui l’amour du métier se délite, nous assistons à la montée du découragement, du dépit et de la colère. L’institution ne cherche plus à nous donner les moyens d’assurer notre mission, elle nous délivre des injonctions contradictoires en multipliant les projets, les évaluations, les appels d’offre, les réorganisations, qui n’améliorent en rien nos conditions de travail, l’accueil des étudiants, le suivi de nos recherches.


Si certains projets sont porteurs de nouvelles possibilités et peuvent contribuer à une plus grande indépendance des chercheurs, nous récusons les logiques évaluatrices de l’AERES, du Ministère de l’Enseignement et la Recherche, des ANR, des pôles d’excellence (PRES), des projets de Labex et  d’Idex. Nous refusons une politique destinée à classer les établissements, les laboratoires, les chercheurs, les publications, les formations et à éliminer tout ce qui n’entre pas dans les normes prescriptives qu’elle met en œuvre. Nous contestons une forme de gestion qui distille une philosophie contraire à l’esprit de service public et aux valeurs qui fondent l’exercice de nos métiers : l’imagination, la curiosité, le non-conformisme et la coopération au service d’un monde commun.

Nous affirmons notre volonté de rebâtir une université de tous les savoirs et pour tous les publics et notre souhait de nous mobiliser sur le cœur de notre métier, l’enseignement et la recherche, plutôt que nous engager dans une organisation par projets qui nous oblige à investir dans l’aléatoire. Nous vous invitons à rejoindre l’Appel des Appels et tous les mouvements de résistance qui s’organisent dans toutes les institutions de la République confrontées à l’idéologie managériale et à la nouvelle gestion publique.

 

Signez la pétition! :

http://www.appeldesappels.org/pour-une-universite-au-service-drun-monde-commun-60.htm)


Premiers signataires

Vincent de Gaulejac, Université Paris Diderot, sociologie

Roland Gori, Université d’Aix-Marseille, psychopathologie

Jean Philippe Bouilloud, ESCP-EAP, Gestion

Marie-José Del Volgo, Faculté de médecine d’Aix-Marseille

Christian Laval, Université de Nanterre, sociologie

Christine Delory Monberger, Université Paris XIII, Sciences de l’éducation

Danièle Linhart, CNRS, Sociologie

Florence Giust Desprairies, Université Paris Diderot, psychosociologie sociale

Danilo Martuccelli, Université Paris Descartes, sociologie

Yves Polack, CHU Bicat-Beaujon, Médecine

Jean Pol Tassin, Collège de France – Paris 6 Pierre et Marie Curie, neurobiologie

Barbara Cassin, CNRS, philosophie

Ingrid France Université Pierre Mendès-France Grenoble, économie

Michel Chauvière, CNRS, sociologie

Fabrice Leroy, Université Lille 3, psychopathologie

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16 novembre 2011 3 16 /11 /novembre /2011 19:46

Un très bon article de Lalo Vespera (source : Le Grand Soir).


http://www.nationspresse.info/wp-content/uploads/2009/09/bertin.jpgMais comment certains osent-ils remettre en doute la version officielle du 11 septembre ? Ça me fait penser à ceux qui doutent que Lee Harvey Oswald ait pu être le seul assassin de Kennedy. Et pourtant, bon sang de bonsoir, Bush et sa clique n'ont jamais menti, dans aucun domaine ! De plus, comment douter de la parole de Patrice Bertin, cet immense journaliste (militant d'extrême-droite quand il était jeune et beau) dont l'équanimité fait le bonheur des auditeurs de la radio du service publique depuis des dizaines d'années ? Un peu de respect, donc. Ne jamais oublier, comme disait Colombani, que "nous sommes tous américains". 

Plus sérieusement, traiter Kassovitz (un vrai créateur qui restera) de révisionniste est grave car, en France, le révisionnisme est un délit. Assimiler ce français d'origine juive à Faurisson ou à Goebbels est ignoble. Pour une même faute, le tribunal a condamné un blogeur mais a relaxé les deux journalistes considérables Bertin et Revel. On ne commentera pas la décision d'une justice qui a estimé que « Les propos de Patrice Bertin ne constituent qu'un jugement de valeur tenu par un journaliste dans le cadre de sa liberté d'expression en réponse à des affirmations proférées par le cinéaste au cours d'une interview télévisuelle. »

Le fond du problème est que Kassovitz (et des milliers d'autres aux États-Unis) a remis en cause une parole "américaine". Ce qui est d'autant plus outrageant que cette parole est ... française. Pour se justifier, les affidés ont besoin d'être plus royalistes que le roi, plus inégristes que les Bush et consorts qui se fichent totalement de cette vérité officielle et qui doivent bien rire de l'agitation des petits Bertin, Revel et autres chantres de la vérité officielle.

Un dernier mot sur Kassovitz : son film sur Ouvéa est censuré en Nouvelle-Calédonie par un propriétaire de salles de cinéma. On aimerait entendre Guéant, qui a défendu la liberté d'expression de Charlie Hebdo, sur cette censure ridicule qui, au final, va inciter TOUS les Néo-calédoniens à voir ce film par tous les moyens.


Le 4 octobre dernier s’est tenu devant la XVIIe chambre du tribunal correctionnel de Paris, le procès que l’acteur et réalisateur Mathieu Kassovitz a intenté il y a deux ans déjà à deux journalistes de Radio France et de l’Express et un blogueur du Journal du Dimanche pour "injures publiques", à la suite des commentaires infamants qui ont été formulés à son sujet concernant la position qu’il avait exprimée publiquement à propos du 11-Septembre durant l’émission de débat de Frédéric Taddeï "Ce soir ou jamais", le 15 septembre 2009 [1]. Mathieu Kassovitz avait, à cette occasion, remis en cause les conclusions de l’enquête officielle sur les attentats de 2001. Et dès le lendemain, le réalisateur avait connu un lynchage médiatique d’une incroyable violence.

 

 Le procès qui a offert une tribune inhabituelle au débat sur le 11-Septembre, a aussi obligé les opposants au réalisateur à se découvrir par rapport à l’instrumentalisation d’insultes déplacées, comme "révisionniste", ou d’insinuations autour du négationnisme. Cet événement nous offre donc l’occasion de mieux comprendre les méthodes des inquisiteurs installés au sein des médias grand public et usant d’une rhétorique de disqualification [2], ce procédé qui consiste à utiliser des éléments de langage d’une force symbolique disproportionnée et sans rapport avec le problème visé. Il apparaît que cette manœuvre, une fois décryptée, a clairement pour objectif de réduire au silence la libre parole à propos du 11-Septembre et décourager à l’avance les sorties médiatiques d’autres personnalités sur le même sujet. Le jugement du procès doit être rendu le 15 novembre.

Caillassage rhétorique

En septembre 2009 est diffusée sur France 2 la série documentaire "Apocalypse" qui retrace la Seconde Guerre mondiale sur la base d’images en partie inédites et en couleurs, offrant aux nouvelles générations l’occasion de saisir la portée de ce conflit majeur du siècle dernier. La série est un événement : saluée par la critique, elle obtient aussi un succès d’audience hors norme pour un tel format. Mathieu Kassovitz en est le narrateur. Il raconte la trame, les enjeux et les conséquences dévastatrices de cette guerre qui coûta la vie à près de 50 millions d’êtres humains dont une majorité de civils.

Le choix des responsables de la série est judicieux. Le réalisateur de "La Haine" est une personnalité unique dans le paysage artistique français. Il est jeune et allie à la fois une forme de réussite, de goût du risque et d’intégrité. C’est un comédien populaire qui a rencontré un large public en choisissant des rôles parfois difficiles, comme dans l’excellent film de Costa-Gavras AMEN, un des meilleurs rôles de Kassovitz. Mais ce dernier est avant tout un cinéaste atypique qui a travaillé à la fois en France et aux Etats-Unis. Il a su prendre des risques et il a cette image d’un homme du présent, à la fois indépendant d’esprit, sensible et engagé [3].

Dans le cadre de la promotion de la série, Mathieu Kassovitz est invité à différentes émissions de télévision. Et à l’occasion de la rentrée, Frédéric Taddeï a choisi de poser en débat pour sa première émission de la saison la question : "Peut-on contester ce que l’on dit du 11-Septembre ?" Plus précisément, il s’agit, à l’occasion de la sortie du livre d’Éric Raynaud : 11-Septembre, les Vérités cachées, de déterminer s’il est légitime ou non que ce sujet, abondamment débattu sur Internet, soit également traité par les grands médias traditionnels. Kassovitz est sur le plateau pour répondre. Et son point de vue sur les attentats de 2001 est déjà connu des spécialistes du sujet, à savoir la remise en cause de la version délivrée par l’administration Bush.

Le débat a le mérite d’être plutôt posé et la parole des intervenants respectée, grâce au professionnalisme et à la perspicacité de Taddeï qui, pour un soir, ouvre son plateau à ce sujet devenu incroyablement tabou. Après le lynchage médiatique subi par Marion Cotillard et Jean-Marie Bigard à la suite de leurs déclarations publiques concernant le 11-Septembre, Mathieu Kassovitz sait qu’il prend des risques en intervenant ainsi. Mais il a le courage de poser les questions qui dérangent, et le fait sur un registre beaucoup plus structuré et soutenu que ses prédécesseurs. Kassovitz connait bien le dossier qu’il explore depuis plusieurs années. De son point de vue, le récit de l’administration Bush est "obligatoirement questionnable" et l’information officielle ne peut être prise "comme argent comptant". Le cinéaste remet en perspective l’enjeu des expéditions guerrières des Etats-Unis en Irak et en Afghanistan et la diabolisation de l‘Islam qui a suivi les attentats, indiquant que la question des intérêts stratégiques et l’émergence d’un nouveau bouc émissaire peuvent permettre de lire la réalité d’aujourd’hui à la lumière de ce que l’histoire de l’Allemagne nazie nous a appris. Et s’ils ne sont jamais péremptoires, les propos de Mathieu Kassovitz ne souffrent guère d’ambiguïté : son intervention va déclencher une véritable tempête médiatique.

 

 

11 Septembre: Kassovitz s'interroge chez Taddei sur FR3

ReOpen911

 

11 Septembre : Kassovitz s’interroge chez Taddei... par ReOpen911

 

Il est recommandé de visionner cette vidéo jusqu’à la fin où se situe un point intéressant du débat

 

En effet, dès le lendemain de l’émission, Mathieu Kassovitz est à son tour victime de la "police de la pensée" qui lui inflige un véritable caillassage rhétorique dans la presse, à la radio et la télévision. Stigmatisant violemment Mathieu Kassovitz et son « étonnante diatribe révisionniste », Renaud Revel, responsable de la rubrique médias à l’Express, compare le réalisateur de "La Haine" à l’historien révisionniste Robert Faurisson, tandis que Lilian Massoulier, dans un blog du JDD, le rapproche de Joseph Goebbels, le ministre de la propagande d’Hitler. Quant à Patrice Bertin, sa chronique sur France Info épingle un Mathieu Kassovitz en « révisionniste et fier de l’être ». Ces trois chroniqueurs ainsi que d’autres acteurs des médias dont Nathalie Levy qui reprend l’expression de « Faurisson du 11-Septembre » sur France 5, vont ainsi user sans vergogne de cette arme d’une redoutable efficacité qu’est la rhétorique de disqualification.

Et là aussi, contrairement à ses prédécesseurs, Mathieu Kassovitz ne se laisse pas intimider et tient tête aux snipers qui tentent de l’abattre. Le 25 septembre 2009, il porte plainte contre Renaud Revel (l’Express) et Lilian Massoulier (JDD), et quelques jours plus tard, contre Patrice Bertin (Radio France). Son avocat Me William Bourdon déclare : « En étant assimilé à un négationniste et à un adepte de Goebbels, Mathieu Kassovitz considère qu’il fait l’objet d’outrages d’une exceptionnelle gravité, qui portent douloureusement atteinte à sa réputation, à son honneur, et au-delà à sa famille dont il rappelle qu’une grande partie a disparu dans les camps de concentration nazis. »

Cette séquence nous permet d’observer à la fois la distorsion et l’impasse qui caractérisent le traitement médiatique des événements du 11-Septembre : Face à Mathieu Kassovitz, personnalité française respectée qui fait valoir la nécessité de mettre en débat la version officielle délivrée par l’administration Bush, les critiques sont d’une violence si extrême, si démesurée que tout débat s’en trouve inhibé. Le sujet du 11-Septembre, déjà tabou, devient un non-sujet au sein des médias corporatistes. Désormais, toute remise en question ne sera tout simplement plus du tout abordée, quelle que soit l’importance des révélations qui tombent au fil des mois et des années, accentuant le fossé qui sépare la théorie officielle des faits, témoignages et autres indices qui la rendent peu vraisemblable et fortement sujette à caution.

Hicham Hamza, journaliste à Oumma avait très justement fait remarquer qu’ « au-delà de ce lynchage médiatique, récurrent dès qu’une personnalité publique revendique l’exercice du doute méthodologique sur le déroulement des attentats de Manhattan et du Pentagone, il sera intéressant d’observer l’évolution de la procédure judiciaire inaugurée avec aplomb par Mathieu Kassovitz. Si [l’injure publique] est reconnue, une jurisprudence en la matière sera établie, libérant la parole critique sur le sujet tabou ; à l’inverse, si la plainte devait être rejetée, il est à craindre que l’omerta ne se renforce, diabolisant davantage quiconque osera pointer du doigt les multiples incohérences et anomalies relatives à la mythologie officielle du 11-Septembre. »

Début 2011, Eric Hazan et Alain Badiou ont publié aux éditions La fabrique, un ouvrage salutaire intitulé L’antisémitisme partout qui démonte le procédé par lequel certains intellectuels instrumentalisent à l’envi l’insulte en lien avec la question juive ou la Shoah afin de neutraliser la capacité de parole de leurs adversaires dans des cas de figure qui n’ont par ailleurs strictement aucun rapport avec le crime abominable dont ont été victimes les juifs d’Europe. L’usage abusif du terme "révisionniste" relève ici, exactement de la même logique.

Inquisiteurs et fiers de l’être

Le groupe de personnalités qui s’est chargé de régler son compte médiatique à Mathieu Kassovitz ne sort pas de nulle part. Il s’agit d’individus qui pour certains ont été croisés sur d’autres opérations de sabotage visant le "mouvement international pour la vérité sur le 11-Septembre". Il s’agit de journalistes, d’animateurs ou de blogueurs qui ont pour point commun de communiquer à partir d’éléments de langage, à l’identique des hommes politiques, dans un registre particulièrement agressif et qui n’hésitent pas à employer des expressions d’une violence démesurée, tel qu’ici le terme "révisionniste", sans rapport signifiant avec le sujet dont il est question dans le débat qui nous occupe : le droit au doute concernant le récit officiel délivré par un gouvernement – et donc, par essence partisan – sur les événements du 11-Septembre.

Dans le théâtre médiatique au centre duquel a été dressé un bûcher à l’occasion de l’intervention de Mathieu Kassovitz, ce dernier prend aussitôt le rôle de la sorcière qu’il faut brûler du fait de l’affront commis consistant à s’interroger en public sur la nature "orwellienne" de la réalité telle qu’elle nous est décrite par cette version officielle. Face à lui, se lève brusquement un curieux groupe d’inquisiteurs, formé de personnalités qui ont pour professions ou pour habitudes de déambuler dans le paysage médiatique français et qui semblent comme programmés pour jaillir tels des Zébulons dès qu’est prononcée la date du 11-Septembre afin de s’offusquer si d’aventure une opinion dissidente ose toujours se manifester.

Marin Karmitz, présent sur le plateau de Taddeï le même soir, face à Kassovitz, craque la première allumette et tente de conclure le débat en assimilant ceux qui doutent de la version officielle sur le 11-Septembre à des négationnistes réfutant l’existence des chambres à gaz. Mathieu Kassovitz, dont une partie de la famille a été victime de la Shoah, s’opposera avec force à cet amalgame abject et sans fondement. Mais le signal vient d’être donné, la chasse est ouverte et les chiens peuvent être lancés.

Dès le lendemain, Renaud Revel reprend le flambeau dans son blog sur les médias au sein du site de l’Express, et s’en prend à la fois au réalisateur et à l’intervieweur qui lui fait face, Frédéric Taddeï qu’il accuse de ne pas avoir su "recadrer" son invité. Bien entendu, Revel manie un fusil à deux coups, il envoie un message aux personnalités trop bavardes, mais aussi et surtout aux producteurs, animateurs et journalistes susceptibles de leur accorder un temps de parole… Et il conclut son papier délirant en lançant : « Kassovitz en Faurisson du 11-Septembre, il ne manquait plus que cela. »

Dans son article publié sur AgoraVox, William Castel démontera avec pertinence la manœuvre tordue entreprise par Renaud Revel : « Faurisson nie l’existence des chambres à gaz durant la Seconde Guerre mondiale. Kassovitz, lui, prend acte des zones d’ombre du 11-Septembre (que tout le monde admet) et trouve justifié un questionnement sur cet événement, voire un soupçon sur l’administration Bush, dont l’attitude fut plus que trouble avant, pendant et après les attentats, et dont les mensonges sont avérés. Comment peut-on oser mettre en relation ces deux noms ? Kassovitz nie-t-il l’existence de quoi que ce soit ? Nie-t-il les morts ? Les avions crashés ? Le héros du film Amen de Costa-Gavras est-il suspect d’antisémitisme ? Comment le rédacteur en chefd’un hebdomadaire de cette importance peut-il se laisser aller à pareille comparaison - surtout après la salutaire mise au point faite par Kassovitz lui-même durant l’émission ? Injurier en toute impunité : on nous avait fait croire que c’était l’apanage des blogueurs sans contrôle... Les journalistes seraient-ils devenus des blogueurs comme les autres ? »

De son côté, Hicham Hamza indique : « Assimiler le descendant d’une famille de déportés, et parrain du collectif Devoirs de mémoire, à un négationniste patenté, voilà qui ne manque pas de sel. Cet amalgame abject consistant à mettre sur un même plan l’analyse critique du récit politico-médiatique du 11-Septembre et la négation de la Shoah a régulièrement d’illustres défenseurs parmi les faiseurs d’opinions, tel le directeur de Libération, Laurent Joffrin, qui a repris à son compte la même escroquerie intellectuelle lors d’une interview accordée à une radio suisse.  »

Sur France Info, Patrice Bertin, ex-patron de la rédaction de France Inter, se déchaîne lui aussi contre Kassovitz, s’aventurant à jouer avec les mots de Jean-Marie Le Pen et son "point de détail" avant de s’enflammer dans sa petite chronique : « Voilà [que Mathieu Kassovitz] met en cause ce qu’il appelle la version officielle américaine du 11-Septembre et qu’il fait un parallèle avec les nazis et la propagande de Goebbels selon lequel plus le mensonge est gros, mieux il passe. Fermez le banc. Il y a un mot pour ça : révisionniste et fier de l’être ! » Bertin est comme parti en croisade, et lors du procès, il persiste et signe : « Je ne regrette strictement rien. Si je pouvais refaire ma chronique aujourd’hui, je réemploierais le mot "révisionniste". »

Une troisième chronique est publiée sur un blog du site du Journal du Dimanche. L’auteur se nomme Lilian Massoulier et son billet s’intitule délicatement "Kassovitz redonne des couleurs à Goebbels".

Sur ces trois chroniqueurs Revel, Bertin et Massoulier, impliqués dans le procès, seul Patrice Bertin sera présent au tribunal, les deux autres accusés étant représentés par leur avocat. En 2009, bien d’autres personnalités des médias s’étaient jointes à ce trio pour participer au lynchage : Jean-Marc Morandini et Frédéric Bonnaud sur Europe 1, Franz-Olivier Giesbert et Bruce Toussaint sur Canal+, Nicolas Poincaré et Nathalie Levy sur France 5 ou encore Bénédicte Charles dans l’hebdomadaire Marianne qui suite à l’article de l’Express, avait pris la défense de Frédéric Taddeï mais ne manquait pas d’enfoncer davantage Mathieu Kassovitz. Aucun de ces courageux snipers n’accompagnera ses collègues au tribunal, non pas que ces personnalités se soient montrées plus nuancées dans leurs accusations, au contraire… le plus souvent. Mais ils ont pratiqué la rhétorique de disqualification en privilégiant l’insinuation plutôt que l’insulte directe, ce qui leur assure une totale impunité.

Justice, sémantique et duplicité

Lorsque les chroniqueurs s’en prennent à Mathieu Kassovitz dans les médias, l’accusation de "révisionniste" dont ils se régalent marque par la violence de l’insulte et la volonté de nuire. Mais il est intéressant de constater que les mêmes chroniqueurs ou leur avocat, une fois au tribunal, tentent d’éviter les conséquences de la calomnie qu’ils ont diffusée en s’appuyant cette fois sur la définition neutre du terme afin de réduire le débat à un simple enjeu sémantique.

Pourtant, "révisionniste" est une expression choisie par les adversaires de Kassovitz pour sa force d’évocation visant à limiter la portée des propos du cinéaste en le discréditant. Il est évident que ce mot lourd de sens implique dans l’esprit du public, une forme de complicité mentale avec les nazis, qui s’attache à tout individu accusé de cette volonté de manipulation de l’histoire. Et il faut vraiment faire preuve d’une mauvaise foi de politicien pour soutenir le contraire. Sur le plan médiatique, cette manœuvre vise donc clairement à nuire à la personne qui en est victime en enveloppant son discours dans le caractère abject de la pensée néonazie. Et comme Mathieu Kassovitz l’a précisé lui-même durant le procès, la difficulté pour se défendre serait encore plus grande s’il n’était pas juif lui-même…

Le révisionnisme a deux significations principales : « Pour les historiens, il s’agit d’un terme sans connotation particulière qui désigne une démarche critique consistant à réviser de manière rationnelle certaines opinions couramment admises en histoire, que ce soit par le grand public (le plus souvent), ou même par des historiens de profession non spécialistes de la période ou du domaine d’études considéré. »

Mais « la notion de révisionnisme peut également désigner, par abus, la remise en cause de certains aspects de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale par la négation, la minimisation ou la contestation de certains éléments du génocide commis par les nazis. La plupart des historiens utilisent le terme de négationnisme, alors que les négationnistes se désignent eux-mêmes par le terme de "révisionnisme". Ainsi, en histoire, le révisionnisme diffère du négationnisme, et il ne faut pas confondre ces deux termes. »

Sans état d’âme quant à la duplicité de leur propre conduite, les inquisiteurs qui ont stigmatisé Mathieu Kassovitz en abusant de la violence qu’implique le sens du mot "révisionniste" dans sa deuxième définition se dissimulent donc ensuite derrière la définition première du terme pour échapper à toute sanction. Et la logique de défense des chroniqueurs qui ont attaqué Kassovitz va être de circonscrire le procès au débat qui consiste à déterminer si le terme "révisionniste" qui a été utilisé constitue, ou non, une insulte. Cet aspect sémantique détermine d’ailleurs la question à laquelle la justice devra répondre le 15 novembre.

Le terme "négationniste" est considéré par la loi comme une insulte grave et donc punie comme il se doit devant les tribunaux, alors que l’attribut "révisionniste" est davantage envisagé par la justice comme un terme neutre. Ce qui est remarquable est le fait que cette nuance parfaitement marquée en termes juridiques ne fait en rien écho à la proximité des deux expressions au niveau de leur signification culturelle. Etre qualifié de "révisionniste" renvoie automatiquement à l’insulte "négationniste", elle-même subordonnée à l’infamie que représente l’antisémitisme dans notre culture.

Pour le procès, le chroniqueur de France Info, Patrice Bertin, a choisi comme témoin Ivan Levaï, son ancien directeur de l’information à Radio France. L’avocat de Mathieu Kassovitz, interrogeant Ivan Levaï, lui a demandé s’il apprécierait de se faire qualifier de révisionniste. Ce dernier s’est gardé de répondre de façon directe à la question, et il a jonglé avec une anecdote à propos de Robert Faurisson qu’il avait invité autrefois à son émission Expliquez-vous et qu’il avait qualifié à l’antenne de "négationniste". Et selon Ivan Levaï, en comparaison de négationniste, le terme "révisionniste" utilisé par Patrice Bertin concernant Kassovitz est un terme neutre. Donc, lorsque Bertin balance dans sa chronique à propos de Mathieu Kassovitz "révisionniste, et fier de l’être", l’auditeur est supposé comprendre que ce n’est en rien péjoratif… Et Levaï qui a un sens de l’humour dont il n’est pas conscient, nous indique, pour appuyer son argumentaire, que Patrice Bertin a toujours été l’un des journalistes qui a enseigné la précision à ses collègues : « N’employez pas n’importe quel mot à propos de n’importe quoi, n’importe quand. »

On notera en tout cas avec étonnement que le terme "révisionniste" n’a pas été utilisé sur d’autres controverses de l’histoire récente, ni sur les différences d’opinions à propos d’événements dont l’interprétation évoluait au cours des dernières années. Les familles des victimes de l’attentat de Karachi en mai 2002 (photo ci-contre) et tous ceux qui les soutiennent ne sont pas traités de révisionnistes, pas davantage que François Léotard à l’occasion de ses affirmations relayées par Rue89 en janvier 2011. Pourtant, ces personnes ont réfuté la version officielle délivrée au départ pour ce crime initialement attribué à Al-Qaida, soutenant que cet attentat meurtrier était en fait un acte organisé par les services secrets pakistanais (ISI) en réponse à l’arrêt des paiements de rétro-commissions par la France. Ce changement d’interprétation implique une réécriture des événements et pourtant, à ce jour, aucun acteur de cette affaire n’aura évoqué le concept de révisionnisme.

Une telle différence de traitement est remarquable sur deux événements subissant une controverse similaire. Elle démontre que la motivation profonde de ceux qui s’opposent à la libre parole concernant le 11-Septembre n’a rien à voir avec le fait qu’une révision opérée sur le déroulement de l’histoire récente relèverait d’un processus assimilable au négationnisme contestant l’existence des chambres à gaz durant la Seconde Guerre mondiale, et donc condamnable pour cela. La motivation est tout autre.

Une manœuvre "orwellienne"

Le groupe de chroniqueurs qui s’est attaqué à Mathieu Kassovitz au lendemain de son intervention, bénéficie d’une tribune médiatique plus ou moins quotidienne et d’un accès privilégié aux relais publics d’information. Il s’est mobilisé avec force pour opposer un contre-feu violent à cette prise de position localisée, ponctuelle, voire isolée de Mathieu Kassovitz sur les événements du 11-Septembre… prise de position citoyenne, par ailleurs parfaitement légitime, et finalement assez contenue. Cet état de fait détermine par quelle méthode il est possible de réprimer dans les médias toute expression qui embarasse les gardiens du récit officiel sur le 11-Septembre [4].

Pour bien comprendre la manœuvre effectuée pour contrer la prise de parole dissidente de Mathieu Kassovitz et situer l’aberration que représente l’usage du terme "révisionniste" dans le cadre du débat sur le 11-Septembre, il est impératif de cerner le contexte de cet usage. Le signifiant culturel du "révisionnisme" pointe par association vers le négationnisme et l’antisémitisme. Etrangement, ces accusations reviennent régulièrement dans les discours visant à stigmatiser, neutraliser, voire criminaliser le mouvement pour la vérité sur le 11-Septembre, en particulier sous la plume de journalistes.

Dans l’article "Pourquoi les complotistes sont des ennemis de la démocratie" écrit par Laurent Joffrin à l’occasion du dixième anniversaire des attentats, le directeur de publication du Nouvel Observateur emploie à cinq reprises le terme "négationnistes" pour parler des citoyens qui s’interrogent sur la version officielle de l’administration Bush. En 2009, l’Express avait publié de son côté un dossier intitulé "Les nouveaux réseaux antisémites" dans lequel un encart nous expliquait avec une tranquillité déconcertante que toute version alternative au récit officiel des événements du 11-Septembre devait être considérée comme une œuvre de manipulation opérée au seul bénéfice d’organisations ou de personnalités antisémites notoires. Mais bien entendu, les adversaires de Mathieu Kassovitz ne pouvaient pas sauter aussi directement dans l’infamie de par le simple fait que Kassovitz est lui-même juif. Ils ont donc choisi d’opérer une sorte de pirouette aussi improbable que sordide consistant à circonscrire leur attaque entre une accusation directe de révisionnisme et une insinuation tordue autour de la thématique négationniste.

Dans leur ouvrage "L’antisémitisme partout", Hazan et Badiou remettent en perspective l’instrumentalisation de l’insulte associant la notion d’antisémitisme, ainsi que le profil de ceux qui en abusent et la manière dont fonctionne une chaîne de mots qui permet de marier artificiellement des concepts qui n’ont rien à voir entre eux : « Il s’agit, par des étapes et des connexions tout à fait singulières, de mettre en lien des choses qui […] n’ont aucun rapport entre elles. Intéressons-nous plus particulièrement aux détails rhétoriques de construction de ce lien. L’une des chaînes, très souvent à l’œuvre, se déplie ainsi : l’anticapitalisme a pour noyau l’antiaméricanisme, l’antiaméricanisme a pour centre l’antidémocratique, et l’antidémocratique - c’est là que se fait le saut ultime - a pour pivot l’antisémitisme » [5].

Dans la rhétorique de disqualification qui s’applique au mouvement pour la vérité sur le 11-Septembre, ce même type de chaîne de liens artificiels est bien connu : l’usage du doute concernant un événement qui souffre de zones d’ombre est assimilé à du "conspirationnisme", l’usage du même doute concernant le même événement après quelques années seulement est désormais nommé révisionnisme, le révisionnisme est associé au négationnisme qui est naturellement subordonné à l’antisémitisme. Et le tour est joué : un citoyen qui se pose quelques questions sur le récit de l’administration Bush à propos du 11-Septembre est donc un antisémite en puissance. « Tous ces procédés, si tirés par les cheveux qu’ils soient, finissent par former une rhétorique d’intimidation dont le seul but est de coller sur des adversaires l’étiquette "antisémite", avec l’idée qu’une fois appliquée, on ne pourra pas plus s’en défaire que le capitaine Haddock de son célèbre sparadrap. » précisent Hazan & Badiou [6]. Il s’agit ici d’une forme de terrorisme intellectuel et de totalitarisme sur la pensée qui nous rapproche dangereusement du monde de "1984", imaginé par George Orwell.

La volonté de nuire

En s’attachant à comprendre les intentions et à évaluer les résultats du procédé, il apparaît qu’un aspect important de la rhétorique de disqualification s’inscrit par essence dans une manœuvre propagandiste. En effet, le nombre des détracteurs au sein des médias qui réagissent de concert pour condamner Mathieu Kassovitz ne représente pas forcément la somme d’initiatives spontanées et disparates qui seraient emportées par un sentiment sincère d’indignation. Ces détracteurs ont en commun un objectif pour le moins saugrenu au regard des valeurs d’une grande nation démocratique : convaincre l’opinion publique que toute opinion dissidente sur le 11-Septembre est monstrueuse et inacceptable, et qu’à ce titre elle n’a pas sa place sur un média grand public. Et en dehors de quelques suiveurs éventuellement inconscients du rôle qu’ils sont amenés à jouer, l’ensemble des réactions virulentes qui stigmatisent le dissident Kassovitz résulte d’une effarante volonté de lui nuire, d’entacher sa réputation et de lui ôter toute crédibilité, lui encore plus qu’un autre, précisément parce que ses questions et ses arguments sont fondés, plausibles et donc efficaces.

Il est impressionnant d’observer comment des chroniqueurs vaguement mondains et souvent ancrés à gauche vont soudain se métamorphoser, lorsqu’ils parlent du 11-Septembre en croisés féroces investis d’une mission civilisatrice… Tout cela pour garantir l’intégrité d’une mythologie officielle délivrée par l’administration néoconservatrice de George W. Bush. En agissant ainsi, ils contribuent à installer un couvercle sur la marmite du 11-Septembre, et à le visser assez fort pour que ce sujet ne soit plus jamais débattu. Cette manœuvre nécessite pour le moins, de la détermination et quelques années d’efforts soutenus, et avant cela, de la réflexion. C’est ce que révèle, entre autres, le choix subtil et précis d’éléments de langage identiques repris par plusieurs chroniqueurs. Nous l’avons vu avec ce terme "révisionniste" qui possède une symbolique si forte qu’elle permet de disqualifier de tout débat entre gentlemen, les renégats qui en sont affublés.

Par ailleurs, dans cette entreprise de marginalisation opérée sur Mathieu Kassovitz, il est essentiel pour ceux qui en sont responsables d’éviter l’amorce au sein de l’opinion publique, d’un débat dans le débat qui déterminerait si oui ou non les arguments du cinéaste méritent d’être entendus. Le débat citoyen est précisément l’outil premier que les inquisiteurs veulent détruire afin que la vérité sur le 11-Septembre ne rencontre jamais ce levier qui lui permettrait à coup sûr d’émerger, tant la version officielle sur cet événement révèle une quantité inouïe d’anomalies et d’incohérences lorsqu’on lui accorde un minimum d’attention. La rhétorique de disqualification agit ici comme une sorte de feu nucléaire qui pulvérise toute forme de débat et anéantit le cadre d’un dialogue rationnel et serein avec la personne qui en est victime. Il s’agit, à l’inverse, de créer le chaos de la pensée, la confusion à l’identique de celle qui régnera quelques semaines plus tard sur le plateau de Guillaume Durand, dans l’émission "L’objet du Scandale" [7] où Kassovitz et Bigard, invités pour défendre leur point de vue alternatif à la version officielle, vont être placés dans une position intenable par leur hôte et leurs contradicteurs. A tel point que le débat rationnel qu’ils avaient souhaité ne pourra tourner qu’à la foire d’empoigne, et l’émission en deviendra littéralement inaudible durant certains échanges. Les inquisiteurs avaient, ce soir-là, de quoi savourer le fruit de leurs efforts. Il ne manquait plus, à cette occasion, qu’ils déroulent dans leur dos une banderole étoilée avec la mention : Mission accomplie.

Le courage d’être dissident

Ainsi, c’est une guerre totale qui est lancée pour étouffer la dissidence en ne lui laissant aucun espace d’expression dans les médias grand public. Et ce qui est apparu insupportable aux tenants de la réalité que nous jugeons "orwellienne", c’est que, lors de l’émission de Taddeï, Mathieu Kassovitz ait pu s’exprimer posément, qu’il ait pu exprimer des arguments légitimes et convaincants sur la nécessité de s’interroger sur la version officielle des événements du 11-Septembre. Cela ne pouvait être admis. Cela ne devait pas se reproduire. Et cela ne s’est d’ailleurs jamais reproduit depuis. Aucune personnalité populaire, aucun leader d’opinion à la suite de l’intervention de Kassovitz n’a osé ou n’est parvenu à s’interroger aussi clairement sur le sujet à la télévision [9]. C’est dire la puissance de l’organisation "orwellienne" qui agit ici.

Pourtant cette puissance doit être à tout prix contenue, car quel que soit le jugement qui sera rendu à l’issue de ce procès, la dérive continue. Après avoir ignoré, puis en bonne partie bâillonné la contestation de la version officielle sur le 11-Septembre, les adversaires du "mouvement pour la vérité sur le 11-Septembre" cherchent maintenant à déterminer comment criminaliser cette dissidence. Et le débat officiel glisse peu à peu vers la possibilité d’une loi visant à sanctionner le conspirationnisme (dans lequel la rhétorique de disqualification inclut depuis longtemps la remise en cause de la version officielle du 11-Septembre). Cette loi pourrait être construite sur le modèle de la loi Gayssot sanctionnant le négationnisme. Et la boucle alors serait bouclée.

En 2005, Guillaume de Rouville, dissident de la première heure, a écrit pour L’Idiot du Village, un article intitulé "Le 11-Septembre et le nouveau dogme révisionniste : Les complots n’existent pas" où l’auteur démontre comment le véritable révisionnisme est en fait à situer du côté des autorités qui, par intérêt, veulent imposer un dogme selon lequel les complots ne sont pas envisageables en démocratie. « Ou plutôt, ils existent, mais seulement quand les coupables sont musulmans ou noirs et que les victimes sont occidentales et blanches. » Et Guillaume de Rouville remarque : « Quand on ose s’interroger librement sur les attentats du 11-Septembre et que l’on émet quelques doutes sur la véracité de la version officielle, on est immédiatement mis à l’index par la police de la pensée dominante. Pourtant, on le sait, la version officielle (celle du rapport de la Commission sur le 11-Septembre) a été présentée et défendue par des hommes qui ont décidé d’envahir et d’occuper l’Irak, un pays qui ne les menaçait pas, en utilisant les mensonges les plus grossiers, alors même que ces hommes ont des intérêts pécuniaires avérés dans le commerce des armes ou du pétrole. Ce sont ces hommes qu’il faudrait croire sur parole. Autrement dit, on nous demande une sorte de suicide intellectuel et de garder nos doutes pour nos conversations privées […]. Mais heureusement, la raison est têtue et le doute est pugnace. […] Cela nous invite seulement à ne pas accepter, sans broncher, une vérité officielle qui comporte de nombreuses zones d’ombre et qui ne résiste pas longtemps à un examen critique élémentaire.  »

Mathieu Kassovitz est têtu. Et c’est tant mieux. Pour lui, le 11-Septembre tel qu’il est retranscrit par le récit de l’administration Bush ne fait pas partie de notre Histoire. Les anomalies de ce récit sont trop insupportables, les doutes et les interrogations des citoyens, trop nombreux. Le sondage effectué par HEC pour ReOpen911 en 2011 révèle que 58% des Français doutent de la version officielle sur les attentats du 11-Septembre. Mathieu Kassovitz est désormais pour tous ces citoyens français, le dernier visage connu qui incarne un élan vital de résistance dans le combat pour faire valoir la recherche de la vérité. Et au-delà des manœuvres infamantes de ses détracteurs, Mathieu Kassovitz n’avance pas "le front honteux et la tête basse". Il a le courage d’affirmer ses convictions, le courage d’être dissident.

Ainsi, nous verrons le 15 novembre prochain, si le parquet reconnait à des citoyens français, le droit d’exprimer librement et défendre en toute légitimité leurs idées à propos du 11-Septembre sur des médias grand public. Et nous saurons surtout si leurs détracteurs sont autorisés, en retour, à les injurier en toute impunité, ou si la justice choisit de condamner cette aberration.

Lalo Vespera

membre de ReOpen911

SOURCE http://reopen911.info/11-septembre/edito-mathieu-kassovitz-c...

[1] Rappelons que le 25 septembre 2009 Mathieu Kassovitz a porté plainte contre Renaud Revel (L’Express) qui a comparé Mathieu Kassovitz à Robert Faurisson, Lilian Massoulier (le JDD) qui écrit que "Mathieu Kassovitz redonnait des couleurs à Goebbels", puis quelques jours plus tard contre Patrice Bertin (Radio France) qui a parlé d’un "point de détail comme dirait l’autre", et de "révisionniste fier de l’être". Tandis que Nathalie Lévy (France 5) qui a repris l’expression de Renaud Revel de "Faurisson du 11-Septembre", était finalement écartée de sa plainte. Une polémique bien résumée sur Agoravox et Oumma.

[2] L’expression "rhétorique de disqualification" s’est imposée comme désignation de la manœuvre décrite dans le présent article, grâce aux propos de David G. Boo, interviewé par Guillaume de Rouville qui m’a suggéré ces termes pour la problématique de l’instrumentalisation des insultes connotées.

[3] Le nouveau film réalisé et interprété par Mathieu Kassovitz, "L’ordre et la morale" sort sur les écrans français le 16 novembre, le lendemain du rendu du jugement. Le film raconte l’histoire de la prise d’otages de la grotte d’Ouvéa en Nouvelle-Calédonie en 1988 (interview de Mathieu Kassovitz sur le film).

[4] A quelques très rares exceptions près : http://www.reopen911.info/News/2011/11/02/les-10-ans-du-11-s...

[5] "L’antisémitisme partout – Aujourd’hui en France" de Eric Hazan & Alain Badiou, La fabrique éditions : page 24.

[6] Ibid. : page 28.

[7] Guillaume Durand consacra deux émissions de l’Objet du Scandale au débat sur le 11-Septembre : La deuxième avec Kassovitz et Bigard le 28 octobre 2009, et la première le 30 septembre 2009, qui avait fait l’objet d’un traitement consensuel « entre experts » où pourtant les erreurs furent légion. Guillaume Durand, en grand organisateur du chaos, osa ainsi annoncer que « si d’ici la fin de l’émission il n’avait pas réduit en bouillie les idées de Mathieu et Jean Marie, il n’aurait pas fait son travail  », il évacua la question du WTC7 pour la fin de l’émission, ce que contesta JM Bigard, il ne corrigea pas les erreurs de la première émission, et surtout il déclara qu’il n’avait pas invité cette fois d’experts, « pour éviter que le débat ne tourne à des questions d’expert », en contradiction avec sa première émission, ce qui visiblement ne l’étouffait pas.

[8] Le rapprochement est inévitable, avec la date du 1er mai 2011 qui, dans le récit officiel, vit le corps de Ben Laden sombrer sans avoir été identifié visuellement « quelque part en mer d’Oman » depuis le porte-avion polyvalent USS Carl Vinson (celui qui était intervenu à Haïti). M. Obama a dit « Justice has been done », sorte de version démocrate du « mission accomplished » de GW Bush 8 ans plus tôt.

[9] Roland Dumas a fait part de ses doutes sur la version officielle du 11-Septembre très brièvement, lui aussi dans l’émission de Taddeï, le 16 décembre 2010, mais ce dernier, éventuellement échaudé par l’épisode Kassovitz, ne l’a pas invité à poursuivre son propos. Dumas aura ensuite l’occasion de développer son point de vue, mais dans une interview réalisée dans de médiocres conditions et diffusée uniquement sur internet.

 

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Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
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15 novembre 2011 2 15 /11 /novembre /2011 15:27

http://www.pedagogeeks.fr/wp-content/docs//2011/06/evaluation.jpgA. Abelhauser, R. Gori, M.-J. Sauret : La folie évaluation. Les nouvelles fabriques de la servitude. Paris : Mille et une nuits, 2011.

 

Cet ouvrage tombe à point. Cela fait environ un demi-siècle que l’entreprise capitaliste étatsunienne utilise l’évaluation pour calibrer, soumettre, surmotiver les travailleurs. Les concepteurs d’outre-Atlantique étaient loin d’imaginer, à l’époque, que la Fonction publique française, l’université en tête (c’est de ce domaine que traite surtout le livre), s’emparerait de cet outil pour l’infliger sans discernement à des populations entières. La droite dure au pouvoir en France depuis 2002 ne s’est pas gênée pour imposer et généraliser la pratique de cet outil.

 

Avec la finesse et le vocabulaire du Café du Commerce qu’on lui connaît, en proférant une contre-vérité tous les trois mots, le kleiner Mann avait posé le problème de l’évaluation le 4 février 2009 dans un discours où il s’agitait comme un pantin et où il faisait clairement entendre qu’il lisait un texte qu'il avait inspiré mais dont il n’avait pas écrit un mot (link) : « Franchement, la recherche sans évaluation, ça pose un problème. C’est un système assez génial, d’ailleurs : « celui qui agit est en même temps celui qui s’évalue. Qui peut penser que c’est raisonnable ? Je vois que ça peut être confortable. Je peux en tirer quelques conclusions pour moi-même. » Malgré son parcours universitaire modeste, le kleiner Mann savait fort bien que, depuis toujours, les chercheurs et les laboratoires sont évalués par leurs pairs, dans tous les domaines. On pourra regretter, avec le recul, qu’aucun des présents insultés par le chef de l’État n’ait quitté la salle lors de cette médiocre philippique. Un tel acte de résistance aurait aidé de nombreux universitaires à comprendre à quel point Sarkozy les emmenait dans une démarche de "folie".

 

Le principal danger de l’évaluation est qu’elle prétend protéger les usagers puisqu’elle est censée rendre des comptes à la société. Dans les faits, elle détourne les évalués de leur mission et elle a un coût énorme pour la société. Sa logique est terrible : « Elle opère comme une gigantesque machine à détourner tout un chacun de sa fonction, à dissuader tout un chacun d’exercer son métier. Il pousse l’évalué à n’avoir d’action que susceptible d’être évaluée à l’aune prévue, il exige de lui qu’il fasse du chiffre et que cela, il détourne les chercheurs de leurs recherches, les soignants de leurs soins, les enseignants de leur enseignement. L’évaluation vide le cœur des métiers de sa substance même. » Comme le disent fort bien les auteurs, « le culte du chiffre, c’est la mort de l’humain ».

 

L’évaluation, c’est le triomphe de l’économie de marché dans des domaines autrefois préservés. Un peu comme les tristement nocives agences de notation conçues à l’origine pour noter et donner des informations sur les entreprises privées, pas sur les États.

 

Le premier effet de l’évaluation est une perte de productivité qui atteint parfois plus de 20% : des centaines de milliers d’euros dans un petit hôpital français, par exemple, un tiers des dépenses de santé aux États-Unis. Les évalués s’épuisent à entrer en compétition avec les autres et avec eux-mêmes. L’évaluation porte ainsi atteinte au lien social en constituant comme rivaux potentiels ceux qui devraient s’éprouver comme solidaires. L’évalué est un être d’avance soumis. Les auteurs citent Jacques-Alain Miller : « Consentir à être évalué est beaucoup plus important que l’opération d’évaluation elle-même. » En bout de ligne, l’évalué est formaté par et soumis à l’économie de marché. L’évaluation favorise l’oppression sociale et symbolique, non seulement dans le champ professionnel, mais plus encore dans tous les secteurs de la vie sociale et subjective. Ce qui contribue toujours plus à écraser la pensée et la subjectivité du travailleur, donc le travailleur en tant que sujet libre. Le monde devient mathématisé, toujours plus numérisé, ce qui permet au néo-libéralisme de devenir, selon Bourdieu, « la forme suprême de la sociodicée conservatrice. » Selon les auteurs, l’évalué se soumet à la norme plus qu’à la loi. Le prix d’un travailleur n’a alors de sens qu’en fonction du prix des autres travailleurs. Dans la recherche universitaire, la qualité d’un article n’existe pas en soi, mais par rapport à la qualité de la revue où il est publié, cette qualité étant déterminé par les flics universitaires et les loi du marché (pourquoi n’existe-t-il pas en France de périodique de la qualité du Lancet britannique ?). Comme un fait exprès, les évaluateurs sont rarement les meilleurs d’entre les universitaires. Les bons chercheurs font de la recherche et se désintéressent de ce travail de flicage. D’ailleurs, le flic sera bientôt totalement remplacé par la machine grâce au facteur d’impact, l’ignoble impact factor. Ceux des universitaires qui croient encore dans l’objectivité de l’impact factor sont ceux qui ont vu la vierge. Pour donner un cas exemplaire : la théorie grotesque de la mémoire de l’eau est, selon la logique de l’évaluation, une immense avancée scientifique car elle a fait réagir la communauté scientifique dans son entier. En revanche, L’interprétation des rêves de Freud, thèse hautement novatrice en son temps, est un travail nul pour notre kleiner Mann et ses porte-coton ; elle fut vendue à 228 exemplaires au cours des deux premières années suivant sa parution et il fallut dix ans pour que la première édition de 600 exemplaires fût épuisée. Les chercheurs novateurs, et même les savants Cosinus devront s’y faire : on ne publie plus pour être lu mais pour citer (les copains) et être cité (par les copains).

 

Au final, l’évaluation permet aux nouveaux mandarins (en gros ceux qui étaient étudiants dans les années 70/80 et qui ont eu un haut-le-cœur rétrospectif post soixante-huitard) d’asseoir un pouvoir arbitraire au nom de ce qu’ils présentent comme de la raison scientifique. L’(auto)flicage des évalués assure un meilleur contrôle de la classe dirigeante sur les travailleurs intellectuels en les déstabilisant en permanence puisque les critères de l’évaluation d’aujourd’hui ne sont pas ceux d’hier et ne seront pas ceux de demain.

 

 

 

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14 novembre 2011 1 14 /11 /novembre /2011 17:42

RPL’Humanité nous rappelle que des représentations de Mahomet ont toujours existé :

Depuis l’attentat contre Charlie Hebdo, on lit un peu partout dans la presse que « l’Islam interdit la représentation du prophète ». Ce n’est pas le cas.

Dans le Coran, rien sur la représentation de Mahomet. Les seules lignes qui pourraient y faire allusion concernent l’idolâtrie, qui est fortement condamnée par l’Islam. Le Coran considère avec mépris ces « païens » qui adorent des images. Mais sur l’image de Mahomet, rien n’est dit. On peut d’ailleurs trouver au cours de l’histoire plusieurs représentations du prophète, effectuées par  des artistes musulmans du monde entier. On en trouve quelques exemples datant des XV, XVI et même XIXème siècle dans la collection du Metropolitan Museum de New York. Mahomet est ainsi représenté dans des histoires du monde, des biographies illustrées qui lui sont consacrées. On le retrouve aussi représenté dans de nombreuses histoires de Prophètes, dont les Perses (en Iran) et les Indiens étaient très friands.

 

 

Selon Mediapart (Michel Deléan, l'affaire Bettencourt rend fou à Bordeaux : 

 

L'arrivée voici un an du dossier Bettencourt à Bordeaux crée de fortes tensions au sein du tribunal. Les magistrats syndiqués sont soigneusement tenus à l'écart de cette affaire par une hiérarchie soupçonneuse et un parquet très politique. Un climat de méfiance généralisée frisant la paranoïa s'est installé dans le palais de justice.

 

 

Rubrique people. Les médias du monde entier nous ont remis en mémoire Vanessa Hessler (mannequin italo-états-unienne) qui semble s’être suicidé professionnellement : elle a expliqué sa vision de la famille Kadhafi. «Ce sont des gens très simples, comme vous et moi.» Si le mannequin – célèbre notamment pour avoir incarné « Alice » pour le fournisseur ADSL du même nom, et pour sa participation au film de Thomas Langmann, Astérix aux Jeux Olympiques – tient de tels propos, c'est à cause de sa «très belle histoire d'amour» avec Muatassim Kadhafi, après avoir eu une relation avec son frère Saadi. «C'était une relation passionnée, nous sommes restés ensemble pendant quatre ans», raconte Vanessa Hessler.

 

 

Reprise du blog « Liévin à gauche » (Liévin est une charmante cité – autrefois minière – du Pas-de-Calais) :

Quand un peuple subit des mesures d’austérité sans précédent, que se passe-t-il dans sa vie de tous les jours ?

L’antenne grecque de Médecin du Monde vient de tirer la sonnette d’alarme. Dans une conférence de presse organisée voici quelques jours  à Athènes, l’ONG a souligné l’impact délétère sur la santé des Grecs de la crise subie par le pays depuis près de quatre ans.

Ainsi, les antennes de Médecin du monde d’ordinaire destinés à apporter des soins aux sans abris et aux sans papiers, ont vu croître les demandes de près de 30 % en une année. Des personnes au chômage arrivant en fin de droit, des retraités (dont les pensions ont baissé),  se pressent dans les permanences pour obtenir les médicaments qu’ils n’ont plus les moyens de s’offrir. Les pédiatres volontaires enrôlés par l’ONG racontent qu’ils voient de plus en plus d’enfants non vaccinés, les mères n’ayant plus les moyens de payer la consultation (70 euros) et le vaccin (50 euros en moyenne).

Conséquence de la fermeture de crédits budgétaires, il n’y a plus de campagnes de prévention contre le Sida. Selon The Lancet (le grand hebdomadaire médical britannique), les contaminations vont augmenter de moitié cette année par rapport à l'an passé du fait d’une augmentation de la prostitution et de la consommation d'héroïne.

La situation est d’autant plus grave que « le budget des hôpitaux a baissé de 40 % entre 2007 et 2009. » Par ailleurs, du fait des faillites en chaîne, le taux de suicide s’est également envolé, de 17 % avancent les auteurs de l’étude.

 

 

Je terminerai par une information régionale (largement développée par La Dépêche) concernant l’entreprise Vivadour qui compte installer une usine de poulets en batterie à Lannepax, dans le Gers. Je dirai qu’Avec Vivadour et son président sarkozyste, nous sommes dans l’« effet Farfouille ». Il y a maintenant une trentaine d’années que les industriels occidentaux, ayant constaté la baisse structurelle du pouvoir d’achat de la majorité de la population, importent d’Asie des produits de qualité médiocre mais à la portée du peuple appauvri. À court terme, les consommateurs continuent de consommer. À moyen et long termes, ces pratiques créent du chômage qui renforce cette logique délocalisante. Le poulet aux hormones que dénonçait Jean Ferrat il y a cinquante ans, moins onéreux que le poulet plein champ, est à la portée de bourse du smigard ou du chômeur gersois. Mais la production industrielle, outre qu’elle porte atteinte à l’environnement et à la santé, crée du chômage en ce qu’elle ruine la production artisanale de qualité.

 

Je signale, à Lannepax, une auberge absolument formidable : Les Caprices d'Antan.

 

Semanalmente o proximo, comme on dit à Coimbra.

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14 novembre 2011 1 14 /11 /novembre /2011 07:12

 

http://cdn1.beeffco.com/files/poll-images/normal/dominique-strauss-kahn_1976.jpg

Dire le monde, c’est le tenir dans sa main, ou au bout de sa verge, pour ce qui nous concerne ici. Blandine Grosjean, pour Rue 89, analyse les mots de Dominique Strauss-Kahn quand il évoque ses moments de détente.

 

L'épisode du Sofitel de New York est une histoire sans parole ni sous-titre public. L'affaire dite du Carlton de Lille en regorge.

« Petite » : « J'emmène une petite faire les boîtes de Vienne (Autriche) », écrit sur son portable DSK en mai 2009.


« Demoiselle » : « Ça te dit de venir avec une demoiselle ? » demande-t-il ensuite à son « ami » Fabrice Paszkowski, chef d'entreprise du Pas-de-Calais, écroué depuis le 21 octobre et mis en examen pour « proxénétisme aggravé en bande organisée, association de malfaiteurs, escroquerie et abus de biens sociaux ».

 

« Matériel » : « Veux-tu (peux-tu) venir découvrir une magnifique boîte coquine à Madrid avec moi (et du matériel) ? » demande encore DSK à Paszkowski. « Demoiselle », « petite » pour ne pas dire pute, putain, prostituée, call-girl. Mais on n'est pas chez Brassens ou Raggiani.

 

Le rap, lui, ne nie pas le rapport de domination

Au sixième mois d'un feuilleton de plus en plus sordide, on ne sait plus si le mal de mer vient du déballage exclusif et choisi des messages de DSK (alors qu'il n'est qu'un acteur satellite de l'affaire du Carlton) ou des mots employés par l'ex-patron du FMI .

Le registre grivois-ringard rappelle le « troussage de domestique » malencontreusement employé par Jean-François Kahn pour défendre son ami. Mais ce n'est pas qu'une question de génération. Même si ces mots n'avaient pas vocation à devenir publics, c'est un puissant, et un client tout puissant de ce monde qui s'exprime.

L'avantage des gros mots que les rappeurs, par exemple, emploient pour parler des même histoires, c'est qu'ils ne nient pas les rapports de domination, et qu'au final, ils s'avèrent bien moins violents.

 

Les mots des journalistes

 

« Sodomiser à la hussarde ». Grâce aux écoutes sur lesquelles étaient placées René Kojfer, responsable des relations publiques du Carlton, on apprend que DSK aurait « sodomisé à la hussarde » dans les toilettes d'un restaurant parisien, Béa, ex-compagne et associée du proxénète Dodo la Saumure de son vrai nom Dominique Alderweireld, qui d'après Le Figaro faisait chanter ses prostituées).


Elle s'en serait amèrement plainte à Dodo, qui l'aurait raconté à René. C'était en 2009 lors de leur première rencontre. L'expression « sodomiser à la hussarde » est reprise par Le Figaro, Le Nouvel Obs (pas en ligne), et se retrouve désormais sur de nombreux sites.

« Sodomiser à la hussarde », est-ce un viol anal, une pratique anale consentie mais douloureuse, vigoureuse, ou juste une image pour dire que DSK est un soudard ? Béa, ancienne prostituée et associée d'un présumé maquereau n'a pas porté plainte. Elle dort actuellement en prison et son avocat affirme qu'elle ne lui a jamais parlé de cet « incident ».

« Coquines », « fines ». Pas un sujet télévisé, radio, écrit sur DSK et le Carlton sans « soirées coquines » ou « parties fines ». L'appellation recoupe la partouze, le bar à putes, la boîte à hôtesses, le club échangiste, le gang-bang ou la prestation payante de groupe. On parle aussi « d'agapes libertines ». Pour ne pas dire que des professionnelles font le tapin avec un puissant de ce monde, c'est un peu faire injure à l'éthique du libertinage. C'est aussi nier que les prostituées (« demoiselles », « petites », « matériel ») n'étaient pas là pour faire la fête, mais qu'elles bossaient.

 

Ici, un article très documenté du Figaro.fr link: 

 

Quand Le Figaro investigue, it shits bubbles…

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13 novembre 2011 7 13 /11 /novembre /2011 06:50
http://media.paperblog.fr/i/310/3109498/affiche-fasciste-1934-L-1.jpegJe reproduis ici un article de Rue 89 d'Imanol Corcostegui sur Fabien Ollier, un professeur d'EPS qui ne respire pas l'air du temps en matière de sport et de compétition.
J'en profite pour me permettre de renvoyer à deux articles que j'ai publiés sur le sport dans ce blog : (link), (link).

Il enseigne l'EPS dans un lycée mais il n'a pas de sifflet, pas de chrono autour du cou et ne porte jamais de survêtement. Pire, il consacre sa vie à combattre le sport.

Alors, nous avons préféré le rencontrer pour comprendre le « personnage » autant que ses idées. La quarantaine souriante, boucle à l'oreille et répartie infaillible, Fabien Ollier, qui a lu Marx dès le collège, nous raconte avoir grandi dans une famille « très à gauche », entre son grand-père « communiste stalinoïde bon teint » et son père directeur des services techniques et secrétaire de mairie. De gauche toujours.

Plus jeune, le prof d'EPS se passionne pour le judo qu'il pratique à un niveau inter-régional et qui le conduit à étudier à la fac de sport de Lyon. Il se lasse vite d'être fatigué en permanence, le corps blessé par les entraînements quotidiens, et trouve ridicule de devoir écraser sur le tatami ses amis du club.

Surtout, une lecture, celle de « Sociologie politique du sport » de Jean-Marie Brohm, bouleverse sa vie. « Le déclencheur de tout mon parcours militant et théorique qui a suivi », dit-il avec admiration.

« Le sport, c'est à celui qui pisse le plus loin »

Depuis, Fabien Ollier a fait un DEA de philo, et il défend et enrichit la théorie critique du sport, un courant philosophique né dans les années 60-70 qui s'appuie sur :

0.la sociologie critique ;

0.la philosophie sociale de l'écolede Francfort (Marcuse, Aderno) ;

0.le marxisme anti-stalinien : « Je me sens en accord avec la critique du capitalisme » ;

0.la phénoménologie de la vie (Michel Henry, Husserl) ;

0.la philosophie de l'instant, du presque rien, du mystère de Vladimir Jankélévitch.

Après avoir lancé plusieurs magazines de philo, Fabien Ollier dirige maintenant la publication de Quel Sport ? qui chaque mois, sur plus de 200 pages, critique l'absurdité du sport.

« L'activité physique s'est historiquement transformée en sport et cela a des implications politiques. L'idée fixe du sport, c'est être le meilleur, celui qui pisse le plus loin. Tout cela va de pair avec l'idéologie capitaliste et son principe de rendement corporel.

L'institution sportive construite tout au long des XIXe et XXe siècles a provoqué l'uniformisation de l'activité physique par le biais d'organisations bureaucratisées qui ont répandu une seule idéologie : celle de la compétition de tous contre tous et du dépassement mortifère des limites physiques. »

« Les gens ne lisent plus, ils courent »

Il ajoute :

« Même l'escalade, le surf, des activités en marge dans les années 70, sont devenus des sports de compétition spectacularisés : l'esprit initial de “ liberté ” s'est dissous dans cette volonté obsessionnelle de la création du champion. Le sport est en somme un capitalisme incarné. Le corps sportif devient un capital à faire fructifier pour qu'il rapporte une plus-value. »

On imagine bien que Quel Sport ? dénonce les salaires mirobolants des sportifs, le poids écrasant des sponsors, le dopage, la place qu'occupent les matches à la télé. Pas uniquement, c'est aussi à la pratique sportive de chacun d'entre vous que Fabien Ollier s'attaque.

« Pourquoi a-t-on besoin de s'aérer la tête en regardant ou en pratiquant du sport ? Parce que la vie quotidienne est aliénante, ennuyeuse. Plutôt que d'affronter cette réalité sordide et de lutter pour créer des conditions de vie qui ne soient pas seulement viables mais vivables, les masses se shootent à l'opium sportif et aux extases illusoires de la victoire.

Les gens ne lisent plus, ils marchent, courent, pédalent et adhèrent tous au dolorisme sportif pour se perdre dans cette douleur égotiste, s'oublier dans cette souffrance monomaniaque et par la même occasion devenir indifférents à l'égard des misères de ce monde. »

Et Fabien Ollier a donc choisi de devenir prof d'EPS... La meilleure place, selon lui, pour mettre ses élèves en garde contre la malfaisance du sport. Le loup dans la bergerie, le punk qui fait la Star Ac'. Durant ses cours, il dit adapter les règles pour que personne ne soit exclu, écouter les corps des gamins et les faire s'interroger sur leur pratique.

« Pourquoi les hommes ne jouent pas avec les femmes ? »

« Je tente de faire penser les élèves sur la nature profonde du sport, ce qui m'a causé beaucoup de problèmes et d'inimitiés. Les matches sont plus ou moins transformés et analysés en fonction des états physiques et intellectuels de chacun.

Il s'agit de déconstruire le sport et d'inventer de nouvelles pratiques. Un cours d'EPS n'est pas une succursale des cours de maths, les corps ne sont pas des identités remarquables qui fonctionneraient comme des machines en appliquant de bonnes formules. »

Pour beaucoup, les cours de sport ont été synonymes d'humiliation. Et Fabien Ollier ne veut pas de ça :

« Quand on constitue des équipes, les derniers choisis, ce sont toujours les filles, les petits gros ou les malingres. Dans la lutte pour être le meilleur, on écarte les plus faibles. C'est symboliquement très violent et les élèves qui y sont confrontés se sentent vraiment humiliés pour longtemps.

Pourquoi ne pas faire jouer les hommes avec les femmes ? C'est impossible dans le sport car loin de la belle socialisation vantée, le sport fragmente le corps social en mettant en avant la supériorité physique des uns sur les autres. Les hommes contre les femmes, les jeunes contre les vieux, les valides contre les invalides... Il ne s'agit que de diviser et mettre chacun à sa place. C'est en cela qu'il s'agit d'une anthropométrie totalitaire. »

Face à son opposition systématique, on lui rétorque, naïfs, que, quand même, un tennis entre potes, c'est sympa. Réponse cinglante :

« On fait subir à l'adversaire une pression, une humiliation, une violence psychique souvent douloureuse à vivre pour ensuite le serrer dans nos bras ou lui mettre une claque sur le cul. Il n'y a pas de continuité des valeurs de solidarité, de fraternité, d'amitié. On s'immerge dans un univers qui est d'une certaine manière hors du temps et de l'espace vivants. »

« Les belles valeurs du sport amateur... »

Ok mais on se fait des amis dans un club, non ? C'est bien, la socialisation par le sport.

« La sociabilité des groupes nazis, c'est aussi une sociabilité. Dans les clubs, la “ sociabilité rugby ”, ce sont des mâles entre eux, “ qui ont des couilles ”, comme dit Chabal. C'est du machisme institué. Les belles valeurs du sport amateur s'éclipsent totalement quand une meute de mâles embiérés se lance dans des chants paillards et s'encourage à commettre des actes excessifs, délictueux ou violents. »

Bon, et si on s'est goinfré pendant une semaine et qu'on veut perdre quelques kilos ?

« Pratiquer la course à pied le dimanche pour perdre sa bidoche et éructer dans les parcs prévus à cet effet, c'est ambigu. Souvent, les coureurs du dimanche matin finissent tout naturellement par faire des semi-marathons, des marathons, des raids, des trails... »

Face au sport, Fabien Ollier est un militant politique, dont la radicalité enthousiasme et rappelle une époque révolue. On le traite de Don Quichotte, lui expliquant qu'il doit se sentir bien seul. Aucun parti politique ne défend sa théorie et les intellectuels sont les premiers à célébrer une belle victoire sportive.

« Besancenot aime se droguer au sport »

« Je ne peux m'identifier à aucun parti car ils sont tous sportivisés, de l'extrême gauche à l'extrême droite. Historiquement, la critique du sport était liée à la LCR dans les années 70 mais quand elle a pris parti pour les JO de Moscou, elle s'en est éloignée.

Aujourd'hui, Besancenot est un supporter du PSG et un fanatique de boxe. Il admet que le sport est un opium du peuple, mais il concède également qu'il aime se droguer ! »

Quel Sport ? regorge de photos grotesques de boxeurs obèses et de femmes moches parce que trop body-buildées. Les phrases du militant Ollier giflent le monde du sport sans jamais le regarder avec pitié ou tolérance. On lui dit qu'il gagnerait plus de place dans les médias en étant moins provocateur.

« Ce n'est pas de la provocation, c'est de la dérision. Je ridiculise le sport parce qu'il est grotesque dans son sérieux. »

On sourit, on lui serre la main et on se dit que lire du Jankélévitch au lieu de prendre une raquette de tennis, ça se tente au moins une fois.

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12 novembre 2011 6 12 /11 /novembre /2011 15:55

http://www.ladepeche.fr/content/photo/biz/2009/05/12/200905121965_zoom.jpgQuand il s’en donne la peine, Benoît Duquesne de France 2 est un fort bon journaliste. Son émission “ Complément d’enquête ” est parfois très enrichissante. Duquesne est solidement de droite (solide comme le chêne de son patronyme), ce qui n’est pas une tare rédhibitoire si la conscience professionnelle est au rendez-vous. Tout récemment, il a proposé un reportage sur une des grandes universités françaises qui, à juste titre, a suscité l’indignation des personnels. Son président vient d’écrire à ses collègues pour leur exprimer sa solidarité et pour leur exposer les initiatives qu’il comptait prendre dans les prochains jours.

 

 

Le problème avec ce responsable, c’est que, comme la majorité des autres présidents d’université, il a soutenu la réforme régressive de la LRU en y apportant sa touche personnelle avant de gouverner son université dans l’esprit de compétition antidémocratique induit par cette loi sarkozyste. Il est donc plutôt mal placé pour se sentir, comme il l'écrit, « profondément choqué ».

 

Dans la foulée du passage de la LRU, ce président avait même accepté de coprésider une commission sur la réforme des concours (CAPES etc.) et de la mastérisation. Il était censé rendre le résultat de ses travaux pour le 15 juillet 2009. Il avait soigneusement écarté de la composition de cette commission des représentants ès qualité des organisations des personnels qui avaient compris avant lui que cette “ réforme ”  ferait se neutraliser trois logiques contradictoires : celle de la recherche, celle de la formation disciplinaire des enseignants et celle de la professionnalisation. Or ce président dut ouvrir tout grand la bouche pour avaler une sacrée couleuvre : les décrets concernant le CAPES étaient prêts alors que la commission ne s’était pas encore réunie. Le ministre l'avait mandaté, ce président avait accouru avant d’être court-circuité.

 

On trouvera ci-après la lettre que le président Z. adresse à ses collègues. La surprise qu’il affecte témoigne de son manque de distance politique. L’équipe de Duquesne souhaitait rencontrer des « décideurs » de son institution. Le problème est que, dans une université vouée à la science et à la culture et régie selon des normes démocratiques, il n’y a pas de « décideurs » (terme emprunté à la grande entreprise capitaliste) mais des collègues élus, représentatifs, uniquement préoccupés du bien public. Mais dans l’université de la LRU qu’a voulue ce président, on parle en termes de compétition, de benchmarking, car on institué les règles du New Public Management cher à l’entreprise capitaliste anglo-saxonne et à ses serviteurs, de Blair à Cameron en passant par Jospin et Attali.

 

Dans une prochaine note, je rendrai compte d’un ouvrage collectif fort intéressant dont, ironie de l’histoire, l’un des auteurs est un collègue de l’université salie par France 2. Ce livre analyse longuement l’évaluation en tant que « folie » du capitalisme financier. Le pauvre président de cette malheureuse université devra s’y faire : la « folie évaluative » est partout, dans nos chaînes de télévisions comme dans le classement de Shanghai. Elle est en soi aberrante (comme le reportage incriminé) et elle sape les grandes valeurs de notre civilisation car elle fait passer les chiffres avant l’humain, le contrat social et la culture.

 

 

 

Chères collègues, chers collègues,

 

 

Comme toutes celles et tous ceux d'entre vous qui ont visionné l'émission « Complément d'Enquête », diffusé par France 2 jeudi 3 novembre 2011, j'ai été profondément choqué par le reportage intitulé de façon diffamatoire « Fac Poubelle ».

 

A travers un montage très éloigné du journalisme d'investigation et de ses codes déontologiques, l'image construite de notre université ne traduit ni nos valeurs ni nos actions.  Ce reportage ne correspond pas à la demande qui nous avait été adressée : il devait porter sur « les conséquences, avantages et inconvénients de la loi LRU pour les décideurs de l'université, les enseignants et les étudiants ; la vie étudiante : les étudiants ressentent-ils les effets de l'accentuation de la crise, le cumul étude / emploi salariés s'amplifie-t-il, le cas échéant comment s'adaptent-ils ».

 

Ce thème méritait notre attention. Il nous permettait de présenter notre engagement sur ces problématiques et les actions menées.

 

Face au traitement qui a été fait de notre Université, une réaction forte s'impose. Elle sera construite en plusieurs temps :

 

Nous demandons officiellement à la rédaction de l'émission et de la chaîne France 2 d'exercer notre droit de réponse. Nous adresserons copie au Conseil Supérieur de l'Audiovisuel, au Ministre de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche ainsi qu'à nos partenaires institutionnels qui ont déjà, pour beaucoup, témoigné de leur indignation et de leur soutien.

 

Nous étudions la possibilité d'un recours juridique.

 

Nous envisageons une action de communication forte, mettant en lumière les contre-vérités et fausses assertions qui donnent une image injuste de notre université à travers ce reportage. Je pense notamment à des témoignages d'anciens étudiants que nous rendrons publics, mais aussi à vos témoignages...

 

Au-delà de cette réaction, je tiens à rappeler l'implication, tout l'investissement et l'énergie que les personnels administratifs et enseignants mettent en oeuvre pour accompagner nos étudiants lors de leur arrivée à l'université, mais aussi tout au long de leur cursus.

 

Il est également vrai, et je souhaite le rappeler ici, que ce reportage vient « briser » une série d'articles positifs sur nos actions et nos réussites.

 

Vous avez, bien sûr, tout mon soutien si vous souhaitez réagir : les services de l'université – et notamment le service Communication – vous accompagneront dans vos démarches. Vous pouvez contacter M. X et Mme Y.

 

Affecté comme vous tous par l'attaque de nos valeurs et de notre intégrité professionnelle, je vous assure de ma solidarité pleine et entière et de ma plus ferme détermination à défendre l'image de notre université et de celles et ceux qui la font vivre au quotidien.

 

Croyez en mon total engagement à vos côtés.

 

 

M. Z,

Président de l'Université

 

 

PS : Deux petites choses qui n'ont rien à voir mais qu'il faut savoir car tout se tiend dans la France du gang du Fouquets (infos transmises par des collègues du Snes :


Nous arrivons donc, via les heures supplémentaires, à la baisse nominale des salaires courants sur 22 ans.


À Pithiviers, un collègue de maths, âgé de 67 ans, a reçu comme les autres sa petite lettre de la DPE l'invitant à arrondir ses fins de mois.

Rappel : une vacation d'une heure, c'est 34,30 euros (montant inchangé depuis la création de l'euro) ; en 1989 (année de la création de ces vacations-là), c'était 225 francs, ce qui correspondait à l'époque (compte tenu de la perte de valeur de l'euro) à 39,90 euros - donc être vacataire aujourd'hui, c'est gagner moins, de façon absolue, qu'en 1989 - ; aujourd'hui l'heure supp la moins payée, chez les profs titulaires du second degré, est de 37,36 euros...

 

PPS : Fac-poubelle ou télé-poubelle ? Un étudiant toulousain écrit ceci :

J'ai eu le "privilège" d'être contacté il y a plusieurs semaines par une journaliste qui préparait cette émission et dont l'angle (puisque c'est de cela que l'on parle) était déjà les "facs-poubelles", qui m'avait demandé en substance laquelle serait la plus spectaculaire, la plus "poubellex". J'avais alors passé plus d'une demie-heure à tenter de lui expliquer deux-trois autres choses au sujet de l'université ou à tenter quelques approches (un truc tout bête au hasard: se demander comment les personnels y travaillent, surtout depuis que nous avons le Bonheur de vivre à l'Ère des Réformes), mais elle n'en démordait pas, il lui fallait sa "fac-poubelle", plus vraie que nature, de belles images bien grungy, montées comme il le faut pour alimenter et illustrer son sujet dicté par la doxa. Notre conversation s'est arrêtée après l'inévitable "on vous rappellera", sanction de mon manque flagrant de pédagogie... Nous vivons une époque formidable. Etienne Boisserie

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11 novembre 2011 5 11 /11 /novembre /2011 19:39

http://1.bp.blogspot.com/_WMKJbeeOKWk/TAvnAuY1T_I/AAAAAAAAFog/ybYLLzW_zN4/s1600/Menuet.jpgOn me fait passer ce texte bien frivole. Il semble être de la plume du journaliste Luc Rosenzweig.

 

La scène se passe dans les jardins du Château Bellevue, à Berlin. Angela von Mecklemburg et Nicolas de Neuilly se sont discrètement éclipsés 
de la réception offerte par le roi de Prusse. On entend, au loin, les accents d’une sonate de Joseph Haydn 

 

Nicolas :
Madame, l'heure est grave : alors que Berlin danse


Athènes est en émoi et Lisbonne est en transes.


Voyez la verte Erin, voyez l'Estrémadoure


Entendez les Romains: ils appellent au secours !


Ils scrutent l'horizon, et implorent les Dieux.


Tous les coffres sont vides, et les peuples anxieux


Attendent de vous, madame, le geste généreux !


De leur accablement ils m'ont fait l'interprète :


Leur destin est scellé, à moins qu'on ne leur prête


Cet argent des Allemands sur lesquels vous régnez.

 Cette cause est bien rude, mais laissez-moi plaider... 

 

Angela :
Taisez-vous Nicolas ! Je crois qu'il y a méprise


Folle étais-je de croire à une douce surprise


En vous suivant ici seule et sans équipage


Je m'attendais, c'est sûr, à bien d'autres hommages !


Mais je dois déchanter, et comme c'est humiliant


De n'être courtisée que pour son seul argent ! 

 

Nicolas :
Madame, les temps sont durs, et votre cœur est grand


Vos attraits sont troublants, mais il n'est point décent


D'entrer en badinage quand notre maison brûle !

 Le monde nous regarde, craignons le ridicule !


Notre Europe est malade, et vous seule pouvez


La soigner, la guérir et, qui sait ? La sauver !


Nous sommes aujourd'hui tout au bord de l'abîme


Vous n'y êtes pour rien, mais soyez magnanime !


Les Grecs ont trop triché ? Alors la belle affaire !


Qu'on les châtie un peu, mais votre main de fer


Est cruelle aux Hellènes, et nous frappe d'effroi ! Angela :


J'entends partout gronder, en Saxe, Bade ou Bavière


L'ouvrier mécontent, le patron en colère.

 Ma richesse est la leur, ils ont bien travaillé.


L'or du Rhin, c'est leur sueur et leur habileté.


Et vous me demandez, avec fougue et passion


De jeter cette fortune au pied du Parthénon ?


Ce serait trop facile et ma réponse est non ! 

 

Nicolas :
On ne se grandit pas en affamant la Grèce


En oubliant Platon, Sophocle et Périclès !


Nos anciens nous regardent, et nous font le grief


D'être des épiciers et non pas de vrais chefs !


Helmut Kohl est furieux et Giscard désespère.


Un seul geste suffit, et demain à Bruxelles


Desserrez, je vous prie, le nœud de l'escarcelle ! 

 

 Angela :


Brisons là, je vous prie, la nuit est encore belle


Votre éloquence est grande et mon âme chancelle...


Mais si je disais oui à toutes vos demandes


Je comblerais la femme, et trahirais l'Allemande !  

 

Et ils s'éloignent, chacun de leur côté.

 

 

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Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
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