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21 juillet 2015 2 21 /07 /juillet /2015 06:01

Jean-Paul Vespini. Gino le Juste. Bartali, une autre histoire de l’Italie. Toulouse, Editions Le Pas d’Oiseau, 2014

 

L’historien Jean-Paul Vespini a écrit une bonne quinzaine de livres sur le cyclisme. Cet ouvrage consacré à Gino Bartali tranche sur le reste de sa production en ce qu’il nous propose une histoire de l’Italie, celle des années fascistes et de l’après-guerre, par le biais de cette biographie consacré au cycliste de légende.

 

Bartali fut très discret sur cet aspect fondamental de son existence : au risque de sa vie, il joua un rôle réel dans la résistance au fascisme et contribua à sauver plusieurs centaines de Juifs, d’où son accession (post mortem) au rang de « Juste parmi les nations ». Profondément catholique, proche de Pie XII, il entra dans l’ordre du Carmel à l’âge de 20 ans. Il refusa par ailleurs de porter la chemise noire, contrairement à la majorité des cyclistes professionnels de l’époque.

 

Aujourd’hui, le sport professionnel est conditionné, écrasé par le capitalisme financier et les grands médias. Dans l’Italie des années vingt et trente, le sport subit la loi d’airain du totalitarisme dont il est le serviteur zélé. Et l’on a peine à imaginer à quel point, même pour un très grand sportif populaire, il put être difficile de résister aux desiderata fascistes, tout sportif étant, directement ou indirectement, sous les ordres du Duce. Lorsque les cyclistes italiens courent à l’étranger, ils sont étroitement chaperonnés par une éminence fasciste qui a rang de général. En 1937, Bartali domine dans l’épreuve de la tête et des épaules. Relevant de maladie, il n’avait pas souhaité prendre le départ de la grande boucle. Sous la menace du président du Comité national olympique italien, il s’était finalement aligné. Il fait une lourde chute et perd la tête du classement. Son chaperon, le journaliste de la Gazzetta dello Sport, ainsi que son directeur sportif, lui demandent d’abandonner. L’ordre vient du Duce, qui ne veut pas d’un Italien « battu sur la terre de France ». En 1938, le Duce lui interdit de participer au Giro (qui eût été une formalité pour lui) afin qu’il se réserve pour le Tour de France. Il écrase ses adversaires dans les Alpes. A l’arrivée à Briançon, de nombreux supporters italiens l’acclament. Le général Antonelli  écarte la foule en s'écriant : « N'y touchez pas, c'est un Dieu ! » Après la victoire à Paris, le régime fasciste exulte : « Le nom de Bartali est lié à celui de l’Italie, dans lequel tout au long des routes de France on a reconnu, dans l’athlète victorieux, le représentant de la jeunesse mussolinienne. » Et puis cette victoire fait un peu oublier celle d’Ottavio Bottechia en 1924, un antifasciste notoire peut-être assassiné par des nervis mussoliniens.

 

 

Pendant la guerre, Bartali sera l’auxiliaire du cardinal de Florence Elia Dalla Costa, nommé, en novembre 2012, Juste parmi les nations pour avoir contribué à sauver de très nombreux Juifs. Sous couvert de ses entraînements de coureur cycliste, Gino va servir de messager pour Dalla Costa, acheminant des faux papiers dans le tube de selle et à l’intérieur du guidon de son vélo. Il n’est de meilleur clandestin que celui qui ne se cache pas. Gino accomplit plus de quarante missions vêtu d’un maillot sur lequel l’inscription « Bartali » est très visible. Une lettre que Pie XII lui a adressée en guise de remerciement est interceptée. Gino est convoqué dans un lieu de détention et de torture de Florence. Il ressort libre grâce à l’intervention de deux jeunes fascistes auprès du major qui l’interroge. Il quitte Florence pour s’installer dans les Apennins. Il est arrêté en novembre 1943 en voulant chercher refuge au Vatican et reste emprisonné pendant 45 jours. Il est considéré comme déserteur mais les tribunaux de guerre ont dû plier bagage.

 

Après guerre, Bartali va traquer le dopage dans le peloton. Dans ce domaine, les sportifs italiens ont quelques longueurs d’avance. Sa popularité, comme celle de Coppi (cet anti Bartali qui a une épouse et une maîtresse légitime mère de son fils, et n’est pas très éloigné des communistes) est immense. La démocratie chrétienne voit en lui un rempart contre le bolchévisme. Pendant le Tour de France 1948, le principal responsable du parti communiste Palmiro Togliatti est victime d’un attentat. Le Premier ministre Alcide de Gasperi téléphone à Bartali, son ami qu’il a connu à l’Action catholique, et lui demande de gagner l’épreuve pour calmer les esprits en Italie. Contre Bobet et Robic, Bartali dévale les cols et gagne. Il Popolo, l’organe de la démocratie chrétienne, se pâme : « Il est protégé par la madone ». Quelques jours plus tard, Togliatti est sorti d’affaire. Comment douter de l’existence de Dieu dans ces conditions ? A la fin du Tour, il a gagné 3 millions de Francs (le salaire mensuel d’un instituteur débutant était de 25 000F) qu’il partage avec ses coéquipiers. Comment douter… ? Son ami le pape le fait chevalier de l’ordre de saint Sylvestre : « Bartali est le champion de l’Italie et de la foi. Il réunit l’amour pour la patrie et l’amour pour la religion, ces deux choses vont très bien ensemble », déclare le saint Père avant de le bénir.

 

Dans le Giro de 1949 (le Giro du siècle), Gino termine à la deuxième place, à 24 minutes de Fausto. La roue a tourné. Curzio Malaparte oppose les deux personnalités hors norme en qui il voit « deux visages de l’Italie » : « Bartali est un homme dans le sens ancien, classique, métaphysique aussi, du mot. C’est un ascète qui méprise et oublie à tout instant son corps, un mystique qui ne croit qu’à son esprit et au Saint-Esprit. Il sait qu’un seul raté dans le moteur de la Providence peut lui valoir une défaite. Il prit en pédalant. Il ne lève la tête que pour regarder le ciel. Il sourit à des anges invisibles. Fausto Coppi, au contraire, est un mécanicien. Il ne croit qu’au moteur qu’on lui a confié, c’est-à-dire son corps.  Du départ à l’arrivée, du commencement à la fin de la course, il ne cesse un seul instant de surveiller ce moteur précis, délicat et formidable qu’est son corps à lui. » Quant à Dino Buzzati, il décrira en ces termes le déclin essentiellement humain de ce champion d’exception : « Il pédalait, il pédalait comme s’il s’était senti talonné par une terrible bête, comme s’il avait su qu’en se laissant rejoindre tout espoir eût été perdu. Ce n’était que le temps, le temps irréparable, qui lui courait après. Et c’était un grand spectacle que cet homme seul, dans cette gorge sauvage, en train de lutter désespérément contre les ans. [...] C’est un vaincu, Bartali, aujourd’hui. Pour la première fois. Voilà qui nous remplit d’amertume, car cela nous rappelle intensément notre sort commun à tous. »

 

 

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7 juillet 2015 2 07 /07 /juillet /2015 05:23

 

Sur les pierres du Parthénon
et sur l'écume de la mer, j'écris ton Non,
Sur la traite du créancier
et sur la boîte vide du médicament, j'écris ton Non,
Sur l'injonction du FMI
et sur le marbre de Paros, j'écris ton Non,
Sur la face de Merkel
et sur le mépris de Lagarde, j'écris ton Non,
Sur la Grèce revenue
et sur la Dette disparue, j'écris ton Non

Dignité


 

 

Philippe Arnaud

 

 

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6 juillet 2015 1 06 /07 /juillet /2015 05:38

Comment s’inspirer de Podemos, demande Pablo Iglesias en première page du Monde Diplomatique de juillet 2015 ? :

 

Crise financière, paupérisation massive, discrédit des professionnels de la politique : tout aurait dû conduire à un regain de la gauche en Europe. Et pourtant elle piétine presque partout. Cela explique sans doute que les regards se tournent vers l’Espagne, où le parti Podemos a fait preuve d’inventivité stratégique. Un pari que présente ici son secrétaire général.

 

L’attitude de Berlin vis-à-vis d’Athènes lors des négociations ne m’a pas surpris. Même si la Grèce est un Etat faible, le gouvernement Tsipras remet en question le mode de fonctionnement de l’Union européenne sous hégémonie allemande. L’ampleur de la provocation est donc sans commune mesure avec la taille du pays. Par ailleurs, Podemos apparaît désormais comme un acteur politique important en tant que candidat au pouvoir dans la quatrième économie de la zone euro. Or nos camarades grecs nous l’ont dit : nos bons résultats dans les sondages ne constituent pas nécessairement une bonne nouvelle pour eux. Nos adversaires craignent en effet que toute victoire enregistrée par Syriza dope nos propres résultats, qu’elle nous alimente en oxygène. Leur objectif ne se borne donc pas à tenir en échec le gouvernement grec : il s’agit également de barrer la route à d’autres menaces, comme celle que nous représentons à leurs yeux. Mettre Syriza sous pression revient à faire de même avec Podemos, à démontrer qu’il n’y a pas d’alternative. « Vous voulez voter Podemos ? Regardez ce qui se passe en Grèce » : voilà, en substance, le refrain que l’on sert aux Espagnols à l’heure actuelle.

 

 

Selon Philippe Descamps, la Conférence Paris Climat 2015 est mal partie :

 

En Occident, la sobriété s’oppose frontalement à l’austérité, qui apparaît comme un subterfuge pour répartir plus inéquitablement encore les richesses. Le chemin de la décroissance de nos émissions de gaz carbonique passe par des investissements massifs dans l’habitat, les transports publics, les énergies renouvelables — à la hauteur, par exemple, des sommes mobilisées pour renflouer les banques en 2008... Tant la recherche d’une efficacité énergétique que l’amélioration concrète des conditions de vie peuvent créer de nombreux emplois, réduire les nuisances et générer dans chaque foyer des économies substantielles.

La sobriété conduit aussi à définir le bien-être autrement : moins de matière, plus de main-d’œuvre ; moins de machines, plus d’intelligence. Taxer le kérosène pour réduire l’usage intempestif de l’avion ; renchérir le transport maritime pour entraver la dérive du libre-échange et favoriser les circuits courts ; renoncer à certaines ressources du sous-sol.

 

Nada Maucourant évoque « l’autre combat des femmes Kurdes » :

 

Elle est devenue l’un des emblèmes de la lutte acharnée des Kurdes contre l’Organisation de l’Etat islamique (OEI). Helly Luv, de son vrai nom Helan Abdulla, multiplie les chansons pop pour exalter le sentiment patriotique. Avec un succès international. Réalisé en 2015, le clip de Revolution appelle à défendre le Kurdistan contre des envahisseurs dont le spectateur comprend qu’il s’agit des troupes de l’OEI. En tenue de combat et talons dorés, cheveux rouge sang et keffieh vermillon, la chanteuse, qui porte des bracelets en balles de mitrailleuse, arrête à elle seule la progression d’une colonne de chars. Dans une autre vidéo, celle de la chanson Risk It All, elle apparaît entourée de guerrières aux yeux maquillés, leurs mains aux ongles vernis brandissant des kalachnikovs. Ces images illustrent bien le charisme prêté aux guerrières du Kurdistan. Nul doute que leur diffusion planétaire contribue à renforcer l’intérêt récurrent et enthousiaste pour les combattantes kurdes.

 

… Tandis que Florence Beaugé revient sur la condition des femmes en Tunisie :

Elles vivaient sur une image : celle de la femme émancipée, bénéficiant depuis la présidence de Habib Bourguiba d’un statut unique dans la région. Le code du statut personnel (CSP), adopté dès 1956, avait fait d’elles une exception dans le monde musulman : interdiction de la polygamie, de la répudiation et des mariages forcés, droit au divorce. Elles votaient depuis 1959, pouvaient avorter depuis 1973, et plusieurs étaient devenues ministres. M. Zine El-Abidine Ben Ali vendait partout cette image de « la » femme tunisienne.

Au lendemain de la chute du dictateur, en janvier 2011, il a fallu admettre qu’il y avait non pas « une », mais « des » Tunisiennes, et surtout qu’il existait un gouffre entre les textes et les usages. A quelques kilomètres de Tunis et de ses brillantes femmes médecins, avocates ou chefs d’entreprise, se battent pour survivre des femmes analphabètes, dont le sort a pour noms pauvreté, précarité et violence. Dans le contexte d’une économie chancelante, de conflits sociaux à répétition et d’épisodes sanglants réguliers, les Tunisiens ont pris la mesure du conservatisme de leur société. A Tunis, dans les milieux libéraux, on n’évaluait pas jusque-là l’ampleur du phénomène.

 

 

Furibarde parce qu’écoutée, l’Élysée ne fait rien (Serge Halimi) :

 

Le 24 juin dernier, M. Barack Obama a sans doute recouru à quelques civilités de son cru lorsqu’il a, une nouvelle fois, promis au président François Hollande qu’il n’espionnerait plus les conversations téléphoniques de son « partenaire indispensable ».

Est-ce parce qu’il redoutait des poursuites judiciaires françaises, une amende de quelques milliards d’euros (comme celle que la BNP Paribas a réglée au Trésor américain), l’arrêt des négociations de libre-échange avec l’Europe, la mise en cause de l’Alliance atlantique ? Assurément pas. Pour un président des Etats-Unis, rien n’est en effet plus malléable et moins redoutable qu’un socialiste français. D’ailleurs, peu après la révélation de l’espionnage par les services de renseignement américains de trois chefs d’Etat français successifs, M. Stéphane Le Foll, porte-parole du gouvernement, a réagi avec une placidité admirable : « Il faut qu’on garde la mesure de tout cela, il faut qu’on cadre les choses. On n’est pas là pour déclencher des ruptures diplomatiques ; il y a trop de liens. » Puis il s’envola pour Washington afin d’y discuter du grand marché transatlantique. Ses interlocuteurs avaient sans doute déjà une petite idée de l’exposé qu’il ferait...

 

 

 

Dans “ Michel Onfray ou l’amour de l’ordre ”, Evelyne Pieiller tente de recadrer le philosophe de plus en plus inclassable :

 

« Qui se cache derrière l’intellectuel le plus populaire de France, bête noire de Manuel Valls ? » Question judicieuse que celle posée par Le Point, l’hebdomadaire où officie son ami Franz-Olivier Giesbert, à l’occasion de la parution du dernier ouvrage de Michel Onfray, Cosmos. La pensée et les opinions du personnage ont assez de rayonnement pour faire de ses essais des best-sellers ; il lui suffit d’apparaître en couverture d’un magazine pour en redynamiser les ventes. Mieux encore, quand il dénonce la « terreur idéologique activée par cette mafia qui se réclame de la gauche » et affirme préférer « une analyse juste d’Alain de Benoist à une analyse injuste de Minc, Attali ou BHL », ou « une analyse juste de BHL à une analyse injuste d’Alain de Benoist », le premier ministre lui-même se sent tenu de réagir. A l’évidence, M. Valls a été perturbé par la référence à Alain de Benoist, principal représentant de ce que l’on a nommé la Nouvelle Droite, cofondateur jadis du Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne (Grece). Car si Onfray, qui se dit de gauche, et même proudhonien, peut être d’accord avec un homme dont le chef du gouvernement estime qu’il a « d’une certaine manière façonné la matrice idéologique du Front national », alors « ça veut dire qu’on perd les repères ». En bref, concluait sobrement un autre membre du gouvernement, M. Jean-Marie Le Guen : « Mais où va-t-on ? »

 

 

A lire, un dossier sur la Grèce, ou comment la sauver :

En apparence, le projet est simple. Depuis cinq mois, les créanciers d’Athènes s’emploieraient à sauver la Grèce de la banqueroute. Au fil des négociations, une autre ambition s’est toutefois dessinée : discréditer un projet politique identifié comme « radical ». En conditionnant leur soutien à de nouvelles mesures d’austérité, les interlocuteurs de M. Alexis Tsipras l’ont placé entre les deux mâchoires d’une tenaille. Soit le premier ministre grec défend son programme de campagne et s’expose alors à des représailles financières, soit il cède à ses « partenaires », au risque de perdre sa majorité parlementaire et de voir son parti imploser.

 

Pour Cecilia Valdez, un bâillon a été posé sur la colère en Espagne :

 

La manœuvre visant à casser le thermomètre pour faire chuter la température n’a jamais fait la démonstration de son efficacité. C’est toutefois celle qu’a choisie Madrid pour enrayer les mobilisations que connaît le pays depuis mai 2011 : l’occupation des places, la distribution de tracts ou le collage d’affiches seront désormais interdits. Au risque de souffler un peu plus sur les braises.

 

 

Chloé Maurel estime qu’il est possible de donner une existence légale à dix millions d’êtres humains :

 

En France, des dirigeants politiques ont évoqué l’idée de déchoir de leur nationalité certains militants salafistes, créant par là de nouveaux apatrides. Au même moment, le maire de New York Bill de Blasio vient de fournir une carte d’identité municipale aux sans-papiers de sa ville. Une initiative qui n’est pas sans rappeler le passeport Nansen, inventé au lendemain de la première guerre mondiale.

 

 

 

 

Pierre Rimbert explique pourquoi les tongs voyagent à l’œil :

 

Un cabinet de curiosités réunissant les idées folles de la pensée de marché souffrirait d’encombrement. La cotation en Bourse d’êtres humains voisinerait avec le paiement d’élèves pour qu’ils acceptent de lire, avec les produits dérivés sur les catastrophes climatiques ou avec la privatisation des baleines. En juin dernier, le jeu réputé infaillible de l’offre et de la demande a engendré une nouvelle bizarrerie, cette fois dans le domaine d’ordinaire peu excentrique du transport maritime : le coût du trajet Asie-Europe était… négatif.

Le prix d’un emplacement de conteneur standard sur le pont d’un navire amarré à Shanghaï et à destination de Rotterdam se reflète dans un indice, le Shanghai Containerized Freight Index (SCFI). Sur cette route Asie-Europe, l’indice gravite depuis quelques années autour de 1 000 dollars pour une boîte de trente mètres cubes, soit un volume correspondant à environ 21 000 paires de tongs. A ce tarif, chaque paire parcourt un trajet de plus de 22 000 kilomètres pour un coût inférieur à 5 centimes. Sans cette quasi-gratuité du transport, les délocalisations n’auraient pas été si nombreuses ni le dumping social si profitable. C’est pourquoi les progressistes de tout bord insistent pour taxer massivement le déplacement de marchandises à faible valeur ajoutée. Ralentir les flux pour raccourcir les circuits : revanche des sandales artisanales.

 

 

Jean-Arnault Dérens et Laurent Geslin estiment que les Balkans sont la nouvelle ligne de front entre la Russie et l’Occident :

Après l’Ukraine, les Balkans deviendront-ils le théâtre d’un nouvel affrontement Est-Ouest ? La Russie réinvestit dans la région, pour des raisons autant commerciales que géopolitiques. Mais, même en entretenant l’influence qu’il y exerce traditionnellement, Moscou ne peut guère fonder d’espoir sur une région qui se tourne toujours davantage vers l’Union européenne.

 

 

Allan Popelard et Paul Vannier expliquent pourquoi Panama existe sans les Panaméens :

Il y a tout juste un an, un homme d’affaires cédait la présidence du Panamá à un chef d’entreprise. Alors qu’une grande partie de l’Amérique latine revendique sa souveraineté en contestant le pouvoir de l’argent, la petite nation centraméricaine se spécialise dans le commerce de sa soumission. Finance, spéculation et conteneurs organisent ici l’espace, notamment dans la capitale.

 

 

Christelle Gérand nous parle de ces très nombreux Étasuniens qui possèdent un puits de pétrole dans leur jardin :

 

La chute du prix du baril de brut, quasiment divisé par deux en un an, n’affecte pas seulement les multinationales de l’or noir et les pays producteurs. Aux Etats-Unis, elle touche également des millions de particuliers qui possèdent des puits de pétrole sur leur terrain et les louent à des compagnies privées. Lesquelles entendent profiter de cette période de vaches maigres pour obtenir des contrats plus avantageux.

 

 

A lire une bonne synthèse de Guy Scarpetta sur le roman historique autour de l’an 2000 :

 

Autour de l’an 2000, la plupart des grands romanciers ont éprouvé le besoin de se confronter à des sujets historiques. Effet d’une date propice aux bilans ? Ou mutation durable de la littérature elle-même, qui s’approprie de nouveaux territoires ?

 

 

Pour Laura Raim, il existe une véritable Police de la pensée économique à l’Université :

L’enfermement idéologique des dirigeants européens trouve ses racines dans une bataille pour l’hégémonie intellectuelle qui ne se livre pas seulement dans les médias. Malgré ses impasses et l’échec des politiques qu’elle inspire, la doctrine économique néoclassique domine plus que jamais à l’Université. Ses promoteurs, parmi lesquels Jean Tirole joue les premiers rôles, contrecarrent toute volonté de pluralisme.

 

 

… Ce que confirme Gilles Rotillon à propos de Jean Tirole :

 

Jean Tirole, président de l’Ecole d’économie de Toulouse (TSE), est un économiste reconnu par ses pairs, comme en atteste son récent « prix Nobel », en 2014. Ses recherches sur la régulation des monopoles et des oligopoles, les imperfections de marché ou la finance, lui ont en outre valu la reconnaissance des industriels et des dirigeants politiques, à qui il fournit expertises et avis. Il a ainsi formulé des propositions de simplification des licenciements, de « contrat de travail unique » ou encore de prix unique mondial pour le carbone. En 2008, après l’éclatement de la crise des subprime, il déclarait également, lors d’une audition devant une commission de l’Assemblée nationale à propos de la régulation bancaire : « Il ne faudra pas jeter le bébé avec l’eau du bain : il est hors de question de revenir sur la titrisation ou sur l’existence des produits dérivés, car ces innovations ont des effets positifs. Il faudra en revanche prendre les dispositions techniques nécessaires pour que les abus ne puissent pas se renouveler. » Les millions de personnes qui ont perdu leur emploi, leur retraite ou leur logement à cause de la crise financière pourraient discuter cet avis ; mais du moins restait-il jusque-là dans son rôle d’économiste s’intéressant au marché du travail et à la finance.

 

 

Y aura-t-il Bientôt des yuans dans toutes les poches ? (Yfan Ding)

Première exportatrice mondiale, la Chine dépend du dollar pour ses échanges commerciaux, sa monnaie n’étant pas convertible. Une subordination financière – et politique – dont elle cherche à se dégager par une internationalisation du yuan. La monnaie chinoise est d’ores et déjà devenue la cinquième devise mondiale pour le commerce. Devenue la deuxième puissance économique du monde, la Chine doit surmonter deux obstacles : la non-convertibilité du yuan, qui implique que ses échanges internationaux s’effectuent essentiellement en dollars ; et un réseau bancaire étatisé et gangrené qui ne prête qu’aux grandes entreprises et aux collectivités locales, sans être très regardant sur la qualité des investissements. D’où un gâchis de capital sans précédent (villes nouvelles jamais habitées, investissements de prestige, surcapacités de production, etc.) et des emprunteurs locaux incapables de rembourser leurs dettes. Les petites et moyennes entreprises, elles, doivent passer par des circuits parallèles (« shadow banking »), fort chers et risqués. Pour l’heure, les énormes réserves financières de la Chine permettent d’éponger les « créances pourries » ; c’est la deuxième fois en une décennie. Mais cela ne peut durer : l’argent ainsi stérilisé pourrait être consacré à des projets plus utiles, et les réserves risquent de s’amenuiser en raison du ralentissement économique.

 

 

Le Mali pourra-t-il préserver son intégrité ? (Daniel Bertrand)

 

Plus de deux ans après l’intervention militaire française, le Mali peine à renouer avec la paix. Porteur d’espoir, l’accord d’Alger du 1er mars 2015 ouvre un espace pour le dialogue entre des communautés fragmentées dans un Etat en déshérence. Mais la volonté de négocier l’emportera-t-elle sur les dynamiques de conflit qu’attisent les trafics en tout genre et la raréfaction des ressources ?

 

 

Les hommes se sont-ils toujours fait la guerre (Marylène Patou-Mathis) ?

 

La violence humaine est-elle innée ou induite par le contexte ? Les recherches anthropologiques et archéologiques permettent aujourd’hui de répondre un peu mieux à cette question qui divisa les plus grands philosophes. La guerre ne semble apparaître qu’avec la naissance de l’économie de production et le bouleversement des structures sociales du néolithique, il y a environ dix mille ans.

 

 

Un mémorial de l’esclavage à Pointe-à-Pitre (Jacques Denis) : Le Mémorial ACTe (MACTe), centre caribéen d’expressions et de mémoire de la traite et de l’esclavage, ouvrira ses portes le 7 juillet sur le site de l’ancienne usine sucrière Darboussier, à Pointe- à-Pitre, dans le quartier de Carénage. Si les murs en moellons de l’usine ont disparu, le lieu et les témoignages des plus âgés rappellent comment, en Guadeloupe, l’exploitation industrielle prolongea l’esclavagisme.

 

 

Sébastien Lapaque revient sur l’œuvre de Panaït Istrati, roi des vagabonds :

Il fait partie de ces écrivains rares et précieux qui ont chanté les marginaux et choisi le camp des pauvres. Panaït Istrati, autodidacte né en Roumanie, fit ainsi passer un grand souffle lyrique sur la littérature française. Inclassable et intrépide, il ne renonça jamais à croire que la révolution devait être faite sous le signe de l’enfance.

 

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3 juillet 2015 5 03 /07 /juillet /2015 05:35

 

Une petite parenthèse pour commencer : le budget du Mouvement des entreprises de France est constitué pour un tiers de subventions publiques provenant directement de nos porte-monnaie. On peut être le plus féroce avocat de l’entreprise privée et du capitalisme financier et se gaver sans vergogne de l’argent public.

 

En 1998, le Medef remplace le CNPF (Conseil National du Patronat Français). Le changement d’appellation a deux objectifs : gommer le mot « Patronat », associé à l’idée de classe exploiteuse, même si les 750 000 entreprises adhérentes se revendiquent pleinement patronales, et instiller de manière quasi subliminale dans tous les esprits que le combat de cette organisation en faveur de ses idéaux de droite est sans fin. C’est un mouvement perpétuel qui ne s’arrêtera jamais, quelles que soient les concessions du camp d’en face, les victoires remportées.

 

Même s’il est de plus en plus décomplexé, le Medef n’utilise pratiquement jamais le mot capitalisme. Il préfère le vocable « libéralisme » et laisse à certains de ses plumitifs la liberté d’utiliser le cinglant « ultralibéralisme ».

 

 

Dans les entreprises, il n’y a plus d’ouvriers, d’ouvriers spécialisés (ah, les OS des années soixante-dix !) mais des « opérateurs », des « agents », voire des « collaborateurs » (le mot « collaborateur » n'existe pas dans le Code du travail, son utilisation vise à masquer le lien de subordination enhtre employeur et employé). Pour ces opérateurs les patrons ne versent pas des cotisations (à bas la notion de salaire différé) mais des « charges ». Comme son nom l’indique, une charge est une croix lourde à porter (comme le chantait Bécaud dans les années cinquante).

 

Le Medef n’utilise jamais l’expression « lutte des classes ». Il aurait bien tort de le faire puisque aucun syndicat, qu’il soit de collaboration ou de transformation ne s’y risque plus, le parti communiste non plus. Ou alors tellement rarement. C’est le Medef qui a imposé, avec l’aide de la CFDT et des principaux partis politiques de droite et de gauche la notion de « partenaires sociaux » qui implique tout bêtement que la collaboration entre les patrons et les salariés est une obligation et qu'elle ne peut et ne doit déboucher que sur des solutions concrètes pour le bien-être de la société. De même, le Medef affectionne l’expression anglo-saxonne de « gagnant-gagnant » (win-win), comme si, à la grande distribution des prix de la vie sociale, les récompenses étaient de même valeur.

 

Pour le Medef, comme pour la droite et les Solfériniens (surtout depuis Rocard), l’entreprise est « citoyenne », ce qui sous-entend qu’elle est un espace de neutralité, en dehors de la marche du temps et de l’histoire sociale. Donc, comme Manuel Valls, on ne peut que l’« aimer ». En lui versant des dizaines de milliards d’euros sous forme de diminutions de « charges » sociales ou de crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi, une des plus vastes escroqueries de notre temps. Le banquier rothschildien Macron estime sans rire que « l’entreprise est la propriété de ceux qui la font ». Thierry Lepaon, avant que des travaux de rénovation l’aient ravi à l’affection de ses amis, déclarait au Nouvel Économiste (un organe très éloigné du Medf, on le sait) : « L’entreprise est une communauté composée de dirigeants et de salariés et ces deux composantes doivent pouvoir réfléchir et agir ensemble dans l’intérêt de leur communauté ». Comme le martèle le président Gattaz (chez les patrons, on préside de père en fils), « l’entreprise n’est ni de gauche ni de droite, elle est là pour l’emploi ». Certainement pas pour la croissance des dividendes.

 

C’est sous ce système d’entreprises « citoyennes » que 500 000 nouveaux chômeurs se sont inscrits à Pôle Emploi en deux ans, que les délocalisations se sont multipliées, que la désindustrialisation a frappé inexorablement, que la précarisation est devenue banale et que les conditions de travail sont de plus en plus infernales.

 

 

 

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30 juin 2015 2 30 /06 /juin /2015 05:00

En 2008, j’ai publié sur le site du Grand Soir un article intitulé “ De la famille royale britannique ” où j’évoquais, d’une part, quelques secrets de famille et, d’autre part, le fort tropisme nazi qui traversait cette famille. Il fallait bien donner un petit éclairage sur les frasques “ chemises brunes ” du prince Harry.

 

Le quotidien britannique The Independent explique comment le duc était prêt à aller bien plus loin qu’une simple sympathie pour le régime nazi. Il aurait voulu que l’Allemagne bombarde son pays. Louis XVI eut la tête tranchée pour moins que cela. Selon le duc, ces bombardements auraient mis un terme à la guerre et donc eussent été facteur de retour à la paix. Il faudra encore attendre bien longtemps avant de savoir très précisément à quel point le duc de Windsor et d’autres membres de la famille royale furent de connivence avec l’Allemagne nazie dans la mesure où la correspondance entre les “ Royals ” et certains de leurs cousins allemands n’est pas tombée dans le domaine public.

 

Selon l’universitaire Karina Urbach, le duc de Windsor estimait que les Juifs, les communistes et le Foreign Office étaient responsables de la guerre. Il avait alors suggéré à son vieil ami le diplomate espagnol Don Javier Bermejillo que des bombardements sur l’Angleterre garantiraient la paix. Il voulait la paix « à tout prix ». Franco et Hitler furent informés de ce souhait.

 

Petit-fils de la reine Victoria, Charles Edouard de Saxe-Cobourg et Gotha, fut un intercesseur très actif entre le duc de Windsor et les autorités nazies. Parce qu’il avait avoué ses sympathies pour l’Allemagne en 1917, le roi Georges V l’avait radié de l’ordre de la Jarretière et en avait profité pour changer le nom de la famille en Windsor. Dès 1918, Charles Edouard afficha ses sympathies pour les mouvements paramilitaires d’extrême droite allemands. Il devint membre du parti nazi en 1935 et général dans la SA (Obergruppenführer). En 1936, Hitler envoya Charles Edouard en Angleterre pour prendre la présidence de la Société d’amitié anglo-germanique. Il assista aux funérailles de son cousin germain Georges V revêtu de l’uniforme de l’armée allemande et en profita pour envoyer à Hitler des rapports sur la sympathie grandissante que vouait l’aristocratie britannique au régime nazi. Comme il ne faisait pas pleine et entière confiance à son ministre von Ribentrop, Hitler utilisa Charles Edouard dans certaines missions secrètes auprès des autorités britanniques.

 

Le duc de Windsor, mieux que Louis XVI

Juste avant d’abdiquer, un mois avant l’occupation de la Rhénanie en mars 1936, le futur duc de Windsor envoya ses « vœux de bonheur » à Hitler pour son 47ème anniversaire (selon le biographe Andrew Morton dans Seventeen Carnations – The Windsors, The Nazis and the Cover-Up.

 

Après l’abdication du futur duc de Windsor, Charles Edouard accueillit le duc de Windsor et sa femme chez lui en Allemagne, où ils effectuaient un voyage non officiel. 

 

 

 

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29 juin 2015 1 29 /06 /juin /2015 05:04

Sur le site du Grand Soir, Luis Alberto Reygada explique le sabotage de l’économie au Venezuela :

 

1- contrebande de produits subventionnés au Venezuela qui sont revendus avec une marge de bénéfice très importante dans les pays voisins, principalement la Colombie (essence, produits de première nécessité, etc.) ;

 

2- accaparement, agiotage et spéculation, mis en place par ceux qui contrôlent les moyens de production et de distribution ;

 

3- développement du marché noir des marchandises et des devises étrangères, ce qui est à la fois le résultat mais aussi un facteur (car encouragé) de la situation économique.

 

A tout cela il faut rajouter toute une pléiade de « techniques » qui ont le double effet d’enrichir rapidement ses opérateurs tout en nuisant à l’économie du pays, puisque appliquées à grande échelle : du simple « rascacupos » (touriste vénézuélien qui feint des achats à l’étranger avec de fausses factures afin de revendre à son retour les dollars préférentiels non dépensés sur le marché noir local ; la marge de bénéfice est de plus de 1400%) au chef d’entreprise qui préfère revendre ses dollars préférentiels sur le marché noir au lieu d’importer les produits pour lesquels ces dollars lui ont été alloués, une multitude d’acteurs contribuent au jour le jour à alimenter l’inflation.

 

On peut espérer que Jacques Attali, qui s’est trompé à peu près sur tout même s’il parle à l’oreille des grands, se trompe également lorsqu’il expose sa vision à venir du travail et des travailleurs. Le salariat traditionnel ne concernera plus plus qu'une élite « talentueuse » ! Et nous dit Marianne, nous allons assister, selon Attali, dans les trente années à venir, à une « uberisation » générale du travail. Chacun va devenir « entrepreneur de [sa] propre vie. » La protection des uber-entrepreneurs sera basée sur le régime des intermittents du spectacle. « Le statut de demain, explique Attali, c’est le statut d’intermittent du spectacle. » Donc, commente Marianne, fini l’ennui, le burn-out, la crainte du licenciement et du chômage, les plans de sauvegarde de l'emploi... La voie est ouverte au choix, à « l’expérience », au travail à la carte ! Des lendemains qui chantent !

 

 

Critique Sociale, site d’inspiration luxemburgiste, nous rappelle que le FN est toujours une entreprise de haine :

 

Marine Le Pen a reçu en héritage une entreprise, qui se trouve être une entreprise politique de haine. Raisonnant en cheffe d’entreprise, elle cherche surtout à accroître ses parts de marché en se présentant différemment, dans le cadre d’une opération médiatique dite de « dédiabolisation ». C’est en réalité une tentative de banalisation de l’extrême droite qui est menée par Marine Le Pen, bien aidée par certains médias et « éditorialistes » qui écument les plateaux de télévision. C’est parce qu’ils vont à l’encontre de cette stratégie marketing que les propos de Jean-Marie Le Pen sont reniés par l’actuelle direction du FN. Néanmoins, sur le fond, cette opération de normalisation des apparences est menée sans renoncer aux fondamentaux d’extrême droite : la haine, le mensonge, les amalgames, etc.

 

Le FN version père était formé par une extrême droite d’il y a quarante ans qui niait les responsabilités directes de l’idéologie d’extrême droite dans les crimes contre l’humanité com­mis pendant la Deuxième Guerre mondiale par la dictature nazie, avec la complicité active de l’Etat pétainiste. Le FN version fille est beaucoup plus dépolitisé, à l’image de son électorat, et l’histoire n’y intéresse plus grand monde : il leur suffit de parler d’autre chose, tant ils sont surtout animés par une haine primaire, qui n’est pas développée dans une théorisation, et ils n’ont au fond pas de véritable idée précise de comment il faudrait exercer le pouvoir (mais il est certain que s’ils l’exerçaient, ce serait de façon autoritaire et dictatoriale).

 

Ce n’est plus un secret pour personne : les banques jouent contre leurs clients, et aussi contre leurs employés. Ce qu’explique le site Tant qu’il y aura de l’argent :

 

Dans son exercice 2013, Morgan Chase a investi 10,4 milliards de dollars dans des contrats dit BOLI (Bank Owned Life Insurance) – rien à voir avec Basile.

 

Ces placements qui font rentrer des thunes dans les caisses de la banque, c’est  aussi le pactole en cas de mort de jeunes cadres dirigeants des dites banques.

 

Avec 8 morts parmi ses cadres depuis 2013, la banque a pu toucher un peu d’argent malgré ces tragiques séparations. Les voies du capitalisme sont impénétrables …

 

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25 juin 2015 4 25 /06 /juin /2015 05:29

Observons ci-dessous l'affiche d'auto-promotion de Valeurs Actuelles. On nous annonce un feuilleton tiré du roman d'André Bercoff : 2017, l'effroyable campagne. Je passe rapidement sur le fait que le choix d'André Bercoff est fortement orienté vers le sulfureux et le “ virons à droite tant qu'on peut ”. Un des derniers exploits littéraires de cet homme de lettres multi-cartes est d'avoir préfacé Apéro saucisson-pinard. L’islam, un débat qui rassemble.

 

Sur cette affiche, il y a une (pas deux) gueule  franchement patibulaire : celle de Jean-Luc Mélenchon. Il y a quatre têtes “ neutres ”, celles de Bayrou, Hollande et Valls et Royal. Une tête inclassable, apparemment celle de Taubira. Trois têtes masculines souriantes : celles de Le Maire, Sarkozy et Depardieu. Enfin une tête (la plus volumineuse) souriante, agréable et esthétique, celle de la Le Pen.

 

La seule consolation face à cette propagande de bas-étage, c'est peut-être qu'à Valeurs Actuelles, ils ont toujours peur de Mélenchon, qui donc, pour eux, n'est pas mort.

 

Les affiches de Valeurs Actuelles : mieux que sous Pétain !
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22 juin 2015 1 22 /06 /juin /2015 05:51

Jean-Loup Salzmann fait partie de ces trop nombreux présidents d’université qui ont soutenu Valérie Pécresse dans sa “ réforme ” visant à privatiser et financiariser l’enseignement supérieur. Il aurait tant aimé être le nouveau secrétaire d’État aux universités. Il a commis un peu trop de fautes récemment. La dernière, selon Marianne :

 

Jean-Loup Salzmann a l’urgence sélective. En mars dernier, Jean-Loup Salzmann était épinglé par l’Inspection générale de l’Éducation nationale. En cause, son inaction face aux alertes répétées et circonstanciées que Samuel Mayol, le directeur de l’IUT de Saint-Denis, lui avait fait parvenir pendant plusieurs mois au sujet du comportement de plusieurs enseignants. Alertes qui avaient coïncidé avec une vague de menaces de mort à l’encontre de Samuel Mayol.

 

Le 17 mai, l’une des responsables administratives de l’IUT, à l’instar de cinq autres collègues, avait reçu des menaces par texto. Quelques jours plus tard, la porte de son bureau était taguée d’étoiles de David et de croix gammées. Un acte clairement antisémite que Najat Vallaud-Belkacem avait dénoncé.

 

Dans un courrier adressé le 9 juin à cette même fonctionnaire, Jean-Loup Salzmann l’informe qu’il a demandé à la ministre de la suspendre de ses fonctions (!), « pour présomption de faute grave constituée par un manquement à (ses) obligations d’agent public. » Tout y passe : non-respect du devoir de réserve, harcèlement moral, atteinte à la dignité et menaces envers des collègues… « De pures allégations qui ne reposent sur rien, s’emporte Richard Malka, l’avocat de la fonctionnaire. On est en train de vouloir faire passer les victimes pour des bourreaux ! C’est surréaliste ! »

 

Dans les colonnes du Grand Soir, Emir Sader, professeur de sociologie à l’université de São Paulo, critique le néo-colonialisme intellectuel de la gauche européenne : « L’aura universitaire ne réussit pas à cacher les difficultés qu’ils ont pour s’engager dans des processus concrets et, à partir de ceux-ci, pour partager la construction des alternatives. Les analyses qui ne débouchent pas sur des propositions concrètes de transformation de la réalité, présentent de moins en moins d’intérêt. Les postures critiques restent sur le plan de théories qui ne se projettent pas dans le champ du réel, sans aucune capacité à s’approprier la réalité concrète, moins encore de la transformer. Pour reprendre le vieil adage marxiste toujours actuel : leurs idées ne se transforment jamais en force matérielle parce qu’elles ne pénètrent jamais dans les masses. »

 

 

Très en verve, le kleiner Mann Sarkozy a comparé l'afflux de migrants en Europe à une grosse fuite d'eau. Je cite la dépêche de l’AFP. L'ancien chef de l'Etat a raillé la proposition de la Commission européenne de répartir les demandeurs d’asile entre les pays de l’UE. Dans "une maison, il y a une canalisation qui explose, elle se déverse dans la cuisine", a illustré Sarkozy. "Le réparateur arrive et dit : 'J'ai une solution : on va garder la moitié pour la cuisine, mettre un quart dans le salon, un quart dans la chambre des parents et si ça ne suffit pas il reste la chambre des enfants'", a-t-il ironisé.

 

 

Quasiment tous les jours, la page d’accueil d’Orange publie des articles essentiels. Il faut bien que l’entreprise privatisée marche la tête haute. Un exemple récent :

 

Revirement de situation pour le couple Sean Penn et Charlize Theron ! Alors que les deux stars parlaient de mariage depuis plusieurs mois, leur histoire s'arrête brusquement, quelques jours avant l'été. L'actrice sud-africaine de 39 ans a décidé de mettre un terme à sa relation avec Sean Penn, pour des raisons encore inconnues. Après avoir arpenté le tapis rouge du Festival de Cannes et s'être rendus à Vienne pour assister à un événement mondain et caritatif, les deux stars auraient pris des chemins différents. Selon plusieurs sources qui se sont confiées à People Magazine, Charlize Theron et Sean Penn ne vivraient déjà plus ensemble, ce dernier ayant repris ses quartiers dans sa villa de Malibu.

 

L'annonce de cette rupture fait donc l'effet d'une bombe sur la planète people. Le couple semblait plus uni et amoureux que jamais.

 

Avec de telles informations, l’entreprise privatisée qui a aidé l’armée israélienne lors de sa dernière et très violente intervention militaire à Gaza et qui tire profit des colonies israéliennes dans la Cisjordanie, peut marcher la tête haute.

 

 

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14 juin 2015 7 14 /06 /juin /2015 05:02
Dessiné sur du sable …
Dessiné sur du sable …

http://pelapapas.com.mx/htmls/animacion-arena-2.html

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10 juin 2015 3 10 /06 /juin /2015 05:22

Hugo ChávezMa première vie. Conversations avec Ignacio Ramonet. Paris : Éditions Galilée, 2015.

 

On ne peut pas dire que ce livre essentiel ait été étouffé sous les recensions, ni que son co-auteur, Ignacio Ramonet, qui a pourtant réalisé un ouvrage d’une densité rare (il faut dire qu’il n’avait pas en face de lui une coquille vide), ait encombré les plateaux de télévision, ceux des éclats de rire à la Ruquier ou ceux des sourires de connivence à la Busnel. Bref, ces trois années de travail, entre un des grands journalistes français et l’une des figures historiques du monde latino-américain n’ont pas reçu en France l’accueil qu’elles méritaient.

 

D’emblée, ce qui frappe lorsque l’on aborde la personnalité d’Hugo Chávez, c’est qu’il fut un être hors du commun, non parce que les fées s’étaient penchées sur son berceau (quoique…) mais parce que cet homme, plus intelligent que la moyenne, s’est construit, au prix d’un travail de tous les instants, dans la compréhension très fine du contexte personnel, et aussi historique, qui était le sien. Chávez ne niait pas le déterminisme (son arbre généalogique – père noir, grand-mère indigène, « sagesse de l’Indien, rébellion du Noir », nom d’origine basque – vaut le détour), mais, beaucoup plus importantes pour lui, furent les conditions (les faits et non les fées) matérielles, culturelles et politiques qui lui permirent de se distinguer, de creuser son sillon et de laisser une marque peut-être aussi durable que celle de son modèle Bolivar. Il comprit mieux que d’autres cette belle formule de Marx : « Les hommes font l’histoire dans les conditions que la réalité leur impose ».

 

Appartenant à une génération qui fut témoin, en Amérique Latine, des pires horreurs des militaires d’extrême-droite aux ordres des États-Unis avec la bienveillance des hiérarchies de clergés locaux, je n’ai pas compté spontanément parmi les soutiens d’un officier putschiste, qui plus est chrétien. Mais, comme il aimait à le préciser, « plus chrétien que catholique et plus christiste que chrétien ». Il y a en Amérique latine une tradition de grands militaires progressistes. Pensons à Bolivar, à Antonio José de Sucre (par ailleurs descendant d'une aristocratie européenne très établie), à Ezequiel Zamora. Son ami Bernard Cassen avait calmé mes doutes en m’expliquant ce qu’avait d’unique, de hors norme, cette personnalité, qui, avant de devenir un comandante, avait été un fils d’instituteurs puis un pédagogue instinctif sachant se mettre à l’écoute de tous les publics. Comme l’explique Ramonet, il était à la fois rationnel, logique, cartésien et altruiste, tumultueux, sentimental. Il était doué d’une ouverture d’esprit phénoménale (« Quand j’étais jeune militaire, on m’appelait “ le scientifique ” »). Naturellement, les œuvres de Victor Hugo n’avaient aucun secret pour lui. Ni celles de Teilhard de Chardin qui avait démontré que le marxisme et le christianisme « pouvaient marcher la main dans la main ». Mais je fus tout de même surpris de découvrir qu’il connaissait fort bien l’œuvre de l’historien résistant antifasciste Marc Bloch, cofondateur des Annales.

 

 

Avant de devenir bolivarien après une maturation lente et réfléchie,  Chávez fut d’abord un admirateur du Christ, qu’il voyait comme un « combattant socialiste conséquent ». C’est par le biais de ce double prisme qu’il étudia l’histoire violente du Venezuela des deux derniers siècles : coups d’État, émeutes, invasions, « une boucherie sans fin ». Mais, enfant, il était déjà curieux de tout, depuis son poste d’observateur de vendeur de confiseries dans les rues. Il a ce souvenir d’avoir été un « petit animal politique », tiraillé, cela dit, entre sa mère « grenouille de bénitier » et sa grand-mère bouffeuse de curés. Il fut un très bon élève, systématiquement dispensé d’examen final car ses moyennes oscillaient entre 19 et 20 et, très vite, il se plongea dans l’autrefois célèbre Nouvelle encyclopédie autodidactique Quillet (dans la version en espagnol, tout de même). Il devient par ailleurs un joueur de base-ball de haut niveau et un peintre amateur de bonne qualité.

 

C’est à la caserne, comme élève officier, qu’il vire nettement à gauche, bardé de « motivations » politiques : « Je ne suis pas entré dans l’Académie militaire un livre du Che sous le bras, mais il est vrai que j’en suis sorti avec le livre sous le bras. » C’est à la caserne, en compagnie d’autres élèves progressistes, qu’il réfléchit au drame social de son pays (façade clinquante, très grande pauvreté des campagnes, confiscation par une petite minorité des énormes profits engendrés par le pétrole, l’équivalent de vingt plans Marshall !), auquel il ne voit qu’une solution : inversion du flux migratoire, réoccupation de l’espace rural par le peuple, récupération de millions d’hectares non cultivés.

 

Il dévore l’œuvre de John Kenneth Galbraith, en particulier Economia y Subversion (Economics, Peace and Laughter) par laquelle il souhaite appliquer cette règle de base : « la preuve du succès économique n’est pas la quantité de biens produits, mais ce que nous faisons pour que la vie soit tolérable ou agréable ». Plus tard, il dissertera sur Galbraith, avec la faconde et l’intelligence qu’on lui connaît. En victime de première ligne de la Reaganomics, il comprend que les ennemis du peuple, les chevilles ouvrières politiques du capitalisme sont moins les industriels qui contribuent à la richesse du pays que les oligarques financiers qui « utilisent leur pouvoir économique pour acheter un pouvoir politique au service de leurs intérêts économiques. » Il lit également Du contrat social de Rousseau, Le rôle de l’individu dans l’histoire  de Plekhanov, qui deviendra sa boussole et dont il tirera un enseignement extraordinaire : « Tu peux te trouver enchaîné au fond des oubliettes, mais si tu as conscience que c’est le rôle qui te revient dans un processus supérieur de libération, alors cela te rend libre. » Il lit également Thomas More qui l’amène à comprendre comment passer de l’utopie en aucun lieu à l’utopie ayant un lieu.

 

Toujours dans la caserne, il nourrit ses sentiments révolutionnaires après avoir découvert « dans le coffre d’une Mercedes noire déglinguée et criblée de balles un tas de livres marxistes en très mauvais état. » Un véritable trésor qu’il va rafistoler et lire intégralement. Il rêve de rejoindre la guérilla, mais son amour pour sa future femme Nancy l’en empêche. Il est également bouleversé par une embuscade qui voit des guérilleros massacrer d’humbles soldats : « Quelle cause pour justifier un crime pareil ? » Il décide de continuer sa carrière militaire et d’impulser un processus révolutionnaire, de l’intérieur de l’armée où il crée de nombreuses cellules bolivariennes. Il ne croit pas en la théorie du foquisme, dont l’erreur est, à ses yeux, l’absence d’un préalable : « Le travail sérieux de l’organisation révolutionnaire au sein des masses populaires sur le théâtre des opérations. C’est ce qui a été fatal, par exemple, à Che Guevara qui n’a pas eu le temps de faire ce travail et de s’articuler plus concrètement aux masses paysannes boliviennes. Il a attaqué trop tôt. » Ce travail de fond et de base peut permettre la désaliénation des plus défavorisés : « La classe riche se sert des pauvres pour freiner les pauvres eux-mêmes ». Se référant au livre de Claude Heller, L’armée comme agent de changement social (1979), il fait le pari que les militaires peuvent suppléer les leaders civils corrompus ou incompétents à la condition expresse qu’ils allient une profonde conviction idéologique et une efficacité entière dans l’exécution des missions.

 

Au début des années 1980, alors qu’il a été nommé commandant d’une compagnie de parachutistes, Chávez estime qu’il est urgent d’agir car le Venezuela est dans une situation d’entropie où « l’on est incapable de faire cesser le désordre qui règne dans tous les secteurs. » Cela ne l’empêche pas de poursuivre des études, avec l’autorisation de sa hiérarchie : un master en sciences politiques à l’université Simón Bolívar. Plus tard, les autorités carcérales l’empêcheront de terminer une thèse de doctorat. Son sujet de recherches s’intitule « Projets nationaux, planification et développement ». Il examine le tristement célèbre « Grand Virage » lancé par le président Carlos Andrés Pérez, mais imposé par le capitalisme hégémonique mondial et le FMI. Il analyse également la transition du franquisme à la démocratie en Espagne, en problématisant à partir du livre de Maurice Duverger Droit constitutionnel et institutions politiques. Il cerne en particulier la fonction constitutionnelle du roi qui ne représente ni le pouvoir législatif ni l’exécutif. À partir de l’ouvrage théorique du géographe français Paul Claval Espace et pouvoir, il réfléchit à la « géométrie du pouvoir » dans son pays.

 

En février 1992, Chávez est l’un des auteurs d’une tentative de coup d’État. Lui et ses camarades se sentent comme des poissons dans l’eau, des « soldats du peuple et non des cerbères au service de l’oligarchie et de ses maîtres gringos. » Mais cette fois, le destin lui est moins souriant que lorsque, nourrisson, il avait été sauvé des crocs d’un boa de trois mètres de longs qui était entré dans sa pauvre chambre. Pourtant, il avait confiance dans ce soulèvement préparé pendant près de vingt ans. Il passe deux ans en prison, persuadés que les fruits de la révolution mûriront bientôt : « Bolivar est dans le peuple, mais désactivé. Il suffit d’appuyer sur une touche pour qu’il se réveille. »

 

Le 6 décembre 1998, Hugo Chávez gagne l’élection présidentielle avec 56,2% des voix. Il est réélu le 30 juillet 2000 avec 59,5% des suffrages. Le 11 avril 2002, il est fait prisonnier lors d’un coup d’État. Une insurrection civile et militaire le libère et le rétablit au pouvoir.

 

Avant la maladie et la mort prématurée, Chávez s’était engagé à reprendre ses discussions avec Ignacio Ramonet.

 

Note de lecture (143)

PS qui n'a rien à voir : un éditeur un peu connu (son prénom commence par un M, tout comme son nom) vient d'inviter ses auteurs à un pot de l'amitié. Je cite l'invitation :

 

Chers auteurs et auteures, chers collaborateurs et collaboratrices,

 

Du politiquement correct aussi crétin, un viol de la langue française infligé avec une rage telle qu'il en oublie que “ chère ” existe et que c'est le féminin de “ cher ”, il faut quand même se lever de bonheur pour en trouver. D'autant que ce MM informe ces convives qu'il y aura un “ open bar ” sur une terrasse panoramique. Les “ boissons à volonté ”, c'est carrément pour les ploucs de province.

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