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12 janvier 2015 1 12 /01 /janvier /2015 06:38

 

 

Une revue de presse entièrement consacrée au massacre de Charlie Hebdo.

 

Je suis en deuil, nous dit Jean Ortiz dans les colonnes du Grand Soir. Le crime de ces assassins vise notre République, celle des Lumières, du contrat social, des droits de l’homme, de l’égalité entre eux, de la liberté pleine et entière... Cette « gueuse » que sociaux et néolibéraux n’ont de cesse, depuis plus de trente ans, de dépecer, de démonter, d’affaiblir par l’explosion des inégalités, le communautarisme, l’instrumentalisation du racisme, la concurrence à tout crin, par le rabougrissement de l’Etat, la multiplication des brisures sociales, la ruée contre les services publics et les biens communs, la casse de l’ascenseur social scolaire, jadis intégrateur, la pratique de l’amalgame délétère « Islam = terrorisme » , le « no future » pour des millions de jeunes Français, quelle que soit leur origine.

Oui, l’islamisme, comme tous les intégrismes, est un danger. Mais qui arme et entraîne ces monstres ? Le Qatar, l’Arabie Saoudite, les Emirats, ces Etats voyous, extrémistes, obscurantistes, valets de l’impérialisme français, qui blanchissent les milliards sales dans des paradis fiscaux, garantissent aux multinationales occidentales une chasse gardée pétrolière, piétinent les droits de l’homme et des femmes, combattent les laïques et la gauche...

 

Dans les colonnes de Mediapart, Mireille Azzoug rend hommage à son collègue et ami Bernard Maris, né à Toulouse, comme on le sait : « Il séduisait son auditoire par l’originalité et la hardiesse de sa pensée, rétive à toute orthodoxie, par la clarté pédagogique de son exposé, qui ne sacrifiait en rien la finesse et la sophistication de l’analyse. Il enseignait avec brio le fonctionnement des marchés financiers, les rouages de l’économie financière et boursière, l’économie du développement durable, l’économie européenne. Il savait mettre au jour la fonction de légitimation du discours dominant. »

 

Jacques Sapir fait de même dans le Huffington Post : Fils de Républicains espagnols émigrés en France, il fit des excursions dans le cinéma, collaborant avec Jean-Luc Godard en particulier. L'étendue de ses connaissances, non seulement en économie mais aussi en histoire et dans les diverses sciences sociales frappait tous ceux qui le lisaient. Bernard avait fait sienne la démarche d'Adam Smith qui considérait que l'économie était une science morale et impliquait des liens étroits avec les autres disciplines des sciences sociales. Rien ne lui était plus étranger que le fumeux concept « d'économie pure » mis à la mode par Léon Walras et dont s'inspire tout une tradition d'économistes qui brillent autant par la formalisation de leurs raisonnement que par l'irréalisme de leurs déductions.

 

Nommé en 2011 au Conseil Général de la Banque de France, il devait franchir le pas au début de 2014 et expliquer pour quelles raisons il était désormais favorable à une dissolution de la zone Euro et à un retour aux monnaies nationales.

 

Mediapart rend hommage à Moustapha Ourrad, correcteur de presse, assassiné dans les locaux de Charlie Hebdo : Son nom a peu été cité. C'était un homme discret, plus que discret, mais toujours présent et efficace. Un vrai professionnel que tous respectaient. Toujours aimable et optimiste.
Il n'aurait pas aimé d'hommage. Mais au lendemain de ce jour terrible, nous pensons à lui, mort pour la seule liberté d'expression.

 

 

Enfin, Philippe Arnaud, dans le Grand Soir, évoque le « paradoxe de Charlie Hebdo : Il y a un certain paradoxe, à ce que Charlie Hebdo, grossier, scatologique, gaulois, irrévérencieux, athée, bouffeur de curés (de papes, surtout), pourfendeur de toute autorité, au mauvais goût assumé, soit aujourd’hui salué par les autorités civiles (deuil national, déblocage d’un million d’euros par le gouvernement, drapeaux en berne), béni le pape, l’archevêque de Paris, les cloches de Notre-Dame, et même (abomination de la désolation !) par Marine Le Pen et Florian Philippot (qui s’indignent de ne pas avoir été conviés à la manifestation d’hommage à Charlie)... Charlie Hebdo pleuré par le Front National : n’est-ce pas plus inouï que le débarquement sur la lune ? Que doivent en penser Cavanna et le professeur Choron ?

Sauront-ils se préserver, se raidir contre la reconnaissance ? En les visant, les terroristes n’ont-ils pas porté à Charlie un autre coup terrible : pousser le journal du côté des notables, des forts, des puissants, du côté du manche ? Cette déviation n’était-elle pas envisageable dès lors qu’en 1999 le journal avait pris partie pour l’intervention contre la Serbie ?

 

Par ce crime atroce, la rédaction aura échappé à cette déchéance : Cabu à l’Académie française et Charb avec la légion d’honneur. Leurs successeurs résisteront-ils à la dérive ?

Revue de Presse (113)
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11 janvier 2015 7 11 /01 /janvier /2015 06:45

Ce n'est pas faire du populisme que de dire que si Bartolone et les siens fréquentaient un peu plus les bâtiments de l'université française en ruines et non l'hôtel de Lassay, sa cantine inégalée et ses grands vins, ils n'auraient peut-être pas voté le misérable budget de l'Enseignement supérieur.

 

Source : tumblr

L'université en ruines
L'université en ruines
L'université en ruines
L'université en ruines
L'université en ruines
L'université en ruines
L'université en ruines
L'université en ruines
L'université en ruines
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L'université en ruines
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L'université en ruines
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10 janvier 2015 6 10 /01 /janvier /2015 06:15

Mieux vaut ne pas être asthmatique ...

Si vous êtes professeur à l'Université Lyon 2...

Mieux vaut vous mettre du sambon (ou du jambon) dans les narines...

Si vous êtes professeur à l'Université Lyon 2...

Mieux vaut ne pas être handicapé …

Si vous êtes professeur à l'Université Lyon 2...
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9 janvier 2015 5 09 /01 /janvier /2015 12:12

Bernard Maris a terminé sa carrière universitaire à l'Institut d'études européennes  de l'Université Paris 8, dont la directrice fut longtemps ma vieille amie Mireille Azzoug.

 

Mireille rend ici hommage à son collègue.

 

Né à Toulouse le 23 septembre 1946, Bernard Maris, professeur des universités, économiste, essayiste et chroniqueur au journal Charlie Hebdo, nous a quittés ce mercredi 7 janvier 2015. Il a été froidement exécuté, avec neuf autres membres de l’équipe de ce journal et deux policiers, par des tueurs barbares qui s’en sont pris à la liberté de la presse, à la liberté de penser, aux valeurs fondamentales de la démocratie, de la République et de l’humanité.

 

Notre peine est immense, notre indignation et notre colère aussi.

 

Bernard Maris était non seulement l’un de nos collègues, c’était, pour beaucoup d’entre nous, un ami, un économiste brillant, un enseignant de talent. Un chercheur aussi, doublé d’un essayiste à la plume élégante, féru de poésie et de littérature – il fut aussi auteur de romans. Un humaniste érudit qui s’intéressait aussi bien à l’histoire, à la sociologie et à la psychologie qu’à la psychanalyse ou la rhétorique, disciplines dont il nourrissait son approche de l’économie.

 

Il se trouva parfaitement dans son élément lorsqu’il fut nommé, en 1999 (jusqu’à son départ à la retraite en 2012), professeur à l’Institut d’études européennes de l’Université Paris 8, celui-ci ayant mis la pluridisciplinarité au centre de ses enseignements et de ses recherches. Il y dirigea pour un temps le doctorat d’études européennes et le Centre d’études des mutations en Europe.

 

 

Bernard Maris séduisait son auditoire par l’originalité et la hardiesse de sa pensée, rétive à toute orthodoxie, par la clarté pédagogique de son exposé, qui ne sacrifiait en rien la finesse et la sophistication de l’analyse. Il enseignait avec brio le fonctionnement des marchés financiers, les rouages de l’économie financière et boursière, l’économie du développement durable, l’économie européenne. Il savait mettre au jour la rhétorique de l’économie et sa fonction de légitimation du discours dominant.

 

A Charlie Hebdo, c’était Oncle Bernard, avec ses chroniques à l’humour décapant et son art de la dérision. Humaniste, libre penseur, anticonformiste, antimonétariste, ennemi de la financiarisation de l’économie, du productivisme, il s’en prenait aux poncifs du néolibéralisme débités dans les discours prétendument « experts » des économistes gourous, qu’il tenait en piètre estime.

 

Rebelle aux orthodoxies, il voulait redonner à l’économie ses lettres de noblesse, celles du politique. Il admirait Keynes, qu’il convoquait souvent dans ses analyses. Ce qui le séduisait chez celui qu’il appelait l’économiste citoyen, c’était d’avoir su remettre l’économie à sa place, qui est d’être un outil au service de l’humanité. Dans l’ouvrage qu’il lui a consacré, Keynes ou l’économiste citoyen, Bernard Maris écrit : « Keynes est un pur économiste. C’est-à-dire qu’il ne peut envisager la réflexion économique sans l’art, la politique, le bien-être. [...] On ne peut comprendre l’économiste Keynes, entrer dans une pensée diverse, riche, contradictoire, mais indiscutablement la plus grande pensée économique du siècle, en dissociant un seul instant les mots « économie » et « civilisation ». Voilà pourquoi l’économie de Keynes est d’une brûlante actualité, bien au-delà des « politiques de relance », des « baisses du taux d’intérêt », des recettes pour cuisines de ministères ou des ponts aux ânes pour étudiant en macroéconomie. Quel économiste aujourd’hui pense à la Cité ? Aucun. »2 (Ou presque aucun, car quelques-uns sauvent quand même l’honneur).

 

Directeur adjoint de la rédaction de Charlie Hebdo, collaborateur à Marianne, aux Échos, au Nouvel Observateur, au Monde, chroniqueur à France Inter, très souvent invité sur les plateaux de télévision, il développait partout ses analyses décapantes et lucides avec un humour facétieux et une bonhomie tranquille et joviale. Jacques Sapir a pu dire de lui, dans l’hommage qu’il lui rend3, « qu’il reste un modèle d’économiste citoyen ».

 

Ce droit à la critique, ce devoir d’irrespect sans lesquels il n’y a pas de liberté, lui ont valu la mort, comme à ses confrères de la rédaction de Charlie Hebdo, à une époque où il n’est plus tolérable de mourir pour des idées.

 

Mais les idées qu’il a semées ne sont pas mortes pour autant : il nous les lègue en héritage. Et pour que celui-ci perdure, il nous suffit de lire ou relire ses nombreux ouvrages, ses articles, ses chroniques dans Charlie Hebdo ou d’écouter les enregistrements de ses interventions sur la Toile.

 

Nous sommes tous Charlie et nous le resterons !

 

Mireille Azzoug
Directrice honoraire de l’Institut d’études européennes Maître de conférences hors classe retraitée 

 

1 Titre que lui décerne Jacques Sapir dans son hommage, « À Bernard Maris, homme délicieux » (faisait écho au livre de Bernard Maris, Keynes ou l’économiste citoyen), Le Huffington Post, 07-01-2015 : www.huffingtonpost.fr/jacques-sapir/bernard-maris-mort_b_6429820.html 

2 Keynes ou l’économiste citoyen, Presses de Sciences Po, coll. « La bibliothèque du citoyen », 1999, p. 8-9. 3 Cf. note 1. 

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9 janvier 2015 5 09 /01 /janvier /2015 06:49

Étonnant photographe russe qui nous dit que nous sommes à la fois mortels et immortels, des maillons de l'immense chaîne de l'humanité. Et que nous ne devons jamais oublier ce que d'autres ont fait pour nous. Contre l'idéologie dominante qui efface l'histoire pour asservir notre présent et façonner notre futur.

Les photomontages de Sergeï Larenkov
Les photomontages de Sergeï Larenkov
Les photomontages de Sergeï Larenkov
Les photomontages de Sergeï Larenkov
Les photomontages de Sergeï Larenkov
Les photomontages de Sergeï Larenkov
Les photomontages de Sergeï Larenkov
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8 janvier 2015 4 08 /01 /janvier /2015 06:07

 

 

Pour de nombreux précaires de l’Éducation nationale (non titulaires, employés à 70% – n’oublions pas que l’État-patron est souvent plus féroce que les employeurs privés), 10 000 euros représentent leur salaire annuel net. 10 000 euros, c’est aussi l’augmentation de la « prime de responsabilité » que Najat Valaud-Belkacem vient d’accorder aux recteurs entre Noël et le Nouvel an (cette prime est passée de 15 200 à 25 620 euros).

 

Être recteur d’université représente une tâche écrasante, de très haute technicité. Il est donc naturel que ces hauts fonctionnaires perçoivent des salaires substantiels, environ 8 000 euros par mois. Comparé aux salaires perçus par certains professeurs de classe préparatoire en fin de carrière, ce n’est pas scandaleux. Ajoutons que, primes comprises, les salaires des recteurs sont inférieurs à ceux de directeurs centraux de ministères dont les responsabilités et les charges de travail sont bien moins accablantes.

 

 

Le problème est que Najat Valaud-Belkacem justifie cette importante augmentation (qu'elle qualifie de « simple rattrapage ») par le fait que la prime a été gelée depuis 2010. » Ben voyons ! Par cette prime et son augmentation, le gouvernement récompense des serviteurs – de haut niveau mais zélés – qui assurent la continuation de la politique de pénurie et d’austérité due à la prétendue « crise » que connaît notre pays (depuis quand, au fait ?).

 

Ce geste ministériel ne peut qu'indigner l’ensemble des fonctionnaires et des retraités de la Fonction publique dont les salaires et pensions sont gelées depuis 2010, ce qui signifie une baisse, non seulement du pouvoir d’achat, mais aussi et tout simplement du chiffre qui figure en bas de la feuille de paye, vu l’augmentation des prélèvements multiples et variés. Ici, mon cas personnel .

 

 

 

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5 janvier 2015 1 05 /01 /janvier /2015 06:55

Une bassesse d'Obama, une erreur de Google Traduction, un fantasme de Houellebecq, une interdiction dans le métro parisien.

 

Alexander Main, dans le site Mémoires des Luttes, explique comment la grande histoire s’accompagne souvent de petites bassesses. Le 18 décembre dernier, soit le lendemain de son discours annonçant une nouvelle ère des relations entre les Etats-Unis et Cuba, Obama promulguait une loi visant à imposer des « sanctions ciblées aux personnes responsables des violations des droits humains des manifestants anti-gouvernementaux » qui, de février à avril 2014, avaient occupé les rues et monté des barricades dans plusieurs villes du Venezuela.

Les promoteurs de la loi invoquent une quarantaine de victimes de la répression menée par les autorités. Ils oublient de mentionner qu’une bonne partie de ces victimes étaient des policiers et des militants chavistes et que le gouvernement avait fait arrêter au moins 17 membres des forces de sécurité contre lesquels il existait des présomptions d’actes de violence sur les manifestants. En fait, les ténors de l’opposition vénézuélienne avaient poussé leurs troupes à utiliser des méthodes insurrectionnelles pour provoquer le départ de Nicolas Maduro élu à la présidence en avril 2013 de manière parfaitement légale et transparente.

 

 

Dans le Monde Diplomatique de janvier 2015, Frédéric Kaplan et Dana Kianfar se demandent ce que valent les traducteurs automatiques de Google : « Au début du mois de décembre dernier, quiconque demandait à Google Traduction l’équivalent italien de l’expression « Cette fille est jolie » obtenait une proposition étrange : Questa ragazza è abbastanza, littéralement « Cette fille est assez ». La beauté s’était perdue en cours de traduction. Comment un des traducteurs automatiques fort d’un capital linguistique unique constitué de milliards de phrases peut-il commettre une erreur aussi grossière ? La réponse est simple : il passe par l’anglais. « Jolie » peut se traduire par pretty, qui signifie à la fois « joli » et « assez » (« It’s pretty good » : c’est assez bon). Le second sens correspond à l’italien abbastanza. »

 

 

Sylvain Bourmeau, dans Mediapart, nous parle du dernier roman de Michel Houellebecq, Soumission. Nous sommes dans sept ans et la France a peur. Le pays est en proie à des troubles mystérieux, des épisodes réguliers de violences urbaines surviennent sur le territoire national. Dans quelques mois, l’élection présidentielle verra triompher le leader de Fraternité musulmane, un parti créé quelques années plus tôt. Au soir du 5 juin 2022, au terme d’un troisième tour, le deuxième ayant été annulé du fait d’incidents dans de nombreux bureaux de vote, Mohammed Ben Abbes bat très nettement Marine Le Pen grâce au soutien du Parti Socialiste et de l’UMP et nomme très vite François Bayrou Premier ministre.

Du jour au lendemain, dans la rue les femmes ne s’habillent plus pareil et optent pour de longues blouses de coton par dessus leurs pantalons ; fortement encouragées par des allocations familiales désormais substantielles, elles quittent massivement le marché du travail, ce qui fait spectaculairement reculer le chômage ; dans les quartiers sensibles, la délinquance disparaît ou presque ; les universités deviennent islamiques et les enseignants non musulmans sont mis à la retraite d’office sauf à se convertir, se résoudre à la soumission.

 

Si Soumission n’est stricto sensu pas ce qu’on appelle un roman à thèse, il s’en approche lourdement en s’affichant comme un roman à (étrange) hypothèse. En choisissant de placer au cœur de sa fiction une hypothèse – la prise du pouvoir en France par un parti musulman en 2022 – qu’il sait lui-même proprement inimaginable, Michel Houellebecq dramatise. Mais il ne dramatise pas en choisissant d’imaginer une victoire de Marine Le Pen à l’élection présidentielle de 2022 (ou dès 2017) – ce qu’on peut, hélas, considérer comme imaginable –, il dramatise dans une direction précise, choisissant d’agiter l’épouvantail favori des médias : l’islam.

 

 

Perline, dans Politis, s’est récemment aperçue qu’on ne pouvait pas prendre de photos dans le métro parisien : « lundi je vois  dans la station Villiers une publicité pour un salon post-bac. Avant de perdre l’information, je prends une photo pour l’envoyer directement par SMS à ma fille.

Soudain surgit derrière moi une voix, arrivée d’on ne sait où, qui me tance : « c’est interdit de prendre des photos ». Sidération de nouveau. Oui, la RATP met des personnes sur les quais pour leur dire qu’elles n’ont pas le droit de prendre des photos.

Oui, la RATP nous agresse de pubs sur l’intégralité des murs, de station et de couloirs, mais on ne peut pas en prendre des photos.

Oui, la RATP nous filme dans tous les coins, sans nous demander quoi que ce soit, sans nous dire où, ni ce qu’elle fait de ses images, mais nous, clients, on ne peut pas prendre de photo. »

 

Revue de Presse (112)
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3 janvier 2015 6 03 /01 /janvier /2015 06:14

À l'occasion de la parution de son premier numéro pour l'année 2015, le mensuel vient d’apprendre qu’il ne bénéficierait plus du fonds stratégique pour le développement de la presse. Contrairement à Closer (qui aime tant Hollande et sa Julie), Le journal de Mickey et Télécable Sat Hebdo. Le solférinisme aime la culture, le journalisme de qualité et leur diffusion à l’étranger.

 

 

Serge Halimi revient sur l’évolution des relations entre Washington et Cuba : « Sa défaite électorale de novembre dernier semble avoir revigoré le président des Etats-Unis. Elu triomphalement à la Maison Blanche en 2008 et disposant pendant ses deux premières années de mandat d’une confortable majorité parlementaire, il n’a tiré de tout cela qu’une modeste réforme du système de santé et une litanie d’homélies prêchant le compromis à des parlementaires républicains déterminés à le détruire. Depuis que son parti a été écrasé lors des élections de mi-mandat, que sa carrière politique s’achève, M. Barack Obama multiplie en revanche les choix audacieux. Annoncée juste après un important accord climatique avec la Chine et l’amnistie de cinq millions d’immigrés clandestins, sa décision de rétablir les relations diplomatiques avec La Havane en témoigne. La démocratie américaine exigerait-elle qu’un président n’ait plus ni sénateur forcené à satisfaire ni lobby fortuné à ménager pour qu’il puisse prendre une décision raisonnable ? »

 

 

À Cuba (Salim Ramani), on se dirige vers la fin du plus long embargo de l’histoire : « Le 17 décembre 2014, La Havane et Washington annonçaient le rétablissement de leurs relations diplomatiques. « Cela ne veut pas dire que le problème principal est résolu », a observé le président cubain Raúl Castro lors de son allocution télévisée. Demeure en effet la question de l’embargo, que seul le Congrès américain peut lever. Depuis bientôt cinquante-trois ans, celui-ci étrangle l’économie de l’île.

Les premières mesures de rétorsion économique – la réduction des importations de sucre en provenance de l’île – ont été imposées à Cuba en 1960 par l’administration républicaine de Dwight D. Eisenhower, officiellement en raison du processus de nationalisations entrepris par le gouvernement révolutionnaire de Fidel Castro. En février 1962, John F. Kennedy étend les mesures et décrète un embargo.

L’impact est dramatique. Les Etats-Unis ont toujours constitué le marché naturel de Cuba. En 1959, 73 % des exportations de l’île étaient destinées au voisin du Nord ; 70 % des importations en provenaient. En quelques semaines, ces échanges s’assèchent totalement…

La rhétorique justifiant cet état de siège économique a évolué au fil des années. En 1960, Washington mettait en avant l’expropriation d’entreprises américaines. A partir de 1961, la Maison Blanche justifie sa position par le rapprochement de l’île avec Moscou. Plus tard, ce seront le soutien aux guérillas latino-américaines en lutte contre les dictatures militaires ou encore les interventions cubaines en Afrique qui fourniront aux Etats-Unis la justification de l’embargo. »

 

 

 

 

Quentin Ravelli a enquêté sur “ les dessous de l’industrie pharmaceutique ” : « Les scandales rythment l’information sur l’industrie pharmaceutique et focalisent l’attention sur ses excès. Suivre le parcours d’un médicament sans histoire, de sa conception à sa prescription, montre pourtant que la frontière est mince entre les dysfonctionnements et les pratiques routinières. »

« J’ai compris que j’étais fliquée, qu’on savait exactement ce que je prescrivais, s’indigne une médecin installée à Paris. J’étais naïve, moi, je ne savais pas. [Un jour], une visiteuse médicale m’a dit : “Vous ne prescrivez pas beaucoup !” Je me suis demandé : “Comment peut-elle savoir cela ?” » Cette pratique de surveillance, qui choque de nombreux praticiens, est orchestrée par les services commerciaux des laboratoires. Pour augmenter ou maintenir leurs parts de marché, les grands groupes pharmaceutiques déploient des trésors d’ingéniosité. Ils n’hésitent pas, par exemple, à modifier les indications de leurs médicaments pour gagner de nouveaux clients.

 

 

À lire l’article de Mathilde Goanec sur les hopitaux psychiatriques italiens : “ Fous à délier ” : « Les derniers hôpitaux psychiatriques judiciaires italiens devraient disparaître dans les prochains mois. Cette mesure, saluée par les militants de l’abolition de l’enfermement, parachève un long combat contre les préjugés ayant trait à la dangerosité des malades mentaux. A Trieste, des pionniers expérimentent avec succès des approches thérapeutiques alternatives depuis le début des années 1970.

A Trieste, on dit que la bora rend fou. Ce glacial vent du nord traverse chaque année la ville, s’engouffrant entre les immeubles sévères de la place de l’Unité italienne pour s’accrocher aux branches des arbres de San Giovanni. Dans ce parc, de petits pavillons verts sont les dernières traces de l’hôpital psychiatrique fermé au début des années 1970 par le médecin Franco Basaglia. Pour célébrer la fin de l’asile, malades, soignants et artistes avaient alors construit un immense cheval bleu en carton-pâte. Poussé hors du parc où vécurent reclus des années durant près de mille deux cents « fous », le cheval symbolisait le retour à la vie civique, la réappropriation d’une citoyenneté et un appel à une autre psychiatrie. »

 

 

 

Pour Renaud Lambert, Podemos « bouscule l’Espagne » : « La perspective d’une victoire de la formation de gauche radicale Syriza lors d’élections législatives anticipées en Grèce a suffi à alarmer la Commission européenne. Ailleurs en Europe, la résistance aux politiques d’austérité s’organise loin de structures partisanes soupçonnées de faire partie du problème plutôt que de la solution. Ce fut longtemps le cas en Espagne, jusqu’à la création d’un parti qui semble changer la donne. »

 

 

À propos du PCF, Julian Mischi se demande comment un appareil « s’éloigne de sa base » : « De multiples facteurs expliquent l’affaiblissement du Parti communiste français. La volonté d’adapter son discours aux attentes des classes moyennes l’aurait-il précipité ?

Janvier 2014. Nous arrivons au siège du Parti communiste français (PCF), place du Colonel-Fabien à Paris, pour demander des données sur les adhérents. Combien sont-ils ? Mais surtout, qui sont-ils ? D’après tous les indicateurs, les catégories populaires sont de moins en moins présentes au sommet de l’organisation. Mais qu’en est-il à la base ? La réponse devrait être facile à obtenir. Le département « Vie du parti » centralise depuis 2009 les nombreux renseignements que la formation possède sur ses membres : âge, sexe, lieu d’habitation, secteur d’activité... Mais nul mot sur la catégorie socioprofessionnelle. On peut savoir que tel militant travaille à la Société nationale des chemins de fer français (SNCF) ou dans l’aéronautique, mais pas s’il est cadre ou ouvrier. Ce manque d’intérêt pour la condition sociale des adhérents illustre une tendance à l’œuvre au sein du PCF depuis trente ans : jadis centrale, la question de la représentation des classes populaires est devenue secondaire. »

 

 

Simon Borja, Guillaume Courty et Thierry Ramadier réfléchissent au concept de mobilité : « L’idéologie dominante s’appuie sur des notions si communément admises qu’elles finissent par se dispenser de toute mise en perspective. Tel est le cas de la « mobilité ». A première vue, le terme rassemble sous la bannière du bon sens les traits saillants d’une époque où tout bouge, tout change, tout se déplace. Analyser ce qu’il recouvre comme on épluche un oignon révèle pourtant bien des surprises. »

 

 

 

Pour les Afro-Américains, le bilan de la présidence d’Obama est amer amer (Desmond King) : « Le 20 novembre 2014, Akai Gurley a rejoint Michael Brown sur la liste des Noirs tués, aux Etats-Unis, par des policiers blancs. Les jours suivants, des milliers de citoyens ont manifesté contre ces crimes impunis, ravivant le débat sur l’équité de la justice. Pour seule réponse, M. Barack Obama leur a demandé d’être « persévérants », au prétexte que « les choses vont mieux » qu’avant. Les Afro-Américains semblent parfois en douter... »

 

 

Wendy Kristianasen analyse le « splendide isolement de la Turquie » : « « Zéro problème » avec les voisins, tel était l’objectif de la politique étrangère du Parti de la justice et du développement (AKP). Mais les « printemps arabes » ont bouleversé la donne régionale, et la Turquie se trouve désormais en froid avec la Syrie, l’Arabie saoudite, l’Iran et l’Egypte. Alors que le régime connaît une dérive autoritaire, le choix de la « solitude dans la dignité » constitue-t-il une option ? »

 

 

Selon Marie Chambrial et Erwan Manac’h , la communauté rom se réveille : « Longtemps invisible, la plus importante communauté rom d’Europe a accompli une renaissance identitaire à la faveur d’une ouverture du pouvoir islamo-conservateur turc. Mais son émancipation économique et sociale s’avère beaucoup plus délicate. »

 

 

Marc Humbert  évoque l’immigration choisie à la japonaise : « Le premier ministre Abe Shinzo et son Parti libéral-démocrate ont remporté les législatives anticipées du 14 décembre 2014. Malgré le niveau record d’abstention (47,4 %), ils auront les mains libres, durant les quatre prochaines années, pour engager des réformes de structure impopulaires, dont l’adoption d’une politique d’immigration visant à faire face à la baisse accélérée de la population. »

 

 

Tandis que Suzuki est « défié par la jeunesse ouvrière indienne » (Naïké Desquesnes) : « Pour attirer les investisseurs en Inde, le premier ministre Narendra Modi propose d’accroître la flexibilité du travail. Comme le montre l’importante grève de 2011-2012 chez Maruti Suzuki, l’affaire n’est pas complètement jouée. Solidarité entre précaires et titulaires, renouveau syndical : les jeunes travailleurs résistent et bouleversent le répertoire traditionnel de la lutte en usine.

 

 

Une réflexion intéressante sur la « résistible dérive oligarchique » (Antoine Schwartz) : « Plus d’un siècle s’est écoulé depuis la publication de l’essai classique de Robert Michels, « Les Partis politiques ». Mais la question qu’il soulevait conserve son actualité : nos sociétés démocratiques seraient-elles condamnées à la domination des élus sur les électeurs ?

 

 

Comment éduquer les militants aujourd’hui (Allan Popelard) ?: « Formation ? Formatage ! La méfiance suscitée par les organisations politiques semble avoir déteint sur leur prétention à éduquer les militants. De Lutte ouvrière au Front national, comment les partis conçoivent-ils désormais leur fonction pédagogique ?

 

 

Selon Olivier Zajec, l’Australie est séduite par la Chine : « En écho aux préoccupations des pays du Sud-Est asiatique bousculés par les ambitions économiques et territoriales de Pékin, l’Australie semble tenir son rôle de lieutenant dans le cadre de la stratégie américaine de rééquilibrage vers le Pacifique. Pourtant, son insertion économique dans la région révèle une politique beaucoup plus équivoque, marquée par une volonté d’émancipation et par une fascination pour la Chine. »

 

 

À lire la nouvelle de Moustapha Belhocine sur le travail précaire “ Gestion du flux ” : « Se voir agir, et saisir d’un même regard les circonstances qui nous font agir : cette distance au rôle est un trait commun à de nombreux observateurs critiques de la société. Combinée à la prise de notes quotidienne et à la faculté littéraire de rendre vivantes des situations, elle fait un écrivain. »

 

 

 

Rodrigue Nana Ngassam  dépeint le Cameroun sous la menace de Boko Haram : « Devant la multiplication des attentats et des enlèvements perpétrés par Boko Haram, le ministre français de la défense Jean-Yves Le Drian a demandé, le 16 décembre, la création d’un comité régional de liaison militaire. Née au Nigeria, où elle multiplie les exactions, la secte opère désormais avec une grande maîtrise du terrain au Niger et dans le nord du Cameroun, obligeant Yaoundé à une riposte armée. »

 

 

Claudio Gramizzi et Jérôme Tubiana évoquent les “ Arbitraires sanctions internationales, du Soudan à la Russie ” : « Mi-décembre 2014, la Cour pénale internationale a abandonné les charges pesant sur le président du Kenya Uhuru Kenyatta et suspendu ses enquêtes au Darfour. L’adoption de sanctions serait-elle plus efficace ? »

 

 

Sommes-nous désormais « privés de vie privée » ? (Jérôme Thorel) : « Le « droit à l’oubli » dans les moteurs de recherche a été consacré par une décision très commentée de la Cour de justice de l’Union européenne en mai 2014. Un mois plus tôt, la même juridiction rendait dans l’indifférence un arrêt portant sur une autre dimension du droit à la vie privée : celui de pouvoir s’exprimer et se déplacer physiquement sans laisser de traces numériques. »

 

 

« Le nègre docile est un mythe « , affirme Matthieu Renault : « Qui, en Europe, connaît C.L.R. James ? Engagé dès les années 1930 dans les luttes anticoloniales, il fut aussi un militant socialiste. Au croisement des questions raciales et sociales, son œuvre explore en profondeur une dimension que nombre d’intellectuels semblent découvrir depuis peu. »

 

 

Frédéric Kaplan et Dana Kianfar se demandent se que valent vraiment les traducteurs automatiques de Google (“ Il pleut des chats et des chiens ”) : « Au début du mois de décembre dernier, quiconque demandait à Google Traduction l’équivalent italien de l’expression « Cette fille est jolie » obtenait une proposition étrange : Questa ragazza è abbastanza, littéralement « Cette fille est assez ». La beauté s’était lost in translation — perdue en cours de traduction. Comment un des traducteurs automatiques les plus performants du monde, fort d’un capital linguistique unique constitué de milliards de phrases, peut-il commettre une erreur aussi grossière ? La réponse est simple : il passe par l’anglais. « Jolie » peut se traduire par pretty, qui signifie à la fois « joli » et « assez ». Le second sens correspond à l’italien abbastanza. »

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2 janvier 2015 5 02 /01 /janvier /2015 07:03

Ceci n'est pas un article iconoclaste, provocateur, de Maxime Vivas (publié à l'origine par Le Grand Soir) : c'est du vrai journalisme, celui d'un observateur et d'un analyste qui ne se contente pas de répéter confortablement la doxa de la gent à laquelle il appartient, celui d'un homme de culture qui est allé sur place et qui prend suffisamment de recul pour ne pas livrer à ses lecteurs une information prédigérée.

 

 

 

 
 
Celle qui appelle gentiment « minorité remuante » les auteurs d’attentats aveugles 
 
 
 

Pour lire sans a priori ce qui va suivre, il faut avoir remarqué que l’auteur d’un article sur les EU (un film, un livre, des inondations, le Grand Canyon du Colorado...) n’a jamais à préciser au préalable qu’il se démarque du génocide des Peaux Rouges ou des massacres de l’armée étasunienne au Vietnam (ou en plein d’autres endroits, il n’en manque pas).

 

De même, il devrait être possible d’écrire sur l’engagement russe en Syrie sans commencer par une longue dénonciation du goulag. Par conséquent, il devrait être admis d’écrire sur un événement précis survenu en Chine sans être obligé de prendre ses distances avec la Révolution culturelle, Mao, le culte de la personnalité, le système politique, médiatique, policier, judiciaire chinois, sans jurer que l’auteur n’y voit pas un modèle dont il souhaiterait l’importation en France.

 

Oui, il devrait être permis d’éviter pareil préambule mais, en vérité, il est préférable d’y faire une halte, faute de quoi les menteurs, les tricheurs, les enfumeurs attaquent sur une étiquette, sur une supposée allégeance politique, pour ne pas avoir à contre-argumenter sur le fond.

 

Parlons maintenant d’Ursula Gauthier.

 

Le 18 septembre 2015, des extrémistes ouïgours (que le ministre sarko-socialiste Kouchner appela les « Yoghourts ») habitants du Xinjiang, République autonome chinoise « géographiquement plus proche de Kaboul que de Pékin », armés de couperets et autres armes blanches, ont assassiné une cinquantaine de mineurs Han travaillant dans une mine de charbon. La chasse policière aux terroristes s’est soldée par la mort de 28 d’entre eux.

 

Alors que la Chine est sous le choc, Ursula Gauthier, correspondante de L’Obs à Pékin, nie le caractère terroriste du pogrom anti-mineurs puisque, à ses yeux, ce qui s’est passé au Xinjiang n’avait rien de commun avec les attentats parisiens de janvier et novembre : il s’agissait d’une réplique à la politique de la Chine qui brime ses minorités ethniques.

 

Le monde entier a exprimé son émotion après les attentats du 13 novembre à Paris. La Chine aussi, mais Ursula Gauthier décèle dans ce pays (et dans lui seul) une « arrière-pensée ». Arrière-pensée qui vise ici à créer « un amalgame entre la lutte contre le terrorisme international et la répression contre la minorité ouïgoure, dans le Xinjiang ».

 

Ces partis pris de la journaliste ont indisposé les autorités de Pékin et le visa de presse d’Ursula Gauthier ne lui a pas été renouvelé. Elle doit quitter la Chine.

 

L’immuable ONG pro-étasunienne Reporters sans frontières dénonce le « lynchage médiatique » et la« campagne de diffamation et d’intimidation » visant la journaliste. Son patron, Christophe Deloire (un Ménard-bis, à croire qu’ils en font l’élevage, à RSF) demande au gouvernement français « une défense ferme », etc.

 

La plupart des médias hexagonaux se déclarent solidaires de la journaliste de l’Obs, mais se gardent de publier l’article qui a ulcéré Pekin.

 

Le magazine Challenge  ici s’étonne de l’adhésion du peuple chinois à la réaction chinoise : « Chine : 95% des internautes "soutiennent l’expulsion" de la journaliste française Ursula Gauthier, selon la presse officielle.


Selon un pointage réalisé lundi soir, 202.318 votes sont en faveur de la décision d’expulsion, soit 94,4% du total.


La plupart des internautes chinois n’ont cependant pas pu lire l’article de la journaliste, non traduit intégralement en mandarin et désormais inaccessible dans sa version française sur le web en Chine, où les autorités maintiennent une stricte censure des contenus en ligne. » 

 

La plupart des citoyens français ne l’ont pas lu non plus. Il n’est même pas sûr que tous les journalistes qui font corps l’ont lu. Probablement des extraits. Pour combler cette lacune, LGS vous invite donc à lire l’article dans son intégralité ici.

 

A présent, nous allons en examiner quelques détails ensemble.

 

Ursula Gauthier  : « Or, aussi sanglante qu’elle ait été, l’attaque de Baicheng [le 18 septembre 2015] ne ressemble en rien aux attentats du 13 novembre [en France]. Il s’agissait en réalité d’une explosion de rage localisée ». En effet,  « Poussé à bout, un petit groupe de Ouïgours armés de hachoirs s’en était pris à une mine de charbon et à ses ouvriers chinois han, probablement pour venger un abus, une injustice, une expropriation ... »

 

Traduire « s’en était pris » par « ont massacré plusieurs, dizaines de... ». Comprendre dans le « probablement » que la journaliste n’en sait rien, mais il importe de nous persuader que les tueurs répondaient à une possible agression antérieure sur laquelle les historiens nous en diront plus un de ces quatre, mais dont il semble établi que les ouvriers saignés à l’arme blanche n’étaient pas responsables.

 

Et encore : « Mais pour Pékin qui refuse de reconnaître sa propre responsabilité dans la montée de l’exaspération de ses minorités, la multiplication récente des incidents sanglants au Xinjiang ne peut être que l’œuvre d’une organisation djihadiste internationale. » 

 

Si vous êtes joueur, remplacez dans la phrase ci-dessus, Pékin par Paris, Xinjiang par Bataclan et calculez à quelle heure le RAID va débarquer chez vous, vous plaquer à terre et vous déboiter l’épaule devant vos enfants.

 

Et encore : « Le hic, c’est que de nombreux experts doutent que l’ETIM [mouvement terroriste ouïgour] soit ce groupe cohérent et dangereux décrit par la Chine. Certains vont même jusqu’à douter de son existence. Après les attentats du 11 septembre, George Bush, désireux par dessus tout de nouer une alliance avec Pékin, avait accepté d’inscrire l’ETIM sur sa liste des organisations terroristes. Aujourd’hui, il ne figure plus sur cette liste ». 

 

Notez : de « nombreux experts » (Lesquels ?) doutent de l’existence de ce groupe naguère inscrit sur la liste des organisatioins terroristes par G. W. Bush dont on connaît la faiblesse, la naïveté et le refus de créer une CIA ou une NSA pour lui ouvrir les yeux.

 

Ursula Gauthier invoque aussi comme explication « la radicalisation de jeunes poussés à bout par la répression impitoyable qui écrase tous les aspects de la vie des Ouïgours : culture, langue, religion, accès à l’éducation, au travail, voire à un simple passeport »

 

Le problème est que ce genre d’affirmations a déjà été avancé pour le Tibet et que les observateurs pour qui le goût de la vérité journalistique l’emporte sur la sinophobie ont démontré qu’elles étaient fausses (Voir mon livre : « Le dalaï lama pas si zen » , éditions Max Milo, 2011). Elles entrent en contradiction avec d’autres informations. Par exemple, dans son livre publié chez Denoël, « Les Chinois sont des hommes comme les autres » , Zheng Ruolin, grand ami de la France où il a vécu une vingtaine d’années, révèle que dans le Xinjiang, quand l’assemblée des élus se réunit il faut 5 interprètes pour qu’ils se comprennent. Cinq langues pratiquées, donc.

 

L’article d’Ursula Gauthier est un article à charge contre le gouvernement chinois. Et pourquoi pas ? C’est son droit. Il n’a jamais été exigé (et c’est heureux) aux correspondants de presse occidentaux d’adhérer au PCC.

 

Cette correspondante de l’Obs a même le droit (tenez-vous bien), de trafiquer un peu la réalité, de manipuler le lecteur, de parer des atours de l’information un texte de propagande que des terroristes ne renieraient pas. En France, on est habitué à ça. Le Grand Soir, Acrimed, Investig’action (pour ne citer qu’eux) en font régulièrement la démonstration.

 

Mais dans ce cas précis se posent trois problèmes spécifiques  :

 

1- Ursula Gauthier escamote la réalité d’un terrorisme ouïgour. Les autorités chinoises, en butte à une minorité de Ouïgours musulmans contaminés par les propagandistes d’Al Qaida à travers leurs centaines de kilomètres de frontière poreuse avec le Pakistan (et une autre, plus courte, avec l’Afghanistan) doivent faire face à un terrorisme réel, sanglant, appuyé depuis l’étranger. Les EU déploient (financent), via la National Endowment for Democracy (NED) plusieurs programmes en direction du Xinjiang (comme en direction du Tibet d’ailleurs, ces deux régions voisines étant chacune un talon d’Achille de la Chine). La plupart des figures historiques de la CIA ont siégé un jour ou l’autre au Conseil d’administration ou à la direction de la NED, dont John Negroponte, nommé ensuite ambassadeur en Irak occupé, puis, de retour aux EU, big chief de tous les services de renseignements US (à ce titre, c’est lui qui avait la charge de nommer le directeur de la CIA).

 

  • La responsabilité d’un commando ouïgour est établie dans l’attaque d’un poste de police le 4 août 2008 au moment des jeux Olympiques de Pékin dans le Xinjiang : 16 morts.
  •  
  •  Le 28 octobre 2013, un commando ouïgour commet un attentat sur la place Tian’anmen à Pékin : 5 morts et 40 blessés.
  •  
  • Le 1er mars 2014, un commando ouïgour commet un attentat à la gare de Kunming, capitale du Yunnan : 29 tués au couteau et 130 blessés.
  •  
  • Le 18 septembre 2015 donc, c’est l’assassinat d’une cinquantaine de mineurs.
  •  

Policiers, touristes et promeneurs, voyageurs, travailleurs, telles sont les catégories de victimes dont on serait étonné d’apprendre qu’elles ont commis  un abus, une injustice, une expropriation au Xinjiang avant d’être rassemblées par pas-de-chance sur le lieu de leur mort.

 

2- Dans une vidéo, Ursula Gauthier se défend ici en disant qu’à aucun moment elle n’a approuvé le terrorisme. Certes, mais à aucun moment elle ne l’a dénoncé, à aucun moment elle n’a exprimé de la compassion envers les victimes, à aucun moment elle n’a eu une once de compréhension pour le gouvernement chinois qui prend des mesures (trop nombreuses, trop tatillonnes, trop brutales ?) pour préserver sa population des attentats et massacres aveugles contre des innocents.

 

A aucun moment elle n’a des mots d’amitié pour le peuple chinois, sentiment qu’elle revendique sous l’avalanche de reproches un mois après son article militant, à quelques jours de l’expiration de son visa.

 

Comment croire en effet à la sincérité de son amour (tardif et brisé) qu’elle clame dans une vidéo (ci-dessus) sous l’avalanche des reproches et dont les mots sont en contradiction avec le ton de son article, lequel est consacré à trouver, sinon des excuses, tout au moins des « justifications » aux actes sanglants ? Comment parier un yuan sur son objectivité quand pas un mot de son article n’est de nature à irriter les tueurs ?

 

Si les mots « terroristes » ou « terrorisme » reviennent 17 fois dans son article, c’est toujours, entre guillemets.

 

Et qui se douterait, à la lire, que des combattants Ouïgours ont rejoint Daesh en Syrie ? 


Pour y retrouver leur langue et la maison dont ils ont été expropriés ? Par horreur de l’autorité, poussés à bout par l’impossibilité d’obtenir un passeport ? C’est cela-même ; évitons, avec l’Obs, de les confondre avec les terroristes qui ravagent la Syrie et qui envoient en Europe leurs métastases.

 

3- Si Ursula Gauthier avait écrit sur les attentats terroristes de Paris (janvier et novembre) ce qu’elle a écrit sur les attentats au Xinjiang, elle aurait eu à en répondre devant la Justice française et elle aurait été licenciée par son journal, avec l’approbation des médias et dans le silence de RSF.

 

Car, rappelons-nous Charlie Hebdo, ce n’est pas si vieux  

 

Des fous du même métal que les fanatiques ouïgours se sont livrés à un massacre odieux à Charlie Hebdo. Et, dans la France saisie d’effroi et de pitié, pas une seule Ursula Gauthier ne s’est avisée d’écrire ce qu’elle écrit des massacres aveugles en Chine. Pas un seul journaliste n’a mis alors des guillemets à terroristes !

 

En janvier 2015, le gouvernement français a demandé qu’une minute de silence soit observée dans les écoles. Les cas de non respect ont été signalés. Ecoutons la ministre de l’Education nationale Najat Vallaud-Belkacem, le 14 janvier 2015, à l’Assemblée nationale (Questions au gouvernement) ici :

 

 « S’agissant de la minute de silence elle-même c’est une centaine d’incidents qui nous ont été remontés. Les jours qui ont suivi nous avons demandé la même vigilance, et c’est une nouvelle centaine d’évènements et d’incidents qui nous ont été remontés. Parmi eux une quarantaine ont d’ailleurs été transmis aux services de police, de gendarmerie, de justice, parce que pour certains il s’agissait même d’apologie du terrorisme. Nous ne pouvons pas laisser passer cela. » 

 

La ministre de la Justice, Christiane Taubira, a publié une circulaire demandant aux procureurs de la République de faire preuve d’une « extrême réactivité » et de « fermeté ». 

 

  • Un enfant de 8 ans a été conduit au commissariat pour ne pas avoir voulu « être Charlie » et pour avoir parlé de terroristes, mot dont il s’est avéré qu’il ne connaissait pas la signification.
  •  
  • Un basketteur professionnel, Akin Akingbala, pivot nigérian de l’équipe de Rouen, a été mis à la porte de son club sportif le 17 février pour un message privé repris sur le réseau social Twitter. Celui-ci, écrit à l’origine par un journaliste britannique, disait en anglais « Je ne suis pas Charlie, je suis Ahmed, le policier mort.... ». 
  •  
  • Le mensuel Le Monde Diplomatique de Janvier 2015 signale que la répression va de « l’inculpation de jeunes pour des dessins (oui !) à la condamnation à Grenoble à six mois de prison ferme d’un déficient mental » 
  •  
  • Un homme de 28 ans qui avait crié à l’adresse de policiers : « Ils ont tué Charlie, moi j’ai bien rigolé », a été condamné à six mois de prison ferme par le tribunal correctionnel de Bourgoin-Jallieu, en Isère. 
  •  
  • Le quotidien Ouest France du 14 janvier 2015 nous apprend que « Plus de cinquante procédures pour apologie du terrorisme ont été ouvertes en France depuis l’attentat à Charlie Hebdo il y a une semaine, d’après le ministère de la Justice ».
  •  

Les rigolos, les ivrognes, les bravaches, qui se défoulent avec des plaisanteries de mauvais goût sur le sujet sont jugés sans tarder. Une dizaine de condamnations - plutôt lourdes - sont prononcées dans les jours qui suivent.

 

C’était la France traumatisée de janvier 2015, celle qui sentait le Patriot act, celle où un message privé, un mot dans la rue, un article pouvaient vous conduire devant un tribunal.

 

Pour Ursula Gauthier, si la Chine « une société qui n’éprouve que peu de sympathie pour le reste du monde » (mais qu’elle adôôôre, découvre-t-elle en bouclant ses valises) s’est associée en novembre à la douleur de la France c’est pour obtenir « en retour le soutien de la communauté internationale dans ses propres démêlés avec sa minorité la plus remuante : les Ouïgours du Xinjiang ». 

 

D’où le titre de l’article d’Ursula Gauthier dans l’Obs : « Après les attentats, la solidarité de la Chine n’est pas sans arrière-pensées ».

A croire que le rassemblement des chefs d’Etat pour Charlie Hebdo à Paris était dépourvu d’arrière-pensées.

 

Si la presse française traverse une crise grave, si elle est obligée pour subsister de se vendre à des industriels et à des banquiers, de solliciter des aides financières importantes de l’Etat, la conjoncture n’explique pas tout : la profession est largement discréditée et nous venons de mieux comprendre pourquoi, grâce à Ursula Gauthier. Le péché mortel d’un journaliste est de croire qu’il est intellectuellement supérieur à tous ses lecteurs, que ceux-ci n’ont aucun moyen de vérifier ce qu’il écrit ni de sentir, sous la présentation partielle et partiale des faits, un discours engagé et un coeur froid.

 

Et ces silences !

 

Comment faire comprendre au lecteur la nervosité de Pékin face aux terroristes islamistes et aux séparatistes si l’on ne lui dit pas que le Xinjiang est la seconde région productrice de pétrole du pays, qu’il fournit un tiers de la consommation nationale en gaz naturel, qu’il est le premier producteur de charbon avec 40% des réserves nationales. On y trouve le plus grand gisement d’uranium du pays. Ajoutez à cela les passages de gazoducs et d’oléoducs et vous en saurez plus sur le Xinjiang.

 

Ah, vraiment, il n’est pas besoin d’avoir la nostalgie de la Révolution culturelle, du Grand Timonier,Grand Commandant en Chef et Grand Pilote, de vouloir importer en France le système politique, médiatique, policier, judiciaire, culinaire (je fais référence aux insectes grillés et aux brochettes de scorpions, pas à la Tsingtao) chinois pour se démarquer de cette journaliste et pour ne pas rejoindre la meute qui regrette son expulsion alors qu’il urge surtout de dénoncer ce qu’elle écrit et son manque de probité qui est pointé par une grande partie des Internautes... sur le site de l’Obs.

 

Ah, madame Gauthier, comme vous nous dites bien que vous vous en f... des 50 mineurs massacrés à la machette, 50 prolos qui travaillaient pour nourrir leur famille, mais qui, aux yeux « d’assassins que craignent les panthères et dont tremble un poignard quand leurs mains l’a touché » (Aragon) présentaient les défauts rédhibitoires qui attisent les haines et qui leur ont été signifiés par des cris : « On est chez nous ! » et « Allahou akbar ! ». Probablement, comme vous diriez.

 

Maxime Vivas

 

PS. Il y a quelque chose de glaçant dans le raisonnement d’Ursula Gauthier pour qui des ouvriers chinois qui extraient du charbon au Xinjiang sans être originaires de cette région chinoise ne méritent pas plus de compassion (ou alors, qu’elle l’exprime enfin !) que celle que manifestait chez nous l’extrême droite dans les pogroms meurtriers anti-italien de 1893 à Aigues-Mortes, ou dans le racisme anti-polonais dans le Nord ou dans les récentes exactions corses contre les lieux de culte musulmans.

 

Malgré une hostilité envers la Chine que ses articles précédents attestent, Ursula Gauthier aurait sans doute obtenu une fois de plus la prolongation de son visa, si elle ne s’était avisée de tracer les frontières de la Chine, de délivrer des droits du sol, d’insinuer qu’il y a des Chinois moins Chinois que d’autres (les Han) et qui feraient bien de rester chez eux, de déguiser en patriotes (jusqu’à les absoudre) des terroristes vérolés par le nationalisme, le racisme, l’intégrisme religieux, la sauvagerie, le mépris de la vie des autres Chinois.

 

Mais, puisqu’elle rentre en France, je conseille à l’Obs (par gentillesse) de ne pas lui commander des articles sur le terrorisme, calqués sur sa vision pékinoise du problème.

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23 décembre 2014 2 23 /12 /décembre /2014 06:43

Facebook a fermé les comptes de ces femmes qui ont voulu montrer un peu trop d'elles mêmes.

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