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20 avril 2015 1 20 /04 /avril /2015 05:07

Ce coup-ci, deux en un : mépris de la langue française, et aussi de la langue anglaise. J’ai repéré quelques mots anglais qui sont passés dans la langue française et qui sont mal prononcés sans qu’on sache vraiment pourquoi. Un peu l’inverse du problème que j’exposais ici.

 

Il y a une trentaine d’années, alors que je me débattais avec mon Mac+ qui n’arrêtait pas de faire des bombes, un ami chimiste me dit : « il faut faire un risette ». Pensant qu’en souriant à l’ordinateur il se calmerait, je répondis : « tu veux dire une risette ». Non, dit-il un risette, c’est un mot anglais. D’accord, d’accord ! À l’origine, on utilisait le verbe « to reset » quand on remettait une pendule à l’heure ou un chronomètre à zéro. On utilisait également ce verbe dans le cadre de la réduction d’une fracture. Ce mot se prononce /ɻi:'sεt/  (wrissette, en gros), avec l’accent tonique sur la deuxième syllabe.

 

Ceux qui pratiquent les jeux vidéo connaissent tous la célébrissime série Metal Gear. Ce qui devient en français Métal-Jire. Ce « gear » est une arme de destruction massive. Le mot signifie tout simplement « matériel », « équipement », « harnachement », « vêtements » (tennis gear » = « tenue de tennis »). Il a aussi le sens d’embrayage (« into gear » = « en prise ») Le mot se prononce  /ɡiʁ/.

 

Ah, les blue jeans Levi’s. Une société fondée par Levi-Strauss (['li.vajstraus]), un allemand juif, émigré, qui avait créé des pantalons très solides pour les orpailleurs. Avec la teinte du célèbre « bleu de Gênes » qui partait très lentement au lavage. Donc, pas « lévisse » mais quelque chose comme « livaïsse ».

 

Un  qui me fatigue tout particulièrement : « j’enfile un swite ». De « sweater », qui vient de « sweat », la sueur, et « to sweat », suer. Se prononce [swet]. « Swite », c’est des bonbons (« sweet »). J’enfile un bonbon. Si c'est votre fantasme.

 

Au panthéon des Grecs vivait la déesse ailée Niké. La marque d’équipement sportif étasunienne Nike en fit son emblème, avec la célèbre « swoosh » (le premier qui dit « svoche » a deux claques), la célèbre virgule inversée. Les Grecs anciens prononçaient [Nikê]. Pour des raisons parfaitement légitimes, les Étasuniens restèrent proches de l’origine avec quelque chose comme Naïlleki. Allez dans une grande surface demander des Naïlleki, on vous taxera de snobinard intégral.

 

En 2005, Adidas achète Reebok pour 3,8 milliards de dollars. À l’origine (1895), la société s’appelait Foster. En 1958, les héritiers la renommèrent Reebok. Du nom de l’antilope sud-africaine « reebok » (d’où le nom afrikan de l’équipe de rugby, les « Springboks », les antilopes à ressort). Est-ce par contamination du mot anglais « book » (« livre »), le fait est que beaucoup de gens prononcent « ribouque » ? Alors que les Anglais disent « ribok ».

 

 

On ne dit plus de nos jours « pseudonyme » ou « alias », mot latin ringard. Il faut dire « aka » ou pire « a.k.a. ». Voilà du bon globish : acronyme de « also known as » = « également connu sous le nom de ». En ce cas, il faudrait prononcer quelque chose comme [eïka] ou mieux : [ei/kei/ei]. Foskifo ! Pour la bonne bouche, « aka » signifie également « above knee amputed », opéré au-dessus du genou.

 

On pourrait également évoquer la « soul », prononcée [saol] alors qu'il s'agit de [soul], le cross « caountry » (au lieu de /kun.tʁi/).

 

Une pensée émue pour le célèbre John Maynard Keynes, prononcé par beaucoup de Français /ˈkiːnz/ alors qu'il faut dire  /'keɪnz/. Mais il est vrai que la ville nouvelle de Milton Keynes se prononce /'mɪltən ˈkiːnz/ (dans les deux cas, l'origine semble la même : l'anglo-normand Cahaines ou Cahagnes).

 

Oh, perfide Albion !

 

Où sont les wassingues de mon enfance en pays chti ? Ces serpillères empruntées à l'anglais vers la fin du XIXe siècle (washing). En ce temps, on ne se gênait pas pour s'approprier en déformant pour les nécessités et besoins des palais autochtones.

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14 avril 2015 2 14 /04 /avril /2015 05:40

Récemment, l'association Mémoire des Luttes a rendu hommage à Hugo Chavez. Prirent la parole des amis de toujours de l'Amérique Latine progressiste : Régis Debray, Maurice Lemoine, Temir Porras, Jean-Muc Mélenchon, Christophe Ventura, Ignacio Ramonet.

 

J'ai retenu ici celle de Bernard Cassen pour deux raisons :

 

- de tous les participants, Cassen est le seul à m'avoir connu avant de connaître Chávez,

 

- il s'agit d'un témoignage très touchant, plus politique qu'il n'en a l'air et où, de surcroît, il évoque un grand-père de mes amis.

 

A voir, tout particulièrement, l'intervention de Mélenchon, d'une humanité et d'une densité extraordinaires. En revanche, celle de Régis Debray m'a conforté dans l'idée que je me fais de lui depuis au moins trente ans, c'est un intellectuel brillant mais son ego boursouflé en fait un être vraiment peu sympathique.

 

 

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9 avril 2015 4 09 /04 /avril /2015 05:41

Pour la dernière fois, peut-être, je voudrais revenir sur l’horripilant « Cher-e-s ami-e-s, chere-e-s militant-e-s » et autres horreurs.

 

En français comme dans de nombreuses autres langues (en tout cas celles que je connais de près ou de loin), le genre n’est pas nécessairement conforme au sexe. Et tous les fanatiques du politiquement correct n’y pourront jamais rien.

 

Dans notre belle langue, celle de la raison de Descartes, des noms féminins s’appliquent uniquement aux hommes. On dit « une petite frappe » et non « un petit frappe ». On dit que tel chanteur d’opéra est « une basse » et pas « un bas ». Paul est « Sa Sainteté » et non « Son Saint ». On dit également une tapette, une gouape. Et, à l’armée, une ordonnance. Qui peut servir de sentinelle.

 

Dans le même temps, des noms masculins s’appliquent à des femmes : on ne dit pas « une bas-bleu », « une contralto » (lorsqu’on parle de la voix d’une chanteuse). Au XIXe siècle, la petite employée d’une modiste était « un trottin ». Qui trottinait. Dans le langage familier, quand on dit d’une personne que c’est « un laideron », il s’agit d’une femme (même si, au moyen-âge, le mot était féminin). On a fini par adopter le mot « laideronne ». Quatre fois sur cinq, le mot masculin « souillon » s’applique à une femme.

 

Et puis, il y a les fameux mots épicènes, ceux qui n’ont qu’un genre, quel que soit le sexe des personnes qu’ils qualifient. Alors là, la lutte des classes bat son plein (sa pleine ?). Il n’y a pas d’« amphytrionne », pas d’« angèle » (les anges n’ont pas de sexe, mais il est masculin), pas de « clerque » de notaire, pas d’ « artilleuse », pas d’« autrice » (qui devrait être le féminin d’« auteur » – sur le modèle de « factrice », mais Taine, qui connaissait bien l’Angleterre, a utilisé « autoresse »), pas d’« apotresse », pas de « bourrelle » (repéré une fois chez Colette qui s’en amusait), pas de « fausse-monnayeuse », pas de « censeuse », pas de « flirte », pas de « forçate », pas de « goinfrette », pas de « gourmette », pas d’« individue », pas de « membrette », pas de « pariate », pas de « tyrane », pas de « première violone ». On ne dit pas non plus « elle m’a pris en traîtresse ».

 

 

On peut – on doit – féminiser. Encore faut-il le faire intelligemment, dans le respect du génie de la langue. Disons « une écrivaine » et non « une écrivain ». A noter que le féminin d’« écrivailleur » est « écrivailleuse » et non « écrivailleure » mais qu’ « écrivaillon » n’a pas de féminin. Disons « malfaitrice » et non « malfaiteure ». Disons avec Marcel Aymé « une ministresse » et non « une ministre » (ouïe, la lutte des classes !). Disons « une peintresse » (et non « une peintre »), une « sculptrice » ou une sculpteuse » (comme on dit « une fraiseuse», mais là il s’agit – lutte des classes – d’une ouvrière comme on n’en fait plus) et non « une sculpteure ». Disons « une voyoute », et non « une voyou ». Je comprends que « Les époux se doivent mutuellement fidélité, secours, assistance » (Code civil) pose problème car « épouse » existe. Que fera-t-on de l’expression figée « d’égal à égal » (« Hollande et Merkel ont discuté d’égal à égal », « dans ce type de rôle, cette actrice n’a pas son égal car elle est sans rival et n’a pas son pareil ») ? Les plus grands ne se sont pas gênés. Restif de la Bretonne a utilisé « autrice » et Voltaire « professeuse » – sur le ton de la moquerie, tout de même – sur le modèle d’empoisonneuse.

 

Depuis les années trente, on dit « aviatrice » et non « aviateure », « auditrice » (je sais que certain-e-s auraient aimé « cher-e-s auditeur-e-s »), « électrice », « postière ». Et aussi « championne » (ah, Laure Manaudou, cette grande « champion » !). « Officière » ne fait pas – encore – partie du vocabulaire de l’armée, mais appartient depuis le XIVe siècle à celui de l’Église et, depuis 1949, à celui de l’Armée du Salut. Le péjoratif « officemar » n’a pas de féminin. La journaliste et écrivaine Michèle Perrein, qui proclamait être devenue féministe « par amour des hommes », avait fort bien posé le problème dans Entre chienne et louve (1978) : « Lorsque des tas d’entre nous auront été formées à l’École polytechnique, seront devenues officières de marine ou d’aviation, fliquesses en tous genres, le pouvoir sera peut-être partagé, mais il s’agira toujours d’un pouvoir instauré selon des idées et des normes masculines. »

 

On ne saurait passer sous silence le cas des bébés, des enfants en bas âge. En anglais, ils sont plutôt du neutre, alors que les animaux de compagnie sont plutôt masculins et féminins. En français, ils sont majoritairement masculins. On rencontre très rarement « une nouvelle-née ». Ainsi que « nourrissonne » ou « enfançonne ». Mais cela peut changer. Le mot « enfant » lui-même sera utilisé pour parler d’une petite fille (« il a sauvé l’enfant de la noyade »). Les Enfants de Marie sont une congrégation de jeunes filles catholiques. L’expression « une enfant » est généralement condescendante (« une malheureuse enfant »).

 

Je ne sais trop ce que les féministes politiquement corrects ont à dire des noms féminins qui recouvrent des réalités uniquement masculines. « Une canaille », « une femmelette », « une sentinelle », « Sa Majesté le roi », « une grosse légume », ce sont des hommes. De Gaulle fut « une grande star de la politique ». « Ce type est une vraie bête » signifie aujourd’hui qu’il est un gros balèze, mais cela n’a pas toujours été le cas. « Gens » est masculin, mais pas quand il est immédiatement précédé d’une épithète : « les petites, les bonnes, les vieilles gens ». Mais « les gens de bien », « les gens de sac et de corde » sont du masculin.

 

Que les politiquement corrects s’inspirent de la richesse et de la diversité de la langue. L’histoire, la tradition, le rapport des forces veulent qu’on parte généralement du masculin, forme neutralisée, pour créer le féminin. On a vu l’inverse : « veuf » (1596) vient de « veuve » (1226). « Puceau » (1530) vient de « pucelle » (1050), même si ce dernier mot vient de pullus, petit d’un animal. « Gourgandin » vient de « gourgandine ». « Juif » vient de « juive » (juef a été reconstitué à partir de juieue). Pour constituer le féminin, on a l’embarras du choix. Il y a le classique « e » qui peut être muet ou pas, surtout si l'on parle avec l'accent du sud (« une amie », « une Espagnole », « une ourse »). Les mots terminées en « e » dans l’écriture ne bougent pas : « une cycliste », « une dentiste », « une Belge ». Le français distingue « une hôte », celle qui est reçue, d’« une hôtesse », celle qui reçoit, (pas de distinction au masculin).

 

Il y a des féminins qui gardent la marque du masculin. Depuis les rapatrié-e-s (damned, je suis fait) d’Algérie, une « pied-noir » peut être une « sans-cœur » car elle est « ronchon ». On dit « une Anglaise » mais « une Viking ». « Esquimaude » tend à remplacer « esquimau », même si ce sont de vrais « poisons ». « Laponne », comme « Nipponne » sont des formes attestées.

 

Le français a créé « chouchoute » (à partir de « chou »), ou encore une « rigolote hobereaute ». Celle-ci peut être « une butorde », même si elle est une « baillive » (qui n'exerce pas, qui est la femme du).

 

Je rappelle par ailleurs, même si cela défrise, qu’un certain nombre de féminins se terminent en « esse » depuis des lustres. On ne dit donc pas « une comte », « une chanoine », « une abbé », « une duc », « une dieu », « une bougre », « une mulâtre », « une notaire », « une druide », « une tigre », « une Suisse », « une pape », « une pasteure », « une vengeure ». À noter – toujours la lutte des classes – que les politiquement corrects parlent d’« une maîtresse d’école » mais d’« une maître de conférences ». Foskifo, comme disait ma grand-mère qui avait le certif'.

 

Je pourrais développer à l’infini. Je termine par quelques exemples de féminins qui ne sortent même pas de l’ordinaire : « une bufflonne », « une reine », « une chanteuse » (et non « une chanteure »), « une cantatrice » (qui n’a pas de masculin), « une procureuse » (la magistrate) et non « une procureure », mais « une procuratrice » (celle qui procure), « une débiteuse » (celle qui doit) mais « une débitrice » (celle qui débite »).

 

Au boulot, les politiquement correct-e-s !

 

 

PS : A propos de lutte des classes, je vous soumets une hypothèse émise par quelqu'un qui m'est cher. Savez-vous pourquoi, en anglais comme en français, et dans d'autres langues, les verbes les plus courants sont très souvent irréguliers ? Parce qu'ils sont courants. Donc ils font ce qu'ils veulent et ils nous les cassent. C'est ça la lutte des classes.

 

PPS : Pour parler d'autre chose. A Auch, préfecture du Gers, s'est installé un marchand de bière, semble-t-il belge. Savez-vous dans quelle langue il communique par écrit avec ses clients ? Je vous le donne en mille :

Méprisons la langue française (36)

Qu'il ne s'étonne pas si, rapidement, il se retrouve “ closed for good ”.

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7 avril 2015 2 07 /04 /avril /2015 05:32

Ce n’est pas tous les jours qu’on lit dans la grande presse un « éloge des syndicats » (Serge Halimi) :

Puisque chacun prétend se soucier de l’envol des inégalités, pourquoi cette analyse du Fonds monétaire international (FMI) est-elle passée à ce point inaperçue (1) ? En raison de ses conclusions ? Dans une étude présentée en mars dernier, deux économistes issues de ce temple du libéralisme relèvent « l’existence d’un lien entre la baisse du taux de syndicalisation et l’augmentation de la part des revenus les plus élevés dans les pays avancés durant la période 1980-2010 ». Comment expliquent-elles ce lien ? « En réduisant l’influence des salariés sur les décisions des entreprises », l’affaiblissement des syndicats a permis d’« augmenter la part des revenus constitués par les rémunérations de la haute direction et des actionnaires ».

Selon ces économistes du FMI, « une moitié environ » du creusement des inégalités que les libéraux préfèrent traditionnellement attribuer à des facteurs impersonnels (mondialisation, technologies, etc.) découlerait du déclin des organisations de salariés. Doit-on s’en étonner ? Quand le syndicalisme, point d’appui historique de la plupart des avancées émancipatrices, s’efface, tout se dégrade, tout se déplace. Son anémie ne peut qu’aiguiser l’appétit des détenteurs du capital. Et son absence, libérer une place qu’envahissent aussitôt l’extrême droite et l’intégrisme religieux, s’employant l’une comme l’autre à diviser des groupes sociaux dont l’intérêt serait de se montrer solidaires. »

 

Pour la bonne bouche, je me permets de renvoyer à mon article publié il y a sept ans dans Le Grand Soir.

 

 

Martine Bulard fait le procès de la Loi Macron, le choix du « toujours moins »

On ne change pas une politique qui perd. Ni la déroute subie lors des élections départementales, ni l’ancrage de l’extrême droite, ni la montée du chômage ne calment les ardeurs libérales du président François Hollande et de son premier ministre Manuel Valls. En témoigne le projet de loi de M. Emmanuel Macron.

 

 

Pierre Daum enquête sur  « ces harkis restés en Algérie » :

Abandonnés par le gouvernement français, des milliers de supplétifs de l’armée furent assassinés dans les mois qui suivirent l’indépendance. Pourtant, la plupart des harkis continuèrent à vivre en Algérie avec leurs familles. Depuis cinquante ans, ces témoins d’une histoire coloniale plus compliquée que les schémas acceptés sur les deux rives de la Méditerranée sont victimes d’une relégation sociale quasi institutionnalisée.

 

 

Pour Pierre Rimbert, le Dr Folamour est à Athènes :

Peu après la rencontre des chefs d’Etat et de gouvernement de la zone euro consacrée à la situation financière en Grèce, le 20 mars, la chancelière allemande Angela Merkel définissait la marge de manœuvre dont disposait le premier ministre Alexis Tsipras par rapport au programme présenté en décembre dernier par son prédécesseur de droite : « Le gouvernement grec a la possibilité de choisir différentes réformes en suspens depuis le 10 décembre et de les remplacer par d’autres dès lors qu’elles ont le même effet. » Mais quel « effet », justement ?

Du taux de suicides ascensionnel (+ 35 % après les mesures d’austérité de juin 2011) aux malades mourant faute de médicaments, les résultats du traitement infligé par les eurocrates au peuple grec évoquent une expérimentation de dislocation sociale menée à grande échelle. Ce tableau crépusculaire s’est enrichi de nouveaux détails grâce à une étude publiée le 19 mars par la Fondation Hans-Böckler, proche de la Confédération allemande des syndicats. Conduite par deux professeurs d’économie, elle dresse le bilan de cinq années d’austérité sur les revenus d’un échantillon de deux cent soixante mille ménages grecs.

 

 

Razmig Keucheyan nous rappelle que les démocraties sont périssables :

Selon une conception largement répandue, l’instauration du suffrage universel constitue l’aboutissement du processus démocratique : tout retour en arrière serait impossible. Pourtant, envisagée au niveau mondial, la conquête du droit de vote est loin d’être linéaire. Faite de fréquents reculs, elle a nécessité des mobilisations populaires d’autant plus vigoureuses qu’elle pouvait infléchir le destin collectif.

 

 

São Paulo est à sec (Anne Vigna) :

Les manifestations se multiplient dans les grandes villes du Brésil. Aux marches organisées par l’opposition de droite s’ajoutent les protestations des déçus du Parti des travailleurs (au pouvoir depuis 2003). Dans l’Etat de São Paulo, c’est la question de l’eau qui cristallise le mécontentement : la région connaît l’une des plus graves pénuries de l’histoire du pays. Les coupures peuvent durer plusieurs jours...

 

 

Toujours au Brésil, le Parti des travailleurs a opéré un virage à droite (Breno Altman) :

Corruption, contexte économique défavorable, popularité en berne… Confrontée à de multiples difficultés, la présidente brésilienne Dilma Rousseff aurait pu choisir l’audace. Elle a préféré céder aux aux exigences de la finance. exigences de la finance.

 

 

Un article intéressant sur le conglomérat indien Tata (Jyotsna Saksena) : 

En Lorraine, où il produit des rails d’acier à Hayange, l’indien Tata fait figure de « gentil » face à son compatriote Mittal, qui a brutalement fermé les deux derniers hauts-fourneaux. Cela ne l’a pas empêché de se retirer en vendant sa filiale. En Inde aussi, la course à la rentabilité secoue la multinationale, qui a jusqu’à présent réussi à combiner paternalisme, nationalisme et capitalisme.

 

 

Les Africains en sont-ils réduits à « Taper sur un monde creux pour le faire résonner » (Jacques Denis) :

Du 16 au 18 mars, cinq jeunes Sénégalais du mouvement Y en a marre (YEAM) ont été détenus à Kinshasa, où ils étaient venus promouvoir la démocratie. Expulsés, ils sont rentrés à Dakar, d’où YEAM secoue la vie politique depuis 2011 et inspire les pays voisins, du Burkina au Nigeria.

 

 

David Commeillas a été le témoin d’un coup de Balai citoyen au Burkina Faso :

Non violent, animé par des jeunes, le Balai citoyen incite les Burkinabés à s’engager. En octobre 2014, il a joué un rôle décisif dans la chute du président Blaise Compaoré.

« C’est trop facile de jouer au rebelle dans les clips, mais de ne pas se mouiller quand se présente concrètement l’occasion d’améliorer la situation du pays, martèle le rappeur Serge Bambara, alias Smockey. Nous n’avions pas d’autre choix que de nous impliquer, car ce sont les gens, le public lui-même qui nous a demandé d’aller parler en son nom. » Si ce musicien de 43 ans, auteur de plusieurs tubes dénonçant la corruption politique en Afrique. s’exprime à la première personne du pluriel, c’est qu’il n’est pas seul. En compagnie du chanteur de reggae Sams’K Le Jah, il a fondé l’association Le Balai citoyen en 2013. Ce collectif a joué un rôle essentiel lors des manifestations qui ont abouti à la démission forcée du président du Burkina Faso, M. Blaise Compaoré, le 31 octobre 2014, après vingt-sept ans de règne.

 

Tandis qu’au Nigéria, les internautes donnent de la voix (Alain Vicky) :

Dans un pays qui, comme le Nigeria, compte soixante-cinq millions d’internautes, il n’est pas rare que les réseaux sociaux s’agitent. Comme ce samedi 7 février, vers midi, quand la Toile relaie une nouvelle transmise par l’agence Reuters depuis Dakar (Sénégal) : prévues pour le 22 février, les élections présidentielle et parlementaires, qui se résument à un duel opposant le président sortant, M. Goodluck Jonathan, au général à la retraite et ancien dictateur Muhammadu Buhari, sont repoussées au 28 mars. La Commission électorale nationale indépendante estime que l’armée, aux prises avec Boko Haram dans le nord du pays. n’est pas en mesure d’assurer la sécurité du scrutin. « Depuis ce report, confie la chanteuse et militante Aduke Ayobamidele Aladekomo, je commence à avoir peur. Des messages de plus en plus violents envahissent les réseaux sociaux. »

 

Pour Patrick Haimzadeh, En Libye, ce n’est pas le chaos, c’est la guerre :

Dans un contexte de violences entre factions rivales, l’offensive du général Khalifa Haftar contre les islamistes aggrave les fractures qui divisent les Libyens. Si les négociations entamées sous la houlette des Nations unies se poursuivent, la présence de groupes affiliés à l’Organisation de l’Etat islamique renforce l’éventualité d’une intervention étrangère, aux conséquences plus qu’incertaines.

 

 

Vicken Cheterian  évoque Le génocide arménien et ses vies ultérieures :

L’arrestation et l’exécution des élites intellectuelles arméniennes d’Istanbul dans la nuit du 24 au 25 avril 1915 marquent le début du génocide. En quelques mois, les deux tiers des Arméniens de l’Empire ottoman, soit environ un million trois cent mille personnes, disparaissent. Depuis cent ans, toutes les minorités de Turquie payent le prix de l’impunité et des dénégations de l’Etat.

 

 

Peut-on en finir vraiment avec le terrorisme (Alain Gresh) ?:

Les attentats de Tunis et de Sanaa viennent de confirmer que les pays musulmans sont les plus touchés par les actions djihadistes contre les populations civiles. Le dernier numéro de « Manière de voir » rappelle également que, si elle permet de mobiliser l’opinion, la « guerre contre le terrorisme » contribue à l’aggravation des problèmes politiques sous-jacents, notamment au Proche-Orient.

 

 

 

Frédéric Lordon propose une critique sévère du dernier livre de Thomas Piketty :

Un ouvrage d’économie exigeant et long ne peut s’écouler par centaines de milliers aux Etats-Unis, en Europe ou en Chine sans réussir à capter l’esprit d’une époque. C’est le cas du « Capital au XXIe siècle », de Thomas Piketty, consacré à la montée des inégalités. L’analyse autant que la solution proposée refléteraient-elles la myopie du regard que nous portons sur le monde économique ?

 

 

Éric Dupin pense que les écologistes ont tout raté :

Même si les thèmes liés à l’environnement occupent largement la scène publique, les partis qui placent ces questions au cœur de leur engagement ne passent pas la rampe électorale. Idéologiquement et tactiquement divisés, les écologistes français, qui viennent d’essuyer un désaveu lors des scrutins départementaux, semblent se préparer à une nouvelle scission.

 

Le Monde Diplomatique reprend un texte de Roger Vaillant sur « la politique au village » :

Romancier, essayiste et dramaturge, Roger Vailland (1907-1965) a également connu une longue carrière de journaliste. Jusqu’à sa mort, cet homme d’engagement, grande figure de dandy rouge, a écrit sur de nombreux sujets. Le Temps des cerises publie le recueil de ses articles (« Sacré Métier ! Roger Vailland, journaliste »), qui sort le 23 avril. L’un d’eux, paru dans l’hebdomadaire communiste « Action » le 28 septembre 1945, relate la transformation d’un village français.

 

Les AMD ne sont pas des amis comme les autres (Clea Chakraverty) : Depuis sa création en 1996, l’association des Amis du « Monde diplomatique » (AMD) contribue à l’indépendance du mensuel dont elle est actionnaire. Regroupant plusieurs milliers de lecteurs motivés, elle constitue aussi un réseau actif de diffusion informelle des analyses et des valeurs du journal. Plongée dans un collectif militant.

 

 

Johan Popelard analyse L’imaginaire monumental des milliardaires :

Voilier, oiseau, rêve aérien, les bâtiments conçus par Frank Gehry suscitent une admiration sincère que l’architecture contemporaine rencontre assez rarement. Mais si son esthétique s’inscrit si aisément dans l’air du temps, c’est également parce qu’elle transpose idéalement les valeurs de la modernité telles que les énonce le libéralisme d’aujourd’hui.

 

 

En dernière page, Pierre Rimbert associe Pétrole et paranoïa :

Et l’éclair vint au génie. C’est en pensant très fort à l’Iran et au Venezuela que l’éditorialiste du New York Times Thomas Friedman conçut en 2009 la « Première Loi Pétropolitique » — exigez les majuscules : « Dans les Etats riches en pétrole, le prix du brut et les libertés varient toujours en sens inverse. » Attention, précise Friedman, une physique particulière s’applique aux gentils pays où ses livres s’écoulent par brouettées. « Le Royaume-Uni, la Norvège, les Etats-Unis, par exemple, échappent à la Première Loi Pétropolitique. »

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6 avril 2015 1 06 /04 /avril /2015 05:36

Sur son blog, Matthieu Begbeider nous informe que, depuis le 30 mars, les Suisses peuvent voter sur Internet pour choisir un nouvel hymne national parmi six contributions. Celles-ci ont été retenues par un jury qui a étudié 205 propositions. Celle-ci, entre autres :

 

« Peuple solidaire, libre sur nos terres, nous louons notre Suisse que nous aimons. Entre nous faisons régner la paix, l’harmonie et la fraternité. Saisissons la chance de nos différences, engageons-nous avec ardeur pour que chacun ait part au bonheur. Du haut de nos cimes, du cœur de nos villes, nous louons notre Suisse que nous aimons. Dieu, éclaire-nous sur les chemins où déjà s’écrivent nos destins. Suisse, au cœur du monde, unie et féconde, sois notre force pour bâtir à nos enfants un bel avenir. »

 

Qu’en pense Begbeider ?

 

C’est la pire des propositions. Dans cette version remixée de l’hymne national actuel, on retrouve certes des mentions faites à ce que sont les valeurs de la Suisse : la solidarité, la paix, l’harmonie, la fraternité. Mais les clichés sont tels qu’on croirait les paroles écrites par un Français : les cimes, les chemins, la Suisse unie et féconde (alors que niveau fécondité, bon). Manque plus que la fondue et les montres.

 

 

Le Monde a fait ses comptes : Au moins 603 personnes ont été exécutées sur la planète en 2014.

 

Ce chiffre ne tient pas compte de la Chine, qui a exécuté « plus de condamnés que l'ensemble des pays du globe réunis » mais où le recensement des exécutions est « impossible », cette information étant classée « secret d'Etat ». L’ONG de défense des droits de l'homme, Dui Hua, avait estimé à 2 400 le nombre d'exécutions en Chine en 2013. La Corée du Nord est également absente de ces statistiques.

 

L'Iran arrive largement en tête avec 289 exécutions, loin devant l'Arabie saoudite (90), l'Irak (61) et les Etats-Unis (35).

 

 

Dans L’Humanité, Jean-Emmanuel Ducoin nous met en garde :

 

Profitant de l’émotion légitime suscitée par les attentats de janvier, le gouvernement veut imposer les mesures les plus liberticides jamais votées depuis l’état d’urgence. Moderniser les services de renseignements est une chose, une autre serait d’élargir la « surveillance » bien au-delà du seul terrorisme. Que viennent faire là-dedans la « défense nationale », la « lutte contre le banditisme », les « intérêts économiques et scientifiques » ou encore les « violences collectives » et la « paix publique » ? Tout serait dès lors permis, y compris la mise sur écoute d’un syndicaliste en amont d’une manifestation ou de toute personne ayant participé à un rassemblement. Tous soupçonnés !

 

La fibre sécuritaire de Manuel Valls est connue. Ami intime du criminologue Alain Bauer, le premier ministre procède à un durcissement du régime par tous les bouts. À force de vouloir liquider le socialisme et le parti qui porte son nom, Manuel Valls en Big Brother liquidera bientôt certaines de nos libertés en installant un dispositif pérenne de contrôle occulte des citoyens. Que Valls lise les classiques. « Sauvons la liberté, la liberté sauve le reste. » C’est du Victor Hugo.

 

Toujours dans L’Humanité, Patrick Le Hyaric exorte : Il faut en finir avec les contre-réformes régressives et lancer vite le débat sur de nouvelles réformes de progrès, visant à améliorer le sort des travailleurs, des créateurs, des plus défavorisés, des jeunes et des retraités tout en promouvant un nouveau type de développement humain durable. Il s’agit de fédérer la société et non plus de la diviser en désignant des boucs émissaires, responsables des difficultés. La voisine, l’étranger ou la personne de confession musulmane ne sont pas la cause des difficultés. La responsabilité en incombe à la loi de l’argent-roi qui domine tout, écrase tout, fracture et précarise les vies personnelles et collectives.

 

Enfin, dans Le Monde Diplomatique, Serge Halimi offre une remarque frappée au coin du bon sens : « Dans une étude présentée en mars dernier, deux économistes issus du FMI, temple du libéralisme, relèvent « l’existence d’un lien entre la baisse du taux de syndicalisation et l’augmentation de la part des revenus les plus élevés dans les pays avancés durant la période 1980-2010 ». Comment expliquent-ils ce lien ? « En réduisant l’influence des salariés sur les décisions des entreprises », l’affaiblissement des syndicats a permis d’« augmenter la part des revenus constitués par les rémunérations de la haute direction et des actionnaires ».

 

Revue de Presse (124)
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4 avril 2015 6 04 /04 /avril /2015 05:52

Geneviève Rossier est spécialisée en gestion-médias, en gestion de marque et en innovation. Elle fut directrice générale du service internet de Radio-Canada de 2007 à 2012, et rédactrice en chef du Téléjournal quotidien de 2003 à 2007. Entre 1984 et 2003, elle fut journaliste politique.

 

Elle témoigne ici sur un séjour professionnel en Arabie saoudite.

 

 

 

J’ai passé trois mois en Arabie saoudite en 1990, envoyée spéciale de Radio-Canada pendant la guerre du Golfe. Voici ce que j’ai vécu comme femme.

 

Dès mon arrivée, je suis allée marcher dans les rues en pantalon et chemisier à manches longues. On me regardait comme si j’étais flambant nue. Au bout d’une semaine, j’ai acheté un abaya (long et ample manteau noir) et un foulard islamique: je voulais me promener sans avoir l’impression d’être nue. De retour à l’hôtel, le concierge a complimenté mon nouvel habillement. Le lendemain matin, il m’a offert un petit sac de plastique : « Ceci vous rendra encore plus belle », m’a-t-il dit dans un anglais approximatif. À l’intérieur, j’ai trouvé deux masques noirs pour cacher mon visage, avec des fentes horizontales pour les yeux, des niqabs. Dans ma chambre, je les ai essayés. Je me suis obligée à le porter pendant 30 minutes. Et je peux vous dire que c’est invivable.

 

 

Un jour, en déplacement avec deux collègues masculins, un restaurant au bord de l’autoroute a refusé qu’on entre parce que j’étais avec eux. Les femmes n’étaient pas tolérées dans les restaurants. On avait faim. Alors, mes collègues sont entrés et ont mangé pendant que je les attendais dans la voiture. Ils m’ont ramené une portion de poulet cachée dans un sac en papier. Je me souviens d’avoir eu une envie folle d’aller aux toilettes, mais c’était exclu. Une qualité essentielle pour être femme en Arabie saoudite, c’est d’avoir une vessie en acier: parce qu’il n’y a jamais, nulle part, de toilettes pour femmes.

 

 

 

Un autre soir, je marchais dans une rue déserte de Riyad en écoutant de la musique sur un Walkman (le iPod de l’époque!). Mais les femmes n’ont pas le droit d’écouter de musique. En plus, mon abaya était ouvert et flottait au vent alors qu’il aurait fallu le tenir bien fermé sur ma poitrine. Soudain, une camionnette s’est arrêtée à côté de moi et cinq hommes barbus en sont sortis, munis de petits fouets faits de corde nouée avec lesquels ils essayaient de me frapper les chevilles en criant des mots que je ne comprenais pas. C’était la police religieuse. Estomaquée, j’ai lâché un juron en anglais que je ne répéterai pas ici. Ils sont repartis, en voyant que j’étais une étrangère.

 

 

Sur le toit de mon hôtel, il y avait une jolie piscine, interdite aux femmes. Un après-midi, des collègues journalistes féminines et moi avons défié les règlements pour nous étendre sur des chaises longues, en pantalon et manches longues. C’était bizarre, et on ne s’est même pas baignées, on s’est juste étendues au soleil, complètement habillées. Il a fallu cinq minutes pour que le gérant de l’hôtel nous oblige à quitter les lieux, sous prétexte que les pilotes d’avions de guerre qui survolaient l’hôtel pourraient être distraits de leur mission en nous voyant. Malgré toutes les représentations de la terre, on n’a jamais obtenu le droit de remonter à la piscine de l’hôtel. Personne ne nous a appuyées, les militaires et les journalistes masculins nous conseillaient plutôt de nous tenir tranquilles. Après tout, nous n’étions pas en Arabie saoudite pour faire évoluer le droit des femmes, mais pour couvrir une guerre, nous disaient-ils.

 

 

Au début de mon séjour, j’ai voulu parler à des femmes saoudiennes. Je les abordais dans les magasins de vêtements, en me disant que peut-être elles s’y sentiraient moins observées. Mais elles fuyaient dès que j’essayais de croiser leur regard, avant même que j’ouvre la bouche. J’ai quand même parlé à trois femmes qui, au péril de leur vie, avaient donné rendez-vous à quelques journalistes. L’année précédente, ces femmes avaient eu l’audace de conduire des voitures, ce que la loi interdit. Résultat : le gouvernement avait retiré le passeport à tous les membres de leurs familles. La punition étaient encore plus sévère du fait qu’il s’agissait de femmes éduquées qui avaient les moyens et l’envie de sortir du pays à l’occasion. Une des raisons invoquées pour interdire aux femmes de conduire ? Elles feraient exprès d’avoir des accidents pour parler à des hommes qui ne sont ni leurs maris ni leurs frères. D’ailleurs, une femme en Arabie saoudite n’a pas le droit de se trouver dans une voiture en compagnie d’un autre homme que son père, son frère ou son mari.

 

 

Savez-vous comment les travailleurs étrangers appellent les femmes saoudiennes? Des BMO, une abréviation de black moving objects, objets noirs mobiles. C’est triste, mais vrai : en Arabie saoudite, les femmes sont invisibles, inexistantes et victimes d’injustice extrême.

 

 

Cette expérience a fait en sorte qu’aujourd’hui je me désole quand je vois que peu de choses ont changé et que certains leaders sont prêts à justifier ce régime, qui, en plus, est notre allié dans la région. Ce n’est pas juste une question d’opinion ou de croyance, c’est une question de droits fondamentaux.

 

Cela dit, le prince Awaleed Bin Tala Bin Abdulaziz Alsaoud (26 milliards de dollars dont 10% d'Euro Disney) sait mettre en valeur les jambes de son épouse (pilote d'avion) lorsqu'il accueille le Prince Charles d'Angleterre !

 

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3 avril 2015 5 03 /04 /avril /2015 05:23

Wardha

C.P.

Inde.
23/07/1939

 

Cher ami,

 

Des amis m’ont demandé avec insistance de vous écrire pour le bien de l’humanité. Mais j’ai résisté à leur demande car j’ai estimé qu’une lettre de moi relèverait de l’impertinence. Quelque chose me dit que je ne dois pas réfléchir plus avant et que je dois rédiger mon appel, quel qu’en soit sa valeur.

 

Il est évident que vous êtes aujourd’hui la seule personne au monde capable d’empêcher une guerre qui pourrait ramener l’humanité à l’état sauvage. Devez-vous payer ce prix pour un tel objectif, quelle que soit la valeur qu'il puisse avoir à vos yeux ? Écouterez-vous l’appel d’un homme qui a délibérément évité la voie de la guerre avec un succès non négligeable ? En tout état de cause, j’escompte votre pardon si j’ai commis une faute en vous écrivant.

 

 

 

 

Monsieur Hitler                                                                   Je demeure

Berlin                                                                                 Votre ami sincère

Une lettre de Gandhi à Hitler

Cette lettre m’a amené à relire un des grands essais d’Orwell, “ Réflexions sur Gandhi ”, publié en 1949 par la revue d’extrême gauche étasunienne Partisan Review. Ce texte commence par un apophtegme extraordinaire : « Les saints devraient toujours être jugés coupables jusqu’à ce qu’on ait prouvé leur innocence ». Pour cinglante qu’elle ait pu être, cette proposition était un peu perverse, le Mahatma n’ayant jamais prétendu être un saint. Mais Orwell avait repéré l’ambiguïté de Gandhi, à la fois « l’homme » de l'élite anglo-indienne (« our man », disait cette bourgeoisie de lui) et un agitateur hors pair dont le seul combat était l’indépendance de son pays. Orwell avait perçu que le Mahatma n’avait pas compris grand-chose à la nature profonde du totalitarisme. Gandhi n’aurait jamais réussi dans son combat non violent si l’Inde avait été colonisée par une puissance totalitaire. Qu’aurait-il pu faire, se demandait l'auteur de 1984, dans un pays où les contestataires peuvent disparaître au beau milieu de la nuit sans qu’on sache jamais ce qu’ils sont devenus ?

 

Il faut inscrire les prévenances, les prosternations de Gandhi devant Hitler dans son combat pour l’indépendance de l’Inde. Orwell, qui était pour cette indépendance, mit en garde ses combattants. « Ne faites rien », leur disait-il, « pour affaiblir l’Angleterre dans sa guerre contre l’Allemagne nazie. Si Hitler l’emporte, vous serez violemment écrasés. »

 

Au moment où il écrivait cette lettre en 1939, Gandhi manquait singulièrement de lucidité.

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30 mars 2015 1 30 /03 /mars /2015 05:26

Une revue de presse un peu particulière aujourd’hui, entièrement consacrée à un article du Lab d’Europe 1 qui s’est collé aux pas des candidats les plus extrémistes du parti de Le Pen, pour constater que, globalement, le vomi, les immondices et l'incompétence n’étaient pas des handicaps dans la France d’aujourd’hui.

 

Beaucoup de candidats – même si les ténors du parti ont répété à l'envi qu'ils ne représentaient qu'une part infime des candidats – se sont fait remarquer pour des propos racistes, homophobes, antisémites, misogynes et haineux. Ces propos ont été découverts après les dépôts de candidature. Ces candidats pourraient être sanctionnés par le FN après les départementales. On verra. En tout cas, 54% des “ dérapeurs ” se sont qualifiés pour le second tour.

 

Cette revue a été enregistrée avant le second tour des élections.

 

Jacques Coutela était candidat dans l’Yonne, plus précisément dans le Tonnerrois. Il s’était fait suspendre du FN en 2011 après avoir posté, sur son blog, un billet où il défendait le tueur Breivik, avant d’être réintégré quatre ans plus tard. Le binôme FN Neyens – Coutella est arrivé en deuxième position au premier tour de l’élection.

 

Fabien Rouquette, candidat FN à Narbonne, appelait au suicide des musulmans. Il est arrivé en tête du premier tour avec 31% des voix.

 

Le 26 août 2014, sur Twitter, Jean-Marc Buccafurri a indiqué tout le mal qu'il pensait de la nomination de Najat Vallaud-Belkacem au ministère de l'Éducation nationale en la traitant de « pute à PD ». Lors de l’attentat contre Charlie Hebdo, il loua le GIGN qui « avait réussi à mettre du plomb dans la tête d’un Arabe. » En Seine-saint-Denis, il a obtenu 22% des voix.

 

Jean-Francis Étienne (candidat en Lozère) s’était réjoui de voir « couler un ou deux bateaux ou poubelles de migrants. » Il s’était lâché sur le forum u boulevard Voltaire (blog créé par Robert Ménard et Dominique Jamet). Il a tout de même obtenu 11% des voix.

 

Le jeune Romain Thomann ne s’estimait pas compétent pour être candidat : « Moi-même, si je m'écoutais, je ne me qualifierais pas de “ compétent ” pour cette responsabilité ». Il a néanmoins récolté 25% des voix à Colmar.

 

Mikaël Pinton, candidat FN à Vitré (Ille-et-Vilaine) avait représenté Pierre Bergé avec une cible sur la tête. Il a obtenu 16% dans sa chère Bretagne.

 

Armand Couture avait enregistré des images et des films à caractère pédopornographique. Il fut mis en examen avant d’obtenir 18% des voix à Cusset dans l’Allier.

 

Elie Quisefit, candidat FN à Narbonne (Aude), avait posté un message sans équivoque : « Il y a des battues contre les sangliers… contre les loups… contre les lynxs… Et si on organisait plutôt des battues contre les Arabes on sauverait peut-être la France ! ». Il a obtenu 30% des voix.

 

Christian Benner qui s'était félicité du lynchage d'un Rom, a obtenu 27,91% dans son canton de Côte-d'Or.

 

Investie dans l'Ariège au nom du Rassemblement Bleu Marine, l’ancienne villiériste Chantal Clamer s'était illustrée en assimilant « l'Islam et les mahométans » à la « peste bubonique du XXIe siècle » et avait qualifié les lesbiennes de « sales gouines » dont seuls voudraient les « blacks et les rebe [sic] »

 

Nathalie Pigeot, qui est accusée de vouer un culte à l'Allemagne nazie, a obtenu 28% des voix en Lorraine.

 

Selon Charlie Hebdo et Le Républicain Lorrain, plusieurs anciens militants FN ont écrit à la direction du parti pour dénoncer cet amour de l'Allemagne nazie. Nathalie Pigeot va déposer plainte contre les auteurs de ces accusations. 

 

Cité par Le Républicain Lorrain, l'ancien secrétaire départemental du FN Moselle, Bernard Brion, qui vient de quitter le parti de Marine Le Pen, jure avoir vu de ses propres yeux un portrait d’Hitler chez Nathalie Pigeot, candidate en Moselle.

 

« Oui, dit-il, j’ai vu chez elle de la vaisselle siglée SS, ainsi qu’un cadre avec le portrait d’Hitler. »

 

Outre la vaisselle et le portrait d'Adolf Hitler, Nathalie Pigeot est également suspectée d'appartenir à des groupes qui, sur les réseaux sociaux, relayent des propos antisémites. L'an dernier, le site internet La Règle du Jeu avait déjà évoqué ces groupes qui appellent à la mort de « l’élite juive sioniste et franc-maçonne anti-France » et à « défoncer la gueule des sionistes importants et des collabos des sionistes comme BHL, Attali, Valls, Hollande, Copé, Cohn-Bendit, Sarkozy, Mélenchon, etc. »

 

Ambiance …

 

Revue de Presse (123)
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28 mars 2015 6 28 /03 /mars /2015 06:45

En s’intitulant Les Zindigné(e)s, ce mensuel a cédé devant le politiquement correct, que je dénonce régulièrement (comme ici récemment), et qui est une posture de droite. Dans ce dernier numéro, on sent que l’équipe est complètement perdue. L'éditorial précise que “ L'équipe se renforce de deux correcteurs : Marguerite et Marie-Louise Larnaudie ”. Ils ne sont pas allés jusqu'à parler de deux “ correcteures ”. Mais “ correctrices ” aurait très bien fait l'affaire. Paul Ariès lui-même patauge : « Ne faudrait-il pas au moins que dans nos mouvements chacun-e puisse s'exprimer en son nom propre dans une société où les sans-noms sont de plus en plus nombreux ? […] Nos lecteurs expriment souvent une lassitude face au fonctionnement des partis de gauche. » Le genre des mots et le sexe des humains ne sont pas superposables, sinon, en Allemand, “ jeune fille ” ne serait pas du neutre et, en anglais, “ porte-avions ” ne serait pas féminin.

 

Après un éditorial où il revient sur l’urgente nécessité de la gratuité totale du service public, Paul Ariès s’entretient longuement avec Clémentine Autain pour qui la politique est de « transformer le réel », ce qui implique « un affrontement entre possédants et dépossédés » (j’aime beaucoup ce terme de « dépossédé », que je n’avais jamais rencontré). Pour Autain, les combats émancipateurs sont « un défi permanent ».

 

Dans la même optique, le sociologue Patrick Cingolani se demande quels chemins réinventer pour une émancipation globale. À propos de la précarité, il suggère que « la collectivité politique qui peut naître autour du mot précaire ou précariat est moins une classe qu’une subjectivation au croisement d’une diversité d’expériences de classes, dans un contexte où les dissymétries et les inégalités sociales s’accentuent et se polarisent. »

 

Pour le sociologue Thierry Brugvin, il faut « transformer sa personnalité pour changer la société. » Si les milliardaires veulent être riches pour avoir plus de pouvoir, pour les moins riches, « le besoin de possession repose d’abord sur la peur du manque. »

 

Jean-Marc Sérékian nous parle de la péninsule arabique avant le pétrole. Tout est parti du marché de dupes scellé en 1945 par Foosevelt et Ibn Séoud : « pétrole contre protection ».

 

Aurélien Bernier pose une question dont on espère qu’elle sera bientôt à l’ordre du jour : « Comment juger les multinationales ». Ces entités qui délocalisent pour être protégées contre les poursuites judiciaires. « Il n’y aura pas de coopération internationale possible tant que les États laisseront leurs multinationales agir en toute impunité. »

 

À propos du règne de la terreur, Michel Weber propose un peu d’optimisme : « il n’est donc pas nécessaire de se poser la question de la possible instrumentalisation des événements du 7 janvier par des agences gouvernementales pour obtenir des recommandations visant l’apaisement plutôt que la flambée de nouvelles violences. Le respect de tous et de toutes, en France comme à l’étranger, serait proprement révolutionnaire. La multiculturalité, que l’on dit si problématique pour nos démocraties (et c’est vrai), l’est également au niveau diplomatique, et elle le demeurera aussi longtemps que certains pays seront convaincus de détenir la Vérité. »

 

Dominique Pestre estime que les technosciences sont au service du modèle libéral, pas de l’homme : « L’entreprise n’a pas comme préoccupation première d’anticiper les effets négatifs que ses produits peuvent engendrer. Elle pense que le progrès à un coût largement compensé par les bénéfices – même s’il est “ normal ” de compenser les victimes. »

 

Laurent Paillard se demande si le rôle de l’école est de faire perdre leurs pères aux enfants : « Faut-il apprendre aux élèves qu’autrui est un être dangereux contre lequel ils sont en concurrence, qu’il faut être le meilleur, le plus performant etc. »

 

L’anthropologue Érix Wittersheim vient de publier Supporters du PSG. Une enquête dans les tribunes populaires du Parc des Princes (Le Bord de l’eau). Il analyse la complexité des rapports des classes populaires avec le sport.

 

Pour Florent Bussy, la fin des idéologies est un monument idéologique du libéralisme : « Depuis les années 70, la « fin des idéologies » est un thème récurrent de la pensée libérale. La fin du bloc de l’est a semblé confirmer le règne final de la liberté, de la démocratie et du réalisme, par opposition aux tyrannies que des idéaux politiques peu soucieux du réel et du possible avaient inévitablement engendrées. La disparition du communisme historique signifiait donc que la réalité, la nature de l’homme allaient enfin être reconnues universellement et que les rêves des utopistes de l’égalité, du collectivisme être bientôt oubliés ou être enfin mis sur le même plan que les cauchemars fascistes ou nazis. »

 

Camille et Simon, animateurs du IVe Forum national de la désobéissance, se demandent à quoi rêvent les milieux populaires. Ils estiment que les modes de vie populaires peuvent venir au secours de la planète.

 

Yann Fiévet décrit l’indignation du peuple d’In-Salah : « C’est le tour de l’Algérie ! Le sous-sol du pays regorgerait de gaz non conventionnel encore nommé gaz de schiste. Il semble que l’on soit à la veille de vouloir l’exploiter tout en affirmant – comme on le fait partout ailleurs - que pour le moment il ne s’agit que d’une simple volonté d’exploration. Un premier puits de fracturation a déjà été creusé en décembre dernier à une trentaine de kilomètres d’In-Salah ; un second est fortement envisagé dans cette région du bassin de l’Ahnet. Les autorités du pays qui ont depuis longtemps délaissé cette région ne se sont évidemment pas embarrassées à consulter les populations autochtones ni même de s’assurer que les autorités locales seraient en mesure de faire accepter le projet à leurs administrés. Le 1er Janvier dernier la contestation populaire se renforça à In-Salah, ville forte de cinquante mille habitants, située à mille deux cents kilomètres d’Alger. Des Indignés, déterminés et jeunes pour la plupart, ont entamés ainsi un bras de fer avec la Sonatrach. Leur mouvement est en ces lieux et en ces circonstances tout sauf anecdotique. Il est également, pour les mêmes raisons, ô combien risqué. […] N’oublions pas que la région d’In-Salah n’est pas très éloignée de territoires politiquement très instables pour ne pas dire non contrôlés. C’est dire si les Indignés du grand-sud algérien vont avoir besoin de soutiens extérieurs, moraux et militants. Leur combat n’est algérien qu’en apparence. »

Les Zindigné(e)s n° 23
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26 mars 2015 4 26 /03 /mars /2015 08:09

Les choses évoluent lentement. Les journalistes français accrédités à Bruxelles ont enfin compris que lorsque l'on parle dans une autre langue que la sienne on pense autrement, donc on pense “ mal ”, non pas au sens moral mais au sens technique du terme. Et comme la langue anglaise qui est devenu le vernaculaire bruxellois est un idiome pauvre – et orienté dans le sens du capitalisme financier – la pensée “ européenne ” est elle aussi devenue pauvre et orientée. La pratique et le discours dominants à Bruxelles ne visent pas à favoriser les diversités culturelles et d'opinion mais une pensée et une expression uniques.

 

Je reproduis ci-dessous un cri d'alarme du site Ruptures.

 

Un coup de gueule en faveur du français, voilà qui n’est jamais malvenu. Quand il vient de la section française de l’Association des journalistes européens (AJE), il mérite particulièrement attention.

 

A l’occasion de la journée de la francophonie, nos confrères en poste à Bruxelles pour suivre les institutions de l’UE viennent d’adresser une lettre (évoquée par le site spécialisé B2) au président de la Commission européenne, à celui du Conseil européen, ainsi qu’au Haut représentant pour la politique extérieure. Ils alertent sur l’abandon constaté de l’utilisation du français par les différents organes communautaires.

 

Théoriquement, l’UE compte vingt-quatre langues officielles, trois d’entre elles – le français, l’allemand et l’anglais – ayant même le statut de langue de travail. Dans les faits, il en va tout à fait différemment. L’anglais acquiert de plus en plus un quasi-monopole de fait, en particulier pour les communications officielles ou à la presse. Le courrier note ainsi que certains sites – par exemple celui de la direction du « marché intérieur », celui de la direction des « migrations et affaires intérieures » – sont disponibles exclusivement dans la langue de Shakespeare. Enfin, c’est beaucoup dire, tant le jargon bruxellois constitue un improbable et lointain bâtard de celle-ci.

 

La lettre de l’AJE pointe plusieurs conséquences de cet enfermement linguistique. La première d’entre elles concerne, précisément, « la mise en place et la conservation d’un ‘jargon’ qui n’a qu’un lointain rapport même avec la langue anglaise ». Elle souligne par ailleurs que cette tendance encourage « une concentration des médias et des journalistes anglophones au détriment d’une diversité médiatique européenne ». Et les signataires s’émeuvent du « différentiel de compétitivité entre les médias anglo-saxons et les autres ». Le tout partant du « postulat (selon lequel)l’ensemble des citoyens européens maitrise totalement cette langue, ce qui est faux ».

 

Il faut cependant garder à l’esprit que ces critiques, légitimes, proviennent de journalistes qui, pour l’essentiel, sont d’ardents défenseurs de « l’idée européenne ». Du coup, la conclusion est savoureuse : ces derniers mettent en garde contre l’usage généralisé de l’anglais qui « est doublement pénalisant pour les idées européennes : celles-ci paraissent l’apanage d’une minorité technocratique et élitiste ; le discours anti-européen professé dans la langue nationale paraît supérieur au discours pro-européen ».

 

« Paraissent l’apanage », « paraît supérieur »… Voilà bien de dangereuses apparences… Et si celles-ci reflétaient tout simplement la réalité ? Car si on peut se féliciter de leur protestation, nos confrères évitent de s’interroger sur les causes de cette emprise linguistique. Il faudrait pour cela établir un lien entre les idées et la langue : peut-être n’est-ce pas un hasard si l’UE s’exprime dans la langue de la mondialisation, puisqu’elle ne cesse d’en vanter les charmes.

 

Good luck, dear colleagues ! (*)

 

(*) Bonne chance, chers collègues…

 

 

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