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1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 06:48

Selon la revue de cinéma Première, Une ville polonaise a refusé de décorer une aire de jeux pour enfants avec l'effigie de Winnie. Pourquoi ?

 

Le conseil municipal de Tuszyn, vient de refuser de décorer un terrain de jeu pour enfants avec Winnie l'Ourson. Les édiles de la ville considèrent que l'ourson est le symbole d'une "sexualité ambiguë" et est "à demi-nu", en ne portant qu'un t-shirt rouge. "C'est complètement inapproprié pour les enfants", estime un conseiller municipal. "Il ne porte pas de pantalon ni de sous-vêtements parce qu'il n'a pas de sexe", s'emporte un autre. "C'est un hermaphrodite" (rappelons qu'un hermaphrodite possède bien des organes génitaux).

 

Alan Alexander Milne, le créateur de Winnie l'Ourson dans les années 20, serait sans doute le premier surpris de cette censure et de ces propos réactionnaires et violents. Devenu un personnage de l'écurie Disney, Winnie (dont le plus gros péché est son goût immodéré pour le miel et la procrastination) a eu droit à de nombreuses apparitions sur petit et grand. Qu’en sera-t-il en Pologne de Donald, Riri et Fifi qui ne portent pas non plus de pantalon ?

 

 

 

L’Humanité estime que la réponse des autorités étasuniennes aux manifestations de Ferguson est proprement militaire. Les Etats-Unis développent de nouvelles armes non létales qu’ils n’hésitent pas à déployer face aux manifestants.

 

Plus de 2000 soldats de la Garde nationale ont été déployés autour de Ferguson. Des militaires, en tenue de camouflage et armés de fusils d'assaut, ainsi que des agents du FBI, ont été mobilisés en renforts aux policiers. Un arsenal guerrier qui ne s’arrête pas là. Les soldats sont accompagnés de véhicules blindés, qui étaient utilisés en Irak car ils sont conçus pour résister aux mines. D’où leur nom d’ailleurs : MRAPs, Mine Resistant Ambush Protected Vehicles, véhicules d’embuscade résistants aux mines.

Mais c’est le déploiement de LRAD (Long Range Acoustic Devices) qui frappe le plus. Ce sont des canons à son, aptes à envoyer de manière très précise des ondes audio à plus de 8 kilomètres de distance, au dessus du seuil de la douleur. Jusqu’à 149 décibels, ces sons provoquent une violente souffrance, des maux de crânes terribles et entraînent un risque de dommages irréversibles. Utilisée pour la première fois lors d’une manifestation contre le G20 à Pittsburg en 2009, cette arme de répression a causé à une enseignante une perte d’audition irréversible, ainsi que des troubles de l’équilibre et des nausées permanents. Ce canon à son a été utilisé plusieurs fois à Ferguson depuis les premières manifestations en août dernier.  L’Etat du Missouri a acheté deux LRAD en avril.

 

Historiquement, nous rappelle Bernard Cassen sur le site de Mémoires des Luttes, la notion de réforme a été associée au progrès, à l’émancipation des travailleurs, à la conquête de droits. Aujourd’hui, à l’inverse, dans le vocabulaire de ce que l’on peut appeler l’Internationale néolibérale, le mot signifie en réalité « contre-réforme », c’est-à-dire démantèlement des services publics et de la protection sociale, privatisations, extension de la précarité baptisée « flexibilité », etc. Ce mot de « réforme », parfois complété par l’épithète « structurelle », revient de manière obsessionnelle dans le discours européen actuel, les gouvernements étant sommés par la Commission européenne de « réformer » toujours davantage. Avec les résultats catastrophiques que l’on connaît.

La transfusion de sens subie par le mot « réforme » a également dénaturé le mot « gauche », avec des conséquences encore plus graves. C’est en effet une catégorie politique structurante – dont les antécédents remontent à la Révolution française – qui se trouve privée de toute pertinence si l’on accepte que la social-démocratie fait encore partie de la gauche. En essayant de définir cette notion, Frédéric Lordon écrit que, en dernière instance, elle consiste en le refus de la souveraineté du capital. 
Or la construction européenne – œuvre conjointe de la social-démocratie et de la démocratie chrétienne – a sacralisé la liberté absolue de la finance qui se traduit symboliquement par l’indépendance de la Banque centrale européenne.

Ce faisant, elle a puissamment contribué, dans les faits, à la disparition de toute différence entre la droite et la gauche dite « de gouvernement » avec un double résultat : d’une part, en menant des politiques que pratiquement rien ne distingue de celles de ses adversaires proclamés, la social-démocratie fait la preuve de son inutilité politique et électorale et se condamne au déclin, voire à la disparition ; d’autre part, elle discrédite pour l’opinion l’idée de gauche elle-même, les citoyens mettant dans le même sac tous ceux qui se revendiquent d’elle.

 

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30 novembre 2014 7 30 /11 /novembre /2014 06:12

Ce, de manière tout à fait officielle, comme en Grande-Bretagne, par exemple, qui a – libéralisme oblige – quelques longueurs d’avance sur nous. Les universitaires strasbourgeois responsables de cet enseignement et des recherches qui les accompagnent estiment porter une bonne parole, au point qu’ils n’hésitent pas à réécrire l’histoire : « Avec la finance islamique, la crise financière de 2008 n’aurait pas pu se produire. »

 

Un mot de rappel, tout de même, sur ce qu’est la charia, ou charî’a, un vocable que ces universitaires orthographient parfois à l’américaine (soyons Wall Street) : « sharia ». Il s’agit d’une doctrine révélée – si les mots ont un sens, le contraire d’une science – qui s’inscrit dans le respect de la loi de Dieu. La charia codifie la vie publique et privée des musulmans, individuellement et en société. En Arabie saoudite, terre sacrée de l’islam, la charia édicte que le viol, le meurtre, l’apostasie, le vol à main armée et le trafic de drogue sont passibles de la peine de mort.

 

 

Il a donc été créé à Strasbourg un diplôme, dénommé – continuons à être Wall Street – « Executive MBA Finance Islamique » (coût des études : 5 500 euros  par an) dont les objectifs sont l’acquisition de « compétences techniques en finances, en droit et management adaptées aux besoin des entreprises internationales, cabinets d’avocats ou établissements bancaires, de développer l’analyse critique grâce à des enseignements de synthèse (études de cas, simulations, salle de marché) et de sensibiliser à l’importance d’un savoir-être et de connaissances spécifiques liées au modèle de développement de la banque et de la finance islamique dans les pays où celles-ci évoluent (Afrique, pays du Golfe, d’Asie du Sud Est, Europe). »

 

Deux petites remarques sur ce programme. Acquérir des compétences n'est pas acquérir un savoir qui, seul, permet l’analyse critique, la réflexion, le recul. Depuis trente ans, la politique scolaire et universitaire des gouvernements de droite et solférinien repose fondamentalement sur ce postulat. Par ailleurs, je ne voudrais pas me mêler du cursus des facultés de droit, mais qu’ont ces établissements à voir avec des simulations boursières, des mises en scènes de salle de marché ? Quid des facultés de sciences économiques où l’on peut s’adonner à ces jeux de rôle ?

 

À Strasbourg, nous sommes en Alsace. Pas en France de l'intérieur, comme disent les Alsaciens. Nous sommes dans une région concordataire, une exception à la séparation des Églises et de l’État (un État laïc – il y en a très peu dans le monde – se constitue, se pense hors de la religion, sans la religion). Le régime concordataire organise les cultes catholique, luthérien, réformé et israélite. L’État salarie les ministres de ces confessions. Le culte musulman n’est pas reconnu par le concordat. Néanmoins, les mosquées peuvent bénéficier de fonds publics, ce qui est impossible dans le reste du territoire national. Les responsables catholiques, protestants et juifs sont favorables à l’intégration de l’islam dans le concordat car cela renforcerait leur statut particulier par rapport au reste de la métropole.

 

L’Alsace est donc hors laïcité. J’évoque cette donnée parce que, pour ces enseignants et chercheurs, la laïcité, telle que l'a conçue la France républicaine, est présente à tous les étages. Pour être combattue, car elle n'est pas une vertu mais un vice, à tout le moins une gêne révélatrice au sens photographique du terme. Loin d’être un motif implicite dans le tapis, elle est une obsession. En témoigne l’éditorial programmatique de la revue de ces chercheurs (en finance internationale, ne l’oublions pas), Cahiers de la finance islamique n° 2.

 

Comme ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, je ne peux passer sur le fait que ce texte, qui a été longuement pensé, lu et relu, est, dans la forme, insupportable, parfois incompréhensible, très imprécis et parsemé d’anglicismes (oublions que les noms d'un des membres les plus éminents de son comité de rédaction, ainsi que celui de l'université où il exerce, sont mal orthographiés). L'éditorial commence par cette phrase étrange : « Trop souvent, les opposants à la finance islamique invoquent la violation du principe de laïcité ». Hormis le fait qu’on a rarement assisté à des manifestations nourries d’opposants à la finance islamique, dans les rues ou ailleurs, l’auteur veut peut-être dire qu’il existe éventuellement des opposants à l’enseignement de la finance islamique. La réponse, nous dit-il, « dépend de la manière de concevoir la laïcité. » Comme nous ne sommes pas, avec cet éditorial, dans un discours scientifique, il y a forcément les bons et les méchants. Les sectaires et « nous ». Nous qui « optons pour une conception libérale ». Pourtant, ces juristes devraient savoir que l'on n’« opte » pas pour une conception de la légalité. On se soumet à la loi, ou pas. Et que veut dire libérale ? Quand l’auteur avance que « l’État ne doit pas croire en une religion », il décrit la situation d’avant la République, quand la France, fille aînée de l'Église catholique, était une monarchie de droit divin. Un peu comme les monarchies de type absolu ajourd'hui : l'Arabie saoudite, le Qatar, Brunei, Oman, le Swaziland et … le Vatican. Et que vient faire le verbe « croire » dans ce débat ? L’État doit accepter « la diversité́ des cultures, des croyances, des ethnies. » L’éminent juriste semble ne pas savoir que la République française ne connaît pas les ethnies.

 

Selon ce texte, « le citoyen français » (non, la loi s’applique également aux étrangers résidant sur le sol de France) « peut aspirer à une vie […] temporellement et spirituellement assumée notamment en matière commerciale ». Que signifie ce charabia qui agglutine le temporel, le spirituel et le commercial ? « La laïcité ne peut pas être, selon cette approche, un obstacle à la combinaison de la liberté de religion et la liberté d’entreprendre […]. » En quoi un chercheur universitaire devrait-il se préoccuper de l’accouplement entre la liberté de religion et la liberté d’entreprendre ?

 

Puis le juriste mélange tout : il est « évident [sic] que les autorités publiques [?] aspirent à accueillir la finance islamique [vraiment ?], la France se montre inconfortable [notez l’anglicisme hideux] face au symbole de l’appartenance de la gent féminine [Ah, la gent féminine !] à l’Islam. » Nous y voilà. Il fallait bien, dans une revue consacrée à la recherche en matière de finance internationale, que l'on parle de la burqa : « C’est au tour des femmes qui portent la burqa dans la voie publique de raviver les sentiments dits laïcs. » Dans la République française, la laïcité n'est pas affaire de sentiments, qui ne sont pas plus « dits » laïcs que l’auteur ne se dit musulman.

 

Plus bas, l’auteur revient aux moutons de la finance islamique : « nous regrettons qu’il n’existe pas, cette fois-ci, de commission spécialisée sur la finance islamique. Il en va de la sécurité juridique des transactions bancaires et financières islamiques. » Peut-être, mais en quoi une « commission spécialisée » (à quel niveau, parlementaire, gouvernementale ?) pourrait-elle, légalement, protéger les transactions islamiques ?

 

 

 

Les autorités doivent, selon l'auteur, instituer « un régime spécial ». Y aura-t-il demain un régime spécial pour les finances juive, athée ou auvergnate ? Les autorités doivent accepter la mise en place de « Sharia Board » (sans « s »). En d’autres termes des comités qui certifient la conformité des transactions par rapport à la charia et qui garantissent que les produits financiers sont totalement islamiques. Selon le Financial Times, ce type de comité n’est même pas présent dans tous les pays musulmans. Mais, pour nos Strasbourgeois, il conviendrait qu’il en existât un en France de toute urgence. Le FT précise par ailleurs – Marx aurait envisagé cette dérive – que les spécialistes en matière de finance islamique sont peu nombreux par rapport à la demande très importante (241 institutions financières islamiques). Des problèmes de confidentialité sont donc apparus et, concomitamment, des questions de conflits d’intérêt : des spécialistes sont membres d'établissements financiers rivaux ou actionnaires d'établissements qu'ils sont censés contrôler.

 

L’auteur nous rappelle que, lorsqu’elle était ministre de l’Économie, Christine Lagarde s’était montrée favorable à l’établissement d’institutions financières islamiques en France, en bafouillant son franglais (pas par incompétence linguistique mais parce qu'elle sentait bien qu'elle évoluait en terrain miné, aux limites de la légalité républicaine) devant les caméras d’oumma.tv. En bonne libérale, elle prônait un certain « pragmatisme » en la matière. Qui ne serait pas allé jusqu'à l’acceptation de conflits d’intérêt, tout de même ? En revanche, elle garantissait « l’absence de prélèvement à la source, la déductibilité, la neutralité fiscale, des éléments sécurisants pour favoriser la finance islamique. » Ainsi que la technique du “ mourabaha ” pour contourner la règle des intérêts dans la finance non “ charia-compatible ” : une banque achète un bien puis le revend  par tranches à un client en intégrant au prix de revente le coût du financement, les intérêts se faisant dès lors très discrets.

 

 

 

PS : À la tête de cet enseignement et de ces recherches, le professeur Michel Storck. Il se trouve que j’ai connu Michel vers la fin des années 70, en Côte d’Ivoire où il enseignait à la Faculté de droit. C’était un jeune homme très sympathique, très fin, toujours prêt à rendre service. Nous avons, lui et moi, bourlingué en pays dogon dans ma robuste 504. Puis, nous nous sommes perdus de vue. Je ne pensais pas que nos parcours divergeraient à ce point.

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29 novembre 2014 6 29 /11 /novembre /2014 10:24

Incompétence, volonté de nuire, mépris du consommateur ? Tout cela à la fois, dirais-je.

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29 novembre 2014 6 29 /11 /novembre /2014 07:18

Sculpture de Michael Murphy à Grand Rapids, dans le Michigan.

Le pays des cow boys
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27 novembre 2014 4 27 /11 /novembre /2014 06:36

Comme tous les ans, une grande roue s’est installée Place Bellecour à Lyon.

 

Quand j’étais jeune et beau, les grandes roues s’appelaient « grande roue ».

 

Celle-ci s’appelle « Europa Rad ».

 

Dans un premier temps, je suis confondu par ce globish. « Europa » n’est pas de l’anglais. Peut-être de l’allemand, de l’italien, de l’espagnol. Je me demande si « Rad » est une allusion au latin « radius », rayon de roue.

 

Alors, je me rends sur internet. Qui me donne la solution. Il s’agit d’une roue allemande (« Rad », en allemand), propriété de l’entreprise Kipp and Sohn : Kipp et fils. Notez bien le « and » et non « und ».

 

J’ai alors déroulé leur texte de présentation en français. Et ce ne fut pas triste :

 

 

La "Europa Rad" fait partie des commerces de transport primes sur les places des fêtes de l'Europe : Une grande roue impressionnant, dans le monde entier plus grand transportable avec les gondoles ouvertes et tournantes. Un commerce de transport des générations, mais aussi et justement à cause des gondoles tournantes un favori de la jeunesse, pratiquement le défi pour chaque place des fêtes. Malgré la grandeur imposante de cette grande roue de pointe de 55 mètres, cela a besoin d'une place de panneau relativement petite.

 

La symbiose de la nostalgie et de l'époque moderne fascine et exige de la même manière des hôtes et organisateurs. A la grandeur et à l'équipement ainsi que la lumière et décoration, Knowhow technique était aussi mis que la technique d'environnement moderne ou organisation de couleurs créative

 

La "Europa Rad" fait partie des commerces de transport primes sur les places des fêtes de l'Europe : Une grande roue impressionnant, dans le monde entier plus grand transportable avec les gondoles ouvertes et tournantes. Un commerce de transport des générations, mais aussi et justement à cause des gondoles tournantes un favori de la jeunesse, pratiquement le défi pour chaque place des fêtes. Malgré la grandeur imposante de cette grande roue de pointe de 55 mètres, cela a besoin d'une place de panneau relativement petite.

 

La symbiose de la nostalgie et de l'époque moderne fascine et exige de la même manière des hôtes et organisateurs. A la grandeur et à l'équipement ainsi que la lumière et décoration, Knowhow technique était aussi mis que la technique d'environnement moderne ou organisation de couleurs créative.

 

Les possibilités d'engagement pour la "Europa Rad" vont au loin sur des frontières de place des fêtes. Les concepts de manifestation modernes incluent régulièrement la roue spectaculaire à ses planifications, prennent en considération la "Europa Rad" à la conception de manifestations attirantes.

Méprisons la langue française (32)
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25 novembre 2014 2 25 /11 /novembre /2014 06:54

Les publicitaires ont réussi le tour de force de nous faire croire que leur marchandise était nécessaire et évidente. Ceux de ma génération ont connu l'époque où il y avait dix fois moins de publicité dans les rues, donc dans l'espace public, qu'aujourd'hui. Et l'on ne s'en portait pas plus mal. Dans des pays semblables au nôtre, je pense au Royaume-Uni, à l'Allemagne, à l'Autriche, le champ de vision est beaucoup moins pollué, agressé qu'en France.

 

Et puisqu'il faut appeler un chat un chat, la pub dans les ville, c'est Decaux : une entreprise richissime dont les bénéfices ont triplé en sept ans et qui marche la main dans la main, depuis plus de trente ans, avec la Chiraquie. Decaux peut aujourd'hui tenter de justifier l'injustifiable (" les pauvres Grenoblois vont perdre 600 000 euros par an ! "), il a voué sa vie professionnelle à ce clan de la droite française, même s'il a su trouver toutes sortes d'accommodements avec des Solfériniens.

Publicité : prendre le problème à l'envers
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24 novembre 2014 1 24 /11 /novembre /2014 07:16

Plus tard, quand il sera grand, il ne sourira plus.

 

Il sera âcre, rance, jaloux. Il mettra sa névrose au service des puissants.

 

Pour l'heure, il ne sait pas encore qu'il va rater deux fois l'ENA (la seconde fois plus nettement que la première) et qu'on "ne le reconnaîtra plus comme le premier de la classe .

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24 novembre 2014 1 24 /11 /novembre /2014 06:32

Maud Vergnol dans l'Humanité, demande si nous assisterons un jour à la fin des privilèges : « Alors que le gouvernement enfonce intentionnellement une grande majorité des Français dans la précarité, Monsieur Gattaz remet sur la table la vieille rengaine patronale sur la suppression de l’impôt sur la fortune. « L’ISF, ça détruit l’emploi, ça détruit la croissance ! » assène le patron des patrons, entre autres inepties. Pierre Gattaz devrait pourtant faire profil bas, lui qui doit sa nomination à la tête du Medef à son gourou, Serge Dassault. Car les nouvelles révélations de nos confrères de Libération sont accablantes pour celui qui incarne le capitalisme français, avec une fortune privée bâtie sur un concubinage notoire avec l’État. Ainsi, c’est 53 millions d’euros qui auraient été remis en liquide pour ses basses tâches à l’avionneur, sénateur-maire UMP de l’Essonne, qui n’a jamais ménagé sa peine pour stigmatiser les chômeurs, fustiger les fonctionnaires et donner des leçons de vertu. L’indulgence qui entoure ces délinquants en col blanc en dit long sur les liens incestueux entre les milieux d’affaires et les dirigeants politiques libéraux. L’impunité demeure l’un des privilèges des puissants. Il est grand temps de les abolir. »

 

 

Dans L’Équipe (que je devrais citer plus souvent), Bérénice Marmonier nous signale que le calendrier Pirelli 2015 est arrivé.

Une Hawaïenne, une cow-girl, une aventurière, une boxeuse sexy, une femme marin… Le Calendar Girls 2015, comme il s’appelle [en bon italien], s’est inspiré des grands succès hollywoodiens. Son photographe, le célèbre Steven Meisel, propose dans cette 42e édition les modèles féminins de référence de notre époque. « Elles représentent les stéréotypes que la mode et le star system nous imposent en ce moment, concède-t-il. Je ne voulais pas faire un calendrier conceptuel, ni le relier à un endroit précis, mais juste douze affiches dont la femme est, avec sa sensualité, la protagoniste absolue. Douze images très différentes les unes des autres ».
 

Le cru 2015 est beaucoup plus sexy que le précédent.

 

 

 

L’Équipe nous apprend également que le célèbre rappeur Jay-Z, le mari de Beyoncé, croit au sport dans lequel il investit chaque jour davantage.

 

EN FÉVRIER 2013, LE RAPPEUR JAY-Z CRÉAIT ROC NATION SPORTS, DIVISION SPORTIVE DE SON LABEL DE MUSIQUE ROC NATION. DEPUIS, IL A SIGNÉ DOUZE CONTRATS AVEC DES ATHLÈTES, PROMETTEURS OU CONFIRMÉS. PRÉSENTATION EN IMAGES.

Avant de fonder Roc Nation Sports, Jay-Z, détenait un faible pourcentage (0,067 % précisément) des Brooklyn Nets, une équipe de basket-ball de New York. Puis il a vendu ses parts lorsqu’il a fondé son écurie sportive. Le but ? Représenter des athlètes et négocier leurs contrats à la fois sportifs et marketing. Jay-Z a su s’entourer d’experts du terrain et d’agents qualifiés pour approcher les équipes et leurs protégés.
 

Il a ainsi surpris le monde du baseball lorsqu’il a signé Robinson Canó, star des Yankees, et que ses agents ont richement négocié son départ de New York pour Seattle. Jay-Z a de nouveau tapé fort en collaborant avec Kevin Durant, l’un des basketteurs les plus bankable du moment, ou en négociant pour Rusney Castillo, joueur de baseball cubain, un contrat avec les Red Sox à hauteur de 72,5 millions de dollars pour six ans.

 

 

Plus de 130 pays ont reconnu l’État de Palestine. Dans Le Monde Diplomatique, Alain Gresh demande à quoi servira la reconnaissance promise par Laurent Fabius :

 

« Si la France reconnaît officiellement l’Etat palestinien, on ne pourra que s’en réjouir, mais modérément. L’acte aura pour conséquence de confirmer la présence de la Palestine sur la carte politique et diplomatique. Mais au-delà ? Même en supposant que la solution à deux Etats soit encore possible malgré la colonisation, la question est de savoir si la reconnaissance la rend plus proche. Or, elle ne met un coup d’arrêt ni à l’extension des colonies, ni à la judaïsation de Jérusalem, tandis que les Palestiniens subissent une répression quotidienne. Et que dire de la situation à Gaza, où la reconstruction est bloquée par le siège israélien, auquel l’Egypte du maréchal Sissi apporte sa contribution ? »

 

Res Publica nous informe que, pour la CGT, il y a cinq bonnes raisons de contester la modulation des allocations familiales :

 

- Baisser le montant des allocations familiales ne se justifie pas

 

- Le montant des aides accordées aux familles est déjà insuffisant

 

- C’est lorsque la protection sociale est la plus universelle que les ménages les plus modestes sont le mieux protégés

 

- Le plafonnement des allocations familiales contribue à pousser les cadres et professions intermédiaires vers un système assurantiel

 

- Une réforme fiscale et une remise à plat de la politique familiale sont nécessaires.

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23 novembre 2014 7 23 /11 /novembre /2014 06:40

Ce titre est franchement bizarre, j’en conviens, mais le destin de Niamkey l’est aussi.

 

Lorsque j’ai été recruté à l’Université Nationale de Côte d’Ivoire en 1976, il n’y avait au département de philosophie qu’un seul enseignant ivoirien. Les autres étaient français, dont Miklos Vetö, d’origine hongroise, spécialiste de Kant renommé, profondément catholique. On pouvait penser qu’un enseignant ivoirien éprouverait quelques difficultés à faire son trou dans une telle structure. Ce ne fut pas le cas de Niamkey. Il s’avéra très rapidement que ce jeune maître-assistant, parfait connaisseur de la philosophie européenne, était porteur d’une pensée originale, profonde, féconde. Son projet n’était rien moins que de construire une philosophie qui, sans renier l’apport de l’Occident – des présocratiques à Marx – s’arc-bouterait sur le passé intellectuel de l’Afrique, proposerait une vision philosophique du monde à partir de l’Afrique, de la sous-région en tout cas. Je fus un de ses premiers et fidèles lecteurs et je finis d’ailleurs par écrire un long article sur lui dans la revue anglaise New Comparison : “Black Africa : From Independences to Liberation; Some Proposals by the Ivorian Philosopher Niamkey Koffi”. J’éprouvais une très grande admiration pour ce penseur.

 

À l’époque, Niamkey était marxisant, une démarche tolérée dans un pays qui n’était certes pas une dictature mais qu’il fallait bien qualifier d’autocratie. Des milieux intellectuels et politiques, Félix Houphouet-Boigny acceptait tous les raisonnements, toutes les critiques à la condition expresse que sa personne et sa politique ne fussent pas mises en cause. Ce n’est parce que Niamkey et moi étions proches politiquement parlant que nous sympathisâmes, mais simplement parce que nous nous étions trouvés mutuellement sympathiques.

 

Je quittai le pays vers la fin des années quatre-vingt et ne fus donc pas un témoin direct du début de libéralisation vers la fin du règne d’Houphouët-Boigny. Laurent Gbagbo, le seul réel et constant opposant au « vieux sage » de Yamoussoukro (ce qu’à bien des égards il paye aujourd’hui), put enfin s’exprimer en toute liberté. Des pensées politiques qui bouillonnaient sous la surface purent voire le jour au sein de nouveaux partis, auxquels tous les intellectuels ivoiriens s’affilièrent peu ou prou. Tous, sauf un, Niamkey, qui milita au sein de l’ancien parti unique le PDCI-RDA d’Houphouët et de son dauphin, le prometteur et richissime Konan Bédié.

 

Comme d’autres, je fus surpris par le virage radical pris par un intellectuel marxisant qui s’engageait au service du capitalisme décomplexé de la Côte d’Ivoire. Non seulement Niamkey devint le porte-parole de Bédié, mais il reprit à son compte (en fut-il l’inspirateur ?) le concept brûlant d’ivoirité qui déboucha sur une véritable guerre civile, un pays à feu et à sang. La notion d’ivoirité était née en 1945 à Dakar, au sein de milieux étudiants. Il s’agissait alors, dans le système colonial, de promouvoir une affirmation, une fierté ivoirienne en encourageant la culture nationale. À partir de 1993, avec le nouveau président de la République Konan Bédié, s’opéra un glissement très dangereux. Il fut décrété, dans un pays depuis longtemps très cosmopolite et qui avait accordé la nationalité ivoirienne de manière très libérale, qu’il faudrait quatre grands-parents nés en Côte d’Ivoire pour être ivoirien. Cette mesure de circonstance (qui, pour nous Français, résonnait de manière sinistre) visait en fait à écarter de la compétition politique Alassane Ouattara, issu d’une grande famille noble du Pays Kong, ancien économiste au FMI, ancien vice-gouverneur de la BCAO, ancien premier ministre d’Houphouët-Boigny et, accessoirement, ami de Jean-Christophe Mitterrand et de Martin Bouygues. Le pays sombra dans la méfiance identitaire, les musulmans du nord furent étiquetés mauvais Ivoiriens. La xénophobie se déchaîna dans un pays qui comptait environ un quart d’étrangers (ce qui n’avait jusqu’alors posé aucun réel problème) et où de très nombreuses familles étaient multiethniques et multireligieuses.

 

En 2010, Konan Bédié, qui avait présidé le pays de 1993 à 1999, était distancé lors de la présidentielle. Il appela à voter pour Ouattara contre Laurent Gbagbo.

 

Et Niamkey Koffi dans tout cela ?

 

Les mauvaises langues prétendent que, pour faire oublier son manque d’opposition au concept d’ivoirité et son ralliement à Konan Bédié et à l’ordre établi, ses pairs organisèrent en son honneur un colloque international de trois jours. Le compte rendu de ce colloque – scientifique – est stupéfiant. Un chef-d’œuvre de jésuitisme et de flagornerie. Certainement pas un hommage à un penseur libre.

Niamkey Koffi : le philosophe officiel de la Côte d’Ivoire

UFR SCIENCES DE L’HOMME ET DE LA SOCIETE Département de philosophie

COLLOQUE INTERNATIONAL

 

HOMMAGE AU PROFESSEUR NIAMKEY KOFFI

ABIDJAN 27 – 28 ET 29 MAI 2014

SYNTHÈSE DES TRAVAUX

 

Du mardi 27 mai au mercredi 28 mai 2014, s’est tenu, sur le campus de l’université Félix Houphouët-Boigny à Abidjan, un colloque international d’hommage au professeur Niamkey Koffi.

 

Y ont pris part des universitaires, des membres de la société civile, des décideurs politiques, des journalistes et des étudiants. Ce colloque d’hommage a également enregistré la participation aussi bien des autorités traditionnelles que de la communauté biologique [sic] et sociale du professeur Niamkey Koffi.

 

Durant ces deux journées, les participants ont, soit par des témoignages oraux, soit par des textes écrits, tenté de saisir le professeur à travers trois axes : l’homme, l’enseignant et le politique. Ils ont confronté leurs thèses relatives à la vie de celui qui est apparu à tous comme un modèle d’humilité, d’érudition et d’intellectualité ayant su combiner vie intellectuelle, pratique et praxis politiques.

 

De manière générale, les participants ont reconnu les qualités de l’homme et de l’enseignant. Le professeur Niamkey Koffi est le premier enseignant ivoirien noir recruté au Département de philosophie de l’Université de Côte d’Ivoire devenue depuis Université Félix Houphouët-Boigny, il y a 40 ans. L’excellente qualité de ses travaux de recherche et de ses enseignements justifie amplement l’hommage que ses collègues du département de philosophie lui ont rendu.

 

Trois qualités de l’enseignant ont particulièrement retenu l’attention de ses étudiants, anciens comme actuels : sa culture encyclopédique, son esprit critique avisé et le niveau de langue d’un philosophe porté sur la déconstruction. Ces qualités ont développé en ces étudiants l’amour de la philosophie et la fierté de l’avoir pour maître. Du reste, ces qualités ont pu produire sur quelques étudiants, parfois à l’insu du professeur, des trajectoires de vie intellectuelle et politique. Son parcours témoigne de la réception d’une vie claire, singulière qui met à la lumière l’actualité de sa fécondité intellectuelle. En somme, l’activité pédagogique de l’homme a consisté à valoriser le sens de l’existence en aidant librement ses interlocuteurs à se construire eux-mêmes. On comprend pourquoi, dans l’évolution même de sa propre pensée, il s’est insurgé contre la violence dans l’espace politique et a rejeté la révolution comme mode d’accès au pouvoir. S’il plaide, à cette étape de son propre parcours, pour la culture démocratique exempte de domination, c’est parce qu’il exige la liberté et la culture de la paix par le dialogue comme fondements du jeu politique.

 

Figure centrale de la philosophie en Côte d’Ivoire, il cumule la double image du théoricien chevronné et du pédagogue émérite. Investissant la dialectique sous le jour de la pluralité, le philosophe ivoirien distingue la dialectique positive de la dialectique négative. Comment cette dialectique pensée comme unité des contraires a-t-elle habité à la fois l’aire réflexive et le champ politique ? Comment se présente le discours dialectique du théoricien et qu’elle en en est l’écho dans la praxis politique du militant ? En quelles résonnances la pluralité définitoire dialectique a-t-elle innervé la pratique théorique et la praxis de l’intellectuel organique qu’il a pu parfois incarner ? N’existe-t-il pas une dialectique des « images éclatées » de Niamkey Koffi à découvrir dans le philosophe et le politique ?

 

C’est en ce point de la rencontre du politique et de l’homme que les discussions ont été âpres et contradictoires. Cette âpreté et cette contradiction révèlent la richesse de sa personnalité ; certains diront l’ambiguïté et l’équivoque humaines.

 

Actuel militant du PDCI-RDA, cet intellectuel engagé en politique a dérouté pas mal de ses étudiants qui avaient vu en lui, un penseur de gauche, marxiste. Son approche marxisante de la réalité politique à ses débuts, en tant qu’enseignant, ne s’est pas concrétisée en une inscription dans un parti politique de gauche à la fin du parti unique, en1990. Du discours marxisant, il est passé à la pratique libérale en intégrant l’ancien Parti unique, le PDCI-RDA, devenant même le porte-parole de son président, M. Henri Konan Bédié. Plusieurs Niamkey Koffi ont été exprimés à travers ces différentes figures perçues dans les communications et témoignages.

 

Il ressort de ces expressions que tous ces Niamkey Koffi sont vrais. Aucun n’est faux. L’expérience perceptive des différents Niamkey Koffi a été un enrichissant exercice d’une archéologie de la vérité. Plutôt que de nous enfermer dans l’alternative du vrai et du faux Niamkey, les débats ont au contraire confirmé ce que la philosophie de Merleau-Ponty nous enseigne : ambiguïté et équivoque, parce que propriétés de l’Être, contribuent à fonder les certitudes. Une ambiguïté de principe et de fait est une garantie de la vérité. Ce n’est guère un défaut, mais une condition de quête de la vérité. S’il y avait coïncidence totale entre ce que nous sommes et ce que nous apparaissons aux autres, il n’y aurait pas nécessité de rechercher la vérité sur nous ; il suffirait de dérouler nos expériences pour comprendre les raisons d’agir. C’est justement parce que l’être ne coïncide pas avec l’objet, le perçu avec la conscience perceptive qu’advient la vérité comme mouvement de différenciation.

 

Les différentes communications entendues hier […] indiquent dans ce sens, qu’il faut renoncer à l’idée d’univocité quand il s’agit de la vérité. Il n’y a pas un Niamkey Koffi, mais plusieurs Niamkey Koffi ayant habité les différentes biotopes [sic] intellectuelles (marxisme, léninisme, libéralisme) et physiques (Agboville, Bassam, Abidjan, Paris, Bouaké et Abidjan). Ambiguïté essentielle qui constitue l’étoffe de l’homme dit que nos négations sont aussi des affirmations. Ainsi, nos erreurs et nos errements sont à inscrire au registre de la vérité. Aucune vie ne peut se dérouler en marge des errements, des reniements et des doutes. Ceux-ci sont au contraire mesures de l’espérance.

 

Au total, chaque Niamkey Koffi est aussi vrai que chaque perspective d’un tableau perçu sous différents angles. Le vrai Niamkey perce sous l’addition de ces différentes singularités. L’homme Niamkey Koffi est ainsi marqué par l’ambiguïté et l’équivoque, comme l’Homme en son essence.

 

Les participants au colloque ont reconnu en résumé :

 

  •  Qu’il faut magnifier les maîtres
  •  Qu’il faut donner en exemple, dans la communauté universitaire, ses figures réussies
  •  Que l’histoire intellectuelle de nos jeunes universités est à écrire par nous-mêmes afin de léguer aux jeunes générations les rudiments analytiques de notre historicité.La polémique et l’esprit critique bien menés conduisent à un enrichissement mutuel.

 

 

Merci de votre aimable attention

Fait à Abidjan le mercredi 28 mai 2014

Pour le colloque Le Comité scientifique 

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18 novembre 2014 2 18 /11 /novembre /2014 06:26

Le contribuable français a versé 172 millions d'euros (sans le savoir car dans le plus grand secret) à l’éditeur néerlandais Elsevier. Pendant ce temps-là, la dotation recherche des universités a été amputée de 400 millions d’euros.

 

Les chercheurs universitaires ne sont pratiquement jamais rémunérés lorsqu’ils publient dans des revues scientifiques (à titre personnel, je l’ai été une seule fois pour environ 70 articles scientifiques publiés ; je ne m’y attendais pas du tout et n’avais rien demandé). Au contraire, il arrive qu’ils payent pour être publiés. Les évaluateurs des articles à paraître ne sont jamais rémunérés. Ces activités bénévoles, de plus en plus accaparantes, débouchent sur des revues papier ou en ligne.

 

Ce travail considérable est indirectement financé par l’argent public. L’écriture d’articles et la participation à des comités de lecture font partie des activités attendues des chercheurs et donnent lieu à des crédits de recherche, financés par le contribuable.

 

Les revues scientifiques peuvent être universitaires, auquel cas personne ne touche aucun argent, ou privées. L’argent peut alors couler à flot. Les revues privées ne sont pratiquement jamais accessibles gratuitement. Cet accès est vendu aux bibliothèques universitaires et aux laboratoires de recherche.

 

Ces revues sont rarement accessibles gratuitement. Les éditeurs vendent l’accès aux articles aux bibliothèques universitaires et aux laboratoires de recherche. Les ressources financières pour la publication proviennent des crédits de recherche accordés aux laboratoires ; les accès aux revues sont achetés au niveau de l’institution. Dans les deux cas, les subventions sont publiques. Quatre grands éditeurs se partagent le gâteau :

 

- le néerlando-britannique Elsevier, qui publia Érasme,

- l’allemand Springer, 2 900 revues scientifiques,

- l’étasunien Wiley, chiffre d’affaires : 2 milliards de dollars,

- le britannique Informa, enregistrée à Jersey, siège social en Suisse, chiffre d’affaires : 335 millions de livres.

 

Ils en tirent des marges énormes : de 30% à 40% de bénéfice annuel net pour Elsevier ou Springer. Ces éditeurs revendent très cher aux universitaires des articles qu’ils ont eux-mêmes écrits.

 

 

Dans ce domaine comme dans d’autres, la concurrence libre et non faussée est un mythe. Alors que les frais de production ne cessent de diminuer, le prix des abonnements ne cesse de flamber. L’abonnement annuel à l’édition papier de la revue Brain Research  est de 15 655 euros, celui à l’édition électronique étant de 11 656 euros.

 

Le gouvernement français et Elsevier ont signé un accord à hauteur de 171 millions d’euros pour un périmètre de 476 universités et établissements hospitaliers. Ces établissements peuvent accéder à 2 000 revues. Cet accord a été signé sans la moindre publicité. Le choix d’Elsevier n’a pas été motivé. Il a en revanche été totalement assumé par Geneviève Fioraso en mars 2014 lorsqu’elle déclara à l’Académie des sciences qu’elle privilégiait Elsevier, malgré son discours du 24 janvier de la même année devant les 5èmes journées Open Access (sic) où elle déclarait que « L'information scientifique est un bien commun qui doit être disponible pour tous ». En tout état de cause, c’était la première fois que, dans l’histoire de la République le droit de lire des travaux scientifiques était négocié au niveau national.

 

Face à cette marchandisation toute solférinienne de la culture scientifique, il faut exiger un accès gratuit aux publications scientifiques qui n’ont pas donné lieu à des contrats de rémunération. Lorsqu’il n’y a pas de droits d’auteur, il n’y a aucune raison que l’éditeur puisse exciper de droits d’édition.

 

En Allemagne, les droits d’exclusivité de l’éditeur ont été limités à un an : « L’auteur d’une contribution savante, née d’une activité de recherche financée au moins pour moitié par des ressources publiques et publiée dans une collection périodique paraissant au moins deux fois par an, est en droit, même lorsqu’il a cédé un droit d’exploitation exclusif à l’éditeur, de rendre publiquement accessible cette contribution dans la version acceptée du manuscrit, après un délai de douze mois suivant sa première publication, toute fin commerciale étant exclue. La source de la première publication doit être indiquée. Un accord dérogatoire au détriment de l’auteur est sans effet. » Il s’agit là de ce que les Allemands appellent un « droit d’exploitation secondaire » (Zweitverwertungsrecht). Aux Pays-Bas, les négociations entre le gouvernement et Elsevier ont été interrompues, les pouvoirs publics soutenant clairement la position des chercheurs.

 

L’accès ouvert, l’accès libre doivent redevenir la norme. Ils sont économiquement viables. Ils donnent aux auteurs un nouvel impact, une audience élargie. À l’opposé du modèle libéral solférinien, il faut exiger que doivent être immédiatement accessibles – en ligne en particulier – les contributions que les chercheurs ont données sans rétribution. Avec possibilité légale de télécharger, copier, transmettre, imprimer. Pourraient également être accessibles en ligne des prépublications n’ayant pas encore été évaluées pour lesquelles les chercheurs souhaiteraient obtenir des avis de leurs pairs ou pour avertir d’une découverte importante. Le tout en veillant à ce que les travaux soient protégés dans leur intégrité et correctement cités.

 

Source : Rue 89. Article de Pierre-Carl Langlais et Rayna Stamboliyska.

 

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