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20 mai 2017 6 20 /05 /mai /2017 05:37

Je les aime bien, dans ce magasin Lyon Cycle Chic où ils s'occupent de mon vélo. Ils sont sympathiques, compétents, rapides.

 

Dans un prospectus (pardon : un « flyer »), ils me demandent si je connais le « gravel». C’est un mot que j’ai dû apprendre en 4ème ou en 3ème et qui signifie tout bêtement « gravier ». Hé oui ! La vente est une science qui consiste à identifier des besoins et, plus souvent encore, à en créer. Les Zuniens du cycle ont donc imaginé un nouveau concept : un cycle pour rouler sur le gravier. Sur internet, on apprend que le « Le gravel est une pratique du vélo qui mixe [sic] des passages sur route ainsi sur des sentiers, des pistes et des chemins. »

 

Selon le site Top vélo, « Cette pratique est issue du continent américain [en fait, des États-Unis] et les constructeurs tendent à développer celle-ci en Europe. Le mot Gravel [sic pour la majuscule] (comprenez gravier en français [re-sic pour l'ordre de l'explication]) exprime donc une capacité à évoluer sur des itinéraires qui en découlent. Chemins, sentiers, routes forestières … Votre capacité à imaginer sera votre seule limite d'évolution ! Les amateurs de longues chevauchées seront comblés. Du coup, sur le plan de l'approche philosophique [appelons-en à Kant !], vous trouvez ici une clientèle de cyclistes dont l'origine (en termes de pratique) est diverse et variée (VTT, vélo route, VTC, ...). »

 

Les randonnées peuvent être longues. Il faut donc se munir d’une sacoche à provisions. Nos concepteurs zuniens y ont pensé : c’est le « bikepacking ». Pour les spécialistes de ce type de sacoche, « Le bikepacking est au vélo ce que le sac à dos (backpacking) est à la rando ». Cette tendance est née aux États-Unis en 2000 et elle est arrivée en Europe « portée par le développement de la randonnée légère de longue durée à vélo. » On peut la comparer, nous dit-on, au « fast-hiking » (tout bêtement « marche rapide ») qui n’admet que des sacoches d’un volume d’environ 35 litres. Les « fast-hikers » adoptant logiquement un type de sac « Issu du Trail Running [sic, les majuscules], possédant un confort suffisant pour une utilisation » sur une longue distance.

 

Bref, ces produits peuvent être déclinés, démultipliés à l’infini. Ce qui permet de nourrir la conversation entre initiés :

 

  • J’aime bien mon packing de 35 litres.
  • Avant, j’avais le même que le tien mais je suis passé au 14 litres.
  • Pour un trail [les Français sont forts : l’anglais dit « trail running », le mot important, décrivant l’action, étant « running » ; on l’élimine, pardon : on le squeeze] de 4 heures, c’est un peu juste, quand même.
Les Portes Ouvertes de Cycle Chic
Le Gravel, vous connaissez ?

Le 5 et 6 mai prochain toute l’équipe Lyon Cycle Chic vous invite à découvrir ou redécouvrir le Gravel durant notre journée porte ouverte ! Venez échanger autour du thème du Gravel avec nos partenaires.

VENDREDI 5 MAI

THÈME RANDONNÉE

Venez découvrir notre sélection de produits vélo de randonnée, sacoches traditionnelles, sacoches bikepacking, accessoires.Venez partager votre expérience et échanger autour de votre futur rando ! 

VENDREDI 5 MAI AU SOIR

THÈME GRAVEL CHIC

Venez déguster « The Veritable Cyclist Beer » Vélosophe autour d’une soirée consacrée au Gravel à partir de 20h au magasin ! 

SAMEDI 6 MAI

THÈME GRAVEL

Une sortie Gravel vous attend au départ du magasin Lyon cycle chic pour une durée de 2h maximum (Mini petit déjeuner à 8h00 et Départ à 8h30 de Lyon cycle chic). Venez tester nos vélos ! Nos  stands partenaire seront sur place pour échanger autour de cette pratique aux facettes multiples !

Atelier «méca» sur les basiques à connaitre pour partir randonner en toute sérénité.

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7 mai 2017 7 07 /05 /mai /2017 05:30
Quelques statues
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29 avril 2017 6 29 /04 /avril /2017 05:39

Dans les années cinquante, mes parents possédaient un florilège des dessins de L'Assiette au beurre. L'un d'entre eux s'est fiché à jamais dans un coin de mon cerveau. Un correspondant l'a retrouvé pour moi.

Souvenir de L'Assiette au beurre
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30 mars 2017 4 30 /03 /mars /2017 05:35

Erin Torkelson Weber. The Beatles and the Historians. An Analysis of Writings About the Fab Four. McFarland and Company. Jefferson, North Carolina, 2016.

 

55 ans après l’enregistrement de “Love Me Do”, des centaines de livres et des dizaines de milliers d’articles consacrés aux Beatles (du plus frivole au plus savant), il est de plus en plus difficile et stimulant d’écrire de manière novatrice sur le plus important groupe de musique populaire du XXe siècle. Récemment, le sociologue Laurent Denave s’est intéressé à la « valeur » – y compris marchande – des Beatles (Rennes, P.U.R., 2016). Ici, Erin Torkelson Weber prouve que l’historiographie des Beatles n’est pas une mince affaire. Á noter, pour ne plus y revenir – mais l’historiographie pourrait se pencher sur ce fait qui n’est peut-être pas anodin – que l’écrasante majorité des ouvrages sur les “Fab Four” ont été écrits par des hommes. Ce qui n’est donc pas le cas d’une étude – inspirée, méthodologiquement parlant, par Marc Bloch – qui fonde en un tout dynamique l’histoire des faits conscients et celle des faits inconscients de la vie et de l’œuvre des Beatles.

 

Comment, en effet, écrire l’histoire des Beatles, mais surtout l’histoire de leur histoire, alors que deux membres du groupe sont toujours en vie et alimentent leur propre saga, alors que, du vivant du groupe (quatre « garçons » qui s’aimaient mais entre lesquels s’exacerbaient des tensions qui n’étaient pas que créatrices), chaque Beatle, mais également plusieurs proches du groupe, offraient leur propre discours, souvent en pleine contradiction ? Et puis, comment produire une histoire exigeante si l’on n’établit pas rigoureusement le départ entre le mythe et la réalité ? L'autrice donne ainsi un exemple de mentir-vrai qui avait totalement échappé à tous les spécialistes (dont j’ai pu être). Durant la nuit du 9 octobre 1940, dans Liverpool bombardé par la Luftwaffe, Mimi Smith passe entre les bombes pour faire la connaissance de son neveu John qui vient de voir le jour à la maternité d’Oxford Street. Mimi, qui élèvera le futur fondateur du groupe, relatera cet épisode clé à Hunter Davies, l’auteur de la première biographie des Beatles, « autorisée » et néanmoins très bonne, en 1968. De ce “fait”, les exégètes tireront la conclusion que Lennon aura trouvé dans cet ADN historique la volonté de lutter pour la paix. Il faudra attendre une quarantaine d’années pour que des historiens sérieux découvrent que, cette nuit-là, l’aviation allemande n’avait pas pointé le bout de son nez. En outre, Torkelson Weber taille des croupières au mythe selon lequel Alfred Lennon aurait obligé son fils âgé de six ans à choisir entre vivre avec lui en Nouvelle-Zélande ou rester avec sa femme en Angleterre, ce choix ayant durablement perturbé l’enfant. Or ce chantage n’eut jamais lieu.[1]

 

 
Note de lecture (166)

 

L’autrice déconstruit l’histoire du groupe en une série de discours distincts les uns des autres. Sa thèse est que ces constructions intellectuelles, émotionnelles, furent l’œuvre des Beatles eux-mêmes, ainsi que de leur entourage immédiat (George Martin, Brian Epstein au premier chef), des journalistes et auteurs qui les ont approchés et longuement interrogés, et aussi de leurs admirateurs.

 

Pour le malheur des historiens, McCartney et Starr sont toujours vivants et, tel le fantôme de Hamlet, ils peuvent à tout instant donner leur opinion sur leur histoire qui s’écrit. Du vivant des deux autres se construisit tout d’abord une version propre, enchanteresse, de la vie du groupe : quatre amis sympas, farceurs, propres sur eux, des cœurs à prendre (le mariage et la paternité de Lennon fut longtemps cachés), un duo de créateurs extraordinaires travaillant main dans la main (au moment précis où le groupe accéda à la notoriété internationale, Lennon et McCartney s’aidaient mais n'écrivaient plus ensemble) et puis, à l’arrière plan, George attendant qu’on lui demande un solo de guitare ébouriffant et Ringo toujours prêt à balancer un roulement de batterie entre deux vannes. Jamais l’homosexualité de leur imprésario Brian Epstein n’était évoquée, pas plus que la violence physique dont faisait parfois preuve John, ou encore la prise régulière d’amphétamines (en attendant des drogues plus dures). Il fallut attendre la sortie de Sgt Pepper’s Lonely Hearts Club Band en 1967, un disque sur la couverture duquel les “premiers” Beatles assistent à leur enterrement, pour que le mythe s’effiloche. L’album était présenté comme le disque du groupe du Sergent Pepper, ce qui, avec le recul, préfigurait la mort du vrai groupe.

 

Avant cela, le film A Hard Day’s Night avait propagé l’image et le reflet inversé de la Beatlemania en construisant quatre « garçons dans le vent » : John l’intello sarcastique, Paul le charmeur, George l’homme tranquille et Ringo l’affable bien de chez nous. Le second film Help ! renforça ces stéréotypes. Dans les faits, George, bien qu’il ait composé l’une des chansons les plus poujadistes des années soixante (“Taxman”), s’était prononcé contre l’intervention étasunienne au Vietnam deux ans avant l’offensive du Tet, et Paul était nettement plus avant-gardiste que John, en matière musicale comme dans d’autres domaines. Les cinq ans passés au contact de la famille de sa “fiancée » Jane Asher avaient contribué à sa très grande ouverture d’esprit. De plus, Paul n'attendrait pas la période “ouvriériste” de John pour critiquer les États-Unis, un pays à qui « il manquait la BBC », un pays pourri (« lousy ») où «tout Noir est un nègre crasseux » (mars 1966).

 

Un deuxième grand discours sur les Beatles commença en avril 1970, lors de la sortie de l’album solo de Paul, McCartney, quand il annonça sa volonté de « prendre un peu de repos » par rapport au groupe. Ce fracas entrait en contradiction avec l’image d’un groupe encore soudé qui avait peu de temps auparavant produit l’excellent album Abbey Road après avoir chanté 42 minutes sur le toit de l’immeuble Apple, en plein centre de Londres. Et puis il y eut l’entretien historique de Lennon dans Rolling Stone en janvier 1971 (“Lennon Remembers”). Avec Jan Wenner, pas particulièrement savant en Beatleologie. 150 pages (!) où Lennon balaya toute la production des Beatles en la qualifiant de « malhonnête ». Il évoqua l’homosexualité d’Epstein et méprisa tout son entourage professionnel, à commencer par George Martin le producteur qui se serait servi des Beatles pour sa gloriole. Wenner goba. Paul n’eut pas la force de contre-attaquer, craignant que John « lui rentre dedans » et tomba en dépression. Lennon affirma avoir écrit 50, puis 70% d’“Eleanor Rigby”, jaloux qu’Allen Ginsberg ait fait découvrir cette création unique en son genre à Ezra Pound.

 

L’assassinat de John en 1980 marqua un tournant dans la littérature consacrée au Beatles avec, désormais, une majorité d’auteurs n’ayant eu aucun contact avec les chanteurs où leur entourage. Ce fut donc le temps des sources secondaires. Replaçant le développement du groupe dans son contexte politique et culturel, l’ouvrage le plus influent du genre fut celui de Philip Norman Shout ! The True Story of the Beatles, publié en 1981. Norman lui aussi sous-estima l’apport de Paul, brossant de surcroît le portrait d’un Machiavel avec un don indéniable pour la mélodie. Chaque ligne consacrée à George était négative (Harrison est tout de même l’auteur de “Something”, “Here Comes the Sun” et du triple album All Things Must Pass), quelques lignes étaient consacrées à Ringo, pourtant l’un des meilleurs batteurs pop du XXe siècle. Les dix mots de français que Paul avait insérés dans “Michelle” trahissait sa « volonté d’ascension sociale ». L’Album blanc, porté à bout de bras par Paul, était qualifié de « sucré, fade et écœurant ».

 

On passa aux choses sérieuses avec les travaux du Britannique Mark Lewisohn qui put forcer la porte des studios d’Abbey Road, un endroit mieux gardé que Fort Knox, et écouter la totalité du travail des Beatles, chaque chanson, chaque prise. Il en résulta The Complete Beatles Recording Sessions: The Official Story of the Abbey Road Years avec une longue interview de Paul McCartney. Quoi de plus factuel que ces bandes qui rendaient justice à McCartney en tant que créateur ? Les deux auteurs-compositeurs faisaient désormais la paire, à égalité. Paul publia Many Years from Now (sous la plume de Barry Miles), un ouvrage qui prit le contre-pied de l’interview de Wenner dans Rolling Stone. Le preneur de son Geoff Emerick fit paraître Here, There and Everywhere, My Life Recording The Music of The Beatles, dans lequel il expliqua que si Paul n’avait pas pris le pouvoir après le suicide de Brian Epstein en 1967, John, fortement sous l’emprise de drogues dures et de Yoko Ono qui voulait qu'il quitte ses amis, aurait fait sombrer le groupe et jamais Sgt Pepper et les albums suivants n’auraient vu le jour.

 

La morale de l’histoire est qu’il y aura toujours un conflit – productif heureusement – entre ceux qui font l’histoire et ceux qui l’écrivent. Ceux qui auront été des légendes de leur vivant porteront, nous dit Erin Torkelson Weber, « le poids de l’histoire sur leurs épaules ».

 

 

 

 

[1] Toujours à propos de Lennon, mon collègue et ami François Poirier, grand spécialiste de Liverpool, se montrait dubitatif quand on évoquait devant lui les marins de Liverpool ramenant des États-Unis des disques de rock que John aurait « découverts » au milieu des années 50. Cette épiphanie fut pourtant relatée cent fois.

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7 mars 2017 2 07 /03 /mars /2017 06:39

L'actuelle exposition Vermeer m'a ramené plusieurs décennies en arrière quand, à plusieurs reprises, je suis allé éprouver des émotions rares au Rijksmuseum d'Amsterdam ou à la Mautitshuis de La Haye. Après la très brève réflexion sur la différence entre un grand peintre et un génie, je livre ici une remarque un peu plus élaborée que je m'étais faite il y a une quarantaine d'années en lisant Orwell et Barthes.

 

Considérons un instant la “Peseuse de perles”. Au sens propre du terme, ce tableau est une composition. On apprécie la manière dont l'artiste a planté son décor : un coin de pièce très délicatement baigné par une lumière diffuse venant, comme toujours dans les intérieurs du maître de Delft, de la gauche ; une table massive sur laquelle repose un velours froissé dont l'artiste a étudié les plis et les reflets avec un soin extrême ; un tableau dans le tableau, immédiatement allégorique – donc chargé de sens, un personnage féminin faisant face à la fenêtre et pesant des perles. On admire la prodigieuse harmonie des couleurs, l'organisation des horizontales, des verticales et des obliques que la silhouette féminine tout en rondeur et en douceur fait oublier peu à peu (la dame est enceinte). Mais le trait de génie de Vermeer dans cette œuvre c'est d'avoir saisi la peseuse au moment précis où le trébuchet se met en équilibre parfait. Le personnage féminin (le terme “personnage” convient particulièrement ici car il est généralement admis que sa peseuse – comme sa “Dentellière” ou sa “Joueuse de guitare” – étaient en fait des amies ou des parentes qu'il déguisait) cligne doucement des yeux, en paix, en harmonie avec lui-même. Mais sur le mur d'en face, il y a un tout petit détail qui brise le très profond silence de ce tableau : un clou avec à sa gauche l'empreinte que ce clou a laissé dans le mur. Et ce clou tombé, ramassé, enfoncé de nouveau fait un fracas épouvantable. Car bien que ne servant à rien, il nous dit néammoins ceci : je suis un pauvre clou, c'est pourquoi ce que vous avez devant les yeux est certes un tableau, donc une œuvre d'imagination, mais elle est peinte d'après le réel. Et le clin d'œil de Vermeer est d'autant plus appuyé que, dans une autre de ses œuvres, “La laitière”, on retrouve ce clou exactement au même endroit mais dans un décor tout autre.

 

Le clou de Vermeer, George Orwell et Roland Barthes

Nous sommes bien sûr en présence d'un “effet de réel”.

 

C'est à ma connaissance George Orwell qui, dans son essai sur Charles Dickens a, le premier, mis le doigt sur cette technique particulière. Dans ces pages, il explique que ce qui distingue l'auteur de David Copperfield de tous les écrivains de son époque, c'est l'usage qu'il fait du “détail superflu” (unnecessary ou circumstantial detail). Á l'appui de sa démonstration, Orwell cite, entre autres, le passage suivant :

 

"A few days afterward the family were at dinner – baked shoulder of mutton and potatoes under it – the child, who wasn't hungry, was playing about the room, when suddenly there was heard the devil of a noise, like a small hailstorm ".

 

Alors, demande Orwell, à quoi sert l'épaule de mouton, en quoi fait-elle avancer l'histoire? Réponse : en rien. Mais ce petit détail contribue à créer l'atmosphère dickensienne.

 

Je ne sais si Roland Barthes connaissait l'essai d'Orwell au moment où, en 1968, il a magistralement théorisé sur l'“effet de réel”. Mais le fait est que le début de sa propre analyse ressemble étrangement à celle consacrée à l'épaule de mouton:

 

“Lorsque Flaubert décrivant la salle où se tient Madame Aubain (...) nous dit qu'un vieux piano supportait, sous un baromètre, un tas pyramidal de boîtes et de cartons, lorsque Michelet racontant la mort de Charlotte Corday et rapportant que dans sa prison, avant l'arrivée du bourreau, elle reçut la visite d'un peintre qui fit son portrait, en vient à préciser qu'au bout d'une heure et demi on frappa doucement à la porte qui était derrière elle', ces auteurs produisent des notations que l'analyse structurale (...) laisse pour compte”.

 

Au moment où ces détails superflus, conclut Barthes, “sont réputés dénoter directement le réel, ils ne font rien d'autre, sans le dire, que le signifier”.

 

Orwell eut souvent recours à cette technique dickensienne de l'effet de réel, comme, par exemple, dans Coming Up For Air, où le narrateur imaginait Londres bombardé avec, au milieu des ruines, des pianos…payés à crédit :

 

“War is coming. 1941, they say. And there'll be plenty of broken crockery and little houses ripped open like packing cases, and the guts of the chartered accountant's clerk plastered over the piano that he is paying on the never never”.

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4 mars 2017 6 04 /03 /mars /2017 06:39

En gros, et pour simplifier, c'est le refus de l'anecdote et la parfaite adéquation entre les formes et les couleurs (voir, chez Vermeer, le rideau vert, le rideau blanc puis la robe de la servante).

 

“La lettre d'amour”, de Gabriel Metsu :

 

 

La différence entre un grand peintre et un génie

"Femme écrivant une lettre avec sa servante", de JohannesVermeer

La différence entre un grand peintre et un génie
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2 février 2017 4 02 /02 /février /2017 06:34

Je reprends ici un travail du site Ballast sur un florilège de citations de George Orwell. Quel visionnaire, cet Orwell ! Même quand il se trompe, il le fait de manière géniale.

 

Malheur à la postérité ! Deux courants se réclament à grands cris de l’écrivain britannique, piétinant ainsi la mémoire qu’ils jurent honorer : les libéraux «antitotalitaires » et les néorépublicains – on les croise partout, du Figaro à quelque Comité féru du « pluralisme des idées », du peu décent  Causeur à la très médiatique Natacha Polony. Cet abécédaire, que nous avons confectionné à partir de son œuvre et de sa correspondance, se propose de rappeler le tranchant et la cohérence du romancier militant, combattant dans une organisation marxiste et partisan résolu de l’abolition du capitalisme. Une boîte à outils, des pistes laissant au lecteur le soin d’aller plus loin.

 

 

 

 

 

Animaux : « Je vis un petit garçon, de dix ans sans doute, mener un énorme cheval de trait dans un chemin étroit, le fouettant à chaque fois qu’il renâclait. Je compris tout à coup que si ces animaux prenaient conscience de leur force, nous n’aurions plus aucun pouvoir sur eux, et que les hommes exploitaient les animaux un peu comme les riches exploitent le prolétariat. Je me mis à analyser la théorie marxiste du point de vue des animaux. » (Préface à l’édition ukrainienne de La Ferme des animaux, 1947)

 

Bourreau : « La plupart des gens sont pour la peine capitale, mais rares sont ceux qui accepteraient de prendre la place du bourreau. » (Le Quai de Wigan, 1937)

 

Colonialisme : « Hitler n’est que le spectre de notre propre passé qui s’élève contre nous. Il représente le prolongement et la perpétuation de nos propres méthodes, exactement au moment où nous commençons à en avoir honte. » (« Notes en chemin», 1940)

 

Doctrines : « La seule chose au nom de laquelle nous pouvons combattre ensemble, c’est l’idéal tracé en filigrane dans le socialisme : justice et liberté. Mais ce filigrane est presque complètement effacé. Il a été enfoui sous des couches successives de chicaneries doctrinales, de querelles de parti et de “progressisme” mal assimilé, au point de ressembler à un diamant caché sous une montagne d’excréments. » (Le Quai de Wigan, 1937)

 

Ennemi fasciste : « Le fascisme n’a pas de contraire réel excepté le socialisme. On ne peut pas se battre contre le fascisme au nom de la “démocratie” parce que ce que nous appelons démocratie, dans un pays capitaliste, ne peut exister que tant que les choses vont bien ; dans les moments de difficulté, elle se transforme immédiatement en fascisme. » (Lettre à Amy Charlesworth, 30 août 1937)

 

Faire le jeu de : « Il y a une expression qui est fort en vogue dans les milieux politiques de ce pays : “Faire le jeu de”. C’est une sorte de formule magique ou d’incantation, destinée à cacher les vérités dérangeantes. Quand on vous dit qu’en affirmant telle ou telle chose vous “faites le jeu” de quelque sinistre ennemi, vous comprenez qu’il est de votre devoir de la boucler immédiatement. » (« La politique et la langue : “Faire le jeu de” », 9 juin 1944)

 

Guerre : « La guerre est le plus puissant de tous les facteurs de transformation. Elle accélère tous les processus, elle efface les différences secondaires, elle est révélatrice de la réalité. Et en premier lieu, elle amène les individus à prendre conscience qu’ils ne sont pas entièrement des individus. » (The Collected Essays, Journalism and Letters of George Orwell)

 

Honnêteté : « En ce moment, la seule attitude pour un honnête homme, que son tempérament le porte plutôt vers les Tories [les conservateurs, ndlr] ou plutôt vers les anarchistes, c’est d’œuvrer pour l’avènement du socialisme. Cela seul peut éloigner de nous la misère du présent ou le cauchemar du futur. » (Le Quai de Wigan, 1937)

 

Impérialisme : « Après cinq années passées dans la police impériale des Indes j’en vins à nourrir pour l’impérialisme que je servais une haine féroce dont j’aurais du mal à expliquer clairement les raisons. […] Pour avoir la haine de l’impérialisme, il faut en avoir été un des rouages moteurs. » (Le Quai de Wigan, 1937)

 

Justice : « Je n’ai jamais pu pénétrer à l’intérieur d’une prison sans avoir l’impression (impression partagée par la plupart de ceux qui y entrent en visiteurs) que ma place était derrière les barreaux plutôt que devant. Je pensais alors — je le pense encore — que le pire criminel que la Terre ait connu est moralement supérieur au juge qui décide d’une pendaison. » (Le Quai de Wigan, 1937)

 

Koestler : « “Voilà où conduisent fatalement les révolutions.” Il n’y a rien d’autre à faire que d’être un pessimiste à court terme, c’est-à-dire se tenir à l’écart de la politique, créer une sorte d’oasis où l’on puisse, avec ses amis, garder la tête claire et espérer que dans une centaine d’années les choses s’arrangeront de quelque façon. À la base de cette position se trouve l’hédonisme de Koestler, qui le conduit à considérer le paradis terrestre comme une chose souhaitable. Mais il se peut que, souhaitable ou non, ce paradis ne soit pas possible. Il se peut qu’une certaine quantité de souffrance soit inhérente à la condition humaine, il se peut que l’homme n’ait jamais, entre deux maux, qu’à choisir le moindre, il se peut même que le socialisme ne vise pas à rendre le monde parfait mais seulement meilleur. Toutes les révolutions sont des échecs, mais il y a différentes sortes d’échecs. C’est parce qu’il refuse de reconnaître cela que Koestler s’est provi­soirement engagé dans une impasse […]. » (« Arthur Koestler », 1944)

 

Ligue : « Le mouvement socialiste a autre chose chose à faire que se transformer en une association de matérialistes dialectiques ; ce qu’il doit être, c’est une ligue des opprimés contre les oppresseurs. Il doit attirer à lui les gens sérieux et écarter les libéraux à la bouche fleurie qui veulent l’écrasement du fascisme étranger pour pouvoir continuer à toucher tranquillement leurs dividendes – le type de coquin qui présente des motions “contre le fascisme et le communisme”, c’est-à-dire à la fois contre les rats et la mort-aux-rats. […] Des classes distinctes peuvent et doivent faire front commun sans que les individus qui les composent soient sommés d’abandonner du même coup ce qui fait leur originalité. […] Ceux qui doivent aujourd’hui unir leurs forces, ce sont tous ceux qui courbent l’échine devant un patron ou frissonnent à l’idée du prochain loyer à payer. » (Le Quai de Wigan, 1937)

 

Mendicité : « Derrière tous les discours dont on nous rebat les oreilles à propos de l’énergie, de l’efficacité, du devoir social et autres fariboles, quelle autre leçon y a-t-il que “amassez de l’argent, amassez-le légalement, et amassez-en beaucoup” ? L’argent est devenu la pierre de touche de la vertu. Affrontés à ce critère, les mendiants ne font pas le poids et sont par conséquent méprisés. » (Dans la dèche à Paris et à Londres, 1933)

 

Nationalisme : « J’entends avant tout par “nationalisme” cette façon d’imaginer que les hommes peuvent être l’objet d’une classification semblable à celle des insectes, et que des millions ou des dizaines de millions d’entre eux peuvent ainsi être, en bloc et avec une parfaite assurance, étiquetés comme “bons” ou “mauvais”. […] Le nationalisme est indissociable de la soif de pouvoir. Le souci constant de tout nationaliste est d’acquérir plus de pouvoir et de prestige non pour lui-même mais pour la nation ou l’entité au profit de laquelle il a choisi de renoncer à son individualité propre. » (« Notes sur le nationalisme », 1945)

 

Outsider : « [L’écrivain] ne peut le faire qu’en qualité d’individu, d’outsider ou, tout au plus, comme un franc-tireur suspect aux yeux de l’état-major, et opérant en marge de l’armée régulière. » (The Collected Essays, Journalism and Letters of George Orwell)

 

Prendre parti : « Mon point de départ est toujours un besoin de prendre parti, un sentiment d’injustice. Quand je m’installe pour écrire un livre, je ne me dis pas : “Je vais créer une œuvre d’art.” J’écris ce livre parce que je voudrais dénoncer un mensonge, je voudrais attirer l’attention sur un problème, et mon premier souci est de me faire entendre. Mais il me serait impossible de poursuivre la rédaction d’un livre, ou même simplement un long article, si cette tâche ne constituait pas aussi une expérience esthétique. » (« Pourquoi j’écris », 1946)

 

Question économique : « J’ai toujours quelques doutes quant aux écrivains qui expliquent tout en termes de sang, de religion, de plexus solaire, d’âmes nationales et tout le reste, parce qu’il est évident qu’ils évitent quelque chose. Ce qu’ils évitent, c’est l’ennuyeuse interprétation “économique” marxienne de l’histoire. » (« L’attrait de la profondeur », 1937)

 

Révolution : « [Durant la guerre civile espagnole], il y avait la foi dans la révolution et dans l’avenir, l’impression d’avoir soudain débouché dans une ère d’égalité et de liberté. Des êtres humains cherchaient à se comporter en êtres humains et non plus en simples rouages de la machine capitaliste. Dans les boutiques des barbiers, des “Avis au public”, rédigés par des anarchistes – les barbiers étaient pour la plupart anarchistes –, expliquaient gravement que les barbiers n’étaient plus des esclaves. Dans les rues, des affiches bariolées conjuraient les prostituées de ne plus se prostituer. » (Hommage à la Catalogne, 1938)

 

Snobisme : « Le petit-bourgeois inscrit au parti travailliste indépendant et le barbu buveur de jus de fruit sont tous deux pour une société sans classes, tant qu’il leur est loisible d’observer le prolétariat par le petit bout de la lorgnette. Offrez-leur l’occasion d’un contact réel avec un prolétaire – par exemple une empoignade avec un porteur de poissons ivre, un samedi soir –, et vous les verrez se retrancher dans le snobisme de classe moyenne le plus conventionnel. » (Le Quai de Wigan, 1937)

 

Totalitarisme : « Les intellectuels sont portés au totalitarisme bien plus que les gens ordinaires. » (The Collected Essays, Journalism and Letters of George Orwell)

 

URSS : « Rien n’a plus contribué à corrompre l’idéal originel du socialisme que cette croyance que la Russie serait un pays socialiste et que chaque initiative de ses dirigeants devrait être excusée, sinon imitée. Je suis convaincu que la destruction du mythe soviétique est essentielle si nous voulons relancer le mouvement socialiste. » (The Collected Essays, Journalism and Letters of George Orwell)

 

Vérité : « La vérité est, bien sûr, que les innombrables intellectuels anglais qui baisent le cul de Staline ne sont pas différents de la minorité qui fait allégeance à Hitler ou à Mussolini, ni des spécialistes de l’efficacité qui, dans les années vingt, prêchaient le “punch” , le “nerf”, la “personnalité” et le “soyez un loup !” […]. Tous ces gens ont le culte du pouvoir et de la cruauté efficace. » (« Raffles et Miss Blandish », 1944)

 

Westminster : « Il n’y a aucune raison pour qu’un rapport de un à dix [entre les salaires/revenus] ne représente pas l’amplitude maximum admise. À l’intérieur de ces limites, un certain sentiment d’égalité est possible. Un homme qui gagne 3 livres par semaine et celui qui en perçoit 1 500 par an peuvent avoir l’impression d’être des créatures assez semblables – ce qui est inenvisageable si l’on prend le duc de Westminster et un clochard de l’Embankment. » (« Le lion et la licorne », 1941)

 

XXe siècle : « Le monde dans lequel nous sommes destinés à dégringoler, le monde de la haine et des slogans. Les chemises de couleur. Les barbelés. Les matraques en caoutchouc. Les cellules secrètes où la lumière électrique brûle nuit et jour et le policier qui vous surveille pendant votre sommeil. Et les défilés d’affiches avec des visages gigantesques, et les foules d’un million de personnes qui acclament le Leader jusqu’à ce qu’elles soient persuadées de l’adorer, tout en lui vouant une haine mortelle à en vomir. Tout cela va arriver. » (Un peu d’air frais, 1939)

 

 

 

 

Yacht : « Tout le monde ne peut pas avoir une Rolls-Royce. On ne peut même pas donner à toutes un manteau de fourrure, surtout en temps de guerre. […] Donc, comme on ne peut pas donner à tout le monde certains produits de luxe (des voitures puissantes, par exemple, des manteaux de fourrures, des yachts, des maisons de campagne et que sais-je encore), il est préférable que personne n’en possède. » (« Éloge du rationnement vestimentaire », février 1944)

 

Zèle : « J’ai vu les journaux de Londres débiter ces mensonges et des intellectuels zélés bâtir des constructions émotionnelles sur des événements qui n’avaient jamais eu lieu. J’ai vu, en fait, l’histoire s’écrire non pas en fonction de ce qui s’était passé, mais en fonction de ce qui aurait dû se passer selon les diverses “lignes de parti”. […] Ce genre de chose m’effraie, car il me donne souvent le sentiment que le concept même de vérité objective est en voie de disparaître du monde. » (« Réflexions sur la guerre d’Espagne », 1942)

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1 février 2017 3 01 /02 /février /2017 06:44

Merci à Martine qui a propulsé ceci sur la toile.

 

 

Il y a des mots, des expressions, qu'on n'entend plus ou qu'on emploie moins.

 

Ils arrivent exténués, à la fin du deuxième millénaire. Le siècle, qui a commencé depuis 15 ans maintenant, risque de leur être fatal.

 

Conservez-les, un jour viendra peut-être où on ne les trouvera plus dans aucun dictionnaire, si ce n'est du vieux français...

 

Quelques exemples:

 

 

INCULPATION

 

A été expurgé du Code Pénal au profit de "mise en examen". Cela afin d'éviter une infamante présomption de culpabilité.

 

Être "en examen" ne présage pas du résultat de l'examen.

 

Aujourd'hui quand quelqu'un est MIS EN EXAMEN, on doit toujours insister sur le fait que cela ne préjuge pas de sa culpabilité.  Comme du temps où il aurait été "inculpé".

 

 

INSTITUTEUR

 

Longtemps remplacé par "MAÎTRE D'ÉCOLE". Il tend à disparaître par sa dissolution dans le concept fourre-tout de l'enseignement, au bénéfice de "PROFESSEUR des ÉCOLES".

 

 

MAÎTRESSE

 

Ne pas assimiler à la version féminine d'instituteur ("professeure des écoles") !

 

Les maris n'ont plus de maîtresse mais une "amie".


Les épouses conservent parfois l'amant, mais seulement à cause de la connotation romantique : les moins romantiques n'ont également qu'un ami.

 

 

MORALE

 

À force d'être inemployée a disparu. Ne demeure qu'"ordre moral", mais attention : connoté de « fascisme ». Toutefois personne ne se réclame du "désordre moral". La morale n'est plus enseignée, elle est remplacée par "éducation à la citoyenneté".

 

 

MOURANT

 

Il n'y a plus de mourant mais des malades en "phase terminale".

 

Afin d'éviter une regrettable confusion ne dites pas à votre fils qu'il est en terminale mais qu'il va passer son bac !

 

Pour désigner un mort doit-on parler d'un individu "en phase terminée" ?

 

 

PATRIOTE

Totalement absent du vocabulaire politique et civique.

Désigne aussi un bon citoyen américain et un missile étasunien.

 

 

PATRON

 

Nous n'en avons plus, ni même des chefs d'entreprise, mais des DIRIGEANTS D'ENTREPRISE.

 

Le CNPF en a pris acte en devenant le MEDEF.  Seuls quelques cégétistes utilisent encore le terme de "patron" ce qui prouve bien qu'il est désormais péjoratif...

 

 

PAUVRE

 

N'existe plus. C'est un "défavorisé", un "plus défavorisé", un "exclu", un "SDF" à la rigueur un "laissé pour compte". Dans les années 80, il subsistait uniquement dans l'appellation "nouveau pauvre"; ce fut le chant du cygne.

 

 

PROVINCE

 

Dire "en RÉGION". On ne dit plus "provincial" mais "RÉGIONAL".

 

 

RACE

 

A été abolie au profit "d'appartenance ethnique". Sinon, vous êtes raciste, fasciste, nauséabond … On peut néanmoins dire "black" en anglais et en banlieue.

 

 

SERVANTE, BONNE

 

Aujourd'hui c'est une "employée de maison". Quand elle s'occupe de "personnes âgées" elle devient "auxiliaire de vie".

 

 

SÉQUESTRÉ

 

Aucun cadre, aucun chef d'entreprise n'est séquestré, il est "retenu contre son gré".

 

 

VANDALE

 

A laissé place à "jeunes en colère" ou "paysans en colère". L'ampleur des dégâts distingue les vandales des autres.

 

 

VANDALISME

Impolitesse, injures, agressions, bris de matériel, racket sont regroupés sous le terme "incivilités". On ne dira plus que ce sont des "sales gosses" mais qu'ils "manquent de civilité". À noter la louable tentative de Jean-Pierre Chevènement d'introduire la bénigne expression" SAUVAGEON". Il dû battre en retraite devant « l'insurrection des consciences ».

 

 

 

VOL

 

Terme réserve aux gagne-petit et aux obscurs. Pour les politiques on parlera "d'enrichissement personnel". Ce qui est condamné unanimement par les collègues contrairement à l'enrichissement impersonnel, qui, lui, ne bénéficie qu'au parti, mérite la compréhension, ce que les juges n'ont pas encore compris.

 


VOYOU

 

En voie d'extinction. On ne connait que des individus "connus des services de polices", des "récidivistes", des multi-délinquants".

 

Cet été, j’ai adoré les campings qui ne veulent plus qu’on les appelle campings parce que ça suscite instantanément dans l’esprit des gens l’image de Franck Dubosc en moule-boules ou de Roger et Ginette à l’apéro avec casquette Ricard et claquettes Adidas. Donc les professionnels de la branche demandent que l’on dise désormais «hôtellerie en plein air ».

 

 

Les mots qui disparaissent

 

Je me suis habituée au fait qu'à l'école les rédactions sont des «productions écrites », les sorties en groupe des « sorties de cohésion » et les élèves en difficulté ou handicapés des « élèves à besoins éducatifs spécifiques ».

 

Mais cette année, sans discussion aucune, la palme est attribuée au Conseil supérieur des programmes en France et à sa réforme du collège.

 

Donc, demain l’élève n’apprendra plus à écrire mais à « maitriser le geste graphomoteur et automatiser progressivement le tracé normé des lettres ».

 

Il n’y aura plus de dictée mais une « vigilance orthographique». Quand un élève aura un problème on tentera une « remédiation ».

 

Mais, curieusement, le meilleur est pour la gym … Oups pardon !!! pour l’EPS (Education physique et sportive). Attention, on s’accroche : courir c’est « créer de la vitesse », nager en piscine c’est « se déplacer dans un milieu aquatique profond standardisé et traverser l’eau en équilibre horizontal par immersion prolongée de la tête », et le badminton est une « activité duelle médiée par un volant ».

 

 

Les précieuses ridicules de Molière, à côté, c’est de l’urine de jeune félidé (je n’ose pas dire du pipi de chat).

 

Alors, les amis, ne perdons pas ce merveilleux sens du burlesque et inventons une nouvelle catégorie : la « personne en cessation d’intelligence » autrement dit, le con.

 

Signé Martine, mère d’une élève.

 

 

Ah non, re-pardon… Martine « génitrice d’une apprenante ».

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25 janvier 2017 3 25 /01 /janvier /2017 06:38
Monique Lauray nous a quittés

 

 

En 2011, j’avais déjà évoqué  cette artiste magnifique, ancienne employée de France Télécom où elle avait été la collègue de mon beau-père, avant d’aider son mari garagiste dans leur village de Montaut-les-Crénaux, sa principale source d’inspiration, sa Montagne Sainte-Victoire.

 

Monique est partie, sereine, après une « longue maladie », à l'âge de 63 ans. Elle a peint jusqu’à son dernier souffle, de la main gauche car la droite ne répondait plus.

 

Elle ne l'évoquait que très rarement, mais son nom de jeune fille était Ingres. Dans son cas, bon sang ne mentait pas.

 

Elle était cotée depuis longtemps mais répugnait à faire de l’argent avec son œuvre. Comme d’autres, j’avais convoité ce tableau saisissant inspiré par la chanson “Nuit et Brouillard” de Jean Ferrat. Elle m’avait dit qu’elle ne ferait jamais d’argent avec les victimes des camps de concentration et avait offert le tableau au Musée National de la Résistance.

 

 

Monique Lauray nous a quittés

 

De même, elle avait offert à la veuve de Jean Ferrat un chaleureux portrait du chanteur qu’elle admirait au plus haut point. Je la cite (dans un texte de février 2011):

 

« Par sa musique sublime, son écriture rebelle et poétique, le choix de ses textes, Ferrat m’accompagne très souvent dans ma peinture et m’inspire. Sa voix, son charme, la force et le talent avec lesquels il porte ses chansons me touchent. Qu’elles soient graves ou tendres, j’aime de ses chansons en saisir l’âme, en vivre ses émotions.

 

Profondément humain, éveilleur de conscience, avec le désir ardent de combattre l’injustice et le malheur il nous rappelle que la liberté est une quête permanente au prix de la vie. Des poètes tombés, aux peuples soulevés, femmes en lutte, victimes du racisme, au nom de l’idéal … « il ne chante pas pour passer le temps ».

 

Envoûtant et charmeur dans ses chansons d’amour, il nous conte aussi la beauté de la nature, nous mettant en garde de nos actions destructrices, nous parle de l’amitié, du temps qui passe et des moments simples de la vie.

 

Et si instinctivement je m’évade par la couleur, préférant la palette flamboyante à la tristesse du monde, je n’en suis pas moins sensible. Alors, à mon très modeste niveau, j’essaie à ma manière, pour ma prochaine exposition de lui rendre hommage, tant il me manque.

 

Monique Lauray nous a quittés

Aux siens, à son mari Bernard en particulier, j’adresse mon souvenir le plus ému.

 

PS : on peut admirer certaines de ses œuvres ici.

Monique Lauray nous a quittés
Monique Lauray nous a quittés
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20 janvier 2017 5 20 /01 /janvier /2017 06:34

J’aurais dû dire « le prénom », mais comme j’avais beaucoup aimé le film…

 

Prononcer et écrire correctement le nom d’une personne est le commencement de la civilisation. Prendre des privautés avec ces marqueurs est un indice manifeste d’irrespect. Une vraie griffe. Je me souviens d’un homme âgé qui méprisait l’un de ses gendres. Jamais il ne le nomma si ce n’est par l’appellation « mon gendre », ce qui, dans la pratique collective était devenu « mongendre ». Le vieil homme disait : « comment allez-vous mongendre ? », ou encore « mongendre n’est pas très bien aujourd’hui ». Alors, nous lui emboitions le pas. Moi le premier : « Tu as acheté une nouvelle voiture, mongendre ? ». Je n’ai jamais connu ni son nom ni son prénom. Il aurait dû protester mais n’osa pas, au point que sa femme, lorsqu’elle parlait de lui à son père, disait « Papa, veux-tu que mongendre t’emmène à l’arrêt de bus ? »

 

Aujourd’hui, avec la profusion de prénoms de toute nature, avec les audaces de parents qui se croient « libres » de triturer et d’adapter, on trouve toutes les orthographes. Je suis tombé récemment sur un Batyste et un Kévinne. WTF (je connais le “djeuns” sur le bout des doigts), n’est-ce pas ? Tant que ce sont les “propriétaires” de ces noms qui font n’importe quoi, il n’y a pas grand-chose à dire. Mais quand ce sont des “étrangers”, alors là, ça ne va plus.

 

La Fédération Française de Natation est une adepte de ces désinvoltures. Cela fait un bon quatre ans que ma petite dernière est engagée dans des compétitions natatoires. Elle a participé à ce jour à 200 épreuves. Elle figure donc dans les tables de la Fédération. Pas sous le nom de Rébecca Gensane mais sous celui de Rebecca. J’imagine que Francis Luyce, le président de cette fédération, n’apprécierait pas qu’on orthographie son nom « Luisse » ou, à l’espagnol, « Luis ». En bon père et donc en tant que co-auteur de ses jours, j’ai envoyé plusieurs courriels, très respectueux, très pédagogiques, expliquant que « Rebecca » était une orthographe italienne ou anglaise et qu’en bon français « re » se prononçait « reu», donc que l’accent aigu était une nécessité. On se retrancha d'abord derrière des problèmes d’informatique et on finit par ne plus me répondre.

 

Il n’y avait pas plus de problèmes d’informatique que de beurre en broche. Et quand bien même : tous ces types de problème ont leur solution (d'autant qu'aux niveaux départemental et régional le prénom est correctement orthographié).

 

Mais lorsque ce qui est en cause est la fantaisie cavalière, évidemment nous sommes dans l’humain et tout devient plus difficile.

 

Je propose ci-dessous un extrait des classements (on dit « rankings » à la Fédération Française de Natation) de ce début d’année où figure ma fille. Vous constatez que je ne vous ai pas raconté de bobards (ce n'est pas le genre de la maison), mais surtout que ma démarche n’est pas celle d’un parano car il est d’autres victimes que ma Rébecca. Voyez cette pauvre Lea RAYNAUD (qu’accompagnent Lea LOUSTAU et Lea DESMARES mais pas Léa TECHER ni Léa LAPOTRE, ou encore Celia BONJEAN. Plus bas, vous auriez trouvé Zoe LEFEVRE, Chloë PAQUIER mais Chloe DALLET et Chloé POUSTIS. Ou encore Oceane BATAILLE mais Océane BECKMANN.

 

D’accord, ce n’est pas Mosarre qu’on assassine, mais tout de même…

La Fédération Française de Natation et le « nom des gens »
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