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17 juillet 2020 5 17 /07 /juillet /2020 05:08

Je reprends ici une analyse de Descartes sur les merveilleux résultats du Baccalauréat cuvée 2020 (larges extraits) :

 

 

En 2020, le taux de succès au bac (avant rattrapage) fait un bond de 7,6% par rapport à 2019, passant de 88,1% à 95,7%. Même chose pour le brevet des collèges (94% d’admis contre 88%, soit 6% de mieux). Et aux partiels des universités, c’est encore mieux : on gagne une dizaine de points par rapport à l’année dernière.

 

Résultat d’autant plus remarquable, diront certains cyniques, que collégiens, lycéens et étudiants ont subi trois mois de confinement qui ont obligé de fermer les salles de classe et de remplacer l’enseignement normal par des cours en vidéo et des devoirs transmis par messagerie. Etonnant, n’est-ce pas ? Moins on apprend, et mieux on réussit.

 

Le système fonctionne comme si chaque étudiant avait le droit d’être diplômé. Et si les circonstances l’empêchent d’atteindre le niveau exigé, c’est à l’Etat de baisser le niveau d’exigence de façon à lui octroyer quand même le diplôme tant convoité. Toute autre solution reviendrait à « pénaliser les élèves ». Le fait qu’on donne le diplôme à ceux qui n’ont pas les connaissances que le diplôme est censé certifier ne semble préoccuper personne : parents, élèves, enseignants et ministres communient dans l’idéologie de la « bienveillance ».

 

Le bac 2020 ne certifiera qu’une chose : que vous avez usé vos fonds de culotte un certain nombre d’années dans l’enseignement secondaire.  C’est la logique du diplôme à l’ancienneté. Le système éducatif devient ainsi une sorte « d’école des fans », où l’on offre le diplôme à tout le monde de peur que les élèves – et leurs parents – pleurnichent.

 

Il faudrait revenir aux fondamentaux : le diplôme n’est pas un droit, pas plus qu’il n’est une récompense. Et le fait de ne pas l’avoir n’est pas une punition. Le diplôme ne fait que certifier que l’étudiant ou l’élève ont acquis un certain niveau de connaissances. S’ils n’ont pas ce niveau, ils ne doivent pas l’avoir. C’est pourquoi parler de « bienveillance » est une absurdité : un système éducatif est par essence « bienveillant » puisqu’il veut le bien de l’élève. Mais la « bienveillance » n’implique pas de mentir aux gens sur leur propre niveau et faire des « bacheliers » qui ignorent ce qu’un bachelier devrait savoir.

 

Confieriez-vous votre santé à un médecin diplômé malgré le fait qu’il ne connaît pas l’anatomie parce qu’il n’a pas pu assister aux cours du fait d’une grève ? Confieriez-vous la construction d’un pont à un ingénieur diplômé qui ne connaît pas le calcul différentiel parce qu’une maladie l’a empêché d’en acquérir les bases ? Confieriez-vous votre défense dans un procès à un avocat diplômé qui ne connait pas le droit pénal parce qu’il a dû travailler au McDo pour payer ses études ? Moi pas. 

 

En délivrant des diplômes à ceux qui ne les méritent pas, on fabrique en fait des faux diplômes. Et lorsque beaucoup de faux documents circulent, les gens finissent par perdre confiance dans les vrais. L’exercice du bac 2020 montre combien on cherche à vider les diplômes en général et le bac en particulier de leur valeur certifiante. Normal : quand on veut casser l’ascenseur social, on s’attaque d’abord aux procédures parmi les plus égalitaires : celle de l’examen et du concours anonyme. Pour les classes intermédiaires, il est bien plus intéressant que la sélection à l’emploi se fasse sur les réseaux et le « savoir être » dont leurs rejetons bénéficient par défaut, que sur une évaluation objective des savoirs et compétences intellectuelles qui nécessitent un vrai travail.

 

Réforme après réforme, on a tué le bac. Un diplôme qu’on accorde à 95% des candidats sert-il encore à quelque chose ?

 

Réhabiliter la rigueur, le mérite et le travail implique de réhabiliter aussi l’idée d’exigence. Les bonnes âmes veulent nous convaincre qu’un haut niveau d’exigence humilie les étudiants, qu’il leur fait perdre leur confiance en eux. Je suis en total désaccord avec cette vision : c’est au contraire le manque d’exigence – qu’on déguise en « bienveillance » – qui est dégradant, parce qu’elle présume que l’individu n’est pas capable de gérer un échec, de rebondir, de se mettre à niveau. Donner le diplôme à tout le monde c’est insulter ceux qui ont fait l’effort pour répondre à l’exigence. A quoi bon étudier, puisque avec un peu de « bienveillance » le diplôme vous tombera tout rôti dans le bec ?

 

 

 

Le diplôme n'est ni un droit ni une récompense
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13 juillet 2020 1 13 /07 /juillet /2020 05:05

 

 

 

Pour Marianne, la relative victoire des Verts aux Municipales ne signifie pas la victoire de l’écologie :

 

« Jamais EELV n’a remis en cause la société industrielle comme cause du changement climatique par exemple. A une question d’un auditeur qui lui reprochait de ne pas classer le nucléaire comme "écologique", M. Bayou s’est contenté de faire référence au renouvelable, sans vraiment démentir. Or, le nucléaire est marginal dans la consommation finale d’énergie dans le monde (2 %), dangereux et incontrolable. Il lègue des problèmes insolubles aux générations futures (déchets et démantèlement). Il est en déclin dans le mix énergétique mondial, ruineux. Par conséquent peu importe par quoi on le remplacera, il faut l’arrêter tout simplement. EELV nous fait miroiter des solutions techniques compatibles avec la société industrielle comme le renouvelable pour produire de l’électricité. Malheureusement il n’existe pas de moyen sûr, fiable et reproductible pour stocker l’électricité, et l’éolien sans vent, le solaire sans soleil ne fonctionnent pas, au-delà des problèmes écologiques générés par l’extraction des terres rares extrêmement polluante pour les produire. EELV se dit de plus en plus indépendant de la gauche et de la droite et certains l’affirment il est "libéro-compatible". Finalement, ne risquons nous pas d’assister à l’accompagnement d’une mue de la société industrielle qui va repeindre en vert ses pires pollutions, polluer moins pour polluer plus longtemps, grâce à EELV ? »

 

 

 

Sur le site Regards.fr, Clément Sénéchal  dénonce « l’addiction au capital financier des entreprises polluantes. La crise sanitaire a suspendu un certain nombre de dogmes néolibéraux, ce qui les a exhibé et a poussé les gens à s’interroger sur la manière dont l’économie fonctionne : à quoi servent les dividendes ? Qui est-ce qu’on enrichie dans l’économie actuelle ? Quelle utilité sociale ? L’État a bloqué le versement des dividendes pour certaines aides seulement – par circulaire en plus, pas par une loi –, ce qui montre que ça n’est pas impossible. Mais Bruno Le Maire s’est bien gardé de fixer une interdiction ferme. On a des dirigeants néolibéraux gênés aux entournures qui essayent de trouver un voie à moyen terme, mais on arrive sur une action publique défaillante. Vivendi, par exemple, a bénéficié du chômage partiel et a décidé en avril une augmentation de 20% des dividendes. Les entreprises profitent de la solidarité collective, dans un contexte de récession économique et continuent d’accroître l’enrichissement des actionnaires. Il y a quelques choses qui dysfonctionne. En plus de ça, le gouvernement vient d’accorder 20 milliards pour sauver les grandes entreprises sans contrepartie. Au moment où l’État est en position de force, il faut les soumettre à l’accord de Paris. Au lieu de ça, on a le spectacle affligeant de milliards d’euros d’argent public déversés dans les poches des plus grands pollueurs, alors que l’état d’urgence climatique – voté en septembre 2019 – n’est naturellement pas levé ! On est en train de solder une crise conjoncturelle en aggravant une crise structurelle. »

 

 

 

Sur le site anti-K, Frédéric Lordon dénonce : « Les fléaux de la finance néolibérale.

On ne mesure pas toujours en effet le caractère absolument névralgique de la finance dans la configuration institutionnelle d’ensemble du néolibéralisme, et ses propriétés d’intensification de tous les mécanismes de la coercition capitaliste. Elle est presque à elle seule – il y a la concurrence aussi – la source du double fléau néolibéral, celui qui détruit les salariés du privé sous la contrainte de la rentabilité, celui qui détruit les services publics sous la contrainte de l’austérité. Le premier est lié au pouvoir des actionnaires formé dans le marché des droits de propriété, le second au pouvoir des créanciers formé dans les marchés obligataires.

Contrairement à ce qu’on croit spontanément, le pouvoir des actionnaires n’est pas un pouvoir de bailleurs. À l’envers de ce qui est répété par tous les appareils de l’idéologie néolibérale, les actionnaires apportent finalement si peu d’argent aux entreprises que celles-ci ne dépendent que marginalement d’eux pour leur financement. Mais alors par où chemine la coercition actionnariale ? Par les voies souterraines des transactions sur le marché des actions où se joue le contrôle de la propriété. Donc par les voies de la soumission aux décrets de l’opinion financière.

Comme on le verra plus encore avec la disciplinarisation des politiques économiques par les marchés obligataires, les marchés de capitaux, en plus d’être les lieux de l’enrichissement spéculatif, sont de très puissantes instances de normalisation. Armés d’une idée de ce que doivent être les « bons » comportements économiques – une idée, faut-il le dire, formée au voisinage immédiat de leurs intérêts –, ils disposent des moyens de l’imposer aux agents, privés comme publics, c’est-à-dire de sanctionner les écarts. Dans le cas des marchés d’actions, la sanction en cas de dissentiment, passe par la vente des titres de l’entreprise considérée, d’où suit l’effondrement de son cours qui la rend vulnérable à une OPA hostile. À laquelle l’équipe dirigeante en place sait parfaitement qu’elle ne survivrait pas. Or elle veut survivre. Donc elle fera ce que l’opinion actionnariale lui demande – pour maintenir son cours le plus haut possible et décourager les assaillants. L’opinion actionnariale demande-t-elle une rentabilité des capitaux propres de 15 % ? On la lui donnera. Demande-t-elle, en conséquence, qu’on ferme les sites économiquement viables, profitables même, mais qui ne sortent que du 5 % ? On les lui fermera. »

 

 

 

 

 

Revue de presse (330)
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10 juillet 2020 5 10 /07 /juillet /2020 05:04

 

 

La première fois que j’ai entendu mes filles utiliser le mot « mytho » j’ai été surpris. Je ne voyais pas exactement ce qu’elles voulaient dire, mais il était clair qu’elles n’utilisaient pas ce vocable dans son acception la plus évidente, celle de mythomane, mythomaniaque, à savoir un individu ayant une tendance pathologique au mensonge, à la fabulation ou à l’affabulation. Donc relevant de la psychiatrie.

 

Ainsi les djeuns ne disent plus « menteur » mais « mytho ». Il n’y a pas si longtemps, un mytho racontait des bobards. J’aime beaucoup l’étymologie de ce mot (selon le CNRTL) : « Ca 1900 d'apr. DauzatNotes étymol. et lex. dans Fr. mod., t. 8, pp. 13-14); 1912 pop. (cité dans Esn.). Prob. dér. en -ard* du rad. onomatopéique bob- exprimant le mouvement des lèvres, d'où la moue, la bêtise; à rattacher à l'a.fr. boban « vanité » (xiies. dans T.-L.), bober « tromper » (xiiies., ibid.), bobert « présomptueux, sot » (xiiies., ibid.), m.fr. bobeau « mensonge », xvies. dans Gdf., mots qui ont largement survécu dans les dial. (Dauzatloc. cit.). Á noter que, pour bobard, les anglais ont « fib », qui vient vraisemblablement de « fable » et, mieux encore « canard », qu’ils nous ont piqué sans vergogne.

 

En se répandant par la bouche des djeuns, le mot « mytho » a perdu de sa violence (ce qui est banal : je me souviens que, dans les années cinquante, « vachement » était un terme plutôt violent et vulgaire).

 

Dire « mytho » au lieu de « mythomane » est malin : cela le rend plus péjoratif et moins précis, comme « facho » qui a remplacé « fasciste ». Mais s’est évidemment perdue la notion d’invention d’un réel. On évacue également la notion du « comme si », le célèbre « als ob » sur lequel ont glosé nombre de philosophes et de psychanalystes allemands pendant le XXe siècle. Avec l’idée fondamentale, exprimée par Hans Vahlinger, que « l’apparence, ce qui est faux en toute conscience, jouent un rôle énorme dans les sciences et la philosophie ».

 

 

 

Les mots chéris des médias et des politiques (22)
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8 juillet 2020 3 08 /07 /juillet /2020 05:06

 

“ Létal ” (ou “ léthal ”). Encore un de ces mots qui nous sert à euphémiser, à mettre à distance le réel quand il nous inquiète ou nous insupporte. On dit létal pour ne pas dire mortel. Le mot vient d’un vocable grec, puis latin, qui signifie “ la mort ”. On l’a utilisé en français dès la fin du XVe siècle, quelques années après les Anglais. Chez nous, il est tombé en désuétude, mais pas outre-Manche. En France, il est revenu en force dans des ouvrages scientifiques au début du XXe siècle, mais pas dans la langue courante (en médecine, la létalité est, selon le Littré, une condition qui rend une lésion nécessairement mortelle). Jusqu’au jour où les médias se sont aperçus qu’il était très en vogue chez les Anglo-Saxons et, partant, qu’il avait obtenu un certificat de respectabilité. Y compris dans l’expression « a lethal chamber », une chambre de mort où l’on gaze des animaux, prétendument sans les faire souffrir. Et y compris, bien sûr, dans ceux des États des Etats-Unis où l’on exécute par « injection léthale ». Avec le mot « injection », qui signifie « piqûre », très fréquent dans le vocabulaire médical, donc comme s’il s'agissait de guérir la société d’un organisme malsain.  

 

Dites « létal » et non « mortel » et vous ferez passer les pires horreurs. La firme suisse Brügger & Thomet, qui fournit le LBD 40 depuis 2016 aux forces de l’ordre françaises affirme que, bien utilisée, cette arme n’est pas « létale » (elle ne dit pas « mortelle »). La firme Verney Caron présente son lanceur de projectiles 40 mm de cette manière : « Lanceur de projectile à létalité atténuée, conçu et dédié (sic) exclusivement aux professionnels et aux différentes forces étant confrontées à des opérations de maintien de l’ordre ». Que signifie, pour ces marchands de mort, « létalité atténuée » ? Que l’on meurt doucement, de manière différée, que l’on fait semblant de mourir et qu’on ne nous y reprendra plus ?  

 

Postulons que tant que les djeuns nous parlerons de « la mort qui tue » et non de « la létalité qui tue », on a encore de la marge.

 

Les mots chéris des médias et des politiques (21)
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6 juillet 2020 1 06 /07 /juillet /2020 05:15

 

Le site Communistes exige la libération immédiate de Salah Hamouri : « Mardi 30 juin, alors qu’il se rendait à Jérusalem pour effectuer un test coronavirus (obligatoire) pour prendre l’avion samedi 4 juillet, pour se rendre en France, Salah Hamouri a été arrêté dans ce centre médical par les autorités israéliennes. Il a été conduit au centre d’interrogatoire de Moskobiyeh, à Jérusalem. Le motif de son arrestation ne lui a pas été communiqué. Déjà en août 2017, Salah Hamouri avait été arrêté quelques jours avant un voyage prévu en France pour y retrouver sa femme et son fils et il avait alors purgé 13 mois de détention administrative, sans peine ni jugement ni la moindre accusation prouvée. »

 

Pour le site Révolution, une seule perspective pour la France Insoumise : la barre à gauche toute : « En avril 2017, le « bloc » PS-EELV avait fait 6 % des voix (Benoît Hamon), pendant que Mélenchon faisait 20 % des voix. La dynamique, à gauche, était à l’avantage du programme le plus radical. Or la récession économique va développer le potentiel électoral d’une gauche « radicale ». Nous avions défendu l’idée d’une campagne de la FI menée sur un programme radical, anti-capitaliste, en proposant un accord national au PCF et à l’extrême gauche. Indépendamment de son résultat électoral, cette stratégie aurait au moins permis de rendre visible un pôle de radicalité, à gauche. Au lieu de quoi la FI a pratiquement disparu des radars – au profit du PS et des Verts. Si la FI veut progresser, dans les mois à venir, elle doit virer à gauche. Elle doit notamment présenter une alternative claire au programme pro-capitaliste des Verts. Enfin, la FI doit se préparer à une nette accélération de la lutte des classes et de la radicalisation politique, en France. Une catastrophe économique et sociale va balayer le pays à court terme. Elle va faire sombrer le gouvernement Macron dans des abîmes d’impopularité. Un nouveau mouvement de masse pourrait se développer et ouvrir la possibilité d’une chute du gouvernement avant 2022. Dans ce contexte, la FI doit se tourner vers la « gauche radicale » et le mouvement syndical, à commencer par la CGT, pour préparer la mobilisation, dans les rues et par la grève, contre le « gouvernement des riches » – et pour un gouvernement des travailleurs. »

 

 

José Espinosa, dans Le Grand Soir, s’interroge également sur l’abstention aux dernières élections municipales : « L’essentiel n’est pas dans la claque que le pouvoir vient de recevoir. Le fait le plus marquant de cette consultation électorale c’est la non participation massive, surprenante, tenace des électeurs. Dans les scrutins antérieurs, législatifs, régionaux, européens, l’abstention suivait une croissance constante. L’élection du maire, au contraire, entraînait toujours un engouement des populations, une participation record pour décider et choisir son premier magistrat. La monarchie présidentielle lui porte un coup de grâce. Les causes en sont multiples : réductions des dotations de fonctionnement, affaiblissement des pouvoirs avec la métropolisation et les communautés de communes, politiques d’austérité démantellemant les services publics, désindustrialisations et délocalisations d’entreprises, destruction des commerces et de l’artisanat au profit de la grande distribution etc. »

 

 

 

Enfin, je vais me permettre de citer mon blog et évoquer le jour où j’ai rencontré un esclave : « Avec un collègue sénégalais, je remontai le fleuve Sénégal jusqu’à Rosso, une ville où les populations sénégalaises et mauritaniennes sont assez mélangées. Nous fîmes une halte dans un restaurant qui garantissait des glaçons pour la bière chaude. Ce restau appartenait à des Mauritaniens, en particulier à une énorme femme d’une trentaine d’années qui, du matin au soir, restait immobile dans son canapé. Le serveur, lui aussi âgé d’une trentaine d’années, était sénégalais. Mon collègue, habitué des lieux, me dit, à mi-voix et mine de rien : « tu vois, ce type, c’est un esclave ». Il m’expliqua que ce grand garçon avait été vendu, tout enfant, à cette famille mauritanienne. Il travaillait sans aucune rétribution mais ses propriétaires devaient lui garantir le logement, la nourriture et les soins. Et s’il se marie, demandai-je ? Il ne pourra épouser qu’une Sénégalaise qui aura le même statut que lui, m’expliqua mon collègue.

 

Revue de presse (329)
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6 juillet 2020 1 06 /07 /juillet /2020 05:09

 

Le site Communistes exige la libération immédiate de Salah Hamouri : « Mardi 30 juin, alors qu’il se rendait à Jérusalem pour effectuer un test coronavirus (obligatoire) pour prendre l’avion samedi 4 juillet, pour se rendre en France, Salah Hamouri a été arrêté dans ce centre médical par les autorités israéliennes. Il a été conduit au centre d’interrogatoire de Moskobiyeh, à Jérusalem. Le motif de son arrestation ne lui a pas été communiqué. Déjà en août 2017, Salah Hamouri avait été arrêté quelques jours avant un voyage prévu en France pour y retrouver sa femme et son fils et il avait alors purgé 13 mois de détention administrative, sans peine ni jugement ni la moindre accusation prouvée. »


 

Revue de presse (329)

 

Pour le site Révolution, une seule perspective pour la France Insoumise : la barre à gauche toute : « En avril 2017, le « bloc » PS-EELV avait fait 6 % des voix (Benoît Hamon), pendant que Mélenchon faisait 20 % des voix. La dynamique, à gauche, était à l’avantage du programme le plus radical. Or la récession économique va développer le potentiel électoral d’une gauche « radicale ». Nous avions défendu l’idée d’une campagne de la FI menée sur un programme radical, anti-capitaliste, en proposant un accord national au PCF et à l’extrême gauche. Indépendamment de son résultat électoral, cette stratégie aurait au moins permis de rendre visible un pôle de radicalité, à gauche. Au lieu de quoi la FI a pratiquement disparu des radars – au profit du PS et des Verts. Si la FI veut progresser, dans les mois à venir, elle doit virer à gauche. Elle doit notamment présenter une alternative claire au programme pro-capitaliste des Verts. Enfin, la FI doit se préparer à une nette accélération de la lutte des classes et de la radicalisation politique, en France. Une catastrophe économique et sociale va balayer le pays à court terme. Elle va faire sombrer le gouvernement Macron dans des abîmes d’impopularité. Un nouveau mouvement de masse pourrait se développer et ouvrir la possibilité d’une chute du gouvernement avant 2022. Dans ce contexte, la FI doit se tourner vers la « gauche radicale » et le mouvement syndical, à commencer par la CGT, pour préparer la mobilisation, dans les rues et par la grève, contre le « gouvernement des riches » – et pour un gouvernement des travailleurs. »

 

 

José Espinosa, dans Le Grand Soir, s’interroge également sur l’abstention aux dernières élections municipales : « L’essentiel n’est pas dans la claque que le pouvoir vient de recevoir. Le fait le plus marquant de cette consultation électorale c’est la non participation massive, surprenante, tenace des électeurs. Dans les scrutins antérieurs, législatifs, régionaux, européens, l’abstention suivait une croissance constante. L’élection du maire, au contraire, entraînait toujours un engouement des populations, une participation record pour décider et choisir son premier magistrat. La monarchie présidentielle lui porte un coup de grâce. Les causes en sont multiples : réductions des dotations de fonctionnement, affaiblissement des pouvoirs avec la métropolisation et les communautés de communes, politiques d’austérité démantellemant les services publics, désindustrialisations et délocalisations d’entreprises, destruction des commerces et de l’artisanat au profit de la grande distribution etc. »

 

 

 

Enfin, je vais me permettre de citer mon blog et évoquer le jour où j’ai rencontré un esclave : « Avec un collègue sénégalais, je remontai le fleuve Sénégal jusqu’à Rosso, une ville où les populations sénégalaises et mauritaniennes sont assez mélangées. Nous fîmes une halte dans un restaurant qui garantissait des glaçons pour la bière chaude. Ce restau appartenait à des Mauritaniens, en particulier à une énorme femme d’une trentaine d’années qui, du matin au soir, restait immobile dans son canapé. Le serveur, lui aussi âgé d’une trentaine d’années, était sénégalais. Mon collègue, habitué des lieux, me dit, à mi-voix et mine de rien : « tu vois, ce type, c’est un esclave ». Il m’expliqua que ce grand garçon avait été vendu, tout enfant, à cette famille mauritanienne. Il travaillait sans aucune rétribution mais ses propriétaires devaient lui garantir le logement, la nourriture et les soins. Et s’il se marie, demandai-je ? Il ne pourra épouser qu’une Sénégalaise qui aura le même statut que lui, m’expliqua mon collègue.

 

 

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5 juillet 2020 7 05 /07 /juillet /2020 05:15

 

 

Á Lyon, on compte une rue Laennec où l’on trouve, on ne s’en étonnera point, divers bâtiments à vocation médicale.

 

Soudain, la rue s’interrompt et s’appelle Promenade Léa et Napoléon Bullukian. Mais, me demandai-je, qui est donc cet Arménien improbable au prénom corse et néanmoins glorieux ?

 

Il s’agit d’un de ces immigrés qui ont beaucoup apporté à notre pays.

 

Il est né en 1905 en Turquie, au sein d’une forte minorité arménienne. Lors du génocide arménien de 1915, ses parents sont tués. Il est déporté et vendu comme esclave à un chef de tribu kurde. En 1919, après la défaite de l'Empire Ottoman, lors de l’arrivée des troupes alliées, il s'échappe. Il est recueilli dans un orphelinat créé par les Étasuniens puis s’embarque pour la France.

 

Il arrive à Marseille en 1923. Il travaille comme maçon et crée sa propre entreprise de bâtiment. Il est naturalisé françaisen 1928.

 

Pendant la Seconde Guerre mondiale, il participe à la Résistance dans le réseau Le Coq Enchaîné fondé en 1941 par le médecin socialiste Jean Fousseret.

 

Après la guerre, il développe son entreprise de bâtiment, la coopérative Le Roc. Il entre pour un tiers dans le capital de la société Astra de Bouchage et de Surbouchage Plastiques Astra Plastiques spécialisée dans la fabrication du Bouchon Tritop pour les vins (Brevet Chelle), de capsules aluminium Astra. Devenu l'actionnaire principal d'Astra il construit une usine à Saint-Georges-de-Reinens pour suivre et amplifier la fabrication des bouchons plastiques pour les eaux minérales, les huiles, les cosmétiques, les parfums. Il y fait fabriquer, à ses frais, des prototypes de cœurs artificiels pour le Professeur Marion. Il s'est associé à François de Grossouvre (l’« homme de l’ombre » de Mitterrand) pour l'embouteillage du Coca-Cola et devient le parrain de son fils Henri.

 

Veuf et sans enfant, il fait, en 1983, de la Fondation de France sa légataire universelle, pour créer la Fondation Léa et Napoléon Bullukian qui a pour vocation d’encourager la recherche médicale et en particulier la lutte contre le cancer, de participer aux œuvres sociales arméniennes et d’encourager la création contemporaine. La fondation a son siège place Bellecour à Lyon.

 

Napoléon Bullukian décède en 1984, il est inhumé auprès de son épouse au cimetière de Champagne-au-Mont-d'Or.

 

Il a raconté sa vie dans : De l'Ararat à Napoléon, La Pensée Universelle, 1975.

 

Promenade Léa et Napoléon Bullukian, Lyon
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25 juin 2020 4 25 /06 /juin /2020 05:04

Un sociolinguiste me disait il y a quelques années que la seule véritable frontière linguistique en France passait par les régions où l'on disait “ pain au chocolat ” et celles où l'on défendait les “ chocolatines ”. Les premières étant nettement plus étendues que les secondes.

 

Par delà cette boutade, de Dijon bien sûr, la langue française est riche de ses différences, de ses bizarreries, de ses anachronismes. On dit “ chocolatine ” du côté de Bordeaux et de Toulouse, mais aussi au Québec. Ce terme viendrait d'une déformation d'un mot autrichien. Le pain au chocolat est en effet une viennoiserie. August Zang, l'inventeur du croissant au chocolat, bien bourratif, bien calorique et deux fois plus gros à Salzbourg qu'à Romorantin, braillait, pour vendre ses delikatessen,  “Schokoladencroissant”, ce qui fut entendu par les Français un peu durs d'oreille quand ils ont affaire à des langues étrangères, “ chocolatines ”. Le vocable “ pain au chocolat ”, pour désigner ce que nous consommons aujourd'hui, est apparu après “ chocolatine ”. Il ne faut jamais avoir raison trop tôt.

 

Les Toulousains et les Bordelais ont gardé “ chocolatine ” vraisemblablement par proximité avec l'occitan “ chocolatina ”.

 

Il n'empêche qu'on aurait du mal à chanter avec Joe Dassin :

 

Tous les matins il achetait 
Sa chocolatine 
La boulangère lui souriait 
Il ne la regardait pas 

 

Maxime V..., le tatoueur toulousain qui exerce son coupable commerce à Lyon
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21 juin 2020 7 21 /06 /juin /2020 05:19

Raphaëlle Gensane a écrit ce petit texte en 2016. Á la demande de sa prof de français.

 

 

 

Je me nomme Harry Wells. J’ai 39 ans. Ayant été informé par un de mes cousins de la mort de notre grand-mère, je me rendis dans les brumes hivernales du Nord de l’Ecosse, dans son manoir situé près de Kirkcaldy. Quand j’arrivai, elle était étendue sur son lit, son visage exprimait une horrible terreur. On m’apprit qu’elle était morte sur une chaise du salon.

 

Quatre jours après l’enterrement, notre oncle mourut. Nous l’avons retrouvé assis à son bureau, la tête posée sur une liasse de feuilles. Comme celui de notre grand-mère, son visage exprimait la terreur. Il avait la bouche grande ouverte. Il y avait sur le coin du bureau, une note de la main de notre oncle : « C’est l’Ombre ».   Nous commençâmes à nous demander si le manoir était hanté. Pourquoi une ombre ? Il n’y avait qu’un seul moyen de le savoir, rester dans les lieux pour tenter de trouver la réponse. Si cette ombre existait vraiment, elle poursuivrait notre famille jusqu’à la fin. Il fallait que nous comprenions le mystère de cette ombre maléfique.

 

Nous décidâmes que si l’un d’entre nous était directement menacé par l’Ombre, il s’efforcerait d’écrire ce qu’il avait vu ou entendu.

 

Après plusieurs jours, alors que l’Ombre ne s’était pas manifestée, nous décidâmes de rentrer chez nous. Mais au moment où nous bouclions nos bagages, un cri glaçant se fit entendre au bout de la propriété. Nous nous précipitâmes vers l’endroit d’où venait ce cri. Les jumeaux Charles et Philip, tout deux botanistes, étaient assis, dos à dos, morts au milieu d’une clairière. Ils souriaient d’une manière démoniaque, le regard perdu dans le vide. Charles tenait une feuille d’arbre à la main, sur laquelle on pouvait lire : « Votre tour viendra ». Mrs Mc Gregor, notre grand-tante, s’évanouit à la vue de la feuille.

 

Nous comprîmes que si nous tentions de quitter le manoir, d’autres mourraient. Pourrions-nous un jour échapper à l’emprise de l’Ombre ?

 

Nous passâmes la soirée dans le salon. A minuit, on sonna. Nous nous précipitâmes tous les sept à la porte, mais il n’y avait personne.

 

Nous entendîmes des voix affolantes, comme si elles venaient d’outre-tombe. Nous nous réfugiâmes dans le salon. La porte se ferma derrière nous et le feu de la cheminée s’arrêta. Nous étions dans le noir, personne n’osait prononcer le moindre mot. Une bougie s’alluma. L’Ombre apparut sur le mur. Elle avait la forme du diable. Des voix retentirent et énumérèrent nos sept prénoms : « Frances, Ben, Harry, Selena, Louisa, Cristopher et John ».

 

Nous tremblions, effarés. Le timbre de la voix de l’Ombre n’appartenait pas à seul individu mais à une multitude d’êtres. La voix, dont les inflexions variaient de syllabe en syllabe, tombait confusément dans nos oreilles, imitant les accents, connus et familiers de mille et mille amis disparus ! 

 

L’Ombre Maléfique
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5 juin 2020 5 05 /06 /juin /2020 05:17

Il fallait des Belges pour s'autoriser un tel humour, un tel recul et un tel savoir.

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