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10 mai 2020 7 10 /05 /mai /2020 05:14

La russophobie, chez les Français, ne va pas de soi. On peut la comprendre (ou l'expliquer), par exemple, chez les Turcs, les Suédois ou les Polonais qui, depuis les débuts de l'époque moderne (disons le XVIe siècle) furent souvent en conflit avec les Russes, puissance montante et voisine, voire eurent à souffrir de leurs empiétements ou de leur domination (par exemple, pour les Polonais, de 1792 à 1918 !). Il faut aussi se souvenir que ces peuples avaient, jadis, des armées de taille à se mesurer avec celles des Russes - ou, du moins, d'y faire autre chose que de la figuration. Mais qu'en est-il de la France ? 

 

 

 

 

1. Jusqu'au XVIIIe siècle inclus, Français et Russes n'eurent guère de raisons de se heurter : la France ne s'opposait, jusque là, qu'à ses voisins : les Espagnols, les Habsbourg d'Autriche ou les Anglais (comme lors des guerres de Louis XIV)... et la Russie n'était pas limitrophe de la France ! La France ne fut l'adversaire de la Russie, pour la première fois, qu'au cours de la guerre de Succession de Pologne (1733-1738). Or, lors de ce conflit, les Français n'affrontèrent les Russes que sur le lointain théâtre de Dantzig, l'énorme majorité des batailles livrées par les Français n'ayant lieu qu'avec les Autrichiens.

 

 

 

 

La deuxième grande guerre du XVIIIe siècle (l'histoire militaire de ce siècle s'étale entre les guerres de Louis XIV, qui s'achevèrent en 1714, et celles de la Révolution et de l'Empire, qui durèrent de 1792 à 1815), fut la guerre de Succession d'Autriche (1740-1748). Au cours de cette guerre, la Russie se trouva dans le camp de l'Autriche, donc opposée à la France, mais, là encore, la France n'affronta pour ainsi dire que les Anglais et les Autrichiens.

 

 

 

 

Enfin, la guerre de Sept ans, troisième guerre du siècle, et par ailleurs la plus âpre - la première guerre mondiale, selon Edmond Dziembowski (1756-1763)(1) -, vit la France et la Russie dans le camp de l'Autriche, opposées à la Prusse et à l'Angleterre. Il n'y avait donc pas de quoi susciter, en France, un sentiment anti-russe d'autant plus qu'il n'existait pas, pour l'un ou pour l'autre pays, d'enjeu territorial (quelle province frontalière, quelle colonie lointaine auraient-ils eu à se disputer ?), pas d'affrontement "idéologique" - comme le soutien à un "camp" religieux contre l'adversaire. Enfin, les deux premières de ces guerres ne furent que dynastiques et sur des champs de bataille situés hors de France. Rien donc de nature à susciter des élans populaires et des passions homicides, comme lors des guerres de religion, et, plus tard, des guerres de la Révolution.

 

 

 

 

2. Tout changea durant les guerres de la Révolution et de l'Empire, premières guerres proprement idéologiques. Certes, comme le dit André Fugier, la tsarine Catherine II espérait que l'Europe anéantisse la "canaille jacobine",(2) mais ce ne fut pas avant la Deuxième coalition, en septembre 1799, que les Russes intervinrent contre la France, et encore, seulement en Suisse. Et là aussi, l'affrontement dura peu, car les Russes furent vite battus par Masséna et se retirèrent. Les combats entre Français et Russes furent donc trop brefs et trop périphériques pour susciter un sentiment anti-russe dans la population. D'ailleurs, si une telle hostilité s'était manifestée, n'aurait-elle pas plutôt pris pour cible l'ensemble des coalisés - en tant que soutiens du retour à l'Ancien Régime ? 

 

 

 

 

3. Lors de la Troisième coalition, qui se termina par la victoire d'Austerlitz, ce fut la France qui alla chercher les Russes en Moravie. Même chose pour la Quatrième Coalition, où Napoléon affronta les Russes dans les localités d'Eylau et de Friedland, situées l'une et l'autre, aujourd'hui, dans l'oblast de Kaliningrad, c'est-à-dire en Russie. Et, bien entendu, lors de la campagne de Russie, de juin à décembre 1812, le pays qui prit l'initiative des opérations et envahit l'autre, ce fut la France. Quant aux campagne de Saxe (d'avril à octobre 1813) et de France (au début de 1814) qui virent de nouveau les armées russes parmi les coalisés, elles ne furent que la conséquence de la campagne de Russie. Enfin, lors de la Septième coalition – ou Campagne des Cent jours – qui s'acheva à Waterloo, ce furent les seuls Anglais et Prussiens qui vinrent à bout des Français.

 

 

 

 

Conclusion partielle 1, à la fin des guerres de l'Empire : lors des guerres de la Révolution et de l'Empire, l'engagement des Russes n'apparut pas tel qu'il eût pu susciter, parmi les Français, un sentiment d'hostilité. D'abord, les Russes agirent la plupart du temps au sein de coalitions (sauf durant la campagne de Russie), mais furent moins constamment ennemis de la France que les Anglais ou les Autrichiens, et ne participèrent ni à la Première ni à la Septième coalition.

 

 

 

 

4. Au début du XIXe siècle, les Français progressistes (ou "libéraux", ou "républicains"... ou ce qu'il en restait) auraient pu en vouloir à la Russie du fait que son souverain, Nicolas Ier, fut à l'origine de la Sainte-Alliance, dont l'objet était de se prémunir contre le retour des révolutions, dont la France avait montré le "périlleux" exemple. 

 

 

 

 

Sauf que cette Sainte-Alliance fut dissoute de fait à la mort de Nicolas Ier, en 1825, que la réaction contre-révolutionnaire fut davantage incarnée, jusqu'en 1848, par Metternich, principal ministre autrichien, et que la France de la Restauration (sous le gouvernement de Louis XVIII), participa elle-même, en 1823, en Espagne, à l’écrasement d'un mouvement insurrectionnel. A l'inverse, toutefois, dans la France philhellène des années 1820, la participation de la Russie à la bataille de Navarin, en 1827, qui, en anéantissant la flotte turque, contribua à l'indépendance grecque, aurait pu jouer, dans l'opinion française en faveur de la Russie [enfin, parmi le petit nombre de Français qui s'intéressait à la question...]. 

 

 

 

 

5. Pour la partie du XIXe siècle, qui s'étend jusqu'au Second empire, la russophobie aurait pu se diffuser, du fait que la Russie - malgré la dissolution de la Sainte-Alliance - apparut comme la puissance réprimant les mouvements nationaux, notamment en Pologne et en Hongrie. On se souvient du scandale provoqué, en 1831, par le mot du général Sébastiani, ministre français des Affaires étrangères, après l'écrasement de la révolution polonaise : "l'ordre règne à Varsovie". Ou, à l'inverse, de l'apostrophe lancée en 1867 au tsar Alexandre II, en visite à l'Exposition universelle de Paris, par le député Floquet, après la répression, par ce tsar, de la révolution polonaise de 1861-1864 : "Vive la Pologne, Monsieur !". Enfin, les Français auraient pu se souvenir que la Russie, en 1849, aida l'empereur d'Autriche à écraser la révolution hongroise. [Mais, en 1849, on imagine que les Français, davantage marqués par l'écrasement des Journées de juin 1848, avaient d'autres sujets de préoccupation...].

 

 

 

 

6. Reste, évidemment, la guerre de Crimée (1853-1856) qui vit la France porter la guerre loin de chez elle, en Russie, aux côtés du Royaume-Uni et de l'empire ottoman, alors qu'elle n'avait pas été, initialement, attaquée par cette même Russie. Cette guerre coûta à la France 92 000 morts, plus du fait du choléra que des balles russes, et fut menée au seul bénéfice stratégique des Anglais (qui bloquèrent la flotte russe dans la mer Noire et empêchèrent la Russie de vassaliser la Turquie) au prix, pour eux de... 22 000 morts. Et lors du traité de Paris, qui mit fin à la guerre, si les Français manifestèrent leur joie, ce ne fut pas pour fêter la victoire sur un ennemi détesté mais pour se réjouir de la fin d'un conflit qui, sans aucun profit pour la France (sauf à enrichir l'onomastique parisienne : pont de l'Alma, boulevard de Sébastopol, Malakoff...), leur avait coûté cher en vies humaines.

 

 

 

 

Conclusion partielle 2, jusqu'à la fin du second Empire et aux débuts de la IIIe République (soit, de facto, dès 1870), les Français n'eurent pas de raison d'en vouloir spécifiquement à la Russie, comme ils auraient pu en vouloir à l'Angleterre - qui leur avait pris des territoires outre-mer et avait balayé leur flotte des océans. Ou à l'Autriche - qui apparaissait comme la "prison des peuples", notamment du peuple italien, comme en témoigna la guerre de 1859 (Magenta et Solférino).

 

 

 

 

7. Après la guerre de 70, pour la France - et pendant 43 ans -, l'ennemi fut l'Allemagne. Dans cette configuration, quel rôle joua la Russie ? Elle joua le rôle que lui assigna Bismarck jusqu'à sa chute en 1890 : celui d'une puissance empêchée de s'allier avec la France, pour éviter à l'Allemagne une guerre sur deux fronts. Le système dura plus de 20 ans, jusqu'à ce que Guillaume II, le nouvel empereur, y mît fin et que la France (notamment en souscrivant largement aux emprunts russes), finît par détacher la Russie de l'alliance allemande. Désormais, la Russie fut un allié de poids (quoique la guerre russo-japonaise de 1904-1905 eût tempéré l'optimisme des Français quant à ses capacités militaires) qui permit une alliance de revers face à l'Allemagne, alliance qui avait tant fait défaut à la France en 1870. Et cette alliance fonctionna puisque ce fut (entre autres raisons) le transfert de deux corps d'armée allemands du front de l'ouest au front de l'est qui, en août-septembre 1914, contribua à la victoire de la Marne.

 

 

 

 

8. Tout changea de nouveau avec la Révolution d'Octobre, en novembre 1917, qui vit à la fois la naissance d'un régime inédit (le régime bolchevique), et, ipso facto, la renaissance de l'épouvantail de la Révolution, et le retrait de la Russie du rang des belligérants, privant ainsi la France d'un allié de poids. Du coup, l'opinion de droite eut deux raisons d'en vouloir au nouveau régime : d'abord pour sa "défection" en pleine lutte (d'autant plus que le traité de Brest-Litovsk fut signé à l'époque de la seconde bataille de la Marne, laquelle débuta de façon critique pour les alliés). Et ensuite pour la création d'un régime hostile aux classes possédantes. Désormais, ce furent les Bolcheviques qui prirent le relais des Jacobins jadis tant haïs. Et, pour les conservateurs français, ce nouveau régime raviva les horreurs de la Commune.

 

 

 

 

9. Désormais, les termes "Russie" et "Révolution" furent synonymes dans l'esprit des Français, ce qui suscita, dans l'opinion publique française, un clivage radical : de l'admiration et de la dévotion de la part du Parti communiste, de l'hostilité, si ce n'est de la haine, de la part de tous les autres partis, et bien entendu encore plus de ceux de droite, les deux courants adverses s'entretenant l'un l'autre. Et l'hostilité des dirigeants français à l'égard du nouveau régime se marqua de plusieurs manières :

 

 

 

 

- Par l'aide aux armées blanches sur divers fronts, notamment en mer Noire (lors de la guerre civile russe), fin 1918-début 1919, ou aux Polonais, lors de la guerre russo-polonaise (1919-1921) par l'envoi d'une mission militaire d'instruction (mission à laquelle prit part le capitaine de Gaulle), enfin, par la contribution, avec l'armée roumaine, à l'écrasement de la République des conseils de Béla Kun, en Hongrie, au printemps-été 1919. 

 

 

 

 

Conclusion partielle 3, à la fin de la guerre civile russe : désormais, même si, en 1924, la France, sous le Cartel des gauches, reconnut de jure l'URSS, l'attitude de ses dirigeants n'en fut pas moins équivoque à l'égard de ce pays. En effet, même si la France considérait toujours l'Allemagne comme la principale menace (les premiers projets de la future ligne Maginot datent du milieu des années 1920), elle fit comme si elle espérait que l'URSS et l'Allemagne se saignent à blanc et qu'elle n'eût plus (avec l'Angleterre) qu'à ramasser les morceaux. D'où une série de comportements douteux à l'égard de l'URSS, parmi lesquels :

 

 

 

 

- Le refus d'aider la République espagnole contre les franquistes à l'été 1936, l'abandon de la Tchécoslovaquie à Hitler en septembre 1938, le refus des propositions d'alliance de Staline, la complaisance envers les Polonais qui refusaient de laisser l'Armée rouge traverser leur pays pour secourir la Tchécoslovaquie. La crainte de l'Allemagne était contrebalancée par une crainte non moins forte de l'URSS - ce qui, en grande partie, expliqua le pacte germano-soviétique d'août 1939.

 

 

 

 

10. Pendant la guerre, les Français à l'écoute de la radio anglaise suivirent les péripéties de la guerre. Et, à l'époque, ces Français savaient que la défaite de l'Allemagne nazie n'avait pas été consommée à El-Alamein, à Monte Cassino ou sur les plages de Normandie, mais de façon bien plus décisive, à Moscou, à Stalingrad, à Koursk, à Leningrad, et ailleurs en URSS. L'armée allemande perdit les deux tiers de ses effectifs face à l'Armée rouge. Et l'opinion française ne s'y trompa pas : à un sondage effectué en mai 1945 pour savoir quelle nation avait le plus contribué à la défaite de l'Allemagne, les Français répondirent à 57 % l'URSS, à 20 % les États-Unis et à 12 % le Royaume-Uni. [Le même sondage, effectué en 2015, donna à 61 % les États-Unis, à 9 % le Royaume-Uni et... à 8 % l'URSS]. Et, il y a quelques années, une femme avait même laissé échapper, devant moi, un lapsus révélateur : "Heureusement que les Américains ont débarqué en Normandie, pour nous délivrer... des Soviétiques" ! Que s'était-il donc passé en 70 ans, qui explique ce revirement ?

 

 

 

 

11. Ce qui s'était passé, ce fut d'abord une épuration mal menée, qui épargna les collaborateurs les plus adroits, les plus chanceux, ou ceux qui avaient le plus d'appuis. Puis qui furent "recyclés" notamment au CNPF (prédécesseur du MEDEF) et au MRP (Mouvement Républicain Populaire, que les communistes surnommèrent Mouvement à Ramasser les Pétainistes) et qui reprirent du service dans la politique ou la haute administration. Puis les débuts de la guerre froide, le départ du général de Gaulle du gouvernement, l'exclusion des communistes, l'échec des grandes grèves de 1947, la guerre d'Indochine, le blocus de Berlin en 1948 et la création de l'OTAN en 1949. Il y eut aussi, jusqu'en 1958, le bipartisme SFIO-MRP dans les gouvernements de la IVe République, qui engagea la France dans une politique résolument atlantiste. Et - le dernier mais pas le moindre - les accords Blum-Byrnes, signés en 1946, et qui favorisèrent la diffusion du cinéma américain en France, donc la popularisation de "l'American way of life", et des manières de penser y afférentes.

 

 

 

 

12. Un des premiers points par où se manifesta la russophobie - ou l'antisoviétisme - fut la présentation tendancieuse de la Seconde Guerre mondiale. Tout se passait comme si certaines "élites" françaises fussent dépitées qu'un peuple "supérieur" comme le peuple allemand (qui avait fourni Bach, Mozart, Beethoven, Brahms, Leibniz, Kant, Hegel, Nietzsche, Heidegger, Gauss, Cantor, Dedekind,  Hilbert, Planck, Einstein, Mommsen, Albert le Grand...) eût été vaincu par un peuple de primitifs, de moujiks, de semi-asiates : le nom "Russe", en français, n'est-il pas, d'ailleurs, fort malencontreusement, paronyme de "rustre" et de "fruste" ? 

 

 

 

 

Cette propension à dévaloriser la victoire soviétique se manifesta d'abord par l'insistance sur le pacte germano-soviétique, qui permettait de ranger dans le même sac "communisme" et nazisme et de faire porter au premier l'opprobre du second. Ensuite sur la guerre à l'Est, vue moins comme une victoiresoviétique que comme une défaite allemande. Et, de fait, lorsque cette défaite ne fut pas attribuée à des éléments extérieurs (l'immensité des plaines russes, le froid glacial, la "raspoutitsa" (dégel transformant les terrains en mers de boue où s'enlisaient les véhicules), elle fut imputée à des causes dépréciativespour les Russes : leurs masses insensibles aux pertes, le mépris des vies humaines de Staline, le fanatisme, la terreur exercée par le NKVD sur les militaires, l'influence des commissaires politiques, etc.

 

 

 

 

Autre cause dépréciative : les livraisons d'armes effectuées par les Américains au titre de la loi Prêt-bail. Comme si, privés de ces livraisons, les Soviétiques en eussent été réduits à se battre avec des arcs et des flèches... Alors que les armes américaines ne représentèrent qu'une part minime des armes utilisées par les Soviétiques, que le gros des livraisons n'intervint qu'après Stalingrad et qu'un homme comme Truman (futur président) se demandait cyniquement "si nous voyons que l'Allemagne gagne, nous devons aider la Russie, mais si c'est la Russie qui gagne, nous devons aider l'Allemagne afin qu'ils s'entre-tuent au maximum". [Comme le rapporte le Manuel d'histoire critique du Monde diplomatique, p. 67]. 

 

 

 

 

13. Rarement on évoqua les causes positives qui expliquèrent la victoire soviétique : le patriotisme, l'abnégation, la prévoyance (qui fit déménager à temps derrière l'Oural les industries d'armement), la planification et l'efficacité industrielles qui permirent de sortir d'énormes quantités d'armes de toutes sortes, une stratégie supérieure à celle des Allemands, un service de renseignement hors pair (l'Orchestre rouge, par exemple), une guerre populaire omniprésente sur les arrières des Allemands et des armements mieux adaptés au climat et aux conditions du champ de bataille que ceux des Allemands, parfois trop sophistiqués et trop gourmands en carburant, donc tombant souvent en panne.

 

 

 

 

14. L'antisoviétisme, la russophobie, en France, se sont nourris de l'anticommunisme (tout comme, entre 1789, dans l'Europe coalisée, la haine de la France et la haine des classes populaires s'étaient alimentées l'une l'autre). Il courait d'ailleurs une comparaison dans la presse de droite au temps de la guerre froide : on y lisait que "le listing de paye de l’Éducation nationale française était le deuxième plus long du monde après celui de l'Armée rouge" ! Si la comparaison était absurde - car portant sur des institutions hétérogènes - son message était clair : "Pendant que les bataillons de l'Armée rouge se préparent à fondre sur l'Europe, les bataillons endoctrinés de l’Éducation nationale - nouvelle Cinquième colonne - préparent "nos" enfants (avec "nos" impôts !) à mettre "crosse en l'air" et à capituler devant les "Rouges". Les épouvantails de l'Armée rouge, du Parti communiste et de la C.G.T. marchaient main dans la main : en mai 1968, comme en mai 1981, certains, à droite, ne voyaient-ils pas déjà  les chars soviétiques défiler sur les Champs-Élysées ? 

 

 

 

 

15. Cet antisoviétisme, durant toute la guerre froide, se nourrit d'une propagande lancinante sur les capacités fantasmées de l'Armée rouge, dont les casernes, en R.D.A. n'étaient, selon le général de Gaulle, qu'à deux étapes du tour de France des frontières françaises. Et les journaux regorgeaient de chiffres plus faramineux les uns que les autres, sur les divisions de l'Armée rouge, sur les innombrables chars d'assaut, canons et autres orgues de Staline. Il me souvient qu'au service militaire, un lieutenant (d'ailleurs appelé comme nous) nous affirmait que si tous les chars soviétiques étaient mis l'un derrière l'autre, ils formeraient une file allant de Brest à Strasbourg. D'aucuns envisageaient même benoîtement que, 48 heures après avoir franchi le Rhin (car, évidemment, dans leurs fantasmes, c'étaient toujours les Soviétiques qui attaquaient...) les tankistes soviétiques tremperaient leurs fanions dans le golfe du Morbihan...

 

 

 

 

16. Ce qui est étrange, c'est que ce sentiment ait perduré après la disparition de l'URSS, son éclatement et son subséquent naufrage économique. Du jour au lendemain, le 26 décembre 1991, l’État successeur, la Russie, passa de 22 millions de km² à 17 millions et de 293 millions d'habitants à 146 millions. Il perdit près de 24 % de sa superficie (et avec elle nombre de ressources minérales, énergétiques et agricoles) et 50 % de sa population. Il perdit aussi la plupart de ses côtes "utiles", en Baltique et en mer Noire. Pour se représenter cela à l'échelle de la France métropolitaine, c'est comme si notre pays était amputé des régions PACA et Occitanie, plus des départements des Pyrénées-Atlantiques, des Landes et de la Gironde et qu'il n'eût plus que 32 millions d'habitants, soit moins que la Pologne. Et si la France avait la même densité que la Russie, elle aurait 4,7 millions d'habitants, c'est-à-dire moins de 60 % de celle de la Suisse... Comment, dans le monde d'aujourd'hui, les Russes ne se sentiraient-ils pas en insécurité ? 

 

 

 

 

17. Or, malgré l’implosion de l'URSS, malgré la dissolution du pacte de Varsovie, malgré la chute de la production soviétique, malgré la grave crise morale consécutive (marquée par un recul des naissances, une hausse des décès et l'expansion de l'alcoolisme), malgré le pillage des cerveaux du pays, les Occidentaux ne cessèrent de se montrer agressifs, et le furent sous trois modalités :

 

 

 

 

17.1. Par le maintien de l'OTAN (alors que cette alliance était censée répondre à un "péril militaire" soviétique – qui n'exista d'ailleurs jamais) et son extension aux anciens pays du pacte de Varsovie et à certaines des anciennes républiques fédérées (Lituanie, Lettonie, Estonie) et les velléités d'y inclure l'Ukraine et la Géorgie, en violation de la parole donnée à Mikhaïl Gorbatchev. (3) Qu'auraient dit les Américains si les Soviétiques, ayant gagné la guerre froide, avaient étendu le pacte de Varsovie à l'Europe occidentale, au Canada, au Maine, au New Hampshire et au Vermont ?

 

 

 

 

17.2. Par le soutien, via des ONG crypto-gouvernementales étasuniennes, à des révolutions colorées dans des pays périphériques de la Russie, afin d'en détacher ces pays : après le mouvement Otpor en Serbie en 2000, qui mit fin au pouvoir de Slobodan Milosevic, la révolution des Roses en Géorgie en 2003, la révolution orange en Ukraine en 2004, la révolution des tulipes au Kirghizistan en 2005...

 

 

 

 

17.3. Par l'intervention armée des États-Unis et/ou de l'OTAN dans des pays périphériques de l'URSS ou ayant été ses anciens alliés : contre l'Irak en 1991 et en 2003, contre la République serbe de Bosnie en 1995, contre la République fédérale de Yougoslavie en 1998-99, contre l'Afghanistan en 2001. Et un peu plus loin et un peu plus tard, contre la Libye, en 2011, en dupant la Russie sur la portée et l'ampleur de l'intervention occidentale.

 

 

 

 

Conclusion 4 : résumé des siècles précédents

 

 

 

 

- La russophobie est tout à la fois la modalité d'un sentiment plus général de peur à l'égard d'une puissance étrangère (ayant en l'occurrence pour objet la Russie), mais aussi un sentiment qui se conjugue avec une division politique du pays. Par exemple, l'hispanophobie qui régna, en France, parmi les classes dirigeantes et les protestants, des années 1585 à 1635. Cette hispanophobie avait pour aliment, d'abord la peur (côté protestant) de se voir imposer un catholicisme contre-réformateur dur (celui des rois d'Espagne, celui de l'Inquisition). Mais il avait aussi comme moteur la hantise, (côté dirigeants), de se voir encerclé par les possessions du roi d'Espagne (du côté de l'Espagne, de l'Italie, de la Franche-Comté et des Pays-Bas du sud - l'actuelle Belgique). Ce qui motiva la politique de Richelieu et l'engagement progressif de la France dans la guerre de Trente ans.

 

De la russophobie, par Philippe Arnaud

- La russophobie ne semble apparaître, en France, qu'au XIXe siècle, et encore dans les petits cercles libéraux d'intellectuels qui considéraient le régime des tsars comme un oppresseur des nations (de la Pologne surtout, et, temporairement, de la Hongrie). Ce sentiment changea à partir de l'alliance franco-russe en 1892 et se mua en une russophilie qui dura jusqu'en 1917.

 

 

 

 

- Ce sentiment réapparut, en France, après 1918, le triomphe de la révolution bolchevique en Russie et la création du Parti communiste français au congrès de Tours en 1920, et dura pratiquement jusqu'à la disparition de l'URSS en 1991. Mais il partit d'une vision idéologique opposée à celle de la russophobie de 1892 et fut bien davantage répandu : en dehors du Parti communiste, il toucha pratiquement toutes les franges de l'opinion et, par passion partisane, s'alimenta de l'attachement du P.C. pour l'URSS.

 

 

 

Conclusion générale. L'étrangeté, c'est qu'après la disparition de l'URSS en 1991, la Russie, bien qu'elle ne représente plus un contre-modèle idéologique et politique, et encore moins une menace militaire (qu'au demeurant elle ne fut déjà pas durant la guerre froide), n'en continue pas moins, pour une part du personnel politique et des médias français, à être présentée comme une menace militaire et subversive.

 

 

 

 

C'est d'autant plus étrange que la France, à la différence du Royaume-Uni, n'avait – et n'a toujours pas – de motifs de litige avec la Russie. Jadis, la France n'avait aucune raison d'empêcher ce pays d'accéder à la Méditerranée via les "Détroits" (c'est-à-dire le Bosphore et les Dardanelles), ou de se se tailler un dominion en Afghanistan, au nord de l'empire des Indes et à la limite de l'empire russe, puisque la France n'avait d'intérêt ou de possession dans aucune de ces régions du monde. Et, après 1945, la France n'avait pas de raison d'adopter la politique de "containment" des Etats-Unis à l'égard de l'URSS., et pouvait fort bien adopter une politique autonome (ce qu'elle fit, d'ailleurs, avec le général De Gaulle).

 

 

 

 

A cet égard, la russophobie, en France, en dehors de son aspect idéologique (qui n'est plus plus pertinent depuis 1991), semble plutôt être le fait de ceux que René Rémond appelait les "orléanistes", et qu'on retrouve, à droite, au MRP et chez les centristes, et aujourd'hui chez les macronistes... et les socio-démocrates. 

 

Une caractéristique de cette droite orléaniste est son anglophilie, qui a marqué la politique extérieure française dès les lendemains de Waterloo. Il est d'ailleurs révélateur qu'au XIXe siècle les trois monarques chassés par une révolution (Charles X en 1830, Louis-Philippe en 1848, Eugénie en 1870 - Napoléon III, pour sa part, ayant déjà été fait prisonnier à Sedan),  se réfugièrent tous en Angleterre. Napoléon III d'ailleurs, y mourut et son fils se fit tuer, quelques années plus tard, par les Zoulous... sous l'uniforme de l'armée britannique. Et, pendant longtemps, la politique extérieure française suivit celle du Foreign Office. Aristide Briand avait d'ailleurs coutume de dire : "La France et l'Angleterre doivent être unies comme le cheval et son cavalier". Puis il marquait une pause et ajoutait : "...l'essentiel est de ne pas être le cheval". Avec cette pause, Briand nous disait qui, dans son esprit, tenait le rôle du cheval...

 

 

 

 

Depuis 1945, et depuis que les Etats-Unis ont pris le relais d'un Royaume-Uni en déclin, ces orléanistes sont devenus américanophiles (il fallait bien changer de cavalier...), mais aussi europhiles, libéraux (dans tous les sens du terme) et avides de se fondre dans des organisations internationales rattachées à l'Occident (Union européenne, OTAN, OCDE...). Ce courant est souvent issu des rangs de la Démocratie chrétienne. 

 

 

 

 

La russophilie, à l'inverse, semble plus répandue parmi les ceux que René Rémond (et, à sa suite, Gilles Richard) appelle les bonapartistes : gaullistes, Rassemblement National, UPR, tenants de Philippe Seguin, de Philippe de Villiers ou de Nicolas Dupont-Aignan. On les désigne aujourd'hui davantage sous le nom de souverainistes de droite, pour les distinguer des souverainistes de gauche comme les chevènementistes (et, peut-être, aussi les adhérents de LFI ou du PC). Les russophiles, en 2020 s'insèrent dans une lignée de dirigeants et de théoriciens politiques français qui, depuis les débuts de l'Etat moderne, au XVIe siècle, placèrent les intérêts du pays au-dessus des solidarités de civilisation avec les autres européens et nord-américains. Et dont on peut suivre les traces à travers quelques exemples :

 

 

 

 

- François Ier, qui, bien que Roi Très Chrétien, s'allia à "l'Infidèle" Soliman, pour faire pièce à Charles Quint, roi d'Espagne et Empereur, 

 

 

 

 

- Les Politiques qui, dans la dernière partie des guerres de religion - et bien que bons catholiques - penchèrent néanmoins pour accepter le roi huguenot Henri de Navarre comme roi de France contre le candidat de la Ligue.

 

 

 

 

- Les cardinaux Richelieu et Mazarin, qui tout prélats de l’Église catholique, apostolique et romaine qu'ils fussent, ne s'en allièrent pas moins aux hérétiques de la Suède, des Provinces-Unies et d'autres États allemands "parpaillots" pour contrer le roi d'Espagne et l'Empereur, catholiques comme eux.

 

 

 

 

- Et, bien entendu, le général De Gaulle, homme de droite, et tous ceux qui, à sa suite, prirent leurs distances avec les États-Unis, par exemple Giscard d'Estaing en décidant d'aller aux Jeux olympiques de Moscou en 1980, ou Jacques Chirac en refusant de participer à la guerre d'Irak de 2003. 

 

 

 

 

Un signe du décalage de la France par rapport à ses voisins tient à ce que, depuis la création de l'OTAN en 1949, pas une seule fois un Français ne fut nommé secrétaire général de cette institution internationale. Et je rapproche cette exception d'une autre : depuis la création de la Compagnie de Jésus, en 1540, pas une seule fois un Français ne fut élu supérieur général de cet ordre religieux à vocation internationale. Mais, dans ces deux institutions, à ces postes, on trouve, en commun, des Italiens, des Espagnols, des Belges, des Hollandais et des Allemands...

 

 

 

 

Aujourd'hui, la France semble être "rentrée dans le rang", après sa participation aux guerres de Yougoslavie, sa réintégration dans l'OTAN sous Nicolas Sarkozy, ses sanctions contre la Russie après la crise ukrainienne de 2014, et son "suivisme" des États-Unis par exemple dans la reconnaissance du putschiste Juan Guaido comme président du Venezuela. Mais pour combien de temps ? 

 

 

 

(1) Edmond Dziembowski, La guerre de Sept ans, Perrin, 2015, 700 pages.

 

(2) André Fugier, Histoire des relations internationales, Tome IV, Hachette, 1954, page 46.

 

(3) Philippe Descamps, "L'OTAN ne s'étendra pas d'un pouce vers l'est", Le Monde diplomatique, septembre 2018.

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24 avril 2020 5 24 /04 /avril /2020 05:20

A notre chère collègue Martine Spensky (1946-2020).

 

Professeure émérite de civilisation britannique et histoire des idées (XIXe-XXe siècles) à l’université Blaise Pascal, Clermont-Ferrand.

 

Ancienne maîtresse de conférences au Département d’études des pays anglophones (DEPA), université Paris 8-Vincennes-Saint-Denis.

 

 

Hommage à Martine Spensky, par Mireille Azzoug

Notre chère collègue et amie Martine Spensky vient de nous quitter, ce 11 avril 2020, des suites d’une terrible maladie (maladie de Charcot) qui l’a peu à peu paralysée.

 

Notre peine est profonde et dans cette cruelle épreuve nous adressons à son fils et à son compagnon ainsi qu’à ses proches nos très sincères condoléances et toute notre sympathie. Nous avons une pensée particulière pour ses petits-enfants qui l’aimaient tendrement et vont vivre difficilement son absence.

 

La dernière fois que nous avons vu Martine, c’était en novembre dernier (2019) lors de notre repas collectif entre anciens collègues du DEPA : elle était déjà très atteinte par la maladie mais elle faisait front avec courage, toujours souriante.  

 

Jusqu’au diagnostic de sa maladie en 2018, elle était encore en pleine forme.

 

Étudiante non-bachelière au DEPA de 1972 à 1975, elle y enseigna comme chargée de cours, assistante puis maîtresse de conférences jusqu’à sa mutation en 1998 comme professeure à l’Université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand. Elle a donc été notre collègue et amie durant plus de 25 ans. 

 

Elle a  assuré des cours de langue puis des cours de civilisation britannique. Elle s’était spécialisée sur les questions de genre au Royaume-Uni, en Irlande (IXe-XXe siècles) et dans l’Empire britannique : le sort fait aux femmes dans la société anglo-saxonne et dans les colonies, leurs luttes pour l’émancipation – conquête de la citoyenneté, accès à l’emploi – mais aussi pour les autres libertés, notamment la maîtrise de leur corps. Elle s’est en outre intéressée à la famille et à l’enfance illégitime. Elle a soutenu à Paris 8, en 1988, son doctorat de 3e cycle « L’évolution de la prise en charge des mères célibataires et de leurs enfants en Angleterre : dix neuvième et vingtième siècles ».Elle a, par la suite, orienté sa réflexion sur de nouveaux thèmes : l’esclavagisme, la segrégation, les questions d’identité,  la biopolitique.

 

Elle est l’auteure d’une série d’articles et a dirigé plusieurs ouvrages sur ces diverses problé-matiques (voir bibliographie ci-dessous). 

 

Elle a également fondé à l’université Blaise Pascal, en 1999, un groupe de recherche, le CRCEMC (Centre de recherche sur les civilisations étrangères dans le monde contemporain) qu’elle a dirigé puis codirigé après sa fusion avec le groupe de recherche de Limoges, EHIC (Espaces humains et interactions culturelles). Et elle a été directrice de la collection « Politiques et identités » des Presses universitaires Blaise Pascal.

 

Chercheuse inventive et de grande qualité, Martine a fait œuvre créatrice, comme en témoignent ses nombreuses activités. Ses travaux sur les femmes et les rapports de genre jouissent de la considération de ses collègues spécialistes dans ce domaine. Universitaire et chercheuse, Martine était aussi une militante, non seulement féministe mais politiquement engagée dans la défense des droits et des valeurs de solidarité.

 

Martine Spensky était une collègue particulièrement attachante : sympathique, enjouée, souriante, vive d’esprit, toujours prête à s’investir et à rendre service, indépendante aussi. 

 

Nous n’oublierons ni son sourire, ni ses qualités humaines et intellectuelles. Martine restera bien vivante dans nos esprits et dans nos cœurs.

 

Mireille Azzoug, ancienne directrice du DEPA,

                                                                                  et les collègues du DEPA

 

 

Bibliographie succincte

 

Autrice de nombreux articles dans diverses revues (Cahiers Charles V, Encrages et Cahiers d’Encrages, La Mazarin, Les Cahiers de l’Observatoire…) elle a aussi dirigé ou codirigé les ouvrages suivants : 

 

Dir. Numéro spécial des Cahiers d’Encrages « Politiques sociales et rapports sociaux de sexe en Europe »,  DEPA, Paris 8, 1991.

Dir. Actes de la journée d'étude « Féminisme et mouvement ouvrier en Europe : France, Grande-Bretagne, Pologne », Cahiers d’Encrages, DEPA,Paris 8, 1992.

Dir. Universalisme, particularisme et citoyenneté dans les îles Britanniques, Paris, L’Harmattan, 2000.

Dir. Les femmes à la conquête du pouvoir politique : Royaume-Uni, Irlande, Inde, Paris, L’Harmattan, 2001.

Dir. Citoyenneté(s) perspectives internationales, Presses de l’Université Blaise Pascal, 2003.

Codir. Citoyenneté, empires, mondialisation, Presses de l’Université Blaise Pascal, 2006.

Codir. Citoyenneté et diversité, Presses de l’Université Blaise Pascal, 2009.

Dir. Le contrôle du corps de femmes dans les empires coloniaux, Paris, Karthala, 2015.

 

 

 

Hommage à Martine Spensky, par Mireille Azzoug

 

 

En haut, au-dessus de Pierre Dommergues : Martine Spensky (cira 1972/197).
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4 avril 2020 6 04 /04 /avril /2020 05:17
Mon vieil ami Benoît Vitse, théâtreux devant l'éternel, nous informe des modalités d'organisation du Festival d'Avignon cette année. Je me demande s'il ne s'agit pas d'un canular (pardon : d'un “ hoax ”).
 
Cette année, malheureusement, nous ne pourrons pas accueillir le public. Il serait irresponsable, en effet, de remplir nos salles d'un virus aussi indésirable. Néanmoins, the show must go one comme l'a si bien dit le président Donald Trump. C'est pourquoi nous proposons une programmation réduite certes, mais de qualité. 
 
En ce qui concerne l'affichage, il peut rester sauvage, mais il faudra regarder les affiches chacun son tour en respectant la distanciation brechtienne. Les parades seront visibles des balcons et donneront néanmoins un air de fête à la vieille cité. Les spectacles de rue sont autorisés mais devront avoir lieu dans des rues désertes. Nous n'oublierons pas le festival off et, puisqu'il n'est plus possible de recevoir un public dans une salle, nous avons récupéré les anciennes cabines téléphoniques. Aussi, profitant de cet espace que nous leur concéderons à bas prix (250 euros l'heure), les jeunes comédiens pourront s'exprimer sans exposer le public qui ne sera composé que d'une seule personne munie d'un permis de se déplacer pour 45 minutes. 
 
La plupart des pièces seront jouées par un comédien seul, mais cela était déjà la règle depuis longtemps. On avait pressenti le pire, et on s'y était préparé. 
 
Le festival d'Avignon, c'est tout de même l'occasion de revoir nos grands classiques. Ainsi dans la cour d'honneur du Palais des Papes, nous avons le plaisir de vous présenter « En attendant Godot », avec toutefois cette petite variante : Estragon attendra Godot bien sûr, mais également Vladimir, Pozzo et Lucky qui ne viendront pas non plus, pour des raisons bien compréhensibles de sécurité. 
 
Fabrice Lucchini, qui s'est rasé le crâne, interprétera à lui tout seul La Cantatrice chauve. « Je pense que par la suite, on ne pourra plus jamais jouer Ionesco que de cette façon. Je le sens, je le ressens, je le pressens, je le présume, je le résume. » (Libération du 31 mars) 
 
Pour des raisons de coupes budgétaires, on jouera non pas les Trois Soeurs, mais les Deux Orphelines, et elles seront toujours séparées de deux mètres. En effet, leurs jupons avec crinoline empêchent tout contact. Ce sera d'ailleurs la première fois qu'on verra des orphelines en crinoline. A ne pas manquer (Le Monde).
 
Il fallait un Shakespeare pour que cette édition soit à la hauteur de nos ambitions. Ainsi nous donnerons Roméo (interprété par Pierre Palmade) et Juliette (sublime Anne Roumanoff !), mais uniquement la scène du balcon qui permet aux acteurs de ne pas s'approcher. Pour respecter la durée initiale de la pièce, cette fameuse scène sera revisitée à quinze reprises avec des mises en scène toutes différentes d'Olivier Py. 
 
Nous attendons également la nouvelle pièce de Bernard-Henri Lévy dont nous ne savons rien, mais au titre tellement évocateur et alléchant : Le raffinement du confinement m'émeut tellement.
 
Mais Avignon, on le sait, c'est aussi la danse. Et nous vous recommandons le superbe « Solo de l'infirmière » sans masque, sans gants, sans aucun matériel, accompagnée d'un violon Stradivirus. Télérama nous dit que c'est d'un dévouement et d'un dénuement absolus
 
Bien entendu, il n'y aura strictement personne dans les salles durant ce festival, mais ARTE retransmettra en direct décalé les représentations et a demandé à TF1 de fournir les rires et les applaudissements enregistrés.
 
 
Le Festival d'Avignon à huis clos ? (par Benoît Vitse)
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2 avril 2020 4 02 /04 /avril /2020 05:13

 

 

Clint Eastwood aura été ce qu’on appelle gentiment un grand séducteur (pour les femmes, on dit Marie-couche-toi-là, fieffée salope etc.). Il est le père de sept enfants conçus avec cinq femmes différentes et sa vie est parsemée d’innombrables conquêtes flatteuses. Jean Seberg, l’inoubliable héroïne d'Á Bout de souffle, soutien de l’extrême gauche étasunienne, harcelée par le FBI et qui mourut dans des conditions mal éclaircies, fut l’une d’entre elles.

 

En 1968, Seberg et Eastwood jouent dans la comédie musicale La Kermesse de l'Ouest (Paint your Wagon). Ils ont une liaison alors qu’ils sont tous les deux mariés (Jean Seberg à l’écrivain et diplomate Romain Gary). La relation devient à ce point torride que Jean envisage de quitter Romain. Lorsque celui-ci apprend la nature de cette relation, il provoque Clint en duel, au pistolet plus précisément. N’ayant pas encore créé le personnage de Dirty Harry, Clint se défile.

 

Gary rentre en France. Eastwood ne fait pas grand cas de cette affair, assez banale dans son cursus d’acteur. La fin du tournage de La Kermesse de l'Ouest marque pour Clint la fin de sa relation avec Jean qui connait une longue dépression. Elle perd un enfant prématuré et se retrouve constamment filée et harcelée par le FBI. Figurant sur une liste noire, elle connaît de grandes difficultés pour obtenir à Hollywood des rôles à sa mesure.

 

Le 30 août 1979, à Paris, elle disparaît. On la retrouve morte le 8 septembre, enroulée dans une couverture à l’arrière de sa voiture. Dans son corps, des barbituriques et 8 grammes d’alcool dans le sang. La police conclut au suicide sans se demander comment elle a pu conduire, chargée de la sorte. Elle avait quarante ans.

 

Un an plus tard, Romain Gary met fin à ses jours d’une balle dans la bouche. En 1978, il avait déclaré à une journaliste : « Je ne vieillirai jamais ». Dans une dernière lettre, il écrit : « Aucun rapport avec Jean Seberg ». Dans son roman Au-delà de cette limite votre ticket n'est plus valable, Gary avait clairement laissé entendre que lorsque la tour de Pise ne se redressait plus, la vie ne valait plus la peine d'être vécue.

 

Quant à Clint Eastwood, il frôle désormais les 90 ans.

 

Clint Eastwood, balèze avec son Magnum 347. Dans les films seulement…
Clint Eastwood, balèze avec son Magnum 347. Dans les films seulement…
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24 mars 2020 2 24 /03 /mars /2020 08:27

En ces temps très difficiles, 40 secondes de douceur...

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24 mars 2020 2 24 /03 /mars /2020 06:12

Je ne sais pas qui est l'auteur de ce texte qui fait les délices d'internet, mais j'adore :


Imaginez le confinement raconté par les grands auteurs :


Comment raconteraient-ils le confinement ?


Flaubert : raconte l'ennui d'une jeune femme confinée avec son mari.


Balzac : raconte l'histoire de la fabrication du canapé où son héros est assis.


Proust : Son héros tond pendant le confinement. L'odeur de l'herbe coupée lui remémore son passé.


Beckett : Deux hommes attendent la fin du confinement qui n'arrivera jamais.


Ionesco : Le confinement attend la fin de l'homme.


Zola : Raconte avec précision le quotidien d'un ouvrier d'Amazon contraint de travailler.


Maupassant : Son héros confiné a des hallucinations et devient fou.


Feydeau : Un mari, sa femme et l'amant de celle-ci sont confinés ensemble, des quiproquos en perspective.


Musso : Deux personnes que tout oppose sont confinés dans la même maison. Ils tombent amoureux.


Marguerite Duras : confinée. Se confiner. Je crois que ça va durer 14 jours. Ou peut-être plus. Promener mon chien. Absence de chien. L'attestation était pourtant prête sur la table.


Stephen King: un alcoolique repenti, confiné, est torturé par le fantôme de son frère jumeau mort à 8 ans qui le pousse à tuer sa femme obèse et fanatique religieuse.


Pascal : confiné, l'humain lance une appli de paris en ligne à propos de la date de fin du confinement ou de la date de fin du monde.


Kafka : un homme confiné s'ennuit, regarde une mouche courir sur son plafond... À la fin, c'est la mouche qui le regarde, courir sur les murs...


Bukowski : se lève à midi et boit une bière au petit dej avant d’écrire le plus beau poème jamais écrit en se grattant les couilles.


Camus: le confinement ne fait qu'accentuer l'esprit étroit de l'homme et enferme ses questions dans des bocaux sans réponses.


Lamartine : « Un seul cas de coronavirus et tout est dépeuplé. »


Pennac : l'adulte confiné retrouve son âme d'enfant et plonge dans des aventures imaginaires.

 

Corona Virus et littérature

 

Mais ce qui suit, en revanche, c'est du Rimbaud :

 

Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers

Picoté par les blés, fouler l’herbe menue.

Rêveur, j’en sentirai la fraicheur à mes pieds,

Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien

Mais l’amour infini me montera dans l’âme

Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien,

Par la Nature, heureux comme avec une femme.

 

Sensation

 

Arthur RIMBAUD (1854 / 1891) premier poème 

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18 mars 2020 3 18 /03 /mars /2020 06:04

 

 

Vous avez comme cela des sociétés savantes regroupant quelques dizaines, quelques centaines de personnes. Pour le grand public, elles n’existent pas, ou alors elles sont très confidentielles. Mais leurs membres y travaillent d’arrache-pied. Sans être rémunérés, cela va de soi. Toutes ces sociétés contribuent à une meilleure connaissance de nous-mêmes et du monde.

 

Ces sociétés éditent des revues qui sont désormais le plus souvent en ligne. Gain de papier, moins de poussière sur les rayons des bibliothèques universitaires, accès facilité pour la communauté scientifique.

 

Dans la revue Actes Sémiotiques, éditée par l’université de Limoges, se joue actuellement un psychodrame qui aurait pu inspirer Claude Chabrol ou John Sturges. Le responsable de la publication, le professeur Jacques Fontanille, a proposé à ceux qui le voulaient d’offrir une critique constructive d’un article édité par ses soins. Trois contributeurs, les professeurs Éric Landowski de l’université de Vilnius, Per Aage Brandt de Case Western Reserve University et Jean-Paul Petitimbert de l’université de Limoges, se sont attelés à la tâche.

 

L’article critiqué ainsi que les trois contributions sollicitées sont restés en ligne quelques jours, pour ne pas dire quelques heures, avant que le professeur Jacques Fontanille les retire et publie le communiqué suivant :

 

« Nous nous devons d'informer nos lecteurs des récents événements survenus au sein des Actes Sémiotiques. Un problème de déontologie scientifique nous a imposé le retrait rapide des articles de la rubrique "Dialogue" de la livraison du n° 123. S'y trouvaient en effet des énoncés et procédés incompatibles avec les valeurs des Actes Sémiotiques, fondées sur l'échange et le débat, sans redouter la controverse. Dans tous les cas, cependant, la discussion implique le respect des personnes, notamment de leur style de pensée et d'écriture, a fortiori quand leur texte a été accepté pour publication. Des commentaires franchissant le seuil de ces valeurs avaient échappé à notre vigilance. D'où la décision du retrait immédiat après publication.

 

De tels événements font partie de la vie d'une revue, mais peuvent être évités à l’avenir par une réorganisation de la préparation et de l'évaluation des articles soumis. Nous informerons nos lecteurs, dès que possible, des suites de cet événement. »

 

J’ai lu tout le dossier très attentivement. Je ne suis pas linguiste, encore moins sémioticien, mais, il y a cinquante ans déjà, je me nourrissais d'A.-J. Greimas, qui a inspiré cette revue, ou d'Umberto Eco, linguiste respecté dans le monde entier. Je ne suis pas un spécialiste mais, depuis tout ce temps, j’ai appris à lire : j’ai lu et corrigé des thèses, des numéros de revues scientifiques et même un roman qui a obtenu le prix Goncourt. Ce, avec « vigilance », pour reprendre un terme du professeur Fontanille. Bref, je sais reconnaître les écrits de valeur.

 

Les textes des professeurs Petitimbert et Brandt, ainsi que la courte contribution du professeur Landowski, sont rigoureux, parfaitement argumentés, écrits sans colère – mais non sans une pointe d'ironie – et contribuent de manière indéniable aux débats scientifiques qui enrichissent les lecteurs de cette revue.

 

Dans son communiqué, Jacques Fontanille, que je lis et admire depuis longtemps, demande dans un même mouvement une lecture critique d’un article et empêche la discussion – certes implacable – au motif que l’article a été accepté par le comité de lecture malgré des réactions, cela dit, « fort mitigées ». Mais ce qui est peut-être le plus problématique à mes yeux, c’est qu’en faisant disparaître dans les flammes d’un “memory hole” des textes ayant nécessité un très gros travail et un authentique courage (il en faut pour penser à contre-courant), il a empêché la communauté des linguistes d’avoir accès aux pièces du dossier.

 

 

Ça chauffe à la revue Actes Sémiotiques
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15 mars 2020 7 15 /03 /mars /2020 06:15

 

“ To blow ” signifie souffler, mais aussi éjaculer.

La pub nous prend pour des cons, la pub nous rend cons (3)

 

APRES LES LARMES DE CROCODILE ET LES COUPS DE MENTON “ SOCIAUX ” du 12 MARS,

 

- Qui a supprimé les crédits des chercheurs après l'épidémie de SRAS en 2003, alors qu'ils étaient engagés sur un processus de recherche, de long terme, pouvant déboucher sur un vaccin... (Le corona appartient à la même famille que le SRAS) ?...

 

- Pourquoi la recommandation de la commission d'enquête sénatoriale de juillet 2010, estimant qu'il allait falloir "clarifier les défis inédits des crises désormais à l'ordre du jour" n'a jamais été suivie d'effet ?...

 

- Le groupe de chimie Rhodia a annoncé la fermeture de son unité de production de paracétamol à Roussillon (Isère). Selon les informations publiées dans les colonnes du Figaro, la direction met en œuvre tous les moyens pour faciliter le reclassement de la totalité des 43 salariés du site. Fin 2007, le site comptait 285 personnes.

 

Cette unité de Roussillon était la dernière d'Europe à produire du paracétamol, l'antidouleur le plus vendu au monde (115 000 tonnes consommées chaque jour dans le monde). L'activité sera désormais assurée par un autre site en Chine. En octobre dernier, Rhodia avait expliqué que l'unité de Roussillon n'était plus rentable.

 

Qui était, à l'époque de ces faits, président de la République, 1° ministre, ministre de la santé, de l'économie et des finances ?

 

J.-M. Gardès

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30 janvier 2020 4 30 /01 /janvier /2020 06:02

Mon ami Patrick, spécialiste de vieil-anglais, a l'ouïe fine quand ils s'agit de repérer les erreurs des Français lorsqu'ils veulent bien parler. Forcément, ils en rajoutent. Par hyper-correction, par “ je vais vous en mettre plein la vue ”.

 

Le problème de la question du …

Il y a le problème de la question du terrorisme.

Ce joueur s’est auto-exclu de lui-même (et à l’insu de son plein gré !).

Ils s’entretuent les uns les autres.

On s’entraide entre nous.

Je m’autocontrains.

Ça nous oblige à être autocentré sur soi-même.

On est solidaires les uns avec les autres.

On concourt les uns les autres à s’enrichir mutuellement.

Les gens doivent se téléphoner les uns les autres.

Le covoiturage les uns avec les autres.

Les journalistes qui font des enquêtes d’investigation.

Ils peuvent faire ces manœuvres parce qu’ils sont en capacité de le faire.

…avoir la volonté de vouloir réformer…

Les œufs qu’on consomme tous les jours quotidiennement.

Elle s’est autorisée elle-même à devenir…

Il faut assembler les deux éléments ensemble.

Elles ont cohabité ensemble.

Ils doivent coopérer ensemble.

Les institutions coopèrent pour travailler ensemble.

Ils doivent partager ensemble.

Au jour d’aujourd’hui.

Attendre que la dénucléarisation soit effectivement effective.

Il n’y a pas de preuve probante.

L’environnement qui nous entoure.

Avec ce type de mode opératoire.

L’action, elle se poursuit et elle continue.

Ce sont des effets qui sont durables dans le temps.

… des phénomènes qui vont durer dans le temps.

Les xxx perdurent dans le temps.

Dans ce livre je fais un constat factuel.

Il faut voir le xxx de visu.

La logorrhée verbale.

La didactique de l’enseignement des évènements.

Un bonus supplémentaire.

Il y a en plus quelque chose de supplémentaire. (cela me rappelle que la liste des prestations de mon ancien coiffeur portait cette mention finale : Supplément en sus : 5 francs).

La décision est la décision qui a été prise.

Ces enfants sont l’avenir de demain (et pourquoi pas l’avenir du futur ?).

Cette joueuse, c’est l’avenir de demain.

Cela requiert un minimum de xxx a minima.

Le bio a des vertus qui sont bonnes (doit-on en conclure que le non-bio a des défauts qui sont mauvais!!).

Des archives inédites et qui n’ont jamais été publiées.

Les écarts continuent de subsister.

Les engagements auxquels il s’est engagé.

…remonter à contre-courant le cours de l’Amazone.

Il n’y a pas de logements disponibles proches à proximité de l’entreprise.

Il a été élu pour un quinquennat de cinq ans.

Si ça devait se répéter ou devenir quelque chose de récurrent…

Cette hypothèse est hypothétique.

on a des vieilles personnes âgées…

à propos de la menstruation : chacun et chacune doit trouver la solution qui lui convient (vive l’inclusivité !!).

Nous devons être traités sur un même pied d’égalité.

On me demande si je veux faire du one-man show tout seul.

 

 

Ci-dessous : Patrick initiait Raphaëlle et Rébecca à des jeux interdits il y a une dizaine d'années. Il est leur tonton de cœur. Elles l'appellent “ Tonton Patoune ”. Si, si !

Le linguiste Patrick G. à l'écoute des Français
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7 janvier 2020 2 07 /01 /janvier /2020 06:17

 

 

Êtes-vous sensibles au réchauffement climatique ou êtes-vous climato-sceptiques (on finira par être omeletto-sceptique ou boîte-de-vitesse-automatico-sceptique) ?

 

Le mot “climat” est mis à toutes les sauces. Un peu comme “météo” : on ne demande plus : “quel temps fait-il ?” Mais “quelle est la météo aujourd’hui ?”, alors que la météo est la science du temps et non le temps lui-même. Sarkozy s’y était emmêlé les pinceaux dans son anglais niveau sixième de transition lorsque, en accueillant Madame Merkel sur le perron de l’Élysée, il avait sorti à cette dame qui parle couramment l’anglais et le russe : “ Beautiful time, today”.

 

Á l’origine, le climat est une notion géographique. Le mot grec dont il est issu signifie « l’inclinaison de la terre vers le pôle ». Quand nous étions enfants, nous apprenions que la France jouissait d’un climat tempéré, océanique à l’ouest, plus continental à l’est. Aujourd’hui, mondialisation oblige, le climat est devenu un concept – pour ne pas dire un problème – mondial. L’expression anglaise global warming n’a pas pris chez nous alors qu’elle a fortement influencé les Allemands (globale Erwärmung).

 

« Sceptique » associé à « climato » implique que l’on n’impute pas à l’activité humaine le réchauffement de notre planète. Mais cela ne va pas bien loin. Rien n’est vraiment étayé. On sent bien que pour Donald Trump, le sceptique en chef de notre monde en chaleur, la position est bien plus idéologique que scientifique. Il est donc plus radical que les sceptiques de base qui doutent mais ne nient pas franchement.

 

Les mots chéris des médias et des politiques (5)
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