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17 août 2019 6 17 /08 /août /2019 05:34

 

Brassens découvre ce poème en 1942. L'auteur, Antoine Pol, est un ingénieur de l'Ecole Centrale de Paris qui a fréquenté comme moi, mais une demi-siècle plus tôt, le lycée de Douai. Il faudra à Brassens plus de 25 ans pour donner à ces paroles une musique qui le satisfasse pleinement.

 

En 1970, Brassens obtient de Pol l'autorisation d'enregistrer la chanson. Les deux hommes conviennent de se rencontrer mais Pol décèdera juste avant le rendez-vous.

 

Deux guitares, une contre-basse. Pas d'électronique, pas de danseuses en short, pas de savants mouvements de caméras ou d'éclairages "artistiques". Un texte, une musique, une interprétation. 

 

A-t-on déjà fait mieux, plus beau ?

 

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Abonnez-vous http://bit.ly/inachansons 19 novembre 1977 Georges BRASSENS chante "Les Passantes" en s'accompagnant à le guitare. séquence filmé en studio : Ge...
 
 
 
 

 

 

Une très bonne analyse de la musique de Brassens :

 

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10 août 2019 6 10 /08 /août /2019 05:20

C'était il y a cinquante ans, plus exactement le 8 août 1969. J'avais 21 ans, tout était possible, la prétendue crise ne s'était pas encore installée. Chaque semaine, la pop music anglaise et étasunienne nous offrait un chef d'œuvre.

 

Pour illustrer leur dernier album, Abbey Road, les Beatles avaient choisi cette photo de couverture. Aujourd'hui, tout être humain découvrant cette photo sait de quoi il s'agit. Le photographe Iain Macmillan prit six clichés (on ne mitraillait pas du numérique en ce temps-là) et suggéra aux Beatles de garder le 5ème car ils étaient parfaitement synchro.

 

On a immédiatement glosé sur cette photo car le bruit courait à l'époque que Paul était mort en 1966. Alors John le gourou, Ringo le prêtre, Paul le mort pieds nus et George le fossoyeur. Jusqu'à la plaque d'immatriculation de la Volkswagen : 28 IF (Paul aurait eu 28 ans si...). On n'a jamais trop su qui avait lancé cette rumeur imbécile.

 

Après les couvertures de Rubber Soul, de Revolver et de Sgt Pepper, les Beatles avaient encore magnifiquement frappé. J'ai alors décidé d'écrire sur eux, leurs chansons. En fait, je n'ai pas "décidé", ça s'est fait tout seul. De manière intermittente, cela a duré une trentaine d'années.

 

Abbey Road : nostalgie
Abbey Road : nostalgie
Abbey Road : nostalgie
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13 juillet 2019 6 13 /07 /juillet /2019 05:16

Mon ami et ancien étudiant Serge Landy Grah est un formidable agitateur culturel en Côte d'Ivoire. C'est grâce à des personnalités comme la sienne que les pays d'Afrique peuvent progresser.

 

Il m'a lancé un défi à la fois facile et impossible à relever : afficher pendant 10 jours les couvertures de mes 10 livres préférés. Facile car, spontanément, deux grosses poignées d'ouvrages ont traversé ma mémoire fatiguée. Impossible, car une bonne centaine d'œuvres qui ont marqué ma vie d'homme et de lecteur auraient pu s'imposer.

 

Sans ordre hiérarchique, je commencerai par Homage to Catalonia (La Catalogne libre) de George Orwell. C'est pour moi ce qu'il a fait de mieux. Œuvre d'un observateur d'exception, d'un formidable journaliste, d'un homme réellement engagé au niveau de l'humanité souffrante et combattante. En Catalogne, qu'il avait rejoint quelques jours après son mariage, Orwell reçut une balle en pleine gorge qui le laissa avec une diction chevrotante. Et c'est aussi dans les tranchées de cette province résistant au franquisme avec l'énergie du désespoir, qu'Orwell comprit – avant quantité d'autres – la nature du mensonge stalinien.

 

Mes dix livres préférés (I)

Les Buddenbrook. Thomas Mann. En 1901, Thomas Mann a 26 ans. Il rédige ce pavé très fortement inspiré par l’histoire des siens. Le livre est sous-titré “ Le déclin d’une famille ”.

 

Et quelle famille ! De riches négociants qui viennent de s’installer dans une superbe demeure de Lübeck. Une extraordinaire concentration d’intelligence et de névroses. De l’inceste, de l’homosexualité à tous les étages. Et au bout, une œuvre littéraire fabuleuse. Outre Les Buddenbrook, Tonio Kröger, La Mort à Venise, La montagne magique, probablement son meilleur livre, contemporain de La recherche du temps perdu et d’Ulysse de Joyce.

 

D’abord conservateur très bon teint, longtemps antisémite et xénophobe, Mann deviendra libéral au bon sens du terme. Refusant de rallier Hitler, il sera contraint à l’exil.

 

Dans la famille Mann, il y a aussi le frère Heinrich, nettement plus de gauche, qui choisira la RDA contre l’Allemagne fédérale. On se souvient du Professeur Unrat (L’ange bleu).

 

Et puis, il y a les enfants de Thomas. Entre autres :

 

– Erika, chanteuse et écrivaine. Homosexuelle, elle épousera le poète anglais (homosexuel) Wystan H. Auden.
– Klaus, antinazi de la première heure, écrivain (Méphisto, histoire d’une carrière). Se suicide à Cannes en 1949.
– Gottfried Golo Mann. Lui aussi exilé, lecteur à l’ENS de Saint-Cloud. Lui aussi homosexuel. Auteur de De Weimar à Bonn.

 

Dans la descendance de Thomas Mann, des musiciens, des directeurs de banque, des savants.

 

Mes dix livres préférés (I)

 

The French Lieutenant's Woman. John Fowles. Le romancier anglais John Fowles est mort à 79 ans en 2005. Il nous a laissé trois ou quatre romans exceptionnels, qu’on peut rattacher au courant post-moderniste : The Collector (L’obsédé), The Magus (Le Mage) et, mon préféré, The French Lieutenant’s Woman (La Maîtresse du lieutenant français), fort bien adapté au cinéma – car c’était un défi – par Harold Pinter et Karel Reisz, avec Meryl Streep et Jeremy Irons. Le roman, qui offre trois fins différentes, permet à Fowles une réflexion profonde sur l’époque victorienne, sur Darwin et sur les personnages qui ont tendance à échapper à leurs créateurs…

 

 

Mes dix livres préférés (I)

 

Les Mots. Jean-Paul Sartre. Un ouvrage formidablement novateur que j'ai lu, parfois avec difficulté, au moment de sa parution en 1964.

 

Deux parties : “ Lire ” et “ Écrire ” dans lesquelles Sartre évoque sa vie d'enfant de 4 à 11 ans.

 

5 “ Actes ” :

Le premier acte présente les origines familiales.
Le deuxième acte évoque les comédies qu'a jouées Sartre en s'enfermant dans un monde imaginaire.
Le troisième acte est la prise de conscience de son imposture, de sa peur de la mort et de sa laideur.
Le quatrième acte présente le développement de ses diverses postures d'écrivain.
Le cinquième acte évoque sa folie, base de la dynamique de son œuvre.

 

La même année, il refuse le prix Nobel.

 

Mes dix livres préférés (I)

 

Tintin au Tibet. Hergé. Pour moi, son album le plus réussi, esthétiquement parlant, et le plus abouti parce qu’il a osé aller au plus profond de sa névrose.

 

J’avais 12 ans quand l’album est paru. Pour l’enfant du plat pays, en termes d’imaginaire et de fantasmagorie, la montagne, que je ne connaissais pas, ce fut celle de Tintin au Tibet. Il y a aussi cette très émouvante création d’un double, Tchang qui, on le sait, a existé dans la vie d’Hergé, et que Tintin doit sauver pour se sauver.

 

Je recommande la page 59, un travail fabuleux sur le mouvement, la couleur et les sentiments.

 

 

 

Mes dix livres préférés (I)
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4 juillet 2019 4 04 /07 /juillet /2019 05:15

 

Ainsi donc, je viens de passer trois jours sur les gradins surchauffés de la piscine de Pierrelatte pour apprécier les très bonnes performances de ma fille Rébecca et de ses collègues de la Région Auvergne-Rhône-Alpes. J’avais choisi un hébergement dans la petite ville voisine de Bourg-Saint-Andéol, de l’autre côté du Rhône, en Ardèche. J’ai passé deux nuits très reposantes dans l’hôtel Le Brin d’Olivier (publicité gratuite).

 

Entrer en voiture dans Bourg-Saint-Andéol ne m’a pas vraiment posé de problème. En sortir, la première fois, m’a pris trois quarts-d’heure et m’a occasionné une légère panique car je risquais de rater une prestation de Rébecca.

 

Á Bourg-Saint-Andéol, rien à voir avec les pharaons ou Hausmann. Beaucoup plus modestement, la municipalité a décidé d’aménager une route passante sur environ 100 mètres et d’instituer deux ou trois sens uniques. Ah, le sens unique ! L'apanage des vraies grandes cités. Tout comme les ralentisseurs dont les deux tiers dans cette ville ne servent à rien. Seulement, dans une bourgade de 7 000 habitants coincée entre le Rhône majestueux et une grosse colline très pittoresque, le moindre changement dans le système de la voirie est redoutable. Il peut vous falloir accomplir trois kilomètres pour franchir une distance de 200 mètres. Mais dans un gros village où certaines rues ont été conçues au moyen âge pour le passage de brouettes, où de charmantes placettes sont interdites aux voitures et où il fait 40° à l’ombre, on a vite fait de ressentir que Kafka jouait petit bras. Surtout dans la mesure où, nulle part, la municipalité n’a installé le moindre panneau provisoire du style “ Déviation Pierrelatte ”. Mon GPS connut l’affolement et faillit rendre l’âme car il n’avait pas été conçu pour suppléer les carences de la municipalité bourguesane.

 

Je connus heureusement un instant de grâce. Après avoir marché une bonne demi heure dans un cagnard historique à la recherche du seul restaurant ouvert (le dimanche est sacré à Bourg-Saint-Andéol), je m’affalais épuisé à la terrasse ombragée d’un petit resto tenue par des dames (en Ardèche, les hommes sont plutôt chasseurs). Á la table voisine, trois jeunes femmes et un jeune homme parlaient de musique classique. Il me fallut moins d’une minute pour comprendre qu’ils étaient de la partie et qu’ils avaient été les élèves d’Alfred Brendel chez qui ils avaient suivi une classe du maître quelques semaines auparavant. Ils avaient quitté un Brendel de 88 ans encore vaillant dans un très grand moment d’émotion.

 

Des élèves d’Alfred Brendel à Pétaouchnoque-sur-Rhône (non, vous ne me ferez pas écrire « au milieu de nulle part » – in the middle of nowhere) ! Par parenthèse, l’expression anglaise est une pure horreur : comment peut-on être au milieu de nulle part ? Comment peut-on être des personnes précaires dans un hors-lieu indéfinissable ? Je m’immisçai dans leur conversation en leur disant qu’une chose m’énervait autrefois chez Brendel, l’un des plus grands pianistes de la deuxième moitié du XXe siècle (ses lieder de Schubert avec Dietrich Fischer-Diskau ou son Concerto Jeunehomme sont des sommets) : quand il sortait un disque, on pouvait lire “ BRENDEL ” en Times 72 et, en dessous, Chopin, Beethoven, Mozart en Times 10. L’une des quatre jeunes artistes corrobora mes dires en se souvenant des couvertures des 33-tours de ses parents. Elles me confirmèrent – mais je n’avais pas besoin d’être rassuré – que Brendel comme maître était un homme généreux, au service de la musique et non de sa personne et un pédagogue hors pair. Ce, malgré une surdité gallopante.

 

Bref, j’avais bien fait d’avoir tourné dans Bourg Saint-Andéol comme un cochon d’Inde dans une boîte à chaussures et je me promis de revenir plus tard, quand les services de la voirie se seraient calmés, dans ce très charmant lieu de notre belle France.

 

Les Bourguesans sont facétieux
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27 juin 2019 4 27 /06 /juin /2019 05:28

 

Après avoir écouté “ Tutto va bene quando facciamo l'amore ” de mon ami et vieux camarade Alex Rossi, des esprits chagrins m'ont dit : “ il ne s'est pas trop fatigué au niveau des paroles. ” Je leur ai répondu qu'Alex, musicien professionnel ayant travaillé avec Dick Rivers ou Jean-Jacques Goldman, avait derrière lui une œuvre importante, même si elle n'était pas très connue. Comme ce récit inspiré par Bukowski et publié par le magazine Gonzaï.

Le 9 mars 1994 décédait le plus bukowskien des Charles. Pour fêter les 24 ans de ce retour à la poussière, Alex Rossi vous offre une nouvelle initialement publiée dans le recueil collectif "Demande à Bukowski", en 2008. Où il est question des souvenirs de l'auteur le jour de la mort de Hank, mais aussi de poing américain et d'errances à Paris. Ou dans le corps des étudiantes en fac de lettres.

Quand les flics m’ont invité à vider mes poches, je n’avais presque rien, plus un rond, juste une cassette audio de mes chansons que je gardais en permanence sur moi, au cas où, et Women de Bukowski c’est tout.

Avant qu’ils ne me flanquent tout comateux en cellule de dégrisement, j’avais passé la journée à pleurer et à boire, à pleurer un peu et à boire beaucoup. Le matin même, je venais de prendre de plein fouet la mort de Bukowski via France Info (oui, je me réveille ou me couche tous les matins avec France Info), ce qui me laissa pour une fois sans érection. J’en avais mal au bide et tout ce qu’elle a trouvé à dire c’était : «Oui bon c’était quand même pas Dostoïevski!». Petite conne, me suis-je dit, mais je n’avais pas envie de la ramener.

Bukowski est un des mecs qui m’a sorti de mon adolescence merdique, d’un avenir tracé par des adultes qui n’en avaient plus, de la colle à rustine mais aussi des petites bourgeoises provinciales auxquelles nous roulions des pelles et mettions des doigts le mercredi après-midi. Ce qui, je reconnais n’était pas franchement le pire.

 


La première fois que j’ai lu ses poèmes, je m’en souviens très bien, c’est Pierre qui me les a tendus ou Philippe peut-être. Pierre et Philippe de 10 ans mes aînés, j’avais 15 ou 16 ans. Ils étaient tous les deux issus de cette génération qui avait pris la vague Punk en pleine gueule. Les grands frères spirituels et spiritueux que je n’avais jamais eus puisque j’étais unique comme fils: «Tiens petit écoute ça et tu verras… tiens petit lis ça, si tu veux…». En un temps record, le Velvet Underground, Hemingway, Lou Reed, Georges Bataille, (désolé la liste n’est pas exhaustive), Bowie, Henri Miller, The Clash, Walt Whitman, Patti Smith, Louis Calaferte, Mickey Rourke, Carver, The Buzzcocks, Marquis De Sade, John Fante, Gainsbourg, T-Rex, Bukowski et j’en passe, squattaient ma tête en pension complète, elle était prête à exploser, ne demandait que ça. «S’il te plaît, dessine-moi la panthère des Stranglers». Mais je n’étais pas le Petit Prince.

 

« On ne choisit pas sa famille » me direz-vous, « surtout la mienne » me répétais-je. Famille fan de Dallas et d’exploits sportifs en tous genres (je déteste Gérard Holtz depuis). Et donc, pour fuir ce mortel ennui, je m’enfermais des heures dans ma chambre avec Journal d’un vieux dégueulasse plutôt que de tondre le gazon de la maison, quand je n’arrachais pas les fleurs exotiques fraîchement plantées par mon beau-père, tellement j’avais la tête ailleurs. Et tant pis si je me prenais des baffes de ses mains de rugbyman, à force je ne sentais plus rien. J’étais comme une herbe folle dont le mari de ma mère voulait se débarrasser, couper ras pour que rien ne dépasse, c’était ça ou une tête au carré:

«Ma mère me frappait, le soleil me frappait, la lune me frappait, les flics me frappaient, le monde entier me frappait, je frappais ma mobylette.»

Jusqu’au jour où je fis le mur en sautant par la fenêtre pour ne plus jamais revenir. Le risotto de ma grand-mère m’accueillit à bras ouverts.

 

 

Parfois en pleine nuit, on prenait la caisse de Pierre ou de Philippe, on la remplissait de bières, de livres, de leur fiancée du moment, de compilations de cassettes pour s’arrêter dans un champ sur les hauteurs de la ville. L’autoradio recrachait Love is lies des Buzzcocks à plein volume tandis que je déclamais haut et fort des passages de L’amour est un chien de l’enfer. J’étais ivre de tant de liberté. C’était le pied, le paradis Au sud de nulle part, même si à vol d’oiseau on était assez loin des palmiers de San Pedro.

 

C’était juste une époque où on parlait sans complexe de losers, de losers magnifiques, une époque où le mot winner n’était pour moi qu’une sous-marque de sweat-shirt ou de paire de baskets à la con. Mais stop la nostalgie! Comme disait mon grand-père qui venait de Campomolino : «La nostalgie c’est pour les fascistes!»

Quand j’ai commencé à écrire des poèmes de jeune homme avant de passer à la chanson pour plaire aux filles, Hank me suivait partout, ou plutôt c’est moi qui essayait de le suivre, jusqu’à Montpellier où je partis à la fac de cinéma pour Faye Dunaway et De Niro mais surtout pour ne rien foutre. J’épiais chaque sortie ou réédition en poche de Charles, j’attendais ça avec la même impatience que la bourse universitaire dont je bénéficiais tous les trimestres grâce au divorce de mes parents. Je la claquais en disques, verres, verres pour filles et livres. Oui j’attendais Charles comme un type au bord d’une falaise qui avait envie de vivre et dieu sait que j’en avais envie.

Bukowski toujours sur ma table de chevet quand je faisais l’amour avec une étudiante en lettres modernes, toujours dans une main quand mon colocataire le faisait dans la pièce d’à côté, tandis que de l’autre je me masturbais.

Bukowski m’a poussé à écrire, n’importe quoi, n’importe qui, mais toujours écrire :

«La cloison tremblait/La maison chantait/Des p’tits cris montaient/Partout résonnaient/C’étaient tous les soirs/Moi seul dans le noir/J’caressais l’espoir l’idée de les voir/Lui était sur elle/Elle était sous lui/Elle elle s’appelait Annabelle et lui s’appelait Henri…»

 

 

Des textes de chansons dérisoires où je fais mourir des types, baiser des couples, de bons prétextes pour raconter des histoires. Et qu’importe si c’est rock ou pas, si je flirte avec la variét’ ou pas : «l’important c’est la chanson » me glissa Patrick Eudeline.

 

Un répertoire de femmes fatales, de messalines, où le désir, la passion et l’instinct jouent un rôle décisif sur des mélodies en boucle dans la bouche :

«J’ai roulé des hommes dans la farine/J’ai payé la somme que l’on devine/Eraflé des corps jusqu’à l’échine/En posant le pied sur quelques mines/J’ai planté un homme pour une fille/Vous pensiez que je partais en vrille/Caché dans Sodome tapi sous les ruines/En attendant que dorme la concubine/Comme une fleur du mal couchée dans le val sur l’épine dorsale/Et quand elle se taille perd dans la bataille deux ou trois pétales comme une fleur du mal…»

Tous les gens que je connais qui écoutent du rock en long et en large ont lu Bukowski. Ses histoires collent à la peau comme les médiators aux doigts du rock’n roll, ses phrases sont des gimmicks, des riffs ravageurs, ses nouvelles sont 3 minutes 30 de chansons parfaites qui vous traversent  la tête, vous bottent le cul  pour remonter jusqu’au coeur! Vous ne trouverez aucune issue de secours si votre cerveau est en flamme, juste une envie folle de sombrer corps et biens dans le sexe de votre femme! Imparable.

Cela faisait à peine un an que je vivais à Paris, j’étais monté pour elle qui habitait un charmant 2 pièces à Ménilmontant. Ses parents payaient le loyer et je sortais beaucoup. Les bars kabyles saturaient de mecs comme moi jusqu’à 2 heures du matin, des artistes en devenir avec des milliers de projets à rêver debout. Une vraie marée noire qui noyait son QI et les cacahuètes dans la bière bon marché. Je partais 36 fois aux chiottes en écrasant une fois sur deux un cafard en travers de mon chemin. Un an déjà et une centaine de fêtes plus loin où nous étions rarement invités mais on y rentrait quand même, où l’on se faisait virer avec pertes (pour nos hôtes) et fracas (pour nous).

Le jour ou plutôt en fin de journée, j’envoyais des cassettes de chansons aux directeurs artistiques de la place de Paris. Je rêvais de signer chez Virgin, le label le plus classe des années 80 qui abritait ce qui se faisait de mieux en pop française: Daho, Louise Féron, Les Rita Mitsouko, Taxi Girl, Graziella De Michele ou le Cheyenne Autumn de Murat… On me renvoyait en personne des lettres de refus très polies le mois suivant: «Ce n’est pas ce que nous cherchons en ce moment bla bla bla…». Ça tombait bien, moi aussi je me cherchais, alors j’écrivais deux fois plus :

«Lucioles et pâquerettes sous la lune éveillée/carrioles que je guette au bord de la chaussée/ça roule comme des bêtes ça frôle le bas côté/et la roue de la charrette est venue me chercher/sous un semi-remorque je suis passé près de chez toi/sous un semi-remorque j’vais y passer ça va de soi/à demi-mort dans le décor/à demi-mort dans le décor si près de toi…».

Je me rappelle très flou, la nuit où je me suis fait exploser les dents du haut. Une virée parmi tant d’autres, je crois que nous étions 4 ou 5, à la sortie d’un bar à putes de Pigalle, on partait sans payer. Dix gars nous attendaient sans un mot. J’ai pris un coup de poing américain en pleine face en guise de présentation, KO couché trou noir direction hosto avec 2 dents en moins cisaillées de haut en bas.

 

 

J’avais dormi comme un bébé, je me sentais chez moi, mais c’était juste avant d’ouvrir les yeux car cette chambre n’était pas la mienne. Quand elle est arrivée elle n’a rien dit, juste un air écoeuré puis désolé à la vue de ma tête, j’en menais pas large quand elle m’a tendu son paquet cadeau: HANK : La vie de Charles BUKOWSKI par Neeli Cherkovski. Pas pu lui dire merci ni lui sourire à cause des points de suture cousus sur ma lèvre supérieure. J’engloutis cette vie en quelques heures, cette preuve d’amour (du moins je croyais) qui m’aidait à panser mes plaies. En écrivant ces lignes me revient comme un boomerang le poème de Linda, sa femme, page 268 (j’ai vérifié), tout est dit. Allez-y sur le champ chers lecteurs, c’est un ordre !

 

J’essayais de bosser dans le cinéma mais sans grande conviction, j’engrangeais les places de stagiaire, grouillât, chauffeur, larbin sur des films courts dont la carrière des réalisateurs le fut tout autant, mais aussi gardien de nuit, serveur, bref j’avais du temps pour lire écrire, chanter et écrire :

«Les boxeurs sont des chiens fous/Frappent leur visage d’enfants doux/Les boxeurs sont des amants saouls qui s’étreignent sur un lit chaud/Les boxeurs s’enroulent pour nous dans la nuit s’offrent en cadeau/Ils s’enfoncent des clous dans leur corps et saigne saigne la peau...».

Le vendredi soir après 2 heures, je traînais généralement au Globo (l’ancien Eldorado), un lieu bourré de filles avec ses lampions de baloche et sa musique aussi variée qu’une disco mobile de campagne. Ce soir-là, je buvais des verres à l’oeil avec Jean-Henri, réalisateur et prof de cinéma de son état (le meilleur). On sirote on sirote et je le branche sur la mort de Bukowski survenue la veille en comptant le décalage horaire : « Bukowski ? C’est ce que je vis tous les jours! Partons bouffer j’ai faim viens on en reparle après! » qu’il me répond. J’avais deux verres dans les mains.

Il zigzaguait sévère au volant de sa caisse les yeux comme des jumelles qui n’y voyaient pas à deux mètres et moi, à la place du mort. Il lui restait ce qu’il faut de lucidité pour s’arrêter aux feux rouges enfin, je croyais. Quand les flics nous ont embarqué dans le panier à salade je gueulais comme un veau qu’ils étaient en train de faire une grave erreur mais ils ne m’ont pas cru. Après la prise de sang l’affaire était dans le sac et nous au grisou, chacun dans deux commissariats différents.

Combien de temps j’y suis resté? Je n’en sais foutre rien! Huit heures peut-être mais très longues alors. J’étais sec des pieds à la tête surtout ma bouche, bordel que j’avais soif, d’eau et d’oasis sans dormir une seule seconde, tendus les nerfs. J’aurai bien voulu prendre un avion, décollé pour Los Angeles, assisté aux obsèques, soutenir sa femme Linda dans cette épreuve, boire des bières sur son canapé mais j’étais au trou et je n’avais jamais pris l’avion de ma vie.

Finalement je ramassais 500 francs d’amende pour ivresse manifeste sur la voie publique.

Je suis sorti, la pluie sur le visage et le crâne à l’envers sans un rond, avec mes lacets à moitié dans les trous, ma cassette de chansons dans une poche et dans l’autre…putain, les flics avaient gardé mon Women de Bukowski.

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26 juin 2019 3 26 /06 /juin /2019 05:26

Ils décident de faire de la pub pour leur dernier téléphone Huawei. Excellent “produit ” au demeurant et nettement moins cher que son concurrent étasunien.

 

Ils vont chercher le BG (beau gosse, pour les djeuns') du football français.

 

Ils te le déconstruisent au point que le bel Antoine en devient méconnaissable à 20 mètres. Tout cela pour nous suggérer que le P30 Pro photographie mieux que ses concurrents, ce que pensent les utilisateurs à qui j'en ai parlé.

 

Picasso n'aurait pas fait mieux avec Dora Maar !

Les Chinois ne sont pas comme nous !
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19 juin 2019 3 19 /06 /juin /2019 05:28

Alex est un vieil ami de ma belle-famille. Il s'appelle aussi Rossi, même s'ils ne sont pas parents. Sa femme est une amie d'enfance de ma femme. C'est un type extrêmement bonnard et sympa.


Quand on le retrouve l'été à Auch et qu'il fait un soleil éclatant, il ne porte pas forcément des lunettes de soleil. C'est ça les artistes.


Je souhaite que sa chanson fasse fureur sur les plages (et dans les tracteurs climatisés) cet été.

 

Ci-dessous une très mauvaise photo. Je suis de dos à gauche et Alex est à droite en bout de table. Il y a une dizaine d'années. Ce n'est pas pour dire : j'ai 60 ans et pas un cheveu blanc.

Quand Alex met le feu chez Babette...
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16 juin 2019 7 16 /06 /juin /2019 05:07
En France profonde
En France profonde
En France profonde
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En France profonde
En France profonde
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12 juin 2019 3 12 /06 /juin /2019 05:10

Celle-là, vous n'auriez même pas imaginé qu'elle avait pu exister.

La publicité nous prend pour des cons ( et nous rend cons, air connu)

Ce goût de douceur dont les femmes enceintes ont un besoin maladif. Cette publicité date de l'après Deuxième Guerre mondiale.

 

Dans le genre “ Célébrons la femme objet ”, il y a, à la même époque, cette image de la femme qui doit faire le ménage avant de se comporter en salope fidèle : “ N'oubliez pas d'être une bonne épouse. S'il vous trompe, c'est de votre faute. ”

 

 

 

La publicité nous prend pour des cons ( et nous rend cons, air connu)
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1 juin 2019 6 01 /06 /juin /2019 05:16

Mon vieil ami P.G. n'est pas de ces chochottes qui croient avoir pris le Palais d'Hiver parce qu'elles écrivent “ une auteure ”. Linguiste authentique, P.G. sait de quoi il parle et les ressources de son inventivité sont inépuisables. Comme il a un certain âge – il est plus vieux que moi, c'est tout dire – il a tous les droits. je m'efface donc respectueusement et lui passe le relais.

 

 

Cher.ère.s. amie.e.s linguiste.teuse.s ou pas,  

 

 

C’est à la suite d’une longue réflexion sur l’avenir (pardon : le futur) de notre langue que je me suis décidé : le.la linguiste.euse doit-il.elle être un.e. observateur.euse curieux.se, impartial.e et neutre.e (c’est le cas de le dire) ? Ou doit-il.elle être le.la vigi.e. et sentinel.le de notre patrimoine linguistique ? Ou encore doit-il.elle être un.e. prescripteur.euse impitoyable ?

 

 

Pour sortir de cette situation schizophrénogène, je prône le passage de notre langue à une neutralisation totale. Cette réforme a un double but : d’une part éliminer l’écriture inclusive qui, à mes yeux, est une complication absurde et illisible de la langue, d’autre part mettre fin à la querelle des genres.

 

 

Je vais donc vous exposer ma réforme. Loin de moi l’idée d’employer une terminologie problématique au niveau du métalinguistique : tout sera clair, limpide, simple et non complexe, et vous constaterez que mes propositions, tellement qu’elles sont simples, n’impactent en aucune façon la langue française que je signale au passage que le génie unique de celle-ci est universellement reconnu, et que grâce à ma réforme il sera encore mieux connu. Je propose au passage quelques modestes réformes orthographiques.

 

 

Je démarre donc l’essentiel du process de mon propos.

 

 

1. Tous les noms sont neutres et ont 2 formes : un singulier et un pluriel en -chapeau/chapeaus.

 

 

 2. L’article défini est lu au singulier (l’ devant voyelle) , les au pluriel (le s final étant toujours prononcé : [s] devant consonne et [z] devant voyelle).

 

Pourquoi lu ? Parce que je, suite à mes récentes découvertes sur le passage du latin au français, lu est dérivé du neutre latin illud (tout comme l’article masculin le est dérivé du masculin latin ille, et l’article féminin la du féminin latin illa).

 

 

Le u apparaît donc comme la marque du genre neutre, qu’on va pouvoir généraliser et qui, quelle que soit sa position, doit toujours être  prononcé [y] comme dans turlututu ou dans pointu.

 

Exemples :  lu chapeau, lu femme, l’homme, l’enfant ; les hommes, les femmes.

 

 

J’avais pensé suivre l’exemple du roumain, où l’article défini est enclitique (= placé à la fin du nom), par exemple sous la forme ul. Exemple : train = tren ; le train = trenul.

 

 

On aurait ainsi en français : le train = trainul ; l’homme = hommulla femme = femmul.

 

 

Certes, on obtiendrait de choses très amusantes, comme :  

la mandibule = mandibulul ; la rotule = rotulul ; le ridicule = ridiculul (cf. ridiculul ne tue pas !) ; J’ai lu fasciculul sur petit beurre luul.

 

J’avais pensé ensuite utiliser mon article neutre lu en le postposant comme en roumain : 

 

l’élu = élulu ;  l’hurluberlu = hurluberlulu ; le début = débulu ; la Goulue = Goululu.

 

 

Mais tout cela pourrait sembler très bizarre à certains, et les jeunes enfants qui apprennent à lire se demanderaient parfois s’il n’ont pas berluul/berlulu. De plus,  je ne tiens pas à être  farfeluul/farfelulu de service.

 

 

Restons donc raisonnable, et ne postposons pas : gardons la forme lu, qui donne d’ailleurs des résultats tout aussi linguistiquement intéressants :

 

lu garçon, lu fille, lu hurluberlu, lu lutin, lu lumignon ; lu soleil a rendez-vous avec lu lune.

 

 

2. Par analogie avec l’article défini, les démonstratifs sont aussi en -u :

 

 ce, cet et cette = çéu ; ces = çéus (noter la présence subtile de l’accent aigu qui évite l’emploi du tréma sur le u, un signe dont auquel beaucoup s’interrogent sur à quoi ça sert).

celui, celle = çéul ; ceux, celles = çéuls (prononcer le -s final).

 

 

3. L’article indéfini n’a qu’une forme, par analogie avec l’article défini :

 

un, une = unu ; toutefois les uns, les unes = les unus (prononcer le -s final).

 

 

4. L’article partitif a les formes suivantes, par analogie avec l’article défini :

 

du lait = du lait ; de la viande = du viande ; de l’eau = du l’eau ; des livres = des livres.

 

 

5. Les adjectifs n’ont que 2 formes, un singulier en -u et un pluriel en -us : grandu, grandus ; beau, beaus, velu, velus (noter pour ces derniers la fusion adroite du u du radical et du u de la désinence).

 

lu beau garçon, lu beau fille ; les beaus garçons et les beaus filles.

 

 

6.  Comme l’adjectif possessif s’accorde avec le nom qu’il détermine (mon livre le mien ; ma serviette, la mienne), il n’a désormais logiquement au singulier qu’une forme neutre : 

 

mon, ma = mu, mes = mus (prononcer le -s final) ; ton, ta = tutes = tus ; son, sa = suses = sus.

le mien, la mienne = lu mu ; les miens = les mus, etc.

 

 

 7. Les pronoms personnels désignant les humains ne changent pas. Ceux désignant des non-humains sont ilu au singulier, ilus au pluriel.

 

le livre > je l’ai lu = je ilu lu ; les livres > je les ai lus = je ilus lu (notez cette innovation foudroyante : le participe passé devient invariable).

 

8. Le -e final des noms, symbole exécrable de féminité, est supprimé pour tous les substantifs pour lesquels cela ne pose pas de problème :

 

lu vigi, les vigis ; lu sentinel, les sentinels ; lu estafet, les estafets (le -t final se prononce).

unu bougi, unu idiossi, unu geni, des jolius incendis.

 

 

Tout ce travail profondu et réfléchiu n’est encore qu’unu ébauch ; je prépare unu dico et unu gramère du français modernu qui, je l’espère sincèrement, vous seront utilus au niveau de l’excellence du processus d’expression oralu ou écritu.

 

 

 J’espère que vous m’avez lu attentivement et je vous donne lu salu.

 

Pour une vraie et couillue réforme de la langue française
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