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26 mai 2019 7 26 /05 /mai /2019 04:36

 

C’est en voulant me documenter de nouveau sur Louis Le Prince, chimiste français émigré en Grande-Bretagne et auteur du premier film cinématographique que je suis tombé sur la Française Alice Guy, réalisatrice (pardon : réalisateure) du second film de fiction de l’histoire du cinéma.

 

Je connaissais l’existence de Le Prince depuis très longtemps car cet inventeur de génie s’était installé dans le West Riding du Yorkshire, à deux pas d’un endroit où j’ai beaucoup séjourné. Le 14 octobre 1888, Le Prince filma ses beaux-parents et son fils pendant deux secondes et demi. Après une brève et féconde carrière, Le Prince disparaîtra de manière très mystérieuse dans le train Bourges-Paris. On évoquera un possible assassinat ou un suicide.

 

Enfoncés, les frères Lumière ! Inventeurs de génie – et, accessoirement, ardents soutiens de Mussolini et Pétain – ils tournèrent leur premier film le 19 mars 1895 en plantant leur caméra devant leur usine avant de tourner, quelques mois plus tard, L’arroseur arrosé, premier film de fiction de l’histoire du cinéma. Les frères Lumière innovèrent par ailleurs en inventant le principe de séances publiques, la première ayant lieu à Paris le 28 décembre 1895. Pour 1 franc, 33 spectateurs virent 10 films, dont L’arroseur arrosé, mais pas la très spectaculaire Arrivée d’un train en gare de La Ciotat.

 

Alice Guy naquit le 1erjuillet 1873 à Saint-Mandé. Cette réalisatrice restera dans l’histoire du cinéma comme la première scénariste et productrice de cinéma. Elle tourna son film La Fée aux choux en 1896 pour aider à la vente de caméras Gaumont. Ce film fut refait au moins deux fois (en 1900 et 1902) car, ayant remporté un énorme succès, les copies d’origines avaient été très abimées.

 

Sténographe, Alice Guy est nommée secrétaire de direction à 21 ans au Comptoir général de la photographie. Elle y a pour collègue Léon Gaumont. La société fait faillite. Gaumont la rachète. Alice suit des cours de photographies, s’initie au trucage et aux rayons X. En mars 1895, elle assiste à une projection privée des frères Lumière. Elle réalise alors La Fée aux choux en se désignant comme “directrice de prise de vues ”. Elle devient productrice et fait tourner Ferdinand Zecca (auteur de la première analepse de l’histoire du cinéma en 1901) et Louis Feuillade, futur adaptateur du roman Fantomas. En 1898, Alice Guy coréalise La Passion de Jésus Christ, le premier peplum de l’histoire du cinéma. Entre 1902 et 1906, elle filme et enregistre Dranem et Félix Mayol. Elle tourne également des films sociétaux comme Les Résultats du féminisme (les hommes à la cuisine et les femmes allongées sur des sofas, fumant et morigénant les hommes) et Madame a des envies.

 

En 1910, Alice et son mari s’installent aux États-Unis. Elle fonde, près de New York, sa première société de production, la Solax Film où elle accueille d’autres sociétés comme la Goldwyn, Pathé ou la Metro. Elle tourne des mélodrames, des westerns, des films historiques, des films sur le racisme (Across the Mexican Line). Elle réalise le premier film joué par des acteurs noirs (A Fool and his Money).

 

Divorcée et ruinée, Alice décide de rentrer en France en 1922 avec ses deux enfants. Elle souhaite retravailler pour la Gaumont mais cela ne peut se faire. Elle retourne aux Etats-Unis, vit avec sa fille secrétaire d’ambassade et écrit des livres pour enfants sous le pseudonyme de Guy Alix.

 

En 1957, à l’initiative de Louis Gaumont, elle reçoit un hommage de la Cinémathèque française. Elle meurt aux Etats-Unis en 1968 à l’âge de 94 ans sans avoir pu récupérer les films qu’elle avait produits.

 

En avril 2019, un documentaire de Pamela Green intitulé Be Natural : The Untold Story of Alice Guy-Blaché, lui est consacré et sort en salles aux États-Unis.

 

Alice Guy a réalisé ou produit des centaines de films. Il m’a été donné de voir The Pit and The Pendulum (“ Le Puits et le pendule ”) d’après la terrifiante nouvelle d’Edgar Poe. Tourné en 1913, ce film fut la première adaptation en langue anglaise d’une œuvre littéraire.

 

 

 

Alice Guy, la première vraie cinéaste au monde

 

De cette femme qui fréquenta Eiffel ou Émile Zola, Martin Scorsese déclara en 2011 : « Alice Guy était une réalisatrice exceptionnelle, d'une sensibilité rare, au regard incroyablement poétique et à l'instinct formidable. Elle a écrit, dirigé et produit plus de mille films. Et pourtant, elle a été oubliée par l'industrie qu'elle a contribué à créer ».

Alice Guy, la première vraie cinéaste au monde
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14 mai 2019 2 14 /05 /mai /2019 05:30

 

Laurent Demanze et Dominique Rabaté (dirs.). Emmanuel Carrère. Faire effraction dans le réel. Paris : P.O.L., 2018.

 

 

Il y a quelques années, j’ai publié cette photo dans mon blog :

 

 

 

Note de lecture (187)

 

C’était au moment précis où ce territoire martyr subissait le plus effroyable bombardement de son histoire. La réalité de mes filles, en cet instant précis, était de vivre une formidable tranche de bonheur, comme si le monde réel – celui contre lequel on se cogne, comme disait Lacan – n’existait pas. Un monde de toutes les frayeurs, de tous les malheurs, un monde que même Dante n’avait pas imaginé. Un monde où les enfants, où les Innocents vivent en enfer.

 

L’idée de cette légende m’est venue, au sens propre du terme, en un quart de seconde. Mon inconscient me l'avait sûrement dictée. Un inconscient qui n’avait jamais oublié les phrases clés de l'incipit de l'ouvrage sans pareil d’Emmanuel Carrère, L'Adversaire, menaçantes et déstabilisantes comme les premières mesures de l’ouverture d'Egmont : « Le matin du samedi 9 janvier 1993, pendant que Jean-Claude Romand tuait sa femme et ses enfants, j’assistais avec les miens à une réunion pédagogique à l’école de Gabriel, notre fils aîné. Il avait cinq ans, l’âge d’Antoine Romand. Nous sommes allés ensuite déjeuner chez mes parents et Romand chez les siens, qu’il a tués après le repas. »

 

Quoi que nous fassions, quoi que nous soyons, le monde, du monde existe. C’est non seulement parce que Carrère reconnaît cette dualité mais aussi parce qu’il en fait l’alpha et l’oméga de la construction de ses textes de non fiction que son honnêteté tranche par rapport au contrat de lecture complètement pervers de son modèle, le célébrissime De sang froid de Truman Capote. Celui-ci raconta les deux assassins de l’extérieur alors qu’il s’était impliqué dans leur existence tandis que Carrère renonça à s’absenter en écrivant son livre à la première personne. Il faut le croire lorsqu’il assène que ce choix lui sauva la vie. C’est quand il rencontra Jean-Claude Romand que Carrère décida de ne plus écrire de … romans, mais de devenir le « narrateur du réel » en s’efforçant de parvenir à des personnages vrais a priori « hors d’atteinte ».

 

J’ai lu ce gros livre comme je lis les livres d’Emmanuel Carrère : à petites doses, en sirotant voluptueusement, en relisant. On peut évaluer la force d’un créateur à l’aune de son pouvoir d’attraction. Nous sommes servis : de Pierre Michon à Olivier Assayas, de Michel Houellebeck (auteur d’une magnifique contribution – c’est comme ça !) à Michel Déon, de Pascal Bonitzer à Nicole Garcia en passant par John Updike, c’est tout un aréopage de romanciers, de journalistes, de plasticiens, de cinéastes et d’universitaires qui sont partis, dans ce volumineux ouvrage, à la découverte du “ réel ” de cette personnalité hors norme de la littérature française.

 

Ce que j’apprécie particulièrement chez Emmanuel Carrère, c’est qu’il surgit toujours là où on ne l’attend pas, et d’originale manière. Comme sur la photo de couverture de ce livre. Devant un halo de lumière très étudié, un bourgeois – peut-être bobo – issu d’un milieu bien bourgeois s'est affublé d'un maillot informe et d'un haut de survet’ à deux balles.

 

Note de lecture (187)

 

Fasciné mais très lucide, Carrière a consacré un long article à notre banquier éborgneur pour le GuardianIl fut le seul à remarquer – en tout cas à écrire – que l’homme ne transpire jamais (comme Aznavour qui avait appris à ne pas transpirer sur scène, ce que Brel trouvait aberrant), même s’il marche pendant trois heures en plein soleil sous les tropiques, mais surtout que son visage est double : le côté droit grave, sévère, jupitérien : le côté gauche cordial, optimiste, espiègle. C'est pourquoi son pouvoir de séduction, tel celui du joueur de flûte de Hamelin – “ L’attrapeur de rats ” dans la version originale, a quelque chose d’« effrayant ».

 

Est-ce par une sorte d’épuisement rimbaldien que Carrère décida, à moins de quarante ans, après avoir publié La classe de neige, de ne plus écrire de romans, avant de prendre à bras-le-corps, dans un combat mortifère, le destin de Jean-Claude Romand dans L’Adversaire, sa première œuvre de non fiction ? Un peu comme pour E.M. Forster (Route des IndesHowards End) qui décida, pour d’autres raisons, de ne plus écrire de romans vers l’âge de 40 ans. En tout cas, c’est bien la “ trame narrative ” qui a toujours été le souci primordial de cet auteur. Autre priorité, rendre évident ce qui ne l’est pas du tout, comme l’histoire de deux juges boiteux, promis aux plus belles destinées, et qui traient des dossiers de surendettement dans l’Isère (dans D’autres vies que les miennes, son livre préféré – et le mien aussi, ce qui tombe bien et me conforte. Je suis également heureux que sa musique préférée soit les Sonates de Scarlatti par Horowitz). Et puis aussi rendre limpide ce qui est opaque, en particulier grâce à un style sans aspérités, parfaitement fluide, celui de l’évangéliste Luc qu’il admire, un style qu’Orwell aurait qualifié de styleless style. En acceptant les limites consenties que le genre impose, comme avec L’Adversaire ou Limonov.

 

Pour affronter le réel de l'autre (l’Autre?), sans le dénigrer, comme l’a bien repéré dans ces pages Frank Wagner, il faut parvenir à une « figuration de soi au prisme de l’autre ». Grâce à Carrère, on comprend enfin que le mystère Romand réside dans ce fait inouï : derrière le faux Romand, il n’y a pas de vrai Romand (que l'on pourrait réécrire “ Derrière le faux roman, il n'y a pas de vrai roman ”). Dans ces zones limites, il ne faut pas hésiter non plus à se demander si l’on est fou lorsqu’on parle de fous. Alors on peut convaincre – dans un jeu dangereux, certes – que c’est comme ça et pas autrement (Paul Otchakovsky-Laurens). Que l’horreur, non seulement cohabite avec le terre à terre, mais qu’elle lui est contigüe, consubstantielle. Une fois qu’on a intériorisé cela, on s’en trouve, nous aussi lecteurs, enrichis à jamais, sauvés – plus ou moins – par la littérature. Parce que, comme l’écrit Ariane Geffard, le grand écrivain sait « parler à tous de façon singulière ». Il n’y a pas de vérité universelle qui transcende le réel (Émilie Brière) mais une vérité personnelle à laquelle chacun doit se tenir.

 

Quel bonhomme !

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24 avril 2019 3 24 /04 /avril /2019 05:32

 

Supposez que vous assistiez à la finale de la Coupe de France de football au Parc des Princes. Imaginez qu’une demi-heure avant le coup d’envoi de la partie, puis pendant tout le match – mi-temps comprise – vous receviez dans les oreilles, tantôt les commentaires débiles d’un didgi (comme on dit) payé pour cela par la FFF, tantôt une musique assourdissante avec des basses à vous décrocher l’estomac, tantôt – le fin du fin – les deux à la fois.

 

C’est ce que j’ai enduré, plusieurs jours durant, dans la fort belle piscine olympique de Rennes, à l’occasion des championnats de France élite de natation.

 

Á ma connaissance, ce sport est le seul à éprouver une sainte trouille du silence. Un tel pandémonium sonore serait inconcevable à Roland-Garros, dans une salle de gymnastique ou de judo, lors d’un match de volley-ball, lors d’une épreuve de tir à la carabine, dans des régates.

 

Dans le monde de la natation, faut qu’ça gueule. Faut qu’un didgi balance dans le public des cadeaux à deux balles en criant « Faites du bruit », truc sonore (pardon : “ gimmick ”) qu’il a piqué à Nagui.

 

Mais, cette fois, nous eûmes droit à la totale. Normalement, la musique de boîte de nuit cesse durant les épreuves mêmes. Donc, pendant un 100 mètres, nous avons une minute de silence. Á Rennes, la musique n’a jamais cessé. Je me suis même demandé si, en un moment d’une petite trentaine de secondes, le didgi n’avait pas fumé la moquette quand il nous balança un court extrait d’une valse de Strauss dans la version originale et pas remixée, donc avec orchestre symphonique.

 

Une conséquence de ce bruit lancinant et insupportable est qu’il n’est pas possible de déposer des vidéos sur Youtube, sauf pour lecture privée. La raison de cette interdiction est que la bande son n’est pas libre de droit.

 

Vous connaissez mes qualités de père. Je vous propose Rébecca remportant la quatrième place de la finale B du 200 4 nages. En espérant que cela marchera...

 

 

 

https://youtu.be/plziHVJZtBQ?fbclid=IwAR0nDtH3jFASEoacOYE4JTp2RPpv8JPtMAceqZPhUvO_qlCiTGO807VIBxg

Natation et bruit
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19 avril 2019 5 19 /04 /avril /2019 05:29

 

 

Il y a bientôt 60 ans que j’ai noué des liens privilégiés avec le Yorkshire. L’incendie qui a partiellement détruit Notre-Dame de Paris m’a remis en mémoire celui de la cathédrale de York (York Minster) en 1984.

 

 

Un éclair frappa un boîtier électrique, ce qui déclencha un incendie d’une violence et d’une rapidité phénoménales. Le transept sud s’enflamma comme de l’amadou. La rosace atteignit une température de 450 degrés.

 

 

Dans les heures qui suivirent la catastrophe de Notre-Dame, des torrents de tweets écrits par des jeunes musulmans se sont déversés sur la toile, en allant tous dans le même sens : il s’agissait d’une vengeance d’Allah réagissant aux insultes que des Français « de souche » avaient cru proférer contre l’Islam les jours précédents.

 

 

Il y eut un peu le même type de réactions lors du désastre de York. Il faut dire que, deux jours auparavant, David Jenkins avait été consacré évêque de Durham dans la cathédrale. Ce David n’était pas n’importe quel chrétien. Il avait remis en question la virginité de la mère du Christ, les capacités de ce même Jésus à marcher sur l’eau et sa résurrection physique. Pour lui, ces phénomènes miraculeux n’étaient pas à prendre de manière littérale mais symbolique.

 

 

Les courriers des lecteurs des journaux britanniques reçurent des tonnes d’appréciations du genre : « C’est la colère de Dieu qui a fait brûler la cathédrale ». Le premier prélat de l’Église anglicane, Robert Runcie, archevêque de Cantorbéry, calma les esprits, arrondit les angles en reprenant à son compte l’analyse du chef des pompiers pour qui « Dieu s’est rangé de notre côté alors que nous combattions le feu ».

 

 

Quatre ans après l’incendie, un an avant les prévisions des architectes, le transept était entièrement restauré, dans le respect scrupuleux de l’architecture originelle. Des dons privés et l’argent des assurances avaient couvert la totalité des dépenses.

 

 

PS : je ne sais exactement à quoi joue Dieu en ce moment mais je rappelle qu’il y a un mois, un incendie s’est déclaré dans l’église Saint-Sulpice à Paris. Cette église est, à Paris, la deuxième en taille après Notre-Dame. Elle est l’un des lieux de l’action du roman Da Vinci Code.

 

 

La cathédrale de York en feu
La cathédrale de York en feu
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3 avril 2019 3 03 /04 /avril /2019 05:19



La présidence de l'Université a rédigé un prospectus (avec dessins à l'appui, au cas où on ne comprendrait pas) qui présente le "PIA3" (= Projet d'Investissement d'Avenir"), à savoir :

- elle met en place le programme PaRM (= Parcours de Réussite Modulaire), moyennant quoi :

- elle va “ construire 
une université inclusive pour les étudiants en situation particulière (Formation Continue, Régime Spécial d’Etudes, ou avec aménagement d’études en raison d’un handicap, etc.) ”

- elle crée un syllabus, qui “ explicite les attendus et les contenus à côté des compétences spécifiques ou générales à acquérir ”.

 

- elle valorisera les contenus des enseignements et les rendra “ visibles au plus grand nombre ”.



- elle va créer la FOAD (= Formation Ouverte à Distance), qui est une “ Didactique spécifique structurée et organisée pour la distance et un format homogène défini, multimodal et hybride ”.

- les directeurs d'étude offriront “ un contact de première proximité ”.

- Ce projet a baptisé les enseignants universitaires “ acteurs de l'accompagnement ”. Il s'agira de “renforcer l’accompagnement du projet d’orientation en soutenant les acteurs de cet accompagnement ”

 

Une interface numérique d'accompagnement et d'orientation sera mise en place. “ Cette interface permettra des alertes qui se déclencheront selon des réglages définis par l’équipe pédagogique (par exemple, échec notable dans une discipline fondamentale ou combinaison d’échecs successifs lors d’une série d’évaluations). Les acteurs de l’accompagnement de l’étudiant et, en premier lieu, le Directeur d’Etudes, auront ainsi une meilleure vision des éléments entourant le projet de l’étudiant, et ainsi permettront un accompagnement plus adapté et fluide. ” Mais la fluidité ne sera pas tout : un “ suivi consolidé ” aura lieu tous les trois ans.

 

La philosophie générale du projet est “ Investir l'avenir ”.

 

Coût de ce projet révolutionnaire : 8 millions d'euros sur 10 ans.

 

Á noter que la chef (cheffe ?) de projet est une linguiste. Si les linguistes s'expriment de la sorte, on se demande comment baragouinent les non-linguistes.

 

Ce qui se conçoit bien... La langue de ce texte est laide et imprécise parce que les pensées qu'elle véhicule sont creuses. C'est une langue vague et d'autant plus dans l'esbroufe que ce qu'elle exprime n'est en fait jamais ce qui est visé. C'est une langue qui n'est pas constituée de mots utilisés pour eux-mêmes mais d'expressions toutes faites, importées d'un ailleurs jamais nommé. Bref, c'est une langue qui ment.

 

 

 

 

 

L'université de Tours se modernise.
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9 février 2019 6 09 /02 /février /2019 06:37

 

 

Je suis membre d'un groupe de personnes relativement âgées qui fournissent des documents, personnels ou non, concernant les années quarante et cinquante.

 

Je voudrais dire deux ou trois mots sur la photo ci-dessous, proposée par Anne Mazer. L'esthétique de cette photo est réelle. Sociologiquement, c'est un document formidable. Les réactions des membres du groupe furent de deux ordres. Les gens du nord étaient très sympas (pas vrai Bachelet, pas vrai Macias ?), il y avait une grande solidarité dans les corons. Ayant moi-même vécu, durant ma prime enfance, dans un milieu urbain légèrement amélioré par rapport à celui-là, je peux dire que ces appréciations sont parfaitement valables.

 

Maintenant, regardons bien cette photo. Il n'y a pas de tout à l'égout, vraisemblablement pas d'eau courante, l'isolation thermique est un concept inconnu à l'époque et j'imagine que cette maison dispose seulement d'un pauvre poêle, peut-être un feu continu. A part cela, comme l'observe un membre du groupe, il n'y a pas un papier par terre. Du nord de la Somme jusqu'au Danemark, la propreté régnait à l'époque, même dans des rues de terre battue.

 

Le mari de cette dame qui tord sa “ wassingue ” (serpillère, déjà l'anglais nous avait envahi) en regardant le photographe est vraisemblablement mineur de fond. Les mineurs étaient logés pour un loyer plus que symbolique, ce que ne critiquait pas encore les bourgeois repus de la Cour des Comptes. Quand les fenêtres étaient murées, les impôts locaux étaient plus faibles. Derrière la blondinette, une veuve, de la Guerre 14-18 ou d'une silicose.

 

SAUF EXCEPTION, CE N'ETAIT JAMAIS MIEUX “ AVANT ”.

Ce document poignant m'a fait penser à une page admirable d'Orwell dans Le Quai de Wigan, quand l'auteur découvre la misère du nord de l'Angleterre et met en scène sa propre culpabilité de bourgeois. Dans ce passage, Orwell croise, vu d'un train, le regard d'une femme prolétaire qui, alors qu'il gèle à pierre fendre, tente de déboucher le tuyau d'évacuation de sa cuisine. Voilà ce que j'en ai écrit dans mon livre sur l'auteur de 1984 :

 

“ La jeune femme se détache, unique, de l'enfer industriel dans lequel le train roule lentement mais elle est censée représenter toutes les femmes de la classe ouvrière dans leur tragique destinée ("the usual exhausted face of the slum girl"). Ici, on sent souvent le décor, mais ce léger décalage, cette subtile distortion de la réalité, sont revendiqués et ajoutent à la magie. La jeune femme n'est pas dupe du regard que fait peser sur elle le voyageur ("She knew well enough"), donc elle représente une menace pour la classe dirigeante d'autant que les bourgeois ont une puissance de réflexion limitée ("we are mistaken"). Orwell pense à ce moment précis que pour se débarrasser de ses chaînes le peuple n'a pas besoin de sauveur. L'idéologie de cette femme de mineur pourrait devenir révolutionnaire, même si la condition reste aliénée. La prolétaire ne perçoit pas encore sa situation réelle dans le continuum historique mais elle imagine un avenir différent du présent. Dans ces quelques lignes, Orwell me semble – c'est sûrement impossible à vérifier – saisir une vérité qu'il a lui-même mise en scène avant d'oublier qu'il y est pour quelque chose."

 

La femme à la wassingue ne menace personne.

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29 janvier 2019 2 29 /01 /janvier /2019 06:19
Si, au cours d'un repas en Angleterre, un ange passe, on peut toujours ranimer l'ambiance en laissant entendre ou en affirmant péremptoirement que Shakespeare n'était pas Shakespeare, ou encore que Shakespeare était Shakespeare mais qu'il ne fut pas l'auteur des œuvres de Shakespeare. Une des nombreuses théories qui renvoie le grand William au fond de son trou du Warwickshire est que les œuvres de Shakespeare furent écrites par son contemporain John Florio, lexicographe et traducteur anglo-italien. Dans Le Monde du 16 janvier 2019, l'historien Roger Chartier a taillé en pièces cette hypothèse farfelue qui, comme par hasard, connut ses plus belles heures à l'époque de la montée du fascisme italien à la fin des années 20.
 
 

J’ai lu avec quelque inquiétude l’article (par ailleurs brillamment conduit) publié dans le supplément « Science et médecine » du Monde daté 16 janvier et consacré à un thème devenu inusable : « Shakespeare n’était pas Shakespeare ». Les livres de Lamberto Tassinariet Daniel Bougnoux lui ont récemment donné une nouvelle vie avec l’hypothèse Florio. Pour avoir eu des échanges civils mais fermes avec Daniel Bougnoux, je voudrais indiquer les arguments qui rendent une telle idée tout à fait irrecevable.

 

Il faut d’abord rappeler qu’avant le XIXsiècle et le désir de Delia Bacon d’attribuer à son lointain ancêtre les oeuvres de Shakespeare, personne parmi les contemporains du dramaturge, ni même au XVIIIsiècle, n’a soutenu que l’acteur et propriétaire de troupe qu’était Shakespeare n’était pas l’auteur des pièces publiées sous son nom, soit dans les éditions in quarto qui suivaient la représentation des œuvres (du moins certaines d’entre elles), soit dans le Folio de 1623, qui pour la première fois, sept ans après sa mort, rassemble trente-six de ses œuvres dramatiques.En s’appuyant sur les travaux des savants qui ont consacré leur vie de recherche à étudier nonseulement des textes shakespeariens, mais plus largement l’histoire du théâtre et de la sociétéanglaise aux XVIet XVIIsiècles, il me semble qu’il est possible de réfutersystématiquement les arguments avancés par ce dernier avatar de l’« anti-stratfordisme ». Jereprends donc l’une après l’autre les principales affirmations de Daniel Bougnoux etLamberto Tassinari.

 

 

« Shakespeare ne mentionne pas ses pièces dans les dédicaces des poèmes “Vénus etAdonis” et “Le Viol de Lucrèce”, qu’il adresse en 1593 et 1594 à son protecteur àSouthampton. »

 

 

Rien d’étonnant. A la fin du XVIsiècle, les pièces de théâtre sont considérées commedes « trifles », des œuvres sans importance, dont Bodley refusera la présence dans sabibliothèque d’Oxford. Aucune édition in-quarto de pièces de théâtre n’est dédiée à un patron.Les poèmes, eux, ont cette dignité.

 

 

« Shakespeare n’a pas fréquenté la cour et ne pouvait donc avoir aucune connaissance de sacivilité et de ses intrigues. »

 

Non. La troupe du Lord Chamberlain, devenue celle du roi en 1603, participe pleinement dela vie de cour. Chaque année, elle donne de très nombreuses représentations à Whitehall etdans les autres palais royaux.

 

 

« On ne rencontre ni livres ni manuscrits dans le testament rédigé ou dicté parShakespeare. »

 

Pour le comprendre, il faut rappeler deux données. D’une part, les livres ne sont presquejamais mentionnés dans les testaments anglais du temps (même dans ceux des savants les plusérudits) ; ils le sont dans des inventaires séparés (qui ont pu disparaître). D’autre part, lesmanuscrits des pièces non publiées appartiennent, non pas aux dramaturges, mais auxcompagnies théâtrales, puis aux libraires et imprimeurs de la communauté de métierlondonienne, la Stationers Company.

 

 

« Shakespeare, qui n’a jamais fréquenté l’université, ne pouvait pas disposer des savoirs etréférences qui habitent ses pièces. »

 

La fréquence et la disponibilité des recueils de « lieux communs » (à commencer par ceuxqui, dès 1600, citent des extraits des poèmes et pièces de Shakespeare, The Belvedere et England’s Parnassus) fournissent une matière immense, constituée d’exemples,de sentences, de formules, dans laquelle tous les dramaturges pouvaient puiser sans êtrenécessairement des érudits.

 

 

« Les dates de publication des pièces sont mal fixées. »

 

Pas du tout. Elles apparaissent sur les pages de titre et, sauf pour les éditions publiées parPavier en 1619 qui constituent une première tentative de constitution d’un recueil d’œuvresshakespeariennes, elles ne sont pas des fausses dates.

 

 

« Trois pièces supposent que leur auteur pouvait lire l’italien. »

 

L’argument est plus sérieux. Mais, au moins dans le cas du Marchand de Venise, il existe unepluralité des sources possibles, et, pour les deux autres pièces, la transmission de l’intriguen’implique pas obligatoirement la lecture du recueil de nouvelles de Cinzio, les Eccatomiti.

 

 

« Florio maltraitait l’italien pour se mettre à la portée du public et pour rendre l’idée que lesspectateurs s’en faisaient. »

 

Comment fonder sur une quelconque preuve un tel argument…

 

 

« Shakespeare était un amuseur et entrepreneur de théâtre. »

 

Rien de cela. Il était l’un des propriétaires ou « shareholder » de la compagnie et, commel’indique Webster dans l’« Avis au lecteur » de sa pièce The White Devil, publiée en 1612, ilétait considéré comme un « company man », un dramaturge lié exclusivement à une troupepour laquelle il déployait une « copious industry », comparable à celle de Dekker etHeywood, que Webster lui associe dans le contraste qui les séparent des dramaturges savantscomme Chapman, Beaumont ou Fletcher. Pour Webster, l’acteur et l’auteur Shakespeare sontbien une seule et même personne.

 

 

« Le Shakespeare officiel ne semble pas avoir été connu de son vivant comme une

personnalité littéraire. »

 

Il le fut. D’une part, rien ne permet de dire que les mentions (pas si rares, au demeurant) deShakespeare comme auteur (par Nashe, Chettle, Meeres, Harvey et d’autres) ne concernentpas le Shakespeare acteur et propriétaire dans les troupes du Lord Chamberlain puis du roi.D’autre part, il est difficile de supposer que les préliminaires du Folio de 1623 (l’adresse auxlecteurs de Hemings et Condell ou les quatre poèmes de Ben Jonson, Holland, Digges etMabbe) participent d’une même supercherie, louant un « Shakespeare » qui ne serait pas celui qui apparaît dans la liste des acteurs.

 

 
 
Florio  n'était pas Shakespeare

 

« John Florio est le seul candidat possible au titre d’auteur des œuvres de Shakespeare. »

 

Les similitudes entre le vocabulaire de Shakespeare et celui de Florio ne suffisent pas à leprouver. Ni le « planet sol » de Troilus et Cressida. Le Oxford English Dictionnary cite l’emploi de la même expression par Thomas Nashe en 1600 : « Resplendent Sol, chiefe planetof the heauens ». Il a pu la rencontrer dans le dictionnaire de Florio publié deux ansauparavant, tout comme Shakespeare a pu le faire à son tour.Une même attention aux mots employés par Florio et Shakespeare pourrait conduire soit auconstat de leur connaissance partagée d’un lexique disponible (à titre d’exemples, parmi ces mots supposément « nouveaux » mais en fait attestés souvent dès le XVsiècle ou avant, « attentiveness », « distemperature », « blessedness » apparaissent dans des textes duXVIsiècle et « to bastardize » est présent dans le dictionnaire de Cotgrave en 1611), soit à la lecture par Shakespeare de la traduction des Essais de Montaigne par Florio parue en 1603.Les titres des pièces sont susceptibles d’une même interprétation : par exemple, « much Ado » est utilisé dans la traduction de la Bible par Coverdale et « to have anything ado with » dès le XVIsiècle.Reconnaître la singularité magnifique des pièces de Shakespeare ne dispense pas de les situerdans les pratiques de l’écriture, de l’édition et du théâtre qui caractérisent le temps et lasociété dans lesquels il vivait, écrivait et jouait. Mais ces arguments (et beaucoup d’autres)sont impuissants à dissiper les illusions qui caractérisent les désirs des « anti-stratfordiens »dont les convictions successives ont proposé, depuis le XIXsiècle, soixante-dix noms pouridentifier celui qui serait dissimulé derrière un autre nom : « Shakespeare ».

 

Cette constante des discours sur Shakespeare depuis le XIXsiècle repose sur deux donnéesessentielles : d’une part, la rareté des documents d’archives sur Shakespeare, du moins en cequi concerne son activité d’écriture (mais avant le XVIIIsiècle et le « sacre del’écrivain », selon l’expression de Paul Bénichou, l’absence de traces de la genèse des œuvresest la norme) ; d’autre part, l’imposition rétrospective du paradigme littéraire, né lui aussi auXVIIIsiècle, qui impose une manière nouvelle de penser la relation entre la vie des auteurs etleurs œuvres.Celles-ci sont désormais conçues comme des créations originales, qui expriment lessentiments les plus intimes de l’écrivain et qui sont habitées par ses expériences les pluspersonnelles. Elles doivent donc être inscrites dans la singularité de vies capables de rendrecompte de leur beauté ou de leur savoir. Il n’en allait pas ainsi au temps de Shakespeare,lorsque les auteurs écrivent en s’emparant d’histoires, de formules, de « lieux communs » qui appartiennent à tous et dont chacun peut avoir connaissance, y compris un fils de gantier quia’a fréquenté qu’une « grammaire school ». Au XIXsiècle, pour certains, cette vie trop ordinaire ne peut pas avoir été celle d’un génie extraordinaire. Une autre vie ferait mieux l’affaire : celle d’un aristocrate (Edouard de Vere,comte d’Oxford, ou William Stanley, comte de Derby), celle d’un dramaturge lettré(Marlowe, pourtant mort en 1593) ou celle d’un érudit : Bacon d’abord, Florio aujourd’hui.Comme l’a écrit Lawrence Levine, lorsque Shakespeare devint une icône culturelle, « plus ildevint insoutenable qu’un homme de basse condition et d’éducation douteuse – que l’écrivainet professeur américain Delia Bacon déclara être “un ignorant stupide, un illettré et unacteur de troisième catégorie” – ait pu s’élever jusqu’aux hauteurs de ses pièces, qui nepouvaient être que les créations de quelqu’un mieux formé, mieux né ».

 

Ainsi, le nouveau statut canonique et académique donné aux œuvres shakespeariennesexigeait un auteur qui ne pouvait pas être le fils d’un artisan qui finit sa vie comme ungentilhomme de campagne. Pour des raisons qui restent mystérieuses, ce noble écrivain ou cedramaturge flamboyant et savant se dissimula derrière un pseudonyme : « Shakespeare ».

 

Reste qu’il faudrait expliquer pourquoi, avant le XIXsiècle, personne parmi les gens dethéâtre, les libraires, les aristocrates de la cour, les colporteurs de rumeurs ou les libellistes,personne vraiment, ne connut ou se retint de révéler la supercherie. Jouer à dire queShakespeare n’est pas Shakespeare et identifier celui ou celle qui a écrit les pièces qu’onattribue à ce pseudonyme est divertissant. Mais le jeu ne peut pas dissimuler les ignorancesqui le rendent possible.C’est pourquoi je ne pense pas que l’on puisse parler de « débat contradictoire » entre les connaissances établies à partir de l’analyse rigoureuse des textes et des archives et construites fil des décennies par l’érudition shakespearienne, et des affirmations fantaisistes (y compris la récente et décisive « découverte » de la « planet sol »), qui ne s’embarrassent guère de ce savoir immense et précis, tout en se donnant comme plus « scientifiques » que la science. En un temps, le nôtre, où prolifèrent la « désinformation » scientifique et les « véritésalternatives », maintenir une ferme distinction entre connaissances contrôlées et affabulationsme paraît plus que nécessaire.

 

 

Roger Chartier est professeur émérite au Collège de France, Annenberg Visiting Professor at the University of Pennsylvania

 

 
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6 décembre 2018 4 06 /12 /décembre /2018 06:16

Dans le Nord, comme ailleurs, une bouilloire était effectivement en permanence sur le poêle, prononcé “pouelle”. Mais il trônait aussi, également en permanence, un alambic (une cafetière) de café bouilli-café foutu, café léger qu'on agrémentait de chicorée (dins ch'Nord, y'a taudis eun'alambic sus ch'fû). Mais même avec un peu de cassonat' et d'alcool (une bistoule), ce n'était pas terrible : la chirloute (mauvais café) de tous les jours.

 

Il fallait bien une trentaine de minutes le matin pour vider les cendres froides, aller les porter au bout du jardin (sans marcher dans la berdoule quand il avait plu), puis enflammer quelques pages froissées du journal de la veille (La Voix du Nord ou Nord Matin, qui étaient encore d'authentiques publications issues de la Résistance), les couvrir de quelques bûchettes de bois puis de charbon.

 

Mes parents utilisaient des gaillettes, des morceaux de grosseur moyenne. Il les achetaient telles quelles, ce qui n'était pas le cas de gens plus pauvres qui se faisaient livrer du flou, un conglomérat de charbon, de poussière, de pâte. Un combustible très peu calorique résultant du lavage du charbon. Il fallait alors gratter dans le flou pour retirer les gaillettes (i fallot cafoter dins ch'flou pou artirer chés gaillettes). Il ne s'agissait pas d'arlander (de lambiner) car il fallait “ débarbouiller ” le museau des enfants avant de partir pour l'école. Bref, la cuisine était en plein dalache (désordre). La chaleur se répandait doucement dans la pièce. On avait plus la tranette (on ne tremblait plus).

 

La nostalgie n'est plus ce qu'elle était (3)
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4 décembre 2018 2 04 /12 /décembre /2018 06:14

J'ai adoré le Bécaud des années cinquante et soixante. Je pense, comme l'auteur de ce très bel hommage, qu'il s'est amenuisé à partir des années soixante-dix, qu'il a moins apporté à la chanson populaire, qu'il a moins innové.

 

J'ai vu Bécaud sur scène une fois en 1957. P'tain : 61 ans...

 

J'ai raconté ici ma trop brève rencontre avec le chanteur. Un groupe d'admirateurs s'est constitué sur Facebook, auquel je me suis tout naturellement agrégé.

 

Je propose ci-dessous quelques photos proposées par des membres de ce groupe.

 

 

Gilbert Bécaud insolite
Gilbert Bécaud insolite
Gilbert Bécaud insolite

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2 décembre 2018 7 02 /12 /décembre /2018 07:13

 

Laura Morante est une très bonne actrice d’origine italienne qui tourne régulièrement en France. J’ai particulièrement en mémoire son rôle bouleversant dans La Chambre du fils de Nani Moretti. Elle est également réalisatrice, voir par exemple, La cerise sur le gateau avec Pascal Elbé et Isabelle Carré. Bref, à 62 ans, elle est une artiste accomplie et, ce qui ne gâte rien, elle est la nièce de la grande écrivaine Elsa Morante.

 

Mais c’est comme pour Ghosn, on peut toujours avoir besoin d’argent. Et lorsqu’on est actrice, jolie (même sans Photoshop) et encore jeune, on fait de la pub. Pourquoi pas pour un produit « dermocosmétique de pointe ».

 

J’imagine que Morante n’est pas responsable du laïus censé inviter de manière pressante les dames d’âge mûr à acheter des laboratoires Liérac. En français, les ploucs prennent un coup de vieux. Les femmes branchées, quant à elles, ne sauraient prendre un coup de jeune. Non, elles prennent un shot de jeune. L’utilisation de l’anglais, dans ce cas comme dans beaucoup d’autres, n’est pas neutre. C’est exactement comme lorsqu’on dit Black à la place de noir. Il s’agit de dire sans le dire tout en le disant. Aux Noirs, on exprime – et ils l'expriment eux même – qu’ils sont noirs sans le leur exprimer, mais le stigmate est bien présent. Aux femmes soixantenaires, on intime gentiment mais fermement, le conseil d’en mettre un « coup » (l’image vulgairement obscène est sous-jacente) pour empêcher la décrépitude.

 

 

Hé, Laura Morante, tu veux un shot ?

 

PS : dans le cas suivant concernant le banquier qui nous gouverne dans un affolement de plus en plus perceptible, il s’agit plutôt d’une provocation. Le mari de Bri-Bri d’amour ne peut plus s’adresser aux Français que dans ce registre. Heureusement, il ne fait plus rire personne, sauf quelques quarterons de transportés larvaires.

Hé, Laura Morante, tu veux un shot ?
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