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8 juillet 2018 7 08 /07 /juillet /2018 05:26

Dans le cas de l'écriture inclusive, c'est grotesque !

Le fascisme : c'est terrorisant ou grotesque
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4 juillet 2018 3 04 /07 /juillet /2018 05:27

Ce qui m'amuse, c'est que celui qui a collecté ce qui suit s'est fendu d'un superbe anglicisme dans le titre (the best of). Il ne connaissait pas les mots florilège, sélection, recueil etc. D'autant qu'il a complété son titre par “ Top des dix mots inventés par l'éducation nationale ”. 

 

 

Tous les organismes, à un moment ou à un autre, finissent par développer un vocabulaire propre à leur profession. Un jargon qu'eux seuls comprennent et qui devient un peu drôle, ou ridicule, ou les deux quand on se met à l'utiliser dans la vie "normale", hors du contexte professionnel en question. 

 
Tenir un crayon = Apprendre à manier "l’outil scripteur"
"Allez prenez tous vos outils scripteur, aujourd'hui le pronom possessif."
 
  1. Les rédactions = "les productions écrites"
    Un terme un poil ambitieux pour un texte de dix lignes sur ce que t'as fait pendant les vacances de Noël, mais soit.
  2. Les courses d’école = "les sorties de cohésion"
    Un terme qui n'a clairement pas été inventé par le petit un peu bouboule qui arrivait en dernier essoufflé et tout rouge. (c'est du vécu, merci de ne pas juger)
  3. Une Dictée = "De la vigilance orthographique"
    Oui, bon merci d'être un peu plus vigilant avec les bachi-bouzouks qui écrivent "ognon".
  4. Apprendre à écrire = "maîtriser le geste graphomoteur et automatiser progressivement le tracé normé des lettres"
    Enfin, apprendre à utiliser un stylo quoi.
  5. Courir = "créer de la vitesse"
    Là encore, ça dépend pour qui je vous assure.
  6. Nager en piscine = "se déplacer dans un milieu aquatique profond standardisé"
    Attention : standardisé le milieu aquatique, c'est important !
  7. Le badminton = "activité duelle de débat médiée par un volant"
    Ou encore sport choisi au bac par ceux qui sont brêles en sport.
  8. Le canoë-kayak = "activité de déplacement d’un support flottant sur un fluide"
    Là, on a du mal à voir l'utilité dans la mesure où aucun d'entre nous n'a eu la chance de faire du canoë à l'école.
  9. Un ballon = "référentiel bondissant"
    Bon ok, ça c'est un fake, mais franchement ils seraient cap' les mecs !
Le meilleur du jargon des profs
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24 juin 2018 7 24 /06 /juin /2018 05:34

Un reportage unique. Imaginez un délire dans un fiacre entre Wolfgang et Antonio...

 

Une vidéo où l’on retrouve Paul McCartney à Liverpool reprenant des succès des Beatles dans un taxi avec son chauffeur (le comédien James Corden). Ils s'arrêtent chez le coiffeur de Penny Lane, à sa maison natale. On voit Paul très ému lorsqu'un habitant lui dit qu'il a fait jouer sa musique lors des funérailles de son père. Puis, il chante au pub The Philharmonic. Une cliente met une pièce dans le juke box pour “ A Hard Day's Night ”. Le rideau s'ouvre et Macca est là avec ses musiciens, et c'est parti !

 

 

 

 

Paul, why don't you stop dyeing your hair ? Act your age, as you wrote in “ You Won't See Me ”.

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23 juin 2018 6 23 /06 /juin /2018 05:33

 

Une loi aux États-Unis stipule que tout document consulté, touché, par le président – lettres, courriels, rapports – doit être conservé et envoyé aux Archives nationales. Cette loi, Donald Trump ne la respecte absolument pas, il s’en contrefiche comme de sa première tour. Il archive en balançant dans la première corbeille venue. Pas par méchanceté mais parce qu’il se moque de cette contrainte.

 

 

Ce faisant, il se place hors la loi. Trump n’aime pas les règles. On l’a encore observé lors d’un récent sommet mondial quand, après avoir signé un important accord avec ses partenaires, il l’a dénoncé dans l’heure suivante par un simple tweet. Bien sûr, il ne s’agissait pas que d’un tweet ; l’enjeu et la démarche étaient certainement beaucoup plus complexes que cela. Mais notre banquier a eu l’air bien malin de se retrouver ainsi le bec dans l’eau quelques semaines après avoir mamouré de manière obscène l’actuel titulaire de la Maison Blanche. Lorsque Trump n'était qu'homme d'affaires, il agissait de même. Il signait avec un fournisseur pour une valeur de 100 et payait 70. Le fournisseur était furieux. Trump lui disait alors d'attaquer justice, ça prendrait 10 ans et le type serait sur la paille au bout du compte.

 

 

On peut se demander pourquoi Trump agit de la sorte : son pays domine – encore – le monde, sa monnaie dicte la loi dans tous les domaines et ses centaines de bases militaires quadrillent la planète d’une manière qui est devenue aussi évidente que l’invasion des chaînes de télé du monde entier par des films de série B hollywoodiens. Si Trump triche, c’est parce qu’il y a en amont une conduite, une pulsion qui le poussent à agir de la sorte. Il peut très bien – quoique rarement – viser des objectifs honorables : il préfère les atteindre de manière retorse.

 

 

Alors quid des sportifs italiens ? Chacun le sait : l’Italie est une grande nation sportive. Elle a ainsi remporté plus de médailles aux Jeux olympiques que la France. Par exemple 283 médailles d’or aux JO d’été contre 212. En football, l’Italie a remporté quatre fois la Coupe du monde (la France une seule fois). Pas parce que le football italien fut longtemps l’un des plus dopés de la planète, avec des spécialistes qui ont conseillé Lance Armstrong, le cycliste le plus “ stimulé ” et tricheur de tous les temps. Ils ont gagné parce qu’ils étaient les meilleurs. C’est tout.

 

 

Alors pourquoi, en particulier dans les compétitions qui rassemblent de jeunes sportifs, les Italiens trichent-ils ? Récemment, lors d’une rencontre internationale réunissant des nageurs de 13 à 15 ans, ils ont mis en place, pour la nième fois, un petit stratagème de triche mesquine qui ne servait strictement à rien. Lorsque des nageurs s’inscrivent dans une épreuve, ils donnent un temps d’engagement qui est, 999 fois sur 1000, le temps de leur meilleure performance. Cela permet aux organisateurs de les placer dans les séries par ordre décroissant : les compétiteurs les plus faibles intervenant en début de programme, les meilleurs en fin de programme. Á l’intérieur de chaque série, les couloirs 3, 4 et 5 sont attribués aux plus rapides, les couloirs 6, 7,  1 et 8 aux plus lents.

 

 

Quand les Italiens trichent, ils donnent à leurs nageurs un temps d’engagement plus lent que celui qu’ils  ont déjà réalisé. Les nageurs se retrouvent ainsi dans les lignes extérieures, ils se font oublier des lignes 3, 4 et 5 qui s’observent et ne se rendent pas compte que, près du mur, un ou deux nageurs sont en train de les surclasser.

 

 

Dans la compétition à laquelle je me réfère ici, une nageuse a donné deux temps supérieurs de quatre secondes (ce qui est énorme à ce niveau) à sa vraie valeur. Les autres nageurs ne l’ont absolument pas vue débouler et elle a gagné facilement. Je le répète : elle a gagné parce qu’elle était la meilleure et elle l’aurait, de toute façon, emporté, sans tricher. Mais les épreuves ont été faussées car chaque compétiteur pense sa course en fonction de ses adversaires, soit en « faisant sa course » sans les prendre en compte, soit en calquant ses efforts sur eux. Dans le cas de compétitions de nageurs plus âgés, ces stratagèmes sont impossibles car les compétiteurs se connaissent par cœur et les bases de données n’ont de secret pour personne.

 

 

Les sportifs italiens sont comme Trump : ils sont les plus forts sans tricher, mais il faut qu’ils trichent.

 

 

De la triche : Trump et les sportifs italiens
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21 juin 2018 4 21 /06 /juin /2018 05:17

On a tous nos petits problèmes, nos petites manies. Moi, par exemple, personnellement, l’abus du mot « espace » commence à me fatiguer. Des espaces, on en trouve désormais partout, dans les lieux publics comme dans les lieux privés.

 

Je me trouvais l’autre jour dans une piscine qui n’était pas une piscine mais un « centre aquatique ». Les cuistres de la municipalité auraient pu s’arrêter là, mais non, ils en avaient rajouté avec un « espace déchaussage » et un « espace aquatique », à l’intérieur du « centre aquatique », donc. Ne manquait qu’un « espace latrines » ou encore « espace d'aisance ». 

Des espaces, encore des espaces !
Des espaces, encore des espaces !

 

Et de l’espace, il y en avait à peine dans la chambre d’appel, où il n’y avait de sièges que pour les deux séries à venir (pratique lorsque telle ou telle épreuve compte 25 séries !).

 

Il faut dire que dans cette piscine, qui se targue d’accueillir de grandes manifestations sportives, on manque partout d’espace. Il n’y en a pas pour les spectateurs, qui passent la journée debout car ils n’ont accès à aucun « espace pose de fesses sur les gradins », et il y en a à peine pour les nageurs qui doivent s’entasser sur des bouches d’aération, ce qui, l’hiver, met leur santé en péril vu les émanations de produits chlorés.

 

Des espaces, encore des espaces !

 

Ne jamais oublier que, pour qu'il y ait des enfants sportifs, il faut des parents qui n'apprécient pas d'être traités par dessus la jambe. En particulier quand, comme moi, ils ont 70 ans et un tassement de vertèbres. Un jour viendra où, lassés d'être traités avec désinvolture, les parents cesseront d'emmener leurs enfants dans les compétitions sportives. Les dirigeants, responsables et autres officiels passeront alors leurs dimanches à faire du crochet ou à écouter pousser leurs radis.

 

En revanche, la municipalité n’avait pas oublié d’installer un espace parcmètres. Il existe une lourde tendance actuellement en France – nous copions en l’espèce le Royaume-Uni – où, pour rendre visite à un malade à l’hôpital ou accompagner un petit enfant à la piscine, il faut d’abord payer pour se garer, la moitié – en moyenne – de la somme versée tombant dans des mains privées. On est solférinien comme cette municipalité ou on ne l'est pas.

 

Si le concept d’espace en devient ridicule comme toutes les métaphores fatiguées, c’est parce que le mot, vague à souhait, peut être utilisé à toutes les sauces. Il vient du latin spatium qui signifiait arène ou champ de course. Ce mot est à la fois masculin et féminin (donc : espace.e dans l’écriture fascisante inclusive). En imprimerie, on parle d’une espace. Dans le haut moyen âge, la valeur temporelle a quasiment pris le pas sur le concept spatial, comme dans l'expression l’espace de deux jours. Le spatial a ensuite repris du poil de la bête, espace étant synonyme de surface déterminée, puis de distance, d’intervalle. Le sens figuré de différence s’est insinué naturellement. Puis on en est venu au volume, bien avant l’espace céleste. Au XVIIIe siècle, on a parlé des espaces imaginaires ou chimériques. Le XXe siècle a connu le sinistre espace vital (Lebensraum) avant, au début des années soixante, de découvrir les espaces verts et la conquête de l’espace. Enfin la physique a déterminé la notion d’espace-temps qui nécessite quatre dimensions et quatre variables.

 

S’il y a aujourd’hui des espaces dans tous les recoins de notre vie, c’est parce que, comme l’avait expliqué Bergson au tout début du XXe siècle, l’espace est une « représentation qui symbolise la tendance fabricatrice de l’intelligence humaine. » Comme souvent, Paul Valéry avait lui aussi tout compris : pour lui, l’espace était « un corps imaginaire comme le temps un mouvement fictif. Dire “ l’espace est empli de ”, c’est définir un corps. »

 

C’est pourquoi, dans les piscines et ailleurs, on compose, on décompose et on recompose tous les espaces qui nous passent par la tête. Mais nos têtes ne sont pas aussi bien faites que celles de Bergson et de Valéry.

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20 juin 2018 3 20 /06 /juin /2018 05:21

Des photos de Moscou, conservées par un musée californien, ont été récemment rendues publiques. Elles ont été colorées.

Moscou, 1931
Moscou, 1931
Moscou, 1931
Moscou, 1931
Moscou, 1931
Moscou, 1931
Moscou, 1931
Moscou, 1931
Moscou, 1931
Moscou, 1931
Moscou, 1931
Moscou, 1931
Moscou, 1931
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19 juin 2018 2 19 /06 /juin /2018 05:19
Art de rue
Art de rue
Art de rue
Art de rue
Art de rue
Art de rue
Art de rue
Art de rue
Art de rue
Art de rue
Art de rue
Art de rue
Art de rue
Art de rue
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6 juin 2018 3 06 /06 /juin /2018 05:37

 

Jacques Vassal. Graeme Allwright par lui-même. Paris : Le Cherche midi, 2018.

 

 

Le temps passe. Le temps passe et Graeme Allwright a 92 ans ! Jacques Vassal vient de lui consacrer un chaleureux et exigeant ouvrage préfacé par Jacques Perrin. Je ne vous donnerai pas l’âge de Vassal. Sachez simplement que le chanteur et lui se connaissent depuis 1966.

 

 

On a tous nos repères dans la vie. Pour moi, Graeme, c’est “ Petit garçon ”, cette merveilleuse adaptation de “ Old Toys Train ” de Roger Miller :

 

Tes yeux se voilent
Écoute les étoiles
Tout est calme, reposé
Entends tu les clochettes tintinnabuler

 

 

Jacques Vassal a donc longuement écouté son ami Graeme Allwright, en recontextualisant, grâce à sa formidable érudition, la libre confession d’un créateur néo-zélandais devenu français, qui a écrit, en anglais et aussi en français, une des œuvres les plus attachantes qui soit.

 

 

Quand on est originaire de l’autre bout du monde – ça dépend du point de vue où l’on se place, me direz-vous –, la mer est une nécessité, un besoin, un désir, « la voie de passage d’une vie à une autre ». Sûrement une raison pour laquelle une de ses chansons préférées est “ La Plage ”

 

 

Á travers la brume, elle a disparu

Je ne sais pas si je l’ai revue…

J’ai vu se briser tant de vagues sur la plage

Et j’ai chassé les ombres des nuages ?

 

Je vais, je vais, les chemins se nouent
Sur le rivage mon espoir échoue
Au milieu des bruyères le chariot s'est arrêté
Et glisse sur les algues sa chevelure mouillée.

 

 

 

Tout jeune, Graeme s’engage sur un bateau comme mousse et part pour Londres. Il y rencontre la comédienne Catherine Dasté, qui n’est autre que la petite-fille de Jacques Copeau et la fille de Jean Dasté, directeur de la Comédie de Saint-Étienne. Graeme et Catherine se marient en 1951. La cérémonie lui inspirera cette pochade :

 

Buvons encore une dernière fois 
A l'amitié, l'amour, la joie 
On a fêté nos retrouvailles 
Je m'ennuie pas, mais il faut que je m'en aille 

J't'ai raconté mon mariage 
A la mairie d'un p'tit village 
Je rigolais dans mon plastron 
Quand le maire essayait d'prononcer mon nom

 

 

Le futur chanteur exerce alors de nombreux métiers : régisseur, apiculteur, animateur pour enfants malades, moniteur en hôpital psychiatrique, professeur d’anglais. Dans les vignobles, Graeme apprend le français avec les vignerons, le patois, l’accent bourguignon qui fait rouler les r. Sur scène, même dans de petits rôles, il en impose. Il « dégageait », disaient ses camarades, rien qu’en jouant Seyton dans Macbeth.

 

 

Graeme, qui s’est lancé dans le métier avec l’aide de Mouloudji et de Colette Magny, sait prendre position quand il faut. ”Johnny ”, une de ses premières chansons écrites en français, est une chanson d’actualité (même si le Vietnam n’est pas nommé) :

 

 

Tu es parti là-bas sans savoir pourquoi 
Je n'crois pas que tu cherchais la gloire 
Tu avais peut-être seulement du mal à jouer le jeu

Dans ta petite ville sans histoire 
On t'a dit que là-bas la cause était juste 
Qu'il fallait vaincre à tout prix
Puis c'est facile de laisser les autres penser pour soi
Alors sans savoir pourquoi tu es parti

Mais c'est bientôt fini Johnny

Vois-tu encor le soleil ?
C'est bientôt fini Johnny
Sens-tu venir le sommeil ?

Toi qui lisais les bandes dessinées
Et te voyais en surhomme vainqueur
Là-bas dans l'enfer des forêts vertes
Tu as appris à connaître la peur
Tu as appris à manier des armes nouvelles
A brûler des femmes et des enfants
Tu n'aimais pas ça, mais on n'a pas le choix
Et la peur est un maître exigeant

 

 

Á la même époque, il avait adapté “ Who killed Davey Moore ” de Bob Dylan :

 

 

Qui a tué Davey Moore,

Qui est responsable et pourquoi est-il mort ?

« C’est pas moi, dit l’arbitre, pas moi,

Ne me montrez pas du doigt »…

 

 

S’engager en chanson, mais aussi s’engager dans le monde. Graeme va côtoyer la misère en Inde, soigner des enfants en Éthiopie, aider à la construction d’orphelinats au Veitnam. Il n’hésitera pas à apostropher Giscard d’Estaing dans “ Larzac 75 ”, lui le Néo-Zélandais qui a ressenti durement les essais nucléaires français dans le Pacifique :

 

 

Oh, oh, Valéry

Alors comme ça tu as choisi :

Tu as choisi les fusils et pas de brebis !

Tu as choisi la mort

Je suis vraiment très déçu,

Je te croyais plus fort

 

 

Un des derniers combats de Graeme en tant qu’auteur aura été une réécriture pacifiste de “ La Marseillaise ”. Bien sûr conscient du contexte dans lequel cette œuvre a jailli, il s’est tout de même senti « épouvanté » par la violence des paroles dans la bouche des enfants français. Il a donc proposé ceci :

 

 

Pour tous les enfants de la terre

Chantons amour et liberté.

Contre toutes les haines et les guerres,

L’étendard d’espoir est levé.

L’étendard de justice et de paix

Rassemblons nos forces, notre courage

Pour vaincre la misère et la peur

Que règnent au fond de cœurs l’amitié et le partage.

 

Partons, partons amis solidaires,

Marchons vers la lumière !

 

 

Graeme attend la mort sereinement : « Je crois que l’esprit ne meurt pas. Et l’esprit rejoint la source et la conscience cosmique. Je sens les morts aussi, tous ceux qui sont passés.

 

 

PS : Leonard Cohen avait dit que certaines des adaptations de ses chansons par Graeme les avaient rendues plus « acceptables ». Il fallait assurément que Graeme ait puissamment intégré l’univers, les émotions et les mots de Cohen pour adapter avec autant de poésie et de subtilité une chanson comme “ Dance Me to the End of Love ” (« je commence par apprendre à chanter la chanson en anglais, pour sentir comment il “ respire ”la chanson. Et après, je me mets au travail pour trouver des équivalences ; […] J’essaie d’être le plus honnête possible et cela passe par le choix du mot juste, précis. Par exemple, le futur, ce n’est pas exactement la même chose que l’avenir. ») :

 

 

Dance me to your beauty with a burning violin

Dance me through the panic till I’m gathered safely in

Touch me with your naked hand, touch me with your glove

Dance me to the end of love

 

 

Danse-moi à ta beauté avec un violon en flammes

Danse-moi dans la panique jusqu’au repos de mon âme

Touche-moi avec ta main nue ou gantée de velours

Danse-moi vers la fin de l’amour

 

 

 

Enfin, pour le plaisir, Graeme et Maurane dans “ Suzanne ”.

 

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19 mai 2018 6 19 /05 /mai /2018 05:38

 

Une interview de Jacques Testart dans le journal Le Monde

 

Père scientifique d’Amandine, le premier bébé-éprouvette français né en 1982, le biologiste Jacques Testart n’a cessé depuis lors de dénoncer les risques d’eugénisme de la procréation médicalement assistée (PMA). Alors que se tiennent les Etats généraux de la bioéthique, il nourrit le projet de rendre les choix de la science plus démocratiques. Et dénonce, dans son dernier ouvrage, « les promesses suicidaires des transhumanistes ».

 

Je ne serais pas arrivé là si…

 

Si je n’avais pas été, enfant, un trappeur de banlieue. J’adorais capturer les animaux vivants. On vivait dans le « 9-3 », à Pierrefitte. À cette époque, il y avait à côté de chez nous un grand terrain vague avec des vaches, et je passais mes journées à y pister les hannetons, les mésanges ou les mulots. Parfois seul, parfois avec le fils du boucher du coin. On était un peu sadiques avec ces bestioles, j’ai presque honte quand j’y repense : on pouvait guetter les merles pour voir où ils faisaient leur nid, attendre que les petits soient assez gros, les tuer et les amener à ma mère pour lui demander de les faire cuire ! Elle était horrifiée ! Mais je ne serais pas non plus arrivé là si je n’avais pas commencé, vers 12 ans, à lire Jean Rostand. Il m’a aidé à faire des choix.

 

De trappeur, Rostand vous a rendu naturaliste ?

 

Il m’a permis de comprendre que ce que je voulais faire, c’était m’occuper du vivant. J’ai enchaîné avec La Vie des abeilles, de Maurice Maeterlinck, puis avec Jean-Henri Fabre et sa merveilleuse écriture. Mais ce que Rostand avait de plus à mes yeux, c’est qu’il était athée. Je m’y retrouvais. Je n’ai jamais eu d’éducation religieuse, je ne suis pas baptisé… Pour moi, Dieu, c’était un rigolo !

 

Vous avez grandi avec sept frères et soeurs… Famille nombreuse, famille heureuse ?

 

Les rapports étaient assez froids entre nous, on n’était ni affectueux ni démonstratifs. On s’entraidait éventuellement, on faisait des blagues ensemble, mais nous n’avons pas construit grand-chose. La preuve : j’ai 78 ans, ma soeur aînée en a 90, la plus jeune doit en avoir 60, et on ne se voit quasiment jamais. Mon père était directeur commercial d’une petite boîte qui vendait du matériel de travaux publics, ma mère avait été couturière avant de devenir femme au foyer. Ce n’était pas des gens qui lisaient, qui écoutaient de la musique. Mais ils étaient très exigeants sur nos résultats scolaires, le calcul, l’orthographe – surtout mon père. Comme nous étions tous plutôt bons élèves, ils nous laissaient tranquilles.

 

Un événement marquant durant cette enfance ?

 

Mon arrivée au lycée – ou plutôt ma sortie ! On nous appelait les Testart, mon frère aîné et moi, comme on dit les Dalton… Au bout de trois mois, on s’est fait virer : mon frère avait pris le chapeau du prof de maths et avait dansé dessus après avoir mis de l’acide sur la chaise de la prof de musique. Au psychologue scolaire qui me demandait ce que je voulais faire, j’ai répondu : « Je veux être trappeur. » C’est comme ça que je me suis retrouvé en pension dans le Var, à l’Ecole pratique d’agriculture de Hyères. J’étais l’un des rares de la promo à ne pas être fils de paysans… J’avais de très bons résultats, mais là encore, ce fut un peu compliqué.

 

Vous faisiez toujours les 400 coups ?

 

J’avais voulu reproduire en grand une expérience de chimie faite par notre prof, et ça a donné une explosion qui s’est entendue à 3 km alentour…

Heureusement, il n’y a pas eu de blessé, mais l’amphi n’avait plus de carreaux. Et j’ai à nouveau été viré.

Je ne sais pas comment il s’est débrouillé, mais mon père a réussi à obtenir un rendez-vous au ministère, avec le directeur de l’enseignement agricole, pour expliquer mon cas. Et voilà que celui-ci, je ne sais pas non plus pourquoi, lui dit : « Mais c’est formidable, Monsieur, vous avez un fils qui a un talent de chercheur ! Il a voulu pousser plus loin l’expérience ! » C’est grâce à lui que j’ai été réintégré dans l’école. Deux ans plus tard, j’en sortais avec un diplôme de jardinier-horticulteur-arboriculteur-apiculteur. J’ai alors préparé les écoles nationales d’ingénieur agronome, et je suis entré à l’Ecole supérieure d’agriculture d’Alger – une des seules auxquelles j’avais droit en n’ayant pas le bac. On était en 1958, et c’était la guerre.

 

A 19 ans, vous débarquez en pleine guerre d’indépendance algérienne : quels souvenirs en gardez-vous ?

 

Dans un pays en guerre, on ne parle pas politique : on relate les faits divers, les horreurs qui arrivent aux uns et aux autres. Plus de la moitié de ma promotion était des Français d’Algérie. J’entendais donc surtout le son de cloche des pieds-noirs, mais je tombais parfois sur des tracts du FLN et je ne savais pas trop quoi penser… Et puis, au bout d’un an, j’ai rencontré Danièle, une juive pied-noir qui est devenue ma femme. Ses parents étaient commerçants à Alger, ils sont partis comme tout le monde en 1962 et je suis rentré avec eux. Je me suis marié avec Danièle – la première de mes trois épouses, celle avec qui je n’ai pas eu d’enfants. Nous nous sommes très vite inscrits au PCF, que j’ai quitté après Mai 68 pour adhérer à la Ligue communiste.

 

Et l’agriculture, dans tout ça ?

 

De retour en France, j’ai d’abord gagné ma vie en enseignant les sciences-nat, à Paris, dans une boîte privée. S’est alors posée la question du service militaire. Après ce que j’avais vu en Algérie, je ne voulais le faire à aucun prix ! J’ai réussi à être réformé pour un ulcère que je n’avais pas – mon cordonnier, qui s’était fait réformer pour de vrais maux d’estomac, m’avait prêté ses radios. Et à nouveau, cela a provoqué un déclic : j’avais gagné deux ans, je me suis dit qu’il fallait que j’essaye d’entrer dans la recherche. A la fac de biologie cellulaire où je suivais des cours, un prof qui s’appelait Charles Thibault m’avait à la bonne. Il m’a proposé de venir travailler sous contrat dans son labo de l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), à Jouy-en-Josas (Yvelines). J’y suis entré en 1964, j’étais ravi !

 

Jouy-en-Josas, haut lieu de la reproduction in vitro des mammifères… Qu’y faisiez-vous précisément ?

 

L’idée était de trouver un moyen de multiplier rapidement les vaches de haute qualité laitière. J’ai mis au point une méthode pour extraire des embryons de l’utérus de vaches « donneuses », puis pour les transplanter dans celui de « receveuses » – autrement dit de mères porteuses. Et en 1972, au moment où sont nés les premiers veaux issus de ces techniques, je me suis aperçu que c’était complètement idiot : la surproduction de lait européen provoquait la ruine des éleveurs, et on me payait pour augmenter la production laitière ! Je suis allé voir le directeur de l’INRA pour lui dire que j’étais scandalisé par ce qu’on m’avait fait faire.

 

Votre première colère contre la technoscience…

 

Plus encore qu’être en colère, j’avais honte. Pour les paysans. Et pour la science, qui s’écrivait pour moi avec un grand S. La science, cela se rapprochait de la philosophie, c’était une compréhension du monde. En fait, ce que j’aurais voulu faire, c’est le travail de Jane Goodall, observer les grands singes… C’est

magnifique, ça ! Mais faire faire des petits à des vaches pour avoir plus de lait ? C’était de la technique, pas de la science.

 

 

Comment passez-vous des vaches à Amandine ?

En ayant la chance de rencontrer Emile Papiernik, le patron du service de gynécologie de l’hôpital Antoine-Béclère, à Clamart, qui montait un laboratoire de recherche sur la stérilité. Il m’a proposé de venir travailler avec lui. Cela me permettait de fuir la recherche productiviste ! On était en 1977, et personne ne parlait alors de fécondation in vitro.

 

Et l’année suivante, en Grande-Bretagne, on annonce la naissance de Louise Brown, le premier « bébé-éprouvette »…

 

Et les gynécologues de Béclère, René Frydman au premier chef, me demandent de mettre au point la fécondation in vitro (FIV) chez l’humain, en m’appuyant sur mes connaissances en reproduction animale. J’ai dit oui tout de suite ! Utiliser la FIV pour pallier certaines stérilités, cela me semblait une belle mission. Dans ces années-là, j’ai publié comme jamais dans ma vie, jusqu’à deux articles par mois !

Mais déjà, il commençait à y avoir des tensions entre Frydman et moi. Il essayait de s’approprier le laboratoire comme si j’étais son technicien, ce que je ne supportais pas du tout. Et puis, il y a eu la grossesse d’Amandine. Et l’accouchement, je ne l’ai pas vécu. Je l’ai appris à 3 heures du matin par un coup de fil de Frydman, qui m’annonce que le bébé est sorti, que ça s’est très bien passé et qu’on a une conférence de presse à midi ! C’est comme ça que j’ai appris la naissance d’Amandine.

 

Vous lui en avez beaucoup voulu de ne pas vous avoir associé à cet événement ?

 

Au début, pas tant que ça. Le battage médiatique qui a suivi la naissance d’Amandine nous a transformés – abusivement – en héros. On en rigolait ensemble, on allait dans des congrès à l’autre bout du monde… C’était assez confortable, bien sûr – sortir de la masse, c’est quelque chose qui fait plaisir à tout le monde. Mais en même temps, je trouvais que ce n’était pas mérité. Entre Frydman et moi, les choses ont continué de se dégrader au fil des ans. Nous avions monté un vrai laboratoire hospitalier, avec du bon matériel, mais nous étions de moins en moins souvent d’accord. Frydman voulait qu’on congèle les ovules, moi j’étais contre car, à l’époque, cela créait des anomalies chromosomiques… Nous avions beaucoup d’autres sources de conflits. Jusqu’à ce que j’apprenne, en 1990, que j’étais viré de l’hôpital Béclère.

 

Où en sont, aujourd’hui, vos relations avec René Frydman ?

 

On ne s’est pas reparlé depuis 1990. Mais je vous raconte la dernière ! C’était il y a un an, on s’est retrouvé tous les deux dans un congrès organisé par l’Académie de médecine du Maroc – avion première classe, guide, hôtel magnifique… D’habitude, on ne nous inscrit pas sur les mêmes programmes, mais là, nous y étions tous les deux. Je monte donc dans mon avion, j’étais en avance. La seule place déjà occupée, c’était la mienne : il y avait Frydman dessus ! Et après, on dira que l’acte manqué n’existe pas !

 

Vous vous êtes aussi retrouvés récemment, dans nos colonnes, à l’occasion d’une tribune que vous avez cosignée avec une quarantaine de personnalités contre la gestation pour autrui (GPA). Quand avez-vous commencé à vous inquiéter des retombées de la procréation médicalement assistée (PMA) ?

 

Presque tout de suite après la naissance d’Amandine. J’ai été effaré du bruit qu’a fait cette naissance, je trouvais ça très exagéré. A la même époque, il y avait des recherches sur des souris ou des mouches beaucoup plus importantes ! Nous avions fait du beau boulot, cela nous avait demandé beaucoup de dévouement et un peu de jugeote, d’accord. Mais au niveau de la science, cet événement ne valait rien, d’autant que Robert Edwards l’avait fait quatre ans avant nous avec Louise Brown.

Je me suis donc mis à cogiter. Et j’ai compris que l’événement, c’était de pouvoir voir ce futur bébé neuf mois avant sa naissance. De pouvoir voir à l’intérieur de l’oeuf et d’intervenir au stade le plus précoce, avec la possibilité de modifier ou de trier les enfants à naître. J’ai écrit L’OEuf transparent (Flammarion, « Champs », 1986) pour raconter cela. Pour dire que ce que nous venions de réussir ouvrait la voie à un nouvel eugénisme, consensuel et démocratique.

 

Comme avec les vaches laitières à l’INRA, vous découvriez a posteriori que vous aviez joué à l’apprenti sorcier ?

 

C’est vrai, je me suis fait avoir deux fois de suite. J’avais travaillé pour des femmes dont les trompes étaient bouchées de manière irréversible, j’avais fait de la plomberie, et je n’avais pas réfléchi aux perspectives que cela ouvrait : faire naître des enfants qui non seulement n’ont pas certaines maladies graves, mais qui sont éventuellement choisis parmi plusieurs embryons pour certaines qualités.

Je me suis alors mis à lire des ouvrages sur l’eugénisme. Pas l’eugénisme bête et méchant du nazisme, mais un eugénisme « intelligent » à la Francis Galton, tel qu’il fut promu durant le premier tiers du XXe siècle en Scandinavie et aux Etats-Unis, avec la stérilisation massive d’individus considérés comme déviants… Cela faisait un peu froid dans le dos. Mes craintes n’étaient pas très partagées, beaucoup considéraient comme impossible de réaliser un diagnostic génétique sur un embryon de quelques cellules, mais l’avenir se chargea vite de leur donner tort : le diagnostic préimplantatoire fut mis au point par les Britanniques en 1990, et fut accepté par la première loi française de bioéthique dès 1994 !

 

 

 Nous allons vers une humanité à deux vitesses

 

De chercheur, vous êtes alors devenu lanceur d’alerte…

 

Mais je n’ai pas arrêté la recherche pour autant ! Je l’avais très clairement écrit dans L’OEuf transparent : je voulais continuer à aider les couples fertiles à avoir l’enfant qu’ils ne parvenaient pas à faire tout seuls, mais pas contribuer à faire autre chose que des bébés du hasard. Après 1990, je me suis installé à plein temps dans l’unité de recherche que je dirigeais en plus de ma fonction hospitalière – le bâtiment était situé à 200 mètres de l’hôpital, dans l’impasse menant à la morgue –, où j’ai continué d’étudier les mécanismes fondamentaux de la fécondation.

Mais en parallèle, j’ai mené mon éducation éthique avec des personnes qui m’avaient sollicité : des psychanalystes, des sociologues, des juristes. On a créé un groupe de réflexion, dont est né notamment Le Magasin des enfants (Gallimard, « Folio », 1994), un livre collectif dans lequel nous tentions de dessiner les contours éthiques de la procréation médicalement assistée.

 

Vous avez arrêté la recherche depuis dix ans, mais vous avez continué de réfléchir aux retombées de la science. Dans Rêveries d’un chercheur solidaire (La Ville brûle, 2016), vous écrivez ceci : « Ma dernière paillasse, la paillasse citoyenne, m’a ouvert un chemin de cohérence… » Il vous a conduit où, ce chemin ?

 

A travailler en complicité avec des collègues d’autres disciplines. En 2002, nous avons créé l’association Fondation sciences citoyennes (FSC) – où je suis toujours très actif –, afin d’essayer d’inscrire la science dans des règles démocratiques. Je dis bien « essayer », car lorsqu’on tente de soumettre la science aux règles de l’éthique, on s’aperçoit très vite que, du fait des intérêts financiers et de pouvoir en jeu, ça fuit de partout.

 

Pour définir le « bien commun » hors de toute influence des lobbys, vous prônez la mise en place de conventions de citoyens. N’est-ce pas ce que font actuellement les Etats généraux de la bioéthique avec leurs conférences citoyennes ?

 

Le principe est assez proche, mais les conventions de citoyens que je défends vont beaucoup plus loin. C’est une façon de mettre les gens dans des conditions psychologiques qui les amènent à s’approprier un sujet – un peu comme chez les jurés d’assises –, avec un protocole très précis : formation préalable des citoyens, expertise indépendante de tout conflit d’intérêts, débat contradictoire, etc.

Je suis convaincu par ces conférences depuis que j’ai assisté à l’une d’entre elles, en 2002, sur le changement climatique. De manière générale, je n’ai pas un immense respect pour mon semblable. Mais là, j’ai été frappé de voir comment de simples citoyens, tirés au sort et investis sur plusieurs mois d’une réelle mission, étaient capables du plus haut niveau d’intelligence collective. Et d’altruisme. Et d’empathie. A moi qui suis plutôt pessimiste, cela a confirmé qu’il y a chez tout un chacun un potentiel d’humanité qui est gâché la plupart du temps. C’est une expérience qui m’a réconcilié avec l’homme, et qui propose un vrai projet de société. Je le reconnais, je suis devenu un obsédé des conventions de citoyens !

 

Peut-être aviez-vous besoin d’espérance ?

 

Sans doute. J’ai peut-être trouvé là ma forme de croyance… Mais comme pour le tri des embryons et mes craintes de dérive eugéniste, j’ai peu d’alliés (à l’exception des cathos intégristes, mais pour d’autres raisons : eux estiment qu’on n’a pas le droit de détruire des embryons, alors que ce qui me gêne, c’est celui qui survit et qu’on met dans une case). Ce que je trouve bizarre dans ma trajectoire, c’est que je défends toujours des causes où je me retrouve seul. Comme si je m’entêtais à m’isoler davantage. Mais il faut bien que je croie en quelque chose. En une bataille politique.

 

Votre dernier ouvrage, Au péril de l’humain, dénonce les risques que le transhumanisme fait peser sur notre espèce et sur la démocratie. Une nouvelle cause ?

 

Non, c’est la même ! Le transhumanisme, c’est le nouveau nom de l’eugénisme. C’est l’amélioration de l’espèce par d’autres moyens que la génétique. C’est la perspective de fabriquer de nouveaux humains plus intelligents qui vont vivre trois siècles, quand les autres deviendront des sous-hommes. Et cette perspective, qui créera une humanité à deux vitesses, est en passe d’être acceptée par la société.

 

Propos recueillis par Catherine Vincent

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15 mai 2018 2 15 /05 /mai /2018 05:28

 

Gérard Genette est mort le jour de mes 70 ans. Ça m’a fait quelque chose. J’avais lu tous ses écrits publiés sous forme de livres.

 

En 1982, à l’occasion de la sortie de Palimpsestes, que je considère comme son chef-d’œuvre, nous avions échangé quelques courriers (je résidais en Côte d’Ivoire à l’époque).

 

Á l’origine, un palimpseste est un parchemin qui a déjà servi, dont on a fait disparaître les inscriptions pour y écrire de nouveau. Mais le texte primitif n’est pas totalement ou irrémédiablement effacé, si bien qu’on peut lire l’ancien sous le nouveau. Comme pour les trains, un texte peut toujours en cacher un autre. La thèse du livre de Genette étant que la littérature du monde n’est en fait constituée que par un seul texte, à jamais remanié. Avec des jeux de miroir infinis, comme pour l’Ulysse de Joyce et L’Odyssée d’Homère. « Lira bien qui lira le dernier texte », disait Genette, facétieux comme pas un.

 

Du coup, je m’étais permis de prendre ma plume pour lui expliquer qui était Thomas Bowdler (1754-1825). Médecin de profession, il avait publié The Family Shakespeare, un “ Shakespeare des familles ”, plus particulièrement destiné aux femmes et aux enfants. Il avait ainsi effacé quelques centaines de jurons et autres jeux de mot salaces qui font l’un des charmes de l’œuvre du Barde. Dans 2Henri IV, il avait carrément supprimé une prostituée et il avait laissé entendre que, dans Hamlet, Ophélie ne se suicide pas mais meurt accidentellement.

 

Bowdler avait même osé proposer une version expurgée d’une somme historique en six volumes bien connue, L’histoire de la décadence et de la chute de l’empire romain d’Edward Gibbon. Bowdler est devenu tellement célèbre outre-Manche que « to bowdlerize » signifie expurger, censurer. Sûr que Bowdler aurait bowdlérisé Baudelaire.

 

Bref, je fus très content d’enseigner quelque chose à Genette.

 

Je ne lui appris rien sur Daniele da Volterra, surnommé Il Braghettone (« le faiseur de culottes), ancien élève de Michel-Ange, qui avait recouvert les parties génitales du Jugement dernier. Genette me fit observer qu’ajouter « est une façon subtile de soustraire ».

 

 

 

Gérard Genette
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