Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
3 mars 2013 7 03 /03 /mars /2013 07:09

 

    

 

Pour moi, ce coup-ci, le punctum, c'est la canne à pêche. Pourquoi, voulez-vous savoir ? Je ne suis pas plus obsédé qu'un autre, mais elle me fait penser à un sexe en déturgescence (ce mot n'existe pas vraiment mais je le préfère à détumescence ; j'aime bien aussi utiliser le verbe – qui n'existe pas non plus – déturgescer). D'autant plus que l'on voit d'abord trois hommes mollement penchés en avant, puis un devine un quatrième, dont la jambe droite est posée négligemment sur le parapet, elle aussi en forme de sexe ramolli).


Je sens bien qu'avec cette note je n'ai fait avancer ni la cause de la photographie, ni la connaissance du Paris de l'entre-deux-guerres.

Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans culture
commenter cet article
28 février 2013 4 28 /02 /février /2013 07:07

 

 

 

Pourquoi sont-ils tous là en train de glander ? Le photographe avait un pied, qu'il a posé, sur lequel il a fixé son appareil. Il a dit à tous ces hommes qu'il allait prendre une photo. Peut-être leur a-t-il demandé la permission. Cela a pris du temps. Pourquoi la plupart des personnages posent-ils comme des manches?  Les soldats sont de jeunes recrues qui n'ont certainement pas connu l'enfer des combats. Les trois du premier plan, dont on distingue les visages, ont l'air de gosses insouciants. À part poser, que fait le jeune bourgeois à gauche de l'entrée du métro (station Auteuil, chez les gens de bien) ? Pourquoi le flic pose-t-il ?

Que FONT-ils tous, LÀ ?

 

Sur la droite de la photo, un détail très ironique : une pub pour un jus de fruit, juste au-dessus d'une vespasienne comme on n'en fait plus.

Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans culture
commenter cet article
27 février 2013 3 27 /02 /février /2013 07:00

http://www.regietheatrale.com/index/index/thematiques/auteurs/Roussin/roussin_photos/roussin_fin.jpgGallimard a récemment publié un livre de Françoise Giroud (dont je proposerai une recension dans quelques jours) paru en 1952 : Françoise Giroud vous présente le Tout-Paris. Parmi les personnages consacrés auxquels la future directrice de L’Express se … consacre, on trouve André Roussin.

 

« Je vous parle d’un temps » … Vous connaissez la rengaine. Quand j’étais jeune ado, Roussin avait une cinquantaine d’années. Il était alors un des monuments du théâtre de Boulevard. Quasi intouchable. Sa réputation était parfaitement méritée : c’était un homme de très grand talent, incarnant parfaitement le changement dans la continuité. J’eus le grand bonheur d’assister à une représentation de Bobosse (avec François Périer et Maurice Biraud), une pièce douce-amère, pour finir assez innovante, et qui fut jouée 1 500 fois.

 

Bien sûr, Roussin finit Académicien français. Son prestige, son autorité étaient tels qu’il put aborder des sujets très dérangeants pour l’époque, en particulier pour les spectateurs du théâtre de boulevard : dans Les Œufs de l’autruche, un commerçant conformiste (joué par Pierre Fresnay) finissait par accepter l’homosexualité de son fils (forcément styliste dans la mode). En 1951, Lorsque l’enfant paraît (avec André Luguet et Gaby Morlay) traitait courageusement du thème de l’avortement.

 

Je ne suis nullement un spécialiste de l’œuvre d’André Roussin (y en a-t-il, d’ailleurs ?), mais je me dis que s’il avait suivi la règle édictée par Jean-Paul Sartre selon laquelle un vrai écrivain doit écrire contre lui-même, il nous aurait offert une tout autre œuvre, et d’un tout autre acabit.

 

Françoise Giroud nous dit dans son livre que Roussin écrivait parfois « des vers cruels », pour son fils, mais que personne ne les connaissait. Elle cite ce court poème :

 

   Pour qu’ils soient à l’abri du vent

   Du très grand vent de ce pays

   On fait jouer les enfants en colonie

   Au pied de la Falaise

   Et là on les sait à l’abri

   De temps en temps

   Le vent

   Détache une pierre du rocher

   Qui en tombant

   Écrase de temps en temps

   Quelques enfants

   Mais les survivants

   Ne s’enrhument pas. Leurs parents

   Sont contents

   Ils savent les enfants

   À l’abri du vent.

 

Extraordinaire, non ?

 

 

Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans culture
commenter cet article
21 février 2013 4 21 /02 /février /2013 06:24

Ilse Koch, la femme de Karl, commandant de Buchenwald, était férue d’équitation. Elle aimait se pavaner dans le camp, à cheval. Elle se montrait également dans des tenues provocantes et faisait châtier par son cher Karl les détenus qui avaient osé la regarder. On la surnomma « la chienne, la sorcière, de Buchenwald ».

 

Elle lança la mode des portefeuilles en lambeaux de chair tatouée.

Elle comparut en 1947 devant une juridiction étatsunienne. Comme elle risquait la peine de mort, elle se fit faire un enfant et fut condamnée à perpétuité. Sa peine fut réduite par une commission de révision et elle fut libérée par le général Lucius Clay, gouverneur militaire américain, deux ans plus tard. Remise immédiatement à la justice ouest-allemande, elle fut condamnée à la prison à vie en janvier 1951.

Elle se suicida dans la prison pour femmes de Aichach le 1er septembre 1967.

 

(Tædium vitæ)


http://farm5.static.flickr.com/4096/4869467920_738d99ce2f.jpg

 

 

Arthur Koestler est né hongrois, à Budapest, le 5 septembre 1905. Son père était un inventeur et industriel prospère.

Arthur Koestler étudie en même temps la philosophie et la littérature à l'université de Vienne. Il fait partie de l'association d'étudiants juif Unitas. Il adhère à la cause sioniste révisionniste qui veut créer en Palestine un État juif moderne et démocratique. Koestler est le cofondateur du Betar.

Le 1er avril 1926, il abandonne ses études et part en Palestine comme simple pionnier. Il rejoint le Parti communiste allemand en 1931 qu’il quitte en 1938, suite aux procès de Moscou. Il fait plusieurs séjours en Union soviétiquedurant cette période.

Durant la guerre d’Espagne qu’il couvre comme journaliste, il est emprisonné et condamné à mort par les franquistes, mais est échangé quelque temps plus tard contre un prisonnier espagnol par le gouvernement britannique. De cet épisode naît le livre Un Testament espagnol qui est publié en anglais par l'éditeur Gollancz, celui d’Orwell dont il devient l’ami (et le beau-frère).

En 1940, il publie Darkness at noon, traduit en 1945 sous le titre Le Zéro et l'Infini. Ce livre  décrit l'emprisonnement, le procès et l'exécution d'un haut responsable soviétique.

Dans les débuts de la guerre froide, Arthur Koestler se met au service de la propagande anticommuniste des services de renseignements britanniques. Il est conseiller de l’Information Research Department lors de sa mise en place en 1948 et milite au sein du Congrès pour la liberté de la culture.

Il s'intéresse à la parapsychologie dès les années 1950, et devient membre de la Society for Psychical Research.

En 1979, il fait partie du comité d'honneur de la Nouvelle École, liée à la Nouvelle Droite. Atteint de la maladie de Parkinson et de leucémie, il met fin à ses jours par absorption de barbituriques en 1983, conjointement avec sa troisième épouse Cynthia. Il était devenu en 1981 vice-président d'« Exit (en) ». Son testament prévoyait la création de la chaire de parapsychologie de l'université d'Édimbourg, laquelle fut effectivement inaugurée un an plus tard.

Avant de mourir, il laissa ce message : « Je souhaite que mes amis sachent que je quitte leur compagnie en paix, avec l’espoir timide d’une après-vie dépersonnalisée, au-delà des limites de l’espace, du temps et de la matière, et au-delà des limites de notre compréhension. »

 

(Tædium vitæ)

 

 

http://mondoweiss.net/images/2012/07/Koestler.jpg

 

 

 

Victor Kravtchenko est né le 11 octobre 1905 à Iekaterinoslav et mort le 25 février 1966 à New York. Transfuge soviétique, il fut l'auteur de I chose Freedom, un livre dénonçant le système soviétique, publié à New York en 1946. La traduction française, J'ai choisi la liberté, fut en France un immense succès d'édition et l'occasion d'une polémique politique et d’un procès gagné par l’auteur. Margarete Buber-Neumann, qui avait subi les camps de concentration nazis et staliniens, témoigna en sa faveur.

 

Kravtchenko est né dans une famille de révolutionnaires ; son père a participé à la révolution de 1905 et a fait plusieurs années de prison. À 17 ans, Viktor devient membre des Komsomol. En 1928, il fait son service militaire dans l'Armée rouge. Il adhère au parti communiste en 1929. Kravtchenko est témoin de la famine dans la paysannerie ukrainienne résultant de la collectivisation forcée en Union soviétique.

 

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, il devient commissaire politique avec le grade de capitaine dans l'Armée rouge avant d'être transféré à la Chambre de commerce soviétique à Washington. En 1944, il demande l'asile politiqueaux autorités étatsuniennes. Les Soviétiques réclament son extradition pour trahison, mais il obtient l'asile politique et vit sous un pseudonyme.

 

Après la publication d'une suite à ses Mémoires intitulée J'ai choisi la justice, il se lance dans une croisade pour un nouveau mode de production et part en Bolivie investir sa fortune dans l’organisation de collectivités de paysans pauvres. Ruiné par l'expérience, il retourne à New York et se retire de la vie publique.

 

La mort de Kravtchenko, d'une balle dans la tête dans son appartement à 60 ans, fut considérée à l'époque comme un suicide, mais son fils Andrew affirma qu'il fut assassiné par le KGB.

 

Il avait confié, au moment où il « choisissait la liberté » : « À jamais et dorénavant, ma vie sera creuse et muette et vide, abominablement. »


(Impatienta doloris)

 

http://www.herodote.net/_images/kravchenko.jpg

 


Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans culture
commenter cet article
17 février 2013 7 17 /02 /février /2013 09:59

 

 

Dans son livre sur la photographie (La chambre claire), Roland Barthes développait une théorie extrêmement intéressante, celle du punctum, le point, la piqûre qui attire le regard, qui nous vrille à la photo. Il ne s'agit pas forcément de l'élément le plus important, il ne s'agit pas nécessairement non plus du détail "effet de réel" sur lequel il a théorisé dans le sillage d'Orwell et son unnecessary detail, il s'agit d'un point qui nous accroche et crée une empathie entre nous et la photo.

 

Pour ce qui me concerne, mon regard a été immédiatement attiré par le fer à cheval entre "matières" et "premières". Pour quelles raisons objectives, je n'en sais trop rien. Peut-être parce qu'un de mes oncles, paysan picard, était le maréchal-ferrant de son village et que j'aimais énormément le voir ferrer des chevaux dans les années cinquante (vous allez finir par tout savoir de moi). Ce fer à cheval de la photo a dû me faire superposer inconsciemment l'univers de la rue d'Aboukir en 1913, totalement étranger pour moi, à celui de la paysannerie picarde de mon enfance, donc à me rendre cette rue parisienne plus familière. Pendant une fraction de seconde, selon Barthes, le punctum crée un champ aveugle, un hors-champ qui nous amène directement dans la vie extérieure. Nous sommes présents et co-présents à l'œuvre. Peut-être que le punctum abolit l'ostranenie des structuralistes russes, l'estrangement de Stendhal, la dissociation des sens. On "reconnaît" ce qu'on ne connaît pas.

 

Autre thème fort de La chambre claire : la photographie nous dit tout simplement que le passé a existé, mais que ce qui a été photographié n'existera plus jamais. C'est tout bête, mais c'est vertigineux. C'est pour cela que nous savons que nous sommes mortels.

 

À noter enfin que Barthes n'aimait pas la photographie en couleur car il avait l'impression qu'elle s'interposait entre le sujet et lui.

Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans culture
commenter cet article
16 février 2013 6 16 /02 /février /2013 09:58

 

 

 

Les anciennes Halles de Paris sont pour moi associées à jamais (et un peu bêtement) à l'image suivante. J'avais 12 ou 13 ans, et c'était ma première visite à Paris. Un ami de mes parents m'emmène aux Halles. C'était comme dans les films de fiction des années cinquante : vivant, bruyant, odorant, enivrant, fatiguant pour le gamin d'Hénin-Liétard qui débarquait de sa province. Soudain, mon regard est attiré par une marchande de légumes. Une dame petite et trapue d'une cinquantaine d'années portant un cageot de pommes de terre d'un endroit A à un endroit B. Elle s'arrête soudain de marcher et pisse. Debout, sans relever sa robe. Et elle repart. À part moi, personne n'avait prêté attention à elle. Je ne savais même pas que ça pouvait exister.

 

Bernard, un lecteur fidèle (tous les lecteurs fidèles s'appellent Bernard) évoque une de ses arrière-grands-mères :

 

Mon arrière-grand-mère portait encore de ces culottes fendues destinées, m'assurait-elle, à permettre aux femmes de pisser debout. Les jupes longues et les bottines de l'époque assuraient des mictions discrètes. Ces culottes spéciales ont refleuri éphémèrement entre 60 et 65 sous l'appellation de "panty". Elles n'étaient plus fendues comme les originaux et elles étaient sans doute censées atténuer le choc de la minijupe. 

Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans culture
commenter cet article
15 février 2013 5 15 /02 /février /2013 09:19

http://distusaispourquoi.d.i.pic.centerblog.net/a5vnqtne.gifJe continue ma découverte de la pédagogie moderne dans les classes primaires.

 

J’ai sous les yeux un document concernant les différents types de port. Une photocopie délavée de photo en noir et blanc représente une partie du port du Havre, « port de commerce ». Pourquoi Le Havre, classé 2ème loin derrière Marseille ? Pas gravum, comme disait Jean Yanne. Des termes assez simples illustrent la photo. J’interroge donc un élève de CM2 à qui il a été demandé d’apprendre cette leçon.

 

-       Qu’est-ce qu’un container (et non conteneur, mot français qui date de 1956) ?

-       C’est un contenu !

-       Non, c’est un contenant.

-       Que met-on dans un conteneur ?

-       Regard de merlan frit.

 

J’explique à quoi ressemble un conteneur, car c’est impossible à voir sur la photo, et à quoi ça sert. Le maître n’en a rien dit aux élèves.

 

-       Qu’est-ce qu’un entrepôt ?

-       Regard de merlan frit.

-       Qu’est-ce qu’un hangar ?

-       Merlan frit.

-       Qu’est-ce qu’un pétrolier ?

-       Merlan frit.

 

Comme cela me semble plutôt important, j’explique pourquoi du pétrole arrive au Havre, mais aussi à Marseille, que l’enfant connaît, et pourquoi il y a des usines de transformation du pétrole dans certains ports.

 

La photo suivante représente un port de pêche. Sur la photo, on distingue des chalutiers, légendés par le maître.

 

-       Qu’est-ce qu’un chalutier ?

-       Il y a chalut dans chalutier, non ?

-       Fort bien. Qu’est-ce qu’un chalut ?

-       Merlan frit.

 

Une troisième photo représente La Rochelle en tant que port de plaisance.

 

-       Qu’est-ce qu’un port de plaisance ?

-       Un port qui donne du plaisir.

-       Quel plaisir ?

-       Merlan frit.

 

Vous les tuez, nos gosses. J’ai essayé de faire une note sur la division à deux chiffres. J’ai renoncé, tellement la méthode était compliquée. Soyez concrets ! Il ne revient pas aux parents des enfants de TOUT réexpliquer le samedi, le dimanche, pendant trois, quatre, cinq heures.

 

La semaine prochaine, on leur balancera quoi, à la chair de nos chairs ? Un polycop sur les abattoirs, sur les aéroports ? Il y a une semaine, c'était Gershwin. "Vous chercherez à la maison les dates de naissance et de mort du musicien et vous essayerez de trouver à quel genre appartient “ Rhapsody in Blue ”." Fou, non ? Dans une école où il n'y a pas un seul piano, un seul clavier électronique, un seul guide-chant de nos grands-mères.

 

Au fait, “ Rhapsody in Blue ” est une harmonie. Avec ça, on est bien.

 

Continuez de la sorte, et le sarkozysme est là pour mille ans.

Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans culture
commenter cet article
15 février 2013 5 15 /02 /février /2013 07:12
http://a2.ec-images.myspacecdn.com/profile01/117/cb8a12999ef94bb98035c95e1c0abf52/p.jpgKissinger et Obama (hommes de guerre) ont reçu le prix Nobel de la paix. Léopold Sédar Senghor n’a pas reçu le prix Nobel de littérature au motif, dit-on, qu’il était homme politique et qu’il avait dirigé son pays. Il fut l’un des rarissimes chefs d’État africains à quitter le pouvoir volontairement. En 1901, l’Académie Nobel songe à Zola et à Tolstoï pour son prix, avant de l’attribuer à l’immense Sully Prudhomme. Il ne reste quasiment rien de l’œuvre de ce poète. Peut-être “ Le vase brisé ”, métaphore du cœur brisé. Ça ne part pas trop mal :

 

Le vase où meurt cette verveine


D'un coup d'éventail fut fêlé ;


Le coup dut l'effleurer à peine :


Aucun bruit ne l'a révélé.

 

Mais, au cas où on n’aurait pas compris, Prudhomme nous en remet une bonne couche :

 

Souvent aussi la main qu'on aime,


Effleurant le cœur, le meurtrit ;

Puis le cœur se fend de lui-même,


La fleur de son amour périt ;

 

C’est gentil. Une de ses plus grandes réussites.

 

Senghor s’est consolé en consultant la formidable liste des recalés du Nobel : Conrad, Ibsen, Strindberg, James, Rilke, Valéry, Akhmatova, Proust, Kafka, Musil, Döblin, Joyce, Woolf, Fitzgerald, Orwell, Lorca, Borges, Aragon, Éluard, Cortazar, Pavese, Nabokov, bien d’autres encore.

 

Senghor fut involontairement éloigné du Sénégal de 1939 à 1945. L’exil lui fut pénible (« c’est le temps de partir, d’affronter l’angoisse des gares […] des départs sans main chaude dans ma main »), mais il fut aussi un enrichissement car il nourrit son métissage culturel. Senghor se laissa influencer par Saint-John Perse, dont on a en mémoire l’extraordinaire et fantasmagorique “Exil ” :

 

 

Portes ouvertes sur les sables, portes ouvertes sur l’exil,

Les clés aux gens du phare, et l’astre roué vif sur la pierre du seuil :

Mon hôte, laissez-moi votre maison de verre sur les sables…

L’été de gypse aiguise ses fers de lance dans nos plaies,

J’élis un lieu flagrant et nul comme l’ossuaire des saisons,

Et, sur toutes grèves de ce monde, l’esprit du dieu fumant déserte sa couche d’amiante.

Les spasmes de l’éclair sont pour le ravissement des Princes en Tauride.

 

Je propose dans ce qui suit “ Pour khalam ” (1961). Le khalam est un instrument de musique que Senghor associait pleinement à l’élégie :

 

Ne t'étonne pas mon amie si ma mélodie se fait sombre

Si je délaisse le roseau suave pour le khalam et le tama

Et l'odeur verte des rizières pour le galop grondant des

Tabalas

 

 

POUR KHALAM

 

Tu as gardé longtemps, longtemps entre tes mains le visage

Noir du guerrier

Comme si l’éclairait déjà quelque crépuscule fatal.

 

De la colline, j’ai vu le soleil se coucher dans les baies de

Tes yeux.

Quand reverrai-je mon pays, l’horizon pur de ton visage ?

Quand m’assiérai-je de nouveau à la table de ton sein

Sombre ?

 

Et c’est dans la pénombre le nid des doux propos.

 

Je verrai d’autres cieux et d’autres yeux

Je boirai à la source d’autres bouches plus fraîches que

Citrons

Je dormirai sous le toit d’autres chevelures à l’abri des orages.

Mais chaque année, quand le rhum du Printemps fait flamber

La mémoire

Je regretterai le pays natal et la pluie de tes yeux sur la soif

Des savanes.

 

Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans culture
commenter cet article
12 février 2013 2 12 /02 /février /2013 06:25

http://www.grioo.com/images/rubriques/5/5787.jpgNé à Bordeaux en 1927, David Diop, père de six enfants, est mort dans un accident d’avion en 1960 à l’âge de 33 ans. Ce poète communiste n’a donc laissé à la postérité qu’une quarantaine de poèmes, réunis dans Coups de pilon, publié en 1956 par Présence africaine.

 

Nous sommes avec lui en présence d’une voix tout bonnement extraordinaire. Pour Diop, la poésie était « la fusion harmonieuse du sensible et de l’intelligible, la faculté de réaliser par le son et le sens, par l’image et le rythme, l’union intime du poète avec le monde qui l’entoure. La poésie, langue naturelle de la vie, ne jaillit et ne se renouvelle que par son contact avec le réel. Elle meurt sous les corsets et les impératifs. »

 

Il dénonça très violemment la politique coloniale et son discours :

 

En ce temps-là

À coups de gueule de civilisation

À coups d’eau bénite sur les fronts domestiqués

Les vautours construisaient à l’ombre de leur serre

Le sanglant monument de l’ère tutélaire.

 

Protestant, il s’en prit radicalement à l’Église, suppôt du colonialisme

 

Mais le christ est aujourd’hui dans la maison des voleurs

Et ses bras déploient dans les caves des monastères

Où les prêtres comptent les intérêts des trente deniers l’ombre étendue des vautours.


 

L’exil renforça sa volonté de résister :

 

Et mon sang d’années d’exil

Le sang qu’ils crurent tarir

Dans le cercueil des mots

Retrouve la ferveur qui transperce les brumes.


 

 

Il voulut, mais la mort l’en empêcha, lutter concrètement contre l’ordre injuste :

 

Voici qu’éclate plus haut que ma douleur

Plus pur que le matin où s’éveilla le fauve

Le cri de cent peuples écrasant les tanières

Et mon sang d’années d’exil

Le sang qu’ils crurent tarir dans le cercueil des mots

Retrouve la ferveur qui traverse les brumes (…)

Écoute camarade des siècles d’incendie

Une ardente clameur nègre d’Afrique aux Amériques (…)

Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans culture
commenter cet article
11 février 2013 1 11 /02 /février /2013 06:54

 

 

Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans culture
commenter cet article