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21 mars 2013 4 21 /03 /mars /2013 07:06

http://www.thierryrambaud.com/images/photos/AbdellatifLaabi.jpgAbdellatif Laâbi, né à Fès en 1942, est un traducteur et poète marocain. Il a fondé en 1966 la revue Souffles. Son combat lui vaut d'être emprisonné de 1972 à 1980. Il s'exile en France en 1985. Il reçoit le Prix Goncourt de la Poésie en 2009 et le Grand Prix de la Francophonie de l’Académie française en 2011.

 

Il est professeur de français à Rabat quand ont lieu les massacres du 23 mars 1965 contre des enfants et leurs parents qui manifestent pacifiquement contre une réforme de l'enseignement jugée injuste. Il s’engage dans les rangs du PLS (Parti pour la libération et le socialisme), ancien parti communiste marocain, puis à partir de 1972 dans le mouvement clandestin d'extrême gauche Ila Al mamane.

En janvier 1972, il est arrêté et torturé. En 1973, , il est condamné à dix ans de prison. Il est enfermé à Kenitra.

 

 

Il se surprend à dire :

Mon pays, ce n'est pas une terre ingrate

qu'on transporte à la semelle de ses souliers

Ce n'est pas ce soleil de plomb

indifférent aux râles des emmurés

Ce n'est pas la main de mon père

me prodiguant la bénédiction

Ce n'est pas la tombe de ma mère

conduisant mes pas d'aveugle

au trésor du plus haut silence

Ce n'est pas cette foule

changeant d'allégeance

à la moindre démonstration de force

au moindre feu d'artifice

de la ficelle hideuse d'atavismes

Mon pays est là où la liberté

n'a qu'un seul sens

fer rouge de l'indomptable dignité

 

(L’Écorché vif, 1986)

 


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17 mars 2013 7 17 /03 /mars /2013 10:09

http://www.blup.fr/wp-content/uploads/2007_04_30_virgule.gifSous la plume de la nouvelle directrice du Monde, Natalie (the English way, pas grave, prérogative de ses parents) Nougayrede, je lis ceci :

 

« Mais, ce qu’il faut retenir est l’ampleur de ce bouleversement au Vatican… ».

 

Je vous vois venir, je vous connais comme si je vous avais fait : « que vas-tu nous casser les pieds avec une virgule ? ».

 

On assiste aujourd’hui à deux nouveaux travers langagiers. À l’oral, on escamote les liaisons : « céunbonfilm, « Céungranévénement ». Je l’ai déjà dit, Ali Baddou, de Canal + et agrégé de l’université française, est un grand spécialiste de ce relâchement (link).

 

À l’écrit, il est désormais très tendance de placer une virgule après « mais ». Je ne sais pas du tout d’où vient cette ânerie. « Mais » est une conjonction de coordination (« Mais où est donc Ornicar ? »), un mot-outil qui unit deux phrases, deux sous-phrases, deux éléments de même fonction syntaxique et, le plus souvent, de même nature grammaticale.

 

On ne voit pas très bien au nom de quoi, dans la phrase citée, « mais » et « ce » devraient être séparés par une virgule. On le comprendrait fort bien si la phrase commençait par « pourtant », « cependant », « néanmoins ». Des adverbes.

 

Puisque Natalie Nougayrede connaît très bien la langue anglaise, qu’elle essaye avec « but ».

 

 

PS : Un ami linguiste m'écrit ceci :

 

Sur le fond, je suis entièrement d'accord avec ce que tu dis, il y a cependant bien plus grave en matière de virgule flottante, c'est celle qui abusivement sépare un verbe de son sujet ou de son objet, ça c'est de l'ordre du solécisme, et ce n'est guère explicable par des considérations intonatives qui, à la limite, peuvent expliquer le coup du "mais," : tu imagines une pause suspensive à l'oral, qu'il faut transcrire évidemment par des points de suspension ("Mais......"), dans ce cas-là, la virgule prend le rôle de ces points de suspension que plus grand monde n'utilise à bon escient (et avec Parcimoni :-D). Et ces virgules-là, mes étudiants, même des bons, ne voient en général pas où est le problème quand on leur compte un bon paquet de points-faute dans une version... Le pire, je crois, c'est dans les formes interrogatives, où ça arrive systématiquement une fois sur deux (genre "quel grand chanteur, a épousé Sheila?") et où les gens (adolescents ou adultes) sont intimement persuadés qu'il en faut vraiment une.
Bref, tout fout le camp, mon pauv' monsieur. 

 

 

 

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12 mars 2013 2 12 /03 /mars /2013 07:14

Avant de lire le livre de François de Negroni et de Corinne Moncel (Le Suicidologue), je n’avais jamais entendu parler de l’histoire des noyés de la Bonne société. À bord du bateau La Bonne Société, les négriers se souciaient peu du moral de leur marchandise humaine. Les captifs réussirent à maîtriser leurs gardiens et à s’emparer du navire. Mais le reste de l’équipage parvint à mater la mutinerie. Les esclaves se jetèrent à la mer, enchaînés par dizaines plutôt que de subir la déportation. Un vrai manque à gagner pour les propriétaires.

 

(Substractio)

 

http://archives.monumerique.bordeaux.fr/Endara/06_une_vie_de_souffrance/02_souffrance.jpg

 

  

Il était grand comme trois bites à genoux, mais grâce à sa bonne tête sympathique de gendre idéal, et grâce à son talent, il fut un acteur très populaire dans les années quarante et cinquante. L’Homme des vallées perdues est l’un de ses films les plus connus.

 

Lycéen, il pratiqua le sport à un haut niveau et, n’était-ce une blessure, il aurait représenté son pays aux JO de Los Angeles en 1932 (en plongeon). Un jour, il trouva sa mère agonisante : elle venait d’ingurgiter du poison à fourmis.

 

Vers la fin des années cinquante, il devint moins séduisant et resta petit (ses partenaires féminines étaient toutes plus grandes que lui). Il se mit à boire. À 51 ans, en 1954, il se suicida en avalant des somnifères et une forte dose d’alcool.

 

(Impatienta doloris)

 

http://wildestwesterns.com/wp-content/uploads/2012/04/alan_ladd.jpg

 

 

À l’actif de l’actrice Nicole Ladmiral : un seul film (Le journal d’un curé de campagne de Bresson où elle tenait le rôle d’une jeune fille perverse) en 1948, et deux pièces : Deux sous de violette, de Jean Anhouil, avec Dany Robin en 1951, et Quarante et quatre de Jean Davray, mise en scène par Raymond Rouleau en 1952. On ne lui proposa malheureusement rien d’autre. Elle connut également une grosse déception sentimentale et se jeta sous un métro station Daumesnil le 11 avril 1958. Elle avait 28 ans.

 

(Impatienta doloris)

 

http://i2.listal.com/image/1210233/936full-nicole-ladmiral.jpg

 

 

Paul Lafargue inventa le droit à la paresse. Avec sa femme Laura, fille aînée de Karl Marx, ils avaient fixé la date de leur mort à 70 ans. Né à Cuba en 1842, Lafargue était d’origine amérindienne, bordelaise et juive. Exclu de l’université de Paris pour avoir marqué sa préférence pour le drapeau rouge, il émigre à Londres en 1865. Il se lie à Marx et Engels. En 1866, il est élu au conseil général de l’Internationale. Il participe à la Commune de Paris en 1871. Avec Jules Guesde, il fonde le parti ouvrier en 1880.

 

En 1883, il est incarcéré à la prison Sainte-Pélagie pour propagande révolutionnaire. Il devient député de Lille en 1891 et est à nouveau emprisonné pour « provocation au meurtre » après la fusillade de Fourmies (1er mai 1891) qui avait fait neuf morts et trente-cinq blessés chez les ouvriers (il s’agissait de la première célébration française et internationale de la journée d’action du 1er mai ; huit des ouvriers tués avaient moins de 21 ans).

 

Le couple Lafargue connaît de sérieux problèmes matériels : il ne reste rien de l’héritage d’Engels. À 69 ans, en 1911, il se suicide avec sa femme (66 ans) et laisse cette lettre : « Sain de corps et d'esprit, je me tue avant que l'impitoyable vieillesse qui m'enlève un à un les plaisirs et les joies de l'existence et qui me dépouille de mes forces physiques et intellectuelles ne paralyse mon énergie, ne brise ma volonté et ne fasse de moi une charge à moi et aux autres. » Le couple est enterré au Père-Lachaise, en face du mur des Fédérés.

 

 

(Taedium vitae)

 

http://www.marxists.org/archive/marx/photo/family/images/70jl3.jpg

 

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11 mars 2013 1 11 /03 /mars /2013 07:00

http://bibliobs.nouvelobs.com/files/depestre.jpgLe Haïtien René Depestre aura vécu quarante ans en exil. Il est l’auteur d’une œuvre romanesque et poétique considérable. Son roman Hadriana dans tous mes rêves a été couronné par le Renaudot en 1988.

Après avoir été incarcéré pour des raisons politiques, Depestre quitte son pays pour la France.


Il a 20 ans en 1946 lorsqu’il débarque à Paris, où il séjournera cinq ans. Il rencontre Éluard, Seghers, Aragon, Claude Roy, Cendrars, ainsi que Césaire, Senghor, Damas, A. Diop, E. Glissant, autour de la revue Présence Africaine. Il pense alors que poésie et politique peuvent se nourrir l’une de l’autre, avant de changer d’avis. En 1951, il est expulsé de France à cause de son combat contre le colonialisme. Suivent des années d’exil, « d’une rive à l’autre de la guerre froide ». Il résidera à Prague ; puis à Cuba, dont on l’expulse ; au Chili avec Neruda ; en URSS, en Argentine, puis au Brésil.

 

 À Cuba, il était devenu un proche de Castro et de Guevarra avant de rompre avec eux au début des années soixante-dix. Lorsqu’il quitte Cuba, il écrit ce “ Bulletin de santé ” :

 

Voici l’âge mûr du pin d’Alep

et du mimosa japonais : c’est le temps

de jeter un pont entre le passé cubain

et la neuve rumeur du vent dans mon esprit.

Le temps d’éparpiller à la mer caraïbe

les cendres des croyances avilies du siècle.

 

 

Il s’est installé à Lézignan dans les années 1980.

 

À l’occasion du “ Printemps des poètes ” en 2011, il écrit ces quelques vers :

 

Le plomb que le cerisier

met aux ailes de la barbarie

promet à ma poésie

de sortir la nuit sans escorte.

 

Dans le temps du cerisier

mon malheur d'haïtien

observe un silence d'océan.

La chance de mon destin

c'est d'avoir pu voyager en beauté

à dos de cerisier en fleurs.

 

Extrait d'En état de poésie (1980), je propose “ Le dernier de gré de l’exil ” :

 

Haïtien errant je déchire

Les larmes aux yeux de ma carte

D’éternel résident temporaire.

De nouveau d’ouest en est

A petits pas de chiens fidèle

Ma vie essaye de rattraper

Ses racines de poète assiégé.

Voyageur aux bagages remplis

de tendresse et de dérision

je vais manger la fleur bleue

le lotus qui change le pays natal

en un simple consigne d’aéroport.

Dans mon Ithaque des tropiques

Pénélope n’attend plus mes globules rouges:

chaque soir avec son corps elle refait

le joyeux travail du soir précédant.

 

 

 

 


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8 mars 2013 5 08 /03 /mars /2013 08:43

Un de mes collègues, professeur de psychologie à Toulouse, m'explique ceci :

 

Les religions ont été inventées par des paranoïaques (Jésus, Ron Hubbard), ont été ritualisées par des obessionnels (tous les cadres de toutes les Églises) et s'adressent à des hystériques (je n'ai pas la liste).

 

Vous me direz qu'un psychologue est un peu biaisé. Mais il y a là matière à réflexion.

 

http://spiritlessons.com/Documents/Jesus_Pictures/Jesus_074.jpg

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3 mars 2013 7 03 /03 /mars /2013 07:09

 

    

 

Pour moi, ce coup-ci, le punctum, c'est la canne à pêche. Pourquoi, voulez-vous savoir ? Je ne suis pas plus obsédé qu'un autre, mais elle me fait penser à un sexe en déturgescence (ce mot n'existe pas vraiment mais je le préfère à détumescence ; j'aime bien aussi utiliser le verbe – qui n'existe pas non plus – déturgescer). D'autant plus que l'on voit d'abord trois hommes mollement penchés en avant, puis un devine un quatrième, dont la jambe droite est posée négligemment sur le parapet, elle aussi en forme de sexe ramolli).


Je sens bien qu'avec cette note je n'ai fait avancer ni la cause de la photographie, ni la connaissance du Paris de l'entre-deux-guerres.

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28 février 2013 4 28 /02 /février /2013 07:07

 

 

 

Pourquoi sont-ils tous là en train de glander ? Le photographe avait un pied, qu'il a posé, sur lequel il a fixé son appareil. Il a dit à tous ces hommes qu'il allait prendre une photo. Peut-être leur a-t-il demandé la permission. Cela a pris du temps. Pourquoi la plupart des personnages posent-ils comme des manches?  Les soldats sont de jeunes recrues qui n'ont certainement pas connu l'enfer des combats. Les trois du premier plan, dont on distingue les visages, ont l'air de gosses insouciants. À part poser, que fait le jeune bourgeois à gauche de l'entrée du métro (station Auteuil, chez les gens de bien) ? Pourquoi le flic pose-t-il ?

Que FONT-ils tous, LÀ ?

 

Sur la droite de la photo, un détail très ironique : une pub pour un jus de fruit, juste au-dessus d'une vespasienne comme on n'en fait plus.

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27 février 2013 3 27 /02 /février /2013 07:00

http://www.regietheatrale.com/index/index/thematiques/auteurs/Roussin/roussin_photos/roussin_fin.jpgGallimard a récemment publié un livre de Françoise Giroud (dont je proposerai une recension dans quelques jours) paru en 1952 : Françoise Giroud vous présente le Tout-Paris. Parmi les personnages consacrés auxquels la future directrice de L’Express se … consacre, on trouve André Roussin.

 

« Je vous parle d’un temps » … Vous connaissez la rengaine. Quand j’étais jeune ado, Roussin avait une cinquantaine d’années. Il était alors un des monuments du théâtre de Boulevard. Quasi intouchable. Sa réputation était parfaitement méritée : c’était un homme de très grand talent, incarnant parfaitement le changement dans la continuité. J’eus le grand bonheur d’assister à une représentation de Bobosse (avec François Périer et Maurice Biraud), une pièce douce-amère, pour finir assez innovante, et qui fut jouée 1 500 fois.

 

Bien sûr, Roussin finit Académicien français. Son prestige, son autorité étaient tels qu’il put aborder des sujets très dérangeants pour l’époque, en particulier pour les spectateurs du théâtre de boulevard : dans Les Œufs de l’autruche, un commerçant conformiste (joué par Pierre Fresnay) finissait par accepter l’homosexualité de son fils (forcément styliste dans la mode). En 1951, Lorsque l’enfant paraît (avec André Luguet et Gaby Morlay) traitait courageusement du thème de l’avortement.

 

Je ne suis nullement un spécialiste de l’œuvre d’André Roussin (y en a-t-il, d’ailleurs ?), mais je me dis que s’il avait suivi la règle édictée par Jean-Paul Sartre selon laquelle un vrai écrivain doit écrire contre lui-même, il nous aurait offert une tout autre œuvre, et d’un tout autre acabit.

 

Françoise Giroud nous dit dans son livre que Roussin écrivait parfois « des vers cruels », pour son fils, mais que personne ne les connaissait. Elle cite ce court poème :

 

   Pour qu’ils soient à l’abri du vent

   Du très grand vent de ce pays

   On fait jouer les enfants en colonie

   Au pied de la Falaise

   Et là on les sait à l’abri

   De temps en temps

   Le vent

   Détache une pierre du rocher

   Qui en tombant

   Écrase de temps en temps

   Quelques enfants

   Mais les survivants

   Ne s’enrhument pas. Leurs parents

   Sont contents

   Ils savent les enfants

   À l’abri du vent.

 

Extraordinaire, non ?

 

 

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21 février 2013 4 21 /02 /février /2013 06:24

Ilse Koch, la femme de Karl, commandant de Buchenwald, était férue d’équitation. Elle aimait se pavaner dans le camp, à cheval. Elle se montrait également dans des tenues provocantes et faisait châtier par son cher Karl les détenus qui avaient osé la regarder. On la surnomma « la chienne, la sorcière, de Buchenwald ».

 

Elle lança la mode des portefeuilles en lambeaux de chair tatouée.

Elle comparut en 1947 devant une juridiction étatsunienne. Comme elle risquait la peine de mort, elle se fit faire un enfant et fut condamnée à perpétuité. Sa peine fut réduite par une commission de révision et elle fut libérée par le général Lucius Clay, gouverneur militaire américain, deux ans plus tard. Remise immédiatement à la justice ouest-allemande, elle fut condamnée à la prison à vie en janvier 1951.

Elle se suicida dans la prison pour femmes de Aichach le 1er septembre 1967.

 

(Tædium vitæ)


http://farm5.static.flickr.com/4096/4869467920_738d99ce2f.jpg

 

 

Arthur Koestler est né hongrois, à Budapest, le 5 septembre 1905. Son père était un inventeur et industriel prospère.

Arthur Koestler étudie en même temps la philosophie et la littérature à l'université de Vienne. Il fait partie de l'association d'étudiants juif Unitas. Il adhère à la cause sioniste révisionniste qui veut créer en Palestine un État juif moderne et démocratique. Koestler est le cofondateur du Betar.

Le 1er avril 1926, il abandonne ses études et part en Palestine comme simple pionnier. Il rejoint le Parti communiste allemand en 1931 qu’il quitte en 1938, suite aux procès de Moscou. Il fait plusieurs séjours en Union soviétiquedurant cette période.

Durant la guerre d’Espagne qu’il couvre comme journaliste, il est emprisonné et condamné à mort par les franquistes, mais est échangé quelque temps plus tard contre un prisonnier espagnol par le gouvernement britannique. De cet épisode naît le livre Un Testament espagnol qui est publié en anglais par l'éditeur Gollancz, celui d’Orwell dont il devient l’ami (et le beau-frère).

En 1940, il publie Darkness at noon, traduit en 1945 sous le titre Le Zéro et l'Infini. Ce livre  décrit l'emprisonnement, le procès et l'exécution d'un haut responsable soviétique.

Dans les débuts de la guerre froide, Arthur Koestler se met au service de la propagande anticommuniste des services de renseignements britanniques. Il est conseiller de l’Information Research Department lors de sa mise en place en 1948 et milite au sein du Congrès pour la liberté de la culture.

Il s'intéresse à la parapsychologie dès les années 1950, et devient membre de la Society for Psychical Research.

En 1979, il fait partie du comité d'honneur de la Nouvelle École, liée à la Nouvelle Droite. Atteint de la maladie de Parkinson et de leucémie, il met fin à ses jours par absorption de barbituriques en 1983, conjointement avec sa troisième épouse Cynthia. Il était devenu en 1981 vice-président d'« Exit (en) ». Son testament prévoyait la création de la chaire de parapsychologie de l'université d'Édimbourg, laquelle fut effectivement inaugurée un an plus tard.

Avant de mourir, il laissa ce message : « Je souhaite que mes amis sachent que je quitte leur compagnie en paix, avec l’espoir timide d’une après-vie dépersonnalisée, au-delà des limites de l’espace, du temps et de la matière, et au-delà des limites de notre compréhension. »

 

(Tædium vitæ)

 

 

http://mondoweiss.net/images/2012/07/Koestler.jpg

 

 

 

Victor Kravtchenko est né le 11 octobre 1905 à Iekaterinoslav et mort le 25 février 1966 à New York. Transfuge soviétique, il fut l'auteur de I chose Freedom, un livre dénonçant le système soviétique, publié à New York en 1946. La traduction française, J'ai choisi la liberté, fut en France un immense succès d'édition et l'occasion d'une polémique politique et d’un procès gagné par l’auteur. Margarete Buber-Neumann, qui avait subi les camps de concentration nazis et staliniens, témoigna en sa faveur.

 

Kravtchenko est né dans une famille de révolutionnaires ; son père a participé à la révolution de 1905 et a fait plusieurs années de prison. À 17 ans, Viktor devient membre des Komsomol. En 1928, il fait son service militaire dans l'Armée rouge. Il adhère au parti communiste en 1929. Kravtchenko est témoin de la famine dans la paysannerie ukrainienne résultant de la collectivisation forcée en Union soviétique.

 

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, il devient commissaire politique avec le grade de capitaine dans l'Armée rouge avant d'être transféré à la Chambre de commerce soviétique à Washington. En 1944, il demande l'asile politiqueaux autorités étatsuniennes. Les Soviétiques réclament son extradition pour trahison, mais il obtient l'asile politique et vit sous un pseudonyme.

 

Après la publication d'une suite à ses Mémoires intitulée J'ai choisi la justice, il se lance dans une croisade pour un nouveau mode de production et part en Bolivie investir sa fortune dans l’organisation de collectivités de paysans pauvres. Ruiné par l'expérience, il retourne à New York et se retire de la vie publique.

 

La mort de Kravtchenko, d'une balle dans la tête dans son appartement à 60 ans, fut considérée à l'époque comme un suicide, mais son fils Andrew affirma qu'il fut assassiné par le KGB.

 

Il avait confié, au moment où il « choisissait la liberté » : « À jamais et dorénavant, ma vie sera creuse et muette et vide, abominablement. »


(Impatienta doloris)

 

http://www.herodote.net/_images/kravchenko.jpg

 


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17 février 2013 7 17 /02 /février /2013 09:59

 

 

Dans son livre sur la photographie (La chambre claire), Roland Barthes développait une théorie extrêmement intéressante, celle du punctum, le point, la piqûre qui attire le regard, qui nous vrille à la photo. Il ne s'agit pas forcément de l'élément le plus important, il ne s'agit pas nécessairement non plus du détail "effet de réel" sur lequel il a théorisé dans le sillage d'Orwell et son unnecessary detail, il s'agit d'un point qui nous accroche et crée une empathie entre nous et la photo.

 

Pour ce qui me concerne, mon regard a été immédiatement attiré par le fer à cheval entre "matières" et "premières". Pour quelles raisons objectives, je n'en sais trop rien. Peut-être parce qu'un de mes oncles, paysan picard, était le maréchal-ferrant de son village et que j'aimais énormément le voir ferrer des chevaux dans les années cinquante (vous allez finir par tout savoir de moi). Ce fer à cheval de la photo a dû me faire superposer inconsciemment l'univers de la rue d'Aboukir en 1913, totalement étranger pour moi, à celui de la paysannerie picarde de mon enfance, donc à me rendre cette rue parisienne plus familière. Pendant une fraction de seconde, selon Barthes, le punctum crée un champ aveugle, un hors-champ qui nous amène directement dans la vie extérieure. Nous sommes présents et co-présents à l'œuvre. Peut-être que le punctum abolit l'ostranenie des structuralistes russes, l'estrangement de Stendhal, la dissociation des sens. On "reconnaît" ce qu'on ne connaît pas.

 

Autre thème fort de La chambre claire : la photographie nous dit tout simplement que le passé a existé, mais que ce qui a été photographié n'existera plus jamais. C'est tout bête, mais c'est vertigineux. C'est pour cela que nous savons que nous sommes mortels.

 

À noter enfin que Barthes n'aimait pas la photographie en couleur car il avait l'impression qu'elle s'interposait entre le sujet et lui.

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