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16 juin 2015 2 16 /06 /juin /2015 06:05

On connaît cette célèbre définition anglaise : « Football is a gentleman's game played by ruffians, and rugby is a ruffian's game played by gentlemen. » (Le football est un sport de gentilshommes joués par des voyous tandis que le rugby est un sport de voyous joués par des gentilshommes). Le sport ne sera plus traversé par la lutte des classes lorsque les poules auront des dents.

 

Le rugby à XIII est né dans le nord de l’Angleterre en 1895 d'une sécession au sein de la Rugby Football Union. Le nœud du problème était la compensation des heures de travail perdues par les joueurs, la plupart de condition ouvrière (entraînements, matchs, transport ferroviaire), ce que les clubs du sud du pays refusaient. Vingt clubs du Yorkshire et du Lancashire décident alors de payer le manque à gagner (six shillings) à leurs joueurs. Ils créent une fédération autonome, la Northern Rugby Football Union (qui deviendra en 1922 la Rugby Football League). Les joueurs sont donc désormais “ professionnels ”.

 

Issu d’une mouvance de gauche (en France comme en Angleterre), le rugby à XIII est interdit par le régime de Vichy le 19 décembre 1941. Pétain, qui signe le décret en personne veut marquer sa volonté d'éradiquer le professionnalisme dans le sport français, comme c’est le cas dans l’Allemagne nazie. Dès le 22 août 1940, Jean Ybarnegaray, président-fondateur de la Fédération française et internationale de Pelote basque, secrétaire d'État à la Jeunesse et à la Famille et député du Parti social français du colonel de la Roque, avait prévenu : « Le sort du rugby à XIII est clair, il a vécu [et sera] rayé purement et simplement du sport français. »

 

En 1942, le ministre des sports Joseph Pascot (ancien international de rugby à XV et proche de René de Chambrun, le gendre de Laval) explique que sa politique est de contrôler et de diriger la jeunesse et de « mettre au pas » le monde du sport.

 

À la Libération, le rugby à XIII relance son championnat et obtient en 1946 une existence officielle à condition de s'appeler “ jeu à XIII ”. Ce changement d'appellation a des conséquences matérielles sérieuses puisque, selon une ordonnance du 7 octobre 1943 prise par le Général De gaulle, les associations supprimées retrouveront leurs biens et droits à la Libération. En raison du changement d'appellation, le rugby à XIII ne retrouvera jamais ses biens, ses stades et son argent qui reviendront en grande partie à des clubs de rugby à XV.

 

Au bout de huit années d'une procédure lancée en 1985 par Jacques Soppelsa, président de la Fédération française de jeu à XIII, la discipline retrouve son appellation « rugby à XIII » par un arrêt de la Cour de cassation du 4 juin 1993. Lorsque la procédure avait été lancée, Bernard Lapasset, président de la Fédération française de rugby à XV, avait déclaré : « Je dis simplement ceci, et c'est un avertissement gratuit : nous ne nous laisserons pas faire ! [...] je ne veux pas la guerre, mais je vous le dis, Messieurs, que s'il faut la faire, nous la ferons totale ! Et tant pis si nous abattons la Fédération de jeu à XIII ».

 

Lorsque Jean Zay fut accueilli au Panthéon, c’est un authentique défenseur du Rugby à XIII qui fut honoré. Comme ministre de l'Education nationale de 1936 à 1939, il avait pris la défense de ce sport. C'est certainement le déclenchement de la guerre qui empêcha Jean Zay de faire reconnaître le rugby à XIII comme une discipline à part entière. Et c’est cette absence de reconnaissance qui permettra sa suppression par décret.

 

 

 

Avec la disparition de Léo Lagrange (tué sur le front en juin 1940) et de Jean Zay (assassiné par la Milice en juin 1944), le Rugby à XIII perdit ses deux meilleurs défenseurs.

 

À part Marie-Georges Buffet en mai 2000 (Ministre Jeunesse et Sport), nul ministre n'a, depuis des dizaines d'années, assisté à une finale treiziste (championnat ou coupe lord Derby). La ministre communiste avait mis sur pied une commission afin de rétablir le rugby à XIII dans ses droits. Son successeur de droite, Jean-François Lamour, enterra cette commission

 

Signalons enfin qu'aucun membre des équipes de France de Rugby à XIII (excepté Puig Aubert) n'a été, fait titulaire de la Légion d'Honneur.

 

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15 juin 2015 1 15 /06 /juin /2015 05:22

Il y a de par le monde, des routes qui tuent. Littéralement. Elle sont situées dans des endroits insensés et rien n'est fait pour protéger celles et ceux qui les empruntent. Il faut y voir, généralement, un mépris pour les gens du commun dans le mesure où des investissements souvent peu coûteux permettraient de sauver des vies.

 

Un premier exemple avec cette route chinoise de la province du Hanan. Elle est située à 120 mètres au-dessus d'un village de 300 habitants. L'endroit est très touristiques, et les touristes vraiment courageux.

Des routes qui tuent

Les Boliviens l'appellent la Route de mort. Elle relie La Paz à Coroico. Point de touristes mais des emprunteurs obligés. On compte entre 200 et 300 morts par an.

Des routes qui tuent

Des centaines de conducteurs meurent chaque année sur cette route qui relie le Sichuan (80 millions d'habitants, tout de même) au Tibet. Les conditions climatiques sont souvent épouvantables et les conducteurs subissent régulièrement des avalanches et des glissements de terrain.

Des routes qui tuent

Enfin, une petite dernière que je connais personnellement : le col du Stelvio. Le plus mythique des Alpes italiennes. À mi-chemin entre Venise et Innsbruck, à la frontière entre l'Empire austro-hongrois et le royaume d'Italie, on ne sait jamais trop si on est en Italie ou en Autriche. Je connais par cœur les 60 virages de ses 28 kilomètres d'ascension à 7%. Seul l'Iseran est plus élevé en Europe.

 

C'est le col de Fausto Coppi. Il y passa en tête devant Koblet, en 1953, pour la première escalade.

 

Quand on descend le Stelvio en voiture, on a intérêt à bien agripper la poignée de la porte. Ça vire. Mais quand on le monte à vélo, chaque 5 à 10 mètres de chaque épingle à cheveux offre un répit.

 

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20 mai 2015 3 20 /05 /mai /2015 05:27

Né en 1937, John Kennedy Toole est l’auteur d’une œuvre très originale, refusée par de nombreux éditeurs : La conjuration des imbéciles (A Confederacy of Dunces), non publiée de son vivant. Accablé parce qu’il ne parvenait pas à faire publier son livre, Toole se suicidera en 1969 à l’âge de 31 ans.

 

Dès sa publication (par un petit éditeur courageux), le livre connaît un succès phénoménal (il sera vendu à 1,5 million d’exemplaires, traduit dans 18 langues et sera couronné par le prix Pulitzer en 198)1. Heureusement peut-être, les tentatives d’adaptation au théâtre ou au cinéma échoueront toutes.

 

L’action se situe à la Nouvelle-Orléans. Le personnage principal est un étudiant en littérature médiévale, franchement parano et qui hait son époque. Il démolit tous les archétypes des Etats-Unis des années 60.

 

Le 26 mars 1969, Toole se gare sur une petite route déserte du Mississipi, s’enferme dans sa voiture et meurt empoisonné par les gaz d’échappement.

 

(Impatienta doloris)

 

 

 

 

Autre “ fou ” génial : Georg Trakl. Il naquit à Salzbourg en 1887. Avant de se suicider à 27 ans, il aura rédigé l’une des œuvres poétiques majeures du XXe siècle. La drogue, la folie, l’amour incestueux – partagé – pour sa sœur, son obsession d’une fuite vers Bornéo, le sentiment que la mort « entre à pas pourissants dans sa maison », n’empêche pas de ressentir un effroit devant la Première Guerre mondiale. Il se rate une première fois d’un coup de révolver et est interné à l’hôpital de Cracovie. Il pense qu’il va être fusillé à cause de cette tentative, et, ne voulant pas retourner vers l’horreur de la guerre (il avait été mobilisé dans les services de santé), il ingurgite une dose mortelle de cocaïne.

 

Le monde poétique de Trakl est un monde de silence, d’obscurité, de clair-obscur, où le noir peut trancher avec le rouge. C'est un monde obsessionnel où des animaux, des personnages, des paysages reviennent sans arrêt. Sa poésie est hautement symbolique, expressionniste. Le brun est associé à la nature, le blanc à la mort.

 

(Impatienta doloris/subtractio).

 

 

 

 

 

 

Autre poétesse majeure : Marina Tsvetaïeva. Elle naît en 1892 dans une famille russe aisée. Sa vie sentimentale ne sera pas des plus simples. Elle épouse un officier tsariste qui deviendra membre du NKVD avant d’être fusillé en 1941. Cela ne l’empêchera pas d’avoir des relations avec d’autres hommes (comme Ossip Mandelstam), ou des femmes (la poétesse Sophia Parnok). Après la Révolution d’Octobre, une de ses deux filles mourra de faim dans un orphelinat, où ses parents l’avaient placée… pour qu’elle ait à manger.

 

Marina va passer vingt ans en exil à Paris et à Prague. Elle entretiendra une correspondance croisée nourrie  avec Rilke et Pasternak.

 

Elle rentre en Union soviétique en 1939. Sa sœur a été arrêtée. Elle est ostracisée par le pouvoir et par l’Union des écrivains soviétiques. Après l’exécution de son mari, elle est exilée en république de Tatarie. Elle se pend le 31 août 1941 à un crochet d’une porte de hangar. Elle sera réhabilitée en 1955.

 

Malgré les vicissitudes de sa vie, Tsvetaïva  put produire une œuvre très abondante.

 

Je connais la vérité – abandonnez toutes les autres vérités !


Il n'y a plus besoin pour personne sur terre de lutter.


Regardez – c'est le soir, regardez, il fait presque nuit :


de quoi parlez-vous, de poètes, d'amants, de généraux ?



Le vent s'est calmé, la terre est humide de rosée,


la tempête d'étoiles dans le ciel va s'arrêter.


Et bientôt chacun d'entre nous va dormir sous la terre,

nous
 qui n'avons jamais laissé les autres dormir dessus.

 

En novembre 2013, le Conseil de Paris a décidé lui rend hommage en donnant son nom à la bibliothèque Glacière dans le 13e arrondissement de Paris.

 

Six de ses poèmes ont été mis en musique par Chostakovitch en 1973.

 

Le chanteur français Dominique A lui a dédié une chanson, intitulée “ Marina Tsvetaïva .

 

(Impatienta doloris).

 

 

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16 mai 2015 6 16 /05 /mai /2015 05:08

Quand j’étais gosse et que je regardais des films de fiction mettant en scène des résistants, j’étais frappé par un contraste, à la réflexion, inouï : des hommes et des femmes écoutaient, dans des conditions de danger gravissimes, des messages radio en provenance de Londres au contenu totalement drolatique. Il y avait un côté enfantin, potache dans l’élaboration et la réception de ces messages. Comme si on devait rire de tout mais pas avec n’importe qui.

 

J’ai retrouvé un florilège de ces messages au Centre d'histoire de la Résistance et de la Déportation de Lyon.

Ici Londres …
Ici Londres …
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11 mai 2015 1 11 /05 /mai /2015 05:43

Ma naissance, par une fin d’après-midi qui vit un orage se déchaîner et ma mère se libérer d’un prématuré de 7 mois qui pesait moins de 2 kilos. Cela se passa à Hénin-Liétard, dans une école primaire dont le directeur était mon grand-père. Après-guerre, dans le nord de la France, on se logeait comme on pouvait. Quelques mois après cet heureux événement, mes parents purent louer une petite maison de mineur de deux pièces, dans un coron, juste en face de la cokerie de Drocourt. Les draps blancs qu’ils faisaient sécher jaunissaient en une heure. Heureusement, une de mes arrière-grands-mères m’oxygénait dans mon landau dans le bien nommé Bois-Bernard.

 

J’ai repensé à cela en tombant sur un calendrier canadien, donc légèrement nord-américano-centré, qui recense un grand nombre des événements de l’histoire de l’humanité. Dont ceux qui se sont déroulés un 11 mai.

 

En l’an 330 naît la ville de Constantinople. Du nom de l’empereur Constantin qui veut en faire la nouvelle Rome. À noter que Constantin fait construire un hyppodrome pouvant accueillir 50 000 personnes. En 1953, le groupe des Four Lads enregistre “ Istambul  not Constantinople ”. Succès planétaire.

 

Istanbul was Constantinople

Now it's Istanbul, not Constantinople

Been a long time gone, Constantinople

Now it's Turkish delight on a moonlit night

 

 La version française dit exactement le contraire de la version en anglais (“ Istanboul c'est constantinople, Istanboul ce n'est plus l'Europe"). C’était au temps où l’on adaptait, où l’on traduisait les succès en anglais, ou en d’autres langues.

 

 

Le 11 mai 868, est imprimé le premier livre. C’est une édition par un procédé de gravure sur bois du "Sutra de diamant". Pourquoi, dans nos écoles communales, s’obstinait-on à nous à nous persuader que Gutemberg avait inventé l’imprimerie, je ne sais.

Que s’est-il passé un 11 mai ?

Le 11 mai 1745, les Français remportent la bataille de Fontenoy (dans l’actuelle Belgique). 45 000 hommes et 65 canons l’emportent sur 80 000 hommes et 80 canons. Ah mais … Le duc de Cumberland, chef de la coalition anglo-hollandaise, avait prévenu : « J'irai à Paris ou je mangerai mes bottes. » Déjà la nourriture anglaise …

 

 

Le 11 mai 1872, meurt le Premier ministre anglais Spencer Perceval. Il est le seul Premier ministre du pays à être mort assassiné. Bénéficia-t-il d’une prime pour accident du travail ? Il fut tué alors qu’il traversait le Palais de Westminster pour se rendre à un débat à la Chambre des Communes. Son assassin fut jugé et pendu sept jours plus tard.

 

 

Le 11 mai 1881 naît le physicien hongrois Theodore von Karman. Il fut un des concepteurs du premier avion supersonique, le Bell X-1.

 

 

Le 11 mai 1904 voit la naissance de Salvador Dali. Il est mondialement connu et reconnu à l’âge de 28 ans. À quarante ans, il est toujours aussi génial, mais avec sa femme, il fait tant de commerce (à défaut de faire l'amour) que Breton le surnomme “ Avida Dollars ”. À 76 ans, il est atteint par la maladie de Parkinson. Il meurt à 84 ans. Sa fortune est pillée. Il considérait que les mouches étaient « les fées de la Méditerranée ».

 

 

Jacqueline Cochran est née le 11 mai 1906 en Floride. Elle est la première femme à réussir un atterrissage sans visibilité et à franchir le mur du son en 1953.

 

 

Le 11 mai 1914, la fête des Mères est célébrée pour la première fois. Elle a pour origine les États-Unis. C'est à Anna Jarvis (1864-1948), originaire de Grafton en Virginie de l'Ouest, dont la mère est morte à Philadelphie le 9 mai 1905, qui la mit en œuvre.

 

 

Le 11 mai 1927, est fondée l'“ Academy of Motion Picture Arts and Sciences ”. L'académie attribue des "Oscar"
aux films, acteurs ... choisis par les membres de l'académie. L’entre-soi. Le trophée représente un chevalier sur un socle, debout sur une bobine de film et tenant une épée dans ses mains gantées.

 

 

Le 11 mai 1942, des sous-marins allemands remontent le Saint-Laurent. Cela n'est en rien le résultat d'un plan établi par la marine allemande : suite à des pannes de machines, un U-boat est entré dans le Golfe du Saint-Laurent afin d'effectuer des réparations et de trouver des cibles faciles.

 

 

Le 11 mai 1946 voit la naissance de Robert Koffler Jarvik, chirurgien étasunien. Il est l'inventeur du premier cœur artificiel implanté à titre permanent.


Que s’est-il passé un 11 mai ?

Le 11 mai 1947, Enzo Ferrari lance son premier prototype dans une course automobile. Jusqu’alors « Il commandatore ” travaillait pour Alfa Romeo.

 

 

Le 11 mai 1960, mort de John Davison Rockefeller Junior. Durant la crise il avait construit le Rockefeller Center, ce qui fit de lui le plus grand propriétaire de bureaux du pays. Il fit don du terrain où fut érigé le siège des Nations Unies. Son père s’appelait John Davison Rockefeller. Ah, la monarchie ! Il avait fait fortune dans le pétrole (Standard Oil).

 

 

Le 11 mai 1960, Les services secrets israéliens enlèvent en Argentine Adolf Eichmann. Il avait été le responsable de la “ solution finale ” appliquée aux Juifs d'Europe. Son exfiltration avait été rendue possible grâce à un moine franciscain et un évèque allemand. Avant cela, il était resté dans la clandestinité pendant cinq ans, en Allemagne et en Italie. Le gouvernement de l’Allemagne fédérale, ainsi que la CIA, connaissaient, dès 1952 (1958 pour la CIA), la localisation et le pseudonyme sous lequel se cachait Eichmann (Ricardo Klement), mais ils ne le révèlent pas pour raison d'État. Il vivait à Buenos Aires, sous le nom de Ricardo Clément, avec sa femme et ses trois fils. Eichmann sera condamné à la pendaison le 11 décembre 1961 et exécuté le 31 mai 1962 après un jugement en appel.

 

 

Le 11 mai 1973, l’acteur Lex Barker meurt à 54 ans. Il avait succédé à Johnny Weissmuller comme dixième Tarzan. Il avait tenu un petit rôle dans La dolce vita en 1960. En Allemagne de l’Ouest, il fut un acteur culte.

 

 

Le 11 mai 1981, Bob Marley meurt d'un cancer au cerveau à l'âge de 36 ans. Par son père, il avait du sang anglais, juif et syrien.

 

 

Le 11 mai 1996, un DC9 s’écrase en Floride : 110 morts. Un incendie avait été causé par le déclenchement d'anciennes cartouches d'oxygène, ayant entraîné un incendie, embarquées illégalement par la société chargée de l'entretien des appareils. Des bouchons sur les 48 cartouches auraient permis d'éviter la catastrophe.

 

 

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5 mai 2015 2 05 /05 /mai /2015 05:33

Deux hommes mondialement connus (autant que les Beatles) figurent sur cette photo datant de 1887.

Un cliché historique

Puisque nous sommes dans les photos rares de célébrités mondiales, quel est l'individu qui se cache à peine à l'arrière-plan de ce cliché ?

Un cliché historique
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3 mai 2015 7 03 /05 /mai /2015 07:57

Pour la dernière fois, les Beatles, si je puis dire, “ came together ”.

Une photo historique
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30 avril 2015 4 30 /04 /avril /2015 05:23

Viktor Tausk (1879-1919) est considéré comme un des fondateurs de la psychanalyse.

 

Il rencontre Lou Andreas-Salomé et entre en contact avec la Société psychanalytique de Vienne. Mobilisé comme médecin militaire, il étudie le phénomène de désertion et diverses psychoses de guerre.

 

Il divorce, épouse une de ses patientes. Selon Paul Roazen, Freud aurait été jaloux de son jeune collègue.

 

Avant de mourir, il écrit à Freud : « mon suicide est l’acte le plus sain et le plus décent de ma vie ratée. Je n’accuse personne. Mon cœur est libre de ressentiments, je meurs seulement un peu plus tôt que je ne l’aurais fait de mort naturelle. »

 

Il poste cette lettre, rentre chez lui, monte sur un tabouret, se passe une corde au cou et se tire une balle dans la tête.

 

Quelques mois plus tard, Freud écrivit à Lou Andreas-Salomé : « Pauvre Tausk ! Je l'aimais bien. (...) S'il a choisi une arme, je pourrais imaginer que cette mort a été la dernière satisfaction d'une volupté invraisemblable, c'est-à-dire à la fois d'un acte de violence et de souffrance. Car c'est là que gisait le problème de Tausk, son danger qui faisait aussi son charme. (...) ». Ouais ...

 

(Furor)

 

 

 

 

Ses articles n’avaient strictement aucun intérêt, mais quand j’étais gosse, chez mes grands-parents qui étaient abonnés à France-Soir, je les lisais tous les jours.

 

Carmen Tessier fut la commère des années soixante, fielleuse mais pas trop (moins que son modèle étasunien Elsa Maxwell), médisante mais avec les manières.

 

Sa prose fut publiée par Gallimard en personne : Le Bottin de la commère, Bibliothèque rosse, Histoire de Marie-Chantal et de beaucoup d’autres.

 

Le 31 juillet 1980, à 69 ans, elle se précipita du neuvième étage de son très bel appartement de Neuilly, emportant dans sa tombe des milliers de secrets essentiels.

 

(Furor)

 

 

Avec Pierre Lazareff

 

 

 

Un de mes écrivains « Mittel Europa » préférés, Ernst Toller est né en 1893 à Sanotchim dans une famille juive. Il s'engage comme volontaire dans l'armée, combat treize mois sur le front de l'ouest, avant de subir un effondrement physique et moral. Son premier drame, Die Wandlung, (Transformation), est inspiré de ces expériences de guerre.

 

Il fonde la Ligue des étudiants pour la paix. Il organise des grèves dans les usines d’armement, devient membre du mouvement spartakiste, est condamné à mort mais ne fait que deux ans de prison. Le gouvernement bavarois offre son pardon à Toller qui le rejette en solidarité avec les autres prisonniers politiques.

 

En 1933, Toller s'exile d'Allemagne et part pour les États-Unis. Ses ouvrages sont censurés par les nazis qui lui retirent la citoyenneté allemande à la fin de l'année. Il s'installe en 1936 à New York où il côtoie Klaus et Erika Mann.

 

Profondément déprimé (sa femme l'a quitté pour un autre homme), à court d’argent (il a donné le sien aux réfugiés de la guerre d’Espagne), il se pend avec la cordelière de sa robe de chambre dans sa chambre de l’hôtel Mayflower, le 22 mai 1939.

 

(Impatientia doloris/jactatio)

 

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13 avril 2015 1 13 /04 /avril /2015 06:10
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Ida, chti, lot-et-garonnaise (un peu comme moi) et savante, elle, me fait passer ces récits lyonnais d'antan. Savoureux.

 

 

 

La facétie lyonnaise


Les profils esquissés dans les quelques contes qui suivent rejoignent la permanence d'évocations qui dépassent largement le simple environnement des canuts : le condamné jovial riant de sa propre mort, l'artisan savetier et le poète, le marchand berné par deux clients plus malins que lui. Quant à la facétie brève, fustigeant à la fois celui qui veut aller plus haut et le voeu stupide, une mort horrible l'illustre parfaitement.

 

Le condamné jovial

 

Il y a trois cents ans, l'emplacement actuel du marché de la Croix-Rousse n'était qu'un vaste champ où venaient paître chèvres et moutons ; parfois, cependant, le décor changeait : les gens de justice y venaient planter une potence, afin de régler proprement les vieux arriérés de quelque tirelaine non repenti ou interrompre les exploits d'un coupe-bourse trop effronté. 


C'est ce qui arriva certain matin de mai, au commencement du XVIIIe siècle. 
Une populace friande de ce spectacle, après avoir escaladé les pentes de la colline, s'était assise sur le gazon, faisant ripaille autour du gibet. 


Puis apparut la charrette des hautes-oeuvres attelée d'un grand mulet noir amenant le condamné, un certain Jehan Grospiron, garçon jovial assis entre le bourreau et la bourrelle, celle-ci fort occupée à savonner la cravate de chanvre dont allait bientôt s'orner le col du mauvais bougre. 


Il faut bien dire que Jehan Grospiron avait entassé méfaits sur méfaits et malgré qu'on lui eût administré la petie et la grande question, les juges n'avaient pu réussir à lui arracher un aveu. 


A la barbe de ses geôliers, il chantait toute la journée, et quand on lui demandait : 
- Grospiron, c'est bien toi qui as assassiné le cabaretier de la rue Mercière ? il répondait : 
- Turlu... tutu... turlurette et lon lon là !... 
- Grospiron, avoue que tu as volé un calice d'agent à l'église d'Ainay. 
- Couci... couça... larirette et larira !

 
Les six pintes d'eau qu'on lui entonna dans la gorge, il les recracha en souriant, et le brodequin le fit à peine pâlir. 


Puis il chanta des refrains si cocasses, il tint des propos si drôles, que ses bourreaux s'avouèrent impuissants à le confesser.


Finalement, on lui fit faire le pélerinage de la Croix-Rousse où déjà les pénitents noirs, qui l'avaient précédé d'une bonne heure, chantaient, en basse profonde, leurs psaumes accoutumés. 


- Voilà, déclara Grospiron en descendant de la voiture, des rigodons à porter le diable en terre. Gens de la cagoule, silence s'il vous plait ! Puis-je parler au prévôt ?

 
Ce dernier s'approcha. 


- N'est-il pas vrai, mon fils, lui demanda le condamné, qu'il est coutume de ne rien refuser à ceux qui vont mourir ? 
Se méfiant de quelque nouvelle fantaisie du mauvais garnement, le prévôt ne se hâtait pas de répondre, quand des centaines de voix crièrent : 
- Oui, oui ! C'est la coutume ! 
- D'autant plus que ce que je désire n'est pas compliqué. 
- S'il ne s'agit pas de t'apporter la lune, ou d'un voyage à la Chine, dit enfin le prévôt, on pourra te satisfaire... 
- Le plus beau des voyages, messire, n'est-ce pas celui que je vais accomplir tout à l'heure ?... A moins que la corde ne casse ! 
- C'est ça, mécréant, grommela la bourrelle, tu vas encore nous porter malchance ! 
- Voici, reprit Grospiron, mon dernier désir : toute ma vie, j'ai chanté ; honte à moi si j'allais pleurer à mon heure dernière ! Donc, prévôt, puis-je chanter encoreun couplet avant de vous tirer la langue ? 
- S'il n'y a que ça pour te faire plaisir... 
- Très bien ! Je chanterai, mais pour ma satisfaction complète, que tout le mondre reprenne en choeur le refrain. 
- Chante donc, par la sandieu ! 


Chacun s'étant tu, Grospiron commença :

 

  • "A la Croix-Rousse dans un grand pré 
    Plus de mille ânes sont rassemblés, 
    Se bousculant, brailli-brayant 
    Hi ! Han ! Hi ! Han ! Hi ! Han ! Hi ! Han !"
  •  
- Pas mal, hein, ma chanson ? Maintenant, au deuxième couplet et que chacun reprenne en choeur : brailli-brayant, Hi ! Han ! Hi ! Han !

  • "Oyez, on va pendre Grospiron 
    Ensuite les ânes s'en iront, 
    Se disputant, brailli, brayant."
  •  
Le condamné leva un bras et tous, bourreau, bourrelle, pénitents, avec la foule, de chanter à la cadence indiquée par la main du condamné, battant la mesure :
  • "Brailli-brayant 
    Hi ! Han ! Hi ! Han ! Hi ! Han ! Hi ! Han !"
  •  
Et quand ce fut fini, le joyeux drille fit signe pour réclamer le silence : 

- Mes bons amis... Grospiron meurt en joie ! s'écria-t-il. A sa dernière heure, il aura entendu braire plus de mille ânes à la fois ! 

Rendue soudain furieuse, la foule voulut l'écharper ; mais déjà, sous une tempête de malédiction, le mauvais garçon se balançait à vingt pieds du sol; tirant la langue aux mécontents.
 
Poète et regrolleur
 

Or, en ce temps-là - m'excusera-t-on d'employer une formule biblique pour conter une historiette qui date tout de même de bien avant la Révolution ? - l'intéressante corporation des "regrolleurs et rapetasseurs de grolles et grollons" de la ville de Lyon, alignait moult échoppes le long de l'étroite rue Grôlée, que nul ne songeait encore à démolir. 


Peu fréquentée par les chaises à porteurs, vu l'aspect et l'odeur qui y régnaient, du matin au soir cette voie retentissait, dans une atmosphère de "pège", des coups de marteau tapant sur le cuir dans la cadence des chansons joyeusement fredonnées par les disciples de Saint-Crépin. 


Parmi ceux-ci, chantait à tue-tête, tout le long du jour, Maître Frambois ; ce qui ne veut pas dire qu'il chantait juste. 


Un matin, vint à passer une façon de gentilhomme fièrement drapé dans sa cape, la main appuyée sur la garde de son épée. Soudain, il s'arrêta, surpris, écoutant le chanteur. Ayant ouï deux couplets et esquissé un geste de mauvaise humeur, le passant pénétra dans l'échoppe de Maître Frambois ; il s'empara d'un tranchet déposé sur une table basse et, sans un mot, coupa et taillada posément une superbe paire de bottes suspendue à la porte. Puis, toujours muet, il s'éloigna. Mais, la première minute de stupeur passée, le "regrolleur" bondit hors de son échoppe avec des cris d'indignation. En quelques enjambées, il rejoignit le gentilhomme qui s'en allait, fier comme un coq, l'arrière du manteau relevé en panache par la pointe du fourreau de son épée. 


Des curieux commençaient à entourer le groupe. 


- Par tes cris, paltoquet, dit le gentilhomme en toisant l'artisan, tu me donnes à comprendre que tu n'es pas satisfait. Eh bien ! Je t'assure que tu as tort. 


- Mes belles bottes, Monseigneur, que vous venez de massacrer, qui me les paiera ? 
- Pas moi, par la sandieu ! Et me laisse aller en paix. 
- Je vous en conjure, Monseigneur... 
- Tu insistes, maraud ! Sais-tu seulement le tort que tu me fis ? Non ? En ce cas, allons devant Messieurs les Echevins, qui te diront ce qu'ils en pensent. 
- Accepté, Monseigneur, allons voir Messieurs les Echevins. 


Et quand on fut devant ces notables, l'homme au tablier de cuir, après avoir simulé le geste de cracher à terre, tout en levant solennellement la main droite, déclara : - Je vous le demande humblement, Messieurs, vous plaît-il de décider si le gentilhomme que voici n'est pas atteint de vapeurs au cerveau : sans cause ni raison, avait-il licence de pénétrer en ma boutique, de d'y saisir d'un tranchet dont il se servit pour lacérer une paire de botte qui faisaient l'orgueil de la corporation ? Lors, ce gentilhomme d'humeur fantasque, ne me doit-il pas réparation du dommage causé ? 


- Messieurs, dit à son tour le gentilhomme, cet artisan vient de vous exposer ses griefs, en oubliant de vous faire connaître la raison qui les a fait naître. 


Et, se tournant vers son adversaire : 


- Cordonnier, dit-il, tu chantais en réparant tes chaussures ? 
- Ouais ! Je chantais ! Par Dieu, oui, je chantais ! Mais où est le mal, quand c'est la coutume ? 
- Il vient de ce que tu chantais... 
- N'est-ce pas mon droit ? Quand je chante, insista Maître Frambois, j'ai le coeur en joie et le travail se fait tout seul. 
- Ce serait, en effet, ton droit, si tu ne le faisais en écorchant les oreilles des passants. Mais, dis à ces Messieurs ce que tu chantais. 

"Prends mon coeur, ô mon Elvyre"

- Voilà où est le mal et cela a une certaine importance pour moi, car je suis l'auteur de cette romance qui se trouve sur tous les clavecins lyonnais. Or, sais-tu bien, bourreau, que quand les "regrolleurs" de la ville s'en seront emparés pour l'estropier ainsi que tu le faisais, les gens bien nés n'en voudront plus entendre parler et le crédit flatteur de talent que l'on m'accorde me sera supprimé ? Par toi, j'ai donc été parfaitement ridicule, de là mon dépit légitime, ma colère et ce qui s'en est suivi. Crois-moi, quand on possède, comme toi, la maîtrise dans le métier de cordonnier et une voix de chien qui hurle à la lune, mieux vaut faire souliers, cothurnes et bottes en silence plutôt que de chanter "Prends mon coeur, ô mon Elvyre"...

 

Messieurs les Echevins, qui avaient écouté la discussion sans l'interrompre, souriaient. 


Le syndic se leva enfin. 


- Poète, dit-il, si mal que le cordonnier ait interprété ta romance, il ne l'a pas détruite. A l'instant, tu vas donc la lui chanter. Cordonnier, sois tout oreille et profite de la leçon afin que s'il arrive à ton adversaire de passer encore devant ta boutique, tes bottes ne courent plus de danger. 


Le poète chanta. 


Ravi, le "regrolleur" l'écouta. 


Messieurs les Echevins à la fin applaudirent. 

Puis, chacun s'en fut à ses occupations. 
Mais en regagnant la rue Grôlée, Maître Frambois soupirait : - Décidément, jamais plus je ne chanterai "Prends mon coeur, ô mon Elvyre", ces bailleurs de chansons sont vraiment trop susceptibles.

 

La pendule

 

Tel le ramier perché au bord de son pigeonnier, Maître Pigeonneau, le patron du Bon Saint-Eloi, de la place de la Boucle, se tenait sur la troisième marche de l'escalier quand, sur le coup de midi, il vit s'arrêter devant lui un carrosse de grande allure. Deux touristes en descendirent, et l'hôtelier de sourire, de saluer, de s'empresser autour d'eux, de les conduire dans le petit salon du premier, réservé ordinairement aux clients de marque. 


Ce brave homme, bien qu'un peu naïf dans le fond, était ce qu'on appelle une fine casserole. 


Ah ! ses deux spécialités ! Le poulet Saint-Clair et l'Escargot à la Lyonnaise ! 


Et ses crus, donc ! 


Enchantés, les deux clients firent un tel honneur aux vins généreux et à la chair exquise qu'on eût dit qu'ils sortaient le matin même de la prison Saint-Paul. 


Quand, vers deux heures, le père Pigeonneau se permit de monter, afin de recevoir les compliments de ses clients, il trouva les deux quidams en admiration devant la pendule de style rococo qui ornait la cheminée du salon. 


- Le beau bibelot ! disait l'un. 
- Admirable ! faisait l'autre. 
- Ah ! ah ! Ces messieurs sont des connaisseurs, à ce que je vois, risqua l'hôtelier flatté, qui avait eu l'année précédente ce ridicule bibelot, estimé soixante francs, dans un partage de succession. 
- Seriez-vous vendeur ? 
- Je ne dis pas non... Peut-être... On pourrait voir... C'est un souvenir de famille, murmurait le père Pigeonneau en se forçant à mentir, un souvenir qui me vient de mon arrière-grand-père, et dame ! j'y tiens, vous comprenez. 
- Evidemment, concéda l'un des clients, ce sentiment vous honore, cher Monsieur, mais en dehors de sa valeur d'ancienneté, cette pendule - pourquoi ne pas vous l'avouer ? - me rappelle le plus agréable souvenir. Figurez-vous que l'année dernière, à Béziers, une pendule semblable à celle-ci me fit gagner un beau billet de mille francs, dans les circonstances que voici : Chez un notaire de mes amis, je tombai en arrêt devant une pendule, je vous l'ai dit, semblable à celle-ci, et dont j'admirai surtout le balancier ciselé. Dans le cours de la conversation que j'eus à son sujet, le notaire m'affirma qu'il pouvait suivre de l'index pendant deux heures le balancier, en répétant à chaque mouvement de va-et-vient : le voici ! le voilà ! - Vous vous moquez ! dis-je. - Du tout ! Je suis très sérieux ! fit-il, et si vous avez mille francs à perdre... - Tenu ! 


Et nous déposâmes les enjeux sur la cheminée. 


Au bout d'une demi-heure le tabellion s'embrouilla, bafouilla et ne put continuer. J'empochai les enjeux. 


- Ah ! par exemple ! s'étonnait le père Pigeonneau, c'est tout à fait curieux ! N'empêche qu'avec moi, cher Monsieur, vous auriez perdu. 
- N'en croyez rien, c'est plus difficile que vous ne pensez. 
- Nom d'un rat ! répéter pendant deux heures le voici, le voilà, en suivant du doigt le balancier ! ah ! laissez-moi rire ! 
Et s'animant : 
- Avez-vous mille francs à perdre ? 
- Je vous dis que vous perdriez ! 
- Je vous tiens le pari. Capon qui s'en dédit ! 
- Si vous y tenez ! Allons ! Topez-là ! fit celui des deux clients qui n'avait encore rien dit. Nous verrons bien si votre langue est mieux pendue que celle d'un notaire. 


A ce moment, deux heures et demie sonnaient. Très excité, le père Pigeonneau s'assit vivement dans un fauteuil, face à la cheminée, le dos à la table et à la porte. "A quatre heures et demie, pensait-il, ému, j'aurai gagné mille francs à cette paire de babians". Et, sans plus attendre, les yeux rivés au balancier de la pendule, battant de l'index la mesure en cadence, il commençait à haute voix : le voici ! le voilà ! le voici ! le voilà ! 


Monotone, ce dialogue se poursuivait depuis vingt minutes, quand son partenaire s'écria tout à coup : 


- Ah mais ! Votre enjeu ? Où est votre enjeu ? Donnez votre enjeu ! 
- Encore un qui veut apprendre à son grand-père à faire les "matefaim" ! songe l'hôtelier. A d'autres, mon garçon ! Et sans se laisser arrêter par cette première embûche, de la main inoccupée, le père Pigeonneau fouille adroitement la poche de son veston, en tire son portefeuille qu'il jette par-dessus son épaule sur la table. 
- Déposerai-je les enjeux entre les mains de la patronne ? insinue encore perfidement son adversaire. 
- Le voici ! le voilà ! le voici ! le voilà ! le voici ! le voilà ! répond le patron du Bon Saint-Eloi
Il entend bien ouvrir la porte du salon et descendre l'escalier en colimaçon, mais cette malice cousue de fil blanc lui suggère cette nouvelle réflexion gaie : "Va toujours, mon fils, tu plaisanteras moins tout à l'heure !" et, la voix raffermie, il continue : 
- Le voici ! le voilà ! le voici ! le voilà ! le voici ! le voilà ! pendant que l'autre client, sur la pointe des pieds, ne tarde pas lui-même à rejoindre son acolyte. 
Arrivé en bas, il va à la caisse et se penchant d'un air inquiet sur l'excellente madame Pigeonneau, occupée à aligner des bouts de sucre dans des soucoupes : 
- Madame, dit-il, montez donc là-haut, je crois bien que le patron est atteint de catalepsie bafouilleuse. 
- Oui, le vieux est assis devant la cheminée, en train de tenir des discours incohérents à la pendule... 
- Mon Dieu ! 
Madame Pigeonneau bondit hors du comptoir et grimpe quatre à quatre les escaliers pour apercevoir son mari continuant paisiblement, avec la régularité d'un métronome, son étrange manège. 
- Johanny ! Johanny ! Esplique-moi ! Qu'as-tu, mon gros chéri ? 
- Le voici ! le voilà ! le voici ! le voilà ! le voici ! le voilà ! répond inflexiblement le père Pigeonneau à celle qui lui paraît stupidement liguée avec les autres pour lui faire perdre son pari. 


Affolée, la patronne court à la rampe, appelant : 


- Jules ! Jules ! Montez vite ! 


Le garçon de salle accourt : - Qu'est-ce que c'est ? qu'y-a-t-il ? 


Puis, devant le singulier manège : 


- Patron, supplie-t-il, parlez, dites-nous ce que vous avez ? 
- Le voici ! le voilà ! le voici ! le voilà ! le voici ! le voilà ! répond encore l'hôtelier. 


Alors Jules, prenant une rapide décision, quitte son tablier et court chercher un médecin. 


Quand les deux hommes furent là, le père Pigeonneau continuait avec un entêtement de mule, l'oeil hagard, la gorge sèche, le doigt rigide, d'un mouvement saccadé. Visiblement gagné par la fatigue, le sourire nerveux, les traits contractés, il bafouillait un peu, prononçant parfois : - le voili ! le voiça ! le livoi ! le çoiva ! 


Le docteur l'observa un instant en silence, hocha la tête d'un air de mauvais augure et finit par lui tâter le pouls, déclarant ensuite : - Surtout, ne le contrariez pas. Crise de folie douce, que j'attribue au surmenage. Néanmoins, nous allons tenter un réactif. D'abord, faisons-lui avaler cent grammes d'huile de ricin. Et puis, rasons-lui le sommet de la tête, pour l'application d'un vésicatoire... Allez chercher un coiffeur. 


L'ingurgitation de l'huile de ricin ne fut pas facile, le patient s'entêtant farouchement dans son geste automatique accompagné de la phrase inlassablement répétée. On dut se servir d'un entonnoir placé de force au coin de la bouche. Et quand le figaro fut là, en deux minutes, il rendit le haut du crâne de son client aussi net qu'une boule d'ivoire. "Plus que dix minutes !..." songeait le père Pigeonneau, à bout de forces. Et, au moment où on allait lui placer le vésicatoire, voilà que la pendule sonne quatre heures et demie. Alors, rassemblant toute son énergie : 


- Le voici ! le voiça ! le çoili ! le çoiva ! rugit-il pour la dernière fois. 
Bousculant ceux qui l'entouraient, l'hôtelier bondit hors du fauteuil, esquisse un petit entrechat, fait claquer ses doigts au-dessus de sa tête, rugissant : - Gagné ! J'ai gagné ! J'ai gagné ! 
- Gagné quoi, mon pauvre Johanny ? sanglote la patronne. Un transport au cerveau ?... 
- Mon pari ! J'ai gagné mon pari ! Mille francs ! J'ai gagné mille francs !... 
- Ca ne va pas mieux ! affirme le docteur. 
- Où sont mes clients, mes deux clients ? 
- Quels clients ? fait Jules. 
- Mais... ceux de tout à l'heure. Ceux que nous avons servis ici, dans le salon ! 
- Les clients ? Il y a longtemps qu'ils sont partis !... Ils ne vous ont donc pas réglé l'addition, patron ? 


Pendant que le docteur et le coiffeur se retirent, vaincu par la fatalité cruelle, le père Pigeonneau s'effondre dans un fauteuil. 


- Ah ! les misérables !... soupire-t-il. Roulé ! Roulé ! Plumé !... Je suis plumé !... 


Plumé, ce n'était que trop vrai. Escroqué de son portefeuille, contraint d'avaler cent grammes d'huile de ricin, le dessus de la tête rasé comme un oeuf, les clients partis sans payer l'addition, le père Pigeonneau venait d'être plumé comme un simple pigeon !

 

Une mort horrible

 

La mère Grenu : Eh bien ! mère Trinquet ; où courez-vous donc comme cela ? Vous voilà tout pâle ! 
La mère Trinquet : Ne m'en parlez pas, madame Grenu ! Le père Foirasson vient de mourir. 
La mère Grenu : Oh ! ce n'est pas possible, mère Trinquet ! Ce n'est pas Dieu croyable ! Comment cela se peut-il donc ? Il n'était pourtant pas si vieux, et il se portait comme le pont de la Guillotière. 
La mère Trinquet : Aussi vous m'en voyez tout sens dessus dessous ! Le voisin pense que c'est un suicide ; mais pour moi c'est un accident. Un homme qui n'avait pas de dettes, qui ne buvait qu'une fois la semaine, et qui n'avait pas de connaissance ! Comment voulez-vous qu'il se soit suicidé ? 
La mère Grenu : Mais c'est affreux, ce que vous me dites là, mère Trinquet ! Ah ! Mon Dieu, m'en voilà toute émue aussi. Entrez donc, le café est sur le feu, et nous prendrons un petit verre d'arquebuse pour nous remettre ; c'est de la Sainte-Genis que je viens de déboucher. 
La mère Trinquet : Ce n'est pas de refus, madame Grenu ; mais il ne faut pas que je m'attarde : le voisin trouverait le temps long ; je courais chercher le docteur, mais voilà que j'ai les jambes comme de la flanelle, et que je me sens toute patraque (1). Ah ! Sainte-Marie, mère des Anges du ciel, en voilà des émotions ! 
La mère Grenu : Asseyez-vous donc, mère Trinquet... Et comment cela lui est-il arrivé, à ce pauvre père Foirasson ? 
La mère Trinquet : Vous savez bien qu'il avait fait le voeu de ne pas se laver les pieds tant qu'il ne serait pas conseiller municipal. 
La mère Grenu : Oui !... eh bien ? 
La mère Trinquet : Eh bien ! Cela commençait à faire un bon bout de temps. En hiver cela n'est rien, mais par les fortes chaleurs, c'est incommodant comme pour tout le voisinage. Lui n'en était pas gêné, vu qu'il commençait à en prendre l'habitude ; mais hier, en faisant son lit, il s'est trompé en plaçant ses draps. 
La mère Grenu : Comment cela ? 
La mère Trinquet : Eh oui ! Il a mis les pieds à la tête, quoi ! Il s'est endormi là-dessus, et ce matin, il ne s'est pas réveillé...

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12 avril 2015 7 12 /04 /avril /2015 05:40

Son père Joseph Staline, le considérait comme un pleutre. Il était le fils d’Ekaterina, la première femme du dictateur. Durant les Grandes Purges, Staline fit exécuter de nombreux membres de sa première belle-famille.

 

Iakov Staline fut méprisé, écrasé par son père. Lorsqu’il fit une première tentative de suicide en se ratant, Staline déclara : « Il ne peut rien faire correctement. Dire qu'il n'a même pas pu viser juste, je ne peux rien avoir en commun avec lui. »

 

Pendant la guerre, il est fait prisonnier par les Allemands en 1941. Ceux-ci proposent de l’échanger contre von Paulus. Staline refuse : « Je n’échangerai pas un soldat contre un maréchal ! » Iakov, qui ne veut pas passer pour un traître aux yeux de son père, adopte une attitude rebelle dans le camp de prisonniers. Il fait de nombreux séjours au cachot.

 

Le 14 avril 1943, il refuse d’obéir à un garde, le défie (« Tuez moi, tuez moi ! »). Ce que fait le garde en lui logeant une balle dans la tête.

 

(Subtractio)

 

 

 

Nadejda, la seconde femme de Staline, était née en 1901 et avait donc 22 ans de moins que son mari. Ils se marièrent en 1919 et eurent deux enfants. Traitée par dessus la jambe par son époux, Nadejda devint alcoolique.

 

Elle se donna la mort le soir de la célebration du 15e anniversaire de la Révolution d’Octobre. Durant le dîner, Staline proposa un toast. Mais Nadedja refusa de lever son verre. « Eh toi ! Bois un coup ! » lui lança Staline. « Mon nom n'est pas eh toi ! » répondit Nadejda. Elle quitta la fête avec la femme de Molotov. Elle rejoignit sa chambre, écrivit une lettre à Staline puis s’étendit sur son lit et se tira une balle à travers l’oreiller.

 

On cacha son suicide à la population russe pendant 60 ans. On annonça au peuple, qu'elle avait succombé à une appendicite.

 

(Impatienta doloris).

 

 

 

 

 

On passe sur Stavitsky et le suicide (étrange) qui fut la cause des manifestations d’extrême droite du 6 février 1934, avec en sous main le préfet Jean Chiappe, père de l’historien qui sévit pendant des années sur les ondes de la radio et télévision publiques, et on vient à Tchaïkovski dont l'un des grands drames de sa vie fut la mort de sa mère en 1854, du choléra.

 

Très doué, à huit ans il lit la musique aussi bien qu’un musicien professionnel, il va travailler comme secrétaire au ministère de la justice. Borodine était chimiste, Rimsky-Korsakov officier de marine. En 1863, à l’âge de 23 ans, il décide de se consacrer exclusivement à la musique. À partir de 1876, une de ses admiratrices fortunées lui verse une rente annuelle de 6 000 roubles, la condition étant d’entretenir une relation épistolaire. En 1890, les versements s’interrompent car le mari de la dame découvre que le compositeur est homosexuel (ce qui aurait dû le rasséréner, au contraire).

 

Lorsque Tchaïkovski meurt le 6 novembre 1893, on lui octroie des funérailles nationales. 8 000 personnes assistent à la cérémonie religieuse à la cathédrale de Kazan. Un cousin de l’empereur est l’un des porteurs du cercueil.

 

La mort est attribuée au choléra, à l’alcool, au tabac. Il s’agit plus vraisemblablement d’un suicide « d’honneur ». Sa relation avec un neveu mineur du maréchal du palais ayant été découverte, il semble avoir été contraint de boire un flacon d’arsenic. Choqué par cette fin, l’empereur aurait déclaré : « Les culs de tous les jeunes garçons ne valent pas un Tchaïkovsky. »

 

En 1877, il avait épousé Antonina Milioukova qui mourra en 1917 en hôpital psychiatrique.

 

 

(Liberum mortis arbitrium/pudor).

 

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