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22 juillet 2012 7 22 /07 /juillet /2012 05:45

http://www.dechargelarevue.com/id/fichiers/_ID_12885_mini_pont59-Ilarie-Voronca.jpgIlarie Voronca (de son vrai nom : Édouard Marcus), est né en Roumanie en 1903. Il s’installa à Paris en 1933. Naturalisé français, il se cacha  pendant l’occupation. Il publia une vingtaine d’ouvtages de poésie en français.

 

Élève-officier de réserve, Ilarie Voronca fut démobilisé en 1940. Il se réfugia à Marseille puis à proximité de Rodez, où il adhéra à la Résistance pour combattre le nazisme. A la mi-octobre 1944, Ilarie Voronca regagna Paris. Malheureusement, Ilarie Voronca se donna la mort au soir du 4 avril 1946. Ilarie Voronca, le poète de La Joie est pour l’homme fut enterré au cimetière parisien de Pantin.

 

 

MON PEUPLE FANTOME

 

Entre mer et terre. Entre pierres et ciel.

Avec le pain jaune de la route. Avec le vin rouillé de la forêt

Voilà mon ouvrage accompli. Et les outils de travail

Sont devenus des instruments de musique.

C'est ainsi

Qu'à travers la flamme de la mémoire les objets se changent en paroles.

 

Sur le promontoire, ici, dernier vestige de l'homme. Rencontre.

Le vent jette dans l'écume ses épées d'eaux.

Solitude coupée géométriquement par les oiseaux

Qu'ici donc les visages de la vie se montrent.

 

Le soleil tombé dans mon oeil salé. Face

Aux algues chevelues et aux cortèges de poissons

Mon visage fêlé par le vent comme le bord d'une tasse,

Sur mes lèvres serrées : aube ou crépuscule comme un son.

 

Sans filets, sans armes

De chasse. Collé aux rochers. Vers le Sud

 

Les aigles d'écumes. Seul avec mon travail accompli 
entre terre et larmes.

Les cannes à  pêche sont devenues des harpes. Les 
fusils des flûtes.

 

Mais le coeur est la barque éternelle d'Ulysse

Qui touche dans son rêve tant d'îles,

Dans les veines, de nouveaux archipels surgissent,

Une parole, un rire, font naître une ville.

 

Là sur le promontoire j'attendais ces passages

D' îles: oiseaux étranges jaillis d'entre les cordes

 

Je te reconnaîtrai fantôme entre ces bâches

Des terres nomades. Là près du Peuple Etranger dont la patrie est morte

 

Est ma place. Là sur l'Île fantôme

Je viendrai avec mes instruments de musique. Avec ma 
journée accomplie.

 

Temps d'exil ? Non. Fuite à travers les glaciers du 
sommeil ? Non.

Le ver de la souffrance tordu dans la pomme de cette blessure.

 

Mais jusqu'alors : sans armes, sans outils, sur cette

Pierre: extrême limite du continent

Entre rochers et flots qui rejettent

Le lait blanc de l'écume jusqu'à ma faim, jusqu'au vent,

 

Ici. Loin de l'homme implacable. Loin

 

Des distributeurs de terre. Sans retour. Sans fuite.

 

La voix oubliée en moi comme une lettre dans un livre

 

J'attends mon peuple fantôme, mon île-fantôme.

 

 

 

Version française de l’auteur.

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21 juillet 2012 6 21 /07 /juillet /2012 06:11

http://www.netarmenie.com/photo/varoujan4.jpg

Né en 1884, Daniel Varoujan fut assassiné le 26 août 1915 par des représentants du gouvernement ottoman. Une victime, parmi des centaines de milliers d'autres, du génocide arménien. Ce poème évoque Haïk, fondateur de l’Arménie, son fils Aram et le savant arménien Anania.

 

 

TERRE ROUGE    

Sur ma table de travail, dans ce vase, 
repose une poignée de terre prise 
aux champs de mon pays...

C'est un cadeau, – celui qui me l'offrit 
crut y serrer son cœur, mais ne pensa jamais 
qu'il me donnait aussi le cœur de ses ancêtres.

Je la contemple... Et que de longues heures passées 
dans le silence et la tristesse 
à laisser mes yeux se river sur elle, la fertile, 
au point que mes regards y voudraient pousser des racines.

Et va le songe... Et je me dis 
qu'il ne se peut que cette couleur rouge 
soit enfantée des seules lois de la Nature, 
mais comme un linge éponge des blessures, 
de vie et de soleil qu'elle but les deux parts, 
et qu'elle devint rouge, étant terre arménienne, 
comme un élément pur que rien n'a préservé.

Peut-être en elle gronde encore le sourd frémissement 
des vieilles gloires séculaires 
et le feu des rudes sabots 
dont le fracas couvrit un jour 
des poudres chaudes des victoires 
les dures armées d'Arménie?

Je dis: en elle brûle encore 
la vive force originelle 
qui souffle à souffle sut former 
ma vie, la tienne, et sut donner 
d'une main toute connaissante, 
aux mêmes yeux noirs, avec la même âme, 
une passion prise à l'Euphrate, 
un cœur volontaire, bastion 
de révolte et d'ardent amour.

En elle, en elle, une âme antique s'illumine, 
une parcelle ailée de quelque vieux héros 
si doucement mêlée aux pleurs naïves d'une vierge, 
un atome de Haïg, une poussière d'Aram, 
un regard profond d'Anania 
tout scintillant encor d'un poudroiement d'étoiles.

Sur ma table revit encore une patrie, 
— et de si loin venue cette patrie...— 
qui, dans sa frémissante résurrection, 
sous les espèces naturelles de la terre 
me ressaisit l'âme aujourd'hui, 
et comme à l'infini cette semence sidérale 
au vaste de l'azur, toute gonflée de feu, 
d'éclairs de douceurs me féconde.

Les cordes tremblent de mes nerfs... 
Leur intense frisson fertilise bien plus 
que le vent chaud de Mai le vif des terres. 
Dans ma tête se fraient la route 
d'autres souvenirs, des corps tout rougis 
d'atroces blessures 
comme de grandes lèvres de vengeance.

Ce peu de terre, cette poussière 
gardée au cœur d'un amour si tendu 
que mon âme un jour n'en pourrait, 
si dans le vent elle trouvait 
le reste de mon corps (devenu cendre, 
cette poudre en exil d'Arménie, cette relique, 
legs des aïeux qui savaient des victoires, 
cette offrande rouge et ce talisman 
serrée sur mon cœur de griffes secrètes, 
vers le ciel, sur un livre, 
quand vient cette heure précieuse 
de l'amour et du sourire 
à ce moment divin où se forme un poème,

cette terre me pousse aux larmes ou aux rugissements 
sans que mon sang ne puisse s'en défendre, 
et me pousse à armer mon poing 
et de ce poing me tenir toute l'âme.

 

 

 

Traduction : Luc-André Marcel qui écrivit ceci :

"Varoujan mourut attaché à un arbre, mutilé de part en part, et ses restes furent jetés aux chiens errants. Depuis Euripide, jamais à notre connaissance, poète n'avait connu une fin aussi effrayante, sinon celui dont la religion de son peuple se réclamait. Il est difficile de ne pas y penser. Le poète avait trente et un ans." 

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20 juillet 2012 5 20 /07 /juillet /2012 06:05

“ Les litanies de la souffrance ” : un texte magnifique du poète arménien Johannès Toumanian (1869-1923). L’œuvre de ce poète a été traduite dans une douzaine de langues.

 

Mon Dieu mes jours ont fui comme fumée,

Mes os séché comme broussailles,

Mon cœur tari ; herbe fauchée,

La douleur m’aveuglant, j’ai perdu mon chemin.

 

J’ai rongé du pain dur en pays étranger ;

Nul repos sur la route ;

Le jour, je percevais de longs cris d’agonie,

Et la nuit je pleurais jusqu’au lever du jour.

 

Tel un hibou, j’ai rôdé dans les ruines ;

Passereau solitaire, sous le toit je demeure ;

La souffrance a mangé mes forces…

À quand, mon Dieu, la délivrance ?

 

Traduction : Vahé Godel.

 

http://www.cdca.asso.fr/photos/genocide/geno46.jpg

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19 juillet 2012 4 19 /07 /juillet /2012 06:11

http://www.wpartage.com/site_media/photos/1279453971-tomtom.jpgJe possède un GPS de marque TomTom. J’en suis globalement très satisfait.

 

TomTom est une compagnie hollandaise, sise à Amsterdam. Je me vois donc dans l’obligation de dénoncer une anglicanerie, via le hollandisme, ou encore une hollandanerie commise par ses collaborateurs.

 

La voix électronique qui nous guide en français s’exprime plutôt correctement. À une exception près lorsqu’elle nous dit de « tenir la gauche ». Il s’agit là du calque de l’anglais « keep (to the) left » (mot à mot : gardez la gauche).

 

En français, on ne tient pas la gauche : on reste sur la voix de gauche, on serre à gauche. « Keep to the left at the traffic light » : Serrez à gauche au feu.

 

On utilisera le verbe tenir dans l’acception suivante : « He stands to the left of centre » :  Il se tient au centre gauche, ou encore, au sens propre : « if you stand to the left of the pole » : Si vous vous tenez à gauche du poteau .

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18 juillet 2012 3 18 /07 /juillet /2012 06:22

http://www.stars-portraits.com/img/portraits/stars/p/pierre-bachelet/pierre-bachelet-1-by-rikou.jpgLorsque cette chanson est apparue sur les ondes au début des années 80, je résidais en Côte d’Ivoire. Parce que je me trouvais loin de mes sources, je ressentis une émotion très profonde à l’écoute de cet hymne si bien réussi. Mais je sus dès la première écoute que Bachelet, dont je n’avais jamais entendu parler, n’était pas ch’ti. Il dit en effet :

 

J’avais les terrils

À défaut de montagnes

 

en prononçant terril comme barril, alors que les ch’tis prononcent terri, comme outi (et non outil) ou nombri (et non nombril). Je crois que cette prononciation vient de l’ancien picard.

 

Je n’en eus d’ailleurs que plus d’admiration pour le chanteur et son parolier, pas du tout ch’ti, lui non plus.

 

George Orwell a écrit quelque part qu'il aurait donné l'écriture de ses meilleurs livres contre celle d'une chanson toute simple que le peuple reprend dans les pubs ou les fêtes de famille. Ce qu'ont réussi, par exemple, Freddy Mercury avec “ We Are the Champions ”, Paul McCartney avec "Mull of Kintyre", Jean Dréjac avec "Ah, le petit vin blanc", et donc Bachelet (et son parolier Lang) avec ces “ Corons ”, chantés à pleins poumons dans le stade de football de Lens.

 

Dans cette chanson j’aime particulièrement ces quatre vers :

 

Mon père était "gueule noire" comme l'étaient ses parents

Ma mère avait les cheveux blancs

Ils étaient de la fosse, comme on est d'un pays

Grâce à eux je sais qui je suis

 

Cette phrase nous parle de l’identité par le travail, et non de l’identité « nationale » des nationalistes rances créateurs de chômage du style Sarkozy, Guaino, Besson. Sans parler du ch’ti Guéant.

 

Depuis, on a vu TF1 fabriquer (comme cette chaîne fabrique du remplissage pour cerveaux vides) un quatuor  composé de chanteurs lyriques de talent qui font de la variété. Ils chantent l’hymne de Bachelet. La boucle est bouclée.

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16 juillet 2012 1 16 /07 /juillet /2012 05:41

http://3.bp.blogspot.com/_ClYcSaPsLm4/S6NZDt9LmPI/AAAAAAAAE2w/NBj00LlY88M/s400/louise_conference.jpgLouise Michel : “ Le Chant des captifs ”

 

Tiré de Souvenirs de Calédonie. Ayant refusé toute mesure de clémence ou de grâce, Louise Michel ne rentra en France qu’en 1880, après une loi d’amnistie complète pour tous les Communards. Son exil lointain dura sept ans. À l’occasion de la diffusion de son téléfilm sur Louise Michel en 2009, Solveig Anspach déclara : « J’ai l’impression que la Commune et Louise Michel résonnent très fort aujourd’hui. Elle dit des choses qui font écho à ce que vivent aujourd’hui les gens au quotidien, pas seulement les femmes, mais les gens dans la misère, les ouvriers, les travailleurs ou les sans-papiers. »

 

 

 

 

Ici l'hiver n'a pas de prise,

Ici les bois sont toujours verts ;

De l'Océan, la fraîche brise

Souffle sur les mornes déserts,

Et si profond est le silence

Que l'insecte qui se balance

Trouble seul le calme des airs.

 

Le soir, sur ces lointaines plages,

S'élève parfois un doux chant :

Ce sont de pauvres coquillages

Qui le murmurent en s'ouvrant.

Dans la forêt, les lauriers-roses,

Les fleurs nouvellement écloses

Frissonnent d'amour sous le vent.

 

Viens en sauveur, léger navire,

Hisser le captif à ton bord !

Ici, dans les fers il expire :

Le bagne est pire que la mort.

En nos coeurs survit l'espérance,

Et si nous revoyons la France,

Ce sera pour combattre encor !

 

Voici la lutte universelle :

Dans l'air plane la Liberté !

A la bataille nous appelle

La clameur du déshérité !...

... L'aurore a chassé l'ombre épaisse,

Et le Monde nouveau se dresse

A l'horizon ensanglanté !

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15 juillet 2012 7 15 /07 /juillet /2012 06:00

http://www.histoire-en-ligne.com/IMG/jpg/doc-15.jpgToujours le grand Totor. “ En quittant Bruxelles ” est de 1872, publié dans L’Année terrible.


Un texte d’une grande force, qui exprime admirablement la déchirure, la perte des repères. « Songer […] aux fleurs qu’avec des mains d’enfant on a cueillies ». Écrire cela à soixante-dix ans, c’est bouleversant.

 

 

 

 

 

 

 

 

Ah ! ce n'est pas aisé, suivre la voie étroite,

Donner tort à la foule et rester l'âme droite,

Protéger l'éternelle équité qu'on meurtrit.

Quand le proscrit l'essaie, on redonne au proscrit

Toute la quantité d'exil dont on dispose.

 

Pourtant n'exile point qui veut. C'est une chose

Inexprimable, affreuse et sainte que l'exil.

Chercher son toit dans l'ombre et dire : Où donc est-il ?

Songer, vieux, dans les deuils et les mélancolies,

Aux fleurs qu'avec des mains d'enfant on a cueillies,

A tel noir coin de rue autrefois plein d'attrait

A cause d'un regard furtif qu'on rencontrait ;

Se rappeler les temps, les anciennes aurores,

Et dans les champs plus verts les oiseaux plus sonores ;

Ne plus trouver au ciel la couleur qu'il avait ;

Penser aux morts ; hélas ! ne plus voir leur chevet,

Hélas ! ne pouvoir plus leur parler dans la tombe ;

C'est là l'exil.

 

L'exil, c'est la goutte qui tombe,

Et perce lentement et lâchement punit

Un coeur que le devoir avait fait de granit ;

C'est la peine infligée à l'innocent, au juste,

Et dont ce condamné, sous Tarquin, sous Auguste,

Sous Bonaparte, rois et césars teints de sang,

Meurt, parce qu'il est juste et qu'il est innocent.

Un exil, c'est un lieu d'ombre et de nostalgie ;

On ne sait quelle brume en silence élargie,

Que tout, un chant qui passe, un bois sombre, un récif,

Un souffle, un bruit, fait croître autour d'un front pensif.

Oh ! la patrie existe ! Elle seule est terrible.

Elle seule nous tient par un fil invisible ;

Elle seule apparaît charmante à qui la perd ;

Elle seule en fuyant fait le monde désert ;

Elle seule à ses champs, hélas ! restés les nôtres,

A ses arbres qui n'ont point la forme des autres,

A sa rive, à son ciel, ramène tous nos pas.

L'étranger peut bannir, mais il n'exile pas.

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14 juillet 2012 6 14 /07 /juillet /2012 14:56

http://farm1.staticflickr.com/67/187191656_f2a824b5c9_z.jpg

 

Pas que le sport, d’ailleurs. Les techniques de pointe aussi.

 

 Il y a deux jours : superbe étape dans le Tour de France. Les Alpes dans toute leur splendeur. La course contrôlée et animée de bout en bout par le français Roland. Qui gagne détaché. La deuxième place est prise par le français Pinot, 22 ans, le plus jeune coureur du Tour. Depuis l’ère Hinault-Fignon-Jalambert, il est rarissime que deux Français prennent les deux premières places d’une étape.

 

 

 

A quelques kilomètres de l’arrivée, un coureur italien, Nibali, qui, jusque-là était resté tranquillement dans le sillage du maillot jaune, attaque celui-ci sèchement. Il lui prend 50 mètres, pendant quelques minutes. Et puis Higgins, le maillot jaune, revient, tranquillos.

 

Je regarde cette étape sur une chaîne du câble italien. Hurlements du commentateur quand Nibali creuse son formidable écart.

 

Dans l’émission de l’après-étape, les journalistes, en compagnie de l’ancien coureur italien Cunego, ne parlent que de Nibali et de son « exploit ». Rien sur les Français, ni sur Higgins qui s’est baladé pendant toute l’étape.

 

Les techniques modernes de communication permettent d’isoler tel ou tel acteur, de réécrire complètement l’événement, et mettent de ce fait le chauvinisme à portée de toutes les bourses.

 

PS : Mes lecteurs attentifs auront deviné que je suis actuellement en Italie. Je discute avec un garçon de café sur une plage de l'Adriatique. Il est napolitain. Je lui demande s'il n'y a pas de travail à Naples pour lui. Tant qu'on en veut me répond-il. Mais au noir, avec des horaires élastiques et des payes au lance-pierres. Mais que fait le rigoureux, l'honnête Mario Monti ? 

 

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11 juillet 2012 3 11 /07 /juillet /2012 14:37

Roy Andries de Groot naquit à Londres en 1910, d’un père hollandais, artiste et d’une mère appartenant à la noblesse française. Il fut blessé aux yeux durant la Seconde Guerre mondiale et devint complètement aveugle au bout de 20 ans. Il n’en devint pas moins un très grand critique gastronomique aux États-Unis où il avait émigré en 1941 et acquis la nationalité en 1945.

 

Son livre L’Auberge de l’âtre en fleur (Recipes from the Auberge of the Flowering Hearth), inspiré de l’art de deux cuisinières françaises qui cuisinaient en fonction des saisons, devint un classique outre-Atlantique.

 

Le 16 septembre 1983, il se tira une balle dans la tête à son domicile de Greenwich Village.

 

(Tædium vitæ)

 

http://ecx.images-amazon.com/images/I/51NXeNL6xKL._AA300_.jpg

 

 

Lorsque Pierre Bérégovoy se suicida, François de Grossouvre confia : « Le suicide est comparable au geste désespéré du rêveur pour rompre son cauchemar. Pour un homme d’État ou un homme public, c’est aussi un message codé. » Quoi de plus clair alors que le suicide par balle d’un 357 Magnum,  dans son bureau de l’Élysée, d’un proche de Mitterrand qui connaissait bien des secrets de la République mais qui était tombé en disgrâce.

 

Il venait de la droite pure et dure, avait même été membre du Service d’ordre légionnaire du collaborateur Darnand avant de rejoindre la résistance. Il avait fait fortune dans le sucre, avait aidé financièrement Giroud et JJSS lors de la fondation de L’Express. Il avait grenouillé au Sdece et avait été l’un des bailleurs de fonds de Mietterrand ans les années soixante.

 

Il fut le parrain de Mazarine Pingeot, dont il protégea l’existence.

 

Deux heures avant de se suicider, il devait se rendre pour le dîner chez un ancien premier ministre gabonais. Il fit envoyer à 18 heures un bouquet de fleurs à la maîtresse de maison avec un petit mot : « Je me réjouis d'être avec vous ce soir ».

 

L'enquête judiciaire, sans expertise balistique, conclut au suicide. Cela dit, le rapport d’autopsie stipulait que le corps présentait « une luxation avant de l'épaule gauche et une ecchymose à la face », alors que le corps de François de Grossouvre a été retrouvé assis dans son fauteuil.

 

Un mystère florentin de plus ?

 

(Impatienta doloris/jactatio).

 

F.de-G.jpeg

 

 

Louis-Gabriel Guillemain (1705-1770) fut un extraordinaire violoniste.

 

Il devient en1729 symphoniste à l’opéra de Lyon. Par la suite, après être monté à Paris, il officiera dans de nombreux domaines de la musique.

En 1759, il entre au service du roi comme violoniste.

Alors qu'il se rend à Versailles, il se suicide de 14 coups de couteau. Louis-Claude Daquin (le compositeur du fameux “ Coucou ”) a écrit dans sa Lettre sur les hommes célèbres : « Lorsqu'on parle d'un homme plein de feu, de génie et de vivacité, il faut nommer M. Guillemain, Ordinaire de la Musique du Roi ; c'est peut-être le violiniste le plus rapide et le plus extraordinaire qui se puisse entendre. Sa main est pétillante, il n'y a point de difficultés qui puissent l'arrêter, et lui seul en fait naître dans ses savantes productions qui embarrassent quelquefois ses rivaux. Ce fameux artiste est parmi les grands Maîtres un des plus féconds et l'on convient que ses ouvrages sont remplis des beautés les plus piquantes ».

 

(Furor).

 

http://blog.annefuzeau.com/wp-content/uploads/2010/09/exemple11-300x227.jpg

 

 

 

Un mot sur Louis de Guiringaud (que Le Canard enchaîné appelait naturellement Guiringard). Ce diplomate de carrière fut nommé ministre des Affaires étrangères en août 1976 et à nouveau en mars 1977 et avril 1978. En octobre 1978, il tient des propos controversés en rejetant sur les chrétiens la responsabilité de la guerre du Liban et sur les milices chrétiennes la responsabilité de son aggravation.

Il se donna la mort le 15 avril 1982 à son domicile parisien d’un coup de fusil de chasse dans la poitrine. Il n’y eut pas foule d’officiels à son enterrement.

 

(Impatienta doloris).

 

http://www.election-politique.com/images/dirigeants/france_deguiringaud.jpg
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2 juillet 2012 1 02 /07 /juillet /2012 13:44

http://www.jabiru-blog.com/images%20Oct%2008/jo-mexico-1.jpg

 

Cette phrase – ou encore « J’espère une place sur la boîte » est désormais proférée régulièrement par les sportifs de haut niveau, les athlètes en particulier. J’ai cru que cela relevait d’une anglicanerie. Apparemment, non. Les Anglo-saxons ne sont pas responsables de tous nos maux.

 

Figurez-vous que la boîte, c’est le podium.

 

Qu’est-ce qu’un podium ? Le mot vient du grec podion, petit pied. Dans les amphithéâtres romains, le podium, situé à plusieurs mètres au-dessus de l’arène, accueillait les grands, ceux qui avaient droit aux places d’honneur. Le sens sportif est apparu en français au début du XXe siècle (monter sur le podium). En anglais, le mot a également le sens très particulier de patte arrière.

 

Aujourd’hui, les athlètes de haut niveau sont le plus souvent des jeunes à Bac + deux ou trois. Ils sont cultivés, ouverts sur le monde. Avilir à ce point la langue française est une douce crétinerie. Leur fantaisie langagière a été évidemment reprise par de grands journalistes, comme l’hystérico-cocardier Patrick Montel. Celui-là même qui ne parle que par clichés : « elle a réussi un départ canon », « il est fréquent » ( ?), « il est présent » ( ?).

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