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21 janvier 2014 2 21 /01 /janvier /2014 06:47

 

Peut-on, cela dit, réduire l’opposition jardin à l’anglaise/jardin à la française au combat de l’empirisme contre la raison ? Ce serait trop simple. Comme les hommes de la Renaissance, les préromantiques – avec leur réhabilitation des passions et du moi, le culte exacerbé de la sensibilité et l’exaltation du sentiment de la nature – ont éprouvé la nostalgie de ces temps anciens où les anciens, croyaient-ils, vivaient plus proches de la nature, sentaient parmi eux la présence fraternelle des dieux, n’avaient point de maîtres ou de modèles et créaient spontanément des mythes familiers. On se souvient que, dans le Dictionnaire philosophique, Voltaire avait contesté la conception platonicienne du Beau : « Demandez à un crapaud ce que c’est que la beauté, le grand beau, le to kalon. Il vous répondra que c’est sa crapaude avec deux gros yeux ronds sortant de sa petite tête, une gueule large et plate, un ventre jaune, un dos brun. Interrogez un nègre de Guinée; le beau est pour lui une peau noire, huileuse, des yeux enfoncés, un nez épaté. Interrogez le diable; il vous dira que le beau est une paire de cornes, quatre griffes, et une queue. Consultez enfin les philosophes, ils vous répondront par du galimatias; il leur faut quelque chose de conforme à l’archétype du beau en essence, au to kalon. »

 

 

D’où une conception relativiste de la création et de la perception artistiques donnant raison à la sagesse populaire : « Des goûts et des couleurs, on ne discute pas ». Rien n’était absolument beau selon des critères objectifs, scientifiques, canoniques comme la symétrie. Un jardin à l’anglaise ne sera pas qualifié de beau après une démonstration argumentée. C’est la relation intime, l’émotion qui nous feront aimer « 100 000 milliards » de jardins.

 

 

 

 

Rien n’est simple car l’épistémé de la science elle-même déroge à ses propres enjeux. Newton, le plus grand scientifique de son époque, était un alchimiste hors-pair qui tenta plus de trente ans durant de changer du plomb en or. Ce qui fit dire à l’économiste Keynes qu’il n’avait pas inauguré l’ère de la raison mais qu’il fut le dernier des magiciens. Dans l’univers esthétique classique français, la noble ordonnance du langage et des discours cache souvent un profond chaos intérieur qui obscurcit et déchire les âmes. La lumière ne peut surgir que des ténèbres, l’esprit de raison de la déraison. D’ailleurs l’œuvre de Descartes s’imposera à l’Europe du nord protestante et empirique avant d’être reconnue par la France “ catholique ” et rationnelle.

 

L’ordonnance “ classique ” des jardins à la française ne résulte pas du filtrage d’une matière déjà épurée et qui n’offrirait qu’une résistance de pure forme mais bien d’un effort gigantesque d’anéantissement de ce qui est posé comme touffu, , embrouillé pour atteindre à un concept de clarté. Inversement, le jardin à l’anglaise n’est pas le produit d’une pensée empirique jouissant d’une liberté d’improvisation totale. Il est l’expression d’un nouveau rapport au monde, une autre manière d’appréhender le réel, l’affirmation d’un nouvel individualisme au service de classes sociales qui affirment leur pouvoir économique et politique.

 

FIN

 

 

Quelques lectures :

 

Baridon, M. : “ Idéologie et images de la nature ”, Revue Française de Civilisation Britannique, Vol I, n° 4.

 

Barthes, R. : “ Les planches de L’encyclopédie dans  Le Degré zéro de l’écriture, Paris : Le Seuil, 1972.

 

Burke, E. : A Philosophical Enquiry into the Origins of our Ideas of the Sublime and Beautiful. Londres : Rouledge and Kegan Paul, 1978.

 

Lapouge, G. : Utopie et civilisation. Paris : Flammarion, 1978.

 

Locke, J. : An Essay Concerning Human Understanding, Cambridge (Ma.) : Harvard University Press, 1931.

 

Shaftesbury, A. : Characteristics of Men, Manners, Opinions and Times. Londres, 1711.

 

 

Ici, la série d'articles en un seul fichier :

 

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19 janvier 2014 7 19 /01 /janvier /2014 06:57

 

Le jardin à l’anglaise permet de concrétiser le processus de l’association des idées en esthétique. Tel le Rousseau de La Nouvelle Héloïse (l’archétype du roman sensible, préromantique), on laisse vagabonder ses pensées d’une allée à un parterre, d’un parterre à un jet d’eau, d’un jet d’eau à un bosquet caché. À Clarens, les maîtres des lieux ont dessiné un jardin anglais dénommé l’Élysée, comme le bout du monde, mais juste à côté du château. La découverte progressive des beautés permet à l’individu d’accéder à la sérénité, l’esprit de finesse ayant vaincu l’esprit de géométrie. Le jardin à la française s’adressait en priorité à la vue et à la raison ; le jardin à l’anglaise sollicite tous les sens. Burke refuse d’ailleurs de réserver l’accès au beau et au sublime à une élite, les aptitudes sensorielles étant les mêmes pour tous, y compris les incultes. Il condamne le jardin à la française parce que la géométrie y est artificielle et prescriptrice, parce que la nature y est subvertie et le paysage effacé et, accessoirement, parce qu’ils sont voraces en terres cultivables. Le gardening n’est pas du jardinage mais un art total, l’art de former les jardins. Le jardin anglais donne l’impression de n’obéir qu’à ses propres lois pour se développer. La nature n’est-elle pas un jardin ? La mathématique ne saurait gouverner la beauté. Il peut y avoir plaisir esthétique sans la maîtrise d’un code.

 

Peut-on considérer le jardin à l’anglaise comme une nouvelle construction utopique ? Non dans la mesure où, quand il réagit contre la ligne droite et les angles, il participe d’une symbolique religieuse contre une philosophie dont la mission était d’imposer l’ordre de la rationalité à la demeure des hommes. L’aire du jardin à la française était soustraite à l’espace réel. Elle se pliait aux désirs de l’intelligence au lieu de se couler dans les méandres et les vallonnements des paysages. Ce jardin était un pur artefact, un ajout, un supplément. Le jardin à l’anglaise pouvait être considéré, dans cette optique, comme une anti-utopie. Car lorsque les utopistes invoquent la nature, ils pensent d’abord aux mathématiques. Ils ne découvrent la liberté que pour la mettre à mort. Ils modifient la création, ruinent la nature et rectifie l’histoire. Ils normalisent l’anomalie, selon Gilles Lapouge. Ils paralysent le devenir, ils haïssent le mouvement qui déplace les lignes. Ils choisissent l’intemporel contre le futur, un faux éternel contre l’évolution naturelle, l’immuable contre le passage, l’essentiel contre l’accidentel, le reconnu contre l’imaginable, la pétrification contre l’expression des contradictions.

Du jardin à la française au jardin à l’anglaise (13)
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12 janvier 2014 7 12 /01 /janvier /2014 06:48

Dans une optique puritaine, la clarté et l’obscurité des jardins reflètent le combat mené par l’individu face au bien et au mal. Au XVIIe siècle, les comédies de la Restauration traduisent ce combat, ce dérèglement. En 1664, George Etheredge, dans la Vengeance comique, ou l’amour dans un tonneau, introduit le personnage de la dame de qualité qui a de forts appétits sexuels et qui prend l’initiative. Il s’agit bien sûr d’une farce mais le jardin permet l’inversion des rôles. Une riche veuve, qui s’appelle Rich, entraîne le timoré Frollick (to frolic = batifoler) dans le jardin des délices :

 

Sir Frederick – Où ? Où voulez-vous me conduire, madame ? Quelle est votre intention ?


Veuve Rich – Faire un tour dans le jardin et nous arrêter dans un endroit frais.

Sir Frederick  – Madame, je n'ose m'aventurer sous ces ombrages propices au badinage.

Je devine que vous avez l'esprit à parler d'amour, mais mon cœur est trop tendre pour qu’on puisse

lui faire confiance dans ce genre de conversation.

Veuve Rich — Je ne peux imaginer que vous soyez aussi sottement vaniteux. Est-ce votre esprit,

monsieur,  ou votre personne qui me parle ?

 

 

La belle époque !

 

 

Rien n’est donc simple, rien n’est manichéen, mais tout tremble d’une manière incertaine, comme Daniel Defoe l’a si bien suggéré avec Lady Roxane ou l'Heureuse Catin, ou encore Moll Flanders qui décrit la chute et la rédemption d’une prostituée bigame, voleuse et incestueuse, toujours du point de vue du personnage. Pour les protestants, ce qu’est Defoe, le chaos n’est pas dans la nature mais dans l’homme. L’esthétique gothique convient parfaitement pour traduire ce chaos. La peinture, quant à elle exprimera désormais davantage une vision tourmentée, contrastée de la réalité, plutôt qu’une vision claire, ordonnée et harmonieuse. Turner aura fait oublier Poussin et sa vision de l’Antiquité.

 

 

 

 

 

 

 

En 1756, Edmund Burke publie son traité d’esthétique Enquête philosophique sur l’origine de conceptions du sublime et du beau. Pour Burke (le libéral qui, plus tard, réagira de manière très conservatrice à la Révolution française), le beau est ce qui est bien constitué, plaisant à l’œil, tandis que le sublime peut nous contraindre, voire nous détruire. Nous craignons le sublime car nous voyons en lui l’infini et notre propre mort. Burke postule qu’il faut chercher à établir la relation entre le monde extérieur au sujet et le monde qui emplit l’esprit du sujet. Il faut dépasser le cartésianisme– Burke fut toujours hostile à la philosophie française, à l’« esprit du siècle » –  car il sépare artificiellement ces deux mondes.

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9 janvier 2014 4 09 /01 /janvier /2014 06:13

Le grand bâtisseur de l’époque est Sir John Vanbrugh. Architecte, mais aussi dramaturge. On lui doit principalement deux palais magnifiques : le château de Bleinheim, qui appartenait à la famille Malborough (le Malbrouk qui s’en va-t-en guerre), où naquit Winston Churchill, pas un enfant de prolo, donc, et Castle Howard, dans le Yorkshire, le premier palais réellement baroque d’Angleterre. Vanbrugh fut également l’architecte du Queen’s Theatre à Londres. Maître absolu de la perspective, Vanbrugh exprima particulièrement son génie lors de la construction de Castle Howard. Dans cette création s’exprimaient au plus haut point les préférences esthétiques de l’époque : dans une sublime mise en valeur de la nature, Vanbrugh avait trouvé l’équilibre entre l’obscurité et la lumière et, en refusant un ordre préexistant à la nature, il avait recherché l’esprit gouvernant cette dernière.

 

 

Comme toute l’œuvre de Vanbrugh, Castle Howard marqua le triomphe d’un certain empirisme dans la mesure où l’homme ne devait plus concevoir le monde comme un système mais aller patiemment à la découverte de la nature qui n’était pas chaos mais ordre. Nous étions donc aux antipodes de l’esprit de L’Encyclopédie où l’homme, selon Roland Barthes « min[ait] la nature entière de signes humains. Dans le paysage encyclopédique, on n'est jamais seul; au plus fort des éléments, il y a toujours un produit fraternel de l'homme : l'objet est la signature humaine du monde. » Avec Vanbrugh, un espace n’était connu, n’existait que s’il avait été parcouru, « perambulated », et pas simplement visualisé d’une manière rationnelle. Le gentilhomme anglais apprenait à connaître son jardin avant de faire le tour du monde en bien plus de 80 jours. Le jardin était une réduction de la nature, de l’univers. Les labyrinthes, les rivières serpentantes symbolisait le cheminement d’une pensée qui prenait son temps dans ses détours et qui affirmait le primat de l’individu dans ses émotions. Et ce n’est pas un hasard si la psychologie en tant que science fut adoptée à ce moment-là par les Britanniques. Un siècle auparavant, Francis Bacon avait abandonné la pensée déductive au profit de l’« interprétation de la nature », de l’expérience et de son lot de connaissances nouvelles. Bacon avait en effet proposé de soumettre la nature à l’expérience – scientifique, mais aussi mystique ou religieuse – par une investigation « au ras du sol » et de tirer de cette expérience une induction non pas simplement « totalisante » mais « amplifiante », passant des faits connus à ceux que l’on pouvait raisonnablement leur assimiler.

 

Que nous dit John Locke à l’époque de Vanbrugh sur l’« entendement humain » ? Le philosophe postule que l’homme n’est marqué par aucune idée innée et que son psychisme se forme progressivement grâce à un contact sensuel avec le monde. L’esprit humain ressent, accumule, associe. Il accède ainsi aux concepts abstraits sans passer par la raison après que son cerveau, tel une plaque sensible, a été impressionné par des particules de force inégales. Il faut donc en permanence soumettre sa vie mentale aux contextes, aux réalités transmises par les sens. Cette démarche est aux antipodes de la spéculation cartésienne. L’examen porte uniquement sur les facultés de l’individu et sur les objets qui se présentent à son esprit. L’entendement élabore des idées des choses. Notre esprit – au départ une tabula rasa, est constitué par les objets extérieurs ou par la perception produite par les opérations de la pensée.

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6 janvier 2014 1 06 /01 /janvier /2014 06:17

 

Une autre idée-force traverse les consciences en frôlant le mythe : celle d’une renaissance gothique, c’est-à-dire d’un esprit, d’une tradition inspirés de la forêt des Goths, antérieure à l’invasion normande, donc anti-française. Alors que dans la France du XVIIe siècle l’art gothique était l’art barbare par opposition à l’art de l’Antiquité, au début du XIXe siècle, en Grande-Bretagne, un courant gothique romantique, généralement germanophile, réhabilite le Moyen Âge et son art ogival. On s’intéresse désormais, on s’inspire de l’architecture, de la peinture, de la sculpture gothiques.

 

Être gothique comme Walter Scott, l’auteur d’Ivanhoe, c’est s’affirmer patriote contre une certaine France. Scott, qui parlait la langue des Lowlands, obtiendra un fort succès en France en inspirant Balzac et Victor Hugo. Son Quentin Durward, vendu chez nous à 30 000 exemplaires, ce qui était considérable, évoque la France du XVe siècle, la lutte entre Louis XI et Charles le Téméraire, par le prisme de l’histoire d’un garde écossais au service du roi.

 

Bref, les choses bougent, et dans les jardins, des créations “ gothiques ” (comme les temples, les bosquets sombres) vont cohabiter avec des motifs d’inspiration antique (colonnes, statues) avant de les supplanter.

 

 

 

En outre, posséder un jardin est un acte d’affirmation. La propriété foncière gagne en effet en importance politique. Pour être membre du Parlement, il faut justifier d’un “ estate ”, un domaine, une propriété. Aujourd’hui, l’équivalent de “ bien immobiliers ” est “ real estate ”. Du bon, du vrai, du réel. Il est bon que le domaine comporte des fermes, des bois, sources de revenus. Les parcs, les résidences, les manoirs deviennent le symbole du dynamisme d’une classe dirigeante en plein état de grâce et le conservatoire du génie anglais.

 

Politiquement parlant, abandonner la géométrie à la française, c’est, après la Glorieuse Révolution de 1688 (encore appelée “ bloodless ”, sans effusion de sang), refuser l’absolutisme, le centralisme à la Colbert, et préférer un plus juste équilibre des pouvoirs entre les Chambres et le roi.

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1 janvier 2014 3 01 /01 /janvier /2014 10:31
Il s'agir d'un des plus beaux airs traditionnels qui soit. Il nous vient du fin fond de l'Ecosse et s'intitule "Auld Lang Syne" dans un des dialectes des Highlands.
 
Je vous le propose ici avec le non moins célèbre "Land of Hope and Glory" :
 
 
Should auld acquaintance be forgot
And never brought to mind?
Should auld acquaintance be forgot
And days of auld lang syne?
Refrain
For auld lang syne, my dear
For auld lang syne
We'll take a cup o'kindness yet
For auld lang syne
We twa hae run about the braes
And pou'd the gowans fine
But we've wander'd mony a weary fitt
Sin' auld lang syne.
We twa hae paidl'd in the burn
Frae morning sun till dine
But seas between us braid hae roar'd
Sin' auld lang syne.
And there's a hand, my trusty feire
And gie's a hand o' thine
And we'll tak a right gude-willie waught
For auld lang syne.
And surely ye'll be your pint-stowp
And surely I'll be mine
And we'll tak a cup o'kindness yet
For auld lang syne.

Traduction moderne

Faut-il oublier les amis
ne pas s’en souvenir ?
Faut-il oublier les amis
les jours du temps passé ?
Refrain
Les jours du temps passé, ami
les jours du temps passé
Buvons ensemble à la tendresse
aux jours du temps passé.
Nous avons voyagé tous deux
chaque jour d’un cœur léger
Tours et détours un long chemin
depuis le temps passé.
Nous avons galéré tous deux
du lever au coucher
Océans nous ont séparés
depuis le temps passé
Voici ma main ami fidèle
donne ta main à l’amitié
Et nous boirons encore longtemps
aux jours du temps passé.
Et tu offres le premier verre
et j’offre ma tournée
Buvons ensemble à la tendresse
aux jours du temps passé.

 

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1 janvier 2014 3 01 /01 /janvier /2014 06:35

Cela dit, au XVIIIe siècle, les jardiniers d’outre-Manche se sont généralement effacés devant la nature afin, selon Michel Baridon, de « plier leur art aux caprices de sa main » (Le jardin paysager anglais au dix-huitième siècle, 2000). On observe que l’âge d’or du jardin à l’anglaise fut aussi celui de la poésie du paysage et de la nuit. En ce siècle, la conception des jardins est une activité esthétique, un art authentique dont le statut est aussi élevé que celui de la peinture ou de la poésie. Selon Baridon, lorsque les jardins anglais apparaissent, « les poètes se servent de plus en plus du mot “ excursion ” et les peintres du mot “ tour ”, tandis que les romanciers recourent au genre dénommé “ novel of the road ”, c’est-à-dire une forme de fiction dans laquelle les personnages quêtent au hasard des chemins qui sont aussi libres que ceux de l’antique campagne anglaise. » La composition du jardin invite à la promenade, sa matière invite au dépaysement. Par ailleurs, les constructions, les ruines qui renvoient à l’Antiquité ou au Moyen-Âge illustrent ce que Foucault appelait une “ hétérotopie universalisante ” (“ Des espaces autres ”, dans Dits et écrits 1954-1988, Gallimard, Paris, 1994). Le jardin devient musée, mémoire – très subjective et sélective – du monde. Dans le jardin anglais, la nature, plus exactement sa reproduction factice, inscrit l’homme dans le temps. Mais un temps destructeur et instable.

 

 

Par ailleurs, le XVIIIe siècle est une époque où l’Angleterre règne sur le commerce mondial car son industrie et son économie sont déjà en pointe. La classe dirigeante anglaise se sent dominatrice et sûre d’elle-même. Elle chante le nouvel hymne à la puissance de la mère-patrie :

 

Règne Britannia, règne sur les mers

Jamais les Bretons ne seront esclaves.

 

L’hymne affirme que la Grande-Bretagne est un pays béni et qu’elle est maîtresse de la terre et du ciel. Une fois n’est pas coutume, ce sont les continentaux qui vont chercher leurs idées outre-Manche, dans ce pays-phare, auprès de Locke ou de Newton. Hostile à l’innéisme, John Locke prône le primat de l’intuition, des sens, qui nous permettent d’avoir une vraie connaissance de nous-mêmes et de dieu. Isaac Newton, esprit largement aussi religieux que scientifique, croyait en un monde immanent, avec ce que Voltaire appellera un Grand Horloger : « L’admirable uniformité du système planétaire force à y reconnaître les effets d’un choix. » (Principes mathématiques de la philosophie naturelle).

 

Les classes dirigeants, aristocratie traditionnelle et gentry, ne veulent plus de la monarchie absolue depuis la “ Glorieuse Révolution ” de 1688. Sous cette élite, els classes moyennes, fortement marquées par le puritanisme, prônent la liberté religieuse. Au niveau de l’inconscient collectif, l’idée s’insinue que l’Angleterre va devenir une nouvelle Rome.

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31 décembre 2013 2 31 /12 /décembre /2013 06:21

 

Le jardin “ à l’anglaise ” a au moins autant d’importance que le château ou le manoir. Ainsi, l’une des fonctions des arbres est de masquer les constructions que l’on veut cacher à la vue, comme une ferme ou un cimetière. Le jardin doit paraître illimité. D’où la construction – en trompe-l’œil si possible – de terrasses qui dégagent la vue.

 

 

 

Et d’où aussi un usage particulier de la végétation qui vise à cacher des espaces trop évidemment ruraux. Mais, comme par jeu,  il est recommandé de faire paître des vaches dans les parties les plus éloignées des jardins afin d’éviter une rupture brutale avec la nature :

 

 

 

Le jardin doit donc être allusif et illusoire. Parfois on déboise sans vergogne pour dégager des perspectives, parfois on reboise massivement pour rappeler à soi le souvenir d’une nature qu’on a trop domestiquée. A Longleat, Lord Weymouth fera planter 50 000 arbres, dont un fort lot importé des Antilles ou des colonies américaines. 300 hectares furent dessinés par le très célèbre Capability Brown, « le plus grand jardinier anglais ». Les architectes anglais endiguent des rivières (alors que dans les jardins à la française on dessinait des plans d’eau artificiels) pour créer des cascades ou des petits lacs dont la taille est proportionnée à celle du château et non à celle du jardin. Et sur ces petits lacs, on implante parfois des ilots boisés. Le comble de la sophistication dans la recherche pouvant être Wimpole Hall où Lord Hardwicke avait fait ériger (par l’incontournable Capability Brown) un faux château en ruine :

 

 

 

Dans ce château, Brown avait prévu une véritable maison pour l’usage des domestiques. Une double mise en abyme du prolétariat de l’époque ! La réaction antifrançaise débouchant sur le maniérisme (de tradition plutôt toscane – voir le jardin de la villa Medicis ou celui de la villa Bottini à Lucques), on verra que dans certains jardins anglais prétendument respectueux de la nature tout pouvait être faux : ponts, ruines, rivières, grottes, chaumières, animaux.

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26 décembre 2013 4 26 /12 /décembre /2013 06:25

Un mot sur Gérard de Nerval qui ne se suicida pas par "folie" mais parce qu’il était dans le dénuement le plus complet. Il se pendit à une grille après avoir subtilisé un cordon de tablier à sa tante. « Ne m’attendez pas ce soir car la nuit sera noire et blanche », furent les mots d’adieu qu’il lui écrivit. Il avait 47 ans.

 

(Impatienta doloris)

 

 

 

 

Dans le même ordre d’idée, Gérald Neveu, né en 1921, se suicida à 38 ans en avalant des barbituriques. Il fut proche des surréalistes et adhéra au parti communiste en 1947. Il fonda en 1950 la revue Action Poétique. Il vécut toute sa vie dans une grande pauvreté et dans un grand mal être.

 

Lorsqu’on le découvrit mort, il y avait à son chevet un livre de Pavese, autre suicidé célèbre. Il avait aussi écrit ce poème :

 

Plus de cheveux

Plus de dents (2ème incisive droite)

Plus d’argent

Plus de femme

Plus d’appartement

Plus de temps

Plus de feu

Plus de poids

Bilan du 28 février 1960

Plus de signature G.N

 

(Impatienta doloris)

 

 

 

Né en 1888, Nguyễn Văn Thinh, s’est suicidé le 10 novembre 1946 à Saïgon. Il fut le premier président de la République autonome de Cochinchine. Citoyen français, il avait fondé le parti démocratique cochinchinois en 1937. Le 1er juin 1946, l’amiral Thierry d’Argenlieu, haut_commissaire de France en Indochine, suscite la proclamation d’une république autonome de Cochinchine sous la présidence de Nguyễn. En violation d’un accord préalable. Nguyễn est alors considéré par beaucoup comme un traître.

 

Egalement lâché par les Français, l’homme se pend à l’espagnolette de sa fenêtre avec un fil de cuivre le 10 novembre 1946. Hô Chi Minh commentera de manière perfide : « La perte d’un excellent médecin comme le docteur Thinh est regrettable. »

 

(Pudor)

 

 

 

Athina (dite Tina) Niarchos (de son vrai nom Athina Mary Livanos Onassis Spencer-Churchill Niarchos) connut l’existence très douloureuses de certaines femmes de milliardaire.  Née en 1929, elle était la deuxième fille du grand armateur Stavros Livanos. Elle épousa tout d’abord un autre richissime armateur : Aristote Onassis, à qui elle donnera deux enfants, Alexandre et Christina. Après des années de dépression, elle cède son mari à Maria Callas.

 

En 1961, elle épouse John Spencer Churchill, marquis de Blanford, cousin germain de Sir Winston et cousin éloigné de Lady Diana. Un divorce surviendra au bout de dix ans.

 

En 1971, elle épouse le vrai-faux meurtrier de sa sœur, le richissime Stavros Niarchos. Son fils Alexandre, alors âgé de 24 ans, se tue dans un accident d’avion.

 

Trois ans plus tard, le 10 octobre 1974, elle meurt à Paris d’une dose mortelle de somnifères.

 

(Impatienta doloris)

 

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19 décembre 2013 4 19 /12 /décembre /2013 06:54

Cette étudiante, Bac+ 3,5 donc, est française et inscrite en linguistique française.

Bonsoir,
Je viens par la présente vous solliciter de bien vouloir répondre à ma
demande.
En fait, je suis étudiante en M1 sciences du langage, vue les problèmes
personnels, de santé et le travail j'ai pas pu assiter à vos cours.
Ainsi, la secrétaire m'a informer que l'examen est prévu pour le jeudi 12 de ce
mois,
Je voudrai avoir le nom de votre groupe pour le rejoindre et avoir accès aux
cours, mais aussi l'heure et la salle d'examen s'il vous plait pour pouvoir
rattraper le retard et travailler cette semaine et examiner. 
Dans l'attente d'une réponse de votre part, je vous prie Madamme d'agrer mes
salutationsdistinguées
Cordiallement
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