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18 décembre 2013 3 18 /12 /décembre /2013 15:45

 

Contre la France, l’Angleterre remit en cause la dénaturation de la nature et trouva, grâce au modèle chinois, une nouvelle conception s’inspirant de la nature dans ce qu’elle pensait être sa vérité.

 

Le jardin anglais n’est plus un espace de rupture par rapport à la nature, il cherche à donner l’impression qu’il se fond dans le paysage en respectant les lignes et les harmonies. Les murs de frondaison qui enserraient le jardin à la française et le séparaient nettement de l’espace ambiant son remplacés par des haies basses, enfoncées dans le sol, les fameux « ha-ha » ou sauts de loup :

 

 

 

Les plans d’eau géométriques seront remplacées par des rivières ou des lac sinueux, les « serpentines » – comme celui de Hyde Park – coulant entre des bosquets, des prairies, voire même des champs labourés.

 

 

 

 

Ces jardins seront agrémentés de petites constructions, comme des bergeries ou des moulins. Parce qu’il sublime l’eau et le vent, le moulin est un objet absolument positif. Comme il est constitué d’une roue, il symbolise l’éternel recommencement, le cycle des saison, la naissance, la mort, la renaissance.

 

En France, le promeneur Jean-Jacques Rousseau se fera, avec Ermenonville, le défenseur de ce type de jardin. Le philosophe s’y fit inhumer dans l’Île des Peupliers. Ces jardins, créé au milieu du XVIIIe siècle selon une inspiration très anglaise, offraient une transition très douce vers la campagne. La promenade y était ponctuée de constructions romantiques. Rien de rectiligne, mais des surprises, des cascades, un temple de la Philosophie. L’idée du concepteur du château, le marquis de Girardin, était de creuses des marais, de planter des landes, d’améliorer la nature, de « composer des paysages sur le terrain ». Ci-dessous, un des lieux les plus célèbres de ces jardins, le Désert :

 

 

 

On peut dire que dans toute l’Europe le romantisme des jardins a précédé le romantisme littéraire.

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17 décembre 2013 2 17 /12 /décembre /2013 06:31

 

Les Anglais seront les premiers à régir contre la mode française. Ils iront jusqu’en Chine chercher une conception du jardin leur permettant de prendre le contre-pied du mode de pensée français.

 

 

 

En Chine, les jardins étaient depuis fort longtemps considérés comme des lieux de réflexion., des œuvres humaines en même temps que des dons du ciel, des lieux de vie, de divertissement et des lieux magiques où chacun est en quête d’une nature idéale, symbolique. Alors que les jardins à la française tendaient vers la démesure, l’immensité, le jardin à la chinoise, dans une perspective bouddhiste, vise à donner une expression du monde en miniature, du « monde dans un grain ». Ce qui est petit est beau. Plus la reproduction s’éloigne de la réalité, plus le jardin devient mythique. En concentrant un maximum d’essences dans un minimum d’espace, on s’éloigne de la réalité, surtout si on a réduit ces essences au niveau du quasi nanisme.

 

Le jardin chinois est un lieu où la méditation est alimentée par la contemplation d’objets silencieux, multiples et divers. Les allées ne sont jamais rectilignes, l’important n’étant pas d’aller d’un point à un autre par le chemin le plus court ou le plus rationnel mais de renouveler perpétuellement une création personnelle par la déambulation grâce à un parcours aux possibilités infinies. La symétrie, exploitée sous toutes ses formes dans le jardin à la française, n’est pas recherchée par les Chinois, qui visent plutôt l’harmonie d’ensemble, la sublimation d’un monde réécrit par l’artiste aux fins de mieux le comprendre. Pas au sens cartésien du terme, mais dans une optique sensorielle, combinatoire, à l’aide d’objets uniques et d’images mythiques. Les formes se font et se défont sous les yeux du contemplateur et s’épuisent d’elles-mêmes.

 

L’eau et la pierre ont un rôle fondamental. Les pierres peuvent être accumulées pour donner une image de montagne. Les rocailles peuvent aider à constituer des perspectives, contribuant ainsi à donner l’illusion d’espaces plus vastes. La beauté des rochers est proportionnelle à leur forme tourmentée. Les formes complexes signifient l’équilibre précaire de la terre, en surface comme en ses profondeurs. Les cavités symbolisent les yeux du dragon qui, lui-même, atteste la vitalité, la force de la terre et de l’univers et n’a aucune connotation négative.. L’eau est le pouls de la terre. Son calme symbolise le calme et aide à la méditation. Bénéfique, l’eau est dotée de vertus supérieures. C’est pourquoi les fontaines ou les sources sont placées au centre des jardins. Pour Lao Tseu, ce qui est mou triomphe de ce qui est dur. Les quatre fleurs idéales sont le chrysanthème, l’orchidée le bambou et le prunier.

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14 décembre 2013 6 14 /12 /décembre /2013 06:41

Lucien Morisse. Toute une époque, que les moins de 40 ans …

 

Il était né en 1929 à Paris. Directeur des programmes d’Europe I (la radio qui monte à l’époque et casse tous les styles), il découvre Dalida (elle aussi suicidée) en 1956. “ Bambino, Bambino ” (enregistré en une nuit), “ Les gitans ”, “ Come prima ”. Une relation plus que professionnelle les unit. Elle devient immensément populaire. Au bout de cinq ans, Dalida accepte d’épouser Morisse par reconnaissance mais elle aime le peintre et acteur Jean Sobieski. Lucien et Yolanda divorcent en 1962.

 

Morisse reprend le principe étasunien de la “ playlist ” qui consiste à diffuser une chanson jusqu’à satiété pour en faire un tube. Il trouve le premier disque de Johnny Halliday nul et le casse en direct. Et puis c’était une reprise d’une chanson de Dalida…

 

Il suscite la création de l’émission Pour ceux qui aiment le jazz de Daniel Filipacchi et Franck Ténot, de Musicorama et de Salut les Copains.

 

Il se suicide au moyen d'une arme à feu, le 11 septembre 1970 dans son appartement parisien, après une nuit passée chez Castel et une grosse dispute avec sa femme.

 

(Impatienta doloris)

 

 

 

 

Destin assez classique dans un pays totalitaire que celui de Renate Müller. Hitler tombe fou amoureux d’elle. Il lui déclare son amour en exécutant le salut nazi. « Je peux tenir mon bras étendu pendant des heures », lui dit-il. « Des gens prétendent que j’ai un appareil dissimulé dans ma tunique, mais c’est faux. Je m’exerce régulièrement à tenir mon bras raide et immobile. » Renate devient pour un temps la maîtresse du futur dictateur raide mais entretient une relation avec un industriel juif.

 

Renate, qui avait suivi les cours de Max Reinhardt, refusera de tourner dans les films de propagande du parti nazi. Goebbels fera tout pour ruiner sa carrière. Elle devient très célèbre en 1930 avec le film Aimé des dieux. Elle chante également à merveille.

 

Placée sous la surveillance permanente de la Gestapo, elle sombre dans l'alcool, se drogue et souffre d’épilepsie. Elle se défenestre à Berlin le 7 octobre 1937 à trente ans. Elle meurt 14 jours après sa chute. La Gestapo l’a peut-être aidée à sauter. La profession a interdiction d’assister à ses obsèques, filmés par la Gestapo. Sa propriété est confisquée alors que ses parents et sa sœur y vivent encore.

 

(Æquivocus)

 

 

 

 

Néron. Pas un tendre, ce massacreur, débauché et matricide. Il naquit le 15 décembre 37 et mourut le 9 juin 68, assisté de son scribe Epaphrodite qui lui enfonça une épée dans la gorge, alors qu’il devait être exécuté de manière beaucoup plus violente.

 

Malgré tout le mal qu’on a dit de lui, Néron n’avait pas que des défauts : il améliora le sort des esclaves et encouragea les arts et les lettres. Selon la légende, il joua de la lyre pendant que Rome brûla. Mais il semble qu’il ait offert son palais aux sans-abris. Il fallait trouver des boucs-émissaires pour cet incendie. Ce furent les Chrétiens (secte juive à l’époque) que l’on jeta aux lions ou que l’on crucifia en les brûlant comme des torches. Tacite narra cet épisode en ces termes :

 

« Pour apaiser ces rumeurs, Néron offrit d'autres coupables, et fit souffrir les tortures les plus raffinées à une classe d'hommes détestés pour leurs abominations et que le vulgaire appelait chrétiens. Réprimée un instant, cette exécrable superstition se débordait de nouveau, non seulement dans la Judée, où elle avait sa source, mais dans Rome même. On saisit d'abord ceux qui avouaient leur secte ; et, sur leurs révélations, une infinité d'autres, qui furent bien moins convaincus d'incendie que de haine pour le genre humain. On fit de leurs supplices un divertissement : les uns, couverts de peaux de bêtes, périssaient dévorés par des chiens ; d'autres mouraient sur des croix, ou bien ils étaient enduits de matières inflammables, et, quand le jour cessait de luire, on les brûlait en place de flambeaux. Néron prêtait ses jardins pour ce spectacle, et donnait en même temps des jeux au cirque, où tantôt il se mêlait au peuple en habit de cocher, et tantôt conduisait un char. Aussi, quoique ces hommes fussent coupables et eussent mérité les dernières rigueurs, les cœurs s'ouvraient à la compassion, en pensant que ce n'était pas au bien public, mais à la cruauté d'un seul, qu'ils étaient immolés. »

 

Le Sénat finit par démettre Néron.

 

Apprenant que les sénateurs allaient lui imposer le supplice des parricides (le supplice étrusque du cuellus : recouvert d'une cagoule, cousu dans un sac de cuir dans lequel étaient introduits des animaux – coq, chien ou renard – le supplicié est jeté dans le Tibre), il fut contraint au suicide : abandonné de tous, il se réfugia dans la maison de campagne de Phaon, son fidèle affranchi et se poignarda à la gorge. Eglogue et Alexandrie, ses nourrices, ainsi qu’Akté, sa concubine, réunirent 200 000 sesterces pour réaliser son incinération et ensevelir ses cendres dans un mausolée qui se trouve aujourd'hui dans la Villa Borghèse.

 

(Subtractio).

 

 

Ses derniers mots furent Qualis artifex pereo !: « Quel grand artiste périt avec moi ! ».

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2 décembre 2013 1 02 /12 /décembre /2013 07:08

Le jardin de Versailles est l’exemple le plus connu et impressionnant du style « français ». Il s’agit d’une immense construction de verdure, d’eau, de marbre et de bronze. Les premières esquisses datent de 1630, sous Louis XIII, à l’ouest du château. En 1662, après la chute de Fouquet et la captation de Vaux-le-Vicomte, Louis XIV se concentre sur Versailles, avec l’aide de l’équipe de Fouquet (Le Vaux, Le Brun, Le Nôtre). Due à Le Vau, l’Orangerie profitait de la pente naturelle de la colline au sud du château. La grotte de Thétis, au nord, participait de la métaphore solaire. À partir de 1665, Louis XIV fit aménager une débauche de fontaines et de bosquets. La symbolique d’Apollon fut également exploitée. En 1668, Louis XIV fit creuser le Grand Canal (longueur 1 500 mètres, largeur 62 mètres). En 1674, il commanda 24 statues, exécutées sous les directives de Le Brun.

 

Sous Louis XVI, les jardins subirent d’importantes transformations. Ils furent totalement replantés en 1774, sous l’inspiration des philosophes rationalistes, l’idée étant de se rapprocher du jardin à l’anglaise.

 

L’art s’est progressivement et positivement substitué à la nature. L’homme a pleinement imposé sa loi. Mais le système a subsisté, le dogmatisme étant atténué par des statues allégoriques et des jeux d’eau inspirés de Byzance, les jardins de Byzance ayant par ailleurs inspiré les jardins d’Islam. Souvenons-nous que les Byzantins étaient des experts dans la  manipulation de l’eau et du feu : ils inventèrent avec le feu grégeois (dont le secret fut gardé pendant des siècles au point que sa composition exacte fut perdue) une préparation inflammable capable de brûler au contact de l’eau.

 

Seule le sculpteur Coysevox prit quelques libertés avec les schémas extrêmement rigoureux de l’architecte Le Brun. Il réalisa des copies de marbres antiques mais les autres artistes se coalisèrent, à la demande de Colbert, responsable des bâtiments nationaux, pour éliminer toute fantaisie italienne.

 

Après Versailles, le style du jardin à la française inspira l’Europe entière, en particulier l’Angleterre et l’Allemagne, comme celui-ci près de Hanovre :

 

 

Ce faisant, il n’échappa pas au maniérisme, la nature étant mise en coupe réglée de façon de plus en plus artificielle. On en a un bon exemple avec les jardins du château de La Ballue près du Mont-Saint-Michel :

 

 

 

 

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28 novembre 2013 4 28 /11 /novembre /2013 07:25

 

Aménagée à partir de 1544, la Villa d’Este, à Tivoli, près de Rome, comprenait cinq terrasses. La Villa fut un des premiers « giardini delle meraviglie » (jardin des merveilles) et servit de modèle pour d’autres jardins en Europe. Le cardinal à l’origine de ce projet s’inspira du palais de l’empereur Hadrien tout proche et pilla une grande quantité de marbre pour la construction. Il reprit les techniques d’approvisionnement en eau des Romains de l’Antiquité pour alimenter les fontaines. La villa comprenait cinq terrasses. Le décor végétal y jouait un rôle fondamental : les jeux d’eau, les grottes, les escaliers étant très subtilement intégrés aux cyprès et aux chênes centenaires.

 

 

Au cours de la Renaissance, l’art des jardins italiens sera acclimaté à la France. Dans les châteaux de la Loire, on verra des jardins ressembler à des tapisseries qui auraient été tendues autour des palais. On remarquera une nouvelle utilisation des plans d’eau qui se substitueront aux parterres.

 

Le premier jardin dit « à la française » sera celui du château de Vaux-le-Vicomte, propriété de l’homme à l’époque le plus riche de France, le surintendant des Finances Nicolas Fouquet. Celui-ci chargea Le Nôtre de modifier le jardin d’origine. Il canalisa une rivière, allongea le Parterre de la Couronne, agrandis les trois parterres situés devant le château. Une cascade sera construite et des grottes seront sculptées en 1660. A Vaux-le-Vicomte, la perspective est vertigineuse, les plans sont immenses, la dénivellation très faible. Du château, le regard porte loin, jusqu’à un canal terminé par une statue d’Hercule. Remarquable exemple d’une géométrie très conceptualisée, le jardin fait penser, vu du château – et c’est de là qu’il est censé être contemplé dans sa totalité – à une clairière de raison dans une forêt impénétrable. Vaux fut assurément le premier jardin en France à symboliser, au milieu du XVIIe siècle, le triomphe de l’esprit humain sur la nature.

 

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26 novembre 2013 2 26 /11 /novembre /2013 07:00

Pierre Merle. Les mots à la con. Paris : Mots &t Cie, 2005.

 

La honte m’habite : ce petit livre jubilatoire et fort utile m’a échappé lorsqu’il fut publié en 2005. L’auteur a écrit de nombreux ouvrages sur le vocabulaire français sous toutes ses coutures.

 

Qu’est-ce qu’un mot (ou une expression) à la con ? Pas un mot fautif, mais un mot dont on n’a pas besoin. Un mot vide de sens ou encore, dirais-je, qui a moins de sens mais qui est bien plus prétentieux qu’un mot préexistant, précis et qui ne se la joue pas. Pourquoi s’excite-t-on avec positionner alors que placer fait l’affaire, avec occulter alors que dissimuler convient fort bien, avec posture alors qu’attitude ne demande qu’à servir ? Pourquoi s’est-on laissé écœurer par convivial, utilisé à toutes les sauces, alors que l’on voulait dire sympathique, cordial, amical, chaleureux, voire ergonomique (ce fauteuil, ça le fait, il est convivial, et même sympa) ?

 

Le politiquement correct (qui est toujours de droite) frappe tant qu’il peut dans ce dérèglement de la langue française. Accompagner, c’est prendre pour compagnon. Un compagnon est celui avec qui on partage le pain. Tout cela est bien joli, mais que faisons-nous des « plans sociaux d’accompagnement » (allez, virez-moi tout ce beau monde et donnez-leur une aumône !), de l’accompagnant d’une personne en fin de vie, de l’accompagnement des détenus en fin de peine ? Tout cela relève de décisions que l’on qualifiera d’actes politiques forts, comme s’il en existait des faibles.

 

Pourquoi, il y a sept ou huit ans, au final a-t-il remplacé pour finirou finalement ?

 

Les Allemands disent heute. Encore plus rapides, les Espagnols disent hoy. Nous disons aujourd’hui – qui est déjà redondant puisque hui vient de hodie (hoc die, ce jour) – mais ce n’est rien comparé à au jour d’aujourd’hui. Ce qui est un peu too much.

 

À présent, on n’annonce pas qu’on est titulaire d’une licence ou d’une maîtrise. On est bac + 3 ou Bac + 4. Intéressant à deux titres : d’abord, presque tous les jeunes qui arrivent en terminale décrochent le bac. Ce dont ils ne sauraient faire trop de foin. Donc dire qu’on est bac relève plus de l’état civil que du niveau de connaissances. Et puis + 3 ou + 4 peut signifier qu’on est titulaire d’un diplôme ou d’un grade de l’université française, ou alors qu’on a glandé pendant trois ou quatre ans après le bac. Bref, en utilisant cette expression à la con qui se veut technique, on reste dans le flou absolu. On n’informe pas, on communique.

 

 

Booster. Partout l’on booste, en toutes circonstances, en tout lieux. À l’origine, booster est un terme d’électricité signifiant survolteur. Nous sommes dans l’idée de donner plus de puissance. D’où les boosters (propulseurs) qui suralimentent les moteurs des fusées. Par extension, booster signifie piqûre de rappel pour un vaccin. Aujourd’hui, l’air de la mer booste notre appétit, on recherche des programmes pour booster  l’audience et on espère qu’internet va booster  l’économie française.

 

Autrefois, un sourcier qui trouvait de l’eau captait ce don de la terre. Hodie, capter signifie comprendre, mais aussi déchiffrer, analyser, pardon décrypter pour parler le jargon vide des journalistes. On capte si c’est clair, en d’autres termes si c’est vrai, évident, sûr. C’est clair est devenu une expression-culte, comme le dernier CD de tel chanteur resté plus de trois mois en tête des ventes. Au quatrième mois, ce produit, qui n’a pas son pareil dans son segment, deviendra mythique. Peut-être, mais dans le futur (in the future) ? Sera-t-il un classique que l’on pourra décontextualiser ? Certainement (pardon : définitivement), si les ventes enflent jusqu’à parvenir à un effet tsunami (au diable les 230 000 morts de 2004).

 

Le mot citoyen utilisé à toutes les sauces me semble dater du gouvernement de cohabitation Jospin au début des années 2 000, à une époque de confusion politique, idéologique et donc langagière ultime. L’entreprise devait être citoyenne, comme les voitures non polluantes. La gauche plurielle dut se ranger derrière le protestant qui se marrait intérieurement, sans électrons libres pouvant emblématiser une quelconque dissidence. Le résultat fut énorme. Le Pen devança Jospin à la présidentielle. Entre guillemets, si j’ose dire (une expression et une gestuelle idiotes qui nous viennent des States – I quote), l’extémisme brun était à nos portes. Les bobos et les banlieues, qu’on n’avait pas trop vus jusqu’alors, descendirent dans la rue pour éradiquer (faire disparaître, détruire, anéantir ?) le mal. Il fallait recréer un espace pour la démocratie. Le Pen élu, c’en eût été fini de nos espaces de vie, de notre cocooning mérité. L’alternative était simple : escroc contre facho. Paradoxalement, l’escroc était politiquement, sinon éthiquement, correct. La victoire écrasante de Chirac fit sens. Les électeurs s’étaient déplacés en masse, chacun trouvant en ce dimanche frissonnant un moment, pardon une fenêtre d’opportunité (anglicisme doublé d’une inexactitude), pour aller aux urnes. Chirac put conclure (pardon : finaliser) sa campagne par un triomphe amer. Il n’avait même pas eu besoin de la gérer. Grosso modo (pardon : globalement) tout avait coulé de source. Son concept de quotas (pardon : d’immigration choisie) avait eu l’heur de plaire aux Français impactés par le chômage. Les électeurs de droite avaient oublié les incivilités (arrachage d’œil ou vol de cigarettes) incontournables des sauvageons chers à Chevènement, leur comportement envahissant (pardon : intrusifs).

 

La droite bien installée au pouvoir imposa au peuple des réformes pour lui apprendre la vie. Même les élèves furent concernés. Désormais, on leur délivra un livret de compétences, au lieu d’un bulletin trimestriel. Malheurs aux vaincus dont les compétences étaient ECA (en cours d’acquisition), à tous ces loosers (l’anglais écrit losers) bons pour les filiales low cost. Dans les classes, l’expression libre fut modérée (pour ne pas dire censurée). Les enseignants qui acceptèrent de plier s’inscrivirent dans la mouvance d’un nouveau positionnement. Les plus dociles furent récompensés par des promotions flatteuses, après avoir été short-listés, nominés par leurs supérieurs. Rien n’était vraiment (pardon : franchement) transparent. Des carrières furent plombées. Point barre ! Difficile de positiver. Chez nombre de victimes, la souffrance fut prégnante au point qu’il ne leur resta plus qu’à aller demander des calmants ou des euphorisants à leur pharmacien de proximité. Quelque part, c’était la cata. Face aux informations alarmistes qui remontaient, certains supérieurs hiérarchiques acceptèrent de revoir leur copie. Il ne leur fut pas facile de séparer le bon grain de l’ivraie, de segmenter leurs adjoints en bons et en mauvais, en malléables et en indociles. Ceux qui étaient proches de la retraite, les seniors, prirent leur mal en patience. Ils savaient que leur pension n’aurait rien de somptueux mais cela ne leur créait pas vraiment de souci. Y’avait pas de lézard ! À la maison, ils seraient supportés par leur conjoint (ou par des travailleuses du sexe ?)  qui leur ferait de bons petits plats, en évitant toutefois la surcharge pondérale. Mais que faire tendanciellement contre le système ?

 

 

Tout cela était trop. Hallucinant, même. Ubuesque. Il faudrait bien un jour zapper. Shunter cette vie devenue une zone de non-droitOn était dévastés.

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20 novembre 2013 3 20 /11 /novembre /2013 07:40

Par la suite, les jardins se répandront progressivement tout autour de la Méditerranée, par la Perse, le monde hellénique (sous l’empereur Alexandre) et Rome.

 

En Europe occidentale, les premiers jardins apparaîtront autour des abbayes au XIe siècle. Ils combineront des fonctions de potager et de lieux de détente. Les conditions monacales ou abbatiales pouvaient être rudes en ce temps-là. Ainsi, à l’abbaye de Clairvaux, la vallée était peut-être claire, mais la terre était si stérile que les religieux  durent d’abord se nourrir avec des feuilles de hêtre. Jusqu’au XVe siècle, les châteaux français et anglais seront quasiment dépourvus de jardins d’agrément. Çà et là, cependant, quelques vergers, quelques jardins d’« enchanteurs » inspirés par la tradition celtique, donc peu ou prou à thème, atténueront la sévérité des grandes bâtisses de l’époque.

 

Le premier jardin « classique », c’est-à-dire celui dont l’agencement fut commandé par des rapports géométriques avec celui de la demeure dont il constituait le cadre et la continuation, fut celui du Belvedère (belvedere : un lieu à partir duquel on voit, à partir duquel on a une belle vue) au Vatican. 23 hectares créés à la renaissance et à la période baroque, décorés de fontaines, de sources et de sculpture. La conception était due à l’architecte Bramante, dont l’art était imprégné de la présence autour de lui des ruines antiques qui parsemaient Rome. Le projet de Bramante comprenait trois terrasses dont la plus élevée s’étendait devant une façade formé d’un portique creusé en son milieu par une abside où abritait une loggia. La terrasse médiane devait être occupée par de grandes pelouses entourées de roseaux. Les trois plans étaient reliés par des escaliers monumentaux. Des statues, généralement d’inspiration antique, ornaient les grottes et les nymphées ménagées dans les murs de soutènement. Ce jardin était destiné à relier deux palais, c’est-à-dire à structurer géométriquement un espace à ciel ouvert.

 

 

Le jardin a aujourd’hui une flore très variée, au point qu’il constitue un biotope. Le site fut réaménagé au début du XVIIe, sous Jules II. Le jardin fut divisé en trois cours intérieures, les Cortili del Belvedere, le Biblioteca della et le della Pigna.

 

Dans le style de l’époque fut créé un labyrinthe rectangulaire, avec des buis, des pins parasols et des cèdres du Liban. Par définition, le labyrinthe est un lieu d’où on ne sort pas, sauf si l’on possède un fil d’Ariane. En fait, il suffit de longer un mur, en laissant sa main sans jamais l’enlever. Datant de la préhistoire, les labyrinthes constituaient un langage avant l’écriture. Il n’y a pas de labyrinthe dans la Bible mais on en trouve dans les cathédrales (Chartres, Lucques). Le plus grand labyrinthe de buis d’Europe est situé au château de Merville, près de Toulouse (XVIe siècle). Il fut conçu d’après des plans de Le Nôtre.

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17 novembre 2013 7 17 /11 /novembre /2013 09:24

Les personnes frappées par un deuil ont tous les droits. Même celui de se transformer en charmant, naïf ou exécrable poète ou poétesse. Il y a comme cela des lois du genre. Quand un président de la République meurt, les stations de radio de service public jouent de la musique classique. Pourquoi cette musique, en particulier, est-elle associée à la notion de deuil national (dans d’autres contrées, on joue de la musique militaire) ? Parfois, cela se conçoit : le deuxième mouvement de la symphonie Héroïque de Beethoven est bel et bien une marche funèbre. Mais, a priori, le 3e mouvement de la deuxième sonate de Chopin ne l’est pas. Le 2e mouvement de la septième de Beethoven non plus. À mon enterrement, pas de curé, de la musique. Au programme, il n’y aura pas le Requiem de Gounod. Mais “ Le Dernier Repas ” de Jacques Brel.

 

Alors, quand certains ont refermé le caveau d’un être cher, ils se croient obligés de faire confectionner, en marbre et à vil prix, des cucudgeries sans nom. À côté des sobres « À mon époux bien aimé », « À notre cher oncle », « À notre camarade », « Les voisins », on trouve l’indépassable « Repose en Paix », un classique qui ne mange pas de pain (surtout pour ceux qui en ont bavé sur terre), et puis tout une poésie aussi nulle que kitchissime. Pourquoi ?

 

Pourquoi des gens qui n’ont jamais écrit deux vers de leur vie, qui n’ont peut-être jamais lu une poésie sauf trois ou quatre fables de La Fontaine, se croient-ils tenus, obligés de rendre hommage à l’être cher en lui dédiant d’impossibles quoiqu’attendrissantes monstruosités, tant au niveau du contenu (les vers) que du contenant (le marbre). Il semble qu’il faille alors surjouer l’hommage, faire crisser les violons, dégouliner la guimauve et fulgurer les clichés.

 

Passons sur la métaphore archi-rebattue de l’ange qui s’est envolé à jamais lors de la mort d’un petit enfant. Les images florales écrasent tout le reste car les fleurs sont, dans notre culture comme dans bien d’autres, l’intercesseur idéal entre la personne disparue et ceux qui sont restés de ce monde. Malheureusement, elles activent des élans aussi poétiques que laborieux :

 

Gentilles fleurs

Messagères d’amitié

Dites-lui

Que notre cœur

Ne saurait

L’oublier

 

 

Pourquoi faut-il faire confiance aux fleurs pour se souvenir ? Quelle qualité d’âme – nous sommes à fond dans l’animisme – leur conférons-nous ?

 

Le souvenir est une rose

au goût suave et discret

C’est une fleur

Que l’on arrose

Avec les larmes d’un regret

 

 

 

Et puis il y a le livre, le grand livre de la vie :

 

Son souvenir

Est comme un livre

Bien aimé

Qu’on lit sans cesse

Et qui jamais

N’est refermé

 

La métaphore du livre sert à toutes les sauces, jusques et y compris quand le livre dénote l’existence, comme dans la photo ci-dessous d’un livre-tombe. Benjamin Franklin écrivit à vingt-deux ans sa propre épitaphe (qui ne fut pas utilisée), en tricotant, avec ironie et cynisme, la métaphore livresque :

 

Le corps de

B. Franklin, imprimeur,

(Tel la couverture d'un vieux livre,

dépouillé de ses feuilles,

de son titre et de sa dorure)

Repose ici, pâture pour les vers.

Mais l'ouvrage ne sera pas perdu

et reparaîtra, c'est la foi de Franklin,

dans une nouvelle édition, plus élégante,

revue et corrigée

par l'auteur.

 

Le livre est un témoignage supérieur d’éternité qui ramène le défunt au niveau des choses et des humains.

 

Nous sommes bien loin d’affirmations, d’injonctions de poètes authentiques, comme Musset et son épitaphe du Père-Lachaise :

 

Mes chers amis, quand je mourrai

Plantez un saule au cimetière.

J'aime son feuillage éploré ;

La pâleur m'en est douce et chère

Et son ombre sera légère

À la terre où je dormirai.


 

 

Ou de celui de Shakespeare :

 

Bon ami par le nom de Jésus, abstiens-toi

De creuser la poussière enfouie ici

Béni soit celui qui épargne ces pierres

Mais maudit soit celui qui dérange mes os.

 

Dans ces adresses aux survivants, on ne ressent nulle peur, mais beaucoup de sérénité.

 

Outre Musset, l’arbre inspira Brassens dans sa “ Supplique pour être enterré sur la plage de Sète ” (la supplique a été inscrite sur un écriteau planté près de sa tombe) :

 

Est-ce trop demander, sur mon petit lopin,

Plantez je vous en prie une espèce de pin,

Pin parasol de préférence

 

(J’adore ce « de préférence », tout comme « trop demander » et « je vous en prie », par quoi Brassens met son appréhension à distance).

 

Assurément, la tonalité générale est quand même celle de l’angoisse, du doute, éventuellement. En témoigne cette épitaphe de Félix Guattari qui a dû perturber plus d’un badaud au Père-Lachaise :

 

Il n'y a pas de manque dans l'absence ; l'absence est une présence en moi.

 

 

Il y a aussi les inscriptions vengeresses, de couards qui se défoulent enfin. Mais pourquoi en vers ?

 

Ci-gît ma femme : ho! qu'elle est bien !

Pour son repos et pour le mien.

 

Ou bien :

 

Ci-gît ma femme

Là elle repose

Allélouia

 

 

Ou encore la fausse modestie pas du tout apaisée de Maurice de Vlaminck :

 

Je n’ai jamais rien demandé,

la vie m’a tout donné.

J’ai fait ce que j’ai pu,

j’ai peint ce que j’ai vu.

 

Qui ne vaut pas celle de cet obscur :

 

Je fus quelqu’un

Qui ?

Ce n’est pas vos oignons

 

Ni celle d’Alexis Piron qui se vengea de Louis XV qui lui avait refusé l’accès à l’Académie française malgré une brillante élection :

 

Ci-gît Piron


qui ne fut rien,


Pas même académicien.

 

Je terminerai par l’épitaphe interactive d’un mort généreux (britannique) :

 

Lecteur

Si tu as besoin de quelques sous

Creuse quatre pieds là-dessous

Tu trouveras une pièce

 

 

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16 novembre 2013 6 16 /11 /novembre /2013 07:29

Avant d’inventer le pot d’échappement (j’déconne !), Midas fut un formidable commerçant qui enrichit le royaume de Phrygie. La légende veut qu’il transformait en or tout ce qu’il touchait. Comme il ne pouvait ni manger ni boire, il demanda à Dyonisos de lui reprendre son don. Dyonisos lui ordonna de se laver les mains dans les eaux du Pactole dont le sable se changeait en or.

 

Plus prosaïquement, les Cimmériens convoitaient la terre opulente de Midas. Ils l’envahirent, mettant finn (et non faim) aux pouvoirs du roi aurifère. Se souvenant de l’oracle de Silène qui, à sa question : « Quel est le plus grand bien pour l’être humain ? », avait répondu : « N’être pas né. Sinon mourir tout de suite. », il se tua en buvant le sang d’un taureau empoisonné. Cela se passait en 676 avant Jésus-Christ.

 

(Pudor)

 

 

 

 

Yukio Mishima naquit en 1925. Sa mère était une femme cultivée qui l’encouragea à lire. Son père un personnage brutal qui l’empêcha de lire. Mishima fut, sa vie durant, un être de contradictions, hésitant entre les hommes et les femmes, la solitude et la médiatisation, l’écriture de romans de gare et de littérature sérieuse.

 

Dans son premier grand succès, Confessions d’un masque (1949), il expose ses difficultés à être un homme et son rapport difficile à l’homosexualité. Dans les années 1960, il devient farouchement nationaliste (après avoir vécu pendant longtemps à l’européenne) et s’engage dans les Forces d’autodéfense du Japon et dans la milice privée Tatenokai, dont le but est de protéger l’empereur et de lui rendre son statut divin.

 

Le 25 novembre 1970, la milice enlève un général. Mishima harangue un millier de soldats sur le thème du déclin de l’idéal nippon. Réaction goguenard des soldats. Sous les sifflets de la troupe, Mishima crie trois fois « Longue vie à l’empereur ! » et s’éventre (il devait être décapité par un assistant qui n’en eut pas la force). Ce suicide avait été pensé pendant plus d’un an. Il avait décrit une action similaire dans son roman Chevaux échappés.

 

Dans son essai Mishima ou la vision du vide, Marguerite Yourcenar estima que son suicide avait été la plus « préparée » de ses œuvres.

 

(Jactatio)

 

 

 

 

La librairie d’Adrienne Monnier n’était pas seulement le dernier salon où l’on cause. Fondée en 1915, la Maison des Amis des Livres accueillit Valéry, Joyce, Aragon, Hemingway, Cendrars, Fitzgerald ou Erik Satie. Dans les années trente, elle accueille des écrivains allemands antinazis (Walter Benjamin entre autres).

 

En 1929, Monnier publie la première traduction française de Ulysses de Joyce. Son amie de cœur Sylvia Beach avait aidé à la parution de la version originale en 1922. 

 

Atteinte de la maladie de Ménière, qui affecte gravement l’oreille interne, elle ferme la boutique en 1951. En 1955, à 63 ans, elle s’administre une dose mortelle de médicaments. Elle écrit : « Je mets fin à mes jours ne pouvant plus supporter les bruits qui me martyrisent depuis huit mois. Je vais à la mort sans crainte, sachant que j’ai trouvé une mère en naissant ici et que je trouverai également une mère dans l’autre vie. »

 

Sylvia Beach mourra en 1962.

 

(Valetudinis adversæ impatienta).

 

 

 

 

Je passe sur Marylin Monroe (après tout, il y a doute) pour terminer avec la littérature et un personnage qui ne suscitait pas spontanément la sympathie : « Henri de Montherlant (qui s’appelait en fait Henry Marie Joseph Frédéric Expedite Millon de Montherlant).

 

Issue d’une famille de petite mais authentique noblesse, sa famille possédait le château de Montherlant dans l’Oise. Né en 1895, Montherlant était féru d’amitié virile, de corridas (il toréa), de toute les civilisations méditerranéennes. Patriote, voire nationaliste, il écrivit Chant funèbre pour les morts de Verdun. À trente ans, il est pris d’un doute métaphysique et renonce à faire carrière. Il séjourne longuement en Algérie et dénonce la violence coloniale dans un texte intitulé La Rose de sable.

 

À la fin des années trente, il est très nettement anti-munichois : « Chaque jour, avec une savante technique de la bassesse, on s'efforce de donner à la France une âme et une morale de midinette », « Ce n'est pas de minutes de silence dont nous avons besoin, c'est d'avions, Monsieur Daladier ». Il refusa de collaborer, sans pour autant rejoindre la Résistance.

 

En 1960, il est élu à l’Académie française sans en avoir fait la demande.

 

Devenu quasiment aveugle, il se suicide le 21 septembre 1972, le jour de l’équinoxe, « quand le jour est égal à la nuit, que le oui est égal au non, qu'il est indifférent que le oui ou le non l'emporte. » À son domicile parisien, il avale une capsule de cyanure et se tire une balle dans la bouche, de crainte que le cyanure ne soit éventé. Montherlant laisse un mot à Jean-Claude Barat, son légataire universel : « Je deviens aveugle. Je me tue ». De cette mort volontaire, Julien Green écrivit quelques jours plus tard : « Ayant inventé un personnage tout de bravoure et d'éclat, il a fini par le prendre pour lui et s'y est conformé jusqu'à la fin. »

 

Ses cendres seront dispersées par Jean-Claude Barat et Gabriel Matzneff à Rome, sur le Forum, entre les pierres du temple de la Fortune virile, et dans le Tibre.

 

À propos du suicide, il avait écrit ceci : « Chez les Romains, le suicide est accompli par les hommes les plus posés et les plus dignes. Un moment vient où la somme des dégoûts que l’on éprouve ou que l’on attend est par trop supérieure à la somme des agréments ; on se tue et cela est appelé la « sortie raisonnable » (j’insiste sur le mot « raisonnable », tout opposé à notre conception moderne, où suicide équivaut plus ou moins à détraquement). »

 

Concernant Montherlant et les (jeunes) garçons, on peut lire (et voir) ceci.

 

(Tædium vitæ)

 

 

 

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15 novembre 2013 5 15 /11 /novembre /2013 06:52

Souvenons-nous de ce postulat du Géographe Yves Lacoste : « Toute action politique relève d’un raisonnement géographique ; toute prise de décision s’appuie sur une manière de penser l’espace. »

 

Par définition, un jardin, lorsqu’il n’est pas potager, lorsqu’on n’y cultive pas de façon ordonnée, est un endroit pris sur la nature pour servir aux plaisirs de l’homme. Le jardin est toujours conçu comme une reproduction, une image du monde. Il met en jeu, selon un ordre établi plus ou moins conscient, la terre, le ciel, l’eau les couleurs, toutes sortes de formes, parfois même des animaux. La séparation d’avec la nature commence à l’endroit précis où l’homme impose son ordre aux objets naturels préexistants.

 

L’homme crée les jardins à sa mesure au sens où les formes sont modelées selon des normes et des canons humains. Parfois l’impression dominante est que le jardin obéit aux lois de la nature. Parfois, au contraire, il tend vers une reconstruction totale, stable, voire pétrifiée de la nature. Le végétal se moule alors selon les formes du minéral. Des rideaux d’arbre peuvent ainsi ressembler à des murs, des massifs à des statues, des bordures de fleurs à des bordures de pavés.

 

Comme les cités et comme l’écriture, les premiers jardins sont nés il y a environ 5 000 ans en Mésopotamie. Au début des premières civilisations, les hommes ont décidé de consacrer des espaces pensés, artistiques, symboliques, sacrés. Ils maîtrisaient les techniques de la terre, de l’eau. Ils surent, par la plantation de palmiers, maîtriser les phénomènes d’évaporation. Deux mille ans avant Jésus-Christ, les rois de Mésopotamie donnent des banquets dans leurs jardins. Les cours intérieures de leurs palais sont ombragées. Les temples sont agrémentés de vergers pour honorer les dieux. À la même époque, les Assyriens créent de grands jardins publics en amenant l’eau des montagnes par des canaux. Le roi Sennachérib, grand urbaniste, reconstitue des marécages où des hérons viennent s’ébrouer. Les jardins suspendus de Babylone seront considérés comme l’une des sept merveilles du monde.

 

 

Comme c’est souvent le cas pour des inventions humaines, les techniques liées aux jardins, de même que la réorganisation de l’espace familier, furent en premier lieu mises au service de l’agrément, du plaisir, sans forcément répondre à la satisfaction à la satisfaction de besoins vitaux. Ces jardins étant le plus fréquemment dédiés aux divinités, ils remplissaient à la fois des fonctions sacrées et profanes.

 

Mille ans plus tard, l’Égypte découvre à son tour les jardins. Grâce au Nil, don de dieu de par la mythologie, les Égyptiens produisirent eux aussi dans ces lieux davantage de fruits que de denrées de subsistance.

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