Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
28 août 2013 3 28 /08 /août /2013 14:28

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
24 août 2013 6 24 /08 /août /2013 17:38

Un calumet dans la main droite, un enfant par la main gauche, c'est...

Il frôle le ridicule mais s'arrête au bord
Partager cet article
Repost0
21 août 2013 3 21 /08 /août /2013 15:57

Je ne suis pas un lecteur phénoménal de poésie, mais ce pont-là m’a accompagné toute ma vie. Des tonnes de lectures en sont possibles. Dans ce qui suit, j’insisterai sur le côté symbolique de ce texte. N’attendez rien de franchement original. Juste mon empathie.

 

Comme le pont est un symbole à la fois paternel et maternel, il faut bien s’arrêter sur les origines du poète. Apollinaire est né de père inconnu (vraisemblablement un officier italien). Sa mère, Angelica de Wąż-Kostrowicky, appartenait à la vieille aristocratie russo-polonaise mais vivait de ses charmes de demi-mondaine à Rome quand son enfant est né. Elle déclara Guillaume sous le nom de Dulcigny, d’un père inconnu et d’une mère anonyme. Quelques mois plus tard, elle le déclara sous le nom de Guglielmo Alberto Wladimiro Alessandro Apollinare de Kostrowitzky. On comprend que l’adulte Guillaume ait aimé établir des ponts.

 

Dans de nombreuses légendes, les ponts sont construits par le diable qui accepte cette tâche à condition que la première personne qui l’emprunte lui appartienne en sacrifice. D’où des dizaines de vieux ponts surnommés “ Pont du diable ” en France. Ou “ Devil’s Bridge ” en Grande-Bretagne (je recommande tout particulièrement les chutes sinistres des trois “ Devils’s Bridges ” près d’Aberystwyth au Pays de Galles). Heureusement, le diable se fait le plus souvent avoir dans ce marché de dupe. En Côte d’Ivoire, des ponts de liane très élaborés sont construits en une nuit par des experts anonymes aux pouvoirs quasi surnaturels. La population n’a pas le droit d’assister à la construction.

 

Les Freudiens adorent les ponts. Une association lacanienne a été lancée en 2001 sous le nom de Pont Freudien. Elle publie la revue Ruissellement. Forcément.

 

Le pont sert à franchir deux moments de l’existence, deux espaces-temps, deux rives de l’espace physique ou intérieur. Ces deux rives sont rarement semblables. Dans la mythologie égyptienne, le pont relie la terre au ciel, le monde des humains à la spiritualité. Il est donc vertical. Le franchissement d’un pont (« Il suffit de passer le pont, c’est tout de suite l’aventure ») peut être bénéfique ou maléfique. Cela peut dépendre du sens dans lequel il est emprunté. Sur le pont, on ne regarde pas en arrière (voir les films du temps de la Guerre froide avec les échanges de prisonniers).

 

Le pont est un symbole phallique. Parfois de manière métonymique, comme le Pont du Gard avec son lièvre à trois queues. En Russie, le groupe artistique militant Voïna s’est intéressé, dans cette optique, à l’un des ponts de Saint-Pétersbourg. Plusieurs ponts sur la Néva séparent les quartiers bourgeois des quartiers ouvriers. En 1917, tous les ponts furent levés pour préserver (sans réussir) les lieux du pouvoir aristocratiques. Le 14 juin 2010, le groupe Voïna a dessiné un phallus de 60 mètres de haut sur le pont Litéïny situé devant le bâtiment de l’ancien KGB.

 

Le pont en chaque individu relie le moi vécu comme réel à un moi imaginaire, perdu ou espéré. Les jambes solides du pont nous aident à franchir les angoisses de la dépression. En tant qu’œuvre d’art, le pont est une consolation par rapport au réel. Il est alors symbole maternel car on peut le comparer à un cordon ombilical. Les arcades sont féminines, comme les arcs de triomphe qui symbolisent la Mère-Patrie.

 

Si le pont a un caractère phallique, il est aussi féminin et même “maternel”. Témoin la construction d’arcades nommées “arcs de triomphe” qui symbolisent la “Mère-Patrie”. Où l’on peut placer un soldat mort, enfant de toutes les guerres (autrefois, selon les légendes, on offrait aux ponts un ouvriers-bâtisseurs qu’on emmurait). Le pont est associé au corps humain, comme dans le football ou dans le Yoga (« petit-pont », « grand-pont »).

 

Revenons à Apollinaire :

 

Sous le pont Mirabeau coule la Seine

Et nos amours

Faut-il qu'il m'en souvienne

La joie venait toujours après la peine

 

Vienne la nuit sonne l'heure

Les jours s'en vont je demeure

Les mains dans les mains restons face à face

Tandis que sous

Le pont de nos bras passe

Des éternels regards l'onde si lasse

 

Vienne la nuit sonne l'heur

Les jours s'en vont je demeure

 

L'amour s'en va comme cette eau courante

L'amour s'en va

Comme la vie est lente

Et comme l'Espérance est violente

 

Vienne la nuit sonne l'heure

Les jours s'en vont je demeure

 

Passent les jours et passent les semaines

Ni temps passé

Ni les amours reviennent

Sous le pont Mirabeau coule la Seine

 

Vienne la nuit sonne l'heure

Les jours s'en vont je demeure

 

 

Le thème central du poème est bien sûr la triple fuite du temps, de l’eau et de l’amour. L’amour coule comme le fleuve. L’amour se confond avec le temps. Cet amour est malheureux, souffreteux. Aujourd’hui, en tout cas, parce qu’hier l’amour, certainement idéalisé, était plus heureux (« la joie venait toujours après la peine »). Apollinaire écrivit ce poème en 1912, suite à sa rupture avec le peintre Marie-Laurencin qui l’avait quitté, entre autres, à cause de son alcoolisme invétéré.

 

Le poème est constitué de quatre quatrains et refrains sous forme de distique. Les vers sont des heptasyllabes, très en vogue depuis Verlaine. La reprise de « Sous le pont Mirabeau coule la Seine » à la fin du poème renforce l’impression de circularité. Les nombreuses répétitions créent la monotonie, le gémissement, presque la quérimonie.

 

Scandé, l’appel à la nuit a son importance. Par parenthèse, « Vienne la nuit » a excité mon imagination quand j’étais lycéen. Pouvait-il s’agir de la capitale de l’Autriche, de la sous-préfecture de l’Isère ou du département du centre-ouest ? On peut penser que, comme chez Proust, l’obscurité marque en fait la séparation d’avec la mère. Il y a du jour dans ce poème, mais c’est la nuit qui vient alors que les jours s’en vont. Le verbe « demeurer » est une petite merveille. On peut l’entendre comme la double mort de celui qui perd la mère et la fiancée. On peut aussi prendre le verbe dans son sens originel – qui a donné moratoire – de délai, de retard (« il y a péril en la demeure »). Le triste amoureux est alors incapable d’agir et l’on retrouve le sens moderne du verbe : le pauvre homme est immobilisé, les pieds dans le béton. Mais, en même temps, face à la fuite de l’amour et du temps, il refuse ce qui s’en va, protégé par l’espace maternel de la maison.

 

Nombreux sont les termes qui, chez cet être délaissé, disent le contact corporel : mains, face, bras, regards. Des regards paradoxalement, bizarrement, « éternels ». Le « face à face » relève au moins autant d’une relation mère-enfant que d’une relation entre amants. Tout comme « le pont de nos bras ». Ce qui passe sous ce pont, c’est l’onde, donc la mère.

 

Les deux vers :

Le pont de nos bras passe

Des éternels regards l'onde si lasse

 

sont volontairement ambigus. On peut les comprendre comme “ l’onde est lasse des regards ” ou comme “ l’onde des regards est lasse ”. Au bout du compte, le résultat est le même, celui de la perte. Si l’onde des regards est lasse, l’amoureux est rejeté, comme il l’était dès le début du poème. Si l’onde est lasse des regards, la mère est lasse d’être regardé, comme dans tout schéma œdipien normal.

 

« L'amour s'en va » comme « l’eau courante ». L’eau de la vie, le lait maternel, peut-être. L’eau de la Seine (primitive ?) en tout cas. Qui coule (Seine-sein), maternelle, sous le pont paternel. Consciemment ou pas, ce pont n’a pas été choisi au hasard. Dans Mirabeau, il y a eau. La mère est donc inféodée au phallus paternel. Le père est beau et on le regarde (“ Mira ”). Ce phallus qui un jour “ m’ira beau ” lorsque toi ma mère, toi ma fiancée, vous me trouverez beau. Pour l’anecdote, Mirabeau était un être d’eau puisqu’avec sa tête énorme, il était vraisemblablement hydrocéphale.

 

 

Apollinaire et Marie Laurencin par Le Douanier Rousseau. Ni l'un ni l'autre ne sont ressemblants. Ouf !

 

La voix d'Apollinaire ici . Un très mauvais récitant, mais on récitait, on jouait comme ça à l'époque.

Partager cet article
Repost0
20 août 2013 2 20 /08 /août /2013 10:20

Il est des supplices peut-être plus doux que d'autres. Par exemple, regarder Plus Belle la Vie en continu pendant 48 heures. Le spécialiste de l'image André Gunthert vient de tenter l'expérience avec Les Sopranos. Le résultat de cette expérience ne manque pas de sel.

 

 

La consommation immersive, ou la fiction augmentée
 
Par André Gunthert

Je n’avais pas encore eu l’occasion de regarder la série “Les Sopranos” (David Chase, HBO, 1999-2007). Le décès de l’acteur James Gandolfini m’a incité à mettre cette œuvre au programme du début de l’été, et sa qualité a rapidement entraîné une consommation boulimique en famille. A raison de deux épisodes par soirée, quatre saisons (sur six), soit une cinquantaine d’épisodes, ont été visionnées durant le mois de juillet.

 

Typique des nouvelles consommations asynchrones de contenus culturels, cette absorption à haute dose a des effets spécifiques. Au bout de plusieurs jours, les personnages de la fiction prennent une densité particulière, et s’insinuent dans le quotidien en devenant des quasi-personnes. En quelques semaines, la connaissance appronfondie de ces figures fait qu’on y pense ou qu’on en discute comme s’il s’agissait d’amis proches ou de membres de la famille.

 

 

Cette présence augmentée interroge les limites de la fiction, dont on pressent qu’elle ne doit qu’à une moindre densité informationnelle de ne pas être confondue avec le réel. C’est d’ailleurs l’avertissement volontiers adressé aux gamers frénétiques que de ne plus pouvoir faire la part entre imaginaire et réalité, certains soupçonnant les jeux vidéos d’une emprise particulière.

 

Une autre expérience immersive m’a montré que ces effets sont moins les conséquences d’une technologie ou d’un support que d’une durée et d’une fréquence d’application. Ma découverte de La Recherche du temps perdu a en effet pris la forme d’une consommation pathologique, et n’a dû qu’à son caractère de chef d’œuvre estampillé d’être admise par mes proches.

 

Lire la suite et d'intéressants commentaires ici.

Partager cet article
Repost0
15 août 2013 4 15 /08 /août /2013 08:48

Le drapeau de l'Union européenne est un symbole marial. Citons Wikipédia :

 

Les figures imposées par la commission : simplicité, lisibilité, harmonie, esthétique, équilibre, valeur symbolique, sont respectées. Paul M.G. Lévy s'adressa à Arsène Heitz Arsène Heitz, qui proposa un simple cercle de douze étoiles d'or, sur fond bleu, allusion discrète mais évoquée par le concepteur du drapeau lui-même, « les 12 étoiles qui entourent la couronne de la Vierge Marie ».

 

 

Après de nouvelles discussions sur le nombre de ces étoiles, on a fini par en conserver ce nombre de douze, bien que le Conseil de l'Europe ne comportait plus douze membres depuis août 1949. En fait, le nombre douze, depuis des milliers d'années, a une grande valeur symbolique et représente le mouvement dans la stabilité. On le retrouve dans les douze heures du matin et de l'après-midi, dans le nombre de mois dans une année, mais aussi dans le nombre de signes du zodiaque, le nombre de divinités olympiennes, etc. Le 25 octobre 1955, l'Assemblée parlementaire choisit à l'unanimité un emblème d'azur portant une couronne de douze étoiles d'or. Le Comité des ministres du Conseil de l’Europe adopta définitivement cette proposition lors de sa réunion du 9 décembre 1955 alors que le texte portant adoption du drapeau était signé le 8 décembre 1955, qui, par coïncidence se trouve être le jour de l'Immaculée conception. La bannière est inaugurée solennellement le 13 décembre de la même année à Paris.

 

Plus ici.

Partager cet article
Repost0
14 août 2013 3 14 /08 /août /2013 16:16

Une histoire insensée que nous racontent François de Negroni et Corine Moncel, les auteurs du Suicidologue. En 70, en Judée, le peuple juif est enfin « pacifié » avec la chute de Jérusalem. Mais la petite citadelle de Massada résiste encore. Il faudra quatre ans aux légions de Vespasien pour en venir à bout.

 

Dans la nuit du 2 au 3 mai 74, ses 960 habitants choisissent de se tuer. Les hommes égorgent d’abord les femmes et les enfants puis tirent au sort les dix d’entre eux qui trancheront les cous restants. Parmi les dix, l’un est désigné pour tuer les neuf autres. Puis il se transperce de son glaive. En 67, les Juifs de Jopatapa avaient déjà utilisé cette méthode. Mais les deux derniers avaient préféré se livrer aux Romains. L’un de ces deux n’était autre que l’historien Flavius Josèphe, de son vrai nom Yossef ben Matityahou HaCohen.

 

En 66, 5 000 habitants de Gamala s’étaient jetés du haut d’une forteresse pour les mêmes raisons. Gamala est la ville natale du célèbre chef révolutionnaire Judas de Gamala (ne pas confondre avec Iscariote).

 

Selon le spécialiste de l’ésotérisme Robert Ambelain, ce Judas serait le père biologique de Jésus. Jacques et Simon seraient les frères du Christ. Jésus et Jean le Baptiste seraient un seul et même personnage.

 

(Subtractio)

 

 

 

 

Soit Robert Maxwell s’est suicidé (ruiné à la suite d’affaires hasardeuses aux États-Unis), soit il a été liquidé et son meurtre déguisé en suicide. Il naquit sous le nom de Ján Ludvik Hochen en 1923 à Slatinské Dôly, en  Slovaquie (aujourd’hui en Ukraine), dans une famille juive très pauvre qui sera exterminée pendant la guerre. Il arrive au Royaume-Uni en 1940 et s’engage dans l’armée britannique.

 

En 1951, il achète le petit éditeur Pergamon, qu’il développe spectaculairement. De 1964 à 1970, il est un député travailliste bruyant et arrogant à la Chambre des Communes. Il ne parvient pas à racheter l’hebdomadaire News of the World (7 millions d’exemplaires à l’époque) et il perd le contrôle de Pergamon … qu’il retrouvera en 1974. Ses affaires sont domiciliées au Lichtenstein. Il achète le Daily Mirror, puis s’associe à Bouygues pour acheter TF1. Le passé de pseudo-socialiste du personnage séduit Mitterrand.

 

À l’âge de 68 ans, il chute de son yacht au large des Canaries. Certains ont avancé qu’il aurait été éliminé par le Mossad, dont il aurait été un agent. Rien n’a été prouvé en ce sens. Son groupe ne lui survécut pas.

 

(Æquivocus)

 

 

 

 

Né en 1913, l’ancien soldat Reeves Mc Cullers était l’époux de Carson Mc Cullers (née Lula Carson Smith en 1917). En se mariant, ils avaient passé un pacte : à tour de rôle, l’un écrirait pendant que l’autre ferait bouillir la marmite. Malheureusement pour lui, Reeves était un nain artistique à côté de sa femme, qui publia à 23 ans son premier roman à succès : « Le cœur est un chasseur solitaire. Puis Reflets dans un œil d’or (qu’elle dédia à la Suissesse Annemarie Schwarzenbach, dont elle était tombée follement amoureuse), porté au cinéma par John Huston.

 

Reeves et Carson se marièrent en 1937, divorcèrent en 1941 et se remarièrent en 1945.

 

Suite à une forte dépression, elle tenta de se suicider en 1947. En 1948, elle était entièrement paralysée du côté gauche. Et alcoolique des deux côtés. En 1952, le couple s’installa à Bachivillers dans l’Oise, où il se déchira. Reeves tenta de se pendre à un pommier de son jardin mais la branche rompit. Le 18 novembre 1953, toujours aussi stérile littérairement parlant, il loua une chambre d’hôtel à Paris et ingurgita de l’alcool et des barbituriques. Sa femme n’écrira plus rien jusqu’à sa mort d’une hémorragie cérébrale en 1967.

 

(Impatienta doloris)

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
11 août 2013 7 11 /08 /août /2013 09:36

J’ai toujours eu un faible pour le génie et les déboires de la famille Mann. Né en 1906, Klaus est le deuxième enfant de Thomas Mann. Bien que très doué, il aura du mal à être autre chose que le fils de son père.

 

Il publie sa première pièce de théâtre en 1925, puis son premier roman l’année suivante. Il y évoque sans honte son homosexualité. En 1927, il entreprend un tour du monde, à partir des Etats-Unis. À Paris, il rencontre Gide, Cocteau, Crevel.

 

Opposant au nazisme, il quitte l’Allemagne en 1933. Il est déchu de la nationalité en 1934. Il obtient, comme les siens, la nationalité tchécoslovaque. Il devient dépendant à divers drogues mais tente de se soigner. En 1938, il part couvrir la guerre d’Espagne comme journaliste. Il publie ensuite son ouvrage le plus important : Le Volcan, où il se fait l’avocat d’un socialisme humaniste. Enfin, son père reconnaît ses talents d’écrivain : « Je l'ai lu de bout en bout, avec émoi et amusement... Plus personne ne contestera que tu es meilleur que la plupart – ce qui explique ma satisfaction en te lisant... »

 

Il décide de ne plus écrire en allemand, la langue pervertie par les nazis. De plus en plus dépressif, il tente de se suicider en 1942. Il s’engage dans l’armée des États-Unis en 1943 et obtient la nationalité du pays. En 1945, il est envoyé en reportage en Europe, il visite le camp de Theresienstadt et interviewe Goering, et aussi Richard Strauss.

 

Il ne se fait guère d'illusion sur la dénazification de l’Allemagne. Il est très affecté par les suicides de Zweig, Crevel et Toller. Il sent sa sœur Erika s’éloigner de lui (l’inceste dans la famille Mann est un tropisme) et sombre à nouveau dans la drogue. Il tente à nouveau de se suicider en 1948. Il ne se rate pas en 1949, à Cannes. Seule de la famille, son frère Michael assiste à l’enterrement.

 

Son père écrivit ceci :

 

« Il n'aurait pas dû faire ça. L'acte s'est visiblement produit alors qu'il ne s'y attendait pas lui-même, avec des somnifères qu'il avait achetés dans une droguerie à New York. Son séjour à Paris a été lourd de conséquences. Mes rapports avec lui étaient difficiles et point exempts d'un sentiment de culpabilité puisque mon existence projetait par avance une ombre sur la sienne [...]. Il travaillait trop vite et trop facilement. »

Sur sa tombe, sa sœur, Erika, fit graver une phrase de l’évangile selon Luc : « Celui qui cherche à sauver sa vie la perdra, mais celui qui perd sa vie, celui-là la sauvera ».

 

(Impatienta doloris).

 

 

Klaus et Erika

 

 

 

Simone Mareuil (1903-1954) est l’actrice qui se fait sectionner l’œil dans Un chien andalou de Bunuel. Malheureusement, elle ne résistera pas à l’avènement du cinéma parlant et s’immolera par le feu, une nuit, en plein milieu de son village.

 

(Impatienta doloris).

 

 

 

 

 

Thierry de Martel était le fils de la femme de Lettres Gyp, notoirement antisémite. Il naquit comte en 1875 à Lunéville. En tant que médecin, il fut un des pionniers de la neurochirurgie française. Lorsqu’il mourut en 1940, André Maurois déclara « Avec lui nous perdons un ami incomparable ».

 

Joueur de rugby de haut niveau, Martel servit pendant la Première Guerre mondiale comme médecin officier. Son fils mourut lors du conflit, vraisemblablement par suicide, traumatisé par les combats. Martel jura de ne plus adresser la parole à un Allemand.

 

Lorsque les troupes allemandes entrèrent dans Paris, ce nationaliste bon teint décida de se supprimer en s’injectant une dose mortelle d’acide cyanhydrique. À côté de lui, Hernani, de Victor Hugo, avec ces mots soulignés :

 

« Puisqu’il faut être grand pour mourir, je me lève. »

 

Il avait auparavant écrit à son ami Bullit : « Je vous ai promis de ne pas quitter Paris. Ne vous ai pas dit si j'y resterai mort ou vivant. ……. Adieu. Martel. »

 

(Jactatio).

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
10 août 2013 6 10 /08 /août /2013 09:45

Dominique C., une collègue de Mediapart, a publié cette brève concernant une erreur de traduction en milieu médical. Heureusement qu'on ne meurt pas du genou !

 

Un total de 47 patients opérés du genou dans un hôpital de Berlin ont été victimes d'erreurs médicales dues à une mauvaise traduction du mode d'emploi de la prothèse implantée.

Les patients souffraient de l'articulation du genou. Les médecins posèrent des implants mais mirent les prothèses sans ciment, parce que la notice avait été traduite "prothèse ne nécessitant pas de ciment." En anglais l'indication était «prothèse non modifiable, doit être cimentée" (non-modular cemented).

Les médecins avaient été formés à l'utilisation de la prothèse sans que personne ne remarque l'erreur. Un représentant du fabricant, qui assistait à la première opération effectuée à Berlin, n'avait rien remarqué d'anormal.

Les patients opérés durant cette période ont été informés de l'erreur, et un tiers d'entre eux s'étaient déjà plaints qu'ils avaient des problèmes avec la nouvelle prothèse. La moitié d'entre eux ont décidé d'être réopérés (...)

Un professeur de chirurgie orthopédique a critiqué le fait que "certains produits arrivant sur le marché européen n'ont que des indications en anglais" au lieu d'être traduit en plusieurs langues, il n'y a que des dessins.

 

Partager cet article
Repost0
8 août 2013 4 08 /08 /août /2013 08:42

Il y a quelques semaines, le journaliste culturel d’Europe 1 Nicolas Carreau, qui m’avait repéré par mon blog, m’appelle et me propose de participer à une chronique sur 1984 de George Orwell. Il m’explique qu’il m’interviewera pendant deux ou trois minutes, dont il gardera 30 secondes. Je lui demande de me rappeler un peu plus tard pour que je lui donne ma réponse. Il m’envoie très gentiment sa dernière chronique avec Didier Decoin comme expert.

 

Je ne suis pas du tout coutumier de cet exercice, mais j’en accepte la loi du genre.

 

Le soir, il me questionne effectivement pendant trois minutes sur trois ou quatre thèmes dont nous avions plus ou moins convenu. Finalement, il n’en gardera que deux, fort importants, la novlangue et les Deux Minutes de Haine.

 

Une fois la conversation téléphonique terminée, il me demande comment je souhaite être présenté aux auditeurs. Je lui dis simplement : « Dites que je suis l’auteur d’un livre sur Orwell publié par les Presses Universitaires de Nancy ». Cette précision sera coupée au montage, ce qui est un peu dommage car je ne suis pas spontanément aussi connu que Didier Decoin.

 

Vous me direz que la note que vous êtes en train de lire n’est pas d’un intérêt phénoménal, et vous aurez raison. Si j’ajoute que je ne me suis pas reconnu à l'antenne alors que je suis l’auteur d’une rubrique hebdomadaire sur Radio Mon Païs (90.1), vous ne serez pas davantage passionné. Alors, pour que vous ne m’abandonniez pas en rase campagne, je vous donne une petite information glanée dans Télérama. Puisque nous sommes à Europe 1, sachez que Daniel Filipacchi, qui y fit autrefois la pluie, le beau temps et les pépètes, a acheté récemment, pour six millions d’euros, un tableau qui s’est révélé être un faux. Je pense qu’il lui reste assez d’argent pour s’en acheter des authentiques.

 

 

 

Partager cet article
Repost0
28 juillet 2013 7 28 /07 /juillet /2013 08:27

Il fait trop chaud, alors nous allons faire un peu dans la fraîcheur et la légèreté.

IL y a quelques jours, France Info proposait dans une émission d’été un bobino sur la chanson Qué será será. Un énorme succès des années cinquante créé par Doris Day. Cette chanson avait été commanditée à Ray Evans et Jay Livingston par Alfred Hitchcock pour son film L’Homme qui en savait trop, avec James Stewart et la même Doris Day. Elle intervenait deux fois dans le cours du film : d’abord au début, de manière tranquille mais terriblement indicielle, dans un hôtel de Marrakech, en présence de l’espion français Louis Bernard et du docteur McKenna, Doris et son fils répétaient le début de la chanson. Puis à la toute fin du film. Après la tentative ratée d’assassinat contre un Premier ministre étranger lors d’un concert de musique classique au Royal Albert Hall (les cymbales, quel moment de cinéma !), Doris et son mari étaient invités à une soirée à l’ambassade d’un pays de l’Est où l’enfant était retenu prisonnier secrètement. Le Premier ministre britannique demandait alors à la chanteuse d’interpréter son succès favori. Dans un étage de l’ambassade, la geôlière de l’enfant, prise de remords, lui demandait de siffler quelques notes de la chanson, ce qui allait accélérer les retrouvailles.

 

 

Les paroles de la chanson originale sont anxiogènes à souhait. Une gamine demande à sa mère de lui décrire comment elle sera plus tard  « Qui serai-je, serai-je jolie, serai-je riche ? » Réponse fataliste de la mère : « Ce qui sera sera, nous ne pouvons appréhender notre avenir. » La petite grandit, rencontre son chéri et lui demande si leur avenir ensemble sera fait d’arcs en ciel. La réponse du chéri reprend mot pour mot celle de la mère. Pour clore la circularité, la jeune femme a maintenant des enfants qui lui posent les questions qu’elle posait à sa propre mère. Toujours la même réponse.

 

 

 

When I was just a little girl

I asked my mother, what will I be

Will I be pretty, will I be rich

Here's what she said to me.

 

Que Sera, Sera,

Whatever will be, will be

The future's not ours, to see

Que Sera, Sera

What will be, will be.

 

When I was young, I fell in love

I asked my sweetheart what lies ahead

Will we have rainbows, day after day

Here's what my sweetheart said.

 

Que Sera, Sera,

Whatever will be, will be

The future's not ours, to see

Que Sera, Sera

What will be, will be.

 

Now I have children of my own

They ask their mother, what will I be

Will I be handsome, will I be rich

I tell them tenderly.

 

Que Sera, Sera,

Whatever will be, will be

The future's not ours, to see

Que Sera, Sera

What will be, will be.

 

La chanson sera adaptée (je crois pour Jacqueline François, puis par environ 90 autres chanteurs !) par Eddy Marnay. Pendant quarante ans, Marnay fut l’un des plus prolifiques et talentueux paroliers français. Parmi d’innombrables succès : « Les Amants de Paris », « Java, qu’est-ce que tu fais là ? », « Chiens perdus sans collier », « Planter café », « Les Moulins de mon cœur » (on se souvient peut-être davantage de la chanson de Marnay et Legrand que du film L’Affaire Thomas Crown), « La Ballade irlandaise », « Un Jour un enfant », « Coucouroucoucou Paloma ».

 

 

Eddy Marnay ne traduisit pas la chanson « Qué será será » : il l’adapta. Il la sortit du film et en atténua l’inexorable circularité. Il en fit un comte de fée dans lequel le destin est, certes, plus fort que les individus, mais où tout est ouvert. « Qui vivra, verra » est tout de même moins implacable que « Qué será será », « Laissons l'avenir, venir » moins circonscrit que « The future's not ours, to see ».

 

 

 

Dans le berceau d'un vieux château

Une promesse vient d'arriver

Une princesse toute étonnée

A qui l'on vient chanter :

 

Qué será será

Demain n'est jamais bien loin

Laissons l'avenir, venir

Qué será será

Qui vivra, verra

 

On vit grandir et puis rêver

La jeune fille qui demandait :

"Dis-moi ma mie si j'aimerai"

Et sa maman disait :

 

Qué será será

Demain n'est jamais bien loin

Laissons l'avenir, venir

Qué será será

Qui vivra, verra

 

Quand vint l'amant de ses amours

La demoiselle lui demanda :

"M'es-tu fidèle jusqu'à toujours ?"

Et le garçon chanta :

 

Qué será será

Demain n'est jamais bien loin

Laissons l'avenir, venir

Qué será será

Qui vivra, verra

 

Quand elle chante à son enfant

Dans un sourire, cet air charmant

C'est pour lui dire que dans la vie

Rien n'est jamais fini

 

Qué será será

Demain n'est jamais bien loin

Laissons l'avenir, venir

Qué será será

                 Qui vivra, verra

Partager cet article
Repost0