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27 juillet 2013 6 27 /07 /juillet /2013 06:59

Sheila est une des plus grandes artistes populaires françaises. Avec 80 millions de disques, elle figure au deuxième rang des ventes, juste derrière Johnny Halliday. 800 000 exemplaires de son premier succès, “ L’École est finie ” s’arrachèrent l’année de l’enregistrement. À noter, par parenthèse, que cette chanson entêtante de 1963 comportait des paroles (écrites par son célèbre producteur Claude Carrère) assez osées pour l’époque :

 

Donne-moi ta main et prends la mienne

Nous avons pour nous toute la nuit

On s'amusera quoi qu'il advienne

Mais oui Mais oui l'école est finie

 

Au petit matin devant un crème

Nous pourrons parler de notre vie

Laissons au tableau tous nos problèmes

Mais oui Mais oui l'école est finie.

 

Claude Carrère va « faire » Sheila, par exemple en l’empêchant de se produire sur scène pour pouvoir mieux la canaliser en studio et sur les plateaux de télévision. Tout récemment, sur les antennes de France Info, Sheila racontait que Carrère l’avait salariée et qu’elle ne touchait que 3% sur la vente de ses disques (bien peu pour une aussi grosse vendeuse de disques).

 

Dans les années 1980, Carrère et Sheila se séparèrent brutalement. La chanteuse poursuivit le producteur aux Prud’hommes. Carrère fut condamnée à lui verser 4 millions de francs. Il se mit en faillite et Sheila ne toucha pas un sou.

 

Aujourd’hui, Carrère va beaucoup mieux. Il a produit La Roue de la fortune, Kirikou et la sorcière, et même l’émission de Daniel Schneidermann Arrêt sur images pour France 5.

 

En juillet 2012, l'AMF (Autorité des marchés financiers) lui a infligé une énorme amende de 1,6 millions d'euros, pour délit d'initié et manquement au devoir d'information des actionnaires. Une action judiciaire, intentée par ces derniers, est en cours pour obtenir réparation du préjudice subi.

 

Âgée de 67 ans, Sheila est condamnée à chanter, ce qu’elle fait volontiers. Elle touche en effet une retraite de 1 200 euros par mois.

 

Vous me direz que si Sheila avait réussi dans la danse classique, ce qu’elle souhaitait réellement, elle serait retraitée depuis longtemps…

 

 

 

 

 

 

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24 juillet 2013 3 24 /07 /juillet /2013 05:58

Deux fins connaisseurs du cyclisme s'expriment. D'abord Jean-Emmanuel Ducoing sur son blog :

 

L'ère du bio-Tour : ou la fin des purs sangs

 

 

Comment un certain type de dopage, celui de années 1990, a totalement modifié l'histoire du cyclisme et du Tour de France. Et pourquoi il ne faut surtout pas comparer les époques...

 

 
 
 

Quelqu’un questionne l’Italien Pierre Brambilla, troisième du Tour en 1947:
-Pierre, il se dit dans le peloton que tu aurais, un jour, enterré ton vélo dans ton jardin.
-Je l’ai fait.
-Et pourquoi l’as-tu fait ?
-Ce vélo avait des jantes en bois, et je voulais faire pousser des peupliers.
-Dommage que tu n’aies pas enterré ta topette : tu aurais fait pousser une pharmacie.
A la fin des années quatre-vingt, la vieille anecdote se transmettait encore de génération en génération, comme un trophée jalousement préservé entre mecs, bonne blague pour les fins de soirées arrosées. Accepter ce folklore – non sans orgueil – valait alors tous les adoubements et nul n’était besoin d’en discuter les codes. Et pour cause. Les liens entre le cyclisme et le dopage ont toujours été consubstantiels. Aucune époque n’a dérogé à la règle et seule une poignée de champions a échappé aux posologies de son temps. Beaucoup par contre se sont fourvoyés jusqu’à l’écœurement. Telle est l’histoire peu glorieuse de ces «cornues pédalantes», comme le dira ironiquement le président du tribunal de Lille, qualifiant ainsi les cyclistes de l’équipe Festina lors du célèbre procès, en 2000, où Richard Virenque avait fini par se mettre à table après deux années de dénégations. Il n’était pas le premier. Ni le dernier.

Comme le dit Cyrille Guimard, «les coureurs se sont toujours ‘’soignés’’», manière pudique d’introduire dans le langage courant le mot «dopage» sans jamais oublier que les tentatives d’amélioration des performances sont liées à la naissance même du cyclisme, à ses excès. Laurent Fignon, lui-même, l’a confessé publiquement dans son livre. Le double vainqueur du Tour était un habitué des doses de cortisone (pour les grandes épreuves) et des amphétamines (pour les critériums ou les entraînements). L’aveu, qui s’apparentait à un secret de polichinelle, signifie-t-il pour autant que nous devions classer le Parisien parmi les pires tricheurs? Gardons-nous de comparer ce qui, en aucun cas, ne peut l’être! 

 

Suite de l'article ici.

 

Et puis un article d'Antoine Vayer, ancien entraîneur de Festina, pour  Le Monde :

 

 

Le 100e Tour de France devait être celui d'une nouvelle ère, entendait-on avant son départ, comme celui de 1999 avait été annoncé comme le "Tour du renouveau", un an après l'affaire Festina. On sait ce qu'il est en advenu : il a amorcé le début du septennat de Lance Armstrong. Chris Froome, qui vient deremporter son premier a dit qu'il en gagnerait bien encore six.

La légalisation des dopages "doux", comme les corticoïdes et la caféine (tu fus, Juan, faut-il le rappeler, le représentant de la Colombie à l'Organisation internationale du café), n'a pas endigué la violence des performances. Alors que Lance, en 1999, était resté sciemment dans le "vert", sous le seuil de la suspicion de 410 watts-étalons (406) de moyenne pour les quatre "radars" que nous avions posés alors (Sestrières, Alpe d'HuezPiau Engaly et Soulor), avec un peloton ébranlé par l'affaire Festina, deux coureurs l'ont dépassé en 2013 : Christopher Froome (413), cher Pat, et Nairo Quintana (411), cher Juan, dans un peloton énervé par l'affaire "Armstrong".

Le Tour 2013 était pourtant l'un des plus durs de ces dernières années. Il comptait six terribles radars : Ax-3 domaines, Hourquette, Ventoux, Huez, Croix Fry, Semnoz. Froome a expliqué qu'il aurait pu aller plus vite. Il a géré, décontracté, ses watts après avoir "atomisé" ses adversaires dès dans le 1er col d'Ax-3 Domaines (446 watts quasi mutante) et dans le contre-la-montre plat du Mont Saint Michel, comme Armstrong le fit à Sestrières (420 watts même pas miraculeuse) et au contre-la-montre de Metz en 99.

  • Les performances en watts-étalons de ceux qui ont essayé de gagner leTour de France 2013 sur chacun des six radars et leur puissance moyenne :

 

 

Intégralité de l'article ici.

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12 juillet 2013 5 12 /07 /juillet /2013 07:24

L’affaire avait fait grand bruit au début du premier septennat de François Mitterrand.

 

En 1979, René Lucet, ancien élève de Sciences-Po, est nommé directeur de la Caisse primaire d’assurances maladie des Bouches du Rhône. Cet anticommuniste viscéral décide de mettre de l’ordre dans la maison, en s’en prenant en particulier aux militants communistes et cégétistes. Un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales montre que Lucet ne s’est pas appliqué la rigueur appliquée aux autres. L’assuré social lui paye quelques gardes du corps. Des caisses noires sont trouvées un peu partout.

 

René Lucet est retrouvé mort le 4 mars 1982; officiellement, Lucet s'est suicidé en se tirant deux balles dans la tête, successivement, par le même orifice.

Une violente polémique s'ensuit. La droite accuse le gouvernement de l'avoir acculé au suicide. La gauche se demande s'il ne s'agit pas d'un meurtre. René Lucet aurait été tué parce qu'il en savait trop sur certains financements politiques.

Une enquête pour meurtre est ouverte. En janvier 1988, le juge d’instruction classe l'affaire.

 

(Pudor)

 

 

PS : une de mes vieilles amies, qui travaillait dans le social à Marseille, demande à être reçue par Lucet es qualité. Il la fait poireauter 45 minutes dans un couloir. Elle entre dans le bureau. Lucet gardera les pieds sur sa table de travail pendant tout l'entretien. Et puis, surtout, il est flanqué de deux gardes du corps. Pour recevoir une dame de 50 ans.

 

 

 

Lucrèce était renommée pour sa beauté et pour sa vertu. Pendant le siège d'Ardée dans le Latium, les fils du roi et leurs compagnons parient et se rendent à Rome pour observer la conduite de leurs épouses. Les belles-filles du roi partagent un fastueux festin alors que Lucrèce file la laine avec ses servantes. Sextus Tarquin, l’un des fils du roi, éprouve un violent désir pour Lucrèce. Il la drogue et la viole.

 

Lucrèce fait venir son père, et son mari dans sa chambre. Lucrèce se donne la mort en se transperçant le cœur, en prononçant ces mots : « Mon corps est souillé, mais mon âme est intacte ; ma mort va le prouver. »

 

Ensuite, les hommes qui entourent Lucrèce ameutent la population et marchent sur Rome. Ayant rejoint la capitale, ils soulèvent le peuple contre la famille royale et mettent fin à la royauté. Le roi Tarquin est condamné à l’exil.

 

Cet épisode dramatique a inspiré d’innombrables artistes, du Titien à Giraudoux, en passant par Shakespeare et Dante. Rien à voir avec Lucrèce Borgia.

 

(Pudor).

 

 

 

 

Le compositeur Michel Magne est né en 1930 à Lisieux et est mort en 1984 à Cergy.

 

Il composa de nombreuses musiques de film bien connues : Les Tontons flingueurs, Fantomas, Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil.

 

En 1962, Michel Magne achète le château d’Hérouville dans le Val d’Oise. En 1969, un incendie se déclare dans l'aile gauche du château et détruit les enregistrements de ses bandes originales. Cet évènement il n'entame pas sa capacité de réaction. La même année, il crée le concept de studio résidentiel, très imité notamment dans les pays anglo-saxons. De nombreux groupes et artistes viendront enregistrer chez lui leurs œuvres comme Pink Floyd, les Bee Gees, Polnareff, Jacques Higelin, Elton John. Des problèmes juridiques graves le conduisent à une dépression et au suicide (barbituriques), le 19 décembre 1984 dans sa chambre d'hôtel à Cergy-Pontoise. À son chevet : Suicide mode d’emploi  de Claude Guillon et Yves Le Bonniec, publié deux ans auparavant par Alain Moreau.

 

Voir ici la polémique suscitée par cet ouvrage.

 

(Pudor).

 

 

 

 

Vladimir Maïakowski est né en 1893 dans une famille modeste. Il s’installe à Moscou en 1906. Il adhère au Parti social démocrate (bolchevique) à 15 ans. Il s’initie à la poésir en prison.

 

En 1911 Il entre à l'École de peinture, sculpture et architecture de Moscou 1

Il devient rapidement un des meneurs du mouvement futuriste. En 1915, il rencontre Lili Brik alors qu’il entretient une relation avec sa sœur cadette Elsa Triolet. Lili est déjà mariée à l’éditeur Ossip Brik. Un ménage à trois s’instaure.

 

Maïakowski accueille favorablement la révolution de 1917. Il écrit néanmoins des œuvres satiriques (La Punaise, Les Bains publics).

 

De 1923 à 1925, il célèbre la Révolution dans divers pays d’Europe. Il conçoit des affiches pour l’Agitprop.

 

En 1924, aux États-Unis, il rencontre Elly Jones. Une petite fille née de leur brève passion.

 

Le 14 avril 1930 à 10 h 15, le poète qui, depuis quelques temps jouait à la roulette russe, se tire une balle dans le cœur.

 

Il rédige sa propre épitaphe deux jours avant sa mort : « Le canot de l'amour s'est fracassé contre la vie (courante). Comme on dit, l'incident est clos. Avec vous, nous sommes quittes. N'accusez personne de ma mort. Le défunt a horreur des cancans. Au diable les douleurs, les angoisses et les torts réciproques ! ... Soyez Heureux ! ». Il avait fait preuve de plus de talent dans bien des écrits précédents.

 

Staline décide des funérailles nationales.

 

(Impatienta doloris).

 

 

 

 

 

 

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8 juillet 2013 1 08 /07 /juillet /2013 09:28

Dans la vie, Shakespeare n'est jamais bien loin.

Ci-dessous, une petite causerie que j'ai faite à des gens de mon âge, il y a quelque temps de cela...

 

 

Shakespeare avait pour prénom William, qui peut signifier “ je suis la force ” (I am Will), et qui vient d'un prénom allemand signifiant “ casque de résolution ” (“ Wilhelm ”). Quant à son nom, il voulait dire pour les bien lunés “ celui qui agite une lance ”, mais pour tout le monde, il signifiait “ branle-dard ”. On comprend qu'avec un tel déterminisme le poète de Stratford ait été sensibilisé aux questions de nomenclature.

 

Dans la Bible du Roi Jacques, première version traduite en anglais, on trouve dans Job que “ the shaking of a spear ” est une preuve de puissance. Au XVIème siècle, les gens s'appelant “ Shakespeare ” ou “ Breakspeare ” étaient ainsi nommés parce qu'ils étaient effectivement de valeureux porteurs de lance. Un écrivain contemporain de Shakespeare, qui ne l'aimait pas beaucoup, Robert Greene, a été le premier à jouer, de manière péjorative, avec le nom du poète : “ upstart crow Shake-scene ” (le coq parvenu agitateur de scènes). Amicalement, Ben Johnson disait de Shakespeare que dans chacun de ses vers il semblait « shake a lance, as brandished at the eyes of ignorance » (il brandit une lance à la face de l'ignorance). Dans plusieurs de ses sonnets, Shakespeare joue avec son prénom Will pour contrecarrer le fameux proverbe « A woman will have her will » (une femme finira toujours par hériter). Dans Comme il vous plaira, Touchstone (Pierre d'angle) demande à William (Guillaume, le paysan amoureux d'Audrey) : « Is thy name William ? ». Et il ajoute : « William is a fair name » (un joli nom).

 

 

Au XVIème siècle, l'orthographe était encore très aléatoire, si bien qu'on trouve une centaine de manières d'orthographier le nom de Shakespeare. Le grand père de Shakespeare s'appelait Shakestaff. D'où, certainement ‘ Falstaff ’, “ a falling staff ”. “ Falstaff ” fait également penser à “ fast off ” (qui se sauve), ce que corrobore Talbot dans I Henri IV, quand il arrache à Falstaff son Ordre de la Jarretière parce qu'il s'est sauvé à la bataille de Poitiers. Personnage très complexe, Falstaff est, entre autres choses, le portrait caricatural d'un poète et d'un dramaturge. Il divertit, il enseigne. Le seul portrait de Shakespeare dont on pense qu'il puisse être authentique – celui de Martin Droeshout – nous montre un homme assez grassouillet. Shakespeare est mort quelques heures après avoir mangé et bu d'abondance.

 

On trouve dans Roméo et Juliette des lignes connues de tous, en particulier dans la scène du balcon lorsque Juliette demande à Roméo caché de « refuser son nom » (II ii). « C'est ton seul nom qui est mon ennemi » ajoute-t-elle. « Si tu n'étais pas Montaigu tu serais encore toi-même. »

 

« What's in a name ? ». Qu'y-a-t-il dans un nom, qu'est-ce au juste qu'un nom ? La réponse de Juliette à ces questions est particulièrement émouvante et pose de nombreux problèmes dont ceux de l'identité, de l'essence et de ce que les linguistes du XXème siècle ont appelé l'arbitrarité du signe : « Ce que nous appelons une rose embaumerait-il moins si on lui prêtait un autre nom ? Et si Roméo ne se nommait point Roméo, ne garderait-il pas la précieuse perfection qu'il possède en dehors d'un nom ? »

 

 

Cela dit et a contrario, les noms des personnages sont extrêmement signifiants dans Shakespeare.

 

Un des travaux préparatoires qui incombent à un dramaturge, c'est d’établir la liste de ses personnages. Un directeur de troupe sait de combien d'acteurs (dont il connaît les talents respectifs) il disposera.

 

Particulièrement sensible à l'euphonie, Shakespeare a inventé certains noms qui ont frappé nos oreilles : Shylock, Othello, Caliban, et il a souvent transformé les noms des pièces dont il s'est inspiré. Par exemple, dans Comme il vous plaira, il a gardé les noms de Rosalind (le personnage principal) et d’Adam (un personnage secondaire), mais il a transformé Alinda, Saladyne, Rosader et Sir John of Bordeaux en Celia, Oliver, Orlando et Sir Rowland de Boys.

 

Il est presque certain que Shakespeare déterminait le nom des personnages avant de commencer à écrire ses dialogues. Il lui arrivait d'oublier en cours de route comment s'appelait tel ou tel personnage. L'exemple le plus fameux étant celui de Claudius, le roi usurpateur dans Hamlet, qui n'est jamais appelé par son nom dans la pièce. Autre exemple, Ferdinand dans Peines d'amour perdu. Inversement, dans Le Roi Jean, un personnage n'a que quatre mots à dire, mais Shakespeare a inscrit son nom dans le texte : James Gurney.

 

Shakespeare a commis quelques ratés dans sa nomenclature. Dans Comme il vous plaira, deux personnages s'appellent Jacques, et dans Hamlet, un personnage secondaire s'appelle Claudio, comme si Shakespeare avait totalement oublié que son roi s'appelait Claudius.

 

C'est vers 1500 que parurent en Angleterre les premières études sur les noms que l'on trouve dans les Classiques latins ou grecs, ou dans la Bible. Un bon exemple serait Le Calendrier des écritures, contenant des noms hébreux, arabes, phéniciens, syriens, perses, grecs et latins de nations, de pays, d'hommes, de femmes, d'idoles, de villes, de collines, de rivières et d'autres endroits mentionnés dans la Sainte Bible, par ordre alphabétique et traduits dans notre langue anglaise. Dans la préface de son De Sapientia Veterum (De la sagesse des anciens), Francis Bacon expose que les anciens apportaient le plus grand soin à choisir le nom de leurs personnages. Lorsque Ben Johnson nomme un de ses principaux personnages particulièrement rusé Volpone, les spectateurs possèdent une énorme clé (vulpes, le renard). Dans un livre sur la société britannique de 1605, un certain William Camden affirme que les noms de toutes les nations sont fortement porteurs de sens, et il cite en exemple les noms turcs barbares, les noms espagnols sauvages, sans parler – parce que cela lui écorcherait la plume – des noms de ce qu'il appelle le Congo.

 

Mais il fallut attendre le XIXème siècle pour que les Anglais se penchent avec plus ou moins de rigueur sur les noms des personnages shakespeariens. En 1862, dans un traité d'économie politique (Munera Pulveris) John Ruskin remarque que les noms chez Shakespeare sont « curieusement, d'une manière souvent barbare, mais grâce à la Providence, imprégnés des traditions variées qu'il a fait siennes de manière aléatoire, et des langues qu'il connaissait mal. » Bien piètre étymologue, Ruskin explique que Desdémone signifie “ fortune de malheur ”, qu'Othello signifie “ le précautionneux ”, Hamlet “ avenant ”, Portia “ la dame du destin ” etc. Le grand essayiste Matthew Arnold n'eut aucun mal à démontrer que les découvertes de Ruskin relevaient davantage d'élucubrations que d'autre chose. “ Hamlet ” vient d'un mot islandais qui signifie “ simplet ”. En tant que mot anglais, cela signifie “ hameau ”. En anglais du Moyen Age, “ hame ” signifie “ joug ” et “ let ” signifier “ empêcher ”, terme que l'on retrouve au tennis quand la balle ne passe pas le filet. “ Othello ” est un nom complètement inventé, même s'il a un vague rapport euphonique avec “ ottoman ”. L'origine de “ Desdemona ” est assez obscure, mais au beau milieu de ce nom il y a “ démon ”. Il faut entendre dans “ Portia ” “ portion ”.

 

 

Il fallut attendre James Joyce pour que le sujet revienne à la mode. Dans son Ulysse, il observe que les vilains dans Le roi Lear portent les noms des oncles que Shakespeare détestait (“ Lear ” fait évidemment penser à “ to leer ”, regarder de côté, ce qui va bien à un personnage qui ne voit pas clair). Il s'amuse également avec le nom de Shakespeare et de sa femme : « If others have their will Ann hath a way. » (si d’autres ont la volonté, Ann connaît la manière, quand on veut, on peut). Dans un roman de 1947 (Brisure à senestre – Bend Sinister), Vladimir Nabokov délire totalement et volontairement avec le nom d'Hamlet : « Prenez ‘ Télémaque ’, nom qui signifie ‘ qui se bat de loin ’ – ce qui, par parenthèse, était la conception qu'Hamlet avait du combat. Emondez le, enlevez les lettres superflues, et vous obtenez le mot ‘ Telmah ’. Maintenant lisez le mot à l'envers. Aussitôt une plume fantasque va s'envoler avec une idée lubrique, et Hamlet, en marche arrière, deviendra le fils d'Ulysse qui trucide les amants de sa mère. » Poursuivant le délire, il estime qu'Ophélie peut venir du nom d'un pâtre amoureux d'Arcadie. Ou qu'il peut s'agir de l'anagramme d'Alphéios, le dieu de la rivière qui pourchassa une nymphe aux longues jambes jusqu'à ce qu'Artémis la change en un cours d'eau, ce qui évidemment, corroborait miraculeusement le suicide aquatique de l'amoureuse d'Hamlet.

 

Plus sérieusement, dans une étude de 1958 (La fleur souveraine), G. Wilson Knight revient sur la fameuse question de Juliette pour découvrir, par exemple, toute la puissance que contient la lettre ‘ o ’ dans les nom d'Obéron, Othello, Orsino ou du Prince du Maroc (the Prince of Morocco) du Marchand de Venise. En revanche, il souligne la légèreté que connote le nom d'Ophélie (Ophelia), avec le son montant sur le ‘ o ’ se poursuivant dans le ‘ e ’ et le ‘ i ’.

 

Dans Le songe d'une nuit d'été, Shakespeare nous livre une indication précieuse sur le travail du poète (V i) : « quant à l'œil du poète qui roule dans un beau délire, il court du ciel à la terre et de la terre au ciel ; et comme l'imagination prête un corps aux choses inconnues, la plume du poète leur donne une figure et assigne à ces bulles d'air un lieu dans l'espace et un nom. » Le nom d'un personnage peut donc susciter une image, dramatique ou poétique. Même si tous les noms de personnage chez Shakespeare n'ont pas une signification précise ou importante, la plupart de ces noms, parce qu'ils sonnent, nous donnent des indications sur la nature des personnages, leur représentation. Dans certaines pièces, on observe que Shakespeare a accepté les limites des noms des personnages des œuvres sources. Dans Richard II, un personnage se nomme Hotspur. Shakespeare a trouvé ce nom dans les Chroniques de Holinshed, source de nombre de ses pièces historiques. Comme un fait exprès, ce personnage est une tête brûlée.

 

Lorsqu'il doit donner un nom aux personnages secondaires de ses comédies, Shakespeare grossit un trait en particulier – physique ou moral – et il forge le nom à partir du trait. Dans Comme il vous plaira, Sir Oliver Martext est un prêtre de campagne qui énonce mal ce qu'il a à dire : ‘ martext ’ = gâcher son texte. Dans 2 Henri IV, Doll Tearsheet est la maîtresse de Falstaff. Son nom signifie à proprement parler ‘ la poupée qui arrache les draps ’, et Coleridge estime que Tearsheet est une déformation de ‘ Tear-street ’ (qui fait le trottoir). Dans Mesure pour mesure, une catin mariée neuf fois, a été “ fourbue ” par son dernier mari. Elle s'appelle naturellement Mistress Overdone. Dans cette même pièce, Abhorson est le bourreau. Son nom est un mot-valise constitué de ‘ abhor ’ et de ‘ whoreson ’ (fils de catin). L'assassin de Richard dans Richard II est Sir Pierce (of Exton), le Transperceur. Le lieutenant de la Tour de Londres dans Richard III est Brakenbury (break et bury), Brise et enterre. Dans Le songe d'une nuit d'été, Snout (Museau) a un long nez, Starveling (Claquedent) est maigre, Bottom (Lefond) a un gros derrière et Quince (Ducuing) est desséché comme le fruit.

 

Certains noms étiquettes peuvent être français ou d'origine française. Dans Tout est bien qui finit bien, un bavard s'appelle Parolles et Lafeu est un vieux seigneur qui s'emporte facilement. Dans Hamlet, Fortinbras est fort en bras (mais un esprit anglais mal tourné entendra facilement “ fart in brass ”, pète/pet en bronze) et dans Le roi Lear, Cordelia a un cœur de lion (comme le roi normand). Dans La mégère apprivoisée, les noms sont de consonance italienne : Biodello est blond et Bianca est blanche et pure. Dans La tempête, Miranda est – comme son nom l'indique – celle qui doit être admirée, ce que son amoureux Ferdinand dit à deux reprises : « Toi, l'admirée Miranda » (III i 37) et « O toi, merveille » (I ii 427). Dans Périclès, Marina explique qu'elle s'appelle ainsi car elle est née près de la mer (V i 155). Dans le Conte d'hiver, Perdita est ainsi baptisée par sa mère Hermione : comme elle est soupçonnée d'être bâtarde, elle est vouée à être “ perdue à jamais ” (III iii 32).

 

Parfois, les noms sont donnés de manière ironique. Othello, qui est structurée de manière ironique sur le renversement noir = bon, blanc = mauvais, met en scène une femme de petite vertu du nom de Bianca. Iago, le démon absolu dans Othello, porte à la fois le nom du saint-patron d'Espagne (Saint-Jacques), donc l'ennemi de l'Angleterre, et celui du roi d'Angleterre. Dans Mesure pour mesure, Angelo est un homme à la cruauté implacable et n'a donc rien d'un ange, tout comme la nourrice de Juliette Angélica. Dans Les deux gentilshommes de Vérone, Launce, avec son nom de lance, est particulièrement obtu.

 

Shakespeare s'est par ailleurs abondamment servi de la Bible et de diverses mythologies pour nommer ses personnages. Dans Comme il vous plaira, les trois personnages Olivier, Orlando et Roland sont un fort clin d'œil à La chanson de Roland. La Jessica du Marchand de Venise tire son nom de l'Ancien Testament, mais, comme fille de Shylock, elle n'est pas un modèle de fille juive. Comme son père elle a un nom juif parce qu'étrangère. Le nom de Shylock est vraisemblablement une anglicisation d'un nom biblique. “ Sa'lah ” est le petit fils de Shem et le père de Eber (Hébreux). Contemporain de Shakespeare, un écrivain réfractaire et défenseur du Catholicisme Romain se nommait Richard Shacklock (qu'on peut comparer à Shylock et à sa défense du Judaïsme). A noter également que Venise n'est pas choisie au hasard : cette cité présentée dans la pièce comme ayant des mœurs particulièrement mercantiles et rudes, fait penser euphoniquement à veneer (le vernis), venal (vénal et venereal (vénérienne). Tout comme le Aaron de Titus Andronicus, prisonnier Maure ramené à Rome après la défaite des Goths et aimé de Tamora, la reine des Goths.

 

 

Shakespeare aimait donner à ses serviteurs des noms emphatiques. Un serviteur des Capulet dans Roméo et Juliette s'appelle Sampson. Et dans Troilus et Cressida, Alexandre est un serviteur de Cressida. On trouve aussi des noms oxymores : Christopher Sly (dans La mégère apprivoisée), un joyeux poivrot dont le nom signifie ‘ rusé ’, Anthony Dull (Peines d'amour perdues) un connétable au prénom impérial et au nom signifiant la stupidité, ou le fou Pompey Bum (‘ Bum ’ = ‘ cul ’) de Mesure pour Mesure.

 

On trouve également des personnages aux noms d'animaux : Lavache est un fou au service de la comtesse de Roussillon dans Tout est bien qui finit bien. Talbot (en français ‘ limier ’) est le nom d'un vaillant combattant de 1 Henri VI. Roméo tue Tybalt dans un duel. On trouve ce nom (qui signifie ‘ chat ’) dans de nombreux contes médiévaux, tout comme Reynaldo (Hamlet), le renard.

 

Il faut s'arrêter un instant sur Jacques (Jaques) de Comme il vous plaira. En 1596, paraît un livre intitulé La métamorphose d'Ajax. On y rencontre la première occurrence du mot ‘ jax ’ avec le sens de cabinet à eau courante. Dans la langue de tous les jours, Ajax est devenu synonyme de toilettes (d’où le nom de la poudre à récurer d’aujourd’hui). Et comme les mauvaises odeurs associées aux lieux d'aisance induisent l'idée de mélancolie, cela a permis à Shakespeare de dire de son Ajax dans Troilus et Cressida qu'il était un “ mélancolique sans but ” (I ii 26), de faire de son Jaques de Comme il vous plaira un seigneur mélancolique. Comme en Anglais, Jack est le diminutif de John, Don John le Bâtard de Peine d'amour perdu est un vilain et un perdant.

 

Le nom Shakespeare étant constitué de deux syllabes très signifiantes : shake et spear, on observe que les personnages dont les noms sont formés de la sorte (Falstaff, Hotspur, Shylock, Touchstone) sont tous des personnages de premier plan.

 

On n'insistera pas sur l'aspect très poétique de la nomenclature shakespearienne. A lire ou à entendre les noms d'Othello, Desdémone, Cassio et Iago, on sait qu'on n'est pas dans une comédie. (“ Cassio ” évoque la casse, plante laxative, dont on disait que la Duchesse de Malfi était morte étouffée en la respirant. De plus, Cassio s'appelle Michael, ce qui renforce son côté guerrier de Saint-Michel terrassant le dragon). Avec leurs noms formant allitération, Valeria, Virgilia, Volumnia constituent le trio volubile qui va essayer de persuader Coriolan d'épargner Rome (Coriolan). Mais elles ne sont pas indifférenciées pour autant : Virgilia, la femme de Coriolan est timide et calme, au point que son mari l'appelle “ mon gracieux silence ”, tandis que Volumnia, la mère de Coriolan, est fière des blessures de son fils, obsédée qu'elle est des valeurs militaires de Rome, excluant toute compassion. On trouve un autre trio avec allitérations dans Le songe d'une nuit d'été : Hippolyta, Hermia, Helena. Hippolyta est la reine des Amazones, promise à Thésée. En la vainquant au combat, Thésée lui rend sa féminité. Hermia est la fille d'Egée. Elle refuse la demande de son père d'épouser Dimitrius malgré une menace de mort. Elle aime Lysander qu'elle finira par épouser après moult rebondissements merveilleux. Quant à Helena, elle aime Demetrius d'un amour pur qui se concrétisera grâce au philtre de Puck.

 

Shakespeare aimait également faire s’affronter des personnages dont les noms s'opposaient : Hotspur et Hal (Henri, Prince de Galles) dans I Henri IV ; Edgar et Edmund (Lear) : Edgar est le fils légitime du Comte de Gloucester, et Edmund son fils illégitime jaloux de son demi-frère ; Macbeth et Macduff, seigneur droit dont la femme et les enfants sont assassinés sur ordre du roi (Macbeth rime avec “ death ”) ; Benedick et Beatrice dans Beaucoup de bruit pour rien : Beatrice ne cesse de railler Benedick ; Bushy, Bagot et Green, favoris du roi Richard (Richard II) ont des noms qui lus à la queue leu-leu, suggèrent que le royaume est un jardin mal entretenu. Dans Henry V, l'officier Gallois Fluellen, le soldat irlandais Macmorris et le capitaine écossais Jamy, qui apparaissent tout trois au siège de Harfleur, témoignent de l'effort fait par Shakespeare pour montrer à quel point l'armée du roi est harmonieusement pluritribale.

 

Aussi génial qu'il ait été, Shakespeare a parfois fait preuve de laisser-aller dans ses choix de nom. Dans 1 henry IV, il y a un lieutenant Bardolph, gouailleur compagnon de Falstaff qui passe la fin de la pièce en prison. Dans 2 Henri IV, il y a un traître nommé Lord Bardolph, inspiré d'une véritable personne homonyme qui finit écartelée et décapitée en 1408. On trouve cinq Antonio et un Anthony dans les œuvres de Shakespeare. Seize personnages ont un nom commençant par la syllabe ‘ Luc ’.

 

Dans Roméo et Juliette, on observe une symétrie parfaite dans la métrique entre “ Montague ” et “ Capulet ” et entre “ Romeo Montague ” et “ Juliet Capulet ”. À noter également l'harmonie des ‘ o ’ chez les amis Romeo, Mercutio, Benvelio, à opposer aux noms disharmoniques Tybalt et Paris. Montague est un nom normand signifiant “ celui qui habite une colline élevée ” et c'est en même temps une déformation du nom d'une famille italienne authentique les Montecchi. “ Montague ” est un nom plutôt masculin, avec l'idée de monter, donc un nom idéal pour un amant. “ Capulet ” est un nom plutôt féminin, avec l'idée de capituler, de se rendre. Par ailleurs, “ capulus ” en latin signifie “ cercueil ”. Dans Tout est bien qui finit bien, Diana Capilet est la fille d'une veuve florentine. Elle est chaste, se montre froide face aux avances de Bertram. Juliette tire son nom de juillet puisqu'elle est née 10 jours avant la Saint-Pierre-aux-liens (I iii 17). On trouve une autre Juliette dans Mesure pour mesure, amoureuse d'un Claudio qui lui a fait un enfant hors des liens du mariage. Et puis, dans Les deux gentilshommes de Vérone, on trouve une Julia, amante fidèle de Protée qu'elle suit à Rome déguisée en page sous le nom de Sébastien.

 

Malgré la question de la conférence posée par Juliette et les réponses qu'elle y apporte, celle-ci aime l'euphonie du nom de Roméo : « le nom de Roméo évoque l'éloquence des cieux », dit-elle, Acte III scène ii. Et sa nourrice observe que Roméo et “ romarin ” commencent de la même manière (II iv). On sait que le romarin est une fleur associée au mariage. Mercutio, quant à lui, n'hésite pas à jouer avec le nom de Roméo : « without his roe [sans ses œufs de poisson], like a dried herring » [comme un harend séché] (II iv). Roméo n'aime pas son nom. Après la mort de Tybalt – et voyant le chagrin de Juliette – Roméo déplore : « comme si mon nom l'avait d'un seul coup assassiné à l'instar de cette main damnée qui a percé Tybalt. Frère, dis-moi dans quel coin abject de mon corps de chair siège-t-il, mon nom, pour que je puisse en finir avec cette horreur ? » (III iii 102-108). Et pourtant “ Roméo ” est objectivement un très beau nom : dans ce prénom, il y a “ Rome ”, “ romance ”, “ roam ” [vagabonder]. Le ‘ o ’ final est montant. “ Romeo ” est donc un nom idéal pour un jeune et vaillant amoureux.

 

Mercutio est le modèle idéal de l'ami fidèle, et aussi du gentilhomme de la Renaissance. C'est l'un des personnages masculins les plus positifs que Shakespeare ait créé. Coleridge a dit de lui qu'il possédait toutes les caractéristiques du poète, combinées aux bonnes manières et aux sentiments d'un parfait gentilhomme, totalement inconscient de ses qualités et pouvoirs exceptionnels. » Cela dit, son humour sait être corrosif et leste, contrastant avec l'attitude pétrarchienne un peu vaine de Roméo face à l'amour. Son langage est beaucoup plus alerte que celui de Roméo. Roméo trouve d'ailleurs qu'il parle trop (« il aime s'entendre parler », II iv). Mercutio, c'est bien sûr Mercure, celui qui apporte les nouvelles mais, dans Peines d'amour perdu, Shakespeare nous dit que les mots de Mercure sont des mots bien durs à entendre. Sa mort, accidentelle et inutile, installe la tragédie dans la pièce. Il prévoit sa mort dans un jeu de mot qui est passé dans la langue anglaise : à Roméo qui lui dit que sa blessure ne doit pas être très profonde, il répond : « bien sûr, ce n'est pas profond comme un puits ni large comme une porte d'église », mais « ask for me tomorrow and you shall find a grave man » (III i [demande de mes nouvelles demain et tu trouveras un homme grave / un homme dans la tombe].

 

Benvolio, c'est la bonne volonté. C'est lui qui persuade Roméo de se rendre au bal des Capulet où il tombera amoureux de Juliette.

 

Tybalt est le chat du Roman de Renard. Mercutio le surnomme “ piège à rats ” (III i), le “ Prince des chats ” (II iv), le “ Roi des chats ” en III i. Et lorsque Mercutio est blessé par lui, il appelle cela “ une griffe ” (III i).

 

Les serviteurs des Capulet ont des noms à consonance biblique : Samson, Gregorio (Sampson, Gregory) sont associés à l'Ancien et au Nouveau Testaments. Tout comme les noms des serviteurs des Montaigue (Abraham et Balthasar). Sans parler des allusions religieuses des noms de frère Jean et Frère Lorenzo (John et Lawrence).

 

La nourrice Angélica n'est pas si Angélique que cela et son amoureux Pierre est moins saint que son saint-patron. Dans l'acte IV scène ii, ils échangent des propos franchement salaces : « Et toi, qui reste là comme une souche à laisser tous les garnements prendre leur plaisir avec moi.

 

Je n'en ai pas encore vu un seul chercher à prendre son plaisir avec toi, sinon je serai le premier à déballer mon arme. » (« If I had, my weapon should quickly have been out. I warrant you, I dare draw as soon as another man. » “ To draw ” chez Shakespeare implique le déballage d'organes sexuels.

 

Juliette s'appelait ainsi parce qu'elle était née au mois de juillet. Mais quand elle demande à Roméo qui est sous son balcon, masqué par la nuit, il ne peut que répondre : « Je ne sais comment je proférerai mon nom et dirai qui je suis. »

 

 

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5 juillet 2013 5 05 /07 /juillet /2013 09:05

Un jour, un parent me fit découvrir les deux premiers romans de Pierre Lemaitre : Travail soigné et Robe de marié.

 

J’appréciai énormément. Mais n’étant pas un grand amateur de romans policiers – tout en sachant qu’il s’y lit la société au moins aussi bien que dans les romans non policiers – je me dispensai d’écrire sur ces deux ouvrages. Et puis je lus Cadres noirs, formidable roman … noir sur l’entreprise, le système capitaliste, qui dévorent et qui rendent fou. Je pris alors ma plus belle plume pour rendre hommage à un livre dont j’appris par la suite qu’il n’avait pas eu l’onction du grand public. Et pour quelle raison, je vous prie ?

 

Écoutez le cher Gérard Collard expliquer ce manque d’intérêt.

 

Belle posture de dandy. Hé oui, quand on travaille dans une entreprise, ça « gonfle » de lire un livre sur la vie dans l’entreprise, même s’il est foudroyant et directement inspiré d’une histoire vraie.

 

Lemaitre me lut et nous devînmes amis.

 

Et puis, il y eut Alex, pour moi un petit chef-d’œuvre, un tour de force, au niveau du fond et de la forme.

 

Pour clore sa « trilogie Verhoeven », Lemaitre publia en 2012 Sacrifices, très bon lui aussi.

 

Dans un bon mois, paraîtra chez Albin Michel son nouveau roman. Je me suis laissé dire (façon de parler puisque j’ai lu une première version de ce livre) que Pierre Lemaitre se renouvelle complètement en décrivant la génération perdue de rescapés de la Grande Guerre, des “ sentiers de la gloire ”.

 

Faites-moi confiance : cet Au revoir là-haut vaudra le déplacement560 pages qu'on lira d'une traite.

 

Photo : Nathalie Rossi Gensane (d.r.).

 

 

 

 

Pierre Lemaitre : un pavé qui mijote !
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28 juin 2013 5 28 /06 /juin /2013 14:18

Lorsque j’étais enfant dans les années cinquante, deux champions français étaient tellement populaires que leur nom étaient devenus des génériques : Alain Mimoun et Jean Robic. D’origine modeste, ils nous venaient des marges, Robic de la Bretagne, Mimoun de l’Oranais (qui était « la France », souvenons-nous en) ; ils étaient petits (1m 57 et 1m 70), pas vraiment beaux. Ils étaient doués d’une volonté peu banale.

 

Quand on faisait du vélo, on s’encourageait en s’apostrophant par des « Vas-y Robic ! ». Quand on courait, c’était « Vas-y Mimoun ! ». Dans le cyclisme, Louison Bobet était l’antithèse de Robic. Il était élégant, s’exprimait bien, faisait preuve de fair play. Robic, pour qui rien ne fut simple dans la vie, était un gueulard aux méthodes parfois douteuses. En 1947, il paya l’équipe adverse pour gagner le Tour de France (100 000 francs, une somme très rondelette pour l’époque).

 

Pendant la guerre, Robic tourna autour du STO et parvint à commencer une vraie carrière de cycliste amateur. Mimoun n’eut pas cette chance. Né comme Robic en 1921, il lui avait été refusé une bourse malgré sa mention « Bien » au certificat d’études. Il s'engagea alors dans l’armée au début de la Seconde Guerre mondiale, durant laquelle il combattit d’abord sur la frontière belge. En 1943, il participa à la campagne d’Italie comme caporal au sein de l’infanterie algérienne du Corps expéditionnaire français. Il fut grièvement blessé au pied lors de la bataille du Mont Cassino en janvier 1944. Des médecins militaires étasuniens décidèrent de lui amputer la jambe gauche, mais des médecins français le prirent en main et le soignèrent. Il participa au débarquement de Provence en août 1944.

 

Son palmarès est extraordinaire. Outre sa médaille d’or au marathon de Melbourne en 1956, il remporta une trentaine de titres de champion de France, trois médailles d’argent aux Jeux Olympiques derrière son grand rival et ami Emil Zatopek et diverses médailles d’or aux Jeux méditerranéens. Il remporta son dernier titre de champion de France du marathon à l'âge de 45 ans.

 

 

À 90 ans, il courait encore une dizaine de kilomètres par jour. Il est toujours le recordman de France vétéran du 5 000, du 10000, du 20 000 et de l’heure.

 

Ce Français d’Algérie (son vrai nom est Ali Mimoun Ould Kacha) était un catholique fervent et un grand admirateur de De Gaulle. Celui qui est considéré comme le champion des champions français d’athlétisme du XXe siècle (devant Marie-Jo Pérec ou Guy Drut) fut amateur sa longue vie sportive durant.

 

 

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27 juin 2013 4 27 /06 /juin /2013 06:12

Des résistants héoïques aux nazisme, il n’y en pas eu tant que cela. En 1931, Hans Litten, un jeune avocat juif allemand, fait citer à la barre Adolf Hitler et l’oblige à témoigner dans un procès de militants nazis qui avaient attaqué le dancing Eden Palast. Hitler vivra très mal un témoignage qu’il fera payer cher à Hans.

 

Hans Litten était issu d’une famille aisée. Son père était juif, converti au luthérianisme. Très ébranlé par le sort subi par Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht, Litten entreprend des études de droit afin de défendre les militants de gauche, les ouvriers revendicatifs. Lors du procès de 1931, Hitler n’est pas encore au pouvoir mais les nazis sont de plus en plus influents. Hitler se présente au tribunal entouré d’une forte escorte de militants fanatisés. Litten montre aisément ce qu'est la vraie nature du nazisme. Hitler ne s’en sort que parce que le juge met fin aux flots de questions de Litten.

 

En 1933, la mère de Litten conseille fermement à son fils de quitter le pays. Il refuse pour pouvoir continuer à défendre les travailleurs. Litten est incarcéré à la prison de Spandau où il est torturé. Il tient bon. De camp de concentration en camp de concentration, il subit les coups, les humiliations. Le but est de le maintenir en vie pour le faire souffrir le plus longtemps possible. Il commet une première tentative de suicide. Le jour de l’anniversaire d’Hitler, il récite le poème “ Die Gefdanken sind frei ” (Les pensées sont libres) :

 

Elles sont libres, les pensées

Personne ne peut les arrêter

Car elles peuvent s’envoler

Comme une ombre dans l’obscurité

Personne ne peut les deviner

Personne ne peut les traquer

Rien ne peut les tuer :

Elles sont libres, les pensées

Je pense ce que je veux

Et ce qui me rend heureux

Mais tout ça en silence

A ma convenance.

Mon désir, ma volonté

Personne ne peut les réfuter

C’est ma réalité :

Elles sont libres, les pensées

Et si l’on me jetait

Dans un cachot profond,

Aucun mur épais

Ne sera jamais mon horizon.

Car toutes mes pensées

Abattent les murs, elles sont les clés

De ma réalité :

Elles sont libres, les pensées.

 

 

Paroles allemandes et musique : traditionnel anonyme

Paroles françaises: Roger Siffer/Marén Berg

 

Il est transféré à Buchenwald, puis Dachau.

Le 5 février 1938, il se pend. Il avait 34 ans.

 

(Subtractio)

 

 

 

 

 

Une mort pas près d'être élucidée, celle du milliardaire belge Alfred Lœwenstein. Le 3 juillet 1928, lors d’un vol privé Croydon-Bruxelles, Alfred disparaît de son avion, à 1 000 mètres d’altitude.

 

A la fin de la Première Guerre mondiale, l’industriel est nettement plus riche qu’au début. Autour de lui, les inimitiés sont féroces. A-t-il été assassiné en vol ? Après l’atterrissage, la stupeur est grande : la porte arrière n’a pas pu être ouverte en plein vol. De retour à Croydon le 12, le Ministère de l’Air mène son enquête. Un expert essaye d’enfoncer la porte à coups d’épaule et ne parvient à l’ouvrir que d’une dizaine de centimètres. Lœwenstein n’a pu tomber par accident et, donc, n’a pu se suicider. Sauf s’il a volontairement confondu la porte des toilettes et la porte centrale de l’avion.

 

(Impatienta doloris).

 

 

 

 

Jack London fut une personnalité très complexe. Il se proclama « l’écrivain du prolétariat » mais se ruina en opérations ostentatoires. Il affirma être l’ami des opprimés tout en prônant la supériorité de la race blanche. Ce maniaco-dépressif but plus que de raison.

 

Son enfance fut misérable, et il exerça toute sortes de métiers : balayeur de jardins publics, menuisier, agriculteur, éleveur de poulets, chasseur de phoques, pilleur d’huîtres, blanchisseur, chercheur d'or.

 

London épousa en 1900 Elizabeth Maddern le 7 avril 1900, le jour même de la publication de son roman "Le Fils du loup". Elizabeth était une bonne copine. Ils admirent tout deux publiquement qu'ils ne se mariaient pas par amour, mais par amitié et la conviction qu'ils produiraient des enfants vigoureux. Ils eurent deux filles et divorcèrent en 1905. La même année, London épouse Charmian Kittredge, qui sera sa femme jusqu’à sa mort.

 

En 1916, London souffre d’urémie et de dysentrie. Sans parler de son alcoolisme. Dans son chef-d’œuvre Martin Eden, le héros s’était suicidé. Dans l’ouvrage qu’il lui a consacré, Yves Simon  penche pour un suicide à la morphine et à l’atropine. London avait déclaré qu’il ne perdrait pas son temps à essayer de prolonger sa vie : il voulait « brûler » tout son temps ». La veille de sa mort, à l’âge de 40 ans, il avait dit à sa femme : « Grâce au ciel, tu n’as peur de rien, toi ! »

 

(Impatienta doloris).

 

 

 

 

Louis II de Bavière naquit en 1845. Incapable d’exercer une activité politique rationnelle, il se réfugie dans des constructions grandioses de style gothico-romantique. Une commission d’aliénistes le déclare fou en 1886. Il avait été fiancé à une Sophie-Charlotte qu’il appelait Elsa, du nom de l’héroïne de Lohengrin de son protégé Wagner.

 

Interné au château de Berg le 12 juin 1886, il meurt le lendemain. Il avait entrepris une promenade avec son psychiatre Bernhard von Gudden. Le médecin est retrouvé étranglé, sur la berge du lac du château. Puis il se noie – volontairement ou involontairement, on ne saura jamais – dans le lac glacé. Louis II était homosexuel pratiquant et vraisemblablement autiste.

 

(Æquivocus).

 

 

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31 mai 2013 5 31 /05 /mai /2013 08:11

Je poursuis ma lecture des œuvres de Marie Chaix. Dans Juliette, chemin des cerisiers, consacré à la femme de ménage, la nounou, la confidente de la famille, on trouve ce passge qui nous rappelle qu'il n'a jamais été bon d'être pauvre en France, même à l'époque de la reconstruction d'après guerre :

 

Juliette s'achetait un manteau tous les quatre ou cinq ans et, pendant quatre ou cinq ans, elle portait le manteau neuf le dimanche et continuait d'user le vieux les jours de la semaine. Quand le vieux manteau rendait l'âme, celui du dimanche passait en semaine et ainsi de suite. Le manteau de fourrure qui datait d'avant-guerre fit davantage de profit : les tissus datant d'avant-guerre étaient de bien meilleure qualité que ceux d'après, et si précieux qu'on les faisait tenir jusqu'à la ruine. Ainsi le manteau de lapin devint veste puis doublure, et enfin tomba en morceaux avec lesquels jouaient les chats.

 

 

 

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30 mai 2013 4 30 /05 /mai /2013 10:42

En étude chicanas, s'il vous plaît. Sa recherche portait sur les femmes "latinas" face aux études scientifiques et technologiques.

 

Elle a commencé ce travail alors qu'elle jouait encore dans Desperate Houswives.

 

Total respect.

 

Son choix confirme un postulat que j'ai fait mien depuis longtemps : un chercheur scientifique ne recherche qu'une seule chose : lui-même.

 

 

 

 

 

 

Eva Longoria titulaire d'un master's degree
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26 mai 2013 7 26 /05 /mai /2013 07:18

Le Cantique des Cantiques (ou Cantique de Salomon) :  un chant d’amour entre une jeune femme sulamite, convoitée par le roi Salomon, et un berger. Extraits :
 

 

Qu'il me baise des baisers de sa bouche !
Car ton amour vaut mieux que le vin,
Tes parfums ont une odeur suave;
Ton nom est un parfum qui se répand;
C'est pourquoi les jeunes filles t'aiment.
Entraîne-moi après toi!
Nous courrons!
Le roi m'introduit dans ses appartements...
Nous nous égaierons, nous nous réjouirons à cause de toi;
Nous célébrerons ton amour plus que le vin.
C'est avec raison que l'on t'aime.
Je suis bronzée, mais je suis belle, filles de Jérusalem, …

 

Tes joues sont belles au milieu des colliers,
Ton cou est beau au milieu des rangées de perles.
Nous te ferons des colliers d'or,
Avec des points d'argent.
- Tandis que le roi est dans son entourage,
Mon nard exhale son parfum.
Mon bien-aimé est pour moi un bouquet de myrrhe,
Qui repose entre mes seins.
Mon bien-aimé est pour moi une grappe de troène
Des vignes d'En Guédi.
- Que tu es belle, mon amie, que tu es belle !
Tes yeux sont des colombes.
- Que tu es beau, mon bien-aimé, que tu es aimable !
Notre lit, c'est la verdure.

 

Mon bien-aimé parle et me dit:
Lève-toi, mon amie, ma belle, et viens !
Car voici, l'hiver est passé;
La pluie a cessé, elle s'en est allée.
Les fleurs paraissent sur la terre,
Le temps de chanter est arrivé,
Et la voix de la tourterelle se fait entendre dans nos campagnes.
Le figuier embaume ses fruits,
Et les vignes en fleur exhalent leur parfum.
Lève-toi, mon amie, ma belle, et viens!
Ma colombe, qui te tiens dans les fentes du rocher,
Qui te caches dans les parois escarpées,
Fais-moi voir ta figure,
Fais-moi entendre ta voix;
Car ta voix est douce, et ta figure est agréable.
Prenez-nous les renards,
Les petits renards qui ravagent les vignes;
Car nos vignes sont en fleur.
Mon bien-aimé est à moi, et je suis à lui;
Il fait paître son troupeau parmi les lis.
Avant que le jour se rafraîchisse,
Et que les ombres fuient,
Reviens!... sois semblable, mon bien-aimé,
A la gazelle ou au faon des biches,
Sur les montagnes qui nous séparent.

 

Tu me ravis le cœur, ma sœur, ma fiancée,
Tu me ravis le cœur par l'un de tes regards,
Par l'un des colliers de ton cou.
Que de charmes dans ton amour, ma sœur, ma fiancée !
Comme ton amour vaut mieux que le vin,
Et combien tes parfums sont plus suaves que tous les aromates !
Tes lèvres distillent le miel, ma fiancée;
Il y a sous ta langue du miel et du lait,
Et l'odeur de tes vêtements est comme l'odeur du Liban.
Tu es un jardin fermé, ma sœur, ma fiancée,
Une source fermée, une fontaine scellée.
Tes jets forment un jardin, où sont des grenadiers,
Avec les fruits les plus excellents,
Les troènes avec le nard;
Le nard et le safran, le roseau aromatique et le cinnamome,
Avec tous les arbres qui donnent l'encens;
La myrrhe et l'aloès,
Avec tous les principaux aromates;
Une fontaine des jardins,
Une source d'eaux vives,
Des ruisseaux du Liban.
Lève-toi, aquilon! Viens, autan !
Soufflez sur mon jardin, et que les parfums s'en exhalent !
- Que mon bien-aimé entre dans son jardin,
Et qu'il mange de ses fruits excellents !

 

J'entre dans mon jardin, ma sœur, ma fiancée;
Je cueille ma myrrhe avec mes aromates,
Je mange mon rayon de miel avec mon miel,
Je bois mon vin avec mon lait...
-Mangez, amis, buvez, enivrez-vous d'amour !
- J'étais endormie, mais mon cœur veillait...
C'est la voix de mon bien-aimé, qui frappe:
- Ouvre-moi, ma sœur, mon amie,
Ma colombe, ma parfaite !
Car ma tête est couverte de rosée,
Mes boucles sont pleines des gouttes de la nuit.
- J'ai ôté ma tunique; comment la remettrais-je ?
J'ai lavé mes pieds; comment les salirais-je ?
Mon bien-aimé a passé la main par la fenêtre,
Et mes entrailles se sont émues pour lui.
Je me suis levée pour ouvrir à mon bien-aimé;
Et de mes mains a dégoutté la myrrhe,
De mes doigts, la myrrhe répandue
Sur la poignée du verrou.
J'ai ouvert à mon bien-aimé;

 

Que tu es belle, que tu es agréable,
O mon amour, au milieu des délices !
Ta taille ressemble au palmier,
Et tes seins à des grappes.
Je me dis: Je monterai sur le palmier,
J'en saisirai les rameaux !
Que tes seins soient comme les grappes de la vigne,
Le parfum de ton souffle comme celui des pommes,
Et ta bouche comme un vin excellent,...
- Qui coule aisément pour mon bien-aimé,
Et glisse sur les lèvres de ceux qui s'endorment !
Je suis à mon bien-aimé,
Et ses désirs se portent vers moi.
Viens, mon bien-aimé, sortons dans les champs,
Demeurons dans les villages !
Dès le matin nous irons aux vignes,
Nous verrons si la vigne pousse, si la fleur s'ouvre,
Si les grenadiers fleurissent.
Là je te donnerai mon amour.
Les mandragores répandent leur parfum,
Et nous avons à nos portes tous les meilleurs fruits,
Nouveaux et anciens:
Mon bien-aimé, je les ai gardés pour toi.

 

 

 

Tableau de Théo Tobiasse

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