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15 février 2013 5 15 /02 /février /2013 07:12
http://a2.ec-images.myspacecdn.com/profile01/117/cb8a12999ef94bb98035c95e1c0abf52/p.jpgKissinger et Obama (hommes de guerre) ont reçu le prix Nobel de la paix. Léopold Sédar Senghor n’a pas reçu le prix Nobel de littérature au motif, dit-on, qu’il était homme politique et qu’il avait dirigé son pays. Il fut l’un des rarissimes chefs d’État africains à quitter le pouvoir volontairement. En 1901, l’Académie Nobel songe à Zola et à Tolstoï pour son prix, avant de l’attribuer à l’immense Sully Prudhomme. Il ne reste quasiment rien de l’œuvre de ce poète. Peut-être “ Le vase brisé ”, métaphore du cœur brisé. Ça ne part pas trop mal :

 

Le vase où meurt cette verveine


D'un coup d'éventail fut fêlé ;


Le coup dut l'effleurer à peine :


Aucun bruit ne l'a révélé.

 

Mais, au cas où on n’aurait pas compris, Prudhomme nous en remet une bonne couche :

 

Souvent aussi la main qu'on aime,


Effleurant le cœur, le meurtrit ;

Puis le cœur se fend de lui-même,


La fleur de son amour périt ;

 

C’est gentil. Une de ses plus grandes réussites.

 

Senghor s’est consolé en consultant la formidable liste des recalés du Nobel : Conrad, Ibsen, Strindberg, James, Rilke, Valéry, Akhmatova, Proust, Kafka, Musil, Döblin, Joyce, Woolf, Fitzgerald, Orwell, Lorca, Borges, Aragon, Éluard, Cortazar, Pavese, Nabokov, bien d’autres encore.

 

Senghor fut involontairement éloigné du Sénégal de 1939 à 1945. L’exil lui fut pénible (« c’est le temps de partir, d’affronter l’angoisse des gares […] des départs sans main chaude dans ma main »), mais il fut aussi un enrichissement car il nourrit son métissage culturel. Senghor se laissa influencer par Saint-John Perse, dont on a en mémoire l’extraordinaire et fantasmagorique “Exil ” :

 

 

Portes ouvertes sur les sables, portes ouvertes sur l’exil,

Les clés aux gens du phare, et l’astre roué vif sur la pierre du seuil :

Mon hôte, laissez-moi votre maison de verre sur les sables…

L’été de gypse aiguise ses fers de lance dans nos plaies,

J’élis un lieu flagrant et nul comme l’ossuaire des saisons,

Et, sur toutes grèves de ce monde, l’esprit du dieu fumant déserte sa couche d’amiante.

Les spasmes de l’éclair sont pour le ravissement des Princes en Tauride.

 

Je propose dans ce qui suit “ Pour khalam ” (1961). Le khalam est un instrument de musique que Senghor associait pleinement à l’élégie :

 

Ne t'étonne pas mon amie si ma mélodie se fait sombre

Si je délaisse le roseau suave pour le khalam et le tama

Et l'odeur verte des rizières pour le galop grondant des

Tabalas

 

 

POUR KHALAM

 

Tu as gardé longtemps, longtemps entre tes mains le visage

Noir du guerrier

Comme si l’éclairait déjà quelque crépuscule fatal.

 

De la colline, j’ai vu le soleil se coucher dans les baies de

Tes yeux.

Quand reverrai-je mon pays, l’horizon pur de ton visage ?

Quand m’assiérai-je de nouveau à la table de ton sein

Sombre ?

 

Et c’est dans la pénombre le nid des doux propos.

 

Je verrai d’autres cieux et d’autres yeux

Je boirai à la source d’autres bouches plus fraîches que

Citrons

Je dormirai sous le toit d’autres chevelures à l’abri des orages.

Mais chaque année, quand le rhum du Printemps fait flamber

La mémoire

Je regretterai le pays natal et la pluie de tes yeux sur la soif

Des savanes.

 

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12 février 2013 2 12 /02 /février /2013 06:25

http://www.grioo.com/images/rubriques/5/5787.jpgNé à Bordeaux en 1927, David Diop, père de six enfants, est mort dans un accident d’avion en 1960 à l’âge de 33 ans. Ce poète communiste n’a donc laissé à la postérité qu’une quarantaine de poèmes, réunis dans Coups de pilon, publié en 1956 par Présence africaine.

 

Nous sommes avec lui en présence d’une voix tout bonnement extraordinaire. Pour Diop, la poésie était « la fusion harmonieuse du sensible et de l’intelligible, la faculté de réaliser par le son et le sens, par l’image et le rythme, l’union intime du poète avec le monde qui l’entoure. La poésie, langue naturelle de la vie, ne jaillit et ne se renouvelle que par son contact avec le réel. Elle meurt sous les corsets et les impératifs. »

 

Il dénonça très violemment la politique coloniale et son discours :

 

En ce temps-là

À coups de gueule de civilisation

À coups d’eau bénite sur les fronts domestiqués

Les vautours construisaient à l’ombre de leur serre

Le sanglant monument de l’ère tutélaire.

 

Protestant, il s’en prit radicalement à l’Église, suppôt du colonialisme

 

Mais le christ est aujourd’hui dans la maison des voleurs

Et ses bras déploient dans les caves des monastères

Où les prêtres comptent les intérêts des trente deniers l’ombre étendue des vautours.


 

L’exil renforça sa volonté de résister :

 

Et mon sang d’années d’exil

Le sang qu’ils crurent tarir

Dans le cercueil des mots

Retrouve la ferveur qui transperce les brumes.


 

 

Il voulut, mais la mort l’en empêcha, lutter concrètement contre l’ordre injuste :

 

Voici qu’éclate plus haut que ma douleur

Plus pur que le matin où s’éveilla le fauve

Le cri de cent peuples écrasant les tanières

Et mon sang d’années d’exil

Le sang qu’ils crurent tarir dans le cercueil des mots

Retrouve la ferveur qui traverse les brumes (…)

Écoute camarade des siècles d’incendie

Une ardente clameur nègre d’Afrique aux Amériques (…)

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11 février 2013 1 11 /02 /février /2013 06:54

 

 

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10 février 2013 7 10 /02 /février /2013 07:19

http://frenchmorning.wpengine.netdna-cdn.com/ny/files/2012/03/noel-coward.jpgTombant récemment dans une rubrique de chiens écrasés espagnols sur une histoire de chien enragé, j’ai repensé à ce petit chef-d’œuvre de la chanson anglaise “ Mad Dogs and Englishmen ” de Noël Coward.

 

Cet homme, dont le nom signifiait “ poltron ”, fut un des créateurs les plus complets du XXe siècle : auteur dramatique, compositeur, chanteur, acteur, réalisateur. Pendant la guerre, il produisit quatre des films culte du cinéma anglais : In Which We Serve (Ceux qui servent en mer), This Happy Breed (Heureux mortels), Blithe Spirit (L’esprit s’amuse), Brief Encounter (Brève rencontre), réalisant les deux premiers. S’il fallait trouver en France une personnalité artistique de sa surface, de son génie, on pourrait aller chercher du côté de Sacha Guitry, l’orientation sexuelle en moins (Coward, j’y reviendrai, était homosexuel), mais avec les mêmes idées politiques : à droite comme il faut. Comme chez Guitry, il y avait en lui de la grâce, une très grande assurance, un réel m’as-tu-vuisme, une bonne dose de snobisme et un sens profond de la provocation bien tempérée.

 

Né en 1899 dans les classes moyennes dédorées, il fréquente, jeune homme, la haute société, le seul milieu qu’il connaîtra réellement bien et où il situera la plupart de ses pièces. Il jouira d’un succès ininterrompu jusqu’à sa mort en 1973. Nombre de ses pièces sont toujours jouées partout en Grande-Bretagne, par des troupes d’amateurs ou de professionnels. Des centaines de ses chansons sont toujours fredonnées. Tout comme sont lus et relus ses ouvrages de poésie, de nouvelles, son roman Pomp and Circumstance et son autobiographie en trois volumes.

 

Comme tout bon Anglais qui se respecte, Coward travailla pour les services secrets de son pays au début de la Deuxième Guerre mondiale, usant de son influence auprès des États-Unis pour que ceux-ci rejoignent le théâtre des opérations le plus vite possible. Il fut anobli en 1969.

 

Malgré la libération des mœurs dans les années soixante, Coward ne reconnut jamais son homosexualité (il écrivit dans son autobiographie : « Il y a encore à Worthing quelques vieilles ladies qui ne sont pas au courant »), s’affichant ostensiblement en compagnie de femmes flamboyantes, comme Marlene Dietrich, avec qui il entretint une amitié amoureuse de plusieurs dizaines d’années. Il aima pendant trente ans l’acteur Graham Payne, mais aussi le musicien étatsunien Ned Rorem qui, lui, n’hésita pas à évoquer ses relations avec Coward, ainsi qu’avec d’autres grands compositeurs classiques comme Leonard Bernstein ou Samuel Barber. Coward entretint également des relations très proches avec un des fils du roi Georges V, le duc de Kent George Edward Alexander Edmund, bisexuel revendiqué, amant entre autres, de Barbara Cartland. Lorsque le duc mourut, Coward déclara : « J’ai soudain compris que je l’aimais plus que je ne croyais. » Le célèbre critique de théâtre Kenneth Tynan (un homme au physique épicène porté sur les relations sado-masos) le qualifia en 1953 de « célibataire invétéré », comme John Gielgud ou Ivor Novello, lui aussi artiste aux talents très multiples.

 

Tout comme Guitry, Coward fut un élève médiocre, mais un parfait autodidacte, d’autant qu’il ne bénéficia pas de l’extraordinaire milieu culturel et artistique que connut le Français. Sa mère le poussa sur les planches, si bien qu’il se retrouva sur la scène du Garrick Theatre à l’âge de 12 ans. Il joua dans Peter Pan à l’âge de 14 ans (le chef d’œuvre de James Barrie avait été tout récemment adapté pour le théâtre) et il créa le rôle principal de la pièce pour enfants Where the Rainbows End en 1915.

 

Coward se produisit sur diverses scènes durant la Première Guerre mondiale. En 1918, il rejoignit un régiment d’artistes mais fut réformé pour cause de tuberculose latente. Il publia des nouvelles, divers articles et écrivit sa première pièce à l’âge de 18 ans. En 1920, sa pièce I’ll Leave it to You reçut un accueil très favorable de la presse nationale. Il joua également les classiques (Le Chevalier au pilon ardent de Beaumont et Fletcher). En 1923, il connut son premier grand succès avec The Young Idea. Ses bons mots firent alors le tour de Londres sous le nom de Noëlismes. En 1924, il rencontra son premier vrai succès de scandale avec la pièce The Vortex qui mettait en scène une nymphomane et son fils drogué. À cette occasion, Coward fit la connaissance de l’agent de change étatsunien Jack Wilson qui deviendra son homme d’affaires et son amant. L’amour étant aveugle, Coward accepta de se laisser plumer par ce businessman véreux et alcoolique. Suivirent  d’autres succès, en particulier Hay Fever (adapté en français sous le titre Week End). En 1925, quatre pièce de l’auteur étaient simultanément à l’affiche dans les beaux quartiers de Londres.

 

Avec Coward, nous sommes loin de Brecht. Ses pièces nous montrent des belles-mères en conflit avec leurs gendres snobinards, de l’union libre chez les riches, des aristos adultères. En 1929, Coward est l’un des auteurs les plus riches au monde avec un revenu annuel de 50 000 livres. Alors que la crise frappe le pays, tout ce qu’il touche devient or : Bitter Sweet, une comédie musicale qui montre les coucheries d’une jeune femme avec son professeur de musique, Cavalcade qui raconte la vie dans une famille de richards sur une période de trente ans. Dans Private Lives, il joue avec le jeune Laurence Olivier. Craignant que sa pièce Design for Living ne soit censurée (il y explore la bisexualité et le ménage à trois), il la fait jouer à New York.

 

En 1933, il écrit pour Yvonne Printemps (qui disait que Sacha Guitry ne serait raide que quand il serait mort) l’opérette Conversation Piece qu’il monte et joue avec elle à New York et à Londres. Puis il adapte pour le théâtre une série de nouvelles, dont Still Life, qui deviendra Brève rencontre. Juste avant la guerre, il s’intéresse enfin à la classe ouvrière avec une pièce tragique, This Happy Breed (Cette joyeuse génération).

 

http://www.dandyism.net/wp-content/uploads/2006/12/private-lives-2.jpg

 

Pendant la guerre, il œuvre pour les services de renseignements. Le roi Georges VI souhaite le faire anoblir, mais Churchill refuse au prétexte que Coward a écopé d’une amende de 200 livres pour avoir enfreint les règles en matière de devises. Si l’Allemagne avait envahi la Grande-Bretagne, Coward eût été exécuté, son nom figurant sur le Livre noir des Nazis, au même titre que Virginia Woolf et Bertrand Russel. Pendant la guerre, à la demande de Churchill, il chanta partout où combattait l’armée britannique. Il écrivit et réalisa avec David Lean In Which We Serve (Ceux qui servent en mer), un des films les mieux réussis de la période de guerre. Coward y tenait le rôle principal. Tournée avec l’aide du ministère de l’Information, cette œuvre dramatique relatait le naufrage du contre-torpilleur HMS Kelly, commandé par Louis Mountbatten (oncle du futur duc d’Édimbourg, assassiné par l’IRA en 1979, et dont Coward était l’ami) lors de la Bataille de Crête.

 

À partir de 1941, Coward connaît un immense succès avec sa pièce Blithe Spirit, une sombre histoire de spiritisme. La pièce sera jouée à Londres sans interruption pendant six ans, et deux ans à Broadway. David Lean l’adaptera au cinéma, avec Rex Harrison dans le rôle principal. En 1946, Coward écrit une pièce qui s’écarte de son inspiration ordinaire, Peace in Our Time. Il reprend, en la déformant quelque peu l’expression religieuse utilisée par Neville Chamberlain le jour de la signature des Accords de Munich, « Peace FOR our time ». Dans cette pièce, Coward imagine son pays occupé par l’Allemagne nazie.

 

Les années cinquante seront tout aussi prolifiques pour Coward, mais il connaît un succès moindre. En revanche, durant les années soixante, il triomphe dans plusieurs pièces et comédies musicales, sans rien changer à son style désormais suranné. En 1966, avec A Song at Twilight, Coward met en scène, pour la première fois officiellement, son homosexualité. La pièce, qu’il joue avec Lilli Palmer connaît un succès considérable. Les Britanniques le considèrent désormais comme le plus grand dramaturge vivant outre-Manche.

 

Il est anobli en 1969. Il meurt d’une crise cardiaque en 1973. Lors de la cérémonie religieuse dans St Martin-in-the-Fields, Gielgud et Olivier lisent quelques poèmes et Menuhin joue Bach. En 1984, la Reine Mère (son « amie », disait-elle) dévoile une stèle en son honneur dans le Coin des Poètes de l’abbaye de Westminster.

 

http://imgc.allpostersimages.com/images/P-473-488-90/54/5488/UBBWG00Z/posters/noel-coward.jpg

 

Sa vie durant, Coward aida financièrement de jeunes collègues dans le besoin, il présida l’Orphelinat des acteurs de 1964 à 1956. Sa générosité ne l’empêcha de quitter le Royaume-Uni dans les années cinquante pour des raisons fiscales. Il se fixa dans les Bermudes et en Suisse. D’autres célébrités anglaises suivront son exemple : David Niven, Richard Burton et Elizabeth Taylor, Julie Andrews et Blake Edwards, Ian Fleming et sa femme.

 

Politiquement, il se situa dans le camp conservateur, tout en sachant se montrer critique vis-à-vis de certaines prises de position importantes. Il fut ainsi hostile à la politique d’apaisement de Chamberlain. Il fut naturellement contre tout engagement politique dans le théâtre. « Le théâtre est un lieu merveilleux, un palais d’étrange enchantement, le temple des illusions », disait-il, tout en déployant sa vision très conservatrice des choses dans This Happy Breed. Comme Sacha Guitry, il incarnait souvent sur scène des personnages accoutrés d’une robe de chambre à pois, un fume-cigarettes aux doigts. Il se décrivait alors comme un « Chinois décadent ravagé par la drogue ». Il aimait offrir au public l’image que le public avait de lui : « Je me la jouais comme un fou. Je faisais tout ce qu’on attendait de moi. Ça faisait partie du boulot. » Dans le milieu, on l’appelait “ Le Maître ”. Au départ, c’était une blague, et puis c’est devenu vrai. Comme le reconnaissait ici Richard Burton : link 

 

Il parlait sur un rythme très saccadé parce que sa mère était à moitié sourde. Ce staccato lui permettait de se faire mieux comprendre et, accessoirement, d’éliminer le léger zozotement dont il était affecté.

 

Lors du 70ème anniversaire de l’artiste, Lord Mountbatten lui rendit hommage en ces termes : « Il y a sûrement de plus grands peintres que Noël, de plus grands romanciers que Noël, de plus grands librettistes, de plus grands compositeurs, de plus grands chanteurs, de plus grands danseurs, de plus grands comédiens, de plus grands tragédiens, de plus grands producteurs, de plus grands metteurs en scène, de plus grands artistes de cabaret, de plus grandes vedettes de télévision. Si c’est le cas, il s’agit alors de quatorze personnes différentes. Un seul homme a pu regrouper ces quatorze différentes catégories – Le Maître. » Dans les années trente, un esprit aussi fin que Cyril Conolly sous-évalua gravement les dons de Coward. Il vit en ses pièces des œuvres « périssables », prêtes à « tourner » comme le lait en vingt-quatre heures. Il fallut attendre les années soixante pour que sa profondeur fût reconnue. Le Times le plaça au niveau de Sheridan, d’Oscar Wilde ou George-Bernard Shaw.

 

Les Anglais fredonneront encore ses chansons dans cent ans. Paul McCartney l’a enregistré (“ A Room with a View ”), tout comme Sting ou Elton John.

 

Son théâtre n’avait rien à voir avec le sien, et pourtant Harold Pinter (que Coward avait soutenu financièrement) fut un grand admirateur de son aîné. On a pu dire que le « bavardage elliptique » de l’auteur du Retour devait beaucoup aux « dialogues stylisés » de Coward.

 

J’en viens pour finir à la chanson “ Mad Dogs and Englishmen ”. Pour qualifier leur patriotisme extrême, leur nationalisme débridé, la supériorité de leur race, les Anglais convaincus qu’ils sont les meilleurs ont forgé le mot jingoism. Avec cette chanson, nous y sommes en plein. Écrite en 1931, de tête, sans instrument de musique et même sans papier ni crayon, la chanson fut interprétée pour la première fois en public par la chanteuse canadienne Beatrice Lillie (qu’on peu écouter ici link). La plupart des couplets commencent par « Mad dogs and Englishmen go out in the midday sun » (les chiens fous et les Anglais se promènent sous le soleil de midi), une phrase devenue aussi célèbre que « J’ai deux amours, mon pays et Paris » ou « C’est si bon ».

La supériorité de l’homme blanc est évidente : les « indigènes sont chagrinés » de voir les Blancs quitter leur case en plein midi, l’Anglais ne craint pas les rayons ultraviolets, les Chinois n’osent pas sortir, les Japonais n’y pensent même pas, « les Hindous et les Argentins dorment profondément de midi à une heure ». Les Anglais sont « efféminés » mais « indifférents à la chaleur ». L’auteur fait le tour du monde, plus exactement celui d’un empire où le soleil ne se couchait jamais et où le colon est inébranlable. Mais « fou ». Car cette chanson, qui affirme une supériorité, laisse clairement entendre que le prix à payer pour régner sur le monde fut une forme d’aliénation. D’autant que la plupart des colons venaient des marges des Îles Britanniques : Galles, Écosse, Irlande.

 

 

In tropical climes

There are certain times

Of day

When all the citizens retire

To take their clothes off and perspire.

It's one of those rules

That the greatest fools

Obey,

Because the sun is far too sultry

And one must avoid its ultry

Violet ray.

 

The natives grieve

When the white men leave

Their huts.

Because they're obviously,

Definitely

Nuts.

 

Mad Dogs & Englishmen

Go out in the midday sun.

The Japanese don't care to,

The Chinese wouldn't dare to,

Hindus and Argentines

 

Sleep firmly from twelve to one,

But Englishmen

Detest a

Siesta.

In the Philippines

They have lovely screens

To protect you from the glare.

In the Malay states

There are hats like plates

Which the Britishers won't wear.

At twelve noon

The natives swoon,

And no further work is done,

But mad dogs and Englishmen

Go out in the midday sun!

 

Such a surprise

For the eastern eyes

To see,

That though the English are effete,

They're quite impervious to heat.

When the white man rides

Every native hides

In glee.

Because the simple creatures hope he

Will impale his solar topee

On a tree.

 

It seems such a shame

When the English claim

The Earth,

That they give rise

To such hilarity

And mirth.

Ha, ha, ha, ha, ha, ha, ha, ha,

Hoo, hoo, hoo, hoo, hoo, hoo, hoo, hoo,

He, he, he, he, he, he, he, he,

Hm, hm, hm, hm, hm, hm.

 

Mad dogs and Englishmen

Go out in the midday sun.

The toughest Burmese bandit

Can never understand it.

In Rangoon

The heat of noon

Is just what the natives shun,

They put their Scotch

Or Rye down

And lie down.

In a jungle town

Where the sun beats down

To the rage of man and beast,

The English garb

Of the English sahib

Merely gets a bit more creased.

In Bangkok

At twleve'o'clock

They foam at the mouth and run,

But mad dogs and Englishmen

Go out in the midday sun.

 

Mad dogs and Englishmen

Go out in the midday sun.

The smallest Malay rabbit

Deplores this foolish habit.

In Hong Kong

They strike a gong

And fire off a noonday gun

To reprimand

Each inmate

Who's in late.

In the Mangrove swamps

Where the python romps

There is peace from twelve to two,

Even caribous

Lie around and snooze,

For there's nothing else to do.

In Bengal,

To move at all

Is seldom if ever done.

But mad dogs and Englishmen

Go out in the midday

Out in the midday

Out in the midday

Out in the midday

Out in the midday

Out in the midday

Out in the midday sun!

 

 

La chanson est interprétée par Coward lui-même ici : link


 

 

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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 07:28

 

 

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5 février 2013 2 05 /02 /février /2013 07:35

De nombreux lecteurs ont apprécié la photo de la rue Cambon. L'un d'entre eux a retrouvé le magasin de chaussures Pinet (pas d'affolement : le patronyme Pinet à quelque chose à voir avec pin, pomme de pin etc.). Comme le précise Kulturam, François Pinet fut un patron de gauche qui aurait fait s'évanouir Moscovici et Parisot réunis dans un même étranglement (link).

 

La photo couleur est d'un usage très ancien. Certes, elle fut commercialisée dans les années trente (par Kodak, Agfa ...). Mais les frères Lumière l'utilisèrent au début du siècle, raison pour laquelle on dispose de photos très réalistes en couleur de combattants dans les tranchées.

 

Et toujours des fleurs... Maintenant, représentation du réel ne signifie pas forcément objectivité, réalisme, réalité, réel.

 

 

Photo de Léon Gimpel

 

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4 février 2013 1 04 /02 /février /2013 09:58

Je vais publier ces jours-ci de belles photos en couleur (non colorées) du Paris de la "Belle Époque" et de l'avant et après Première Guerre mondiale.

 

À propos de celle-ci, je sais qu'il y avait à Paris, à l'époque, des centaines de marchandes ambulantes de fleurs. Je ne sais trop ce que cela signifie, sociologiquement parlant. S'offrait-on davantage de fleurs qu'aujourd'hui ?

 

Le grand magasin de chaussures sur la droite existe-t-il toujours ?


Source : Paris Unplugged

 

 

http://www.paris1914.com/

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1 février 2013 5 01 /02 /février /2013 06:43

Le suffixe anglais ware est vague à souhait. Il signifie, en gros, marchandise. Avant l'invention de l'informatique (software, hardware), on le trouvait accolé à de nombreux mots : dinner ware =vaisselle, delft ware = faïence de Delft, glass-ware = verrerie.

 

Les Belges ont forgé leurs propres vocables informatiques (les Picards auraient pu en faire autant).

Quelques exemples :


Un  logiciel antivirus : un mouchware

Un logiciel de classement : un tirware

Un logiciel de copie : un mirware

Un logiciel de merde : un suppositware

Un logiciel de nettoyage : une baignware

Un logiciel de préparation de discours : un oratware

Un logiciel de vote électronique : un isolaware

Un logiciel de compression de données : un entonware

 

http://www.humour-maximum.net/image/virus-belge856.jpg

 

http://glazman.org/weblog/dotclear/images/Afghanistan.jpg

 


 


 

 

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29 janvier 2013 2 29 /01 /janvier /2013 07:06

 

 

 

Photo : Auuste Léon

Vous vous souvenez du punctum de Roland Barthes (link) ? Alors, pour moi, ce coup-ci, aucune hésitation : “ Bully ” des “ Chaussures Bully ” Tout simplement parce que Bully-les-Mines est à 20 kms d'Hénin-Liétard. Trois coups de pédale quand j'étais jeune, en prenant bien soin de traverser Lens, la grande ville, le grand club de foot. De la traverser de manière altière, sans m'arrêter. Au retour, changement d'itinéraire. Je passais par Liévin et Méricourt, ville natale du boxeur Charles Humez (link), idoles des chtis dans les années cinquante.


Mine de rien, j'avais fait cinquante kilomètres. Trois petites heures sur le vélo de femme de ma mère.


Barthes aurait sûrement aimé le poilu rescapé de la Grande guerre, abîmé dans la contemplation de l'affiche de Zigomar.

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28 janvier 2013 1 28 /01 /janvier /2013 06:23

http://www.africabookcentre.com/acatalog/Arthur_Nortje_South_African.jpgIl fallait un esprit aussi fin que celui de Jacques Alvarez-Péreyre pour traduire la poésie exigeante d’Arthur Nortje. Né en 1925 de parents juifs, Alvarez-Péreyre a voué son existence à la lutte contre l’apartheid. Son engagement fut stimulé par sa rencontre à Londres en 1947 des deux écrivains sud-africains : Denis Brutus (qui fut le professeur d’Arthur Nortje) et Cosmo Pieterse (émigré aux États-Unis mais qui ne put y retourner après un voyage à Londres en 1979, les autorités ayant « découvert » qu’il était « prétendument communiste ». Le premier sortait du bagne de Robben Island où il avait cassé des cailloux aux côtés de Nelson Mandela. « Grâce à eux », nous dit Jacques Alvarez-Péreyre, « j’ai pénétré le milieu des exilés qui résistent avec leur plume. »

 

Arthur Nortje naquit en 1942 près du Cap. Il quitte son pays pour le Canada en 1966. Il se suicidera à Oxford en 1970. Sa poésie sera publiée après sa mort : Dead Roots et Lonely Against the Light en 1973. Son ouvre parle principalement d’aliénation. En 2000, l’université de Pretoria publia Anatomy of Dark : Collected Poems of Arthur Nortje.

 

 

EN EXIL

 

Le ciel illimité flamboie suffisamment

Pour me rendre mal à l’aise.

 Des nuages s’étirent

Et refont des dessins d’antan

 

Le vent s’engouffre entre les tours

Dans des tunnels neufs et anciens.

Mon cœur est labouré par les bottes qui passent.

 

Je flotte dans mes habits

Que le vent revenu agite.

Des feuilles, un bref paysage de rue,

Et voilà que ressuscitent

 

Le ciel bleu méridional, une journée

Belle de vent : le paradis.

Autrement,

L’âme en exil dépérit.

L’homme à la peau foncée ne peut rien espérer,

Aussi, n’emprunte plus le bleu canal de la mémoire.

Sur le sable d’une dune,

J’édifie un tableau marin.

 

Les grains glissent et s’échappent,

Jouets du vent ou de ma main.

Plein de bonté, un nuage

Obscurcit le soleil, cette faim.

 

 

 

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