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9 novembre 2012 5 09 /11 /novembre /2012 06:46
http://i89.servimg.com/u/f89/11/69/59/15/malek_10.jpgNé en 1927, Malek Haddad a vécu la langue française à l’école comme un exil : « L’école coloniale colonise l’âme... Chez nous, c’est vrai, chaque fois qu’on a fait un bachelier, on a fait un Français. […] Il y a toujours eu une école entre mon passé et moi. […] Je suis moins séparé de ma patrie par la Méditerranée que par la langue française ».

 

Il s’inscrit à la faculté de droit d’Aix-en-Provence mais abandonne ses études pour aller travailler comme ouvrier agicole avec Kateb yacine en camargue.

Pendant la Guerre d’Algérie, Malek Haddad collabore à plusieurs revues parmi lesquelles Entretiens, Progrès, Confluents, Les Lterres françaises.

Après 1962, il s'installe à Constantine, collabore à l’hebdomadaire Atlas et à la revue Novembre,et dirige la page culturelle d’An Nasr qui paraît alors en langue française. Chargé de la direction de la Culture au ministère de l’Information de 1968 à 1972, il fonde la revue littéraire Promesses. Il est nommé en 1974 secrétaire de l'Union des écrivains algériens.

Malek Haddad décède d'un cancer en 1978 à Alger.

 

Après le retour à la terre natale et la fin de l'exil, Malek se trouve face au chômage et au despotisme. Ce qu’il exprime dans le poème “ Début d’exil : il pleut ” :

Ombre du col relevé

J'ai seize ans quand il pleut

La ville a peur des étrangers

Elle aime bien ses habitudes

Je marche

Je traîne

J'ai ma lettre à chanter

Je suis un continent qui rêve à la dérive...

Je suis le voyageur aux étapes baroques

Du jardin qui sourit

Au grenier qui médite

Je me monte en ménage un peu tous les deux mois.

Il pleut

La ville a peur des étrangers

Elle aime bien ses habitudes […]

(Écoute et je t’appelle, 1961).

 

De lui, voici peut-être les vers que je préfère . Nougaro aurait pu les chanter :

 

Je n’ai que des chansons

Pour celui qu’on enchaîne

Pour la main qu’on refuse

Pour le jour qu’on accuse

Je n’ai que des chansons

Pour les blés qu’on piétine

Pour la nuit qu’on malmène

Pour la colombe en deuil

Sur l’olivier brûlé

Mais je sais qu’un refrain

Ça peut faire du bien

Donne-moi ta main

Viens ...

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5 novembre 2012 1 05 /11 /novembre /2012 07:15

 

http://2.bp.blogspot.com/-MCpcgHsE36c/TekDgB1GyYI/AAAAAAAAB90/IqX6xUT4JxY/s1600/hikmet.jpgNâzim Hikmet fut le plus grand poète turc du XXe siècle, inconnu dans son pays de son vivant, ses œuvres étant interdites. Nâzim Hikmet est né à Salonique en 1902, dans une famille de hauts fonctionnaires de l’Empire ottoman. Avec une grand-mère polonaise du côté maternel, un grand-père gouverneur d’Alep, féru de poésie, et une mère artiste, pétrie de culture française, le jeune Nâzim avait tout pour réussir une brillante carrière. Il a passé près de la moitié de sa vie d’adulte dans les prisons turques, et pratiquement le reste du temps en exil à Moscou, ou en voyages à travers le monde. Déchu de sa nationalité, il mourra à Moscou en 1963, à lâge de 61 ans, citoyen polonais.

 

L’année suivante ses poèmes sont publiés en Turquie, après 28 ans d’interdiction. Mais il faudra attendre 2009 pour que la nationalité turque lui soit rendue.

 

 

Les heures de Prague 

Dans Prague tandis que blanchit l’aube

La neige tombe,
liquide,

d’un gris de plomb.

Dans Prague doucement s’éclaire le baroque

Tourmenté, lointain ;

Il tremble dans ses dorures une tristesse noircie.

Sur le Pont Charles les statues

sont des oiseaux venus d’une étoile morte (…)

Dans Prague passe une voiture,
une charrette que traîne un seul cheval,

devant le cimetière juif.

La charrette est chargée

de la nostalgie d’une autre cité

et le charretier c’est moi.

Dans Prague doucement s’éclaire le baroque

tourmenté, lointain
dans ses dorures une tristesse noircie.

Dans Prague au cimetière juif

la mort est silencieuse, muette.

Ô mon amour, ô mon amour
l’exil est pire que la mort…

 

C’est un dur métier que l’exil

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31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 07:01

En 1955, Roland Barthe publiait “ Le Tour de France comme épopée ”, un texte très innovant sur le Tour de France, repris dans Mythologies en 1957. Extraits :

 

http://s2.e-monsite.com/2009/12/19/925427160-0-0-0-bobet-bartali-jpg.jpg

 

Sur la géographie du Tour de France : 

« La géographie du Tour est, elle aussi, entièrement soumise à la nécessité épique de l'épreuve.

Les éléments et les terrains sont personnifiés, car c'est avec eux que l'homme se mesure et comme dans toute épopée il importe que la lutte oppose des mesures égales : l’homme est donc naturalisé, la Nature humanisée. (...) les étapes sont avant tout des personnages physiques, des ennemis successifs, individualisés par ce mixte de morphologie et de morale que définit la Nature épique. (...) Le Tour dispose donc d’une véritable géographie homérique. Comme dans l’Odyssée, la course est ici à la fois périple d’épreuves et exploration totale des limites terrestres. Ulysse avait atteint plusieurs fois les portes de la Terre. Le Tour, lui aussi, frôle en plusieurs points le monde inhumain : sur le Ventoux, on a déjà quitté la planète Terre, on voisine là avec des astres inconnus. » 

 

Sur le dopage :

« Doper le coureur est aussi criminel, aussi sacrilège que de vouloir imiter Dieu ; c’est voler à Dieu le privilège de l’étincelle. »

 

Le Tour comme champ de bataille :

« La dynamique du Tour se présente évidemment comme une bataille, mais l’affrontement y étant particulier, cette bataille n’est dramatique que par son décor ou ses marches, non à proprement parler par ses chocs. Sans doute le Tour est-il comparable à une armée moderne, définie par l’importance de son matériel et le nombre de ses servants ; il connaît des épisodes meurtriers, des transes nationales »

 

La morale du Tour :

« Le Tour possède une morale ambiguë : des impératifs chevaleresques se mêlent sans cesse aux rappels brutaux du pur esprit de réussite. C’est une morale qui ne sait ou ne veut choisir entre la louage du dévouement et les nécessités de l’empirisme. Le sacrifice d’un coureur au succès de son équipe, qu’il vienne de lui-même ou soit imposé par le directeur technique, est toujours exalté, mais toujours aussi, discuté. Le sacrifice est grand, noble, il témoigne d’une plénitude morale dans l’exercice du sport d’équipe, dont il est la grande justification ; mais aussi il contredit une autre valeur nécessaire à la légende complète du Tour : le réalisme. On ne fait pas de sentiment dans le Tour, telle est la loi qui avive l’intérêt du spectacle. (...) 

Le Tour est un affrontement de caractères, il a besoin d’une morale de l’individu, du combat solitaire pour la vie (...) Mais le Tour est aussi un sport, il demande une morale de la collectivité. C’est cette contradiction qui oblige la légende à toujours discuter et expliquer le sacrifice, à remettre chaque fois en mémoire la morale généreuse qui la soutient. »

 

Le Tour comme mythe :

« Je crois que le Tour est le meilleur exemple que nous ayons jamais rencontré d’un mythe total, donc ambigu ; le Tour est à la fois un mythe d’expression et un mythe de projection, réaliste et utopique tout en même temps. Le Tour exprime et libère les Français à travers une fable unique où les impostures traditionnelles (psychologie des essences, morale du combat, hiérarchie des surhommes et des domestiques) se mêlent à des formes d’intérêt positif, à l’image utopique d’un monde qui cherche obstinément à se réconcilier par le spectacle d’une clarté totale des rapports entre l’homme, les hommes et la Nature. Ce qui est vicié dans le Tour, c’est la base, les mobiles économiques, le profit ultime de l’épreuve, générateur d’alibis idéologiques. Ceci n’empêche pas le Tour d’être un fait national fascinant, dans la mesure où l’épopée exprime ce moment fragile de l’Histoire où l’homme, même maladroit, dupé, à travers des fables impures, prévoit tout de même à sa façon une adéquation parfaite entre lui, la communauté et l’univers.

 

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25 octobre 2012 4 25 /10 /octobre /2012 13:05

 

http://www.larousse.fr/encyclopedie/data/images/1003936-Louis_Aragon.jpgDans un essai sur Aragon, publié chez Gallimard, l’auteur du « Con d’Irène » apparaissait vêtu d’un « cache-sexe rouge vif ». Le chapitre a été censuré par l’ayant-droit du romancier. Le voici dans son intégralité. 

 

Dans les beaux quartiers de Paris, l’automne pluvieux disperse l’or des parcs et presse aux épaules les passants. A l’étage d’un hôtel particulier aux pavés usés sous les roues des carrosses, on ferme les volets d’un appartement composé comme un double cœur, volière de vers et de chansons, galion gorgé d’éditions rares et d’objets curieux, aquarelles d’un siècle englouti. Appelons le maître des lieux Castille. Le flot des visiteurs a cessé depuis qu’au fond de cette grotte le magicien agonise. Ni les cartes postales reçues du bout du monde qu’il mêlait à des lambeaux d’affiches ou de journaux pour les arranger en fresque, ni l’amitié des peintres qui décorent diversement ses murs, ni l’hommage officiel des princes ou les chuchotements de ceux qui viennent encore aux nouvelles ne retiendront Castille de partir. Le vieux roi qui voudrait tant mourir, et n’y arrive pas.

 

Scellée depuis douze années, la porte de l’autre chambre n’ouvre plus sur «l’avenir de l’homme». Nul ne pénètre dans le sanctuaire où il a dressé Ses portraits, Ses romans, Ses toilettes – à Elle. Il a fait de ce reposoir un mythe, et du reste de l’appartement sa tanière. A force de manipuler l’amour, il en semblait irradié. Son bel canto avait vicié Castille; mimait-il éperdument, ou éprouvait-il sincèrement les passions? Les avis restaient partagés. Peut-être le grand poète avait-il besoin de dire pour ressentir, et de la rencontre d’un stylo avec d’une feuille de papier pour atteindre l’heure de la sensation vraie? Beau comme la rencontre…, y avait-il assez rêvé? Les daltoniens se confient au jugement des autres pour séparer le rouge du vert, Castille semblait à certaines heures affligé d’un daltonisme des passions; distinguant mal l’amour de la haine ou la joie de la douleur, il lui fallait s’en remettre assez souvent à sa femme, ou à son Parti, ou au témoignage de ses propres écrits. Chanter pour se donner courage ou contenance, vocaliser l’amour pour l’inoculer à l’autre et à soi-même, c’était peut-être la clé de son bizarre réalisme.

Depuis 1971, Castille prenait ses vacances d’été à Toulonentouré d’une cour de jeunes gens auxquels il distribuait chatteries, caresses et coups de griffe comme un pianiste réhausse son jeu à coups d’apoggiatures et d’effets de pédale. Je m’y trouvais mêlé en juillet 1973, habitant moi-même cette ville depuis mon affectation de professeur de philosophie au lycée Bonaparte; j’avais, pour la collection Poche-critique créée par Georges Raillard, écrit un petit ouvrage sur Blanche ou l’oubli qui avait plu à son auteur, nous avions échangé quelques messages, il m’avait reçu rue de Varenne et, puisque j’étais toulonnais, invité à passer le voir au cap Brun quand lui-même y serait.

Je me retrouvais donc sur la corniche de la résidence-hôtel, pour un déjeuner pris en terrasse à l’ombre entêtante des pins; au loin sur la grande nappe bleue, les voiliers faisaient un semis de petites mites, tandis que dans la minuscule piscine en contrebas quelques jeunes gens juraient et s’ébrouaient avec de grands splashes. J’imaginais avant de venir Castille entouré d’artistes, de fins causeurs ou de critiques experts, mais je tombais autour de la table sur ces «charlatans de Gallipoli (…) des gens, des gens, des gens encore (…) des paltoquets et des pécores» évoqués dans Le Roman inachevé; je revois deux hurluberlus fraîchement débarqués du festival d’Avignon, soudain séduits par le décor et décidés à y prendre racine, auquel notre hôte débitait des anecdotes qu’ils écoutaient en feignant l’intérêt. La conversation languissait, aussi fus-je soulagé quand Castille me lança gaiement au café, qu’il buvait en y ajoutant une quantité effroyable de sucre: – Eh bien jeune homme, je suis content de vous! Vous plairait-il d’entendre la suite? Attendez-vous à pire…, et il m’avait entraîné sans façon dans sa chambre, en escaladant l’escalier avec une vigueur surprenante.

 

Sur une table devant la fenêtre étaient disposées des liasses. Castille les soupesa avec la circonspection d’un haltérophile, puis d’un paquet tira prestement quelques feuilles qu’il commença à lire d’une voix emphatique, le dos tourné au jour. A cette époque, il laissait encore pousser ses longs cheveux blancs en crinière. Pourtant ce n’était pas le lion qu’évoquait le visage de Castille, malgré son profil arrondi de félin et la fente parfois cruelle des paupières filtrant un regard bleu. Son port de tête n’était pas assez noble ou tranquille, les expressions les plus contraires couraient sur ses traits avec la rapidité de l’araignée sur sa toile.

Cette déconcertante cinématographie de la face semblait prendre naissance à la base onduleuse du cou: tout en lisant Castille branlait du chef, et coulait de côté des regards en lame de faux. Sa voix légèrement nasale découpait les mots avec la précision d’une dague; non contente de dire elle semblait décortiquer et déguster chaque phrase, suspendue à d’invisibles guillemets, ou élevée jusqu’à la lumière comme un joaillier vante un bijou de prix qu’il détache pour le faire tourner aux yeux de l’acheteuse. Il était difficile d’échapper à son charme hypnotique, tant la haute silhouette dépassait la mesure ordinaire de l’homme ou de la femme et suggérait l’apparition mélodieuse de la Sphinge, ou de quelque serpent à sonnettes à la morsure sucrée.

Je m’efforçais de ne rien perdre de cette mise en scène, mais son étrangeté même nuisait à l’intelligence des paroles, dont le fil se rompait souvent. Les sautes de ton et les syncopes caractérisent le maniérisme lyrique du dernier Castille, qui me faisait profiter là de son dernier roman, en se plaisant à souligner et à dramatiser les accidents de sa prose, partout où ça disjonctait.  – Tu vois petit, ce bouquin me déborde, quel désordre bon Dieu quel désordre, jamais je ne m’y retrouverai…

Car soudain dans la chambre il m’avait tutoyé, tout en piochant parmi les feuillets qu’il battait comme un jeu de cartes – pour anticiper sur l’image que répéteront tous les commentateurs de Théâtre/roman. Puis, dans un grand geste théâtral le poète rejeta impatiemment le manuscrit et se dressa vivement. Le peignoir s’ouvrit sur le slip de bain. Castille nageait chaque jour en mer, assez souvent seul et droit vers le large, et je vis que le grand âge n’avait pas ruiné son corps bronzé, à la stature athlétique. Il me tourna le dos et disparut sans un mot dans la salle de bains.

Plusieurs minutes s’écoulèrent, avec des bruits d’eau. Une bouffée de parfum envahit la pièce, d’un musc lourd dominé par la rose. Quand Castille regagna son siège pour reprendre sans autre explication le fil de sa lecture, j’eus du mal à contenir ma stupéfaction: le Vieux s’était fardé et fait les yeux en y collant, par un détail de coquetterie inconcevable, des faux-cils dégoulinant de rimmel. Il avait abandonné le peignoir et troqué son slip pour un cache-sexe rouge vif. J’avais à présent devant moi une drag queen qui se mit à rythmer de plus belle les propos d’Eurianthe ou de quelque Lélio, tout en se caressant la poitrine et la toison ventrale. Le parfum, un gel plutôt, n’avait pas été appliqué au hasard et il était facile, à la courte distance où j’étais, de deviner de quel orifice copieusement enduit émanait l’entêtante invite. Dans mon dos, le grand lit blanc à la courte-pointe impeccablement tirée se chargea soudain d’une présence redoutable ; en quelques minutes, la confusion des genres avait changé de caractère.

 

Que faire? Je jugeai prudent de ne rien laisser paraître, me levai dès la fin de la lecture, remerciai et cherchai l’air au dehors, en tirant la porte sur les vociférations du baroque opéra dont, par une chaude après-midi de juillet, Castille m’avait fait l’unique spectateur. Ses lèvres aux accents rugissants et suaves avaient déployé pour moi l’éventail du désir amoureux sans lésiner sur l’orchestre, ponctuant par les clochettes de la douleur le largo langoureux des stances, tressant ses trilles au frémissement des cordes, ça me remettait quatre vers en mémoire, «Dites flûte ou violoncelle / Le double amour qui brûla / L’alouette et l’hirondelle / La rose et le réséda», amour double en effet puisque par derrière… Comment jamais te dire Je t’aime? modulait de mille façons le poème, tandis que le colimaçon parfumé de la rose implorait Défonce-moi!Ou, dit avec plus d’emphase dans Le Paysan de Paris: «Bats-moi, effondre-moi (…). Saccage enfin, beau monstre, une venaison de clartés».

L’abîme ouvert par Castille ne me détourna pas de le revoir, et je me mis à fréquenter davantage ses livres. «Sexuellement je l’avais percé à jour et il ne me le pardonnait pas», écrivit Drieu la Rochelle de son ancien ami; pour moi au contraire, le mélodieux frelon me parut plus proche, et presque fraternel, du jour où il me révéla sa fêlure. En ce temps-là, le veuvage de Castille était récent, et le plus exposé des secrets mondains n’était pas encore devenu le Polichinelle de Paris; la fable pourtant s’en répandait, et le poète ne fit rien pour la démentir; il s’affichait au contraire en diverses mondanités avec son secrétaire ou d’autres garçons de moindre calibre, semant chez les vieux grognards d’un réalisme qu’ils appelaient toujours socialiste l’embarras de ne plus savoir, devant le nouveau couple, sur quel pied danser.

Je croisais le secrétaire – appelons-le Raoul – qui fumait nerveusement au pied de l’escalier; il faisait le guet je crois bien, mais pas comme Leporello veillant sur les amours de son maître. Son regard m’instruisit mieux que les chamailleries du caravansérail sur les supputations et les jalousies qui peuplaient le petit monde de Castille. Le jeune homme composait sur son protecteur des vies parallèles aux détails suggestifs qui tiraient de Castille, dont le regard fatigué ne savait plus reconnaître la peinture, des cris d’extase. «Hourra Raoul !» avait titré quelques années plus tôt sur deux pages Les Lettres françaises. Ensemble ils promenèrent ce livre, dont ils firent des lectures publiques à deux voix pour inaugurer ici un Centre culturel, là une bibliothèque Elsa Triolet.

Plus tard il y aurait l’exhibition télévisée et les bredouillements sous le masque. Une suite funèbre de paroles à côté et de bouffonneries jusqu’à la décomposition finale. Castille toujours sublime et pathétique faisait le sourd quand on le suppliait d’intervenir fût-ce d’un mot dans les affaires du Parti ou de l’U.R.S.S., mais sur son œuvre et dans ses amours il se parodiait désormais lui-même, comme pour remettre sa fameuse fidélité à l’échelle de la grimace discordante et du «ratage carnavalesque du temps». Face à ses détracteurs et ennemis qui étaient légion, il avait toujours eu la passion d’en rajouter, façon de prendre les devants disait-il, ou pour le bizarre plaisir d’armer l’adversaire.

 

Je rencontrais Castille une dernière fois, dans une librairie de Grenoble où il venait lire quelques poèmes, dont le très touchant «Voyage d’Italie» où passe la voix blessée de Marceline Desbordes-Valmore. Les demandeurs d’autographes s’écrasaient sur son passage et je revois Raoul, costumé en cocher, empilant dans un grand sac les livres que Castille dédicacerait plus tard. Je m’avançais vers lui pour lui redire mon attachement, avec à la main un exemplaire d’Irène dans l’édition de Régine Deforges où je le priais de me mettre un mot. – Pourquoi voulez-vous, mon petit, que je vous dédicace un livre qui m’est étranger puisque j’ai toujours refusé d’en endosser la paternité – ou devrais-je dire la maternité? Et en effet, Castille résista jusqu’au bout, pour des raisons que je m’explique mal, à reconnaître l’un de ses plus beaux cris. Après cela, peut-être découragé, je ne le revis jamais plus.

Il fallait un certain héroïsme pour lamper ainsi à petites gorgées la cigüe lente du suicide. On avait bien ri quand, profitant d’un discours officiel où il remettait ses manuscrits à la nation française, il avait solennellement institué Raoul son «prolongateur». Un cordon électrique! Un échotier s’en empara et un bon mot courut Paris, «la prise de la Castille», ah ah! Prolongateur, Raoul? Un rouage tout au plus de cette machine à se moudre soi-même, un Sganarelle de rencontre à la table du séducteur, à l’heure où les Commandeurs de marbre se bousculent aux portes. Dans ce théâtre de marionnettes où Raoul était le dernier du casting, Castille avait toujours occupé tous les emplois, à la fois l’idolâtre et l’idole, la cantatrice et son amant, persécuté-persécuteur… Castille à la voix de cristal maintenant sous les tubes, aux mains des hommes en blanc. Et autour de la bibliothèque, des tableaux et des manuscrits, le vol pesant des charognards.

«Je fais ce que je peux», aurait-il dit entre deux comas. Si telles furent ses dernières paroles, il est curieux de mettre son œuvre et sa vie en regard. Pour fermer le bec aux nécrologues qui ont déjà remis leur copie sur le thème de la Castafiore. Car la mort de Castille suscita, venant de la gauche, une surenchère d’attaques furieuses, alors qu’il fut salué à droite avec respect et admiration sous la plume de François Nourissier ou de Jean d’Ormesson. Le sphinx ne dira plus rien, il emporte avec lui le mot de son énigme, mais il aura tant parlé, écrit, chanté… Castille enduisait d’un baume de douceur ses déchirures, il épongeait d’une gaze parfumée une plaie inguérissable, comme il aimait à la fin, parmi les jeunes gens, se travestir de rubans et de falbalas. L’irréparable avait eu lieu une fois pour toutes, à la naissance, il avait eu trop mal à sa parentèle, trop tôt désespéré des êtres les plus proches. De sorte que quand les choses commencèrent à vraiment mal tourner aux environs de 36, du côté de l’U.R.S.S. et de sa grande famille communiste, ça dut rappeler quelque chose à l’enfant truqué qu’il avait été, et peut-être le confirmer, le rassurer dans ses choix.

Il n’y a pas d’amour heureux, pas de famille sans mensonges, pas de couple dans discorde ni d’idéal sans trahison? On n’aura rien dit de Castille tant qu’on n’aura pas admis à quel point il vivait dans une dépendance amoureuse sciemment entretenue, dopée, revendiquée… A quel point l’amour cela vous dupe, cela vous abîme! Nane ou Nancy, évoquant leur trente mois de passion commune, a confié à sa biographe qu’elle le trouvait trop demanding. Sur quelques photos, on lit dans son regard cette demande qui dépasse les mots, l’attente d’une chose immense et qui n’arrive jamais.

Il est temps que le Vieux maintenant disparaisse, il n’a que trop tardé. Le dernier d’une époque qui ne se retrouvera plus, il part sous les moqueries et sa couronne roule au caniveau. Le monde a tourné sur ses talons de verre, et la musique a changé. Au moins a-t-il pénétré la mémoire populaire où sa vie se prolonge pas ses chansons, ses poèmes. Tout le monde connaît quelques chansons tirées de Castille, et qui les écoute sans trembler? J’en parlais un jour avec un ancien camarade de l’UJC-ML, qui me plaisantait sur mon goût: – Quoi, Castille, ce faux derche? – Peut-être mais… tu as pris le temps d’écouter ses chansons? – Ah les chansons, elles me font chialer! 

Daniel Bougnoux

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22 octobre 2012 1 22 /10 /octobre /2012 13:05

J’ai un fort penchant pour l’œuvre de Jean-Louis Beaucarnot (link). Dans son Entrons chez nos ancêtres, que je viens de lire en poche, il évoque un problème qui, en fait, titillait mon inconscient depuis toujours : l’objet de la prière du couple de paysans de L’Angelusde Millet. Une foultitude d’autres inconscients que le mien ont été stimulés par cette posture. On compte en effet des milliers de caricatures et de détournements d’un tableau qui a acquis depuis longtemps le statut d’icône populaire. Par exemple celle-ci de Lesueur Christin, dénommée En attendant le printemps,

 

http://kicswila.pagesperso-orange.fr/clin-oeil/angelus_lesueur.jpg


 

ou celle-ci de Jean-François Batelier :

 

http://www.rirenvert.org/wp-content/uploads/2011/02/angélusweb1.jpg


 

L’Angélus est une prière récitée trois fois par jour, à six heures, midi et 18 heures (vu la lumière qui baigne le tableau de Millet, on peut penser qu’il s’agit de la prière de fin de journée). Cette prière tire son nom de son premier mot en latin : 

 

Cette prière est récitée trois fois par jour, à six heures, à midi et à dix-huit heures, mais cet horaire peut varier selon le travail et les régions. À ces heures, on sonne une « cloche de l'angélus ». À noter qu’en Irlande, la chaîne de télévision publique diffuse quotidiennement cette cloche à 18 heures.

La prière tire son nom de son premier mot latin, « Angelus Domini nuntiavit Mariæ » (L’ange du Seigneur apporta l’annonce à Marie).

 

Millet a évoqué son tableau en ces termes : « L'Angélus est un tableau que j'ai fait en pensant comment, en travaillant autrefois dans les champs, ma grand-mère ne manquait pas, en entendant sonner la cloche, de nous faire arrêter notre besogne pour dire l'angélus pour ces pauvres morts ». Ce qui signifie que le rythme de la vie paysanne est peut-être aussi important que la religiosité du monde rural dans ce tableau. En 1938, Salvador Dali, lui-même profondément catholique (royaliste et franquiste, mais ceci est une autre histoire), consacra un livre (que je n’ai pas lu) à ce tableau : Le Mythe tragique de l'Angelus de Millet. Citée par Beaucarnot, la thèse de Dali est que les paysans en prière se recueillent en fait devant un cercueil d’enfant. En 1963, à la demande de Dali, Le Louvre accepta de radiographier l’œuvre, et l’on découvrit, sous le panier, un caisson noir de la taille d’un cercueil de petit enfant.

 

Dali détourna Millet à deux reprises, avec L’Angélus architectonique de Millet :

 

http://www.sommeil-mg.net/spip/local/cache-vignettes/L291xH394/Salvador_DALI_L_Angelus_architectonique_de_Millet_1933-14237.jpg

 


et Réminiscence archéologique de L’Angélus de Millet :

 

http://cache2.allpostersimages.com/p/LRG/7/772/7OBI000Z/affiches/dali-salvador-reminiscence-archeologique-de-l-angelus-de-millet.jpg

 


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21 octobre 2012 7 21 /10 /octobre /2012 05:49

http://en.cubafiesta.net/upload/nicolas%20guillen01.jpgNicolás Guillén est né le 10 juillet 1902 à Camaguëy et est mort le 16 juillet 1989 à la Havane. Fils d’un imprimeur, il fit des études de droit, devint avocat, puis journaliste.


Guillén s’inscrit dans le mouvement de rénovation artistique du début du XXème siècle. Il a inventé, sous l'influence de la négritude francophone et de la “ Renaissance de Harlem ”, une poésie d'inspiration africaine et antillaise du nom de « négrisme » (« negrismo »). Il a mené toute sa vie une lutte contre l’exploitation et les injustices sociales. Son œuvre poétique questionne l’identité culturelle du Cubain, identité mêlant l’apport culturel des Indiens Siboney, habitant l’île avant l’arrivée des Espagnols, celui des esclaves noirs originaires d’Afrique de l’Ouest, et celui des descendants des colons espagnols. Il combattit en Espagne aux côtés des républicains, devint membre du parti communiste exerça les fonctions de directeur des archives folkloriques nationales cubaines. Sous l’ère Battista, il vécut en exil de 1954 à 1958.


Le poème qui suit est extrait de La Colombe au vol populaire.

 

Exil

 

Le fleuve

Coule circonspect ;

Onde civilisée

Qui salue en silence

En levant son chapeau.

Mon pays dans le souvenir et moi, à Paris, là cloué

Comme une tendre pipistrelle.

Je veux

Cet avion qui m’emportera :

Quatre moteurs,

Vol sans escale !

 

Le sang brille sur la poitrine

de ce nuage qui lentement

passe dans le ciel bas.

Vêtu de noir. Blessé

par quatre lames d’acier neuf.

Il vient de la mer des Antilles,

La mer pirate et cannibale,

La dure mère aux yeux avuegles

Et au sommeil assassiné.

Ah ! repartir avec ce nuage,

Ses quatre lames,

Son habit noir !

 

(Traduction : Claude Couffon)

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18 octobre 2012 4 18 /10 /octobre /2012 05:40

http://www.greceantique.net/images-articles/pederastie-grecque.jpgUn copain m’avait fait découvrir ce sonnet de Rimbaud alors que nous étions en 5ème. Je n’avais pas compris grand-chose à l’époque. J’espère avoir fait quelque progrès depuis.

On épiloguera à l’infini en se demandant si les « fesses blanches » appartiennent à un homme ou à une femme. Il est sûr, en tout cas, que le premier vers contient cinq “ o ”, et que l’œillet renvoyait à l’anus chez les homosexuels du XIXe siècle. La mousse figure-t-elle des poils ou des matières fécales ? Grave question ! La métaphore filée de la couture n’est pas inintéressante : « œillet », « froncé », « ourlet ». Il n’est sûrement pas osé de se dire que les « larmes de lait » sont le sperme. Pour le « vent cruel », on pense aux pets (d’où l’allitération dans « perdre où la pente les appelait ». Dans nos vies prosaïques, la praline n’est rien d’autre qu’une crotte en chocolat. Dans la Bible, Chanaan est la Terre promise (ou la paire trop mise, c’est selon).

Obscur et froncé comme un œillet violet

Il respire, humblement tapi parmi la mousse

Humide encor d'amour qui suit la fuite douce

Des Fesses blanches jusqu'au cœur de son ourlet.

 

Des filaments pareils à des larmes de lait

Ont pleuré sous le vent cruel qui les repousse,

À travers de petits caillots de marne rousse

Pour s'aller perdre où la pente les appelait.

 

Mon Rêve s'aboucha souvent à sa ventouse ;

Mon âme, du coït matériel jalouse,

En fit son larmier fauve et son nid de sanglots.

 

C'est l'olive pâmée, et la flûte câline,

C'est le tube où descend la céleste praline :

Chanaan féminin dans les moiteurs enclos ! 


 

Arthur Rimbaud, 1871.

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16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 05:39

http://2.bp.blogspot.com/-gZ2YVC3xrG8/TepPmsuPTrI/AAAAAAAALOY/nNFVJfs5qZw/s1600/Gom-rr.jpgNé en Pologne en1904, Witold Gombrowicz est issu de la noblesse terrienne de la région de Varsovie. Il a suivi un cursus universitaire à Varsovie, puis à Paris. Il se rend en Argentine en 1939 pour un court séjour. L’invasion de son pays le dissuade de rentrer en Europe. Il va passer vingt-cinq ans en Argentine. Son œuvre, interdite par les nazis puis par les communistes va tomber dans l’oubli jusqu’en 1957. Il rentre en Europe en 1963. Il s’installe en France en 1964, où ses livres connaissent un succès grandissant. Il meurt à Vence en 1969.

 

Il y a dans le texte qui suit cette phrase incroyable qui, pourtant, survient tout naturellement et qui nous rappelle que Gombrowicz fut un adepte du paradoxe : « Je fus amoureux de la catastrophe. »

 

Et, tandis que sur mon bateau je longeais les rivages allemands, français, anglais, toutes ces terres d’Europe figées dans la peur du crime encore enfoui paraissaient me crier : sois léger, sois insouciant ! Tu n’as aucune importance, aucun moyen d’action ! La seule chose qui te reste, c’est l’ivresse ! Et je m’enivrais à ma façon, pas nécessairement d’alcool ; je voguais, ivre, l’esprit presque entièrement obnubilé…

 

Puis les frontières éclatèrent, sautèrent les Tables de la Loi, et se débondèrent à flots les forces aveugles, et me voici ! Me voici, moi, seul en Argentine, coupé de tout, perdu, annihilé, anonyme. J’étais un peu excité, un peu effrayé. En même temps, quelque chose en moi me faisait saluer avec une émotion passionnée le coup qui m’anéantissait et m’arrachait aux assises de mon ordre acquis. La guerre ? La débâcle polonaise ? Le sort de ma famille ? Mes propres destinées ? Pouvais-je vivre tout cela, pouvais-je me faire du souci d’une manière « normale », moi qui avait tout su d’avance, qui l’avais déjà éprouvé bien avant ? Oui, je ne mens pas en disant que depuis des années je communiais dans mon coeur avec la catastrophe. Lorsqu’elle arriva, je me dis quelque chose qui était à peu près : – Ah, bon ! c’est arrivé ! et je compris que le temps était venu de mettre à profit la faculté de dire adieu, de rompre, de rejeter tout, que j’avais cultivée en moi. Rien n’avait changé, ce cosmos, cette vie qui m’emprisonnaient ne devenaient pas différents parce qu’un ordre défini de mon existence venait de s’achever. Pourtant, un frisson terrible naissait en même temps du sentiment que la violence libère, ce quelque chose d’innomé et d’informe dont j’avais senti la présence, cet élément dont je savais seulement qu’il est « inférieur », « plus jeune », « puîné », et qui déferlait maintenant – déluge dans la ténèbre violente et noire. Dès le premier instant, je fus amoureux de la catastrophe, que pourtant je haïssais, qui m’entraînait dans sa ruine universelle ; j’en fus amoureux et ma nature me la faisait saluer comme occasion de me lier à l’inférieur dans la ténèbre. [...]

 

Extrait du Journal(traduction : Allan Kosko)

 

En photo : Gombrowicz et sa femme Rita Labrosse.

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15 octobre 2012 1 15 /10 /octobre /2012 10:31


Nos fesses ne sont pas les leurs. Souvent j'ai vu

 Des gens déboutonnés derrière quelque haie,

 Et, dans ces bains sans gêne où l'enfance s'égaie,

 J'observais le plan et l'effet de notre cul.

Plus ferme, blême en bien des cas, il est pourvu

 De méplats évidents que tapisse la claie

 Des poils ; pour elles, c'est seulement dans la raie

 Charmante que fleurit le long satin touffu.

Une ingéniosité touchante et merveilleuse

Comme l'on ne voit qu'aux anges des saints tableaux

Imite la joue où le sourire se creuse.

Oh ! de même être nus, chercher joie et repos,


Le front tourné vers sa portion glorieuse,


Et libres tous les deux murmurer des sanglots ? 

 

 

Arthur Rimbaud (Les Stupra)

 

http://www.elsgnoms.com/images/rimbaud.jpg

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14 octobre 2012 7 14 /10 /octobre /2012 05:29

Gary Hemming fut un très grand alpiniste étatsunien, doublé d’un esprit original et libre. Il s’installa en France au début des années soixante. Il ouvrit des voies dans le massif du Mont Blanc. Il escalada l’aiguille verte en solitaire. Il sauva des alpinistes allemands en perdition plus rapidement que l’équipe officielle. La presse française le surnomma « le beatnik des cimes ». Il rentra aux États-Unis en 1969 et se suicida au bord du lac Jenny dans le Wyoming. Certains ont affirmé qu’il avait été assassiné par un fanatique d’extrême droite.

 

(Impatienta doloris)

 

http://images.summitpost.org/original/785567.jpg

  

 

Hermanaric fut le « nouvel Alexandre » ostrogoth. Il naquit vers 316. Au second tiers du IVe siècle, le célèbre roi ostrogothique Hermanaric, s'efforce d'agrandir sa zone d'influence ; il s'acharne contre les Hérules, un peuple germanique oriental, qui habite sur le Don inférieur, puis contre les arctoi gentes, c'est-à-dire contre les populations finnoises de la Russie forestière, contre les Slaves-Vénèthes du bassin du Dniepr supérieur et, enfin, contre les Aestii, la population balte de la Prusse et de la Lituanie actuelles.  Mais « l'empire » d'Hermanaric était condamné dès sa naissance. En effet, ses centres vitaux, comme d'ailleurs presque toute la zone de la civilisation de Cernjahov, se localisent dans la steppe et la steppe forestière, sur la route empruntée dans leurs migrations vers l'ouest par les nomades venus d'Asie. En 375, les Huns, venus de l'est, attaquent les Goths. Hermanaric ne peut maîtriser la situation et son « empire » s'effondre. Hermanaric meurt après une résistance désespérée en se transperçant de son glaive.


(source : Michel Kazanski).

(Pudor)

 

http://projectodessalife.files.wordpress.com/2012/01/ostrogoths1.jpg

 

Je passe rapidement sur Rudolph Hess, à qui Hitler avait dicté Mein Kampf dans la prison de Landsberg. Il mit 42 ans à se suicider, à 93 ans, en se pendant à un cadre électrique, dans la prison de Spandau dont il était le seul pensionnaire. Je passe également sur Himmler, qui se déguisa en simple soldat, un bandeau noir sur l’œil, après avoir tenté vainement de négocier avec les alliés. Il avala une capsule de cyanure. En apprenant qu’il avait trahi, des SS se réunirent autour d’un feu de joie (sic), entonnèrent l’hymne de leur confrérie et se suicidèrent. Je fais un prix de gros et je passe encore plus rapidement sur Hitler,  qui avait testé sur sa chienne le poison dont il allait user.

J’en viens (rien à voire) à Abbie Hoffman. Militant anarchiste, un des fondateurs du mouvement hippy, étudiant de Marcuse.

Au cours de la guerre du Viêt Nam, il utilise souvent l'humour et la comédie lors de manifestations. Par exemple, il tente de faire léviter le Pentagone en utilisant l'énergie psychique.

Un des plus brillants exploits de Hoffman est de se présenter avec un groupe de militants sur la galerie de la bourse de New York. De là, il jette des faux billets de banque sur les boursicoteurs et traders qui se trouvent plus bas. Ceux-ci se ruent sur les faux billets.

Hoffman est arrêté pour conspiration et incitation à une émeute pour le rôle qu'il a joué durant la Convention du parti démocrate en 1968 à Chicago (manifestation réprimée avec une férocité insensée). Durant son jugement, Abbie Hoffman aurait conseillé au juge l'usage de LSD.

En 1973, la police l'accuse de trafic de cocaïne. Après une opération de chirurgie esthétique et des années de clandestinité Hoffman se livre aux autorités.

Le 12 avril 1989, à l’âge de 52 ans, il se suicide par surdose de médicaments, peut-être parce que son dernier livre avait été mal accueilli. Surtout parce que le monde des années 80 ne lui plaisait pas. Il était maniaco-dépressif et avait d’ailleurs beaucoup écrit sur son malaise.

(Impatienta doloris)

 

http://www.thenation.com/sites/default/files/images/media/doc/360/1248469541-large.jpg

 

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