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13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 05:41

 

Georges Brassens. Premières chansons (1942-1949). Prologue de Gabriel Garcia Marquez. Edition établie et annotée par Jean-Paul Liégeois. Paris : Le Cherche Midi, 2016.

 

Jean-Paul Liégeois et les éditions du Cherche Midi continuent leur exploration de l’œuvre de Georges Brassens. Cet ouvrage est le septième de la collection “ Brassens d’abord ”. J’avais, en son temps, rendu compte de la somme consacrée par Jacques Vassal à la vie et l’œuvre du Sétois.

 

Brassens ne fut pas Rimbaud, et n’a jamais prétendu l’être. Ces textes de chanson, écrits entre 1942 – Brassens avait 21 ans (l’âge où Rimbaud avait tout dit) – et 1949, le prouvent. Issu d’un milieu très populaire, Brassens fut un extraordinaire autodidacte qui, seul, apprit la versification et s’éveilla à l’esthétique de la poésie en dévorant Villon, Hugo, Verlaine et beaucoup d’autres classiques, en les réécrivant pour s’imprégner de leur art, un peu comme les peintres en herbe copient les œuvres des maîtres dans les musées. Par goût, il dénicha des auteurs inconnus (souvenons-nous d’Antoine Pol, de ses “ Passantes ” et des douze années de labeur obstiné de Brassens pour les mettre en musique). Il écrivit comme un fou. Les premiers jets de certains de ses poèmes – ou de ses chansons, car il composa très tôt avant même de maîtriser vraiment le piano et la guitare – pouvaient faire 40 pages. Il organisa ses textes en recueils et fut admis à la SACEM en 1942.

 

Brassens voulait donc être écrivain. Sa carte d’identité de l’époque portait la mention “ homme de lettres ”. Dans ces œuvres de jeunesse, comme le reconnaît Claude Richard, auteur de l’introduction de ce livre, on ne retrouve pas « l’orfèvre des mots couronné par l’Académie française. » La marque, tellement personnelle de Brassens n’est guère présente, même avec le recul. Le fond et la forme étant la même chose, cela tient peut-être au fait que Brassens écrit beaucoup sur lui-même, sans vraie distance, sur ses amourettes, ses déceptions, ses émois adolescents. On cherche en vain une armure qui serait fendue, un sens du tragique. Où sont la guerre, le STO, où sont les privations ? Brassens est dans sa bulle d’innocence. A Basdorf, en Allemagne, il écrit “ A l’auberge du bon Dieu ”, “ Autour d’un feu de camp ”, “ L’amour est optimiste ” (« Belle amoureuse, pourtant votre amoureux vous aime. Et vous l’aimez, je crois, de même »). En cherchant bien, on peut trouver une vague allusion aux malheurs quotidiens des Parisiens dans “ Paris s’est endormi ” (« Paris n’a point souci des gros nuages gris qui crèvent. Car il est endormi sous une étrange pluie de rêve »). Où sont les anarchistes que Brassens a commencé à fréquenter en 1945 ? Mais ce que l’on trouve toujours, c’est l’exigence compulsive du ciseleur de mots, de celui qui veut faire de la poésie chantée, influencé par Jean Tranchant ou Charles Trenet, qui va droit au but, dans la plus grande simplicité :

 

On s’est connu un jour de fête

Y avait du soleil dans les cieux.

Y avait du bonheur sur les têtes

Et de l’amour dans tous les yeux

 

(“ Qu’est-elle devenue ? ”, première chanson déposée à la SACEM en 1942)

 

 

 

 

La rigueur n’empêche pas, au contraire, le jeu avec les mots et les formes, comme l’enjambement avec rejet qu’il utilisera maintes fois dans son œuvre :

 

Son cœur se mit à palpiter quand je

Pris sa bouche en vainqueur,

Ce qui devait se passer

Finalement se passa.

Depuis ce jour, fait étrange,

Ell’ ne peut plus s’en passer,

C’est ça.

 

(“ Vendanges ”)

 

 

En 1942, Léo Marjane crée “ Seule ce soir ”, un des très grands succès de la période d’occupation. Subjugué, Brassens écrit “ Je pleure ” :

 

Je pleure,

Car je suis seul ce soir,

A l’heure

Où elle venait me voir.

 

Heureusement, la fadaise est sauvée par cette fulgurance :

 

Je songe

A nos serments émouvants,

Mensonges

Qu’emporta le premier vent.

 

 

Cette concision, ces retournements, on les retrouvera à foison :

 

Le passé m’échappe,

Alors enchanté.

Le terne présent se drape de réalité.

 

(“ Le passé m’échappe ”)

 

 

Assez rarement, Brassens ose le délire formel, comme dans “ La ligne brisée ” :

 

Sur la sécante improvisée

D’une demi-sphère céleste,

Une longue ligne brisée,

Harmonieuse, souple et leste,

Exécut’ la dans’ de Saint-Guy […]

 

 

Ou, autre figure géométrique de tous les possibles :

 

 

Deux beaux amants de roman,

Perpendiculairement

Au calme pur d’une grève,

Poursuivaient un joli rêve,

En riant de leurs tourments

Perpendiculairement.

 

(“ Perpendiculairement ”, italiques de Brassens)

 

 

Et il ose la transgression, ce qu’il fera ensuite jusqu’à sa mort :

 

Le diable s’est logé dans ma bourse.

Sans me demander la permission

Le diable s’est logé dans ma bourse

Avec de mauvaises intentions.

 

 

Mettre en scène les galipettes interlopes d’un étudiant et d’une directrice d’école, il fallait le faire à l’époque :

 

Et c’est dans la salle de musique

Qu’ils firent pendant plus de deux mois

La culture morale et physique

Qui procure de si doux émois.

 

 

Et puis, déjà et à jamais, cet humour, un peu de biais comme quand, sur scène, il se tournait vers son complice le contrebassiste Pierre Nicolas :

 

Comme il redout’ que des canailles

Convoit’ des rabots des tenailles,

En se couchant il les install’

Au milieu du lit conjugal.

Et souvent la nuit, je m’réveille

En rêvant aux monts et merveilles

Qu’annonce un frôlement coquin.

Mais ce n’est qu’un vilebrequin !

 

(“ La chanson du bricoleur ”)

 

 

Dès lors, il ne lui reste plus qu’à oublier Trenet, Tranchant, Asso, Mireille et Jean Nohaint.

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9 avril 2016 6 09 /04 /avril /2016 05:43

Pas génial, le dernier repas terrestre de Gagarine avant son envol historique

 

A 3 h 30, le médecin Karpov entre dans la chambre où Youri Gagarine et sa doublure (son doublure ?) Guerman Titov dorment.

 

 “ Il est l'heure de se lever ”, leur dit-il. Puis ils se rendent au gymnase pour une mise en train, puis toilette et déjeuner “ à la cosmos ”. Au menu :

 

 purée de viande,

 café,

 marmelade de cassis

 (tout cela en tubes)

 

 

 

Au début des années soixante, le sourire ravageur de Gagarine, sa gentillesse, sa simplicité, firent beaucoup pour la popularité en Occident d'une URSS qui se déstalinisait lentement mais sûrement.

 

Les Zuniens furent mortifiés par cette réussite des “ commies ”.

 

Rapidement, Gagarine court les jupons et les bistrots. Il a vingt accidents de voiture en sept ans.

 

Le 27 mars 1968, il s'écrase à bord d'un MIG-15 après avoir demandé la permission de rentrer à la base. Dans un premier temps, la thèse officielle, complètement fausse, est que  Gagarine, victime d'une défaillance de son avion, ne s'est pas éjecté pour éviter que son MiG-15 s'écrase sur une école. Il semble qu'il ait voulu éviter un ballon-sonde ou qu'il ait été gêné par un autre avion. Il avait 34 ans.

 

Orthodoxe pratiquant, Gagarine n'a nullement prononcé, pendant son vol, une phrase qu'on lui a longtemps prêté : “ Je ne vois aucun Dieu là-haut ”. Croyant mais pas débile !

A table ! (12)
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28 mars 2016 1 28 /03 /mars /2016 05:41

Brève note de blog pour un un lundi de Pâques.

 

Qui est cet homme à droite du trait rouge, un homme mesurant six pieds et quatre pouces ? Il était effectivement très grand (1 m 93).

De quoi cette ombre est-elle le nom ?

Il s'agit d'Abraham Lincoln, quelques dizaines de minutes avant son assassinat.

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27 mars 2016 7 27 /03 /mars /2016 05:52

La nourriture suédoise n'est pas si mauvaise que cela. Comme partout, c'est la sauce qui fait le poisson. Voici donc ce qu'Albert Camus dégusta lorsqu'il reçut le prix Nobel de littérature en 1957.

 

Truite de rivière à la parisienne
 Sauce verte

 

Faisan au Porto


Laitue romaine



Poires au Cognac

Fine Champagne


Crème frappée

 

VINS


Johannisberger Riesling, 1955


Château Lescadres
 Deinhardt Cabinet, Brut


Café


Cognac Rémy Martin V.S.O.P.


Cointreau Liqueur

 

 

En prime, voici son discours d'acceptation :

 

 

 

« En recevant la distinction dont votre libre Académie a bien voulu m’honorer, ma gratitude était d’autant plus profonde que je mesurais à quel point cette récompense dépassait mes mérites personnels. Tout homme et, à plus forte raison, tout artiste, désire être reconnu. Je le désire aussi. Mais il ne m’a pas été possible d’apprendre votre décision sans comparer son retentissement à ce que je suis réellement. Comment un homme presque jeune, riche de ses seuls doutes et d’une œuvre encore en chantier, habitué à vivre dans la solitude du travail ou dans les retraites de l’amitié, n’aurait-il pas appris avec une sorte de panique un arrêt qui le portait d’un coup, seul et réduit à lui-même, au centre d’une lumière crue ? De quel cœur aussi pouvait-il recevoir cet honneur à l’heure où, en Europe, d’autres écrivains, parmi les plus grands, sont réduits au silence, et dans le temps même où sa terre natale connaît un malheur incessant ?

 

 J’ai connu ce désarroi et ce trouble intérieur. Pour retrouver la paix, il m’a fallu, en somme, me mettre en règle avec un sort trop généreux. Et, puisque je ne pouvais m’égaler à lui en m’appuyant sur mes seuls mérites, je n’ai rien trouvé d’autre pour m’aider que ce qui m’a soutenu, dans les circonstances les plus contraires, tout au long de ma vie : l’idée que je me fais de mon art et du rôle de l’écrivain. Permettez seulement que, dans un sentiment de reconnaissance et d’amitié, je vous dise, aussi simplement que je le pourrai, quelle est cette idée.

 

 Je ne puis vivre personnellement sans mon art. Mais je n’ai jamais placé cet art au-dessus de tout. S’il m’est nécessaire au contraire, c’est qu’il ne se sépare de personne et me permet de vivre, tel que je suis, au niveau de tous. L’art n’est pas à mes yeux une réjouissance solitaire. Il est un moyen d’émouvoir le plus grand nombre d’hommes en leur offrant une image privilégiée des souffrances et des joies communes. Il oblige donc l’artiste à ne pas s’isoler ; il le soumet à la vérité la plus humble et la plus universelle. Et celui qui, souvent, a choisi son destin d’artiste parce qu’il se sentait différent, apprend bien vite qu’il ne nourrira son art, et sa différence, qu’en avouant sa ressemblance avec tous. L’artiste se forge dans cet aller-retour perpétuel de lui aux autres, à mi-chemin de la beauté dont il ne peut se passer et de la communauté à laquelle il ne peut s’arracher. C’est pourquoi les vrais artistes ne méprisent rien ; ils s’obligent à comprendre au lieu de juger. Et, s’ils ont un parti à prendre en ce monde, ce ne peut être que celui d’une société où, selon le grand mot de Nietzsche, ne régnera plus le juge, mais le créateur, qu’il soit travailleur ou intellectuel.

 

 Le rôle de l’écrivain, du même coup, ne se sépare pas de devoirs difficiles. Par définition, il ne peut se mettre aujourd’hui au service de ceux qui font l’histoire : il est au service de ceux qui la subissent. Ou, sinon, le voici seul et privé de son art. Toutes les armées de la tyrannie avec leurs millions d’hommes ne l’enlèveront pas à la solitude, même et surtout s’il consent à prendre leur pas. Mais le silence d’un prisonnier inconnu, abandonné aux humiliations à l’autre bout du monde, suffit à retirer l’écrivain de l’exil, chaque fois, du moins, qu’il parvient, au milieu des privilèges de la liberté, à ne pas oublier ce silence et à le faire retentir par les moyens de l’art.

 

 Aucun de nous n’est assez grand pour une pareille vocation. Mais, dans toutes les circonstances de sa vie, obscur ou provisoirement célèbre, jeté dans les fers de la tyrannie ou libre pour un temps de s’exprimer, l’écrivain peut retrouver le sentiment d’une communauté vivante qui le justifiera, à la seule condition qu’il accepte, autant qu’il peut, les deux charges qui font la grandeur de son métier : le service de la vérité et celui de la liberté. Puisque sa vocation est de réunir le plus grand nombre d’hommes possible, elle ne peut s’accommoder du mensonge et de la servitude qui, là où ils règnent, font proliférer les solitudes. Quelles que soient nos infirmités personnelles, la noblesse de notre métier s’enracinera toujours dans deux engagements difficiles à maintenir – le refus de mentir sur ce que l’on sait et la résistance à l’oppression.

 

 

 

 Pendant plus de vingt ans d’une histoire démentielle, perdu sans secours, comme tous les hommes de mon âge, dans les convulsions du temps, j’ai été soutenu ainsi par le sentiment obscur qu’écrire était aujourd’hui un honneur, parce que cet acte obligeait, et obligeait à ne pas écrire seulement. Il m’obligeait particulièrement à porter, tel que j’étais et selon mes forces, avec tous ceux qui vivaient la même histoire, le malheur et l’espérance que nous partagions. Ces hommes, nés au début de la première guerre rnondiale, qui ont eu vingt ans au moment où s’installaient à la fois le pouvoir hitlérien et les premiers procès révolutionnaires ont été confrontés ensuite, pour parfaire leur éducation, à la guerre d’Espagne, à la deuxième guerre mondiale, à l’univers concentrationnaire, à l’Europe de la torture et des prisons, doivent aujourd’hui élever leurs fils et leurs œuvres dans un monde menacé de destruction nucléaire. Personne, je suppose, ne peut leur demander d’être optimistes. Et je suis même d’avis que nous devons comprendre, sans cesser de lutter contre eux, l’erreur de ceux qui, par une surenchère de désespoir, ont revendiqué le droit au déshonneur, et se sont rués dans les nihilismes de l’époque. Mais il reste que la plupart d’entre nous, dans mon pays et en Europe, ont refusé ce nihilisme et se sont mis à la recherche d’une légitimité. Il leur a fallu se forger un art de vivre par temps de catastrophe, pour naître une seconde fois, et lutter ensuite, à visage découvert, contre l’instinct de mort à l’œuvre dans notre histoire.

 

 Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde ne se défasse. Héritière d’une histoire corrompue où se mêlent les révolutions déchues, les techniques devenues folles, les dieux morts et les idéologies exténuées, où de médiocres pouvoirs peuvent aujourd’hui tout détruire mais ne savent plus convaincre, où l’intelligence s’est abaissée jusqu’à se faire la servante de la haine et de l’oppression, cette génération a dû, en elle-même et autour d’elle, restaurer à partir de ses seules négations un peu de ce qui fait la dignité de vivre et de mourir. Devant un monde menacé de désintégration, où nos grands inquisiteurs risquent d’établir pour toujours les royaumes de la mort, elle sait qu’elle devrait, dans une sorte de course folle contre la montre, restaurer entre les nations une paix qui ne soit pas celle de la servitude, réconcilier à nouveau travail et culture, et refaire avec tous les hommes une arche d’alliance. Il n’est pas sûr qu’elle puisse jamais accomplir cette tâche immense, mais il est sûr que, partout dans le monde, elle tient déjà son double pari de vérité et de liberté, et, à l’occasion, sait mourir sans haine pour lui. C’est elle qui mérite d’être saluée et encouragée partout où elle se trouve, et surtout là où elle se sacrifie. C’est sur elle, en tout cas, que, certain de votre accord profond, je voudrais reporter l’honneur que vous venez de me faire.

 

 Du même coup, après avoir dit la noblesse du métier d’écrire, j’aurais remis l’écrivain à sa vraie place, n’ayant d’autres titres que ceux qu’il partage avec ses compagnons de lutte, vulnérable mais entêté, injuste et passionné de justice, construisant son œuvre sans honte ni orgueil à la vue de tous, toujours partagé entre la douleur et la beauté, et voué enfin à tirer de son être double les créations qu’il essaie obstinément d’édifier dans le mouvement destructeur de l’histoire. Qui, après cela, pourrait attendre de lui des solutions toutes faites et de belles morales ? La vérité est mystérieuse, fuyante, toujours à conquérir. La liberté est dangereuse, dure à vivre autant qu’exaltante. Nous devons marcher vers ces deux buts, péniblement, mais résolument, certains d’avance de nos défaillances sur un si long chemin. Quel écrivain dès lors oserait, dans la bonne conscience, se faire prêcheur de vertu ? Quant à moi, il me faut dire une fois de plus que je ne suis rien de tout cela. Je n’ai jamais pu renoncer à la lumière, au bonheur d’être, à la vie libre où j’ai grandi. Mais bien que cette nostalgie explique beaucoup de mes erreurs et de mes fautes, elle m’a aidé sans doute à mieux comprendre mon métier, elle m’aide encore à me tenir, aveuglément, auprès de tous ces hommes silencieux qui ne supportent dans le monde la vie qui leur est faite que par le souvenir ou le retour de brefs et libres bonheurs.

 

Ramené ainsi a ce que je suis réellement, à mes limites, à mes dettes, comme à ma foi difficile, je me sens plus libre de vous montrer, pour finir, l’étendue et la générosité de la distinction que vous venez de m’accorder, plus libre de vous dire aussi que je voudrais la recevoir comme un hommage rendu à tous ceux qui, partageant le même combat, n’en ont reçu aucun privilège, mais ont connu au contraire malheur et persécution. Il me restera alors à vous en remercier, du fond du cœur, et à vous faire publiquement, en témoignage personnel de gratitude, la même et ancienne promesse de fidélité que chaque artiste vrai, chaque jour, se fait à lui-même, dans le silence. »

 

Une petite pour la route (si je puis dire) : la veille de sa mort, Camus envoie à trois femmes le même télégramme : “ A demain ”.

 

PS : Camus, qui fut un magnifique utilisateur de la langue française, aurait été horrifié, j'en suis sûr, par les “ étudiant-e-s ” et autre “ proviseure ”. Je suis récemment tombé sur une nouvelle horreur (horreure ?) : au parlement français, les rapporteurs de commission femmes sont des “ rapporteures ”. “ Rapporteuses ” n'aurait pas convenu car renvoyant à l'immémorial “ petites rapporteuses ” de nos cours d'école. Le beurre, l'argent du beurre, les testos symboliques à défaut des testos réels. Mais aujourd'hui, la chirurgie peut faire bien des choses.

 

PPS : Un ami blogueur hébergé par Nouvelobs.com (où j'ai été censuré naguère et que j'ai quitté avec pertes et fracas) vient d'être censuré (pas pour la première fois) car, dans une note anodine, il avait cité le titre de ce chef-d'œuvre de la littérature étasunienne : La Conjuration des imbéciles de John Kennedy Toole (A Confederacy of Dunces). Les deux “ dunces ” illettrés qui gèrent ce site ont bondi à la lecture du mot “ imbécile ”. Camus fut rédacteur en chef de Combat. La presse de centre gauche n'a pas vraiment évolué depuis sa mort. Les incultes y règnent en maîtres.

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16 mars 2016 3 16 /03 /mars /2016 06:26

 

Après avoir rédigé la recension du roman de mon cher Pierre Lemaitre, Trois jours et une vie, comme j’avais cinq minutes devant moi et que je suis facétieux, j’ai tapé « Trois jours » sur Google. Comme tout le monde, je savais que le chiffre trois a quelque chose de magique dans bien des cultures et des religions de ce monde. Je vous livre un florilège de ce que j’ai trouvé.

 

 

Tous les jours, après la classe, le lapin Touneuf court voir son arrière-grand-père Ordage, vieux lièvre ridé, que Touneuf aide dans ses travaux de jardinage. Si Ordage est si vieux, c'est qu'il a commandé trois jours de vie en plus à chacun de ses anniversaires.

 

 

Victime d'un malaise cardiaque mercredi, le père de famille de 58 ans avait été sauvé grâce à la réactivité de son fils qui n'avait pas hésité à aller chercher de l'aide en vélo au milieu de la nuit. À peine trois jours plus tard, il a mis fin à ses jours à son domicile. Son fils de 5 ans venait de le sauver. Un homme, rescapé mercredi après un malaise cardiaque grâce à son petit garçon parti chercher des secours à vélo en pleine nuit, s'est suicidé à son domicile dans la nuit de samedi à dimanche à Saint-Pierre-la-Cour, près de Rennes, a indiqué lundi la mairie de la commune. Joint par téléphone par Le Figaro, la municipalité n'a pas souhaité en dire davantage sur cet homme de 58 ans.

 

 

Trois jours dans la vie de Thomas Mann :

Un roman nous plonge dans la tête de l’écrivain entre le 31 janvier et le 2 février 1936, quand il hésite à rompre avec l’Allemagne nazie.

Publié dans le magazine Books, octobre 2014.            



Envoyer la lettre à son éditeur et couper définitivement les ponts avec l’Allemagne nazie ? Ne rien faire et profiter à la fois de son exil suisse (involontaire mais très confortable) et du lucratif lectorat allemand ? Thomas Mann hésite, trois jours durant – du 31 janvier au 2 février 1936. Il faut dire que c’est un virtuose de la tergiversation. Littérature ou politique ? Spiritualité ou engagement dans l’action ? Guerre ou paix (en 1914, il a soutenu la guerre, mais aujourd’hui il s’en veut) ? Anti ou philosémite ? Amours masculines ou féminines ? Pendant ces trois jours, il passe d’un extrême à l’autre, écrit sa lettre, la remet à l’éditeur, la reprend, demande un délai de réflexion, envisage même de solliciter des autorités nazies une étrange « mise en congé de l’Allemagne », qui n’entraînerait pas l’interdiction de ses livres… La Hollandaise Britta Böhler retrace, dans son premier roman, ces atermoiements avec expertise, « mêlant adroitement, dans le monologue intérieur de Thomas Mann, les faits historiques et biographiques, en un portrait lucide de sa personnalité », lit-on dans Dagblad van het Noorden.

 

 

 

 

Expérience quantique. Les trois jours qui ont changé ma vie

 

Auteur : BRETHES Alain

 

Editeur : Le Temps Présent

 

 

 

Ces trois jours qui ont changé la vie des femmes

Année de production : 2014

Réalisateur : Philippe Lallemant

Genre : Débat

Durée : 60 min

Casting : Danielle Gaudry , Emmanuelle Devos , Jocelyne Girault-Laurence

SYNOPSIS

Après la diffusion du téléfilm, Julian Bugier anime, en présence de la comédienne Emmanuelle Devos, un débat dans lequel il donne la parole à des femmes qui ont avorté dans la clandestinité, il y a plus de 40 ans, au péril de leur vie. Témoignent aussi des médecins qui, à l'époque, pratiquaient en secret des avortements. En plateau, un gynécologue, un représentant du Planning familial, des militantes qui se sont engagées pour le vote du texte évoquent le contexte historique de la loi Veil, mais font également le point sur l'IVG aujourd'hui.

 

 

Apocalypse 11. « A cause d'eux les habitants de la terre se réjouiront et seront dans l'allégresse, et ils s'enverront des présents les uns aux autres, parce que ces deux prophètes ont tourmenté les habitants de la terre. Après les trois jours et demi, un esprit de vie, venant de Dieu, entra en eux, et ils se tinrent sur leurs pieds; et une grande crainte s'empara de ceux qui les voyaient. Et ils entendirent du ciel une voix qui leur disait : Montez ici! Et ils montèrent au ciel dans la nuée; et leurs ennemis les virent.…

 

 

 

Question : « Où était Jésus pendant les trois jours entre Sa mort et Sa résurrection ? »

 

Réponse : 1 Pierre 3:18-19 dit, « Le Christ lui-même est mort une fois pour les péchés, lui juste, pour des injustes, afin de nous mener à Dieu. Mis à mort selon la chair, Il a été vivifié selon l'esprit. C'est en cet Esprit qu'Il s'en alla même prêcher aux esprits en prison. Notre seigneur a ramené Son esprit au Père, est mort et à un moment entre la mort et la résurrection, a visité le royaume des morts où Il a délivré un message aux êtres d'esprit (probablement des anges déchus; voir Jude 6) qui ont été d'une façon ou d'une autre reliés à la période d’avant l'inondation, du temps de Noé. Le versert 20 dit cela de façon claire. Pierre ne nous a pas dit ce qu'Il a proclamé à ces esprits emprisonnés, mais cela ne pouvait pas être un message de rachat puisque les anges ne peuvent pas être sauvés (Hébreux 2:16). C'était probablement une déclaration de victoire sur Satan et ses hôtes (1 Pierre 3:22; Colossiens 2:15). Éphésiens 4:8-10 semblent aussi indiquer que le Christ est allé “ au paradis ” (Luc 16:20; 23:43) et a pris au ciel ceux qui avaient cru en Lui avant Sa mort. Le passage ne donne pas une grande quantité de détails sur ce qui est arrivé, mais la plupart des biblistes reconnaissent que c'est ce qui est signifié par “ tirer le captif de sa captivité. ”

Ainsi, pour tout dire, la Bible n'est pas entièrement claire sur ce qu'a exactement fait le Christ pendant les trois jours entre Sa mort et Sa résurrection. Il semblerait, cependant, qu'Il a prêché la victoire sur les anges déchus et/ou les non croyants. Ce que nous savons à coup sûr c’est que Jésus ne donne pas de deuxième chance aux personnes pour le salut. La Bible nous dit que nous devons faire face au jugement après la mort (Hébreux 9:27), elle ne nous donne pas une deuxième chance. Il n'y a pas vraiment une réponse définitive claire sur ce que Jésus a fait de son temps entre Sa mort et Sa résurrection. C’est peut-être l’un des mystères que nous comprendrons une fois que nous atteindrons la gloire.

 

 

 

 

Trois jours dans la vie de Viktor Tchnernichev

Drame réalisé en 1967 par Mark Ossepian 

 

Synopsis :

 

Indifférent au monde qui l’entoure, un jeune ouvrier se laisse entraîner par les voyous de son quartier à des actes de petite délinquance. Portait d’une jeunesse désenchantée, filmé dans les rues de Moscou (on peut apercevoir, encore en construction, le quartier du Nouvel Arbat). “ Mark Ossepian s’inspire des expériences des fondateurs de la Nouvelle École de New York, John Cassavetes et Shirley Clark. ” Martine Godet

 

 

 

Les trois jours d'obscurité :

 

« Nous vous disons ceci : les trois jours de nuit auront effectivement lieu. Ce sera un moment extrêmement pénible pour l’humanité. Tous, y compris ceux qui se seront préparés, auront un moment de difficulté, d’adaptation, un choc. Pour ceux qui se seront préparés, cela durera très peu de temps, ils referont vite surface et sauront parfaitement gérer cette expérimentation. Certains ont pu croire que les trois jours ne nuit n’auraient pas lieu. Nous tenons à vous dire que c’est totalement d’actualité et fait partie de la transition.

 

Bien au-delà de votre conscience humaine, bien au-delà de la conscience que vous pouvez avoir de vous-mêmes, vous subissez une grande, une très grande préparation. Questionnez-vous lorsque vous vous réveillez le matin très fatigués, plus fatigués que lorsque vous vous êtes couchés ou avec une envie de ne pas commencer votre journée de vie, de rester à un endroit dont vous n’avez plus souvenance. Un travail colossal se fait pendant le repos de votre corps mais également pendant vos moments de veille. Pendant ces moments-là vous êtes trop préoccupés pour vous en rendre compte. Parfois cependant, par un profond ressenti ou un décalage avec la réalité, vous savez qu’il se passe quelque chose. Le monde accélère d’une façon considérable sa mutation, sa transformation.

 

Faudra-t-il garder les animaux à l’intérieur ?

 

« Absolument, les animaux seront beaucoup plus perturbés que vous, il faudra les rassurer. »

Est-ce qu’après ces trois jours d’obscurité, certains d’entre nous seront capables d’utiliser leur merkabah pour aller sur une autre sphère ?

 

« Pas tout de suite, mais plus tard ! Ces trois jours génèreront de grandes capacités, l’unité entre la conscience humaine et la conscience spirituelle mais pas encore l’unité entre la conscience humaine et la conscience Divine.

 

Vous avez conscience de votre Divinité, mais le pont n’est pas encore créé. Si vous aviez réellement conscience des pouvoirs de votre Divinité, vous feriez miracle sur miracle ou ce qui pourrait paraître comme tels. En fait ce ne serait pas des miracles mais simplement l’utilisation de vos potentialités, de vos possibilités. »

 

 

 

“ Jennifer Lawrence : trois jours dans les mêmes habits, un nouvel homme dans sa vie ? ”

Voilà un moment que la belle Jennifer Lawrence n’a pas eu d’homme dans sa vie. Et si c’était pour bientôt ?

 

Il arrive qu’une femme ne pense pas à prendre un vêtement de rechange lorsqu’elle va coucher chez son homme. Résultat, elle porte sa tenue deux fois de suite. C’est ainsi que certaines stars ont été grillées en revenant d’un flirt. Serait-ce le cas de Jennifer Lawrence ?

 

Il serait temps de se changer non ?

 

En effet, voilà pas moins de trois jours que la jeune femme a été vue dans les mêmes vêtements. Un jean troué, une paire de basket grise et un sac noir à clou, la voilà prête pour sa journée. Alors, a-t-elle découché pour retrouver un homme ? 

 

 

 

François Hollande décrète un deuil national de trois jours et convoque le Congrès

 

ATTENTATS - Au lendemain des attaques qui ont visé la capitale et fait au moins 128 morts, le président de la République a pris une nouvelle fois la parole pour appeler au deuil et à l'unité face à un « acte de guerre préparé, organisé planifié de l'extérieur avec des complicités intérieures ».

 

« J'ai pris un décret pour proclamer le deuil national pour trois jours », a-t-il annoncé ce samedi depuis l'Elysée tout en promettant que tous les dispositifs de sécurité ont été « renforcés à l'échelle maximale ».

 

TF1 : Trois jours après les attentats terribles qui ont touché Paris, la vie reprend progressivement dans la capitale et dans les quartiers endeuillés. Les rues Bichat, de Charonne ou encore le boulevard Voltaire ont été de nouveau rendus accessibles au public. Les riverains et les commerçants sont encore sous le choc et sortent dans la rue la boule au ventre, mais avec la volonté de lutter contre le terrorisme.

 

 

 

 

Simone Pacot (Famille chrétienne): « Chaque existence doit traverser les trois Jours saints pour parvenir à la résurrection » (1/2)

 

À l’approche du triduum pascal, l’auteur de « L’Évangélisation des profondeurs », en s’appuyant sur sa propre expérience, décrit le passage qui peut se faire du soin psychothérapique à la conversion. Via, justement, la succession de ces trois jours saints aux tonalités bien distinctes.

 

Nous traversons, dans le quotidien, des passages, des étapes qui nous mènent du désordre de la mort sous quelque forme qu’elle se présente à la vie. Notre existence présente une analogie avec deux Pâques saintes : d’abord, la Pâque des Hébreux, cette sortie d’Égypte qui symbolise le fait de quitter l’oppression de l’esclavage, les captivités intérieures (Ex 12), avec cette longue marche dans le désert où se dévoilent toutes les résistances intérieures de l’être humain (Ex 15, 40). Enfin, l’entrée en terre promise (Jos 1, 7), avec un ultime combat contre la peur de l’inconnu, le doute. Puis la Pâque de Jésus, avec ses trois « Jours saints » : le Vendredi saint, temps de la déstabilisation, du choc, de la « blessure », du traumatisme. Le Samedi saint, temps de l’œuvre de Dieu dans les profondeurs de l’être, jusque dans nos enfers. Enfin, le dimanche de Pâques, temps de la vie qui rejaillit lorsque l’on quitte l’ancien, en s’élançant vers le nouveau. « Pourquoi cherchez-vous parmi les morts Celui qui est vivant ? » (Luc 24, 5)

 

 

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6 mars 2016 7 06 /03 /mars /2016 06:44

Allons faire un tour à la Tour d'Argent en 1950. La vue sur Notre-Dame est unique. Au XXe siècle, la famille Terrail s'y est particulièrement illustrée.

 

En 1940, les nazis prennent possession des lieux. Claude Terrail a le temps de cacher plusieurs centaines de milliers de bonnes bouteilles avant de s'engager dans la division Leclerc.

 

En 1996, Claude Terrail perd sa troisième étoile au Michelin. En 2006, il perd sa seconde étoile et devient aveugle à la suite d'un AVC avant de décéder à l'âge de 88 ans.

 

Devise de la Tour d'Argent : « Il n'est rien de plus sérieux que le plaisir ». Spécialité de la maison : le "canard Tour d'Argent", élevé à Challans en Vendée.

 

Dans la cave du restaurant, on trouve des Bordeaux de 1845 et un Cognac de 1788.

 

John Pierpont Morgan y a dérobé une bouteille de cognac « Fine Napoléon ». Le restaurant, qui n'en possédait que deux, a accepté la lettre d'excuses du banquier voleur (pléonasme ?) et lui a retourné le chèque en blanc qu'il leur avait adressé en guise de dédommagement.

 

J'ai juré d'offrir un repas à la Tour d'Argent au millionième lecteur de mon blog (je ne risque pas grand-chose, mais sait-on jamais ?).

 

La Tour d’Argent (1950) restaurant fondé en 1582

 

Barquettes des Tournelles

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Quenelles de Brochet

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Canetons "Tour d'Argent"

Pommes soufflées

Les cuisses grillées

Salade Roger

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Fromages

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Poires Bourdaloue

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Porto

Xérès

Cocktails

Chablis-Moutonne

Grands Echezeaux 1938

Fine Champagne 1893

 

 

A table ! (10)
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2 mars 2016 3 02 /03 /mars /2016 06:39

Pierre Lemaitre, prix Goncourt pour Au revoir là-haut en 2013, est l'invité de “La grande librairie ” sur France 3 demain pour son dernier ouvrage Trois jours et une vie, par lequel il renoue avec le roman noir. 

 

Ci-dessous, mon compte rendu de ce livre, en avant-première.

 

 

Peut-on rebondir après un prix Goncourt ? Je veux dire : rebondir en s’élevant. Pour Pierre Lemaitre, à l’évidence, c’est oui. L’auteur d’Au revoir là-haut a su se renouveler et écrire un roman policier différent de ceux qu’il nous avait proposés jusqu’ici. Même si, bien sûr, ils n’était pas que cela, ces derniers s'apparentaient au genre des slasher novels, des romans gore, à la tronçonneuse, du moins dans les chapitres introductifs, commençant par des scènes d'une grande violence, apocalyptiques. Ici Lemaitre installe le mystère avec lenteur. Un enfant en tue un autre, mais c’est presque par inadvertance, sur une impulsion pas vraiment méchante. On se dit : à quoi bon, d'autant plus qu'on sait qui est le coupable ? C’est que l’intérêt de l’œuvre est ailleurs. Pas dans l’histoire proprement dite, de fort bonne facture, cela dit. La clé de ce polar, l’auteur, en autorité royale, en bon deus ex machina, nous la livre de tout de go : « Dans les jardins et sur les gravats des maisons dévastées, on trouvait parfois un berceau de bébé, une poupée, une couronne de mariée, des petits objets que Dieu semblait avoir déposé là avec délicatesse pour montrer qu’avec Lui, tout doit se comprendre au second degré. » En d’autres termes, je vous raconte une histoire, toute de mon cru, mais ne vous cramponnez pas, ne vous fixez pas à son arbitraire : j’aurais pu vous raconter tout autre chose avec la même petite idée derrière la tête.

 

On retrouve dans ce livre deux thématiques chères à Lemaitre : l’inexorabilité du destin, avec l’idée que nos vies peuvent basculer sur une pichenette, et une vision du cosmos selon laquelle, comme disent les astrophysiciens, nous sommes des poussières d’étoile, en symbiose dans le monde. La nature est nous, par anthropomorphisme, et nous sommes la nature par « physiomorphisme ». Chaque thématique englobe l’autre, et réciproquement.

 

Dans ce roman, nous sommes, d’un point de vue onomastique, dans une France qui n’existe plus, ou alors dans des marges que les médias ne connaissent plus. Quand évoquent-ils la Lorraine des gros villages ? « A la fin de décembre 1999 une surprenante série d’événements tragiques s’abattit sur Beauval, au premier rang duquel, bien sûr, la disparition du petit Rémi Desmedt [le forgeron en flamand]. Cette disparition fut considérée, par bien des habitants, comme le signe annonciateur des catastrophes à venir. » Dans cet incipit, le narrateur omniscient s'impose en despote éclairé. Comme toujours chez Lemaitre, le social est présent : « Les rumeurs sur la diminution de l’activité de Weiser [nom lorrain signifiant approximativement « plus blanc »] circulaient cycliquement. On était passé de soixante-dix personnes à cinquante-deux. » La mère du héros Antoine, Madame Courtin (“ le petit homme  ”), fait le marché de Marmont (“ le mauvais mont ”). Elle est l’employé de Monsieur Kowalski, “ le forgeron ” en polonais, un patronyme venu d’ailleurs mais que l’on retrouve dans des films étasuniens à grand succès (Blade Runner, Die Hard 3, Gravity), sans parler du couple mythique d’Un tramway nommé désir, Stanley et Stella Kowalski. Le docteur du village s’appelle Dieulafoy (sans commentaire). La victime d’Antoine (“ l’inestimable ”) s’appelle Rémi, un prénom de l’est de la France signifiant “ le premier ”. On croise également le couple Préville. Et puis tous les fidèles qui viennent à la messe en provenance de Montjoue, Fuzelières, Varennes, ces villages dont les noms fleurent bon la France profonde. On verra le rôle capital joué, dans la vie d’Antoine, par la famille Mouchotte (“ l’importun ”, la mouche du coche), avec la mère qui va à l’église trois fois par jour.

 

Séquence typiquement lemaitrienne : un cadavre plein de vie, dans une geste et une immortalité fort bien rendu par le présent de narration : « Le corps roule lentement, à l’extrême bord du trou il semble hésiter puis, d’un coup, bascule et chute. La dernière image qui restera dans la mémoire d’Antoine, c’est le bras de Rémi, sa main qui paraît vouloir s’agripper au sol, se retenir de tomber. » La terre mère, la terre sexe, va accueillir ce corps : « A deux mètres de lui, juste sous le tronc massif du hêtre [arbre de la sagesse, généreux, nourricier], la grande fente noire du terrier… Une grotte. Pour l’atteindre, il faut monter une petite butte de terre. »

 

 

 

 

Comme toujours chez Pierre Lemaitre, la lutte des classes ne se cache pas derrière son petit doigt : « Les femmes s’étaient reculées, les hommes s’étaient rapprochés, il était en quelque sorte cerné : tous étaient ouvriers, pères ou frères d’ouvriers de l’usine de Monsieur Weiser. » Ce Weiser qui, à l’approche de Noël, embauche pour quelques heures par semaine des ouvriers qu’il a licenciés quelques mois plus tôt. Comme on ne retrouve pas le petit Rémi, « la perspective d’une colère collective n’était pas à écarter parce que chacun, pour des raisons sans doute différentes, se sentait victime d’une injustice et trouvait dans cette circonstance l’occasion de l’exprimer. » Les gens du peuple manquent tellement de noblesse, de sagesse, n'est-il pas vrai ?… Ils font « frémir » par leur éréthisme, les barrières de protection installées par la force publique.

 

Dans cette collectivité où le temps semble s’être arrêté (« Beauval, […] une ville où les enfants ressemblaient à leurs parents et attendaient de prendre leur place »), les faits divers « font diversion » : « L’exaspération villageoise qui transpirait depuis deux jours trouvait dans cette circonstance exceptionnelle une voie nouvelle d’expression, on se plaignait de la mairie, autant dire du maire, autant dire du patron de l’entreprise Weiser. Il y avait, dans cette irritation confuse, toute l’animosité que la menace sociale faisait peser depuis longtemps sur la collectivité et qui, à défaut de savoir s’exprimer ouvertement, se reportait sur cet événement. »

 

Au début du roman, nous sommes à la toute fin du XXe siècle. Mais Lemaitre a décidé de jouer avec nous. Cette France qui n’existe plus, “ de souche ” quoique agrémentée de quelques rameaux étrangers, est celle des années cinquante, quand on offrait des chalets en bois comme cadeau de Noël. Il ne manque que des Juva 4 à ces personnages qui vivent comme dans les romans de Simenon. Les gosses ont beau jouer avec leur PlayStation, il faut que les filles soient vierges au mariage tandis que tout le monde respecte la maréchaussée. Lisons ce court passage que Lemaitre, lecteur boulimique, aurait pu emprunter à Simenon :

 

  • C’est Monsieur Guénot [qui s’appelle encore “ Guénot ” aujourd’hui ?] qu’ils ont arrêté, lâcha Théo.

Cette révélation causa un choc. C’était un prof de sciences, un type très gros sur lequel couraient des bruits. Certains l’avaient vu, à Saint-Hilaire [le joyeux], sortir de certains endroits…

Emilie, surprise, se tourna vers Théo.

  • Il est pas chez les gendarmes, Monsieur Guénot, on l’a vu ce matin ! »
  • […] Guénot, il est pédé. On dit qu’il a déjà fait des choses avec des élèves… Il y a eu des plaintes, mais ça a été étouffé. Par le principal du collège, évidemment ! »

 

Onze ans plus tard, on retrouvera Antoine, étudiant en médecine, très entiché de sa jeune maîtresse Laura. Mais, comme dans la chanson de Guy Béart, « Laura, Laura pas ». Je n’en dis pas plus sur la vie amoureuse du héros. Un mot, tout de même : Antoine se fera berner comme dans les romans de gare des années cinquante par une jeune fille bovarysant de cliché en cliché : « Les “ n’abandonne pas la chair de ta chair ” succédaient au “ brasier que tu as allumé en moi ”, à “ la vague de désir ” qui l’avait “ submergée ”, à cette soirée dont elle était sortie “ exténuée de plaisir ”, un niveau d’indigence presque douloureux, on voyait tout à fait le genre de femme qu’elle était. »

 

Dans ce roman, au moins autant que dans les autres, Lemaitre met en scène une conscience collective qui n'est autre qu'un entrelacs hébété de consciences individuelles : « La simple idée que quelqu’un avait pu tuer Rémi, un amour de gosse connu partout pour sa petite bouille ronde et ses yeux vifs, pétrifiait parfois les conversations, de longs silences s’installaient sur l’image dont personne ne parvenait à se représenter toute l’horreur. » Maîtrise très efficace d’un auteur qui marie les sons, les images et la matière, comme dans cette courte description d’Antoine frappant à nouveau un camarade  avec un bâton qui : « explosa sur le crâne de Théo avec un bruit spongieux. »

 

Ce que l’on ne peut pas écrire – ou simplement dire – doit s’exprimer d’une autre manière. D’où, dans les sociétés du Pacifique, et puis maintenant dans les nôtres, les tatouages. Chez le jeune et malheureux héros assassin, ce qui ne peut être dit de manière articulée jaillit, déboule par le corps dans des descriptions où l'auteur s'en donne à cœur joie : « Le raz-de-marée né au fond de l’estomac le traversa de bas en haut dans un spasme foudroyant, lui broya les reins et explosa dans sa gorge en le soulevant littéralement du lit. Il plongea la tête vers le sol en laissant échapper un cri guttural montant des tripes, un filet de bile s’allongea pendant qu’asphyxié il cherchait à retrouver l’équilibre. Il était épuisé, son dos était une torture. A chaque mouvement de houle, son corps entier voulait s’extirper de son enveloppe, se retourner sur lui-même, se liquéfier et s’enfuir. » Ou encore cette étonnante comparaison automobile : « La panique s’emparait de lui, l’imminence de la catastrophe engloutissait sa vie, il devait déployer des efforts gigantesques pour faire retomber toute cette pression à grands coups de respiration lente [on est souvent asphyxié chez Lemaitre], d’autopersuasion et surveillait les palpitations de son imaginaire comme un moteur dont on guette avec anxiété le refroidissement après une brisque surchauffe. »

 

Toutes nos idées sont filles de nos sensations, écrivait Locke dans Essai sur l’entendement humain, parce que nous sommes soumis aux particules émises par l’univers. Volontairement ou involontairement, le corps, dans Trois jours et une vie, exprime la crise, la chute de l’homme, la coupure d’avec la transcendance. Le corps du héros est placé sur un axe syntagmatique vie/mort auquel se superpose le temps social, inexorable. Le héros mange, dort, vomit ; il somatise parce qu’il est civilisé. Par ailleurs (Lovecraft, Epouvante et surnaturel en littérature), « l’émotion la plus ancienne et la plus forte chez l’homme est la peur ». Le héros réagit par les boyaux, « nœuds gordiens de signification », selon Jean Borie, cette zone mystérieuse où l’érotisme, l’excrétion, la digestion et la fécondation sont vécues jusqu’aux tourments. C’est par le corps que tous les refoulés se dévident, un corps qui est la dynamique de l’histoire car c’est en lui que se résolvent les conflits personnels et sociaux, le corps des personnages étant aussi le corps du peuple dans sa condition d’existence sociale.

 

Comme Macbeth (II, 2), Antoine, « exténué », ne peut plus dormir (« Il m’a semblé entendre une voix crier : « Ne dors plus ! Macbeth a tué le sommeil. Le sommeil innocent, le sommeil qui démêle l’écheveau embrouillé du souci, le sommeil, mort de la vie de chaque jour, bain du labeur douloureux, baume des âmes blessées, second service de la grande nature, aliment suprême du banquet de la vie. ») Mais s'il envisage l'errance des sorcières, il ne bouge guère.

 

Après Defoe dans Robinson Crusoë, Lemaitre articule la relation entre la solitude, Eros et la pulsion de mort. Le corps est le paradigme absolu, à équidistance de la société (l’argent, la situation) et de l’ego, d’un moi central, fléau d’une balance soumises au poids d’alternatives qui le dominent. Mais, tout bonnement, à l'instar de Sancho Pança, Antoine choisit, selon l’expression d’Orwell, l’alimentaire contre l’âme (« the belly against the soul »). La fin de l’état de grâce de l’enfance n’est pas assumée, pas plus que la chute de l’innocence n’est précipitée. La relation du héros et de celle qui sera sa femme est intense mais impersonnelle et elle relie deux êtres solitaires dans des circonstances qu’ils n’ont pas choisies.

 

Dans ce roman, tout commence par la naissance, comme le démontre le dénouement légèrement inattendu (que je ne dévoilerai pas).

 

 

Pierre Lemaitre. Trois jours et une vie Albin Michel : Paris, 2016

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28 février 2016 7 28 /02 /février /2016 06:31

J’ai eu le bonheur de participer récemment à la remarquable émission de France Inter, “ Affaires Sensibles ”, animée par Fabrice Drouelle, consacrée à 1984 de George Orwell.

 

Les responsables de l’émission m’avaient contacté par le biais de ce blog et avaient découvert que j’étais l’auteur d’un livre sur Orwell (George Orwell, vie et écriture), paru il y a une vingtaine d’années aux Presses Universitaires de Nancy. Durant l’échange téléphonique qui nous permit de faire connaissance, une collaboratrice de Drouelle me proposa de lire le texte de la fiction écrit et joué pour la circonstance.

 

Lorsque je reçus ce document, quelques jours avant l’émission, je fus tout bonnement effaré par son contenu. La piécette ayant été enregistrée, il n’était plus possible de toucher à quoi que ce soit. Le texte était entaché de petites erreurs factuelles vénielles (ainsi Orwell est censé avoir « vécu de l’agriculture » alors qu’il loua quelques mois un jardin grand comme ma cuisine où s’égayaient trois poules et une chèvre), mais surtout d’un énorme contresens qui faisait d’Orwell ce qu’il n’avait jamais été.

 

Ce que j’ai toujours trouvé singulier chez bien des gens des médias (radio et télévision), c’est qu’ils savent tout. Donc, Vincent Deyghre, le responsable de cette fiction savait tout sur Orwell au point de réécrire sa vie. Cela relève du merveilleux. Bien que n’ayant vécu que 47 ans, Orwell eut une existence unique – de celles dont on dit qu’elles sont des romans – formidablement fertile en événements hors normes. Il fallait donc être un grand créateur, œuvrant pour le service public, pour se contreficher des faits, pour inventer l’impensable et créer un autre Orwell n’ayant strictement rien à voir avec l’authentique.

 

Deyghre écrivit (ou fit écrire) ce dialogue entre un prêtre anglican et Sonia Brownell, la seconde épouse d’Orwell :

 

 

Le prêtre -- O Père des miséricordes, nous t’en supplions humblement, vois, visite et soulage ton serviteur malade Eric Blair, dit « George Orwell », pour qui nos prières sont demandées. Donne-lui la patience dans son affliction ; rends-lui la santé, quand tu le jugeras à propos ; et accorde-lui d’achever sa carrière à ta gloire : ou fais-lui la grâce de recevoir si bien cette épreuve, qu’après avoir terminé cette vie pénible, il puisse habiter avec toi dans la vie éternelle ; par Jésus-Christ, notre Seigneur. Amen.

 

Sonia Orwell – Merci mon Père. Et merci d’être venu si rapidement.

 

Le prêtre – Ce n’est vraiment rien, Madame Orwell. Mon aide, quoique modeste, vous est acquise.

 

Sonia Orwell – Les médecins lui ont écrasé le nerf phrénique, pompé tous les trois jours de l’air dans le diaphragme, tenté toutes sortes de traitements. Il a beaucoup souffert. Mais la maladie a continué à progresser. La Foi lui apporte peut-être un peu de réconfort et c’est la seule raison qui explique votre présence ici. Ou peut-être éprouve-t-il une sorte de patriotisme religieux vis-à-vis de l’Eglise anglicane ? Car il n’a jamais eu beaucoup de tolérance envers les papistes… Je suis moi-même foncièrement anticatholique.

 

En toute hâte – et sachant que cela ne servirait à rien – j’écrivis ceci aux membres de l’émission :

 

« Lorsqu’Orwell est mort, il n’y avait aucun ecclésiastique présent. L’écrivain ne pensait d’ailleurs pas mourir et envisageait un déménagement vers un sanatorium en Suisse. Au bout de son lit, il y avait une cane à pêche car il voulait taquiner le goujon. Il est mort d’un seul coup, d’une hémorragie pulmonaire, dans un demi sommeil. Il n’y avait personne dans sa chambre. Sonia n’était pas venu le voir depuis quatre jours car elle « avait un rhume ».

 

Orwell n’éprouvait pas « peut-être » une sorte de patriotisme vis-à-vis de l’Eglise anglicane. Il l’éprouvait assurément. Raison pour laquelle il avait voulu être enterré dans un cimetière anglican et non pas incinéré. Il avait, cela dit, expressément indiqué qu’il ne voulait pas de service religieux. »

 

Un scénariste a le droit d’inventer – jusqu'à, par exemple, faire danser Napoléon en tutu sur une corde à linge – mais la scène citée ci-dessus, qui se veut réaliste, est insensée et ne se trouve dans aucune biographie. Au mariage d’Orwell, il y avait deux témoins. Orwell était agnostique, pour ne pas dire athée. Il n’y avait aucune raison qu’un dialogue aussi profond avec un prêtre ait été le pivot de l’épisode d’avant mariage. Le prêtre était statutairement présent car le mariage avait été célébré grâce à une dérogation de l’archevêque de Cantorbéry puisqu’ayant lieu dans un hôpital (au Royaume-Uni, pays non laïc, des religieux peuvent servir d'officier d'état civil). Contrairement aux propos qui lui sont prêtés ici, Sonia n'était pas « foncièrement » anticatholique. Elle avait reçu une vraie éducation catholique qui l’imprégna toute sa vie, même si sa pratique s’effilocha au fil du temps.

 

 

 

 

A propos de l’absence de Sonia (que j’ai rencontrée à Paris au début des années soixante-dix, mais ceci est une autre histoire) durant les quatre derniers jours de la vie d’Orwell à l’hôpital, j’ai ma petite idée mais elle relève de l’anecdote. Sonia aima d’autres grands créateurs ou intellectuels, dont Merleau-Ponty pour qui elle éprouva une passion impossible car il préféra « l’amour » de sa femme (et de ses enfants) à « un amour » de la jeune Anglaise. Sonia a très clairement inspiré le personnage de Julia, l’amante de Winston Smith, le héros de 1984. En 1958, elle épousa Michael Pitt-Rivers, homosexuel notoire qui avait été condamné en mars 1954 à 18 mois de prison pour sodomie. Ce jugement très dur inspira la création d’une commission d’enquête officielle qui proposa en 1957 la dépénalisation de l’homosexualité. Celle-ci advint en 1967. Pitt-Rivers et Sonia divorcèrent en 1965. Même collatéralement, la vie d’Orwell fut un roman.

 

 

A part cela, je garde un très bon souvenir de l’interview de Fabrice Drouelle. A la différence d'autres animateurs, il ne se met pas en valeur et ne coupe pas sans arrêt la parole à ses invités. Il sait relancer avec modestie et efficacité. Il va à l’essentiel.

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25 février 2016 4 25 /02 /février /2016 06:38

Le mot « buzz » n’existait pas encore à l’époque, mais l’ingénieur de l’école Centrale Patrice de Moutis avait su faire parler de lui en appliquant les calculs bayésiens pour maximiser ses chances aux courses hippiques. Il se faisait appeler « Monsieur X ».

 

Le 12 novembre 1958, en utilisant des prête-noms, il gagne le tiercé 35 fois dans l'ordre et 35 fois dans le désordre, raflant 5 millions de francs (anciens) pour une mise de 294 000 F, soit environ 20 fois la mise. Un peu plus tard, il fait mieux : 500 fois dans l’ordre et 2 500 fois dans le désordre. Le PMU s’inquiète.

 

En juillet 1961, il parie 61 millions à Grandville dans un petit PMU et gagne plus de 200 millions. En janvier 62 avec une quarantaine d'amis, il gagne près d'un demi milliard ancien.

 

Il conseille des journaux turfistes (ceux d’Alain Ayache qui avait lancé sa carrière de journaliste en se cachant dans un placard du restaurant Drouant pour espionner les jurés du prix Goncourt !) en utilisant une nouvelle méthode : éliminer des paris les chevaux théoriquement battus d’avance. Résultat : lors du prix “ Bride abattue ” à Auteuil, des jockeys retiennent leur monture. Enorme scandale. Monsieur X est poursuivi pour collusion avec la mafia des courses et condamné à plusieurs mois de prison. Incarcéré, il déprime, craint pour sa famille. Le 17 octobre 1975, peu après sa libération, il se tue d’une décharge de fusil de chasse dans sa maison de Saint-Cloud.

 

 

Quelque temps plus tard, son fils qui contestait publiquement les circonstances du décès de son père, estimant que celui-ci ne s’était pas suicidé, est également retrouvé mort et la police conclut également au suicide.

 

(Pudor)

 

 

 

 

 

Gaëtan Zampa naît le 1er avril 1933 à Marseille (sic car il avait vu le jour quinze jours plus tôt, mais mars est le mois des fous selon une légende napolitaine).

 

En Mars 1940, le petit Gaëtano boit l'eau non potable d'une fontaine publique et tombe gravement malade. Il guérit mais, ayant été tellement choqué, il en garde un bégaiement. Il débute dans le métier comme proxénète vers 1950. Le 5 août 1953, à vingt ans, il travaille dans le service d'ordre de Gaston Defferre comme l'un de ses gardes du corps (Oh, Edmonde !). Lors d'une manifestation de militants communistes, il disperse la foule en la menaçant avec une mitraillette en plastique et exfiltre Gaston Defferre. Defferre l'invite à une soirée et le remercie. Zampa lui répond : « Moi je ne vous ai rien demandé, maintenant vous êtes en dette avec moi. Je ne veux pas que vous l'oubliiez. Parce que l'homme le plus puissant de Marseille, c'est pas vous, c'est moi ». Oh, Edmonde !

 

En 1960, il réussit un casse mémorable à la Caisse d'Allocations Familiales des Bouches-du-Rhône, où il dérobe 1,6 million de francs nouveaux.

 

Jusqu'en 1965, Zampa travaille entre Paris et Marseille. Au début de 1964 il impose sa loi dans les rues marseillaises. Il se lance dans l’héroïne. Il n’oublie pas la prostitution, la drogue, les jeux, le racket.

 

En 1967, Zampa fait éliminer Antoine Guérini (qui a connu Defferre dans la Résistance quand tant de truands collaboraient), la grand caïd marseillais.

 

Pendant les années 1970, Zampa fournit l’ETA en armes. Il est peut-être à l’origine de l’assassinat de Pierre Goldman pour le compte des commandos para-policiers et para-militaires espagnols du GAL.

 

Il entre en conflit avec Francis le Belge et Jacky le Mat. Ça tire dans tous les coins. Ça meurt beaucoup.

 

Au début des années 1980, Zampa crée la plus grande boîte de nuit de la région marseillaise, “ Le Krypton ”. En août 1980, deux laboratoires de transformation d'héroïne sont découverts en Sicile. Production : 50 kilos par semaine.

 

En octobre 1981, Zampa est soupçonné d’avoir commandité l’assassinat du juge Michel.

 

Le 19 octobre 1983, sa femme Christiane et son avocat sont écroués pour abus de biens sociaux, infraction à la législation sur les sociétés, faux en écritures de commerce et complicité de ces délits. Le 21 octobre 1983, un mandat d'arrêt international est lancé à son encontre : les seules charges retenues contre lui sont des délits financiers (faux et usage de faux, abus de biens sociaux et banqueroute frauduleuse). Comme pour Al Capone. Le 29 novembre 1983, vingt-quatre heures après le plastiquage de deux établissements aixois appartenant à sa femme Christiane, Zampa est arrêté.

 

En prison, Zampa sombre dans la folie. Les voyous  le surnomment la “ marraine ” ou la “ balance ”. Il se tape la tête contre les murs. Les 20 et 22 juin 1984, il rate deux tentatives de suicide. Le 23 juillet 1984, Zampa se pend dans sa cellule des Baumettes avec la corde à sauter de son codétenu. Il décède le 16 août à 51 ans, après plusieurs jours de coma.

 

(Subtractio)

 

 

 

 

 

Le clown de mon enfance : Achille zavatta. Il naît le 6 mai 1915 à la goulette en Tunisie.

 

Il sait tout faire : acrobate, cavalier, dompteur, trompettiste, saxophoniste. Il aura six enfants de trois épouses successives. Il dirige un grand chapiteau, devient la vedette de la Piste aux étoiles, travaille pour Alexis Gruss, Jean Richard.

 

En 1978, il crée le cirque Zavatta mais il abandonne la piste en 1985. Il fait faillite en 1991.

 

Il tourne dans plusieurs films (La Jument verte La Malédiction de Belphégor Tintin et les Oranges bleus).

 

Il ne supporte pas sa vie de dialysé et se suicide le 16 novembre 1993 à Ouzouer-des-Champs. Il était franc-macon, membre de la Grande Loge de France.

 

(Tædium Vitæ).

 

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23 février 2016 2 23 /02 /février /2016 06:37

Désolée je ne peux pas m’en empêcher. Je craaaque. Amatrice inconditionnelle de la novlangue pédante, bureaucratique et poli­tiquement correcte, je me dois de partager les dernières découvertes.

 

Déjà cet été, j’ai adoré les campings qui ne veulent plus qu’on les appelle les campings parce que ça suscite instantanément dans l’esprit des gens l’image de Franck Dubosc en moule-boules ou de Roger et Ginette à l’apéro avec casquette Ricard et claquettes Adidas. Donc les professionnels de la branche demandent que l’on dise désormais « hôtellerie en plein air ». Haha. J’ai aussi appris que je n’étais pas petite mais « de taille modeste » et qu’un nain était une « personne à verticalité contrariée » [de l'anglais vertically challenged]. 
 

Si, si.

Mais rendons à César ce qui lui appartient, l’empereur du genre reste le milieu scolaire et ses pédagos à gogo. J’étais déjà tombée de ma chaise pendant une soirée de parents quand la maîtresse a écrit sur le tableau que nos enfants allaient apprendre à manier « l’outil scripteur » au lieu de tenir un crayon. Je me suis habituée au fait que les rédactions sont des « productions écrites », les courses d'école des « sorties de cohésion » et les élèves en difficulté ou handicapés des « élèves à besoins éducatifs spécifiques ». Mais cette année, sans discussion aucune, la mention très bien est attribuée au Conseil supérieur des programmes en France et à sa réforme du collège. Z’êtes prêts ? Allons-y.
 
Donc, demain, l’élève n’apprendra plus à écrire mais à « maîtriser le geste graphomoteur et automatiser progressivement le tracé normé des lettres ». Il n’y aura plus de dictée mais une « vigilance orthographique ». Quand un élève aura un problème on tentera une « remédiation ».

Mais, curieusement, le meilleur est pour la gym… oups pardon! pour l’EPS (Education physique et sportive). Attention, on s’accroche : courir c’est « créer de la vitesse » nager en piscine c’est « se déplacer dans un milieu aquatique profond standardisé et traverser l’eau en équilibre horizontal par immersion prolongée de la tête » et le badminton est une « activité duelle médiée par un volant ». Ah! c’est du sportif, j’avais prévenu, Les précieuses ridicules de Molière, à côté, c’est de l’urine de jeune félidé (je n’ose pas dire du pipi de minet).
 
Alors, les amis, ne perdons pas ce merveilleux sens du burlesque et inventons une nouvelle catégorie : la « personne en cessation d’intelligence » autrement dit, le con.

Signé : Martina Chyba, parent d’élève. Ah non ! re-pardon…

 
            Martina Chyba, " génitrice d’apprenant "

 

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