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27 juillet 2012 5 27 /07 /juillet /2012 09:46

http://images.jedessine.com/_uploads/_tiny_galerie/20081042/_hetkx_media.jpgJ’ai été fasciné, sidéré par une émission récente de France 3 consacrée à l'un des fleurons de cette chaîne : « Plus belle la vie » (désormais, comme pour ses inconditionnels : PBLV). On nous y présentait des admirateurs qui se vouaient corps et âme à ce feuilleton et qui se rendaient régulièrement devant la porte des studios marseillais où PBLV est tourné, dans l’espoir de voir leurs acteurs préférés franchir en voiture les portes de ce lieu pour eux mythique, de se faire photographier en leur compagnie et, espoir suprême réservé à quelques heureux élus, être conviés à visiter les lieux et y tourner quelques secondes comme figurants.

Je n’ai jamais compté parmi ceux (intellos de gauche de préférence – ce que je suis tout de même un petit peu) qui considèrent PBLV comme du pipi de chat, un bouillon informe sous culturel à destination d’un public prolo qui serait accroché à cette quotidienneté comme d’autres se repaissent des histoires à l’eau de rose de publications du style Nous Deux (« Doux Neux » pour les amateurs de contrepèteries) ou des interminables feuilletons tournés sur la Côte d’Azur par TF1. PBLV, c’est autre chose.

Au départ, l’entreprise avait mal débuté : les scénarios étaient indigents et de nombreux acteurs étaient plus que médiocres. Je ne sais trop qui reprit les choses en main, mais j’imagine qu’auteurs, techniciens et acteurs se prirent au jeu, si bien que ce feuilleton devint de plus en plus regardable. Après tout, un feuilleton qui fit tourner jusqu’à sa mort la grande Colette Renard et qui offrit au père de Jean-François Copé (homme de droite et éminent proctologue devant l’éternel) un rôle de communiste ne peut pas être totalement mauvais.  Si « je ne sais trop », c’est que je ne compte pas parmi les spectateurs réguliers de PBLV. Je ne le regarde que lorsque je permets à mes filles de dix et huit ans de se planter devant la télé après vingt heures vingt. C’est-à-dire rarement. PBLV est désormais « autre chose » parce que l’un des grands objectifs de ce feuilleton est de nous offrir une représentation de la vie réelle. La représentation qui nous est donnée par PBLV vaut ce qu’elle vaut, mais elle a le mérite d’exister en ce qu’elle questionne la société en problématisant ce questionnement. Nombreux sont les thèmes majeurs abordés par la série : entre autres l’homosexualité, les familles recomposées ou monoparentales, la mémoire du peuple juif, le racisme ordinaire, la société multiculturelle, l’argent sale, le milieu marseillais, la corruption dans le monde politique, le gaz de schistes. Ce feuilleton procède assurément de l’esprit du service public et pas du vidage de cerveaux pour Coca Cola.

Mais revenons au documentaire consacré aux fans (le mot « fanatique » n’est pas excessif) de l’émission. On notera tout d’abord qu’ils n’étaient pas très nombreux : quelques poignées d’admirateurs chaque jours. 90% de femmes de 15 à 40 ans. Parmi celles-ci, des lycéennes en vacances en camping à Marseille avec leur père dans l’espoir  d’approcher « Guillaume » ou « Samia » (dans leur bouche, on ne sait plus si les prénoms renvoient à l’état-civil des acteurs ou aux personnages), une quadragénaire au chômage, récemment abandonnée par son mari et élevant seule ses deux enfants, un groupe d’une dizaine de jeunes femmes âgées de 18 à 25 ans, n’étant visiblement pas encore entrées dans la vie et ayant constitué, par le biais d’internet, l’association des « Bo’Girls », c’est-à-dire les admiratrices de Boher, du nom du flic de droite xénophobe qui s’est humanisé après avoir épousé une fliquette beurette (tout n’est pas possible, mais tout est expérimentable dans PBLV). Ces Bo’Girls auront d’ailleurs l’immense bonheur de rencontrer leur acteur préféré. A noter également la présence d’une femme d’une quarantaine d’années, plutôt plantureuse, dingue amoureuse de l’acteur qui joue le personnage d’un médecin juif, descendant d’une famille de gauche persécutée pendant la guerre. Les deux admirateurs de sexe masculin étaient, disons, différents : un jeune homme trisomique et un autre jeune homme, directeur de supermarché, et dont il ne pouvait échapper au bout de cinq secondes d’entretien qu’il était homosexuel et qu’il avait vécu un enfer de plusieurs années dans un questionnement identitaire douloureux et dans un malaise plus ou moins larvé par rapport à une mère (pas de père ?) ayant refoulé le problème.

Lorsque l’enquêteur demandait à tous ces PBLVistes d’expliquer les raisons de leur engouement,  les réponses, qui n’avaient rien de gloussements gênés, étaient généralement élaborées. Le témoignage le plus surprenant fut celui de la mère du trisomique qui nous expliqua que son fils n’avait accédé à l’apprentissage de la lecture et de l’écriture que grâce à PBLV. Preuve que la communication est toujours communication de quelque chose, le jeune homme acquit ces savoirs un peu dans le même processus que celui d’Helen Keller (Sourde, muette, aveugle, Payot, 2002), quand il établit une relation entre signifiant et signifié et en donnant du sens à un contenu. Dès lors, il se constitua un panthéon de l’émission, avec d’innombrables photos et frises, disposées dans un ordre précis sur les murs de sa chambre. Très émouvant également était le témoignage de l’épouse larguée qui ne parvenait à se reconstruire que parce qu’elle s’identifiait à un personnage de femme seule avec enfant, ayant passé un Capes pour s’en sortir. Poussant l'identification peut-être aux limites de l’irraisonnable, cette personne avait décidé de quitter la région parisienne où, à vrai dire, plus rien ne la retenait, pour s’installer à Marseille, au plus près de ses héros. Pour sa part, le directeur de supermarché n’avait réussi à évoquer son homosexualité avec sa mère qu’en tournant avec prudence autour d’un personnage très élaboré de jeune homme homosexuel, joué, qui plus est, par un homosexuel.

Les moments qui me sidérèrent et me bouleversèrent dans ce documentaire furent ceux où l’on nous montra certains des fans pénétrer dans les studios. Tous, sans exception, avaient la gorge serrée, fondaient en larmes. Ils étaient au paradis et vérifiaient que leur représentation fantasmatique de ces lieux correspondaient à la « réalité » : « c’est le fauteuil de Boher, c’est le cabinet du docteur Leserman, regarde, la carafe dont se sert Samia ! ». Et c’est là, bien sûr, que le bât blessait. Pas plus que le « David » de Michel-Ange ou le « Pamino » de Mozart, Boher n’a la moindre existence réelle dans la vie. Le réel n’est jamais beau, disait Sartre : « la beauté est une valeur qui ne saurait jamais s’appliquer qu’à l’imaginaire. » Une œuvre de fiction efface la réalité extérieure en lui en substituant une autre, fausse par essence. Les mots, les émotions sont alors au service de cette fausseté. Un récit réaliste, comme celui de PBLV, présuppose l’exclusion du spectateur de la scène, comme le fit par exemple la peinture française du XVIIIe siècle en imposant l’illusion que le personnage n’était pas regardé et ne s’adressait pas à un spectateur. Le réel, en son illusion, n’est alors pas ce qui est, mais, comme on l’a dit, ce qui oblige. Il s’opère alors, comme l’a longuement expliqué Jean-Jacques Lecercle (L’emprise des signes, Le Seuil, 2002), un retour de ce réel dans la réalité, une construction personnelle (parfois collective) qui permet à l’individu de « trouver sa place ». Une œuvre de fiction comme PBLV construit bien sûr une réalité, mais, parce qu’elle n’est pas une œuvre d’art majeure, elle ne donne pas une expérience de l’altérité. Le spectateur n’échappe pas au solipsisme : il « est » tel personnage, il a « vécu » telle situation. Il s’identifie et n’a donc aucune expérience de l’Autre, ni même de l’Autre en lui.

Bref, dans PBLV comme dans toutes les oeuvres de fiction, tout est faux. Mais comme le réel est devenu particulièrement incompréhensible et violent (alors que l’idéologie dominante tente de nous persuader du contraire), nombreux sont ceux qui recherchent leur propre vérité dans le virtuel. La fiction est plus forte que la réalité, elle en offre une explication, qui est construite, donc biaisée, quand elle ne l’anticipe pas (on se souvient que c’est 24 heures, une série étatsunienne quasiment d’extrême droite, qui annonça, au sens biblique du terme, la victoire d’un Noir à la présidence du pays). De plus, depuis au moins Lascaux, l’art est consolation. La création d’une œuvre de fiction implique une perte dans la mesure où l’artiste choisit un possible parmi mille autres. Il y a également perte pour le récepteur qui choisit (quand il choisit !) une interprétation parmi d’autres. Mais ces choix sont consolants lorsqu’ils débouchent sur une version rassurante pour celui qui crée cette représentation du monde et pour celui qui l’accueille.

Visiter les studios de Marseille, rencontrer des personnages « pour de vrai » revient donc pour les spectateurs de PBLV à s’identifier, mais surtout à croire qu’une autre vie, « plus belle », est non seulement possible mais existe. D’où ce choc émotionnel inouï, cette reconnaissance de soi par soi, cette épiphanie. Une manifestation de l'évidence qui n'est en rien évidente.

 

PS : Une correspondante, Sheynat, m'a écrit ceci :

Je regarde la télé de temps en temps, jamais les infos (ras-le-bol), mais j’aime bien les fictions par exemple, mais il arrive plusieurs jours d’affilée où j’oublie de la regarder, m’enfin... je connais des gens qui l’ont bannie de chez eux mais regardent des fictions et séries sur le net, alors bon je ne sais pas trop où est la différence.

Je n’ai jamais vu PBLV, mais ce qu’explique l’auteur de l’article me semble intéressant par rapport aux identifications aux personnages, j’y réfléchis beaucoup depuis des années dans le contexte de jeu de rôles, à la différence près que le "spectateur" est aussi l’acteur puisqu’il crée un personnage qui lui sera étranger d’une part mais semblable d’autre part jusqu’à ce que cette "création" lui échappe parfois au cours des interactions avec d’autres joueurs... et il arrive que l’investissement soit tel qu’il se surprend à réagir comme s’il était ce personnage (perte de distanciation mais seulement à certains moments).

Cela semble être l’inverse d’un télé-spectateur passif qui s’identifie à un personnage fictif sans pouvoir intervenir dessus sauf qu’il y a une sorte d’incorporation aussi à partir du moment où il incarne ce personnage par assimilation et lui fait jouer le rôle de sa vie tout en jouant dans sa vie le rôle du personnage. Apparemment avec une fiction comme PBLV ça va jusqu’à une assimilation dans les plus simples gestes quotidiens avec des objets fétiches.

Je ne sais pas si j’arrive à être claire...

Toujours est-il que depuis que j’ai lu cet article je chercher à comprendre ce passage :

Une œuvre de fiction comme PBLV construit bien sûr une réalité, mais, parce qu’elle n’est pas une œuvre d’art majeure, elle ne donne pas une expérience de l’altérité. Le spectateur n’échappe pas au solipsisme : il « est » tel personnage, il a « vécu » telle situation. Il s’identifie et n’a donc aucune expérience de l’Autre, ni même de l’Autre en lui.

Si cela veut dire que le spectateur n’a pas l’expérience de l’autre, en tant que confrontation avec un concept étranger, mystérieux, différent, dont il aurait à apprendre et découvrir, parce qu’il projette dans l’autre (le personnage) ce qu’il croit connaitre de lui (et ça, je n’en suis pas si sûre car on peut projeter ce qu’on tente d’ignorer de soi-même), pourquoi cela se produit parce que cette série n’est pas une oeuvre d’art majeure ? 
A cause de son côté réaliste ? Dans le sens qu’une oeuvre d’art majeur produit tant d’étrangeté, de beauté, d’imaginaire, que la proximité y est moins facile ? 
C’est juste pour vérifier si j’ai bien compris.

 

Je lui ai répondu ceci :

 

Vous avez très bien compris. Sartre disait que pour bien écrire, il faut écrire contre soi-même. Donc se mettre en danger pour mettre l’art en danger et le faire avancer. Sinon on est, ce qui n’est déjà pas si mal, un "good bad writer" (Orwell), un mauvais écrivain qui écrit bien. Comme Ponson du Terrail, Agatha Christie ou Gavalda. On connaît les ficelles et on les applique. Un vrai créateur ne connaît pas les ficelles puisque il les crée au fur et à mesure qu’il écrit. Et donc il ne connaît pas l’Autre en lui avant d’avant écrit. Quand Picasso dit "si je dois peindre une orange et qu’il ne me reste que du bleu, je la peins en bleu" (comme s’il n’avait plus de couleur orange à la maison...), il casse pour nous le concept de représentation et il reconnaît que le diable est en lui. Lorsque les créateurs de PBLV nous proposent Boher, le flic d’extrême droite au grand coeur (ce qui d’un point de vue réaliste, n’a rien d’impossible) ils nous proposent une catégorie qui existe avant le personnage. Nous pouvons d’autant plus nous assimiler à ce personnage, comme aux autres, que nous le reconnaissons d’emblée, que nous l’attendions. Pour les auteurs de PBLV, Je n’est pas un Autre. Ils ne peuvent donc pas trouver, et nous donner, une vérité qui leur serait étrangère, mouvante, tremblante, subtile, contradictoire, qui ne serait pas préconstruite.

Un de mes amis, photographe professionnel, a proposé à la production de PBLV de venir faire un reportage photo dans les studio. En y mettant deux conditions :

Il n’a pas regardé une minute de la série et continuera à ne pas la regarder

Il photographierait les décors sans aucun acteur ou technicien.

Il a tout compris (il attend leur réponse).

Merci pour votre lecture attentive.

 

 

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26 juillet 2012 4 26 /07 /juillet /2012 06:19

http://biography4u.com/image-files/alberti.jpgMilitant de la cause républicaine, Rafael Alberti fut contraint de s'exiler en France en 1939 ; l'année suivante il dut quitter ce pays vaincu par les Allemands, et se réfugia en Argentine où il resta jusqu'en 1963. Cette année-là, il s'installa en Italie  pour un séjour qui allait durer jusqu'à son retour en Espagne en 1977. Il est mort dans son village natal près de Cadix en 1999, à l’âge de 97 ans. 

La mer. La mer.
La mer. Rien que la mer !

Pourquoi m'avoir emmené, père,
à la ville?

Pourquoi m'avoir arraché, père,
à la mer ?

La houle, dans mes songes
me tire par le coeur
comme pour l'entraîner.

O père, pourquoi donc m'avoir
emmené ?

El mar. La mar.

¿Por qué me trajiste, padre,

a la ciudad?

¿Por qué me desenterraste

del mar?

En sueños, la marejada

me tira del corazón.

Se lo quisiera llevar.

Padre, ¿por qué me trajiste

acá?

.

 

 

En Argentine, la pampa lui donnera la nostalgie des paysages d'Andalousie :

Je suis si seul parfois, je suis si seul

et même si pauvre et si triste ! Si oublié !

Voilà comment j'aimerais demander l'aumône

sur mes plages natales, au long de mes campagnes.

Donnez à celui qui revient un petit bout

de lumière tranquille, un ciel paisible. S'il vous plaît,

la charité ! Vous ne savez plus qui je suis...

Et je vous demande si peu...

Donnez-moi quelque chose

 

Traduction de Claude Couffon

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25 juillet 2012 3 25 /07 /juillet /2012 06:00

Jean-Claude Darnal (ch’timi comme lui) écrivit ce petit chef-d’œuvre pour lui :

 

Quand la mer monte

J'ai honte, j'ai honte

Quand ell' descend

Je l'attends

À marée basse

Elle est partie hélas

À marée haute

       Avec un autre.

 

Raoul de Godewarswelde : une légende du Nord. De son vrai nom : Francis Delbarre. Né en 1928 à Lille. Très attaché à la mer, au Cap Gris Nez. Il pesait 120 kg et avait une voix pleine de bière.

 

Le 13 avril 1977, il dédicace ses disques à Boulogne-sur-Mer. Le lendemain, on le découvre pendu à une poutre d’une maison en construction non loin de la sienne.

 

Les gens du Nord lui ont rendu le plus grand des hommages en construisant un géant à son effigie.

 

(Impatienta doloris)

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/c/ca/Raoul,_un_des_géants_de_la_ville_de_Lille.jpg/160px-Raoul,_un_des_géants_de_la_ville_de_Lille.jpg

 


 

Joachim Gottschalk est né le 10 avril 1904 dans la région de Brandebourg en Allemagne et décédé le 6 novembre 1941 à Berlin. C'était un acteur de cinéma.

Il était marié à une femme allemande de confession juive, Meta Wolff. Dans le cadre de son travail, Joachim Gottschalk présenta son épouse aux autorités allemandes. Goebbels découvrit à cette occasion le mariage mixte de cet acteur et ordonna la déportation en en camp de concentration de Meta Wolff et de leur fils, et l'incorporation de l'acteur dans la Wehrmacht. Pour Goebbels, aucun doute, Meta l’avait ensorcelé en recourant « aux ruses sensuelles les plus raffinées (lesquelles, lesquelles !?). Joachim refusa d'être séparé de sa femme et de son fils. Peu avant l'intervention des Nazis, le 6 novembre 1941, le couple se suicidèrent avec leur enfant en partageant un tube de véronal et en ouvrant le gaz.

 

(Impatienta doloris/subtractio).

 


 

http://www.judnick.com/images/Bavaria_Joachim_Gottschalk-120_small.jpg

 

 

 

Caius Gracchus. Pour l’époque : un gauchiste. Il devient tribun de la plèbe en 124 avant J.-C.

 

Il proposa plusieurs lois subversives, entre autres une loi frumentaire qui accordait à la plèbe du blé au prix de 6 as 1/3, une autre loi agraire que son frère avait déjà promulguée, et une troisième par laquelle il voulait débaucher l'ordre équestre qui jusque était en accord avec le Sénat. Six cents chevaliers furent ajoutés dans la curie et parce que à cette époque il n'y avait seulement que trois cents sénateurs, ces six cents chevaliers furent mêlés aux trois cents sénateurs. Le consulat de Caius se prolongeant l'année suivante, il fit passer d'autres lois agraires pour fonder plusieurs colonies en Italie et une sur le sol de Carthage détruite; nommé triumvir, il alla fonder cette colonie.

Lorsque Caius part superviser la construction de la colonie à Carthage, ses adversaires en profitent pour le discréditer. Lors de l'élection des tribuns pour l'année -121, il n'est pas réélu.

 

Aussitôt une loi ordonne le démantèlement de la colonie de Carthage : Caius fait en vain appel de la décision.

Le Sénat réplique en promulguant un senatus consultum ultimum qui autorise l'élimination de Caius par n'importe quel moyen.

 

Caius et son esclave fuient et arrivent au bois sacré de Furrina où ils trouvent la mort en -121. Les causes ne sont pas établies avec certitude. Assassiné par son esclave ? Suicide ? Rattrapés par leurs poursuivants ? Il avait 33 ans.

 

Sa maison fut saccagée et le terrain vendu. La dot de sa femme Licinia fut confisquée.

(Pudor).


http://blogs.allocine.fr/blogsdatas/mdata/7/6/2/Z20060116173234423657267/img/1179441153_freres_gracchus.jpg

 

 

 

Gribouille (Marie-France Gaite) est née àLyon le 17 juillet 1941.


Elle monte à Paris à 16 ans et vit de dessins à la craie. Une présentatrice de télévision la prend sous son aile, elle chante au Bœuf sur le Toit et dans plusieurs autres cabarets. On la compare à Barbara. Jean Cocteau la repère et fait son portrait.


Elle enregistre des chansons de Charles Dumont, Jacques Debronckart, Georges Chelon. Elle écrit dans les années 60 ses textes les plus connus : “ Mathias ” (ma préférée quoiqu’un peu trop « brelienne »),“ Grenoble ”, “ Elle t'attend ”, “ On n'a pas le droit ”, “ Ostende ”. Son apparence androgyne et sa voix un peu masculine ainsi que ses chansons personnelles et ambiguës lui gagnent le public lesbien.


En 1968, à 26 ans, celle qui chantait “ Mourir demain ” se tue (par amour ?) d'un excès de barbituriques et d'alcool.

 

Un très bel oiseau.

 

(Impatienta doloris)

 

 

http://jccoulie.free.fr/artetchansons/pochettes2/Gribouille.JPG

 

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23 juillet 2012 1 23 /07 /juillet /2012 05:49

http://a34.idata.over-blog.com/0/10/66/34/images-bis/fin_histoire.gifFin de l’histoire !

 

Dans une série lambda anglo-saxonne doublée en français, deux personnages discutent de manière véhémente. Ils ne sont pas d’accord. L’un des deux finit par asséner son point de vue et met un terme à la conversation par « Fin de l’histoire ! ». End of the story !

 

Ceci est une anglicanerie. En français de France, on dirait : « un point c’est tout ! », « on arrête là ! », « tu te tais ! ».

 

Encore une fois, c’est appauvrir notre idiome que de toujours traduire mot-à-mot, qui plus est par une expression qui n’est pas du terroir. Je donne ci-dessous quelques exemples où l’anglais utilise « end of the story » et où il convient de traduire autrement :

 

This is not the end of the story : les choses ne peuvent pas en rester là.

Renewable energies is not the end of the story : les énergies renouvelables ne suffisent pas en elles-mêmes.

The end of the story is not yet written : le dernier chapitre de cette histoire reste à écrire.

To consider that this is the end of the story would be wrong : croire que l’affaire est réglée serait une erreur.

If you are a foreigner, that’s not the end of the story : si vous êtes un étranger, vous n’êtes pas au bout de vos peines.

 

 

Autre chose qui n’a rien à voir, mais ça m’est venu comme cela, et à mon âge on a tous les droits. Tout le monde connaît ce chef d’œuvre de la littérature d’espionnage The Spy who Came in from the Cold de John Le Carré. L’éditeur français a traduit par L’Espion qui venait du froid. Un bon titre, mais qui s’écarte de l’original. « From the cold » est ici à prendre dans son sens figuré et n’a rien à voir avec le temps qu’il faisait à Berlin-Est. Cela signifie : l’espion qui venait de l’ombre, de la clandestinité.

 

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22 juillet 2012 7 22 /07 /juillet /2012 05:45

http://www.dechargelarevue.com/id/fichiers/_ID_12885_mini_pont59-Ilarie-Voronca.jpgIlarie Voronca (de son vrai nom : Édouard Marcus), est né en Roumanie en 1903. Il s’installa à Paris en 1933. Naturalisé français, il se cacha  pendant l’occupation. Il publia une vingtaine d’ouvtages de poésie en français.

 

Élève-officier de réserve, Ilarie Voronca fut démobilisé en 1940. Il se réfugia à Marseille puis à proximité de Rodez, où il adhéra à la Résistance pour combattre le nazisme. A la mi-octobre 1944, Ilarie Voronca regagna Paris. Malheureusement, Ilarie Voronca se donna la mort au soir du 4 avril 1946. Ilarie Voronca, le poète de La Joie est pour l’homme fut enterré au cimetière parisien de Pantin.

 

 

MON PEUPLE FANTOME

 

Entre mer et terre. Entre pierres et ciel.

Avec le pain jaune de la route. Avec le vin rouillé de la forêt

Voilà mon ouvrage accompli. Et les outils de travail

Sont devenus des instruments de musique.

C'est ainsi

Qu'à travers la flamme de la mémoire les objets se changent en paroles.

 

Sur le promontoire, ici, dernier vestige de l'homme. Rencontre.

Le vent jette dans l'écume ses épées d'eaux.

Solitude coupée géométriquement par les oiseaux

Qu'ici donc les visages de la vie se montrent.

 

Le soleil tombé dans mon oeil salé. Face

Aux algues chevelues et aux cortèges de poissons

Mon visage fêlé par le vent comme le bord d'une tasse,

Sur mes lèvres serrées : aube ou crépuscule comme un son.

 

Sans filets, sans armes

De chasse. Collé aux rochers. Vers le Sud

 

Les aigles d'écumes. Seul avec mon travail accompli 
entre terre et larmes.

Les cannes à  pêche sont devenues des harpes. Les 
fusils des flûtes.

 

Mais le coeur est la barque éternelle d'Ulysse

Qui touche dans son rêve tant d'îles,

Dans les veines, de nouveaux archipels surgissent,

Une parole, un rire, font naître une ville.

 

Là sur le promontoire j'attendais ces passages

D' îles: oiseaux étranges jaillis d'entre les cordes

 

Je te reconnaîtrai fantôme entre ces bâches

Des terres nomades. Là près du Peuple Etranger dont la patrie est morte

 

Est ma place. Là sur l'Île fantôme

Je viendrai avec mes instruments de musique. Avec ma 
journée accomplie.

 

Temps d'exil ? Non. Fuite à travers les glaciers du 
sommeil ? Non.

Le ver de la souffrance tordu dans la pomme de cette blessure.

 

Mais jusqu'alors : sans armes, sans outils, sur cette

Pierre: extrême limite du continent

Entre rochers et flots qui rejettent

Le lait blanc de l'écume jusqu'à ma faim, jusqu'au vent,

 

Ici. Loin de l'homme implacable. Loin

 

Des distributeurs de terre. Sans retour. Sans fuite.

 

La voix oubliée en moi comme une lettre dans un livre

 

J'attends mon peuple fantôme, mon île-fantôme.

 

 

 

Version française de l’auteur.

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21 juillet 2012 6 21 /07 /juillet /2012 06:11

http://www.netarmenie.com/photo/varoujan4.jpg

Né en 1884, Daniel Varoujan fut assassiné le 26 août 1915 par des représentants du gouvernement ottoman. Une victime, parmi des centaines de milliers d'autres, du génocide arménien. Ce poème évoque Haïk, fondateur de l’Arménie, son fils Aram et le savant arménien Anania.

 

 

TERRE ROUGE    

Sur ma table de travail, dans ce vase, 
repose une poignée de terre prise 
aux champs de mon pays...

C'est un cadeau, – celui qui me l'offrit 
crut y serrer son cœur, mais ne pensa jamais 
qu'il me donnait aussi le cœur de ses ancêtres.

Je la contemple... Et que de longues heures passées 
dans le silence et la tristesse 
à laisser mes yeux se river sur elle, la fertile, 
au point que mes regards y voudraient pousser des racines.

Et va le songe... Et je me dis 
qu'il ne se peut que cette couleur rouge 
soit enfantée des seules lois de la Nature, 
mais comme un linge éponge des blessures, 
de vie et de soleil qu'elle but les deux parts, 
et qu'elle devint rouge, étant terre arménienne, 
comme un élément pur que rien n'a préservé.

Peut-être en elle gronde encore le sourd frémissement 
des vieilles gloires séculaires 
et le feu des rudes sabots 
dont le fracas couvrit un jour 
des poudres chaudes des victoires 
les dures armées d'Arménie?

Je dis: en elle brûle encore 
la vive force originelle 
qui souffle à souffle sut former 
ma vie, la tienne, et sut donner 
d'une main toute connaissante, 
aux mêmes yeux noirs, avec la même âme, 
une passion prise à l'Euphrate, 
un cœur volontaire, bastion 
de révolte et d'ardent amour.

En elle, en elle, une âme antique s'illumine, 
une parcelle ailée de quelque vieux héros 
si doucement mêlée aux pleurs naïves d'une vierge, 
un atome de Haïg, une poussière d'Aram, 
un regard profond d'Anania 
tout scintillant encor d'un poudroiement d'étoiles.

Sur ma table revit encore une patrie, 
— et de si loin venue cette patrie...— 
qui, dans sa frémissante résurrection, 
sous les espèces naturelles de la terre 
me ressaisit l'âme aujourd'hui, 
et comme à l'infini cette semence sidérale 
au vaste de l'azur, toute gonflée de feu, 
d'éclairs de douceurs me féconde.

Les cordes tremblent de mes nerfs... 
Leur intense frisson fertilise bien plus 
que le vent chaud de Mai le vif des terres. 
Dans ma tête se fraient la route 
d'autres souvenirs, des corps tout rougis 
d'atroces blessures 
comme de grandes lèvres de vengeance.

Ce peu de terre, cette poussière 
gardée au cœur d'un amour si tendu 
que mon âme un jour n'en pourrait, 
si dans le vent elle trouvait 
le reste de mon corps (devenu cendre, 
cette poudre en exil d'Arménie, cette relique, 
legs des aïeux qui savaient des victoires, 
cette offrande rouge et ce talisman 
serrée sur mon cœur de griffes secrètes, 
vers le ciel, sur un livre, 
quand vient cette heure précieuse 
de l'amour et du sourire 
à ce moment divin où se forme un poème,

cette terre me pousse aux larmes ou aux rugissements 
sans que mon sang ne puisse s'en défendre, 
et me pousse à armer mon poing 
et de ce poing me tenir toute l'âme.

 

 

 

Traduction : Luc-André Marcel qui écrivit ceci :

"Varoujan mourut attaché à un arbre, mutilé de part en part, et ses restes furent jetés aux chiens errants. Depuis Euripide, jamais à notre connaissance, poète n'avait connu une fin aussi effrayante, sinon celui dont la religion de son peuple se réclamait. Il est difficile de ne pas y penser. Le poète avait trente et un ans." 

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20 juillet 2012 5 20 /07 /juillet /2012 06:05

“ Les litanies de la souffrance ” : un texte magnifique du poète arménien Johannès Toumanian (1869-1923). L’œuvre de ce poète a été traduite dans une douzaine de langues.

 

Mon Dieu mes jours ont fui comme fumée,

Mes os séché comme broussailles,

Mon cœur tari ; herbe fauchée,

La douleur m’aveuglant, j’ai perdu mon chemin.

 

J’ai rongé du pain dur en pays étranger ;

Nul repos sur la route ;

Le jour, je percevais de longs cris d’agonie,

Et la nuit je pleurais jusqu’au lever du jour.

 

Tel un hibou, j’ai rôdé dans les ruines ;

Passereau solitaire, sous le toit je demeure ;

La souffrance a mangé mes forces…

À quand, mon Dieu, la délivrance ?

 

Traduction : Vahé Godel.

 

http://www.cdca.asso.fr/photos/genocide/geno46.jpg

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19 juillet 2012 4 19 /07 /juillet /2012 06:11

http://www.wpartage.com/site_media/photos/1279453971-tomtom.jpgJe possède un GPS de marque TomTom. J’en suis globalement très satisfait.

 

TomTom est une compagnie hollandaise, sise à Amsterdam. Je me vois donc dans l’obligation de dénoncer une anglicanerie, via le hollandisme, ou encore une hollandanerie commise par ses collaborateurs.

 

La voix électronique qui nous guide en français s’exprime plutôt correctement. À une exception près lorsqu’elle nous dit de « tenir la gauche ». Il s’agit là du calque de l’anglais « keep (to the) left » (mot à mot : gardez la gauche).

 

En français, on ne tient pas la gauche : on reste sur la voix de gauche, on serre à gauche. « Keep to the left at the traffic light » : Serrez à gauche au feu.

 

On utilisera le verbe tenir dans l’acception suivante : « He stands to the left of centre » :  Il se tient au centre gauche, ou encore, au sens propre : « if you stand to the left of the pole » : Si vous vous tenez à gauche du poteau .

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18 juillet 2012 3 18 /07 /juillet /2012 06:22

http://www.stars-portraits.com/img/portraits/stars/p/pierre-bachelet/pierre-bachelet-1-by-rikou.jpgLorsque cette chanson est apparue sur les ondes au début des années 80, je résidais en Côte d’Ivoire. Parce que je me trouvais loin de mes sources, je ressentis une émotion très profonde à l’écoute de cet hymne si bien réussi. Mais je sus dès la première écoute que Bachelet, dont je n’avais jamais entendu parler, n’était pas ch’ti. Il dit en effet :

 

J’avais les terrils

À défaut de montagnes

 

en prononçant terril comme barril, alors que les ch’tis prononcent terri, comme outi (et non outil) ou nombri (et non nombril). Je crois que cette prononciation vient de l’ancien picard.

 

Je n’en eus d’ailleurs que plus d’admiration pour le chanteur et son parolier, pas du tout ch’ti, lui non plus.

 

George Orwell a écrit quelque part qu'il aurait donné l'écriture de ses meilleurs livres contre celle d'une chanson toute simple que le peuple reprend dans les pubs ou les fêtes de famille. Ce qu'ont réussi, par exemple, Freddy Mercury avec “ We Are the Champions ”, Paul McCartney avec "Mull of Kintyre", Jean Dréjac avec "Ah, le petit vin blanc", et donc Bachelet (et son parolier Lang) avec ces “ Corons ”, chantés à pleins poumons dans le stade de football de Lens.

 

Dans cette chanson j’aime particulièrement ces quatre vers :

 

Mon père était "gueule noire" comme l'étaient ses parents

Ma mère avait les cheveux blancs

Ils étaient de la fosse, comme on est d'un pays

Grâce à eux je sais qui je suis

 

Cette phrase nous parle de l’identité par le travail, et non de l’identité « nationale » des nationalistes rances créateurs de chômage du style Sarkozy, Guaino, Besson. Sans parler du ch’ti Guéant.

 

Depuis, on a vu TF1 fabriquer (comme cette chaîne fabrique du remplissage pour cerveaux vides) un quatuor  composé de chanteurs lyriques de talent qui font de la variété. Ils chantent l’hymne de Bachelet. La boucle est bouclée.

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16 juillet 2012 1 16 /07 /juillet /2012 05:41

http://3.bp.blogspot.com/_ClYcSaPsLm4/S6NZDt9LmPI/AAAAAAAAE2w/NBj00LlY88M/s400/louise_conference.jpgLouise Michel : “ Le Chant des captifs ”

 

Tiré de Souvenirs de Calédonie. Ayant refusé toute mesure de clémence ou de grâce, Louise Michel ne rentra en France qu’en 1880, après une loi d’amnistie complète pour tous les Communards. Son exil lointain dura sept ans. À l’occasion de la diffusion de son téléfilm sur Louise Michel en 2009, Solveig Anspach déclara : « J’ai l’impression que la Commune et Louise Michel résonnent très fort aujourd’hui. Elle dit des choses qui font écho à ce que vivent aujourd’hui les gens au quotidien, pas seulement les femmes, mais les gens dans la misère, les ouvriers, les travailleurs ou les sans-papiers. »

 

 

 

 

Ici l'hiver n'a pas de prise,

Ici les bois sont toujours verts ;

De l'Océan, la fraîche brise

Souffle sur les mornes déserts,

Et si profond est le silence

Que l'insecte qui se balance

Trouble seul le calme des airs.

 

Le soir, sur ces lointaines plages,

S'élève parfois un doux chant :

Ce sont de pauvres coquillages

Qui le murmurent en s'ouvrant.

Dans la forêt, les lauriers-roses,

Les fleurs nouvellement écloses

Frissonnent d'amour sous le vent.

 

Viens en sauveur, léger navire,

Hisser le captif à ton bord !

Ici, dans les fers il expire :

Le bagne est pire que la mort.

En nos coeurs survit l'espérance,

Et si nous revoyons la France,

Ce sera pour combattre encor !

 

Voici la lutte universelle :

Dans l'air plane la Liberté !

A la bataille nous appelle

La clameur du déshérité !...

... L'aurore a chassé l'ombre épaisse,

Et le Monde nouveau se dresse

A l'horizon ensanglanté !

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