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24 mai 2012 4 24 /05 /mai /2012 14:09

http://lettres.ac-creteil.fr/cms/eleves/ovide/ovide_eleves/ovide.jpgOvide connut un exil que l’on pourrait qualifier, un peu méchamment, de doré. Il fut exilé sur l’ordre de l’empereur Auguste (dans l’actuelle Roumanie) pour des raisons non élucidées à ce jour. Exilé, mais non banni. Ce qui signifie qu’il put partir avec ses biens et ses esclaves. Il se construisit une belle villa et conserva tous ses droits en tant que citoyen romain. Ce qui n’empêcha pas la souffrance. Ci-dessous l’Élégie troisième des Tristes.

 

 

Quand mon imagination me retrace cette nuit si cruelle, marquée par mes derniers moments à Rome; quand je me reporte à cette nuit où j'abandonnai tant d'objets chers à mon cœur, maintenant encore les larmes coulent de mes yeux.

Déjà le jour approchait, que César m'avait désigné pour quitter l'Ausonie ; ni mon esprit, ni le temps n'avaient pu suffire à mes préparatifs : mon âme était restée engourdie dans une longue inaction; je ne m'étais oc­cupé ni de mes esclaves, ni du choix de mes compagnons, ni de mon équipage et des autres besoins de l'exil ; j'étais resté confondu, tel que le mortel frappé de la foudre, qui existe encore, mais sans avoir la conscience de son existence.

Lorsque l'excès même de la douleur eut dissipé le nuage répandu sur mon esprit, que mes sens se furent enfin ras­sis; près de partir, j'adresse une dernière fois la parole à mes amis consternés ; si nombreux naguère, il n'en restait plus qu'un ou deux près de moi. Ma tendre épouse me tenait pleurant entre ses bras ; elle pleurait davantage elle-même, et un torrent de larmes inondait ses innocentes joues. Ma Ville, absente, retenue au loin sur les bords africains, ne pouvait être informée de ma destinée.

De quelque côté qu'on jetât les yeux, tout retentissait de deuil et de gémissements; tout offrait le tableau d'une cérémonie funèbre, non silencieuse; hommes, femmes, enfants accompagnent mes funérailles de leur désespoir et, dans toute ma demeure, il n'est pas une place qui ne soit arrosée de larmes. Si l'on peut comparer de grandes scènes à de plus petites, tel était l'aspect de Troie au moment où elle fut prise.

Déjà le silence régnait parmi les hommes et les ani­maux ; la Lune au haut des airs dirigeait son char noc­turne; je contemplai cet astre; puis, portant mes regards sur le Capitole qui, vainement, hélas! touchait à mes pénates: «Divinités habitantes de ces demeures voisines, m'écriai-je, temple que mes yeux ne reverront plus, dieux que je quitte, dieux qui résidez dans la noble cité de Quirinus, salut ! salut à jamais ! C'est prendre le bou­clier bien tard, que d'attendre après la blessure mais enfin, déchargez mon exil de l'odieux qui pèse sur lui! Dites à ce mortel céleste quelle erreur m'abusa, pour que dans ma faute il ne voie pas un crime : que votre con­viction passe dans le cœur de l'auteur de mon châtiment ! Ce dieu apaisé, je puis supporter mon malheuré. » Telle fut la prière que j'adressai au ciel; celle de mon épouse fut plus longue, et chacune de ses paroles était entrecoupée de sanglots. Je la vis aussi, la chevelure en désordre, prosternée devant nos Lares, baiser ces foyers éteints de ses lèvres tremblantes, adresser à nos Pénates insensibles mille supplications, dont son époux infor­tuné ne devait recueillir aucun fruit. Déjà la nuit se précipite et ne permet plus de diffé­rer; déjà l'Ourse de Parrhasie a détourné son char. Fatale alternative! L'amour de ma douce patrie m'enchaî­nait ; mais cette nuit était la dernière avant l'exil prononcé contre moi. Ah! que de fois, en voyant la précipitation de mes compagnons, ne leur ai-je pas dit : « Pourquoi vous hâter? Songez aux lieux où vous vous pressez d'aller, à ceux que vous quittez! » Ah! que de fois, par un innocent subterfuge, j'assignai, comme plus favo­rable, une autre heure à mon départ ! Trois fois je tou­chai le seuil, et trois fois je revins sur mes pas; mes pieds même, par leur lenteur, semblaient d'intelligence avec mou âme. Souvent 5 , après le dernier adieu, je re­nouai de longs entretiens; souvent je donnai les derniers baisers, comme si je m'éloignais; souvent je réitérai les mêmes ordres, et cherchai à m'abuser, les yeux at­tachés sur les objets de ma tendresse.

Enfin, « Pourquoi me presser? c'est en Scythie que l 'on m'envoie, m'écriai-je , et c'est Rome qu'il faut abandonner, double regret, qui ne justifie que trop mes délais. Vivant, on m'enlève pour toujours à mon épouse vivante, à ma maison, à l'affection de ses mem­bres fidèles. O vous, pour lesquels j'eus un amour de frère, vous dont le cœur eut pour moi la fidélité de Thésée, que je vous serre dans mes bras, je le puis en­core, et ne le pourrai peut-être plus jamais; l'heure qui me reste, est une heure de grâce. « Plus de retard; mes paroles restent inachevées; j'embrasse tous ces ob­jets si chers à mon cœur.

Tandis que je parle, tandis que nous pleurons, on voit briller au dessus de l'horizon l'étoile funeste : Lucifer était levé. Cruelle séparation! il semble qu'on m'arrache quelque membre, qu'une partie de mon corps soit sé­parée de l'autre. Telles furent les souffrances de Metius, quand, poussés en sens contraire, des chevaux indomptés vengeaient sa trahison. Alors s'élève un cri, un gémisse­ment universel autour de moi; chacun dans sa douleur se meurtrit le sein de sa propre main. Alors mon épouse, collée à mes épaules pendant que je m'éloigne, mêle à ses larmes ces tristes paroles : «Non, rien ne pourra me séparer de toi; nous partirons, oui! nous partirons en­semble; je veux te suivre; femme d'un exilé, je serai exilée moi-même; à moi aussi il est ordonné de fuir, et je suis reléguée à l'extrémité de l'univers : je ne serai pour ton vaisseau dans sa course qu'une charge légère. Le courroux de César te force à quitter la patrie ; moi, c'est ma tendresse : ses lois seront pour moi les ordres de César.» Tels étaient ses efforts, efforts déjà tentés au­paravant; à peine céda-t-elle à la considération d'un in­térêt puissant. Je pars, ou plutôt il semblait qu'on me portât vivant au tombeau, dans un désordre affreux, les cheveux épars, le visage hérissé de barbe. Pour elle, désespérée de me perdre, elle sentit sa vue s'obscurcir, et j'ai su qu'alors elle tomba sur le carreau sans connaissance.

Quand elle reprit ses sens,et que, la chevelure souillée de poussière et le corps étendu suivie marbre glace, elle se fut enfin relevée, alors elle déplora son abandon, celui de ses pénates; elle «prononça souvent le nom de l'époux qui lui était ravi; sa douleur ne fut pas moins vive, que si elle avait vu placer sur un bûcher élevé le corps de sa fille ou le mien; elle voulut mourir, et perdre le sentiment avec la vie; elle s'en abstint par égard pour moi seul. Ah! qu'elle vive, et, dans mon éloignement, puisqu'ainsi l'ont voulu les dieux, qu'elle vive, et me prête sa fidèle assistance !

 

Traduction de M. A. Vernadé

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23 mai 2012 3 23 /05 /mai /2012 05:50

 

http://mydago.com/wp-content/uploads/2011/09/exil.jpgJe me trouvai récemment à Gérone (Girona en catalan, la langue officielle parlée dans la ville, Gerona en castillan)*. Je fus frappé par le nombre de rues dédiées à des poètes de la région, y compris des rimailleurs plutôt mineurs. C’est que, comme la sociologie, la poésie peut être un sport de combat. Les Catalans, qui souffrirent tant de l’oppression franquiste, payèrent très cher le droit d’être eux-mêmes et de s’exprimer dans leur langue. Raison pour laquelle ils honorent, chaque fois que faire se peut, les écrivains qui luttèrent pour maintenir en vie un patrimoine multiséculaire. En écrivant en catalan, ces poètes vécurent une sorte d’exil intérieur.

 

Le paradoxe de la figure de l’exilé est qu’elle peut traduire à la fois un sentiment d’extrême solitude ou d’inadéquation au monde et, en même temps, l’espoir d’un monde meilleur, d’un monde de tous les possibles. Le grand poète palestinien Mahmoud Darwich, dont le village fut rasé et remplacé par un village juif et qui connut trente années d’exil, universalisait la condition d’exilé en ces termes :

 

« En fin de compte, nous sommes tous des exilés. 
Moi et l'Occupant, nous souffrons tous les deux de l'exil. 
Il est exilé en moi et je suis la victime de son exil. 
Nous tous sur cette belle planète, nous sommes tous voisins, 
tous exilés, la même destinée humaine nous attend, 
et ce qui nous unit c'est de raconter l'histoire de cet exil. »

 

L’écrivain brésilienne Ana Helena Rossi articula de manière magistrale, l’exil et le langage poétique, l’exil dans le langage poétique :

 

« Avoir affaire au langage poétique, c’est se retrouver, de toutes les façons, sur un territoire d’exil, lieux (au pluriel) démultipliés qui se laissent difficilement appréhender par le découpage du temps, lieux de non-dits, de choses cachées et mises à jour, lieux de mise en forme d’écriture à la lisière du pensable. Écrire de la poésie, c’est formuler une écriture en cohérence avec ce qui ne peut être dit autrement, ce qui n’affiche ni temps, ni espace, ce que certains appellent sans doute, très probablement la folie. […] Voilà pourquoi poésie et exil sont liés, lieux démultipliés d’expériences proches, expériences validées dans le quotidien des choses, rupture nécessaire pour poursuivre cet élargissement de soi au risque de se noyer dans le néant, au risque de perdre ses repères dans ce mouvement qui est aussi traduction, mainte et mainte fois revisitée par rapport à la luminosité des vers, aux rimes qui tanguent l’équilibre du texte, aux rythmes qui tracent la présence du je, au sens lié à la forme du monde autre qu’on pétri de ses mains en qualité de traductrice, d’exilée et de poétesse, tout cela à la fois, pour dire le aujourd’hui passé sous le crible de l’expérience. »

 

L’exil existe depuis les temps les plus anciens. Persécuté pour sa différence, l’exilé est en quête d’un sanctuaire, d’un asile où sa vie sera de nouveau possible. Pour des dizaines de millions de réfugiés dans le monde, l’asile est l’expression la plus aboutie de la solidarité humaine.

 

« Oh ! l’exil est impie ! », clamait Victor Hugo dans Les chants du crépuscule. Qu’il soit de l’intérieur ou de l’extérieur, l’exilé est privé de son identité. Ne pouvant être lui-même parce que coupé de son monde, son malaise, son mal être, peuvent déboucher sur le dérèglement, la folie, le suicide. Ulysse, le premier grand livre de la littérature occidentale, raconte l’exil d’un être qui a perdu jusqu’à son nom. Ulysse passe vingt années loin des siens, un sort d’autant plus contraire que son retour est sans cesse annoncé. Au cours de son errance, il ne peut embrasser que l’ombre de sa mère. « Dans l'exil, à quoi bon la plus riche demeure, parmi des étrangers et loin de ses parents ? » demande-t-il. Né dans le cœur de l’Italie, exilé et mort dans l’actuelle Roumanie, Ovide tenta dans les Tristeset les Pontiques de surmonter sa mélancolie et ses insomnies. Paul Celan, Stephan Zweig ne (re)trouvèrent pas dans l’écriture la volonté de vivre. Inversement, Charles d’Orléans deviendra poète (de langue française, mais aussi de langue anglaise) lors de sa captivité d’un quart de siècle en Angleterre (1415-1440). Aucune tristesse dans “ Le Temps a laissé son manteau ” :

 

Le temps a laissé son manteau

De vent, de froidure et de pluie,

Et s'est vêtu de broderie,

De soleil luisant, clair et beau.

Il n'y a bête ni oiseau

Qu'en son jargon ne chante ou crie:

"Le temps a laissé son manteau

De vent, de froidure et de pluie,"

Rivière, fontaine et ruisseau

Portent en livrée jolie,

Gouttes d'argent, d'orfèvrerie;

Chacun s'habille de nouveau.

Le temps a laissé son manteau

De vent,de froidure et de pluie,

Et s'est vêtu de broderie,

De soleil luisant, clair et beau.

 

Heureux, peut-être, sont les exilés par choix, qui ont préféré l’éloignement à la honte de servir des oppresseurs. On pense à Hugo (link), à Louise Michel (link) ou a Nazım Hikmet, mort à Moscou en 1963. En 1938, il fut condamné à 28 ans de prison pour « activités antinazies et antifranquistes ». Il resta incarcéré 12 ans et termina sa vie en exil comme citoyen polonais. Écoutons-le dans “ C’est un dur métier que l’exil ” :

 

Il était un géant aux yeux bleus


Il aima une femme toute petite


Elle se lassa vite, la mignonne


Sur le grand chemin du géant


Elle eut soif de bien-être.


Adieu, dit-elle aux yeux bleus


Et prenant le bras d’un riche nain


Entra dans une maison qui avait dans son jardin


Des chèvrefeuilles moirés.

 

Les Juifs furent chassés de la Palestine. Les Arméniens furent chassés d’Anatolie. Les Palestiniens furent condamnés à la diaspora. Pour des raisons économiques, des Arabes durent quitter l’Afrique du Nord. Des ouvriers turcs partirent pour l’Allemagne, des Italiens et des Portugais pour la France. Des démocrates chiliens furent contraints de fuir la dictature. Tant d’autres encore. Il y eut ceux qui décidèrent de ne pas partir, comme Václav Havel.

 

La constitution française de 1946 reconnaît les droits des exilés.

 

 

 

On commencera par le psaume 137 de la Bible. Il évoque l’exil à Babylone du peuple juif après la destruction du premier temple de Jérusalem par le roi Nabuchodonosor, en 586 avant J.-C. Il aurait été écrit par le prophète Jérémie. Ce psaume est appelé en latin Super flumina Babylonis. Il a été mis en musique à maintes reprises et se retrouve aussi dans la littérature. Il relate le moment où les vainqueurs voulaient obliger les prisonniers à chanter et à jouer de leur lyre. Ceux-ci refusèrent car ils refusaient de chanter sur une terre étrangère et se coupèrent les pouces sans se plaindre. Le vent souffla alors dans les cordes des lyres.

 

Sur les bords des fleuves de Babylone, nous étions assis et nous pleurions, en nous souvenant de Sion.

Aux saules de la contrée nous avions suspendu nos harpes.

Là, nos vainqueurs nous demandaient des chants, et nos oppresseurs de la joie :

Chantez-nous quelques-uns des cantiques de Sion !

Comment chanterions-nous les cantiques de l’Éternel sur une terre étrangère ?

Si je t’oublie, Jérusalem, que ma droite se dessèche !

Que ma langue s’attache à mon palais, si je ne me souviens de toi, si je ne fais de Jérusalem le principal sujet de ma joie !

Éternel, souviens-toi des enfants d’Édom, qui, dans la journée de Jérusalem, disaient : Rasez, rasez jusqu’à ses fondements !

Fille de Babel, la dévastée, heureux qui te rend la pareille, le mal que tu nous as fait !

Heureux qui saisit tes enfants, et les écrase sur le roc !

 

(Traduction de Louis Segond).

 

 

La violence du dernier vers ne doit pas surprendre : lors de la prise d'une ville, il n’était pas rare de massacrer tous les enfants pour interdire tout avenir à la population soumise.


* Petite remarque qui n'a rien à voir (quoique…) : je n'avais pas revu Gérone depuis une cinquantaine d'années. J'ai été frappé par la manière dont cette belle ville historique a été enlaidie par le “ progrès ”. En Catalogne espagnole, nous sommes dans un pays de poètes, mais aussi d'architectes (on pense à Gaudí ou Bofill). Dans la ville, de vieilles constructions historiques ont été remplacées par des verrues “ modernes ” sans grâce, sans rapport avec le style (les styles) dominant. Quant à l'extension de Gérone, il en est allé comme pour la quasi totalité des villes de notre planète : des ensembles à loyer modéré sans âme parsemés de boîtes à chaussures que nous connaissons bien, ces parallélépipèdes en acier et en verre pour magasins Décathlon et concessionnaires Toyota.

 


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21 mai 2012 1 21 /05 /mai /2012 05:53

Une des vies les plus tristes qui fut : celle d’Yvonne George. Née en 1896 à Bruxelles, cette amie de Jean Cocteau créa l’inoubliable “ Nous irons à Valparaiso ”. En spectacle, cette chanson déchaîne des bagarres insensées parce que trop « intellectuelle ». Sacrément intello, la chanson :

 

Hardi les gars, vire au guindeau

Good bye farewell, good bye farewell

Hardi les gars, adieu Bordeaux

Hourra ! oh Mexico ooo

Au cap Horn, il ne fera pas chaud

Haul away hé, hou là tchalez

A faire la pêche au cachalot

Hale matelot et ho hisse et ho

Plus d'un y laissera sa peau

 

En 1924, Robert Desnos déclare une flamme passionnée à cette homosexuelle revendiquée. Il lui écrit le magnifique poème “ J’ai tant rêvé de toi ” :

J'ai tant rêvé de toi, tant marché, parlé,


Couché avec ton fantôme


Qu'il ne me reste plus peut-être,


Et pourtant, qu'a être fantôme


Parmi les fantômes et plus ombre

Cent fois que l'ombre qui se promène


Et se promènera allègrement


Sur le cadran solaire de ta vie.

 

Tout d’eux s’initient à l’opium. Yvonne est rongée par la tuberculose. Début avril 1930, un plaisantin annonce son décès à la presse. Le 21 avril, elle avale une surdose de barbiturique et meurt à 33 ans dans une chambre d’hôtel de Gênes, avec Desnos à ses côtés.

 

(Valetudinis adversæ impatienta).

 

http://ring.cdandlp.com/bsg33/photo_grande/114388201.jpg

 


Fille de l'ambassadeur Guillaume Georges-Picot, et d'une mère russe, Olga Georges-Picot étudie à l'Actor's Studio. En dépit de ses qualités de comédienne, elle connaît une carrière modeste bien qu’elle ait tourné dans près de 30 films (sous la direction d’Alain Resnais ou de Fred Zinnemann, entre autres). Elle tourne dans Adieu l’ami avec Delon et Bronson, Chacal aux côtés de Michael Lonsdale, Guerre et amour de Woody Allen. Le reste de sa filmographie est constituée de films de piètre qualité, son talent n’étant pas en cause. Elle cesse de tourner  en 1984 et se suicide en se défenestrant le 19 juin 1997, à l’âge de 53 ans.

 

(Furor).

 

http://storage.canalblog.com/49/38/902825/69728665.jpg

 


 

Kurt Gerstein (11 août 1905 à Munster, Allemagne - 25 juillet 1945 à Paris, France) est un ingénieur des mines allemand, militant chrétien anti-nazi, mais membre du parti.

Il a été affecté pendant la Seconde Guerre mondiale à l'Institut d'Hygiène de la SS, département « hygiène de l'eau », à Berlin.

Il est le témoin, en août 1942, d'un gazage homicidedans le camp d'extermination de Belzec, en Pologne. Il contacte un diplomate suédois et des personnalités religieuses afin qu'ils alertent les dirigeants politiques et le pape Pie XII sur l'extermination des Juifs d'Europe, mais sans succès. En 1945, il en fourni un récit qui forme le cœur de son « rapport » aux Alliés. Le dramaturge Rolf Hochhuth écrit, dans les années 1960, une pièce de théâtre (Der Stellvertreter. Ein christliches Trauerspiel, en français : Le Vicaire) sur la base du témoignage de Kurt Gerstein, lui faisant une renommée mondiale. En 2002, Costa-Gavras s'inspire de cette pièce pour son film Amen.

 

Après avoir été soupçonné d'être celui qui a mis au point la chambre à gaz homicide, son récit de la mission dont il avait été chargé laissant apparaître « trop d'invraisemblances »58 aux yeux des officiers français, il est inculpé de participation directe ou indirecte à l'assassinat de nombreux déportés [...] en fournissant deux cent soixante kilogrammes de cyanure destinés à asphyxier les victimes dans les chambres à gaz. À la prison du Cherche-Midi, où il reste incarcéré dans l'attente de passer devant la justice militaire, il est placé en isolement cellulaire le 20 juillet. Dans une lettre inachevée, il demande à un ami hollandais de témoigner en sa faveur60. Lassé d’avoir à se justifier devant des interlocuteurs sceptiques, il se pend avec les lambeaux de sa couverture le 25 juillet 1945, à l’âge de 39 ans.

 

(Pudor)

 

http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/ZoomPE/9/4/6/9782221097649.jpg

 

 

Laurent Goddet était le fils du journaliste et directeur du Tour de France Jacques Goddet. À 24 ans, il ouvrit un magasin de disques de jazz. Il fut rédacteur en chef de Jazz Hot. Pour des raisons inexpliquées, il se pendit à son domicile parisien à l’âge de 36 ans. Son père lui survécut 17 ans.

 

(Impatienta doloris)

 

http://perlbal.hi-pi.com/blog-images/240289/mn/1202678213.jpg

 

 

 

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18 mai 2012 5 18 /05 /mai /2012 05:37

http://sergecar.perso.neuf.fr/Dessins/desir3.jpgMerci à Pascal Riché, de Rue 89, d'avoir lu pour nous un ouvrage bien utile...

 

Dans toutes les sociétés du monde, les femmes correspondant au canon de beauté local ont un rapport taille-hanches d’environ 0,7 ;

 

les hommes préfèrent très nettement les femmes ayant un beau corps et un visage peu attirant aux femmes ayant un beau visage et un corps peu attirant  ;

les femmes sont attirées sexuellement par les hommes dotés de grandes pupilles ;

 

une belle jeune femme a été chargée d’aborder des étudiants pour leur demander de coucher avec elle : 75% ont accepté. Un séduisant jeune homme a fait de même avec des étudiantes : aucune n’a accepté;

 

les femmes sont 60 à 70% plus douées que les hommes pour retenir les détails d’une scène et la disposition des objets dans une pièce ;

 

90% de la communication émotionnelle est non verbale ;

 

l’homme est plus prompt à tomber amoureux et adhère plus volontiers à la croyance que l’amour dure toujours ;

 

pour les hommes comme pour les femmes, la gentillesse est la première qualité souhaitée pour un partenaire ;

 

plus l’homme est riche, plus il a de chances que sa partenaire soit jeune. Plus la femme est belle, plus riche sera l’homme. La beauté d’une femme est un excellent indicateur de la richesse de son mari ;

 

les femmes renâclent plus que les hommes à faire des rencontres en dehors de leur groupe ethnique ;

 

les individus qui perdent l’odorat subissent une dégradation émotionnelle plus forte que ceux qui perdent la vue ;

 

les femmes sont attirées par les hommes dont le codage ADN des HLA (antigènes des leucocytes humains) est le plus différent du leur ;

 

la satisfaction conjugale suit une courbe en U : le couple est infiniment heureux pendant quelques années, le bonheur décline ensuite pour atteindre le point le plus bas pendant l’adilescence des enfants, pour remonter à l’arrivée de la retraite ;

 

les hommes sont plus constants que les femmes dans leur désir sexuel  ;

 

les pourboires des stripteaseuses baissent de 45% quand elles ont leur règles ;

 

les hommes aspirent à accomplir le même genre d’actes sexuels, quel que soit leur niveau d’éducation ; les préférences des femmes, en revanche, varient selon l’instruction, la culture, le niveau social. Les femmes instruites ont plus de chance de s’adonner aux pratiques buccales, par exemple ;

 

les femmes pieuses sont moins aventureuses que les incroyantes ;

 

entre 1980 et 2000, l’âge moyen du premier mariage a gagné cinq ou six ans en France, en Allemagne, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni  ;

 

dans la plupart des sociétés, le taux de divorce culmine dans la quatrième année de mariage ;

 

plus de 65% des divorces après 50 ans surviennent à la demande de la femme.

 

 

J’ai trouvé ces vingt faits touchant à l’amour et au désir dans L’Animal social, le dernier livre de David Brooks traduit en français par les éditions de la Cité. Le livre ne parle pas que de désir, loin de là : il explore la nature humaine en général, à la lumière des découvertes scientifiques récentes.

 

http://www.linternaute.com/cinema/film/dossier/les-100-films-a-avoir-vus-dans-sa-vie/images/un-tramway-nomme-desir.jpg

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16 mai 2012 3 16 /05 /mai /2012 05:56

Il aurait peut-être pu devenir l’acteur masculin étatsunien du XXe siècle.

 

Né à New York le 4 mars 1913 dans une modeste faille juive, il décéda le 21 mai 1952 dans des circonstances troublantes. Il fut l'incarnation du rebelle dans le cinéma hollywoodien des années 1940. Son jeu moderne influença James Dean, Montgomery Clift, et Robert DeNiro.

 

En 1942, il est réformé pour un problème cardiaque, mais contribue à l'effort de guerre à sa manière, en organisant des spectacles sur les différents fronts et en joignant la Ligue Anti-Nazi d'Hollywood.

 

Dans les années 1950, il est une victimes du maccarthisme et, à ce titre, inscrit sur la liste noire du cinéma. Sans être communiste, il s’affirme solidaire des victimes communistes. Le 20 mai 1952, après avoir tenu tête à une commission d’enquête très inquisitrice, il meurt d’une dose massive de drogue. Suicide ou meurtre camouflé ? On ne saura sûrement jamais.

 

Son plus grand succès restera sûrement Le facteur sonne toujours deux fois.

 

(Æquivocus)

 

http://3.bp.blogspot.com/_ixcwfkRUQuY/TS6t7K4Wj-I/AAAAAAAAFyI/W4Io-1mkFpQ/s400/postman.jpg

 


 

Judy Garland : une des chanteuses et actrices les plus douées de sa génération.

Ainsi à 13 ans, en 1935, elle passe une audition devant Louis B. Mayer, patron de la Metro-Goldwyn-Mayer, qui lui offre un contrat sans passer de bout d’essai. En 1939, avec son rôle de Dorothy dans Le Magicien d'Oz, elle est propulsée, à 17 ans, au rang de star. Elle obtient un oscar.

 

Sa vie sera une alternance de succès artistiques et de dépressions. Elle reçoit (fictivement) un oscar pour son rôle dans Une étoile est née. Elle fait une première tentative de suicide en 1950.

 

Judy Garland, qui se maria cinq fois, est devenue une icône dans la communauté homosexuelle. Le 22 juin 1969, à 47 ans, elle ingurgite une forte dose de barbituriques dans la salle de bain de son appartement londonien. Elle était la mère de Liza Minelli.

 

(Impatienta doloris)


 http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/a/ae/Garland_%26_Rooney.jpg/220px-Garland_%26_Rooney.jpg

 

 

Romain Gary, de son vrai nom Roman Kacew fut un romancier français, de langue française et de langue anglaise, né le 8 mai 1914 à Vilnius (Lituanie). Il meurt à Paris le 2 décembre 1980 à Paris.

Cas unique dans l’histoire du prix Goncourt, il l’a reçu deux fois (la première en 1956 sous son nom de plume habituel pour Les racines du ciel et la seconde, en 1975, pour La vie devant soi, sous le pseudonyme d’Émile Ajar). Le secret demeura bien gardé pendant longtemps, Yvonne Baby, une journaliste du Monde allant même jusqu’à publier un long entretien, faussement authentique, d’Émile Ajar, en retraite au Danemark.

 

En février 1943, il est rattaché en Grande-Bretagne au Groupe de bombardement Lorraine. C'est durant cette période que Romain Kacew choisit le nom de Gary (signifiant « brûle ! » en russe) qui deviendra son pseudonyme. Il est affecté à la destruction des bases de lancement des V1. Le lieutenant Gary se distingue particulièrement le 25 janvier 1944 alors qu'il commande une formation de six appareils. Il est blessé, son pilote est aveuglé, mais il guide ce dernier, le dirige, réussit le bombardement, et ramène son escadrille à sa base. Il est fait compagnon de la Libération et nommé capitaine de réserve à la fin de la guerre.

 

Il épouse la femme de lettres britannique Lesley Blanch, puis l’actrice étatsunienne Jean Seberg (À bout de soufle) ; il divorcera des deux. Avec Jean, il aura un fils, Diego, aura vu ses deux parents se suicider.

En 1978, lors d'un entretien avec la journaliste Caroline Monney, lorsque celle-ci lui pose la question : « Vieillir ? », Romain Gary répond : « Catastrophe. Mais ça ne m'arrivera pas. Jamais. J'imagine que ce doit être une chose atroce, mais comme moi, je suis incapable de vieillir ».

 

En 1945, alors qu’il devient impuissant, il écrit Au-delà de cette limite, votre ticket n’est plus valable. Pour lui, la tour de Pise ne se redressera plus jamais.

 

Romain Gary se suicide le 2 décembre 1980 en se tirant une balle dans la bouche. Il laisse une lettre dans laquelle est notamment écrit : « Jour J. Aucun rapport avec Jean Seberg. Les fervents du cœur brisé sont priés de s’adresser ailleurs. […] Alors pourquoi ? Peut-être faut-il chercher la réponse dans le titre de mon ouvrage autobiographique La nuit sera calme et dans les derniers mots de mon dernier roman ” : Car on ne saurait mieux dire. ” Je me suis enfin exprimé entièrement. »

(Tædium vitæ).

 

http://geoffrey-lost-in-entropy.blogspirit.com/images/medium_romain_gary.jpg

 

 

Drôle de bonhomme que François Genoud. Connu pour son rôle de banquier du Troisième Reich, il est l'exécuteur testamentaire d’Hitler et de Goebbels, et devient le financier des combattants palestiniens et du FLN algérien. Il est surnommé « le banquier du FLN » par Jacques Vergès, les dirigeants lui ayant confié un trésor dont ils ne reverront plus jamais la couleur. Il se convertit à l’islam et se lie d’amitié avec le leader des Frères musulmans en Europe. Selon L'Express, c'est par son intermédiaire que Jacques Vergès assure la défense de Klaus Barbie. Il devient l’ami de Carlos. Dépressif, depuis la mort de sa seconde épouse en 1991, malgré un livre que lui a consacré Pierre Péan, (L'Extrémiste - François Genoud, de Hitler à Carlos) il se suicide à l’âge de 80 ans, avec l'aide et en présence de membres de l'association Exit, le 30 mai 1996.

 

(Tædium vitæ).

 

http://www.spiegel.de/images/image-169553-panoV9-xqyr.jpg

 

 

 On n’en parle guère en haut lieu, ni même dans les colonnes de nouvelobs.com, où il ne faut surtout pas toucher à la famille royale britannique. Pas grand-chose à dire de son règne, si ce n’est que, en 1917, alors que Kerenski insistait auprès du gouvernement britannique pour que le tsar Nicolas II et sa famille puissent se réfugier en Angleterre afin d'échapper aux bolchéviks, George V, pourtant proche de son cousin Nicolas, s'opposa à la venue de la famille impériale.

 

George V mourut le 20 janvier 1936 au château de Sandringham, et il fut enterré à la chapelle Saint-Georges du château de Windsor. Sa fin fut aidée par son médecin, Lord Dawson, qui lui administra une injection létale de cocaïne et d’acide cyanhydrique. Le médecin voulait abréger les souffrances du roi mourant d’une insuffisance respiratoire irréversible.

Bien qu’officiellement les derniers mots de George V aient été « Comment va l’Empire ? », ils furent plus vraisemblablement (malgré ce qu’en pense les censeuses de nouvelobs.com) « Bugger Bognor » (« Je me fous de Bognor », son lieu de villégiature).

Lors de la procession funèbre de George, la croix de Malte tomba de la couronne et atterrit dans le caniveau. Ceci fut considéré comme un mauvais présage pour son successeur, Édouard VIII, qui abdiquera avant la fin de sa première année de règne.

 

(Valetudinis adversæ impatienta).

 

http://www.edinphoto.org.uk/0_g/0_groups_and_outings_king_george_and_queen_mary_by_crooke.jpg

 


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12 mai 2012 6 12 /05 /mai /2012 06:00

http://www.histoire-en-questions.fr/vichy%20et%20occupation/oppression%20pillage/pendu1.jpgAvec l’élection de François Hollande, on a beaucoup parlé de la ville de Tulle. Les correspondants anglo-saxons, qui n’avaient pas vraiment vu venir le coup, se sont soudain demandés s’il convenait de prononcer toulle, tioulle, teulli, tioulli etc.

 

Avant d’être une terre d’accueil pour les fonctions électives de Madame Chodron de Courcel (fille de Jean-Louis Chodron de Courcel et de Marguerite de Brondeau d'Urtières), épouse Chirac, la Corrèze fut une terre de résistance. Elle en paya le prix, notamment lors de l’épisode effrayant des pendus de Tulle. Wikipédia a consacré à ce drame une page fort complète : (link).

J’ai préféré reprendre ici un témoignage plus immédiat, plus personnel (link).

De la place de Souilhac où des SS hilares étanchent leur soif en buvant au goulot le vin de bouteilles volées dans les caves des maisons particulières ou dans les épiceries, on ne peut voir un cadavre au visage tuméfié qui domine une brochette d'une vingtaine de pendus. Il s'agit du courtier en bois Maurice Caquot, âgé de trente-six ans. Constatant que le groupe de condamnés dont il faisait partie dépassait d'une unité le nombre habituel de dix, il a su convaincre son gardien – en s'oubliant lui-même – d'en faire sortir le plus jeune, qui a de la sorte échappé à la corde.

Notre Père, qui êtes aux cieux...

Portant les galons d'Unterscharführer, un SS s'offusque avec violence de la présence de l'abbé Espinasse, qui s'obstine à bénir ceux qu'on mène au supplice. Apostrophant le prêtre, il brandit de menaçante manière sa mitraillette. Monsieur l'abbé, je vous en prie, retirez-vous ! intervient un des chefs du Chantier de la Jeunesse de Virevialle.

– Non, répond fermement l'aumônier

- Mais vous n'avez pas vu sa tête ? Cet homme-là va vous descendre !

- Je l'ai vue, mais j'ai l'autorisation verbale de son commandant. D'autre part, mon devoir est de rester ici.

- Au moins, ne faites pas le signe de la Croix s'il n'est pas indispensable à l'absolution !

- Je suivrai votre avis, accepte l'abbé Espinasse, qui se dit qu'ainsi il pourra aller jusqu'au bout de la tâche qu'il s'est assignée. Mais cette concession n'apaise nullement la fureur de la brute SS, et le prêtre s'attend au pire quand survient le lieutenant Walter, qui l'emmène jusqu'à la salle d'attente de la manufacture, disant : Restez ici. Vous y verrez les condamnés en toute liberté.

Le prêtre dispose maintenant pour chaque groupe de dix hommes d'environ cinq minutes, qu'il emploie à absoudre, à bénir, à réconforter, à aider à prier ceux qui vont mourir. Tous le chargent d'un suprême adieu à leurs familles et, craignant de s'y perdre, il demande que les messages soient écrits. De courts billets lui sont confiés avec les portefeuilles.

- On est foutus ! déclare un jeune ouvrier. Il n'y a rien d'autre à faire qu'à leur montrer qu'on est capables de mourir courageusement. Et puis on est chrétiens, non ? A genoux, les gars ! Faisons la prière !

- Notre Père, qui êtes aux cieux... commence l'abbé Espinasse.

Chacun prononce à sa suite les paroles sacrées, et les têtes se courbent toutes devant l'absolution qu'il donne à titre collectif. Dans le portefeuille du jeune ouvrier, le prêtre découvrira un carton qui témoigne de son appartenance au parti communiste.

Jamais on ne pourra plus rire...

Un nouveau groupe se forme, composé de treize hommes dont un Hauptscharführer fait l'appel en présence de Walter. L'abbé Espinasse s'approche de celui-ci et s'étonne : Pourquoi treize, alors qu'il n'y en avait que dix dans tous les autres ? Ne pouvez-vous faire grâce à trois d'entre eux ? Le regard fuyant de l'Allemand aux chaussettes vertes se dérobe devant le sien, mais l'abbé insiste : Ne croyez-vous pas que trop d'innocents ont déjà payé ? cependant que, du fond de son cœur, une ardente prière monte vers le ciel.

Les treize ont entendu et ce qui se lit dans leurs yeux semble ébranler Walter. Des mains suppliantes se tendent vers l'aumônier : Moi, moi, monsieur l'abbé ! Mais comment faire un choix ? Si Walter cède, il faut lui laisser ce soin cruel, et cette responsabilité. L'abbé Espinasse s'écarte de quelques pas, continuant de prier de tout son être. Un jeune Français agrippe la manche d'un soldat allemand, qui semble plus jeune encore que lui, et s'efforce de le convaincre d'aller demander sa grâce au lieutenant. L'air bouleversé, le soldat passe son bras sous le sien et le conduit devant Walter, auquel il dit quelques mots. D'un signe de tête, Walter acquiesce à sa demande, et l'abbé Espinasse voit les deux adolescents - l'un casqué et botté, l'autre en vêtements de travail - s'étreindre en pleurant. Il va vers Walter, qui semble ému : Ce que ce soldat vient de faire ne doit pas vous étonner, dit Walter comme pour excuser un instant de faiblesse. Il est Alsacien.

En plus du jeune Français, deux hommes sont sortis du groupe, maintenant réduit à dix condamnés dont chacun avait pu espérer jusqu'au dernier moment bénéficier de la même mesure de grâce. Bouleversé, l'abbé Espinasse les absout d'un même grand signe de croix, car le Hauptscharführer se montre pressé, et les dix partent vers leur destin.

CENT VINGT MAQUIS OU LEURS COMPLICES SERONT PENDUS, déclare l'affiche apposée sur les murs de la ville. L'abbé Espinasse a vu dix groupes de dix hommes traverser la place de Souilhac pour aller au supplice. Il manque donc vingt otages pour compléter l'affreux compte, se dit-il. Qui sera choisi parmi les hommes qui restent ? Mu par une impulsion soudaine, il demande au lieutenant Walter : Qui va faire le contrôle ? Sa question aura pour effet de sauver vingt vies, et même vingt et une car un des groupes ne comportait que neuf hommes par suite d'une erreur du Hauptscharführer chargé de faire l'appel. Jusqu'alors, chez les Allemands, nul n'a songé à établir un compte récapitulatif. Sans doute lassé du spectacle, Walter prend sur lui de mettre fin à la tuerie.

Un médecin qui passe dans la ville pour être collaborateur fait irruption dans le bureau du Dr Chammard, à sa clinique de l'avenue d'Alsace-Lorraine, et s'effondre dans un fauteuil, gémissant : C'est abominable ! Ils les tuent ! Ils les tuent !

- Rentrons, dit le Dr Chammard à sa femme.

Le chemin que suivent les deux époux pour regagner leur domicile les fait nécessairement passer sous les balcons où des cadavres sont pendus. Leur bouleversement est tel qu'ils ne les voient pas. Ils distinguent, un peu plus loin, une corde qui tombe d'un balcon mais n'imaginent pas un instant qu'elle était là pour étrangler un homme. Papiere ! ordonne un Allemand qui surgit, l'air soupçonneux, et avec lequel il faut longuement palabrer avant qu'il grogne : Gut !

- Passons d'abord à l'hôpital, décide soudain le Dr Chammard.

C'est là qu'avec sa femme il apprendra l'atroce vérité de la bouche d'une amie, épouse d'un confrère, qui balbutie en pleurant : C'est fini. Jamais on ne pourra plus rire... C'est fini.

Toute intervention est inutile

Vers 4 heures et demie de l'après-midi, ce même terrible vendredi 9 juin 1944, le Hauptsturmführer Kowatch a fait sa réapparition à la préfecture, où l'attendaient le préfet, M. Trouillé, et son secrétaire général, M. Roche. L'Allemand était accompagné du colonel Bouty, président de la Délégation spéciale qui fait de lui le maire de Tulle, de M. Torrès et d'un interprète. Par ordre des autorités supérieures siégeant loin de la ville, a-t-il déclaré tout de go, cent vingt terroristes ont été condamnés à la pendaison.

Dans ce prétendu éloignement, le général SS Lammerding, commandant la division Das Reich, a cru depuis trouver un semblant d'excuse à sa décision reproduite par voie d'affiche avec son titre, mais sans sa signature, de faire pendre cent vingt Français innocents, pris au hasard. Mais M. Antoine Soulier, père d'un des pendus, a obtenu du médecin-lieutenant Schmidt, du 95e bataillon de sécurité, l'assurance que le nommé Lammerding accompagnait le jeudi 8 au soir le groupe de reconnaissance de sa division, commandé par le Sturmbannführer Wulf, et qu'il fut vu à l'Hôtel Moderne au matin du vendredi 9.

- Monsieur, rétorque M. Trouillé, je demande à être mis sur-le-champ en communication téléphonique avec votre général. Aucune des personnes arrêtées n'a pris part aux combats d'hier, dont j'affirme qu'ils ont été loyaux. Contrairement aux accusations qui ont été formulées, aucun cadavre allemand n'a été mutilé. En ce qui concerne les grenades, je vous ai déjà dit ce matin qu'elles avaient été abandonnées par les gardes mobiles au moment de leur départ. Vous allez commettre une effroyable injustice, contraire aux usages internationaux !

M. Roche, qui sait l'allemand, reprend dans cette langue les paroles que vient de prononcer son préfet, et les commente avec force devant Kowatch qui garde un visage de pierre. Toute intervention est inutile, l'entend-il répliquer d'une voix glacée. À l'heure où je vous parle, les exécutions sont terminées.

Le SS ment, mais M. Trouillé et M. Roche, détenus à la préfecture, ignoraient tout du drame qui se déroulait depuis le matin. Maîtrisant à grand-peine son émotion, le préfet demande: Où sont les victimes ?

- Il est interdit à quiconque d'en approcher, fait répondre Kowatch par l'interprète.

- Mais on ne peut les laisser pendus ! proteste M. Trouillé.

- L'armée allemande se chargera des corps, réplique Kowatch.

Frères humains qui après nous vivez...

Se raidissant, le SS fait claquer ses talons, porte la main à la visière de sa haute casquette, fait signe au colonel Bouty, à M. Torrès et à son interprète de le suivre, et s'en va.

Revêtant son uniforme, M. Roche se rend à l'Hôtel Moderne où il est mis en présence d'officiers appartenant à l'état-major de la division Das Reich. Sur ses instances, ils consentent à l'écouter. N'ajoutez pas à la douleur des familles en jetant les suppliciés à la rivière comme le stipule l'affiche dont je viens de prendre connaissance ! demande-t-il avec force, mais il lui faut plus d'une heure d'une âpre discussion pour obtenir que les corps soient inhumés par ses soins dans une fosse commune, après qu'ils auront été dépendus devant lui. Pour la fosse, décident les Allemands, il faut un terrain sur la route de Brive !

Cette exigence suppose des moyens de transport dont la préfecture est dépourvue, et M. Roche s'adresse au colonel Bouty, croyant que le massacre collectif s'est déroulé à l'école de Souilhac. Détrompé, il se rend à la manufacture en compagnie du colonel Monteil, délégué de la Croix-Rouge pour le département de la Corrèze, et du Dr Menantaud, inspecteur départemental de la Santé publique, dont voici le témoignage :

J'ai dû passer devant les corps des pendus accrochés aux maisons à partir de la route de Virevialle jusqu'aux abords de la gare, certains ayant un bout de corde au cou et étant tombés à terre, baignant dans leur sang. J'ai supposé que, les cordes servant à la pendaison ayant cassé, les bourreaux avaient fusillé leurs victimes tombées sur le sol. D'autres cadavres, encore pendus, présentaient des taches de sang au niveau du crâne et de la face. Sous quelques-uns on remarquait des flaques de sang, ce qui paraissait indiquer que les malheureux avaient été achevés par des coups de feu. À l'entrée de la manufacture d'armes on trouvait, à droite, les jeunes des Chantiers avec leurs cadres et leur aumônier ; à gauche étaient des Allemands de la Gestapo et de la Feldgendarmerie, puis des ingénieurs de la manufacture et également M. l'abbé Espinasse, lui-même arrêté le matin. Plus en arrière était un groupe de gendarmes français, auxquels il était absolument interdit d'adresser la parole. Dans une seconde cour, se trouvait la foule des otages arrêtés le matin en même temps que ceux qui avaient été pendus...

 

http://www.histoire-en-questions.fr/vichy%20et%20occupation/oppression%20pillage/pendu.jpg

Parmi ces otages figurait le jeune avocat Jacques-Louis Bourdelle, avec son ami Chatillon qui murmurait à son oreille les vers immortels de l'Epitaphe de Villon, plus connue sous le titre de Ballade des Pendus :

Frères humains qui après nous vivez,

N'ayez les cœurs contre nous endurcis...

De même que tous ceux qui étaient rassemblés dans la cour, Bourdelle et Chatilllon restaient dans l'ignorance de leur sort à venir, s'attendant d'une minute à l'autre à entendre appeler leur nom.

Afin de n'incommoder personne...

Soudain pressés d'en finir, les SS interpellèrent M. Roche : Nous ne voulons pas laisser les cadavres exposés plus longtemps à la vue de nos troupes et de la population ! Il faut les dépendre immédiatement et les enterrer sans délai !

- Je vais constituer deux équipes, répondit le secrétaire général de la préfecture.

- Deux équipes ? Warum ?

- La première sera composée de cinquante hommes, et aura pour tâche de dépendre les victimes...

- Victimes ? Was ?

Sans relever l'interruption rageuse, M. Roche poursuivit : Quinze hommes suffiront pour la seconde. Ils creuseront la fosse où seront ensevelis les morts.

- Les cadavres seront mis dans la terre avec leurs papiers et leurs bijoux ! rétorquèrent les SS.

- Mais leurs familles...

- C'est égal !

- On ne peut les jeter en terre comme des chiens !

- C'est égal ! Aucune cérémonie ne doit avoir lieu !

- Mais, protesta M. Roche, vous n'allez tout de même pas empêcher que soit dite une prière !

L'objection parut troubler un instant ses interlocuteurs. J'ai, a-t-il dit, le souvenir d'un étrange voile sur leurs yeux quand j'évoquai les notions inactuelles de bienveillance et de charité.

Avant de quitter la manufacture, M. Roche s'efforça de rassurer les otages massés dans la seconde cour, puis alla reconnaître en compagnie du Dr Menantaud et du colonel Monteil l'emplacement qui conviendrait le mieux sur la route de Brive. Le choix des trois hommes s'arrêta sur un terrain situé non loin du poste transformateur de Cueille. Nous avons ce qu'il faut, déclara M. Roche aux officiers SS dès son retour. Les corps seront transportés dans la châtaigneraie proche du lieu que nous avons arrêté, et nous procéderons aux identifications tandis que les jeunes des Chantiers creuseront la fosse.

- Identifications ? Warum ? lui fut-il rétorqué.

- Il le faut bien, puisque nous ne possédons aucune liste... Nous ne connaissons même pas le nombre exact des pendus !

- Nein ! Trop long ! Pas besoin d'identifications, de creusement de la fosse ! Nous avons seulement dit qu'il faut enlever les cadavres afin de n'incommoder plus longtemps personne : nos soldats, et la population civile !

- Mais, messieurs, c'est ce que nous allons faire l Les corps seront transportés dans une voiture des pompiers de Tulle, et dans la camionnette qui nous a été prêtée par M. Castagné, marchand de vins. Une fois dans la châtaigneraie, les corps ne gêneront plus personne !

- C'est égal !

- Comment ?

- L'affiche dit : les cadavres seront jetés dans le fleuve !

- Mais vous venez de me donner votre accord sur leur inhumation...

- Les cadavres doivent rester anonymes ! Pas d'identifications ! Pas de délai !

- Pourtant...

- C'est égal ! D'ailleurs, le transport a déjà commencé.

- Quoi ? Mais vous ne savez pas encore où se trouve l'endroit que nous avons choisi...

- C'est égal ! Nous avons le terrain, et une camionnette est déjà partie.

Une décharge publique...

Le point choisi par les SS se situait à moins d'une demi-lieue de Tulle, sur la route de Brive qu'il séparait de la Corrèze par une quinzaine de mètres, et était utilisé comme décharge publique. Des témoins virent passer la camionnette : Elle était chargée de cadavres dont les jambes pendaient à l'arrière tandis que les têtes étaient secouées au-dessus des ridelles...

Il s'agissait, a précisé le Dr Menantaud, d'un petit creux entre deux dépôts de déblais, où un mince barrage de terre avait été constitué du côté de la Corrèze, qui coule en contre-bas et au pied de la décharge publique. Des hommes de la Feldgendarmerie dirigeaient l'opération, quelques-uns d'entre eux étant déjà occupés à décharger une camionnette pleine de corps, tirant les cadavres par les pieds, les traînant sur la chaussée de la route et les jetant dans le thalweg qui tenait lieu de fosse. Lorsqu'un cadavre était difficile à décharger, une corde munie d'un noeud coulant fixé à un pied servait à faciliter la traction.

- Cet emplacement est trop petit ! fit remarquer le médecin à un sous-officier. Voyez : il est trop peu profond pour recevoir cent vingt cadavres ! Les corps placés à fleur de terre présenteront un danger pour la santé publique !

- C'est égal ! riposta le Feldgendarm. D'abord, il n'y en a pas cent vingt.

- Ah ?

- Non. Seulement un peu moins de cent.

- Mais l'affiche disait cent vingt...

- Nein ! Seulement un peu moins de cent ! Il faut tasser les corps, ils logeront tous dans la fosse !

- Les tasser ? protesta le Dr Menantaud.

- Ja wohl ! Ce sont des pendus qui n'ont pas de nom, et la façon de les enterrer, c'est égal.

- Mais les risques d'infection...

- Nein ! Pas d'infection ! Quand c'est fini, nous mettons de la chaux vive et beaucoup de terre dessus. Pas de risque d'infection !

Ayant entendu, le secrétaire général de la préfecture courut au secours du médecin. Sans doute impressionné par son uniforme, le Feldgendarm accepta que l'ensevelissement des corps fût fait par des Français.

Une par une, les pauvres dépouilles furent pieusement transportées jusqu'au bord de la fosse par quatre jeunes des Chantiers, puis couchées tout au fond. Dès qu'un rang de dix d'entre elles eut été constitué, une couche d'une quinzaine de centimètres de terre vint les recouvrir, et l'on passa au rang suivant. Manifestant leur impatience, les SS s'en prirent à M. Roche : C'est trop long ! Pourquoi se donner tant de mal pour des criminels !

Vers 21 h, M. Roche courut à la préfecture en compagnie de l'abbé Espinasse afin d'en ramener M. Trouillé qui avait, lui aussi, revêtu son uniforme. Sur le chemin du retour, les trois Français se heurtèrent à un barrage. Après vérification de leurs papiers, le gradé qui le commandait déclara : Toute manifestation officielle est streng verboten !

- Nous venons simplement rendre hommage à nos morts, répondit M. Roche.

- Hommage ? On ne rend pas les honneurs à des terroristes !

- J'affirme que ceux-là ne sont pas des terroristes, mais des victimes innocentes.

- C'est égal ! Pas de manifestation !

- Nos traditions nous commandent de les saluer. Vous ne pouvez nous interdire ce geste de pitié !

L'insistance du secrétaire général de la préfecture ébranla le SS. Il dépêcha à l'Hôtel Moderne une estafette, qui rapporta l'ordre d'ouvrir le barrage.

La camionnette utilisée en guise de corbillard avait accompli nombre de navettes, et beaucoup de cadavres se trouvaient déposés sur la berge herbeuse de la route, cependant que le thalweg décrit par le Dr Menantaud en était maintenant presque rempli. Sous l'œil des SS et des Feldgendarmen qui braillaient à qui mieux mieux : Los ! Los (9) ! les jeunes des Chantiers avaient commencé à creuser une seconde fosse.

- Je crains, monsieur l'abbé, de ne pouvoir attendre qu'elle soit terminée, dit le préfet à l'abbé Espinasse. Il y a ces pauvres morts, mais aussi les otages qui demeurent prisonniers à la manufacture et dont je dois m'occuper. La cérémonie religieuse pourrait-elle avoir lieu avant que ces jeunes gens aient achevé de préparer la seconde sépulture ? Oui ? Alors commençons tout de suite, voulez-vous ?

Devant les Allemands impassibles et les Français qui, pour leur part, se tenaient dans un rigide garde-à-vous, l'abbé Espinasse donna l'absoute. Quand elle fut terminée, le préfet et son secrétaire général saluèrent militairement les morts tandis qu'était observée une poignante minute de silence. Mon regard, a dit M. Roche, ne pouvait se détacher du cadavre de Marcel Demaux.

Dites-moi où je vais ? Âgé d'une trentaine d'années, le professeur Marcel Demaux s'était battu sur la Loire en 1940. Démobilisé, et venant d'Aurillac, il enseignait depuis un an la philosophie au lycée de Tulle. Père d'un enfant tout jeune encore, il fut l'un des derniers - peut-être même le dernier - à être désigné pour la pendaison, après avoir été longuement interrogé. Il gisait maintenant sur l'herbe, ses bras ramenés au-dessus de sa tête, le visage congestionné, les yeux révulsés. Je me demandai, reprit M. Roche, quelles pensées avaient traversé l'esprit de cet intellectuel au moment où il atteignait le seuil de la connaissance suprême, ou du total oubli...

La réponse à cette question m'a été donnée par l'abbé Espinasse : Au moment de partir pour le supplice, m'a-t-il dit, M. Marcel Demaux s'accrocha à mon cou et me supplia de lui révéler où il allait.

- Vous êtes condamné à mourir comme les autres, monsieur le professeur, répondis-je.

– Je sais. Mais dites-moi où je vais ? – Comme les autres, dans dix minutes, vous serez devant Dieu.

M. Demaux se trouvait dans le groupe où le jeune ouvrier communiste allait exhorter ses compagnons à se mettre à genoux pour prier, avant de montrer aux Allemands comment des Français savent mourir. Tout comme les autres, ce professeur de philosophie d'un établissement laïque se mit à genoux.

Je considère comme un honneur...

Consultant sa montre, le préfet constata qu'elle marquait 22 h. La dure besogne de l'ensevelissement des corps qui restaient couchés sur l'herbe allait demander encore au moins une heure de travail. Monsieur l'abbé, dit M. Trouillé, voulez-vous profiter de ma voiture ? Je vous ramène chez vous, mettant ainsi sans y prendre garde un terme à la captivité du prêtre. En le quittant devant la porte de la maison de son frère, l'abbé Espinasse lui remit les portefeuilles, les objets divers et les messages que les suppliciés lui avaient confiés avant de mourir et qu'il tenait enveloppés dans son manteau. Je considère comme un grand honneur, m'a-t-il dit, d'avoir été l'instrument choisi par Dieu pour donner une grâce suprême à ceux-là dont il voulait faire des élus après les avoir conduits, comme son propre Fils, par un douloureux chemin de croix.

 

http://medias.francetv.fr/cpbibl/url_images/2011/06/09/image_69151029.jpg

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5 mai 2012 6 05 /05 /mai /2012 10:49

De-Gensane.jpgUn ami m’a fait passer un ouvrage dont je connaissais l’existence, mais que je n’avais jamais eu entre les mains, l’un des sept tomes de l’Histoire naturelle de la province de Languedoc, partie minéralogique et géoponique de M. De Genssane, publié en 1777.

 

L’auteur est un de mes ancêtres, le seul qui soit passé à la postérité. Comme disait Giscard, je ne plus trop en quelle occasion, ça m’a fait quelque chose. Les Gensane (avec un seul “ s ”) sont originaires de la région de Prades, depuis au moins le XIIe siècle. Au XVIIe siècle, une branche de la famille est partie vers l’Est. Certains se sont posés dans la région de Béziers, d’autres dans la Drôme, d’autres ont poussé jusqu’en Italie, avec une volonté d’intégration telle qu’ils ont italianisé leur nom. M. De Genssane (qui n’était pas plus noble que moi) appartient donc à cette branche languedocienne de la famille.

 

Pour lire et se délecter de cet ouvrage, il convient d’être non seulement spécialiste, mais violemment motivé. On trouve, sur des centaines de pages, des phrases de ce style :

 

« Lorsque vous aurez avancé vos puits, soit droits soit inclinés, jusqu’à une profondeur suffisante pour ne plus craindre la filtration des eaux pluviales, vous pratiquerez une porte de chaque côté du puits, qui réponde à la veine du minéral ; pour cet effet, on espacie à cet endroit les quarrés de cinq pieds & demi de distance, & l’on fait à ces quarrés deux mortaises pour recevoir les tenons des montans de la porte, qui doit avoir trois pieds au plus de largeur. […] Ils doivent surtout avoir attention que l’eau qui tombe sous les pilons, & qui a dû être réglée par le Maître du pilon, n’augmente ni ne diminue pas ; car le trop d’eau feroit le sable trop grossier, & le sable ne se sépareroit pas sur les tables : si au contraire il n’y a pas assez d’eau sous les pilons, le minéral se pile trop fin ; il devient alors en poussière impalpable qui nage sur l’eau, & les filles ne peuvent plus le retenir sur les tables, ce qui cause un une perte irréparable. »

 

Que mon aïeul ne se retourne pas dans sa tombe, je n’ai pas lu son livre de bout en bout ! J’observe que son discours (il titre lui-même ce tome de son Histoire “ Discours préliminaire sur l’Art d’exploiter les Mines, & sur les avantages de leur exploitation ”) est d’une grande précision, ce qui ne saurait surprendre quand on pense par exemple, et rien que pour la région dont il était originaire, à l’Aqueduc du château de Castries, construit une centaine d’années plus tôt, dont la déclivité est de 3 mètres pour 6822 mètres de long.

 

Je remarque par ailleurs que ce discours est très prescriptif, sans trop savoir si c’était une figure obligée chez les historiens de l’époque. Mais, après tout, la prescription originelle se trouve dans la page de garde, puisque le livre a été publié « par ordre de Nosseigneurs des États de cette province ». La publication, même de textes scientifiques, était apparemment très bien encadrée puisque l’ouvrage de M. De Gensane est clôt par un « Privilège du Roi » qui expose en d’interminables détails les droits et les devoirs des auteurs et des imprimeurs, puis par un Extrait des Registres de la Société Royale des Sciences, que je cite intégralement :

 

M. DE Gensane ayant remis à la Société Royale, un Ouvrage qui a pour titre, Histoire Naturelle de la Province de Languedoc, Partie Minéralogique & Géoponique, imprimé par ordre des États de cette Province, la Compagnie, après avoir examiné cet Ouvrage, a consenti qu’il paroisse sous son Privilège : en foi de quoi, j’ai signé le présent Certificat.

À Montpellier, ce premier Août mil sept cent soixante-seize.

De RATTE, Secrétaire Perpétuel de la S.R. des Sciences. »

 

À l’heure où l’histoire de France continue de se dérouler, je ne vais peut-être pas vous embêter plus avant avec mes petites histoires de famille…

 

 

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5 mai 2012 6 05 /05 /mai /2012 05:23

http://richard.ankri.pagesperso-orange.fr/images/verlaine3.jpgUn des géants du XIXe siècle : Paul Verlaine. Fils d’un capitaine du génie ayant démissionné peu avant le coup d’État du 2 décembre. Il fréquente normalement le lycée puis, brièvement, la faculté de droit. Un de ses premiers poèmes de potache, “ Des morts ”, chante les vaincus des insurrections parisiennes de 1832 et 1834 qui « ne virent jamais ce que nous vîmes » : l’étranglement de la République. Il souhaite un futur sombre à l’impératrice :


On prétend que Badinguette

Doit finir comme Antoinette

 

Il fait partie de l’aile gauche des Parnassiens, critique la conception romantique et conformiste de la poésie, les « jérémiades lamartiniennes ». Il admire Baudelaire et Mallarmé. Il est ébranlé par le mariage et la mort de sa cousine dont il était amoureux. Il sombre dans l'alcool et la violence : il en sort provisoirement en épousant Mathilde Mauté, la sœur du musicien Charles de Sivry. Mathilde a été l’élève de Louise Michel, présente au mariage. Mais le couple se sépare.

 

En 1867, il collabore au Hanneton, périodique satirique où il rencontre le graveur Cattelain (link)  qui sera le chef de la Sûreté durant la Commune. Le 4 septembre 1870, il applaudit à la proclamation de la République et il s’engage dans la Garde nationale. Il est solidaire de cette « révolution à la fois pacifique et redoutablement conforme au si vis pacem para bellum. » Lorsque la Commune est écrasée, il se cache dans le Pas-de-Calais.

 

En 1871, il est bouleversé par sa rencontre avec Rimbaud, la lecture des premiers poèmes du jeune homme, notamment “ Les premières communions ” et “ L’orgie parisienne ”. Leur vie amoureuse et errante en Angleterre et en Belgique débouche sur la célèbre scène où, à Bruxelles, Verlaine blesse superficiellement au poignet celui qu'il appelle « l'époux infernal ». Jugé et condamné, il restera en prison jusqu'au début de 1875, retrouvant le catholicisme de son enfance et écrivant des poèmes qui prendront place dans ses derniers recueils Sagesse (1880), Jadis et Naguère (1884) et Parallèlement (1889).

 

Mathilde tente de reconquérir son mari et lui propose de s’exiler en Nouvelle-Calédonie pour retrouver Louise Michel. Il hésite et rejoint Rimbaud à Londres où il gagne ensuite sa vie comme professeur. Il rentre en France, à Rethel, où il noue une relation équivoque avec un de ses élèves, Lucien Létinois. Cette amitié particulière, qui dure de 1877 à la mort de Lucien en 1883, les mène à une vie instable en Angleterre puis dans les Ardennes où Verlaine a acheté une ferme avec l'argent de sa mère. Commence alors une déchéance sociale et morale qui le réduit à l'état de clochard alcoolique. Usé, Verlaine meurt à moins de 52 ans le 8 janvier 1896 d'une congestion pulmonaire. L’absinthe, les taudis infects, les grabats d’hôpitaux auront fait de lui une épave, mais aussi l’une des plus extraordinaires figures du poète maudit.

 

Les vaincus

 

[…] Les vaincus se sont dit dans la nuit de leurs geôles :

Ils nous ont enchaînés, mais nous vivons encor.

Tandis que les carcans font ployer nos épaules,

Dans nos veines le sang circule, bon trésor.


Dans nos têtes nos yeux rapides avec ordre

Veillent, fins espions, et derrière nos fronts

Notre cervelle pense, et s'il faut tordre ou mordre,

Nos mâchoires seront dures et nos bras prompts.


Légers, ils n'ont pas vu d'abord la faute immense

Qu'ils faisaient, et ces fous qui s'en repentiront

Nous ont jeté le lâche affront de la clémence.

Bon ! la clémence nous vengera de l'affront.


Ils nous ont enchaînés ! mais les chaînes sont faites

Pour tomber sous la lime obscure et pour frapper

Les gardes qu'on désarme, et les vainqueurs en fêtes

Laissent aux évadés le temps de s'échapper.


Et de nouveau bataille ! Et victoire peut-être,

Mais bataille terrible et triomphe inclément,

Et comme cette fois le Droit sera le maître,

Cette fois-là sera la dernière, vraiment !


 

 

Ballade en l’honneur de Louise Michel

 

[…] Elle aime le Pauvre âpre et franc


Ou timide, elle est la faucille


Dans le blé mûr pour le pain blanc


Du Pauvre, et la sainte Cécile


Et la Muse rauque et gracile


Du Pauvre et son ange gardien


À ce simple, à cet indocile.


Louise Michel est très bien.

[…]

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4 mai 2012 5 04 /05 /mai /2012 05:52

http://sergecar.perso.neuf.fr/deco/musique.jpgCi-dessous, un appel de l’Association de parents d’élèves du Conservatoire de Toulouse :

 

Que feriez-vous si l'on vous annonçait demain la fermeture programmée de votre école de musique départementale ?

 

Que feriez-vous si le professeur de votre enfant partant à la retraite ou dans un autre établissement n'était pas remplacé ? Et s'il y avait de moins en moins de profs ?

 

Que feriez-vous si une modulation des tarifs rendait la poursuite des études musicales impossible pour vos enfants ?

 

Que feriez-vous s'il n'y avait plus de pratique orchestrale pour raisons financières ? Plus d'annexes ?

 

Impossible dites-vous ?

 

Et bien non ! Ce triste scénario se met en place actuellement en Aveyron !

 

Alors,

 

Parce que cette phase si souvent entendue « la musique est une grande famille » ne doit pas se vider de son sens, et que, nous, parents d'élèves musiciens et danseurs,  nous devons être solidaires,

 

Parce que l'APEC de Toulouse et au travers elle, ses adhérents, les amis de ses adhérents, qu'ils soient danseurs et  musiciens ou non, se doivent de se mobiliser et d'apporter leur soutien à notre consœur et amie l'APEC  de  Rodez,

 

Pour que le Conservatoire à Rayonnement Départemental de l'Aveyron  ne se vide pas de sa substantifique moelle, pour qu'il reste un lieu d'échange, d'apprentissage, de convivialité, pour que les instruments de ces enfants ne restent pas dans leurs étuis !

 

N'hésitez pas, cliquez sur le lien suivant et apportez votre soutien à nos amis Aveyronnais !

 

Partagez le avec un maximum de vos connaissances !

 

Merci pour eux !

 

 

« Sans la musique, la vie serait une erreur. » (Nietzsche)

 

 

APEC du CRR de TOULOUSE

 

 

http://www.petitions24.net/pour_un_vrai_conservatoire_de_musique_en_aveyron#form

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3 mai 2012 4 03 /05 /mai /2012 14:38

http://www.poesie.net/cohn4.jpgÀ l’occasion de la diffusion d’Un village français, Jean-Pierre Azéma nous a remis en mémoire le très beau poème “ Je trahirai demain ” de l’admirable résistante Marianne Cohn. D’origine allemande, Marianne Cohn, membre des Éclaireurs israélites de France, sauva de nombreux enfants juifs en les plaçant ou les faisant passer en Suisse. La Gestapo l’arrêta en mai 1944. Elle fut longuement torturée. Elle eut la force, avant d’être assassinée le 8 août 1944, d’écrire “ Je trahirai demain ”. Son corps fut jeté dans une fosse commune.

 

Elle avait 22 ans.

 

 

 

Je trahirai demain pas aujourd’hui.

Aujourd’hui, arrachez-moi les ongles,

Je ne trahirai pas.

Vous ne savez pas le bout de mon courage.

Moi je sais.

Vous êtes cinq mains dures avec des bagues.

Vous avez aux pieds des chaussures
Avec des clous.

Je trahirai demain, pas aujourd’hui,

Demain.
Il me faut la nuit pour me résoudre,

Il ne faut pas moins d’une nuit

Pour renier, pour abjurer, pour trahir.

Pour renier mes amis,

Pour abjurer le pain et le vin,

Pour trahir la vie,

Pour mourir.

Je trahirai demain, pas aujourd’hui.

La lime est sous le carreau,

La lime n’est pas pour le barreau,

La lime n’est pas pour le bourreau,

La lime est pour mon poignet.

Aujourd’hui je n’ai rien à dire,

Je trahirai demain.

 

 

 

 

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