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4 octobre 2011 2 04 /10 /octobre /2011 05:37

http://d4.img.v4.skyrock.net/d4c/halliday-25/pics/2929775889_1_3.jpgEn 1970, j’ai publié mon premier article en anglais dans un hebdomadaire de grande qualité (New Society), qui a forcément disparu puisqu’il fallait faire de la place pour des journaux comme le Sun et autres torche-culs. Le rédacteur en chef m’avait demandé cinq feuillets sur le yéyé en France. J’ai perdu cet article et je ne me souviens plus exactement de son contenu. J’ai cependant toujours en mémoire le paragraphe consacré à Johnny où je développais l’idée – nous étions en 1970 – qu’il n’avait strictement rien créé d’original, mais qu’il changeait de peau (d’apparence de style musical) à peu près tous les six mois. À ce moment-là de sa carrière, il était hippy comme Jésus-Christ.

 

Laurent Delahousse a récemment consacré un bon documentaire aux admirateurs de Johnny, à ceux qui le miment, l’incarnent à la perfection. À noter qu’incarner vient d’un terme latin ecclésiastique, ce qui signifie que prendre la chair de l’autre (la personne ou le corps en anglais) est une démarche très forte parce que mystique, magique. Et touchante. “ Devenir ” Johnny Hallyday (ou Elvis Presley, ou Claude François, ou Dalida), ce n’est pas se prendre pour Napoléon. Cela ne relève pas de l’aliénation mais de l’amour pour l’être incarné et pour soi-même. Une question que l’on peut se poser est : pourquoi Johnny et pas Aznavour, Brel ou McCartney ? La raison me semble être qu’Hallyday, ou plus exactement son personnage public, est un être à la fois ordinaire et extraordinaire. Ordinaire parce qu’il n’y a aucun génie créatif en lui, parce qu’il a le QI du Français (du Belge ?) moyen ; parce qu’il a eu son lot de souffrances comme tout le monde ; parce que politiquement il est de droite, mais de manière simple, basale.  Extraordinaire parce qu’il est l’une des plus grandes bêtes de scènes de l’histoire de la chanson française avec Maurice Chevalier, Mistinguett et Piaf ; parce qu’il sait fabuleusement chanter : écoutons-le dans du Brassens, par exemple ; parce que, s’il n’a jamais été beau, il a une gueule ; parce qu’il est doué d’un instinct rare : regardons-le, face à Rochefort, dans L’homme du train ; parce qu’il est crédible : un artiste capable d’ameuter un million de spectateurs doit être cru.

 

Il y a quelque chose de profondément honnête, de libre en lui. Et, en même temps, il change de peau comme de chaussettes. Le mystère, à mes yeux, est qu’il le fait plutôt mal. Je voudrais en donner un seul exemple, celui de sa reprise de “ The House of the Rising Sun ” (“ Le pénitencier ”). Il s’agit à l’origine d’une ballade anglaise sur laquelle des auteurs étatsuniens ont plaqué des paroles. Son enregistrement le plus ancien date de 1934. Mais la chanson va devenir mondialement célèbre en 1964 grâce à la version enregistrée par les Animals, avec le fameux “ riff ” d’Alan Price.


Les paroles originales (que les Animals vont modifier pour des raisons de censure possible) ne sont pas tristes. J’en traduis quelques-unes :

 

Il y a une maison à la Nouvelle Orléans

Qu’on appelle le Soleil Levant,

Bien des pauvres filles s’y sont perdues

Mon Dieu, moi la première.

Si j’avais écouté ma mère,

Je serais toujours chez moi aujourd’hui.

J’ai laissé un vagabond

M’emmener sur des chemins de traverse.

Dis à ma petite sœur

De ne jamais faire ce que j’ai fait.

Dis lui d’éviter cette maison de la Nouvelle Orléans.

Ma mère était couturière,

Elle a cousu ce blue jeans neuf.

Mon chéri est un poivrot.

La seule chose dont un poivrot a besoin,

C’est une valise et une malle.

J’ai un pied sur le quai

Et un autre dans le train.

Je m’en retourne à la Nouvelle Orléans,

Un boulet et des chaînes aux pieds.

Ma course est presque achevée.

Je retourne passer le reste de mes jours

À l’ombre de la Maison du Soleil Levant.

 

Alors que, dans une version antérieure à celle des Animals, Bob Dylan avait gardé une narratrice féminine prostituée et un bordel (en modifiant quelque peu les paroles, cela dit), Alan Price et ses amis vont faire du personnage principal un garçon, et de la Maison du Soleil levant un bar où l’on picole. Suivant l’exemple de son père (il n’y a pas de père dans la version originale), le garçon devient alcoolique et retourne inexorablement vers ce qu’il appelle son « péché » et son « malheur ».

 

Comme c’est son droit le plus strict, Johnny Hallyday (plus exactement Vline Buggy et Hughes Auffray) ne traduit pas les paroles, il les adapte. Il va complètement déréaliser la situation* en utilisant ce terme étrange de pénitencier, un mot en usage au XIXe siècle (le pénitencier de l’Île de Ré). Il met en scène un criminel de haut vol, condamné à perpétuité, emportant pour toute relique  la robe de mariée de sa mère, ce qui suggère une sexualité, des fantasmes un peu décalés. Le criminel s’adresse à une fille à qui il a fait pleurer des larmes de honte et à qui il demande pardon. Alors que la version originale traitait de la prostitution féminine et que celle des Animals évoquait la déchéance due à l’alcool chez les garçons pour qui la repentance est impossible, on a, avec Halliday, une cote mal taillée, une chanson qui se veut coup de poing mais qui est à la fois abstraite, irréelle et surréaliste.

 

Reste l’interprétation. La version des Animals connaissant un énorme succès, Johnny va la dupliquer. Il utilise exactement les mêmes instruments, les mêmes harmoniques, la même orchestration. Il est coutumier du fait : je pense par exemple à “ 24000 baisers ”, emprunté à l’Italien Celentano, “ Noir c’est noir ”, adapté du “ Black is Black ” des Espagnols Los Bravos, ou “ Je veux te graver dans ma vie ” (“ Got to Get You into My Life ”) des Beatles. Le clip des Animals (vu plus de 11 millions de fois) était très singulier (link). Un décor froid, des couleurs jaunes, des croix stylisées. Le batteur et Alan Price jouent très sobrement. Avec ce qu’ils ont dans les doigts, vu ce qu’ils ont créé, ils n’ont pas besoin d’en faire des tonnes. Quand ils ne sont pas immobiles, Eric Burdon et les deux guitaristes se déplacent en procession, à un rythme d’enterrement. Burdon chante avec un coffre de prolo de Newcastle, qu’il est. Le résultat est à la fois macabre et grisant. On est pris à la gorge, jusqu’au moment où, trente secondes avant la fin, le guitariste Hilton Valentine sourit de toutes ces dents : « Ohé, les copains, ceci n’est qu’une chanson. » Johnny est filmé en noir et blanc (vu 950000 fois link). Au début, dans les graves, sa voix est mal assurée. Puis elle perce l’écran au fur et à mesure qu’il s’approche de nous dans un décor minimal : un fond blanc, des chemins noirs et blancs en éventail. Chaque fois qu’il parvient jusqu’à nous, la mise en scène le renvoie au fond de l’image après l’avoir fait disparaître comme s’il tombait dans une trappe de pendu. Il ne pourra pas se libérer. Le clip se termine, sans qu’on comprenne bien pourquoi, mais c’était la mode, sur une vision kaléidoscopique de Johnny démultiplié.

 

Neuf caméléons au lieu d’un…

 

*La reprise par Claude François de “ If I had a Hammer" ” offre un autre exemple de déréalisation. La version originale de 1949, écrite par Pete Seeger (membre du Parti communiste des États-Unis) et Lee Hays (militant syndicaliste) est un appel à la justice, à la liberté, à la fraternité. Le marteau étant le maillet d'un juge progressiste (link). Pete Seeger est l'auteur, entre autres petits chefs d'œuvre, de “ Where Have All the Flowers Gone ? ” (“ Que sont devenues les fleurs ? ”, immortalisé par Marlene Dietrich et Joan Baez (link).


Les paroles de Vline Buggy et Claude François mélangent tout de manière ambigüe :


Si j'avais un marteau
Et si j'avais une cloche
Si j'avais une chanson (à chanter)
Je ne voudrais rien d'autre
Qu'un marteau, une cloche (et une chanson)
Pour l'amour de mon père
Ma mère, mes frères et mes soeurs
Oh! oh! Ce serait le bonheur.

C'est le marteau du courage
C'est la cloche de la liberté
Mais la chanson, c'est pour mon père
Ma mère, mes frères et mes soeurs
Oh! oh! Pour moi, c'est le bonheur
C'est ça, le vrai bonheur
Si j'avais un marteau
Si j'avais un marteau.

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3 octobre 2011 1 03 /10 /octobre /2011 06:17

Merci à Michèle, "boyaux-rouge comme moi", de m'avoir fait connaître ce poème chanté par Marc Ogeret :

 

Enfer-les-Mines

Charade à ceux qui vont mourir Égypte noire
Sans Pharaon qu'on puisse implorer à genoux
Profil terrible de la guerre où sommes-nous
Terrils terrils ô pyramides sans mémoire

Est-ce Hénin-Liétard ou Noyelles-Godault
Courrières-les-Morts Montigny-en-Gohelle
Noms de grisou Puits de fureur Terres cruelles
Qui portent çà et là des veuves sur leurs dos

L'accordéon s'est tu dans le pays des mines
Sans l'alcool de l'oubli le café n'est pas bon
La colère a le goût sauvage du charbon
Te souviens-tu des yeux immenses des gamines

Adieu disent-ils les mineurs dépossédés
Adieu disent-ils et dans le coeur du silence
Un mouchoir de feu leur répond Adieu C'est Lens
Où des joueurs de fer ont renversé leurs dès

Etait-ce ici qu'ils ont vécu Dans ce désert
Ni le lit de l'amour dans le logis mesquin
Ni l'ombre que berçait l'air du Petit Quinquin
Rien n'est à eux ni le travail ni la misère

Ils s'en iront puisqu'on les chasse ils s'en iront
C'est fini les enfants qu'on lave à la fontaine
Tandis que chante sous un ciel tissé d'antennes
La radio des bricoleurs dans les corons

Ils n'iront plus le soir danser à la ducasse
L'anthracite s'éteint aux pores de leur peau
Ils n'allumeront plus la lampe à leur chapeau
Ils s'en iront

Ils s'en iront puisqu'on les chasse

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/5/51/Hénin-Beaumont_-_Fosse_n°_6_des_mines_de_Dourges_(1).jpg

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2 octobre 2011 7 02 /10 /octobre /2011 15:00

Cela fait des dizaines d'années que les excellents joueurs de rugby néo-zélandais nous bassinent avec le Haka, cette danse "guerrière" censée impressionner, déstabiliser l'adversaire. J'ai cherché à savoir ce qu'il y avait sous les grimaces et les bondissements disgracieux.

 

Dans sa version actuelle, le Haka ne casse pas trois pattes à un canard. Aux joueurs du courtois Lièvremont, peut-être.

 

KA MATE KA MATE

C’est la mort C’est la mort

KA ORA KA ORA

C’est la vie C’est la vie

KA MATE KA MATE

C’est la mort C’est la mort

KA ORA KA ORA

C’est la vie C’est la vie

TENEI TE TANGATA PUHURUHURU

Voici l’homme chevelu

NANA I TIKI MAI WHAKAWHITI TE RA

Qui fait briller à nouveau le soleil pour moi

UPANE UPANE

En haut de l’échelle En haut de l’échelle

UPANE KAUPANE

En haut de l’échelle Tout en haut

WHITI TE RA

Le soleil brille!

 

Personnellement, j'aurais ajouté KIRI TE KANAWA

 

http://www.cafaitdubuzz.net/wp-content/uploads/2011/09/Coupe-du-monde-de-Rugby-2011-le-premier-Haka-de-la-Nouvelle-Zélande-face-au-Tonga-.jpg

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2 octobre 2011 7 02 /10 /octobre /2011 05:51

 De quoi allons-nous mourir en 2030?

-       de la tuberculose

-       du sida

-       du paludisme

-       du tabac

-       de mort violente

 

Selon l’OMS, le tabac tient actuellement la corde. Il tue 5 millions de personnes par an. Ce chiffre doublera d’ici une vingtaine d’années. 1 milliard 300 millions de personnes fument régulièrement. 84% des fumeurs vivent dans les pays pauvres, alors que le nombre de fumeurs ne cesse de décroître dans les pays riches. Aux États-Unis, 1 individu sur 4 fume, contre 1 sur deux en 1950. Au Niger ou au Vietnam, les familles de fumeurs consacrent un tiers de leurs revenus au tabac. Il aura fallu attendre 1964 pour qu’en Grande-Bretagne les autorités acceptent officiellement que le tabac était cancérigène. Le tabac est interdit au Bhoutan depuis 2004. Ce qui est bien gentil, mais les Népalais qui résident dans ce pays sont considérés officiellement comme des citoyens de seconde zone.


 

http://www.carfree.com/cft/cigarette.jpg

 

Quelle est la maladie la plus communément soignée au Royaume-Uni ?

 

-       le rhume

-       l’otite

-       la dépression

-       l’insomnie

 

Il s’agit de la dépression, qui est la quatrième maladie la plus soignée au monde, après les infections pulmonaires, la diarrhée et le sida. 7% des Britanniques sont dépressifs (9% d’étatsuniens). La maladie coûte à l’économie du pays 8 milliards de livres par an. 3% de Bangladaises souffrent de dépression. Il existe toutes sortes de médicaments pour traiter cette maladie, mais il n’est pas exclu que le meilleur remède soit encore la méthode Coué : « Allez, je me bouge, ça ira mieux demain ! »

 

http://www.artdubonheur.com/images/ressources/depression_van_gogh.jpg 

 

 

Quel pays connaît le plus fort taux de suicide ?

 

La Lithuanie. Z'avaient qu’à rester dans l’URSS ! 42 suicides pour 100000 habitants (16,2 en France). Deux fois plus qu’il y a dix ans. Personne ne sait vraiment pourquoi la Lithuanie détient ce record. Il y a de plus en plus de suicidés de par le monde. Au moins un million par an. Le taux le plus bas est détenu par Gaza. La vie est trop dure pour que ses habitants puissent se payer des problèmes personnels. Pour la même raison, c’est durant l’occupation allemande que  la France a connu le moins de suicides.

 

http://image.toutlecine.com/photos/p/e/n/pendaison-1968-01-g.jpg

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30 septembre 2011 5 30 /09 /septembre /2011 18:58

Gontran tiend un blog des plus savoureux : http://armella.fr/blog/


Il a de saines lectures et de bons réflexes : il vient, par exemple de reproduire ma petite pochade sur Hélène de Yougoslavie et Arlette Mouchabœuf. J'en profite pour signaler que cette histoire (vraie, bien sûr) est en train de faire le tour de la blogosphhère. Même Politis.fr l'a reprise. Si l'on tape "Hélène de Yougoslavie" sur Google, j'apparais en tête de gondole. J'espère que la belle Hélène, qui ne s'appelle pas Mouchabœuf mais Jelena Karadordevic comme tout le monde, est aussi verte que l'a été Jean-Michel Aphatie qui, grâce à moi, eut longtemps les honneurs de Google (link).


En page d'accueil de son blog, Gontran a pris une très bonne initiative : il affiche un compte à rebours qui, inexorablement comme tous les comptes du même nom, annonce un événement inéluctable : le départ de Sarkozy. Au moment précis où j'écris ces lignes, nous en sommes à 219 jours, 14 heures, 45 minutes et 6 secondes.


Ces compteurs qui nous aident à vivre, il en faudrait des centaines sur la blogosphère.


Je signale, pour finir, que ce blog nous offre quelques savoureux jokons. Je vous en offre un :


Une blonde prend la décision de pratiquer l’équitation.
Bien qu’elle n’ait pas la moindre expérience, elle monte sans hésiter, sur le dos du cheval. Ce dernier, d’un bond, s’élance au galop.
Il galope longuement et à vive allure, mais la blonde commence à glisser de la selle.
Terrorisée, elle s’agrippe à la crinière du cheval, mais ne parvient pas à s’assurer une prise ferme.
Elle essaie alors de jeter ses bras autour du cou du cheval, mais en vain: inexorablement elle glisse le long du flanc du cheval.
Imperturbable, le cheval maintient sa vitesse, apparemment ignorant de la situation périlleuse de sa cavalière qui, peu à peu, perd prise.
La blonde tente alors le tout pour le tout.
Elle décide de sauter du cheval.
Malheureusement, son pied se prend dans l’étrier.
Maintenant elle est exposée au martèlement des sabots ; et sa tête heurte le sol à diverses reprises. La scène est dramatique.
Elle est sur le point de perdre connaissance.


Mais, fort heureusement, Roger, vigile chez  SUPER U, intervient et débranche le cheval.

 

 

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29 septembre 2011 4 29 /09 /septembre /2011 13:31

 

Nous poursuivons notre périple suicidant  avec de Négroni et Moncel.

 

http://acpc.bn.pt/imagens/colecoes/n23_castelo_branco_camilo.jpgCamilo Castelo Branco fut un des grands écrivains portugais du XIXe siècle. Sa vie fut aussi  tragique que celle de ses personnages : fils naturel d'un père noble et d'une mère paysanne, il est très tôt resté orphelin. Marié à seize ans avec Joaquina Pereira, il connut d'autres passions tumultueuses, dont l'une le mena en prison : celle pour Ana Plácido qui devait devenir sa compagne. Il connut cependant une fin de vie très pénible : perclus de douleurs et devenu aveugle, il finit par se suicider à 65 ans, d’une balle dans la tête. Peu avant, il avait écrit : « Je suis un cadavre représentant un nom qui eut quelque réputation glorieuse en ce pays durant quarante années de travail. »

(Valetudinis adversae impatientia).

 

 

 

http://www.royalcollection.org.uk/egallery/images/collection_large/404934.jpgNé en 1769, Robert Castlereagh fut élu au parlement irlandais grâce aux largesses de sa famille. Nommé gouverneur de l'Irlande, sa terre natale, il y exerça la plus odieuse dictature; devenu ministre en 1811, il enleva à l'Irlande toute existence politique. Il assista à la rédition de Napoléon à Fontainebleau. Partout, il se rendit particulièrement odieux. Il finit par s’en émouvoir. Son homosexualité fut découverte. Le 12 août 1822, il se trancha la gorge avec un canif. Sous les yeux de son docteur.

 

Lord Byron écrivit ces quelques vers :

 

Jamais la postérité n’aura sous les yeux

Un tombeau plus noble que celui-ci

Ici gisent les ossements de Castlereagh

Voyageur, arrête-toi, et pisse.

 (Pudor)

 

 

Caton d’Utique fut gouverneur de la Sicile, que les partisans de César commandés par Curion l'obligèrent à évacuer. Il se prononça pour Pompée, et remporta une victoire sur les troupes de César à Dyrrachium. À la nouvelle de la défaite de Pharsale, et peu après l'assassinat de Pompée, il rassembla les restes de l'armée républicaine et se rendit en Afrique. Après la défaite de Thapsus, Caton ne voulut pas « survivre à la liberté » : il s'enferma dans Utique (au nord de l’actuelle Tunisie) et s'y perça de son épée. Avant de se frapper, il lut et médita le Phédon de Platon. Il ne mourut pas sur le coup. Il tomba de son lit. Alertés par le bruit, son fils et son médecin s’empressèrent de remettre en place les entrailles et suturèrent la blessure. Caton agrandit la plaie, déchira à pleines mains ses boyaux et mourut. Bel exemple de stoïcisme !

 

(Pudor).

 

http://www.histoire-en-questions.fr/personnages/cesar/caton.jpg

 

 

 

Comme Primo Levi (sur lequel nous reviendrons), Paul Celan ne put survivre aux camps de concentration.  Paul Pessach Antschel était issu d’une famille juive d’expression allemande. Il sera naturalisé français en 1955. Pour certains, il aura été le plus grand poète de langue allemande de l’après-guerre. En 1942, ses parents qui refusaient de se cacher, furent envoyés dans un camp d’internement en Transnistrie où son père mourut du typhus et sa mère vraisemblablement d’une balle dans la nuque. En 1943, Paul fut envoyé dans un camp de travail forcé en Moldavie. Il fut libéré par les Russes en 1944, change son nom en Paul Aurel, Paul Ancel, et finalement Paul Celan, et vécut à Bucarest comme traducteur et éditeur.

En 1947, il quitta la Roumanie pour l’Autriche où il publia son premier livre Le sable des urnes (Der Sand aus den Urnen). Il s’installa finalement à Paris, où il occupa la fonction de lecteur d'allemand et de traducteur à l’ENS. Dans les faits, il contredit la fameuse formule d’Adorno, selon laquelle « Écrire un poème après Auschwitz est barbare...» Personne ne témoigne pour le témoin, écrivit-il (Niemand zeugt für den Zeugen).

 

Paul Celan se jeta dans la Seine dans la nuit du 19 au 20 avril 1970. On ne retrouvera son corps que le 1er mai. La continuation, par d’autres moyens, du crime contre l’humanité. Il avait cinquante ans.

 

(Impatienta doloris).

http://2.bp.blogspot.com/_Fhaok59bfHg/TLXZJG5FCMI/AAAAAAAAAHQ/nZywf4p9bJc/s1600/celan_paul_gr.jpg

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26 septembre 2011 1 26 /09 /septembre /2011 06:01

Continuons notre petit périple en compagnie de Viktor Dedaj et Maxime Vivas.


La misère religieuses est, d'une part, l'expression de la misère réelle et, d'autre part, la protestation contre la misère réelle. La religion est le soupir de la créature accablée par le malheur, l'âme d'un monde sans cœur, de même qu'elle est l'esprit d'une époque sans esprit (Karl Marx).

 

http://cartoons.courrierinternational.com/files/imagecache/dessin_a_la_une/illustrations/dessin/2008/02/i82940KICHKA_2008-02-24-6150.gif

 

 

 

Je ne crois aux statistiques que lorsque je les ai moi-même falsifiées (Winston Churchill).

 

http://4.bp.blogspot.com/_ZqToUWt-G-w/SSqR2TEiCoI/AAAAAAAAAgg/VgMPiviYexI/S660/winston.jpg

 

 

 

Derrière chaque enfant qui meurt de faim se cache un assassin (Jean Ziegler).

 

http://lesfuries.chez-alice.fr/pics/faim.gif

 

 

Ce qui distingue principalement l'ère nouvelle de l'ère ancienne, c'est que le fouet commence à se croire génial (Karl Marx).

 

http://images.forum-auto.com/mesimages/419547/fouet-patron.jpg

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24 septembre 2011 6 24 /09 /septembre /2011 06:01

http://www.chretiente.info/medias/HLIC/35b3673fdc812b8cdca5aa3fc7f32567.jpgVoici trois mois qu'un vent de liberté souffle sur la presse irakienne (Reporters sans frontières, Rapport annuel 2003).

 

Le public aime encore les lectures anodines et consolantes, les aventures qui finissent bien, les imaginations qui ne dérangent ni sa digestion, ni sa sérénité (Edmond et Jules de Goncourt).

 

Le journalisme moderne... justifie son existence grâce au grand principe darwinien de la survivance du plus vulgaire (Oscar Wilde).

 

Dimanche après-midi, de préférence avant la guerre. Votre femme a commencé sa sieste dans son fauteuil et vous avez envoyé les enfants faire une bonne balade. Vous avez posé vos pieds sur le canapé, ajusté vos lunettes sur votre nez et ouvert le News of the World. Un rosbif avec du Yorkshire pudding, ou un rôti de porc avec de la compote de pommes suivi d'un gâteau à la graisse de bœuf, que vous avez fait passer, pour ainsi dire, par une tasse d'un thé noir comme l'ébène vous ont mis d'excellente humeur. Vous tirez doucement sur votre pipe, les coussins du canapé sont moelleux, le feu flambe dans la cheminée, l'air est chaud et immobile. Dans cette atmosphère de béatitude, qu'avez-vous envie de lire ?

Des histoires de meurtres, naturellement (George Orwell, Decline of the English Murder).

 

 

La CIA contrôle tous ceux qui ont une importance dans les principaux médias (William Colby, ancien directeur de la CIA).

 

 

 

 


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23 septembre 2011 5 23 /09 /septembre /2011 06:00

 

Qui a découvert le téflon ?

 

http://www.buzzecolo.com/wp-content/uploads/2009/09/teflon.jpgCela n’a rien a voir avec la conquête spatiale, comme beaucoup le croient. Le téflon (polytétrafluoroéthylène) a été découvert par hasard en 1938 par le chimiste étatsunien Roy Plunkett qui travaillait pour la société Dupont de Nemours. Il fut commercialisé en 1949 sous différentes marques, dont Téflon.

 

Dans le programme Apollo, les câbles étaient isolés par du téflon. Cela dit, le téflon possède une résistance chimique et thermique exceptionnelle et le meilleur coefficient de frottement connu à ce jour.

 

 

Qui a inventé les céréales Quaker Oats ?


 http://www.onesourcetalent.com/blog/images/quaker-oats1.jpg


Pas les Quakers. Elles furent inventé en 1901 en Pennsylvanie, un État qui comptait beaucoup de Quakers. Quaker Oats (oats signifie avoine ; to get one’s oats signifie tirer son coup) appartient à Pepsi Cola. En revanche, Rowntree et Cadbury furent fondés par des gens qui croyaient dans les valeurs du chocolat, du capitalisme et de l’honnêteté quaker. Le personnage rubicond et souriant qui illustre les paquets des céréales Quaker Oats est vraisemblablement inspiré de William Penn, le fondateur de la Pennsylvanie en 1682. Il fut dessiné  en 1957 par Haddon Sundblom qui avait dessiné le Père Noël de Coca Cola  dans les années 30, ainsi que quantités de pin-ups.


 

http://jean-claude.claeys.pagesperso-orange.fr/image_Haddon_Sundblom_.jpg

 

 

De combien d’heures de sommeil avons-nous besoin ?

Les gens qui dorment huit heures par nuit meurent plus jeunes que ceux qui dorment moins. Les Anglais dorment entre 6 et 7 heures par nuit, une demi-heure de moins que leurs grands parents. Le manque de sommeil est mauvais pour le quotient intellectuel et la mémoire. Léonard de Vinci dormait un quart d’heure toutes les quatre heures. Einstein de même. Pascal fut une vraie marmotte. Les éléphants dorment deux heures par jour ; les koalas vingt-deux heures mais ne vivent que dix ans. Les fourmis ne consacrent que quelques minutes au sommeil par jour. 20% des accidents de voiture outre-Manche résultent de l’endormissement des automobilistes. On n’a pas encore inventé de radar pour détecter ce problème. Manger une pomme redonne de l’énergie à moyen terme, contrairement au café qui dope à court terme.


 

http://www.commentmieuxdormir.com/wp-content/uploads/2010/08/le_sommeil_courbet.jpg

 

 

 

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20 septembre 2011 2 20 /09 /septembre /2011 06:00

 

http://media.paperblog.fr/i/425/4257186/robe-marie-pierre-lemaitre-L-DLXBta.jpeg

Je suis Pierre Lemaitre depuis ses débuts – tardifs mais fulgurants – en littérature :



http://bernard-gensane.over-blog.com/article-florilege-34-70254154.html


http://bernard-gensane.over-blog.com/article-note-de-lecture-n-71-68925017.html

 

Nous avons engagé une petite correspondance par internet. Au fait, Pierre, si tu lis ces lignes, peux-tu me communiquer de nouveau ton adresse courriel, un bogue m’ayant fait perdre toutes mes données postérieures à 2005 ?


Merci d’avance.

 

Pierre est en train de publier, sur le site Smartnovel un feuilleton : Les grands moyens. Je vous livre le premier épisode. C’est tout bonnement extraordinaire. Je me dis que si la suite est du même tonneau, on va se régaler.

 

 

 

Les grands moyens, un thriller de Pierre Lemaitre

 

 

par smartnovel

Episode 1/14 - 20 mai – 17 h 00

La rencontre inattendue qui va faire basculer votre vie, la plaque de verglas sournoise, la réponse que vous donnez sans réfléchir… Les choses définitives ne mettent pas un dixième de seconde à se produire.

Prenez ce petit garçon, il a huit ans. Qu’il fasse simplement un pas de côté et tout peut changer, irréversiblement. Une amie de sa mère qui tire les cartes a prédit que son père mourra dans l’année. Depuis ce jour-là, il vit dans l’angoisse. Son imaginaire entier s’est engouffré dans cette histoire de sorcière, il fait cauchemar sur cauchemar. Quand la menace réapparaît, il exécute toutes sortes de rites conjuratoires, convaincu que si son père meurt, ce sera de sa faute. Aujourd’hui, « si je ne pose pas le pied sur un joint du trottoir, mon père ne mourra pas ». C’est seulement à partir du boulanger que ça compte. Il est quasiment en apnée depuis le départ et le chemin est long jusqu’à l’école de musique. Or quelque chose lui dit que cette fois il n’y arrivera pas et il ne trouve rien, pas de prétexte, aucune exception qui pourrait l’autoriser à un renoncement valide. Une rue, deux rues, on voit déjà le boulevard mais l’impression qui domine est que plus on approche de la délivrance, plus on approche de la catastrophe. Il marche les yeux rivés au trottoir, son étui de clarinette se balance à peine au bout de son bras. Il en a des transpirations mais le voilà à deux cents mètres de l’École de musique. Allez savoir pourquoi, un pressentiment peut-être, tout en marchant, il lève les yeux et voit soudain son père, dans l’autre sens, emprunter le couloir en bois qui mord sur la chaussée et permet de contourner l’échafaudage qui occupe toute la largeur du trottoir. C’est très rare que son père arrive aussi tôt. Les images qui suivent s’inscriront au ralenti dans son souvenir. Car évidemment cette seconde d’inattention est de trop, le temps de se reprendre, de baisser les yeux, notre petit garçon est stoppé net. Son pied est posé en plein milieudu joint en ciment… Donc son père va mourir, c’est fatal.

Ou encore, prenez cette fille. Pas très jolie, étudiante en économie, jamais eu de relation sexuelle. Elle dit que « simplement, ça ne s’est pas présenté », c’est bien plus compliqué, mais peu importe. On est en mai, elle a vingt-deux ans, voilà tout ce qui compte parce qu’à cet instant précis, elle se trouve à l’angle de la rue Fréret devant un homme qui la désire, il l’a invitée pour ça, pour lui dire qu’il la désire. Il suffit qu’elle dise oui ou non, ou même qu’elle ne dise rien pour que tout bascule dans un sens ou dans l’autre. Et pas seulement pour cette question assez prosaïque de sa virginité. Parce qu’elle va dire non. L’homme va alors l’assurer qu’il comprend (tu parles…), elle va le suivre des yeux et à l’instant où elle va regretter son refus et vouloir le rappeler… Trop tard.

L’explosion est tellement puissante qu’elle fait vibrer tout le quartier, c’est comme un séisme, on en ressent le souffle à plusieurs dizaines de mètres. En une fraction de seconde, le petit garçon voit le grand corps de son père s’envoler, on jurerait qu’une main géante vient de le pousser brutalement au niveau de la poitrine. La jeune fille, elle, n’a que le temps d’ouvrir la bouche, son ex-futur amant est déjà en l’air et traverse, la tête la première, la vitrine du magasinWomen’Secret. Les passants projetés au sol se protègent la tête avec les bras. La déflagration balaye les vitrines des magasins mais aussi tout ce qui se trouve dans les cerveaux. Une femme en robe imprimée est projetée en arrière, sa tête heurte violemment la balustrade en bois du passage aménagé devant l’immeuble. Au bruit de l’explosion succède un assourdissant vacarme métallique : avec un léger retard sur la détonation, comme s’il avait pris le temps de la réflexion, l’échafaudage se soulève légèrement de terre puis s’effondre massivement, on dirait qu’il s’assoit, on voit cela parfois à la télévision, des barres d’immeubles qui donnent l’impression de fondre d’un coup.

Pendant de longues secondes, plus personne ne pense, les esprits semblent soufflés eux aussi, comme des bougies. Même les bruits ordinaires de la ville ont été repoussés, il règne sur le lieu du sinistre un calme inquiétant, vibrant, on dirait que toute la ville vient de mourir, tuée net.

Un homme d’une trentaine d’années, posté à l’angle des rues Fréret et Servier, n’a rien perdu de la scène. Il a réglé la bombe sur dix-sept heures mais c’est théorique parce qu’en réalité, ces machins-là, on ne sait jamais si ça va marcher comme on veut. Et même si ça va marcher tout court. On comprend mieux son état de nervosité quand on sait que c’est sa première bombe. Pour ne rien manquer de l’événement, une minute avant l’explosion, il a posé son téléphone portable sur la table, à la verticale, l’objectif fixé vers l’immeuble. La date et l’heure s’affichent en bas de l’écran. Aujourd’hui, il ne se passe plus rien au monde qui ne soit capté par un appareil, qui ne génère au moins une image instantanée. Même cette explosion, inattendue et improbable à cet endroit de Paris, sera immortalisée par une vidéo. La chose est évidemment facilitée par le fait que c’est le poseur de bombe qui assure le reportage. C’est un peu comme si Jupiter avait tenu lui-même la caméra à Fukushima.

A suivre…

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