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22 novembre 2015 7 22 /11 /novembre /2015 06:00

Cléopatre n'y allait pas avec le dos de la cuiller :

 

« Il y avait deux perles, les plus grosses qui eussent jamais existé, l’une et l’autre propriété de Cléopâtre, dernière reine d’Égypte; elle les avait héritées des rois de l’Orient. Au temps où Antoine se gavait journellement de mets choisis, Cléopâtre, avec le dédain à la fois hautain et provocant d’une courtisane couronnée, dénigrait toute la somptuosité de ces apprêts. Il lui demanda ce qui pouvait être ajouté à la magnificence de sa table ; elle répondit qu’en un seul dîner, elle engloutirait dix millions de sesterces. Antoine était désireux d’apprendre comment, sans croire la chose possible. Ils firent donc un pari. Le lendemain, jour de la décision, elle fit servir à Antoine un dîner, d’ailleurs somptueux – il ne fallait pas que ce jour fût perdu, mais ordinaire. Antoine se moquait et demandait le compte des dépenses. Ce n’était, assurait-elle, qu’un à-côté ; le dîner coûterait le prix fixé et seule, elle mangerait les dix millions de sesterces. Elle ordonna d’apporter le second service. Suivant ses instructions, les serviteurs ne placèrent devant elle qu’un vase rempli d’un vinaigre dont la violente acidité dissout les perles. Elle portait à ses oreilles des bijoux extraordinaires, un chef-d’œuvre de la nature vraiment unique. Alors qu’Antoine se demandait ce qu’elle allait faire, elle détacha l’une des perles, la plongea dans le liquide et lorsqu’elle fut dissoute, l’avala. »

 

Pline IX 119-121

 

 

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17 novembre 2015 2 17 /11 /novembre /2015 06:40

Hé oui, chers lecteurs : cela faisait un petit moment que je n'avais pas lancé une nouvelle série. On va essayer de savoir ce que mangeaient ceux qui nous ont précédé. Chaîne alimentaire, chaîne de l'humanité.

 

Alors commençons par Ötzi, cet italien des Dolomites, dont les restes bien conservés par le froid ont été découverts en 1991, à quelques mètres de la frontière avec l'Autriche. Ce monsieur a vécu il y a 4 500 ans. Il est mort à 45 ans, il mesurait 1,59 mètres et pesait 40 kilos. Brachycéphale, il avait les dents du bonheur. Il était peut-être temps qu'il meure car il souffrait de sclérose, d'arthérosclérose, d'une maladie articulaire chronique au niveau des genoux ; ses poumons étaient encrassés par la fumée des feux de camps et il se trimballait trois calculs biliaires.

 

Lors de son dernier repas, il mangea des céréales (75% du repas), du cerf et du bouquetin.

 

A table ! (1)
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12 novembre 2015 4 12 /11 /novembre /2015 06:15

Elsa Gribinski. Le goût des mots. Paris : Mercure de France, 2015.

 

Superbe petit livre que m’a offert une amie qui a beaucoup de goût. Le projet était de « se glisser » dans les mots d’autrui, de voir comment de grands noms de la littérature jouaient avec, s’arc-boutaient sur les mots (les seules amours de Beckett). Alors au commencement était le mot, mutus, « son, bruit de voix qui n’a pas de signification » d’où dériveront « muet » ou mutique ». Le dictionnaire, « l’univers par ordre alphabétique » n’est-il pas, selon Anatole France, « le livre par excellence car tous les autres livres sont dedans ».

 

Voyez comment Socrate, le père de l'arbitrarité du signe, s’est joué de Cratyle en lui expliquant que « les noms correspondent à l’image que l’homme s’est faite des choses et non à leur nature intime », et donc que c’est dans les choses qu’il faut étudier les choses.

 

Il y aura ce poème extraordinaire où Rimbaud voit les lettres, les matérialise :

 

A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu,

 

proposition insensée (« une folie », disait le jeune Ardennais), puisque, entre autre, aucune couleur ne contient la lettre qu’elle est supposée représenter. Mais y eut-il jamais plus belle alchimie ? Un peu plus tard, Apollinaire peindra les mots en calligrammes. Quant à Proust, après avoir lu  La Chartreuse, il rêvera de Parme, un nom « compact, lisse, mauve et doux » alors qu’en Italien c’est beaucoup plus dur à l’oreille (la Certosa di Parma), tout comme Florence, beaucoup moins « embaumée » en italien (Firenze). Quant à Ponge, la poésie lui permettra de « mordre dans les choses et de s’en nourrir ».

 

Pourfendeur des inégalités, Jean-Jacques Rousseau avait observé que des langues étaient « favorables à la liberté : les langues sonores, prosodiques, harmonieuses, dont on distingue le discours de fort loin. » Pas le français du XVIIIe siècle, mais le grec du Ve siècle avant notre ère : « Hérodote lisait son histoire aux peuples de la Grèce assemblés en plein air, et tout retentissait d’applaudissements. Aujourd’hui, l’académicien qui lit un mémoire, un jour d’assemblée publique, est à peine entendu au bout de la salle. […] le chant français n’est qu’un aboiement continuel, insupportable à toute oreille non prévenue. »

 

Jehan-Rictus (qui s’appelait Gabriel Randon comme tout le monde) utilisera – ou inventera – les mots des pauvres avant de finir monarchiste et belliciste :

 

Nous, on est les pauv’s tits fan-fans,

les p’tits flaupés, les p’tits foutus

à qui qu’on flanqu’ sur le tutu

les ceuss’ qu’on cuit, les ceuss’ qu’on bat,

les p’tits bibis, les p’tits bonshommes,

qu’a pas d’bécots ni d’suc’s de pomme,

mais qu’a l’jus d’triqu’ pour sirop d’gomme

et qui pass’nt de beigne à tabac.

 

On s’en voudrait d’omettre Sartre, qui, réel exploit, écrivit une biographie centrée sur son rapport aux mots, au langage, le « chemin de la liberté ». Ces mots si puissants dans son imaginaire qu’ils « déteignaient sur les choses ».

 

Quand on dit qu’un avion « décolle » on commence par réanimer une métaphore complètement vannée et on finit par ne plus savoir ce que l’on énonce, littéralement (un avion qui enlève le cou !). La décollation, c'est le coupage de la tête ; le décollement de la rétine, c'est son soulèvement mais décoller les cheveux c'est leur donner du volume ; décolleter une robe, c'est l'échancrer. Ici, comme disait Chlovski, le mot « dépasse le sens ». Cela est possible parce que dans tout mot il y a un trope. Enfant vient d’un vocable du vieux français qui signifie « qui ne parle pas ». Pour Elsa Gribinski, « quand on arrive à l’image aujourd’hui perdue et effacée qui avait jadis été placée à la base du mot, on est frappé par sa beauté, une beauté qui avait existé autrefois et qui n’existe plus. » D’où la nécessité absolue de ne pas se couper de ses racines. L’histoire de la langue est la langue de l’histoire. Histoire de la violence quand les catastrophes sont « exaspérées par les paroles des hommes » (Victor Hugo). C’est pourquoi, en observant les papillons (muets comme des carpes), Maeterlinck décidera que « le silence est l’élément dans lequel se forgent les grandes choses ».

 

Le premier écrivain qui réussira à entrer consciemment dans son livre sera Cervantès. Il ressemblera aux signes de son livre, deviendra un homme-livre après avoir transformé la réalité en signes (Michel Foucault).

 

 

Est-ce parce que, quand il se regardait dans sa glace il voyait un étranger narquois, que Jean Tardieu a joué à ce point avec la langue, a fait grigner et godailler les mots : « Je suis sa mouche, sa mitaine, sa sarcelle ; il est mon rotin, mon sifflet ; sans lui je ne peux ni coincer ni glapir ; jamais je ne le bouclerai ! Mais j’y touille, vous flotterez bien quelque chose ; une cloque de zoulou, deux doigts de loto. » ?

 

Quand on naît gaucher et bègue, que l’on est diacre et mathématicien, on ne devient pas forcément Lewis Carroll, mais ça aide : on joue avec les mots pour ne pas désespérer et on renverse tout parce qu’on est gaucher, ce qui débouche sur un mélange d’onirisme et de logique. Grace aux mots, tout est possible parce que tout est admis. Et, semble-t-il, avec les petites filles, on ne bégaye plus. 

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4 novembre 2015 3 04 /11 /novembre /2015 06:36

 

Éric Birlouet. À la table du Moyen Âge, seigneurs, moines et paysans. Rennes: Ouest-France, 2013.

 

Dans la série “ C’est mon blog et j’y publie ce que je veux ”, je propose ci-après un compte rendu d’un livre de 2013, que j’ai découvert tout récemment et qui m’a passionné.

 

Rappelons que le Moyen Âge a duré 1 000 ans (plus que le capitalisme), de la fin du Ve siècle jusqu’aux dernières années du XVe siècle. En France, durant cette période, comme avant, comme après et comme ailleurs, la nourriture a constitué un puissant marqueur social et un important élément de distinction.

 

L’auteur explique qu’à partir du IXe siècle, la société est tripartite, avec les oratores (ceux qui prient), les bellatores (ceux qui combattent) et les laboratores, (ceux qui travaillent, principalement de leurs mains). Dès lors, les Français vont manger selon leur « qualité » : les nobles mangeront plus que les paysans (les hommes plus que les femmes) tandis que les moines devront – en principe – faire preuve de frugalité. Dans une perspective lévi-straussienne, on verra que les riches vont privilégier le rôti et le grillé alors que les pauvres se satisferont du bouilli. Oisifs, les nobles apprécieront la volaille (viande légère) tandis que les paysans mangeront du bœuf, viande tonique et grossière. Quant aux bellatores, ils mépriseront les légumes, ces aliments issus de la terre et ne pouvant de ce fait pas convenir à des gens de qualité. Les groupes dominants se régaleront de cigognes, de cygnes, de hérons, créatures volantes donc proches de Dieu. Le lait était l’aliment du « paysan, du valet et de l’enfant ». Le Roquefort existait il y a plus de 1 000 ans. Charlemagne se méfiait  de ses moisissures. Le miel était un aliment très noble. Le vol d’une ruche était passible d’une peine identique à celle du vol d’un bœuf.

 

Les riches ne plaignent pas la viande. Lorsque le dauphin du Viennois Humbert II passe à table au XIVe siècle, il enfourne deux livres de viande salée. Ses chevaliers ont droit au quart de sa ration, les écuyers au huitième, les valets au seizième.

 

Les religieux mangent de la viande, sauf les jours « maigres », où elle est interdite à tous les chrétiens. Le poisson étant jugé de nature « froide et humide », il n’échauffe pas les sens et n’emmène pas le mangeur vers la luxure. Pour les premiers chrétiens, le poisson était un aliment de reconnaissance, codé. En grec (que parlait le Christ), il se disait ichtus, mot magique formé par les initiales des termes composant la formule Iêsous Christos Theou Uios Sôtêr (Jésus-Christ, fils du Dieu Sauveur).

 

Au Moyen Âge, seuls les riches mangent du pain blanc de froment. Les pauvres doivent se contenter de pain à base de seigle, orge ou avoine. Il se consomme en moyenne 500 grammes de pain par jour et par personne, ce qui, pour les pauvres, fournit 85% des besoins caloriques. Les légumes les plus courants sont les choux et les poireaux, certainement pas la pomme de terre, qui sera importée – sans vraiment convaincre – au début du XVIIe siècle en Angleterre par Sir Walter Raleigh (qui ramènera également du Nouveau Monde le tabac au grand dam de John Lennon), et au XVIIIe siècle en France par le Montdidérien Parmentier, après un séjour forcé en Allemagne.

 

 

 

À noter qu’au Moyen Âge le mot viande désigne tous les aliments, ceux qui permettent de vivre (vivenda). La viande était appelée « chair ».

 

On buvait beaucoup de vin (un à deux litres par jour en comptant les femmes et les enfants), un breuvage titrant 7 à 8 degrés. Charles le téméraire était ivre un jour sur deux.

 

La cuisine se faisait pratiquement sans huile ou graisse animale. Les fruits étaient consommés en début de repas, ce qui était très diététique (voire la survivance du melon). En tout état de cause, comme l’atteste l’expression « entre la poire et le fromage », les fruits ne terminaient pas le repas.

 

Au Moyen Âge, sûrement pour conjurer certaines angoisses, on adorait les couleurs. Les portes des églises étaient peintes en rouge vif. Les aliments aussi, grâce aux épices, le safran en particulier, la plus noble, celle qui coûtait un bras.

 

Il n’y avait pas de salle à manger, même dans les demeures des riches où l’on « mettait » (« dressait ») la table dans la pièce la plus adéquate selon le temps qu’il faisait. Seules les personnes de haut rang jouissaient d’un siège personnel. Les autres s’asseyaient sur un banc (d’où « banquet »). Les nappes étaient de belle qualité, blanches de préférence. La couleur de la pureté. La tradition du drapeau blanc date de la guerre de Cent ans. Pas d’assiette, pas de fourchette (qui nous viendra d’Italie avec l'individualisme – je simplifie). La nourriture était déposée sur un tranchoir, une tranche de pain qui faisait office d’assiette et qui recueillait les graisses ou le jus de viande. On partageait volontiers ce tranchoir avec son voisin, d’ou, peut-être, l’origine du mot « copain ». À la fin du repas, on donnait ce pain aux serviteurs, aux chiens ou aux pauvres.

 

La « malbouffe » n’existait pas. On pensait qu’un bon cuisinier équivalait à un bon médecin. Cela n’empêchait pas des intoxications alimentaires à grande échelle. Mais, comme aujourd’hui, l’espoir faisait vivre.

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30 octobre 2015 5 30 /10 /octobre /2015 06:45

La dernière couillonnade en vogue : la charcuterie et la viande rouge seraient cancérigènes. À noter qu'un journaliste a remis au goût du jour le mot “cancérogène” et que toute la meute a suivi.

 

À l'époque de la lutte pour la contraception, c'était la pilule qui filait le cancer. Maintenant, que les Zuniens, qui mangent 5 fois plus de viande rouge que nous, et de la bien grasse, bien chimique et bien barbecuisée, se payent du cholestérol, des cancers et de la danse de saint-Guy, moi je veux bien, c'est leur affaire.

 

A couillonnade, couillonnade et demi. Une connerie a toujours chassé l'autre. Voici un bon point (fini le temps des bons points) “ Pasteur ”, distribué dans les écoles de la république en 1886 et qui explique aux chtits' nenfants pourquoi il faut boire du vin. Sans remonter jusqu'à cette époque bénie, quand j'étais gosse dans les années cinquante, on expliquait (depuis, en fait, la guerre 14-18) que la bière était bonne pour les femmes qui allaitaient. Comme les hommes étaient au front, les brasseries du Nord ne parvenaient plus à écouler...

Pas de viande rouge, du vin !

Le plus sidérant reste peut-être la précision : 585 grammes de viande. Au gramme près. Mais quelle viande ?

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20 octobre 2015 2 20 /10 /octobre /2015 05:50

Une des plus grandes figures des études britanniques de l’université française vient de nous quitter : Robert Ellrodt est décédé à l’âge de 93 ans.

 

Il s’agissait d’un enseignant et d’un chercheur considérable auquel la communauté des anglicistes a rendu des hommages spontanés et vibrants. Dans l’un d’entre eux, j’ai découvert que le jeune Ellrodt avait écrit des poèmes en anglais ayant reçu les encouragements de T.S. Elliot en personne. Par son dernier magistral ouvrage publié en 2011 aux Éditions Corti (Montaigne et Shakespeare : l’émergence de la conscience moderne), Robert Ellrodt a montré, une fois encore, son attachement à la cause de l’amitié et des cultures française et britannique. Il avait d’ailleurs été fait Commandeur de l’Empire Britannique.

 

Je l’ai personnellement peu connu. J’avoue que sa personnalité austère, pour ne pas dire sévère, m’intimidait. C’est pourquoi, en guise d’hommage personnel, je voudrais rapporter un souvenir qui risque de surprendre certains de mes collègues anglicistes.

 

La scène se passe à Norwich en 1991 chez un universitaire allemand, spécialiste de littérature comparée, grand shakespearien lui aussi. L’université de la ville accueillait la réunion biannuelle de la Société européenne des études anglaises. Pour l’occasion, je logeais chez cet ami allemand qui avait pris l’initiative d’organiser une soirée avec les collègues que je souhaiterais inviter. Participerait également à ces agapes notre ami commun le romancier et universitaire Malcolm Bradbury.

 

Vers vingt heures, nous nous retrouvons à une bonne vingtaine chez Holger et sa femme Dorothea. Très rapidement, l’ambiance se déride, Bradbury étant, à lui seul, un gage de bonne humeur contagieuse. J’avais bien pris soin de faire inviter mon maître et ami André Crépin que je n’avais pas vu depuis quelque temps. André avait vingt ans de plus que moi et son statut dans l’université française était bien plus élevé que le mien. Mais chaque fois que nous nous retrouvions, nous nous amusions comme des gamins au prix de plaisanteries qui ne volaient pas très haut. J’étais curieux de voir comment Robert Ellrodt réagirait en une telle compagnie. Il finit par me prendre à part et me dit : « Monsieur Gensane, [ah, ce « Monsieur » qui installait la distance idoine !], il me semble que vous êtes très ami avec André Crépin. » Je lui répondis succinctement que nous nous connaissions depuis plus de vingt ans, que nous avions fait Mai 68 ensemble, où plutôt l’un en face de l’autre, et que cela avait scellé une complicité indéfectible. Robert Ellrodt se dérida et il esquissa le sourire qu’on lui voit sur la belle photo qui illustre cet article.

 

Peut-être s’estima-t-il en confiance, le fait est qu’il me narra un souvenir très personnel. En 1950, il enseignait comme jeune assistant à l’Université de Poitiers. Il s’était lié d’amitié avec un assistant de Droit. Un jour, comme il faisait bien chaud, les deux universitaires s’installèrent à la terrasse d’un café fort bien famé de la Place de l’Hôtel de Ville (Place d’Armes). Quand survint, furibard, le Doyen de la faculté de Droit qui s’écria : « Messieurs, un universitaire ne saurait boire en terrasse ! Rentrez à l’intérieur ! » Confus, nos deux hommes obtempérèrent. Quarante ans plus tard, je donnerais quelques cours d’anglais dans cette faculté, où l’ambiance s’était vraisemblablement détendue mais où une bonne minorité de professeurs faisaient toujours cours en robe académique.

 

Le plus drôle de cette folle soirée était à venir. Vers 23 heures, les invités décidèrent de rentrer chez eux. Nous étions dans une grande pièce d’où – les vapeurs d'alcool aidant – il n’était pas facile de s’extraire et de trouver la porte de sortie. D’autorité, un des collègues prit une mauvaise direction et se retrouva, suivi par sept où huit invités, devant la porte de la buanderie qu’il ouvrit avant de s’engouffrer dans ce lieu improbable. Bien qu’Ellrodt et moi n’étions pas devenus copains comme cochons, je lui fis un petit signe de la main signifiant : « ne bougez pas ! ». Notre hôtesse finit par se rendre compte du grotesque de la situation et extirpa les égarés imbibés de ce lieu sans majesté. Je dis alors à Malcolm Bradbury, mort de rire, lui qui avait écrit de nombreux romans “ universitaires ” : « Dans ton prochain livre, tu pourrais peut-être reprendre cet épisode insensé. » Heureusement, pour la réputation de l’Anglistik française, il n’en fit rien.

 

Mais grâce à moi, pour Robert Ellrodt, l’honneur fut sauf.

 

PS : la lettre de T.S. Eliott :

 

 

14th July 1949.

Monsieur Robert Ellrodt,
Fondation Thiers,
Paris, XVI,
France.

My dear Sir,
Some time ago Monsieur Henri Fluchère sent me the enclosed selection of your poems. I have examined them from time to time with much interest and when i find anything of interest to me in poems submitted I usually retain them for considerable period.

Your seventheenth century poems might certainly be remarkable tour de force for any English poet to have produced. And still more remarkable for anyone whose native tongue is not English, You must however be bilingual to a very exceptional degree.

It is, however, the drawback of this kind of exercise in the idiom of a past age that it remains an exercise and can hardly be published except as an exhibition of viruosity. It would be interesting to see few of these poems published in a magazine, but I do not see what you can do at the present time with a collection of them.

Your poem in your own idiom is another matter and of that I can only say that it exhibits a great deal of skill, though I think it is too much a mixture in language of various periods. You still want to find a style of your own which will be completely modern and also arrive at a greater degree of simplification. I shall be interested to see more of your work in a year or so.

Yours sincerely, 
T.S. Eliot

 

 

 

Un poème de Robert Ellrodt :

 

On your smile

A smile flits on your face,
A smile known for so many years,
And ever dear
Since your fingers pressed on my lids
For the first time,
And my eyes, reopening,
Wondered at an angel's face,
Only known before in my dreams.
Such a smile lighted your brow
When you agreed to link our hands
For ever on the uncertain path
Of life's fitful journey.
Next came the smile of motherhood
To greet each new-born babe, and later
The smile of welcome for children
Coming home after straying far.
And ever the smile of delight
When a fair sight takes your fancy,
Or when a fragrance fills the air,
Not sweeter than your own breath.
Or the sober pensive smile
Sitting on your lips when you hear
Such music as may still and soothe
All sorrow in the listening heart.
Keep that smile when bending low
To close my eyes with a last kiss,
Tempering each other's grief:
Parting then will be endured.
And if an envious fate decreed
You should die first, though younger far,
My kiss upon your silent lips
Would meet, I hope, the self-same smile.

 

Souvenir de Robert Ellrodt
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18 octobre 2015 7 18 /10 /octobre /2015 05:38

 

 

J’espérais ne pas avoir à me le coltiner, ce mot anglais en français, espérant qu’il ne passerait pas l’automne, mais puisque Le Monde  s’y met (exemple transmis par un fidèle lecteur et néanmoins ami), il faut bien dénoncer le calque ridicule « devastated/devasté ».

 

On l’a lu et entendu d’abord dans la presse pipeule, dans les publications ou émissions de télé pour djeuns. Il a désormais atteint les colonnes des organes de référence :

 

« Les uns après les autres, tous racontent la mine basse le cataclysme. En boucle, toujours le même mot qui se passe de traduction pour exprimer le malaise : les sujets du XV de la Rose se disent tous « devastated ». Dévastés par un match qu’ils avaient en main jusqu’à la 70e minute de jeu. Dévastés par une défaite face à l’ennemi héréditaire gallois qui pourrait bien les priver d’un accès aux quarts de finale. Dévastés, sans doute aussi, d’avoir raté l’essai de la gagne en fin de match. »

 

Oh que non, Messieurs et Dames du Monde colonisés dans vos têtes ! Le mot ne se passe pas de traduction. Tout doit être traduit. Et correctement, s’il vous plait !

 

Le mot « dévaster », en français, ne saurait être utilisé à la légère. Son sens est très fort. Il vient de vastus (le vide) et signifie donc « rendre désert ». D’où dépouiller, piller, ravager etc. Au sens figuré, on va trouver des expressions du style « un vieillard dévasté par l’âge », au sens où le pauvre homme est complètement délabré d’un point de vue physique.

 

L’anglais « to devastate », « devastated », vient naturellement du français. Il est entré tard dans la langue (XVIIe siècle) et n’a été couramment utilisé qu’à partir du XIXe siècle, dans le sens qu’il avait en français : « A succession of crual wars had devastated Europe ». Le sens “ moderne ” d’« anéanti » date de la seconde moitié du XXe siècle. Et c’est bien sûr cette version abâtardie que nos grands journalistes serinent à tire-larigot. Lorsqu’on lit Le Monde (ce qui ne sert plus à grand-chose, je vous le concède et peut même vous faire attraper le bubon de la pensée libérale), on apprend que l’aviation française a « frappé » (calque de l’étasunien « to strike ») des cibles de Daesh avec quelques victimes collatérales genre femmes et enfants, et que, dans le même temps, les afficionados du XV de la Rose sont « dévastés » par la défaite face au Pays de Galles. Utilisation très ciblée de la langue pour produire l’idéologie impérialiste.

 

À noter que les anglophones sont eux-mêmes victimes de la paresse médiatique puisque « devastated » est utilisé, en recouvrant leur sémantisme varié, à la place de mots comme « shattered », « shocked », « stunned », « overwhelmed », « distressed » etc.

 

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15 octobre 2015 4 15 /10 /octobre /2015 06:00

 

 

Née en 1909 à Paris, Simone Weil fut l’élève d’Alain avant de réussir l’agrégation de philosophie. Elle se considérait comme une mystique chrétienne.

 

En octobre 1925, elle entre en classes préparatoires littéraires au lycée Henri-IV. Simone de Beauvoir la croise en 1926 dans la cour de la Sorbonne :

« Elle m'intriguait, à cause de sa réputation d'intelligence et de son accoutrement bizarre... Une grande famine venait de dévaster la Chine, et l'on m'avait raconté qu'en apprenant cette nouvelle, elle avait sangloté : ces larmes forcèrent mon respect plus encore que ses dons philosophiques. »

 

Au Puy, solidaire des syndicats ouvriers, elle se joint au mouvement de grève de l'hiver 1931-1932 contre le chômage et les baisses de salaire, ce qui provoque un scandale. Syndicaliste, elle écrit dans les revues L’École émancipée et La Révolution prolétarienne. Communiste antistalinienne, elle participe à partir de 1932 au Cercle communiste démocratique de Boris Souvarine.

 

Abandonnant provisoirement sa carrière d'enseignante, en 1934-35, elle est ouvrière sur presse chez Alsthom à Paris, puis elle travaille à la chaîne aux Forges de Basse-Indre et chez Renault jusqu'au mois d'août 1935. Elle note ses impressions dans son Journal d'usine.

 

Elle combat en Espagne dans une colonne de la CNT anarcho-syndicaliste. Gravement brûlée après avoir posé le pied dans une marmite d'huile bouillante posée à ras du sol, elle doit repartir pour la France.

 

En 1942, elle rejoint la résistance gaulliste à Londres après avoir refusé le statut de citoyenne étasunienne, trop confortable à ses yeux. Elle travaille comme rédactrice dans les services de la France libre. Par intransigeance, elle démissionne en juillet 1943.

 

Atteinte de tuberculose, elle intègre le sanatorium d’Ashford. Elle meurt le 26 août 1943, vraisemblablement d’inanition volontaire.

 

(Jactatio)

 

 

 

 

 

 

 

 

Médecin et écrivain d’origine juive, Ernst Weiss est né le 28 août 1882 à Brno.

 

Originaire d’un milieu modeste, il put fréquenter les universités de Prague et Vienne pour étudier la médecine et passer sa thèse de doctorat. Il obtint un emploi dans un hôpital de Vienne avant d’être chirurgien à Berlin et à Vienne. Il fit la connaissance de Kafka qui l’encouragea à écrire Die Galeere en 1913.

 

En 1914, Weiss est enrôlé dans l'armée et prend part à la Première Guerre mondiale en tant que médecin en Hongrie. Après la guerre, il s'établit comme médecin à Prague et travaille deux années dans un hôpital. Après un court séjour à Munich, Weiss part pour Berlin où il veut vivre de sa plume. Il quitta Berlin définitivement peu avant l’incendie du Reichstag et retourna à Prague.

 

En 1934, il émigre vers Paris. Il ne vit pas de son écriture et est soutenu financièrement par Thomas Mann et Stefan Zweig.

 

Son dernier roman (qu'il n'a pas pu achever en raison de son suicide) écrit en exil fut Der Augenzeuge (« Le Témoin oculaire ») en 1939. Dans ce livre il exposait son engagement antifasciste.

 

Le 14 juin 1940, suite l'invasion de Paris par les troupes allemandes, il décide de se suicider en se taillant les veines dans la baignoire de sa chambre d'hôtel après avoir pris du poison. Il décède le lendemain à l'âge de 58 ans dans un hôpital proche. Le même jour, 17 parisiens se supprimèrent pour la même raison.

 

Après sa mort, un gros coffre avec des manuscrits non publiés disparaît.

 

On ne sait pas où il fut enterré.

 

(Impatienta doloris/jactatio)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Né à Amsterdam en 1931, Cees van Wendel de Joode était atteint d’une sclérose latérale amyotrophique. À l’âge de 63 ans, il décide, grâce aux nouveaux dispositifs législatifs hollandais, de mettre fin à ces jours, sa maladie étant incurable. Il propose à des millions de spectateurs en quasi direct d’assister à son euthanasie, donc au dernier verre de porto et à l’injection mortelle.

 

(Valetudinis adversæ impatienta)

 

 

L’épisode raconté intégralement (en anglais) ici.

 

 

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2 octobre 2015 5 02 /10 /octobre /2015 05:50

 

Isabelle Ranchet, Éric Mazebourg. Moi, mince à vie ? C’est maintenant. Paris : Lanore 2015.

 

 

Je sens que je vous étonne. Mais le plus beau, c’est que je m’étonne moi-même. Ce n’est tout de même pas à 67 ans que je vais me soucier d’être « mince à vie ». D’ailleurs les auteurs déconseillent de maigrir à partir d’un certain âge.

 

Ce qui m’a intéressé dans ce livre, c’est qu’il n’est pas que (remarquablement) technique et documenté. Ce n’est pas non plus l’humour du titre, fine allusion à Hollande qui a pratiquement repris tous les kilos qu’il avait réussi à perdre en suivant un régime sévère mais inefficace. Moi qui, à une époque un peu lointaine, ai écrit sur le corps chez Orwell ou chez Defoe, j’ai été sensible à la démarche de Ranchet et de Mazebourg car ils articulent en permanence – pour ceux qui souhaitent maigrir comme pour tous les autres – le corps et l’esprit. Si, après la Libération, de nombreux Français se sont mis à manger et à grossir inconsidérément, si, dans le tiers monde aujourd’hui, le problème de santé numéro un est l’obésité (comme aux Etats-Unis qui se prolétarisent), c’est que les fluctuations pondérales se passent d’abord dans la tête, l’intestin étant notre « deuxième cerveau » (il en est même un troisième : l'intelligence du kilo de bactéries que nous portons en permanence en nous) sur lequel le premier n'a strictement aucune autorité. Et ce n’est pas l’excellent François qui me contredira.

 

Pour maigrir, il faut aimer ce que l’on mange et s’aimer soi-même, à tout le moins avoir de soi une image valorisante. Il faut aussi comprendre le monde tel qu’il va ou tel qu’il devrait aller. Car si nous sommes des poussières d’étoiles, nous sommes aussi le produit d’enjeux économiques et politiques au ras des pâquerettes. Si nous consommons beaucoup trop de protéines, de mauvais lipides (graisses animales et végétales, graisses saturées, beurre pasteurisé, charcuterie, pâtisserie), beaucoup trop de sucre, ce n’est pas par l’opération du saint esprit. À propos de protéines, les auteurs relèvent que, comme elles consomment beaucoup d’énergie pour la digestion, les régimes hyper protéinés « aident à perdre rapidement du poids, mais cette perte entraîne des carences et n’existe que durant le régime. »

 

 

Note de lecture (148)

La prise de poids n’est pas faute à pas de chance : les causes héréditaires ou génétiques ne concernent que 10% des cas. Les vicissitudes de la vie nous plombent parfois. Nous pouvons grossir sans manger davantage parce qu’en prévision d’un manque éventuel le corps va fabriquer des défenses car il a besoin de se protéger. Sauter méthodiquement un repas ne sert à rien, si ce n’est à modifier notre métabolisme et à mettre notre corps en mode de stockage. Par ailleurs, une nourriture malsaine influe sur notre cerveau : une trop grande absorption de graisses saturées rigidifie notre matière grise. Trop de fritures, de saucisses grasses peuvent faciliter de la violence verbale ou physique. Bref, on ne saurait perdre du poids si on n’a pas réglé nos problèmes existentiels.

 

L’abus d’alcool entraîne la disparition de connexions neuronales et une prise de poids. On préfèrera les alcools de macération (vin, cidre, bière, champagne) aux alcools de distillation, le whisky étant le pire de tous dans cette optique – quatre fois plus caloriques qu’un verre de blanc. Il faut bien sûr s’interdire toutes les boissons énergisantes qui excitent et comportent trop de sucre raffiné ou d’édulcorants de synthèse.

 

Je n’évoque pas le Nutella car on ne tire pas sur une ambulance mais il faut savoir que 100 g de chocolat représente le quart des besoins caloriques d’un sédentaire. Les légumes et les salades en sachet sont bourrés d’azote et d’argon. Les salades sont chlorées, les pommes de terre subissent un traitement au dioxyde de soufre. Le fromage le plus calorique est le comté.

 

Sachons également que la France compte 3 millions de diabétiques et que 620 000 Européens en sont morts en 2012.

 

En conséquence, c’est vous qui voyez, et bon ap’ !

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Published by Bernard Gensane - dans culture
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23 septembre 2015 3 23 /09 /septembre /2015 05:58

En 1954, j'étais en CP. Avec mon père comme instit' à l'école Voltaire d'Hénin-Liétard. Un bon tiers des élèves étaient des Polonais de la deuxième génération. Les quatre-cinquièmes des enfants étaient fils d'ouvriers ou paysans. La rentrée se faisait début, voire mi-octobre, je ne me souviens plus exactement. Il fallait bien que les gosses de paysans ramassent (en fait : ramassassent) les patates. Six semaines après la rentrée, les meilleurs élèves savaient lire. Au premier janvier, toute la classe (60 élèves) lisait sans aucun problème. On faisait une dictée de mots par jour. Les vraies dictées, toujours tirées d'une œuvre de la littérature (en pays chti on avait une prédilection pour Émile Verharen), commençaient en CE1 (deux à quatre lignes) et se poursuivaient en CE2 (huit à dix lignes).

 

J'étais au lycée en classe de cinquième quand mon prof de français nous donna la dictée de Mérimée. Je fis une bonne quinzaine de fautes. Moins de vingt, en tout cas. N'étant ni chasseur ni fils de chasseur, je ne pouvais connaître la différence entre “ cuissot ” et “ cuisseau ”. Alexandre Dumas fit dix-neuf fautes, Napoléon III quarante-cinq ou soixante-quinze selon les sources. Le champion toutes catégories fut un diplomate autrichien : le prince de Metternich, avec trois fautes.

 

Essayez de battre ces records en famille en pensant à la pauvre Najat qui vient d'inventer le fil à couper le beurre avec sa dictée quotidienne.

 

Pour parler sans ambiguïté, ce dîner à Sainte-Adresse, près du Havre, malgré les effluves embaumés de la mer, malgré les vins de très bons crus, les cuisseaux de veau et les cuissots de chevreuil prodigués par l'amphitryon, fut un vrai guêpier.


 

Quelles que soient et quelqu'exiguës qu'aient pu paraître, à côté de la somme due, les arrhes qu'étaient censés avoir données la douairière et le marguillier, il était infâme d'en vouloir pour cela à ces fusiliers jumeaux et mal bâtis et de leur infliger une raclée alors qu'ils ne songeaient qu'à prendre des rafraîchissements avec leurs coreligionnaires.


 

Quoi qu'il en soit, c'est bien à tort que la douairière, par un contresens exorbitant, s'est laissé entraîner à prendre un râteau et qu'elle s'est crue obligée de frapper l'exigeant marguillier sur son omoplate vieillie. Deux alvéoles furent brisés, une dysenterie se déclara, suivie d'une phtisie.


 

- Par saint Martin, quelle hémorragie, s'écria ce bélître ! À cet événement, saisissant son goupillon, ridicule excédent de bagage, il la poursuivit dans l'église tout entière.

 

 

En 1950, la dictée fut adaptée et augmentée de la manière suivante :

 

Le dîner à Sainte-Adresse 


Pour parler sans ambiguïté, ce dîner à Sainte-Adresse, tout près du Havre, véritable festin offert en l'honneur de Saint Henri - son patron - par l'un de mes meilleurs amis, ancien ingénieur cantonal de la voirie, pensionné de la Ville de Paris, et mué depuis sa retraite en gentleman-farmer cauchois, ne fut pour aucun de nous ni un vrai guêpier ni l'un des plus dangereux guets-apens.


Cependant pour s'être délectés à l'extrême, certains des quelque trente et un convives dyspepsiques (ou dyspeptiques), m'a-t-on dit, qui s'étaient bien persuadés et s'étaient même fait fort de ne point flancher, durent en pâtir un assez long temps.


Un quincaillier, ex-fusilier marin, et un vieux joaillier, qui se sont succédé en tant que fabricien et marguillier de la paroisse, faillirent même en trépasser le lendemain : le premier, mal remis d'une dysenterie, et aussi maigre qu' un râteau et un goupillon réunis, eut une hémorragie qui l'amena à toute extrémité ; encore plus étique, le second, un malbâti, aux omoplates si arquées, qu'on l'eût dit atteint de phtisie, ne put éviter l'érysipèle facial ni l'urticaire quasi généralisé.


En revanche, ce noble et fameux balthazar, véritablement sans pareil, fit les délices avouées de maint autres commensaux bien famés et au gaster plus résistant ; les uns, gastronomes subtils, ou épicuriens éclectiques adorant festiner, les autres, joyeux et robustes gastrolâtres pleins d'embonpoint, n'aimant qu'à faire chère lie sans avoir pourtant rien d'infâme.


Pince-sans-rire aussi exubérants qu'hilares, un honorable contremaître de fabrique et un honnête fabricant d'allume-feu, n'engendrant point le spleen - lesquels en persiflant, s'étaient ri de tous les lazzi qu'on ne manqua pas de leur décocher - me firent seuls l'effet d'être des demi pique-assiette.


Les effluves embaumés de la mer nous arrivaient par les baies entr'ouvertes de la salle à manger. Fort soucieuse de ses devoirs de parfaite maîtresse de maison, la bru de mon ami, riche et amène douairière que la guerre ignoble et cruelle a fait pleure - ses valeureux jumeaux étant tombés ensemble à la terrible " cote 304 " - s'était laissé entraîner par son sens aigu de la politesse et son vif désir de nous réserver un accueil aussi aimable que sincère et chaleureux. Amie des fleurs, elle s'était crue obligée de décorer cette salle spacieuse et tout inondée de lumière : des plantes hiémales placées çà et là dans les multiples alvéoles emplis d'eau des jardinières en cristal, de même que des rhododendrons, phlox, cannas, phœnix, arums, dahlias et azalées s'échafaudant en longs cornets de baccarat, ou fusant en geyser d'élégants cache-pot, attestaient de toutes parts son amour de la décoration florale et expliquaient l'invitation qu'elle nous avait faite d'aller visiter ses serres et ses parterres.


Quoi qu'en ait dit avec excès et sans nulles ambages un doucereux bélître, neurasthénique censeur à l'air égrotant, et quelles qu'aient été les réflexions et les excédantes critiques d'un géomètre, ratiocinant splénétique qui patrocina jusqu'à satiété des arrhes exorbitantes qu'étaient censés avoir versés sensément mais à contre-cœur sa fille et son beau-fils, pour obtenir cession d'un vieux cottage - arrhes équivalant aux trois quarts de la somme due - on se pouvait croire chez Lucullus.


En effet, le maître queux s'était surpassé, car, quelque exiguës qu'ont paru à tous, la cuisine et deux pièces auxiliaires que, d'autorité, il avait fait siennes, et en dépit de l'exiguïté de l'office affectée au personnel ancillaire, chaque mets fut estimé succulent , et les entremets régals nonpareils qui eussent régalé un roi.


Aussi, cet émule de Vatel sans épée, moins négligent qu'à cheval sur le règlement, gagna le lot des dîneurs les plus exigeants ; ces derniers, sans scission ni dissension aucune, avaient jugé de sa tâche et de son mérite, en vertu de droits régaliens qu'ils s'étaient arrogés.


Précédant de délectables hors-d'œuvre, qu'accompagnaient des vol-au-vent de ris d'agneau, un potage Ésaü fut d'abord apprécié ; vint ensuite une appétissante bouillabaisse noblement corsée et de très haute facture : muges, dorades, crevettes-bouquets, clovisses, moules boulonnaises bien raclées et autres frutti de mare, le rendaient digne des difficiles becs fins mêmes, de la vivante et lumineuse Canebière.


Après une bonne matelote d'anguilles et de truites saumonées à la ravigote, un confit de porc et un navarin, épaulés d'un châteaubriant aux échalotes, m'ont semblé avec l'entrecôte cuit à point, de sérieux plats de résistance.


Puis, fin salmis de gelinottes, mijoté au vin rancio d'excellent arôme ; pigeonneaux en cocote accordés de morilles ; gibelotte de lapereaux finement accommodée d'oignons blancs ; cuisseau de veau pané ; râble de levraut rôti, parfumé de thym, baignant dans un coulis cantonné de girolles ; cuissot de chevreuil aromatisé de cannelle et de girofle moulus, s'entre-suivirent aussi abondants qu'exquis ; une salade de scarole et de raiponce mêlée et aillolisées, ainsi que les ice-cream vanillés pleins d'avantages pour chacun, aidèrent à la digestion.


Le dessert fut également de qualité : crème caramélée, petits-fours aux amandes, vaste tourte normande - sorte de poudingoïde galette miellée, cassonadée, tout entourée de pets-de-nonne et gourmandée de carrés de pistache, de coings et de rhubarbe - couronnèrent, appuyés de grap-fruit glacés le faste, incroyable et pourtant réel, de cette profusion de succulences.


Le tout fut arrosé de vin de très bons crus et de haut millésime. Certains graves, entre autres, dionysiaque nectar et orgueil de notre hôte, souleva l'enthousiasme des gourmands, comme celui des gourmets les plus délicats.


Bien qu'abstème par idiosyncrasie - fâcheux privilège inhérent à ma nature - et quels que pussent être les non-sens et les contresens qui contrecarraient mon dur régime d'hépatique, je transigeai sans remords avec ma conscience , en goûtant, dussé-je avoir à m'en repentir, à tous les magnums et jéroboams successivement dispensés par l'échanson, gai et au ton plaisant en diable.


Ni de ces nombreuses voluptés gustatives, ni des extra et rafraîchissements variés, prodigués par l'amphitryon, je n'eus, sauf de légers spasmes œsophagiens ponctués de rots étouffés et de borborygmes discrets, aucun sujet de repentance.


Un gobelet de vespétro en main, je participai même , en détonnant peut-être, au gaudeamus entonné par un coreligionnaire de mon ami, et que barytona en chœur l'assemblée tout entière.


Que ceci soit dit en français ou en latin, vraiment, " le bon vin réjouit le cœur de l'homme ".

 

 

Ce n'est pas tout : mon ami Philippe Arnaud, plus indispensable que jamais, s'est fait ses deux propres dictées :

 

I- Mon propos, ici, sera non conformiste, et même, à proprement parler, cynique. Au grand dam des taxinomistes et autres thuriféraires du classement, je n’ai jamais aimé qu’un chien fût autre chose… qu’un chien (et non un barzoï, un airedale, un chow-chow ou tout canin à pedigree). 


J’aurais presque, lorsque m’échut mon chien, requis ses seize quartiers de bâtardise. Comment décrire cet animal, à tous égards extraordinaire ? 


Pour se le représenter, qu’on imagine un hamster, mais un hamster examiné de près avec une lunette astronomique, un hamster poilu et à la queue touffue, un hamster délié du jarret, un hamster… avec une allure de chien. Ou bien, vu par l’autre bout de la lunette, un éléphant, mais un éléphant sans trompe ni défenses, un éléphant velu comme un ours, qui se gratterait l’oreille avec sa patte arrière et enterrerait ses os sous les dahlias. Ou bien encore un chat, mais un très gros chat, un chat au museau allongé, et qui japperait après le facteur. Mon chien débute, à l’avant, par une truffe ébène et se conclut, à l’arrière, par une queue ondulée. Cette queue marque la différence essentielle entre l’homme et le chien, car l’homme, mesdames et messieurs, ne se conclut pas. Qu’y a-t-il, en effet, derrière l’homme ? Il n’y a rien. De la nuque aux talons – sauf un accort renflement callipyge chez sa compagne – il s’achève en falaise accore, comme à Etretat (et cette conformation abrupte est, n’en doutons pas, concomitante de la raideur de l’homme envers ses semblables). Mon chien a huit pattes : deux à l’avant, deux à l’arrière, deux à gauche et deux à droite, ce qui lui est très utile pour “marcher à l’amble” (même en plein soleil), à l’instar des destriers, palefrois, haquenées et autres équidés.

Panégyrique : du grec /panêguris/, “assemblée de tout le peuple”. 
Discours à la louange d’une personne illustre, d’une nation, d’une cité.

Non-conformiste : lorsque l’on a, comme ici, affaire à un adjectif, on n’emploie pas de trait d’union. Celui-ci n’est requis que pour les substantifs : des non-combattants mais des unités non combattantes.

Cynique : avant de désigner une attitude morale, ce mot a qualifié une école philosophique (celle de Diogène), qui prétendait revenir à la nature en méprisant les conventions sociales, l’opinion publique et la morale, en les méprisant… comme des chiens, du grec kunikos (“qui concerne le chien”).

Dam : au préjudice, au dommage de. Se prononce “dans”.

Taxinomiste (ou taxonomiste) : spécialiste de la taxinomie, c’est-à-dire de la science des lois de la classification des formes vivantes.

Thuriféraire : du latin ecclésiastique, “celui qui porte l’encens”. Par extension, celui qui “encense”, c’est-à-dire qui rend un culte exagéré à. Attention à la place du “h”.

Barzoï : lévrier russe. Se prononce “bar-zo-i-e” (bien épeler les dernières voyelles).

Airedale : mot anglais, abréviation de Airedale terrier, du nom de la vallée (dale) de l’Aire. Se prononce “airedelle” ou “airedale” (plutôt la deuxième forme).

Chow-chow : mot anglais du jargon anglo-chinois. Se prononce “chocho”.

Pedigree : mot anglais, tiré de l’ancien français /pié de grue/ “marque formée de trois points”. Extrait du livre généalogique d’un animal de race pure. Se prononce pédigré et non pédigri.

Echoir : verbe défectif (inusité à certains temps et à certaines personnes), qui signifie être dévolu par le sort ou par un hasard (ce qui fut le cas pour mon chien).

Bâtardise : comme pour bâtard, ne pas oublier l’accent circonflexe sur le premier “a ”. L’expression, bien entendu, est ironiquement dérivée des “seize quartiers de noblesse”, exigence de l’aristocratie d’Ancien régime de posséder 16 arrière arrière-grands-parents nobles pour accéder à certaines charges.

Sans trompe ni défenses : bien mettre le singulier à “trompe” (il n’en a qu’une) et le pluriel à “défenses” (il en a deux).

Dahlias : attention à la position du “h” (entre le premier “a ” et le “l”.

Japperait : ne pas oublier les deux “p”.

Conclut : au présent de l’indicatif, le verbe, à la troisième personne du singulier, prend une terminaison en “t”, à la différence de la première personne, où cette terminaison est un “s”, aux première et troisième personnes du singulier du présent du subjonctif, où cette terminaison est un “e”, et au participe passé, où la terminaison est un “u”.

Mesdames et messieurs : la forme pleine est requise – avec minuscules – dans un dialogue, lorsqu’une personne s’adresse à une autre. Autrement, on emploie la forme abrégée, qui donne, au pluriel, MM. (pour Messieurs), et non Mrs et Mmes (pour Mesdames).

Accort : de l’italien “/accorto/”, avisé, habile, et dont le sens a glissé vers gracieux, vif, plaisant, avenant.

Accore, du néerlandais “/schore/”, écueil, en parlant d’une côte, d’un écueil, qui plonge verticalement dans une mer subitement profonde (ce qui n’est pas forcément le cas à Etretat, pour la mer, mais l’est assurément pour la falaise).

Callipyge : épithète d’Aphrodite, signifiant “qui a de belles fesses”.

Abrupte : lorsqu’on prononce le mot, bien faire sonner le “p” et le “t”.

Concomitante : il n’y a qu’un seul “m”, un seul “t” et, à la différence de “accommoder”, ou de “accompagner”, un seul “c” à l’intérieur du mot. On dit “concomitant de” et non “concomitant à” ou “concomitant avec”.

Amble : allure d’un quadrupède (hameau, girafe, cheval, éventuellement chien), qui déplace simultanément les deux pattes – avant et arrière – du même côté. Cette allure est réputée très confortable pour le cavalier, au point que l’on dressait les chevaux pour les dames – et qui chevauchaient en amazone.

Destrier : cheval de bataille au moyen âge. Le destrier était conduit de la main droite (d’où le nom) par son cavalier, lorsqu’il ne le montait pas.

Palefroi : du bas latin /paraveredus/, de /veredus/, cheval. Cheval utilisé pour la marche, la cérémonie, la parade, par opposition au destrier.

Haquenée : de /Hackney/, village anglais renommé pour ses chevaux. Bien que le nom soit féminin, peut désigner aussi un cheval de taille moyenne, d’allure douce, allant ordinairement l’amble (voir ci-dessus), que montaient les dames.

Equidé : famille de mammifères à laquelle appartient le cheval. Peut se prononcer “ékidé” ou “é-cu-i-dé”. Pour corser la difficulté, on pourra prononcer de la première façon.

Sources : petit dictionnaire Robert, Dictionnaire Bordas des /Pièges et difficultés de la langue française/, par Jean Girodet (Paris 1981), plus diverses consultations téléphoniques auprès de cliniques vétérinaires et clubs hippiques. Cette dictée a été inspirée par les chroniques d’Alexandre Vialatte, en particulier la chronique /Le cheval est une espèce de homard/, /Antiquité du Grand Chosier/, (Paris, Julliard, 1984, p. 163).

 

 

 

II- Enfin à Vienne ! Lundi, dès potron-minet, nous avons piqué vers l’est. Vers midi, nous étions aux portes de Bâle. Puis, après une brève collation – gare à la somnolence postprandiale ! – nous avons poursuivi notre voyage au nord de la Suisse. A la frontière austro-helvétique, nous avons changé nos francs contre des schillings. La route, après l’ascension du col de l’Arlberg et la redescente subséquente dans la vallée de l’Inn, a doucement atterri à quelques kilomètres de la 
capitale tyrolienne. Le lendemain, après avoir traversé le saillant bavarois – butte-témoin du Saint Empire romain germanique – nous avons serpenté à travers Haute et Basse-Autriche. Notre terrain de camping, sis au sud de Vienne, évoque déjà la plaine pannonienne. Non loin de là, pérenne sous ses avatars, court le limes. Des Antonins aux Habsbourg on y a toujours monté la garde : face aux Marcomans, aux janissaires, aux armées du pacte de Varsovie. Aujourd’hui, les gardes-frontière ne 
surveillent plus que les passages clandestins de pauvres hères : Tsiganes, Kurdes, Chinois… Vienne elle-même abrite une curieuse population : les vendeurs de journaux indiens (entendre les vendeurs indiens de journaux viennois). Etranges vendeurs enturbannés, au profil dravidien, que nous avons vus courir aux carrefours… Au pied de l’église Saint-Charles-Borromée – bâtie en l’honneur du saint éponyme – dans un grand bassin, dôme et colonnes, en leurs icônes inversées, oscillent… Il n’est point, dans cette pièce d’eau, de lascive Aphrodite callipyge ou 
d’impudique Vénus anadyomène : une sobre œuvre de Moore répond, seule, aux courbes baroques du tambour. Déjà, la fête du jour s’achève et, sur un ciel en Ouest vêtu comme un Khalife, se silhouette la ligne de faîte de la Forêt Viennoise. Attablés devant un vin blanc de Styrie, nous regardons monter la marée du soir. Noyant d’ombre cariatides et atlantes, rinceaux et rondes-bosses, elle atteint bientôt les acrotères. C’est en vain que les trophées battent des ailes : eux aussi seront engloutis.

*Notes pour la correction* : on s’est, pour l’essentiel, référé aux 
ouvrages de

Maurice Grévisse, /Le bon usage/, 11^e édition, 1980, Duculot, ci-après 
mentionné /Grévisse/ ;

Jean Girodet, /Pièges et difficultés de la langue française/, 1986, 
Bordas, ci-après mentionné /Girodet/ ;

Alain Rey, /Dictionnaire historique de la langue française/, Robert, 
1998, ci-après mentionné /Rey/.

*Potron-minet* : expression datant de 1835, et signifiant de grand matin. Potron est une déformation du bas latin posterio, « cul », et minet désigne le chat. Le chat passant pour être très matinal, cette expression peut être interprétée comme «dès qu’on peut voir le cul du chat ». /Rey/, p. 2876 et /Girodet/, p. 618.

*Est, Ouest, Nord, Sud* : lorsque le point cardinal désigne, sans complément, une région, un groupe de pays, il prend une majuscule. Avec complément il garde la minuscule. Même chose lorsqu’il s’agit d’une direction. Le vent d’est. Ex., ici : vers l’est, et le nord de la Suisse. /Girodet/, pp. 292, 528, 553 et 737. Plus loin (le ciel, en Ouest…), le nom ouest porte une majuscule. Mais il s’agit d’une licence poétique, qu’on ne sanctionnera pas.

*Postprandiale* : après le repas. Avec la préposition latine post, signifiant « après » et le nom latin « prandium », déjeuner. Les composés en post s’écrivent en un seul mot sans trait d’union sauf si le second élément commence par un t- (post-traumatique). Exceptions : post-abortum, post-partum, post-scriptum et, sans trait d’union, post mortem. /Girodet/, p. 617.

*Schilling* : le schilling est la monnaie autrichienne. Les monnaies étrangères prennent la marque du pluriel français. /Grévisse/, p. 320.

*Ascension* : attention au groupe « sc », au « en » et au « s » de la dernière syllabe. /Girodet/, p. 68.

*Subséquente* : désigne ce qui vient après dans le temps. /Rey/, p. 3666.

*Inn* : rivière alpestre de 525 km, née en Suisse, se jette dans le Danube à Passau (Bavière). La ville d’Innsbruck (pont sur l’Inn) est la capitale de la province autrichienne du Tyrol.

*Saillant bavarois* : il s’agit, bien entendu, de l’ancienne principauté ecclésiastique de Berchtesgaden, dont la seule voie de communication facile menait plutôt vers la Bavière que vers l’Autriche. En tant que quasi-enclave (prononcer kazi) – à l’image de Constance, elle témoigne de l’enchevêtrement du Saint Empire romain germanique.

*Butte-témoin* : hauteur formée d’une couche dure surmontant des roches tendres, et qui témoigne de l’ancienne existence d’un revers de côte ou d’un plateau. Lorsque les noms composés sont formés de deux noms ou de deux adjectifs, ils prennent tous les deux la marque du pluriel, ex. ici, butte et témoin sont deux noms. /Grévisse/, p. 304. Voir Max Derruau, /Précis de géomorphologie/, p. 307, Masson, 1972.

*Saint Empire romain germanique*(962-1806) : majuscules à Saint et à Empire, minuscules à romain et germanique. Pas de traits d’union. /Girodet/, p. 271.

*Basse-Autriche* : prend une majuscule et trait d’union si la dénomination désigne une unité administrative ou politique bien définie. La Haute-Autriche et la Basse-Autriche sont deux provinces autrichiennes (ayant respectivement Linz et Vienne pour capitales). /Girodet/, p. 99.

*Sis* : du verbe seoir – prononcer soir - (situé). Sis se prononce si.

*Pannonienne* : plaine comprise entre les Alpes orientales et les Carpates et correspondant à une large partie de la Hongrie. Attention à la succession des « n » : deux, puis un, puis deux.

*Avatar* : pas de difficulté d’écriture. Au sens figuré correct, chacun des états par lesquels passe une personne ou une chose au cours du temps. Ne pas employer au sens d’aventure ou d’accident. Vient du sanskrit et désigne les incarnations successives d’un dieu dans la religion hindoue.

*Limes* : prononcer « limesse ». Sous l’Empire romain, zone de fortifications plus ou moins continue bordant la frontière d’une province du côté du monde étranger à la romanité. A l’époque romaine, le limes était dirigé vers le Nord, contre les peuplades germaniques, sous les Habsbourg (de 1526 à 1683) vers le sud-est, contre les Turcs, enfin, de 1947 à 1991, durant la guerre froide, contre les troupes du pacte de Varsovie.

*Habsbourg, Antonins* : les Habsbourg (sans s), ont régné sur l’Autriche de 1278 à 1918, les Antonins (avec s), ont régné sur l’Empire romain de Nerva à Commode, soit la totalité du II^e siècle après J.-C. Pour les règles d’attribution du pluriel aux noms propres, voir /Girodet/, p. 870.

*Marcomans* : ancien peuple germain apparenté aux Suèves. Battus par Drusus en 9 A.C., ils s’installèrent au sud du Danube et finirent par faire la paix avec Commode (empereur romain, fils de Marc Aurèle, qui régna de 180 à 192). Ils sont à l’origine du nom Marmagne, commune de la banlieue de Bourges, dans le Cher (donnée confirmée par la mairie de cette même commune).

*Janissaires* : est l’altération (1546) de jehanicere (1457), lequel est emprunté, par l’intermédiaire de l’italien giannizzero (av. 1470), au turc yeniceri (prononcer Iénitchéri), nouvelle troupe. Troupe d’élite turque, créée dans la 2e moitié du XIVe siècle, et recrutée par l’enlèvement d’enfants de populations chrétiennes.

*Pacte de Varsovie* : avec un p minuscule et un V majuscule, contrairement à Pacte atlantique (P majuscule et a minuscule), désignant l’O.T.A.N. /Girodet/, p. 556.

*Gardes-frontière* : un « s » à gardes, pas de « s » à frontière. Ne pas oublier letrait d’union, contrairement à garde forestier. Ce sont *des* gardes qui surveillent *la* frontière. Mais on peut aussi écrire avec un « s » aux deux mots. On préférera la première graphie. /Girodet/, p. 343.

*Hère* : homme misérable. Ne pas confondre avec haire, chemise de crin.

*Indien, Viennois* : avec une majuscule lorsqu’il désigne un ressortissant de l’Inde. Avec une minuscule lorsqu’il s’agit d’un adjectif, comme ici. Voir, à l’inverse, Tsiganes, Kurdes, Chinois. On préférera la graphie Tsigane à Tzigane.

*Enturbanné* : coiffé d’un turban. Avec deux « n ».

*Dravidien* : relatif aux populations du sud de l’Inde, à la peau noire, mais sans les traits des populations de l’Afrique sub-saharienne.

*Vus* : Lorsqu’un verbe conjugué avec l’auxiliaire avoir, suivi d’un verbe à l’infinitif, est précédé du complément d’objet direct, et que ce c.o.d. est lui-même sujet de l’action exprimée par l’infinitif, comme ici (ce sont les vendeurs qui courent), le participe passé s’accorde en genre et en nombre avec le c.o.d. Ex.  : Etranges vendeurs […] que nous avons *vus* courir aux carrefours. /Girodet/, p. 856.

*Eglise* : s’écrit avec une majuscule lorsqu’il s’agit de l’institution 
(l’Eglise catholique), avec une minuscule lorsqu’il s’agit du bâtiment 
(une église romane) . /Girodet/, p. 856.

*Saint-Charles-Borromée* : archevêque de Milan (1538-1584), contribua à la Réforme catholique et se dévoua lors d’une épidémie de peste. Saint patron de l’Empereur Charles VI de Habsbourg (1685-1740), qui fit bâtir l’église. Ecrire avec traits d’union et majuscules.

*Saint* : avec une majuscule lorsqu’il désigne un lieu, un édifice, une fête, avec une minuscule lorsqu’il désigne une personne canonisée par l’Eglise. /Girodet/, p. 698.

*Eponyme* : qui donne son nom à. L’église Saint-Charles-Borromée de Vienne tire son nom du saint évêque de Milan Charles Borromée. /Rey/, p. 1276.

*Dôme et colonnes* : il n’y a qu’un dôme (avec accent circonflexe) et plusieurs colonnes, dont les deux qui précèdent la façade sont inspirées de celles qui furent élevées, à Rome, à la gloire des Empereurs Trajan (98-117) et Marc Aurèle (161-180). On notera que ce fut précisément à Vienne que mourut Marc Aurèle, en campagne contre des tribus germaniques, notamment les Marcomans.

*Icône* : toujours féminin, avec un accent circonflexe sur le ô. L’adjectif inversées porte donc la marque du féminin pluriel.

*Oscillent* : bien prononcer osci-l-e, et non osci-y-e.

*Lascive* : « qui excite aux plaisirs amoureux » ou « enclin aux plaisirs amoureux ». Attention au groupe « sc ».

*Callipyge* : du grec « kalos », beau, et « pugê », fesse. Signifie donc « qui a de belles fesses ». Trois difficultés : « ll », puis « i », puis « y ». /Rey/, p. 592.

*Anadyomène* : vient d’un adjectif grec signifiant « émergeant de l’eau ». Difficultés : le « y », un seul « m » et l’accent grave sur 
l’avant-dernier « e ».

*Moore* : sculpteur anglais (1898-1986). Son style se caractérise par l’utilisation impressionnante des vides et des creux. Attention aux deux « o » et au « e » final.

*Fête*, avec un accent circonflexe. Ne pas écrire comme *faîte* (voir plus loin), sommet d’un édifice, d’un toit, et, par extension, partie la plus élevée de quelque chose de haut.

*Khalife*, ou calife : souverain musulman succédant à Mahomet. Le membre de phrase est inspiré de Saint-John Perse (/Chronique/, VII, p. 402, Gallimard, Bibliothèque de La Pléiade, 1972). On appréciera la graphie khalife plutôt que calife, et, s’il se peut, la majuscule. L’image compare la splendeur du coucher de soleil avec la somptueuse parure du dignitaire musulman.

*Silhouette* : vient du nom du Contrôleur général (ministre des finances) Etienne de Silhouette (1709-1767), en charge de son ministère de mars à novembre 1759, chansonné pour ses projets d’économie. On a supposé sans preuve que l’expression évoquait le fait qu’Etienne de Silhouette avait l’habitude de tracer ce genre de profils. Ne pas oublier le « h » après le « l » et les deux « t ». Le verbe a d’abord été relevé chez Sainte-Beuve en 1857. /Rey/, p. 3508.

*Forêt Viennoise* : bien que couverte de bois, il s’agit, tout comme la Forêt Noire, d’un massif montagneux, en l’occurrence les derniers contreforts des Alpes. Deux majuscules et pas de trait d’union.

*Styrie* : une des provinces autrichiennes, située au sud-est du pays, ayant Gratz pour capitale.

*Cariatide* : statue de femme tenant lieu de pilastre ou de colonne. A préférer à caryatide, plus rare. /Girodet/, p. 138.

*Atlante* : équivalent masculin de la cariatide. Pas de majuscule, comme pour l’habitant de l’Atlantide, pas de « h » comme dans athlète. 
/Girodet/, pp. 74 et 138.

*Rinceau, rinceaux* : ornement sculpté ou peint composé de branches, de feuilles, de fruits en enroulement, servant principalement à la décoration des frises et des pilastres. /Rey/, p. 3256.

*Ronde-bosse* : donne, au pluriel, des *rondes-bosses*. Sculpture ne s’appuyant pas à une surface plane, et qu’on peut donc voir de tous côtés, à la différence du haut-relief ou du bas relief. On dit, sans trait d’union, une sculpture en ronde bosse, mais, avec un trait d’union, une ronde-bosse. /Girodet/, p. 691.

*Acrotère* : Sorte de piédestal sans ornement, servant de socle, placé au-dessus d’une corniche, notamment aux extrémités ou au faîte d’un fronton. /Glossaire des termes techniques/, p. 32, La nuit des temps, Editions Zodiaque, 3^e édition. On dit un acrotère. /Girodet/, p. 17.

*Trophée* : masculin, bien que terminé par un e muet. S’emploie, à partir du XVIe siècle, dans le domaine de la représentation artistique pour un groupe d’attributs divers servant d’ornement et se spécialise pour « motif décoratif formé d’armes, de drapeaux, groupés autour d’une armure. /Rey/, p. 3932. En Autriche, les trophées incluent parfois des aigles dans la décoration, d’où l’image.

 

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Published by Bernard Gensane - dans culture
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