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24 octobre 2020 6 24 /10 /octobre /2020 06:29

par Philippe Arnaud

 

Cette chronique portera sur une absence, sur un nom qui n'a pas été mentionné, sur un lien qui n'a pas été établi. De quoi s'agit-il ?

 

Il s'agit, bien entendu, de l'affreux assassinat de Samuel Paty, ce professeur d'histoire décapité par un terroriste salafiste. Tout le monde a parlé des parents d'élèves sympathisants islamistes qui ont exigé des sanctions à l'encontre de Samuel Paty (pour irrespect envers le Prophète), d'imams qui ont soufflé sur les braises, de mosquées qu'on va fermer, de "fichés S" qu'on va expulser, de réseaux qu'on va surveiller, d'associations qu'on va interdire, etc. Or, dans cette avalanche d'indignations, un nom a brillé par son absence : celui de l'Arabie saoudite.

 

1. L'Arabie saoudite, en effet, est le pays qui assure encore les approvisionnements en pétrole de l'Europe et d'une bonne partie du monde. C'est aussi le pays qui, depuis longtemps, a été instrumentalisé par les Occidentaux pour lutter contre les mouvements communistes en pays musulman, ou les nationalismes de ces pays, qui, parfois, recevaient l'appui de l'URSS. On pense en particulier au plus célèbre d'entre eux, Gamal Abdel Nasser, le président égyptien. Ce dernier, de 1962 à 1970, soutint les républicains du Yémen du Nord qui avaient renversé le roi du Yémen. Et ce dernier, en retour, reçut (déjà !) l'aide de l'Arabie saoudite.

 

2. L'Arabie saoudite, tout au long de la guerre menée par les Soviétiques en Afghanistan, finança les moudjahidines afghans, et contribua également à recruter des volontaires arabes pour combattre les ennemis athées de Kaboul. C'était l'époque où les journaux occidentaux et les intellectuels médiatiques ne tarissaient pas d'éloges sur les "combattants de la liberté" afghans. [Il est vrai qu'on n'était pas loin de la déliquescence de l'URSS, ce qui donnait du tonus à la propagande anticommuniste]. En 1992, après le retrait de l'Armée rouge, Mohammed Najibullah, le dernier président afghan prosoviétique et son frère, qui s'étaient réfugiés dans un bâtiment de l'ONU, en furent tirés - illégalement - par les moudjahidines et abominablement lynchés. Mais on n'a pas souvenir qu'à l'époque les médias français de grande diffusion s'en fussent émus (ils s'économisaient peut-être pour parler de l'incarcération de Carlos Ghosn...). 

 

3. Par ailleurs, comme l'écrit Pierre Conesa (ancien haut fonctionnaire et collaborateur du Monde diplomatique), le wahhabisme de l'Arabie saoudite ne se distingue guère du salafisme des mouvements djihadistes : l'un et l'autre se caractérisent par une même négation de la loi humaine par rapport à la loi divine. [Ce qu'ont fait précisément tous ceux qui, sur les réseaux sociaux, se sont déchaînés contre Samuel Paty, en considérant que la loi divine devait l'emporter sur le principe français de laïcité]. En Arabie saoudite aucune autre religion n'est autorisée que celle de l'Islam sunnite, en Arabie saoudite, les femmes ont toujours une condition subalterne, les travailleurs étrangers (entendre les ouvriers philippins, indiens ou pakistanais, pas les architectes qui conçoivent des tours ou des résidences de luxe) sont traités comme des esclaves, les gays et lesbiennes sont punis de mort), et on y pratique toujours la décapitation au sabre, la lapidation, la flagellation et l'amputation, voire la crucifixion.

 

4. L'Arabie saoudite est aussi ce pays qui, le 2 octobre 2018, a attiré Jamal Khashoggi, journaliste opposant au régime, dans son consulat d'Istanbul (donc sur un territoire étranger), qui l'a torturé, assassiné, et démembré à la scie avant de disperser ses restes - et ce, au moins avec le silence bienveillant des plus hautes autorités. [Un consul est un fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères, c'est donc ce dernier, et, au-dessus, son gouvernement, qui endosse la responsabilité de ses actes]. Or, quelle différence y a-t-il entre décapiter Samuel Paty au couteau de boucher et découper Jamal Khashoggi à la scie ? Juste une question de temps et de moyens : il aurait été délicat au meurtrier tchétchène de Samuel Paty d'effectuer à lui seul, en pleine rue, ce que plusieurs barbouzes saoudiens ont fait posément à l'abri de leur consulat d'Istanbul. Mais l'esprit est le même, la barbarie est la même, la sauvagerie est la même : comme on l'a parfois écrit, l'Arabie saoudite, c'est Daesh qui a réussi.

 

5. Mais l'Arabie saoudite, c'est aussi le pays qui investit massivement en France dans l'économie, notamment dans les loisirs, l’hôtellerie de luxe, l'agro-alimentaire. C'est le pays dont les riches ressortissants sont de bons clients des joailliers de la place Vendôme ou de la rue de la Paix : on ne fait pas de misères à des clients qui achètent des montres de luxe à la brouette. Et surtout, c'est un très bon acheteur d'armes, de munitions, de navires de guerre, de sous-marins et des fameux canons de 155 mm Caesar, qui peuvent se déplacer jusqu'à 100 km/h sur route et dont les obus-roquettes portent jusqu'à 50 km. Et dont Florence Parly, notre actuelle ministre des Armées, prétendait, en avril 2019, avec une mauvaise foi en acier chromé, qu'elle n'avait "aucune preuve" [sic] que les armes vendues par la France à l'Arabie saoudite [étaient] utilisées contre des civils" [dans l'actuelle guerre que mène ce pays au Yémen].

 

6. En résumé : pendant que le président de la République, avec des trémolos dans la voix, invite les Français à se rassembler derrière le cercueil de Samuel Paty, sa ministre des Armées ferme les yeux sur l'idéologie et les agissements d'un État précisément à l'origine des crimes et abominations salafistes. Comme le disait Bossuet : "Dieu se rit des hommes qui se plaignent des conséquences alors qu'ils en chérissent les causes".

Salmuel Paty et l'Arabie saoudite

Je vous propose par ailleurs ce questionnement de Vincent Moret dans les colonnes du Grand Soir :

 

  • Pourquoi le prof, objet de menaces, a-t-il dû aller s’expliquer (lui !) au commissariat ?
  • Pourquoi a-t-on accepté que le père plaignant et sa fille ne répondent pas aux convocations de la police ?
  • Pourquoi le collège n’a-t-il pas publié un communiqué immédiat pour dire que la gamine n’était pas en classe ce jour-là ?
  • Pourquoi la rectrice n’a-t-elle pas publié aussitôt un communiqué de soutien ?
  • Pourquoi était-il prévu qu’un inspecteur d’Académie descende au collège pour recueillir les explications du prof (et éventuellement lui apprendre ce qu’il aurait dû faire dans son cours ?).
  • Pourquoi la principale du collège a-t-elle reçu le parent de la menteuse, sans le prof ?
  • A quel titre un responsable musulman qui n’avait rien à voir avec le collège, accompagnait-il le parent ?
  • Pourquoi la menteuse n’a-t-elle pas été immédiatement interrogée par la police ?
  • Pourquoi nous a-t-on fait croire, jusqu’au jour tragique, que le prof avait demandé aux élèves musulmans de lever la main (de se désigner) et de sortir s’ils le voulaient ?
  • Pourquoi a-t-on laissé entrer en France, sans contrôle, sans enquête, 50 000 à 60 000 Tchétchènes dont beaucoup avaient mené la guerre au nom d’Allah contre les Russes ?
  • Pourquoi avons-nous aimé les djiadistes Tchétchènes jusqu’à nous faire oublier leurs attentats meurtriers à Moscou ?
  • Accessoirement, pourquoi avons-nous oublié les attentats meurtriers des djiadistes ouïghours en Chine et combien allons-nous en accueillir derrière le paravent des fake news sur leur « génocide » ?
  • Pourquoi sommes-nous si hospitaliers avec ces fanatiques et si cruels avec les migrants de Calais et les autres qui se noient en mer, fuyant la guerre que leur fait l’Occident, abandonnant leurs villages détruits pas nous ?

Les réponses sont dans les mots : « America First », atlantisme, nos clients saoudiens, ventes d’armes, plutôt la charia que le Front populaire ».

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20 octobre 2020 2 20 /10 /octobre /2020 05:11

Ci-dessous un article de Reporterre :

 

 

 

Au nom du “ respect des règles de la concurrence ”, les exigences de Bruxelles vont plus loin que le projet gouvernemental Hercule qui vise à démembrer EDF.

 

Lancée quasiment depuis l’entrée en fonction d’Emmanuel Macron à l’Élysée, la réorganisation d’EDF serait sur le point d’aboutir. Début octobre, l’agence Reuters annonçait ainsi la finalisation du projet baptisé « Hercule » dans les prochaines semaines ou mois selon des sources informées.

 

Durant l’été 2020, plusieurs étapes essentielles ont ainsi été franchies. La Commission de régulation de l’énergie (CRE), le « gendarme » du secteur, a publié, fin juillet, un rapport favorable à la réforme de l’Arenh (Accès régulé à l’électricité nucléaire historique), qui règle le tarif d’accès au nucléaire historique d’EDF.

 

Ce tarif permet aux concurrents de pouvoir acheter jusqu’à 100 terawatts-heures (TWh) par an à un tarif bloqué de 42 euros par mégawatt-heure (MWh). Début septembre, le site d’informations Contexte dévoilait un rapport non publié de la CRE sur le coût de production du nucléaire historique : 48 euros par MWh, alors qu’EDF aurait indiqué au cours d’une réunion un chiffre de 53 euros par MWh. Selon nos informations, la CRE a programmé, le 14 octobre, une réunion avec les fournisseurs alternatifs d’électricité pour leur présenter le futur système qui remplacera l’Arenh.

 

 

La refonte de l’Arenh est considérée par EDF comme un préalable à sa réorganisation et à la mise en œuvre du plan Hercule. Ce plan prévoit la scission du groupe en plusieurs parties : une société baptisée Bleue pour le nucléaire historique, détenue à 100 % par l’État ; Bleue serait actionnaire à 100 % d’une société Azur, qui récupérerait les barrages hydroélectriques, ce qui permettrait d’échapper à la mise en concurrence des concessions échues ; enfin, une société Verte, détenue à 65 % par l’État, dans laquelle seraient logées les énergies renouvelables, la commercialisation, la distribution et les autres activités en concurrence comme Dalkia.

 

Cette réforme risque fort de faire porter le secteur le plus déficitaire — le nucléaire — à l’Etat, donc au contribuable, tandis que les activités plus rentables — renouvelables et distribution — seraient privatisées. Face à l’opposition des syndicats, EDF et l’État ont promis que ce projet ne remettrait pas en cause l’intégrité du groupe.

 

C’était sans compter avec la puissante Direction générale de la concurrence de la Commission européenne, qui veille au strict respect du dogme de la concurrence pure et parfaite. Bien obligé de venir au secours d’un EDF surendetté (il traîne une dette financière brute de 61 milliards d’euros à fin 2019) alors que le groupe est face à un mur d’investissements, notamment pour maintenir ses vieilles centrales nucléaires et renouveler son appareil de production, l’État doit en effet faire valider le plan de sauvetage de l’électricien par Bruxelles.

 

Et on ne peut pas dire que les services de la Commission soient laxistes.

 

Dans un document rédigé en mai dernier à l’issue de discussions avec la direction générale de la concurrence, que Reporterre a obtenu (lire ci-dessous), l’Agence des participations de l’État, qui porte la participation publique (83 %) au capital d’EDF, a expliqué au pouvoir politique les exigences de l’Europe. Et elles sont ahurissantes.

 

Les titres des deux premiers paragraphes donnent le ton de la position extrémiste de la Direction générale de la concurrence. « La position de la Commission européenne consiste à privilégier une holding sans rôle opérationnel ni contrôle sur ses filiales et une indépendance entre celles-ci […] Cette position entraînerait l’impossibilité de maintenir un groupe intégré et irait au-delà des exigences posées par les textes européens » !

Selon l’auteur de la note, la Direction générale de la concurrence justifierait la désintégration juridique, financière, comptable et opérationnelle du groupe par « l’ampleur de l’aide qui serait octroyée à EDF du fait du SIEG (service d’intérêt économique général, le service public dans le jargon bruxellois) […] afin d’éviter que le soutien au nucléaire régulé ne profite d’une quelconque manière aux autres entités du groupe ». En définitive, si les demandes de l’Europe étaient acceptées par la France, il s’agirait d’un démantèlement pur et simple d’EDF.

 

Selon nos sources, la position de la Commission européenne n’aurait pas bougé de cette ligne depuis cette date. Contactée par Reporterre, la Direction générale de la concurrence a refusé de répondre à nos questions, tout en précisant que les négociations continuaient avec la France à propos de la réforme de l’accès régulé au nucléaire. L’Agence des participations de l’État a refusé, elle aussi, de nous répondre.

 

Mais ce document confirme les craintes des syndicats de l’électricien qui depuis plusieurs mois dénoncent le plan Hercule et ses conséquences (un démantèlement) pour l’entreprise. « L’avenir du secteur électrique, et donc de la transition énergétique, se négocie dans l’ombre à Bruxelles avec un seul crédo : sauvegarder un simulacre de concurrence, en ignorant les enjeux techniques, économiques, écologiques et industriels de ce secteur et malgré le bilan indéfendable de cette politique », déplore ainsi Anne Debregeas, la porte-parole du syndicat Sud Énergie, qui souligne que cette « désoptimisation » forcée du système électrique français se traduira forcément par une hausse des factures d’électricité pour les abonnés. La concurrence est déjà la responsable des dernières hausses du tarif grand public d’EDF.

 

 

L'Union européenne exige le démantèlement d'EDF

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15 octobre 2020 4 15 /10 /octobre /2020 05:05

Le Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (Hcéres) est une autorité administrative indépendante (AAI) française, chargée de l’évaluation de l’enseignement supérieur et de la recherche publique, créée par la loi relative à l'enseignement supérieur et à la recherche de 2013.

C'est donc un lieu très stratégique qui, dans une démocrature comme l'est désormais la France, doit être contrôlé de près.

Ci-dessous une lettre ouverte aux parlementaires dénonçant cet état de fait.

 

La nomination à la présidence du HCERES entachée d’une faute déontologique et d’une atteinte au principe de séparation des pouvoirs

 

La crise sanitaire a mis en évidence l’existence d’une crise de la recherche scientifique, dans son fonctionnement institutionnel comme dans son rapport à la société. En effet, la pandémie n’a pas seulement pris en défaut les instances de pilotage qui avaient renoncé ces dernières années à accorder des financements décisifs à la recherche sur les coronavirus. Les controverses relatives aux mesures sanitaires ont aussi confirmé que l’acceptation démocratique de mesures fondées sur des diagnostics scientifiques était conditionnée à la confiance de la population envers une recherche indépendante et intègre, aux antipodes des bureaucraties cooptées et toujours soupçonnées de conflits d’intérêts.

 

L’un des enjeux de cette crise touche au pilotage de la politique scientifique en France. Depuis quinze ans, ces politiques font abstraction d’une évidence simple : une science au service de la démocratie et des citoyens requiert disputatio, collégialité, autonomie et temps long. A contrario, le pilotage stratégique de la science par l’évaluation quantitative et par une mise en compétition réglée de tous contre tous porte atteinte à la confiance que les citoyens peuvent placer dans une science soucieuse de l’avenir de nos sociétés. C’est pourtant l’optique qui guide toutes les réformes de ces dernières années et qui anime l’actuel projet de loi de programmation de la recherche (LPR). Au cœur de cette évolution qui concourt à faire dévier la science de sa logique d’intérêt général, on trouve une instance : le Haut Conseil de l’Évaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur (HCERES), l’autorité administrative indépendante en charge de l’évaluation de l’ensemble des structures de l’enseignement supérieur et de la recherche.

 

Le 2 octobre dernier, les services de l’Élysée ont officialisé par un communiqué de presse le choix d’Emmanuel Macron de proposer la nomination d’un de ses conseillers à l’Élysée, M. Thierry Coulhon, à la tête de cette autorité censée être « à l’abri de toute pression [...] des autorités gouvernementales » comme le précise, le plus sérieusement du monde, le HCERES sur son site internet. Cette décision vient clore un processus de nomination long et litigieux, engagé fin 2019, après que le mandat du précédent président, M. Michel Cosnard, eut pris fin.

 

L’appel à candidature avait suscité une mobilisation massive de la communauté de l’enseignement supérieur et de la recherche française, soucieuse de contribuer activement à la définition des normes de probation de son travail, garantes de son intégrité, de façon responsable et en toute indépendance vis-à-vis des pouvoirs politiques, économiques et religieux. Une candidature collective avait ainsi été déposée à l’initiative du collectif RogueESR en janvier 2020, rassemblant 1378 volontaires mobilisés sous la bannière #NousSommesCandidat. Le sens de cette candidature collective à la présidence du HCERES était très clair : garantir l’autonomie et l’indépendance absolue du processus d’évaluation par les pairs du monde universitaire et de la recherche. 

 

Si elle était avalisée par les commissions compétentes de l’Assemblée Nationale et du Sénat, la nomination de Thierry Coulhon serait de nature à aggraver la crise de confiance que traverse actuellement le monde scientifique, et ce au pire moment. Car cette proposition de nomination est entachée de deux problèmes graves, sur le plan de la déontologie professionnelle et sur celui de l’éthique de la vie politique.

 

 

Une faute déontologique.

 

En tant que conseiller du Président de la République, M. Coulhon intervient dans les arbitrages sur les politiques publiques et les nominations en matière d’enseignement supérieur et de recherche. Il exerce de facto une autorité réelle sur les administrations et établissements publics qui se trouvent dans son champ de compétences et sur ses dirigeants. Or, à plusieurs reprises au long du processus de désignation du président du HCERES, M. Coulhon s’est placé en position de juge et partie. Le collège de déontologie du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche ne s’y est d’ailleurs pas trompé ; dans son avis du 29 mai 2020, il écrivait dans la langue feutrée qui le caractérise : « L’éventuelle nomination à la tête d’une autorité administrative indépendante d’une personne qui exerçait immédiatement auparavant des responsabilités auprès des autorités du pouvoir exécutif est également de nature à susciter des hésitations. »

 

M. Coulhon s’est de nouveau porté candidat lors du second appel à candidature publié en juin dernier. Le conseiller du Président, qui n’a pas jugé opportun de quitter ses fonctions dans l’intervalle, a été auditionné le 28 juillet 2020 comme trois autres candidats servant de faire-valoir, par une commission d’examen présidée par la Secrétaire générale du Gouvernement et composée de quatre personnalités ès-qualités, dont une présidente d’université et un directeur général d’organisme de recherche. Ces derniers sont soumis à l’autorité directe de l’HCERES en matière d’évaluation, ainsi qu’à l’autorité indirecte du conseiller élyséen dans leurs mandats respectifs. Les conflits d’intérêt sont tellement flagrants qu’on a du mal à croire qu’une telle composition de la commission d’examen ait pu paraître judicieuse à qui que ce soit. 

 

Des auditions publiques auraient pourtant permis de lever le voile sur la teneur des échanges et d’apprécier l’équité de traitement des différents candidats.

 

 

Une atteinte au principe de séparation des pouvoirs. 

 

Si le candidat ne semble pas troublé par sa position de conseiller à l’Élysée, ce conflit d’intérêt manifeste est cependant en totale contradiction avec l’ambition d’une « République exemplaire », que défendit lors de la campagne de 2017 l’autorité de nomination, à savoir le Président de la République. En matière d’exemplarité républicaine, cette nomination d’un conseiller élyséen à la tête d’une autorité « indépendante » est d’une tout autre teneur que celle, par exemple, de Jacques Toubon au poste de Défenseur des droits par François Hollande. Les propos du collège de déontologie furent véritablement inspirés et prémonitoires : tout ceci est bien « de nature à susciter des hésitations. »

 

Précisons pour finir que cette alerte ne vise en rien la personne de M. Coulhon, mais cette volonté tenace de passer outre le principe d’indépendance de l’instance en charge des normes de la science en France. Si l’indépendance n’est pas une condition suffisante pour garantir l’exercice d’une science autonome et désintéressée, telle que la société la souhaite, elle en est cependant une condition nécessaire. Cette nomination à la tête d’une autorité indépendante constituerait un redoutable précédent et assurément une grave infraction au principe de séparation des pouvoirs. Toute notre société pourrait bientôt en payer le prix.

C’est pourquoi nous appelons les députés et sénateurs membres des commissions compétentes à rejeter la nomination de M. Coulhon à la présidence du HCERES.

 

 

Le collectif RogueESR

 

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RogueESR est un collectif de membres de la communauté académique. Il rassemble celles et ceux qui font vivre ses institutions au quotidien, et qui souhaitent défendre un service public de l’enseignement supérieur et de la recherche, ouvert à toutes et tous.

Le banquier éborgneur place ses billes au HCRES

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14 octobre 2020 3 14 /10 /octobre /2020 05:10

 

 

Je reprends ici un article de RT qui répond à la question.

 

Le Premier ministre a profité de l'obtention du Nobel de chimie par la généticienne Emmanuelle Charpentier pour faire l'éloge de l'attractivité internationale de la recherche française. Cette dernière a pourtant financé ses travaux en Allemagne.

 

 

« Sincères et chaleureuses félicitations à Emmanuelle Charpentier. Pour ce prix Nobel, pour les travaux révolutionnaires qu’elle a conduits avec Jennifer Doudna mais aussi pour la recherche française dont on consacre, à nouveau, l’excellence et l’attractivité internationale» : c'est en ces termes que Jean Castex a, le 7 octobre, tenu à féliciter la généticienne française Emmanuelle Charpentier et son acolyte américaine, pour leurs travaux ayant permis de mettre au point une technique permettant d'éliminer et d'ajouter des fractions de matériel génétique, avec une extrême précision.

 

Un message dans lequel le chef du gouvernement n'hésite donc pas à lier un tel accomplissement aux efforts consacrés à la recherche scientifique française.

 

 

Toutefois, la formule de Jean Castex s'est rapidement heurtée au discours tenu dans la foulée par la lauréate en personne, plus nuancée que le chef du gouvernement quant au soutien dont bénéficient les chercheurs en France. 

«Je pense que la France aurait du mal à me donner les moyens que j'ai en Allemagne [...] Les circonstances m'ont amené à Berlin», a notamment déclaré Emmanuelle Charpentier. «La recherche scientifique a besoin d'être soutenue par le gouvernement, par tous les fonds publics et privés. Ca ne l'est pas assez dans le monde [et particulièrement] en France. [...] C'est pas en donnant de l'argent qui permet de payer un étudiant en thèse pour trois ans qu'on peut vraiment faire de la recherche solide», a encore insisté celle qui se définit comme «une scientifique mobile» ou encore «un électron libre». 

Ainsi que le rappelle l'AFP, la Française, installée en Allemagne, a trouvé en 2012 avec l'Américaine Jennifer Doudna, une technique d'édition du génome baptisée CRISPR-Cas9, comparée à des ciseaux moléculaires, apte à éliminer et à ajouter des fractions de matériel génétique avec une extrême précision. 

«Le mécanisme est facile d'emploi, peu coûteux, et permet aux scientifiques d'aller couper l'ADN exactement là où ils le veulent, pour par exemple créer ou corriger une mutation génétique et soigner des maladies rares», peut-on lire dans la revue Sciences et avenir. «Le but ultime [de cette technique] révolutionnaire est de corriger des maladies génétiques humaines», expliquait en 2016 Emmanuelle Charpentier, qui est désormais la troisième chercheuse française à obtenir le prix Nobel de chimie. 

Les ciseaux moléculaires posent cependant d'importantes questions éthiques sur de potentielles dérives eugénistes, comme l'avait souligné Emmanuelle Charpentier elle-même.

 

Un prix Nobel de chimie français qui n'exerce pas en France. Pourquoi ?

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8 octobre 2020 4 08 /10 /octobre /2020 05:06

Lors de la dernière fête de L'Humanité, le secrétaire général de la CGT et le président du Medef ont fait stand commun. Cela en a surpris plus d'un à la CGT et au Parti communiste, mais cela a ravi la classe patronale et ses relais dans les médias. Je propose ici l'analyse de l'événement qu'en a fait le PARDEM, parti de la démondialisation.

 

Lors de la dernière Fête de l’Huma, un débat qualifié d’historique a été organisé entre Philippe Martinez (CGT) et Geoffroy Roux de Bézieux (Medef). Quelle est l’utilité d’une telle opération ? Qui en récolte les bénéfices ? Nombreux sont les adhérents et adhérentes de la CGT à se demander quelle mouche a piqué leur secrétaire général…

 

Le « dialogue social » a franchi une étape significative. Tout du moins symbolique. Les médias les plus anti mouvements sociaux, si prompts à militer contre ce qu’ils jugent les méfaits de la grève, se sont gargarisés de l’info de rentrée : le responsable du Medef invité à la Fête de l’Huma à débattre avec le responsable de la CGT ! Une première. Du sensationnel. D’autant que ce débat, jugé "historique " par les commentateurs de la Fête de l’Humanité, reconfigurée pour cause de pandémie, a été organisé à l'initiative de la direction de la Fête, du PCF qui n'a pu l'ignorer, le tout accepté avec enthousiasme par la direction de la CGT. Une idée de communicant pour exister dans les médias malgré le caractère très rétréci de cette édition 2020… ?


A priori cette alliance de la carpe et du lapin a de quoi sidérer ceux qui décryptent les rapports sociaux à travers le prisme de la lutte des classes. Patrons contre salariés. Syndiqués contre directions patronales défendant des intérêts antinomiques. Exploitation contre émancipation. Bref, classe contre classe. 


Alors comment comprendre que la CGT, syndicat de lutte pour l’abolition du salariat, le Parti communiste français favorable à la sortie du capitalisme dialoguent avec le Medef dominateur, offensif et intraitable depuis des décennies grâce à l’appui des gouvernements successifs et de l’Union européenne… Étrange. Choquant. Déroutant.


Mais pourtant… ce débat bien élevé a bien eu lieu au sein du sein : la Fête de l’Huma, historiquement temps et espace populaire de la lutte de classes ! Et le tout en pleine période d’écrasement des luttes sociales et de contre-réformes anti sociales touchant au cœur même du système social des Français !


La question est lancinante, obsédante. Pourquoi débattre avec le syndicat patronal assoiffé de délocalisations, Bridgestone à Béthune, après bien d’autres, comme PSA-Aulnay, Alstom, Technip, etc. Le Médef toujours avide de privatiser et de supprimer des emplois, partenaire idéal du gouvernement Macron qui se charge de réprimer les syndicalistes, de briser le droit du travail et d’éborgner des Gilets jaunes. 


Alors que nous sommes pris dans une guerre sans pitié entre salariés et patrons, convaincus par la réalité sociale qu’une contradiction irréconciliable existe entre les premiers, pieds et poings liés dépendants des seconds, en "état de subordination" comme le dit le droit bourgeois du travail et les seconds, seuls détenteurs de la "valeur actionnariale" et de la propriété des moyens de production, ce débat est obscène !

 

Oui, nous pensons que la lutte des classes existe encore et que la CGT, malgré sa tiédeur de ces dernières années en portait encore le flambeau tandis que le débat entre "partenaires sociaux" n'était qu'une mascarade de propagande incarnée par la CFDT, l'assistante sociale du Capital. 


Pourquoi le numéro 1 de la CGT entretient-il l'illusion qu’un compromis est possible avec le fondé de pouvoir de la classe des dominants qui organise le chômage, la précarité, les bas salaires, les licenciements massifs, le travail aliéné, la destruction du droit du travail, au nom du droit divin de propriété des actionnaires ?


Il nous vient alors de sombres pensées. Le débat à la Fête de l’Huma serait-il en fait une nouvelle étape de la dérive réformiste de la CGT ou encore le lent mais irrépressible abandon de son rôle de défense des intérêts des ouvriers, des employés, de tous ceux qui refusent d’abdiquer, de se rendre ? 


Les preuves s’accumulent. Adhérente à la Confédération européenne des syndicats (CES), courroie de transmission du Capital œuvrant à la corruption idéologique du salariat, la CGT a partie liée avec l’Union européenne, ses institutions et ainsi complice de fait avec ses politiques néolibérales. Voilà les vrais points de convergence entre P. Martinez et G. Roux de Bézieux (qui ose durant le débat - sans être repris par l’intéressé - apostropher le secrétaire général de la CGT par son prénom...). 


Il est légitime de se demander quand sera acceptée la cogestion à l’allemande ? A quand la complète collaboration de classes ? "Philippe" remerciera-t-il "Geoffroy" des bons services rendus aux salariés : délocalisations, chômage, bas salaires, précarité, licenciements massifs, destruction du droit du travail, matraquage des syndicalistes, répression des manifestations, instrumentalisation de la pandémie en outil de la dictature du capital et de la tyrannie bourgeoise avec Macron ? 


Pour de nombreux militants de la CGT, du PCF et des lecteurs de l'Humanité, comme pour les militants d'autres organisations anticapitalistes, l’organisation de ce débat témoigne de la confusion idéologique à gauche et de la décomposition totale du système politique et syndical. 


De ce pathétique événement il faut tirer toutes les leçons et ne pas croupir dans nos désillusions. Les luttes, pour être victorieuses, doivent être menées directement par le salariat et les classes populaires de ce pays. L’irruption des Gilets jaunes en atteste une fois encore s’il en était besoin. 


Enfin il appartient aux adhérents de la CGT de décider si la direction de leur syndicat doit changer ou s’ils cautionnent le dialogue social « à la Martinez » ! Vite ! Avant la prochaine université du Medef où Philippe Martinez sera certainement invité !

 

Quand “ Philippe ” et “ Geoffroy ” dialoguent

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2 octobre 2020 5 02 /10 /octobre /2020 05:00

 

 

Depuis un petit moment, je suivais sur Facebook le dénommé Gilles Casanova, que je ne connaissais ni des lèvres ni des dents. J’aimais – pardon : je “ likais ” – les billets de cet homme de ma génération, pondéré et plutôt original. Et puis, patatras ! Le bon Gilles n’a pas apprécié, mais pas du tout,  cette brève publiée par moi le 27 septembre :

 

CEUX QUI PROTESTENT CONTRE LA FERMETURE DES BARS A 22 HEURES

MANIFESTENT MOINS CONTRE LA BAISSE DES CREDITS A L’HOPITAL

 

J’aurais pu ajouter, mais je suis moi aussi pondéré dans mes écrits (ma première publication date d’il y a 52 ans), que ces djeuns’, qui râlent pour pas grand chose, ont eu pour grands-parents des djeuns’ qui ont subi l’occupation allemande avec des contraintes légèrement plus irritantes que celles qu’ils subissent aujourd’hui du fait d’une épidémie, rappelons-le, mortelle.

 

Le bon (je dis « bon » car sur la photo on lui donnerait le bon Dieu sans confession) Gilles a qualifié ma courte prise de parole de « stupide ». Alors que – et j'en étais ravi – une dizaine de mes “ followers ” habituels, en gros de gauche, avaient apprécié l’idée, somme toute assez banale, que j’avais alors exprimée.

 

J’ai alors demandé au bon Gilles de ne pas se contenter de ce lapidaire jugement et d’expliciter. Ce qu’il ne fit pas. Il réitéra le mot « stupide », à deux reprises. En me faisant la leçon, en latin s’il vous plait : « Errare humanum est, perseverare diabolicum », puisque je m'étais enfoncé dans une série d’âneries.

 

J’ai développé une réponse circonstanciée :

 

« Je vous suivais avec intérêt depuis quelque temps et j'avais fait l'erreur de penser que vous n'étiez pas dogmatique. Vous ne savez qu'affirmer, même en latin. Vous possédez la science d'un “ consultant pour la communication et la prospective ”, ce qui en jette évidemment mais n'a que peu à voir avec l'essence de la politique. Vous avez soutenu Jean-Luc Benhamias, l'un des personnages politiques les plus volatils du paysage français. En 2015, le journal L'Opinion vous a consacré un article flatteur mais qu'il a malheureusement sous-titré : “ Du trotskisme au centre-gauche, en passant par Chevènement et Sarkozy, l'incroyable destin d'un stratège recherché ”. Il vous qualifie d'éminence grise. Le gros vilain ! Je n'en crois pas un mot. Vous avez également conseillé Cambadélis et Bockel, deux sacrées pointures d'arriviste. Quel “ incroyable destin”, en effet ! Soit dit en passant, nous avons un point commun : Vincennes, où nous avons étudié à peu près à la même époque (j'ai cinq ans de plus que vous) et où j'ai enseigné trois ans. Nous n'en avons pas retiré les mêmes enseignements. Ne vous fatiguez pas à répondre, ce serait une affirmation péremptoire de plus, je masquerais votre commentaire. »

 

Dans son article de 2015, L'Opinion en rajoutait quelques couches : après avoir titré  « Gilles Casanova, éminence grise de la gauche qui voudrait sortir de l’ombre » (il était temps en effet de sortir de l’ombre puisqu’il avait 62 ans à l’époque), la journaliste, à peine facétieuse, nous informait que le grand communicant était « l’homme qui a convaincu Jean-Christophe Cambadélis de ne plus lire ses discours ». Fou, non ? Malheureusement, ce merveilleux conseil n'a pas empêché “ Camba ” de finir dans les poubelles de l'histoire du PS. Mieux encore : le bon Gilles avait « suggéré à Jean-Luc Bennahmias d’organiser une université d’été du Front Démocrate à La Rochelle juste avant celle du PS. [Il avait] mis en garde l’ancien socialiste Jean-Marie Bockel, ministre de Nicolas Sarkozy au début du précédent quinquennat, contre la fin de « l’ouverture », quelques mois avant qu’elle ne survienne. [Il] a façonné la stratégie de Jean-Pierre Chevènement à la présidentielle de 2002. [IL] a compris avant tout le monde, au début des années quatre-vingt-dix, que la question européenne allait percuter la gauche. » Bref, des idées à jet continu, à tomber de l'armoire. Pour son ami Michel Suchod, précisait l’article, cela faisait du bon Gilles un « intellectuel organique, au sens de Gramsci».

 

Atteint de tuberculose osseuse, Antonio Gramsci passa les 11 dernières années de sa vie en détention. Il fut libéré deux jours avant sa mort. Pour sa part, le bon Gilles réside à l’hôtel Claridge de Paris (150 euros minimum par jour).

 

Toujours un rien moqueuse, la journaliste de L’Opinion s’apitoyait sur le destin du bon Gilles : « Gilles Casanova est cependant l’unique rejeton des mouvements lycéens d’extrême gauche des années soixante-dix à ne pas avoir accédé aux responsabilités à ce jour. Comme si son parcours à la Talleyrand était rédhibitoire. Pauvre chou ! « On m’a souvent dit que j’étais Jean Poiret dans La gueule de l’autre », rapporte Gilles Casanova. Dans ce film de Pierre Tchernia, Jean Poiret incarne le fidèle conseiller du président d’un parti centriste. Celui qui tire les ficelles en coulisse, et fomente un improbable stratagème pour sauver son patron. Pas très présentable au grand public. De fait, « Casa » passe aisément, à son grand dam, pour le conseiller occulte spécialisé dans les mauvais coups. » Éminence grise un jour...

 

Tout  cela est bien triste. Et tellement intéressant...

 

Du coup, le bon Gilles a décidé de me rayer de ses cadres. Depuis que je suis sur Facebook, c’est la première fois que je reçois le message bien connu :

 

« Ce contenu n’est pas disponible pour le moment

Ce problème vient généralement du fait que le propriétaire ne l’a partagé qu’avec un petit groupe de personnes, a modifié qui pouvait le voir ou l’a supprimé. »

 

Ont également disparu les échanges, pourtant fructueux et éclairants, mentionnés plus haut.

 

Et c'est ce type qui me faisait la leçon...

 

Il a bien fait de disparaître de mon champ de vision !

 

 

Gilles Casanova : un communicant qui ne communique plus

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1 octobre 2020 4 01 /10 /octobre /2020 05:09

Un peu technique mais à lire absolument au moment où le banquier éborgneur est en train de détruire le service public, dans l'enseignement supérieur comme partout ailleurs.

 

 

Chères et chers collègues,

 

Au sortir du confinement, nous vous avons proposé de répondre à une consultation en ligne sur l’état de l’enseignement supérieur et de la recherche et ses perspectives d’avenir. En moyenne, un peu plus de 2500 personnes ont répondu à chaque question. Voici comme promis la synthèse des résultats. Le mail ci-dessous en donne un bilan général et vous trouverez ci-dessous une fiche de synthèse contenant les éléments chiffrés les plus significatifs.

 

L’enjeu d’une telle consultation est de savoir où “nous” en sommes, c’est-à-dire “où en est le Nous” de la communauté scientifique. Tout, dans la dynamique amorcée il y a une quinzaine d’années, concourt à briser la collégialité et à faire diverger les intérêts. La rhétorique de la “co-construction”, le système d’allocation des moyens, les dispositifs de précarisation subjective et objective, entretiennent notre atomisation. Le sondage en porte la trace : la défiance vis-à-vis des représentants élus, y compris des instances collégiales, est spectaculaire ; les intercesseurs traditionnels comme les sociétés savantes ne sont plus considérés par les répondants comme des acteurs ayant pris la mesure des problèmes majeurs auxquels nos métiers font face ; la majorité des répondants, eux-mêmes titulaires à 75%, reconnaissent aux titulaires une part de responsabilité dans le développement de la précarisation. Ces résultats sont le signe d’une prise de conscience individuelle qu’il s’agit maintenant d’articuler collectivement : nous constatons en nous-mêmes combien la mécanique de dépossession nous englue dans des positions professionnelles et éthiques divergentes et contradictoires, empêchant l’affirmation d’un dessein qui dépasserait les clivages entre corps de métier, statuts, entre disciplines et établissements. Redisons-le ici : cette fragmentation n’est pas un à-côté de ces réformes, mais elle en est le cœur. Reconnaître cette situation douloureuse fait donc partie du diagnostic à poser pour savoir quoi construire.

 

Il est d’autant plus intéressant de voir que plusieurs propositions recueillent des taux d’assentiment supérieurs à 90 voire à 95% et agglomèrent des groupes dont les réponses divergent sur d’autres sujets. Sans surprise, un tel rassemblement s’opère sur la question des recrutements sur des postes pérennes, sur celle des moyens budgétaires en général et sur le rejet de la LPPR. Notons que la concentration d’une éventuelle hausse des moyens financiers sur l’ANR, qui induirait un surcroît de précarisation, fait l’objet d’un rejet tout aussi massif que la LPPR elle-même. Le consensus est également écrasant pour affirmer que la précarisation n’est aucunement neutre du point de vue de la démarche scientifique collective et en obère la qualité, un constat diamétralement opposé au point de vue du ministère et de la direction du CNRS. Il en va de même pour affirmer la centralité de l’élection, le cas échéant panachée avec des modes de désignation autre que la nomination, dans la composition des instances supervisant les normes de probation savante. 

 

Ces premières convergences sont autant de bornes sur lesquelles la dynamique d’atomisation vient buter : tout en étant conscients de la déconstruction effective de l’intérêt commun dans les réformes, nous réaffirmons notre volonté de rester une communauté solidaire dont les pratiques sont fondées sur l’égalité statutaire, sur le règlement démocratique du dissensus, sur l’exigence de rigueur, la patience et l’écoute. L’élaboration d’une méthode de répartition des moyens, non bureaucratique et scientifiquement fondée, prenant en compte les spécificités disciplinaires, en constitue l’illustration concrète. Nous voulons l’autonomie avec les conditions matérielles qu’elle présuppose. Mais dans le même temps, nous réfutons le sophisme qui voudrait que l’autonomie savante soit l’irresponsabilité, car c’est dans les mêmes proportions que les répondants déclarent vouloir repenser leurs pratiques pour tenir compte de la crise écologique et climatique, qui impose un nouveau fonctionnement savant, plus lent, plus raisonné, plus intègre, plus lucide sur lui-même - en un mot, plus en phase avec l’idéal qui n’aurait jamais dû cesser d’être celui de la science.

 

Cette convergence de principes fournira la trame des réflexions que nous vous invitons à lancer sur vos lieux de travail et dans vos villes à partir de cet automne. Les journées “Refonder l’université et la recherche” du 25-26 septembre le coup d’envoi de cette réagrégation théorique d’un “Nous”.

 

Le collectif RogueESR

 

 

Synthèse du sondage

 

Les répondants

 

2500 personnes ont répondu au sondage ; 52% des répondants sont enseignants ou enseignants-chercheurs titulaires (dont trois présidents d’université ou d’établissement), et 24% sont chercheurs titulaires. 14% sont doctorants (contractuels, vacataires ou non-financés). Les personnels administratifs et techniques représentent 9% des répondants. Sur le plan disciplinaire, 42% des sondés exerçant une profession académique sont issus du domaines des Lettres, Langues et SHS, 19% des sciences biomédicales et 39% du groupe science, technologie, ingénierie et mathématiques. 44% se sont déclarés femme, 54% homme. 19% ont moins de 35 ans, 60% ont entre 36 et 55 ans, 21% ont 56 ans ou plus.

 

Situation sanitaire dans l’enseignement supérieur

 

Les premières questions du sondage demandaient une appréciation de la situation sanitaire du supérieur en période de déconfinement et en prévision de la rentrée. 70% des personnes interrogées ont fait part de leur pessimisme sur la rentrée, jugeant l’organisation d’une rentrée satisfaisante difficile voire impossible. La perspective du télétravail (“distanciel”) est jugée négativement par 57% des répondants, et seulement 13% expriment une opinion positive sur cette éventualité. 80% des répondants jugent que l’enseignement et l’évaluation à distance répondent à d’autres finalités que l’enseignement et l’évaluation “en présentiel”. Enfin, 85% jugent impossible ou difficile d’organiser une rentrée respectueuse des normes sanitaires requises sans recrutements supplémentaires, non-prévus par le ministère.

 

Bilan des politiques menées depuis 15 ans

 

Le bilan scientifique tiré de la vague de réformes amorcées il y a une quinzaine d’années dans toute l’OCDE confirme leur échec aux yeux des scientifiques : il ne sont qu’un tiers à considérer que la qualité des publications scientifiques a augmenté, dans le monde et en France (34% et 35%) ; une courte majorité absolue parle de stagnation voire de régression. Ce sentiment de stagnation et de régression est plus marqué concernant la France (54%) que concernant le reste du monde (50%).

 

Sans surprise, un grand consensus se dégage sur la question des moyens : neuf répondants sur dix jugent les moyens alloués à la recherche et à l’université insuffisants ou très insuffisants (89% pour la recherche, 91% pour l’université). Mais le consensus est tout aussi marqué sur la question du mode de management promu par les réformes, jugé négatif par 94% des répondants pour la recherche et 89% pour l’université. Dans ce contexte où 80% des répondants se déclarent suffisamment bien, voire très bien, informés sur le contenu de la Loi de Programmation Pluriannuelle pour la Recherche (LPPR), le volet managérial et statutaire de la LPPR est expressément rejeté à 81%.

 

Emploi et précarité

 

Trois questions visaient à estimer l’ampleur de la précarisation des professions scientifiques, par corps de métiers (enseignants et/ou chercheurs, personnels administratifs, personnels techniques). Au final, ces questions ont surtout permis de prendre la mesure de l’invisibilisation de cette question, avec à chaque fois plus de 30% des répondants se déclarant incapables d’estimer l’ampleur de la précarité sur leur lieu de travail - un constat qui souligne l’urgence de bilans sociaux sincères à tous les échelons, et d’une communication sur ce sujet. Cette invisibilisation de la précarité n’empêche pas 64% des répondants d’affirmer que les cursus universitaires ne seraient pas viables sans les enseignants précaires ; ils sont 70% à penser que des tâches vitales au fonctionnement de l’ESR reposent sur des personnels non-titulaires 85% des répondants pensent que la précarité d’une partie des personnels affecte la production scientifique de l’ensemble ; et 40% déclarent avoir vu des recherches dans leur unité affectées par le turn-over des précaires. En conséquence, ils sont plus de 90% à rejeter les termes avancés par le ministère dans ses négociations avec certains intercesseurs syndicaux et avec les sociétés savantes (augmentation du budget de l’ANR en échange d’un soutien au volet RH de la LPPR). Enfin, seuls 6% des répondants jugent que le ministère a été à la hauteur des difficultés rencontrées par les précaires durant le confinement.

 

Concernant la prise en compte de ces difficultés par les représentants de la communauté, si les deux tiers des répondants pensent que les syndicats ont suffisamment pris la mesure du problème, un tiers seulement considère qu’il en va de même des sociétés savantes, et moins d’un quart des répondants considère que les instances élues des universités et organismes ont perçu l’importance de ce sujet.

 

Concernant la responsabilité de cette situation, 96% des répondants attribuent une responsabilité forte à écrasante au ministère, mais également 75% aux directions des universités et organismes de recherche et aux agences de pilotage. A l’inverse, 85% jugent que les précaires n’ont aucune responsabilité ou une responsabilité minime dans leur situation, tandis qu’ils ne sont que 9% à dédouaner de la même les personnels titulaires du sort fait aux précaires (rappelons que 76% des répondants sont eux-mêmes titulaires).

 

Bureaucratie ou démocratie

 

Le sondage confirme l’état très inquiétant de la démocratie universitaire et scientifique : 83% des sondés se jugent insuffisamment associés aux décisions budgétaires de leur établissement d’exercice, et 60% ne sont pas associés du tout. 60% des sondés sont insuffisamment associés aux décisions pédagogiques à l’université, et 67% aux décisions scientifiques.

 

Si le principe même de l’existence d’une instance d’évaluation comme le HCERES est critiqué par la moitié des répondants, contre un quart qui le juge positif, son mode de composition actuel, sans élection, ne satisfait que 2,4% des répondants. Les deux tiers des participants (65%) défendent soit l’élection intégrale, soit le panachage entre élection et tirage au sort.

 

Nous avons également demandé aux répondants d’estimer le nombre d’évaluations qu’ils devaient rendre chaque année pour ces instances, ce qui a fait apparaître un gouffre entre les 2,4% de répondants rendant 10 évaluations ou plus, avec un pic à 60, et le reste de la communauté, à commencer par les 55% de répondants pour qui la réponse est aucune.

 

Plus de 90% des répondants attribuent au ministère une responsabilité forte à écrasante dans cette situation, à parité avec les directions des universités et des organismes de recherche, tandis qu’ils ne sont “que” 86% à mettre en cause les agences et le HCERES. A noter également que 37% des répondants considèrent que les personnels scientifiques titulaires occupant des fonction de pilotage ont une responsabilité dans cette évolution.

 

Répartition des moyens

 

L’estimation des coûts de production d’un article scientifique, hors salaires, témoigne de la possibilité de répartir rationnellement les moyens de sorte que tous les chercheurs puissent travailler, en évitant la chronophagie, la bureaucratie et le conformisme inhérents aux appels à projets. Ainsi, les répondants reconnaissent une gradation des besoins depuis les lettres et sciences humaines (quelques milliers d’€) jusqu’aux sciences du vivant (centaine de milliers d’euros €), selon une croissance qui suit la part de travail d’expérimentation nécessitant du matériel coûteux. Le nombre de signataires moyens suit la même progression entre disciplines. La variabilité des réponses témoigne de ce qu’une distribution strictement déterminée par le champ disciplinaire demeure, possiblement, légèrement sous-optimale. Cependant, elle constitue une première approximation qui permettrait de répartir efficacement l’essentiel des moyens.

 

Publications

 

Le diagnostic sévère porté sur l’évolution qualitative des publications trouve son corollaire dans le fait que la moitié des répondants (50%) avoue publier épisodiquement ou régulièrement des travaux inaboutis. 14% déclarent aussi l’avoir fait “une fois”. Plus des deux tiers (68%) disent ne pas avoir le temps de suivre l’état de la recherche dans leur domaine.

 

Concernant le financement des publications, près des deux tiers des répondants (64%) n’ont jamais fait payer de frais à leur institution pour publier un article dans une revue. Concernant les revues en Open Access, ils sont 53% à n’avoir jamais payé pour être publié, sur 85% de répondants ayant déjà publié en Open Access. Ce modèle de prédation reste donc largement extérieur aux pratiques scientifiques en France. Il est d’ailleurs jugé négativement par 89% des répondants. 

 

A contrario, 57% des répondants se sont déjà procuré des publications sur des sites de piratage et 63% souhaiteraient que les associations savantes reprennent le contrôle des publications, quitte à en supporter les coûts (ils ne sont que 6% à s’y opposer).

 

Les métiers scientifiques et la crise écologique

 

La dernière série de questions visait à sonder la communauté scientifique sur la prise en compte de la crise écologique dans la formulation des priorités d’une politique scientifique.

 

Il en ressort que 84% des répondants pensent que la crise écologique et climatique doit entraîner une modifications des pratiques scientifiques ; 76% pensent que les pratiques actuelles induisent des déplacements trop nombreux et 81% estiment que la réduction de l’empreinte carbone des activités scientifiques doit devenir une priorité dans l’établissement des politiques universitaires et de recherche. 

 

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RogueESR est un collectif de membres de la communauté académique. Il rassemble celles et ceux qui font vivre ses institutions au quotidien, et qui souhaitent défendre un service public de l’enseignement supérieur et de la recherche, ouvert à toutes et tous.

 

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Résultats de la consultation sur l'état et l'avenir de l'enseignement supérieur et de la recherche
Résultats de la consultation sur l'état et l'avenir de l'enseignement supérieur et de la recherche

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30 septembre 2020 3 30 /09 /septembre /2020 05:14

 

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Quel rapport entre la crise des gilets jaunes, la situation sanitaire de la France, l'appel à des fonds privés pour restaurer Notre-Dame de Paris, ou encore l'abandon de fleurons de l'industrie française ? Pour l'économiste Frédéric Farah, il s'agit de la mise en place du "fake state", un Etat impuissant, depuis 1983.

 

Marianne : Qu’appelez-vous le "fake state" ?

 

Frédéric Farah : Le fake state est l’expression d’un Etat que je dirai paradoxal. En effet, l’État s’est dépourvu de nombre d’instruments de politique économique (contrôle des capitaux, détermination du taux d’intérêt, souveraineté monétaire, politique commerciale, politique industrielle, nationalisations…..) et juridique puisque désormais notre droit national passe sous subordination européenne si je puis dire. De ce fait, le fake state est un Etat affaibli économiquement, et n’a qu’une action limitée sur le réel. Jean Castex organise un plan dit de relance sans pouvoir engager une dévaluation de l’euro, pourtant nécessaire, car nous vivons avec une monnaie surévaluée. Par ailleurs, dans la mesure où il n’est pas maître de l’outil monétaire, le plan dans son ambition ne peut qu’être limité.

 

 

Le fake state compense cette faiblesse par un excès de communication, de mise en scène souvent brouillonne et peu efficace. Qu’il suffise de penser à la communication désastreuse du gouvernement depuis le début de la pandémie de coronavirus.

 

Mais paradoxal, car le fake state est autoritaire. Il supporte mal la contestation ou même la négociation. Le mouvement des gilets jaunes a fait l’objet d’une répression sans précédent. Par ailleurs, en termes politiques, les gouvernements essayent de réduire le temps d’examen des textes, procède par ordonnance ou utilise le 49-3. La constitution de la Vème République est dévoyée, le président de la République est devenu un chef de clan. Il s’agit de lui faire allégeance avant tout. Le macronisme en est l’illustration caricaturale. En somme le fake state est un Etat impuissant, qui fabrique de l’insécurité civile, sanitaire, sociale, mais qui se crispe et devient autoritaire et bavard en communiquant à l’excès.

 

 

 

A vous lire la gauche serait plus responsable de cet état de fait que la droite…

 

Lorsque l’on remonte le cours du temps, nous ne pouvons qu’être frappés par le fait que la gauche dite de gouvernement a conduit une politique à l’encontre du monde du travail de manière sidérante. La désinflation compétitive conduite par elle a eu des effets négatifs en matière de répartition de la richesse. Les salariés en sont les grands perdants, sans parler de la désindexation salaire/prix. On pourrait penser au programme de privatisations et d’ouvertures du capital d’entreprises publiques ou encore les lois en faveur d’une plus grande flexibilisation du marché du travail . La gauche a excellé en la matière encore plus que la droite. Mais le chef-d’œuvre de la gauche contre le monde du travail, c’est la construction européenne. Du marché unique à l’euro, la gauche de gouvernement a promu avec constance le désarmement du travail au profit du capital. Mais la gauche française n’est pas la seule à avoir emprunté ce chemin. La social-démocratie s’est retournée contre les travailleurs.

 

Peut-on réellement parler d’impuissance de l’Etat, quand les dépenses des administrations publiques pèsent pour plus de 50% du PIB ?

 

Les dépenses des administrations publiques sont si je puis dire un trompe-l’œil. Il ne s’agit pas d’en minorer l’importance, mais d’en observer la composition, à savoir des dépenses sociales principalement. Ces dépenses sont essentielles, et il ne s’agit pas de les saisir uniquement comme des coûts. Elles sont sources de revenus, corrigent les inégalités, réduisent la pauvreté relative. On a en a perçu toute l’efficacité lors de la crise du Covid à travers les mécanismes de chômage partiel. Mais ces dépenses sociales ont contredit surtout fortement la pente déflationniste des politiques économiques de ces quarante dernières années, en particulier la désinflation compétitive. Et c’est tant mieux si j’ose dire.

 

Mais l’Etat par ce biais n’accroît pas sa puissance, l’impuissance vient surtout de la fin d’un Etat producteur. Les privatisations, la réduction du nombre d’entreprises publiques ont limité son champ d’action pour ne dire que cela.

 

De même, la répression à l’égard des gilets jaunes n’est-elle pas, malgré tout, une preuve du poids de l’Etat en France ?

 

Il ne s’agit pas encore une fois de nier le poids de l’Etat en France, il s’agit surtout d’insister sur la perte de moyens d’actions pour corriger les déséquilibres comme le chômage, ou encore de dessiner un avenir économique comme préparer la transition écologique, ou assurer une plus grande justice fiscale. Le fake state peut compter sur tout un appareil d’Etat efficace, structuré pour mener certaines missions comme celle de réprimer durement les gilets jaunes. Mais dans cette affaire, la police comme service public, elle aussi, subit le poids de l’austérité. Qu’il suffise de penser à la situation matérielle des commissariats, le manque de moyens ou encore des personnels pressurisés et fragilisés.

 

 

Quelles sont les conséquences concrètes du fake state ? 

 

Les conséquences concrètes du fake state sont hélas nombreuses : désindustrialisation plus rapide comparée à nos voisins comme l’Allemagne, la perte de recettes fiscales en raison de la libre circulation des capitaux telle qu’elle est pensée en Europe, la vente à la découpe de notre patrimoine industriel, l’obsession comptable et gestionnaire qui entraîne la mise à mal de nos services publics, vivre avec une monnaie surévaluée, la perte d’une stratégie industrielle, la fin d’outils précieux pour engager la transition écologique comme des monopoles d’Etat en matière d’énergie, de transport.

Mais aussi parmi les conséquences, la fabrication de montages souvent désastreux en matière fiscale et sociale qui restent les deux leviers à peu près disponibles pour agir : multiplication des niches fiscales, CICE. Dépourvu de stratégie industrielle, l’Etat laisse vendre à la découpe des fleurons nationaux, s’oppose mollement à la fermeture de certains sites. La récente crise du Covid a montré la situation d’imprévoyance des pouvoirs publics.

 

 

 

Pour vous, les sorties de l’Union européenne et de l’euro sont indispensables. Pourquoi ?

 

Ce sont les points de départ pour penser demain si je puis dire. Tant que nous conserverons l’euro, il ne peut y avoir d’espoir de penser une économie plus juste socialement et à même d’œuvrer pour la transition écologique. La folie dans une certaine gauche est de croire que l’euro n’est qu’un instrument et qu’il soit possible d’en faire ce que l’on veut. L’euro et je le montre dans le livre est un dispositif anti keynésien, et anti redistributif. Il suffit de penser aux fondements théoriques qui ont présidé à la constitution de la BCE, et qui ont donné les armes nécessaires au capital pour déstabiliser et c’est peu dire les conquis des travailleurs.

 

Monnaie profondément déflationniste et qui a l’Etat social en ligne de mire. Il n’en diminue pas forcément le poids, mais en change l’organisation, l’orientation. L’euro, avec ses corollaires, le pacte de stabilité, le Traité sur la coopération et la gouvernance en Europe obligent à comprimer la dépense publique ou du moins en ralentir la progression ou la soumettre à un programme de réformes. Après le oui à Maastricht s’engage l’été suivant en 1993, la réforme Balladur qui ouvre le bal aux fameuses réformes paramétriques de nos régimes de retraite.

 

Le résultat tassement à venir du revenu des retraités, calcul des retraites moins généreux, allongement de la durée de cotisation. Aujourd’hui, dans le cadre du plan de relance européen dit recovery fund, les populations comprennent bien que cette « aide » pour la relance sera subordonnée à un ensemble de réformes dites structurelles qui vont affecter le champ de la protection sociale.

 

N’oublions pas le prix que l’Italie a payé pour l’austérité mise en œuvre au nom des choix européens : ce pays a vu sa situation économique se dégrader en 20 ans, sans compter un système sanitaire à l’os, des infrastructures publiques vieillissantes. Regardez bien, la situation présente, face à la crise économique, ce sont les travailleurs et les salaires qui vont servir de variables d’ajustement. Le plan Castex n’a aucun sens lorsqu’il est réalisé dans une monnaie surévaluée. Mais comme la BCE agite le parapluie atomique à coup de liquidités et de rachats de titres de dettes souveraines, l’euro devient sympathique encore une fois pour une gauche aveugle, sans compter la fumeuse tentative de créer un embryon de fédéralisme.

 

Quant à l’Union européenne, elle a consacré la liberté de circulation des capitaux et le principe de la concurrence dite libre et non faussée comme deux piliers hautement problématiques. D’une part, cette liberté de circulation des capitaux a permis l’émergence de paradis fiscaux au sein même de l’Union européenne et a fait du principe de concurrence la matrice de son ordre économique et juridique avec les conséquences que l’on sait (impossibilité de construire des champions industriels européens, disparition des monopoles de l’Etat, …). Il convient aujourd’hui de restreindre la libre circulation des capitaux, de subordonner le principe de la concurrence à celui de la justice sociale, de la transition écologique. L’euro est le moyen puissant de maintenir un ordre économique devenu déraisonnable, et délétère.

 

 

Prônez-vous un simple retour au modèle des Trente Glorieuses, auquel on ajouterait la transition écologique ?

 

Les Trente Glorieuses appartiennent au passé pour bien des raisons : elles se sont fondées sur l’utilisation d’une énergie fossile abondante et bon marché, sur un ordre monétaire certes imparfait qui fut celui de Bretton Woods, sur une ouverture progressive des économies et sur un arraisonnement plus ou moins réussi du capitalisme par la démocratie. Elles ont pu exister aussi du fait de déséquilibres entre une partie riche du monde et un ensemble de pays qui restait en marge d’un certain "développement économique", du fait de leur domination par le nord.

 

Elles ont pu avoir lieu car le travail n’était pas si désarmé par rapport au capital. Ce monde ne reviendra plus et c’est tant mieux. Mais des éléments de ce dernier doivent être conservés, moins comme désir nostalgique d’un retour impossible, mais comme des balises ou le rappel d’expériences douloureuses. N’oublions pas le triple enseignement de l’expérience rooseveltienne qui a guidé l’après-guerre : le rôle des politiques économiques actives, l’importance de l’Etat social, et le muselage de la finance.

 

 

Ces trois éléments en intégrant de nouvelles considérations écologiques peuvent être encore à l’ordre du jour. Mais attention, il y a une forme de productivisme, d’organisation du travail hérités de cette époque, dont il n’est pas nécessaire d’avoir du regret, même si aujourd’hui le travail à la chaîne par exemple n’a pas disparu. Ce qui est à mon sens nécessaire de conserver de cette époque, ce sont les principes qui ont voulu guider la réforme économique de l’après-guerre, admirablement contenu dans le préambule de la Constitution de 1946.

Le capitalisme doit être plus que jamais arraisonné par la démocratie sociale qui aujourd’hui montre une grande fatigue. Polanyi a pu parler d’un réencastrement nécessaire du social et de l’économique, le cycle néolibéral a remis en cause ce mouvement. Il a engagé un mouvement de remarchandisation des sociétés humaines qu’il convient d’arrêter. Ce qui est préservé ce sont les droits sociaux issus de la société salariale qui s’est affirmée lors des Trente Glorieuses. Le capitalisme financiarisé et numérique ne doit pas être le levier de leur démantèlement.

 

Mon souhait, c’est une définanciarisation massive de l’économie et une resocialisation de nombreuses activités pour préparer la transition énergétique, retrouver la voie de la réduction du temps de travail par exemple.

 

 

"Fake State" : "La social-démocratie s’est retournée contre les travailleurs"

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29 septembre 2020 2 29 /09 /septembre /2020 05:10

 

 

Si l’on veut s’en prendre à Jean-Luc Mélenchon, il faut le critiquer au niveau de ses idées. Comme pour tous les autres politiques. Puisque, dans ce domaine, elles ne font pas le poids, la droite et l’extrême droite – et leurs relais dans les médias – tentent désespérément de lui trouver des failles personnelles. Dans sa médiocrité et sa bassesse, le banquier éborgneur avait lancé une opération véritablement overlord en envoyant au domicile personnel du chef de la France Insoumise, dès potron minet, une cohorte de flics ayant pour mission de trouver des documents compromettants, au besoin en farfouillant dans les tiroirs de lingerie de son amie. Deux ans plus tard, on ne sait toujours pas ce que la Justice a retenu de cette démarche infecte.

 

Alors qu'on ne trouve rien, les crapules de toutes sortes dont les grands-parents ont sur les mains le suicide d’un Roger Salengro nous parlent de la « fortune » de Mélenchon. Cela devient tellement grotesque que même Le Monde, qui lui est pourtant très hostile, a tenu à mettre en pièces cette rumeur imbécile.

 

Selon le « grand quotidien de référence » (tu parles, Charles) il semblerait que la paternité de ce conte de fées pour limités du ciboulot revienne au site d’extrême droite Résistance Républicaine. Ce site fait courir le bruit que Mélenchon touche un salaire de député européen alors qu’il ne l’est plus, une retraite de sénateur alors qu’il ne la touche pas (demandez à Juppé comment on fait pour cumuler). Le site prétend que Mélenchon possède un appartement de 220 mètres carrés alors qu'il en fait 110, qu'il est situé dans le XVe alors qu'il se trouve le Xe, et qu’il vaut 1,5 million euros alors qu’il en vaut 850 000. Mélenchon possède également une résidence près d’Orléans, dont Bolloré ne voudrait même pas comme niche pour son chien. Ce bien, acheté 90000 euros en 2000, vaut aujourd’hui 190 000 euros.

 

Le patrimoine de l’homme politique (qui n’a pas de voiture) est évalué aujourd’hui à 965 000 euros. En gros, celui d’un cadre supérieur de 70 ans. Mais, vous diront les amateurs de remugles, vous savez bien que les hommes politiques sont payés à ne rien foutre. Et non ! Ils travaillent comme des dingues. S’ils leur arrive de s’endormir sur les bancs de l’Assemblée Nationale, c’est qu’ils sont épuisés. Depuis plusieurs années, Mélenchon suit un régime alimentaire assez spartiate, pour tenir le coup. Sauf peut-être, et encore, quand il va manger au Bateau-Lavoir, le restaurant des fils de Maxime Vivas à Toulouse !

 

 

La « fortune » de Jean-Luc Mélenchon

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27 septembre 2020 7 27 /09 /septembre /2020 05:14

Ci-dessous le témoignage de la mère de Pierre-Alain Mannoni, un homme comme vous et moi qui a tenté d'apporter un peu d'humanité à des gens en détresse :

 

Voici les nouvelles des procédures judiciaires de mon fils Pierre-Alain. Après 4 ans de procédure, les frais de justice continuent de s'accumuler, merci de votre générosité pour sa cagnotte.

L'aide aux migrants - Ma folle épopée judiciaire 
 
En 2016, dans le froid de la montagne des Alpes-Maritimes, en pleine nuit, j’ai rencontré 3 jeunes femmes qui étaient gravement blessées. Elles avaient fui la dictature d'Érythrée, elles étaient passées par les marchés aux esclaves de la Lybie et s’étaient perdues sur une route près de chez moi. Je les ai emmenées dans ma voiture pour les mettre à l'abri et qu'elles reçoivent des soins. On nous arrêté au péage et mis des menottes parce qu’elles n’avaient pas les bons papiers. 


Depuis des années ces dérives graves de l'Etat sont portées devant les juridictions par des associations ou des citoyens isolés. D’ailleurs cette année : 


Le conseil d'État et le Conseil Constitutionnel a confirmé que la France ne respecte pas sa devise Fraternité et son obligation d'accueillir les plus vulnérables comme les femmes ou les enfants fuyant les guerres. 


En référence à l’article 3 sur la torture la Cour Européenne des Droits de l'Homme vient de condamner la France sur la façon dont elle a traité des personnes qui devaient être mises à l'abris. 


Et même des policiers à Briançon ont été condamnés à de la prison pour avoir répété violences, humiliations et vols sur des personnes qui avaient besoins d'aide. 


Malgré cela pour la 5e fois je me retrouve devant un tribunal. Un épopée judiciaire digne des plus grandes affaires : 1ere Instance à Nice, Cour d’Appel d’Aix en Provence, Cour de Cassation à Paris, Conseil Constitutionnel et maintenant une nouvelle cour d’appel à Lyon. Car en fait l'enjeux de cette affaire qui peut paraitre ubuesque fait froid dans le dos : 


Est ce qu’il faut éduquer nos enfants en disant qu'il y a certaines personnes différentes qu'il ne faut pas secourir ? Comme les juifs à une autre époque… 


Est ce qu’il faut réduire la définition de la Fraternité ? Comme on l'a fait sous l'occupation… 


Alors voilà j’y retourne pour que plus personne ne soit poursuivi pour avoir été humain, pour avoir accueilli comme cela s’est toujours fait partout et à toutes les époques. C'est aussi pour ça qu'un rassemblement est prévu le jour du procès, devant la cour d'appel de Lyon le 23 septembre 2020 à 13h.  
 
Mais il y a de l’espoir car nous sommes très nombreux à être humain. En ce moment par exemple des bénévoles comme ceux de Roya-Citoyenne apportent de la chaleur humaine et de la nourriture à des gens laissés à l'abandon grâce à vos dons et votre aide. 

 

24 SEPT. 2020 — 

Il est 19h45, elle a commencé à 13h30

Ça a été dur, très lourd...

L’avocat général souhaite la condamnation. il a cherché à faire passer Pierre-Alain pour un militant. Et un militant connaît la loi et la loi c’est la loi et Pierre-Alain savait qu’il ne respectait pas la loi, voilà son argumentation qui a duré plus d’une heure.

Il demande 5 mois de prison avec sursis.

Pour la défense Pierre-Alain est un citoyen ordinaire qui s’est trouvé en présence de gens en souffrance ayant besoin d’aide . Maëva, son avocat, a été très bonne. Elle a relevé des anomalies dans le requisitoire de l’avocat général.

Pierre-Alain a été très solide, à la barre pendant 3 heures sans interruption. Plus des questions supplémentaires à la fin.

J’ai trouvé que le président de la cour cherchait à le coincer sur des petits détails, il coupait les cheveux en quatre dans la première partie de l’audience. Il paraissait plus humain pendant le réquisitoire du procureur. Ce dernier m’a fait frémir mais certaines personnes ont trouvé qu’il avait fait des erreurs.

Je suis incapable de tout comprendre dans ces démonstrations de haut vol des lois.

Mais je me suis dit en l’écoutant que respecter la loi de façon aussi dépourvue d’humanité et de fraternité mènerait à une société où je n’aurais pas envie de vivre.

Je n’aimerais pas le croiser. C’est de l’acier.

J’ai bien compris le sens de « raide comme la justice »! Oui vraiment très raide!

Suis nouée,

Le verdict sera rendu le 28 octobre à 13h30

....À suivre

Dans le meilleur des cas Pierre-Alain sera relaxé mais à mon avis le procureur ira en cassation. Il veut le faire condamner

Autrement si Pierre-Alain est condamné, c’est lui qui ira en cassation pour aller jusqu’à la cour européenne des droits de l’homme.

Donc on n’est pas sorti de l’auberge...

Ouf.

Pas facile.

 

 

La Justice française est en acier, dure avec les faibles.

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