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21 septembre 2021 2 21 /09 /septembre /2021 05:13

 

Moi non plus.

 

Jean-Mimi fait partie de cette cohorte de type et typesses absolument improbables qui ont surgi depuis l’avènement du banquier éborgneur : milliardaires douteux, universitaires ratés, énarques frustrés.

 

Le truc de Jean-Mimi, c’est l’ordre, la police, l’industrie sécuritaire. Ça tombe bien car la bande du banquier éborgneur veut l’utilisation de drones partout, entre les mains des forces de l’ordre, bien sûr. Excipant de sa qualité de député LaREM et de membre du Conseil national du numérique, il laisse libre cours à ses obsessions de technopolice.

 

Ce n’est pas facile car le Conseil constitutionnel, pourtant bien assoupi ces dernières années – Fabius a beaucoup à se faire pardonner – a censuré une partie de la loi Sécurité globale. Cela n’a pas empêché le gouvernement du banquier de présenter un texte qui reprenait à quelques mots près des éléments censurés, en conservant les fondamentaux concernant les drones et les caméras embarquées.

 

Jean-Mimi, qui doit connaître 1984 par cœur, sera responsable du titre III de la loi : « Dispositions relatives à la captation d’images ». Il marche ainsi sur les traces de Jean-Michel Fauvergue, soutien du banquier éborgneur, chef du RAID de 2013 à 2017 et député en Seine-et-Marne depuis. Fauvergue préside à l’Assemblée un Groupe Sécurité. En 2020, avec sa collègue Marcheuse Alice Thourot, rapporteuse pour la loi relative à l'harmonisation de l'utilisation des caméras mobiles par les autorités de sécurité publique, il propose une loi relative à la sécurité globale aux fins de renforcer les pouvoirs des polices municipales et des agents de sécurité privée. La loi prévoit également de limiter la diffusion d’images de policiers qui pouront conserver leurs armes de service en dehors des heures de travail, y compris dans les lieux publics. Á noter qu’Alice Thourot sait faire preuve de douceur : en 2018, lors des débats sur le projet de loi relatif à la lutte contre la fraude fiscale, elle a demandé – avec quelques autres députés, eux aussi bien doux – la suppression de l’article 7 qui proposait de sanctionner administrativement, par une amende, les cabinets concourant, grâce à leurs conseils, à l’évasion fiscale de leurs clients.

 

Pour revenir à Jean Mimi, il ne cesse de manifester son impatience quant aux « réformes » visant à rendre la police toujours plus technique et la technique toujours plus policière. Il a servi de conseiller dans la préparation du texte sur les drones dans la police ; il a déploré la lenteur du déploiement des caméras piétons ; il s'est fait le chantre de la reconnaissance faciale, des expérimentations biométriques dans la perspective de la Coupe du Monde de rugby en 2023 et des JO de Paris en 2024. Il est soutenu par Cédric O, secrétaire d’État au numérique (dont la grand-mère, aristocrate coréenne, avait une maison tellement vaste qu’elle n’en avait pas visité toutes les pièces) qui, comme lui, veut pouvoir surveiller tout l’espace public, en attendant peut-être l’espace privé.

 

Connaissez-vous Jean-Michel Mis
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19 septembre 2021 7 19 /09 /septembre /2021 05:04

 

 

Même Le Figaro le pense !

 

FIGAROVOX/ENTRETIEN - Arnaud Montebourg et Marine Le Pen ont proposé la nationalisation des autoroutes. Pour le professeur de droit public Paul Cassia, l'idée se heurte à des difficultés juridiques et pratiques, sans être irréalisable. Mais un tel choix ne réduirait pas nécessairement les coûts pour les usagers.

 

FIGAROVOX. - Marine Le Pen et Arnaud Montebourg ont lancé leur campagne en annonçant la renationalisation des autoroutes. Est-ce envisageable, selon vous ?

 

 

 

Paul CASSIA. - Oui. L'idée de nationaliser les 18 sociétés concessionnaires d'autoroutes à capitaux majoritairement privés n'est d'ailleurs pas nouvelle.

 

Régulièrement, des parlementaires de l'opposition déposent des propositions de loi en ce sens. Il est donc d'autant plus «normal» que cette question commence à être soulevée dans la perspective des élections présidentielle et législatives de 2022 que le taux de rentabilité des sociétés autoroutières est en augmentation continue depuis 2002, date du mouvement massif de privatisation des autoroutes. Le ratio de rentabilité est passé de 18 % en 2005 à 31 % en 2019. Les bénéfices ainsi encaissés, qualifiés de «rentes» notamment par l'Autorité de la concurrence et la Cour des comptes, peuvent notamment se retrouver dans les dividendes distribués aux actionnaires des sociétés d'autoroute, plutôt que d'abonder le budget de l'État, même s'il faut rappeler que près de 40 % du montant des péages est constitué d'impôts ou de taxes…

 

 

Il peut y avoir deux obstacles à la nationalisation des autoroutes.

 

L'un est de nature juridique, et tient au respect du droit de propriété des entreprises concessionnaires ainsi que des termes des contrats de concession. Cet obstacle peut être surmonté si l'État fait valoir des raisons d'intérêt général à la nationalisation, et les contrats de concession eux-mêmes comportent une clause rappelant cette faculté de résiliation unilatérale par l'État, laquelle existe pour tout contrat liant une administration à une entreprise et portant sur un service public. Une telle raison d'intérêt général peut tenir au déséquilibre manifeste des contrats au bénéfice des sociétés concessionnaires tel que souligné dès 2014 par l'Autorité de la concurrence, qui considérait que la «rentabilité nette exceptionnelle» des sociétés concessionnaires « n'apparaît justifiée ni par leurs coûts ni par les risques auxquels elles sont exposées », ou encore au souhait de l'État d'installer une nouvelle politique en matière autoroutière.

 

 

Mais alors, cette résiliation à l'initiative de l'État doit en principe faire l'objet d'une compensation pécuniaire en faveur des sociétés concernées. C'est ici que surgit le second obstacle à la nationalisation des concessions autoroutières, qui est de nature financière et tient à son incidence éventuelle sur les finances publiques.

 

 

La nationalisation pourrait se faire à indemnisation nulle pour les sociétés concessionnaires, c'est-à-dire à coût zéro pour le contribuable. À cet égard, l'échéance des concessions autoroutières débutera en 2031 et se terminera en 2036. Est-il possible de les écourter sans que cela soit trop coûteux pour l'État ?

 

Sur ce point, les avis divergent. Auditionné par le Sénat le 2 juillet 2020, le secrétaire d'État aux transports a assuré que la nationalisation des concessions autoroutières coûterait 44 milliards d'euros à l'État, c'est-à-dire au contribuable national. Il y a un consensus pour dire que le rachat des contrats de concession coûterait entre 20 et 50 milliards d'euros, car il faudrait tenir compte du manque à gagner des sociétés concessionnaires jusqu'au terme normal du contrat de concession, en effet prévu pour 2036 pour certains d'entre eux.

 

Mais d'aucuns, dont je suis, considèrent que la nationalisation pourrait se faire à indemnisation nulle pour les sociétés concessionnaires, c'est-à-dire à coût zéro pour le contribuable, au nom de la règle constitutionnelle qui interdit aux personnes publiques de consentir des libéralités : les bénéfices engrangés par les sociétés concessionnaires depuis le début des années 2000 seraient à ce point importants qu'il n'y aurait plus rien à indemniser. En ce sens, on peut mentionner un avis n° 389520 rendu le 5 février 2015 par la section des travaux publics du Conseil d'État relatif aux marges dont dispose l'État pour assurer une meilleure prise en compte de l'intérêt public dans l'équilibre des concessions autoroutières, où il est écrit à propos d'une résiliation anticipée de ces concessions que «si les investissements étaient amortis et si aucun manque à gagner n'était constaté, une indemnisation ne serait pas nécessaire».

 

Une nationalisation des sociétés concessionnaires d'autoroutes n'est pas par elle-même une garantie de disparition ni de baisse des péages. Cela serait-il avantageux pour les usagers ?

 

 

Les conséquences potentielles sur les usagers d'une nationalisation des autoroutes sont difficiles à prévoir, car elles dépendront d'un contexte politique, et il faudrait interroger les candidats à l'élection présidentielle sur ce point.

 

C'est en effet l'État, actionnaire majoritaire, qui alors décidera de la manière d'exploiter le réseau et fixera le tarif des redevances autoroutières sans que le gouvernement ait besoin de «négocier» avec de puissantes entreprises privées délégataires du service public autoroutier, voire le cas échéant décidera de la gratuité de l'usage de tout ou partie du domaine public autoroutier.

 

Autrement dit, une nationalisation des sociétés concessionnaires d'autoroutes n'est pas par elle-même une garantie de disparition ni de baisse des péages ; elle aurait en tout état de cause pour effet d'affecter à l'État les importants dividendes actuellement perçus par les seuls actionnaires des sociétés concessionnaires. C'est alors le contribuable national qui y gagnerait.

 

Renationaliser les autoroutes : possible, faisable, souhaitable
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17 septembre 2021 5 17 /09 /septembre /2021 05:10
Ce Tunisien résidant en Belgique, footballeur professionnel, a été arrêté par la police belge le 13 septembre 2001 pour avoir eu l’intention d’attaquer la base militaire étasunienne de Kleine Broghel en Belgique. Et pour un projet d’attentat contre l’ambassade des États-Unis en France.
Ayant reconnu son allégeance à Ben Laden, il purge jusqu’au dernier jour  sa peine maximale de dix ans. Le 23 novembre 2011, à quelques semaines de la fin de son incarcération, la justice belge approuve la demande d’extradition des États-Unis,  contre la décision de la Cour européenne des droits de l’homme. Le 2 octobre 2013, dans un “ cadre extra-judiciaire et confidentiel ”, sur décision de la ministre belge de l’Intérieur, il est extradé vers les États-Unis où il encourt la perpétuité. Son avocat, averti alors que l'extradition est déjà réalisée, saisit symboliquement en référé le tribunal de première instance de Bruxelles qui prononce le 3 octobre une interdiction d’extradition.
Cela fait huit ans qu’il y est en détention et son procès n’a même pas commencé ! Les agents du FBI venus interroger Nizar Trabelsi lui ont dit : « Si tu es extradé, tu seras chez nous, et tu ne verras plus jamais le ciel ».
En septembre 2014, la Cour européenne des droites de l’homme condamne la Belgique, pour violation de l'article de la Convention européenne des droits de l’homme qui interdit « les traitements inhumains », au versement de 60000 euros pour dommage moral et 30 000 euros pour frais et dépens à Nizar Trabelsi.
 
Peut être une image de 1 personne, barbe et intérieur
 
 
 
 
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15 septembre 2021 3 15 /09 /septembre /2021 05:17

 

Sur le plan des dossiers revendicatifs, c’est la catastrophe sur toute la ligne que ce soit sur le plan salarial, professionnel, didactique, pédagogique ou social, la réaction accumule les mauvais coups tandis que les enseignants et les usagers du service public souffrent davantage à chaque défaite.

  • Statuts massacrés, avec notamment la disparition du paritarisme, le développement des logiques de cycles et de pluri-valence.
  • Précarité galopante avec le développement du recrutement de contractuels, l’éviction massive périodique de ceux qui étaient en poste (histoire de nourrir l’hyper-précarité) et l’explosion du nombre de postes partagés.
  • Austérité salariale sans fin, avec le gel du point d’indice, la hausse des mutuelles (prises à la gorge par l’UE) et la division machiavélique entre les enseignants jeunes et les enseignants expérimentés systématiquement écartés des primes.
  • Mise à mort des concours avec des changements tous les ans dans les modes de recrutement depuis la contre-réforme doucereuse de mastérisation imposée par l’UE avec le système LMD.
  • Déstructuration des disciplines scolaires avec l’imposition de programmes scolaires arasant les contenus disciplinaires et la multiplication des injonctions hiérarchiques, contraires aux règles de l’art du métier d’enseignant, et visant à détruire les cultures disciplinaires et professionnelles patiemment construites par des générations de professeurs, tout cela dans le cadre du dogme du Livret de compétences directement inspirée du Sommet européen de Lisbonne imposant un marché européen de la Connaissance.
  • Caporalisation accélérée de la profession, avec la multiplication des hiérarchies intermédiaires, le règne du « New Management », l’autonomie des chefs d’établissement et le musèlement des Conseils d’Administration dénaturés à coup de Conseils Pédagogiques et de comités ad hoc.
  • Répression antisyndicale et surveillance généralisée dans un climat de division de la communauté éducative sans précédent.
  • Extinction du lycée général à la française et du Baccalauréat national, et non pas comme le prétendent sans rire les affiches du SNES « affaiblissement » du baccalauréat national.
  • Etranglement des Lycées professionnels et technologiques traités de façons assumée comme des voies de garage.
  • Démolition du collège par les contre-réformes prétendument « socialistes » héritées de Vallaud-=Belkacem et Cie
  • Désorganisation des écoles primaires et maternelles par la logique des cycles et la multiplication des missions médiatiques selon la mode du moment.
  • Arasement de la politique d’éducation prioritaire.
  • Glissement accéléré vers l’Université à l’américaine avec le triomphe de Parcours Sup et du tri social illimité des étudiants. 
  • Renforcement des flux vers l’école privée, tout cela sur fond de désarticulation de la République française une et indivisible, de l'instrumentalisation réactionnaire de laïcité et du recul planifié du français au profit du tout-anglais de la maternelle à l’Université (ou de l’enseignement « immersif » en langues régionales dans le cadre d’écoles privées type Diwan).

Le ministre Blanquer, après la très hautaine Vallaud-Belkacem, incarne et impulse ces régressions sans précédent. Ajoutant l’humiliation à la violence il s’est grossièrement affiché comme le ministre le plus méprisant et le moins responsable à l’égard des usagers et des personnels dont il a la charge, usant systématiquement pour ce faire de méthodes ultra-brutales et autoritaires alliées à une communication basée sur le dévoiement systématique de la vérité et sur le culte de la personnalité. 

Avec un cynisme rare il a osé profiter de la pandémie du Covid pour accélérer la destruction de l’Education Nationale et se servir des diverses vagues épidémiques, au péril de la santé des personnels des élèves et de leurs familles, comme autant d’expérimentations réactionnaires lui permettant de violer les missions des personnels et de les dénigrer afin de mettre en place son dogme réactionnaire et néolibéral.

Après un tel régime, l’Education Nationale est en miettes. Les résultats scolaires se sont effondrés, les personnels et les élèves sont en souffrance, tandis que la communauté éducative est fracturée comme jamais du fait des campagnes de division et de dénigrement entretenues depuis le sommet de l’appareil d’Etat jusque dans les médias; dans le même temps, les étudiants se détournent massivement des métiers d’enseignant.

Quand la FSU fut créée en 1995, nombreux étaient ceux qui espéraient qu’avec elle, en alliance avec la CGT à l’époque moins euro-dérivante qu’aujourd’hui, le syndicalisme de lutte allait donner le ton dans le pays. Par la faute des dirigeants de ces appareils syndicaux, c’est quasiment l’inverse qui s’est produit et jamais le pseudo syndicalisme d’accompagnement inféodé à Bruxelles n’a été si fort. 

Dénoncer ce bilan de faillite n’est certes pas agréable ni suffisant pour relancer le syndicalisme de lutte, mais c’est une condition nécessaire pour que les syndicalistes de terrain se réapproprient les outils de lutte au lieu de croire faire montre d’esprit de responsabilité en continuant de suivre les bergers roses ou franchement jaunes qui pèsent sur nos luttes comme un étau. D’autant que dans les circonstances funestes de la crise sanitaire les enseignants ont pu, tout en accomplissant leur mission avec compétence et professionnalisme tandis qu’ils étaient abandonnés voire dénigrés par leur hiérarchies, prendre conscience de leur place indispensable dans la société tant pour le développement scientifique, social et culturel du Pays, que pour permettre tout simplement que la production perdure et que la vie sociale continue.

 

J'ai repris ici de larges extraits d' une analyse du Pôle de Renaissance Communiste en France

Éducation nationale : un effroyable bilan cautionné par toutes les directions syndicales
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12 septembre 2021 7 12 /09 /septembre /2021 05:07
 

Par David Cayla

Interview pour Marianne à Hadrien Mathoux dans le cadre de la préparation d’une enquête sur les rémunérations du secteur public

Nos chiffres montrent que les revenus de toute une série de fonctionnaires (profs, magistrats, cadres, ingénieurs) s’effondrent depuis les années 1980. Y a-t-il une paupérisation de la fonction publique ?

Le mot « paupérisation » me semble excessif si l’on parle de la fonction publique en général. Le salaire moyen y est proche de celui du privé (2276 euros net par mois contre 2238 euros en 2017). Il faut cependant tenir compte du fait que les personnes qui travaillent pour le secteur public sont en moyenne plus qualifiées que celles du privé. Le problème est moins un risque de paupérisation qu’un sentiment d’injustice que ressentent les fonctionnaires lorsqu’ils constatent qu’à compétence et niveau de responsabilité équivalents ils sont moins bien moins payés qu’un salarié du privé.

Dans le détail, il existe pourtant un risque de paupérisation pour certains contractuels ou fonctionnaires de catégorie C dont la rémunération est très proche du SMIC. L’un des facteurs de paupérisation les plus importants est le coût du logement, car les grilles de rémunération sont nationales. La fonction publique doit être présente sur l’ensemble du territoire, mais le coût de la vie n’a rien à voir à Paris et dans une ville moyenne ou à la campagne. Une indemnité de résidence est certes prévue, mais elle se limite à 3% du traitement au maximum, ce qui est très insuffisant. Les contractuels aussi peuvent être touchés par la pauvreté. Ils sont nombreux dans l’enseignement, et de plus en plus à l’hôpital. Notons au passage que pour les enseignants le tarif de la vacation n’a pratiquement pas été revalorisé depuis 1989.

Quelles en sont les conséquences sur le fonctionnement des services publics ? 

On constate que l’épuisement et le découragement se généralise. En plus de nuire moralement en donnant l’impression que le travail n’est pas reconnu à sa juste valeur, la faiblesse des rémunérations pousse les agents à faire des heures supplémentaires. C’est un cercle vicieux. Pour faire des économies on supprime des postes et on gèle les rémunérations. En retour, les fonctionnaires sont tentés de faire des heures supplémentaires pour palier la faiblesse de leur traitement. Cette logique peut conduire au burnout, à la dépression, voire à la démission, ce qui accroit la charge de travail de ceux qui restent.

Cet épuisement structurel se retrouve dans presque toute la fonction publique. La police, la justice, les hôpitaux, l’enseignement et la recherche sont particulièrement touchés. Il est clair que cela ne favorise pas la qualité du service rendu. Mettre au contact du public des fonctionnaires disposant d’importantes responsabilités qui sont par ailleurs stressés et surchargés de travail n’est jamais une très bonne idée.

De quand date ce choix d’appauvrir les fonctionnaires ?

Du « tournant de la rigueur » de 1982-83. À cette époque, la stratégie était d’accrocher le franc au mark et de mener une politique fondée sur la « désinflation compétitive ». En gros, il fallait que les prix augmentent moins vite en France que dans les autres pays européens pour gagner en compétitivité externe. On a donc organisé une contraction salariale généralisée en comptant sur le fait que l’inflation allait progressivement rogner les rémunérations. Dans ce contexte, la fonction publique a servi à montrer l’exemple et donc à pousser à la baisse les salaires du privé. Une stratégie similaire est menée depuis 2010 avec le gel du point d’indice dans un contexte de déflation salariale en Europe.

Ce changement touche-t-il tous les fonctionnaires de la même manière ? Qui s’en sort le mieux ? Le moins bien ? 

Les hauts fonctionnaires s’en sortent mieux. La France a toujours eu une politique visant à très bien rémunérer ses grands serviteurs pour garder leurs compétences et limiter la corruption. Notons toutefois que ces fortes rémunérations n’empêchent pas la pratique largement répandue du « pantouflage ». Il faudrait que ces très hauts salaires soient versés en contrepartie de réelles obligations en matière de va et vient avec le secteur privé.

Ceux qui s’en sortent le moins bien sont incontestablement les enseignants. Ce sont les seuls agents de la fonction publique à ne pas avoir bénéficié de la réduction du temps de travail qui a entrainé une hausse des rémunérations horaires. C’est aussi ceux dont l’écart de rémunération avec les autres pays est le plus important. Il faut dire que c’est de loin la catégorie de fonctionnaires la plus nombreuse.

Le discours néolibéral consiste à dire que la baisse de revenus des fonctionnaires est largement compensée par les primes, et qu’ils ne s’en sortent pas si mal comparativement au privé. Ou que beaucoup s’en sortent bien car on fait monter leur grade. Est-ce vrai ? 

Les primes sont loin d’être généralisées. Beaucoup de fonctionnaires n’en touchent pas ou très peu. Pour prendre un exemple que je connais bien, celui des enseignants-chercheurs, nous touchons une prime de recherche annuelle d’environ 1200 euros (avant impôt) créée à la fin des années 1990. Cette prime n’a jamais été revalorisée et aucune autre n’a été créée. Dans les établissements privés d’enseignement supérieur, en revanche, il est courant que les publications de recherche donnent lieu à des primes de plusieurs milliers d’euros.

Les revalorisations liées aux changements d’échelons et à la progression de carrière permettent de faire en sorte que la plupart des rémunérations individuelles augmentent en moyenne un peu plus vite que les prix à la consommation. Mais cela n’améliore pas l’attractivité des emplois en début de carrière. De plus, beaucoup de fonctionnaires atteignent assez rapidement l’échelon maximal dans leur grade. Et les promotions ne sont pas automatiques. Ainsi, il n’est pas rare que des fonctionnaires arrivent au maximum de leur grille au milieu de la quarantaine, soit au moment où ils ont à charge des enfants adolescents. On bricole, parfois, pour créer des revalorisations ponctuelles à destination de ces publics.

Quid de l’argument qui consiste à dire que les revenus sont faibles en début de carrière mais qu’ils progressent ensuite ? 

C’est de moins en moins vrai. Pour améliorer l’attractivité de la fonction publique on cherche depuis quelques années à revaloriser les débuts de carrière, ce qui entraine un aplatissement de la courbe des salaires dans le temps et diminue donc le potentiel des hausses futures.

L’absence de précarité compense-t-elle la faiblesse des salaires ? 

C’est l’argument avancé. Mais si c’était vrai on trouverait de très nombreux candidats aux concours de la fonction publique. Or, c’est loin d’être le cas, en particulier pour les postes d’enseignant. Il faut dire que les candidats titulaires d’un master valorisent de moins en moins la sécurité de l’emploi, car le marché du travail leur reste globalement favorable.

Par ailleurs, il ne faut pas oublier que la précarité s’est largement répandue dans la fonction publique avec la multiplication des contractuels et des vacations. Il n’est en pratique pas possible d’obtenir un poste de titulaire dans la recherche publique sans avoir passé au préalable de nombreuses années dans la précarité (contrats postdoctoraux, vacations, enseignants contractuels, etc.) Beaucoup de fonctionnaires sont ainsi d’anciens précaires de la fonction publique.

Pourquoi les dépenses publiques augmentent-elles malgré cette stagnation des revenus des fonctionnaires ? 

Parce que la rémunération des fonctionnaires est loin d’être le principal poste de dépense ! Ce qui pèse majoritairement dans les dépenses publiques ce sont les dépenses sociales, c’est-à-dire les prestations en espèces reçues par les ménages, au premier rang desquelles se trouvent les retraites et les remboursements de l’assurance maladie. Au passage, les médecins généralistes n’ont pas été touchés par l’austérité qui frappent les fonctionnaires. Le prix de la consultation de médecine générale a été augmenté de 43% entre 2000 et 2020.

Les prestations achetées au secteur privé sont les autres éléments de dépenses qui ne cessent d’augmenter. Ainsi, à mesure que l’État réduit le nombre de ses agents, il doit faire de plus en plus appel au privé pour remplir ses fonctions. L’exemple récent le plus emblématique est le contrat noué avec le cabinet McKinsey pour élaborer la stratégie sanitaire du gouvernement en réponse au Covid. Au total, on estime que plus de 11 millions d’euros ont été dépensés auprès d’officines diverses pour mener une politique sanitaire de crise que des agents publics sont censés être capables d’élaborer… si on leur en laissait le temps et les moyens.

Au fond, cela coûte-t-il trop cher d’augmenter les fonctionnaires ?

Ce qui est sûr, c’est que cela coûte également très cher de ne pas augmenter les fonctionnaires. Les coûts en sont la dégradation de la qualité des services publics, le recours très onéreux au privé pour accomplir des missions qui relèvent de l’État et le mécontentement de plus de 5 millions d’agents et de leurs familles. Le choix entre ces deux coûts relève de la responsabilité politique.

Cela coûte très cher de ne pas augmenter les fonctionnaires !

En prime : étudiantes afghanes en 1962 et 2021 :

Cela coûte très cher de ne pas augmenter les fonctionnaires !
Cela coûte très cher de ne pas augmenter les fonctionnaires !

Et en surprime, le dernier entrepôt d'Amazon au Mexique. Tout un symbole !

Cela coûte très cher de ne pas augmenter les fonctionnaires !

 

Et en sursurprime, Mikis Theodorakis chante Zorba :

 

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11 septembre 2021 6 11 /09 /septembre /2021 05:10
N'oublions jamais que nous sommes gouvernés par des zozos sans gouvernail !
 
Déjà ces histrions nous menaçaient de peines de prison et d'amendes exorbitantes.
Mars 2020. Le fascisme en culotte courte
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9 septembre 2021 4 09 /09 /septembre /2021 05:01

Ces dates se rapportent à deux événements que les médias n'ont guère mis en relation l'un avec l'autre. Il s'agit de la prise de Kaboul par les talibans (donc de leur victoire finale, après 20 ans de guerre, sur les Occidentaux) et du refus, par la Cour suprême des États-Unis, d'examiner une loi de l’État du Texas (gouverné par les Républicains), loi qui interdit de facto l'IVG au-delà de six semaines, y compris en cas d'inceste ou de viol (et ce refus d'examen est revenu, en fait, à laisser passer cette loi sans s'y opposer).

Où est la relation ? Il faut, pour la voir trois, exposer trois ordres de fait :

1. La victoire des talibans a été présentée comme une grande menace pour le statut des femmes afghanes. Celles-ci risquent d'y être de nouveau soumises - comme dans tous les pays musulmans régis par la charia (l'Arabie saoudite, le Pakistan, le Soudan, le Yémen, l'Afghanistan...) à une lourde sujétion masculine (maritale et patriarcale - de la part du père, de l'oncle ou du frère), notamment dans le domaine de la profession, de l'éducation, de la sexualité et de la procréation.

[Par exemple, un travail universitaire rédigé en 1995 par la doctorante canadienne Lyne Marie Larocque établissait que, dans nombre de pays musulmans, le viol n'est pas distingué de l'activité sexuelle ordinaire, et qu'en cas de viol (par n'importe qui, y compris par un ascendant, un frère ou un oncle), c'est la femme violée qui est considérée comme souillée - et son opprobre rejaillit alors sur toute la famille - souillée et coupable ! Coupable au point qu'elle est souvent bannie... quand elle n'est pas carrément assassinée par ses proches].

2. L'affrontement entre les Étasuniens et les talibans a souvent été vu, de façon emblématique, comme un conflit de civilisation, l'Afghanistan des talibans étant présenté comme le contre-modèle absolu de la société étasunienne, censée, elle, représenter la liberté, l'émancipation, la prééminence des droits de la personne, l'éducation, l'ouverture aux autres, bref ce qu'à l'époque de la guerre froide, on appelait "le monde libre". [Par opposition au "totalitarisme communiste", censé représenter, selon les propos de Ronald Reagan, l'empire du Mal]. En outre, dans les fantasmes de l'extrême-droite française et européenne, le monde musulman est vu comme une menace de submersion migratoire et de subversion des valeurs du monde "chrétien", c'est-à-dire de l'empire du Bien.

3. La loi texane interdisant tout IVG au-delà de six semaines est une loi très restrictive et très régressive. En effet, comme une femme a ses règles en moyenne toutes les quatre semaines, elle n'a que deux à trois semaines (également en moyenne) pour se rendre compte de son aménorrhée - donc de son début de grossesse. Et, à ce moment-là, elle a souvent dépassé le délai légal et elle tombe sous le coup de la loi. Qu'est-ce que cela signifie ? Cela signifie que la loi texane, de facto, encourage carrément le viol et l'inceste par ascendant... Et comme cette loi n'a pas confié aux autorités judiciaires mais aux simples citoyens le soin de dénoncer à la justice les femmes qui se sont fait avorter, on peut imaginer que - perversité suprême ! - ce soit le violeur lui-même qui aille dénoncer sa victime qui se serait fait avorter...

Ce lien entre deux des idéologies les plus rétrogrades du monde est bien illustré par le numéro du magazine Rivaroldu 1er septembre. Pour ceux qui ne connaîtraient pas, Rivarol est un organe d'extrême-droite pétainiste, pro-hitlérien, intégriste catholique, homophobe (il nomme les homosexuels des "invertis" et les couples homosexuels des "paires"), négationniste de la Shoah, antiféministe, raciste...

Il écrit ceci : "Certes, le sort des femmes afghanes ne sera pas fameux à partir de cet été, mais la lutte féministe n’est pas du tout la nôtre ; en Occident, elle a servi de prétexte à la destruction de la famille. La victoire des Taliban est une incontestable défaite de l’axe américano-onusien mondialiste." On ne saurait "mieux" dire (ou pire)...

 

Philippe Arnaud

De Kaboul au Texas, par Philippe Arnaud
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7 septembre 2021 2 07 /09 /septembre /2021 05:25

Yassine Bazoul

 

 

 

ALAIN FINKIELKRAUT MEMBRE DE L’ACADÉMIE FRANÇAISE PENSE QUE LES ANTILLAIS SONT DES ASSISTES - RÉPONSE DE RAPHAËL CONFIANT

 

Alain Fienkielkraut ignore-t-il ce qu’est exactement la Martinique (à moins qu’il ne feigne de l’ignorer). Pour sa gouverne et celle de ceux qui le soutiennent dans sa croisade anti-nègre, il me semble important de rappeler un certains nombre de faits historiques :

 

• En 1635, les Français débarquent dans une île peuplée depuis des millénaires par les Caraïbes, île que ces derniers nommaient «Matinino» ou «Jouanakaéra». En moins de trente ans, ils massacrent ceux-ci jusqu’au dernier, continuant ainsi le génocide des Amérindiens entamé avant eux par les Espagnols et les Portugais.

• Vers 1660, et cela jusqu’en 1830, ils importent des centaines de milliers d’Africains qu’ils transforment en esclaves dans des plantations de canne à sucre lesquelles contribueront pendant trois siècles à faire la fortune des ports de Bordeaux, Nantes, La Rochelle etc… et plus généralement de la France, participant ainsi, aux côtés des autres puissances européennes, à l’esclavage des Nègres.

 

• En 1853, l’esclavage aboli car désormais non rentable, ils importent, et cela jusqu’en 1880, des dizaines de milliers d’Hindous du Sud de l’Inde qu’ils installent sur les plantations, en partie désertées par les anciens esclaves noirs, et leur imposent un système d’asservissement et de travail forcé qui n’a rien à envier à l’esclavage.

 

• Toujours en 1853, les planteurs békés importent des centaines de Chinois de Canton qu’ils jettent, eux aussi, dans les champs de canne à sucre. Ceux-ci se révoltent vite contre les mauvais traitements qui leur sont infligés et désertent les plantations, ce qui entraînera l’arrêt de l’immigration chinoise. Les Chinois s’installeront alors dans les bourgs et les villes de la Martinique en tant qu’épiciers ou restaurateurs. Ma propre grand-mère paternelle (née Yang-Ting) fut l’une des descendante de ces « coolees chinois ».

 

• À partir des années 1880-90, des dizaines de milliers de Syro-Libanais fuient la Syrie et le Liban que venaient d’occuper la France et l’Angleterre suite à l’effondrement de l’Empire ottoman. Beaucoup émigreront en Afrique noire et en Amérique latine. Une partie d’entre eux s’installera aux Antilles et en Guyane, devenant au fil du temps des Arabes créoles et enrichissant ainsi notre culture d’une nouvelle facette. Eux aussi connurent l’exil et la souffrance par la faute de l’impérialisme européen.

 

• En 1960, l’Etat français crée le BUMIDOM (Bureau des Migrations des Départements d’Outre-Mer) et importe des dizaines de milliers de postiers, filles de salles et infirmières, ouvriers d’usine et autres agents de police antillais qui, aux côtés des travailleurs immigrés maghrébins, contribueront pour une large part à ce qu’il est convenu d’appeler les «trente glorieuses».

 

Telle est, en raccourci, l’histoire de la Martinique. On est loin des plages de sable blanc, des cocotiers et des belles «doudous», n’est-ce pas? Mais sans doute est-il bon de rappeler deux autres points à Alain Fienkielkraut :

 

• A l’abolition de l’esclavage des Noirs (1848), pas un arpent de terre, pas un sou de dédommagement n’a été accordé aux anciens esclaves lesquels n’avaient d’autre ressource que de défricher les mornes (collines) de nos îles pour tenter de survivre grâce à des jardins créoles ou de retourner travailler, en tant qu’ouvriers agricoles sous-payés, sur les mêmes plantations où leurs ancêtres et eux avaient été réduits en esclavage.

 

Même aux Etats-Unis, accusés pourtant d’être, dans le Sud profond (Mississipi, Alabama etc.), un enfer pour les Nègres, l’Etat s’est fait un devoir d’accorder à chaque ancien esclave «twenty-two acres and a mule» (vingt-deux acres de terre et un mulet). Ou en tout cas avait au moins promis de le faire. Cette formule anglaise est d’ailleurs, très symboliquement, le nom de la compagnie cinématographique du cinéaste noir américain Spike Lee. Aux Antilles, une fois les chaînes ôtées, le nègre s’est retrouvé Gros-Jean comme devant.

 

• Pas rancunier pour deux sous, le Nègre antillais a participé à toutes les guerres qu’a lancé ou qu’a subi la France: guerre de conquête du Mexique en1860 au cours de laquelle le «bataillon créole», de son nom officiel, fit preuve d’une bravoure extrême comme le reconnurent elles-mêmes les autorités militaires françaises; guerre de 1870 contre l’Allemagne; guerre de 14-18 au cours de laquelle de nombreux soldats martiniquais furent décorés pour leur vaillance lors de la fameuse bataille des Dardanelles; guerre de 39-45 au cours de laquelle 8’000 volontaires Martiniquais et Guadeloupéens gagnèrent, au péril de leur vie, les îles anglaises voisines d’où ils purent rejoindre les Forces Françaises Libres du Général De Gaulle et participer ainsi aux combats, alors même que nos îles étaient dirigées par deux gouverneurs vychistes, les amiraux Robert et Sorin; guerre d’Indochine où périrent de nombreux Antillais (notamment à Dien Bien Phu); guerre d’Algérie au cours de laquelle, pour un Frantz Fanon, un Daniel Boukman ou un Sonny Rupaire qui rallièrent le FLN, des centaines de soldats antillais participèrent sans état d’âme à cette «sale guerre»; guerre du Tchad dans les années 80 etc…etc…

 

Alors, anti-blancs et francophobes les Martiniquais? Assistés les Antillais alors que pendant trois siècles, ils ont travaillé sans salaire, sous le fouet et le crachat, pour enrichir et des planteurs blancs et l’Etat français?

Que pèsent, en effet, ces cinquante dernières années de «départementalisation» et de juste remboursement de la dette de l’esclavage face à ces trois siècles d’exploitation sans merci? Sans doute faudrait-il aussi rappeler à Alain Fienkielkraut qu’au XVIIIè siècle, la France faisait les trois-quarts de son commerce extérieur avec Saint-Domingue (devenue Haïti), la Martinique et la Guadeloupe et qu’entre ces «quelques arpents de neige du Canada» comme l’écrivait Voltaire et les Antilles, elle n’hésita pas une seconde. Aux Anglais, le Canada peu rentable à l’époque (d’où le lâche abandon des Canadiens français, subitement redécouverts par De Gaulle en 1960). Aux Français, les riches terres à sucre de canne, café, tabac et cacao des Antilles.

 

Toute personne qui fait fi des données historiques et sociologiques présentées plus haut (et je n’ai même pas parlé de l’idéologie raciste et anti-nègre qui a sévi dans nos pays pendant trois siècles!) ferait preuve soit de malhonnêteté intellectuelle soit d’ignorance. Je préfère accorder le bénéfice du doute à Alain Finkielkraut et croire qu’il ignorait tout cela avant de traiter les Antillais d’assistés. Mais venons-en maintenant à la question de l’anti-sémitisme des Antillais. Et là, que l’on me permette d’énoncer une vérité d’évidence: la Shoah est un crime occidental! Comme l’a été le génocide des Amérindiens, comme l’a été l’esclavage des Noirs, comme l’a été la déportation des Hindous, comme l’a été l’extermination des Aborigènes australiens etc… Le terme de «crime contre l’humanité» est une hypocrisie. Un faux-semblant. Une imposture.

 

En effet, quand un individu commet un crime, personne ne songerait à taire son nom. Thierry Paulin (Antillais), Guy Georges (métis de Noir américain et de Français) et Patrice Allègre (Français) sont des «serial killers». Fort bien. Mais alors qu’on m’explique pourquoi, quand il s’agit d’un crime commis par un peuple, un état ou une civilisation bien particulière, on s’acharne à en dissimuler le nom? Pourquoi? Non, monsieur Fienkielkraut, si la Shoah est bien une abomination, elle n’a été mise en œuvre ni par les Nègres, ni par les Amérindiens, ni par les Chinois, ni par les Hindous, ni par les Arabes.

 

Elle a été mise en œuvre par l’Occident. Ce même Occident qui n’a cessé de pourrir la vie des Juifs depuis 2.000 ans. Citons :

 

• Destruction du Temple de Jérusalem par les Romains en l’an 70 et dispersion du peuple Juif.

• Inquisition au Moyen-âge par les Espagnols.

• Pogroms au XIXè siècle par les Russes et les Polonais.

• Chambres à gaz par les Allemands au XXè siècle.

• Rafle du Vel d’Hiv’ par les Français au même siècle etc.

 

Et puis, deux petites précisions à nouveau et là, Alain Fienkielkraut ne peut feindre l’ignorance :

 

• Le Protocole des Sages de Sion n’a été rédigé ni en hindi, ni an quechua, ni en swahili, ni en chinois, ni en arabe. C’est un faux grossier, un chef d’œuvre d’anti-sémitisme, concocté par la police tsariste et écrit en russe, langue européenne si je ne m’abuse.

 

• Ce ne sont pas les Juifs vivant dans les pays arabes, les Séfarades, qui ont dû fuir comme des dératés pour s’en aller construire un état où ils seraient enfin libres mais bien les Juifs d’Europe, les Ashkénazes, parce qu’ils avaient compris qu’il ne pouvaient plus vivre sur ce continent. Quand la France arrive, par exemple, en Algérie, en 1830, elle découvre trois populations vivant en relative harmonie, les Arabes, les Berbères et les Juifs. Certes, en terre musulmane, le Juif avait un statut inférieur, dit «de protégé» car peuple du Livre, mais on n’a jamais entendu parler, ni au Maroc, ni en Tunisie, ni au Yémen d’entreprise scientifiquement élaborée d’extermination du peuple juif.

 

Ma question à Alain Fienkielkraut est donc simple, naïve même: pourquoi après avoir subi tant d’avanies de la part de l’Occident vous considérez-vous quand même comme des Occidentaux? Pourquoi un ministre des affaires étrangères d’Israël s’est-il permis de déclarer récemment: «Nous autres, Occidentaux, nous ne nous entendrons jamais avec les Arabes car ce sont des barbares». Toute la presse bien-pensante d’Europe s’est émue du mot «barbares». Moi, ce qui m’a choqué par contre, c’est le terme «Occidentaux». Comment, monsieur Fienkielkraut, peut-on se réclamer de l’Occident après avoir subi l’Inquisition, les pogroms, les chambres à gaz et la rafle du Vel d’Hiv’? Oui, comment ?

Quand vous aurez répondu à cette question, le vrai débat pourra commencer…

 

Ceci dit, il ne s’agit pas pour moi de diaboliser l’Occident. C’est, paradoxalement, le continent de tous les extrémismes: extrémisme dans la violence (génocide, esclavage, Shoah); extrémisme dans la générosité (comparons, par exemple, la formidable mobilisation européenne à l’occasion du tsunami en Asie du Sud-Est et les centaines de millions d’euros d’aide récoltés à cette occasion avec l’inertie scandaleuse des riches royaumes et émirats arabes où, pourtant, travaillent comme serviteurs des dizaines de milliers de travailleurs émigrés indonésiens). L’Occident est capable du meilleur et du pire. Il est inégalable dans le meilleur et dans le pire.

 

Un ultime point tout de même: quand vous déclarez, sur Radio Communauté Juive, que nous détesterions Israël «parce que ce n’est pas un pays métissé», je préfère croire que vous voulez rire. Quel pays est plus multiculturel et plus multilingue qu’Israël avec ses blonds aux yeux bleus russophones, ses Noirs d’Ethiopie (Falashas) parlant l’amharique, ses Séfarades au type sémite et souvent arabophones et même ses Juifs indiens et chinois, sans même parler du million d’Arabes israéliens ?

 

Raphaël Confiant

Quand Raphaël Confiant rive son clou à l'invraisemblable Finkielkraut (de l'Académie française)
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2 septembre 2021 4 02 /09 /septembre /2021 05:11

On ne s'en étonnera pas, ce sont les flics qui ont perdu le moins. Merci Mitterrand (qui a découplé les salaires de l'inflation), Chirac, Sarkozy, Hollande, Macron. Autre petite saloperie en matière de découplage : les augmentations (sic) pour les retraités ne suivent plus automatiquement les augmentations (resic) des salaires.

 

Et on ne parle pas des conditions de travail qui ne se sont pas améliorées, du flicage, de la perte d'autonomie, de l'avancement qui se fait de plus en plus à la tête du client.

Salaires : ce que les fonctionnaires ont perdu depuis quarante ans !
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1 septembre 2021 3 01 /09 /septembre /2021 05:15

Par Pierre Boyer :

Ou, comment diluer (et donc faire disparaitre) la laïcité dans la fraternité...

À force de dire tout et n'importe quoi sur la laïcité — et dans ce domaine du n'importe quoi Blanquer et Darmanin sont des champions —, voilà le niveau de confusion et de ridicule où nous en sommes.
Prochaine étape: "manger du couscous avec des artichauts de Bretagne, c'est ça la laïcité".
Pour rappel, la laïcité est un régime de séparation des Eglises et de l'Etat destiné à assurer l'égalité des libertés de conscience.
Ce régime suppose par ailleurs que la sphère politique soit réglée par une rationalité non dogmatique, encadrée par l'égalité des droits: la loi doit se fonder sur des arguments accessibles à tout citoyen, indépendamment de ses convictions religieuses fondées sur une foi qui déborde la raison.
Cette rationalité dialogique doit faire l'objet d'un apprentissage scolaire, ce pourquoi l'école dispense un enseignement "laïque". Cela ne signifie pas qu'elle impose un catéchisme ou un credo laïque, encore moins un salut au drapeau, mais qu'elle enseigne les méthodes scientifiques et les savoirs historiques et critiques qui permettent de se rapporter réflexivement à ses propres croyances et incroyances, de se situer soi-même dans l'espace d'un pluralisme de positions possibles, d'intégrer dans ses raisonnements le paramètre de la faillibilité de sa propre pensée, de refuser la violence et de faire que la foi la plus fervente ne soit pas un fanatisme, de participer à un débat démocratique où la foi peut inspirer les convictions mais où les positions défendues doivent se formuler dans les termes d'une argumentation partageable et dans le respect de l'égalité des droits de toutes et tous.
En ce sens, oui, il est juste de dire, comme l'une des affiches, que la laïcité enseigne à "penser par soi-même" (expression qui demanderait à être bien expliquée).
En revanche, cela n'a rien à voir avec "être dans le même bain, porter les mêmes couleurs, manger les mêmes courgettes" et que sait-on encore.
Quant à "l'égalité en tout", remarquons qu'elle suppose l'abolition des classes sociales, du soutien-gorge et de la notation scolaire.
De la laïcité
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