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20 mars 2011 7 20 /03 /mars /2011 16:01

 

Par Théophraste R., pour Le Grand Soir

Une impressionnante armada s’apprête à fondre sur la Libye.

Il est rare que l’occident déploie une telle puissance pour la seule sauvegarde de vies humaines.

Il ne le fit pas quand Pinochet saignait son peuple, quand des militaires l’écrabouillèrent au Brésil, en Argentine, au Guatemala, ou pour épargner au peuple palestinien des bombardements qui tuent surtout des civils, etc.

Il ne le fait pas pour éradiquer l’esclavage des émirats arabes, pour débarrasser le Maroc d’un dictateur couronné, pour faire émerger un début de droits des femmes en Arabie-Saoudite.

Sans nous, la Tunisie et l’Egypte ont renversé les dictatures que nous avions financées et armées.

Moammar Kadhafi vaincu comme Saddam Hussein, la Lybie va découvrir les charmes d’une démocratie paisible à l’irakienne, sans pillage de ses richesses naturelles par les libérateurs.


Théophraste R. (pacifiste bêlant).


PS. Pas de quiproquo : Kadhafi, je l’aime comme vous.

 

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20 mars 2011 7 20 /03 /mars /2011 10:29

En tant que citoyen toulousain, j'ai été fortement interpellé par ces quelques lignes du blog de Jean-Luc Mélenchon (17 mars 2011) :

 

http://plus-belle-la-vie.hypnoweb.net/photo/106/galerie/BIENVENUE_AU_MISTRAL__I-laulau11.jpg"Mercredi 16 mars, il y avait mille deux cents personnes à Toulouse au meeting du Front de Gauche. Vous allez avoir les images en lignes d’ici quelques heures. C’est le plus grand meeting de cette élection, j’en suis certain. N’attendez pas d’en voir des images sur la station voyou FR3, spécialiste des coups tordus avec nous. Rien : pas un mot, pas une image. Les petits malins qui dirigent cette station considèrent qu’elle est leur propriété personnelle et ils règlent leur compte en confisquant l’outil public. La Dépêche du midi relègue l’événement en page locale. Le reste de la région n’a pas besoin de savoir. Ainsi va la vie depuis 2005 année de la conjuration du « oui ». Après quoi, bien sûr, je serai déclaré caricatural et violent par toutes ces précieuses personnes délicates et modérées. Détestez-les ! C’est un bon vaccin contre les blessures que leur mépris pourrait vous faire subir."

 

À noter que j'ai donné ce texte très anodin au site Bella Ciao (auquel je collabore depuis plusieurs années), qui l'a censuré. C'était le jour du premier tour des élections cantonales. Des sites comme Bella Ciao, ou des organes de presse en général (exemple Le Journal du Dimanche) ne sont pas concernés par la réglementation du CSA les jours de scrutin national.

J'ai demandé au site les raisons de cette censure. Ses responsables ne m'ont pas répondu. Je cesse donc de leur donner des textes. Ils peuvent se passer de moi. Je peux me passer d'eux.

Autant la censure dont j'ai été victime à Nouvelobs.com ne m'a pas surpris, autant celle de Bella Ciao me hérisse.

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20 mars 2011 7 20 /03 /mars /2011 10:08

Il faut toujours se méfier du consensus, surtout lorsque ce consensus s'appelle Obama, Sarkozy, Cameron et Abdallah d'Arabie Saoudite, ce roi qui vient d'offrir 93 milliards de dollars à son peuple pour le remercier de ne s'être pas révolté. L'historien Pierre Piccinin vient de donner au Grand Soir cette réflexion opportunément décalée par rapport au choeur béat de "l'opinion internationale" qui n'a peut-être pas tout à fait compris le sens de la manipulation.






 

Présenté par la France, avec l’appui de la Grande-Bretagne, le texte de la résolution 1973 du Conseil de Sécurité de l’ONU, voté ce 17 mars, constitue un nouveau pied de nez de la « gouvernance » pour le droit international, c’est-à-dire d’un interventionnisme arbitraire, comme au Kosovo, comme en Irak, comme en Afghanistan.

Cette résolution, en effet, présente un caractère aberrant et constitue un lourd précédent : d’une part, elle transgresse les principes de non-ingérence et de souveraineté des États et, d’autre part, elle normalise un peu plus encore la politique des deux poids et deux mesures, qui caractérise de plus en plus radicalement l’action onusienne.

Basée sur le postulat rhétorique que le gouvernement de Mouammar Kadhafi exercerait une répression criminelle « contre le peuple libyen et les populations civiles éprises de liberté » (dixit Alain Juppé, ministre des affaires étrangères français), la résolution appelle la communauté internationale à interdire tout vol dans l’espace aérien libyen et à tout mettre en œuvre pour « protéger la population civile et faire cesser les hostilités », soit un texte relativement vague qui occasionnera certainement bien des exactions de la part des États intéressés…

Or, le postulat de base est biaisé : le gouvernement libyen, au moyen de l’armée régulière, pour dictatorial qu’il soit (la légitimité d’un gouvernement, selon le droit international, ne repose nullement sur le critère démocratique), ne vise en aucun cas à massacrer des civils, mais à réprimer une rébellion, armée, qui tente de renverser par la force l’ordre établi, et ce, en outre, dans un contexte tribal qui oppose le nord-est du pays (Benghazi et Tobrouk) aux tribus, majoritaires, qui soutiennent le clan Kadhafi. Il ne s’agit donc pas d’un « dictateur massacrant son peuple désarmé » : le chef de l’État, commandant des forces armées, combat des troupes rebelles, minoritaires, qui sèment le trouble dans le pays, et ce en parfait accord avec le droit international, qui fonde la légitimé de tout gouvernement à exercer souverainement l’autorité sur son territoire, à l’intérieur de ses frontières.

Une intervention militaire à l’encontre de l’armée gouvernementale libyenne reviendrait ainsi à soutenir une rébellion armée qui tente de renverser un gouvernement légalement établi.

C’est pourquoi plusieurs membres du Conseil de Sécurité de l’ONU –et non des moindres : la Chine, la Russie, le Brésil, l’Inde et l’Allemagne, soutenus par la Turquie- ont refusé d’avaliser cette résolution et se sont abstenus lors du vote.

En outre, comment interpréter l’attitude des puissances signataires et de la Ligue arabe (à commencer par l’Arabie saoudite), qui s’indignent des événements qui se déroulent en Libye et proposent, Qatar et Émirats arabes unis en tête, une intervention militaire, alors que, dans le même temps, le roi du Bahreïn, voisin frontalier direct du Qatar et des Émirats, massacre sans pitié son peuple, des manifestants civils, non armés, eux, avec l’appui de l’armée saoudienne envoyée à sa rescousse ? Revoilà donc les deux poids et deux mesures…

Cela étant, le gouvernement libyen, qui a déjà repris le contrôle de la majeure partie du pays, a accepté l’injonction de l’ONU, a décrété unilatéralement un cessez-le-feu pour éviter les frappes annoncées et a appelé la Chine, la Turquie et Malte à dépêcher des observateurs. Mouammar Kadhafi a ainsi désamorcé la crise et coupé l’herbe sous le pied des Occidentaux désireux de soutenir la rébellion, à commencer par la France qui avait parié un peu vite sur la chute du régime libyen et s’est trouvée en mauvaise posture lorsque celui-ci s’est révélé plus solide que prévu.

Mais la France est passée outre, invoquant la supposée fallaciosité des déclarations du gouvernement libyen, et est intervenue en frappant plusieurs cibles au sol sous le prétexte de « protéger des civils », appuyant de la sorte la contre-attaque des rebelles. En cela, la question qui se pose est de déterminer les motivations acharnées de la France à vouloir renverser Mouammar Kadhafi. L’erreur stratégique commise par l’Élysée, en reconnaissant les rebelles comme nouveau gouvernement en Libye, peut expliquer que, dorénavant, la seule option pour Paris, soucieuse de maintenir son influence sur les ressources pétrolières libyennes, est de remplacer le gouvernement Kadhafi par les leaders de la rébellion qu’elle a soutenue. Et personne n’y perdrait au change, dans la mesure où Kadhafi ne s’est pas toujours montré aussi docile que l’Occident l’avait espéré. Aussi, probablement, un nouveau gouvernement serait-il plus complaisant, constitué des ministres et diplomates qui, croyant le moment venu, ont retourné leur veste de ces derniers jours et appelé à la chute du « dictateur » qu’ils avaient pourtant si bien servi jusqu’à présent.

Mais attention, la partie n’est pas encore terminée : face à l’armée libyenne, puissamment équipée par l’industrie d’armement française, dont elle a fait les choux gras des années durant, les forces d’intervention étrangères pourraient bien y laisser des vies… Et cette résolution fumeuse, à présent qu’elle est suivie d’effets, risquerait d’entraîner la Libye dans le désordre dévastateur d’une guerre civile inextricable.


Pierre PICCININ

 
Professeur d’histoire et de sciences politiques


http://www.un.org/News/fr-press/doc...

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19 mars 2011 6 19 /03 /mars /2011 16:04

http://www.drapeaurouge.fr/blog/images/commune.jpgAux États-Unis, le Premier Amendement de la Constitution, qui garantit la liberté d’expression, interdit aux pouvoirs publics d’empêcher la profanation (desecration, terme religieux, comme en français) du drapeau (bannière étoilée ou autres). Même chose au Canada.

En droit anglais, gallois ou écossais, le concept de « profanation du drapeau » n’existe pas. En République d’Irlande, les pouvoirs publics découragent une profanation du drapeau qui ne peut être légalement interdite.

Le droit belge ne prévoit pas non plus de sanction pour ceux qui profanent le drapeau. On a vu récemment des nationalistes flamands brûler des étendards d’outre-Quiévrain.

En Turquie, la profanation du drapeau est passible de trois ans de prison. La peine prévue est de deux ans au Portugal ou une amende équivalente à 240 jours des revenus du contrevenant. Les Portugais punissent également de la même manière une insulte à l’hymne national et à tous les symboles qui représentent le pays.

En Sarkozie, la peine prévue est de six mois d’emprisonnement si la profanation a lieu en groupe, et d’une amende de 7500 euros.

Les lois sont ce que nous sommes. On punit plus sévèrement en France la mise à feu d’un emblème tricolore que certains abus de biens sociaux.

Que nous apprend une dépêche de l’Agence France Presse d’aujourd’hui ?

Trois adolescentes (16 et 17 ans) ont été placées en garde-à-vue après avoir brûlé deux drapeaux français devant le monument aux morts de Chevilly-Larue. Le maire communiste a porté plainte pour « destruction d’un symbole républicain ». Il s’agit de trois pauvres filles qui résident dans un centre d’observation et de rééducation jouxtant l’ancien monastère Saint-Michel, une maison de retraite et une communauté religieuse. Le maire a dénoncé leur « totale irresponsabilité ».

En décembre dernier, un individu avait été condamné à une amende avec sursis pour avoir brisé la hampe d'un drapeau dans le hall de la préfecture des Alpes-Maritimes, exaspéré par les lourdeurs et lenteurs de l'administration.

 

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17 mars 2011 4 17 /03 /mars /2011 10:06

http://www.lesoir.be/zc/vignettes475x300/mediastore/_2011/mars/hermes/ID2630642_15_fukushima_epa_184657_01A4AM_0.JPG.jpg

Extraits du blog de Jean-Luc Mélenchon

 

Nous nous sentons tous solidaires des victimes de cette catastrophe. L’instinct humain parle juste. La maison du pauvre est engloutie comme celle du riche. L’un et l’autre, même s’ils en réchappent, soit l’un soit l’autre, perdent famille, voisins et amis en même temps. A cette heure, l’idée que les êtres humains sont semblables est la plus forte. Et ce sentiment balaie tous les miasmes du racisme et de la morgue sociale. L’intérêt général humain explose à la conscience de l’esprit le plus buté. Ce sentiment est plein de politique. Il nous enseigne qu’il n’y a qu’un écosystème humain. Il nous dit qu’il existe bien un intérêt général humain. Il nous rappelle que les humains sont semblables et égaux en droits face aux malheurs qui les frappent. Et puis chacun voit bien que ce n’est pas le marché qui va permettre de faire face au désastre, mais la solidarité et l’Etat. Devant le défi le plus profond lancé à la condition humaine, la bonne réponse s’appuie sur le raisonnement de gauche. 

Nous devons aussi en tirer des leçons pour notre propre pays. D’abord constatons qu’une population collectivement éduquée aux risques y fait face mieux que dans l’imprévoyance et l’impréparation. Les japonais ont été incroyablement disciplinés et pleins de sang froid. Ce n’est pas une disposition génétique ! C’est une qualité acquise par l’éducation et la préparation collective. L’implication populaire dans ce domaine comme dans tous les autres est la clef de tout. A quoi sommes nous préparés ici en France ? Ensuite, ferons-nous cette fois-ci le constat qu’une politique conséquente face aux ca
tastrophes naturelles doit être planifiée de longue date ? La planification écologique ne fait-elle pas la preuve de son absolue nécessité dans cette circonstance ? En premier lieu la démonstration est faite que la sortie du nucléaire est une option du débat concret et non pas seulement une simple doctrine alternative.  

N’importe où une telle catastrophe aura lieu, elle sera doublée d’un désastre nucléaire qui impliquera toute la planète, tous les êtres humains. Dans notre écosystème perturbé par le productivisme nous serons tous des japonais un jour où l’autre. Chez nous en France il y a cinquante huit centrales nucléaires contre cinquante quatre au japon. Alors que nous sommes deux fois moins nombreux. Nous sommes le seul pays au monde qui a installé un réacteur nucléaire en amont de la capitale et sur le bord du fleuve dont elle tire son eau d’usage. Je vous informe qu’en cas de problème la solution prévue est d’ouvrir le barrage de l’Aube comme une chasse d’eau pour envoyer toute la pollution dans la Manche et de capter l’eau de la capitale dans la marne ! Chez nous l’industrie nucléaire est concentrée dans la vallée du Rhône où se trouve également l’essentiel de l’industrie chimique du pays. Dois-je évoquer le risque que fait peser la privatisation progressive d’EDF et ses obsessions financières devenues prioritaires ? Ou celui de la privatisation de la sous-traitance notamment dans l’entretien des centrales ? Mon propos n’est pas d’effrayer. Juste de dire que le moment est venu de se rendre compte de la réalité. Juste d’y faire face, les yeux ouverts. La sortie du nucléaire ne se fera pas en un jour. Raison de plus pour s’y mettre dès maintenant sans plus tarder.

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14 mars 2011 1 14 /03 /mars /2011 21:11

http://www.musee-virtuel.com/docs/magritte/magritte-pipe.jpgBernard-Henry Lévy, le ministre officieux des Affaires étrangères de la France, vient de s'exprimer sur Al Jazeera. Pour lui, le monde a changé, au point qu'il sera désormais très difficile de faire des pipes aux dictateurs arabes :


« It will be very difficult now to make blowjobs to dictators in the Arab world when we are a European government. It will be more and more difficult because the world has changed…»


Voilà où en est le kleiner Mann. J'imagine que lorsqu'ils élaborent la politique étrangère de notre pays, nos deux pathétiques hérauts s'expriment dans la langue de la diplomatie internationale qui est, pour ce qui les concerne, un anglais de chiotte.


L'analité de cette politique ne rentrera pas dans les Annales...

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14 mars 2011 1 14 /03 /mars /2011 20:00

Une directrice d'office HLM licenciée par Yves Jégo après son cancer

http://fr.academic.ru/pictures/frwiki/72/Honoré_Daumier_034.jpgL'ancien secrétaire d'Etat aurait placé l'un de ses proches à la tête de l'office HLM de sa ville profitant de la maladie de sa directrice générale.

Brigitte Brevan ancienne directrice générale de l'office HLM de de la ville Montereau-Fault-Yonne (Seine-et-Marne) dirigée par Yves Jégo, a été licencié à la suite de son cancer du sein selon le témoignage qu'elle livre lundi 14 mars au LeMonde.fr.

"Yves Jégo a profité de mon cancer pour placer un proche", affirme-t-elle. Jean-Philippe Sudre, proche de l'ancien secrétaire d'Etat est nommé à sa place, officiellement pour la remplacer le temps du congé maladie.

Mais Brigitte Brevan est ensuite déclassée au poste de directrice adjointe, lors du conseil d'administration de l'office et ce sur proposition d'Yves Jégo. "Je reçois un avenant à mon contrat courant août, je comprends qu'ils essaient de m'écarter alors que je suis malade. Je refuse de le signer", poursuit-elle.

Après avoir fait appel à l'inspection du travail elle reçoit une convocation pour un entretien préalable à son licenciement.

Toujours selon Lemonde.fr, Brigitte Brevan a porté plainte contre X, le 5 février dernier pour discrimination en raison de l'état de santé et harcèlement moral et conteste son déclassement et son licenciement devant le tribunal administratif. 

"Madame Brevan tente manifestement, en période électorale, de faire dévier un contentieux administratif ordinaire vers un terrain politique et médiatique", se défend Jean-Philippe Sudre.

 

Source : Nouvel Observateur

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14 mars 2011 1 14 /03 /mars /2011 07:50

La lettre de Guy Môquet

 

Depuis que j'ai été censuré par nouvelobs.com, je relis donc certains des centaines de textes que j'ai publiés sur ce site. Je me dis, de manière immodeste que, sauf exception, ils tiennent la route. Il en est un que je souhaite aujourd'hui soumettre aux lecteurs d'overblog, concernant la lettre de Guy Môquet. En ces heures de kleinermannisme rageant autant que déclinant, il est bon de se souvenir du désordre communicant, de la propagande ambiante d'il y a trois ans.

 

http://i.agoravox.fr/local/cache-vignettes/L358xH370/sarkozy-est-petit-b7311.jpgVoilà plusieurs semaines que je tourne autour d’un mot terrible, d’un concept qu’on ne saurait manipuler à la légère. J’ai testé ce vocable, oralement, sur quelques proches qui n’ont pas paru scandalisés. Mais, jusqu’à ce jour, je n’avais osé l’utiliser dans un écrit.

 
Je me lance : je considère que nous vivons aujourd’hui, en France, en dictature. Il ne s’agit pas d’un régime à la Pinochet, à la Kim Il Sung ou, plus proche de nous, à la Franco, avec son armée, sa Guardia Civil et ses curés. Non, il s’agit d’une dictature de l’argent. Dans le monde entier, les puissances d’argent, les milieux financiers exercent un pouvoir sans partage. Ils tiennent tout, y compris, bien évidemment, les grands médias. Chez nous, la droite et la gauche institutionnelles cautionnent, depuis bientôt trente ans, un état de fait où la parole démocratique ne peut pratiquement plus se faire entendre et où les pratiques démocratiques ne sont que des simulacres. Ce qui se passe avec Sarkozy n’est pas fondamentalement différent de ce qui se passait sous Chirac ou Mitterrand. Disons que nous avons opéré un saut quantitatif et qualitatif, au sens où tous les espaces publics et privés sont désormais rembougés, farcis par le discours dominant.


C’est dans cette optique qu’il faut comprendre l’initiative de la lecture de la lettre de Guy Môquet. Pour qu’une idéologie dominante domine parfaitement, il faut qu’elle éradique, qu’elle tue ce qu’il reste de l’idéologie dominée et qu’elle se fasse oublier en tant qu’idéologie. Comme il n’est pas question, dans une démocratie formelle, de censurer au sens propre du terme, de violenter physiquement les citoyens, il suffit à la classe dominante de déplacer tous les débats politiques ou, mieux encore, de les vider de leur substance.


C’est ici qu’intervient la communication. Il y a bien longtemps que les entreprises, les stars, mais aussi les administrations, les pouvoirs publics et, bien souvent, les médias, n’informent plus : ils communiquent. La différence entre l’information et la communication est que cette dernière substitue la forme au fond. En outre, celui qui informe travaille pour les autres. Celui qui communique travaille pour lui. C'est pourquoi la communication, qu'il s'agisse de publicité ou de tout autre message, est mensonge. Ainsi, lorsqu’il y a une grève dans les transports publics, l’accent est mis sur le spectaculaire, l’immédiat, c’est-à-dire la « grogne des usagers». Notez que, dans ce cas précis, la classe dominante redécouvre des usagers qu’elle avait perdus de vue depuis qu’elle a privatisé à tour de bras et qu’elle considère tous les citoyens comme des clients. Notez également que les usagers, tout comme les travailleurs en lutte d’ailleurs, « grognent ». En d’autres termes, ils n’expriment pas une parole, un dit, mais un bruit de gorge, le contraire d’un discours élaboré. Pour prendre un autre exemple, très révélateur du simulacre de la vie politique, lorsque le Président de la République se rend dans une usine pour exprimer sa sympathie aux travailleurs (dans le meilleur des cas), il se contrefiche des accidents du travail, de l’amiante, des horaires insupportables, des données qu’on ne peut traiter que dans la durée, et politiquement. Il fait semblant, pour un instant fugace, d’être proche des travailleurs. Il n’est intéressé que par l’image que l’on retiendra, tout aussi fugacement, de sa démarche. Gouverner, pour Sarkozy, c’est imposer l’omniprésence d’une forme. La boîte à images doit être alimentée une ou deux fois par jour. D’où la création, la mise en scène de pseudo-événements, l’insistance sur la psychologie, l’émotion aux dépens des structures et des superstructures. Pourquoi, aujourd’hui, le public est-il extrêmement maigrelet autour du tombeau de Lady Di ? Parce que, quelle qu’ait pu être la valeur personnelle de la princesse, elle ne fut qu’image. Et une image disparaît avec son support.


Si Nicolas et Cécilia Sarkozy ont voulu, pendant des années, vivre dans la lumière, ce n’est pas par narcissisme personnel, mais bien parce que, pour eux et les leurs, il fallait créer en permanence du simulacre. « Gouverner, c’est faire croire », disait Hobbes. Le sarkozysme est une théorie de l’apparaître, puis du paraître. Le sarkozysme, c’est le déplacement de l’idée hors du temple pour que la frontière entre l’intime et le public soit éradiquée afin que la dépossession soit confondue avec les passions secrètes des victimes du simulacre et du système. Le sarkozysme, c’est la mécanisation par la simplification de la pensée des individus et des groupes. La victoire de Sarkozy doit beaucoup à vingt ans de privatisation de TF1, la plus grande entreprise de crétinisation d’Europe, selon l’aveu même de ses dirigeants. Le sarkozysme, c’est un pouvoir qui existe avant tout par la représentation que l’on en a, quand son héros et sa propre fiction ne font plus qu’un. Le sarkozysme, c’est la perte des repères, avec pour seul motif le discours clos de sa propre prédication. Sarkozy sur le yacht de Bolloré ou faisant semblant de faire du vélo avec Virenque (il fait semblant, c’est un vrai cycliste qui vous l’affirme), c’est comme du divin qui serait redescendu sur terre. Le sarkozysme, c’est un ensemble de signes flottants qui, en surface, ne dénotent aucune réalité. La geste sarkozyenne (courir en compagnie de Kouchner dans un maillot de la police new-yorkaise) est épuisée par son autosuffisance. Lorsque je regarde courir Sarkozy, je regarde – à proprement parler – rien. L’image du coureur est son propre référent. Nous sommes alors dans un monde dénaturé qui a pris sa revanche contre la Renaissance ou l’esprit des Lumières, là où les sentiments et les instincts (la chasse aux immigrés) l’emportent sur la raison, là où l’intuition et une présentation des choses binaire, manichéenne remplacent l’argumentaire (« je vais vous débarrasser des racailles », « Fadela Amara est remarquable »), là où la prédication remplace la dialectique (« pour moi, il n’y a pas de tabous »).


Quid, me direz-vous, de Guy Môquet ?


Je passerai rapidement sur le choix très habile de ce résistant, cet adolescent qui lançait des tracts alors que la hiérarchie de son parti politique n’avait pas encore entamé la lutte contre l’occupation nazie, et que le lider maximo de ce même parti avait déserté l’armée française pour aller se réfugier en URSS (dont il aurait d’ailleurs quelque peine à revenir). Choisir Môquet, c’est donc choisir un communiste pas franchement dans la ligne du moment, et qui renvoie aux communistes d’aujourd’hui les hésitations (soyons gentil) de leurs aînés.


Pourquoi ce fusillé en particulier ? Pourquoi le choix de la jeunesse et de la pureté (Môquet n’a tué personne, contrairement aux cinq du Lycée Buffon, beaucoup plus " populaires " dans les années cinquante et soixante) ? Parce que lorsqu’on n’a jamais esquissé le moindre geste de manifestation soi-même (sauf contre des étudiants grévistes), parce que lorsqu’on appartient à une classe qui a collaboré et s’est enrichie outrageusement au contact intime de l’occupant, quand on a une flopée d’amis venant de l’extrême droite et qu’on défend depuis dix ans les idées de Le Pen, on a bien des choses à se faire pardonner.


Il existe, depuis des années, des compilations de lettres de fusillés. (Voir, par exemple, La vie à en mourir, Lettres de fusillés 1941-1944, un ouvrage paru aux éditions Tallandier. Lettres choisies et présentées par Guy Krivopissko, conservateur du Musée de la Résistance nationale). Même si le Parti Communiste a pu exagérer en se proclamant le « Parti des fusillés » avec ses 75000 victimes, il n’en est pas moins vrai que la grande majorité des fusillés, des résistants qui ont pris les armes appartenaient à la classe ouvrière et étaient communistes. Ce qui signifie que, dans une France encore très rurale, les paysans, les fonctionnaires, les artisans, les commerçants ont bien plus fait le dos rond que les ouvriers. Sarkozy ne le dit pas, Guy Môquet ne le disait pas non plus. Mettre en avant la lettre du jeune supplicié sert tout bonnement à masquer la politique de la classe dirigeante d’aujourd’hui, décrite la bave aux lèvres le 4 octobre dans le magazine économique Challenges par Denis Kessler, ancien bras droit du baron Sellières à la tête du MEDEF, ami de toujours de Dominique Strauss-Kahn (tout se tient), ce “socialiste” qui pense et déclare que les gens mal informés, les gens qui souffrent ont trop de pouvoir dans la représentation démocratique.


« À y regarder de plus près, on constate qu'il y a une profonde unité à ce programme ambitieux. Les réformes à faire ? », demande Kessler. « C’est simple. Prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952 [c’est-à-dire à une époque où la classe dirigeante et les ancêtres de l’UMP ont dû payer le prix de leur collaboration économique et politique avec l’occupant], sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil National de la Résistance. » Et Kessler d’évoquer : « la création des caisses de Sécurité sociale, le statut de la fonction publique, l'importance du secteur public productif et la consécration des grandes entreprises françaises qui viennent d'être nationalisées, le conventionnement du marché du travail, la représentativité syndicale, les régimes complémentaires de retraite, etc. » Bref, tout ce qui a rendu la vie à peu près supportable pour 90% de Français pendant cinquante ans.


Sarkozy, comme son très proche collaborateur Guaino, se traînent des valises névrotiques qui pèsent des tonnes. Le premier, dans sa famille paternelle, a un passé qui ne passe pas, et il n'a découvert qu'adolescent, les origines juives de sa mère. Le second, comme dit pudiquement Wikipedia, n’a pas connu son père. Tout deux ont toujours eu une revanche à prendre sur la vie. Exalter les mythes fondateurs de la vraie gauche (Jaurès, anticapitaliste et pacifiste, Môquet, résistant magnifique) permet de faire oublier que, dans les faits, on n'aime les gens de gauche que morts ou traîtres. Faire lire une lettre d’un jeune militant communiste sans référence au contexte, sans allusion à ses propres engagements, bref une lettre purement humaine, familiale, une lettre d’émotion, quelle belle manœuvre ! Une lettre qui exalte l’abnégation, le sens du sacrifice, le courage, des valeurs que la classe dominante peut faire siennes sans problèmes dans une perspective de politique-spectacle, d’iconisation, et de pipolisation de l’école. La lettre d’un fils extraordinairement ému mais pas d’un jeune communiste qui veut organiser la résistance à la base. Pour le ministre Xavier Darcos, l’école doit « renforcer la cohésion nationale autour d’une histoire ». Il est urgent, en effet, de raconter des histoires (après Môquet, à qui le tour ?) à une société disloquée par la brutalité de sa classe dirigeante. Faites le compte, vous verrez que, depuis 2002, il ne s’est pas passé une journée sans que les dirigeants n'aient pris une mesure hostile au monde du travail, aux salariés. On en revient à Pétain – n’est-ce pas Kessler ?, quand l’école du Maréchal était mobilisée pour construire une unité nationale de façade, mais obligatoire, à coups de mythes simplistes (Jeanne d’Arc, Bara, Bugeaud). Une récupération au profit d’une identité nationale (comme le ministère du même nom) serait censée faire oublier les attaques contre la Sécurité sociale, les services publics, les retraites.


Non, Môquet n’appartient pas à tout le monde, mais à ceux qui luttent, qui n’acceptent pas le fait accompli, le principe de réalité. La France rêvée par Guy Môquet est le contraire de la France de Sarkozy, cette France d’avant le 4 Août, d’avant les Lumières, la France du fric étalé sans honte, la France des casinotiers, la France des beaufs à Rolex©, la France qui se pâme devant Bush.


La mythologie que veut forger Sarkozy, pour le moment du moins (ça lui passera avant que ça me reprenne), évacue de grandes figures chéries de la droite, comme Jeanne d’Arc ou Napoléon. C’est donc une mythologie sans mauvaise conscience, sans squelettes dans le placard, sans torture en Algérie, sans Mai 68 (en 68, Môquet aurait pendu [métaphoriquement] le père de Sarkozy avec les tripes du père de Kessler !), sans le moindre faux-pas, sans regret ni repentance. Une mythologie unidimensionnelle, celle d’un pays totalitaire.

PS (1) : un correspondant me signale que Pierre-Louis Basse, auteur de la biographie de Guy Môquet (Guy Môquet, une enfance assassinée) va publier incessamment un ouvrage au titre prometteur : Guy Môquet au Fouquet's.

PS (2) : sur son blog, Jean Daniel, directeur du Nouvel Observateur, justifie la lecture de la lettre. Un correspondant lui oppose ceci :
Une des raisons qui peuvent rendre suspecte la publication de cette lettre, est qu'un autre texte de Guy Môquet est occulté : le poème trouvé sur lui le jour de son arrestation et qui joua un grand rôle dans sa mort :

Ce poème est dédié aux 3 communistes du "Commando de Nantes" qui commirent l'un des tous premiers actes de la résistance, l'assassinat de l'officier allemand Karl Hotz. C'est en représaille à cet assassinat que furent exécutés 48 otages, dont 27 communistes "plutôt que des bons français" à la demande du ministre de l'intérieur Vichyste Pierre Pucheu, les 27 de Châteaubriant parmi lesquels Guy Môquet :

"Parmi ceux qui sont en prison
Se trouvent nos 3 camarades
Berselli, Planquette et Simon
Qui vont passer des jours maussades

Vous êtes tous trois enfermés
Mais Patience, prenez courage
Vous serez bientôt libérés
Par tous vos frères d’esclavage

Les traïtres de notre pays
Ces agents du capitalisme
Nous les chasserons hors d’ici
Pour instaurer le socialisme

Main dans la main Révolution
Pour que vainque le communisme
Pour vous sortitr de la prison
Pour tuer le capitalisme

Ils se sont sacrifiés pour nous
Par leur action libératrice "

Avoir occulté ce poème montre bien qu'on ne veut récupérer qu'une partie de l'image du jeune martyr et non sa globalité. C'est une preuve qu'il y'a là manipulation politique et cela me gêne qu'on souille ainsi la mémoire d'un mort.
Ecrit par : Pingouin094 | 22.10.2007

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Published by Bernard Gensane - dans Politique
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13 mars 2011 7 13 /03 /mars /2011 13:12

Greg Page, l’homme qui contrôle l’alimentation de la planète (Xlsemanal)


Carlos Manuel SANCHEZ



Il a 59 ans et il n’accorde jamais d’entretien. Il est à peu près certain que son nom ainsi que celui de sa société ne vous disent absolument rien. Mais c’est entre ses mains que passe la plus grande partie des aliments que vous êtes capables d’imaginer. Cargill est une des quatre sociétés qui contrôlent 70 % du commerce mondial des denrées alimentaires. Alors que le monde affronte la plus grande crise alimentaire que l’on ait connue depuis des décennies, eux ils font leur chiffre d’affaires « en lisant les marchés ». C’est comme ça que ça marche.


Vous ne le savez pas, mais le toast de votre petit déjeuner est une marchandise qui a bien plus de valeur que le pétrole. La farine avec laquelle il est fabriqué a un nom : Cargill. Ça vous dit quelque chose ? Eh bien, Cargill est aussi le nom de la matière grasse qui recouvre votre toast et du glucose qui entre dans la marmelade qui lui donne sa douceur. Cargill est l’aliment qui a engraissé la vache laitière et la poule qui a pondu les œufs frits sur votre la poêle, Cargill est le grain de café et la fève de cacao, la fibre des biscuits et la boisson à base de soja. Et le sucre des sodas, et la viande des hamburgers, et la semoule des vermicelles ? Et aussi le maïs des chips mexicaines, et le tournesol de l’huile, et le phosphate des engrais… Et que me dites-vous du biocarburant de votre automobile, cet amidon que les compagnies pétrolières ont raffiné pour le transformer en éthanol et le mélanger à de l’essence ? Devinez.


Non, ne cherchez ni marque ni étiquette ; vous ne les trouverez pas. Cargill traverse l’histoire sur la pointe des pieds. Comment se peut-il qu’une entreprise fondée en 1865, qui compte 131.000 salariés répartis dans 67 pays, avec un chiffre d’affaires annuel de 120 milliards de dollars, soit 4 fois plus que celui de Coca-Cola et 5 fois celui de McDonald’s, soit si peu connue ? Comment expliquer qu’une société tellement gigantesque que son chiffre d’affaires dépasse le revenu national du Koweït du Pérou et de 80 autres pays, soit passée tellement inaperçue jusqu’à ce jour ? En partie parce que c’est une entreprise familiale. Oui, ses bilans laissent pantois, mais Cargill n’est pas cotée en Bourse et n’est pas obligée de rendre des comptes. Ses actionnaires sont un essaim d’arrières petits fils de ses fondateurs, les frères William et Samuel Cargill, des paysans de l’Iowa qui bâtirent un empire au XIXº siècle, grâce à un élévateur à grains adossé à une voie de chemin de fer, dans une bourgade de la Prairie de l’Iowa qui n’était même pas mentionnée sur les cartes. Plus tard, un beau-frère — John MacMillan — allait prendre les rênes. Durant des décennies, les Cargill et les MacMillan ont accumulé des silos, des moulins, des mines de sel, des abattoirs et une flottille de cargos. Aujourd’hui, environ 80 descendants de ces pères fondateurs se partagent les dividendes et jouent au golf. On n’en sait guère plus à leur sujet, sauf que les mâles portent le kilt écossais dans les fêtes pour faire honneur à leurs ancêtres. Et que 7 d’entre eux siègent au Conseil d’administration et figurent sur la liste Forbes des héritiers les plus riches de la planète, avec des fortunes qui tournent autour de 7 milliards de dollars par tête. Le président de la compagnie est Greg Page, un type flegmatique qui se plaît à dire avec un certain humour que Cargill se consacre à « la commercialisation de la photosynthèse ».


Mais les temps ne sont pas à la plaisanterie. Les prix des denrées de base ont flambé depuis un an. Le blé : plus 84 % ; le maïs : plus 63 % ; le riz : presque plus 10 %. Ce sont les trois céréales qui nourrissent l’humanité. Leurs prix ont atteint des sommets, prévient L’Organisation des Nations Unies pour l’Agriculture et l’Alimentation (FAO) ; ils dépassent ceux de 2008 qui avaient provoqué des révoltes dans 40 pays et qui avaient condamné à la famine 130 millions de personnes. Et les prix vont continuer à monter, prévient le Financial Times. « Le coût des céréales est déterminant pour la sécurité alimentaire parce que les céréales sont la matière première de référence dans les pays pauvres. Si les prix continuent à grimper, il y aura encore plus de soulèvements. »


Les raisons sont multiples : un cocktail fait de sécheresses, de mauvaises récoltes et de spéculation. Mais les gagnants sont un tout petit nombre. Et parmi ceux-là, on trouve les sociétés mastodontes qui contrôlent le commerce mondial des céréales. Cargill a multiplé par trois ses bénéfices au cours du dernier semestre et ils dépassent les 4 milliards de dollars, précédent record atteint en 2008 suite aux bouleversements de la crise alimentaire. La société avait parié que la sécheresse survenue en Russie, un des grands producteurs mondiaux, obligerait Vladimir Poutine à interdire les exportations de grains pour assurer la consommation intérieure nationale. Et elle a gagné son pari. « Nous avons fait un bon travail en lisant les marchés et nous avons réagi vite », a expliqué un porte-parole de Cargill. En quoi consiste cette réaction ? Essentiellement, il s’agit de jouer au Monopoly en achetant des récoltes entières sur le marché à terme avant même que ne soit semée la moindre graine. Il suffit ensuite de les revendre de place en place, sur toute la planète, là où c’est le plus rentable.


Les grandes compagnies céréalières fondent leur pouvoir sur le contrôle des réseaux de distribution. Silos, entrepôts, élévateurs de grains stratégiquement implantés sur les réseaux ferroviaires, flottes marchandes transocéaniques… Elles ne possèdent pas la terre. Elles préfèrent laisser aux agriculteurs le risque de perdre leurs récoltes. S’il y a surproduction, les compagnies font des réserves et attendent. Si un désastre climatique survient et ruine les récoltes quelque part dans le monde, elles ont les moyens de transporter les excédents depuis d’autres lieux, aussi éloignés soient-ils.


C’est un jeu risqué. La Russie, par exemple, approvisionnait l’Égypte et d’autres pays arabes. Cargill a vu venir, avant les autres, la rupture dans les approvisionnements — ce n’est pas pour rien que la compagnie possède un service de renseignement que l’on a comparé à celui de la CIA... Elle utilise des satellites de communication, des analystes du climat et toute une armée d’informateurs et de « taupes » au sein même des gouvernements — et Cargill a pris de vitesse ses concurrents : ces compagnies tout aussi étatsuniennes qu’elle que sont Archer Daniels Midland (ADM) et Bunge, et la française Louis Dreyfus. À elles quatre, ces firmes, toutes centenaires, familiales et très fermées — contrôlent environ 70 % du commerce mondial des denrées alimentaires. Donc Cargill accapara du blé auprès d’autres producteurs pour le stoker dans les ports d’Afrique du Nord et serra les boulons question prix. Affaire juteuse… sauf que le prix du pain explosa dans tout le Maghreb et que le spectre de la famine est venu s’additionner à la revendication de liberté. La mèche de la révolution était en place et Facebook n’avait plus qu’à y mettre le feu.


Pour l’éteindre, certains pays arabes ont augmenté leurs importations de blé ; par exemple l’Algérie et l’Arabie Saoudite. Exemple suivi par d’autres gouvernements, comme le Mexique, échaudé par la toute récente crise des tortillas qui vit des groupes de désespérés, armés de cailloux et de machettes, prendre d’assaut des trains chargés de céréales et les piller au rythme de 35 tonnes par mois. Mais accumuler des réserves entraîne la hausse des prix. Parce que la population mondiale augmente et parce que les classes moyennes émergentes chinoise et indienne veulent manger chaque jour davantage et mieux. Les inondations en Australie et au Pakistan elles aussi ont contribué à provoquer une pénurie de grains. Les réserves mondiales actuelles s’élèvent à 432 millions de tonnes qui ne représentent que 70 jours de consommation mondiale, réduits à 64 lorsque le printemps sera là.


« Nous sommes entrés sur un terrain dangereux. Le prix mondial combiné des céréales, des graisses végétales, des produits laitiers, de la viande, et du sucre… ne cesse de monter depuis six mois, sans discontinuer, et il a dépassé les niveaux atteints lors de la dernière panique alimentaire. Et il reste encore de la marge pour qu’il continue de monter beaucoup plus si la vague de chaleur en Argentine se transforme en sécheresse ou si l’Ukraine et la Russie connaissent à nouveau de mauvaises récoltes » nous explique Abdolreza Abassian, économiste en chef de la FAO. La Banque Mondiale prévoit que les prix resteront élevés au moins jusqu’en 2015. D’autres vont plus loin et considèrent que le changement climatique constitue un autre facteur d’inflation. Certains experts calculent que pour chaque degré d’élévation de la température, on perdra dix pour cent de la production agricole. « Le temps des denrées alimentaires bon marché est terminé », conclut Gonzalo Fanjul, d’Intermón Oxfam. En Amérique Latine, le prix du panier de la ménagère a augmenté de 45 % depuis l’été. Jean Ziegler, rapporteur spécial de l’ONU pour le droit alimentaire, qualifie de « génocide silencieux » le fait de brûler des centaines de millions de tonnes de céréales en biocarburants.


Dans ces conditions, la mise à sac par les spéculateurs du marché des matières premières et le fait que la Bourse de Chicago — parquet de référence pour les matières premières — soit devenue ce casino où les jetons sont des fèves, des grains et des haricots rouges, était courue d’avance. C’est ce qui se passe depuis qu’a éclaté la crise financière de 2007. La bulle immobilière et créditrice est aujourd’hui remplacée par une bulle alimentaire. Selon la défunte société de consulting Lehman Brothers, environ 270 milliards de dollars auraient migré de Wall Street vers la chasse aux gros coups sur les contrats à terme à la bourse de Chicago dont les profits ont fait un bond de 65 % en un an. Des banques d’investissements, des fonds de pension et à haut risque (hedge funds) s’y livrent à un véritable festin sur le dos de millions de gens condamnés à la famine. Ils ont recours à des mécanismes d’une sophistication extrême qui leur permettent des effets « levier » sur des opérations d’achat/vente portant sur des sommes faramineuses en ne déboursant qu’un pourcentage infime de la valeur du contrat. « Comment est-il possible qu’un spéculateur puisse acquérir 15 % de la production mondiale de cacao sans payer un centime et la revendre ensuite ? » s’interroge, scandalisé (faussement, n.d.t.) le président français Nicolas Sarkozy.


Mais ces nouveaux venus n’en sont pas moins des seconds couteaux dans un négoce toujours contrôlé, depuis plus d’un siècle, par les mêmes : les compagnies céréalières surgies à la faveur de la révolution industrielle du XIXº siècle, lorsque des millions de paysans émigrèrent vers les villes, cessèrent de consommer ce qu’ils produisaient et devinrent dépendants du pain acheté chez le boulanger. En Europe, les dynasties du blé sont nées le long du Rhin : les Fribourg (Continental), les Louis Dreyfus et les Bunge. D’humble origine, elles surent gagner l’amitié des rois et connurent leur temps de gloire. En 1870, elles ont sauvé de la famine les Parisiens cernés par l’armée prussienne et réduits à manger leurs propres mascottes. En 1917, elles ont su déjouer le blocus des sous-marins allemands qui étranglaient les routes d’approvisionnement des nations alliées. Après la Seconde Guerre mondiale, le Plan Marshall a servi pour placer les excédents nord-américains et nourrir la moitié de la planète, y compris l’Espagne. Ce furent des efforts héroïques, et non moins grassement rétribués.


Aujourd’hui, le monde leur demande d’être à la hauteur de la situation. Mais les affaires sont les affaires. Nous avons un dicton, en Argentine : « Bunge accorde au paysan un crédit, lui vend les semences et lui achète son grain d’avance. Et une fois finie la moisson, il lui vend la corde pour qu’il se pende ». C’est pourquoi certains organismes demandent que soit créée une réserve mondiale de céréales dans laquelle les gouvernements pourraient puiser en cas de disette et qui, en outre, servirait à stabiliser les prix. Parce que cette fois, nous prévient l’ONU, en plus de condamner des millions d’êtres humains des pays défavorisés à ne pas pouvoir se remplir le ventre, nous allons tous pâtir, plus ou moins, des conséquences de la bulle alimentaire.


Carlos Manuel Sánchez

http://xlsemanal.finanzas.com/web/a...


Traduit par Manuel Colinas Balbona pour Le Grand Soir


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12 mars 2011 6 12 /03 /mars /2011 09:35

Une de mes connaissances, médecin, est en train de s'installer à Mexico.

Par amour.

Il exerçait en France dans une spécialité assez lucrative. Ce sera encore plus lucratif là-bas.

Il a prévenu sa famille : "Si je suis enlevé, ne payez pas. En aucune manière. Quand ils enlèvent, ils tuent, même en cas de rançon versée".

Je suis comme tout le monde ici : je ne sais si Florence Cassez est coupable, innocente, complice ou simple témoin d'enlèvements d'enfants.

Mais je comprends que les autorités mexicaines aient fait preuve de quelque susceptibilité face aux gros sabots de notre kleiner Mann.

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