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8 mars 2011 2 08 /03 /mars /2011 11:19
Il s'agit d'une horreur de plus imposée aux citoyens de l'Europe par le capitalisme financier. Mélenchon la dénonce régulièrement. Je propose ici l'analyse qu'en fait Bernard Cassen pour Mémoire des Luttes. Je précise pour mes nouveaux lecteurs que Bernard Cassen fut l'un des fondateurs d'ATTAC, qu'il présida, et qu'à ce titre le Non au référendum de 20058 sur l'Europe lui doit beaucoup. Pendant ce temps-là, on amuse la galerie avec la question de l'identité française, quand ce n'est pas les états d'âme d'Anne Sinclair...

http://www.cercleciceron.com/wp-content/uploads/2010/10/christine-lagarde_183-300x252.jpg

 

Un carcan européen de plus : le "pacte de compétitivité"

Par Bernard Cassen

Pour une armée battant en retraite, on dit que l’humiliation suprême est d’abandonner son drapeau sur le champ de bataille. Pour récupérer le précieux morceau de tissu, un officier n’hésitera pas une seconde à sacrifier autant de vies de soldats qu’il le faudra. C’est une logique du même type qui, deux ans après le déclenchement de la dernière en date des crises du capitalisme, inspire les mesures prises ou projetées par les gouvernements de la zone euro : quel qu’en soit le prix, il sauver non pas l’Europe ni même l’Union européenne (UE), mais la monnaie unique et les politiques de régression sociale dont elle est le rempart ! Et la sauver aux conditions fixées par Angela Merkel, avec Nicolas Sarkozy comme junior partner.

Déjà la chancelière allemande avait imposé à ses partenaires de l’UE la révision du traité de Lisbonne, décidée lors du Conseil européen de décembre 2010. Il s’agit de créer un Mécanisme européen de stabilité (MES) destiné à prendre, en 2013, la relève du Fonds européen de stabilité financière (FESF) mis en place en mai 2010. Le MES contiendrait des clauses encore plus draconiennes que celles du FESF [1]. On croyait pourtant qu’il était difficile de faire « mieux » que ce Fonds qui place les Etats sous la tutelle de la « troïka » Commission européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international (FMI). Pour ne prendre qu’un exemple, c’est cette « troïka » qui exige que la Grèce privatise ses entreprises publiques à hauteur de 50 milliards d’euros. L’un de ses membres a même demandé au gouvernement d’Athènes de « vendre des plages pour développer le tourisme » [2].

Ce n’était qu’un début… Toujours au prétexte de sauver la monnaie unique, Angela Merkel, avec le soutien du président français, veut maintenant faire adopter par les 17 pays de la zone euro (et à ceux des 10 autres membres de l’UE qui le souhaiteraient) un « pacte de compétitivité » qui les obligerait à adopter des politiques communes (c’est-à-dire celles de l’Allemagne) non seulement sur le niveau de leur endettement public et sur la fiscalité des entreprises, mais également sur la politique salariale et les systèmes de retraite. C’est ainsi que devrait être supprimée l’indexation des salaires sur le taux d’inflation dans les pays (Belgique, Luxembourg et Portugal) où elle existe encore, et que l’âge de départ à la retraite devrait être porté le plus rapidement possible à 67 ans.

Avec le Pacte de stabilité (signé en 1997), les Etats membres de l’UE avaient déjà perdu leur souveraineté budgétaire ; avec la monnaie unique, les membres de la zone euro avaient renoncé à leur souveraineté monétaire. Il restait seulement aux Etats la fiscalité comme levier d’action macro-économique, mais elle est prise en otage par la mise en concurrence des systèmes fiscaux dans l’UE. Si l’on ajoute à ces dépossessions, la disparition de toute autonomie en matière de politique sociale, on ne voit plus de quelles marges de manœuvre disposerait désormais un gouvernement, et donc à quoi pourraient bien servir des élections à l’avenir.

Ce « pacte de compétitivité » doit être discuté lors d’un Conseil européen extraordinaire le 11 mars et adopté lors du Conseil ordinaire prévu deux semaines plus tard. Si c’est le cas, il viderait de son contenu toute alternance politique, notamment en France, visant à mettre en œuvre des mesures de rupture avec le néolibéralisme. Il faudrait alors choisir entre l’acceptation du carcan européen et le respect de la démocratie.

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8 mars 2011 2 08 /03 /mars /2011 10:09


La dernière fois que j’ai acheté une voiture, il s’est passé une chose étrange – à mes yeux – dans le bureau du vendeur : il a établi devant moi la carte grise du véhicule en m’expliquant que, désormais, les garagistes étaient habilités à fournir ce précieux document.

http://galsatia.files.wordpress.com/2007/10/bureaucratie.jpg?w=460Le concessionnaire me réclama simplement ma carte d’identité. Je lui demandai s’il était capable de distinguer, au premier coup d’œil, une vraie carte d’une fausse. Il me répondit que non. Et donc qu’il circulait en France un nombre toujours croissant (1%, 2%, plus encore) de cartes grises établies à partir de fausses identités. Ce qui pose évidemment de sérieux problèmes à la police lorsqu’elle recherche des voitures volées ou encore des conducteurs en infraction.

Encore une initiative merveilleuse imposée par le capitalisme financier : comme on ne remplace qu’un fonctionnaire sur deux dans les préfectures, de plus en plus de tâches sont externalisées vers le privé et confiées à des gens non assermentés et pas toujours compétents. Mais, par-delà les économies, la visée est surtout idéologique : il s’agit d’instiller dans la conscience des citoyens/consommateurs que, partout, le privé peut et doit se substituer au public.

Et puis, pourquoi se plaindrait-on ? Plus besoin de faire la queue dans les préfectures, gain de temps, possibilité de commander sa carte chez soi, à trois heures du matin, dans la position du lotus.

LA LIBERTÉ !

 

Théophraste, du Grand Soir, ajoute ceci :

 "Si la voiture est destinée à un voyage de noces, il serait moderne que le vendeur vous marie, ou alors, ce n’est ni fait ni à faire, son truc."

Tout à fait, Théo. Au Danemark, en Finlande, en Norvège, en Suède, en Grèce, en Italie, en Espagne, au Portugal (pour le mariage catholique), au Canada, le mariage civil est facultatif. le mariage religieux a force de loi.

En Espagne, si on choisi un mariage religieux, les documents civils sont signés à la fin de la cérémonie religieuse et l’Église les envoie aux autorités civiles.

Heureusement que Badinter a fait abolir la peine de mort : Sarko aurait privatisé la fonction de bourreau. Mais il l’aurait féminisée. Nous aurions eu une bourelle.

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6 mars 2011 7 06 /03 /mars /2011 16:16

Le FMI épaulé par la Commission européenne organise le pillage de la Grèce

Par Jérôme DUVAL

En Grèce, le peuple maintient la mobilisation après neuf grandes grèves depuis février 2010

Alors que le chômage continue sa progression après être passé de 9,7% à 12,9% de la population active entre le 3e trimestre 2009 et le 3e trimestre 2010 |1| (près de 34% des moins de 25 ans sont sans emplois), le peuple poursuit la mobilisation contre les plans d’austérité d’orientation ultralibérale et conformes au « consensus » de Washington.

Cette politique promue par la troïka - Fonds monétaire international (FMI), Commission Européenne (CE), Banque Centrale Européenne (BCE) - en échange d’assistance financière pour affronter le paiement de la dette publique est digne de celle qui a conduit l’Argentine, élève modèle du FMI, à une crise mémorable en 2001. Les médias dominants nous dissimulent le budget militaire grec qui ne cesse d’aggraver le déficit. Pourtant, celui-ci est proportionnellement au PIB le plus important des pays membres de l’OTAN après les Etats-Unis et représentait 4% du PIB en 2009. Serait-ce que les vendeurs d’armes propriétaires d’empires médiatiques comme Dassault ou Lagardère ne veulent pas compromettre un marché juteux ?

Alors que le peuple est confronté à une destruction généralisée des acquis sociaux (réductions des salaires et des régimes de retraite, hausses d’impôts indirects, augmentation de l’âge de départ à la retraite, privatisation et augmentation des tarifs des services publics…), la Grèce achète de l’armement à la France (6 frégates FREMM d’environ 500 millions d’euros chacune et des hélicoptères de combats SAR) et à l’Allemagne (sous-marins). Ces achats d’armement par temps d’austérité drastique pour la population sont irrecevables. L’argent volé à la population pour acheter du matériel militaire doit être restitué intégralement et les responsables jugés. Selon le SIPRI (Stockholm International Peace Research Institute), la Grèce est la nation européenne qui dépense le plus d’argent en défense comparé à son produit intérieur brut (PIB) et figure parmi les 10 plus importants acheteurs d’armes au monde. Il s’agit d’un comportement odieux et irresponsable envers sa population qui se saigne aux quatre veines pour renflouer les caisses de l’Etat. En mai 2010, selon le ministère français de la défense interrogé par le député François Cornut-Gentille, « aucune des mesures de restriction budgétaire supplémentaires décidées au mois de mars 2010, à la suite des interventions de l’Union européenne, ne devrait affecter, cette année, le budget d’acquisition du ministère de la défense grec. (…) les démarches d’acquisition des frégates de type FREMM (frégates multimissions) et des hélicoptères SAR (search and rescue) restent en conséquence d’actualité |2|. »

La Grèce a signé avec le FMI et l’Union Européenne, de nouveaux prêts mal nommés « aide ». Tout en tentant d’alléger le déficit au prix de sacrifices inouïs, le pays devra rembourser une dette alourdie par les intérêts chaque fois plus importants à mesure que les agences de notation dégradent la note du pays.

En décembre 2010, les députés grecs ont approuvé un nouveau paquet de coupes budgétaires qui consiste à baisser les salaires des employés de la télévision et des transports publics. Les journalistes grecs se sont joints aux protestations qui parcourent le pays et à Athènes, l’entrée de la Banque centrale a été aspergée de peinture rouge. En février 2011, c’est au tour des médecins, pharmaciens et employés du secteur médical de manifester devant le parlement contre une réduction de 1,4 milliard d’euros des dépenses de santé réclamées par l’Union européenne (UE) et le FMI alors qu’une centaine de médecins campaient devant le ministère de la Santé à Athènes. La délégation du FMI et de l’UE dépêchée sur place à Athènes le 7 février 2011 attendra la mise en œuvre de la réforme du système de santé, avant de donner son feu vert au versement de la quatrième tranche du prêt - pour un montant de 15 milliards d’euros - initialement prévue pour février 2011. Chaque fois, des mesures toujours plus libérales réclamées par l’UE et le FMI sont le préalable requis pour débloquer les tranches successives dans le cadre du prêt de 110 milliards d’euros consentis en mai 2010.

Le gouvernement grec à la solde de la Troïka FMI-CE-BCE, coupable de non assistance à population en danger, organise le pillage du pays au profit du grand capital

Mais, comme si cela ne suffisait pas, les créanciers demandent une "accélération décisive" des réformes structurelles pour réduire la dette et retardent le versement de cette quatrième tranche. En février 2011, le gouvernement de Georges Papandréou finit par réagir lorsqu’une fois de plus, la troïka FMI-CE-BCE demande d’approfondir les réformes et d’augmenter son objectif de privatisations de biens publics de l’Etat en passant de 7 milliards d’euros de recette à réaliser d’ici 2013 dont 1 milliard en 2011, à 50 milliards d’ici 2015. Cette réaction fait sourire lorsqu’on voit la soumission totale envers ses créanciers de la part d’un gouvernement qui se dit socialiste. D’ailleurs, il faudra attendre quelques jours seulement pour que M. Papaconstantinou, ministre des Finances, se retourne et indique que "l’objectif" de ce plan de privatisations de 50 milliards "était sûrement ambitieux, mais réalisable", acceptant à nouveau l’ingérence du FMI épaulée par la Commission Européenne… Sont alors visés les ports, les aéroports, les chemins de fer, l’électricité ainsi que des plages touristiques du pays. Le représentant de la Commission européenne Servaas Deroose proposait dans le quotidien To Vilma, de « vendre les plages pour développer le tourisme et le marché des propriétés touristiques ». Dans une autre interview, il ajoute : « La Grèce pourrait facilement lever cinq milliards d’euros en vendant l’ancien aéroport d’Athènes, situé dans une zone côtière lucrative ». De son côté, le chef de la mission du FMI Poul Thomsen a proposé de « vendre des terrains, y compris l’ancien aéroport » d’Athènes. « Nous sommes à un point crucial où nous avons besoin d’une accélération des réformes », aurait-il déclaré selon le quotidien Kathimerini |3|.

La contraction, plus sévère que prévue par les Institutions, du PIB grec à 1,4% au quatrième trimestre 2010, une inflation galopante à 5,2 % en janvier 2011 ainsi que la baisse des revenus des Grecs qui ont chuté de 9% en 2010 |4| sous l’effet des mesures d’austérité donnent un avant-goût de l’échec retentissant de la politique de la troïka FMI-CE-BCE. Selon la Banque de Grèce, « Le pouvoir d’achat des salariés du public a reculé à un niveau plus bas que celui de 2003, tandis que sur l’ensemble de l’économie le pouvoir d’achat a reculé en moyenne à un niveau plus bas que celui de 2006 ». De leur côté, les investisseurs sont encouragés à faire des affaires juteuses par une réduction du coût du travail de 3% dans le pays en moyenne.

Il n’y a pas là de quoi calmer une population déjà malmenée par la crise et une nouvelle grève générale a paralysé le pays le 23 février 2011. Le peuple grec est en droit d’exiger d’autres mesures radicalement différentes comme la taxation des hauts revenus et un moratoire sur l’achat d’armement militaire. Mais seul un audit sous contrôle citoyen des comptes publics de l’Etat pourra analyser les contrats d’endettement afin d’en restituer la part illégitime ou odieuse au véritable créancier qui réclame souveraineté et dignité : le peuple grec. Il faut à ce propos, saluer l’initiative de la députée Sophia Sakorafa qui, en décembre 2010, a proposé devant le parlement grec la constitution d’une Commission parlementaire d’audit de la dette publique.

Jérome Duval

 

www.cadtm.org/Le-FMI-epaule-par-la-...

 

Notes

|1| Eurostat, 1er février 2011 :http://epp.eurostat.ec.europa.eu/ca.... Le taux de chômage officiel atteindra 13,9 % en novembre 2010.

|2| L’optimisme du ministre de la défense concernant les exportations d’armement françaises en Grèce, François Cornut-Gentille, député, mai 2010, http://www.francois.cornut-gentille...

|3| Lire François ASSELINEAU (ancien ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement Alain Juppé), Grèce : l’UE, la BCE et le FMI préparent le pillage du patrimoine : http://www.agoravox.fr/actualites/e...

|4| Rapport annuel de la Banque de Grèce publié le 15 février 2011. http://lapresseaffaires.cyberpresse...

URL de cet article 12939
http://www.legrandsoir.info/Le-FMI-epaule-par-la-Commission-europeenne-organise-le-pillage-de-la-Grece.html
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6 mars 2011 7 06 /03 /mars /2011 16:00

A l'occasion de la nomination de Gérard Longuet au gouvernement, les médias ont rappelé son passé d'activiste (au sens français du terme) violent d'extrême droite.

Ils ont bien fait.

 

Mais ils n'ont pas mentionné un fait au moins aussi important : Longuet est le beau-frère de Bolloré (plus exactement l'ancien, ça divorce aussi chez les grands de ce monde).

Même si Longuet est resté toute sa vie un adepte de la droite la plus dure, sa relation familiale avec l'un des hommes les plus riches et les plus influents de France me semble beaucoup plus importante.

 

 

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6 mars 2011 7 06 /03 /mars /2011 07:56

vieillesse.jpg 

La dépendance selon Sarkozy : payer pour vieillir (avant de mourir)

 

Récemment, le kleiner Mann a commis une bourde dont il est coutumier : il a situé l’Alsace en Allemagne. Depuis la féroce occupation de cette belle province par les nazis, les Alsaciens adorent ce genre d’erreur. Le kleiner Mann s’est rétabli en mettant les rieurs obligés (dans les deux sens du terme) de son côté : « Vous comprenez pourquoi je suis tellement attaché à résoudre le problème de la dépendance. » Il n’a pas été suffisamment relevé qu’en disant cela il s’était tapoté la tempe avec l’index, signifiant que, pour lui, dépendance était synonyme de débilité, sénilité etc.

 
Le peuple doit toujours se méfier dès que Sarkozy ouvre la bouche. Il doit se méfier doublement quand, de surcroît, il s’essaie à l’humour gras.


Sarkozy et les siens, en bons relais des assureurs privés, veulent fouler aux pieds le système de couverture sociale crée en 1945 pour, à terme, offrir toute la sécurité sociale aux banques et aux assurances privées. Rappelons que, par ordonnance, fut instituée « une organisation de la Sécurité Sociale destinée à garantir les travailleurs et leurs familles contre les risques de toute nature susceptibles de réduire ou de supprimer leur capacité de gain, à couvrir les charges de maternité et les charges de famille qu’ils supportent ». L’offrande faite au privé avait été tentée avant Sarkozy, en 1994, par une cinquantaine de députés, sous l’égide de de Villiers et Madelin, qui avaient déposé un projet de loi à l’Assemblée Nationale sur la création d’une sécurité sociale privée, à la demande de Claude Bébéar, à l’époque patron du groupe Axa. Cette tentative n’avait pas eu de suite.


En instaurant le déremboursement partiel ou total de nombreux médicaments, de frais médicaux, de franchises, en détruisant progressivement le régime solidaire des retraites, en creusant artificiellement le trou de la Sécu, la droite et le patronat visent à ancrer dans les esprits que la “sécurité sociale ” est un concept dépassé et qu’il convient désormais de trouver des solutions “ modernes ”, sinon nos enfants passeront leur vie à payer nos erreurs de gestion. La “ modernité ” revenant bien sûr à s’assurer auprès d’organismes privés. Né de la Résistance, le système de 1945 impliquait que les assurés payaient selon leurs moyens et étaient soignés selon leurs besoins. Un système “ moderne ” implique des cotisations selon les moyens et des soins en fonction de l’humeur de la bourse. Comme aux États-Unis, par exemple.


C’est là que nous en venons aux fausses évidences, aux fausses questions naïves de Sarkozy quant à la dépendance : « Faut-il faire un système assurantiel ? Obliger les gens à s’assurer ? Faut-il augmenter la CSG ? Faut-il avoir recours à la succession quand les enfants n’ont pas la volonté ou pas les moyens ? » Point besoin de chercher midi à quatorze heures : pour notre kleiner Mann, un système assurantiel est nécessaire. En novembre 2010, Fillon emboîtait le pas : « Nous avons commencé avec la réforme des retraites, nous allons poursuivre. Nous ne pouvons pas esquiver sur cette question notre responsabilité collective. Nous lancerons une concertation nationale sur la protection sociale qui associera tous les acteurs, les partenaires sociaux, les professionnels de santé, les mutuelles, les assurances ; les collectivités territoriales, au premiers rang d’entre elles les conseils généraux … Il s’agira en premier lieu de déterminer les besoins réels des personnes. Il faudra ensuite sérier les pistes de financement : assurance obligatoire ou facultative, collectives ou individuelle ». Fillon décrivait alors un système à deux vitesses, les riches pouvant globalement s’assurer, et les pauvres étant pris en charge par la solidarité sans que tous les risques soient couverts pour eux.


À la question « que pensez-vous de l’éventuelle mise en place d’une assurance privée ? » Bachelot répondit au Figaro : « Il ne faut rien exclure, et surtout pas le recours à l’assurance privée ». Et l’ancienne employée des grands laboratoires pharmaceutiques de citer le rapport de la députée UMP Valérie Rosso-Debord (juin 2010) : « Nous ne sommes plus du tout dans le contexte de la création de notre système de protection sociale ».

 

Les deux propositions principales que Sarkozy et des siens vont soumettre aux “ partenaires sociaux ” sont, d’une part, de rendre obligatoire, dès l’âge de cinquante ans, la souscription d’une assurance perte d’autonomie liée à l’âge et assurer son universalité progressive par la mutualisation des cotisations et la création d’un fonds de garantie et, d’autre part, de maintenir à titre transitoire une prise en charge publique.


Ce n’est pas un hasard si Guillaume, le frère du kleiner Mann, diplômé de l’École spéciale des travaux publics, s’est reconverti dans les assurances complémentaires après n’avoir pas réellement brillé dans l’industrie textile (link), là où, décidément, il n’a pas laissé le souvenir d’un patron social (link). L’objectif des assureurs privés est bien, à court terme, de tenir les rênes et d’être les seuls profiteurs de tout le système de protection sociale en vendant des assurances individuelles ou de systèmes de couvertures d’entreprises.


Partons d’un exemple concret. Vous avez 60 ans moins un jour et vous êtes frappé par un AVC léger avec une guérison quelques semaines plus tard. Vous serez pris en charge par la Sécu. Vous avez 60 ans et un jour et vous êtes frappé par un AVC très grave, avec coma quasi total pendant des semaines, puis un handicap lourd à vie. Selon les propositions sarkozyennes, vous entrerez alors dans le cadre de la dépendance, donc des assurances privées. Votre famille devra vraisemblablement subvenir à vos besoins. Si elle ne le peut pas, vos enfants seront touchés indirectement : vous n’aurez en effet d’autre solution que de puiser dans votre patrimoine, donc de leur héritage.


Face à la dépendance, Sarkozy et les siens ont imaginé de diviser les citoyens en deux catégories, ce qui, pour de nombreux observateurs, est anticonstitutionnel : les moins de cinquante ans et les plus de cinquante ans qui devront cotiser en vue de ce que la classe dirigeante appelle désormais le “ 5ème risque ”. Stricto sensu, la perte d’autonomie peut concerner tout individu, à commencer par des enfants de cinq ans. Seulement, il serait difficile d’ancrer dans les esprits qu’un enfant peut être dépendant, même s’il devient sourd et muet suite à une méningite ou s’il retrouve tétraplégique après un accident de moto. Le vocabulaire qui nourrit l’idéologie du capitalisme financier n’est pas neutre. Il utilise “ invalidité ” pour la perte d’autonomie liée à la maladie ou à l’accident, “ handicap ” pour les déficiences congénitales ou accidentelles, et “ dépendance ” pour la perte d’autonomie liée au vieillissement.


Pourquoi ce déplacement du paradigme, pourquoi le recours obligatoire, pour certains assurés, au financement privé ? Parce que l’État se désengage depuis des années de l’APA (Aide Personnalisée d’Autonomie) et que les départements ne peuvent pas compenser ce retrait (43% en 2002, 28% en 2010), d’autant que leurs ressources diminuent du fait, entre autre, de la suppression de la taxe professionnelle.


Le rapport parlementaire de la commission Rosso-Debord (composée aux ¾ de députés UMP) en 2010 a suscité la colère de nombreuses organisations syndicales. 500000 personnes seraient exclues de l’APA qui serait versée sous condition de ressources : les détenteurs d’un patrimoine de plus de 100000 euros (une petite maison dans un coin perdu) auraient le choix entre une allocation à taux plein à condition d’accepter la récupération sur succession ou se contenter d’une allocation à taux réduit. Concernant le financement à long terme, Rosso-Debord suggère de rendre obligatoire, dès l’âge de 50 ans, la souscription d’une “ assurance perte d’autonomie ”, proposition reprise par Sarkozy récemment. Les sociétés d’assurances seraient forcément sollicitées, en particulier par ceux qui n’ont pas de mutuelle. Cette proposition instaurerait une philosophie de l’âgisme, ou discrimination par l’âge, puisqu’on ne cotiserait plus selon ses moyens mais selon son âge.


Rosso-Debord propose également d’augmenter la CSG des retraités imposables, de faire payer la CSA à ceux qui en sont actuellement exclus et de revoir les dérogations fiscales des retraités. À noter que, lors du récent débat sur la “ Réforme ” des retraites, V. Rosso-Debord s’était prononcée en faveur de l’“ équité ” entre le public et le privé, c’est-à-dire pour un nivellement par le bas.


Par-delà ces mesures techniques, l’objectif est de mettre fin à la prise en charge collective de la dépendance, celle-ci étant considérée comme un risque prévisible, donc assurable. Le lobby des assureurs européens a bien compris l’enjeu : il se prépare actuellement à fondre sur la France car ni le Royaume-Uni, ni l’Allemagne, par exemple, n’envisage une telle “ réforme ”. Nos voisins d’outre-Rhin (que l’on ne cesse de nous montrer en exemple) ont intégré la perte d’autonomie à la branche maladie. Dans ce domaine, la porte est fermée aux assurances privées. En revanche, lorsque Sarkozy parle du « gigantesque chantier » de la dépendance, cela ne concerne pas le financement (de l’ordre de 5 à 6 milliards d’euros en 2020) mais le marché – « gigantesque » – que représenterait cette dépendance pour les assureurs privés qui, après s’être engouffrés dans la brèche, ne s’arrêteraient plus. Le paradoxe est que dans un pays comme la France où l’espérance de vie en bonne santé augmente (62 ans et demi pour les hommes et 64 ans pour les femmes à l’heure actuelle), l’accession à la dépendance recule. Ce qui n’est pas le cas, par exemple, de l’Italie de Berlusconi où l’espérance de vie en bonne santé des femmes a chuté de 73 ans en 2001 à 62 ans en 2007.


En tout état de cause, nous sommes loin d’une 5ème branche de la Sécurité sociale.

[Note réalisée à l’aide des travaux de la FSU]

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5 mars 2011 6 05 /03 /mars /2011 16:25

La menace d'être en permanence sous surveillance

 Par Paul Machto

Le projet de loi sur les soins sans consentement? C'est «la menace d'être en permanence sous surveillance et une sortie d'essai à vie! C'est un contrôle insupportable!» Les patients se saisissent de la parole pour dire ce qu'ils pensent d'un projet de loi qui les concerne au premier chef.

Après les « V.I.P. en psy », les Voix Iséroises des Patients en psy, le Groupe d'Entraide Mutuelle La Locomotive, le Club thérapeutique le Grillon de Reims, les adhérents de la RadioCitron [1] viennent d'écrire aux Députés et vont saisir les sénateurs. Salutaire!

Paul Machto

 

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Paris, le 2 mars 2011.

 

 Mesdames et Messieurs les Députés,

 

 

 

Un projet de loi va vous être soumis à la mi-mars concernant la psychiatrie. En tant que patients et en tant qu'animateurs de Radio Citron, nous avons lu attentivement ce projet de loi et nous tenons à attirer votre attention sur différents points.

 

 

 

La substitution de la notion d'hospitalisation sous contrainte par la notion de soins sous contrainte représente pour le patient la menace d'être en permanence sous surveillance, même bien après la crise et jusque dans son espace privé. En cas de soupçon de discontinuité d'observance, le patient serait réhospitalisé d'office, ce qui équivaut à être une sortie d'essai à vie : c'est un contrôle insupportable.

 

 

 

Le fichage et la surveillance par un comité spécial dès l'hospitalisation d'office, en plus du psychiatre, à l'encontre du patient même stabilisé ou guéri, la décision d'un juge ou d'un préfet sur le placement, le prolongement et la levée de l'enfermement, la dénonciation des soignants auprès d'eux, le protocole de soins établi par le Conseil d'Etat, protocole stéréotypé et non personnalisé, l'accaparement des psychiatres à des fins d'expertise auprès des juges au lieu des soins, les jours d'hospitalisation complète imposés pour débuter les soins, la suppression totale des sorties d'essai, l'agitation procédurière nuisant au patient, toutes ces mesures et bien d'autres encore dans ce projet sont démesurément sécuritaires.

 

 

 

Rappelons qu'un patient en psychiatrie n'est pas un délinquant, mais un sujet de droit, qui, pour un moment, peut avoir le discernement amoindri. Verrouiller encore plus l'hôpital psychiatrique, favoriser l'enfermement et la médication, considérer les personnes comme dangereuses, et à vie, n'est pas la solution à cette souffrance. C'est même pathogène.

 

 

 

Pourquoi donc nous enfermer, nous surveiller et nous contraindre pour une dangerosité supposée, quand toutes les études menées démontrent que nous ne sommes pas plus dangereux que les autres ? Même, les malades psychiques sont 300 fois plus susceptibles d'être attaqués par des gens non malades, que l'inverse. L'événement qu'évoque Nicolas Sarkozy dans son discours d'Anthony en 2008 est l'exception. Alors pourquoi nous stigmatiser ? Et pourquoi vouloir soumettre cette loi en urgence, alors qu'elle est loin d'être anodine, et qu'elle est lourde de conséquences pour nous ?

 

 

 

En fait, cette réforme est complètement centrée sur une prise en charge autoritaire de la maladie psychique, contre la liberté individuelle et contre toute logique de résultat parce qu'elle ne prend pas en compte l'idée d'un contrat responsable entre patient et psychiatre, et donc la possibilité pour le patient de négocier sa prise en charge librement avec les soignants, ce qui garantit l'observance du soin.

 

 

 

Les soins efficaces, qui laissent au patient la possibilité d'adhérer librement au soin et lui permettent donc d'être un je-sujet de son être, de sa vie, capable de penser sa maladie, la mettre en perspective, en comprendre la source de ce fait, la désamorcer en partie ou complètement, et éviter un éventuel passage à l'acte, les soins qui permettent le lien transitionnel avec les soignants, les soins humains, la parole, les entretiens, les activités sociales et créatives, ces soins efficaces ne sont pas soutenus par cette loi, au contraire elle les met en péril, contre toute raison. De plus, contraindre aux soins médicamenteux certains patients est si violent que l'ambiance des unités de soins psychiatriques s'en trouvera détériorée. Poser un jugement de dangerosité et d'"irrécupérabilité" sur un patient, c'est lui donner la sensation qu'il est traqué, par tous et partout, et cela favorise les passages à l'acte violents. Or les malades psychiques ont souvent subi une maltraitance dans leur jeunesse, source de pathologies. Car c'est par trop de souffrance que l'esprit cherche des solutions qui parfois génèrent des pathologies. Verrouiller encore plus l'hôpital psychiatrique, l'enfermement et la médication, les considérer comme dangereux, à vie, n'est donc pas la solution à cette souffrance.

 

 

 

Cette loi nous propose d'aller mal, à vie. Elle est totalement contre-productive. Qui y gagne ? Ni les malades, ni la société, ni la sécurité.

 

 

 

Déjà, nous connaissons depuis quelques années une augmentation des hospitalisations d'office, pas parce que nous sommes plus dangereux ou plus nombreux à être malades, mais parce que beaucoup de structures de proximité, intermédiaires, qui accueillaient la parole des patients, on été fermées, alors qu'elles constituaient un véritable outil de prévention des risques et dont se saisissaient les patients. Celles qui restent manquent de moyens, de personnel, les attentes pour des rendez-vous sont dangereusement longues. Telle structure a vu en quelques mois son nombre d'hospitalisations d'office être multiplié par... 10 ! Par 10 ! Alors que les pathologies restent les mêmes. Que se passe-t-il ? Le préfet semble signer l'enfermement à tour de bras, comme le psychiatre, mais hésite à signer les levées : ils ont peur d'être jugés trop laxistes... non pour le bien du patient, ni pour celui de la société ! Voici des conséquences déjà visibles de l'esprit de cette loi.

 

 

 

Toute hospitalisation d'office est toujours extrêmement violente pour le patient. Tous nos témoignages personnels sont terrifiants. Nous en gardons un traumatisme à vie. L'hospitalisation doit de toute façon être soigneusement réfléchie et durer le moins possible. Or ce n'est pas du tout le sens de cette loi.

 

 

 

Si le grand public et notre entourage sont amenés à penser que nous sommes dangereux au point de nous contraindre, de nous enfermer à ce point, de nous contrôler à ce point, de nous "judiciariser" et qui plus est, d'urgence, quelle image de nous et quelle réaction vont-ils avoir ? Et nous, quelle image pouvons-nous avoir de nous-mêmes ? Et vous, si vous craquez ? Comment va se comporter une population persuadée que tous les malades sont dangereux, ou que tous les dangereux sont enfermés ?

 

 

 

Aussi, dans un souci d'efficacité des soins, comme dans un souci d'une société capable de se pencher avec raison sur les véritables dangerosités dans notre vie à tous, dans un souci de justice et de justesse, nous refusons chaque terme de cette réforme. Ces actes risquent d'être perpétrés en votre nom, en notre nom.

 

 

 

Ne sacrifions pas des citoyens qui souffrent, qui se battent individuellement pour se soigner, et toute la profession qui avait tant progressé pour le bien de toute la société. Nous souffrons de ce projet. Nous faisons peu de bruit parce que nous sommes surtout occupés à tenir et nous soigner. Mais nous sommes là, nombreux, à vouloir nous soigner correctement et rester citoyens libres et responsables.

 

 

 

Ne nous enfermez pas dans des hôpitaux-prisons, dans une image terrible, dans des contraintes et des protocoles de soins stéréotypés, par peur ! Au nom d'un principe illusoire de précaution. Aidez-nous, au contraire, car nous souhaitons aller mieux, souffrir moins et avoir notre place, utile et légitime, dans notre société.

 

 

 

Mesdames et messieurs les députés, vous nous représentez, nous vous demandons de porter nos voix et notre refus légitime de cette loi, lors du débat à l'Assemblée Nationale.

 

 

 

Veuillez recevoir nos salutations citoyennes.

 

 

 

Les patients et animateurs de radiocitron.com

 

 


[1] La RadioCitron réunit les adhérents de l'association l'Élan retrouvé à Paris, qui fréquentent l'hôpital de jour, le Service d'Aide à la Vie Sociale, et le centre de Sociothérapie. Le site et l'écoute :  http://www.radiocitron.com/

 

Source : Mediapart

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5 mars 2011 6 05 /03 /mars /2011 14:40

Par le docteur  Gérard Coupat

 

 

Chère Michèle-Yvette-Marie-Thérèse Alliot-Marie

 

Ce qui vous arrive est injuste. Rien n’est pire que de tomber pour une faute qu’on ne peut reconnaître.  Car qu’avez-vous fait d’autre, dans cette excursion tunisienne, que ce que font depuis toujours tous vos petits camarades ? Et si l’on vous fait expier l’infamie cette fois trop visible de la politique étrangère de la France, que va-t-on faire de vos infamies passées, tellement plus notables ?

 

Je suis né la même année que vous, en Algérie, d’un père militaire puis ouvrier. J’en tiens une idée assez précise, je crois, de ce que fut le gaullisme après 1945. De là, j’ai été rapatrié dans le Sud-Ouest. On ne pouvait ignorer alors, dans le Sud-Ouest, ce qu’était le clan Marie. Puis, comme tant d’autres dans ma génération, une fois éteint le souffle émancipateur de 68, j’ai fait ma carrière sans plus me soucier de politique, laissant cela, bêtement, à des gens comme vous. Je dis «bêtement», car avec l’affaire de Tarnac, j’ai fini par admettre que si vous ne vous occupez pas de politique, la politique, elle, s’occupe de vous. Enfin, la seule sociologie ne suffit pas à expliquer mon ultime malchance : habiter à Rueil- Malmaison, baronnie dont votre compagnon Ollier a hérité des mains de Jacques Baumel, «gaulliste historique». Cela dit pour situer «d’où je parle», comme on disait en 68.

 

On vous reproche aujourd’hui votre compromission avec un dictateur tunisien. Quellemauvaise foi ! Quel dictateur africain ou maghrébin ne s’est pas vu, un jour ou l’autre, offrir les services de la France ? Qui peut prétendre ignorer la collusion historique entre l’Etat français et à peu près toutes les autocraties véreuses issues de l’empire colonial ? Croit-on qu’un Claude Guéant ait des fréquentations plus honorables que vous ? Et qui peut ignorer que, depuis cinquante ans, l’argent des ventes d’armes ou celui de Dassault sert de diverses manières à financer les réseaux gaullistes ? L’existence de monsieur Foccart n’est tout de même pas une découverte récente. Et si Charles Pasqua fait aujourd’hui sourire, pourquoi devriez-vous faire horreur, sinon en vertu d’une obscure misogynie ?

 

Si l’on vous sacrifie, c’est en un sens pour sauver le grand aveuglement français d’après-guerre : l’aveuglement quant à la nature du gaullisme. Le gaullisme fut une curieuse synthèse de Maurras et de Machiavel, et rien d’autre. Qui furent les «gaullistes historiques» ? Des gens qui ont appliqué en temps de «paix» les techniques clandestines, les illégalismes qu’ils avaient appris dans la Résistance. Des anciens de la Cagoule. Des activistes orphelins de l’action. Des pétainistes déçus de Vichy mais toujours friands de grands hommes. Des passionnés de la conspiration. En 1959, quand les Frères Bromberger écrivent Les 13 complots du 13 mai, ils trouvent finalement héroïque que De Gaulle ait pris le pouvoir et fondé la Ve République à la faveur d'un  authentique coup d'Etat.   Le Coup d’Etat du 13 mai, c’est le titre d’un livre amer du colonel Trinquier.

Dans les années 1940, Jacques Baumel s’occupait de financer le Rassemblement du peuple français (RPF). Le service d’ordre du RPF, principalement composé de truands militarisés, est l’ancêtre du Service action civique (SAC). Les tueurs du SAC furent toujours aux côtés de votre bon-papa, quand il faisait campagne à Biarritz pour les législatives ou les municipales. Votre compagnon Ollier a succédé à Baumel à la mairie de Rueil-Malmaison. Quant à vous, vous honorez les héritiers du SAC, devenu le Mouvement initiative liberté (MIL), de votre participation à leurs conventions. La boucle est bouclée. En février 2009, vous y faisiez un discours intitulé «Français toujours et fier de l’être».

Quand je le lis, j’ai l’impression d’entendre Raymond Marcellin. Comme celui-ci demandait au SAC, après 68, de l’aider à casser du gauchiste, vous demandez au MIL de «créer de la part de l’opinion publique un rejet de ces groupes» afin d’«isoler et lutter contre ceux qui attaqueraient l’Etat» puisque «nous sommes à l’heure où l’ultra-gauche voudrait remettre en cause l’autorité et le pouvoir de l’Etat».

 

Dans la droite ligne hallucinée de Raymond Marcellin, qui soutenait les groupuscules d’extrême droite pour y recruter des hommes de main, vous avez pris comme porte-parole du ministère de l’Intérieur un ancien d’Occident, Gérard Gachet, dont on a fait opportunément détruire la fiche RG. Ils sont loin d’être rares les anciens de ces groupuscules dans l’actuelle majorité. De la même façon, avoir affaire depuis trois ans De Tarnac à Tunis, tombeau pour une ministre http://www.liberation.fr/societe/01092323061-de-tarnac-a-tunis-tombe... 1 sur 2

à l’antiterrorisme m’a projeté un demi-siècle en arrière, en Algérie, où l’antiterrorisme désignait la Main rouge, ces barbouzes qui faisaient sauter des bombes à la casbah pour provoquer les «musulmans». Je tenais à vous dire que je trouve particulièrement injuste que l’on vous fasse à présent grief de mentir, car de mentir, depuis que je vous écoute, vous n’avez jamais cessé de le faire. Vous êtes allée jusqu’à déclarer à la radio, l’affaire s’étant retournée, que vous n’aviez jamais traité les gens de Tarnac de «terroristes» , que c’était une invention des journalistes. Il est vrai que vous n’étiez que ministre de l’Intérieur quand vous les avez fait arrêter par la police antiterroriste. A l’Assemblée, vous avez répondu à un député en des termes vifs, regrettant «l’abjection d’essayer d’utiliser mes parents pour vous en prendre à moi et pour m’attaquer politiquement».

 

Je partage votre émotion, moi qui ai été utilisé de toutes les façons possibles pour s’en prendre à mon fils et l’attaquer politiquement. Pour ce qui est de trouver indécent de voir « passer au peigne fin» comme vous vous en êtes plainte récemment, nous qui sommes sur écoute depuis trois ans et qui avons pu tâter des micros directionnels de la DCRI comme de leurs techniques de filature, nous en convenons : c’est très désagréable. Il serait d’ailleurs heureux que cela cesse. L’argent public a certainement de meilleurs usages.

Pour tout vous dire, à voir tous ces vieux dictateurs tomber, et à vous voir les suivre dans leur chute, j’en viens à souhaiter que vous ne soyez pas la seule à disparaître. Nous sommes lassés de voir depuis quarante ans les mêmes visages et les mêmes noms jouer au jeu des chaises musicales à la tête de l’Etat tandis que la souffrance sociale croit d’année en année. En attaquant les gens de Tarnac, vous m’avez rendu désirable l’insurrection qui vient, vous m’avez offert une vraie conscience politique. Soyez-en remerciée. A présent, je sais la différence entre des hommes, ou une femme, de pouvoir et ce que Hannah Arendt appelait une «vie politique».

 

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5 mars 2011 6 05 /03 /mars /2011 10:42

Il y a deux jours, Mélenchon était reçu au Grand Journal de Canal + par Denisot.

 

Au lieu de poser des question d'actualité intéressantes, l'obsessionnel Aphatie (link) interrogea pour la nième fois le dirigeant du Parti de Gauche sur ses lubies bien connues : Cuba et sa "dictature", la Chine et les pauvres Tibétains. Mélenchon, à qui Apathie avait déjà posé ces mêmes questions sur d'autres antennes où il sévit également, finit par lui voler dans les plumes, lui clouer le bec (pardon, pauvres oiseaux, pour ces métaphores un peu faibles) en lui envoyant dans les dents (les oiseaux ont-ils des dents ?) sa seule motivation profonde : l'anticommunisme.

 

Mélenchon profita également de son passage à l'antenne pour manifester son soutien aux travailleurs du groupe Prisma, en grève pour des raisons de conditions de travail et de salaire, et fit observer à ceux qui l'entouraient (Denisot, Aphatie, Yann Barthès) qu'ils n'avaient pas dit un mot de cette lutte dans leur profession. La bande de Canal + en resta bouche bée, comme deux ronds de flan.

A capitaux allemands, Prisma est le deuxième groupe de presse français. Il compte une vingtaine de titres, des organes d'une certaine tenue, d'autres appartenant à ce que les Britanniques, qui s'y connaissent, appellent "presse de caniveau". Comme toutes les entreprises de presse, il emploie toujours plus de travailleurs en contrat précaire.

 

Il n'est pas le seul : Le Monde, le prestigieux "quotidien de référence" comme on dit dans les milieux du journalisme branché, fait de même. D'où, également, un mouvement social récent de travailleurs pigistes à vie qui, bien qu'assumant les mêmes tâches que leurs collègues, et avec la même compétence, ont des salaires inférieurs, ne bénéficient pas de la mutuelle d'entreprise, n'ont pas accès aux RTT et autres friandises.

 

 

Le problème est que les salariés de ce quotidien viennent de porter à leur tête Erik Izraelevicz, un furieux du capitalisme libéral.


Bon courage tout de même.

 

 

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5 mars 2011 6 05 /03 /mars /2011 10:32

Profits en hausse de 85 % pour les groupes du CAC 40.


vendredi 4 mars 2011 (13h31)

Les patrons du CAC 40 vont-ils augmenter les salaires de leurs employés ? Ou alors vont-ils seulement augmenter les dividendes versés à leurs actionnaires ?

Le suspens est insoutenable.

 

 

Profits en hausse de 85 % pour les groupes du CAC 40.

Les grands groupes français ont quasiment effacé le creux de la crise économique. En 2010, les sociétés composant l’indice CAC 40, ont réalisé globalement un chiffre d’affaires de 1 262 milliards d’euros, en augmentation de 6,92 % par rapport à l’année précédente.

Une performance proche du point haut de 1 293 milliards d’euros atteint en 2008, selon les données compilées par le cabinet d’audit et de conseil PricewaterhouseCoopers (PwC) en exclusivité pour Le Monde, en partenariat avec France Info.

Même constat en ce qui concerne les bénéfices : le résultat cumulé des quarante sociétés de l’indice atteint 82,5 milliards d’euros, soit 85 % de plus que l’année passée.

Il reste en deçà du record enregistré en 2007 (101,4 milliards d’euros), mais s’en rapproche. Les investisseurs peuvent se réjouir : leurs dividendes, qui étaient déjà restés à des niveaux élevés en 2009, vont augmenter, mais moins rapidement que les profits.

Cette nouvelle période de croissance se poursuivra-t-elle en 2011 ? Oui, prévoyaient les analystes, avant que les révolutions n’éclatent dans le monde arabe. Ils anticipaient une augmentation de 24 % des profits à 95 milliards d’euros.

"La hausse du prix du pétrole n’a pas encore modifié les anticipations des chefs d’entreprises", note toutefois Philippe Waechter, directeur de la recherche économique de Natixis Asset management, dans une note du 2 mars.

http://www.lemonde.fr/economie/article/2011/03/04/profits-en-hausse-de-85-pour-les-groupes-du-cac-40_1488191_3234.html

 

 

Source : Bella Ciao et Le Monde

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4 mars 2011 5 04 /03 /mars /2011 16:26

 En février 1951, un million de personnes défilent pendant deux jours devant la tombe d’Ambroise Croizat au Père-Lachaise, après que sa dépouille eut été exposée à la Maison des métallurgistes puis au siège de la CGT. Il avait cinquante ans. On ne peut expliquer une telle marée humaine, un tel hommage populaire si l’on ne sait ce que les travailleurs de France doivent à celui qui fut ministre du Travail après la Deuxième Guerre mondiale sous les gouvernements De Gaulle, Gouin, Bidault, Ramadier.

 

Quelques mois avant sa mort, alors que le cancer le ronge, ses derniers mots à l’Assemblée nationale sont pour la Sécurité sociale : « Jamais nous ne tolérerons que soit rogné un seul des avantages de la Sécurité sociale. Nous défendrons à en mourir et avec la dernière énergie cette loi humaine et de progrès. » Dans L’Humanité du 18 février 1951, Jean-Pierre Chabrol salue celui qui avait donné au peuple de France le « goût de la dignité ».

 

Le 24 février 2011, l’Institut départemental d’histoire social du Gers a accueilli Liliane Croizat, la fille de ce grand militant cégétiste et communiste. Je reproduis ci-dessous le précieux témoignage de cet ancien agent des impôts, aujourd’hui militante de la CGT métallurgie. Se souvenir est d’autant plus impérieux que, dans la France de Sarkozy, tout est fait pour, non seulement, annihiler les grands progrès sociaux pensés dans les combats de la Résistance, mais aussi oblitérer ce glorieux passé de nos mémoires. « Ecrire en ce sens à Sarkozy », nous dit Liliane, « serait pour moi me salir les mains. »

 

Fils d’ouvriers, Ambroise Croizat va travailler en usine dès l’âge de treize ans car son père, Antoine, a été appelé sous les drapeaux. Salarié des Carbures Métalliques de Savoie, ce militant très actif avait été contraint de partir pour Ugines, puis pour Lyon. Il inculqua à Ambroise la haine du paternalisme et de la charité publique ou privée, l’ardente nécessité du combat syndical.

 

En 1936, Ambroise devient secrétaire général de la fédération des métallurgistes rattachée à la CGT. En 1936, il est élu député du 14e arrondissement de la Seine. Il est l’un des négociateurs des accords Matignon. Suite à la signature du Pacte germano-soviétique, il est arrêté le 7 octobre 1939, déchu de son mandat le 20 février 1940 condamné le 3 avril à cinq ans de prison et à 4000 francs d’amende (Liliane se souvient que le propriétaire de leur appartement avait voulu les faire expulser, ce qu’un juge avait refusé dans l’attente du retour du prisonnier). Il transite dans quatorze prisons avant d’être finalement incarcéré au bagne d’Alger. Il est libéré le 5 février 1943 suite au débarquement allié en Afrique du Nord. Quand il retrouve son épouse, il a perdu trente kilos. Il est nommé par la CGT clandestine à la commission consultative du gouvernement provisoire d’Alger. Sa déchéance ayant été annulée le 28 octobre 1944, il peut siéger à l’Assemblée consultative provisoire au titre de la CGT. A la Libération, il est élu membre de l’Assemblée constituante, puis de l’Assemblée nationale. De Gaulle le nomme ministre du Travail le 21 novembre 1945.

 

Liliane rappelle que la classe dirigeante et la majorité des élus ne voulaient pas de l’instauration d’une Sécurité sociale gérée par les travailleurs. Ni le ministre d’Etat Jules Jeanneney (qui, le 10 juillet 1940, avait présidé la séance de l’Assemblée nationale qui ayant adopté la loi constitutionnelle donnant les pleins pouvoirs constituants à Pétain), ni De Gaulle ne voulurent parapher les ordonnances prises à l’instigation de Croizat. A De Gaulle qui lui avait dit qu’il fallait au moins six mois pour préparer et promulguer une loi, Croizat avait répondu que les travailleurs avaient besoin de ces lois « immédiatement ». Même si elle est fortement en danger du fait des menées de la classe dirigeante, la Sécurité sociale apparaît aujourd’hui comme une institution tout à fait naturelle. Elle ne put exister que grâce au travail acharné de Croizat et de ses camarades. Avant guerre, un paysan devait vendre une vache pour se faire opérer de l’appendicite. Il importe donc, selon Liliane Croizat, de penser la Sécu comme une conquête des travailleurs, leur apanage exclusif. Et il faut tout faire pour qu’un jour s’opère la reconquête de ce bien inestimable.

 

Liliane a le souvenir d’un moment extrêmement fébrile de la vie de son père. Avant 1945, 500000 travailleurs seulement bénéficiaient de la retraite. Grâce à l’action de Croizat et de milliers de bénévoles syndicalistes qui purent mettre au jour des centaines de milliers de dossiers, cinq millions de travailleurs purent toucher une retraite. Il convient de ne pas oublier non plus que ces progrès sociaux furent accomplis dans un pays dévasté, exsangue, où tout était à reconstruire. C’est dire, comme on le sait bien désormais, qu’il n’y aurait pas de « trou » de la Sécu si le chômage était endigué, si le patronat ne bénéficiait pas indéfiniment de cadeaux et, surtout, si la Sécu était toujours gérée par les travailleurs (le Conseil National de la résistance voulait instaurer un régime unique à vocation universelle, géré par les intéressés pour « changer notre démocratie politique en démocratie sociale »). Le haut fonctionnaire Pierre Laroque mit en œuvre cette réforme sous l’autorité du ministre Ambroise Croizat. Il voulait « confier aux intéressés la gestion d’institutions et d’organismes qui, jusqu’alors, relevaient d’une gestion patronale ou d’une gestion commerciale » afin « d’éliminer cette autre atteinte à la dignité humaine qu’est le paternalisme privé ou étatique ». Avant même de promulguer les ordonnances de 1967, De Gaulle restreignit le pouvoir des administrateurs siégeant dans les conseils par des décrets passés le 12 mai 1960. Celui qui se présenta dans ses Mémoires comme « le fondateur de la Sécurité sociale » en fut, dans les faits, le premier fossoyeur.

En 1945, le Parlement était manipulé par des députés vichystes, des patrons, des médecins hostiles à la Sécu. Croizat eut toutes les peines du monde pour imposer sa vision des choses. Il voulait en particulier que les mutuelles fussent maintenues à l’écart du système de la Sécu et que celle-ci fût obligatoire pour les salariés comme pour les patrons. Parce qu’ils raisonnèrent à court terme et de manière idéologique, les artisans, les commerçants et les agriculteurs refusèrent la couverture universelle après avoir manifesté sous les fenêtres du ministère. Ils furent les grands perdants. L’histoire ne repassant jamais les plats, ces catégories de Français souffrent aujourd’hui plus que les salariés de la dégradation des retraites.

 

Liliane brosse le portrait d’un homme très simple, travailleur acharné, militant infatigable, payant de sa personne, jamais imbu de lui-même et de ses succès politiques. Un homme qui cacha jusqu’au bout aux siens et à ses camarades la maladie qui le minait. Un père que Liliane eût aimé connaître davantage. Elle avait trois ans quand il fut arrêté, quatorze quand il mourut. Il sut prendre le temps d’expliquer à ses enfants la marche du monde, le sens profond des luttes qu’il fallait mener, pourquoi il ne fallait « jamais plus être en esclavage », pourquoi l’égalité entre les hommes et les femmes était un devoir, pourquoi le combat restait à mener contre la colonisation et les guerres coloniales. Bien qu’il fût toujours sur les routes, pris par des réunions, ce père, et sa femme, surent préserver une vie de famille intense et beaucoup d’amitié, avec des camarades de parti entre autres. Liliane a un souvenir vif et très ému des Môquet : Prosper, le syndicaliste cheminot (à qui elle rendait visite avec sa mère à la Santé) et Guy, pour elle un grand frère lumineux.

 

Liliane sourit, après toutes ces années, de la vie au milieu des dorures du ministère, de sa première salle de bain, de sa première femme de ménage. Sans parler du maître d’hôtel pour les grandes occasions. Dans ce cadre également, son père avait innové : il avait fait muter dans d’autres services les chauffeurs mis à sa disposition et prenait bien soin de rentrer tous les week ends, avec les siens, dans leur petit appartement du 14e arrondissement.

 

Que reste-t-il de ce destin magnifique ? De cette vie de militant enrichie par la solidarité, l’amour des autres ? Comme les travailleurs ne gèrent plus la Sécurité sociale dont le Parlement vote le budget, comme les caisses sont désormais aux mains du patronat et de confédérations syndicales complaisantes, tous les abus sont permis. Toutes les dérives aussi, toujours dans le sens des intérêts du capitalisme.

 

Lors de l’anniversaire des soixante ans de la Sécurité sociale, fêté à la Sorbonne, l’assistance eut droit à un film commémoratif dans lequel le nom de Croizat n’était pas même cité. Une émission d’Arte en 2008, à laquelle Liliane n’avait pas été conviée, permit au baron Seillière et à Chérèque de se pavaner en bons gestionnaires de l’institution.

 

Trois derniers mots sur cet infatigable combattant. Il fut à l’origine de la caisse des intempéries du bâtiment par laquelle les travailleurs étaient rémunérés lorsque les travaux  devaient s’arrêter du fait des conditions climatiques. Quelques jours avant de mourir, Croizat découvre le centre hospitalier de Villejuif. Un mouroir. Il dit à sa femme que si, un jour, il redevient « quelque chose », il se battra pour que cela cesse.

 

Il souhaitait être enterré modestement dans le cimetière de Bagneux. Le parti communiste exigea de sa famille les ors du Père-Lachaise. Denise, sa femme, ne repose pas à ses côtés mais deux tombes plus loin.

 

Liliane demeure indéfectiblement optimiste. En un mot : militante.

 

 

(Propos recueillis par Angel Rossi)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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