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7 juillet 2021 3 07 /07 /juillet /2021 05:05
Lorsque cette horreur s'est produite, j'avais de bons amis français qui avaient longtemps vécu en Iran et qui ne cachaient pas leur grande admiration pour le Shah en me disant que le nouveau régime était bien pire que l'ancien en matière de terreur. Comme il n'est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre, je ne les avais pas crus. Dommage.

 

Cet article est repris du Grand Soir.

 

 

La théocratie iranienne a l'intention de détruire les fosses communes du massacre des prisonniers politiques de 1988 au cimetière de Khavaran de Téhéran, dans le but de faire disparaitre les preuves de cet immense crime contre l'humanité. À cette fin, le régime clérical a eu recours à un double crime en obligeant les compatriotes bahaïs à enterrer leurs morts à Khavaran, une mesure contre laquelle la communauté bahaïe a également protesté.

 

Amnesty International avait appelé auparavant « les autorités iraniennes à mettre un terme immédiatement à la destruction de centaines de tombes et de fosses communes ne portant aucun nom à Khavaran, au sud de Téhéran, afin que soit préservé le site et qu’une enquête médico-légale puisse être diligentée dans le cadre d’une enquête approfondie, indépendante et impartiale, trop longtemps attendue, sur les exécutions de masse qui ont commencé en 1988 et dont on parle communément en Iran comme du « massacre des prisons ».

Détruire les tombes des martyrs du massacre de 1988 pour éliminer les preuves de ce crime contre l’humanité est une pratique bien connue du régime clérical. Il a déjà détruit des sépultures des victimes des exécutions des années 1980 et du massacre de 1988 dans de nombreuses autres villes, comme Ahwaz, Tabriz et Machad.

En Iran, des milliers de personnes ont été victimes de disparitions forcées et d’exécutions extrajudiciaires dans les prisons en 1988. En cachant la vérité sur le sort de ces dissidents politiques, les autorités iraniennes continuent de se rendre responsables de crimes contre l’humanité.

1988 : le « massacre des prisons »

« Fin juillet 1988, les autorités iraniennes ont décidé le confinement des prisons partout dans le pays et suspendu les visites familiales, sans donner aucun motif ». Au cours des semaines qui ont suivi 30 000 prisonniers politiques ont été exécutés de manière extrajudiciaire dans le cadre d’une opération coordonnée visant à éliminer l’opposition iranienne.

À travers l’Iran, des groupes de prisonniers ont été rassemblés, ont eu les yeux bandés et ont été conduits devant des commissions composées d’un procureur et de représentants de la justice, des services de renseignement et de l’administration pénitentiaire.

Ces « commissions de la mort » ne ressemblaient en rien à un tribunal et leur procédure était sommaire et arbitraire à l’extrême : aucune possibilité de faire appel à aucun stade de la procédure.

On interrogeait les prisonniers pour savoir s’ils étaient prêts à se repentir c’est à dire abandonner leurs opinions et leurs oppositions au régime iranien. La grande majorité d’entre eux étaient musulmans. Qui croyait profondément aux libertés politiques et sociales et à la tolérance religieuse.

Ils n’ont pas été informés du fait que leurs réponses pouvaient les conduire à la mort. Bien souvent, ils apprenaient qu’ils allaient être exécutés quelques minutes seulement avant d’être alignés devant un peloton d’exécution ou placés sur une potence, un nœud coulant autour du cou.

Maryam Radjavi, dirigeante de la Résistance iranienne, a condamné la pratique inhumaine du régime clérical consistant démolir les tombes des martyrs et à détruire les preuves des crimes. Elle a demandé sa ferme condamnation par le Secrétaire général des Nations Unies, le Conseil de sécurité de l’ONU, le Conseil des droits de l’homme de l’ONU et sa Haute-Commissaire. Elle les a exhortés à prendre des mesures immédiates pour empêcher la poursuite de la destruction des tombes des martyrs du massacre de 1988, et empêcher également les pressions et les contraintes imposées aux bahaïs.

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27 juin 2021 7 27 /06 /juin /2021 04:58

Le 21 juin 2021, le Comité technique des personnels enseignants titulaires et stagiaires de statut universitaire (CTU) estconvoqué notamment pour une présentation du projet de décret portant création des contrats de « chaire de professeur junior ».

 

Les organisations syndicales signataires de ce communiqué opposées à ce dispositif ont décidé de le boycotter. Elles reprennent la déclaration des organisations syndicales du CTMSER à ce sujet et y apportent quelques éclairages propres aux personnels enseignants titulaires et stagiaires de statut universitaire.

 

Elles tiennent par cet acte à dénoncer publiquement :

 

D’une part, les conditions de travail insoutenables, au niveau du rythme entre les différentes réunions de présentations des projets de décrets de la loi de programmation de la recherche. Les réunions s’enchaînent telle une course poursuite en vue de comités techniques qui déferlent sur le mois de juin. Cette précipitation ne permet pas à la démocratie sociale de s'exercer : les membres du CTU sont dans l'impossibilité de se tourner vers leurs pairs entre la communication des projets de textes par le ministère et leur examen en séance.

 

D’autre part, ce projet de décret sur les chaires de professeurs juniors « donnant vocation à accéder à l’emploi titulaire en qualité de professeur des universités ou assimilé, (CPJ ou « tenure tracks »), est rejeté par la majorité de la communauté universitaire et des organisations syndicales représentatives. 

 

Cette procédure contourne les instances normales de recrutement des fonctionnaires, en créant une voie parallèle de recrutement « hors statut ». Un chercheur ou une chercheuse en CPJ serait contractuel-le pendant trois à six ans, avant de passer directement professeur ou professeure des universités ou directeur ou directrice de recherche : la titularisation en rang A via la précarité, ou la porte.

 

Quel progrès statutaire ! 

 

Plus encore, la condition de diplôme, en l'occurrence l'obtention de l'habilitation à diriger des recherches, n’est pas requise. La titularisation serait conditionnée à la satisfaction d’objectifs fixés dans une « convention » en termes de publications, valorisation, réponses à appels à projet, et avec des obligations d'enseignement dérisoires (64h TD), sans responsabilité pédagogique … Le ministère introduit pour les CPJ des obligations de résultats en matière de recherche ! Une telle obligation de l'obtention de résultats, n'est pas seulement une absurdité en ce sens qu'il est impossible de prévoir l'issue d'une réelle aventure scientifique, mais traduit une méconnaissance dangereuse de ce qu'est la recherche en confondant ce qu'elle sous-tend avec ce qu'elle implique. Par ailleurs, à l'évaluation par les pairs des résultats des CPJ se substitue une commission ad hoc de membres nommés par "l'autorité compétente". Ces CPJ n'auront donc ni les mêmes conditions de recrutement, ni les mêmes obligations de service, ni les mêmes moyens pour assurer leur recherche, ni les mêmes dispositifs d'évaluation que leurs collègues, maîtres de conférences, désireux de devenir professeurs des universités. Cette voie de recrutement supplémentaire s'effectuera avec un effectif constant de professeurs d'université et donc au détriment de la voie par concours. Cette « innovation », tout comme le CDI de mission scientifique, est une violente attaque contre les statuts du personnel, accroîtra la concurrence entre eux.

 

Dans un pays où le recrutement des chercheurs chercheuses, enseignantes-chercheuses et enseignants- chercheurs est fait sous statut, recrutement envié internationalement, le modèle prévu dans le cadre des « chaires juniors » piétine les libertés académiques. Le modèle prévu est celui de la précarisation des débuts de carrières, à l’instar du modèle allemand qui est mis en avant par le ministère malgré ses conséquences néfastes pour le personnel et la recherche.

 La logique qui prévaut dans ce décret repose sur le recrutement sur projet de recherche, alors que la logique de recrutement sur statut décorrèle le grade et l’emploi et garantit par là-même l’indépendance de la recherche.

 

Le décret s’évertue à essayer de concilier deux logiques irréconciliables car diamétralement opposées.

 

Enfin, il est inadmissible que ce texte, qui crée une nouvelle voie d’accès au corps des professeurs d’université régi par le décret de 1984, ne soit pas soumis pour avis au CTU, qui a une compétence exclusive sur les décisions statutaires concernant les personnels régis par ce décret

 

Les syndicats signataires, en boycottant ce comité technique, marquent leur profond désaccord avec la mise en œuvre d’une procédure actant la déconstruction des recrutements sur statut et par là même fragilisant le statut de fonctionnaire et les libertés académiques et de recherche.

 

Recruter des professeurs d'université hors statut
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26 juin 2021 6 26 /06 /juin /2021 05:15
 

Victoire pour les travailleurs et les chômeurs : le Conseil d’État vient de suspendre la réforme de l’assurance chômage. Mais le gouvernement du banquier éborgneur ne s'avoue pas vaincu. Contrôlés, menacés de radiation, bloqués dans leur démarches de formation, les chômeurs font déjà l’objet d’une pression toujours plus grande. Témoignages.

Article de Rachel Knaebel pour Bastamag.

Le 10 juin, le Conseil d’État a examiné la légalité de la réforme de l’assurance chômage, suite à sa saisie par les syndicats CGT, Solidaires et FSU. Cette réforme très contestée a été repoussée à plusieurs reprises depuis le début de la pandémie. Sauf si le Conseil d’État la retoque, elle devrait entrer en vigueur 1er juillet, avec pour conséquence d’importantes baisses d’indemnités pour une grande partie des chômeurs, en particulier ceux qui ont enchaîné les contrats précaires. La nouvelle manière de calculer le salaire journalier de référence (l’indemnité que perçoivent les chômeurs sur la base de leurs anciens emplois) entraînera une baisse des allocations pour près de la moitié des futurs inscrits à Pôle emploi.

 

Les chômeurs font déjà l’expérience de contrôles accrus de Pôle emploi, avec menace de radiation à la clé. « Fin mai, je reçois un mail sur mon espace en ligne Pôle emploi me disant que je fais l’objet d’un contrôle renforcé et que j’ai une quinzaine de jours pour répondre à un questionnaire sinon je suis radié », témoigne Jean*. En tant que cadre approchant de la cinquantaine, son âge est déjà un frein dans ses démarches pour trouver un poste. Jean est aujourd’hui au RSA. Auparavant, il avait travaillé plus de dix ans en recherche et développement dans une multinationale, avant de se faire licencier. « À la suite de cela, j’ai été près de cinq ans au chômage entrecoupé par des périodes en tant que professeur en collège et de formation payée par Pôle emploi. » Puis il s’est retrouvé aux minima sociaux.

« J’avais encore, à cette période, un suivi plus ou moins régulier avec une conseillère de Pôle emploi. À la fin d’un contrat d’enseignant, j’ai réussi à intégrer un grand organisme de recherche fondamentale publique. J’y ai cumulé plusieurs CDD pendant plus de trois ans. Mon dernier contrat s’est terminé fin 2019, détaille Jean. Je me suis à nouveau inscrit comme demandeur d’emploi. Mais la pandémie est arrivée et le premier confinement avec. Le marché de l’emploi s’est alors effondré de manière spectaculaire. J’ai eu un contact par mail avec ma nouvelle conseillère en octobre 2020. Elle devait me recontacter en février 2021, ce qui n’a jamais eu lieu. Je continuais toujours à chercher du boulot. »

« Après plus d’un an de pandémie, de marché du travail en berne, on demande aux gens de justifier de leur recherche »

Jusqu’à ce qu’il reçoive cette annonce de contrôle fin mai. Sans que personne ne lui ait jamais expliqué, assure-t-il, ce qu’il est supposé apporter comme éléments pour un tel contrôle. « Lorsque vous avez rempli votre questionnaire de contrôle et que vous l’avez envoyé, vous n’avez plus qu’à attendre. Votre conseiller ne sait pas quand vous allez recevoir une réponse à cette enquête. Après plus d’un an de pandémie, de marché du travail en berne, on demande aux gens de justifier de leur recherche d’une aiguille dans une botte de foin », dénonce Jean.

Pour Yann*, les contrôles sont devenus récurrents. L’homme est au chômage depuis plusieurs années, « à la suite d’une perte d’emploi, et des soucis de santé ». Il vit dans un village isolé. « Je viens de subir mon troisième contrôle en moins de deux ans », nous écrit-il. Résultat de cette nouvelle vérification ? « Je suis radié de Pôle emploi et on m’a supprimé mes allocations RSA. » Les contrôles des allocataires de minima sociaux se sont également durcis depuis quelques années. Et ceuxde Pôle emploi peuvent aussi avoir des effets sur l’allocation du RSA (le montant pour une personne seule est de 565 euros). « On m’avait déjà supprimé mon RSA à la suite d’un contrôle il y a plusieurs années, je n’ai eu plus aucun revenu pendant dix mois. Depuis, je faisais mes recherches d’emploi, j’ai toujours effectué toutes les démarches que l’on me demandait de faire, je me suis plié aux multiples contrôles, de Pôle emploi et du conseil général pour le RSA. J’essaie en même temps d’économiser de l’argent pour passer le permis de conduire, mais avec les confinements et les couvre-feux, il a été difficile pour moi de me déplacer en bus. » Après sa radiation en avril, il s’est vu supprimer 80 % de son RSA en mai. « J’ai été obligé de retourné vivre chez mes parents, qui sont âgés. »

Pôle emploi est plus prompt à radier qu’à donner des rendez-vous de recherche d’emploi aux nouveaux inscrits, accuse aussi Jérémy, qui a travaillé pendant six ans comme enseignant vacataire pour l’Éducation nationale. Il est titulaire d’un master. Au chômage depuis avril, il a reçu son indemnité en temps et en heure, même si personne n’a pu lui expliquer comment elle avait été calculée. Il a cependant dû attendre deux mois pour avoir un premier rendez-vous avec une conseillère. Alors qu’il a engagé dès son inscription au chômage une formation pour devenir comptable, il s’est retrouvé bloqué. « Je ne sais pas si je peux poursuivre ma formation de comptable ou si cela va faire que Pôle emploi me radie, considérant que je ne suis plus en recherche d’emploi. »

« Une catastrophe pour tous les saisonniers »

Maxime, lui, est travailleur saisonnier dans le tourisme depuis des années. Comme il passe d’un CDD précaire à un autre, il reste inscrit à Pôle emploi. « Tant qu’on est pas en CDI, on est considéré comme sans emploi, donc on reste inscrit et on doit s’actualiser chaque mois. Quand j’arrive à la fin d’un contrat, mes droits au chômage sont recalculés. Ma situation roule bien depuis des années, j’ai des contrats réguliers, mêle si j’alterne les saisons et les périodes non travaillées. J’ai donc peu de contact avec Pôle emploi. » Son dernier contrat s’est achevé le 25 avril. « En général, quand je reçois une convocation après un contrat, c’est avec mon agence locale. Là, je reçois une convocation à un entretien intitulé "Rendez-vous d’accompagnement : toutes les clefs pour mon emploi durable". Mais la date du rendez-vous est avant la fin de mon contrat. » Maxime ne peut donc pas s’y rendre, puisqu’il travaille.

« Quand j’ai appelé le numéro indiqué, la personne ne connaissait pas du tout mon dossier. C’était en fait une entreprise privée, Solérys, qui m’a répondu. » L’entreprise est en effet prestataire de Pôle emploi. « La personne m’a dit que ne pas venir à la convocation allait donner lieu à un avertissement, et que je devais régler la situation directement auprès de mon conseiller Pôle emploi. Or, au bout de deux avertissements, vous risquez la radiation », rappelle Maxime. Il a finalement réussi à faire supprimer l’avertissement. Désormais, il pense à quitter le travail saisonnier. « Avec cette réforme de l’assurance chômage, cela va être très dur, une catastrophe pour tous les saisonniers. C’est très angoissant. Toute une population va s’appauvrir. Moi, je vais arrêter. »

Sus aux chômeurs !
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25 juin 2021 5 25 /06 /juin /2021 04:59

Enfin ! la rencontre au sommet entre Stéphane Riand et Bernard Gensane a eu lieu. Cette rencontre gastronomique (forcément) me permit de dire à Stéphane que son site l'1dex, auquel je collabore depuis 10 ans – peutaing 10 ans !, est progressiste, éclectique et de qualité, et de constater pour la nième fois que, autant les Suisses ont une connaissance approfondie de la France et des Français, autant ceux-ci ne leur rendent pas la pareille.

 

Je reprends ici un texte écrit en 2017 en l'honneur de ce site.

 

Depuis plusieurs années, je suis le blog L’1Dex, pour un Valais critique et libertaire de Stéphane et Béatrice Riand, deux citoyens valaisans qui me font le plaisir et l’honneur de reprendre nombre de mes rubriques. Stéphane est avocat et sa femme professeur de littérature et de psychologie de formation. Ils auraient beaucoup plu à leur presque voisin Voltaire : deux esprits libres et originaux. Le Valais est un des cantons sud de la Suisse. Sa capitale est Sion (35 000 habitants). 

 

Ils se sont lancés dans une entreprise très ambitieuse : la réalisation d’un magazine papier, dont j’ai sous les yeux la première mouture de 270 pages. Un deuxième numéro sortira en décembre 2017.

 

Le Valais et ses 300 000 habitants s’expriment magnifiquement dans cette publication. Et ce, sans même un article sur les coucous suisses ou le cul propre des vaches helvétiques.

 

Culture, gastronomie, santé, politique, justice, géopolitique, sans oublier d’heureuses facéties (les valais’âneries ou un succulent article, “Autant en emporte le vent”, sur le pet et la vesse), tous ces thèmes nous disent en creux que le monde (et donc le Valais) est plein de gens qui ont des choses à dire, profondes, pensées. 53 Valaisans qui se sont retroussés les manches pour créer une plateforme intellectuelle. Voir, par exemple, une série d’articles très originaux sur la Catalogne. C’est cela la culture, vivante et qui s’inscrit dans le temps long, le contraire de Twitter. J’ai bien aimé ce que le journaliste valaisan André Crettenand, directeur de l’information de TV5 Monde, explique dans son édito introductif : « Des rêveurs enthousiastes parient sur la parole écrite. […] On est vite débordé par le foisonnement des idées et des concepts. […] Il n’y a pas de mal à rêver l’avenir. […] Les hauteurs nous ont donné le goût de l’excellence. Et trop souvent inspiré une modestie contrainte. Le projet de l’1Dex Mag donne à voir une multitude de talents. Sans aucun complexe. Et leur assemblage dans cette revue qui a tout de l’essai générera un sentiment de fierté et beaucoup de plaisir. »

 

Si vous ne vivez pas à côté d’un kiosque suisse, vous pouvez commander le Mag ici :  mag@1dex.ch

 

Post Scriptum de L’1Dex : un grand merci à Bernard Gensane, le Lyonnais, pour son texte. Il nous a fait chaud au coeur !

Stéphane Riand, Bernard Gensane : enfin la rencontre au sommet !

Je suis en déplacement quelques jours. Mais le blog continue tout seul comme un grand.

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22 juin 2021 2 22 /06 /juin /2021 05:01

1. La croissance exponentielle du trafic aérien – qui est une nuisance à tous égards – ne me paraît pas être une cause première, mais un effet dérivé, celui de la domination de l'entreprise privée (grande et petite) sur l'économie. S'il n'y avait pas cette domination, on ne ferait pas fabriquer des objets en Chine, cultiver des fleurs en Éthiopie, au Kenya ou en Équateur. Et cela ferait moins de déplacements : on a dit, par exemple, que l'accident du tunnel du mont Blanc était dû à un transport de pneus d'un bout à l'autre de l'Europe.

 

2. Certes, ces objets ne sont pas majoritairement transportés par avion mais par bateau, qui sont aussi de gros facteurs de pollution. Mais une petite part de ces objets (les plus chers ou ceux qui doivent être livrés rapidement (comme les fameuses "mangues-avions") naviguent par les airs. Et comme le commerce mondial croît énormément, le trafic aérien des marchandises – même minoritaire – est amené à croître mécaniquement. On pourra m'objecter qu'il s'agit là de marchandises et non d'humains, mais la délocalisation des productions amène nécessairement les responsables ou les cadres de ces entreprises à naviguer du siège aux filiales, et réciproquement. On pourrait commencer par inverser la mondialisation et relocaliser les productions.

 

3. On pourrait aussi, pour les produits agricoles, poser comme principe de ne pas consommer des fruits et légumes hors saison, ou, pour les produits de la pêche, imposer des conditions sociales et écologiques à leur prise (par exemple pas plus qu'un quota donné par pays, par zone du monde, par type de produit halieutique.

 

4. Tout cela, ce sont des marchandises et non des humains. Mais, pour les humains, il faudrait cesser d'attirer des travailleurs migrants. Par exemple des Européens au Royaume-Uni ou des Turcs en Allemagne : parce que, comment peut-on empêcher des Portugais ou des Français travaillant à Londres de vouloir rentrer chez eux, mettons, une ou deux fois dans l'année ? Comment empêcher des Turcs travaillant à Stuttgart de retrouver périodiquement leur famille à Antalya ou à Izmir ? Il paraît qu'il existe à Tours, au Sanitas, une grande quantité de gens originaires du même village d'Algérie, et qui s'y retrouve tous les étés. Au nom de quoi les en empêcherait-on ? Et si on organise une relocalisation en Turquie, en Italie ou au Portugal, ces pays pourront-ils – ou pourraient-ils – créer un nombre d'emplois équivalents en qualité, en variété et en rémunération ?

 

5. Le transport aérien qui est un effet – et non une cause – est, dans la suite des temps, devenu une cause à son tour, par rétroaction, en suscitant la création de secteurs économiques entiers. Par exemple, tout autour de la Méditerranée (mais ailleurs c'est pareil), les économies de l'Espagne, du Portugal, de l'Italie, de la Tunisie, de la Grèce, de la Croatie, de la Turquie, de l’Égypte, de Chypre se sont mises à dépendre du tourisme pour une part importante de leur PIB. Si on limite drastiquement le transport aérien, que vont-ils trouver pour occuper leurs actifs et rétablir leur balance commerciale ? S'ils n'y parviennent pas, il y aura chômage massif, troubles, révoltes, violences...

 

6. La France est un des grands pays de l'aviation, qui fait travailler beaucoup de gens non seulement à Toulouse mais partout ailleurs dans le pays. C'est encore une des rares productions que les Allemands ne nous ont pas prises. On ne peut tout de même pas construire un nombre équivalent d'avions militaires. Où les placerait-on ?

 

7. Dernier point, enfin : depuis 30/40 ans – disons depuis les années 1970 – les classes moyennes se sont mises à voyager massivement au loin, et cela leur a paru être un signe de promotion sociale, d'égalité : comment leur dire qu'elles doivent s'en passer ?

Transport aérien et capitalisme (par Philippe Arnaud)
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12 juin 2021 6 12 /06 /juin /2021 07:00
Dans une autre vie, je ferai policier

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10 juin 2021 4 10 /06 /juin /2021 05:54

Face à mon bureau de vote, je m'attarde un instant devant les affiches des candidats aux prochaines élections.

 

Ah, Najat, qui représente le Parti socialiste ! J'aime son beau sourire mais j'ai du mal à trouver le mot “ socialiste ” sur son affiche.

 

Farid Omeir est le candidat de l'Union des démocrates musulmans français. Autrefois, on avait des “ démocrates chrétiens ”. Ça nous change. Selon la politologue Angéline Escafré-Dublet, « On les disqualifie en les qualifiant de communautaristes, alors que dans la mesure où il y a des groupes qui subissent des injustices en tant que tels, il paraît logique qu’ils s’organisent politiquement pour les combattre. Toutes les catégories de dominés utilisent l’action politique, c’est une démarche tout à fait légitime. ” On verra.

 

De l'affiche du Rassemblement National, j'ai surtout retenu une Marine Le Pen encore plus photoshopée que Cindy Crawford.

 

Le LR Laurent Wauquier, actuel président de la région, inspire toujours autant l'empathie. Il se pose en “ président auvergnat ” alors qu'il est un chti pur sucre, fils d'industriel qui possédait une maison en Ardèche.

 

La communiste Cécile Cukierman (France Insoumise, écologistes de gauche, PCF, elle a plutôt une bonne tête. Elle est la petite-fille du résistant Georges Cukierman, secrétaire de Frédéric Joliot-Curie et collaborateur de Jacques Duclos.

 

Il y avait deux ou trois autres candidats, dont celui du banquier éborgneur, l'entrepreneur Bruno Bonnell.

Ne jugeons pas sur le physique mais...
Ne jugeons pas sur le physique mais...
Ne jugeons pas sur le physique mais...
Ne jugeons pas sur le physique mais...
Ne jugeons pas sur le physique mais...
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9 juin 2021 3 09 /06 /juin /2021 05:11
DE GROSSE CLAQUES ...
 
 
2 décès
342 blessures à la tête
28 éborgnés
5 mains arrachées
 
 
 
Bilan du banquier éborgneur :
Bilan du banquier éborgneur :
Bilan du banquier éborgneur :
Bilan du banquier éborgneur :
Bilan du banquier éborgneur :
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4 juin 2021 5 04 /06 /juin /2021 07:41

Ci-dessous un petit mec entre deux grosses bagnoles noires et des gardes du corps. Il s'adresse à un pékin qui ne bouge pas de sa cour.

Est-ce que la honte l'habite ?

Sur cette autre photo, le banquier éborgneur s'approche d'une terrasse de café. Les consommateurs ne se lèvent pas de leur siège. L'accueil n'est pas hostile mais trois personnes au moins lui tournent le dos.

Est-ce que la honte l'habite ?

Il faut bien se représenter que cette visite chez les 198 Cinq-Cirquois a été préparée dans les moindres détails (la route avait été interdite 30 km en amont, mais le banquier n'a jamais prétendu être un héro). Mais impossible de faire nombre. Pauvre banquier éborgneur ...

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30 mai 2021 7 30 /05 /mai /2021 05:47

Ce texte est extrait, sous une forme réadaptée, de la dernière partie d’un livre d’entretien avec Bernard Friot, coordonné par Amélie Jeammet et Marina Simonin aux éditions La Dispute, à paraître au mois d’octobre. L’emballement des événements récents ne rend pas absurde sa publication avancée.

Sommes-nous rendus au point de fascisme ? Pas encore. Sommes-nous en voie de fascisation ? Sans doute. En fait, il n’y a plus trop à hésiter : un processus est en cours. Ce que disait Lénine de la crise révolutionnaire vaut déjà au stade de la crise organique (Gramsci) : si c’est à des degrés divers, l’une et l’autre se reconnaissent à leurs rythmes caractéristiques, tout y est accéléré, les déplacements se produisent à des vitesses phénoménales. Qui, il y a deux ans, aurait pu imaginer des tribunes de militaires factieux, une manifestation de policiers du même métal, appelant à faire « sauter les digues de la Constitution » avec la bénédiction de presque toute la classe politique, des grands médias, comme CNews, demain Europe 1, à ce point fascisés, d’autres qui courent derrière (LCI, BFM), le service public toujours disponible pour tenir à l’agenda les pires sujets, ouvrir micro aux pires invités, un hebdomadaire d’extrême droite, Valeurs Actuelles, faisant l’agenda politique, le même effet de remorque pour toute une série d’autres hebdos (Le Point, L’Express, Marianne), des ministres vomissant leurs délires islamophobes en toute occasion, rêvant ouvertement de purges à l’université, l’installation dans le paysage d’une gauche d’extrême droite (Valls, Printemps républicain), qui ? À la vitesse désormais acquise par le processus, on entendra d’ici peu des cortèges défiler aux cris de « Mort aux Arabes ».

Fury country

 

Pour quelle raison faut-il que ce soit (presque) toujours l’extrême droite qui profite du délabrement capitaliste ? La réponse est à chercher dans le fait que l’extrême droite constitue une proposition politique intrinsèquement violente. Tel est son avantage concurrentiel écrasant en situation de crise organique : car la proposition de l’extrême droite fait émonctoire pour toutes les violences particulières individuelles, maltraitances, ressentiments, humiliations, réelles comme imaginaires. Sous une forme légitimée par son inscription dans le champ politique « officiel », l’extrême droite présente un réceptacle, un vase d’expansion à tous ces affects. Des gens veulent une proposition politique violente parce qu’elle leur offre une solution expressive pour leurs propres tensions : c’est insupportable, alors il faut que ça sorte, peu importe où, peu importe comment. Il faut que ça cogne.

D’une certaine manière le néolibéralisme, qui est la cause structurale de tous ces dérèglements, en a livré la formule réduite mais sous l’aspect d’une trouvaille managériale en apparence anecdotique, ridicule, donc méconnaissable comme telle : la rage-room, ou fury-room. Comme on l’a compris d’après son nom, la fury-room est un espace qui offre aux cadres sur-stressés un lieu où il leur est licite de tout détruire – au choix selon la formule, on met à leur disposition, dans un local clos, vaisselle ou mobilier de bureau, à cette fin dûment contractuelle de se vider de leur rage par la destruction de choses. Comme on sait, tout casser sans autre propos que de casser, sans autre propos que la casse intransitive, au seul bénéfice de la décharge, est un geste d’impuissance par excellence. D’ailleurs le malheureux cadre, une fois détruite l’effigie de son chef ou la réplique de son bureau, y retourne. Faute de toute emprise sur les données réelles de sa situation, il s’agit pour l’individu de se donner une solution réactionnelle, par déplacement : en s’en prenant à un autre objet, sans lien aucun avec sa situation, mais choisi comme point d’application externe des intensités violentes qui le submergent – à défaut de quoi le point d’application est interne, par retournement sur le corps propre : ulcères, somatisations diverses, etc. Le néolibéralisme a maintenant porté cette trouvaille de l’échelle d’une salle de fitness de quartier aux dimensions d’un pays entier. La crise organique du capitalisme néolibéral a transformé le pays entier en fury-room.

Nous en sommes à un emparement de fury qui fait craindre, non seulement que la fascisation ne soit en marche, mais aussi qu’elle soit très près du point critique où plus rien ne pourra l’arrêter. On pense à cette image – terrible – du front d’onde du tsunami : ça démarre loin, ça va mettre un certain temps à arriver, mais c’est irrésistible. C’est l’image de la fatalité : le processus est armé, il n’y a plus rien à faire. La vague ne va plus cesser d’enfler, elle va tout submerger. Dans De la Révolution, Hannah Arendt revient sur cette curiosité qui a vu le mot « révolution », à l’origine un terme astronomique, désignant le plus parfait retour du même, celui de l’orbite des planètes, devenir d’un coup le signifiant de la rupture politique sous sa forme maximale. C’est que, explique Arendt, la révolution (astronomique) charrie aussi une idée de l’inéluctable. Quand La Rochefoucauld-Liancourt répond à Louis XVI qui lui demande si « c’est une révolte » : « non sire c’est une révolution », il veut dire qu’une force gigantesque lui arrive dessus et qu’elle n’est plus arrêtable. Ça n’est pas tant qu’elle va « révolutionner », au sens où nous l’entendons, que le fait qu’il n’y a plus rien à faire. Nous (re)vérifions donc que le terme politique de « révolution » n’a rien d’essentiel qui l’accroche à des contenus progressistes ou émancipateurs. On le savait déjà : le nazisme a été une révolution.

Ténèbres

 

Et nous voici aujourd’hui sur le point d’entrer dans les ténèbres, avec la crainte qu’il n’y ait plus rien à faire, que tout ne soit désormais voué à s’engrener cumulativement pour le pire. Avec également la crainte que, de ces ténèbres, on ne sorte que d’une seule façon : en les ayant traversées tout entières, en étant allé jusqu’au bout de la jouissance (le mot est à entendre en son sens psychanalytique bien sûr), en ayant plongé jusqu’au point d’écœurement. Alors, saoulé de ses propres horreurs, le corps social se réveille.

Pour l’heure, le système médiatique met tous ses efforts, directs et indirects, par bêtise ordinaire, par absence de prise position tranchée ou par passion fascisante, à enfermer le scrutin de 2022 dans l’affrontement Le Pen/Macron – comme dans les années 30, la contribution au pire des « médias libres » s’avère déterminante. Très bien, jouons donc le jeu de ce pronostic et voyons ce qui s’en suit. Si c’est Le Pen, ce sera la guerre civile ; si c’est Macron, une insurrection – mais une insurrection « boueuse ».

Si c’est Le Pen, nous aurons un racisme d’État, ouvert, affiché : non plus seulement systémique, comme il l’est déjà, mais institutionnel, comprendre : explicitement formalisé dans des textes, nommément dirigés contre les musulmans (une pente que le macronisme a déjà commencé d’emprunter). Différence avec les années 30 : les racisés ne se laisseront pas faire. Ils l’ont déjà prouvé en 2005, à l’occasion de ce qu’on a appelé les « émeutes », terme choisi tout exprès à des fins de déqualification politique. On imagine déjà ce que donnera cette réaction dans un pays chauffé à blanc de racisme (sans mauvais jeu de mots – ou avec), avec des médias déchaînés hurlant leur racisme en continu, avec des forces de police enfin entièrement libres de laisser leur racisme exulter, avec des forces armées à leur tour emportées, où certains doivent bien rêver de rejouer la guerre d’Algérie, pour la gagner cette fois, et tant pis si la nouvelle Casbah est à La Courneuve – et au milieu de tout ça des populations entre affolées et hystérisées par le spectacle général. À ce moment-là on mesurera la hauteur du tsunami de merde.

Si c’est Macron, nous suivrons une trajectoire semblable mais au ralenti, différence de rythme qui fait des différences de cours. En l’occurrence qui ouvre la possibilité d’un événement insurrectionnel, mais d’une insurrection « b oueuse » en effet car, à côté des forces qui se sont déjà manifestées avec les « gilets jaunes », et que pourraient rejoindre de nombreux secteurs progressistes de la société, jeunesse en lutte, salariés révoltés, précarisés de toutes natures, on trouvera du séditieux à la Zemmour-De Villiers, du général signataire de tribunes, du policier d’extrême droite putschiste, et du bloc identitaire reconstitué. Autant dire qu’elle aura une gueule contrastée l’« insurrection », une gueule à nous faire passer les bouffées de romantisme politique, et à nous donner de fameuses migraines quand il s’agira de penser les moyens d’en organiser les issues – si possible les bonnes, contre la probabilité d’un débouché Le Pen, avec retour à l’hypothèse n°1.

Force de la proposition

Si nous voulons avoir la moindre chance d’y échapper, il y a intérêt à produire un peu d’analyse. En revenant sur ce qui fait la puissance motrice du front tsunamique fasciste, à savoir d’être une proposition politique de violence. Où les deux mots comptent. Violence d’abord, car, il faut bien l’admettre, l’extrême droite, quand elle fait cette offre pulsionnelle en temps de crise organique, y trouve un avantage compétitif redoutable : raccourcissement drastique des détours de médiation exigés de la pensée, focalisation sur une cause unique aisément identifiable, si elle est entièrement fantasmatique, présentation d’une solution réactionnelle immédiate – c’est, par excellence, le service de la pulsion qui, toujours, cherche ses voies au plus simple. Mais l’extrême droite tire aussi sa force d’articuler une proposition politique – sommaire, autoritaire, raciste, mais une catharsis à cette échelle est suffisante à faire une proposition. Par-là nous voyons au moins que ce qui nous précipite dans la fury-room nous indique également la seule voie pour en sortir : la voie de la proposition – d’une autre proposition. Mais de portée semblable : une proposition d’ensemble.

On dira que, face au tsunami qui vient, une proposition communiste, celle par exemple qui s’élabore à partir du salaire à vie ou de la garantie économique générale, est risible ? Elle a tout de même de quoi venir s’accrocher très prosaïquement sur un grand nombre d’expériences vécues, auxquelles elle vient offrir un sens et une perspective : les expériences de la précarité notamment, dont elle propose de relever tous et toutes par le salaire à vie, les expériences de la destruction du sens du travail, qu’elle se propose de restaurer par la destitution de la propriété lucrative et la souveraineté des producteurs. Ces choses-là ne sont pas des abstractions, elles rencontrent par excellence la condition salariale, qui est la condition sociale la plus générale, offrent par-là de puissants leviers.

 

Il y a aussi et surtout que, d’une proposition, elle a toutes les propriétés intéressantes, notamment de recoordination politique à grande échelle par une donation de sens global, non pas au sens d’une direction de l’histoire mais d’une resignification de la vie sociale dans son ensemble, appuyée sur des figurations. La proposition d’extrême droite prospère sur l’anomie, sur la dislocation du sens antérieur, le rejet confus d’un ordre dont on perçoit les tensions qu’il inflige mais sans idée de leurs causes, et l’aspiration à on ne sait pas quoi pourvu que ce soit autre, aspiration floue mais impérieuse, à laquelle, précisément, la proposition d’extrême droite vient donner un contour, avec toutes ses propriétés anxiolytiques.

Ça n’est pas une très grande découverte : l’extrême droite prospère sur le fumier des crises du capitalisme parce qu’elles sont des crises anarchiques, au sens de crises de l’arkhé : des moments de dislocation de l’armature axiologique d’ensemble. C’est sur ce terrain du ré-ancrage, de la proposition politique générale, et sur ce terrain seulement, qu’il y a quelque chance de défaire réellement le fascisme. Il va donc falloir qu’un certain nombre de secteurs de la gauche radicale se convainquent d’en revenir de leur vertueuse abstention – surtout ne rien dire qui puisse sembler indiquer une direction, c’est beaucoup trop « avant-garde autoritaire » – ou, dans un registre proche, mais plus arty, de leur pâmoison pour les gestes. Le geste, pour Agamben, c’est le mouvement intransitif, le mouvement pur, le mouvement pour le mouvement, défait de toute intention de faire quelque chose – l’avenir de la politique paraît-il. Faisons des gestes, nous dit Agamben, pour nous désaliéner de la vue instrumentale du monde qui nous fait tant de mal, et qui prépare toutes les prises de pouvoir. Quelle riche idée : désintéressons-nous du pouvoir et des institutions – pendant ce temps, ils tombent aux mains des fascistes. On peine à la croire, mais c’est ce genre de philosophie esthético-politique qui rafle la mise dans de larges secteurs de la gauche radicale. Si l’on juge de la force d’une pensée politique à sa tenue face à l’événement, l’heure de vérité ne va pas tarder à sonner : car les gestes contre le fascisme, ou faire donner Isadora Duncan contre Marine Le Pen pourrait ne pas être tout à fait à la hauteur. Contre la solution de ré-ancrage fasciste, contre l’arkhé fasciste, il n’y a aucune autre voie que la proposition globale d’une contre-arkhé, une arkhé à la fois anticapitaliste et antifasciste : une arkhé communiste.

Pendant ce temps, les élections…

Tout ça est bien mignon, mais les conditions de votre révolution n’existent pas plus (aujourd’hui) que les effets des gestes (en général) – encore moins sous le signifiant calamiteux du communisme. En attendant, il y a 2022, on va plutôt se rabattre là-dessus pour commencer. Dans l’état d’affolement où le pays de gauche se trouve saisi, il y aura peu de monde (encore moins que d’habitude) pour résister à cet argument-là. De ce côté, les choses ne vont pas tarder à devenir d’une clarté cristalline. La gauche de droite a déjà fait l’impasse sur le scrutin, ne doit pas être loin de penser qu’un mandat Le Pen ramènerait au bercail raisonnable et progressiste tous ceux qui s’en sont écartés et que, ma foi, cinq ans, « si on va au bout ah ah ah » – comme disait le RPR en 1981 en appelant en sous-main à voter Mitterrand –, ce sera vite passé. Cette gauche fera tout ce qu’elle peut pour faire échouer Mélenchon.

 

On reste tout de même sidéré qu’il se trouve encore des bienheureux pour appeler à l’« union de toutes les gauches ». Mais que faut-il avoir dans les yeux (j’ai une hypothèse) pour ne pas voir que Jadot, Hidalgo, Faure, et jusqu’à Roussel (qui fait de Biden un membre d’honneur du PCF) sont des personnages de droite, et qu’il n’était pas nécessaire pour le savoir d’attendre qu’ils se couvrent de honte (et de leur vérité) en rampant à la manifestation-intimidation fascisante de la police – défi à la logique : chercher avec des gens de droite une union de gauche. Plaît ou plaît pas, il reste un candidat à gauche : Mélenchon.

Sous réserve peut-être de l’hypothèque « Sainte Christiane ». Des délégations de rois mages doivent déjà se précipiter pour la supplier de venir nous sauver, et toute la presse honorable n’attend que de se rouler à ses pieds de bonheur. Elle n’en perdra pas moins l’élection. Parce que, seule et hors parti, elle ne manquera pas de faire revenir à bord tous les naufragés de la gauche de droite, et que faire des poèmes pour le XIe arrondissement n’a d’écho ni dans les campagnes ni dans les classes ouvrières.

Cette possibilité mise à part, il faut en tout cas savoir gré à la manifestation policière d’avoir nettoyé le terrain à grande eau : on y voit beaucoup plus clair. L’« union de la gauche », le « candidat commun », c’est terminé. Si Mélenchon reste seul en piste, on va voir l’époque livrer sa vérité dans l’union totale qui se constituera contre lui : extrême droite (RN), droite extrême (LREM, LR), gauche de droite (et de plus en plus à droite : PS, EELV), gauche d’extrême droite (Valls, Printemps républicain), médias surtout, abandonnés à leur détestation fulminante d’un candidat qui a le double tort d’être de gauche (en un sens minimalement exigeant) et, pis encore, d’avoir des chances, à qui donc ils préparent une sorte d’embuscade continue de douze mois – il faut dès maintenant avertir que le spectacle de la haine médiatique, service public en tête, peut-être pire encore que le privé, sans doute parce qu’il a à défendre la croyance qu’il est « de gauche » (en tout cas à France Inter et Culture ; France Info, elle, est tout entière aux DRH, aux petits commerçants et à la police), et que Mélenchon en est un démenti vivant, le spectacle de la haine médiatique, donc, va atteindre des sommets jamais vus.

Que la situation soit clarifiée ne suffit pas à la rendre enthousiasmante. Sans même parler de la capture électorale, on peut déjà jouer à mesurer la largeur du canyon entre ce que Mélenchon racontera et ce qu’il ferait, on sait déjà que même là où elle sera la moins grande, il y aurait des motifs à être mécontent, et qu’aucun spasme de sa campagne ne nous sera épargné ; sans parler de tous les obstacles sur sa route – donc, de tous les risques d’affalement (Tsipras augmenté). Mais nos horizons temporels sont considérablement rétrécis par l’ampleur des périls. Pendant qu’en face se constitue le bloc fasciste. L’ensemble RN-LR-LREM est déjà soudé. Que les élections s’apprêtent à le déchirer ne change rien quant à l’essentiel : il ne fait idéologiquement plus qu’un – que dire quand Macron félicite Darmanin pour un débat où il a eu l’occasion de trouver Le Pen trop molle sur la « question de l’islam », c’est-à-dire, finalement, pas assez raciste ? PS, EELV et PCF sont au comble de la dislocation idéologique et, comme toujours les déstructurés, roulent dans la ligne de plus grande pente : d’un ardent désir de venir se souder à leur tour. Qui échappe à la soudure ? Pourrait-il en profiter ? Reste-t-il quelque autre solution pour éviter le pire ? Tout ça est encore du dernier opaque.

Une chose est certaine en revanche : comme il est de règle dans les très grandes crises, où les prises de position sont appelées à marquer, et à rester, l’histoire ouvre un surcroît de places pour la mémoire des temps futurs. Il y aura les bonnes et il y aura les mauvaises. La distribution a même déjà commencé.

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