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2 janvier 2012 1 02 /01 /janvier /2012 10:40

Daniel Mermet vient d'adresser à ses fidèles auditeurs (dont je suis) le message réaliste suivant :

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/8/8d/Marie_Antoinette_Execution1.jpg/220px-Marie_Antoinette_Execution1.jpgToujours amicale, la direction de France Inter n’a pas manqué de féliciter chaleureusement  toute l’équipe de "La-bas si j'y suis" pour les prouesses de la réalisation, la qualité des reportages, pour l’esprit critique et l’indépendance de notre ligne éditoriale « Depuis vingt ans, vous dénoncez l’emprise  de la dictature financière, aujourd’hui l’histoire vous donne tragiquement  raison, vous êtes l’honneur de cette maison ». Les applaudissements n’en finissaient pas, toute l’équipe était émue, les confrères surtout, avaient tenu à venir nous saluer, bravo, merci,  c’est Bourdieu qui avait raison, vive Noam Chomsky ! Vive Frédéric Lordon ! Vive les ouvrières de Moulinex ! A bas le Parti de la Presse et de l’Argent ! Têtes baissées, certains même à genoux, venaient dire à quel point ils s’étaient gravement fourvoyés. Nous les avons rassurés, pas de chasse aux sorcières, pas d’épuration, pas de camp de rééducation.

 

Les résistants de la 25eme heure faisaient assaut de zèle. Alexandre Adler hurlait qu’on fusille Alain Minc sur le champ !  Pour Jean-Marc Sylvestre, déchaîné, c’est tous ceux du Fouquet’s qu’il fallait guillotiner sans jugement. Tout modeste, Martin Bouygues nous offrait les clés de TF1 « en vue de la re-nationalisation », disait-il, ajoutant, la main sur le cœur : « No pasaran ! ».

 

Tandis que, le poing levé, David Pujadas et Jean-Michel Apathie entonnaient l’Internationale,  personne n’avait remarqué, par une porte dérobée, le directeur de France Inter  s’éloignant  sur une simple mobylette avec sa  guitare sur le dos, après avoir laissé à son assistante un message pour dire qu’il  reprenait  son honnête  chemin de chansonnier  et qu’il était inutile de tenter de le faire revenir.

 

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1 janvier 2012 7 01 /01 /janvier /2012 16:40
Le monde politique est impuissant, otage de la dictature des marchés financiers.
Yann FIEVET (pour Le Grand Soir)

 

Nous acceptons difficilement de regarder la réalité en face. Nous préférons souvent nous persuader, sans en être totalement convaincus, que tout ce à quoi nous avons été attaché dans le passé est toujours présent et le sera encore demain. Ainsi, nous croyons que ce que nous nommons communément société existe encore.



Bien sûr, nous entendons dire que nous sommes gouverné désormais par une oligarchie, que l’Etat partout se désengage de ses missions traditionnelles , que les citoyens ne sont pas consultés à propos des affaires sérieuses de la Cité. Mais, sous ces arguments pertinents nous espérons pouvoir encore distinguer une société attendant son heure pour redevenir pleinement elle-même. Affirmons-le enfin : cet espoir n’est plus de mise. La société est en voie de disparition. Le principal agent de cette disparition est l’abandon de l’intérêt général au profit de la satisfaction d’intérêts particuliers à la puissance chaque jour renforcé. Lutter contre la disparition de la société devrait être la seule préoccupation de la prochaine élection présidentielle.

 

La société est un corps éminemment complexe se dotant, tout au long d’une histoire mouvementée, d’organes de gouvernement et de régulation normalement chargés de renforcer la cohésion sociale. L’idée de société s’oppose donc à celle de la simple addition d’individus occupés à la seule recherche de satisfaction de leur intérêt personnel ou de celui de leurs proches. Les sociétés dignes de cette définition – qu’il est erroné de croire trop ambitieuse – sont celles qui réussissent à développer le « vivre ensemble », ce concept si facilement méprisé par les chantres de l’autorégulation sociale. Pour satisfaire une telle exigence encore faut-il que la société soit capable de faire vivre un principe fondamental : l’intérêt général. C’est à l’Etat de le définir et de le faire accepter par le corps social dans son entier. Deux condition au moins sont nécessaires à cela : que l’Etat dispose de toute sa légitimité auprès du corps social et que celui-ci ait gardé en lui la volonté de solidarité envers les plus démunis. Le moins que l’on puisse dire est que ces deux conditions ne sont plus remplies en France aujourd’hui.

 

Ce que l’on pouvait nommer hier, avec une certaine fierté, « le modèle social français » est désormais attaqué de toutes parts. Construit pour l’essentiel au sortir de la Seconde Guerre mondiale, il reposait sur des politiques publiques se donnant les moyens de leur ambition. C’était avant l’avènement du néolibéralisme, avant que la plupart des hommes politiques ne décident que le Marché devait s’emparer progressivement de bon nombre des anciennes prérogatives de l’Etat, pour une meilleure efficacité économique et financière comme ils s’en disent convaincus. Au bout de trente années de ce glissement – longtemps sournois, maintenant débridé- le monde politique est devenu impuissant, otage qu’il est de la dictature des marchés financiers. Nous rendons-nous réellement compte de la folie qui tourmente notre société : les agences de notation nord-américaines évaluent désormais jusqu’aux performances financières de la Sécurité Sociale et de la plupart de ce qu’il nous reste de services publics ! Retirer à notre système de protection sociale son « triple A » relèverait de la triple C. Et triplera la misère !

 

De « providentiel » l’Etat est devenu répressif et destructeur. On ne pousse pas dans l’insécurité sociale les moins armés pour affronter « la compétition de tous contre tous » sans faire naître des risques de délits intrinsèquement liés à cette insécurité, lien que l’on fait mine d’ignorer. On réprimera de plus en plus durement ces délits « socialement déclenchés » d’autant plus facilement que l’on en dissimule la cause et qu’il faut bien tenir en respect tous ceux que l’on suspecte de pouvoir passer à l’acte un jour prochain. L’Etat social fait place petit à petit à l’Etat pénal. Pour donner libre cours à sa nouvelle « vocation destructrice » l’Etat s’est doté d’une machine de guerre nommée RGPP. Cette Révision générale des politiques publiques est en réalité un rabougrissement généralisé des prérogatives publiques. La volonté affichée d’évaluer les politiques publiques pour les rendre plus efficaces est une mascarade, n’est qu’une opération de communication pour citoyens non avertis. L’impact social de ces politiques n’est plus mesuré depuis longtemps. Le bilan n’est pas fait des nombreuses réformes successives engagées dans les divers domaines d’intervention de l’Etat. Des cabinets d’audit privés évaluent financièrement – avec les critères que l’on imagine - chaque mission pour les décréter trop coûteuses le plus souvent. On confie ensuite ces missions à des agences de droit privée, telle l’Agence du médicament, chargées de « réguler » grâce à leurs experts inféodés aux firmes privés, le domaine qui leur a été concédé. Il existe aujourd’hui en France près de 650 agences de ce type. Le scandale du Médiator devrait pourtant inciter à une remise en cause de cette façon qu’a la puissance publique d’abdiquer de ses missions d’intérêt général.

 

Partout on casse ce que la société avait patiemment bâti pour atténuer ou compenser les effets pervers du fonctionnement de l’économie. Une idéologie mortifère est à l’œuvre où les victimes de la sauvagerie du système économico-financier deviennent coupables. Coupables d’être trop coûteux pour la collectivité que l’on ne se donne plus la peine de définir autrement qu’en termes strictement budgétaires. Les pauvres et les chômeurs sont dénoncés comme les premiers responsables de leur pauvreté et de leur chômage. L’Etat et la société telle qu’elle devient n’aiment plus les fonctionnaires. Grâce à la loi « mobilité » on va enfin « dégraisser le mammouth » : le licenciement des fonctionnaires sans motif est désormais possible. Demain le fonctionnaire ne sera plus attaché à un corps et pourra être déplacé au gré de l’évolution capricieuse des besoins définis budgétairement. Ainsi, les enseignants ne resteront pas nécessairement enseignants. Bientôt ils ne seront plus évalués sur leurs qualités pédagogiques mais sur leur capacité à entrer dans un cadre de compétences définies en dehors de la nécessité absolue de dispenser dans les meilleures conditions possibles leurs connaissances acquises au cours d’un long parcours. N’est-il pas temps de sortir de cette spirale infernale par laquelle sont broyées des vies et des volontés. La Droite ne le fera évidemment pas. La Gauche « de gouvernement » ne semble pas s’apprêter à le faire. Sombre perspective !

 

Yann Fiévet

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31 décembre 2011 6 31 /12 /décembre /2011 15:20
Etre chef d'Etat et démocrate en Amérique latine donne-t-il le cancer ? C'est la question troublante que pose Oscar Fortin. Chapeau du Grand Soir.
 

Conspirationnisme ! Pour étayer ce nouvel anathème qui copine avec populisme, confusionnisme, les médias nous répètent que ce fou, ce fantasque, ce primate (comme dirait Alexandre Adler) de Chavez prétend que les USA inoculent le cancer à leurs opposants étrangers en Amérique-latine. Chavez étant déjà classé dans la rubrique "dictateur" par nos médias qui ne veulent pas voir qu’il est le dirigeant le mieux élu et ré-élu du continent américain, que les partis d’oppositions et les médias de droite foisonnent au Venezuela, il reste à le décrire comme un fou.

 

L’US Army, ambassadrice de la "plus grande démocratie du monde" attaquant un pays voisin pour le débarrasser d’un dictateur fou, qui serait contre ?

 

En vérité,Chavez a posé une question pertinente et n’en donne pas la réponse, car, pas plus que nous, il ne la connaît.

 



En moins de deux ans, cinq des plus importants chefs d’État en Amérique Latine sont atteints par un cancer, mettant leur vie en danger.

 

Ce fut d’abord, l’actuel président du Paraguay, Fernando Lugo, vint par la suite l’actuelle présidente du Brésil, Dilma Roussef alors qu’elle se préparait à sa compagne présidentielle. Le troisième cas est celui d’Hugo Chavez, président du Venezuela, suivi de celui d’Ignacio Lula, ex président du Brésil et toujours très influent en Amérique latine et dans le monde. Le tout dernier cas est celui de la présidente de l’Argentine, Cristina Kirchner Fernandez (photo), nouvellement élue avec le plus haut pourcentage jamais atteint dans l’histoire du pays.

 

Qu’ont-elles en commun ces personnes ? Quatre d’entre elles assument présentement des responsabilités de chefs d’État et le cinquième, ex chef d’État, Luis Ignacio Lula, est pressenti par plusieurs pour occuper des fonctions importantes dans le processus d’intégration de l’Amérique latine et éventuellement au sein de la Communauté des états latinos américains et des Caraïbes (CELAC), récemment fondée par l’ensemble des 33 chefs d’États de la région. Ils ont également en commun d’œuvrer pour une société plus juste, une démocratie plus participative et une unité régionale plus forte et plus indépendante.

 

Ils sont tous et toutes de grands démocrates, comptant sur un fort appui populaire. Ils sont tous et toutes de foi chrétienne, ne pouvant, de ce fait, être considérés comme des communistes, athées, n’ayant aucune croyance en Dieu. Les arguments largement utilisés au siècle dernier pour combattre les groupes révolutionnaires et, dans le cas du Chili, un gouvernement démocratique. Forts de leur démocratie et de leur foi, les adversaires doivent trouver d’autres motifs de propagande pour les discréditer et d’autres astuces dont ils ont seuls le secret pour s’en débarrasser. Les assassinats qui se vendaient relativement bien à l’opinion publique dans les années 1960-1980, ne peuvent plus l’être aussi facilement dans les temps que nous vivons. Il faut tout de même sauver l’image d’une certaine morale. Si tuer un communiste était œuvre juste, tuer un croyant l’est beaucoup moins.

 

Toujours est-il que devant cette épidémie de cancers chez les Présidents et Présidentes, Chavez s’est interrogé de la façon suivante : « Serait-il étrange qu’ils aient développé une technologie pour inoculer le cancer sans que personne n’en soit au courant ? » Cette phrase de Chavez, totalement sous forme interrogative et sans identifier qui que ce soit, a fait le tour du monde, enveloppée et coiffée, toutefois, de toutes les insinuations possibles. En somme, Chavez, ce radical, évoque l’existence une technologie américaine visant à inoculer le cancer et les Etats-Unis en seraient les instigateurs. Bien que cela puisse être possible, Chavez prend bien soin de s’en tenir à une interrogation et à n’accuser aucun pays.

 

Il s’agit d’un évènement rarement vu, touchant dans une même période les principaux leaders d’une Amérique latine en éveil et en transformation profonde. Nous savons que les adversaires de cette mutation profonde ne négligent aucun moyen pour faire échouer pareil projet. Il est certain que si pareille technologie existait, ces adversaires seraient les premiers à en faire usage. Ce ne sont pas des considérations morales ou éthiques qui les en empêcheraient. S’ils ont été capables, par le passé, d’assassinats les plus atroces (Plan Condor), ils seraient encore mieux disposés pour ce type d’assassinats mieux couverts et comme plus naturels. Un assassinat sans péché et sans mauvaise conscience.

 

Point n’est besoin d’être extrémiste et radical, comme les médias officiels veulent le suggérer, pour soulever la question qu’a soulevé Chavez.

 

Oscar Fortin

 

Québec, le 29 décembre, 2011

http://humanisme.blogspot.com

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29 décembre 2011 4 29 /12 /décembre /2011 16:11

http://cpolitic.files.wordpress.com/2008/06/joueur_pipeau.jpgIl a beaucoup été question, dans la semaine qui vient de s'écouler, de
la proposition de loi votée par l'Assemblée nationale et visant à
réprimer la négation du massacre des Arméniens en 1915. Ce vote a
déclenché la colère des Turcs et une incompréhension consécutive des
Français, répercutée par les médias, avec de petits relents démagogiques
: pourquoi les Turcs s'indignent-ils ? N'avons-nous pas, nous Français,
reconnu la rafle du Vel d'Hiv ? Les Allemands n'ont-ils pas reconnu le
génocide des juifs ? Pourquoi les Turcs n'en font-ils pas autant pour
les Arméniens ? Qu'est-ce que cela leur coûterait ? [Sous-entendu - mais
si fort que cela s'entend : décidément, ces musulmans sont
indécrottables...].

On se gardera, ici, d'évoquer les préoccupations électoralistes des
députés, notamment le fait que la proposition de loi a été déposée par
Valérie Boyer, députée UMP de Marseille, ville où la communauté
arménienne est particulièrement nombreuse et influente, pour rappeler
quelques faits.

1. On fait grief aux Turcs de ne pas reconnaître le massacre des
Arméniens en 1915. Mais l'Assemblée nationale a-t-elle voté un texte
pour stigmatiser le massacre de 200 000 habitants de Nankin par les
Japonais - plus tous les autres massacres commis en Chine, en Corée et
dans le reste de l'Asie de 1900 à 1945, par ces mêmes Japonais ? Les
députés français ont-ils reproché aux Japonais les "femmes de réconfort"
(femmes raflées destinées aux bordels militaires) de toute l'Asie et les
expériences bactériologiques sur les prisonniers de guerre, qui ne le
cédaient en rien aux expériences des docteurs Mengele allemands ?

2. L'Assemblée nationale française a-t-elle voté une loi pour réprimer
la négation du massacre de plusieurs centaines de milliers (voire
davantage) de Congolais dans le Congo propriété privée du roi belge
Léopold II ? A-t-elle voté une loi réprimant la négation du massacre des
Herreros par les Allemands dans le Sud-Ouest africain avant 1914 ?
A-t-elle voté une loi pour réprimer la négation des massacres des
Amérindiens par les colons anglais, espagnols et portugais du Nouveau
monde ? A-t-elle voté une loi pour réprimer la négation des mauvais
traitements infligés par les Australiens aux Aborigènes ? A-t-elle voté
une loi pour condamner la déportation des habitants de l'île de Diego
Garcia, dans l'océan Indien, évacués par la force de leur île pour
construire une base américaine géante ? [Base d'où les bombardiers
américains partent pilonner les pays du tiers monde].

3. L'Assemblée nationale française a-t-elle reconnu les quelques 875 000
morts de la conquête de l'Algérie de 1830 à 1872 ? A-t-elle reconnu les
80 000 morts de la répression de Madagascar de 1947 ? A-t-elle reconnu
les morts des massacres de Yen Bay, au Vietnam, en 1930, les morts de
Sétif et Guelma en 1945, les morts du camp de Thiaroye, au Sénégal, en
1944 ? A-t-elle reconnu les morts algériens de la nuit du 17 octobre
1961 à Paris ?

4. L'Assemblée nationale a-t-elle considéré qu'entre le milieu du XVIIIe
siècle et 1914, l'empire ottoman fut sans cesse en butte aux
empiètements, agressions, mises sous tutelle et autres humiliations de
la part des Russes, Britanniques, Français, Italiens et autres
Autrichiens ? A-t-elle considéré que ces mêmes Occidentaux, durant plus
de trois quarts de siècle, ont appelé l'empire ottoman, avec mépris,
"l'homme malade de l'Europe" ? A-t-elle considéré que, durant
la Grande
Guerre, les Européens se sont partagé son empire au lieu de le rendre
aux colonisés, en contradiction flagrante avec le principe des
nationalités dont ils se réclamaient, en même temps, en Europe centrale,
à l'encontre des empire austro-hongrois, allemand et russe ? L'Assemblée
nationale s'est-elle souvenu que les alliés avaient, au début, soutenu
la guerre d'agression de la Grèce contre la Turquie, dans les années
1919-1923 ?

5. L'Assemblée nationale française a-t-elle considéré que, si, près de
70 ans plus tard, nous sommes toujours traumatisés par 4 ans
d'occupation allemande, au point d'en faire des films, des livres, des
expositions et des colloques, les Turcs ne devraient pas être, eux,
profondément humiliés par un siècle d'empiètements occidentaux ? Ne
pourrait-elle penser que, sur la question des ingérences dans leurs
affaires intérieures, les Turcs ont les nerfs à vif ? [Et, plus encore,
lorsque ces ingérences viennent des Européens].

6. L'Assemblée nationale a-t-elle considéré que, durant plus de 40 ans,
c'est-à-dire toute la guerre froide, les Occidentaux ont été bien
contents de compter les Turcs dans l'OTAN, d'abord pour se battre en
Corée contre les Nord-Coréens et les Chinois, puis pour faire face aux
divisions du pacte de Varsovie dans le Caucase et les Balkans ?

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24 décembre 2011 6 24 /12 /décembre /2011 16:02

http://storage.canalblog.com/34/77/127673/39545403.jpgL'escroquerie à l'échelle du continent continue. Les peuples peuvent continuer de payer. À lire cet article d'Arrêt sur Images :

 

LA BCE RENFLOUE LES BANQUES EUROPÉENNES (Par Anne-Sophie Jacques).

 

523 banques de la zone euro ont reçu leurs cadeaux avant l’heure, et elles ont dû être drôlement sages car le Père Noël a été très généreux. Il a déboursé plus de 489 milliards d'euros sous forme de prêts à taux d’ami, c’est-à-dire 1% sur 3 ans.

Qui se cache derrière la barbe blanche et le manteau rouge ? Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne. L’objectif officiel, nous dit Le Monde, "est de soulager des banques aux abois : certains établissements de l'Union monétaire gorgés de dettes souveraines potentiellement toxiques suscitent la défiance et peinent à se financer sur le marché interbancaire. Ainsi, l'autorité monétaire veut donc éviter une catastrophe mais aussi s'assurer que les établissements prêteront aux petites entreprises et aux ménages de la zone euro. Un enjeu essentiel pour la croissance."


Mais personne n’est dupe : l’objectif réel est bien d’encourager les banques à acheter de la dette souveraine grâce à ce pactole. Toujours selon Le Monde, "Mario Draghi, le président de la BCE, s'en défend, mais certains établissements pourraient se laisser tenter et investir l'argent qui leur a coûté 1 % pour racheter des titres à dix ans qui rapportent plus de 5 % et 6,5 % comme les emprunts espagnols ou italiens."


Une façon de contourner les traités européens qui n’a pas échappée à Georges Ugeux, banquier d’affaires et blogueur sur Lemonde.fr : "La BCE, ne pouvant pas acheter en direct d’obligations des Etats Membres, use d’un subterfuge: elle prête aux banques qui mettent en gage les obligations de ces Etats. En clair, la BCE vient de racheter indirectement 500 milliards d’emprunts des pays de l’Eurozone par banques interposées à des conditions inferieures au Fonds Européen de Stabilité Financière. On est dans le désordre absolu."


En effet, le pari est risqué : rien n'oblige les banques à racheter de la dette avec ces prêts cadeaux. Pour l'heure, les taux des emprunts souverains italiens ou espagnols n'ont pas encore baissé, ce qui veut dire que les banques ne se sont pas précipitées pour en acheter... Pire : certains investisseurs et titres de presse comme The Guardian y voient la preuve de la mauvaise situation des banques de la zone euro, qui se sont ruées sur ce prêt.

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24 décembre 2011 6 24 /12 /décembre /2011 07:00

 

 

cadeau.noel.jpg

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23 décembre 2011 5 23 /12 /décembre /2011 07:14

http://t1.ftcdn.net/jpg/00/01/36/04/400_F_1360488_GwGngYapn7Zfd6CDtd0yRXmjh9GvJK.jpgUn ami garagiste m’a raconté la chose suivante : une fois par an, les garagistes doivent solliciter de la Préfecture de leur département le renouvellement de leur autorisation de rouler et de faire rouler des véhicules en plaques WW.

 

Concrètement, comment cela se passe-t-il dans la France de l’homme du Fouquet’s ? L’artisan téléphone au service concerné. Deux cas de figure se produisent. Ou bien personne ne répond jamais, ou alors, après de multiples tentatives et environ une demi-heure de patience, un employé répond qu’il faut venir chercher le formulaire idoine à la Préfecture même, que l’on habite dans la ville préfectorale ou dans un village situé à 80 kilomètres de là. On répond que, jusqu’à présent, la Préfecture envoyait le formulaire en question aux garagistes concernés. Oui, mais non, maintenant il faut se déplacer. On se permet de demander si, par le plus grand des hasards, le formulaire ne serait pas téléchargeable. Il ne l’est pas. On se met en colère, on explique qu’on n’a pas que cela à faire et que l’on va déposer une réclamation. L’employé saute à pieds-joints sur cette suggestion :

 

   Oui, écrivez, vous nous serez d’un grand soutien, on en a ras le bol de laisser sonner le téléphone pendant des plombes, non par méchanceté, mais parce qu’on n’est pas assez nombreux pour répondre.

 

Alors, on écrit pour protester et, miracle, on reçoit quelques jours plus tard le fameux formulaire. Que l’on retourne tranquillement.

 

Je n’en mettrai pas ma main au feu, mais j’avance que la proportion de garagistes ayant voté pour l’homme du Fouquet’s en 2007 fut importante. J’espère que ces artisans de droite ont compris que les fonctionnaires fonctionnaient, et que les supprimer par dizaines de milliers chaque année ne pouvait que pourrir la vie de tous.

 

Cette gabegie voulue est à replacer dans le contexte plus large de la prise en charge par le privé d'attributions jusque là dévolues aux autorités régaliennes. En mars 2011, je dénonçais dans ce blog le fait que les cartes grises ordinaires pouvaient être désormais délivrées par les concessionnaires automobiles eux-mêmes, ce qui instillait dans l'esprit des acheteurs citoyens l'idée que la fonction publique ne servait à rien (link).


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22 décembre 2011 4 22 /12 /décembre /2011 16:13

Le Premier ministre espagnol vient de nommer ministre de l'Économie un ancien de la banque Lehman Brothers (son nom importe peu : ils sont interchangeables).

 

En médecine traditionnelle, c'est ce qu'on appelle soigner le mal par le mal.

 

http://www.communisme-bolchevisme.net/images/Merci_pour_votre_Europe.jpg

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21 décembre 2011 3 21 /12 /décembre /2011 16:05

 

http://us.123rf.com/400wm/400/400/logos/logos0712/logos071200181/2224516-portrait-d-39-un-homme-assis-cadres-sup-rieurs-d-39-entreprises-lors-d-39-une-r-union-tenue-au-milie.jpgMediapart vient de publier cet entretien très intéressant avec un cadre supérieur de la direction financière d'une multinationale française.

 

 

Comprendre le système bancaire est un enjeu politique majeur, surtout si on veut le transformer. Entretien avec Hermès(1), cadre supérieur au sein de la Direction financière d'une multinationale française.

Comment un cadre à un haut niveau de responsabilité ressent-il la crise financière actuelle ?

Comme la confirmation qu’une grande partie de "la finance", c'est-à-dire les banques mais aussi les autres acteurs des marchés financiers (fonds d’investissement, fonds de retraite, compagnies d’assurance) ont aujourd’hui un mode de fonctionnement toxique pour l’humanité.

 

Nous subissons une maladie récurrente, profonde, dont les crises à répétition persisteront avec des conséquences de plus en plus dramatiques tant que le système lui-même n’aura pas été reconstruit pour revenir à des bases saines.

 

Nous ne vivons donc pas seulement une crise conjoncturelle qui pourrait être résolue seulement par une action politique concertée et davantage de régulation, comme on veut actuellement nous le faire croire. Nous subissons une maladie récurrente, profonde, dont les crises à répétition persisteront avec des conséquences de plus en plus dramatiques tant que le système lui-même n’aura pas été reconstruit pour revenir à des bases saines.

 

Nous ne sommes pas des experts des questions financières mais nous sommes intéressés par votre vision de spécialiste au cœur du système. Pouvez-vous résumer la situation que nous connaissons ?

 

Il y a deux problèmes : une crise de liquidité et une crise de solvabilité. On peut utiliser une image : celle d’un grand malade qui fait un arrêt cardiaque et dont la circulation sanguine s’arrête. Il faut rétablir immédiatement la circulation sanguine - c’est-à-dire faire face à la crise de liquidité, problème de court terme -, et ensuite traiter la maladie causale - la crise de solvabilité.

 

Pour que l’économie tourne, les banques ont besoin de financement à court terme, permettant que les entreprises et les particuliers puissent obtenir des crédits. Leurs fonds propres et les dépôts de leurs clients ne fournissant qu’une partie des besoins, elles doivent emprunter auprès d’autres banques ou sur le marché : c’est leur liquidité. Aujourd’hui, compte tenu de la défiance généralisée liée au risque de faillite, plus personne ne veut prêter aux banques. Les banques centrales (la BCE en Europe, la Réserve fédérale aux États-Unis) ont donc dû leur avancer des fonds sans limites pour éviter la catastrophe, c’est-à-dire l’arrêt de la circulation sanguine. Malheureusement, l’usage de ces fonds par les banques n’est pas contrôlé. Il peut donc soit être utile (prêts aux acteurs économiques), soit être néfaste (utilisation comme de nouveaux jetons de casino pour aller spéculer sur les marchés).

Ensuite, il existe un problème de solvabilité de certains emprunteurs, qui n’ont pas les moyens à court terme de rembourser leurs dettes. Mais regardons d’abord d’où provient le problème : les ménages pauvres américains, potentiellement insolvables, ont contracté ces fameux crédits immobiliers subprimes parce qu’il n’existe quasiment pas de logement social locatif aux États-Unis, et que l’État s’en désintéresse ; les marchés ont aussi prêté sans limite à la Grèce, alors que ce pays avait des ressources très insuffisantes en raison d’une fraude fiscale massive et avait investi dans des dépenses militaires exorbitantes ; en Espagne, les banques ont prêté de manière inconsidérée aux promoteurs et aux particuliers, attisant une bulle immobilière explosive. Et ainsi de suite. On demande ensuite aux États de sauver le système et de garantir les banques pour éviter leur faillite. C’est une double faillite morale : celle des marchés financiers et des banques qui ont allumé tous ces incendies, celle des gouvernements qui ont laissé faire.

 

Quelles ont été les évolutions essentielles du système bancaire et financier au cours des dernières décennies ?

 

 

Il faut d’abord rappeler le contexte initial de cette évolution. Dans les années 80, un courant idéologique de libéralisation totale de l’économie et de défiance envers le rôle de l’État monte aux États-Unis. Le discours annonçant la "fin de l’histoire " du socialisme s’affirme face au communisme soviétique en décomposition. Ronald Reagan et Margaret Thatcher vont enclencher la révolution néolibérale, marteler que l’État est hypertrophié, inefficace, les fonctionnaires trop nombreux, l’impôt nocif et stérilisateur de l’initiative individuelle. L’idée domine que les acteurs économiques "libérés " agiront ensuite naturellement pour le plus grand bien de la société, en créant emplois et richesses. Donc moins d’impôt, moins d’État et surtout moins de règles, le marché étant supposé contenir en lui-même de fortes capacités de s’auto-réguler de manière optimale.

 

Cette équation va progressivement gagner l’ensemble des pays développés, avec en France des relais comme Pierre Bérégovoy, qui va "moderniser" c'est-à-dire libéraliser, la place financière de Paris à partir de 1985 pour faire en sorte que la France ne soit pas "à la traîne" du monde anglo-saxon.

 

Les banques et les autres acteurs des marchés financiers se sont engouffrés dans ce mouvement. Une nouvelle dimension de la finance a été créée, au-delà de ses fonctions historiques "socialement utiles" que sont la gestion des flux (encaisser, payer des sommes d’argent, gérer des comptes bancaires...), le crédit aux particuliers et aux acteurs économiques, la gestion de l’épargne et des besoins des entreprises (par exemple immuniser contre le risque de change sur des exportations en autres devises que l’euro, assurer le coût maxi d’une dette à moyen terme, émettre des garanties).

 

Nous avons vu alors une accélération de la vitesse de rotation du capital et de sa rentabilité attendue. Par exemple, la durée moyenne de détention des actions va baisser très vite alors que les actionnaires étaient censés être des investisseurs à long terme. En fonction des anticipations de résultat des entreprises ou de l’attrait d’autres investissements plus rémunérateurs, les actions vont s’acheter et se vendre sans cesse, créant une forte volatilité des cours.

 

De la forme antérieure du capitalisme, qui reposait sur des actionnaires stables et des taux de rentabilité économiquement réalistes, on glisse alors vers un nouveau capitalisme "financier"», qui va progressivement exiger une rentabilité de plus en plus élevée et sur des horizons de plus en plus courts. En substance : « Si vous ne me donnez pas le niveau de profit attendu, je vends ces actions et vais investir ailleurs : en achetant de la dette espagnole, de l’or, du pétrole, de l’immobilier... ».

 

Les dirigeants des entreprises cotées en Bourse ont été transformés en exécutants de ces demandes. Pour qu’ils répondent à ces nouvelles exigences, l’essentiel de leurs revenus va être indexé sur le niveau des bénéfices de l’entreprise et la valeur de son action : stock-options, bonus calculés en fonction des résultats. Il s’ensuit une pression extrême sur le coût du travail : stagnation des salaires, délocalisations dans des pays low cost, restructurations… En détournant l’antienne répétée depuis des années, je dirais que ce n’est pas le coût du travail qui est trop élevé, c’est d’abord et avant tout le coût du capital (son exigence de rentabilité) qui est trop élevé. Baissons donc le coût du capital !

 

Ce sont ces nouveaux financiers qui vont inventer de nouveaux produits de plus en plus virtuels. Aujourd’hui, par exemple, les marchés de matières premières "papier", sur le pétrole, l’or, le blé, le cuivre..., à l’origine créés pour les besoins des industriels ou des agriculteurs (garantir un prix de vente ou d’achat à court terme) sont devenus plusieurs fois supérieurs aux volumes physiques échangés chaque année, parce que la spéculation, la finance de casino y a trouvé un terrain de jeu extraordinaire. C’est ainsi que les bulles spéculatives se sont multipliées.

 

Enfin, ces mêmes financiers vont faire crédit à des emprunteurs dont beaucoup savaient qu’ils seraient insolvables à terme : les ménages pauvres américains avec les fameux crédits subprimes, les promoteurs immobiliers en Espagne, l’État grec... Comme chacun revend sans cesse les dettes des clients insolvables, c’est en principe le dernier qui reçoit la patate chaude qui perd...

 

Tout cela a permis une augmentation rapide de la rentabilité des grandes banques d’affaires : ramenée au capital détenu par leurs actionnaires, c’est une multiplication par deux ou trois du niveau des années 80, mais au prix d’une augmentation colossale des risques, de la création de bulles financières à répétition. Avec maintenant des conséquences dramatiques pour certains peuples. Au dessus d’un système bancaire classique et de marchés financiers proportionnés à l’économie réelle (la production de biens et services, le commerce), s’est créée une excroissance financière gigantesque, sans utilité sociale, nocive pour toute la société.

 

Quel est le rôle des agences de notation ?

 

 

Depuis quelques décennies les plus gros emprunteurs, c'est-à-dire l’État, une partie des collectivités locales (certaines Régions et Départements) et les grandes entreprises ne se financent plus auprès des banques ou auprès des particuliers – les Bons du Trésor qu’achetaient nos grands-parents pour placer leurs économies –, mais vont emprunter directement sur les marchés financiers en émettant des emprunts (des obligations) sur des durées parfois très longues, 20 ans et plus.

 

Ces obligations sont achetées par des fonds de retraite, des compagnies d’assurance, des fonds d’investissement (notamment des SICAV), etc. Les investisseurs ont le choix entre un grand nombre d’obligations différentes. Ils peuvent acheter, par exemple, une dette à dix ans des États français, suédois, brésilien, grec, ou une obligation à cinq ans de Saint-Gobain, de Peugeot ou Volkswagen.

 

Pour évaluer la capacité de l’emprunteur à payer les intérêts et rembourser sa dette à l’échéance, très peu de ces investisseurs ont les moyens d’analyser eux-mêmes la santé financière de l’emprunteur, ses comptes(2). Ils s’en remettent donc à des organismes spécialisés privés, les agences de notation, qui ont développé ces services d’évaluation de la qualité des emprunteurs et attribuent des  "notes", la meilleure étant le fameux AAA dont bénéficient (encore, mais pour combien de temps ?) la France et l’Allemagne.

 

Les agences de notation sont à la fois un thermomètre et un oracle : les marchés financiers sont devenus fous, et la mesure de la température du malade ou le suivi des prédictions de l’oracle sont également devenus insensés.

 

En fonction de cette note, le taux d’intérêt que devra payer chaque emprunteur varie. Le mieux noté, un AAA, paiera un taux d’intérêt bas car le risque anticipé qu’il fasse défaut est faible : par exemple, il bénéficiera d’un taux de 2 % par an pendant la durée de son obligation. Par contre, un emprunteur à risque anticipé comme supérieur sera A ou BBB et paiera beaucoup plus cher sa dette (3 % ou 4 % par an sur la même durée). De la même manière que le guide Michelin fait et défait la réputation d’un restaurant, les agences de notation font et défont aujourd’hui la réputation d’un emprunteur, sauf qu’ici aucun investisseur ne va dans un restaurant sans avoir lu tous les guides...

 

Autre problème, déjà évoqué précédemment : les dettes se vendent et se revendent sans arrêt sur les marchés financiers, et ceux-ci sont extrêmement moutonniers. Dès qu’existent des rumeurs sur un emprunteur ou une dégradation de sa note par les agences, les réactions sont très violentes, comme on l’a vu pour la Grèce, mais aussi pour l’Italie et l’Espagne. Les ventes de dette sont alors massives et le taux d’intérêt demandé pour que ces États émettent de nouvelles dettes est prohibitif, enclenchant une spirale dangereuse de déficit budgétaire.

 

Les agences de notation sont à la fois un thermomètre et un oracle : les marchés financiers sont devenus fous, et la mesure de la température du malade ou le suivi des prédictions de l’oracle sont également devenus insensés.

 

Les banques d’affaires, les traders des salles de marché et autres acteurs de la partie toxique de la finance livrent un combat acharné contre toute limitation de leur "liberté " de spéculation. Ils pratiquent une corruption sophistiquée de la sphère politique.

 

Ne pensez-vous pas que la situation actuelle va bien au-delà de la seule dimension économique ?

 

 

Oui, bien sûr. Elle concerne la démocratie, car nous sommes dans une guerre peu visible par le grand public mais d’une très grande violence. Les banques d’affaires, les traders des salles de marché et autres acteurs de la partie toxique de la finance livrent un combat acharné contre toute limitation de leur pouvoir, de leur "liberté" de spéculation. Ils disposent pour cela de munitions importantes et de ressources colossales consacrées au lobbying(3). Ils pratiquent une corruption sophistiquée de la sphère politique : recruter d’anciens hauts fonctionnaires pour utiliser leur entregent sur les politiques et peupler les institutions d’anciens banquiers d’affaires, comme le nouveau président de la BCE, ex-dirigeant de Goldman Sachs(4). Les exemples en France sont également nombreux de cette porosité entre banques d’affaires et cabinets ministériels voire présidentiels. Il faut acter que nous sommes en guerre et réagir avec le même acharnement, la même volonté de vaincre.

 L’explosion des salaires dans la finance de marché a eu un ensemble de conséquences néfastes comme celle de mettre au centre de la motivation des individus la cupidité. Cela a contribué à dévaluer la fonction d’utilité sociale de beaucoup de métiers : enseignants, soignants, travailleurs sociaux...

 

Cette culture a également, sur cette période, transformé les motivations des individus. Dans les années 90 et 2000, une partie importante des jeunes diplômés des meilleures universités américaines ou de certaines grandes écoles françaises (Polytechnique, Centrale) sont partis dans les salles de marché pour inventer et vendre ces produits financiers nocifs. Les salaires offerts étaient là sans commune mesure avec ce que l’industrie ou la recherche pouvait leur proposer. L’explosion des salaires dans la finance de marché a eu un ensemble de conséquences néfastes comme celle de mettre au centre de la motivation des individus la cupidité. Gagner le plus d’argent le plus vite possible a contribué à dévaluer la fonction d’utilité sociale de beaucoup de métiers : enseignants, soignants, travailleurs sociaux... moins bien rémunérés qu’un jeune trader. Cette évolution a été le moteur de l’explosion des inégalités de rémunération depuis trente ans dans les entreprises(5).

 

Le niveau de rentabilité des opérations financières est devenu absurde : on ne peut longtemps rester aussi déconnecté de la capacité de l’économie réelle à créer de la richesse sans provoquer de crise ayant un impact majeur sur la société.

 

Enfin, la financiarisation a nui au bon fonctionnement de l’économie, en limitant les investissements dans l’économie "traditionnelle". Pourquoi aller investir du capital dans une PME qui va rapporter au mieux quelques pourcents par an, alors que l’on peut espérer gagner 15, 20 % voire davantage en allant spéculer sur les matières premières ? Le capital, les ressources financières sont attirés par tout ce qui peut permettre d’espérer une rentabilité élevée à court terme, et pas suffisamment par l’investissement productif à long terme dans les infrastructures, les capacités de production ou la recherche. Ce niveau de rentabilité des opérations financières est devenu absurde : on ne peut longtemps rester aussi déconnecté de la capacité de l’économie réelle à créer de la richesse, sans provoquer de crise ayant un impact majeur sur la société.

 

Qu’en est-il de la capacité du système capitaliste à s’adapter à la conjoncture et à se transformer pour continuer de régner ?

 

 

Je n’ai pas de réflexion théorique pertinente pour répondre à cette question à la fois philosophique et économique. Mais je peux simplement témoigner de l’extrême plasticité du capitalisme financier. C’est un système parfaitement darwinien qui réussit à s’adapter aux différents gouvernements et environnements dans lesquels il travaille : du Venezuela de Chavez à la Russie de Poutine, avec des gouvernements de gauche ou de droite, démocratiques ou non, et qui va absorber les évolutions de l’environnement pour les "digérer" à son profit. Et c’est un adversaire redoutable, car il dispose de fortes capacités de pression sur le politique. Il peut aujourd’hui faire chanter des États en manipulant leur dette sur les marchés.

 

La plupart des partis considèrent que la question de la dette doit être au cœur d’une politique économique. Qu’en pensez-vous ?

 

 

Je pense qu’il faut retenir deux angles simples : la question des recettes fiscales et celle du contrôle et de la nature du crédit. La fiscalité d’abord : nous souffrons d’une insuffisance globale de recettes fiscales : la doctrine néo-libérale de baisse de l’impôt, qui devait permettre d’investir et consommer davantage, créant ainsi de la richesse qui aurait été redistribuée pour le grand bien de tous, a échoué. Une grande partie du capital se détourne de l’économie traditionnelle pour aller vers la spéculation. Les ménages ont peur du chômage ou pour leur retraite future et épargnent donc davantage plutôt que de consommer. La croissance économique est ainsi très faible. Les inégalités de revenus et de partage de la richesse ont explosé, car une très petite frange de la population a capté l’essentiel de la richesse produite. Il faut donc une révolution fiscale.

 

Ensuite le contrôle du crédit : chaque bulle sur les marchés est alimentée par une absence d’encadrement du crédit comme le montre l’histoire des subprimes ou les crédits importants accordés par les banques aux hedges funds(6), qui ne sont que des clubs de joueurs de casino. Les gouvernements peuvent tout à fait décider de contrôler que le crédit n’est pas destiné à alimenter l’incendie spéculatif. Les banques sont contrôlées par des autorités de régulation et par les banques centrales dans chaque pays. C’est essentiellement une question de volonté politique.

 

Le gouvernement s’est fixé comme objectif « à tout prix » (François Fillon) de maintenir la note AAA de la France. Qu’en pensez-vous ?

 

Cette nouvelle "ligne Maginot" sera probablement rapidement enfoncée, et il sera amusant de voir alors les justifications du gouvernement pour expliquer que ce n’était pas si important que cela, et que les États-Unis ont également récemment perdu leur notation AAA. Cette perte attendue du AAA français sera sans aucun doute utilisée pour justifier une nouvelle réduction des dépenses publiques, alors que la crise actuelle demande des mesures "contra-cycliques" : continuer à investir et soutenir la consommation et l’activité économique en luttant contre le chômage. Pour cela, il ne faut pas être paralysé par le dogme libéral.

 

Beaucoup de citoyens ont le sentiment qu’il est impossible d’avoir prise sur la situation, et en même temps le système bancaire semble être à un carrefour. Est-il envisageable de le transformer, et comment, pour répondre aux besoins de la société ?

 

Pour donner de l’espoir aux citoyens, éviter la désespérance créée par un sentiment d’incompréhension et d’impuissance devant des forces qui les dépassent, je prendrais l’image de la tenaille. Une mâchoire est l’action politique pour contrôler efficacement les marchés financiers et en supprimer les éléments toxiques(7). Et une autre mâchoire est constituée par l’action citoyenne : aller dans une banque de dépôts mutualiste ou coopérative en dehors de la Bourse, interroger sa banque, comme le font certaines ONG(8), sur ses pratiques en matière d’opérations spéculatives, de financement éventuel des hedge funds, d’opérations dans les paradis fiscaux... Je suis convaincu qu’en usant d’un peu de pédagogie les citoyens seraient tout à fait à même de comprendre les grands ressorts de cette finance de casino et de refuser d’y participer en choisissant leur banque ou en lui demandant des comptes.

 

Certains proposent de séparer les banques d’affaires des banques de dépôts, en laissant les premières continuer leur business et leurs activités. Et se mettent à rêver d’un retour au capitalisme de "bon papa"». Qu’en pensez-vous ?

 

 

C’est une piste très intéressante mais qui suppose plusieurs actions complémentaires radicales. D’abord, il faut définir clairement le périmètre "socialement utile" des activités bancaires. Ensuite, il faut supprimer le risque "systémique. Ce risque existe lorsqu’une banque d’affaire est devenue trop grosse pour que l’Etat la laisse faire faillite, car alors ses créanciers risqueraient eux-mêmes d’être en très grande difficulté. C’est ce qui s’est passé pour la banque Dexia que l’État a sauvée. Prévenir ce risque nécessite d’interdire aux banques la spéculation pour leur propre compte dans leurs salles de marché et le crédit aux hedges funds. On ne pourra pas laisser les banques d’affaires séparées continuer leur activité toxique. Il faut étouffer progressivement cette culture de casino, en édictant des règles de limitation de leur endettement et en leur imposant un niveau très élevé de fonds propres pour limiter leur rentabilité.

 

Que pensez-vous de la nationalisation ou de la socialisation de tout ou partie du secteur bancaire ?

 

 

Nationalisation, est-ce une bonne idée ? Sauf à exproprier leurs actionnaires, c'est-à-dire supprimer de manière révolutionnaire le capitalisme en France, sortir de l’Union européenne et vivre en autarcie économique et financière, je ne vois pas comment les banques pourraient être nationalisées en France sans racheter leurs actions sur le marché ou indemniser leurs actionnaires, comme les nationalisations de 1981. Or, ce serait une dépense colossale et stérile…

 

Pourtant en Angleterre, en Islande et aux États-Unis, l’idée d’une "nationalisation" des banques n’est pas taboue et on nationalise de fait. Ce n’est donc pas impossible…

 

Certes, mais cela n’a été qu’une prise de contrôle temporaire par l’État de la majorité du capital de certaines banques pour éviter leur faillite, avec la volonté affichée dès le départ de revendre ces participations dès un retour à meilleure fortune. A contrario en France, sous la pression du lobby bancaire, le gouvernement a préféré en 2008 donner des garanties et monter un fonds pour prêter aux banques en difficulté plutôt que d’en prendre le contrôle.

 

Par contre, je suis résolument favorable à une socialisation à travers des banques coopératives et mutualistes sorties de la Bourse. Les grands groupes historiques mutualistes de dépôts que sont les Banques populaires, les Caisses d’Épargne, les Caisses de Crédit Agricole ou Mutuel ont connu depuis une quinzaine d’années une évolution néfaste vers cette finance de marché. Elles ont introduit en Bourse une partie de leur activité et surtout elles ont créé ou racheté des banques d’affaires : Calyon (l’ancienne banque d’affaires du Crédit Lyonnais) pour le Crédit Agricole, Natixis pour le Groupe Banques Populaires / Caisses d’Épargne, qui a d’ailleurs failli disparaître dans la crise de 2008 pour avoir joué avec les subprimes et autres produits toxiques.

 

Dès qu’une banque est cotée en Bourse, dans le contexte actuel du capitalisme financier, elle est soumise à une exigence de rentabilité très élevée. Cette exigence la pousse inéluctablement vers la multiplication des opérations de marché voire la finance de casino, vers la hausse des commissions et des taux de crédit pour ses clients particuliers ou PME. Sans compter la pression commerciale et de productivité extrême sur le personnel : vendre le plus de "produits" possibles(9). Pour resocialiser cette partie majoritaire de la banque de dépôts en France – plus de la moitié de la population –, il faut sortir ces réseaux de la Bourse où elles n’ont rien à faire, et remettre leurs clients (qui sont aussi sociétaires ou coopérateurs) au cœur d’un processus citoyen de contrôle des activités de ces banques.

 

Votre métier de financier a une image négative auprès de la population. Est-elle justifiée ?

 

 

Je ne dois pas encore raser les murs ou biaiser quand on m’interroge sur mon travail ! Aujourd’hui, ce sont surtout les banques, les traders, les hedge funds qui sont très critiqués par les citoyens. Cependant, il ne faut pas oublier qu’au sein du monde économique, les très grandes entreprises participent aussi à ce système néfaste. Elles utilisent des produits financiers bien au-delà des besoins légitimes liés à leur activité. Elles placent leur trésorerie dans des produits financiers sophistiqués pour essayer d’améliorer son rendement. Elles font de "l’optimisation fiscale" à outrance pour réduire au maximum le montant de leurs impôts. A l’inverse, une pratique citoyenne de la finance en entreprise doit pouvoir s’imposer.

 

Quels seraient donc le profil et les métiers d’un financier de nouvelle génération dans une société post-capitaliste ? 

 

Tout simplement celui d’une personne revenue aux fondamentaux de la finance et exerçant son métier dans un but d’utilité sociale, mais avec les outils de sa génération. Quel que soit le type de société, les États, les entreprises, les collectivités locales, les associations, auront besoin des métiers financiers pour gérer leurs recettes et dépenses, élaborer les budgets, prévoir et limiter les risques pour l’avenir. Mais dans les banques comme dans les autres acteurs des marchés financiers, il faut délégitimer et "socialement criminaliser" toute cette excroissance inutile et toxique qu’est la finance de casino.

 

(1) Pour des raisons de confidentialité, le nom et le prénom ont été changés. Hermès, une des divinités de l’Olympe, est considéré comme le dieu du commerce, des voleurs et de la chance.

 

(2) Comme les banques le font en direct pour les particuliers et les PME.

 

(3) Un seul exemple : aux États-Unis, le coût des campagnes électorales donne le vertige (plus d’un milliard de dollars dépensés par Barack Obama et John Mc Cain pour la campagne présidentielle de 2008 !). Wall Street, c'est-à-dire le monde de la finance, a été l’un des principaux contributeurs.

 

(4) Je conseille sur ce sujet la lecture du livre du journaliste Marc Roche : La Banque, Comment Goldman Sachs dirige le monde, Albin Michel, 2010.

 

(5) Une enquête récemment publiée en Grande Bretagne montre qu’entre 1980 et aujourd’hui, le multiple entre le salaire du PDG du pétrolier BP et le salaire moyen dans son groupe est passé de 16 à 63 fois, et pour celui du PDG de la banque Barclays de 15 à 75 fois. Lire : highpaycommission.co.uk/.

 

(6) Pour multiplier leur potentiel de gain, les hedge funds utilisent ce que l’on appelle « l’effet de levier » : emprunter à des banques plusieurs fois le montant de leurs fonds disponibles, afin de pouvoir spéculer sur des montants très importants. Lorsque le hedge fund fait faillite, cela peut créer des pertes très lourdes dans les banques qui lui ont prêté.

 

(7) Un bon résumé par Dominique Plihon, professeur à l’université Paris Nord dans Alternatives Economiques(déc. 2010) : « La solution est de considérer tout marché comme une institution sociale dont le fonctionnement doit être étroitement contrôlé par la collectivité. S’agissant des marchés financiers, il faut fixer des règles pour "désarmer’"leur capacité spéculative, et mettre la finance au service de la société. Ce qui implique de supprimer les marchés pour lesquels ces objectifs ne peuvent être atteints ; il est ainsi nécessaire de fermer tous les marchés de gré à gré qui ne sont pas régulés, et de ne maintenir que les "marchés organisés" susceptibles d’être contrôlés. Il faut également refuser l’ouverture de marchés tels que ceux de la "finance carbone", supposés favoriser la réduction des émissions de CO2, mais qui aboutissent à la marchandisation de l’environnement, bien commun de l’humanité. »

 

(8) Par exemple ATTAC, le CCFD, les Amis de la Terre… lire notamment le rapport des Amis de la Terre : Les banques sous pression citoyenne, accessible ici :

 

(9) Que ce soit dans une Caisse d’Épargne ou de Crédit Agricole aujourd’hui, les méthodes de vente et l’agressivité commerciale sont les mêmes qu’à la BNP ou à la Société Générale.

 

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19 décembre 2011 1 19 /12 /décembre /2011 06:53

http://boulesteix.blog.lemonde.fr/files/2008/11/sdf2.1227733406.jpgPendant que l’homme du Fouquet’s et ses gens organisent la misère au profit de la finance, des gens formidables comme Julien Lauprêtre (link) et tous ceux qui militent avec lui au Secours populaire (link) s’efforcent de panser quelques plaies.

 

Le dernier numéro de Convergence, l’organe du Secours populaire, évoque l’existence à La Rochelle de l’Escale, un établissement visant à accueillir dans la dignité les personnes âgées dépendantes, en grande pauvreté.

 

Les maisons de retraite ne s’empressent pas d’accepter des personnes souvent atteintes de troubles du comportement et qui ont vieilli avant l’heure. Ces pauvres qui ont longtemps évolué en marge de la société éprouvent de réelles difficultés à investir les lieux. « Ayant toujours affirmé leur liberté », estime une infirmière, « ils admettent mal leur dépendance. Ils revendiquent leur marginalité, mais ont aussi sans cesse besoin de notre aide. »

 

Ils ont réduit leur consommation d’alcool. Des diabétiques se passent désormais d’insuline. Ils craignent moins de mourir un jour seuls dans la rue.

 

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