Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
4 décembre 2011 7 04 /12 /décembre /2011 07:04

Le beau nom de démocratie est un « mot poubelle ». Il a autant de sens différents que ceux qui l’expriment. Etymologiquement, la démocratie est le « pouvoir du peuple », par opposition à « aristocratie », le « pouvoir d’un petit nombre », souvent héréditaire, ou par opposition à tout ce que l’on met devant le suffixe « cratie ». Il a des sens dérivés puisque l’on peut avoir, par exemple, des attitudes démocratiques ou antidémocratiques. On est toujours le démocrate de quelqu’un, ou l’antidémocrate… 

 

Aussi, affirmer d’emblée que la démocratie est en danger signifie l’installation progressive d’un pouvoir oligarchique et plus ou moins occulte, au détriment du partage entre pouvoirs politiques et contre-pouvoirs. Cela signifie aussi la fin du débat au profit de « la pensée unique ». Autrement dit, on enferme la pensée politique dans le carcan d’un seul système qui ne souffre aucune critique. Cela signifie surtout l’absence des peuples ou plus exactement leur exclusion du débat et du processus de décision.

 

Un nouvel absolutisme s’installe. Il a un nom : « gouvernance ». Isabelle Stengers définit ainsi la gouvernance : « … elle traduit bien la destruction de ce qui impliquerait une responsabilité collective quant à l’avenir, c’est-à-dire la politique. Avec la gouvernance, il ne s’agit plus de politique, mais de gestion et d’abord de gestion d’une population qui ne doit pas se mêler de ce qui la regarde. » Ajoutons que la « gouvernance » concernait initialement la direction des entreprises qui, par définition, n’est pas démocratique, mais dictée par les seuls intérêts de ses propriétaires. Si on reprend la définition de Stengers, le peuple est exclu de la gouvernance bien qu’il soit concerné au premier chef.

 

Ce nouvel absolutisme est né d’un long processus de développement du capitalisme total décrit par deux auteurs, la première hostile, Naomi Klein, le second partisan, Jacques Attali.

 

 Naomi_Klein-copie-1.jpg   jacques_attali02.jpg

Naomi Klein et Jacques Attali : deux visions antagonistes du monde

 

Naomi Klein, journaliste et militante canadienne, décrit dans un livre passionnant et très documenté, « La stratégie du choc » (Actes Sud, 2008) ce qu’elle appelle « la montée d’un capitalisme du désastre ». Il s’agit d’un livre de référence qui retrace sur la base de données historiques et de témoignages l’installation progressive du capitalisme absolu et mondial à la place de l’Etat-nation moderne et prétendument  démocratique.

 

L’Etat, sous toutes ses formes, est l’ennemi à abattre. Il ne peut en aucun cas intervenir dans les activités des individus, de la naissance à la mort. On veut bien lui concéder un rôle protecteur, et encore. Naomi Klein cite Milton Friedman (1912 - 2006), le gourou de l’ultralibéralisme et père de la fameuse école de Chicago : « l’Etat a pour unique fonction de protéger nos libertés contre ses ennemis extérieurs et contre nos concitoyens eux-mêmes : il fait régner la loi et l’ordre, il fait respecter les contrats privés, il favorise la concurrence. »

 

 

 

 milton-friedman-bush.jpg

Milton Friedman est content de son disciple Georges W Bush

 

Deux commentaires : premièrement, dans l’Etat de Friedman, le concitoyen peut être l’ennemi au même titre qu’un éventuel agresseur. Cela vise en plus des délinquants, les « concitoyens » qui auraient la mauvaise idée de remettre le système en cause. En second lieu, l’Etat « friedmanien » protège la concurrence. Autrement dit, il accepte l’interventionnisme étatique pour peu qu’il soit la police des grandes entreprises privées. Par contre, toute autre intervention étatique consisterait en une intolérable ingérence au sein des marchés.

 

Si on lit le livre de Naomi Klein, l’Etat « friedmanien » s’est retrouvé dans les pires dictatures de l’après-guerre : dans le Chili de Pinochet et dans la Chine communiste dès la prise de pouvoir de Deng Xiao Ping. Les stades sanglants de Santiago de Chile en 1973 et la répression des chars chinois à la Place Tien an Men en 1989 sont deux faces de l’Etat « friedmanien ». Le capitalisme absolu ne peut se développer que dans un  pouvoir absolu.

 

Jacques Attali décrit dans « Une brève histoire de l’avenir » (Fayard 2006) le processus qui mène au capitalisme absolu qu’il appelle de ses vœux. Il s’agit d’une utopie qu’il voit se réaliser progressivement. « Le marché sera devenu assez puissant et le coût de l’échange des données assez faible pour que les membres de la classe créative n’aient plus besoin de vivre au même endroit pour diriger le monde ; l’industrie nouvelle s’installera en mille sites à la fois ; la forme marchande fonctionnera sans « cœur ». »

 

Donc, le marché absolu s’installera partout et il n’y aura plus de centre de décision. Tous les mécanismes de protection sociale seront éradiqués au profit du « coût assez faible » de l’échange des données. Ce n’est pas un rêve. Si on observe le monde, c’est une réalité qui s’installe. Les dirigeants réels « la classe créative » comme l’appelle Attali auront trouvé la forteresse la plus imprenable : elle se situe partout et nulle part.

 

C’est en cela que les luttes classiques sont devenues inefficaces. Auparavant, l’ennemi de classe était bien identifié et se trouvait en un lieu bien connu. Aussi, était-il relativement aisé à combattre si le rapport de force était favorable. Aujourd’hui, non seulement, on ignore qui est l’ennemi de classe, mais on ne sait pas où il se trouve.

 

Attali poursuit en reprenant l’idée de la fin de l’histoire de Fukuyama : « l’Histoire ne racontera plus que la généralisation du marché puis de la démocratie, à l’intérieur de chaque pays. » Remarquons la chronologie : le marché d’abord, la démocratie ensuite. Donc, le marché générera la démocratie.

 

Mais quelle démocratie ? Attali prévoit sa disparition. Il pense que ce qu’il appelle la « neuvième forme du capitalisme », à savoir le capitalisme actuel de haute technologie, finira par s’effacer dans vingt ou trente ans pour « laisser la place à un monde sans maître coordonné par quelques puissances relatives. » L’auteur prévoit beaucoup, mais nul n’est assuré que cela se réalisera. Ainsi, il n’a pas prévu la crise bancaire suivie de celle de la dette. Or, beaucoup d’économistes avaient déjà tiré la sonnette d’alarme. Cependant, Attali publie les programmes élaborés par les think-tanks ultralibéraux dont il est un des principaux animateurs. C’est donc la construction d’un nouvel ordre, celui du capitalisme absolu, sur les ruines de l’ordre actuel en pleine déliquescence.

 

Enfin, pour l’ancien conseiller « spécial » de François Mitterrand, cela va s’achever par ce qu’il appelle « l’hyper-empire ». Cela signifie que les forces du marché prennent la planète en main, la privatisation générale de tous les services publics et de l’Etat providence, l’Etat ne conservant que ses fonctions régaliennes : armée, justice, police. Et tout cela est transformé : les lois sont remplacées par des contrats, la justice par des arbitrages, l’armée et la police par des mercenaires. L’Etat est donc devenu une coquille vide et les forces du marché peuvent ainsi agir en toute liberté. L’individualisme remplace la solidarité. L’homme est aussi « marchandisé », soit comme acteur du marché – consommateur/producteur –, soit comme objet du marché. Les pauvres, par exemple, constituent un marché parmi d’autres. Les pouvoirs sont remplacés par des assurances et des organismes de contrôle développés à l’extrême. Enfin, une classe minoritaire et très riche règne sur une masse considérable précarisée.

 

En résumé, c’est l’épouvante !

 

Utopie ? Non. Les privatisations se généralisent et sont même rendues obligatoires par la Commission européenne. L’Etat providence est attaqué de front et s’effrite. Toutes les mesures d’austérité visent avant tout à étouffer la sécurité sociale et le droit du travail. L’armée, dans les nouveaux théâtres d’opération – le Moyen Orient pétrolier et gazier – est « aidée » par des compagnies de mercenaires comme la fameuse Blackwater. La police est de plus en plus remplacée par des compagnies de sécurité, véritables milices privées auxquelles on donne même des pouvoirs de police judiciaire. De nombreux juristes militent pour introduire une justice contractuelle. Les assurances prennent de plus en plus de place dans le budget des ménages. Les contrôles privés se répandent comme une traînée de poudre. La « vie privée » est devenue un concept creux.

 

Si le risque d’un « hyper-empire » est réel, il ne s’établira sans doute pas de la manière prévue par Attali. Si on analyse le processus qui a mené à la crise de la dette souveraine, le cheminement n’est pas le même, mais il risque d’aboutir au résultat escompté.

 

Après avoir créé un marché unique dérégulé, on a créé – et c’était logique – une monnaie unique aux caractéristiques particulières. Elle échappe à tout contrôle politique, car les Etats membres ne peuvent plus « battre » monnaie – c’était aussi logique – et ne peuvent plus fixer la politique monétaire Elle est la seule prérogative de la Banque centrale européenne qui est totalement indépendante. Cette même banque ne peut non plus émettre des obligations qui aideraient des Etats en difficulté : l’Euro est entièrement entre les mains des marchés.

 

 

 

 banque_centrale_europeenne.jpg

La Banque centrale européenne à Francfort : un redoutable instrument des marchés

 

Qu’on ait unifié la monnaie dans le cadre européen, c’était indispensable, mais il est inacceptable que les politiques ne puissent plus fixer une politique monétaire. Elle est figée une fois pour toutes par le Traité.

 

Se pose aussi la question de la souveraineté qui est le principal droit démocratique. Ce ne sont plus les gouvernements des Etats nations qui ont le contrôle, cela se passe à un niveau supranational mal défini. L’Etat nation est dépassé, l’Union européenne constituait une opportunité de le transcender en établissant une démocratie au-dessus des nations. C’est loin d’être le cas. C’est une technocratie au service des marchés qui disposent de pouvoirs très larges.

 

« Monsieur le Président, je ne comprends pas pourquoi vous passez votre temps à vous ôter des pouvoirs ! ». Ainsi fut interpellé Philippe Busquin, alors président du Parti socialiste francophone belge (de 1992 à 1999), par un militant wallon. En effet, le futur commissaire européen évoquait les privatisations des entreprises publiques qui avaient été rendues possibles par une loi de 1991. Ce militant a mis le doigt sur l’essentiel : les hommes et les femmes politiques se sont dépouillés de leurs pouvoirs au profit des technocrates et des financiers. Les événements que nous vivons sont le signal de la fin du politique.

 

 philippe_busquin.jpg

Philippe Busquin, ancien président du PS : pourquoi s'être ôté des pouvoirs ?

 

Le processus de décision est devenu l’enjeu entre deux secteurs forcément antagonistes : le politique en  déclin et la finance en crise.

 

Patrick Viveret, philosophe français et ancien conseiller à la Cour des comptes française met en évidence les contradictions entre la logique financière et les valeurs démocratiques. (Mediapart, 14 novembre 2011)

 

 

 Patrick_Viveret.jpg

Patrick Viveret : un philosophe qui ne vit pas dans sa tour d'ivoire !

 

Selon lui, l’Europe s’est bâtie initialement sur deux valeurs cardinales : la démocratie et la paix. Toutes deux sont menacées.

 

 

La démocratie fonctionne, en premier lieu, selon un temps qui n’est pas assez rapide pour la finance qui, elle, marche à la seconde. En effet, ce sont des robots, à travers le trading algorithmique – ou programmé par ordinateur – qui déterminent les valeurs. Comme dit Viveret : rassurer les marchés reviendrait à rassurer les robots ! Or, coordonner le rythme démocratique et celui des finances est impossible. Aussi, forcément, l’un domine l’autre.

 

 

C’est ce qu’il s’est passé en Belgique : la formation du gouvernement était bloquée par une profonde divergence de vue entre libéraux et socialistes. La spéculation se déclenche sur les taux d’intérêt belges et, comme par hasard, l’agence de notation Standard & Poors dégrade la cote de la Belgique. La nuit suivante, un accord est signé… après 521 jours de négociations. Il est clair qu’après le Grèce et l’Italie, la Belgique est aussi gouvernée par « les marchés ».

 

 

Viveret met en évidence, en second lieu, la menace qui pèse sur l’autre pilier de la démocratie qui est la pluralité des opinions et des orientations. Les marchés ne peuvent supporter ce qui constitue une entrave à leur domination. Ils exigent partout des gouvernements d’union nationale – c’est le cas en Belgique, par une tripartite traditionnelle ([1]) – et que l’on « bloque » la décision politique par l’adoption de la fameuse « règle d’or » qui interdit constitutionnellement tout déficit budgétaire.

 

 

Viveret ajoute : «  Si on laisse cette logique s’imposer, on en arrive donc à ce qu’a décrit le prix Nobel hétérodoxe Paul Krugman. Pour lui, nos programmes d’austérité sont l’équivalent des sacrifices humains chez les Mayas. Il faut analyser la crise actuelle à travers les catégories d’une crise de foi, donc d’une crise religieuse, pas seulement d’une crise de confiance. Nous sommes dominés par un socle de croyances et de crédulités conduisant à penser que, face à ces nouveaux dieux courroucés que sont les marchés financiers, nous n’avons d’autres choix que les rassurer avec des sacrifices ! Et des sacrifices humains. Chaque annonce d’un plan d’austérité implique plus de chômage, moins d’infirmières, moins d’éducation…

 

C’est pourtant une destruction de richesse réelle et humaine aussi absurde que les sacrifices mayas, qui ne parvenaient pas à arrêter les éclipses de soleil et n’ont pas empêché la civilisation maya de s’effondrer. On voit bien que c’est inefficace, mais on nous explique que c’est lié au fait qu’on n’a pas été assez loin dans le sacrifice ! Or, cette logique sacrificielle, si on la laisse aller jusqu’au bout, met en cause non seulement la démocratie, mais, ensuite, la paix elle-même. »

 

Nous passerons l’aspect guerre. Depuis la guerre du Golfe, nous nous trouvons dans des conflits interminables dans le Moyen Orient pétrolier et gazier qui sont elles aussi commandées par les marchés.

 

Les menaces sur la démocratie sont aussi un danger mortel pour la civilisation. Les relations humaines qui ont été construites durant des siècles dans l’alliance de la solidarité et de la liberté risquent la destruction.

 

Le monde que nous préparent les marchés sera un monde d’individus laissés à eux-mêmes où la loi du plus fort l’emportera. Jamais l’humanité n’aura connu pareille récession au profit éphémère de quelques-uns.

 

Pierre Verhas

 

http://uranopole.over-blog.com/

 

Partager cet article
Repost0
3 décembre 2011 6 03 /12 /décembre /2011 12:58

      Lorsqu'ils évoquent les évadés fiscaux, les médias mettent en avant les stars du style Halliday, Delon ou Tsonga. Des gagne-petit comparés aux vraiment riches qui ont la bonne habitude de les arroser de publicités.

 

Partager cet article
Repost0
3 décembre 2011 6 03 /12 /décembre /2011 07:34

 

http://www.93.pcf.fr/local/cache-vignettes/L300xH400/arton1155-47607.jpgUne analyse indispensable d'Ignacio Ramonet sur les changements politiques récents au sein de l'Union européenne (pour Mémoires des Luttes).

 

Qu’appelons-nous "les marchés" ? Un ensemble de banques d’investissement, de compagnies d’assurances, de fonds de pension et de fonds spéculatifs qui achètent et vendent essentiellement quatre sortes d’actifs : devises, actions, obligations d’État et produits dérivés.

Pour avoir une idée de leur colossale force, il suffit de comparer deux chiffres : chaque année, l’économie réelle crée, dans le monde, une richesse (PIB) estimée à 45 mille milliards d’euros. Tandis que, dans le même temps, à l’échelle planétaire, dans la sphère financière, les "marchés" mobilisent un volume de capitaux estimé à quelque 3,5 millions de milliards d’euros... C’est-à-dire 75 fois ce que produit l’économie réelle.

Conséquence : aucune économie nationale, aussi puissante soit-elle (l’Italie est la huitième économie mondiale), ne peut résister aux attaques des marchés quand ceux-ci décident de s’en prendre à elle de façon coordonnée comme ils le font depuis plus d’un an contre les Etats européens qualifiés de façon insultante de PIIGS (porcs, en anglais) : Portugal, Irlande, Italie, Grèce, Espagne.

Le pire c’est que, contrairement à ce qu’on pourrait penser, ces "marchés" ne sont pas uniquement des forces exotiques venues d’horizons lointains agresser nos gentilles économies nationales. Non. En majorité, ces "attaquants" ce sont les propres banques européennes (celles-là même qui furent sauvées en 2008 avec l’argent des contribuables). En d’autres termes, ce ne sont pas des fonds américains, chinois, japonais ou arabes qui attaquent massivement certains pays de la zone euro. Il s’agit, pour l’essentiel, d’une agression venue de l’intérieur. Dirigée par les propres banques européennes, les compagnies d’assurance européennes ou les fonds européens de pensions qui gèrent l’épargne des Européens. Ce sont eux qui possèdent l’essentiel de la dette souveraine européenne [1]. Au nom de la défense - théorique - des intérêts de leurs clients, ces acteurs financiers spéculent et font augmenter les taux que doivent payer les Etats pour s’endetter. À tel point, qu’ils ont conduit plusieurs pays (Irlande, Grèce, Portugal) au bord de la faillite. Avec les conséquences que cela représente pour les citoyens obligés de supporter des mesures d’austérité décidées par des gouvernements qui croient ainsi pouvoir apaiser les "marchés" vautours, c’est-à-dire leurs propres banques...

Ces établissements peuvent, par ailleurs, s’endetter auprès de la banque centrale européenne (BCE) à un taux de 1,25%, et prêter ensuite à des États comme, par exemple, l’Italie ou l’Espagne, à des taux dépassant parfois les 7%... D’où l’importance scandaleuse des trois grandes agences de qualification (Fitch Ratings, Moody’s et Standard & Poor’s) car de la note de confiance qu’elles attribuent à un pays dépend le taux d’intérêt que celui-ci paiera pour obtenir un crédit auprès des marchés. Plus la note est faible, plus élevé sera le taux à payer.

Ces agences (des entreprises privées dont les actionnaires sont souvent leurs propres clients) se sont pas mal trompées, notamment à propos des subprimes, ces fameux crédits immobiliers à l’origine de la crise financière globale actuelle. Elles continuent cependant à jouer un rôle exécrable et pervers. Parce que les plans d’austérité, là où ils sont appliqués en Europe, se traduisent par un appauvrissement général, ce qui fait chuter l’activité économique et réduit les perspectives de croissance. En base de quoi, les agences de qualification revoient à la baisse la note du pays. Conséquence : l’État en question doit consacrer plus d’efforts financiers au paiement de sa dette. Et il ne pourra le faire qu’en réduisant de nouveau son budget et ses dépenses. Ce qui réduira davantage l’activité économique ainsi que la croissance. Et alors, de nouveau, les agences baisseront la note...

Cet infernal cycle d’économie de guerre, explique pourquoi la situation de la Grèce s’est dégradée si drastiquement à mesure que son gouvernement multipliait les coupes budgétaires et imposait des cures d’austérité de plus en plus brutales.

C’est ainsi que les marchés ont finalement obtenu ce qu’ils voulaient : que leurs propres représentants accèdent directement au pouvoir sans avoir à se soumettre à des élections. Aussi bien Lucas Papademos, premier ministre de Grèce, que Mario Monti, président du Conseil d’Italie, sont des banquiers. Tous deux, d’une manière ou d’une autre, ont travaillé pour la banque américaine Goldman Sachs, spécialisée dans le placement de cadres issus de ses rangs aux principaux postes de pouvoir politique. Tous deux sont également membres de l’influente Commission Trilatérale.

Ces technocrates ont pour mission d’imposer, quel qu’en soit le coût social, dans le cadre d’une "démocratie limitée", les mesures (privatisations, ajustements, sacrifices) que réclament les marchés. Et que certains dirigeants politiques n’ont pas osé mettre en place par crainte de voir leur popularité s’effondrer.

L’Union européenne est le dernier territoire au monde où la brutalité du capitalisme est pondérée par des politiques publiques de protection sociale. Ce que nous appelons l’État-providence. Les marchés ne le tolèrent plus et ils veulent le démolir. En une véritable entreprise de "décivilisation". Telle est la mission stratégique des technocrates qui accèdent au pouvoir à l’occasion de ces coups d’Etat financiers.

Il est peu probable que les technocrates de cette ère post-politique parviennent à tirer l’Europe de la dramatique situation où elle se trouve. Si la solution était technique, il y a longtemps que la crise serait finie. Que se passera-t-il quand les citoyens constateront que leurs sacrifices sont vains et que la récession se prolonge ? Quel niveau de violence atteindra leur protestation ? Comment l’ordre sera-t-il maintenu dans l’économie, dans les esprits et dans les rues ? Verra-t-on surgir une triple alliance du pouvoir économique, du pouvoir médiatique et du pouvoir militaire ? Les démocraties européennes se transformeront-elles en "démocraties autoritaires" ?

NOTES

[1] En Espagne, par exemple, 45% de la dette est détenue par les établissements financiers espagnols, et les deux tiers des 55% restant appartiennent à des banques européennes. Ce qui signifie que 77% de l’ensemble de la dette espagnole est aux mains de d’Européens et qu’à peine 23% est détenue par des établissements financiers étrangers.

Partager cet article
Repost0
2 décembre 2011 5 02 /12 /décembre /2011 11:24

 

L'affiche du Front National “ Choisis ta France ” (link) a été parodiée à qui mieux mieux.

 

 

 


Partager cet article
Repost0
30 novembre 2011 3 30 /11 /novembre /2011 15:50

 

 


  •  

     

 


Partager cet article
Repost0
29 novembre 2011 2 29 /11 /novembre /2011 06:40

Il se trouve que je connais un peu la personne dont il s'agit. Je plains ce cher Bernard. Je connais le coin. Si Bernard n'a pas voiture, aller chercher son courrier implique de marcher le long d'une route passante, très dangereuse pour les piétons. Quant au voisin très mauvais coucheur, je puis dire qu'il a la place d'accueillir une boîte aux lettres. Mais ce propriétaire n'est pas responsable du recul du service public dans La Poste depuis trente ans.

 

Montestruc-sur-Gers. 4 km tous les jours pour aller chercher son courrier
Bernard Cautenet venant retirer son courrier à la Poste de Montestruc./Photo DDM, JPDG.
Bernard Cautenet venant retirer son courrier à la Poste de Montestruc./Photo DDM, JPDG.
Bernard Cautenet venant retirer son courrier à la Poste de Montestruc./Photo DDM, JPDG.

« La vie, la Poste, tout ça c'était mieux avant », assure Bernard Cautenet. Né il y a soixante-quatre ans dans sa maison de Bellevue, sur la commune de Montestruc-sur-Gers, il réside toujours dans cette grande et ancienne demeure, sise tout en haut d'une allée de 200 m débouchant sur la RN 21. Durant des lustres, que ce soit à pied, à cheval, à vélo, à cyclomoteur puis en voiture, les facteurs ont remonté cette allée pour lui laisser son courrier.

Aujourd'hui, c'est fini, regrette Bernard Cautenet. La réglementation de la Poste stipule que « la boîte aux lettres doit être implantée à l'extrémité du chemin menant à la voie ouverte à la circulation publique ». Or, malheureusement pour lui, Bernard Cautenet n'a pas la propriété de cet emplacement, et le propriétaire s'oppose à l'implantation de toute boîte aux lettres.

De ce fait, Bernard Cautenet se voit contraint de faire plus de 4 km pour retirer son courrier à la Poste de Montestruc.

Si le maire de la commune a fait son possible pour trouver une solution à ce problème, de nombreuses instances, dont le médiateur de la République, ont été saisies de l'affaire.

Pour le représentant de la Poste consulté, « l'usager n'est pas raccordé au réseau postal, dont la réglementation exige la mise en place d'une boîte aux lettres en bout d'allée, ce qui contraint le facteur à remettre le courrier à la Poste de Montestruc. »

 

(Article de La Dépêche du Midi)

Partager cet article
Repost0
28 novembre 2011 1 28 /11 /novembre /2011 15:54

 

http://www.philolog.fr/documents/cine503-300x234.jpgLe Grand Soir vient de publier cette réflexion très intéressante de Patrick Mignard sur le travail, les chômeurs les "assistés", les allocataires.


Faire travailler les chômeurs et /ou celles et ceux qui, sans emplois, bénéficient d’aides est devenu la véritable obsession des gouvernants.

La mesure – qui vient d’être prise par le « Président des Riches » en imposant un travail aux allocataires du RSA – apparaît à la fois comme logique et scandaleuse et, de la même manière, les défenseurs d’une telle mesure hésitaient à l’appliquer par crainte de désapprobation, les adversaires peinant à en démonter le mécanisme.

Pour y voir clair dans cette affaire, revenons à quelques fondamentaux du système marchand.

TRAVAIL ET SALARIAT

Deux concepts sont fondamentaux :

 le travail ;

 la force de travail.

Le travail est l’acte par lequel il y a création de la valeur, de la richesse.

Son statut, eu égard à l’individu qui l’accomplit, est déterminé par les relations sociales qui constituent le système de production à un moment donné. Par exemple, le statut social du travail dans le système esclavagiste est différent du statut social du travail dans le système du salariat (capitalisme).

L’évolution de ces différents statuts constitue l’essentiel de ce que l’on appelle, l’Histoire ;

Dans le cas du salariat, le travail est l’acte par lequel il y a la création de la richesse dans des conditions sociales qui sont spécifiquement les siennes. La mise au travail de l’activité humaine crée de la richesse, mais l’on sait que cette richesse créée n’appartient pas à celui, le salarié, qui la crée. D’où l’origine du profit qui est en gros la différence entre la valeur réellement produite et la part (salaire) accordée au salarié.

D’où une 1er remarque essentielle : le salaire n’est pas l’intégralité de la valeur produite par l’activité du salarié. Le salaire n’est que la part de valeur créée, accordée par l’employeur afin que le salarié puisse reproduire sa capacité de travail afin de demeurer producteur de richesses, autrement dit sa capacité de travail.

Ce que reçoit le salarié, n’est donc pas la valeur qu’il a produit mais l’équivalent valeur de ce dont il a besoin pour, économiquement et socialement, exister.

Il faut noter que cette réalité a été remplacée, dans le discours officiel, par une explication totalement mystificatrice, qui consiste à dire que le salaire est la valeur équivalente au travail fourni… Or ceci est complètement faux. S’il en était ainsi on se demande bien où serait le profit que le propriétaire du Capital met dans sa poche.

La force de travail – mis à la disposition, moyennant salaire, de l’employeur, n’est donc qu’un moyen entre les mains de celui-ci pour créer et accumuler de la richesse. Elle n’a pas d’autre fonction… ce qui explique que, ayant un statut de marchandise, elle fait l’objet, sur le marché dit « du travail » – en fait de « la force de travail » – d’une transaction commerciale, l’acheteur (le chef d’entreprise) ne l’achète que s’il en a besoin.

D’où une 2e remarque tout aussi essentielle que la première : l’emploi de la force de travail n’est pas liée au fait quelle procure un emploi au salarié, mais uniquement à l’utilité économique que lui reconnaît l’employeur.

Autrement dit, le fameux « Droit au Travail » n’est qu’une mystification.

FORCE DE TRAVAIL ET CHÔMAGE

La situation de chômage, de sous emploi n’est donc pas un dysfonctionnement du système salarial, mais bien une conséquence inéluctable de son principe de fonctionnement.

Ce n’est pas le chômeur, le sans emploi, qui est responsable de sa situation, mais l’état du marché de la force de travail.

On peut être formé, disponible, avoir de l’expérience et… chômeur. C’est le cas de millions de salariés.

Cette situation de chômage présente pour le système, à la fois, un avantage et un inconvénient :

 l’avantage, il est double : avoir à disposition, et en fonction des besoins, de la production marchande, un potentiel de travail, mais aussi de pouvoir agir, à la baisse, sur les salaires … les offreurs de force de travail se faisant concurrence ;

 l’inconvénient : cette situation révèle, si elle est comprise, toute la perfidie sociale du système marchand qui instrumentalise la force de travail à son seul profit. Le système arrive à faire croire, avec un certain succès, idéologiquement, que cette situation est « naturelle », « indépassable »,… et que seuls les chômeurs, et autres sans emploi sont responsables de leur situation. (« Tous des fainéants ! » ou des « fraudeurs » !

C’est entre ces deux positions contradictoires que naviguent les gestionnaires du système. Il reste cependant à trouver un cadre acceptable pour gérer le sous emploi qui devient massif et donc socialement et politiquement à terme déstabilisant.

CHOMAGE ET TRAVAIL GRATUIT

Une fois admise la fable fondée sur :

 compétitivité et rentabilité sont indispensables ;

 les chômeurs sont des fainéants ;

il est facile au système de faire admettre qu’il est immoral d’accepter une situation dans laquelle les sans emploi recevraient une aide.

On pourrait certes imaginer une suppression de ces aides,… c’est une tentation permanente. Mais là se pose un problème à la fois politique et social : ces aides assurent une relative paix sociale et leur suppression serait vécue comme une nouvelle atteinte à des « acquis sociaux ». Il faut noter que les associations caritatives qui, en dehors de l’Etat, fournissent une aide, permettent à ce même Etat de se désengager…. Transformant une solidarité nationale en charité privée.

Il faut donc agir à un autre niveau.

« Puisque celles et ceux qui travaillent reçoivent un revenu,… celles et ceux qui reçoivent un revenu (les aides) doivent fournir un travail ».

Dis comme cela, le raisonnement parait imparable. Mais un problème demeure.

En effet, celles et ceux qui sont privés de travail ne le sont pas de leur propre volonté, mais, nous l’avons vu, du fait des conséquences du fonctionnement du système marchand.

Si l’on oblige ces personnes à travailler, si on leur impose un type de travail, on entre dans une logique de relation sociale, autre que le salariat. Le choix du travail n’est alors plus libre, or le système salarial fait de la liberté du salarié un principe intangible.

Et quel emploi ?

Qui va décider de la nature de l’emploi ? Quel choix ? Quel lien entre le travail proposé et la formation, les compétences de la personne ?

Devant l’amplitude du sous emploi actuel, on risque, à terme, d’avoir une catégorie de citoyens, contraints, pour survivre, d’accepter un emploi – évidemment déqualifié – soumis à des conditions de travail/rémunération parfaitement dérogatoire par rapport au droit du travail,… entraînant à terme son abolition… Ce que souhaite explicitement le MEDEF.

Accepter un telle situation, c’est accepter une dégradation gravissime des conditions de travail et donc de vie. Au rapport salarial, source déjà d’exploitation et d’inégalités, va se substituer un rapport encore plus défavorable, ouvrant la voie à des rapports sociaux d’une autre nature.

Si cette logique se met en place, on peut faire raisonnablement l’hypothèse qu’elle va faire dans les rapports capital/travail, une forme de jurisprudence, et que la volonté du patronat de liquider une bonne fois pour toute le code du travail et toute législation sociale, trouvera là une perspective prometteuse pour accomplir ce dont il a toujours rêvé.

En l’absence de rapport de forces favorable à la force de travail, absence due essentiellement à une mondialisation marchande qui a relativisé l’importance de la force de travail locale (trop chère au regard du marché mondial), aux délocalisations qui ont entraîné une liquidation d’innombrables secteurs de production, une déliquescence totale des syndicats de salariés,… la porte est grande ouverte à une mutation du rapport capital/travail.

Le combat idéologique, entre autres, est à mener pour éviter une véritable capitulation face à la pression du capital qui ne reculera devant rien pour assurer sa pérennité.

 

Partager cet article
Repost0
27 novembre 2011 7 27 /11 /novembre /2011 09:07


 

What Really Happened to Strauss-Kahn?


Je reproduis ici intégralement l'article de Edward J. Epstein paru dans la New York Review of Books.

Un article très documenté et plutôt troublant. La thèse est, en fait, qu'il est "arrivé" quelque chose à DSK.

Je n'ai malheureusement pas le temps, ni le courage, de le traduire.

May 14, 2011, was a horrendous day for Dominique Strauss-Kahn, then head of the International Monetary Fund and leading contender to unseat Nicolas Sarkozy as president of France in the April 2012 elections. Waking up in the presidential suite of the Sofitel New York hotel that morning, he was supposed to be soon enroute to Paris and then to Berlin where he had a meeting the following day with German Chancellor Angela Merkel. He could not have known that by late afternoon he would, instead, be imprisoned in New York on a charge of sexual assault. He would then be indicted by a grand jury on seven counts of attempted rape, sexual assault, and unlawful imprisonment, placed under house arrest for over a month, and, two weeks before all the charges were dismissed by the prosecutor on August 23, 2011, sued for sexual abuse by the alleged victim.

He knew he had a serious problem with one of his BlackBerry cell phones—which he called his IMF BlackBerry. This was the phone he used to send and receive texts and e-mails—including for both personal and IMF business. According to several sources who are close to DSK, he had received a text message that morning from Paris from a woman friend temporarily working as a researcher at the Paris offices of the UMP, Sarkozy’s center-right political party. She warnedDSK, who was then pulling ahead of Sarkozy in the polls, that at least one private e-mail he had recently sent from his BlackBerry to his wife, Anne Sinclair, had been read at the UMP offices in Paris.1 It is unclear how the UMP offices might have received this e-mail, but if it had come from his IMF BlackBerry, he had reason to suspect he might be under electronic surveillance in New York. He had already been warned by a friend in the French diplomatic corps that an effort would be made to embarrass him with a scandal. The warning that his BlackBerry might have been hacked was therefore all the more alarming.

e had finished packing his suitcase just before noon, according to his own account, and then took a shower in the bathroom, which is connected to the bed in the suite by an interior corridor. According to the hotel’s electronic key records, which were provided to DSK’s lawyers, Nafissatou Diallo, a maid, had entered the presidential suite (room 2806) between 12:06 and 12:07 PM (such records are only accurate to the nearest minute).Ordinarily, cleaning personnel do not enter a room to clean when a guest is still in it. According to DSK’s account, his bags were visible in the foyer when he emerged naked from the bathroom into the interior corridor. At this point, according to his account, he encountered the maid in the corridor by the bathroom. (The maid, for her part, says she encountered him coming out of the bedroom.) Phone records show that by 12:13 PM he was speaking to his daughter Camille on his BlackBerry. The call lasted for forty seconds.

What took place between DSK and the maid in those six to seven intervening minutes is a matter of dispute. DNA evidence found outside the bathroom door showed her saliva mixed with his semen. The New York prosecutor concluded that a “hurried sexual encounter” took place and DSK’s lawyers have admitted as much, while claiming that what happened was consensual. The maid has brought a civil suit claiming he used force. It is not clear when she left the room since key card records do not show times of exit. What is known is that DSK called his daughter on his IMF BlackBerry at 12:13 to tell her he would be late.

After DSK completed his call, he dressed and put on his light black topcoat. He carried with him only one small overnight bag and a briefcase (which contained his iPad and several spare phones) and took the elevator to the lobby. At 12:28 PMthe hotel security cameras show him departing. He had to go eight blocks to the McCormick & Schmick’s restaurant on Sixth Avenue between 51st and 52nd Street. He was delayed by heavy traffic on Sixth Avenue. The restaurant camera shows that he arrived at 12:54.

Camille was with her new boyfriend. They had a quick meal, and at 2:15 PM, according to the restaurant’s surveillance cameras, DSK got in another taxi to go to the airport. Almost immediately, he discovered that his IMF BlackBerry was missing. It was the phone he had arranged to have examined for bugs in Paris and it was the phone that contained the earlier text message warning him about the interception of his messages. At 2:16 PM he called Camille, who had also just left the restaurant, on his spare BlackBerry and had her go back to the restaurant to search for it. Camera footage at the restaurant shows her crawling under the table. At 2:28 PM she sent him a text message saying that she could not find it. So DSKcontinued on to the airport.

Back at the Sofitel, meanwhile, Nafissatou Diallo, the maid he had encountered in the presidential suite, had told hotel security that she had been sexually assaulted by a client in that suite. A thirty-two-year-old immigrant from Guinea, she had been working at the Sofitel for three years. At 2:30 PM she was shown a photograph of DSK by the hotel’s security people. According to the official bill of particulars—the statement of the basic facts of the case filed by the prosecutors—the police had apparently not yet fully taken over the case, even though the encounter between DSK and Diallo had occurred over two hours earlier.

Epstein-Sofitel-28-122211

A schematic drawing of the twenty-eighth floor of the Sofitel New York, with the presidential suite, room 2806, that was occupied by Dominique Strauss-Kahn on May 13 and 14. The nearby room 2820 was entered at least three times on May 14 by the Sofitel maid Nafissatou Diallo.

Part of the delay in bringing in the police may have been the result of Diallo’s not immediately voicing her complaint. After she had left DSK in the presidential suite around 12:13 PM—the time of his call to Camille—she remained on the VIPfloor. The hotel’s electronic key records indicate that at 12:26 PM she entered 2820, another VIP suite on the same floor that she had already entered several times earlier that morning. Then, one to two minutes later, she went back to the now empty presidential suite. A few minutes after that, she encountered another housekeeper, her supervisor, in the corridor. In the course of their conversation, Diallo asked the supervisor what would happen if a hotel guest took advantage of a hotel employee. Initially, Diallo told her that this was only a hypothetical question; but then, when pressed further, she said that she had been assaulted by the guest in the presidential suite. The supervisor then brought her to the head of housekeeping, Renata Markozani, who reentered the presidential suite with Diallo at 12:42, according to the key records, and notified the hotel’s security and management personnel. At 12:52 PM, Diallo is seen arriving at the hotel’s security office on the ground floor, located near the 45th Street entrance. She is wearing a beige uniform, and is accompanied by Renata Markozani, whom she towers over. (She is five feet ten inches tall.)

Shortly thereafter the hotel’s own security team was augmented by John Sheehan, a security expert who is identified on LinkedIn as “director of safety and security” at Accor, a part of the French-based Accor Group, which owns the Sofitel. Sheehan, who was at home in Washingtonville, New York, that morning, received a call from the Sofitel at 1:03 PM. He then rushed to the hotel. While en route, according to his cell phone records, he called a number with a 646 prefix in the United States. But from these records neither the name nor the location of the person he called can be determined. When I called the number a man with a heavy French accent answered and asked whom I wanted to speak with at Accor.3

The man I asked to talk to—and to whom I was not put through—was René-Georges Querry, Sheehan’s ultimate superior at Accor and a well-connected former chief of the French anti-gang brigades, who was now head of security for the Accor Group. Before joining Accor Group in 2003, he had worked closely in the police with Ange Mancini, who is now coordinator for intelligence for President Sarkozy. Querry, at the time that Sheehan was making his call to the 646 number, was arriving at a soccer match in Paris where he would be seated in the box of President Sarkozy. Querry denies receiving any information about the unfolding drama at the Sofitel until after DSK was taken into custody about four hours later.

nother person at the Accor Group whom Sheehan might have alerted was Xavier Graff, the duty officer at the Accor Group in Paris. Graff was responsible that weekend for handling emergencies at Accor Group hotels, including the Sofitel in New York. His name only emerged five weeks later when he sent a bizarre e-mail to his friend Colonel Thierry Bourret, the head of an environment and public health agency, claiming credit for “bringing down” DSK. After the e-mail was leaked to Le Figaro, Graff described it as a joke (it resulted, however, in his suspension as director of emergencies by the Accor Group). Even jokes can have a basis. In this case the joke was made by the person who was directly responsible for passing on information to his superiors, including the head of security at Accor, René-Georges Querry—information that, if acted on by informing the American authorities, could have helped destroy DSK’s career. But like Querry, Graff denied receiving any calls or messages from New York until later that evening, telling a French newspaper that the failure to inform him was an “incredible miss” (“loupé”).

By the time Sheehan was called by the hotel at 1:03 PM, Diallo was seated on a bench in the hotel’s ground floor service area, just off the service entrance on 45th Street. Behind her was a “Dutch door,” with the upper half opened, that led to the hotel’s security office. Surveillance camera footage shows her entering the area with a tall unidentified man at 12:52 PM. She mains there until 2:05 PM. At 12:56, she is joined there by Brian Yearwood, the large, heavy-set man who is the hotel’s chief engineer. Yearwood had just come down from the presidential suite on the twenty-eighth floor, which he had entered at 12:51, according to the key records. Yearwood remained close to Diallo as she spoke to Adrian Branch, the security chief for the hotel, who remained behind the half-shut door of the security office. She can be seen gesturing with her hands for about four minutes, pointing to different parts of her body over and over again, suggesting she was telling and retelling her story.

At 1:28, Sheehan, still on the way to the hotel, sent a text message to Yearwood. And then another text message to an unidentified recipient at 1:30. At 1:31—one hour after Diallo had first told a supervisor that she had been assaulted by the client in the presidential suite—Adrian Branch placed a 911 call to the police. Less than two minutes later, the footage from the two surveillance cameras shows Yearwood and an unidentified man walking from the security office to an adjacent area. This is the same unidentified man who had accompanied Diallo to the security office at 12:52 PM. There, the two men high-five each other, clap their hands, and do what looks like an extraordinary dance of celebration that lasts for three minutes. They are then shown standing by the service door leading to 45th Street—apparently waiting for the police to arrive—where they are joined at 2:04PM by Florian Schutz, the hotel manager.

Epstein-Sofitel-GF-122211

A schematic drawing of the first floor of the Sofitel New York, based on plans registered with the New York City Department of Buildings

A minute later, at 2:05 PM, the footage shows two uniformed police officers arriving and then accompanying Diallo to an adjoining office. It is unclear if the police officially took over the case at this time or later. There is so far no explanation for why the security staff had delayed the call to the NYPD that would lead a scandal involving the possible future president of France. What is clear is that they did so just three minutes after receiving a message from Sheehan. Nor is it clear why the two men were celebrating.

he police arrived, according to the hotel’s security camera footage, at 2:05PM. They then can be seen escorting Diallo to a room across from the security office. There is an unexplained discrepancy here concerning the information in the bill of particulars, which says that at approximately 2:30 PM, “a photograph of the defendant was shown to the witness [i.e., Diallo] by hotel security without police involvement.” If so, even after leaving the bench (and video surveillance) and going to a room with the police, she remained in the custody of Sofitel security. I asked both Deputy Commissioner Paul Browne and Deputy Inspector Kim Royster why, according to the bill of particulars, the police were not officially involved at this point, but they declined to comment.

More than an hour later, at 3:28 PM, the police took her to St. Luke’s Hospital, where she was medically examined and they then formally interviewed her. She described to them a brutal and sustained sexual attack in which DSK locked the suite door, dragged her into the bedroom, and then dragged her down the inner corridor to a spot close to the bathroom door—a distance of about forty feet—and, after attempting to assault her both anally and vaginally, forced her twice to perform fellatio. After that, she fled the suite. As has been seen, according to the electronic key information, and to the record of DSK’s call to his daughter showing him speaking to her at 12:13, we can reasonably conclude that any such actions could have taken place only within a period of six or seven minutes, between 12:06–07 and 12:13, when he called his daughter.

At 3:01 PM, as DSK was approaching the airport, he was still attempting to find his missing phone. He attempted to call it from his spare but received no answer. What he did not know was that at 12:51, according to the records of the BlackBerry company, it had been somehow disabled. At 3:29 PM, evidently unaware of what was happening at the Sofitel, he called the hotel from the taxi, saying, according to the police transcript, “I am Dominique Strauss-Kahn, I was a guest. I left my phone behind.” He then said he was in room “2806.” He was asked to give a phone number, so that he could be called back, after 2806 was searched for his phone.

When he was called back thirteen minutes later, he spoke to a hotel employee who was in the presence of police detective John Mongiello. The hotel employee falsely told him that his phone had been found and asked where it could be delivered. DSK told him that he was at JFK Airport and that “I have a problem because my flight leaves at 4:26 PM.” He was reassured that someone could bring it to the airport in time. “OK, I am at the Air France Terminal, Gate 4, Flight 23,”DSK responded. So the police rushed to the airport. At 4:45 PM, police calledDSK off the plane and took him into custody.

DSK was then jailed and indicted by a grand jury on seven counts, including attempted rape, sexual abuse, and unlawful imprisonment. The court eventually dropped all the charges against him because the prosecutors found that the complainant, Diallo, had proven to be an untruthful witness. They wrote in the motion for dismissal that “the nature and number of the complainant’s falsehoods leave us unable to credit her version of events beyond a reasonable doubt.” They said that she “has given irreconcilable accounts of what happened,” and had lied not only to the prosecutors but under oath to the grand jury about her whereabouts after the encounter. She stated that she had hid in the hall after leaving the presidential suite, and entered no other room on the twenty-eighth floor until she told another maid about the attack (which was approximately fifteen minutes later).

epstein_2-122211.jpg

The Sofitel hotel, West 44th Street, New York, May 2011

When asked why she had not used her pass key to go into another room, she said they all had “Do Not Disturb” signs on the door. After her grand jury testimony, prosecutors discovered that this was false when the hotel belatedly provided them with the electronic key records showing that Diallo had entered room 2820 at 12:26 PM, after her encounter with DSK. The same record also showed that she had also entered room 2820 prior to her encounter withDSK at a time when the occupant had not checked out and may have been in the room. Why she concealed visiting 2820 was “inexplicable” to the prosecutors, who noted in their motion for dismissal that if she had mentioned her visits to 2820, it would have been declared part of the crime scene and searched by the police. But she did not do so.

or were DSK’s lawyers able to find an explanation. When they attempted to learn the identity of the occupant of 2820, Sofitel refused to release it on grounds of privacy. Given Diallo’s conflicting accounts, all that we really know about what happened in the nearby room 2820 is that Diallo went there both before and after her encounter with DSK and then omitted the latter visit from her sworn testimony to the grand jury. We still do not know if there was anyone in 2820 when she entered it again following the encounter with DSK or if, prior to the police arriving, anyone influenced her to omit mention of room 2820.

The Sofitel electronic key record, which the hotel did not turn over to the prosecutors until the next week, contained another unexplained anomaly. Two individuals, not one, entered DSK’s suite between 12:05 and 12:06 PM while he was showering. Each used a different key card entry. The key card used at 12:06 belonged to Diallo; the key card used at 12:05 belonged to Syed Haque, a room service employee who, according to his account, came to pick up the breakfast dishes. If he did so, he would have turned left and gone to the dining room. But Haque has refused to be interviewed by DSK’s lawyers, so his precise movements have not been made public. Since the key cards do not register the time of exit, it cannot be determined from them if both parties were in the room at the same time or, for that matter, at the time of Diallo’s encounter with DSK.

DSK’s BlackBerry, with its messages, is still missing. Investigations by both the police and private investigators retained by DSK’s lawyers failed to find it. WhileDSK believed he had left it in the Sofitel, the records obtained from BlackBerry show that the missing phone’s GPS circuitry was disabled at 12:51. This stopped the phone from sending out signals identifying its location. Apart from the possibility of an accident, for a phone to be disabled in this way, according to a forensic expert, required technical knowledge about how the BlackBerry worked.

From electronic information that became available to investigators in November 2011, it appears the phone never left the Sofitel. If it was innocently lost, whoever found it never used it, raising the question of by whom and why it was disabled at 12:51. In any case, its absence made it impossible for DSK to check—as he had planned to do—to see if it had been compromised. Nor was it possible to verify from the phone itself the report he received on May 14 that his messages were being intercepted. So we cannot confirm the warning to DSK that he was under surveillance on that disastrous day.

One vexing mystery concerns the one-hour time gap in reporting the alleged attack on Diallo. After she said that she had been the victim of a brutal and sustained sexual assault, it is hard to understand how the security staff would have ruled out that she might require immediate medical attention. But as has been seen, until 1:31, several minutes after receiving a message from Sheehan, the security staff did not make the 911 call. She did not arrive at St. Luke’s Hospital until 3:57 PM, nearly four hours after the alleged attack. We do not know what decisions were made during that one-hour interval or how they influenced what was to later unfold with such dramatic impact.

By the time the 911 call was finally made, the hotel’s management was presumably aware of the political explosion and scandal DSK’s arrest would cause. DSK could no longer be a challenger to Sarkozy. Such considerations, and the opportunities they presented, may have had no part whatever in the hotel’s handling of the situation, but without knowing the content of any messages between the hotel managers in New York and the security staffs in New York or Paris, among others, we cannot be sure. Meanwhile, several mysteries remain. Was there anyone in room 2820 besides Diallo during and after the encounter withDSK? If so, who were they and what were they doing there; and why, in any case, did Diallo deny that she’d gone to the room? Because she denied it, the police, according to the prosecutor’s recommendation for dismissal, did not search 2820 or declare it a crime scene. And where, if it still exists, is the BlackBerry thatDSK lost and feared was hacked?

All we know for sure is that someone, or possibly an accident, abruptly disabled it from signaling its location at 12:51 PMDSK himself has not explained why he was so concerned about the possible interception of his messages on this BlackBerry and its disappearance. According to stories in Libération and other French journals on November 11, 2011, DSK sent text messages on a borrowed cell phone to at least one person named in the still-unfolding affair involving the Carlton Hotel in Lille, a scandal in which corporations allegedly provided high-class escort women to government officials. (DSK denies that he was connected to the prostitution ring.) If DSK sent these messages, may he also have received embarrassing messages back on his own BlackBerry that could have been damaging to his reputation and political ambitions? Or his concern could also have proceeded from other matters, such as the sensitive negotiations he was conducting for the IMF to stave off the euro crises. Whatever happened to his phone, and the content on it, his political prospects were effectively ended by the events of that day.

  1. 1

    These statements, along with others in this article, were confirmed by sources who prefer to remain anonymous but are known to the author, who has shared his information with the editors. 

  2. 2

    For this article, along with court and other legal documents, I had access to Sofitel electronic key swipe records, time-stamped security camera videotapes, and records for a cell phone used on the day of May 14 by John Sheehan, a security employee of Accor, the company that owns the Sofitel hotel. 

  3. 3

    I had access to the record of only one cell phone used by the Accor Group's security man, John Sheehan. Neither Sheehan nor the hotel's security director, Adrien Brand, returned my calls. Through an assistant Brian Yearwood, the hotel's chief engineer, said he had no comment. 

Partager cet article
Repost0
26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 16:56

Une citation de Thomas Jefferson, qui nous réjouit, tourne actuellement sur internet :

 

http://www.devoir-de-philosophie.com/images_dissertations/122643.jpg

Je pense que les institutions bancaires sont plus dangereuses pour nos libertés que des armées en ordre de marche. Si le peuple américain permet un jour que des banques privées contrôlent leur monnaie, d'abord par l'inflation, puis par la déflation, les banques et toutes les sociétés qui fleuriront autour des banques priveront les gens de tous leurs biens, jusqu’au jour où leurs enfants se réveilleront, sans même un toit, sur le continent que leurs parents ont conquis.

Thomas Jefferson 1802 Président des États Unis


En VO :

I believe that banking institutions are more dangerous to our liberties than standing armies. If the American people ever allow private banks to control the issue of their currency, first by inflation, then by deflation, the banks and corporations that will grow up around the banks will deprive the people of all property until their children wake up homeless on the continent their fathers conquered.

 

Jefferson était peut-être un sacré visionnaire, mais il se peut que cette citation soit en partie fausse. Ne serait-ce que parce qu'en 1802 le mot inflation (1869), sans parler de déflation (1919) n'étaient pas entrés dans la langue anglaise avec cette acception. Wikiquote en donne une version légèrement différente. Il s'agirait d'une paraphrase d'une lettre envoyée à un ami où Jefferson met en garde contre "l'escroquerie" que représente le crédit à long terme.

"I sincerely believe that banking establishments are more dangerous than standing armies; and that the principle of spending money to be paid by posterity, under the name of funding, is but swindling futurity on a large scale."

 

On ne prête qu'aux riches...

Partager cet article
Repost0
26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 15:54

Et moi qui croyais que la folie anti-automobilistes ne concernait que Toulouse. Suite à mon article sur la pauvre rue de la Faourette (link), des lecteurs se sont manifestés. Je suis donc parti en reportage.

Mes pas (je n’y suis pas allé à pied, c’est une expression) m’ont d’abord porté ver Le Vernet. À un croisement passant de ce gros village où la circulation se réglait normalement grâce à des Stop, la municipalité est en train d’aménager TROIS ronds-points (pour un coût de ?). Les commerçants qui bordent ce croisement s’arrachent les cheveux car ils ont perdu 11 places de parking. Naturellement, ces aménagements sont précédés – et suivis (au cas où on voudrait quitter un peu vite, disons 50 à l'heure, ces manèges infernaux) – de ralentisseurs maousses.

4484.jpg

 

4485.jpg

Dans ce cas, nous avons affaire à un croisement réellement passant. À Grépiac, à quelques kilomètres de là, les édiles se sont déchaînés. À une intersection où il passe une voiture toutes les deux minutes, ils ont aménagé ce superbe rond-point qui ne sert strictement à rien.

4488.jpg

Ce rond-point est suivi de trois terribles ralentisseurs en 400 mètres, qui ne servent strictement à rien non plus, si ce n’est à bousiller les mécaniques. Pour vous, je les ai testés : à trente à l’heure, on cogne. Autrefois, on disait que derrière chaque superbe rond-point inutile se cachait un pot-de-vin. Qu’en est-il aujourd’hui ?

4490.jpg


Mais je ne connaissais pas Espanes, village considérable de 270 habitants, perdu dans les monts du Lauragais. Le revêtement d’une rue du village méritait d’être refait. La solution la plus simple était de gratter et de revêtir. Le problème est que, dans ce cas, le grattage était à la charge du village, qui, naturellement, ne pouvait assumer une telle dépense. Le Sicoval, le syndicat des communes du coin, décida donc de surélever la chaussée. Et il mit le paquet dans la surélévation. Plusieurs habitants se sont alors retrouvés coincés chez eux, ne pouvant plus ouvrir leur porte de garage.

4493.jpg Toujours et encore ces élégants chevaux de frise...

 

4495-copie-1.jpg

Coup de chance : le propriétaire avait sorti sa voiture avant la fin des travaux

 

4496.jpg Derrière ces portes, on rangeait il y a peu du matériel agricole

 

4495.jpg Au niveau du pied droit d'une des victimes (dont la belle-mère est lourdement handicapée), l'ancien niveau.

Naturellement, un superbe ralentisseur fut installé, pour faciliter un passage pour piétons où il ne passe strictement jamais personne.

 

4492.jpg

Le Grand-Toulouse est une terre socialiste (et écocogiste). Les élus doivent penser que le kleiner Mann  ne nous pourrit pas suffisamment la vie. Alors, ils enfoncent le couteau dans la plaie. Tant qu’ils peuvent.

 

 

Partager cet article
Repost0