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14 novembre 2011 1 14 /11 /novembre /2011 15:34

Je propose ici de larges extraits du dernier article de Pierre Verhas (link) :

http://www.observatoiredeleurope.com/photo/art/default/2300299-3214551.jpg?v=1289427224

Les coups d’État des marchés

 

Cela va de plus en plus loin. On a d’abord exigé que les 17 États de la zone Euro fassent approuver leurs budgets nationaux par la Commission. Ensuite, la Commission exige que les projets de budget soient déposés à des dates précises et fixe la limite des dépenses. Bref, elle entrave de plus en plus le pouvoir de décision politique des États de l’Eurozone.

 

Aujourd’hui, on a atteint un stade qui pourrait signifier la fin du projet européen tel qu’il a été élaboré. Les peuples déjà mis à l’écart, sont définitivement exclus. Georges Papandréou qu’on a volontairement enfermé dans un étau décida d’organiser un référendum pour que le peuple grec se prononce sur les mesures d’austérité les plus drastiques qui lui étaient imposées. Colère et affolement du tandem et des « marchés » ! Ici, ils ont jeté le masque : les peuples ne sont pas concernés.

 

Le tandem « Merkozy » a fait pression sur la Grèce et l’Italie afin de nommer deux nouveaux gouvernements. Georges Papandréou et Silvio Berlusconi furent contraints de démissionner. Ce ne sont pas les peuples Grec et Italien qui l’ont voulu ainsi, la pression politique venait de l’Union européenne.

 

 

Le tandem "Merkozy" détruit l'idée européenne pour satisfaire les marchés.

 

Berlusconi est un clown nuisible, mais il a été élu. Papandréou s’est montré faible, bien que ne manquant pas de courage avec son projet de référendum, et a aussi été élu. Aucune importance : à Bruxelles, on a décidé qu’ils doivent « faire un pas de côté ». Ils le font. C’est le coup d’État des marchés.

 

 

Berlusconi : la chute ?

 

Ce n’est pas encore suffisant. Pas question de laisser le choix des remplaçants aux Parlements. Comme l’écrit Mediapart : « …, les deux hommes, maillons faibles de la chaîne des chefs de gouvernement de la zone euro, sont tombés renversés par les marchés et des partenaires européens sous pression. Les marchés, c'est-à-dire les banques et autres établissements financiers (fonds de pension, hedge funds, fonds d'investissement, etc.). Leurs partenaires européens, c'est-à-dire Angela Merkel, Nicolas Sarkozy, les dirigeants de la banque centrale européenne (BCE) et de la commission européenne, déclarant agir au nom de ce qu'ils présentent comme leur devoir : circonscrire l'incendie, sauver l'euro, l'Europe (et se sauver eux-mêmes). »

 

Les choses se sont précipitées : la semaine du 7 novembre 2011 a vu l’arrivée de trois hommes venant incarner le coup d’État des marchés.

 

Mario Draghi nommé à la tête de la Banque centrale européenne (BCE), ancien vice-président de Goldman Sachs Europe, cette banque qui avait aidé la Grèce à maquiller ses comptes sous sa vice-présidence, puis gouverneur de la banque d’Italie.

 

 

 Mario Draghi directeur général de la BCE, ancien de Goldman - Sachs, la banque qui a aidé à maquiller les comptes de la Grèce.

 

 

Lucas Papademos, ancien patron de la banque centrale grecque, puis vice-président de la BCE de 2002 à 2010, devient Premier ministre grec et forme un gouvernement d’union nationale avec l’extrême-droite.

 

 

Lucas Papademos, le banquier au service des marchés  qui dirigera la Grèce avec l'extrême-droite.

 

Mario Monti, économiste, membre de la droite libérale, commissaire européen chargé de la concurrence de 1994 à 2004. Il fut un des maîtres d’œuvre de la dérégulation du marché européen par l’Acte unique. Il est aussi, avec Jean-Luc Dehaene et Valéry Giscard d’Estaing, auteur du projet avorté de constitution européenne. Comme par hasard, Monti fut nommé mercredi 9 novembre, sénateur à vie. En effet, il n’était pas élu au Parlement italien.

 

 

 

Mario Monti dit "il professore", le parfait petit néo-libéral

 

Le choix de ces trois personnages est manifestement celui des banques. Les Parlements ont été sommés d’entériner sans plus. Et ce n’est pas fini.

 

Le 20 novembre, auront lieu les élections générales en Espagne. Ces élections anticipées ont été provoquées sous la pression des marchés financiers. Zapatero qui leur a pourtant pas mal cédé, doit être remplacé par un de « leurs » hommes. On verra.

 

Et la France et la Belgique ?

 

En France, plusieurs analystes pensent que Nicolas Sarkozy pourrait constituer un gouvernement d’union nationale avec peut-être à la tête, Jean-Claude Trichet, qui est désormais « disponible ». Manifestement, le plan d’austérité de François Fillon de 7 milliards d’Euros est insuffisant. Il y a eu la vraie fausse dégradation de la note « AAA » de la France par Standard & Poors qui n’est sûrement pas une « simple erreur technique ». L’écart entre les taux allemand et français ne cesse de croître. La France serait-elle le suivant ? Dominique de Villepin qui souhaite un plan d’austérité de 20 milliards d’Euros, François Bayrou et Jean-Louis Borloo qui ont tous les trois un compte à régler avec Sarkozy se verraient bien dans un gouvernement d’union nationale auquel devraient participer les Socialistes. Politique fiction ? Pas si certain.

 

 

Dominique de Villepin serait dans un coup tordu que ce ne serait pas surprenant...

 

Quant à la Belgique dont la situation n’est guère meilleure avec un endettement colossal, la crise politique qui s’éternise annonce au pire des élections anticipées, au mieux un gouvernement quasi d’union nationale sans les écologistes et les nationalistes flamands qui serait là pour prendre les mesures d’austérité exigées par les « marchés ».

 

Richesse et politique ne font pas bon ménage.

 

Le politologue italien Anonio Mastropaolo tire une conclusion de cette crise : « Le premier bilan que l'on peut faire, pour la vie politique italienne, est que les mondes de la richesse et de la politique ne devraient jamais se rencontrer. » On peut ajouter que ce constat concerne aussi d’autres pays que l’Italie. En réalité, les marchés sont dirigés par des rentiers « informatisés » qui ont pris la place des capitalistes industriels. Ils sont devenus les banksters.

 

La crise actuelle est née de deux ruptures principales voulues par le banksterisme. La première date des années 1980 : c'est la révolution financière qui met la Bourse aux commandes des entreprises. Elle y institue un nouveau mode de gestion. Les firmes cessent d'être des organisations au sens où on l'entendait auparavant, favorisant les carrières longues et la loyauté des salariés. Elles visent désormais l'efficacité immédiate. Le bonus prend la place de l'ancienneté comme mode de gestion des ressources humaines. Comme l'a montré Maya Beauvallet dans son livre Les Stratégies absurdes (Le Seuil), les impératifs de performance immédiate tendent à cannibaliser tous les autres. Le souci du travail bien fait, la loyauté à l'entreprise disparaissent, seul compte l'objectif fixé, quelles que soient les pathologies qui en résultent...

 

La mondialisation est la seconde rupture qui a bouleversé le monde. Elle permet aux pays émergents de s'industrialiser, ce qui produit deux effets de sens contraire : baisser le prix des produits industriels et monter le prix des matières premières. Grâce à elle, les gens paient de moins en moins cher leurs écrans plats et leurs IPod, et de plus en plus cher leurs dépenses de base : le chauffage, la nourriture et les déplacements. L'économie mondiale avance en appuyant à la fois sur l'accélérateur et le frein. Les secousses brusques sont devenues inévitables.

 

Les banksters

 

Le rêve européen né à la suite de la catastrophe de 1945 était déjà schizophrène. D’un côté, plusieurs responsables politiques français, italiens, allemands et belges souhaitaient créer une structure entre les États nations d’Europe occidentale, essentiellement l’Allemagne et la France, pour rendre impossible toute nouvelle guerre intra-européenne, dont la principale personnalité fut Robert Schuman. De l’autre, certains d’entre eux voyaient avant tout la fondation d’une zone de libre échange économique et financier dans la plus pure philosophie libérale. C’était le cas d’une personnalité française, considérée comme un des « pères fondateurs » de l’Europe, Jean Monnet.

 

C’est le triomphe des « banksters ». Certes, cette expression qui est la contraction de « banquier » et de « gangster » fut utilisée par les antisémites – le banquier est assimilé au juif – et par les fascistes, dont le Belge Degrelle, avant la deuxième guerre mondiale.

 

Aujourd’hui, la conduite des grands banquiers peut s’assimiler au gangstérisme. Aussi, même si elle a des origines nauséabondes, l’expression « bankster » est parfaitement justifiée. Elle est d’ailleurs utilisée par les Indignés qui se répandent un peu partout dans le monde occidental.

 

 

 

Big Brother ou Big Bankster ?

 

Le bankstérisme se base sur un triptyque paradoxal similaire à celui de « Big Brother » dans « 1984 » :

 

LE CAPITAL, C’EST LA FORCE,

LA DETTE, C’EST LA RICHESSE,

LA LIBERTE, C’EST L’ESCLAVAGE

 

Dans le système banksterien, comme dans l’horreur orwelienne, par la force du capital qu’il contrôle, la liberté c’est l’esclavage, car elle est la liberté sans entraves du bankster d’opprimer et de ruiner le peuple esclave par l’endettement.

 

Le bankstérisme est la doctrine qui consiste à substituer au capitalisme industriel, le capitalisme financier. Le marxisme et le mouvement ouvrier se sont attaqués au capitalisme industriel et ont plus ou moins réussi à le modérer parce qu’il était bien identifié : on savait qui dirigeait les usines et on avait le pouvoir de les paralyser. Par contre, il n’a pas vu poindre le capitalisme financier qui, lui, est inidentifiable et donc impossible à combattre.

 

Pourtant, il existe des solutions. Elles ne consistent pas à détruire l'Europe, bien au contraire. Elles seront évoquées dans un prochain article.

 

Le bankstérisme a gagné pour le moment. Il n’est pas invulnérable.

 

Pierre Verhas

 

 

* En photo : le créateur de l'Europe, Jean Monnet, et les maîtres du monde.

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12 novembre 2011 6 12 /11 /novembre /2011 06:51

http://site2wouf.fr/coll/l3/thales/f18_25/thales2.jpgUn de mes amis est technicien chez Thalès. À Toulouse. Actuellement, il est souvent envoyé en mission en Belgique.

 

À quelle fin, lui ai-je demandé ?

 

Il forme des techniciens belges. Il leur apprend à faire ce qu’il fait à Toulouse.

 

Pourquoi faire accomplir ces tâches par des Belges ? Des Roumains, d’accord ! Leurs salaires sont tellement ridicules. Les salaires des Belges sont identiques à ceux des Français.

 

Oui mai, en Belgique, une grosse entreprise comme Thalès paye beaucoup moins d’impôts qu’en France. Elle a donc intérêt à externaliser outre-Quiévrain. C'est tout de même bien, l'Europe !

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9 novembre 2011 3 09 /11 /novembre /2011 07:00

 

Mark.jpgIl est sûr que la question est franchement triviale au moment où le monde retient son souffle face à la crise financière causée par les banques. Mais Mark (Sir Mark, d’ailleurs et j’y reviendrai) étant le fils de la femme politique ayant le plus contribué à la dictature de la finance et à la propagation de la misère en Europe et ailleurs, il n’est peut-être pas si inutile que cela de se pencher un instant sur le destin de ce grand garçon de 58 ans qui, justement, est le produit d’un monde, de valeurs, d’habitus que, j'en mettrais ma main au feu, nous sommes très nombreux à honnir. Cela dit, sans le thatchérisme, des films tels que My Beautiful Laundrette, Brassed Off (Les virtuoses), The Full Monty ou Raining Stones n’auraient pas vu le jour. Merci Maggie !

 

Mark est l’un des deux enfants de Margaret, une chimiste de bon niveau ayant le virus de la politique chevillé au corps (elle fut, à vingt-cinq ans, la plus jeune candidate aux élections législatives de 1950) et de Denis, un homme d’affaires traumatisé par le départ de sa première femme au point qu’il cacha le divorce à ses enfants pendant plusieurs dizaines d’années. Conservateur bon teint, Denis a toujours eu son franc-parler. Un jour que la duchesse d’York – qui fut un temps une des belles-filles de la reine et qui avait la distinction naturelle d’un tracteur agricole – se plaignait devant lui du traitement que les journalistes lui infligeaient, Denis répondit à l’altesse : « Avez-vous pensé à fermer votre clapet ? »

 

Mark est le frère jumeau de Carol. Malgré ses échecs à répétition, il sera toujours le chéri de sa maman alors que sa jumelle est, depuis trente ans, une journaliste et écrivaine d’un certain renom. Mark ne risquait pas ce parcours. Il échoue trois fois au diplôme de comptable (malgré de longues études au collège de Harrow, l’une des meilleures institutions privées du pays) avant de se lancer dans une carrière professionnelle un peu cahoteuse : représentant en bijoux de luxe, mannequin à Hongkong et en Afrique du Sud, employé de la firme Lotus (les automobiles, pas le papier). Mark a la passion de la voiture. Maman va jouer de son influence pour qu’il puisse prendre la tête d’une écurie de second rang : Mark Thatcher Racing. Mais l’écurie est parrainée par une entreprise de textile japonaise alors que le textile britannique licencie en masse. Il participe deux fois aux 24 heures du Mans au début des années quatre-vingt et s’inscrit au Paris-Dakar en 1982. Il se perd pendant six jours dans le désert algérien et doit la vie sauve aux recherches de l’armée instiguées par le président du pays à la demande pressante de sa maman qui, dit-on, versera les seules larmes publiques de sa vie.

 

Dès lors, il déraille. Il semble qu’il ait vendu des armes à Saddam Hussein avant de se marier au Texas avec la fille d’un milliardaire puis d’aller vivre en Afrique du Sud. Au Cap, sa résidence est voisine de celle du mercenaire Simon Mann. Le 25 août 2004, Mark est arrêté en Afrique du Sud, accusé d’avoir financé un coup d’État en Guinée équatoriale, petit pays riche en pétrole. Selon certaines sources, l’agression, qui visait à renverser le président Obiang, aurait été organisée par le MI6 et Simon Mann. Le 13 janvier 2005, Mark plaide coupable et reconnaît avoir financé « des activités mercenaires » à hauteur de 275000 dollars. Mais il nie avoir participé au putsch lui-même. Il est condamné à une amende de 380000 euros et à quatre ans de prison avec sursis. Il est assigné à résidence, mais quitte illégalement et illico presto le pays pour rejoindre les siens aux États-Unis. Le 29 mars 2008, la Guinée équatoriale lance un mandat d’arrêt international contre lui. Il se serait remarié deux jours plus tôt.

 

Pendant des années, Mark n’a cessé de profiter de son statut officieux de fils à maman. Ainsi en 1984, au Texas, il exige une garde rapprochée permanente payée par le contribuable britannique. Comme ces 12000 livres de protection passent mal, il propose d’être nommé consul honoraire aux États-Unis afin que la facture soit transmise au gouvernement de ce pays.

 

Selon un des numéros du Figaro de l’époque, Mark tente, en 2005, de s’installer à Monaco de manière permanente. Le prince Albert refuse pour des raisons « éthiques ».

 

Mark jouit du titre de baronnet (« The Honourable Mark ») depuis la mort de son père en 2003. Sir Denis avait été promu au baronnage en 1991. C'était la première fois depuis 1964 que le conjoint d'un personnage politique éminent bénéficiait d'un tel honneur.

 

Mark vivrait actuellement au Moyen-Orient ou dans l’Océan indien. Il n’est pas certain que maman, qui souffre de démence vasculaire depuis une dizaine d’années, connaisse son adresse précise.

 

PS : Son premier signe de "démence précoce" fut de supprimer en 1971 la pinte de lait distribuée chaque matin dans les écoles primaires. Elle était alors ministre de l’Éducation. Elle s’inspirait de la "démence" des travaillistes qui avait précédemment supprimé le lait dans le secondaire. Margaret se vit attribuer le surnom de "voleuse de lait" (Milk Snatcher).

Et puis il faut inlassablement rappeler le calvaire de Bobby Sands et de ses 9 camarades qui réclamèrent le statut de prisonnier politique qui leur avait été supprimé par ... les travaillistes en 1976. Sands mourut après deux mois de grève de la faim. Thatcher déclara au Parlement : "C’était son choix. Un choix que l’IRA n’a pas laissé à la plupart de ses victimes".

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8 novembre 2011 2 08 /11 /novembre /2011 06:59

http://2.bp.blogspot.com/_ZOTNU7fWM_Y/TTmXYQ5lQZI/AAAAAAAAEds/2TkESMxj_2U/s1600/jospin-tacle.jpgIl est de bon ton, dans certains milieux, d'estimer que François Fillon est un homme politique un peu neu-neu. C'est une erreur. On ne devient pas Premier ministre par l'opération du saint-esprit. C'était valable aussi pour Édith Cresson. On ne demande pas (plus ?) à un Premier ministre d'avoir du charisme et une vision politique fulgurante.

 

Voici ce qu'en mars 2000 Fillon disait du gouvernement Jospin. Un bel exemple de lucicité :

Le point le plus vulnérable de la gauche – le plus fondamental – c'est qu'elle n'est pas de gauche ! Ce constat critique, secrètement partagé par de nombreux électeurs et sympathisants de gauche, exacerbe et désoriente la majorité socialiste en place. Seule la vérité fait mal. La gauche gouvernementale a mauvaise conscience. Elle sait pertinemment que sa gestion économique est sous la coupe de l'économie de marché et du capitalisme globalisé ; elle sait pertinemment qu'elle est dans l'incapacité d'offrir une alternative sérieuse. […] Plus le nombre des privatisations augmente (France Tlélécom, Crédit Lyonnais, Thomson, CIC, GAN, Aérospatiale, Air France ...) plus la bourse grimpe (près de 100% en trois ans, plus les champs de la concurrence s'élargissent (télécommunications, énergie, secteur bancaire, assurances) plus on nous explique que tout cela s'inscrit dans une dimension socialiste et humaniste.

 

Quatre ans plus tard, Philippe Séguin écrivait : 

La social-démocratie, c'est l'acceptation du libéralisme échevelé avec, pour faire bonne mesure, quelques mots de regrets.

 

Source : Le Monde Diplomatique, novembre 2011.

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7 novembre 2011 1 07 /11 /novembre /2011 15:57

http://www.ladepeche.fr/content/photo/biz/2009/05/12/200905121128_zoom.jpgVous vous souvenez de cette publicité à propos des poulets gersois : « Élevés en plein air, élevés en plein Gers ? » Moi qui suis Gersois d’adoption (par contiguïté), je peux vous dire que, globalement, il n’y avait pas tromperie sur la marchandise. Lorsqu’on se promène dans la campagne gersoise, on tombe, à tout bout de champ – c'est le cas de le dire – sur des poulets, des canards, des oies, mais aussi des cochons qui s’ébrouent dans les prés.

 

Cela ne pouvait pas durer. L’industriel Christophe Terrain, de la société Vivadour, a décidé d’installer un élevage industriel à Lannepax, un village de quelques centaines d’habitants situé à une encablure de Vic-Fezensac. Christophe Terrain se définit comme « cultivateur transgénique et président du syndicat des producteurs de maïs ». En septembre 2007, suite aux palinodies gouvernementales concernant les OGM, il déclarait : « Pendant la campagne présidentielle, la plupart des candidats avaient prôné un frein aux OGM, sauf M. Sarkozy. On imagine mal que son gouvernement prenne maintenant une position hostile aux OGM. Ce serait complètement anormal. » Terrain entend produire dans le Gers des poulets de 35 jours, nourris avec de la nourriture importée, garantie OGM pur sucre.

 

Une enquête publique a approuvé ce projet de production de 726000 poulets par an. Serge Briscardieu, le commissaire enquêteur, estime que : « le projet d'élevage du poulet standard est une réalité économique et la consommation de ces poulets est de 85 % du total, ce qui relativise la production du poulet label ». Les conclusions de son enquête ont entraîné des réactions multiples et variées. Pour Jean-Bernard Lecroix, président de l'association “ Bien vivre à Lannepax ”, « L'enquête elle-même est contestable car elle fut réalisée pendant une période estivale, avec des horaires particuliers et des propos partisans du commissaire enquêteur. » En revanche, Bernard Lannes, représentant de la Coordination rurale, s’est déclaré favorable au projet : « Ça ne m'étonne pas, le projet est étudié depuis plusieurs années. À Lannepax, on essaye de faire peur en jouant sur le “ pas de ça chez moi ”. Il faut que les gens se rassurent, ce n'est pas une usine qui va être montée. » Jean-Claude Chatillon, porte-parole départemental de la Confédération paysanne, s’est déclaré hostile : « Ça rentre dans une logique d'agriculture industrielle massive. L'économie est au cœur de ce projet. C'est toute l'agriculture qui est tirée vers le bas. Les décideurs du projet ne mangeront même pas leurs propres poulets ! » Tout comme Martine Delmas, représentante départementale des Amis de la terre : « On s'en doutait. On regrette qu'il n'y ait pas eu de réunion publique préalable. J'aimerais aussi savoir d'où le commissaire enquêteur tire ses chiffres. »

Le préfet a jusqu’au 11 novembre pour trancher.

L’entreprise Vivadour compte 850 salariés et produit 7 millions de têtes de volaille par an. Son implantation à Lannepax lui permettrait d'augmenter substantiellement sa production de poulets dits “ standard ”. Face à elle, s'est dressé le collectif “ Bien vivre dans le Gers ”, qui regroupe 17 associations et organismes opposés au projet, parmi lesquels la Confédération paysanne, Générations futures, UFC 32 – Que Choisir, le Modef (Mouvement de défense des exploitants familiaux). Un sondage réalisé à la demande du Conseil général montre que 77% de la population gersoise est contre ce type de projet d’élevage. “ Bien vivre dans le Gers ” en appelle à la réflexion publique : « avant toute décision, les pouvoirs publics devraient mettre en place une réflexion et un débat public sur l’avenir de l’agriculture avec tous les acteurs concernés, dont ceux de la société civile ».

Le collectif a publié un communiqué mettant en garde contre les méthodes de la production industrielle : des poulets nourris avec du soja importé d’Amérique, donc probablement OGM, des farines animales dès qu’elles seront à nouveau autorisées, ou encore traités avec des antibiotiques. Les risques liés à la concentration de l’élevage sont également pointés du doigt par le collectif “ Bien vivre dans le Gers ” : épizooties et rejet de nitrates.

Face à cette action, c’est peu dire que le président de Vivadour est monté sur ses ergots. « Nous n'avons pas à nous justifier quand nous avons un projet de création, d'investissement et de production. Mais il faut aussi éviter que les gens se fassent une opinion à partir de bases erronées. En décembre 2010, nous avons annoncé en assemblée générale le besoin du marché, le besoin des abattoirs gersois, et on a avancé un projet global qui répond au marché du poulet label, et un projet de poulailler dit “ végétal ” chez nous, “ industriel' ” par d'autres, un produit qui est demandé par le marché. Ces quatre sites répondent à un souci d'équilibre des abattoirs. On a pensé que pendant toute la période d'instruction du dossier, il était maladroit de rentrer dans la réponse parfois erronée de certains pour se concentrer sur la réponse réglementaire et technique. »

 

Terrain assure par ailleurs qu’il n’y aura pas d’antibiotiques dans ses poulets : « La production de poulet végétal a beaucoup évolué. Aujourd'hui, il n'y a pas d'antibiotique activateur de croissance. Depuis la vache folle notamment, tout a été supprimé : activateurs de croissances, farine de viande, farine de poisson. On retombe sur des bases alimentaires qui sont les mêmes que le label. Le grand public est assez perturbé par rapport à ça. On est revenu à des fondamentaux. »

 

Concernant le poulet à 35 jours de croissance, Terrain développe une argumentation qu’il veut imparable : « Le poulet que l'on met dans des bâtiments industriels n'a pas la même génétique que des poulets de plein air. Ce sont des poulets sédentaires. Ils sont adaptés à cette technique qui veut qu'on le fasse pousser rapidement. À chaque type d'élevage correspond une génétique qui a progressé. »

Le président socialiste du Conseil général Philippe Martin s’est dit totalement opposé à cette implantation industrielle.

 

Avec Vivadour et son président sarkozyste, nous sommes dans l’« effet Farfouille ». Il y a maintenant une trentaine d’années que les industriels occidentaux, ayant constaté la baisse structurelle du pouvoir d’achat de la majorité de la population, importent d’Asie des produits de qualité médiocre mais à la portée du peuple appauvri. À court terme, les consommateurs continuent de consommer. À moyen et long termes, ces pratiques créent du chômage qui renforce cette logique délocalisante. Le poulet aux hormones que dénonçait Jean Ferrat il y a cinquante ans, moins onéreux que le poulet plein champ, est à la portée de bourse du smigard ou du chômeur gersois. Mais la production industrielle, outre qu’elle porte atteinte à l’environnement et à la santé, crée du chômage en ce qu’elle ruine la production artisanale de qualité.

 

*En photo : Christophe Terrain et ses hommes. Des vrais !

** Je hais la publicité mais je signale, à Lannepax, une auberge absolument formidable : Les Caprices d'Antan (link).

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5 novembre 2011 6 05 /11 /novembre /2011 16:29

Je propose ici la réponse de Jean-Luc Mélenchon (son blog, 4 novembre 2011).

 

Le « modèle allemand » est la nouvelle coqueluche. Nicolas Sarkozy s’enthousiasme : "Tout mon travail c'est de rapprocher la France d'un système qui marche, celui de l'Allemagne." Une fascination partagée par l'entourage de François Hollande. Test : les investisseurs font-ils d'avantage confiance à l'Allemagne qu'à la France ? Non. La France est largement devant l'Allemagne pour les investissements directs étrangers : plus d'un milliard de dollars en France contre 674 millions en Allemagne, selon les statistiques publiées par la CNUCED. Les Allemands sont-ils meilleurs que nous en matière de dette ? Non. En 2010, l'Allemagne avait une dette de 83,2 % du PIB contre 81,7 % pour la France selon Eurostat. L'Allemagne est donc tout autant que la France en dehors de la limite des 60 % du PIB exigée par le Pacte de stabilité. La croissance allemande est-elle meilleure que chez nous img_8278? Non plus. Sur la dernière décennie elle a été inférieure à celle de la zone euro et moindre qu’en France. D’ailleurs, le "modèle allemand" n'a pas protégé ce pays de la crise : avec une chute de 4,9 %, du PIB il a subi en 2009 une récession deux fois plus importante qu’en France. L'embellie en 2010 est donc un rattrapage. Au final, par rapport à 2008, l'Allemagne marque encore un retard de croissance plus grand qu’en France.

Le Taux de chômage en Allemagne est-il vraiment plus faible que chez nous ? Non. Officiellement de 6 % contre 9,9 % en France, il a été visuellement dégonflé grâce à la réforme social-démocrate. Elle a rayé des comptes 1,5 millions de sans emploi. Cela correspond exactement à la baisse du chômage affichée depuis 2002. En septembre dernier, le journal Die Welt a aussi révélé que 200 000 chômeurs âgés avaient été radiés. Le ministère allemand du travail a reconnu que 57 % seniors chômeurs n'étaient plus comptés. Autre artifice : la généralisation du chômage partiel, invisible dans les statistiques. Ainsi en 2010 selon Eurostat, il concernait 26,2 % des salariés allemands contre 17,8 % des salariés français.

La croissance allemande basée sur les exportations est-elle un modèle généralisable? Non. 65 % des exportations allemandes sont destinées à la demande des autres pays européens. S’ils imitaient le « modèle allemand » en contractant leurs achats l’export made in germany s’écroulerait. De plus, ces exportations ne révèlent pas une plus grande performance technique. Selon Eurostat, 16 % de celles-ci concernent  des produits de haute technologie. La France c’est  26 % des exportations. L’OCDE note aussi que les Français travaillent 154 img_7272heures de plus par an que les Allemands. Et la productivité des travailleurs français est la plus élevée d'Europe. Elle a progressé sur la dernière décennie deux fois plus vite qu'en Allemagne.

Peut-on importer le modèle allemand ? Non. La démographie Allemande est trop différente de la France. Le taux de fécondité allemand est moitié moindre qu’en France. Depuis trente ans, il y a donc davantage de décès que de naissances outre Rhin. Le pays est donc poussé à privilégier une économie de rente. La France a un besoin vital d’activité. D'ici 2060, la population allemande devrait passer de 82 millions à 65 millions d'habitants. Celle de la France devrait passer dès 2050 à 73 millions d'habitants.

On ne peut donc pas transposer le "modèle allemand" en France. D’ailleurs est-ce souhaitable ? Les Français veulent-ils vraiment aller plus loin dans la contraction des salaires et la précarité de l'emploi ? Car c'est là l'unique secret qui distingue l'Allemagne des autres pays depuis 10 ans. Ce bilan d'une décennie d'application des lois social-démocrates sur l’emploi est un désastre social. 20 % des salariés sont des travailleurs pauvres. 5 millions de travailleurs doivent se contenter de mini-jobs à 400 euros par mois, sans protection sociale. Faute de SMIC, 2 millions de salariés gagnent moins de 6 euros par heure, alors qu'aucun salarié ne peut gagner moins de 7,06 euros nets de l'heure en France. En 10 ans l'intérim a augmenté de 130 % et les CDD de 22 %. Résultat de cette politique de compression salariale : selon l'OCDE c’est une baisse record de la part du travail dans le PIB allemand : de 76 %  à 67 % en sept ans. Neuf points de PIB pris aux travailleurs. Et un taux de pauvreté de 20 % plus élevé en Allemagne qu'en France.

Pour moi, chez nous, la priorité est au contraire de rallumer le moteur de l’activité en rendant aux salariés les 10 points de la richesse produite qu'ils ont perdus au profit du capital depuis 30 ans. Le « modèle allemand » est un leurre. Etendu à l'ensemble de l'Union européenne, il mènerait tout droit à la récession. L'intérêt général du pays nous appelle donc img_8329à finir avec cette fascination morbide pour l'Allemagne. Il faut soutenir le cœur vivant de notre économie, c'est-à-dire ses productifs et les besoins sociaux de la population.

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4 novembre 2011 5 04 /11 /novembre /2011 16:00
Theodorakis : Si les peuples d’Europe ne se lèvent pas, les banques ramèneront le fascisme

http://greece.greekreporter.com/files/mikis_theodorakis.jpgAlors que la Grèce est placée sous tutelle de la Troïka, que l’Etat réprime les manifestations pour rassurer les marchés et que l’Europe poursuit les renflouements financiers, le compositeur Mikis Theodorakis a appelé les grecs à combattre et mis en garde les peuples d’Europe qu’au rythme où vont les choses les banques ramèneront le fascisme sur le continent.

Interviewé lors d’une émission politique très populaire en Grèce, Theodorakis a averti que si la Grèce se soumet aux exigences de ses soi-disant « partenaires européens », c’en sera « fini de nous en tant que peuple et que nation ». Il a accusé le gouvernement de n’être qu’une « fourmi » face à ces « partenaires », alors que le peuple le voit comme « brutal et offensif ». Si cette politique continue, « nous ne pourrons survivre (…) la seule solution est de se lever et de combattre ».

Résistant de la première heure contre l’occupation nazie et fasciste, combattant républicain lors de la guerre civile et torturé sous le régime des colonels, Théodorakis a également adressé une lettre ouverte aux peuples d’Europe, publié dans de nombreux journaux... grecs. Extraits :

Notre combat n’est pas seulement celui de la Grèce, il aspire à une Europe libre, indépendante et démocratique. Ne croyez pas vos gouvernements lorsqu’ils prétendent que votre argent sert à aider la Grèce. (…) Leurs programmes de « sauvetage de la Grèce » aident seulement les banques étrangères, celles précisément qui, par l’intermédiaire des politiciens et des gouvernements à leur solde, ont imposé le modèle politique qui a mené à la crise actuelle.

Il n’y pas d’autre solution que de remplacer l’actuel modèle économique européen, conçu pour générer des dettes, et revenir à une politique de stimulation de la demande et du développement, à un protectionnisme doté d’un contrôle drastique de la Finance. Si les Etats ne s’imposent pas sur les marchés, ces derniers les engloutiront, en même temps que la démocratie et tous les acquis de la civilisation européenne. La démocratie est née à Athènes quand Solon a annulé les dettes des pauvres envers les riches. Il ne faut pas autoriser aujourd’hui les banques à détruire la démocratie européenne, à extorquer les sommes gigantesques qu’elles ont elle-même générées sous forme de dettes.

Nous ne vous demandons pas de soutenir notre combat par solidarité, ni parce que notre territoire fut le berceau de Platon et Aristote, Périclès et Protagoras, des concepts de démocratie, de liberté et d’Europe. (…)

Nous vous demandons de le faire dans votre propre intérêt. Si vous autorisez aujourd’hui le sacrifice des sociétés grecque, irlandaise, portugaise et espagnole sur l’autel de la dette et des banques, ce sera bientôt votre tour. Vous ne prospérerez pas au milieu des ruines des sociétés européennes. Nous avons tardé de notre côté, mais nous nous sommes réveillés. Bâtissons ensemble une Europe nouvelle ; une Europe démocratique, prospère, pacifique, digne de son histoire, de ses luttes et de son esprit. Résistez au totalitarisme des marchés qui menace de démanteler l’Europe en la transformant en Tiers-monde, qui monte les peuples européens les uns contre les autres, qui détruit notre continent en suscitant le retour du fascisme.

http://canempechepasnicolas.over-blog.com/article-grece-mikis-theodorakis-si-les-peuples-d-europe-ne-se-levent-pas-les-banques-rameneront-le-fasc-87520862-comments.html

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4 novembre 2011 5 04 /11 /novembre /2011 14:39
http://www.tsr.ch/2010/05/26/14/28/1722381.image?w=480&h=270Comme c'est presque toujours le cas en ces circonstances, l'objectif n'est pas de rendre la justice mais de faire souffrir, puis de tuer.

Après le rejet de la demande de tests ADN communiquée jeudi, dans quel état d'esprit êtes-vous ?

- Le même que d'habitude. Nous attendions ce rejet, mais nous aurions aimé que le juge ne prenne pas deux mois pour pondre un arrêt d'une ligne, sans aucune explication pour justifier ou expliquer son refus.

 

Les procureurs estiment que vous n'avez pas su "démontrer qu'existe la probabilité que de nouveaux tests vous innocenteraient… Sur quoi cet argument se fonde-t-il ?

- Sur rien.

 

Est-ce une question d'argent ? Ces tests sont-ils si chers…?

- Non, la défense a toujours proposé de payer les tests ADN, alors que l'état du Texas a gaspillé des fortunes depuis le rejet de la première demande de tests ADN en 2001 pour continuer à bloquer cette demande.

 

Il n'y a que les tests qui pourraient prouver la culpabilité ou l'innocence de votre époux, on a l'impression de marcher sur la tête avec un tel argument non?

- Non, il y a beaucoup d'autres problèmes clefs dans le dossier que les tribunaux ont toujours refusés de prendre en compte. Ce serait beaucoup trop long d'entrer dans le détail mais tout est sur le site internet... www.hankskinner.org

 

Votre avocat Robert Owen a annoncé vouloir faire appel de cette décision. Quels sont les mécanismes judiciaires possibles ?

- Il reste la cour d'appel du Texas, la plus haute juridiction pénale car la cour suprême de l'Etat ne traite que les affaires civiles.

 

Un appel suspendra-t-il l'exécution prévue le 9 ?

- Non, pas l'appel en lui-même, mais la cour d'appel devrait "normalement" suspendre l'exécution pour se donner le temps d'instruire l'appel, ce qu'elle ne peut décemment pas faire en trois jours ouvrables.

 

Pensez-vous garder le soutien des dix-sept élus, anciens procureurs et juges qui avaient demandé la semaine dernière, dans une lettre commune au gouverneur Perry, que ces tests ADN soient réalisés "avant de procéder à l'exécution" ?

- Bien sûr, d'autres voix sont en train de se joindre à cet appel, entre autres les voix de 25 innocentés des couloirs de la mort américains qui vont publier une lettre ouverte au Gouverneur Perry dans les prochains jours.

 

Vous attendez toujours une décision de la cour fédérale. Avez-vous l'espoir d'une décision prochaine? Où en est-on de ce côté-là?

- La plainte au civil va sans doute être annulée par le magistrat.

 

Le fait que le gouverneur Perry soit candidat à la présidentielle joue-t-il un rôle (positif ou négatif) dans votre dossier ?

- Potentiellement positif, mais aussi potentiellement négatif.

 

Comptez-vous en appeler à un soutien français ? En appelez-vous à Nicolas Sarkozy? Alain Juppé?

- C'est déjà fait et en cours. Je ne souhaite pas en dire plus pour le moment.

Interview de Sandrine Ageorges-Skinner, épouse de Hank Skinner, ce condamné à mort aux Etats-Unis qui attend dans les couloirs de la mort depuis 16 ans, par Céline Lussato – Le Nouvel Observateur

(Le vendredi 4 novembre 2011)

 

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4 novembre 2011 5 04 /11 /novembre /2011 07:18

Dans Siné-Mensuel n° 2. Conseils adressés aux travailleurs tout nouvellement recrutés.

 

http://d4.diff.missglad.com/7/c/1/7c156aaa384ac9b857063a1b456594fefull.jpg1 - Sachez que si le patron ne vous fait pas signer de contrat, vous n'êtes pas en CDD mais en CDI. Un CDD doit être obligatoirement écrit. Et un contrat, cela se signe au premier jour, sinon vous êtes en CDI. Ensuite, même s'il vous le demande avec insistance n'acceptez pas d'antidater: dites que vous avez peur de faire quelque chose d'illégal (la loi l'interdit).

 

2 - S'il n'y a pas de motif écrit dans le contrat CDD, ne dites rien, vous êtes en CDI, car un CDD doit être motivé: « surcroît exceptionnel de travail» ou « remplacement de salarié absent ».

 

3 - Si le patron vous impose plusieurs CDD de suite ne dites rien. La loi impose un délai de carence entre deux CDD : un tiers du temps du premier CDD doit séparer la fin du premier CCD du début du deuxième. Si ce délai n’est pas respecté, vous êtes en CDI !

 

4 - Bref. Si le patron vous utilise sans motif réel dans une succession de contrats, laissez-le faire... Le jour où il voudra arrêter, dites-lui que vous n'êtes pas d'accord. Ce ne sera plus une simple « fin de contrat », il devra vous licencier avec la procédure ad hoc, par écrit, entretien préalable, motif, préavis, indemnités éventuelles prévues par le code ou la convention collective.

 

5 - Si le patron refuse d'exécuter le licenciement en bonne et due forme, adressez-vous au syndicat, aux élus du personnel ou/et a l'Inspection du travail, enfin aux prud'hommes. Vous gagnerez presque à coup sûr.  De plus, il n'est pas impossible que, pour éviter tout ce pataquès, le patron décide finalement de vous garder.

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3 novembre 2011 4 03 /11 /novembre /2011 06:41

http://www.iamsoglam.fr/wp-content/uploads/2011/06/Carla-Bruni-Sarkozy-enceinte.jpgPour des raisons « techniques » qu’il ne m’est pas possible d’exposer ici (le technique étant le faux-nez du politique et du social), ma femme, maître de conférences, n’a pas bénéficié, en 2002, du congé de maternité légal (14 semaines). Elle n’a pas été la seule enseignante universitaire touchée par ce fort désagrément dû, en grande partie, à l’annualisation des services imposée par les socialistes dans les années 1980. Dans le public comme dans le privé, l’annualisation des tâches a suscité de grandes disparités de diverses natures.

 

 

La société française ayant toujours été dominée par les hommes, les acquis des femmes ont à jamais relevé d’un combat sisyphien. Je n’insisterai pas sur la situation des femmes enceintes au XIXe siècle : la lecture de Victor Hugo, de Zola et d’autres est édifiante. Les choses commencèrent à bouger peu de temps avant 1900. Avec des réactions terribles de la droite bien pensante. Alors que Paul Lafargue, gendre de Marx, demande un congé de maternité de 18 mois pour que la mère puisse allaiter dans la durée, l’agrégé de médecine et député Armand Després, du haut de sa spécialisation en vénérologie, freine des quatre fers : selon lui, la plupart des mères n’ont pas besoin de repos. Alors, pourquoi légiférer pour trois congés thérapeutiques annuels dans le pays ? La profession de foi de ce député – qui n’était certes pas le plus réactionnaire de la Chambre – ne manquait pas de sel : « Electeurs, Les Constitutions valent ce que valent les hommes qui les mettent en œuvre. Pas de révision, Pas de plébiscites, Mais... plus de Gouvernement de parti, la République pour tous et pour la patrie. L'ordre et la probité dans les finances, la justice dans les impôts. Les sœurs, dans les hôpitaux, la paix religieuse. »

 

Pendant ce temps, surviennent quelques évolutions positives dans d’autres pays européens comme l’Allemagne ou l’Autriche. Quatre semaines de repos, sans indemnités, sont accordées aux travailleuses. En 1909, le législateur français, sans rien changer aux droits des accouchées, stipule néanmoins qu’un patron du secteur privé ne pourra pas rompre le contrat de travail d’une mère restant chez elle pendant deux mois pour se reposer. En 1903, l’administration des Postes accorde un congé de 25 jours aux nouvelles mères (signalons qu’en 1909 le port du pantalon, pour les femmes, n'est plus un délit à condition qu'elles tiennent à la main un vélo ou un cheval). En 1910, les enseignantes bénéficient désormais d’un congé de maternité de deux mois à taux plein (en 2002, ma femme : 0 mois, 0 semaine, merci Monsieur le Président de l’Université de Tours). D’autres fonctionnaires bénéficieront de ce même congé par la suite. En 1913, la loi Strauss rend obligatoire le repos après l'accouchement avec une allocation très faible. L'application reste limitée. En 1928, un Congé maternité de 2 mois à plein traitement est désormais en vigueur dans toute la fonction publique. En 1938, scrogneugneu, l’épouse n’est plus tenue au devoir d’obéissance à son mari. Les choses bougent, donc.

 

La France ayant été saignée durant la Grande Guerre, il convient de la repeupler. Pour ce faire, on n’accorde pas de vrais et décentes allocations familiales mais on crée une médaille de la famille française et une fête des Mères en 1926. Un Mother’s Day avait été institué en 1908 aux États-Unis, une fête identique au Royaume-Uni en 1914. La ville de Lyon célébrera les Mères dès 1918, le gouvernement français fêtera les familles nombreuses (cinq enfants minimum) en 1920, puis inaugurera une journée des Mères en 1929, que Pétain inscrira au calendrier en 1942, (avant de laisser guillotiner une avorteuse en 1943). Vichy considère l’avortement comme un « crime contre la race ». La contraception est impie : un médecin qui informe est passible de prison.

 

Entre les deux guerres, la condition des femmes enceintes s’était pourtant améliorée, avec l’institution d’une indemnité minimale et le remboursement des frais médicaux pour l’accouchement. Mais l’indemnité est beaucoup trop faible pour que la mère puisse se nourrir ou se soigner correctement.

 

Longtemps après la Deuxième Guerre mondiale, dans l’inconscient collectif, la maternité sera considérée comme une maladie. Il faudra attendre l’après Mai 68 pour qu’une indemnisation à taux plein de 14 semaines soit versée aux employées des banques et des assurances. Les travailleuses de la métallurgie, de l’industrie du textile, des services et de nombreux autres secteurs demeurent indemnisées à 50%. En 1970, le congé est indemnisé à 90% du salaire brut du congé de maternité par la Sécurité sociale (au lieu des 50% réservés à la maladie). Le décret d'application viendra en 1971. Il était temps car, chaque année, plus de trois millions de journées de congé de maternité n’étaient pas utilisées par les mères.

 

 

À lire :

http://maisondesfemmes.free.fr/dates/avancees.droits.fems.htm

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