Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
21 juillet 2011 4 21 /07 /juillet /2011 15:00
   http://www.nouveleconomiste.fr/Images-Blog/Vdh-martel1.jpg

On a appris récemment la mort tragique, dans un accident d'avion qui lui appartenait, de Pierre-André Martel et de sa fille âgée de 20 ans. Martel était le PDG de la société Caravelle.

 

J'ai personnellement pris connaissance de cette information sur le site de 24 heures, puis à la télévision. Ce qui m'a frappé, c'est que, sur le site du quotidien, comme à la télévision, la première information donnée sur cet homme inconnu du grand public est qu'il était "classé par le magazine Challenges au 134e rang des plus grosses fortunes de France, avec un patrimoine estimé à 350 millions d’euros."

 

C'est ainsi que se construit au jour le jour l'idéologie libérale. On aurait pu nous le présenter en insistant sur son amour pour la musique de Fauré ou la garbure gasconne. Seulement voilà : dans les colonnes du Nouvel Economiste, Martel expliquait récemment qu'un plan social était "un acte douloureux", mais qu'on n'avait "jamais redressé une entreprise avec un plan social".

 

Le site Edubourse, pour sa part, complétait le portrait de ce héros du capitalisme financier - fonctionnaire puisque militaire -  formé grâce aux impôts des contribuables français : "Un polytechnicien n'est pas obligatoirement dédié (sic) à intégrer les grands cabinets feutrés de la République jusqu'à sa retraite. Pierre-André Martel a certes travaillé au Ministère de l'Industrie durant 5 années, mais il est surtout connu pour la fondation du groupe Caravelle. Titulaire d'un MBA de la Harvard Business School, il prendra le contrôle de l'Institut de Développement Industriel avant de se tourner vers Marceau Investissements. Pierre-André Martel a fondé la société Caravelle en 1995, avec un tour de table constitué de Gan, Natexis et Legris Industries."

 

Si l'on a bien compris, Martel et son groupe se "dédiait" (comme on dit en français libéral) à la restructuration d'entreprise. En d'autres termes, la tâche admirable de ce Monsieur consistait à licencier des travailleurs, à ruiner des familles, à détruire l'emploi pour le bien de l'actionnariat. C'est ainsi qu'il bâtit cette désormais fameuse 134eme fortune de France. Celui que les médias, dans une belle unanimité, nous ont présenté comme un héros, n'était en fait qu'un tueur, qui s'apprêtait d'ailleurs à s'occuper des intérêts de l'entreprise Mory, autrefois florissante.

 

    Voilà comment fonctionne l'idéologie libérale : avoir - mieux - être une grande fortune constitue la qualité primordiale de l'individu, même si, comme celle des oligarques russes, cette fortune s'est érigée en moins d'une génération. Faire fortune est à la fois héroïque et normal. Cela me rappelle la dégoulinade autour de l'anglais "parfait" de Christine Lagarde (link), une compétence qui ne sert pas à se pénétrer de Shakespeare mais à asservir le monde.

 

PS : Si j'étais vraiment méchant, je dirais que, sur la photo, Martel ressemble furieusement à Woerth.

   

  

Partager cet article
Repost0
20 juillet 2011 3 20 /07 /juillet /2011 06:11

 

http://www.dijon-sante.fr/wp-content/uploads/2010/09/assurance_maladie_bachelot_woerth_securite_sociale_taxes_mutuelles.jpgIl convient d’abord de garder à l’esprit que le numerus clausus mis en place dans les années 70 a été fortement réduit depuis vingt ans : on est passé de 8500 à 3500 médecins formés (il faudrait former 9000 médecins et 40000 infirmiers). Cette chute a été soutenue par les syndicats de médecins de droite car elle permettait de faire jouer l’offre et la demande pour imposer une augmentation de leurs tarifs.


Dans de nombreux hôpitaux de province, des médecins partis récemment à la retraite n’ont pas été remplacés. Les dépassements d’honoraires dérégulés se sont généralisés. Des assureurs privés ont créé la société Santéclair pour aider les médecins à augmenter leurs tarifs. Société « spécialisée dans la gestion du risque santé », Santéclair « accompagne » une dizaine de compagnies d’assurances et mutuelles, dont Allianz et la MAAF. 1700 opticiens, 2500 chirurgiens-dentistes sont partenaires de cette société.


Les hôpitaux doivent faire face à plusieurs mutations : les progrès médicaux, les besoins des patients, les nouvelles conditions de l’exercice de la profession. Les progrès médicaux impliquent une concentration de moyens pour assurer les soins 24 heures sur 24. Ces moyens doivent être répartis de manière harmonieuse sur tout le territoire national. Sinon, la chaîne des soins peut s’arrêter. Chaque jour, dans les hôpitaux de Paris, plus de 1000 personnes sont en attente de soin. Certaines maladies tendent à disparaître, d’autres se développent. On rencontre de moins en moins de cas de poliomyélites ou d’ulcères à l’estomac mais de plus en plus de cancers de la prostate. 15 millions de personnes sont touchées par une maladie chronique. La santé des Français (et des autres) subit de plein fouet la crise sociale , mais aussi une évolution dans nos modes de vie. Ainsi, la sédentarité est responsable de la recrudescence des maladies cardiovasculaires (multipliées par 29 aux États-Unis entre 1900 et 1996). Le diabète de type 2 et l’obésité ont coûté un trillion d’euros dans ce même pays durant le XXe siècle. Dans ce domaine, les inégalités s’accroissent. Pour prévenir, lutter contre les maladies précitées, des activités physiques sont indispensables. On observe que l’Île-de-France compte 25 équipements sportifs pour 10000 habitants (loin des 52 de la moyenne nationale).


Le système de santé français est un compromis entre le programme du CNR de 1945 et la médecine libérale. L’augmentation des coûts (11% du PIB) implique le recours à une régulation publique. La droite souhaite une régulation par le marché, seule capable, selon elle, d’offrir des soins de qualité et à moindre coût, ainsi que des investissements nécessaires à l’innovation permise par les profits. Le problème est que le patient n’est pas un client comme les autres : il n’a pas choisi d’être malade et il est parfaitement inapte à évaluer l’offre de soins qui lui est faite. Souffrant, angoissé, il est une proie idéale, parfaitement manipulable par les prestataires. La     médecine libérale augmente les coûts de la santé pour la société, ne serait-ce qu’avec les frais de gestion et coûts de marketing (15 à 20% côté assureurs privés et mutuelles, 5% côté sécu). En privilégiant les pathologies rentables, la médecine privée renforce les inégalités.


La politique de la droite consiste à effectuer le transfert des coûts vers les usagers et les assurances privées. Puis de vendre un service public prédécoupé selon des missions préétablies sans souci du bien-être collectif. Enfin de généraliser le paiement à l’acte ou à l’activité. Afin de différentier ce qui est rentable (réservé aux cliniques privées) de ce qui ne l’est pas (canalisé vers les hôpitaux). On ne s’étonnera pas qu’en 2009 29 des 31 CHU se soient retrouvés en déficit.


Les directeurs d’hôpitaux sont conduits à devenir de véritables managers. La loi Hôpital, patients, santé, territoires (HPST) permet de recruter des directeurs issus du privé sur des bases contractuelles en dehors des échelles de la Fonction publique. Ces managers sont mis en place pour dégraisser le mammouth : 9800 emplois ont été supprimés en 2009, 10000 en 2010, 15000 en 2011. 1300 rien qu’à Paris.


La réponse du capitalisme financier à ces problèmes fut d’une simplicité biblique : toujours plus de libéralisme dans le cadre de la concurrence libre et non faussée. C’est au nom de ces principes, de cette “ liberté ”, que des pharmaciens en France se retrouvent désormais en rupture de stock (y compris pour des médicaments soignant des affections de longue durée) car les laboratoires préfèrent vendre à l’étranger à meilleur prix, et dans des pays où, de toute façon, ils payeront moins d’impôts.


Une réponse technique à la “ crise ” qui, je l’ai déjà dit maintes fois, n’est pas le problème mais la solution, fut d’instaurer des franchises contre la logique de la Sécurité sociale. Il en alla de ces franchises comme de la CSG : on commença piano et l’on poursuivit furioso. Quatre franchises furent instituées en 2008 : sur les consultations, les médicaments, les analyses, l’hospitalisation. On y ajouta 50 centimes sur chaque boîte de médicament et sur chaque acte paramédical, et 2 euros sur chaque recours aux transports sanitaires. Sans oublier le forfait d’un euros sur les consultations depuis 2004. La franchise attaque le principe de cotisation selon la capacité contributive de chacun, ouvrant un droit égal aux soins. À terme, ce système qui brise le dos du chameau, comme disent les Grands-Bretons, renforce toutes les inégalités (ce qui est en contradiction avec les politiques de l’immédiat après-guerre) et induit le recours aux assurances privées.


On estime qu’aujourd’hui 30% des assurés ne disposant pas de complémentaire renoncent à se faire soigner (63% pour les soins dentaires). Les dépassements d’honoraires ont augmenté de plus de 40% en dix ans, au point que 40% des assurés disposant d’une complémentaire ne sont pas remboursés des dépassements. Les écarts se creusent : un cadre vit désormais dix ans de plus en bonne santé qu’un ouvrier.


Immorale, ces politiques financières et malthusiennes sont également imbéciles au sens où elles font fi du fait que le secteur de la santé représente 10% des emplois, sans parler de cette évidence qui veut qu’une population en bonne santé est plus productive qu’une population asthénique. Que les dépenses de santé, comme celles du tertiaire en général, s’élèvent plus vite que le PIB n’a rien de scandaleux, au contraire : c’est un signe de la vigueur des sociétés modernes.


Contrairement à ce que martèle l’idéologie libérale, la gratuité des soins n’est pas source de dépenses supplémentaires, comme le montre aujourd’hui l’exemple scandinave, et comme cela fut le cas pendant une trentaine d’années en Grande-Bretagne. En revanche, les trente milliards d’euros d’exonérations de cotisations patronales, chaque année, sont un fardeau insupportable pour la collectivité. D’autres formes de rémunération pour les médecins que le paiement à l’acte doivent être trouvées et tentées. Il faut absolument élever un mur (un cordon sanitaire ?) entre la formation continue des médecins et les entreprises pharmaceutiques. Nous sommes en effet au-delà de l'inceste en ce domaine. Dans Le Choeur des femmes, le romancier et médecin Martin Winckler écrit : " Le simple fait qu'une entreprise de médicaments offre des blocs-notes publicitaires gratuits à des étudiants en médecince influence les prescriptions ultérieures".


Des pratiques réellement démocratiques dans la santé publiquent implique le rétablissement des élections des administrateurs des caisses d’assurance maladie, ainsi que des droits et des pouvoirs nouveaux pour les salariés et usagers.

 

 

Note réalisée à l’aide de réflexions de militants du SNESUP, le professeur de médecine André Grimaldi et la maîtresse de conférences honoraire en sciences économiques Catherine Mills, au premier chef.


Dessin de Pancho.

 

http://bernard-gensane.over-blog.com/

 

 

PS : un correspondant apporte les précisions suivantes :

 

J’apporterai un complément, les ruptures de stocks en France ne sont pas uniquement dû à l’avidité des certains laboratoires. Une autre cause est l’imposition de quotas aux ventes en France. Les prix des médicament français sont aujourd’hui proche des prix médians européens. Or la réglementation européenne permet au grossistes répartiteurs d’acheter dans un pays, de changer le boitage et la notice pour vendre dans un autre pays européen où les prix sont plus élevés. Ce phénomène autrefois limité aux régions frontalières se généralisent notamment pour les médicaments les plus chers (dont les prix administrés restent parmi les plus bas en France). Résultat, les laboratoires sont concurrencé par leurs propres produits. La réponse a donc été de limiter les quantités dans chaque pays. Le pire étant que cela se fait à partir de l’Afrique pour les médicaments anti-VIH créant en plus une perte de chance pour les malades (le cynisme de certains me surprendra toujours).

J’ajouterai que les pharmaciens se trouvent dans une situation bientot similaire à celle des médecins. En effet, pour contrer d’importants départs à la retraite le numerus clausus augmente depuis 2003. L’augmentation est aujourd’hui difficile à justifier vu la difficulté économique de certaines officines et de l’absence d’étude prospective sur la démographie des pharmaciens. Cependant, cela permet tout de même de maintenir une croissance des chiffres de ventes des officines, qui correspond à la retraite d’un pharmacien (elle n’est souvent pas petite). Mais ca confère à l’absurdité avec des banques de plus en plus frileuses à prêter et des prix de ventes de plus en plus élevés (dans certaines régions les banques demandes 30% d’apport personnel pour des pharmacie valant 3 millions d’euros, qui en a les moyens ?) donc non seulement, seuls les diplomés ayant des moyens pourront acheter mais à terme, plus personne n’achetera et la désertification pharmaceutique se joindra à la désertification médicales. Et que font les syndicats (patronaux s’entend) et le gouvernement alors qu’on a encore les moyens d’ajuster le tire, rien. On vit une époque formidable.

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
18 juillet 2011 1 18 /07 /juillet /2011 14:51
Ci-dessous un article très intéressant de René Hamm (pour Le grand Soir) sur la politique énergétique nucléaire de la France. Il nous parle de DSK (forcément), mais aussi de Voynet.

 

 


L’amorce d’une sortie résolue du nucléaire n’étant, malheureusement, point imminente sous nos latitudes, il ne me semble nullement superfétatoire de remémorer brièvement les circonstances dans lesquelles les irresponsables au sommet de l’exécutif engoncèrent la France dans cette voie aussi dangereuse qu’onéreuse.




Si la genèse du nucléaire hexagonal reposa sur un usage militaire, son histoire irrigue, de manière fort édifiante, celle de « la gauche » (lorsque j’emploie ce vocable dans un contexte politique, je l’entoure systématiquement de guillemets).


Le 4 mai 1939, le physicien Frédéric Joliot, membre du Parti communiste, déposa via la Caisse nationale de la recherche scientifique (Paris) à l’Office national de la propriété industrielle, en compagnie de ses collègues du Collège de France, Hans von Halban et Lew Kowarski, le brevet « Cas N° 3 », intitulé « Perfectionnement aux charges explosives », le mode d’emploi de la bombe A. Sous son égide, la France acquit l’intégralité de l’eau lourde norvégienne et s’assura de l’approvisionnement en uranium dans le Haut-Katanga (Congo) ; elle devint la première importatrice de ce minerai. Le co-lauréat, avec son épouse Irène, du Prix Nobel de chimie, en 1935, dirigea, dès sa création, le 18 octobre 1945 par le général Charles de Gaulle, le Commissariat à l’énergie atomique. Il en fut évincé après qu’il eut lancé, le 19 mars 1950, l’Appel de Stockholm afférent à l’interdiction absolue de l’arme de destruction massive dont il apparut, avec les physiciens d’obédience socialiste, Francis Perrin et Yves Rocard, comme un des géniteurs. Taraudé par ce que je qualifierais de « syndrome Frankenstein/Einstein », le concepteur de la pile « Zoé » au fort de Châtillon (à cinq kilomètres au sud de la capitale) réalisa avec effroi l’incommensurable nocivité de son « œuvre ». Le décret du 26 octobre 1954, signé par Pierre Mendès-France, président du Conseil, matérialisa noir sur blanc la détermination de construire le terrifiant engin de mort. Guy Mollet, qui cornaqua, sous la bannière de la Section française de l’Internationale ouvrière, le gouvernement entre le 1er février 1956 et le 13 juin 1957, acquiesça au plan quinquennal incluant la force de frappe, alors qu’il avait longtemps prôné une position « pacifiste », majoritaire dans sa formation.


Pas d’un iota


Au printemps 1976, Charles Hernu, qui ne se doutait pas encore qu’il deviendrait, cinq ans plus tard, le chouchou des galonnés, Robert Pontillon, Jean-Pierre Chevènement, Didier Motchane et Lionel Jospin achevèrent, au fil de motions internes aux tournures plutôt floues, de convertir le PS au nucléaire militaire. L’adhésion au volet civil suivrait incessamment. Au préalable, à l’aube d’un scrutin que beaucoup considérèrent comme crucial, il convenait de se démarquer du giscardisme. Le projet socialiste, édité au 1er trimestre 1980, insista sur « l’organisation d’un débat démocratique, non biaisé », impliquant « une opinion informée disposant d’un esprit critique… ». La nouvelle majorité voterait dès son accession aux leviers de l’État une loi garantissant « les modalités de contrôle des citoyens et des élus sur le processus de décision », tant nationalement que régionalement, y compris dans le domaine de la sûreté nucléaire. Ces points figurèrent également dans les fameuses « 110 propositions », dont les auteurs promirent de veiller à une diversification du panel, de pair avec une vaste palette d’économies d’énergie… Au lieu de cela, les gouvernants propagèrent le chauffage électrique, une de ces aberrations d’envergure qui germent régulièrement dans le cerveau déjanté de bureaucrates patentés et de leurs hommes-liges. Si aujourd’hui la France végète, à l’échelle de la « vieille Europe », en queue de peloton quant à la promotion des sources renouvelables, nous le devons essentiellement à celles et ceux qui jurèrent, avec des accents rimbaldiens, de « changer la vie » !...


François Mitterrand abandonna simplement le projet de Plogoff (1), à la pointe du Raz (Finistère) de même que l’extension du camp dévolu aux jeux guerriers sur le plateau du Larzac. Assumant pleinement « l’héritage » de ses prédécesseurs (2), le « florentin », maître ès-esquive et manipulation, s’empressa non seulement d’enterrer le moratoire, comme l’idée d’une consultation du Parlement et a fortiori des citoyen(-ne)s, mais il accéléra les constructions en cours, en commanda d’autres, tout en ne modifiant pas d’un iota l’option de la dissuasion. Je rappelle qu’Anne Lauvergeon, récemment blackboulée par Nicolas Sarkozy des rênes d’AREVA, fut une sherpa et une groupie du « sphinx ».


Nous avons loupé le coche du nécessaire tournant à l’été 1981, lorsque l’électricité d’origine nucléaire représentait 38% du « mix ». Au terme de la première (et unique) législature socialo-communiste sous la cinquième République, le chiffre avoisina les 60%. Après la cohabitation du 20 mars 1986 au 10 mai 1988, avec Jacques Chirac à Matignon, le retour du PS aux affaires (jusqu’au 29 mars 1993) coïncida avec le quasi-bouclage du parc des centrales. Depuis, la proportion du courant généré par la fission ne variera plus guère : entre 75 et 78%, peu ou prou le double de « l’état des lieux » initial. La nomination de deux Verts au sein du cabinet de Lionel Jospin en qualité de Ministre de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement, Dominique Voynet (4 juin 1997 – 9 juillet 2001), puis Yves Cochet (10 juillet 2001 – 5 mai 2002), n’impulsa aucune esquisse d’alternative. L’actuelle maire de Montreuil signa une dizaine de décrets concernant cette occurrence, par exemple l’introduction du combustible MOX dans les installations de Chinon (Indre-et-Loire) et l’érection de deux tranches à Civaux (Vienne) ou encore l’autorisation d’un chantier en vue de l’enfouissement éventuel de déchets radioactifs à Bure (Meuse)… Elle avalisa par ailleurs la culture de maïs et d’un soja transgéniques…


Addictions


Édith Cresson dont les diverses malversations (corruption, favoritisme, népotisme…) ne pesèrent pas pour peu dans la chute, le 16 mars 1999, de la Commission européenne présidée par le Luxembourgeois Jacques Santer, se singularisa de manière éhontée par ses partis pris en faveur des géants atomique et pétrolier. Alors qu’elle avait notamment en charge à Bruxelles le programme « JOULE », miss « rien à cirer » sabra sciemment, avec le concours de collaborateurs zélés, 655 millions de F budgétés pour les énergies renouvelables. Des hauts-fonctionnaires tripatouillèrent des études portant sur 936 projets, solaires ou éoliens, en provenance de toute l’Europe. Grâce soit rendue à l’Irlandaise Nuala Ahern et aux Allemands Hiltrud Breyer et Wilfried Telkämper (3), élu(-e)s de la fraction verte au Parlement strasbourgeois, qui dévoilèrent ces ignobles turpitudes demeurées impunies.


Dans leur essai, Les vies cachées de DSK (Le Seuil, mars 2000, 249 pages, 18,30 €), Véronique Le Billon et Vincent Giret, journalistes au mensuel L’Expansion, consacrent le chapitre « Ministre privé » à certaines prestations « intellectuelles » exécutées par Dominique Strauss-Kahn. On y apprend ses accointances, aussi vénales qu’idéologiques, avec le lobby nucléaire. Après sa défaite aux législatives de mars 1993, le recalé de l’ÉNA créa DSK Consultants. Entre 1994 et 1996, EDF lui versa environ 1,5 million de francs, en particulier pour avoir favorisé la coopération franco-allemande sur l’EPR (Siemens/Framatome). Il se ficha comme d’une guigne que la Cour des comptes l’épinglât pour le montant de ses émoluments. De la Cogéma, le natif de Neuilly-sur-Seine palpa quelque 600 000 francs pour des interventions auprès de députés sociaux-démocrates qu’il s’agissait de convaincre quant à l’opération susvisée. Il « pigea » aussi pour l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs. Au total, il perçut jusqu’en 1997 en moyenne 200 000 francs par mois pour quelques rapports, courriers, entretiens de visu et coups de fil… Alors que son… addiction à…l’atome lui avait rapporté gros, quelques-un(-e) de ses affidé(-e)s prétendent que l’ex-ponte du FMI envisageait un désengagement de ce mode de production énergétique. Bien avant les événements survenus, le 14 mai dernier, dans la suite 2806 du Sofitel de Manhattan, celui qui avait trop longtemps entretenu la fiction quant à son pouvoir de « séducteur » quasi irrésistible avait déclaré qu’il « n’est pas souhaitable que l’humanité y renonce… » (4). Pas au harcèlement sexuel, au nucléaire !...


Après l’accident survenu à Fukushima, suite au séisme et au tsunami du 11 mars dernier, irritée par la résurgence de la polémique autour d’une technologie de toute évidence guère maîtrisable en cas d’emballement et potentiellement à très haut risque, Ségolène Royal avait reproché aux écologistes de ne pas respecter un « délai de décence ». Benoît Hamon demande un « inventaire précis ». Je l’affranchis ? La France compte cinquante-huit réacteurs d’une puissance globale de 63260 mégawatts (quarante-quatre sur les berges d’un cours d’eau, quatorze en bord de mer) répartis sur dix-neuf sites. Seuls les States la devancent : cent quatre. Jack-« Il n’y a pas mort d’homme »-Lang ne craint pas d’être foudroyé par le ridicule en pérorant sur une « énergie pacifique, non-polluante ».


François Hollande estime qu’abandonner une industrie « où on est sans doute les meilleurs » (sic) serait « ni économiquement sérieux, ni écologiquement protecteur, ni socialement rassurant ». On concédera au moins au président du Conseil général de Corrèze une franchise qui tranche avec les louvoiements chafouins d’autres hiérarques siégeant au 10 rue de Solférino.


Aurélie Filippetti, députée de la Moselle, a pris sans ambiguïté ses distances avec la position du bureau national, une « vision dépassée » (5). Elle a exhorté ses « amis socialistes à une prise de conscience ». Mouais ! Martine Aubry a sonné les cloches à la franc-tireuse, non sans indiquer qu’elle adhère à la « logique des Verts en la matière ». Une sortie au mieux d’ici vingt ans, donc ! Eu égard à l’urgence d’un revirement et d’une reconversion, une telle échéance, que la fille de Jacques Delors aurait néanmoins du mal à vendre à ses ouailles, équivaut aux calendes grecques…

René HAMM

Bischoffsheim (Bas-Rhin)

 

(1) Le 16 mars 1980, 50 000 personnes manifestèrent à l’occasion de la clôture de l’enquête d’utilité publique. Le week-end des 24 et 25 mai, près de 150 000 opposant(-e)s se rassemblèrent face à la Baie des trépassés, quelque 60 000 restèrent pour un fest-noz. Je signale le documentaire en 16 mm de Nicole et Félix Le Garrec, Plogoff : des pierres contre des fusils (112 minutes), sorti le 19 novembre 1980, qui avait attiré 250 000 intéressé(-e)s dans les salles obscures, ainsi que l’ouvrage de Gérard Borvon, Plogoff, un combat pour demain, paru le 15 juin 2004 aux Éditions Cloître à Saint-Thonan (Finistère), 224 pages, 19 euros chez l’auteur, animateur de l’association S-Eau-S : 20 rue des frères Mazéas 29800 Landerneau.

(2) Le 5 mars 1974, le premier ministre Pierre Messmer, disposant des pleins pouvoirs en raison de la maladie du Président Georges Pompidou (qui s’éteignit, le 2 avril suivant), lança la construction de la première ligne de TGV reliant Paris à Lyon et un gigantesque programme prévoyant six réacteurs par an pendant une décennie. Valéry Giscard d’Estaing en appliqua une partie.

(3) Le 16 juin 2007, il a adhéré au parti Die Linke (La Gauche). Depuis le 1er juillet 2010, il préside aux destinées du Centre pour le dialogue international et la coopération, une entité de la Fondation Rosa Luxemburg, à Berlin.

(4) La flamme et la cendre, Grasset, janvier 2002, 395 pages, 20 €. Dans cet assemblage de deux vocables que le thuriféraire de « l’économie de marché » avait récupérés dans un discours de Jean Jaurès, je perçois aujourd’hui, sans persiflage excessif, une métaphore de sa trajectoire, tant politique que privée…

(5) Le Monde du 16 mars 2011. Le 8 avril, celle qui évitait de se retrouver seule avec DSK dans un endroit fermé avait signé, avec Christophe Caresche, Jean-Paul Chanteguet, et Géraud Guibert, dans le quotidien vespéral une tribune titrée « Sortons dunucléaire ».

Partager cet article
Repost0
16 juillet 2011 6 16 /07 /juillet /2011 15:59

Suite à la proposition d'Eva Joly d'enlever aux militaires le monopole des défilés du 14 juillet (monopole que la France partage avec de nombreuses dictatures et une demi-poignée de démocraties), le Premier ministre François Fillon a ressuscité l'anti-France en s'interrogeant sur la "culture" de la candidate d'EELV en ces termes :


"Je pense que cette dame n'a pas une culture très ancienne des traditions françaises, des valeurs françaises, de l'histoire française".


Je passe sur le méprisant et sexiste "cette dame" pour rappeler que sa culture est celle d'une magistrate qui a eu le courage d'enquêter pendant des années sur la corruption d'un certain nombre de personnalités politiques de droite comme de gauche, tandis qu'une partie de la classe politique et de la haute magistrature faisait tout pour l'en empêcher.


Quant à la "culture" de François Fillon, c'est tout bêtement celle d'un fils de notaire qui a fait des études de droit assez moyennes. C'est également celle d'un homme politique qui fut "gaulliste social" avant d'être "rénovateur de droite", puis proche de Pasqua, hostile au Traité de Maastricht (il voulait une Europe "debout"), puis proche de Chirac et enfin de Sarkozy.


Un homme de convictions, quoi ! Et de culture...

 

PS : au fait, la femme de Fillon, la Galloise, c'est quoi son rapport à la culture française ?


Partager cet article
Repost0
16 juillet 2011 6 16 /07 /juillet /2011 06:00


Après la Deuxième Guerre mondiale, le gouvernement travailliste a nationalisé l’énergie (gas, charbon, électricité).

Ces vingt dernières années, travaillistes, conservateurs et libéraux ont rendu ces biens publics au secteur privé.

 Le ministère de l’Énergie annonce qu’en 2009 5,5 millions de foyers (22% de plus que l’année précédente) ont souffert de pénurie de chauffage à cause de l’augmentation des prix du pétrole.

 Selon les statistiques officielles, sont considérées en état de pénurie les familles qui consacrent plus de 10% de leur revenu au chauffage. En 2009, le gaz a augmenté de 14% et l’électricité de 5%. Les personnes les plus touchées sont « naturellement » les handicapés, les personnes âgées ou en longue maladie.

 British Gas vient d’annoncer qu’il allait augmenter à l’automne prochain ses tarifs de 18% pour le gaz et de 16% pour l’électricité. La compagnie Scottish Power envisage des augmentations similaires. Les six autres principaux fournisseurs d’énergie, dont EDF, s’apprêtent à imposer des augmentations de même nature. Petite question (à laquelle je ne suis pas en mesure de répondre) : EDF vend-elle plus chers ses produits aux clients britanniques qu’aux clients français ?

 On s’attend à ce que le nombre de foyers en difficulté passe à 6,5 millions en 2012.

 

Partager cet article
Repost0
14 juillet 2011 4 14 /07 /juillet /2011 15:05

 

http://medias.lepost.fr/ill/2008/02/01/h-20-1092552-1201877029.jpg

En ce 14 juillet, une grande surface située près de chez moi annonce sur une immense banderole :

 

FERMÉ LE 14 JUILLET

 

Les travailleurs ont pris tellement de coups depuis trente ans, les conditions de travail ont été tellement aggravées, le Code du travail a été tellement violenté qu'un employeur se croit désormais obligé de signaler qu'il a donné congé à son personnel un jour férié.

Partager cet article
Repost0
5 juillet 2011 2 05 /07 /juillet /2011 06:15


http://www.programme-presidentiel.com/wp-content/uploads/2009/02/alain-lipietz.jpg

 

Les anciens comme moi ont connu Alain Lipietz économiste de gauche. Ils se souviennent de ses analyses stimulantes pour Le Monde, à l'époque quotidien plutôt de gauche. Il se situe désormais quelque part chez les Verts. Quant au Monde...

 

Je propose ici son argumentaire très intéressant sur la vie de Nafissatou Diallo aux États-Unis. Lipietz part du principe que les mensonges de la jeune femme quant à ses conditions d'existence, à son statut d'immigrée, à son appartenance à une communauté étrangère n'ont rien à voir avec sa relation sexuelle (contrainte ou pas) avec Dominique Strauss-Kahn. Il est difficile de ne pas le suivre sur ce point.

 

On rappellera incidemment que le mensonge devant les tribunaux aux États-Unis est un "parjure" et qu'il peut être lourdement sanctionné. Sauf lorsqu'un chef d'État invente des balivernes sur des armes de destruction massive en Irak...

 


Pourquoi revenir sur le « retournement » de l’affaire DSK ? Personne (et surtout pas Hollande) ne pense que DSK ait la moindre chance d’en profiter pour gagner la primaire socialiste et l’élection présidentielle ! L’affaire est devenue un strict « fait divers ». Elle est même en train de perdre la dimension de « tragédie moderne » que je lui reconnaissais à l’origine, dans mon billet juste après l’éclatement de l’affaire, pour virer au simple polar, comme si on apprenait en plein milieu d’Œdipe Roi que l’oracle de Delphes traficotait avec les Perses.

 

Eh bien je dis que « l’affaire dans l’affaire », les accusations du procureur Cyrus Vance contre la plaignante, Nafissatou Diallo (« Ophelia »-Ha ! Ha ! Are you honest ?) posent de nouveaux problèmes éminemment politiques. Et que la réaction de la presse et surtout du PS, plus encore que lors de la première phase de l’affaire nous fait reculer de 40 ans en arrière dans le combat des femmes pour faire reconnaître le viol comme un crime (y compris le viol d’une prostituée) et faire valoir le droit des femmes violées à être entendues, et leur parole au moins aussi respectée que celle de leur « présumé agresseur ».


D’abord, par rapport à mon premier billet, la question de la « présomption d’innocence » est de plus en plus compliquée !


Nous avions déjà une double présomption d’innocence : DSK présumé innocent d’avoir violé, Ophelia présumée innocente d’avoir accusé à tort. Elle est maintenant présumée innocente d’avoir menti pour obtenir des papiers et présumée innocente d’être liée à la mafia guinéenne de NY. En revanche elle aurait avoué avoir nettoyé une autre chambre après avoir eu rapport sexuel avec DSK. La garce !


Ceux qui hurlaient « présomption d’innocence » dans le cas du patron du FMI n’ont pas eu un mot de rappel dans le cas d’une femme de chambre immigrée. « Selon que vous serez puissant ou misérable… »


Et surtout, en quoi le fait (allégué) de s’être confiée, pour connaître ses droits à indemnisation au civil , à un parrain de la mafia, à qui elle est présumée innocente d’avoir servi de couverture pour ses trafics financiers, invaliderait – il sa présomption d’avoir été violée par un troisième individu (DSK), présumé n’avoir rien à voir avec tous ces trafics ???


La réponse est, pour le PS et pour la presse française, une évidence qu’on ne se donne pas la peine d’expliciter : « Elle ne s’est pas dénoncée comme trafiquante ou faux-papière, donc elle a menti quand elle s’est dite violée. » Ce qui pose de sérieux problèmes sur ce que sera la politique pénale du PS en matière de viol allégué pratiqué sur des immigrées.


Un qui échappe dorénavant à une présomption de partialité : le procureur Cyrus Vance. Et oui, il a instruit « à charge et à décharge » (contrairement à la façon dont on critique en France le système accusatoire américain) et ce sont ses enquêteurs, et non ceux de la défense, qui ont « décrébilisé » Mme Diallo. Quoique bien tardivement : pourquoi ? Vance : présumé innocent de complot ? au profit de Lagarde ? de Aubry ? Autant de nouvelles questions !


Commençons par réfléchir aux nouvelles accusations du procureur Cyrus Vance contre Mme Diallo-« Ophelia », dont elle est bien sûr présumée innocente. Sont-elles crédibles ?


Assurément, elles le sont. Rappelons-les :


1. Elle aurait menti sur les raisons de son émigration afin d’obtenir sa carte de séjour.


2. Elle aurait pour protecteur un parrain de la mafia guinéenne de NY, en prison pour trafic de marijuana, et lui servirait de « mule financière » en le laissant ouvrir en son nom un compte bancaire alimenté depuis différentes villes à travers les USA, où il ferait circuler de l’argent pour le blanchir. Elle l’aurait appelé au téléphone, à sa prison, le lendemain du viol allégué, pour savoir si elle pouvait, en déposant plainte, espérer une indemnisation au civil.


3. Elle aurait continué son travail et fait encore une chambre après le viol présumé.


Le point 1 est parfaitement crédible. Tous les immigrants qui plaident les persécutions au pays, s’ils n’ont pas de trace de torture, « arrangent » leur histoire pour être plus convaincants. Personnellement, je m’attendais depuis le début à ce que les avocats de la défense poursuivent cette piste avec succès, c’est le proc qui les devance.


Si on était dans un film américain sur l’immigration italienne des années 50-60 à NY, le point 2 serait tout aussi crédible. Ces films nous montrent comment les immigrants pauvres n’ont d’autre protection que la Mafia. Or il n’y a pas de raison pour que l’immigration guinéenne, récente et particulièrement méprisée, soit organisée autrement. En échange de sa protection, de ses conseils, le « parrain » demande de petits services, voire un droit de cuissage, à la protégée. Et laisser ouvrir un compte à son nom pour ses trafics pouvait ne pas sembler un prix excessif.


Ce rapport d’une immigrante à la mafia de sa communauté ne dément absolument pas les autres témoignages sur la personnalité de Nafissatou Diallo : « Réservée, très pieuse ». Les siciliennes immigrées à New York nous sont toujours présentées comme « réservées, très pieuses », les latino-américaines, colombiennes ou équatoriennes , qui servent de « mule » (passeuses de drogue, cachée dans leurs intestins), par exemple pour financer leur immigration clandestine, sont le plus souvent « réservées, très pieuses ». Pourquoi en serait-il autrement pour une peule musulmane ?


Qu’elle discute avec son protecteur si ça vaut le coup de porter plainte, si elle peut espérer au moins une indemnité, ou aurait à supporter seule, sans aucun profit, la honte de ce dont elle se plaint, me paraît aussi une réaction normale (le viol est irréparable, et la partie civile ne peut espérer qu’une indemnisation.) Bref, jusqu’ici le second point de l’accusation est crédible.


Plus stupéfiante est cette histoire de coup de téléphone en prison, bien sûr intercepté. Elle est complètement idiote ou quoi ? Et d’ailleurs pourquoi va-t-elle porter plainte si elle n’est pas clean ? elle cherche à se faire repérer ? à faire tomber son protecteur ? Quelle peut être la logique de ce comportement totalement irrationnel ?


L’histoire du procureur ne devient rationnelle que si vraiment Mme Diallo est traumatisée par une histoire bouleversante qu’elle ne sait pas gérer aux USA. Elle téléphone à son parrain ? Peut–être ignorait-elle qu’il était en taule, peut-être croyait elle l’appeler chez lui, et les appels étaient détournés vers la prison ? En tout cas l‘enregistrement de cet appel sera une pièce décisive.


Alors pourquoi le procureur n’en a-t-il pas fait état avant ? Le NY Times de samedi, qui sombre dans le Nafissatou-bashing en s’appuyant sur les confidences des mêmes enquêteurs qui accablaient hier DSK, nous dit que jusqu’à mercredi dernier on n’avait pas trouvé d’interprète peul. C’est cela, oui...


Une hypothèse qui rendrait l’histoire cohérente : le proc a eu très vite l’enregistrement, où il est question de viol, ce qui est une preuve de la sincérité de la plaignante, et il se la garde pour le procès. Puis, au bout de quelque temps, ses enquêteurs s’aperçoivent que ce « parrain » exigeait des contreparties qui entachent la « moralité » de la plaignante. Celle-ci, pour le proc, n’est qu’un « témoin » dans un match qu’il livre « au nom du Peuple de New York ». Embarrassant pour le procureur, qui est un élu, qui rêvait de se farcir un « grand » pour assurer sa réélection, et se retrouve avoir pour « alliée » une complice de trafiquant de drogue. Et en plus ayant menti pour avoir ses papiers. Popularité garantie pour le proc ! Supposant que la défense sera vite au courant, il prend les devants et accuse son « témoin ».


Nous en apprenons ainsi beaucoup sur la vraie limite du système accusatoire à l’américaine : non pas que le procureur instruise « seulement à charge » (puisqu’il doit tenir compte de ce que risque de découvrir la défense) mais que , s’il n’est pas intéressé à soutenir l’accusation compte tenu de son plan de carrière, on ne voit plus trop ce que peut faire, au pénal, la partie civile. Bon, est-ce bien différent avec nos juges d’instruction (quand ils ne sont pas de la trempe d’une Eva Joly ) ?


L’accusation n° 3 est, dit le proc, avouée par la plaignante. On verra. Son avocat dit au contraire qu’elle n’a pas varié dans sa déposition. Mais à mon avis, qu’une femme hébétée après un viol commence par finir son travail avant de s’effondrer dans un coin, qu’elle occulte ce détail quand elle raconte sa mésaventure, dans les premiers jours, ne me paraît pas invraisemblable, et les deux versions (celle « avouée » et celle du des employés et de la direction du Sofitel, qui, eux, ont déclaré avoir ramassé Ophelia à la petite cuillère ) ne me paraissent pas incompatibles. Ce point n’a d‘importance que parce que Mme Diallo l’a omis, sous serment, devant le Grand Jury, ce qui est très mal vu aux USA , mais ne change rien sur le fond.


Car le point le plus important de cette « affaire dans l’affaire », c’est qu’elle ne touche à aucun moment le cœur de l’affaire principale : l’accusation de viol par DSK. Contrairement à ce que laissaient entendre les gros titres d’hier, « l’accusation ne s’effondre pas ». On n’a pas découvert par exemple que le sperme trouvé sur le chemisier d’Ophelia n’était pas de DSK, et la défense à d’ailleurs abandonné la ligne comique des premiers jours (« il ne s’est rien passé car cette femme n’est guère attirante », tiens oui, on attend toujours sa photo !) Mais la ligne de défense actuelle « OK, il y a eu sexe, mais elle était consentante » n’a reçu aucune confirmation des révélations d’hier.


Le proc maintient donc l’accusation. Sur ce cœur de l’affaire, la journée d’hier a permis à l’avocat de la plaignante d’énumérer les éléments matériels, ce qui n’avait jamais été fait officiellement : sperme craché à travers la pièce, collant déchiré, traces de coups et déchirure musculaire à l’épaule. Il est peu probable qu’il mente, à ce niveau de l’instruction. Et la troisième ligne de défense est évidente : elle s’et blessée volontairement (cfLe Silence de Lorna des Dardenne, puisqu’on est dans un « film de sans-papière ») Après, va savoir…


La stratégie de la défense, malheureusement reprise par le PS , est actuellement : « elle a menti sur des points extérieurs au cœur de l’affaire, donc elle a menti sur le consentement au rapport sexuel : non-lieu. » Ou pire : « Elle est intéressée à l’indemnisation, donc c’était un piège » Il y aura peut-être non lieu, on découvrira peut-être des preuves de l’innocence de DSK et des mensonges sur ce point de Mme Diallo, mais rien de ce qui a été dit vendredi n’innocente DSK en quoi que ce soit, et les cris de triomphe du PS sont compréhensibles au nom de l’amitié, mais elles relèvent de la manipulation d’opinion. Et le changement de défense des avocats de DSK, qui ont d’abord nié un rapport sexuel dont ils assurent aujourd’hui qu’il était consenti, décrédibilise tout autrement l’accusé que les mensonges de la plaignante sur des incidentes.


DSK était aussi pour moi un copain de travail, je l’ai toujours connu charmeur, jamais violent, et j’aimerais aussi qu’il ne soit pas coupable. Mais les préférences de coeur n’ont rien à voir avec la recherche de la vérité. Et surtout le langage du PS oblige à lui poser publiquement quelques questions : l’éventuel casier judiciaire d’une femme autorise-t- il à la violer ? Une femme violée a-t-elle droit à indemnisation au civil ?


De même, l’étrange timing des révélations sur Mme Diallo, au lendemain de la nomination de Lagarde et de la candidature Aubry, est certes troublante, et relance les théories du complot. Mais imagine-t-on que Sarko (ou Aubry, ou Lagarde, ou des banquiers anti-keynésiens, ou des Illuminati, ou des extra-terrestres…) aient contacté le parrain d’Ophelia AVANT les faits du Sofitel, pour lui demander de la convaincre de draguer DSK et de l’accuser ensuite de viol ? Quels éléments nouveaux étayeraient ce soupçon ?


Pour aider à y réfléchir, deux « expériences de pensées », levant successivement deux particularités de l’affaire : que ça se passe aux USA, et que Mme Diallo soit « en bas de l’échelle ».


Première expérience. En 2013, Valls ou Vaillant étant ministre de l’intérieur, le président de la Banque Mondiale, américain, descend au Lutetia lors d’une escale à Paris. Yasmina, femme de chambre, l’accuse de l’avoir violée. La police ira-t-elle l’intercepter à Roissy ? Un juge d’instruction sera-t-il désigné ? Si oui : le juge découvre que la carte de séjour de Yasmina, demeurant à Sevran, est fausse. Et que la dame arrondit ses fins de mois en laissant son fils dealer dans l’escalier. Le substitut recevra-t-il l’ordre de réclamer un non-lieu ?


Deuxième expérience. Alexandra von K, belle rejeton d’une noble famille saxonne, s’est enfuie d’Allemagne de l’Est à à 18 ans et a obtenu l’asile aux Usa en affirmant qu’elle a été violée par des hommes de la Stasi qui l’avait arrêtée comme dissidente. Elle fait fortune grâce à une chaîne de pâtisserie sans calorie mais au goût digne des viennoiseries. Sa fortune, 20 ans après son arrivée, est équivalente à la moitié de celle de Bill Gate, et son élégance en a fait la coqueluche de la Jet-Set, le joyau des réceptions du couple Obama. Elle rencontre un soir DSK dans le hall du Sofitel de NY. Ils prennent une coupe de champagne, il la raccompagne à sa porte, la pousse, ferme la porte à clef, devient pressant , la force. Elle porte plainte. On découvre alors qu’elle a exagéré les sévices de la Stasi, et qu’elle s’est approprié le brevet de la crème chantilly basse calorie, découverte par un de ses cuisiniers. Question : dira-t-on que « l’accusation s’est effondrée » ?


La première expérience est une question au PS (quelle sera sa politique pénale en matière de violences faites aux femmes, même sans papier, même délinquantes). La seconde est une question au New York Times et à l’establishment WASP.


Adresse de cette page : http://lipietz.net/?breve433

 

Partager cet article
Repost0
3 juillet 2011 7 03 /07 /juillet /2011 15:31

http://4.bp.blogspot.com/_5zfo7jGCBs0/TKG50reA31I/AAAAAAAAC80/TpUnVTlhGTU/s1600/stef-liberalisme.jpg Je propose ici un extrait du blog de Jean-Luc Mélenchon. Il analyse un problème dont les enjeux sont extraordinairement importants. Les gens de ma génération ne seront pas surpris de constater pour la nième fois qu’Hollande est un libéral pur sucre, que sa pensée ne s’est jamais inscrite dans une perspective socialiste.

 

François Hollande est-il pris au sérieux ? A l’heure où le PMU des primaires démarre et où il est si bien placé par les bookmakers médiatiques, je m’interroge. En effet, dans une précédente note de ce blog, j’ai pointé un texte publié dans « Le Monde » sous sa signature et passé totalement inaperçu. Son contenu méritait pourtant débat. Le candidat socialiste y faisait une proposition spécialement bouleversante pour notre droit social et la hiérarchie des normes dans notre pays. « Il s'agirait désormais de reconnaître un domaine à cette même négociation collective, en précisant son périmètre comme son champ d'intervention, et en conditionnant la conclusion d'accords au respect des règles majoritaires. Concrètement, le gouvernement et le Parlement seraient juridiquement liés par le contenu de conventions signées entre partenaires sociaux sur des sujets bien précis et avec la vérification des mécanismes de représentativité. » Le contrat au dessus de la loi ! J’y vois une régression terrible et lui une belle avancée vers le sacro saint horizon européen que les socio libéraux de cet acabit ne se donnent même plus le mal de localiser comme si toute l’Europe était au diapason de leurs lubies. « Voilà une avancée qui nous rapprochera des grandes démocraties européennes en matière sociale. » pétarade François Hollande. Sans sous estimer l’impact d’une telle révolution. « Cette modification constitutionnelle devrait avoir, en matière de démocratie sociale, le même impact que les lois de décentralisation dans l'organisation de notre démocratie territoriale. »

Quelqu’un a dû lui souffler que c’était sans doute un peu trop d’un coup sans précaution. C’est pourquoi il se sent tenu de reconnaître que le rapport de force dans l’entreprise et l’intérêt général ne se recoupent pas toujours. Mais, bien sûr, la phrase est assortie d’un bon coup dans les tibias dans le souvenir de la grande révolution de

1789, éternelle détestation de cette gauche là. Une chose et son contraire. Le fameux balancement circonspect, figure centrale de la pensée des élèves de l’ENA. « L'État doit rester le garant de la cohésion nationale et de l'ordre public social mais il n'a rien à redouter de laisser une plus grande place aux partenaires dans la définition et l'élaboration des normes sociales. Dans un pays comme le nôtre qui, depuis la Révolution française, se méfie des corps intermédiaires, cette évolution ne va pas de soi, d'autant que souvent, c'est la loi qui protège et la liberté des acteurs qui menace, les rapports de force ne peuvent pas se substituer à la règle commune. » Il est curieux que personne n’ait réagi. J’ai donc pris ma plus belle plume pour donner mon avis et je suis parti en quête d’un journal que le thème pourrait intéresser au point de prendre le débat. Ce fut « la Tribune », quotidien économique qui prit en charge l’idée. Et Alain Madelin me fit le contre point. Voici le meilleur : Alain Madelin approuve et soutient l’idée de François Hollande, « expressis verbis » comme dirait Michel Denisot qui parle le latin comme on le sait.

Voici le brevet de libéralisme attribué par Alain Madelin à François Hollande. « Mettre la société en mouvement », telle est pour François Hollande la mission du prochain président de la République. » relève l’ancien ministre libéral. « L'expression

 

(empruntée à Jacques Delors) est heureuse» souligne-t-il. « À rebours des tonitruantes annonces du retour de l'État, elle fixe le cap d'une société civile plus libre et plus responsable. » La suite du satisfecit accordé à la trouvaille de François Hollande mérite le détour. On y apprend l’origine du concept et les raisons des applaudissements de Madelin. « Pour cela, écrit Alain Madelin, François Hollande propose d'inscrire une véritable autonomie normative pour les partenaires sociaux dans la Constitution. En clair, donner force de loi aux contrats conclus sous certaines conditions par les partenaires sociaux. La proposition n'est pas nouvelle. Longtemps défendue par les libéraux, elle a été au cœur de la « refondation sociale » esquissée en 1999 par les partenaires sociaux. C'est dire qu'elle dépasse aujourd'hui les clivages politiques. Son retour sur la scène politique est bienvenu car la refondation du droit social est nécessaire. » On devine dans quels sens Alain Madelin voit l’évolution nécessaire. Dans le sens proposé par François Hollande.

Madelin donne donc les pistes opérationnellespour agir juridiquement «En fait, cette démarche refondatrice se rattache plus volontiers à l'article 34 de notre Constitution. Celui-ci délimite le domaine de la loi en distinguant suivant que la loi " fixe les règles " dans certaines matières – par exemple, les crimes et délits – ou qu'elle " détermine les principes fondamentaux " dans d'autres matières, par exemple le droit du travail. Une application plus stricte de cet article au domaine du droit du travail suffirait à libérer l'espace contractuel de cette refondation sociale. Elle permettrait de parfaire un mouvement engagé depuis longtemps avec les lois Auroux de 1982 (supériorité de l'accord collectif sur la loi), la loi Fillon de 2004 (extension de la capacité de dérogation entre accords différents), jusqu'à la loi du 20 août 2008 sur la durée du travail. Ce faisant, la refondation sociale ouvre le chantier d'une refondation juridique plus vaste qui touche à la nature du pouvoir et au rôle de la loi. » Je n’admets pas que, sur le plan des principes, les lois Auroux soient mises sur le même plan que les lois Fillon et Bertrand qui vont dans le sens inverse. En effet l’accord collectif visé par Auroux, capable d’être appliqué à la place de la loi, ne peut l’être qu’à la condition d’être plus favorable aux travailleurs. Cette obligation n’existe plus dans les deux autres exemples cités.

J’en viens à mes arguments. Donc, pour réhabiliter le dialogue social, François Hollande veut l’inscrire dans la Constitution. Son idée revient à instituer l’Etat corporatif. En effet il propose de doter les « partenaires sociaux », autrement dit les patrons et les représentants des salariés, d'"une véritable autonomie normative". Avec des conséquences très lourdes: «le gouvernement et le Parlement seraient juridiquement liés par le contenu de conventions signées entre partenaires sociaux". Les conclusions d’une négociation privée de gré à gré entre patronat et syndicats pourraient s'imposer à tous avec force de loi. Le contrat serait au dessus de la loi. Le peuple ne serait plus souverain pour fixer les normes du droit social. Cette chimère tournerait au désavantage de la République et des acquis des salariés. Elle amplifierait le dumping social au détriment des entreprises elles-mêmes.

Cette trouvaille n’est pas neuve. Lors de la primaire socialiste de 2006, Dominique Strauss-Kahn avait dénoncé « une trop grande confiance accordée à la loi pour régler les problèmes ». Il voulait laisser « une plus grande part au contrat ». Au mépris de l’institution républicaine, ce point de vue méconnaît aussi la réalité de notre temps. Le contrat est basé sur la négociation d’un rapport de force. Aujourd’hui celui-ci est dominé par la pression dérégulatrice de la mondialisation. Laquelle pousse à la baisse du coût du travail en jouant sur l‘individualisation des rapports sociaux et le retrait de la régulation législative. Dans ce contexte l’obligation d’en passer, pour finir, par le vote de la loi est un appui essentiel pour les salariés et leurs syndicats. Mais aussi pour les petites entreprises qui ont avec le législateur un recours contre les abus de position dominante des grands groupes qui leur sous traite le travail de surexploitation. Oter ce recours c’est méconnaître l’histoire du droit social en France qui n’a cessé de vouloir l’affranchissement du travail de la logique du contrat. Lacordaire en a résumé le principe : « entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c’est la liberté qui opprime, c’est la loi qui affranchit. ».

Aucune des grandes conquêtes sociales n'est venue d'un compromis entre partenaires sociaux. Toutes sont issues du couple de la lutte et de la loi. L’encadrement du travail des femmes et des enfants au 19ème siècle, c’est la loi. L’indemnisation des accidents du travail en 1895, la généralisation des retraites ouvrières et paysannes en 1910, c’est la loi. La création des congés payés et la semaine de 40 heures en 1936 c’est la loi. La création des comités d’entreprises et de la sécurité sociale à la libération, c’est la loi. L’instauration du salaire minimum en 1950, les 39 heures et la retraite à 60 ans en 1981, c’est encore la loi. Tout comme les 35 heures en 1997. Et quand la gauche a créé les conventions collectives en 1936, elle l’a fait pour renforcer les garanties posées par la loi. Ce fut le principe de faveur. Il veut qu’aucun contrat ne puisse déroger à une norme supérieure de manière défavorable au travailleur. D’ailleurs, c’est là où la loi avait laissé trop d’espace aux contrats d’entreprises que l’application des 35 heures a parfois pu se faire au détriment des travailleurs.

Sans ironie : Hollande devrait se souvenir de Jospin. De 1997 à 2002, son gouvernement a défendu le primat de la loi face aux tentatives du MEDEF d’imposerun nouvel ordre social par le contrat. Il refusa en juin 2000 d’agréer le projet de Convention sur l’assurance chômage pourtant négocié par les partenaires sociaux avec l'accord de deux centrales syndicales représentatives (CFDT, CFTC). Fruit d'un rapport de force défavorable, cette convention réduisait drastiquement l'indemnisation du chômage et prévoyait un système de sanction des chômeurs appelé PARE. Hargneux, le MEDEF suspendit sa participation à la gestion de l’assurance-chômage. Jospin défendit sa décision, en désaccord avec la proposition actuelle de François Hollande : « je refuse que les contrats reçoivent une valeur plus grande que la loi. Cela signifierait que l'intérêt particulier aurait une valeur supérieure à la loi, alors que la loi est l'expression de la souveraineté du peuple. Cette conception, je la combattrai politiquement et au nom d'une certaine vision de la République. » Hollande propose d’y renoncer.

Est-ce une blague corrézienne ? Hollande ici est à la suite de Chirac. En janvier 2000, celui-ci appelait à « mieux reconnaître la valeur du contrat, y compris, si nécessaire, sur le plan constitutionnel ». Il en est résulté la loi Villepin de « modernisation du dialogue social » de janvier 2007. Sous couvert de meilleure association des partenaires sociaux, c'est le pouvoir du Parlement qui était déjà entravé. Ce renforcement du contrat face à la loi est une constante du programme de la droite et du patronat depuis des années. Nostalgique du XIXème siècle où le contrat réglait entièrement les relations sociales, le MEDEF milite activement pour un renversement de la hiérarchie des normes. Ce fut le cœur de la « refondation sociale » initiée par Seillière. Depuis 1986, c’est en permettant aux contrats de déroger à l’ordre public social garanti par la loi, que la droite a fait reculer le droit du travail. C’est toujours grâce à des failles contractuelles dans le droit social, que le patronat a pu imposer plus de flexibilité et moins de sécurité aux travailleurs. En 2008, Sarkozy et Xavier Bertrand sont allés encore plus loin dans leur réforme du temps de travail en permettant à des accords d'entreprise de déroger aux garanties légales plus favorables. Pourquoi continuer leur travail ?

L’ordre public social républicain repose sur une hiérarchie des normes où chaque échelon n’est autorisé qu’à améliorer l’offre du précédent. Primo la loi, secundo la convention collective, qui peut-être meilleure que la loi, et tertio l’accord d’entreprise, qui peut-être meilleur que la convention collective. S’il n’est pas possible de procéder dans l’autre sens, c’est parce qu’en République on suppose que tout découle de l’intérêt général incarné par la loi. Du coup, les Français font aussi par exemple de leur ministre du travail celui de la santé au travail. Ils montrent ici que la société a un intérêt propre, distinct de celui du patronat, et même de l’appréciation de chaque travailleur. Ce bon droit de la société vient de loin. L’investissement réalisé par l’Etat dans la formation du travailleur, dans l'implantation de l’entreprise, tout ceci est arbitré au nom de l’intérêt général et donne des droits à la société sur l’entreprise. De son côté, celle-ci bénéficie de la bonne administration de la société qui lui permet de trouver une main d’œuvre qualifiée, en bonne santé et capable d’acheter les biens produits. Le progrès social est le moteur du progrès économique. Il ne doit pas être abandonné aux rapports de forces dans les corporations. Le modèle républicain de l’ordre public social et sa façon d’articuler démocratie sociale et démocratie parlementaire doit être amélioré. Pas aboli.

Partager cet article
Repost0
1 juillet 2011 5 01 /07 /juillet /2011 13:29

http://www.nydailynews.com/img/2009/08/12/alg_cyrus_vance.jpgMa famille ne compte aucun soutien politique de Dominique Strauss-Kahn. Nous, avec les banquiers socialistes libéraux, on a du mal.

 

Lorsque l’affaire a éclaté, nous avons tous pensé, sans nous concerter, qu’il y avait peut-être une entourloupe, que Do pouvait avoir été piégé. Les très nombreux (hum…) lecteurs  de mon blog (surtout mes lectrices préférées dans leurs sixties) peuvent témoigner que je me suis montré d’une très grande prudence face à cette affaire. Mes écrits l’attestent (en attestent comme on dit dans les médias branchés).

 

Deux ou trois choses m’avaient fait tiquer dans les quarante-huit heures postérieures à l’événement :

 

- Le fait que Sarkozy ne se soit pas exprimé contre DSK et, surtout, qu’il n’ait pas envoyé ses aboyeurs préférés piétiner un adversaire à terre ;

 

- Le fait qu’on ne nous ait pas montré la victime, prétendument pour la protéger. La protéger de quoi si elle avait été parfaitement innocente ? Cette personne était mal connue de la communauté guinéenne, son frère n'était pas son frère, il n'était pas possible de savoir sur quelle base exacte elle avait pu immigrer aux États-Unis.

 

- La dureté de l’adjoint du procureur, inutile s’il avait eu de vrais biscuits.

 

 - Le refus, à l’évidence biaisé, de la présidente du grand jury de remettre DSK en liberté sous caution. Comment se serait-il enfui, le pauvre, et qu’aurait-il gagné à le faire ?

 

 Et puis, un vieux tic, chez moi, m'a repris : ma très grand méfiance vis-à-vis du système juridique étatsunien. Un système capable de juger un O.J. Simpson innocent ET coupable d’assassinats particulièrement barbares, je crois que les bactéries en parleront entre elles quand elles seront les derniers organismes survivants de notre planète. Une justice capable d’exécuter de pauvres types (innocents ou coupables) après les avoir laissé mariner dans le couloir de la mort pendant quinze ans mérite notre circonspection. Une justice où les procureurs n’ont pas besoin de vraies preuves pour poursuivre. Enfin, une justice où les moteurs principaux sont la politique et l’argent doit bien sûr nous inciter à une certaine méfiance.

 

Dans cette affaire, le procureur était Cyrus Vance Junior. Étonnant comme les familles patriciennes d’outre-Atlantique, après avoir flanqué une bonne raclée aux colons anglais, ont réintroduit la symbolique de la monarchie : Paul Getty III, John Rockefeller II, Richard Nixon XVIII (mauvais exemple). Cyrus (pas de sa faute si son père lui avait donné son propre prénom, celui d’un empereur perse) s’est donc dit qu’il avait accroché un gros gibier à son tableau de chasse. Ce fils d’une grande famille protestante a pensé qu’en se montrant intraitable vis-à-vis de DSK il plairait à des électeurs qui trouvent normal que ceux à qui dieu a offert l’argent et le pouvoir doivent s’en montrer dignes.

 

Cyrus est allé un peu vite en besogne. Tout comme certains personnages politiques français de haut niveau. Je passe sur Marine Le Pen pour rappeler les propos ignobles de Bernard Debré :

 

« DSK est un homme peu recommandable. […] C'est humilier la France que d'avoir un homme qui soit comme lui, qui se vautre dans le sexe et ça se sait depuis fort longtemps. […]Il est totalement déconsidéré, déjà il se vautrait dans le bling-bling, on l'avait vu dans les journaux, maintenant il se vautre dans le sexe, c'est inacceptable. […]Bien sûr il y a la présomption d’innocence, mais bon quand même, vous croyez que la police serait venue le chercher dans l’avion d’Air France, un homme comme lui ? Je trouve cela misérable et humiliant pour notre pays, a-t-il estimé, ajoutant que la course à la présidentielle pour 2012 est terminée. Ça va coûter cher à la classe politique française, il aura causé un tort énorme à la classe politique. »

 

Debré vient de reconnaître, sans s’excuser réellement, être allé trop vite et avoir été berné, « comme les gens qui travaillent au Sofitel » (link). Mais le grand mal est fait.

 

Le 18 mai, j’écrivais ceci à propos de Debré :

 

« Bernard Debré est un grand médecin, un grand chirurgien. Les rectums d’innombrables éminences n’ont plus de secret pour lui.


C’est également un homme politique que l’on peut classer à la droite de l’UMP.


S’attaquer, comme il l’a fait, à un homme qui est au fond du trou – et qui n’en ressortira peut-être jamais – prouve une chose : il y a des types qui sont encore plus kleiner Mannque le kleiner Mann qui gouverne la France depuis quatre ans.

 

Deux questions :

 

- Pourquoi Debré, qui « connaissait » les frasques de « l’obsédé sexuel, de l’escroc intellectuel, de la fausse valeur », ne les a-t-il pas dénoncées du temps de la splendeur du directeur du FMI ?

 

- Comment se fait-il que l’urologue connaissait avant tout le monde le prénom de la victime présumée du Sofitel de New York ? »

 

Un mot, puisque Debré nous y invite, sur ces « gens qui travaillent au Sofitel », dont le grand urologue est un fin connaisseur. On se souvient du beau film de Ken Loach Bread and Roses, relatant la lutte de techniciennes de surface privées de leurs droits en Californie. Parmi ces femmes de ménage, on ne trouvait aucune WASP (White Anglo-Saxon Protestant). La dernière fois que Strauss-Kahn et sa femme s’étaient rendus devant le juge, ils avaient été accueillis par une manif de femmes de ménages, métis ou noires à 99%. Étant donné que ces prolétaires manifestent très rarement aux États-Unis (et ailleurs), on espère que ces femmes, toutes noires ou métis, n’étaient pas là en service plus ou moins commandé.

 

Le 8 juin, je publiai dans ce blog une hypothèse qui tournait sur Internet depuis une bonne semaine :

 

« Voici donc une possible vérité sur ce qui s'est passé au Sofitel et la manière dont DSK a été piégé.

 

DSK fréquente parfois l'hôtel Sofitel de New-York (5 ou 6 fois durant l'année écoulée) alors qu'il a un appartement à quelques rues.

 

DSK ne prend pas une simple chambre à l'hôtel Sofitel mais une suite.

Pourquoi ? Tout simplement pour ce dont vous vous doutez.

 

Les gens qui ont piégé DSK le savaient parfaitement et voici ce qui s' est passé.

 

 DSK aurait "commandé" ce jour-là une call girl, avec un scénario bien précis . La call girl devait venir dans la chambre et jouer à la soubrette.. un fantasme assez commun chez les hommes de pouvoir qui ont dans leur entourage des femmes très admiratives et rarement opposées à un petit tralala...

 

Le piège a fonctionné à ce moment-là. À la place de la call girl, une vraie femme de chambre a été envoyée. DSK ne le savait pas, il a joué le jeu prévu, sauf qu'il avait en face de lui une vraie femme de chambre qui ne jouait pas la comédie quand elle s'est opposée à lui..

 

Des enquêteurs privés travaillant pour la défense essaient pour  l'instant de savoir :

 

- qui a reçu la "commande" de DSK ?

 

- qui a envoyé une vraie femme de ménage (qui dit d'ailleurs elle-même qu'il n' était pas prévu qu'elle aille faire le ménage dans la suite 2806) ?

 

Le piège est diabolique car DSK, dans sa situation le jour du problème, ne peut pas faire appel aux services de sécurité du FMI et les services officiels français ne pourront pas non plus agir.

 

Qui a commandité le piège de DSK ?

 

Plusieurs pistes qui peuvent se croiser:

 

 - une femme jalouse

 

 - un mari jaloux

 

- un adversaire politique

 

- un pays voulant faire pression ou avoir un autre interlocuteur que DSK pour + de souplesse

 

L'affaire ayant visiblement été minutieusement organisée, il se peut que ceux qui ont "tué" DSK ne soient jamais connus.

 

On pourrait bien évidemment penser à un ou une jalouse ou au cabinet noir de Sarkozy mais selon les premières investigations concernant ceux ou celles qui ont remplacé la call girl prévue par une simple femme de chambre ne connaissant pas DSK, la piste est simplement financière.

 

Cherchez la femme ou cherchez l'argent seront toujours les 2 mamelles d'une énigme ;-)

 

Que représentait DSK au FMI dernièrement ? Quel point de vue défendait-il ?

 

La Grèce est en faillite. le Portugal et l' Irlande suivent. l' Espagne est au bord du gouffre.

 

On imagine sans peine les énormes enjeux financiers non seulement pour ces pays, pour leurs habitants, pour la zone euro mais aussi pour les  spéculateurs.

 

Or nombreux et puissants sont les spéculateurs qui ont parié sur l' effondrement de la Grèce et concrètement sur un défaut de paiement de l'ordre de 20 à 30%.

 

Le seul obstacle à la réalisation de leurs pronostics est le FMI qui peut "politiquement" (car économiquement l'affaire est déjà faite), décider de sauver la Grèce en renflouant le pays ou en payant pour lui.

 

DSK était partisan de cette solution et notamment de rééchelonner la dette grecque puisque la Grèce ne peut pas faire face au plan de remboursement prévu il y a un an.

 

Il fallait donc faire sauter DSK pour empocher non seulement les milliards du pari financier mais aussi des pans entiers d'un pays.

 

Attendez quelques mois que la Grèce saute et vous verrez certains financiers, certaines banques et certains pays où tout ceci est lié prendre une importance énorme en quelques jours, pour aller jusqu'à dicter la conduite de la BCE ou de la FED.

 

Sarkozy ne pipe pas un mot non plus à propos de l' affaire DSK car il a  été averti de ce qui se tramait et comme d' habitude quand le danger est là, a peur des conséquences sur lui.

 

Vous verrez donc au G20, un Sarkozy tiède qui ne réclamera pas beaucoup  de sauver la Grèce et conclura finalement qu' il faut bien payer un jour .. et que ça serve de leçon.

 

Dans l'immédiat, le FMI a tiré ses dernières cartouches pour la Grèce et avant la fin de l'année, ce pays sera en faillite.

 

Nul ne sait cependant si le peuple acceptera cet état de fait quand il en aura compris les conséquences ou s’il se révoltera, gênant ainsi les puissances financières qui l'ont pris d' assaut.

 

L'affaire DSK est historique dans le sens où elle marque le premier acte de guerre entre des intérêts privés et des groupes de nations. La finance mondiale a pris le pas, le pouvoir, sur les puissances politiques.....

 

 

 

 

 

 

-

 

Partager cet article
Repost0
1 juillet 2011 5 01 /07 /juillet /2011 06:22

http://www.lefigaro.fr/medias/2009/05/14/ea7663be-4070-11de-8924-4a6383e854a5.jpgDeux siècles après l’abolition de l’esclavage, une abominable pratique revient : la traite de personnes. L’Organisation internationale du travail (OIT) estime que, dans le monde, plus de 12 millions d’êtres humains sont soumis à l’exploitation de leur force de travail contre leur gré et dans des conditions inhumaines.

S’agissant de femmes, la plupart d’entre elles sont victimes d’exploitation sexuelle, tandis que beaucoup d’autres sont spécifiquement asservies dans le service domestique. C’est aussi le cas de personnes jeunes et en bonne santé qui, sous divers prétextes, se retrouvent piégées, privées de leur liberté, et dont les corps servent de matière première pour alimenter le trafic illégal d’organes humains.

Mais la traite s’étend de plus en plus à la capture de personnes qui subissent une exploitation de leur force de travail dans des secteurs de la production particulièrement demandeurs de main d’œuvre bon marché : l’hôtellerie, la restauration, l’agriculture et le bâtiment.

A ce thème précis, la traite des travailleurs-esclaves, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a consacré, à Vienne (Autriche), les 20 et 21 juin dernier, une Conférence internationale avec la participation d’autorités politiques, d’institutions internationales, d’ONG et de nombreux experts [1].

Bien que le fléau soit mondial, plusieurs intervenants y ont souligné que le chancre du travail esclave se répand au sein même de l’Union européenne. Le nombre de cas révélés par les medias, de plus en plus nombreux, ne constitue en fait que la pointe de l’iceberg. Les organisations syndicales et les ONG estiment qu’il y a, actuellement, en Europe, des centaines de milliers de travailleurs soumis à l’exécration de l’esclavage [2].

En France, en Espagne, en Italie, aux Pays Bas, au Royaume Uni, au Danemark et dans d’autres États de l’Union européenne, de nombreux migrants étrangers, attirés par le mirage européen, se retrouvent dans la nasse de réseaux mafieux qui les contraignent à travailler dans des conditions semblables à celles de l’esclavage d’ antan. Un rapport de l’OIT a révélé que, en Italie du sud par exemple, quelque 1 200 manœuvres étaient forcés de travailler plus de 12 heures par jour dans des serres agricoles, sans contrat de travail et pour des salaires de misère. Ils vivaient confinés dans des conditions concentrationnaires, sans autorisation de sortie et surveillés militairement par des milices privées.

Ces "camps de travail forcé" se multiplient. On a découvert, par exemple, dans une autre région, des centaines de migrants polonais exploités de la même façon, parfois à mort. Essentiellement pour la collecte de tomates. Leurs "maîtres" les maintenaient dans une totale clandestinité. Ils avaient confisqué leurs documents et n’hésitaient pas à les maltraiter pour obtenir un rendement plus élevé. Plusieurs travailleurs sont d’ailleurs morts d’épuisement ; d’autres sont décédés sous les coups. Certains, par désespoir, ont fini par se suicider.

Cette situation concerne des milliers de migrants sans papiers, victimes de négriers modernes dans l’ensemble des pays de l’UE [3]. Selon plusieurs syndicats, le travail clandestin dans le secteur agricole européen représente presque 20% de l’ensemble de l’activité [4].

Le modèle économique dominant porte une lourde responsabilité dans la prolifération de la traite des travailleurs esclaves. En effet, la mondialisation néolibérale - qui s’est imposée au cours des trois dernières décennies au moyen de thérapies de choc aux effets dévastateurs pour les catégories les plus fragiles de la population - a favorisé une compétition féroce entre le capital et le travail. Au nom du libre-échange, de grands groupes multinationaux fabriquent et vendent dans le monde entier. Avec une particularité : ils produisent là où la main d’œuvre est la moins chère, et vendent là où le pouvoir d’achat est le plus élevé. De cette façon, le nouveau capitalisme érige la compétitivité en principale force motrice des sociétés, et établit, de fait, la mercantilisation du travail et des travailleurs.

En délocalisant leurs centres de production à l’échelle mondiale, les entreprises multinationales mettent en concurrence les salariés de toute la planète. Sans distinction. Avec un objectif principal : minimiser les coûts de production et faire baisser les salaires. Au sein de l’Union européenne, cela déstabilise le marché du travail, ronge les acquis sociaux des travailleurs et dégrade les salaires.

La mondialisation, qui offre de si formidables opportunités à quelques uns, représente pour la plupart des autres, en Europe, une compétition sans limites et sans scrupules entre les salariés, les petites entreprises et les modestes exploitants agricoles du Vieux Continent, et leurs équivalents mal payés et exploités de l’autre bout du monde. C’est ainsi que se met en place, à l’échelle planétaire, un immense dumping social.

En termes d’emploi, le bilan est désastreux. Ainsi, en France, au cours des deux dernières décennies, ce dumping a causé la destruction de plus de deux millions d’emplois dans le seul secteur industriel. Sans parler des pressions à la baisse sur l’ensemble des salaires.

Dans un tel contexte de concurrence déloyale, certaines activités qui connaissent, en Europe, une carence de main d’œuvre chronique ont tendance à faire appel à des travailleurs en situation irrégulière. Cela encourage l’importation de migrants sans papiers, introduits dans les pays de l’Union par des réseaux de trafiquants clandestins qui peuvent les contraindre au travail esclave. Plusieurs rapports officiels évoquent clairement la "vente" de travailleurs agricoles migrants [5].

Dans le secteur du bâtiment, des travailleurs extracommunautaires, sans papiers, se trouvent sous le contrôle de bandes spécialisées dans la traite de personnes, et sont "loués" à des entreprises allemandes, italiennes, britanniques o grecques. Ces travailleurs esclaves sont parfois forcés par les bandes que les exploitent à rembourser leurs dépenses de voyage, d’alimentation et de logement dont le total est en général supérieur au salaire qu’ils perçoivent. De sorte que, assez vite, par le biais du système de la dette, ils deviennent la "propriété" de leurs exploiteurs [6].

Malgré l’existence d’un important arsenal juridique qui sanctionne de tels crimes, et les multiples déclarations publiques de hauts responsables qui condamnent ce fléau, il faut constater que la volonté politique de mettre fin à ce cauchemar est faible. En réalité, les grands patrons de l’industrie et du bâtiment ainsi que les grands exploitants agricoles poussent sans cesse les pouvoirs publics à fermer les yeux sur les activités criminelles des réseaux d’importation de migrants illégaux. Les travailleurs sans papiers constituent une main d’œuvre abondante, docile et très peu chère. Une réserve presque inépuisable dont la présence sur le marché du travail européen contribue à calmer les ardeurs revendicatives des travailleurs et des syndicats.

Le patronat européen a toujours été partisan d’une immigration massive. Et toujours pour la même raison : faire baisser les salaires. Les rapports de la Commission européenne et ceux de Business Europe (le patronat européen) réclament, depuis des décennies, toujours plus d’immigration [7]. Las patrons n’ignorent pas que plus l’offre de main d’œuvre bon marché est abondante, plus les salaires sont tirés vers le bas.

C’est pourquoi ce ne sont plus seulement les négriers modernes qui exploitent les travailleurs esclaves ; désormais se met en place une sorte de "traite légale". Pensons, par exemple, à ce qui s’est passé en février dernier en Italie dans le secteur de l’industrie automobile. Le groupe Fiat a placé ses salariés italiens devant le chantage suivant : ou bien ils acceptaient de travailler plus, dans de pires conditions et avec des salaires réduits, ou alors les usines seraient délocalisées en Europe de l’est.

Confrontés à la perspective du chômage, et terrorisés par les conditions existantes en Europe de l’est où les ouvriers sont prêts à travailler même les week-ends pour des salaires de misère, 63% des travailleurs de Fiat votèrent en faveur de leur propre exploitation... [8]

Au sein de l’Union européenne, et dans le contexte actuel de crise et de généralisation de politiques d’austérité, beaucoup de patrons rêvent de se livrer à cette même "traite légale". En vertu des facilités que leur offre la mondialisation, ils menacent leurs salariés de les mettre en concurrence sauvage plus directement encore, s’ils n’acceptent pas des conditions d’exploitation plus dures, avec la main d’œuvre surexploitée de pays lointains.

Peut-on éviter cette régression sociale ? Oui. En questionnant radicalement le fonctionnement actuel de la mondialisation. Et en commençant sans plus attendre à démondialiser.

 

Publié sur le site de Mémoires des luttes : http://www.medelu.org/

 

 

Notes

[1] Sous le titre : « Prévenir la traite des êtres humains à des fins d’exploitation au travail : travail décent et justice sociale  », la Conférence fut organisée par la Représentante spéciale et Coordinatrice de la lutte contre la traite des êtres humains, Maria Grazia Giammarinaro, et son équipe, dans le cadre de l’Alliance contre la traite des personnes. http://www.delegfrance-osce.org/spip.php ?article419

[2] Lire le rapport : Combating trafficking as modern-day slavery : a matter of rights, freedom and security, 2010 Annual Report, OSCE, Viena, 9 décembre 2010.www.osce.org/cthb/74730

[3] Cf. Christophe Ventura, Immigrés dans les rets de la mafia calabraiseLe Monde diplomatique, novembre 2010.

[4] Lire le rapport : The Cost of coercion, OIT, Genève, 2009.http://www.ilo.org/global/about-the-ilo/press-and-media-centre/press-releases/WCMS_106219/lang—en/index.htm

[5] Cf. Roger Plant, Forced Labour : Global Perspectives and Challenges, Dublin, octobre 2009. http://www.ilo.org/sapfl/Informationresources/Speeches/lang—en/WCMS_114405/index.htm

[6] Cf. Ne jamais travailler seulSyndicats et ONG unissent leurs forces pour combattre le travail forcé et la traite des êtres humains en Europe, Confédération syndicale internationale, Bruxelles, février 2011. http://www.ituc-csi.org/ne-jamais-travailler-seul.html

[7] Lire, par exemple, Walter Nonneman, European Immigration and the Labor Market , Migration Policy Institute, Washington, 2007.

[8] Cf. Pascual Serrano, "Fiat, el grand salto hacia atrás", Le Monde diplomatique en español, Valence, février 2011.

Partager cet article
Repost0