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25 mai 2011 3 25 /05 /mai /2011 13:14

http://actualite.portail.free.fr/france/11-03-2011/l-aile-droite-de-l-ump-multiplie-les-discours-muscles/OFRTP-FRANCE-MAJORITE-DROITE-20110311.jpgJ'en suis déconfit, marri, tourneboulé : je suis pour une fois d'accord avec une analyse de Pujadas.

 

Je le cite :

 

"Dans notre pays, on peut faire passer la réforme des retraites, on peut envahir la Libye sans demander son avis au Parlement, mais on ne peut pas retirer des panneaux annonciateurs de radars."

 

Paradoxe éclatant. Pujadas aurait pu ajouter ceci (mais on ne lui en demandera pas trop pour cette fois) : la fronde parlementaire contre les panneaux fut menée par la droite de la droite, par tous ces députés populistes qui seraient chez Le Pen s'ils n'étaient pas chez Sarkozy et Guéant, et qui sont tout sauf laxistes en matière de mœurs.

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24 mai 2011 2 24 /05 /mai /2011 14:48

Ne pas oublier de parler économie et politique, quand on pense à DSK, ce que nous invite à faire Jean-Luc Mélenchon dans son blog :

http://3.bp.blogspot.com/_qPMG-iq57KQ/S-Bzu7phmWI/AAAAAAAACd0/fubkKihY8bo/s1600/grece.jpg

Et pendant ce temps la catastrophe avance ses gros pieds. Je parle des victimes avérées et prouvées du FMI. Les millions de Grecs. Pourtant il n’aura pas manqué d’articles pour célébrer l’action de DSK en Grèce et regretter que dorénavant il ne pourra plus la faire bénéficier de ses précieux conseils et recommandations. Pourtant sur place rien ne marche et tout va de travers. Tandis que les titres de presse se réjouissent d’une prétendue reprise pour en signaler l’impact bienfaisant sur la Grèce, la vie va son chemin de son côté. 0,8 % de croissance en Grèce, annonce-t-on. Sourire bienveillant des bons docteurs qui ont infligé le remède de cheval aux Grecs. Façade. Oui, façade. Car c’est par rapport à quoi ce petit plus ? On se garde de le dire. Voila l’arnaque. En fait, en un an, l’économie grecque a reculé de 7,4 %. Un recul sans équivalent dans le monde ! Les bons docteurs prévoient encore pour cette année quatre points de moins, car rien ne se passe comme prévu. Le prétendu cercle vertueux des libéraux ne donne absolument aucun des résultats annoncés.

Par contre le pillage va bon train et il va continuer à grande cadence. Ce qui est incroyable c’est la cupidité des banksters. Ils ont d’abord ruiné le pays, ils continuent à l’étrangler avec des taux usuraires. Et en plus ils sont commissionnés, c'est-à-dire largement payés pour organiser les privatisations. Le gouvernement grec a annoncé mercredi avoir nommé des conseillers pour la cession au privé d'une série d'organismes publics privatisables. Par exemple : la société des paris sportifs (Opap). Détenue à près de 35% par l'Etat grec, c’est l'une de plus importantes sociétés du pays. Elle a dégagé en 2010 un bénéfice net de 575,8 millions d'euros ! La branche londonienne de la Deutsche Bank et la Banque Nationale de Grèce (BNG) seront payées pour réaliser cette privatisation. Pour la loterie nationale, Papandréou a désigné le Crédit Suisse et l’Eurobank grecque. Le Crédit Agricole CIB et sa filiale grecque Emporiki Bank, vendront l'organisme des courses hippiques (Odie). Pas belle la vie ? Pour les concessions des autoroutes grecques, le gouvernement a nommé Ernst&Young, Rothschild & Sons et Barclays Bank PLC tandis que pour l'industrie grecque des véhicules (Elvo) la Société Générale et sa filiale grecque Géniki Finance SA. A table ! A table les bandits la soupe est chaude ! Quant à "la mise en valeur de l'immobilier de l'Etat", le gouvernement prévoit "la création des sociétés pour répertorier l'immobilier appartenant à des ministères et définir leur statut juridique". Une dizaine de banques grecques, menées par la BNG, ont été désignées pour procéder au dépeçage de la bête. Ce n’est pas tout. La Grèce avait commencé à nommer des conseillers de privatisation fin mars, pour des cessions dans l'aéroport international d'Athènes, l'ancien aéroport d'Athènes situé à Hellenikon, une vaste zone de 55 hectares dans la banlieue balnéaire. Les mêmes dépouilleront aussi les chemins de fer grecs. Jusqu'à quand ? Les Grecs ont fait leur dixième grève générale. Où est le relais politique ? Papandréou, président de l’internationale socialiste et premier ministre. C’est comme ça que s’est appelé « le vote utile » en Grèce.

Pour les banksters, la Grèce sert de cadavre exposé sur un gibet pour impressionner tous les peuples d'Europe. Pour que l'intimidation fonctionne dans la durée, le supplice doit être entretenu, spectaculaire et public. Non seulement la Grèce est donc dépecée mais on lui maintiendra coût que coût la tête enfouie dans la dette. Dans cette stratégie, la Grèce joue le rôle du condamné pour l'exemple. Angela Merkel a donc de nouveau mis en garde tous les pays qui ne rentreraient pas dans le rang. Comme aux premiers jours de la crise grecque, elle a ressorti les grossiers arguments contre les pays du sud qui se la coulent douce. "Il faudrait que dans des pays comme la Grèce, l'Espagne, le Portugal, on ne parte pas à la retraite plus tôt qu'en Allemagne." "Nous ne pouvons pas avoir une monnaie commune et certains avoir beaucoup de vacances et d'autres peu, à la longue cela ne va pas." Moins de retraite et moins de congés, voila le programme de l'Europe allemande. Écœurante arrogance ! Sarkozy n'y oppose pas la moindre résistance. Au contraire. Sa ministre en rajoute donc bien tranquillement. Pressée à droite de se présenter à la direction du FMI, Mme Lagarde en fait des tonnes pour montrer quelle bonne élève libérale elle est. A ceux qui suggèrent de desserrer l'étau de la dette grecque et de mettre pour cela les banques à contribution, elle répond à l'unisson de la Banque centrale européenne : "c'est hors de question, qu'il s'agisse de restructuration, de rééchelonnement ou de reprofilage de la dette".

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24 mai 2011 2 24 /05 /mai /2011 06:13

 

 

http://www.yvelinesinfos.com/wp-content/uploads/2011/03/justice.jpgCi-dessous, un article du World Socialist Website, repris par Le Grand Soir. Il met bien en perspective le contexte médiatico-politique de l'affaire aux États-Unis.

 

L’arrestation du financier et homme politique français Dominique Strauss-Kahn à New York pour agression sexuelle et son incarcération à l'issue de sa garde à vue sont des événements dérangeants qui ont de vastes implications.

Strauss-Kahn est le directeur général du Fonds monétaire international, l’institution capitaliste mondiale peut-être la plus puissante, et une figure en vue du Parti socialiste français, l’un des principaux partis pro patronaux du pays. On s'attendait à ce qu'il annonce bientôt sa candidature à l’élection présidentielle de 2012, et les sondages le donnaient en tête devant ses rivaux, le président Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen, la candidate d’extrême droite du Front national.

Du point de vue de sa position de classe, de ses privilèges et de sa perspective sociale, Strauss-Kahn représente tout ce que le World Socialist Web Site rejette. Mais, il est aussi un être humain disposant de droits démocratiques, parmi lesquels on compte une procédure juridique appropriée et la présomption d’innocence tant que sa culpabilité n’a pas été prouvée. A en juger par le traitement infligé à Strauss-Kahn depuis son interpellation et la couverture de cet événement dans les médias américains, cette présomption d’innocence n’existe pas.

Personne, ni nous ni aucun autre – en dehors de l’accusé et de celle qui l'accuse (et peut-être d’autres  personnes concernées et anonymes) ne sait exactement ce qui s’est passé dimanche dans la suite de Strauss-Kahn à l’hôtel Sofitel de Manhattan. Toutes les informations dont dispose l’opinion publique, ont été fournies par le New York City Police Department, par l’avocat de la victime présumée et par les médias de masse. On ne peut considérer aucun de ces derniers comme des sources fiables.

Jusqu’à présent, personne n’a entendu la version des faits de M. Strauss-Kahn. Au lieu de cela, il a été soumis à un processus calculé d’humiliation et de déshumanisation – tel l’écoeurant « perp walk » [« perpetrator walk » pratique consistant à présenter le prévenu menotté devant les médias] – dont le but évident est de condamner l’accusé dans l’esprit du public avant même qu’un acte d’accusation ait été établi.

Le viol est un crime exécrable et toute personne reconnue coupable de ce délit doit répondre de ses actes. Toutefois, c'est un fait, honteux et indéniable, que des allégations d’abus sexuels ont été, de façon incessante, utilisées, et pas seulement aux Etats-Unis, pour détruire des personnes ciblées. Le cas du fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, vient immédiatement à l’esprit.

Le fait que des allégations de viol et d’autres formes moindres d’abus sexuels aient déjà été utilisés à des fins politiques ne signifie pas que Strauss-Kahn soit la victime d’un complot. Cependant, il faudrait une sacrée dose de crédulité pour rejeter de but en blanc, et avant une enquête des plus approfondies, la possibilité que Strauss-Kahn – homme dont les décisions ont des conséquences politiques et financières de grande portée – soit tombé dans un piège judicieusement tendu.

Cette vieille question Cui prodest? – À qui profite le crime ? – doit être posée lors de l’enquête concernant une allégation dont la conséquence immédiate, indifféremment de l’issue finale de l’affaire, sera vraisemblablement la destitution du directeur du Fonds monétaire international et la destruction de la carrière politique d’un potentiel futur président de la République française. Qui aurait à gagner quoi du transfert dans une prison américaine de M. Strauss-Kahn ? […]

Mais on ne trouve pas une telle curiosité chez les rédacteurs du New York Times. Au contraire, dans un exemple de plus de son penchant pour le journalisme de caniveau, le quotidien a publié hier pas moins de trois rubriques – par Maureen Dowd, Stephen Clarke et Jim Dwyer – qui se délectent de l'humiliation de Strauss-Kahn, qui traitent l’allégation de viol comme si la question de sa véracité ne se posait pas  et qui excitent de manière provocatrice les lecteurs contre l’accusé. Chacune de ces rubriques en appelle à l’ignorance du principe de procès équitable et aux instincts les plus vils des lecteurs. Le niveau ordurier de ces articles est signalé par le titre choisi par M. Clarke pour son papier : « Droit des Dirty Old men » [« Le droit des vieux vicieux. » ]

Le pire article est celui de Maureen Dowd. Durant ses longues années passées au poste d'éditorialiste au Times, elle a fourni d’innombrables exemples d’une obsession lubrique (les lecteurs peuvent se reporter à ses articles sur le scandale Clinton-Lewinsky) dont le mauvais goût fut exacerbé par sa méchanceté subjective incontrôlée.

Plus récemment, avant de porter son attention sur l’affaire Strauss-Kahn, Dowd avait célébré l’assassinat extra-légal d’Oussama ben Laden (« une victoire qui fait que nous nous sentons à nouveau Américains »). Dans sa rubrique du 17 mai, « Puissant et primitif », Dowd commence en disant : « Oh, elle le désirait. Elle le désirait vraiment. C’est ce que désire toute jeune veuve, pieuse, travailleuse qui s'échine à faire des petits boulots dans un hôtel de Times Square afin d’élever seule sa fille adolescente, justifier de son statut d’immigrée et profiter des opportunités offertes par l’Amérique – un vieux satyre ridé, en rut et pris de folie, qui se précipite nu de sa salle de bains, fonce sur elle et la traîne dans la chambre, à la manière d’un homme des cavernes. »

Sur quelles preuves se fonde ce paragraphe scabreux ? Quelles sont les informations détenues par Dowd ? A-t-elle seulement interviewé celle qui accuse ? Dowd sait-elle seulement ce que la présumée victime a dit à la police ? Pour la chroniqueuse du Times, la présomption d’innocence n’existe pas. Au contraire, la suggestion même que Strauss-Kahn ne soit pas coupable et pire encore, qu’il aurait pu être piégé, l'indigne. Comme dans toutes les affaires impliquant des allégations d’abus sexuels et sur lesquelles Dowd a écrit, la culpabilité de l’accusé c’est l’hypothèse en vigueur.

 Dowd continue: « Les défenseurs français de Strauss-Kahn propagent d'insensées théories de complot ressemblant à celles des Pakistanais dans le cas d’Oussama. Certains ont suggéré qu’il avait été victime d’un coup monté organisé par les forces de Sarkozy. »

Impossible ? Pourquoi serait-il absurde de croire que Strauss-Kahn a de puissants ennemis qui ont les moyens de le piéger ou, du moins, de saisir l’occasion de cette affaire pour le liquider politiquement ? Exclure cette possibilité n’est pas seulement politiquement absurde, c’est clore un domaine crucial de l’enquête. Peut-on imaginer que des enquêteurs ne demanderaient pas à Strauss-Kahn s’il y a des gens qui auraient intérêt et seraient en mesure d'organiser un coup monté à son encontre ? Ou que des enquêteurs ne se pencheraient pas sur les relations de celle qui l'accuse ?

Pour comprendre comment de puissantes forces utilisent le scandale actuel, il suffit de se référer à un article à la Une du Wall Street Journal de mercredi et intitulé « La pression monte sur le directeur du FMI emprisonné ». Cet article affirme que le gouvernement Obama a « indiqué fortement qu’il était temps que le Fonds monétaire international remplace Dominique Strauss-Kahn en tant que directeur, faisant remarquer qu’il ne pouvait plus exécuter efficacement son travail. » Manifestement, l’arrestation de Strauss-Kahn est considérée par le gouvernement américain comme une opportunité politique.

Dans ses premiers commentaires publics sur l’affaire, rapporte le Journal, le secrétaire américain au Trésor, Timothy Geithner, « a appelé à davantage de reconnaissance officielle de la part de la direction pour que le numéro 2 du FMI, l’Américain John Lipsky qui a remplacé M. Strauss-Kahn depuis son arrestation, continue d’occuper le poste durant une période intérimaire. »

Il est entendu que le remplacement de Strauss-Kahn aura des implications politiques importantes et qu’une lutte âpre est déjà en cours entre les gouvernements européens et les États-Unis quant au choix du successeur. Selon le Wall Street Journal, les Européens veulent conserver cette haute fonction au FMI. « Mais les Etats-Unis, » écrit le Journal, « en tant qu’actionnaire unique le plus important au sein de l’organisation joueront un rôle clé dans la décision finale. »

Maureen Dowd n’est peut-être pas particulièrement au courant des multiples intérêts cruciaux en jeu dans le remplacement de Strauss-Kahn, mais les gens plus haut placés au New York Times ne sont pas naïfs. C’est un fait établi que le rédacteur en chef du journal, Bill Keller, coordonne avec le gouvernement américain la couverture par le Times des questions qui sont d’une importance capitale. Dans le cas qui nous occupe, les rubriques incendiaires de Dowd et des autres s'ajoutent à la pression qui est exercée pour contraindre Strauss-Kahn à démissionner.

L’opinion publique française a, ce qui est bien compréhensible, été affligée à la fois par la manière dont s'est déroulée l’arrestation de Strauss-Kahn et la décision des instances américaines chargées d'appliquer la loi de le parader menotté devant les paparazzi. Mais ce choc ne fait que montrer à quel point les Européens comprennent peu ce qui se développe aux Etats-Unis depuis quelques décennies.

Le journaliste droitier et philosophe Bernard-Henry Lévy se plaint à juste titre du traitement scandaleux infligé à Strauss-Kahn qui, dit-il, a été « jeté aux chiens, » en ajoutant que rien « ne permet que le monde entier soit invité à se repaître… du spectacle de sa silhouette menottée, de cet homme épuisée par 30 heures de garde à vue. » »

Les personnalités comme Lévy ont toutefois choisi de fermer les yeux sur les conditions sociales existant aux Etats-Unis, tant elles étaient  sous le charme de la propagande du « libre marché ». Lévy n’a pas pris la peine de remarquer que plus de 2,2 millions de personnes – la grande majorité traitée tout aussi cruellement que Strauss-Kahn, sinon pire – sont actuellement incarcérées dans ce cauchemar des droits de l'homme que l'on appelle les États-Unis.

La triste vérité est que le caractère brutal et vindicatif du système « judiciaire » américain n’est révélé au grand jour que lorsque quelqu’un de connu tombe entre ses griffes.

Les poses adoptées par Dowd et les autres de son espèce comme défenseurs des pauvres et des opprimés sont tout à fait hypocrites. La journaliste affirme que les Américains « peuvent  s’enorgueillir » de ce que dans le cas de Strauss-Kahn « justice sera faite sans considération de richesse, de classe ou de privilèges. » Elle ajoute, « C’est une histoire exaltante sur l’Amérique, où même une femme de chambre peut avoir de la dignité et être écoutée lorsqu’elle accuse l’un des hommes les plus puissants du monde d’être un prédateur. »

Quelles âneries ! Dans la vie de tous les jours, les femmes de chambre et les autres « serviteurs » sont invisibles pour la classe moyenne supérieure dont Dowd fait partie.

Des personnes, tout comme Lévy, ont exprimé des inquiétudes mais l’establishment français a réagi avec lâcheté ou, dans le cas de Nicolas Sarkozy, qui voit un adversaire potentiel éliminé, sur la base de calculs politiques à court terme.

Il ne fait aucun doute qu’il existe un réel élément de crainte et d’intimidation en France et dans l’ensemble de l’Europe quant au comportement des Etats-Unis qui opèrent partout dans le monde comme une organisation criminelle. Washington a exigé (et obtenu) en mars dernier la libération d’une prison pakistanaise de l'agent de la CIA, et meurtrier, Raymond Davis. Peut-on imaginer de voir une personnalité politique américaine de premier plan être traitée à Paris comme l'a été Strauss-Kahn à New York en toute impunité?

L’affaire Strauss-Kahn soulève des questions cruciales. Le World Socialist Web Site insiste sur la présomption d’innocence et d'autres droits démocratiques fondamentaux. Il n’y a aucune raison crédible pour qu'il ne soit pas libéré sous caution. Les personnes politiquement à gauche qui croient bêtement que le sort de Strauss-Kahn est une question qui laisse indifférent – voire même qui devrait  être accueilli comme un juste châtiment pour sa richesse personnelle et ses péchés politiques – ne comprennent rien à l’importance des droits démocratiques. De plus il convient de faire remarquer que les convictions socialistes ne se fondent pas sur une vengeance mesquine.

On espère bien sûr qu’une défense compétente, qui résiste à la pression immense visant à lui faire accepter une négociation de peine, travaillera à faire la lumière sur les faits. Pour les autorités, surtout si elles sont motivées par des objectifs politiques, il s’agit d’ores et déjà d’une « mission accomplie » – la destruction de la réputation politique de Strauss-Kahn.

Si l’on se concentre sur les faits concernant l’affaire telle qu’elle a été rapportée, il existe d'amples raisons – sûrement à ce stade – de se poser sur toute cette affaire de très sérieuses questions et qui vont bien au-delà du « doute raisonnable. »

 

 

 

David North et David Walsh

 

 

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23 mai 2011 1 23 /05 /mai /2011 06:13

http://www.fundanin.org/POUM_2_Bamage_2.JPGDans son blog, Philippe Bilger se livre à une défense, nuancée mais claire, de Lars von Trier et de son dérapage hitlérien. La plume du grand magistrat sarkozyste crisse plus souvent qu'il ne convient pour quelqu'un qui se veut une grande conscience de la justice française. Frank Thomas, un lecteur de ce blog, explique de remarquable manière la différence entre les crimes staliniens et les crimes hitlériens.

 

 

"Staline, bien sûr, mais Hitler a tué moins mais c'est pire... pourquoi est-ce pire?"

 

"Pire" n'est pas suffisant à exprimer l'immense distance qui sépare les crimes de l'un et de l'autre.

 


Staline est une dictateur sanglant. Il a causé par sa brutalité paranoïaque un nombre épouvantablement élevé de morts. Il a torturé, laissé mourir de faim et de froid ses opposants, les amis de ses opposants, ceux qui étaient soupçonnés de l'être ou de l'avoir été, etc.


Le régime nazi s'est également rendu coupable de tout cela. Mais ce qui fait du nazisme une horreur inégalable, eschatologique, c'est la réduction du corps humain à un déchet ou, pire, à une matière première, et la transformation de la mort en une industrie rationalisée.


Quoi qu'on dise, le nombre de morts n'est qu'un des paramètres en cause.


Une "Chienne d'Auschwitz", un Docteur Mengele comptent plus que tous les bourreaux réunis, parce que leurs crimes ont déshumanisé l'Homme.


Oui, Hitler, c'est pire.

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22 mai 2011 7 22 /05 /mai /2011 16:14

http://www.voici.fr/var/voi/storage/images/media/images/les-potins-du-jour/potins-27-septembre-2010/jean-pierre-elkabbach/6255278-1-fre-FR/jean-pierre-elkabbach_gnews.jpgÉvariste (Res Publica) publie un article intéressant sur la manière dont une partie des grands médias s'acharne sur Jean-Luc Mélenchon. Si ces attaques devaient cesser, c'est, malheureusement, que notre Jean-Luc, et donc le Front de gauche, ne représenterait plus aucun danger.

 

Haro sur le Front de Gauche et Jean-Luc Mélenchon
Vendredi 20 mai 2011
Par Évariste
Pour réagir aux articles,
écrire à evariste@gaucherepublicaine.org

La campagne des présidentielles pour le Front de Gauche va être dure, entendons qu’on ne lui fera aucun cadeau et que tous les coups seront permis.  Cela a déjà commencé et l’explication en est simple: l’oligarchie va avoir de plus en plus peur. Comment pourrait-il en être autrement si tous les repus d’une société sans pitié pour le plus grand nombre perdent, avec les révolutions arabes, les manifestations en Espagne sans précédent dans leurs revendications, les grèves générales reconduites régulièrement en Grèce… leurs certitudes que leur société, celle qui les gave, peut du jour au lendemain être remise en cause. Quel rapport avec le Front de Gauche ? Examinons ce qui se passe depuis la mise hors jeu de Strauss-Kahn.


Jeudi 19 mai, Elkabbach transforme sur Europe 1 ce qui devait être une interview de Jean-Luc Mélenchon, même pas en débat, mais en tribune de sa propre personne, mêlant l’arrogance et l’insulte : « vous dites des bêtises ». Il faut le comprendre ses amis, la droite et les sociaux libéraux viennent de perdre leur candidat, celui qui devait, sondages faisant règle de loi, écraser tous ses adversaires. Mais il ose dire c’est vous Mélenchon qui devez être ennuyé. En gros : “DSK était votre bête noire, comment allez vous faire maintenant ?” Argument d’une mauvaise foi insigne repris encore ce vendredi dans le Parisien. Mauvaise foi insigne car jamais le Front de Gauche n’a réduit son combat pour le socialisme à DSK mais bien à tous ceux qui soutiennent la politique du FMI et de l’Union européenne au service de la finance internationale. Ce sont les journalistes à leur solde comme Elkabbach qui n’ont cessé de poser en particulier à Jean-Luc Mélenchon la question récitée par cœur pour justifier le vote utile : “mais que ferez vous au deuxième tour, assurés que nous sommes que DSK arrivera en tête ?” La réponse évidente ,toujours la même puisque c’était toujours la même question: “même si je le voulais comment les salariés, les gens de gauche iraient voter pour celui qui est à la tête de la machine à broyer les peuples qu’est le FMI ?”


La belle opération DSK, un personnage à la stature internationale, certes archi-millionnaire mais ayant sa carte du parti socialiste en poche, participant — rentrez bien cela dans votre tête — au « sauvetage » de l’Irlande, de la Grèce… et rempart contre le front national qu’on gonfle à longueur de colonnes et d’images télé, tombe à l’eau. Alors bas les masques. De Sarkozy à Merkel, la même affirmation pour se rassurer : on a plein de remplaçants potentiels, en Europe et en France, pour le premier, et on apprend que Christine Lagarde ancien pivot du plus grand cabinet d’affaires américain, sous la menace d’être plombée par l’affaire Tapie1 remplacerait à merveille DSK. Mais n’est ce pas pour reprendre une terminologie à la mode chez ces politiciens, le même job. Alors le job de DSK c’était bien celui que dénonce le Front de Gauche et Jean-Luc Mélenchon. Oui, l’oligarchie perd son meilleur cheval et en plus elle est obligée d’avouer plus qu’implicitement le rôle véritable du FMI.

Hollande comme plan B ?

Bien sur elle a un plan B, puisqu’elle ne peut plus faire confiance à Sarkozy. Depuis quelques mois, on a trouvé un profil différent de celui de DSK pour une même politique. On le jugeait incapable quand il dirigeait le parti socialiste, il devient non seulement sympathique, proche des réalités mais présidentiable, sondage, là aussi, à l’appui. Le problème c’est que le parti socialiste avec l’affaire DSK en a pris un coup dans l’aile, surtout avec des primaires aux résultats et aux effets imprévisibles. Mais on ne manque pas de savoir faire. A travers DSK c’est le parti socialiste qui serait visé, DSK serait victime d’un complot qui viendrait de l’Elysée. Nouveau recours au sondage : 57% des français le pense. Bien entendu qu’on ne sache rien de ce qui s’est passé dans ce Sofitel de New York, en tout cas moins que le procureur qui met le directeur du FMI en examen pour tentative de viol, ne gêne pas ses amis qui se voyaient déjà ministres, et qui vont être obligés de se choisir un autre ami. Certes, le transfuge vers Hollande ne sera pas un problème, cherchez la feuille de cigarette qui sépare leur politique. Mais les places vont être chères et certains coups ont fait mal.

Et l’Espagne se réveilla…

Décidément depuis quelque temps l’oligarchie a du souci à se faire. En Espagne on ne veut plus d’elle, de ses représentants, de ses institutions. Dans cinquante grandes villes la jeunesse occupe les places, un mot d’ordre revient : on ne veut plus de ces deux partis dominants, l’Alliance populaire à droite et le PSOE à gauche. Et la gauche de la gauche fait son chemin. Le Figaro lui même est obligé de faire le rapprochement avec l’Argentine ruinée par Le FMI2 et qui en 2001 a eu un sursaut du même type. L’expression qui spontanément fut reprise par tout un peuple mais que le journaliste de Figaro ignore volontairement était “que se vayan todos”, “qu’ils s’en aillent tous “. Le peuple espagnol cherche sa voie à la gauche de la gauche avec le même mot d’ordre.


En France, c’est Mélenchon qui reprend à son compte ce slogan : et vous voudriez que les médias ménagent Jean-Luc Mélenchon et le Front de Gauche ?

 

 

PS : deux curiosités :

http://raphaellegensane.over-blog.com/

http://rebeccagensane.over-blog.com/

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22 mai 2011 7 22 /05 /mai /2011 15:00

http://www.linternaute.com/homme/mode-accessoires/photo/mode-masculine-a-florence-pitti-uomo/image/eisvonsieben-254393.jpgChaque jour, en Syrie, 10 à 50 civils meurent sous les balles de la répression.

 

C'est autre chose, comme crime contre l'humanité, que ce qu'a perpétré Khadaffi.

 

Je me dis aussi que si des hommes, des femmes, des enfants, défient chaque jour la mitraille en sachant parfaitement ce qu'ils risquent, c'est que, depuis quarante ans, ils ont enduré l'horreur au quotidien et que la mort leur semble préférable à la dictature du clan Hassad.

 

Mais la question importante est : que fait BHL ? Pouquoi ne bouge-t-il pas ? Pourquoi ne pousse-t-il pas son ami de Neuilly à frapper chirurgicalement l'infâme ?

 

Une seule réponse : ses chemises blanches sont au pressing.

 

PS : deux curiosités :

http://raphaellegensane.over-blog.com/

http://rebeccagensane.over-blog.com/

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21 mai 2011 6 21 /05 /mai /2011 14:51

Tout récemment, Laurent Joffrin s'est adressée à Robert Badinter de manière violente et grossière, sur un plateau de France 2. Beaucoup se sont demandés pourquoi cet homme d'habitude calme et consensuel s'était montré aussi excessif ce soir-là.

 

 Laurent Joffrin a simplement voulu faire du buzz. Pour une raison très simple : si, comme on le dit, la "classe politico-médiatique" était au courant des frasques de DSK, il était du devoir des médias de parler. Autant on peut comprendre (sans forcément approuver) que les hommes politiques fassent preuve d'esprit de corps, autant il est du devoir, de la responsabilité des médias, de dire si le privé des gens qui nous gouvernent (c'est également valable pour les dirigeants du CAC 40) engendre des comportement délictueux ou influe sur le politique.


Joffrin a voulu dédouaner les siens. Ce n'est pas en s'adressant comme un mufle à une autorité morale du personnel politique que l'on peut s'approcher de la vérité et redresser des torts.


Le fait que la journaliste qui dit avoir été quasiment violée par DSK il y a une dizaine d'années ait décidé de ne pas porter plainte pour, prétendument, ne pas être "instrumentalisée" par la justice de l'État de New York, laisse entendre que rien n'est clair. Que les sites internet sénégalais ne parviennent pas à déterminer la nationalité de la présumée victime est étrange. Que cette présumée victime ait été précédée dans la suite de DSK par un homme de chambre lui ayant dit qu'elle avait le champ libre pour faire son travail est bizarre. Les limiers au services des avocats du sémillant Do ont du travail pour de longs mois.


 

Dessin de Placide

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20 mai 2011 5 20 /05 /mai /2011 15:00

http://www.yvelines.fr/archives/actu/2009/RegardsCroises/img/04_LouisRenault.jpgLes petits-enfants de Louis Renault ont déposé devant le TGI de Paris, une assignation destinée à obtenir l’indemnisation d’un pseudo « préjudice matériel et moral » causé par la nationalisation-sanction prononcée à la Libération.

 

Les héritiers des salariés de l'usine torturés, fusillés, morts dans le combat contre le nazisme, apprécieront.

 

Le 16 janvier 1945, De Gaulle signait une ordonnance instituant la nationalisation des usines Renault au motif que :

« Alors que les livraisons fournies par la société Renault à l’armée française s’étaient montrées notoirement insuffisantes pendant les années qui ont précédé la guerre, les prestations à l’armée allemande ont, durant l’occupation, été particulièrement importantes et ne se sont trouvées freinées que par les bombardements de l’aviation alliée des usines du Mans et de Billancourt. »


André Gérin organise une réunion à l'Assemblée nationale le 24 mai à 17 heures, salle 6403, avec Michel Certano (syndicaliste) et l'historienne Annie Lacroix-Riz.


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20 mai 2011 5 20 /05 /mai /2011 06:08

http://static.pcinpact.com/images/bd/news/48842-radars.jpg

Cette fois-ci, je n’avais pas l’intention d’évoquer les radars proprement dit mais, députés UMP obligent, j’en remets une petite couche.

Que le gouvernement ait décidé de supprimer les panneaux signalant la présence de radars est bien la preuve par a + b que sa politique n’est pas sécuritaire mais financière. Dans une démarche essentiellement populiste, des députés de droite viennent de prendre la défense des automobilistes et des marchands d’avertisseurs embarqués. J’aurais nettement préféré les voir s'insurger contre la loi scélérate sur les retraites.

Ce populisme finit par donner raison aux différentes associations “ apolitiques ” qui prônent une plus grande liberté pour les automobilistes. Je me contenterai ici de reprendre deux ou trois arguments évoqués dans cette rubrique :

Cela fait trente ans que baisse le nombre de morts et de blessés sur les routes (de 14000 morts en 1974 à 5000 en 2003). Les radars ne sont qu’une des causes de cette baisse. Parmi les autres causes, on retiendra que les véhicules sont plus sûrs (souvenons-nous des 2 cv Citroën), que les routes sont de meilleure qualité (les autoroutes sont moins mortifères que les autres routes), que l’alcoolisme et la prise de drogue sont davantage dépistés qu’autrefois.

Il faut également noter que les automobilistes français ne sont pas particulièrement inconscients. 90% des infractions constatées par les radars concernent des dépassements de moins de 20 km. Les Britanniques qui, depuis toujours, roulent plus prudemment que les Français, sont davantage radarisés.

Deux radars sur trois ne sont pas placés dans des lieux “ accidentogènes ”, mais dans des endroits permettant de remplir les tiroirs-caisses. J’entendais récemment le témoignage d’un automobiliste qui avait été privé de son permis de conduire pendant un an parce qu’il avait été flashé à 110 km/heure sur une portion d’autoroute où la vitesse avait été provisoirement limitée à 50 km/heure. J’imagine le préfet du coin se délectant vicieusement à l’idée de demander à la Gendarmerie de placer un radar mobile à cet endroit. Cela avait brisé la vie de notre homme qui avait perdu son travail. Comme il était respectueux des lois, il s’était interdit de rouler sans permis, contrairement à des centaines de milliers de Français.

Que les radars rapportent 500 millions d’euros par an est accessoire. Ils rapporteraient dix fois plus ou dix fois moins, le problème serait le même.

Je voulais, dans cette note, parler de tout autre chose. J’ai découvert que lorsqu’un professeur des écoles souhaite emmener sa classe en excursion par autocar, il est tenu de procéder à une vérification de plusieurs points concernant la vétusté du véhicule. Il doit ainsi vérifier que les pneus ne sont pas lisses. S’ils le sont, et si le car cause un accident, le professeur sera tenu pour partiellement responsable. Ainsi que le directeur d’école qui n’aura éventuellement pas été concerné par l’excursion.

Est-ce que, dans les IUFM, on donne des cours sur l’usure des pneus des cars ? Est-ce que, dans les IUFM, on apprend aux futurs professeurs des écoles à apprécier la dangerosité d’un car ne disposant pas de ceintures de sécurité (les cars mis en circulation avant 2000 ne sont pas obligés d’en être pourvus et les enseignants peuvent refuser d’y faire monter leurs élèves, ce qui plombent légèrement les excursions) ?

Tout se tient : qu’il s’agisse de radars ou de pneus lisses, l’important est le flicage de la société au sens où chaque individu est censé être à la fois flic et fliqué.

Vichy, Big Brother, comme on voudra.

 

Dessin de Snut

 

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19 mai 2011 4 19 /05 /mai /2011 05:52
Yann Fievet vient de publier ce texte très argumenté dans Le sarkophage (repris par Le Grand Soir).



http://farm4.static.flickr.com/3177/2842941601_66ef8dd667.jpg"L’art est partout, il est dans tout : dans la rue comme dans le musée, Et je dénie le droit que s’arrogent quatre ou cinq industriels de maculer Avec leurs enseignes outrecuidantes la ville qui abrite un millions d’habitants !"
Charles Garnier, 1871.

 

Depuis que l’Homme éprouve l’injustice frappant ses semblables ou croit souhaitable de changer l’ordonnancement des choses terrestres l’engagement pour ces objets inhabituels tient en éveil certains de ses congénères. L’engagement ne semble certes pas chose naturelle. Ses contours sont difficiles à délimiter tant les causes à défendre semblent innombrables et souvent incertaines. L’engagement est bien sûr indissociable de la personne de l’engager qui le vit. La figure de l’engagé est complexe car faite d’un mélange inextricable d’éléments plus ou moins fortement intériorisés par la conscience de l’individu au cours de son histoire – et de celle des siens y compris ceux des générations antérieures – et des nombreuses sollicitations du contexte vécu au jour le jour par l’individu attentif. Qu’il soit admiré ou raillé l’engagé est avant tout fidèle à son engagement qu’il veut gratuit de surcroît afin d’en renforcer le noble caractère. Et si l’engagement était un art, un art dont l’esthétique serait destiné à combattre la vulgate du monde marchandisé ?

 

Il est communément admis que l’engagement est désintéressé. Dans l’acception commune, le désintéressement s’entend aujourd’hui comme la posture d’un individu dont l’engagement est étranger à toute volonté d’enrichissement pécuniaire. Nous écartons donc d’emblée du champ de l’engagement les individus se servant d’une cause éminemment louable à des fins lucratives personnelles. À ce propos, il paraît évident que l’individualisme nourri par les ressorts profonds de la société de consommation d’une part et le primat – pour ne pas dire la dictature – de l’économique sur l’ensemble des activités humaines d’autre part favorisent la multiplication des occasions susceptibles de faire des larrons. La suspicion à l’égard de l’engagement ne peut évidemment que souffrir de cet état de fait. Ira-t-on jusqu’à dire que les hommes et les femmes désintéressés dans leur engagement ont un mérite certain à résister à la tentation ou à ignorer le regard suspicieux d’autrui ? Quoi qu’il en soit l’engagement gratuit – n’a-t-on pas affaire là à un pléonasme ? – est suffisamment répandu pour ne pas être rangé parmi les objets d’études inutiles. L’attention qu’on lui porte suppose une double dimension : individuelle et sociale.

 

C’est bon pour le moral !

La Révolution conservatrice, comme la nommait Pierre Bourdieu, à l’œuvre depuis trente ans, imprime à notre société des marques profondes de désagrégation qui sont autant de motifs de s’engager pour y faire face. Mais, dans le même temps, l’ampleur de la dépolitisation du corps social et le désarroi provoqué par l’impuissance répétée des mouvements sociaux dissuadent souvent le citoyen de faire du motif d’engagement un engagement véritable. Le simple désarroi faisant désormais place à la désespérance, il paraît de la première urgence de regarnir les rangs clairsemés de l’engagement militant dans ses multiples dimensions.

 

La défense d’une cause se nourrit du nécessaire espoir, aussi mince soit-il, envers un changement de l’état des choses. Qu’il s’agisse de vouloir réparer une injustice ou de souhaiter une modification de l’ordonnancement de la réalité sociale, l’individu a besoin pour justifier son engagement de croire que son action a une chance d’atteindre son but. Peu importe que cette conviction soit démesurée au regard des perspectives objectives de sa réalisation. Peu importe également que le but à atteindre reste flou dans ses contours. Les pessimistes ne s’engagent pas. Ici, il convient de distinguer le pessimisme de la réflexion sur les choses motivant la volonté de l’engagement et l’optimisme de l’action engagée au service d’un objet de lutte. Le pessimisme de la réflexion va nourrir l’optimisme de l’action. C’est ainsi que l’engagé trouve le moral et parviendra à le conserver au grand étonnement – quand il ne s’agit pas d’incompréhension – du plus grand nombre.

 

Le moral de l’engagé doit beaucoup à la gratuité de son engagement. Dans une société grandement façonnée par les agents et les valeurs du consommationnisme cette affirmation dérange. Quand l’emprise du Marché s’étend jusqu’à recouvrir des espaces qui lui étaient hier parfaitement étrangers, le citoyen qui affecte d’agir sans réciprocité directe est régulièrement envisagé par autrui comme un être issu d’une époque heureusement révolue. En fait, le nombre des individus potentiellement capables d’agir gratuitement est bien plus important qu’il n’y paraît. Mais, les espaces autonomes où il est permis d’évoluer librement se sont réduits comme peau de chagrin avec l’extension de la sphère marchande. Le moral de l’engagé tient donc, outre la satisfaction que lui procure la gratuité même de ses actes, à sa fierté de réussir encore à trouver des espaces pour sa liberté d’action et de réflexion. Quand les représentations de la société sont déformées – pour ne pas dire conformées – par les incongruités du discours publicitaire et les techniques décérébrantes du marketing – ayant même investi le champ du politique – garder une relative autonomie de pensée est assurément une prouesse réclamant une énergie que le consommationnisme a confisqué à la plupart des individus.

 

On ne fera advenir un autre monde qu’en étendant la gratuité des comportements humains dans des espaces autonomes élargis. Le moral des troupes est à ce prix.

 

Tous ensemble !

On n’y coupera pas : le postulat qui vient d’être énoncé ne sera pas concrétisé si un mouvement social digne de ce nom ne le décide. Chômeurs et précaires, petits ou grands exploités du travail, laissés pour comptes du délabrement des services publics ou de la protection sociale, tous n’ont plus grand-chose à attendre du capitalisme dont les fruits de moins en moins féconds sont accaparés par des oligarchies patentées et surprotégées. Ils ont cru à la fable de la disparition de la lutte des classes, y compris au sein même des lieux de production. Leur salut passe par l’acceptation de la lutte des classes qui, tout bonnement n’a pas disparu. La bourgeoisie le sait bien, elle qui n’a jamais cessé de lutter. Elle seule n’a pas succombé au risque mortifère de l’individualisme que provoque le pur rapport marchand. Quand tout le reste de la société s’absorbe au quotidien et avec allégresse dans d’innombrables relations deux à deux, calque parfait du rapport singulier entre l’acheteur et le vendeur, La bourgeoisie fonctionne toujours en réseaux denses et fermés, gages bien compris du renforcement de son pouvoir. Le discours des cinquante dernières années sur les bienfaits unificateurs et démocratiques de la société de consommation ne lui était pas destiné.. Elle s’en est abondamment servie en direction de son extérieur afin de se protéger définitivement de lui. Ironie du sort : elle aurait des choses à nous apprendre dans le domaine de la gratuité !

 

Le milliardaire Warren Buffet assume pleinement le rôle dévolu à sa classe (New York Times, 26 novembre 2006) : « Il y a une guerre des classes, c’est un fait, mais c’est ma classe, la classe des riches, qui mène cette guerre, et nous sommes en train de la gagner. »

 

Face à ce cynisme non dissimulé, les autres, « les non riches », doivent réintégrer la lutte des classes qui a continué de se dérouler contre eux quand on attirait ailleurs leur regard émerveillé et envieux. Pour reprendre pied dans cette lutte, y compris hors de l’espace du travail où les marxistes l’ont trop souvent cantonné, la pensée d’Henri Lefebvre nous est précieuse. Rappelons que ce marxiste hétérodoxe, que l’on redécouvre aujourd’hui, a analysé diverses lacunes de Marx : réduction de la ville à un simple support du processus de production/consommation ; survalorisation du travail par rapport à l’ensemble des dimensions de la vie quotidienne (transports, loisirs, famille, culture, etc.)  ; sous valorisation des problèmes liés aux temps et espaces sociaux ; survalorisation de l’industrie par rapport à l’agriculture et aux problèmes de la réforme agraire ; négligence de la sphère de l’informationnel. Pour Henri Lefebvre la lutte pour l’espace et le temps, c’est-à-dire pour leur usage, est incontestablement une forme moderne de la lutte des classes que Marx n’évoqua pas faute d’avoir vécu le vingtième siècle où ces enjeux sociaux vont se révéler vraiment. L’aliénation des individus ne résulte pas que du travail capitaliste, elle résulte aussi de la façon dont les individus occupent les espaces non-travail. Chacun devrait rejoindre ou participer à bâtir les alternatives qui poussent un peu partout en marge du consommationnisme essoufflé par l’absence des limites qu’il n’a pas su s’imposer. C’est dans ces alternatives multiformes où les beautés de la gratuité et de l’autonomie prennent tout leur sens que la crise écologique et sociale trouvera un début de solution concrète. Et c’est ainsi, par une esthétique des projets de vie sociale, que l’on reconstruira le politique.

 

Yann Fiévet

Le Sarkophage – Numéro 24 – Mai 2011

 

Professeur de Sciences Économiques et Sociales, co-fondateur d’Action Consommation, auteur du livre « Le monde en pente douce », Éditions Golias, 2009.

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