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8 octobre 2011 6 08 /10 /octobre /2011 06:03


http://jeuneslibertaires.free.fr/affiches/misere.jpgAfin de faire plonger toujours plus les Français dans la misère, le gouvernement vient de mettre au point une petite mesure, aussi technique que scélérate, applicable au 1er janvier 2012, concernant les indemnités journalières.

Ces indemnités vont subir une diminution de 6%. Chaque année, 7 millions de salariés sont mis en congé de maladie. Certains peuvent vivre jusqu’à 3 ans sur les IJ avant d’être placés en invalidité. Pour un salarié au Smic, la baisse sera de 40 euros par mois.

Le gouvernement va remplacer 50% du salaire brut par 60% du salaire net, correspondant à 47,1% du salaire brut. Il récupèrera ainsi 200 millions d’euros, un tout petit peu moins qu l’aide accordée aux banques en difficulté…

 

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7 octobre 2011 5 07 /10 /octobre /2011 14:52

Plus on lit Ignacio Ramonet, plus on a envie de désespérer.  Si l'on est amené à se pendre, autant savoir pourquoi (link)

 

http://www.casafree.com/modules/xcgal/albums/userpics/45517/normal_end-of-the-world.jpgDix ans après les attentats du 11-Septembre et trois ans après la faillite de la banque Lehman Brothers, quelles sont les caractéristiques du nouveau système-monde ?

La norme actuelle ce sont les séismes. Des séismes climatiques, des séismes financiers et boursiers, des séismes énergétiques et alimentaires, des séismes communicationnels et technologiques, des séismes sociaux, des séismes géopolitiques comme ceux provoqués par les insurrections de l’éveil arabe...

Autre caractéristique dominante : l’absence de visibilité générale. Des évènements imprévus font brutalement irruption sans que nul, ou presque, ne les ait vus survenir. Si gouverner c’est prévoir, nous vivons une évidente crise de gouvernance. En Europe, les dirigeants actuels se révèlent incapables de prévoir les collisions que se succèdent. La politique semble impuissante. L’Etat qui protégeait les citoyens a cessé d’exister. D’où la crise de la démocratie représentative. "Ils ne nous représentent pas !" constatent, non sans raison, les "indignés" espagnols. Les citoyens assistent à l’effondrement de l’autorité politique et réclament qu’elle assume de nouveau son rôle conducteur de la société. Seul le politique dispose de la légitimité démocratique. Ce que les gens demandent aussi c’est que le pouvoir politique délimite et restreigne celui, excessif, de la finance. Qu’il régule enfin, d’une main ferme, l’irrationnelle exubérance des marchés.

Autre constat : à l’échelle planétaire, la médiocrité des dirigeants politiques consterne. Peu d’hommes ou de femmes d’Etat sont à la hauteur des défis contemporains.

Les pays riches (Amérique du Nord, Europe, Japon) subissent le plus grand choc économique et financier depuis la crise de 1929. Pour la première fois, l’Union européenne voit sa cohésion et même son existence menacées. Simultanément, le risque n’une nouvelle Grande dépression économique affaiblit le leadership international des Etats-Unis dont la prépondérance est également menacée désormais par l’émergence de nouveaux pôles de puissance (Chine, Inde, Russie, Brésil) à l’échelle mondiale.

Dans un discours récent, le Président des Etats-Unis a annoncé la fin des "guerres du 11-Septembre" (Irak, Afghanistan et contre le "terrorisme international") qui ont marqué cette décennie. Barack Obama a rappelé que "cinq millions d’Américains ont porté l’uniforme au cours des dix dernières années". Malgré cela, il n’est pas évident que Washington l’ait emporté. Les "guerres du 11-Septembre" ont coûté au budget de l’Etat entre 1 billion (un million de millions) et 2,5 billions de dollars. Charge financière astronomique qui a fait exploser l’endettement des Etats-Unis et a aggravé, en particulier après 2007, leur crise économique.

Dans une certaine mesure, finalement, Al Qaeda a poussé Washington dans une fuite en avant militaire comme Reagan l’avait fait vis-à-vis de Moscou lorsque, dans les années 1980, il avait obligé l’URSS à se lancer dans une exténuante course au surarmement, dans le cadre de la "guerre des étoiles", qui avait fini par épuiser l’empire soviétique et provoqué son explosion. L’Amérique sort laminée de ces conflits. Son "déclassement stratégique" a commencé.

En matière de diplomatie internationale, la décennie a confirmé l’émergence de nouveaux acteurs et de nouveaux pôles de pouvoir, surtout en Asie et en Amérique latine. Le monde se "désoccidentalise" et devient multipolaire. La Chine apparaît, en principe, comme la future grande puissance à vocation hégémonique. Mais ce n’est qu’une hypothèse. Car la stabilité de l’Empire du Milieu n’est pas garantie. En son sein coexistent, à la fois, le capitalisme le plus sauvage et le communisme le plus autoritaire. La tension et la contorsion de ces deux forces provoqueront, tôt ou tard, une rupture. Pour l’instant, tandis que décline l’hégémonie des Etats-Unis, l’ascension de la Chine se confirme. Elle est déjà la seconde puissance économique du monde devant le Japon et l’Allemagne. Par ailleurs, en raison de l’importante part de la dette américaine qu’elle possède, la Chine tient en ses mains le destin du dollar...

Le groupe d’Etats géants rassemblés au sein du BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) n’obéit plus automatiquement aux consignes des grandes puissances traditionnelles occidentales (Etats-Unis, Royaume Uni, France) qui continuent cependant de se définir comme "la communauté internationale". Les BRICS ont encore montré leur autonomie en s’opposant, dans l’enceinte des Nations Unies, aux décisions des puissances occidentales lors des récentes crises de Libye et de Syrie.

Le monde fait face à une somme de crises si intimement mêlées les unes aux autres que nous ne parvenons plus à distinguer les causes et les conséquences. Parce que les conséquences des unes sont les causes des autres, et ainsi de suite jusqu’à constituer un véritable système. Le monde occidental vit une sorte de grande crise systémique qui bouleverse la technologie, l’économie, le commerce, la politique, la démocratie, la guerre, la géopolitique, l’environnement, la culture, la famille, l’éducation, la jeunesse...

Nous disons qu’il y a crise lorsque, dans n’importe quel domaine, un mécanisme cesse soudain de fonctionner, commence à céder et finit par casser. Cette rupture empêche l’ensemble de la machine de tourner. C’est ce qui arrive notamment à l’ensemble de l’économie depuis l’éclatement de la bulle des sub-primes aux Etats-Unis en 2007.

Les répercussions sociales du cataclysme économique sont d’une brutalité inédite. Au sein de l’Union européenne : 23 millions de chômeurs, plus de 80 millions de pauvres... Les jeunes en sont les victimes principales. C’est pourquoi, de Madrid à Tel Aviv, en passant par Santiago du Chili, Athènes ou Londres, une vague d’indignation soulève la jeunesse du monde. Mais les classes moyennes sont également effrayées par ce modèle néolibéral de croissance qui les abandonne au bord du chemin. En Israël, une partie d’entre elles se sont jointes aux jeunes pour refuser l’intégrisme ultralibéral de Benyamin Netanyahou.

Le pouvoir financier (les "marchés") domine et contrôle le pouvoir politique. Cela désoriente les citoyens. La démocratie ne fonctionne pas. Nul ne comprend l’inertie des gouvernements face à une crise provoquée par la spéculation et la dérégulation financières. Les citoyens exigent que la politique assume sa responsabilité, désarme les marchés et rétablisse l’ordre démocratique. Mais les leaders politiques semblent dépassés. La vitesse de l’activité financière est celle de la foudre ; tandis que la politique avance à l’allure de l’escargot. Il est de plus en plus difficile d’harmoniser temps économique et temps politique. Ou bien crises globales et gouvernements nationaux.

Les marchés sur-réagissent sur le temps court devant la moindre information (ou rumeur) ; tandis que les organisations financières globales (FMI, OMC, Banque mondiale...) travaillent sur le temps long et peinent à déterminer et à prévenir les chocs. Tout cela provoque, chez les citoyens, angoisse et frustration.

Cependant, la crise globale ne produit pas que des perdants. Les gagnants se trouvent, essentiellement, en Asie et dans les pays émergents. Au Brésil, par exemple, durant les deux mandats du président Luis Inacio Lula da Silva, 2003-2011, le nombre de pauvres a diminué de 39 millions... Ces Etats ne partagent pas la vision pessimiste des Européens. Il y a également de nombreux gagnants à l’intérieur même des pays occidentaux frappés par la crise. Les sociétés sont fracturées par les inégalités entre des riches de plus en plus riches et des pauvres de plus en plus pauvres. 

Entretemps, les ruptures stratégiques se succèdent sans que nous en comprenions la signification. Internet est un vecteur important de nombre de changements. Presque toutes les crises récentes, dans les domaines les plus divers, ont un rapport plus ou moins pertinent avec les nouvelles technologies de la communication. Les marchés financiers, par exemple, ne seraient pas aussi puissants si les ordres d’achat et de vente ne circulaient pas à la vitesse de la lumière via les "autoroutes de l’information" qu’Internet a mis à leur disposition. Davantage qu’une technologie, Internet est un acteur des crises. Rappelons - sans pour autant le magnifier -, le rôle qu’ont joué WikiLeaks, Facebook, Twitter ou le courrier électronique dans les récentes révolutions démocratiques dans le monde arabe.

Du point de vue anthropologique, ces crises se traduisent par une montée des peurs et du ressentiment. Les gens vivent en état d’anxiété et d’incertitude. On voit revenir les grandes paniques face à des menaces indéterminées comme la perte de l’emploi, les chocs technologiques, les catastrophes naturelles, le changement climatique, les biotechnologies, l’insécurité généralisée... Chacune de ces menaces constitue un défi pour les démocraties. Les terreurs diffuses se transforment parfois en haine et en répulsion. Dans plusieurs pays européens, la détestation vise en priorité l’étranger, l’immigré, le différent... La répulsion sociale à l’égard de tous les "autres" (musulmans, Roms, Noirs, "sans papiers", etc.) ne cesse de monter alors que se multiplient les partis xénophobes.

Autre grande préoccupation planétaire : la crise climatique. La prise de conscience du danger que représente le réchauffement général s’est largement étendue. Les problèmes liés à l’environnement sont devenus hautement stratégiques. Les "guerres climatiques" se multiplient. Le prochain Sommet mondial du climat, qui aura lieu à Rio en 2012, constatera que le nombre de catastrophes naturelles est en augmentation spectaculaire et que la relation de nombre d’entre elles aux changements climatiques en cours est de plus en plus évident.

Le récent accident nucléaire de Fukushima a terrorisé le monde. Plusieurs gouvernements (Allemagne, Suisse) ont décidé de faire marche arrière en matière d’énergie nucléaire. Ils parient désormais - dans un contexte marqué para la fin prochaine du pétrole - sur les énergies renouvelables.

Le cours de la mondialisation semble suspendu. L’idée d’une démondialisation séduit de plus en plus. Le pendule était sans doute allé trop loin dans le sens d’une mondialisation néolibérale ; il pourrait maintenant partir en direction contraire. Ce n’est plus un sacrilège de parler de protectionnisme pour limiter les excès du libre échange et mettre fin aux délocalisations et à la désindustrialisation de l’Union européenne. L’heure de réinventer la politique paraît avoir sonné.

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6 octobre 2011 4 06 /10 /octobre /2011 18:35

 

http://jprosen.blog.lemonde.fr/files/prv_2.gifSOUTIEN A UNE CONSEILLÈRE PÔLE EMPLOI EN GRÈVE DE LA FAIM


Bonjour,


Une salariée en résistance de Pôle Emploi a été sanctionnée par un blâme lors d'un conseil de discipline régional pour avoir refusé de mettre en pratique une nouvelle procédure d'entretien (EID) dont la conséquence serait la dégradation du service apporté aux demandeurs d'emploi. Cette salariée est convoquée de plus à la DG de pôle emploi le 13 octobre 2011 pour être entendu lors d'un conseil de discipline national.  Et elle est actuellement en grève de la faim . 

Nous avons décidé de relayer cette information qui touche les salariés de Pôle Emploi et les chômeurs, mais, de manière plus globale tous les services publics et tous les usagers.

Les nombreux chômeurs qui participent à nos permanences sociales témoignent de toute les difficultés qu'ils rencontrent pour être informés sur leurs droits les plus élémentaires, et sur le respect de ceux-ci. L'application généralisée de l'EID, nouveau type d'entretien, ne fera qu'aggraver ce constat avec des conséquences sur l'instruction des dossiers d'indemnisation, sur le suivi des demandeurs d'emploi, sur les ruptures d'inscription : cessations d'inscription, contrôle, radiations dues à des informations non transmises ou tronquées.... etc 

En Midi Pyrénées, des organisations syndicales se mobilisent :

Un appel à la grève en midi Pyrénées a été lancé à compté du 10 octobre par les organisations syndicales CGT, FO et SUD 


Une conférence de presse aura lieu le 5 octobre à 12 h 30, devant la Direction Régionale de Pôle Emploi Midi Pyrénées.



AC! Gironde  

Joëlle Moreau présidente
  
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5 octobre 2011 3 05 /10 /octobre /2011 15:00

http://medias.lepost.fr/ill/2010/01/08/h-4-1876279-1262947287.jpgManuel Barroso, l'ancien maoïste qui dirige l'Europe, vient de se rallier au principe de la Taxe Tobin, un impôt très modéré, mais pouvant rapporter beaucoup d'argent, sur les transactions financières. Dans son blog, que je cite ici, Jean-Luc Mélenchon raconte les résistances farouches, des années durant, des principaux responsables socialistes à cette taxe. Extraits :

 

Au Sénat, le gouvernement Jospin, représenté par le secrétaire d'Etat Christian Pierret, avait demandé le retrait de l'amendement. J’avais refusé d’obtempérer. L'amendement avait donc été maintenu mais rejeté. 53 sénateurs ont voté pour sur 260 exprimés. 207 ont voté contre. Dont un maximum de socialistes en plus de toute la droite. A l'annonce du résultat, la sénatrice communiste Hélène Luc s'est exclamé : "Dommage ! Ça viendra un jour ! ". Je tiens à signaler que Jean-Pierre Bel, sans doute très bientôt président du Sénat, figurait dans les premiers signataires. Le texte des débats est disponible sur les sites internet du Sénat  et d’Attac.

En relisant le texte de mon intervention en séance publique je mesure quel gâchis a été le temps perdu sur ce sujet. Tout ce qui est dit alors pourrait être répété mot pour mot. C’est bien notre diagnostic à l’époque qui était le bon ! Douze ans de perdus ! Je rappelle ce moment pour le seul bonheur de montrer qu’aucun combat juste n’est mené en vain quand bien même il commence sans grands renforts. Non seulement l’écrasante majorité de membres du groupe socialiste me tourna le dos mais je fus comme aujourd’hui accablé de sarcasmes. L’idée serait « ridicule », « inapplicable », bien sûr, dans un monde ouvert 
et Bla Bla Bla ! Pire : le rapporteur de la majorité de droite déclara que ma proposition faisait honte à l’intérêt des travaux d’une assemblée aussi sérieuse que le Sénat. Rien de moins. Je rappelle cet épisode pour le bonheur de moucher toutes ces belles personnes douze ans après de nouveau en les confrontant au bilan des faits !

http://media.paperblog.fr/i/447/4471235/caricature-dominique-strauss-kahn-L-59qQZ6.jpegL’idée avança dans les assemblées en dépit des blocages. En particulier contre celui qu’opérait Dominique Strauss-Kahn. Bernard Cassen, alors président d'ATTAC et directeur du « Monde Diplomatique », raconte que "dans un document accompagnant le projet de loi de finances 1999, le ministre avait fait tenir aux députés une longue charge, complètement hors sujet, contre la taxe Tobbin. Avec ce résultat paradoxal que trois amendements à ce projet de loi, réclamant précisément l’instauration de ladite taxe, avaient ensuite été déposés par des membres de sa majorité parlementaire ! Dans la nuit du 15 au 16 octobre 1998, M. Strauss-Kahn, arraché à son sommeil par l’un de ses conseillers, avait dû revenir en catastrophe dans l’hémicycle pour empêcher qu’ils soient adoptés…"

Obstruction dont il ne démordit jamais. A la suite du G20 de Pittsburgh, un échec total déjà, en octobre 2009, il qualifie l'idée de taxation des transactions financières de : "tout à fait simpliste" et "très difficile à mettre en œuvre".  Puis en novembre 2009, il revient à la charge pour disqualifier la taxe : «l’industrie financière a fait de telles innovations qu’il est probablement impossible de trouver une taxation sur les transactions qui ne serait pas contournée par les potentiels contributeurs ». Il en rajoute : « Nous ne voulons pas d’une solution extrêmement simpliste qui ne serait pas effective ». Mais, nous non plus, nous n’avons rien lâché. Et pour finir en 2001 et la loi de finances pour 2002 nous obtenions un vote favorable de l’Assemblée Nationale. Il donna lieu à l'article 235 ter ZD du code général des impôts qui prévoit une telle taxe et fixe un taux maximum de 0,1%. Jamais appliqué cependant puisqu’il est précisé que cela ne se mettra en œuvre que si tous les autres pays européens en font de même.

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1 octobre 2011 6 01 /10 /octobre /2011 15:00
Ci-dessous un article du toujours passionnant Samuel  Moleaud, repris du Grand Soir.

La finance n’est pas en crise, elle concrétise un Coup d’État européen




Il est désormais courant d’entendre que l’économie mondiale est en crise, et que dans ce contexte de conjoncture difficile, mieux vaut patienter pour s’affairer, que des jours meilleurs fassent briller nos portes-feuilles. Les bourses clôturant en baisse, scrutant les monnaies en dévaluation, la finance en effervescence entraîne avec sa chute le délabrement de l’État. Cette crise serait donc une sorte de trou noir absorbant tout, surtout les capitaux, contre lequel il est impossible de lutter car personne ne l’aurait générée, tant il est inconcevable autant qu’impossible de lutter contre le libre et naturel cours du marché. La crise mondiale, la plus grave depuis les années qui ont précédé les fascismes en Europe, serait une résultante de la mondialisation : puisque le marché est vertueux, cyclique et libre de tout contrôle étatique, il se régulera de lui-même après l’orage bancaire. Quelle naïveté ! Comprendre plutôt qu’il est naturel voire biologiquement intrinsèque à l’Humanité que 99% de la population subissent le dernier pour-cent boursouflé de kilos dollars, qui impose sa loi, affame, tyrannise et tétanise la planète…

La concupiscence pour l’accumulation des biens matériels est telle dans le comportement des acteurs sociaux, quels qu’ils soient, qu’elle est un leitmotiv, une norme de conduite où l’antisocial devient social : Le pauvre adule son maître bourgeois, il surconsomme, il aspire à vivre comme lui et se ruine pour cela. La classe moyenne précaire, elle, dénigre les pauvres et fait flamber son compte bancaire. La classe moyenne supérieure est celle qui épargne sur les marchés financiers, elle cire les pompes de la classe possédante juste au dessus d’elle. Le pire d’hier devient la normalité d’aujourd’hui, la mémoire se raccourcit et l’espoir s’amenuise. Et oui, le capitalisme marchand a toujours existé, et se maintient dès lors que s’opère une tractation entre deux individus. Il y a toujours une valeur à toute chose, et un prix à l’échange.

Depuis 2008, la croissance économique des pays occidentaux est molle voire négative, et c’est en dépit d’une crise incontrôlable que l’on devrait se serrer la ceinture, accepter de fournir plus d’efforts afin d’en finir avec la récession, et aller « chercher la croissance avec les dents s’il le faut.  »(1). Le royaume bancaire et l’influence que la finance a pris sur les institutions publiques, ne remontent pas à 2008. L’attribution à toute entreprise de la personnalité morale juridique en 1864 aux États-Unis eût pour conséquence qu’une banque, plus tard une multinationale put conclure des contrats, assigner l’État ou les personnes physiques en justice, et réaliser des profits énormes. Bientôt, les grandes corporations détournèrent la juridiction des États pour échapper à leur contrôle, elles financèrent les belligérants des grands conflits. Ainsi, les gouvernements avides durent s’associer avec ces nouveaux rois de la finance pour se maintenir dans leur rang. La stratégie fut simple : instaurer le chaos pour en récolter les bénéfices. Une guerre, un putsch, une catastrophe naturelle, une crise, tout est bon pour faire du profit. Sauf que le contrôle de l’appareil étatique est souvent un frein à la concentration accrue des capitaux : dans nombre de pays, il existe un droit du travail qui encadre relativement salariat, patronat et indépendants. Les codes du travail contiennent des articles juridiques qui normalisent les salaires, la liberté d’expression, l’action syndicale, le temps de travail réglementé, les conventions collectives, les contrats. Les constitutions dites démocratiques quant à elles, grossièrement, fixent les relations entre les différents pouvoirs (législatif, exécutif et judiciaire) et les citoyens. Des devoirs sont institués, mais aussi des droits sociaux comme ceux de participer à la vie politique (mais pas trop, sinon le peuple peut gouverner en lieu et place de l’élite oligarchique).

Ces droits sociaux, que d’autres nomment par « acquis sociaux », cette législation qui fait que les gens ont en théorie droit par exemple à une couverture sociale (famille, santé, vieillesse) en cas de période difficile, à un temps de travail salarié fixé à 39h maximum, à des congés payés, etc., furent obtenus tout au long de la première moitié du 20ème siècle. Mais ils ne furent pas gratuits : pendant toute l’émergence de la classe ouvrière de 1850 à 1970, partout où il y eut des luttes sociales organisées, l’oligarchie capitaliste craignait que les mouvements sociaux ne basculent en insurrection. Le spectre de la révolution socialiste hantait les libéraux, et c’est par la lutte sociale acharnée des travailleurs, que les droits sociaux et libertés fondamentales furent obtenues.

Ces droits sociaux, ou plutôt, les réglementations étatiques, ne sont pas très appréciées des capitalistes car elles freinent leurs profits abyssaux. Lorsque les salariés d’une entreprise bénéficient d’avantages sociaux en tout genre, et voient leurs salaires augmenter, cela ne plaît pas aux néolibéraux. Alors jusque-là, ils s’alliaient avec des gouvernements en accord avec eux, ils imposaient leur idéologie économique, et renversaient les gouvernements socialistes, à l’instar de ce qu’a subi le Chili le 11 septembre 1973. Comme la manœuvre itérative ne peut pas être réitérée trop de fois, sans quoi trop de citoyens en seraient avertis, les spéculateurs se sont mis à attaquer directement les secteurs de l’économie sur les marchés internationaux : l’agriculture, les armes, le social, les télécommunications…tout profit fut bon à prendre. Même sur la souveraineté, ils pouvaient attaquer directement la monnaie des États. Des créanciers détenaient carrément la dette publique d’un État, de sorte qu’ils pouvaient en exiger illico-presto le remboursement. Des agences, constituées d’hommes d’affaires haut placés, s’arrogeaient le droit de décider de la solvabilité ou non d’un pays, et la dégradait ainsi lorsqu’il ne correspondait pas à leurs critères (autrement dit, lorsque l’État ne fut pas assez néolibéral). Les riches contribuables placèrent leurs revenus dans des paradis fiscaux, les grandes entreprises multinationales ne payaient plus leurs impôts à hauteur de ce qu’ils devaient dans le pays du siège social. Petit à petit, l’impôt, devenu proportionnel, reposait uniquement sur les prolétaires des classes moyennes pendant que les classes aisées, elles, pouvaient se payer les honoraires des cabinets de conseil financier pour s’exonérer de leurs impôts. Le travail fut dégradé, des millions de personnes volontaires furent condamnées à la pauvreté par manque d’emplois car leur gouvernement préféra lutter (vainement) contre une inflation criante au lieu de générer une politique sociale de plein emploi. Le marché noir à tickets de rationnement fit bientôt le quotidien des damnés de la Terre. Ainsi, l’objectif ne fut pas de pallier aux crises économiques, mais bien le contraire : organiser une crise permet de garrotter le peuple, mettre des riches sur la paille et d’en enrichir d’autres et de marcher sur les plates bandes des prébendes d’autrui. La concentration du capital permet d’aggraver les contrebalancements des crises, et d’asseoir le pouvoir de la finance sur l’État : c’est la stratégie du coup d’État permanent.

Résultat, si l’on pousse l’idéologie à l’extrême, encore cinq-six ans de régression sociale et de mise à sac de l’État, et les services publics vont être complètement démantelés, plus aucune recette fiscale ne rentrera dans les comptes publics. Comme ces services publics ne fonctionneront plus de manière optimale, les gouvernements déclareront qu’ils ne seront plus en mesure d’en assurer le fonctionnement, et que les projets relatifs aux lois de finances doivent ouvrir le capital de toutes les entreprises publiques à la concurrence extérieure : comprendre que Suez, Veolia, Total, Vinci, Danone, Nestlé, General Motors, JP Morgan, Société Générale, BNP Paribas, Natixis, etc., seront les nouveaux dirigeants des institutions à partenariat public-privé : l’État privatisé. Les prix augmenteront drastiquement, la couverture sociale disparaîtra, le temps de travail augmentera peu à peu pendant que les salaires tomberont en flèche comme un château de cartes. Imaginez L’École à Natixis, les universités et la recherche à Veolia, la santé publique à Sanofi, les transports à Veolia, Vinci et Suez… Sur un graphique, le curseur de 2011 se situerait ici. Conscients que les profits pourrait s’accroître, les banques Natixis, Société Générale et BNP Paribas auront carrément fusionné-acquis le Palais Bourbon et du Luxembourg. Les élections se feront rares, ou alors, lorsqu’elles auront lieux, n’auront le droit de se présenter uniquement les membres de conseils d’administrations des entreprises publiques-privées (le terme « public » désignant les seules parts à 5% détenues par l’État).

L’idéologie des néolibéraux est à son paroxysme : instaurer un anarchisme libéral affranchi des États-Nations, l’oligarchie pure. Et la crise qui dure depuis 2008 est une aubaine pour les maîtres du monde. L’instabilité économique leur est dangereuse à une époque où l’indignation populaire monte en intensité. Mais pourtant, l’assujettissement des gouvernements à leur doxa, permet de réaliser un putsch monumental en toute impunité. Ce que nous nous apprêtons à vivre en France, en Europe occidentale, ce que vivent déjà les européens du sud, n’est pas une crise financière. C’est un coup d’État de la finance sur l’État. Ou plutôt, une Offre Publique d’Achat (OPA) d’un Empire sur un État. La situation alarmante de la Grèce en 2011 éclaire sur cette vision.

En 2011, 737 personnes morales détiennent 80% des valeurs des entreprises mondiales (2). Cette stratégie est actuellement installée en Europe du Sud, où la troïka (FMI, Banque Centrale, Commission Européenne) a déclaré la guerre à la population.

En Grèce, le salaire minimum a été réduit à 600 euros mensuels (3), et les tarifs ont augmenté de 100% sur la consommation du pétrole et du fuel. Le prix de l’électricité, du gaz et des transports publics ont accusé une hausse de 50%. On ne nous fera plus croire que la concurrence pure et parfaite existe, et qu’elle permet de faire baisser les tarifs. Un tiers des entreprises commerciales auraient fermé leurs portes, et ne seraient plus en mesure de payer les salaires. Les ménages en couple atteignant 2000 euros chacun n’ont désormais que 400 euros d’allocations chômage qui sont versées avec des retards d’un mois à deux. Nombre de fonctionnaires, quand ils sont encore en poste, ne sont plus rémunérés. Pourtant, 97% des fonds alloués par l’Union Européenne et le FMI ont bénéficié aux banques qui encaissent des intérêts colossaux pendant que le service de la dette repose sur des contribuables déjà paupérisés. S’ajoute à cela une part de 40% des jeunes diplômés étant condamnés au chômage structurel, et ceux qui ont la chance de pouvoir travailler voient leurs rétributions s’amenuiser, ou perçoivent au noir les fruits de leur labeur. Éradiqués les acquis sociaux, pulvérisées ont été les recettes fiscales, jeté aux rois de la jungle a été l’État grec.

Pendant ce temps, les médias dominants crient à la malhonnêteté des travailleurs grecs qui font du black, plongent l’économie dans le trou noir informel et qui augmenterait la dette publique. Il est vrai que les médias bourgeois seront plus enclins à expliquer le chaos par la fainéantise d’un peuple plutôt que d’évoquer l’avidité des représentants de la troïka. Les milliards qui ont été donnés en échange de ces plans d’ajustement structurels à répétition, sous couvert d’aide massive, ont servi à engraisser les poches des actionnaires et des banquiers, et l’on veut expliquer à l’auditeur européen que le grec, l’espagnol, l’italien, le portugais ou le français ont un comportement vicieux. Petit exemple d’avidité des places boursières : lorsque les banques frôlaient la faillite en 2008, l’Union Européenne s’est attelée lors du G20 à rembourser les mauvaises créances en consentant aux établissements de crédit des prêts à 2% d’intérêt. Quelques années plus tard, ces banques prêtaient à 12% (2009), puis 18% (2011) aux États lorsqu’ils approchaient le défaut de paiement. Expliquer la crise de la dette par la malhonnêteté d’un peuple, est un peu comme expliquer la famine en Afrique par le soleil : empêcher de réfléchir et se tromper d’ennemi. La guerre est déclarée à l’Europe. Et le terrorisme économique colonialiste que vit l’Europe aujourd’hui est le même que celui dont l’Afrique a souffert tout au long du 20ème siècle et dont les stigmates courent encore aujourd’hui d’une manière trop criante : une tiers-mondisation des pays riches au bénéfice de quelques uns.

Le constat est simple : la Grèce subit un coup d’État de la finance qui fait son OPA sur les institutions, et ce pays, première victime européenne de tiers-mondisation, est en train de subir ce qui nous attend plus au nord si les dernières vraies élections à venir ne concrétisent pas le souhait de millions d’indignés silencieux en effervescence : changer ce rouage systémique. Résister aux « chocs » économiques. Nous ne sommes plus des veines prêtes à recevoir des injections en seringue d’austérité comme on prescrit des antibiotiques à un simple rhume. Ce ne sont pas aux peuples de payer la bêtise des capitalistes, encore moins d’en payer les dettes, et s’il y a une cure à infliger, elle est à administrer aux classes possédantes, une cure de bien public et commun qui voudrait que tout le monde puisse jouir d’une existence décente. La solution alternative est pourtant simple à appliquer, tant l’action publique pourrait adjoindre la participation de tous à l’altermondialisation de la planète, dans le démantèlement de l’économie néolibérale (réformer le FMI, l’OMC, la Banque Mondiale et l’Euro, empêcher les délocalisations et la mainmise de la bourse sur les institutions publiques), redonner à l’État une justice sociale, une souveraineté économique, sociale, et politique, répartir les richesses de manière équitable. En France, rédiger une sixième constitution qui soit citoyenne, participative et socialiste. Bref, agir et éviter que le pire d’aujourd’hui ne se transforme en calvaire quotidien, en soumission atroce à la dictature totalitaire des marchés financiers et entreprises multinationales.

A la suite d’une crise d’ampleur suffisamment conséquente pour qu’elle fasse trembler les Empires et leurs économies, quand l’Homme ne se mue que par la crainte de l’avenir et l’élite dans la peur de vaciller, les opinions se radicalisent et deux idéologies poignent au carrefour des civilisations : à gauche, le socialisme et le fascisme à droite. Nous sommes en 2011, mais se reproduit le spectre de ce qui s’est passé dans les années 1930 en Allemagne avec l’élection d’Adolf Hitler, ou la victoire de Franco en Espagne en 1936 sur les républicains communistes et sur les anarchistes. Dans les années 1930, le fascisme et la guerre ont permit aux entreprises de canaliser la foule et surtout, d’accélérer leurs débouchés économiques (voir le rôle d’IBM dans la Shoah…). L’Humanité est au milieu du « Y » qui sépare la route en deux, mais pour une fois, la résistance n’est peut-être pas restée bloquée au feu rouge. Habituellement, le virage radical à droite est prévisible, en ce que les totalitarismes sont profitables aux oligarchies (suppression des syndicats, de la liberté d’expression, rupture des droits du travail, répression, culte inféodé du chef charismatique, etc.). Mais les peuples de notre époque, possèdent internet pour s’informer, et depuis janvier 2011, la crise mondiale fait aussi prendre conscience que l’idéologie néolibérale ne repose que sur une chose : la propagande de la minorité qui asservit la majorité. Les gens deviennent conscients, résistants, parfois militants autodidactes face à toutes ces inégalités de traitement, et accumulent de la colère silencieuse. Ils n’ont pas fait l’ENA ou Science-Po, mais savent que si leurs factures augmentent, c’est parce que certains actionnaires l’ont décidé arbitrairement du haut d’une tour en verre. Le problème, c’est que demander aux élites de prendre en compte la rage des minorités qui gronde, c’est comme expliquer à un sourd qu’il faut qu’il entende.

J’attends ce moment où un enfant se rend compte qu’on se moque de lui, que le Père Noël n’existe pas, sans que les parents perchés dans leur tour d’ivoire, n’aient pu anticiper le déclic cognitif…Déclic qui se fera par les urnes ou avec violence. L’idéologie néolibérale vit ses derniers mois, c’est pour cela que ses tenants accélèrent le processus de libéralisation. La suite n’est plus qu’une question de temps. Nous sommes dans un bolide traçant dans le brouillard sans aucune visibilité. Les élections de 2012, pour ce qui est de la France, promettent peut-être de se montrer les plus intéressantes qui soient depuis 1958. Car chose qui ne s’est jamais produite, c’est la première fois que la gauche (« extrême ») socialiste semble unie et constructive sur un même front, autour d’un projet de société alternatif de taille. Agissons.

Samuel Moleaud.

25 Septembre 2011.

1. Selon les déclarations démagogiques d’un ineffable homme (d’affaires) politique un jour de campagne électorale pour la présidence, un homme innommable qui voulut devenir calife à la place du calife. La croissance avec les dents, qu’il y aille, c’est que la croissance, nombre de chômeurs, salariés, étudiants et travailleurs précaires l’attendent toujours... Ils se sont ravagés les dents sur le marché du travail et n’ont plus assez d’indemnités pour payer le dentiste.

2. http://www.bastamag.net/article1719.html

3. http://www.presseurop.eu/fr/content/article/977471-va-droit-...

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30 septembre 2011 5 30 /09 /septembre /2011 15:01


http://theavengers.fr/images/flop10_details_10.jpgDaniel Lauton me fait passer ce texte très stimulant :

 

L’éveil (collectif !)

C’est l’ouverture, la transparence, la responsabilisation, l’écoute, le partage d’arguments, l’honnêteté, la morale, l’entraide, le travail, le courage, l’exemplarité ; c’est encourager l’initiative, accorder la confiance dans une « liberté surveillée » qui permet de pointer les abus pour garantir au mieux la liberté, l’égalité et la fraternité.

 

Le chloroforme dans la société

L’éducation des enfants sous-entend ce choix : éveil ou chloroforme ? L’enfant pose mille questions. Il reçoit tantôt des réponses, tantôt des pistes d’exploration pour trouver lui-même ses réponses. Ou encore, il reçoit du chloroforme : « Tais-toi et regarde la télé !».

 

La télé est un parfait anesthésique. Les dessins animés ont un pouvoir captivant, en particulier du fait de la bande sonore très agressive, avec ces voix caricaturales. Maintenant, comparez avec les voix de la publicité. C’est pareil. Les voix de la publicité sont une insulte à la raison, une dévalorisation du public, un conditionnement incessant. Mais on est habitués et on subit cette manipulation sans se rendre compte.

 

Et les informations ? Quasi silence radio dans les domaines de la science, de l’art, de la culture. Mais 80 fois par jour, deux équipes s’affrontaient avec une boule gonflée, et l’une des deux équipes a gagné ! On fait même parler quelques joueurs pour bien tirer nos neurones vers le bas.

 

Le chloroforme, plus grave c’est encore la tromperie, la manipulation, le mensonge, l’abus de position dominante. Les gouvernements, les media et les grandes firmes manient ces terribles outils. Ils managent des changements profonds dans les entreprises et dans le pays, mais sans communiquer. Le chloroforme au sommet, ce sont aussi les lois signées en toute discrétion et les stratégies économiques silencieuses.

 

Quelques exemples : la FIFA reçoit des sommes colossales et ne publie pas de comptes, OSEO, épinglé par la cour des comptes pour la disparition de 9,5% des subventions, remercie le gouvernement d’avoir changé son statut pour qu’ils ne soient plus contrôlés par la cour des comptes, remercie encore pour 1,9 milliards de subventions 2011 pris sur nos impôts, et remercie pour l’augmentation de capital de près de 440 millions d’euros apportés par l’État cette année.

Clearstream et ses cousins continuent leurs affaires d’argent secret avec des comptes non publiés.

 

Libertés et démocratie : Depuis 2010 la loi autorise le ministère de l’intérieur à censurer un site internet sans aucun compte à rendre, et sans aucune communication. Une loi interdit de cacher son visage.

Un grand nombre de cameras surveille les gens et enregistre tout.

 

Les Indicateurs du coût de la vie sont honteusement mensongers !

 

Le gouvernement ratifie le traité européen rejeté par un référendum.

 

L’enseignement omet d’affirmer les valeurs : morale, honnêteté, entraide, travail, courage, écoute, transparence, exemplarité, égalité.)… ces valeurs sont enterrées.

 

L’exemplarité au plus haut niveau semble morte depuis des années. Les valeurs de la République sont devenues sonnantes et, à plusieurs titres, trébuchantes.

 

Nos gouvernements occidentaux usent largement de chloroforme comme antidote au risque d’éveil de ce que sont devenus les citoyens : le public.

 

Les gens chloroformés, désinformés, gavés de mensonges, ont perdu leur individualité. Leur troupeau s’appelle le Public. Leurs idées s’appellent l’opinion publique, même s’ils n’ont réellement exprimé aucun avis car c’est l’Agence France Presse qui définit l’opinion publique, appuyée par quelques instituts de sondage eux-mêmes payés par le commanditaire du sondage. Des millions de personnes sont parfaitement asservies, croient aux promesses, avalent les offres publicitaires, collent des vignettes de réduction et font 20 minutes de queue à l’accueil pour faire valider un concours gagnant. Le public est chloroformé.

 

Reste l’ultime question : tout cela est-il grave ? Après tout, on peut dormir heureux. Si on a du pain, du vin et des jeux, que vouloir de plus ?

 

Dans nos civilisations occidentales les bergers ne tuent pas les moutons, ils les endorment, c’est tout. La sécurité est assez bien assurée.

 

 

 

 

 

Pour ou contre le chloroforme ? Comme la lucidité ne fait pas le bonheur – bien au contraire, on devrait fermer les yeux, d’autant que nous ne sommes responsables de rien. Et puis, changer, c’est risquer de faire pire.

 

Bien réfléchi, la situation est grave.

 

Grave car les gouvernements mènent souvent des politiques à court terme, en particulier dans la gestion des risques progressifs, sans compter qu’une part des décisions provient de source inconnue et s’applique sans aucune communication. Les décideurs n’ont plus la confiance des gens.

 

Grave car on tue l’activité réelle au profit des parasites. L’activité réelle, ce sont la production et les services de première catégorie. Les parasites ce sont par définition tous ceux qui profitent sans produire.

 

Grave car on endure un libéralisme économique injuste qui soumet les valeurs réelles aux caprices d’un poker menteur pour tricheurs sans scrupules. On a vis-à-vis des pays pauvres un comportement innommable : vente d’armes, fausses donations et corruption des gouvernants avec rétro commissions, épuisement économique, appauvrissement des populations.

 

Grave car un chef d’état peut décider une guerre, avec des conséquences catastrophiques dans les deux camps.

 

Grave car on oublie d’anticiper au moyen d’un schéma directeur qui représenterait le monde dans 10 ans et qui positionnerait des mesures correctives, des étapes, des indicateurs, le tout sous les yeux de chacun.

 

Grave… mais bon, ça pourrait aussi être pire, donc soyons « relativement » satisfaits du sort de nos sociétés. On est en vie et en bonne santé, on bénéficie d’un certain luxe, il y a pire.

 

Pour ma part, j’aime et je respecte l’humanité, je crois que son éveil est certes dangereux, mais générateur de plus de vie. Une dose progressive d’éveil devrait générer davantage de vie, un peu de malheur par le surplus de conscience de la réalité, mais surtout une vigilance des citoyens pour dénoncer les dérives, une moralisation collective. Les premiers pas de cette vigilance et de cette moralisation sont visibles sur internet !

 

Espoir

L’espoir nait des individualités. Nous observons de nombreux sites internet qui démasquent les mécanismes et appellent à réagir.

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28 septembre 2011 3 28 /09 /septembre /2011 15:19
Esther Vivas : "Nous mangeons ce que les grandes entreprises agroalimentaires nous imposent" (Rebelion)
Esther VIVAS

 

Esther Vivas est membre du Centre d’Études sur les Mouvements Sociaux de l’Universitat Pompeu Fabra de Barcelone. Activiste sociale pour la souveraineté alimentaire et militante du mouvement antimondialisation, elle nous alerte sur la prédominance du capital privé qui impose les goûts, marques et produits. En collaboration avec Xavier Montagut, elle a publié les livres ’Del Campo al Plato’, ’Où va le commerce équitable ?’ et ’Supermercados, no gracias’.



 

Vous êtes co-auteur du livre Del Campo al Plato (Ed. Icaria, 2009). Selon vous, ils nous empoisonnent ?

 

Le modèle de production d’aliments oppose les intérêts privés et ceux des entreprises aux besoins alimentaires des gens, leur santé et le respect de l’environnement. Nous mangeons ce que les grandes entreprises de ce secteur veulent. Il y a actuellement dans le monde le même nombre de personnes qui ont faim que de personnes ayant des problèmes de surpoids, ce qui touche, dans les deux cas, les secteurs les plus pauvres de la population, tant dans les pays du Nord que dans ceux du Sud. Les problèmes agricoles et alimentaires sont mondiaux et sont le résultat de la transformation des aliments en marchandise.

 

925 millions de personnes dans le monde ont encore faim aujourd’hui. C’est la preuve de l’échec du capitalisme agro-industriel ?

 

Oui. L’agriculture industrielle, kilométrique, intensive et dépendante du pétrole a montré qu’elle était incapable de nourrir la population, car elle a un fort impact sur l’environnement en réduisant l’écodiversité, en engendrant un changement climatique et en détruisant des terres fertiles. Pour arrêter la faim dans le monde, il ne s’agit pas de produire plus, comme l’affirment les gouvernements et les institutions internationales. Au contraire, il faut démocratiser les processus de production et faire en sorte que les aliments soient accessibles à l’ensemble de la population.

 

Les entreprises multinationales, L’ONU et le FMI proposent une nouvelle « révolution verte », des aliments transgéniques et le libre échange. Quelle alternative peut être proposée par les mouvements sociaux ?

 

Nous devons récupérer le contrôle social de l’agriculture et de l’alimentation. Quelques multinationales, qui monopolisent chaque étape de la chaîne agro-alimentaire, ne peuvent pas décider de ce que nous devons manger. La terre, l’eau et les graines doivent appartenir aux paysans, à ceux qui travaillent la terre. Ces biens naturels ne doivent pas être l’objet d’un commerce, pour faire de la spéculation. Nous, consommateurs devons avoir le pouvoir de décider de ce que nous mangeons si nous voulons consommer des produits sans OGM. En définitive, nous devons miser sur la souveraineté alimentaire.

 

Pourriez-vous définir le concept de souveraineté alimentaire ?

 

C’est avoir la capacité de décider de tout ce qui a trait à la production, la distribution et la consommation des aliments. Miser sur la culture de variétés locales, de saison, saines. Encourager les circuits courts de commercialisation, les marchés locaux. Lutter contre la concurrence déloyale, les mécanismes de dumping, la volonté d’exportation. Arriver à cet objectif implique une stratégie de rupture avec les politiques de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

 

Mais revendiquer la souveraineté alimentaire ne veut pas dire un retour romantique au passé, au contraire, il s’agit de retrouver la connaissance des pratiques traditionnelles et de les associer aux nouvelles technologies et savoirs. Même ainsi, il ne s’agit pas d’une proposition localisée mais cela consiste à promouvoir la production et le commerce local, où le commerce international serait le complément du local.

 

Via Campesina affirme qu’aujourd’hui manger s’est converti en un « acte politique ». Etes-vous d’accord ?

 

Absolument. Ce que nous mangeons est le résultat du mercantilisme du système alimentaire et des intérêts de l’agrobusiness. Le mercantilisme mis en oeuvre dans la production agroalimentaire est le même que celui qui touche d’autres contextes de notre vie : privatisation des services publics, précarisation des droits du travail, spéculation sur le logement et le territoire. Il faut opposer à cela une autre logique et s’organiser contre le modèle agro-alimentaire actuel dans le cadre d’une lutte plus générale contre le capitalisme mondial.

 

Nous sommes entre les mains des grandes chaînes de distribution ? Qu’est-ce que cela implique et quels effets ce modèle de consommation entraîne-t-il ?

 

Aujourd’hui, sept entreprises de l’Etat espagnol contrôlent 75% de la distribution des aliments. Et cette tendance représente plus que cela. De cette façon, le consommateur a de moins en moins accès à la nourriture et la même chose se passe avec le producteur qui veut atteindre le consommateur. Ce monopole garantit un contrôle total par les supermarchés lorsqu’ils décident de notre alimentation, comment elle est élaborée et du prix de ce que nous mangeons.

 

Les solutions individualistes servent-elles à rompre avec ces règles de consommation ?

 

L’action individuelle a une valeur démonstrative et apporte une cohérence, mais elle n’entraîne pas de changements structuraux. Nous avons besoin d’une action politique collective, de nous organiser dans le contexte de la consommation, par exemple, à partir de groupes et de coopératives de produits biologiques ; créer des alternatives et promouvoir de grandes alliances qui participent à des campagnes contre la crise, pour la défense du territoire, des forums sociaux, etc.…

 

Il faut aussi descendre dans les rues et agir de façon politique, comme cela a été fait à un certain moment avec la campagne de « l’Initiative législative populaire » contre les OGM, organisée par « Som lo que Sembrem », car, comme nous l’avons vu à plusieurs occasions, ceux qui travaillent dans les institutions ne représentent non pas nos intérêts mais les intérêts privés.

 

Kyoto, Copenhague, Cancun. Quel est le bilan général que l’on peut faire des différents sommets sur les changements climatiques ?

 

Le bilan est très négatif. Lors de tous ces sommets, les intérêts privés et le court terme ont eu plus de poids qu’une réelle volonté politique ayant pour but de mettre fin aux changements climatiques. Aucun accord pour cela n’a été fait pour permettre une réduction effective des gaz à effet de serre. Au contraire, les critères mercantiles ont été une fois de plus la monnaie d’échange et le mécanisme de commerce d’émissions en est, à cet égard, l’expression la plus significative.

 

A Cancun, l’idée d’une « adaptation » au changement climatique a été beaucoup reprise. Les intérêts des compagnies multinationales et d’un soit disant « capitalisme vert » se cacheraient-ils derrière cela ?

 

Tout à fait. Au lieu de solutions réelles, on choisit de fausses solutions telles que l’énergie nucléaire, la captation de carbone dans l’atmosphère pour le stocker ou les biocarburants. Par ces mesures, on ne fait qu’intensifier plus encore la crise sociale et écologique et donc créer d’énormes bénéfices pour un petit nombre d’entreprises.

 

Le Mouvement pour la Justice Climatique essaie de proposer des alternatives. Comment est-il né et quels sont ses principes ?

 

Le Mouvement pour la Justice Climatique critique les causes fondamentales du changement climatique, en questionnant le système capitaliste et, comme l’indique sa devise, il s’agit de « changer le système, pas le climat ». De cette façon, il exprime cette relation diffuse qui existe entre la justice sociale et climatique, entre crise sociale et écologique. Le mouvement a un fort impact international, en étant notamment à la base des protestations durant le sommet sur le climat de Copenhague et, plus récemment, lors des mobilisations de Cancun. Cela a contribué à visualiser l’urgence d’agir contre le changement climatique. Le défi est d’élargir sa base sociale, en associant les luttes quotidiennes et chercher des alliances avec le syndicalisme alternatif.

 

La solution est de changer le climat ou le système capitaliste ?

 

Un changement radical de modèle est nécessaire. Le capitaliste ne peut apporter de solution à une crise écologique que le propre système a créée. La crise actuelle demande un besoin urgent de changer le monde à sa base et de le faire dans une perspective anticapitaliste et écologiste radicale. Anticapitalisme et justice climatique sont deux combats qui doivent être étroitement liés.

 

Entretien avec Esther Vivas réalisé par Enric Lllopis, publié par le site Rebelión et diffusé par EcoDebate.

 

** Traduction : Karine Lehmann & Jean Saint-Dizier pour Autres Brésils http://www.autresbresils.net/

 

+ info : http://esthervivas.wordpress.com/francais

 

 

Source : Le Grand Soir

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28 septembre 2011 3 28 /09 /septembre /2011 06:05


http://lille.cybertaria.org/IMG/jpg/marteau.jpgDans ce numéro 26 du Sarkophage, bien sûr l’éditorial de Paul     Ariès : il nous recommande de préférer « la gauche maquisarde à la gauche buissonnière, le faire sécession au faire carrière, la construction d’un autre monde à l’attente du grand soir. Les exclus sont bien à leur place dans cet univers capitaliste qui multiplie les “ sans ” (emploi, logement papiers etc.). Nous ne croyons plus à la possibilité d’intégrer les exclus dans cet univers de la marchandise, qui ne fait plus société ni monde. »

Jean Gadrey nous parle de la dette et des agences de notation : « Rogner les niches pour les riches n’a rien à voir avec la justice fiscale. Il s’agit de contenter les sacro-saints marchés et leurs créatures, les agences de notation, par le mix suivant : un cheval d’austérité pour les peuples, une alouette de réduction de niches et d’imposition marginale et ponctuelle des riches. »

Qui doit payer les dettes, demande Aurélie Trouvé d’ATTAC ? « Le capitalisme financier utilise les dettes publiques comme épouvantail. L’Union européenne, le G20, le FMI organisent un vaste processus des acquis sociaux. Tel un jeu de dominos, les populations européennes tombent une à une sous le joug des plans d’austérité. »

Un article intéressant de Michel Cabannes sur les finances locales et leurs injustices : « La fiscalité locale se caractérise par l’inadéquation des assiettes foncières, par le rôle insuffisant du revenu et par de fortes inégalités territoriales. Les bases des taxes foncières et de la taxe d’habitation sont déconnectées de la réalité économique. »

Florent Tillon évoque les catastrophes, naturelles ou non, que connaît le Nicaragua depuis des dizaines d’années. Il rappelle que la capitale fut rayée de la carte en 1972 par un tremblement de terre, et que Somoza et son gang en profitèrent pour détourner toutes les aides publiques et privées à leur profit, ce qui déboucha sur la révolte sandiniste.

David Puau nous met en garde contre la création, en juillet dernier, du « dossier unique de personnalité », qui perfectionne le flicage des individus qui sont perçus en fonction de leurs traits de caractères saillants et de leur aptitude à s’insérer dans la société.

Laurent Paillard est allé faire un tour dans la région Limousin, tenue par la gauche. Elle s’est lancée dans l’aventure de l’emprunt obligataire, donc sur les marchés financiers. Ce qui implique l’évaluation des finances publiques par des agences du type Standard & Poor’s. Il y a donc « abandon de la souveraineté, dans la mesure où il s’agit de donner à la finance privée un droit de contrôle sur les finances publiques. » Hollande envisage-t-il de gouverner la France de cette manière ?

Un article très approfondi de Jean-Marie Harribey sur “ Le travail, la nature et l’exploitation ” : « Le processus de marchandisation inhérent à l’accumulation du capital ainsi que celui d’expropriation des biens communs permettent de faire le lien entre l’exploitation du travail et celle qui pèse sur la nature. »

L’évaluation du mérite est une nouvelle ruse de la domination, prévient Dominique Girardot : « La droite et une partie de la gauche entonnent le même refrain contre l’assistanat et les assistés … au nom de la compétitivité, mais aussi de la morale. Les dominants ont violé des valeurs comme celle du mérite pour les mettre au service de leurs intérêts de classe. »

Un article théorique de Pierre Zarka sur « le sujet de la révolution » : « On ne peut être émancipé que par soi-même. Faire la révolution, c’est d’abord rompre avec le rôle auquel la société nous assigne et investir une place qui n’est pas la sienne. Il s’agit donc de défaire la “ naturalité ” des agencements. »

Pour Vincent Lowy, la mondialisation est en ligne de mire : « Pendant qu’Angela Merkel ou James Cameron proclament haut et fort l’échec du multiculturalisme monte dans nos sociétés une pulsion identitaire régressive. »

Baptiste Mylondo a raison de nous rappeler que « les classes populaires réfléchissent aussi » : « Une partie des gauches s’oppose au revenu inconditionnel par crainte de son impact sur l’activité des classes populaires. Ne servirait-il pas à enfermer les pauvres dans l’indigence ? Ne serait-il pas un vecteur d’assistanat, autrement dit de parasitisme social ? Un raisonnement paternaliste, né d’une présomption de stupidité absurde et qui conduit à des conclusions contestables. »

André Déchot s’est intéressé au « voyage au bout de la nuit de la galaxie Dieudonné » : « Sa thématique obsessionnelle repose sur le triptyque : exploitation de la théorie du complot, dénonciation de l’esclavage des Noirs, antisémitisme sous couvert d’antisionisme. »

Jean Cornil nous invite à nous inspirer du « printemps des peuples d’Amérique latine », à « leurs politiques courageuses, bien éloignées des atermoiements de la social-démocratie du vieux continent. »

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27 septembre 2011 2 27 /09 /septembre /2011 14:56

Merci au site des Aliboffis.

 

 

bébésarko.jpg

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25 septembre 2011 7 25 /09 /septembre /2011 14:55

Ça ne s'arrange pas dans la police.


J'avais publié en octobre 2010 un compte rendu du livre édifiant du policier Philippe Pichon et du sociologue Frédéric Hocqueteau, consacré au fichier STIC, Une mémoire policière sale : 34 millions de citoyens fichés dans les colonnes du Grand Soir (link).


Un des anciens collaborateurs de Philippe Pichon, le brigadier-chef Thierry Vanek, va être révoqué de la police nationale pour avoir, lui aussi, dénoncé les dérives de la maison bleue.


C'est d'autant plus scandaleux qu'il n'a commis aucune infraction pénale - contrairement à Pichon, qui, en divulguant des données confidentielles, fiches Stic, même pour de nobles motifs, avait violé le "secret professionnel".

 

 

Contacté par mes soins et interrogé sur cet épisode de la vie policière à Coulommiers, le commandant de police Philippe Pichon, aujourd’hui âgé de 42 ans, « suspendu de fonctions à titre conservatoire » depuis le 15 décembre 2008 pour avoir dénoncé la pratique illégale d'un fichage généralisé (fichier Stic), malgré deux décisions de Justice favorables obtenues au Tribunal administratif de Melun et une ordonnance d’un juge d’instruction parisien l’autorisant à exercer pleinement ses fonctions de policier, observe :


« La manière d’exercer la police et la justice est un marqueur parfait d’une époque et d’un pays. Pour connaître l’état des mœurs d’une société, rien ne vaut les décisions disciplinaires (dans la police) et les arrêts de jurisprudence, révélateurs des seuils de tolérance d’une population à un moment donné de son histoire. Voilà pourquoi la police et la justice sont un terrain privilégié des politiques qui font là leur miel de tout « accident » capable d’émouvoir une opinion décidément bien malléable. Les faits divers, que jadis la presse qualifiait de « chiens écrasés », font la part belle aux cruelles aptitudes des humains. En période pré-électorale, le crime devient le filon idéal pour faire trembler les chaumières et prétendre apporter la solution au « mal ». C’est exactement le sens de la réforme de la police et de la justice qui se joue sous nos yeux ; une réforme qui renoue avec l’archaïsme de la seule sanction pénale et refait de la loi du talion la potion magique, censée apaiser les victimes des délinquants décrétés irrécupérables. Ce cercle vicieux, vieux comme la politique pseudo-vertueuse dénoncée par Michel Foucault, est remis au goût du jour : flatter les instincts de vengeance ne relève pas seulement du paternalisme de bas étage. C’est aussi un mépris de la conscience d’un peuple diminué par l’explosion de la peur. Nier la peur n’a guère plus de sens. Apprendre au contraire à la maîtriser est le seul moyen de vivre dans un monde réel, parfois sauvage. Inconvénient majeur : il faudrait dire la vérité. Le brigadier-chef Thierry V. n’a fait rien d’autre que cela : il a dit leur vérité à des chefs coupables d’avoir perdu tout repère éthique. Telle qu’elle agit aujourd’hui à son endroit – M. Thierry V. est renvoyé en conseil de discipline pour manquement grave à la loyauté, un comble !-, par des actes de harcèlement répétés, vexatoires et exorbitants, la hiérarchie policière semble guidée par des considérations étrangères à l’intérêt général, l’intérêt des citoyens. J’ai peu connu M. Thierry V lors de mon affectation à Coulommiers. Ce dont je suis sûr, en revanche, c’est qu’en réaffirmant ne pas souhaiter engager sa propre responsabilité, tant pénale qu’administrative, par le cautionnement de pratiques policières illégales qu’il a déjà eu à subir et qu’il a été amené à dénoncer « déloyalement », faute pour sa hiérarchie locale de s’en tenir au Droit, ce fonctionnaire républicain fait preuve d’une belle maturité démocratique qui force l’admiration et mérite le soutien ».

 

On lira ci-dessous un article de Fabrice Arfi, publié par Médiapart. Jusqu'en mai 2012 (2017, 2022, 2027?), le pouvoir ne lâchera rien.


Pratiques illégales, contrôles au faciès, dépression: les aveux volés d’un chef de la police
Toute la misère de la police résumée en une heure et vingt minutes. La doyenne des juges du tribunal de grande instance de Paris, Sylvie Zimmermann, a reçu, vendredi 9 septembre, la retranscription d'une conversation entre un brigadier-chef et un commandant de police du commissariat de Coulommiers (Seine-et-Marne) qui brosse un portrait dévasté de la police française. Elle révèle notamment plusieurs pratiques policières illégales liées à la « culture du résultat », imposée depuis dix ans par les ministres de l'intérieur successifs.

Par deux fois hôte de la place Beauvau cette dernière décennie (2002-2004 et 2005-2007), Nicolas Sarkozy est de ceux-là. Il a même été, dès 2002, le principal introducteur au sein de la culture policière d'une politique du chiffre acharnée, désormais omniprésente; et cette affaire le prouve, à l'origine de nombreuses dérives, voire illégalités.

(Reuters) (Reuters)

L'échange entre les deux fonctionnaires de police, en présence d'un troisième, représentant syndical, a été enregistré clandestinement par l'un des participants (le brigadier-chef Thierry V.), alors en pleine procédure disciplinaire. Les faits remontent au 11 février 2011.

Cette conversation, dont Mediapart a obtenu la copie de la retranscription intégrale par huissier, a duré 82 minutes. Elle a été confiée à la justice en marge d'une procédure pour «harcèlement et discrimination» engagée par un autre policier en rupture avec sa hiérarchie, le commandant Philippe Pichon, célèbre pour son combat contre le très critiqué fichier STIC et cité dans l'enregistrement pirate – M. Pichon a été affecté ces dernières années au commissariat de Coulommiers, avant d'être évincé de la police. 

Il affirme aujourd'hui avoir été l'objet d'une surveillance téléphonique «illégale» pour avoir participé à la divulgation dans la presse de deux fiches de police de personnalités, ainsi que l'a rapporté vendredi soir l'Agence France-Presse (AFP). C'est dans ce contexte qu'il a versé à son dossier l'enregistrement de la conversation du 11 février 2011.

Les protagonistes de cet instantané de commissariat sont donc le brigadier-chef Thierry V., son chef de service, le commandant Jean-François M., et un syndicaliste, Alain M. Dans une attestation manuscrite du 20 juin 2011, également entre les mains de la juge Zimmermann, l'auteur de l'enregistrement pirate explique avoir surpris la conversation clandestinement «pour servir de preuve dans le cadre d'une procédure pour harcèlement moral que j'engage prochainement à l'encontre du commandant M. et du ministère de l'intérieur». Il affirme aussi être prêt à témoigner devant la justice, si besoin. 

Ce qu'il s'est dit ce jour de février à Coulommiers est un matériau rare tant il agit, dans le secret d'une discussion vraie, directe et sans retenue entre fonctionnaires expérimentés, comme un révélateur des abîmes ordinaires de la police française. Sont aux prises un chef de service (le commandat M.), à la tête d'un commissariat d'un département peu réputé pour ses flambées de violence, et l'un de ses subordonnés (le brigadier-chef V.), en dépression et en délicatesse avec sa hiérarchie pour des écarts de langage liés, de son propre aveu, à la pression professionnelle.

Dès les premières minutes de leur discussion, le ton est donné. « Je vous le redis comme je l'ai dit au capitaine (...), moi, la politique du chiffre de merde, c'est de la merde », lance le brigadier à son supérieur. Qui réplique : « Je ne peux pas accepter ça, monsieur. » 

«Je suis obligé de raconter des conneries au magistrat»

Evoquant la pression statistique qui pèse sur les policiers de terrain, à qui le pouvoir politique demande depuis des années de «faire du chiffre» au détriment d'un travail de fond, le brigadier insiste : «Comme je vous l'ai déjà dit (...), j'en ai marre de ses affaires de merde où il n'y a pas de motif de contrôle et où moi, après, je suis obligé de raconter des conneries au magistrat quand je l'ai au téléphone. Ça me gave. Voilà. Point.»

Au centre de la discussion entre les deux hommes – le troisième participant ne parle presque pas – se trouvent les « infractions révélées par l'action des services », ou IRAS, un outil statistique utilisé depuis une dizaine d'années pour faire gonfler les bons résultats de la lutte contre la délinquance. Les IRAS sont souvent qualifiées de «délit sans victime», car sans plaignant.

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Comme l'expliquait en octobre 2009, dans la revue Plein Droit, le chercheur au CNRS Christian Mouhanna, spécialisé dans les questions policières, «les catégories "stupéfiants" et "étrangers" regroupent plus de trois quarts des délits classés IRAS». «Or, ces chiffres, poursuivait-il, sont surveillés de près par les chefs et les gestionnaires de la police. En effet, ils sont à leurs yeux particulièrement révélateurs de l'efficacité d'un commissariat, puisqu'ils ciblent les délits révélés par l'action des services. En d'autres termes, ils seraient des indicateurs précis de la performance des policiers d'un secteur. »

Christian Mouhanna ajoutait : « Par ailleurs, ces IRAS n'ont pas seulement une utilité par eux-mêmes. Ils s'intègrent dans le calcul global des taux de délinquance et d'élucidation, et ils sont très utiles pour les autorités. » Pour cause, avec les IRAS, les taux d'élucidation sont généralement de 100 % puisque, comme le rappelait un article du Figaro d'août 2009, « le délinquant est ici appréhendé en même temps que l'agent constate l'infraction ». Utile, en effet, pour muscler les statistiques.

Au cours de la conversation captée clandestinement au commissariat de Coulommiers par le dictaphone espion d'un policier, le commandant M. se décharge face à l'exaspération et le ras-le-bol de son interlocuteur : « Les IRAS, je ne les ai pas inventées. Ce n'est pas moi qui ai créé le concept, c'est le ministre de l'intérieur et c'est toujours une préoccupation majeure, même en 2011, en janvier, les consignes sont toujours les mêmes. Monsieur M. (le syndicaliste présent - NDLR) peut en témoigner, il fait la tournée des commissariats. Les IRAS sont une priorité : il faut en faire. Voilà, c'est tout. »

Et le couperet tombe, sec : « Alors, il y a deux solutions : ou on l'accepte et puis on rentre dans le moule, ou on ne l'accepte pas puis on en tire les conséquences. »

Le brigadier-chef embraye. « Je vous promets que cette logique des IRAS, elle pousse les gens à bout », implore-t-il.

«Je ne suis pas fier»

Son supérieur approuve : « Il y a une logique des IRAS. Ça pousse les effectifs de police à faire n'importe quoi. J'en suis le premier conscient. Je ne suis pas fier quand je vois qu'on ramène ici (au commissariat - NDLR) des gens avec un cutter et quand on gratte un peu, bah, en fait, c'est un ouvrier qui rentre de son chantier et qu'il a gardé le cutter dans le bleu du pantalon. Je ne suis pas fier de ça. »

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Il poursuit : « Je ne suis pas fier non plus quand on va ramasser des IRAS, des ILE ("infractions à la législation sur les étrangers", des sans-papiers, en somme - NDLR) à la pelle à la gare, pourquoi ? Alors, certes, ils sont en séjour irrégulier ces gens-là. Mais c'est pas eux qui emmerdent le monde ! C'est pas eux qui causent des troubles à l'ordre public ! C'est des gens qui vont sur un chantier ou qui reviennent d'un chantier ! Ils bossent ! Ils bossent pour faire vivre leur famille ! Et nous, on va les faire chier ! On les emmène ici, on les fout en garde à vue et, avec un peu de malchance, pour eux, on les emmène au CRA (centre de rétention administrative - NDLR) et ils sont expulsés. Je ne suis pas fier. »
« Et pendant qu'on fait ça, continue le chef policier, effectivement, pendant qu'on arrête les ILE et les ports d'armes à dix balles, on ne fait pas autre chose. Et on n'occupe pas la voie publique pour lutter plus efficacement contre les cambriolages. Et Dieu sait si ça a augmenté en 2011, ici, les vols de véhicules, les dégradations et tout ça. »

« Mais qu'est-ce que vous voulez que j'y fasse ? Si je ne suis pas d'accord, comme dit l'autre, je m'en vais ! Je vais faire autre chose », observe, désabusé, le commandant de police. 

S'ensuivent des échanges entre le commandant et son subordonné durant lesquels ce dernier indique devoir parfois commettre des illégalités pour satisfaire les exigences statistiques de la maison police. « Mais je suis désolé ! Avec ce système pervers des IRAS, on ne peut pas faire autrement ! On ne peut pas !, s'emporte le commandant. Et en plus, moi, j'ai fait les stups pendant vingt ans avant de venir à Melun. Si, de temps en temps, vous ne mettez pas un pied à côté, vous ne faites aucune affaire, ou quasiment aucune. » L'aveu est cinglant et on ne peut plus embarrassant pour l'institution policière.

Le brigadier explique ensuite que, s'il a la certitude d'être couvert par sa hiérarchie en cas de pratiques frôlant l'illégalité, « il n'y a aucun problème ». « Moi, si je peux sortir un papier, voilà, ordre du commandant M., ou du capitaine M., ou de madame B. ou de Brice Hortefeux (à l'époque ministre de l'intérieur - NDLR) ou de qui vous voulez, moi y a aucun problème : moi, on m'a dit, moi, je fais ».

Son supérieur, pas fou, lui rétorque : « Vous savez bien que moi, je ne ferai jamais un ordre écrit comme ça, vous savez bien que la directrice départementale ne fera jamais un ordre écrit comme ça et que le ministre jamais ! Le ministre, quand il y a quelque chose qui ne va pas : "Ah, attention, je suis le garant du bon fonctionnement des institutions, donc ce fonctionnaire a péché, il doit payer". Et voilà, comment ça se passe. » Le commandant félicite alors son interlocuteur de vouloir être dans « le strict respect de la légalité ».

 

«Oh, non ce n'est pas toujours légal !»

Puis la question du contrôle des sans-papiers revient, obsédante, comme un écho aux crispations de l'Etat-Sarkozy sur les étrangers. «Oh, non ce n'est pas toujours légal !, lâche le commandant de Coulommiers. Quand vous avez cinquante personnes qui passent, qu'il y a trois blacks, qu'on contrôle les trois blacks et qu'on laisse passer les quarante-sept blancs, ça amène d'ailleurs certains blancs à dire : "Attendez, pourquoi vous les contrôlez, eux et pas nous ?" Et les blacks vont nous dire :"Attendez, vous ne contrôlez que nous et jamais eux !" C'est une réalité !»

Il enchaîne : « On va tomber sur des fonctionnaires qui cogitent un peu, qui disent : "Bon, on va donner le change : les trois blacks, on les a dans le collimateur. On va faire trois blancs aussi, comme ça, voilà, y a parité, et puis on ne viendra pas nous le reprocher." Mais tout fonctionne comme ça ! »  
Après des échanges portant sur des problèmes d'alcoolisme au commissariat, le brigadier-chef Thierry V. aborde la question des vols de détenus, par des policiers... « Quand je suis arrivé au tout début ici, commandant, juste pour illustrer quelque chose, je vous avais expliqué qu'il y avait des détenus qui disaient : "Ouais, on m'a piqué ça dans ma fouille." Alors, au début, je disais :"Tu la fermes !". Encore un qui veut faire chier les collègues. Une fois, deux fois, trois fois, vingt fois... Je l'ai dit, je l'ai redit, je l'ai re-redit (...) Je n'ai pas le souvenir d'avoir entendu qu'une enquête disciplinaire ou une procédure quelconque ait été ouverte», s'alarme le policier.  


Qui continue sa charge : « Parce que là aussi, j'ai pris sur moi, mais le mec au procès, s'il a envie de dire : "Attendez, je ne comprends pas. OK, j'avais vingt grammes de shit ! Ok, j'ai volé de l'argent ! Ok, j'ai fait ceci ! Mais je précise que quand j'étais dans les locaux du commissariat, pendant la nuit, voilà ce qu'il s'est passé ! Je l'ai déclaré à l'officier, au fonctionnaire qui m'a entendu. Il n'a pas voulu le mettre sur procès-verbal". Et le jour où ça arrive, on va me demander des comptes. »  

Les deux hommes évoquent ensuite le cas du commandant Philippe Pichon, ancien gradé du commissariat de Coulommiers, célèbre pour avoir dénoncé les dérives du fichier STIC et auteur de livres dérangeants pour l'institution policière, comme Journal d'un flic (Flammarion) ou Une mémoire policière sale (Jean-Claude Gawsewitch éditeur).

« Sachez, pour votre info, (...) que le commandant Pichon est mon ennemi personnel. (...) Si, au mois de septembre, j'avais rencontré le commandant Pichon dans la rue, dans une rue de Coulommiers, je lui aurais foutu mon poing dans la gueule ! J'aurais pu me retrouver en garde à vue pour violences volontaires, mais je l'aurais fait avec un plaisir que vous ne pouvez pas soupçonner !», s'enflamme le commandant M. Petit à petit, la conversation s'effrite. Le commandant donne un conseil à son subordonné. Les motifs d'espoir sont maigres : «Je peux comprendre qu'à un moment donné, vous en ayez marre, c'est clair. Hein, moi, je vous garantis, je fais des efforts pour ne pas désespérer ici. Et je me tais (...) Hop, je me tais et je prends ma voiture, je vais en forêt, je gueule un coup en forêt et je reviens (...) Il est clair que la sécurité publique ne changera pas, la politique qu'on nous fait appliquer, elle ne changera pas.»

Fabrice ARFI / Mediapart
 
NDLR/N'ayant pu joindre le commandant M. et le brigadier-chef V., qui n'a pas donné suite à notre demande d'entretien, nous avons préféré anonymiser leurs noms de famille.
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