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9 mars 2021 2 09 /03 /mars /2021 06:00

Je reprends ici un article d'Éric Juillot publié par le site Les Crises

« Tout bien, toute entreprise, dont l’exploitation a ou acquiert les caractères d’un service public national ou d’un monopole de fait, doit devenir la propriété de la collectivité. » Ce principe, inscrit dans le préambule de la Constitution de 1946, a toujours valeur constitutionnelle, puisqu’il a été repris dans les premières lignes de l’actuelle loi fondamentale.

On pourrait croire, dès lors, qu’il est impossible pour le législateur de le contourner. Mais la construction européenne est passée par là. Depuis le milieu des années 1980, à chaque fois que nos gouvernements ont eu à choisir entre l’UE et la Constitution de la République, ils ont opté pour la première au détriment de la seconde. L’actuel projet de démembrement d’EDF n’est que le dernier exemple en date de cet esprit de soumission.

Un précédent exemplaire : GDF

Tous les grands groupes publics créés au moment de la Libération [1], conformément aux engagements du Conseil National de la Résistance [2], ont été méthodiquement démantelés et/ou offerts au privé ces dernières décennies, sans que jamais les citoyens ne soient appelés à exprimer leur volonté sur ce sujet éminemment politique. Le processus a commencé dès 1986-1987, parallèlement à l’adoption de l’Acte unique européen, dans les domaines industriel (Saint-Gobain) et bancaire (Paribas, Suez, Société Générale)[3].

Il a été poursuivi jusqu’à aujourd’hui par tous les gouvernements, sans discontinuer [4]. Le secteur de l’énergie a été concerné à partir de 2000, lorsque le gouvernement Jospin transposa en droit français les directives européennes de 1996 et de 1998 qui imposaient la libéralisation de ce secteur et son ouverture à la concurrence à hauteur de 30 % (en attendant 70 % à partir de 2004).

Aucun argumentaire sérieux, ancré dans la rationalité économique, ne fut jamais mis en avant pour justifier le démantèlement de ce vaste secteur public. Pour obtenir le ralliement du personnel politique, il suffisait d’évoquer les généralités creuses du nouveau paradigme néolibéral, discréditant l’État pour sa prétendue impotence ­ alors que toutes les entreprises privatisées excellaient dans leur domaine respectif­ , vantant les vertus du capitalisme actionnarial, la nécessité de partir à la conquête du monde, le changement pour le changement ou, plus prosaïquement, la politique d’expédients par laquelle l’État, rendu impécunieux par la croissance molle née de ses choix macro-économiques, tentait en privatisant de se reconstituer à court terme quelques marges de manœuvre budgétaires. Une politique d’expédients érigée en modèle de gestion : Du grand art !

Ainsi engagea-t-on, sans jamais l’avouer, le principe du service public sur une dynamique de déclin. Pilier dans notre pays de la justice sociale, il fut ­ et il est encore ­ insidieusement remis en cause, voué à reculer sans cesse pour cause d’incompatibilité foncière avec les canons d’une idéologie dominante peu soucieuse d’égalité. Ceux qui auraient pu, à l’échelle syndicale ou politique, s’opposer à cette régression étaient de toute façon condamnés à l’accepter sous la pression juridique des autorités bruxelloises ou sous le poids moral du projet européen : personne ne pouvait raisonnablement refuser de se soumettre au surmoi européiste qui dominait les esprits.

Tout au plus était-il possible de négocier avec Bruxelles quelques détails, d’obtenir quelques délais pour mieux manœuvrer l’opinion publique, que l’on rassurait par ailleurs en formulant des engagements solennels tout à fait mensongers. La grande cause de « l’Europe », glorieusement matérialisée par la « concurrence libre et non faussée » des traités, justifiait amplement cette pratique malhonnête. Nicolas Sarkozy, alors ministre des Finances, s’illustra de cette manière en affirmant le 6 avril 2004 à l’Assemblée nationale : « Je redis qu’EDF et GDF ne seront pas privatisés [5] ». Puis au Sénat le 27 avril suivant : « Il n’y aura pas de privatisation d’EDF ni de GDF, et ce pour une raison simple : EDF et GDF ne sont pas des entreprises comme les autres [6] ».

En 2007, devenu président de la République, il privatisa GDF en acceptant sa fusion avec Suez [7], instaurant le règne tout-puissant des actionnaires sur la conduite de la nouvelle entreprise [8].

Treize ans plus tard, à propos du démembrement d’EDF cette fois-ci, Barbaba Pompili, ministre de la Transition écologique, affirme, bravache, n’avoir aucune « certitude de parvenir à un accord [9] » avec la Commission européenne. Que peut-on en penser ?

Un projet orwellien

On ne saura jamais dans quel cerveau a jailli cette idée, mais c’est ainsi : il a été décidé que le projet de démembrement d’EDF porterait un nom, et qu’il s’appellerait « Hercule ». Quoi de mieux, pour mettre fin à l’existence d’un géant national, deuxième producteur mondial d’électricité, que de convoquer la figure du demi-dieu de la mythologie gréco-romaine ? La tentative d’enfumage est si grossière qu’elle ne dupera personne, mais elle a le mérite de révéler l’extraordinaire présomption de ses auteurs, convaincus qu’il est possible de continuer à pratiquer ce genre d’inversion à la Orwell, comme ils le font depuis des décennies.

Or, ce qui était accepté au cours de la phase ascendante du néolibéralisme ne passe plus dans le contexte de son déclin, lorsque le gouffre séparant les promesses et les réalisations concrètes de cette idéologie est constaté par le plus grand nombre. Ce détail pourrait sembler anecdotique ; il est au contraire très révélateur : nous ne sommes plus en 1986 ou en 1992, mais en 2021 et le néolibéralisme économique, contesté de toutes parts, disparaît sous nos yeux. Hercule pourrait bien être l’opération qui, par son échec, marquera la fin de son hégémonie en France…

Avec ce projet, donc, EDF doit être tronçonnée en trois branches, EDF « bleu » pour les centrales nucléaires et le réseau de transport, EDF « azur » pour les barrages hydroélectriques et EDF « vert » pour les activités commerciales, la distribution d’électricité et les énergies renouvelables. La première branche resterait publique à 100 %, mais l’avenir de la deuxième est très flou la commission insistant depuis plusieurs années pour l’ouverture au privé du secteur hydroélectrique [10].

Quant à EDF vert, il serait coté en bourse pour une fraction de son capital, minoritaire à ce stade. J-B Lévy, le PDG d’EDF, peut bien affirmer devant les députés, en jouant sur les mots, qu’il n’y aura « aucune privatisation », son projet prévoit explicitement d’en entamer le processus une tactique éprouvée depuis trente ans au moins.

La « réforme » est nécessaire, selon J-B Lévy, pour permettre à EDF de surmonter son endettement et de trouver les financements nécessaires à des investissements massifs dans les renouvelables. Soit. C’est oublier un peu vite que cet endettement est le produit de la politique de dérégulation du secteur de l’énergie à partir des années 1990, qui a incité ­ course au gigantisme oblige ­ les dirigeants d’EDF à multiplier les acquisitions de concurrents étrangers en recourant à l’emprunt.

La dette est ainsi passée de 15 milliards d’euros en 2006 à 42 en 2009 ­ soit un montant équivalent, au demeurant, à la dette actuelle. Autre effet pernicieux de la dérégulation, une pratique tarifaire aberrante, imposée par la Commission européenne dans le seul but de développer la concurrence dans un secteur où elle est pourtant difficilement envisageable [11].

Dans le cadre de l’ARENH (« Accès Régulé à l’Électricité Nucléaire Historique [12] »), EDF est ainsi contrainte de vendre son électricité nucléaire à ses concurrents à un prix trop bas, de 42 euros/kWh, aggravant de façon chronique l’endettement du groupe. Le PDG d’EDF fait de la remise en cause de ce dispositif baroque une priorité à juste titre, mais le conflit avec la commission, qui y voit le seul moyen de casser le monopole d’EDF, est inévitable.

Si cet objectif de refonte de la pratique tarifaire imposée à EDF est éminemment souhaitable, le tronçonnage du groupe en trois éléments relève d’une logique industrielle douteuse, caractéristique des compromis boiteux auxquels aboutissent la commission et le gouvernement français dans ce type de négociations : il est impossible, pour des raisons politiques, de démanteler complètement EDF, mais il est également impensable, la construction européenne étant ce qu’elle est, de laisser intact le monopole de la production et de la distribution électrique en France ; le choix est donc fait d’un entre-deux instable qui permet d’engager une dynamique de délitement tout en affirmant le contraire et en pariant sur le temps.

La financiarisation par l’ouverture au capital privé d’EDF vert est présentée par le gouvernement comme la solution aux importants besoins de financement du groupe dans les années à venir. C’est d’un choix purement idéologique qu’il s’agit, même s’il est présenté sous un jour comptable : l’État a déjà recapitalisé EDF en 2017 [13] et peut procéder à une nouvelle augmentation du capital sans difficulté, d’autant plus aisément qu’il s’endette actuellement à taux négatifs.

Le choix du marché pour financer un groupe public, chargé d’une mission de service public, indispensable à la sécurité énergétique du pays reflète simplement la prégnance de l’idéologie néolibérale dans les esprits. En est-on pourtant encore au stade où les intérêts privés du marché peuvent arracher à l’État un secteur productif d’intérêt général ?

Depuis quarante ans, la France a mieux résisté que d’autres pays à cette hégémonie idéologique ; le déclin du secteur et du service publics organisé par les gouvernements s’est heurté à de vives oppositions sociales et syndicales qui en ont limité l’ampleur.

La lutte contre le démantèlement et la privatisation d’EDF constitue le dernier combat de cette séquence historique à double titre : parce que c’est le dernier grand groupe à faire passer à la moulinette bruxelloise, et parce qu’il n’est pas exclu, cette fois, que Bruxelles soit mis en échec, compte tenu de l’usure des croyances néolibérales. Le changement de paradigme en cours — plus ou moins acté par le président de la République — semble inciter le gouvernement à faire preuve de fermeté et même d’intransigeance.

« Les débats sont intenses [14] » avec la commission affirme B. Le Maire, qui ajoute : « Nous ne transigerons pas sur un certain nombre de points durs qui nous paraissent essentiels au succès de la transformation de cette entreprise ». L’expérience montre cependant qu’au-delà de ces mots, rodomontade classique en ce genre de circonstances, seule une intense mobilisation politique, sociale et syndicale pourra empêcher le néolibéralisme finissant d’accomplir une ultime œuvre funeste pour notre pays. Non à Hercule !

Eric Juillot

 

Projet Hercule : EDF démantelée, Bruxelles enchantée

Notes

1 Entre 1944 et 1948, les nationalisations touchèrent les secteurs stratégiques de la banque, des transports aériens, de l’industrie automobile, de l’énergie (charbon, gaz, électricité) et des assurances.

2 Le programme du CNR de mars 1944 propose « l’instauration d’une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie » et subséquemment « le retour à la nation des grands moyens de production monopolisée, fruits du travail commun, des sources d’énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d’assurances et des grandes banques » : Formules fameuses, passées à la postérité.

3 La privatisation des ces grands groupes fut même vendue à l’opinion comme un moyen de diffuser l’esprit du capitalisme financier dans tous les foyers : chacun était invité à acheter, pour lui ou pour ses enfants, des actions dont certaines stars, débauchées pour l’occasion, vantaient les rendements à venir dans des pages publicitaires à la télévision. Ainsi Catherine Deneuve https://www.youtube.com/watch?v=cupBbKPMmGY

https://fr.wikipedia.org/wiki/Privatisations_en_France

https://www.nouvelobs.com/politique/20060920.OBS2627/quand-sarkozy-promettait-de-ne-pas-privatiser-gdf.html

6 https://www.publicsenat.fr/article/parlementaire/quand-nicolas-sarkozy-s-invite-dans-les-debats-sur-la-privatisation-d-engie-au

7 https://www.humanite.fr/node/377020

8 https://www.lesechos.fr/2013/01/gdf-suez-quand-le-dividende-impose-sa-loi-1096265

https://www.bfmtv.com/economie/projet-hercule-d-edf-pas-de-certitude-sur-un-accord-avec-bruxelles_AD-202102040225.html

10 http://www.gaullistelibre.com/2018/12/plus-de-barrage-contre-les-interets.html#more

11 Comme le rappellent Anne Debregeas et David Garcia dans leur article Qui veut la peau d’EDF ? (Le monde diplomatique février 2021), le secteur de l’électricité est un exemple de monopole naturel, observé « lorsque les coûts fixes qu’engendre la production d’un bien sont très importants et que les coûts moyens baissent très fortement avec l’augmentation de la production, ce qui rend plus compétitive une seule entreprise ».

12 https://entreprises.selectra.info/energie/guides/arenh

13 https://www.lepoint.fr/economie/edf-boucle-avec-succes-sa-recapitalisation-28-03-2017-2115450_28.php

14 https://www.publicsenat.fr/article/parlementaire/projet-hercule-bruno-le-maire-dement-tout-objectif-de-demantelement-d-edf

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4 mars 2021 4 04 /03 /mars /2021 06:21

Ci-dessous une analyse de mon ancien collègue Cornelius Crowley, professeur retraité, Paris X-Nanterre, sur l'élection et la défaire récente de Donald Trump. Il rebondissait sur l'analyse d'un autre collègue de la même université, Pierre Guerlain.

 

Les conditions de possibilité de l'élection de 2016 ont débouché, le 6 janvier 2021, sur une infamie, l'invasion du Capitole par les partisans de Trump. Cette dernière infamie fait suite à bien d’autres, au cours de ces quatre ans.

 

Quelles sont les facteurs   ou conditions mentionnés  par Pierre Guerlain dans son analyse?: « les guerres américaines ; paupérisation et marginalisation, faillite des système de santé et de l'école (qui) ont tout à voir avec des choix budgétaires donc politiques ».

 

Peut-on être en accord avec ce propos sur les conditions  de possibilité d'un événement (élection de Trump, ou brexit 2016), tout en contestant une lecture qui tend à  faire de ces facteurs la détermination nécessaire de quelque chose : élection de Trump, ou brexit, ou bien d'autres événements ?

 

Pour ma part, je souhaiterais interroger l'idée d'une détermination nécessaire de l'histoire présente en train de se faire. C'est, il me semble, faire trop d'honneur à D.Trump (et à ses apppuis dans les médias)  que d'en faire l'effet "backlash"  d'une mondialisation libérale. DTrump est un individu américain. Son agentivité néfaste a été contingente, aucunement nécessaire. Elle est donc d'autant plus à déplorer, si on n'a "pas su l'éviter", se sortir du piège. Nous ne sommes pas démunis, les événements ne relèvent pas d'une détermination irrésistible. Présent ouvert.

 

Mais dans ce cas, nous sommes moins bien outillés, conceptuellement,  pour "expliquer" (la présumée nécessité de ) ce qui  arrive.  Trump (ou le consensus pro-brexit)  me semblent autre chose que l'effet linéaire et déterminé d'une mondialisation libérale en amont. Car si c’est le cas, toute critique de TTrump se dilue et s'invisibilise dans la critique (justifiée) du stade actuel d'une mondialisation néolibérale.

 

Dans ces deux cas récents (et dans d'autres), la réponse  à la crise du présent  est passée  par le retrait et la fermeture. Et cette réaction charrie, dans le cas britannique ou américain,  les vestiges d'un postulat exceptionnaliste anglophone. 

 

Les équivalents français sont là, bien visibles depuis la fin du 19e siècle, ou depuis les années 1940: une tonalité autre, encore plus doloriste, méchamment nostalgique : une version française de l’infamie exclusive.

 Or dans l'analyse du récent exemple américain, il y a peut-être un saut, trop vite négocié,  dans l'analyse des faits sociaux,  quand on passe de la présentation des "conditions de possibilité"  de l'élection Trump à la construction d'une détermination qui paraît inéluctable. Trump comme effet d’une mondialisation néolibérale.

 

De telles difficultés se posent moins, si on enseigne sur la Renaissance ou le XVIIe siècle. Mais  en essayant de faire cours devant les étudiants, un cours portant sur le monde qui se fait et qui se défait, qui est objectivement en crise (nous ne pouvons pas l’ignorer),  il nous reste à aborder, sans chercher à la "confiner" et à la déterminer dans nos schémas d’explication, l'histoire en train de se faire.

 

Ainsi l’élection  de Trump était-elle  évitable en 2016. Raison de plus de pointer les capitulations ayant facilité cet événement.  Et les émeutes du 6 janvier sont  aussi calamiteuses, et étaient  aussi évitables, que les émeutes analogues du 6 février 1934 à Paris.  

 

L'indétermination du temps présent, c'est  ce avec quoi  "nous vivons" et ce devant quoi nous enseignons.   Et c’est là que s'exerce l’appréciation éthique portant sur l’histoire en train de se faire.

 

Il reste un critère,  pour pouvoir décider "que faire ?" si on accepte (peut-on la refuser?) la responsabilité d'un présent ouvert et si on déplore  la captation du présent par les projets politiques les plus fermés, les plus pétris de ressentiment  et de xénophobie.

 

Le critère est le suivant : le passage au-delà  d'une mondialisation "néolibérale" se fait et se fera par une extension des solidarités. Pas autrement. Certainement pas par un reconfinement identitaire.   Et cela veut dire que toutes les avancées  allant dans le sens  de la dignité et de la manifestation des libertés, d'autonomie discrétionnaire dans les orientations, cis et transgenre, que les évolutions dites "sociétales" ont heureusement permises, sont à chérir. Société arc-en-ciel, sans surplomb. Sans dolorisme. sentimental. dans la nostalgie d’un monde d’avant.

 

Dans l’analyse des faits sociaux du présent, ceux d’un monde interconnecté et interculturel, nous pouvons éviter la projection d'une détermination qui explique tout, mais  qui nous enlève notre modeste part de responsabilité. Trump était évitable. Le monde n'a pas su l'éviter.  Cette calamité n'était nullement déterminée. En tout cas bien moins qu’une calamité comme la pandémie, que l’on  ne peut réduire à un statut de châtiment ou jugement de "la mondialisation" néolibérale. Même si, comme toute épreuve, elle nous inflige des leçons utiles, de solidarité nécessaire.

 

Si le passage au-delà d'une mondialisation  néolibérale  ne peut se faire que par une extension des solidarités, elle doit se faire "par la gauche", dès lors que la gauche se  montrera aussi  ouverte en son projet qu'en ses procédures  épistémologiques et son souci éthique. On ne peut que se réjouir  de l'extension actuelle et tardive, que l'on espère pas trop tardive, d’une conscience de co-appartenance : destinée commune, élargie au vivant autre qu'humain.

 

Pardonnez la longueur, mais les journées de confinement s’étirent  et malgré une goût pour le retrait et la retraite, je souhaite, dans le cadre d’un débat nécessairement libre, postuler que l’avenir et le présent relèvent de l’incertain, donc de notre responsabilité. On peut ensuite interroger les manques de ce postulat, pour essayer  de mieux penser notre crise du présent. Mais je resterai à la fois internationaliste et possibiliste, rétif aux schémas linéaires et fermés.

 

Sur les décisions ministérielles ayant provoqué ces débats, je dirai mon attachement aux débats  libres et contradictoires. Sans cadrage préalable par les autorités gouvernementales, pas plus que par les présidences d’université  ou des directions de composante et de département, qui ont déjà à assumer le défi consistant à faire  que l’institution tienne debout. Cette mission aussi est nécessaire.  Rassurez-vous : un tel cadrage local, je ne l'ai jamais connu. 

 

En attendant ,je serais pour que cent fleurs puissent éclore.

 

 

Trump était évitable.  Le monde n'a pas su l'éviter, par Cornelius Crowley
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3 mars 2021 3 03 /03 /mars /2021 06:17

Je reprends ici un article de Nice-Matin (oui, je sais...).

 

Les propriétés du Saint-Siège sont grandement le fruit d'investissements réalisés depuis un siècle.

Le Vatican n'a pas fait voeu de pauvreté...

 

Adresses prestigieuses à Paris, Londres et Genève, flopée d'appartements à Rome : le Vatican lève enfin le voile auprès de l'AFP sur le détail de son patrimoine immobilier valant des milliards d'euros, bas de laine source d'indépendance mais aussi de scandales.

"Quand on dit que la majeure partie de l'immobilier à Rome apartient à l’Église et au Vatican, c'est tout simplement faux!"s'insurge Mgr Nunzio Galantino, président depuis plus de deux ans de l'Administration du patrimoine du siège apostolique (Apsa), dans un entretien à l'AFP.

Las des fantasmes "sensationnalistes" suscités par le trésor caché des souverains pontifes, cet Italien enjoué fait partie du cercle de confiance du pape François, choisi pour centraliser et mieux contrôler les biens immobiliers et les fonds financiers du Vatican.

Les propriétés du Saint-Siège sont grandement le fruit d'investissements réalisés depuis un siècle.

L'année 1870 marquait la fin des Etats pontificaux, rattachés au Royaume d'Italie. Six décennies plus tard, en 1929, l’État de la Cité du Vatican (44 hectares) était créé par les accords de Latran.

Le Saint-Siège sera dédommagé pour la confiscation de ses territoires et biens ecclésiastiques, comme le gigantesque palais du Quirinal (résidence de trente papes qui loge aujourd'hui le président de la République italienne).

Le pape de l'époque, Pie XI, décide d'investir en Italie et à l'étranger dans l'immobilier "pour assurer la liberté et l'indépendance de l’Église", explique Mgr Galantino.

 

737 biens à Paris

Au cœur de Paris - boulevard Saint-Michel, quartiers de l'Odéon ou des Champs-Élysées -, les services de l'évêque gèrent de longue date 737 biens immobiliers (près de 56.000 m2) estimées à 595,5 millions d'euros.

A Londres - notamment à Saint James square, Kensington et New Bond Street - 27 autres biens immobiliers (4.600 m2) sont estimées à 108,5 millions d'euros.

Et en Suisse - à Genève et à Lausanne en particulier - 140 biens (plus de 16.000m2) sont évalués à plus de 91 millions d'euros.

A Rome, ce sont des immeubles entiers qui ont été construits notamment sur deux axes convergeant directement à la place Saint-Pierre, dont la célèbre Via della Conciliazione.

L'Apsa loue ainsi 2.400 appartements et 600 commerces ou bureaux italiens, qui ont rapporté 99 millions d'euros en 2019.

Sur 1,6 million de mètres carrés, 15% sont sur le marché libre de la location et 30% soumis à des loyers subventionnés consentis notamment à des employés et retraités. Les 55% restants sont occupés par des institutions vaticanes ou sont prêtés gratuitement à des écoles ou des universités.

L'objectif est d'améliorer "la performance des actifs immobiliers", assure le chef de l'Apsa, convenant que certains appartements sont vides et délabrés après des décennies d'occupation.

Mais loin des logiques mercantiles, le Saint-Siège a préféré récemment allouer un immeuble aux bonnes œuvres du pape, malgré sa vue directe sur la Place Saint-Pierre. Et sur l'une des plus chics collines romaines, un somptueux bâtiment a été dédié à la formation du clergé.

 

Propriétés en milliards d'euros

Dans ce contexte, Mgr Galantino se dit incapable de chiffrer le patrimoine italien, et à fortiori sa totalité. Un chiffre totalement obsolète figure dans les comptes financiers, reconnait un expert du Vatican.

En mettant un euro symbolique sur l'invendable Basilique Saint-Pierre, ou encore sur ses palais administratifs ou ceux prêtés gratuitement à des universités, le Saint-Siège pourrait être assis sur un patrimoine locatif valant plusieurs milliards d'euros.

Car des centaines d'autres appartements sont gérés par un ministère chapeautant les activités missionnaires, patrimoine supplémentaire évalué à "3-4 milliards" par le journal économique Il Sole 24 Ore, qui conclut à une possible valeur totale de 6 milliards d'euros pour les propriétés sur le marché locatif.

Et l'Apsa est encore en train de faire l'inventaire de ses biens italiens.

"Au début du 19ème siècle, beaucoup de congrégations religieuses n'étaient pas reconnues par l’État italien, il était normal à l'époque d'attribuer directement leurs biens au Saint-Siège. A partir des années 80, on a redonné des biens à des congrégations, mais avec quelques erreurs", explique le prélat, à la recherche de 70 à 80 titres de propriété.

"Le virus a ralenti les recherches auprès des archives", mais il espère boucler l'inventaire "à la fin du printemps 2021".

 

 

Prédateurs à l'affût

Le pape François vient en outre de centraliser entre les mains de l'Apsa les propriétés londoniennes acquises par la puissante Secrétairerie d’État (administration centrale) via des circuits opaques et des intermédiaires italiens très gourmands.

Il s'agit surtout d'un immeuble de luxe situé au 60 Sloane avenue, dans le chic quartier londonien de Chelsea, acheté en deux temps à partir de 2014. Cette transaction devrait faire l'objet d'un procès cette année de la justice vaticane.

Un autre ensemble londonien de 5 appartements de luxe est géré par le fonds d'investissement Centurion Global Fund, basé à Malte, qui a financé avec l'argent de l’Église "Rocketman", biopic sur le chanteur gay Elton John, provoquant l'embarras du Vatican et des procédures en justice.

Le pape a indiqué qu'il faut "se retirer le plus rapidement possible" de ces investissements ou au moins "éliminer tout risque d'atteinte à la réputation" de l’Église.

Les scandales immobiliers ne sont pas une nouveauté, mais le Vatican veut sévir contre les prédateurs. Fin janvier, la justice vaticane a condamné à près de 9 ans de prison un ex-président de la "banque du pape" pour s'être enrichi en vendant frauduleusement une vingtaine de biens immobiliers du Saint-Siège entre 2001 et 2008.

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2 mars 2021 2 02 /03 /mars /2021 05:59

 

Grâce à Orange, je viens de vivre trois mois passionnants, enivrants, sportifs. 

 

Je suis client d’Orange depuis plusieurs décennies. Des membres de ma famille sont salariés de cette grand entreprise. C’est dire que je ne suis pas a priori hostile à ce qui est devenu un moloch, pour ses salariés comme pour ses usagers. 

 

Je possédais donc un décodeur Orange qui donnait quelques signes de faiblesse. J’appelais le 3900 où une technicienne tenta, plusieurs heures durant, en revenant à la charge, de résoudre mon problème. Cette personne, comme les autres que j’eus au téléphone fut parfaitement courtoise, pédagogue et encourageante. Malheureusement, rien n’y fit et elle me demanda de rapporter le matériel dans un débit de tabac (?) situé à un kilomètre de chez moi, puis d’aller à la grande boutique Orange près de la place Bellecour (Lyon) chercher un autre décodeur. En additionnant le temps passé au téléphone et les déplacements dans deux endroits différents, je totalisais déjà quelques quatre heures perdues de ma précieuse vie. Car, nous les usagers, lorsque nous occupons notre temps à ces tâches subalternes, nous ne sommes pas payés. Je suis certain que ce temps est entré dans des ordinateurs, des algorithmes, afin d’établir au plus juste le prix des abonnements. 

 

J’installai le second décodeur assez facilement avant de découvrir qu’il ne marchait que sur une patte. Il lui manquait la fonction enregistrement et la fonction blocage de l’image. Je rappelai le 3900, mon plus fidèle correspondant depuis quelques temps, et une technicienne, toujours parfaitement courtoise et plutôt compétente, tenta désespérément de remédier aux problèmes. Á deux reprises, elle me demanda de raccrocher pour consulter une collègue plus au fait qu’elle. Rien n’y fit. Elle me suggéra alors une explication dont je subodorai qu’elle lui avait été … suggérée : « Ça chahute beaucoup actuellement dans votre région et il y a beaucoup d’abonnés impactés. » J’acceptai – avec quelque méfiance – cette explication. Vivant dans une grande résidence comptant de nombreux abonnés à Orange, j’eus vite faite de me rendre compte qu’il n’y a avait pas de problèmes collectifs. J’attendis quand même deux ou trois semaines avant de rappeler le 3900, mon meilleur ami. Après de longues explications et une énième tentative pour résoudre mon problème, un conseiller, toujours très courtois, me proposa un troisième échange. Il me fixa un rendez-vous à la grande boutique près de Bellecour, ma nouvelle résidence secondaire. 

 

Le Covid aidant, il me fallut attendre environ 45 minutes avant de pouvoir pénétrer dans les lieux où l’on me fournit un nouveau décodeur, avec la rallonge électrique et la télécommande afférentes. Je m’étonnai, admiratif, de la petite taille de ce troisième décodeur, miracle de miniaturisation. Le commercial opina dans mon sens mais il eut la malhonnêteté de ne pas m’informer que ce nouveau modèle ne comportait pas d’enregistreur. 

 

Ce que je découvris évidemment après avoir branché l’engin. Je rappelais mes meilleurs amis du 3900. J’eus alors une discussion frôlant le politique avec une correspondante technicienne. Nous convînmes qu’Orange, recrutant des précaires et autres intérimaires, l’entreprise battait chaque jour des records en termes de renouvellement des personnels (turnover), ce qui empêchait les employés d’être pleinement compétents. Mon interlocutrice m’ayant informé que dans les boutiques il n’y avait quasiment plus d’enregistreur, j’eus alors une illumination : Orange s’aplatit devant Bolloré. En effet, le grand patron humaniste dispose d’énormes stocks de décodeurs pour Canal+. Il veut les écouler, sans la concurrence d’Orange. Orange a donc cessé de proposer des enregistreurs en boutique, utilisant désormais la formule du nuage, le fameux cloud, fleuron de notre XXIe siècle. Ma correspondante me dit qu’elle allait donc me brancher sur le nuage, ce qui prendrait une bonne heure. 18 heures plus tard, rien n’avait bougé lorsqu’elle me rappela pour, enfin, me connecter. 

 

Je pus enfin dormir sur mes deux oreilles d’enregistreur compulsif. 

 

Tout cela m’avait coûté une bonne quinzaine d’heures de ma précieuse vie, et plusieurs heures à l’entreprise elle-même. Il n’y a pas si longtemps, un client commandant un décodeur aurait vu débouler chez lui un technicien dans les 48 heures. Celui-ci aurait installé l’engin en 30 minutes et serait reparti au siège avec la joie du devoir accompli. 

 

Il se trouve que je suis retraité, que j’ai du temps disponible et que j’habite dans une grande ville, à trois stations de métro de la grande boutique Orange. Que se passerait-il si j’habitais à 30 km de Lyon et que j’étais paraplégique ?

 

 

Orange, mes décodeurs et moi

 

Ci-dessous des extraits, bruts de décoffrage, de conversation (pardon : de chat) de clients d’Orange ulcérés par la manière dont ils sont traités.

 

 

Bonjour,

Je souhaite activer l'enregistreur TV de mon boitier UHD (94).

Bonjour,

J'utilise le boitier UHD avec ma TV la plus récente dans mon salon (et aussi parce que celui ci est plus esthétique que le TV4). Le TV4 lui, est attribué sur une TV plus ancienne.

Lors de mes différents appels au service client orange, ils se renvoient la balle en disant que l’offre est activé donc qu’il faut que je contacte le service technique, et le service technique dit qu’il faut le disque dur.

Le disque dur, quand il est commandé par le service commercial (ils peuvent même me donner un numéro de commande), un autre service bloque la commande. Ensuite, quand je demande pourquoi, soit on ne sait pas, soit on me dit que c'est bon, l'option TV est activée, et que j'ai déjà un disque intégré au décodeur (on confond donc avec le TV4 (que je ne veux pas utiliser pour enregistrer).

C’est donc le disque dur qui pose problème et que orange ne parvient apparemment pas à m’envoyer.

J’ai une offre Livebox UP fibre et ça fait des semaines que ça dure.

Est-ce que quelqu’un pourrait m’aider ?

Merci,

Cordialement,

 

 

Bonjour,

Je souhaite commander un enregistreur pour decodeur TV UHD et ne pas utiliser l'option Multi Ecran car déjà précisé par de nos nombreux utilisateurs, la qualité d'enregistrement est horrible (voir honteux).

 

Je demande donc à disposer d une solution de pouvoir enregistrer mes programmes en HD (Rappellons que le décodeur UHD permet des flux en 4k). On me parle toujours sur les echats de commander un enregistreur TV (disque dur externe propre pour ce décodeur)

 

J ai essayé ce jour de contacter des téléconseillers via achat. En tout 6 fois aujourd'hui. A chaque fois, après m avoir transféré de conseillers en conseillers, au bout d un moment, lorsque je suis sensé me faire valider la commande par un dernier conseiller, je suis systématiquement déconnecté (même si je suis en 4G sur mon mobile ou via le wifi de ma box).

 

Si c est volontaire (et je commence à me le demander car au début des conversations il n y a pas de problème) ce n est vraiment pas un comportement sérieux et respectueux du client.

 

@orange que pouvez vous faire pour débloquer ma situation ?

 

 

Merci de ton retour rapide. C est effectivement l information que j avais cru comprendre mais :

1 - j ai lu ailleurs dans le forum qu un utilisateur il y a quelques jours avait réussi à se faire envoyer l enregistreur externe.

2 - à plusieurs reprises les conseillers e-chat m ont proposé de me le faire parvenir

3 - je peux comprendre que Orange abandonne sa solution physique, je serai le premier à aller sur leurs solution d'enregistrement dans le Cloud mais la qualité proposée (non modifiables) est juste honteuse.

 

Je demande donc à Orange de me proposer une solution viable. Je possède un abonnement Orange fibre depuis longtemps que j accepte de payer un certains pris mais c est pour avoir une qualité de service que je ne retrouve absolument pas ici.

Si une release du soft du décodeur tv (et/ou une optimisation des flux) est prévu rapidement, je peux attendre, mais pour l instant rien n est prévu visiblement...

 

Merci de votre aide et si vous avez d autres idées je suis preneur.

 

(Accessoirement ce que je n'ai pas également apprécié c est le traitement et la non considération lors de mes différents appels)

 

 

Bonjour, nous avons commandé un décodeur et un enregistreur tv uhd en janvier. Presque 6 mois après la commande est toujours en cours de preparation. Avec la pandémie, je peux comprendre que cela soit compliqué, mais il serait courtois et commercial de donner des nouvelles aux clients. On sait déjà que les services clients essaient de limiter au maximum les possibilités de les contacter, mais dans ce cas on assure l'information.

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27 février 2021 6 27 /02 /février /2021 05:45

Je reprends ici un article du Blog de Descartes

 

« Le désordre est le meilleur serviteur de l’ordre établi. » (Jean-Paul Sartre)

Dieu sait que je ne suis pas du genre à demander à tort et à travers des démissions, et encore moins à crier « qu’ils s’en aillent tous ». Je trouve d’ailleurs ce genre de comportement assez infantile, parce que les démissions amènent rarement des améliorations – on sait ce qu’on perd et on ne sait pas ce qu’on gagne – et parce que le cri « qu’ils s’en aillent tous » est souvent proféré par des vieux chevaux de retour qui, on ne sait pas pourquoi, s’excluent un peu vite du « tous » et ne songent en fait qu’à prendre la place des partants. Mais il y a des moments ou mes convictions vacillent. C’est le cas par exemple lorsque je regarde l’affaire des déclarations de Frédérique Vidal sur « l’islamogauchisme ». Une affaire qui révèle le degré de n’importe quoi qu’on a atteint dans la gestion des affaires publiques sous la présidence d’Emanuel Macron.

Frédérique Vidal doit démissionner. Non qu’elle se soit trompée sur la réalité – l’islamo-gauchisme, et d’une façon générale le préjugé que les minorités opprimées ou supposées telles ont du fait de cette oppression le droit d’imposer leur loi aux autres –  est malheureusement une réalité bien présente dans le système universitaire et dans les milieux de la recherche français. On se souvient de l’affaire des « Suppliantes », qui avait vu des groupes « racialistes » soutenus par le principal syndicat étudiant « de gauche » empêcher la représentation à la Sorbonne de l’œuvre de Sophocle au prétexte que la mise en scène serait « raciste ». On avait pu apprécier à l’époque la timidité des réactions – et je pèse mes mots – des autorités universitaires (1), sans commune mesure avec celles qu’a provoquée la sortie du ministre. Non, la faute de Frédérique Vidal est d’un autre ordre : c’est d’avoir confondu le scientifique et le politique, et partant de là, de ne pas jouer un véritable rôle de ministre.

Frédérique Vidal pense que l’islamo-gauchisme est une menace ? Que certains enseignements ou recherches relèvent plus du militantisme que de l’activité scientifique ou académique ? Veut-elle objectiver et mesurer le phénomène ? Dans ce cas, elle a à sa disposition un corps de fonctionnaires, l’inspection générale de l’enseignement supérieur et la recherche, dont la mission est précisément de faire ce type d’investigations. Et ce type d’investigation n’a rien de « scientifique » : il s’agit d’établir simplement des faits. Ce dont il s’agit, ce n’est pas d’une « étude scientifique » comme celle qu’elle se propose de confier au CNRS, mais bien une inspection ministérielle pour constater les faits et proposer des solutions – et éventuellement des sanctions. Et non seulement le ministre est légitime pour ordonner une telle inspection, c’est son devoir : si les faits qu’elle évoque sont exacts, alors c’est la neutralité du service public – dont le ministre est garant – qui se trouve menacée.

Je ne peux comprendre qu’un ministre puisse commettre une erreur aussi élémentaire. Autrefois, avant de sortir pareille proposition, un ministre aurait discuté cela avec son cabinet, demandé l’avis de la direction générale compétente… mais aujourd’hui, dans le royaume du « pourquoi pas » qu’est devenu notre pays, on annonce d’abord et on réfléchit ensuite. Un ministre devant un micro se sent obligé de dire ce qui lui passe par la tête, sans qu’il y ait un processus de réflexion collective et d’analyse préalable. Et comme on leur tend souvent le micro, les bourdes s’accumulent au point que la parole d’un ministre ne vaut plus rien. Les ministres n’ont toujours pas compris qu’ils ne sont pas des personnes privées, mais les chefs d’une administration. Qu’ils n’ont plus d’opinion personnelle, mais expriment une position institutionnelle. Un ministre ne peut pas dire « j’aime ceci » ou « je n’aime pas cela ».

Certains s’imaginent que la déclaration de Frédérique Vidal n’est qu’un rideau de fumée pour détourner l’attention de la problématique de la condition étudiante qui devrait être, si l’on croit certains, sa principale préoccupation. C’est là encore un aperçu de l’extension infinie du n’importe quoi dans la gestion des affaires publiques. Vidal est ministre de l’enseignement supérieur, pas ministre de la condition étudiante. Son mandat, c’est de s’assurer que les universités proposent aux citoyens une formation de haut niveau, que les instituts de recherche préservent et enrichissent le potentiel scientifique et technique de la nation. Mais pourquoi diable le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche – tout comme les autorités universitaires, d’ailleurs – doivent s’occuper de l’état mental des étudiants ?  Depuis quand le bonheur ou la dépression des étudiants est son problème ? On voit là la dérive clientéliste de la politique du « care » : le ministre de l’enseignement supérieur ne s’occupe pas de l’enseignement supérieur, mais des personnes qui le fréquentent. Son rôle n’est pas de s’assurer qu’ils bénéficient de lieux d’enseignement et d’enseignants de qualité, mais aussi de les soigner, de les nourrir, de leur trouver un travail, de les envoyer chez le psy… et pourquoi pas un petit ou une petite amie, puisqu’on y est ?  Le ministre de l’enseignement supérieur doit-il créer des bordels universitaires pour résoudre la misère sexuelle des étudiants ?

Il arrive un moment où l’on est obligé de se frotter les yeux et de se demander si l’on ne rêve pas. Et si les ministres sortent en permanence de leur rôle, ce n’est pas mieux ailleurs. De ce point de vue, la réaction du CNRS à la déclaration de Frédérique Vidal mérite d’être soulignée comme exemple de contribution citoyenne au grand n’importe quoi. Voici le texte de la déclaration publiée à cette occasion :

« L’islamogauchisme », slogan politique utilisé dans le débat public, ne correspond à aucune réalité scientifique. Ce terme aux contours mal définis, fait l’objet de nombreuses prises de positions publiques, tribunes ou pétitions, souvent passionnées. Le CNRS condamne avec fermeté celles et ceux qui tentent d’en profiter pour remettre en cause la liberté académique, indispensable à la démarche scientifique et à l’avancée des connaissances, ou stigmatiser certaines communautés scientifiques. Le CNRS condamne, en particulier, les tentatives de délégitimation de différents champs de la recherche, comme les études postcoloniales, les études intersectionnelles ou les travaux sur le terme de « race », ou tout autre champ de la connaissance. »

On ne sait s’il faut rire ou pleurer. Si l’on comprend bien les rédacteurs de cet étrange texte, c’est mal de «délégitimer » les « travaux sur le terme de race », alors que le terme « race » ne correspond, de l’avis de la plupart des spécialistes, à aucune « réalité scientifique ». Par contre, hors de question de « légitimer » les recherches sur le terme « l’islamogauchisme » au prétexte que celui-ci « ne correspond à aucune réalité scientifique ». Ici, le CNRS « condamne » ceux qui délégitiment tout champ de la connaissance », tout en délégitimant un « champ de connaissance » particulier. Vous avez dit contradiction ?

Qu’une institution scientifique parmi les plus importantes du pays tienne un langage contradictoire quant à la légitimité d’une recherche, c’est en soi consternant. Mais ce n’est pas là le plus grave. Le plus sérieux est que le CNRS dans cette déclaration s’érige lui-même en législateur et en juge, se permettant de « condamner » ceux qui ne se conformeraient à sa vision du monde. Or, le CNRS est, jusqu’à nouvel ordre, un établissement public administratif, financé par le budget de l’Etat, c’est-à-dire, l’argent des contribuables. Comment un tel organisme peut-il « condamner » telle ou telle position sans manquer à son devoir de neutralité ? Imagine-t-on le Commissariat à l’énergie atomique « condamner » la décision de fermeture de la centrale de Fessenheim, le Musée du Louvre « condamner » la politique budgétaire du ministère de la culture ?

Universitaires et chercheurs aiment parler de la sacro-sainte « indépendance académique ». Ils oublient que toute liberté implique une responsabilité. Si le citoyen-contribuable permet aux membres des institutions de recherche et d’enseignement supérieur de se gouverner elles-mêmes, c’est parce que ces institutions acceptent en retour de faire leur propre police, s’engagent à maintenir un haut niveau académique et à sanctionner elles-mêmes les charlatans et les faussaires. Et parmi ceux-ci, ceux qui prétendent asservir la recherche à des considérations idéologiques. Quand on constate que non seulement les brebis galeuses ne sont pas sanctionnées mais, pire, qu’elles prennent le pouvoir, alors le pouvoir politique, le seul qui détient un mandat du peuple souverain, est parfaitement légitime pour intervenir. Si l’Université ou le CNRS ne veulent pas voir le pouvoir politique leur dire quels sont les « champs de la connaissance » qui sont légitimes et ceux qui relèvent du militantisme – voire du charlatanisme – ils n’ont qu’à faire leur police eux-mêmes.

C’est pourquoi, si Frédérique Vidal doit partir dans la charrette, la place à côté d’elle doit être réservée au président du CNRS. Ce serait une façon salomonique – à défaut d’être jupitérienne – de rappeler un peu tout ce beau monde à ses devoirs. Un ministre ne peut pas se permettre de dire n’importe quoi, le président du CNRS non plus.

Islamo-gauchisme : carrière médiatique d'une notion polémique

 

Quant à « l’islamogauchisme », il n’est pas inutile de rappeler que le terme a été forgé par Pierre-André Taguieff, lui-même universitaire et… directeur de recherches honoraire au CNRS. A l’époque, si ma mémoire ne me trompe pas, la vénérable institution n’avait pas cru nécessaire de sanctionner un éminent sociologue au prétexte que le terme « ne recouvrait aucune réalité scientifique ». La formule elle-même est intéressante : c’est quoi une « réalité scientifique », et c’est quoi la différence avec une « réalité » tout court ? Karl Popper nous donne la règle pour savoir si un énoncé est « scientifique » : il faut et suffit que l’énoncé en question soit « falsifiable », c’est-à-dire, qu’on puisse concevoir une expérience – même imaginaire – dont le résultat pourrait mettre l’énoncé en question en défaut. Ainsi, par exemple, l’énoncé « il existe un dieu tout puissant créateur de la terre et du ciel » n’est pas un énoncé scientifique, puisqu’aucune expérience ne peut le mettre en défaut. Cela n’implique pas que l’énoncé soit vrai ou faux, simplement que ce n’est pas une matière pour les scientifiques. Mais à ma connaissance il n’y a aucune méthode pour savoir si un terme « recouvre une réalité scientifique ». Et ceux qui considèrent que le terme est mal défini devraient faire attention à ne pas utiliser des termes qui le sont encore plus mal…

L’islamogauchisme recouvre, n’en déplaise à certains, une réalité : celle d’une gauche qui, faisant jouer le mécanisme idiot de « les ennemis de mes ennemis sont mes amis » tend à caresser dans le sens du poil l’islam politique le plus obscurantiste, le plus rétrograde. De Michel Foucault chantant les louanges de l’ayatollah Khomeini à Jean-Luc Mélenchon défilant à l’appel d’une organisation liée aux Frères musulmans, en passant par les candidates voilées du NPA, le terme recouvre une réalité qui a été décrite d’une façon assez cohérente. C’est déjà un bon point de départ, même si cette description ne remplit pas – encore ? – tous les critères pour être reconnue comme « scientifique ».

Il n’est pas inutile d’ailleurs de se demander pourquoi la déclaration de Frédérique Vidal a fait autant de bruit. Car si l’islamogauchisme était un objet inexistant, comme les licornes, le fait que la ministre lance une mission pour le rechercher ne devrait défriser personne. Si cela provoque autant de bruit, c’est parce que la galaxie qui vit de la charlatanerie sociologique organisée sait parfaitement la précarité de sa position. Poser la question de l’asservissement de la science au militantisme, c’est poser la question de la légitimité de tous ces gens. Les honnêtes travailleurs doivent-ils continuer à payer des impôts pour rémunérer des politiciens déguisés en scientifiques ? On peut comprendre qu’une telle question dérange…

Descartes

(1) Il est effrayant de constater qu’à l’époque ce coup de force des associations « antiracistes » et des syndicats étudiants n’avait donné lieu qu’à des protestations feutrées, alors que la demande de Frédérique Vidal a provoqué une levée de boucliers allant jusqu’à la conférence des présidents d’université. Comme quoi l’université française connaît ses priorités…

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25 février 2021 4 25 /02 /février /2021 06:28
 

Nous sommes en juin 1968 à Amiens.

Le 12, le quotidien local Le Courrier Picard publie un communiqué de l’ORTF Amiens-Picardie. La station régionale explique pourquoi elle est en grève. Elle annonce que des tracts seront distribués dans la ville et que le soir, à 21 heures, un grand meeting-gala se tiendra au cirque municipal (une construction en dur bien connue des Amiénois pouvant contenir 6 000 spectateurs). Interviendront le journaliste sportif François Jannin (spécialiste de la natation et ardent militant syndicaliste), Michel Drey, également du service des sports, le présentateur Gérard Klein, dont les sympathies de gauche sont discrètes mais connues, et le chanteur Jo Dassin.

Le 13 juin, jour du gala, Le Courrier Picard apporte d’importantes précisions. Jacques Dutronc (disons anar de droite), Françoise Hardy, Marie Laforêt et Éric Charden (clairement de droite) seront de la fête. Il est signalé que Joe Dassin fera malheureusement faux bond.

Tout cela pour dire que, alors que le mouvement était en phase de recul, qu’Hubert Beuve-Méry, le patron du Monde, retour de Madagascar, avait traité les manifestants de « voyous » et que Bertrand Girod de l’Ain venait de comparer, dans l’édition du 12 juin, la Sorbonne à un « bateau ivre », d’importantes vedettes de la chanson, nullement en phase avec les soixante-huitards, surfaient sur la vague encore quelque peu tourbillonnante d’événements qui avaient sidéré De Gaulle et que Pompidou n’avait pas vu venir.

Ces vedettes viendront toutes seules et rapidement à résipiscence.

 

Document transmis par mon ami et camarade Claude Dewaele

 

Mai 68. Dutronc, Hardy et quelques autres
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24 février 2021 3 24 /02 /février /2021 06:13

 

 

Et je ne suis pas le seul. Je l’ai rencontré il y a une quarantaine d’années, comme tout le monde (même si le concept d'islamophobie-gauchisme n'est apparu que vers 2000). Á ceci près que, s’il s’agissait bien d’islamisme radical, il ne s’agissait pas forcément de gauchisme mais, en France, d’une posture d’extrême gauche hors parti communiste. Dans ce contexte, la figure de Michel Foucault, lui qui fut l’un des plus importants intellectuels des années 60-80, s’impose. En 2009, il était l’auteur en sciences humaines le plus cité au monde.

 

Foucault est né dans la grande bourgeoisie poitevine. Ses parents occupaient le plus bel hôtel particulier de Poitiers. Par une ironie dont l’histoire a le secret, cet hôtel fut racheté par le ministère de la Justice à cette famille dont le plus illustre rejeton avait écrit Surveiller et punir, naissance de la prison.

 

Son positionnement politique fut toujours très à gauche. Ayant pu assister à quelques-uns de ses cours à l’Université de Vincennes en 1970, je peux attester ses prises de position sans faille.

 

En 1978, cela dit, après le massacre de la place Jaleh à Téhéran, il se rend dans le pays. Le régime du Chah avait réprimé dans le sang une manifestation d’étudiants (provenant pour beaucoup d’institutions religieuses) qui fit plusieurs milliers de morts. Foucault écrivit alors plusieurs articles pour le Corriere della Serra. Sans soutenir explicitement Khomeini, Foucault est alors solidaire de l’alliance – qui ne durera pas – entre les religieux et les communistes visant à abattre le Chah, suppôt de l’impérialisme étasunien. Une fois le chah expulsé du pays, Foucault – qui avait rendu visite à Khomeiny dans les Yvelines – se dit ému par les projets du régime des mollahs : « Je me sens embarrassé pour parler du gouvernement islamique comme “ idée ” ou même comme “ idéal ”. Mais comme “ volonté politique ”, il m'a impressionné. Il m'a impressionné dans son effort pour politiser, en réponse à des problèmes actuels, des structures indissociablement sociales et religieuses ; il m'a impressionné dans sa tentative aussi pour ouvrir dans la politique une dimension spirituelle. » (Michel Foucault, “ Á quoi rêvent les Iraniens, Le Nouvel Observateur, no 727, 16- 22 octobre 1978, pp. 48- 49).

 

Mais Foucault va surtout être émotionné par la violence de la révolution, par un passage à l’acte cathartique : « La force, celle qui peut faire soulever un peuple non seulement contre le souverain et sa police, mais contre tout un régime, tout un mode de vie, tout un monde ».  Le 11 février 1979, au lendemain de la prise de pouvoir par Khomeiny, il exulte : « La révolution a eu lieu en Iran. Cette phrase, j’ai l’impression de la lire dans les journaux de demain et dans les futurs livres d’histoire. (…) L’histoire vient de poser au bas de la page le sceau rouge qui authentifie la révolution. » Foucault a trouvé dans cette révolution un événement historique qui transcende la théorie. Il est fasciné par ces « hommes aux mains nues » qui se sont levés pour « soulever le poids formidable qui pèse sur chacun de nous, mais, plus particulièrement sur eux, ces laboureurs du pétrole, ces paysans aux frontières des empires : le poids de l'ordre du monde entier. C'est peut-être la première grande insurrection contre les systèmes planétaires, la forme la plus moderne de la révolte et la plus folle. » Décédé en 1984 du sida, Foucault verra se déchaîner un régime condamnant à mort par pendaison ou lapidation les homosexuels et les femmes infidèles.

 

Moins lyrique – mais tout autant d’extrême gauche que l’auteur de Folie et déraison, Jean-Paul Sartre va voir dans Khomeiny, dans la mesure où il aura renversé l’homme-lige de l’impérialisme étasunien, celui qui pourra faire émerger un régime anti-colonialiste et anti-impérialiste. Lui aussi se branchera spirituellement sur Neauphle-le-Château. Il inscrira l’action de Khomeiny dans la continuité des mouvements d’émancipation révolutionnaire des années cinquante. Décédé en 1980, Sartre n’aura pas le temps de voir à l’œuvre une théocratie religieuse condamnant à mort les hérétiques.

 

Avec Simone de Beauvoir et son Comité international du droit des femmes, Sartre aura tout de même le loisir de patronner et d’encourager une délégation de femmes à Téhéran, comprenant notamment Sylvie Caster, Catherine Clément, Martine Franck, Françoise Gaspard, Paula Jacques, Katia Kauppe, Maria-Antonietta Macciocchi, Michèle Manceaux, Hélène Védrine. Ces militantes se verront opposer des raisonnements de ce style : « On ne peut parler de façon absolue d'égalité des sexes. La nature ne l'a pas voulu non seulement pour la race humaine, mais pour aucun règne, qu'il soit végétal ou animal... Le premier droit d'une femme est d'avoir un mari (...) pour être mère (...). On ne peut priver une femme de ces droits et la condamner à avoir la vie de prostituée ou de maîtresse...Si le voile est bon pour la révolution, il est bon pour la télévision aussi. » Certaines de ces militantes accepteront de porter le voile pour rencontrer l’ayatollah. D’autres refuseront sur le conseil ferme de Simone de Beauvoir. Avec beaucoup de lucidité, l'autrice du Deuxième sexe avait précédemment envoyé un message de soutien à la militante féministe Kate Millett : « Aujourd'hui la condition des femmes en tant que telles est en question, et c'est ce qui motive notre émotion. Jusqu'ici toutes les révolutions ont exigé des femmes qu'elles sacrifient leurs revendications au succès de l'action menée essentiellement ou uniquement par des hommes. Je m'associe au vœu de Kate Millett. Et de toutes mes camarades qui se trouvent en ce moment а Téhéran : que cette révolution fasse exception ; que la voix de cette moitié du genre humain, les femmes, soit entendue. Le nouveau régime ne sera lui aussi qu'une tyrannie s'il ne tient pas compte de leurs désirs et ne respecte pas leurs droits. » Il faut dire qu’en tant que citoyenne des États-unis et homosexuelle, Kate Millett était particulièrement exposée aux fureurs islamistes. Pour Khomeiny, « les femmes musulmanes ne sont pas des poupées, elles doivent sortir voilées et ne pas se maquiller, elles peuvent avoir des activités sociales, mais avec le voile ». Il annonce que les employées des agences gouvernementales doivent porter le hijab islamique, sous peine de se voir refuser l'accès à leur poste. Des centaines de  milliers de femmes descendront dans la rue tête nue le 8 mars 1979. Pour la dernière fois.

 

 

 

 

 

 

L’islamo-gauchisme existe et je l’ai rencontré
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23 février 2021 2 23 /02 /février /2021 06:00

 

Chaque voiture-radar rapporte plus de 200 000 euros par an à l’État. Á raison de six heures par jour, conduite par le salarié d’une société privée. Pour ne plus y revenir, l’information selon laquelle le frère de l’ancien ministre de l’Équipement et des Transports, le vicomte Gilles-Marie-Ghislain-Louis Gauteron de Robien, serait partie prenante est fausse.

 

Plus le nombre de ces voitures augmentera, ce qui est prévu, plus les déplacements des automobiliste seront anxiogènes. Je donne un exemple personnel de ce qui peut arriver. Il y a quelques années, je suis « flashé » à 40 km/heure dans une zone urbaine limitée à 30. Je reçois une amende que je paye et qu’ensuite je conteste devant la juridiction idoine. J’explique à la présidente de ce tribunal que la zone péri-urbaine par laquelle je passais était passablement animée. J’avais donc concentré mon attention, non sur la limitation de vitesse mais sur ce qui pouvait débouler à tout instant sur la chaussée. La présidente ne voulut rien entendre et confirma l’amende. « Fort bien », dis-je. « La prochaine fois, je regarderai mon compteur et tant pis pour un enfant qui se précipitera sur la route pour récupérer un ballon ou pour une vieille dame sourde et mal-voyante qui traversera la route inopinément. »

 

Ce qui compte pour nos gouvernants, ce n’est pas la sécurité routière mais la sécurité des constructeurs et gestionnaires de radars (Atos, Safran). La multiplication des radars fixes ou mobiles n’a pratiquement aucune incidence sur le nombre de morts et de blessés. Dans la mesure où la majorité des infractions concerne des dépassements de quelques kilomètres, il faut voir la règlementation comme une punition. Une punition dangereuse pour la collectivité car la hausse de la mortalité routière en France a augmenté en 2014, 2015, 2016, 2019. Cette punition rapporte 900 millions par an d’euros à l’État dont 240 sont réinjectés dans les radars. Mais 8% seulement des amendes servent à améliorer l’état des routes.

 

La propagande gouvernementale nous cite une statistique magique : 1% de vitesse en moins déboucherait sur 4% de morts en moins. Ce pourcentage nous vient de la Suède des années 1960 ! Á noter également que lorsque la maréchaussée ne parvient pas à déterminer de manière sûre la cause d’un accident, il lui est loisir d’indiquer la vitesse comme responsable. On a aujourd’hui le même phénomène – même si comparaison n’est pas raison –  avec des morts à l’hôpital qui sont déclarés COVID…

 

En 2008, Atos est gérée par l’ancien ministre Thierry Breton. Celui-ci deviendra commissaire européen d’extrême justesse : la commission chargée d’examiner sa candidature décidant à 12 voix contre qu’il n’y avait pas de conflit d’intérêt entre sa participation à Atos et sa nomination comme commissaire pour le marché intérieur. Or, de 2008 à 2019, Breton (pour un salaire annuel de 6 millions d’euros – salaire fixe, part variable et rémunérations en actions) a dirigé une entreprise fournissant des solutions en télécommunication et électronique, pour la défense ou l’aéronautique, ainsi que pour des fichiers administratifs. Comme, par exemple, le fichier français TES qui contient les données personnelles et biométriques des Français pour les cartes d’identité et les passeports. Cette entreprise sévit également outre-Manche dans le secteur des services sociaux privatisés où l’on a licencié à tour de bras tout en réduisant les dépenses sociales. Autre ancien ministre des Finances, Francis Mer, a été nommé vice-président du groupe Safran en 2011. Quant à l’ancien Premier ministre Édouard Philippe, qui a imposé la limitation de vitesse à 80 km/h, il a intégré le conseil d’administration d’Atos en octobre 2020. Tout se tient et explique pourquoi les « copains et les coquins » nous infligent 13 millions de PV pour excès de vitesse par an.

 

 

 

Automobilistes : l’arnaque à la « sécurité » va s’amplifiant

 

Les radars ne sont pas les grands responsables de la baisse de la mortalité routière. Entre 1972 et 2003, année de l’apparition du premier radar, celle-ci a chuté spectaculairement de 17 799 à 6 126, ce malgré l’augmentation importante et constante du traffic. Á l’occasion de la révolte des Gilets jaunes et de l’annonce de la limitation à 80 km/h, 581 radars ont été détruits. Dans la logique de nos gouvernants, la mortalité aurait dû faire un bond en 2019. Or elle a baissé, avec 186 morts en moins qu’en 2018. Pour la raison très simple que 70% des accidents mortels ne sont pas dûs à la vitesse.

 

Pour une meilleure sécurité routière, le flicage des automobilistes ne sert à rien. Il faut entretenir les routes, faire entrer dans les écoles une véritable culture de la conduite automobile. Il faut cesser de considérer les conducteurs comme des robots uniquement préoccupés des panneaux de limitation de vitesse (il n’est pas rare de voir cinq changements de vitesse en deux kilomètres) afin qu’ils n’écrasent pas les vieilles dames. Il faut expulser du paysage routier les voitures pièges conduite par des employés du privé. Il faut que l’État, donc les citoyens, se réapproprient pleinement la sécurité routière.

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18 février 2021 4 18 /02 /février /2021 06:21

 

 

Ces repas ont été promis à tous les étudiants, y compris les non boursiers et les étrangers. Dans de nombreux endroits, ils ne sont pas fournis car des restaurants universitaires sont fermés puisque les contrats précaires qui y faisaient tourner les CROUS restent supprimés. Privées de subventions de l'État, les universités ont de plus en plus recours aux contractuels, précaires etc.

 

Les files d’attente s’allongent, atteignant parfois  trois heures comme à Paris.

 

Il faut toujours avoir à l’esprit que quasiment la moitié des étudiants sont, dans le civil si l’on peut dire, des travailleurs précaires. Durant le premier confinement, un étudiant sur cinq avait perdu son emploi. D’autres – ou les mêmes parfois – ont vu leurs bourses et leur APL baisser.

 

 

 

PS : à propos des APL : la mère d’une de mes amies, âgée de 101 ans, coule ses derniers jours heureux dans une maison de retraite. L’administration vient de lui supprimer 200 euros d’APL. Mon amie, qui n’a pas eu une carrière professionnelle rectiligne, touche une retraite de 500 euros par mois. Son mari, heureusement, perçoit mensuellement 2400 euros. Elle et lui devront donc désormais se priver de 200 euros de plus pour aider leur mère et belle-mère.

 

La (sur)vie de millions de Français : à un bout de la chaîne, des jeunes, à l'autre bout, des vieux.

 

L’arnaque des repas à 1€ pour les étudiants
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14 février 2021 7 14 /02 /février /2021 06:14

Je reprends ici le blog de Jean Lévy.

 

On se demande souvent pourquoi la France, un pays doté d’une Sécurité sociale, d’instituts de recherche et d’un groupe pharmaceutique mondial, n’a pas réussi à produire de vaccin et ne parvient pas à contribuer à la fin de l’épidémie de Covid. L’explication est simple : derrière le volontarisme affiché du gouvernement et son zèle quand il s’agit de nous priver de liberté pour des raisons sanitaires, ce qui nous arrive n’a pas du tout infléchi le cap fixé par la bourgeoisie aux gouvernements successifs depuis 15 ans.

1 – Economies réclamées à l’Assurance maladie en 2021 : 4 milliards… comme en 2019

A l’automne dernier, le Parlement a voté la loi de financement de la Sécurité sociale déposée par le gouvernement. Chaque année, elle donne des objectifs budgétaires aux différentes branches de la sécu, dont l’Assurance maladie, pour l’année suivante. 

Eh bien pour 2021, c’est 4 milliards d’économie qui sont réclamés à notre système de santé. Comme en 2019, comme si de rien était. 

Le « quoi qu’il en coûte » n’était donc, on le sait, qu’un mensonge de plus. Macron et ses semblables n’ont jamais eu l’intention d’infléchir le processus amorcé depuis plusieurs décennies et intensifié depuis environ 15 ans, quand Sarkozy est arrivé au pouvoir, quand Hollande a mené une politique d’austérité et quand Macron a été désigné par sa classe sociale pour achever de tout péter. 

2 – Les crédits publics pour la recherche et développement dans la santé ont baissé de 28% depuis 2011

En 2000, la France était le premier système de santé du monde. 20 ans plus tard, on patauge dans le chaos semé intentionnellement par nos dirigeants. Chaque hôpital a dû traquer toute source d’économie pour tenir les milliards réclamés chaque année. Chaque centre de recherche a dû se serrer la ceinture. Parmi ce qu’il reste de la recherche publique, l’institut Pasteur (qui collabore avec le groupe privé Merck) a échoué dans sa recherche vaccinale. Cela s’explique par des raisons scientifiques mais aussi par le sous dimensionnement de notre recherche publique. Dans une note, le Conseil d’Analyse Économique (qui conseille le Premier ministre) nous apprend qu’entre 2011 et 2018, les crédits publics pour la Recherche et Développement dans la santé ont baissé de 28% !

3 – Les dividendes versés aux actionnaires de Sanofi ont été multipliés par 11,5 depuis 2000

L’Etat s’est désengagé de la recherche pharmaceutique. Sanofi, filiale de l’ex-groupe public ELF, a pour passion principale la distribution de dividendes. L’entreprise multinationale continue à l’heure actuelle de licencier des chercheurs en France : 364 rien que cette année. Il faut dire qu’elle s’en fout prodigieusement de l’intérêt des citoyens, de quelque nationalité qu’ils soient. Comme toutes les entreprises capitalistes, elle est prête à tout pour augmenter ses profits, y compris à organiser des pénuries pour mieux négocier ses prixDepuis 2000, les dividendes distribués aux actionnaires ont été multipliés par 11,5, alors que ses profits n’étaient multipliés « que » par trois. Pour 2021, l’entreprise a annoncé un versement de dividende autour de 4 milliards d’euros !

Désormais, Sanofi est en retard dans la « course aux vaccins », qui oppose des multinationales qui travaillent dans le plus grand secret, sans échanger leurs données de recherche. Quelle absurdité ! Nous avons des centaines de chercheurs qui travaillent chacun dans leur coin pour Astra Zeneca, Pfizer, Moderna, Sanofi et ne coopèrent pas. Chacun agit ainsi car la recherche sanitaire est parasitée par le système des brevets, qui donne la propriété intellectuelle à quelques grandes multinationales. Et ce alors que l’humanité fonctionne à l’arrêt et que des millions de personnes meurent ! Et il faudrait continuer à dire que le capitalisme est le système le plus efficace ?

On pourrait faire autrement

Nos États capitalistes se soumettent aux règles du jeu de l’industrie pharmaceutique parce qu’ils le veulent bien. On pourrait faire autrement. L’Etat pourrait produire lui-même, dans des usines réquisitionnées, le vaccin de Pfizer, de Moderna ou d’Astra Zeneca, en mettant fin à cette dictature du brevet pharmaceutique. La loi lui en donne le droit : en cas d’urgence sanitaire, le gouvernement peut obtenir d’office une licence d’exploitation d’un produit pharmaceutique. Le code de propriété intellectuelle le prévoit à l’article L613-19. Des médecins et des politiques le demandent déjà. Ce mouvement de levée des brevets pharmaceutiques pourrait se faire au niveau mondial, pour faire en sorte que ce ne soit pas seulement les pays riches qui soient en mesure de donner suffisamment aux labos pour être livrés les premiers.

C’est que l’urgence dirait de faire, ainsi que le bon sens. Mais ce n’est pas ça qui gouverne Emmanuel Macron. Même en pleine épidémie mondiale, lui et ses proches ont d’abord en tête les intérêts de leurs amis. Serge Weinberg, président du Conseil d’administration de Sanofi, est celui qui a permis à Macron de devenir millionnaire en travaillant pour la banque d’affaires Rothschild. Comme le dit l’économiste Eloi Laurent, il est faux de dire que nous vivons en dictature sanitaire. Ce ne sont pas des considérations sanitaires, la volonté de sauver des vies et de protéger les plus faibles en améliorant notre système de santé qui guident le gouvernement. Nous vivons, comme avant, dans une dictature de classe, où l’objectif, même en plein Covid, reste de donner aux riches.

L'assassinat, à petit feu, de la Sécurité sociale
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