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22 avril 2011 5 22 /04 /avril /2011 05:54

Vous me direz, vu l’empressement du fondateur Louis à collaborer avec les nazis, ce ne serait pas très surprenant (link).

http://www.martinesonnet.fr/Site/publicites_files/shapeimage_2.jpgJe reviens brièvement sur les événements lamentables qu’a vécus l’entreprise Renault ces derniers mois. Les cadres accusés du pire ont été innocentés d’accusations infondées, mais propagées avec l’assentiment du PDG Carlos Ghosn. Le problème qui agite actuellement les syndicats est : que faire de ce Gohsn ?

Pour tout dire : rien. La CGT ne demande pas son départ, mais quémande un « changement de gouvernance ». Plus de « transparence », comme on dit quand on n’a rien à dire ou que l’on veut berner tout le monde par un écran de fumée. Ne parlons pas de la CFDT ou de FO. Seul SUD semble sur une ligne plus offensive.

L’entreprise Renault a institué un code de déontologie. Ce code autorise la délation. Plus exactement, en langage “ gouvernance ”, un droit d’alerte éthique, sous couvert d’anonymat. On a même rencontré des corbacs moraux.

Les trois cadres, qui ont vécu une forme d’enfer, sont aujourd’hui blanchis. Mais il serait contre-productif d’oublier avec quelle brutalité ils furent accusés, salis par Carlos Ghosn. Celui-ci a essayé de se dédouaner en invoquant une erreur collective de la direction. On l’a vu au journal télévisé de TF1, non pas s’excuser personnellement, mais parler de malentendu, d’une affaire regrettable où tout est bien qui finit bien.

Désireuse de (re)crééer une dynamique d’entreprise, la direction de Renault, en bonne acculturée transatlantique, a récemment créé « Renault Way », que des collaborateurs facétieux, mais férus de la langue de Shakespeare, ont rebaptisé “ Run Away » (Cassez-vous). Il s’agit, selon l’une de ces mauvaises têtes, de créer « un cadre propice aux opportunités managériales intégrées au spirit et à la fluence de l'entreprise. » Déjà, en 2006, l’entretien individuel avait fait l'objet de modifications importantes : apparition d’« objectifs » décrits comme des « engagements fermes de résultats », de « cibles » pour inculquer le « toujours plus » aux salariés, et d’un système de notation sur les « façons d'obtenir des résultats », basé sur l’appréciation des comportements. Cette fois-ci, il s’agit de rechercher la « profitabilité » (sic) maxima grâce à un « management idéal ». Un monde merveilleux sans risques psychosociaux mais, avec à la clé, un « délit de comportement » (link).

 

Des mauvais esprits diront que Renault frise la secte. Qu’avec une telle « philosophie », tout le monde est coupable. Avec le recul, on se dit que si Gohsn s’est acharné sur les trois innocents, c’était pour rassurer les actionnaires en leur faisant croire que la situation était under control.

 

Le conseil d’administration – qui compte trois syndiqués, dont un CGT – a voté unanimement la confiance au patron de choc et à ses méthodes de surveillance. L’entreprise dépense des sommes folles pour organiser le flicage, la délation. Parallèlement, elle organise le démantèlement des études d’ingénierie. Comme cela s’était passé pour Airbus lorsque l’entreprise fut vendue à vil prix au privé.

 

Les cimetières sont peuplés de gens irremplaçables. Comment font Audi ou Daimler pour payer correctement leurs salariés sans avoir à leur tête Carlos Gohsn ?

 

Pour en revenir aux trois malheureux cadres, leur vie privée a été espionnée, ils ont été surveillés, filés, leurs comptes bancaires ont fait l’objet d’investigations de la part du service de sécurité de Renault.

 

Mais notre Gohsn national est la contrition incarnée. Tout cela va cesser !

 

PS : Le premier qui dit que l'illustration que j'ai choisie prouve que je suis passéiste a gagné une Juva 4.

 

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21 avril 2011 4 21 /04 /avril /2011 15:03

Je lis aujourd'hui dans un article de Libération.fr que les représentants CGT des dockers du Havre ont décidé de ne pas se rendre à l'invitation de Sarkozy. Certains lecteurs, y compris des gens modestes, réagissent furieusement contre les travailleurs. Ainsi "Green Warior" écrit :

http://medias2.cafebabel.com/13019/thumb/355/-/otages-espagnols-la-rancon-de-trop-otages-au-sahel-la-rancon-de-trop-.jpg"La CGT aurait bien tort de ne pas profiter à fond de la naïveté de la République Française!

Leur statut permet tous les chantages et toutes les prises d'otages...

Donc, c'est dans la logique républicaine!"


Je luis réponds ceci :

 

 

Bien sûr, Guerrier vert...
Les nantis sont les travailleurs de la CGT. Sûrement pas les actionnaires et les patrons qui, depuis 50 ans, ont organisé l'esclavagisme dans le transport marchand international.
Au fait, c'est "warrior" et non "warior" (ce mot vient du vieux français "guerreior" qui a donné "guerroyer").


Dans l'optique de nombreuses victimes consentantes, tant qu'on ne pousse pas un wagon au fond d'une mine bolivienne, on est un nanti et on n'a qu'à la fermer respectueusement.

J'ajoute que si, aujourd'hui, on ne vit plus (mais ça va peut-être revenir) comme au temps des romans de Dickens, c'est justement parce que des travailleurs comme les dockers, ou les ouvriers du Livre, ou de l'automobile, ont su lutter à front renversé contre le patronat et imposer leurs vues.

 


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21 avril 2011 4 21 /04 /avril /2011 06:28

 

Je fais partie des privilégiés, des nantis, comme disent certaines bonnes pommes, qui, touchés par une affection de longue durée (dans mon cas, un cancer dont j’ai réchappé), voient leurs soins médicaux remboursés à 100% pour cette affection particulière, et non pour d’autres soins. En général, je n'ai pas besoin de trop d'efforts pour me sentir solidaire de victimes ou de personnes menacées. Mais, cette fois-ci, je sens le SCUD des vrais privilégiés et des vrais nantis pointés dans mon dos.

Cette prise en charge était insupportable pour Servier et ses affidés politiques du style Sarkozy, Lagarde ou Bachelot. Le gang du Fouquet’s prépare donc un décret visant à normaliser par le bas cet état de fait.

Avant de proposer des extraits d’un témoignage bouleversant d’une adolescente atteinte d’un diabète très handicapant, je rappelle une poignée de chiffres désormais bien connus, grâce à la Cour des comptes en particulier : les sommes énormes que l’État doit à la Sécurité sociale et qui ont créé artificiellement le fameux “ trou ”. Ce n’est pas que l’État ne peut pas rembourser ces sommes, c’est qu’il ne le veut pas :


* Une partie des taxes sur le tabac : 7,8 Milliards

* Une partie des taxes sur l’alcool : 3,5 milliards

* Une partie des primes d’assurances automobiles : 1,6 milliards

* La taxe sur les industries polluantes : 1,2 milliards

* La part de TVA : 2 milliards

* Retard de paiement à la Sécu pour les contrats aidés : 2,1 milliards

* Retard de paiement par les entreprises : 1,9 milliards

 

Si l’État payait, la Sécu serait excédentaire de 9 milliards d’euros.

 

 

http://vulgariz.com/wp-content/uploads/2009/01/diabete-glycemie.jpg« Je ne vous adresse pas ce courrier par hasard. Je proteste contre les réformes gouvernementales qui visent la réduction du remboursement du traitement des affections longue durée.

«Je m’appelle Lucile. Je n’ai pas encore tout à fait 15 ans, mais cela fait déjà plus de douze ans que je me bats pour vivre une vie normale. Je suis atteinte de diabète insulinodépendant depuis l’âge de 2 ans. Je dois me faire quatre injections d’insuline par jour. J’y suis habituée maintenant, et ce n’est sans doute pas le plus pénible. Pourtant, il arrive que le découragement me prenne : je n’ai aucune chance de guérir. C’est un cauchemar sans fin. Vous n’avez pas idée, vous ne savez pas, vous ne pouvez pas vous représenter. Ma vie se réduit à cela : me piquer pour m’accorder un répit. Parfois, je dérape, ou veux aller trop vite ; il n’est pas rare que je saigne. Je souffre, mais je serre les dents. Je supporte en silence.

«J’aurais beau vous expliquer, je ne pourrais pas vous décrire l’horreur de dix années de vie. Il y a des moments où on ne peut rien faire à part attendre que ça passe. On se sent faible et démuni, parce qu’on est dépendant de cette insuline qu’on déteste. Sans elle, autant nous suicider : la mort nous trouvera de toute façon. On est dépendant des autres également : il ne faut jamais se relâcher, il ne faut jamais oublier sa seringue. On est obligé de manger à heures fixes pour ne pas faire d’hypoglycémies. Synonymes de malaises, elles sont la peur de tous les diabétiques. On contrôle la glycémie quatre ou cinq fois par jour grâce à un lecteur spécifique pour les éviter. Sans cela, nous serions victimes de malaises graves, voire d’arrêts cardiaques. Ou au contraire, ne pouvant gérer notre dose d’insuline, nous ferions plus d’hyperglycémies, ce qui entraînerait des problèmes au niveau des reins, des yeux et de la circulation du sang.

 

La population diabétique est d’environ 3 millions de personnes en France, soit un vingt-et-unième de la nation. Pour vous c’est peu ; pour moi c’est trop. La santé est le plus précieux des droits. Tout le monde doit y avoir accès : n’est-ce pas écrit dans la Déclaration des droits de l’homme ? Le serment d’Hippocrate engage les médecins à soigner quiconque a besoin d’aide. La réduction du remboursement des affections longue durée va à l’encontre de tous ces articles, écrits par le peuple.

 

«Ne sommes-nous pas déjà assez punis par la vie ? Qu’avons-nous fait pour mériter de mourir jeune ou d’agoniser ? Car il s’agit bien d’agonie, au sens propre. Ne sommes-nous pas suffisamment handicapés, n’avons-nous pas déjà assez de contraintes ? N’avons-nous pas le droit de vivre normalement ? Il ne nous suffit donc pas de savoir que nous aurons des complications ? Devons-nous en plus nous inquiéter chaque jour sur le prix de notre matériel, devons-nous nous appauvrir, n’avons-nous pas le droit de profiter comme les autres de l’argent que nous gagnons à la sueur de notre front ? Ne laissez pas le gouvernement réduire le remboursement du traitement des affections de longue durée. Il s’agit là d’un appel à l’aide. »

 

 

Source : Libération.fr

 

 


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19 avril 2011 2 19 /04 /avril /2011 05:59

Une étudiante de Toulouse a été amenée, pour survivre, à prendre un emploi à temps partiel dans un hypermarché Leclerc de la ville. Caissière, deux jours par semaine, tarif smic.  A l'université du Mirail 70% des étudiants ont un emploi salarié. Quand j'étais étudiant dans les années soixante, c'était le cas de deux ou trois étudiants par amphi. Les choses ont bien progressé pour les jeunes.

   

Cette étudiante a été affectée à la surveillance d'un groupe de ces petites merveilles techniques.

 

La direction du magasin lui a interdit de s'assoir pendant les huit heures de son travail quotidien. Qu'elle souffre des lombaires ne saurait être une circonstance atténuante.

 

Les grandes surfaces ont pour objectif de faire disparaître les caissières et de les remplacer par des caisses automatiques. Même ainsi, le burnous continuera de suer.

 

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18 avril 2011 1 18 /04 /avril /2011 06:20

Pourquoi ce titre ? Parce que, pendant mon enfance, je l'ai entendu des dizaines de fois à la radio durant la guerre d'Algérie. Chaque fois qu'une patrouille française éliminait quatre fellaghas, c'était le "dernier quart-d'heure". Ces quinze minutes ont duré environ cinq ans.

 

Début mars, la Libye est déchirée. La zone allant de la frontière égyptienne jusqu'à Ajdabiya est passée aux mains des insurgés, tandis qu'à Tripoli Kadhafi réprime et promet de se battre jusqu'au bout. – Cliquez pour voir la photo suivante

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16 avril 2011 6 16 /04 /avril /2011 15:42

Extraits d’un article de Jean Matouk pour Rue 89 :

 

Lundi 11 avril, France Inter reçoit Christine Lagarde. Il s'agit d'un entretien suivi de questions d'auditeurs. Une retraitée expose : elle essaie de vivre avec 800 euros par mois et en réalité, sans les fortes privations qu'elle s'inflige, cette somme ne lui permettrait de vivre que quinze jours. Réponse du ministre :

http://www.syti.net/Images/Banquier_big.jpg« Le gouvernement a tout a fait conscience de votre problème et c'est pour cela qu'il a décidé d'augmenter de 2% les pensions de minimum vieillesse. »

 En fait, le gouvernement a augmenté le minimum vieillesse de 4,7% et les pensions, effectivement, de 2%. Notre retraitée va donc percevoir 16 euros de plus par mois. De quoi se plaindrait-elle ?

 

Un autre auditeur s'inquiète de la capacité de l'Europe à continuer de venir en aide aux pays débiteurs en difficulté : Grèce, Irlande, demain Portugal. Réponse du ministre : pas d'inquiétude ! L'Union européenne dispose d'un fonds de soutien de 500 milliards d'euros.

 

Les 800 euros contre les milliards des Etats

Quels discours a, en effet, entendu cette brave dame à 800 euros depuis trois ans ?

En 2008 puis 2009, notre chef de l'Etat lui a exposé que, pour éviter la récession, il injectait des dizaines de milliards dans notre économie ; vers la même époque, il lui a aussi expliqué qu'il était contraint d'avancer aux banques des dizaines d'autres milliards, pour éviter leurs faillites, tout en critiquant vivement, par ailleurs, leur gestion déplorable qui avait conduit à cette situation.

 

Les profits des banques plus élevés que jamais

Quand arrivent les résultats 2010, la même dame entend énumérer les résultats faramineux des banques, dont certaines étaient proches de l'agonie deux ans plus tôt 

7,8 milliards pour BNP-Paribas ;

3,6 milliards pour le Crédit Agricole ;

3,2 milliards d'euros pour la Société Générale presque « ruinée » deux ans plus tôt par l'horrible Kerviel.

Elle entend aussi annoncer que les revenus des dirigeants des banques ont retrouvé à peu près leur niveau antérieur : 1,5 million pour l'un, 2,5 millions pour l'autre… Et aux États-Unis, de 10 ou 15 millions par an !

Il n'y a d'ailleurs pas que les banquiers. Les chefs des grandes entreprises aussi participent à la fiesta 2010 des millions :

0.Franck Riboud (Danone) : 4,4 millions ;

0.Bernard Arnault (LVMH) : 3,8 millions ;

0.Jean-Paul Agon (L'Oréal) 3,3 millions ;

0.Henri de Castries (Axa) : 3,2 millions ;

0.Larf Olofsson (Carrefour) : 3,1 millions, comme Gérard Mestrallet (GDF-Suez) ;

0.Martin Bouygues : 2,5 millions, à peu près comme Christophe de Margerie (Total) ;

0.Denis Kessler (Scor) : 2,3 millions, comme Henri Proglio, à l'époque à Veolia…

0. 

 

Les banques étranglent les Etats les plus faibles

Et voici que notre même petite dame à 800 euros apprend, en mai 2010, que la Grèce est étranglée par sa dette, et que l'Europe et le FMI doivent voler à son secours, pour 45 milliards d'euros. Elle apprend, il y a un mois, qu'il faut d'urgence 24 milliards d'euros à l'Irlande pour racheter ses banques, et qu'aujourd'hui c'est le Portugal qui tend la sébile pour 75 milliards.

 

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14 avril 2011 4 14 /04 /avril /2011 12:31

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Source : The Herald Tribune

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13 avril 2011 3 13 /04 /avril /2011 19:05

 

Les étrangers malades : premières victimes de Guéant, par Catherine Coroller

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Et hop, encore un échelon franchi dans le durcissement des conditions de séjour en France des sans-papiers malades.

Depuis 1998, un étranger en situation irrégulière souffrant d'une pathologie grave était protégé contre toute mesure d'expulsion et pouvait obtenir une carte de séjour s'il ne bénéficiait pas d'un "accès effectif" au traitement dans son pays d'origine.

La loi sur l'immigration en cours d'examen par le Sénat avait prévu de rendre plus sévères les conditions d'octroi de ce titre de séjour. La notion d'"accès effectif" au traitement devait être remplacée par celle de "disponibilité".

Insuffisamment sévère? Le sénateur UMP Noël Buffet propose un amendementprévoyant cette fois de remplacer la notion d'"indisponibilité" par celle d'"absence"de ce traitement.

Pour les association, c'est envoyer certains de ces étrangers à la mort : "Si l’on prend l’exemple du VIH, presque tous les pays du monde possèdent des traitements. Mais en quantité très insuffisante, dans des conditions de prise en charge de mauvaise qualité, à un prix prohibitif ou réservés à une élite. Les traitements ne sont donc «absents» nulle part dans le monde, mais restent de fait inaccessibles à la plupart des malades", expliquent-elles.

Hier, Claude Guéant a déclaré aux sénateurs que "le Gouvernement soutiendra (cet) amendement". L'article concerné, le 17 ter, devrait être mis au vote dans l'après-midi.

Ce dispositif actuel concerne 28 000 personnes, soit 0,8 % des étrangers vivant en France.

 

Le 8 mars, Kanouté Tiéni, Malien âgé 47 ans, expulsé de France en 2008 malgré une hépatite B chronique, est mort à Bamako des suites de sa maladie.

 

 

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12 avril 2011 2 12 /04 /avril /2011 14:39

 

 

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11 avril 2011 1 11 /04 /avril /2011 06:30

 

Guéant décrypté : "le musulman a pris la place de l'immigré"

"Aujourd'hui, pour dire Français, on dit laïque. C'est une stratégie pour reproduire le manichéisme de Marine Le Pen et sa vision guerrière", souligne la sémiologue Mariette Darrigrand. Interview par Bérénice Rocfort-Giovanni.

http://lh5.ggpht.com/_bncD7Ft9x5s/R0FA_UZiqCI/AAAAAAAAFM8/w2bIcuyqLlI/20031017HOO-Ga011a.jpg 

Claude Guéant, qui se veut le défenseur de la laïcité, emploie des termes appartenant au champ lexical de la religion. N'y a-t-il pas contradiction ?

- Il y a eu un glissement. Aujourd'hui, pour dire Français, on dit laïque. C'est une stratégie pour reproduire le manichéisme de Marine Le Pen et sa vision guerrière.

Il devrait pourtant y avoir un débat sur l'hybridation de la France, avec une polyphonie des acteurs culturels et non pas une guerre entre deux entités.

Le terme "musulmans" est un euphémisme pour dire immigrés d'origine maghrébine ou d'Afrique en général. Alors qu'il y a des musulmans qui viennent d'Asie. C'est une façon atténuée de parler de l'immigration. Le musulman a pris la place de l'immigré. Pourtant, le musulman n'est pas un envahisseur, il est partie prenante de l'hybridation de la France.

Il ne faut pas se tromper. Les prières dans la rue sont un problème d'ordre public, pas de laïcité. La laïcité n'est pas remise en cause, elle n'est pas menacée par une institution religieuse.

Les phrases de Claude Guéant sont typiques : l'intégration est vue comme une convergence vers nous. C'est vrai, mais cela doit être complété. Les Français doivent se laisser métisser. On ne peut pas vivre de manière pacifiée si la France se pense de façon structurellement chrétienne. Même les catholiques pur jus mutent. Claude Guéant devraient mieux regarder les différents rituels auxquels s'adonnent les Français aujourd'hui.

 

Claude Guéant utilise de manière récurrente les termes "musulmans", "Français" et "France". Est-ce pour mieux les opposer ?

- Je suis très choquée par les déclarations de Claude Guéant, qui dit qu'"en 1905, l'année de la loi sur la séparation des Eglises et de l'Etat, il y avait très peu de musulmans en France". On ne peut pas partir de cette date pour dire qu'il y avait très peu de musulmans. La France n'était pas travaillée par d'autres religions. Dans un pays profondément catholique, l'Eglise avait un fort pouvoir. La loi sur la laïcité a été pensée comme un contrepouvoir, visant à circonscrire l'emprise de l'Eglise catholique. La laïcité s'est développée en confrontation avec l'Eglise catholique.

La phrase de Claude Guéant fait penser à un phénomène quantitatif d'invasion. Alors que ce qui a eu lieu, c'est la perte de pouvoir de l'Eglise catholique, l'hybridation culturelle, le métissage du pays. La France est devenue moins catholique, plus laïque.

Claude Guéant revient sur 1905 en termes de géographie, de territoire, alors qu'il faudrait plutôt penser en termes culturels. Le métissage s'est fait par d'autres religions. Cette phrase traduit le préjugé français : il y a une dichotomie, une bipolarité structurelle entre la religion et les laïques.

 

Les politiques sont de plus en plus décomplexés lorsqu'ils évoquent les musulmans. Comment expliquer cette levée des tabous ?

- C'est une preuve de la lepénisation des esprits, que Robert Badinter avait pour la première fois évoquée en 1996. Les mots du Front national sont repris. J'ai été choquée de voir, dans le programme du PS, l'expression "Redresser la France", qui vient du FN. On affadit les propos du parti d'extrême-droite; ils perdent ainsi leur caractère toxique. Affirmer qu'on dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas, c'est aussi du Le Pen. La liberté de parole pose ici problème. Le mot "musulmans" a pris une connotation négative, qui est devenue acceptable.

 

Interview de Mariette Darrigrand, sémiologue, auteur de "Ces mots qui nous gouvernent" (Ed. Bayard, 2008), par Bérénice Rocfort-Giovanni

 

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