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19 mai 2011 4 19 /05 /mai /2011 05:52
Yann Fievet vient de publier ce texte très argumenté dans Le sarkophage (repris par Le Grand Soir).



http://farm4.static.flickr.com/3177/2842941601_66ef8dd667.jpg"L’art est partout, il est dans tout : dans la rue comme dans le musée, Et je dénie le droit que s’arrogent quatre ou cinq industriels de maculer Avec leurs enseignes outrecuidantes la ville qui abrite un millions d’habitants !"
Charles Garnier, 1871.

 

Depuis que l’Homme éprouve l’injustice frappant ses semblables ou croit souhaitable de changer l’ordonnancement des choses terrestres l’engagement pour ces objets inhabituels tient en éveil certains de ses congénères. L’engagement ne semble certes pas chose naturelle. Ses contours sont difficiles à délimiter tant les causes à défendre semblent innombrables et souvent incertaines. L’engagement est bien sûr indissociable de la personne de l’engager qui le vit. La figure de l’engagé est complexe car faite d’un mélange inextricable d’éléments plus ou moins fortement intériorisés par la conscience de l’individu au cours de son histoire – et de celle des siens y compris ceux des générations antérieures – et des nombreuses sollicitations du contexte vécu au jour le jour par l’individu attentif. Qu’il soit admiré ou raillé l’engagé est avant tout fidèle à son engagement qu’il veut gratuit de surcroît afin d’en renforcer le noble caractère. Et si l’engagement était un art, un art dont l’esthétique serait destiné à combattre la vulgate du monde marchandisé ?

 

Il est communément admis que l’engagement est désintéressé. Dans l’acception commune, le désintéressement s’entend aujourd’hui comme la posture d’un individu dont l’engagement est étranger à toute volonté d’enrichissement pécuniaire. Nous écartons donc d’emblée du champ de l’engagement les individus se servant d’une cause éminemment louable à des fins lucratives personnelles. À ce propos, il paraît évident que l’individualisme nourri par les ressorts profonds de la société de consommation d’une part et le primat – pour ne pas dire la dictature – de l’économique sur l’ensemble des activités humaines d’autre part favorisent la multiplication des occasions susceptibles de faire des larrons. La suspicion à l’égard de l’engagement ne peut évidemment que souffrir de cet état de fait. Ira-t-on jusqu’à dire que les hommes et les femmes désintéressés dans leur engagement ont un mérite certain à résister à la tentation ou à ignorer le regard suspicieux d’autrui ? Quoi qu’il en soit l’engagement gratuit – n’a-t-on pas affaire là à un pléonasme ? – est suffisamment répandu pour ne pas être rangé parmi les objets d’études inutiles. L’attention qu’on lui porte suppose une double dimension : individuelle et sociale.

 

C’est bon pour le moral !

La Révolution conservatrice, comme la nommait Pierre Bourdieu, à l’œuvre depuis trente ans, imprime à notre société des marques profondes de désagrégation qui sont autant de motifs de s’engager pour y faire face. Mais, dans le même temps, l’ampleur de la dépolitisation du corps social et le désarroi provoqué par l’impuissance répétée des mouvements sociaux dissuadent souvent le citoyen de faire du motif d’engagement un engagement véritable. Le simple désarroi faisant désormais place à la désespérance, il paraît de la première urgence de regarnir les rangs clairsemés de l’engagement militant dans ses multiples dimensions.

 

La défense d’une cause se nourrit du nécessaire espoir, aussi mince soit-il, envers un changement de l’état des choses. Qu’il s’agisse de vouloir réparer une injustice ou de souhaiter une modification de l’ordonnancement de la réalité sociale, l’individu a besoin pour justifier son engagement de croire que son action a une chance d’atteindre son but. Peu importe que cette conviction soit démesurée au regard des perspectives objectives de sa réalisation. Peu importe également que le but à atteindre reste flou dans ses contours. Les pessimistes ne s’engagent pas. Ici, il convient de distinguer le pessimisme de la réflexion sur les choses motivant la volonté de l’engagement et l’optimisme de l’action engagée au service d’un objet de lutte. Le pessimisme de la réflexion va nourrir l’optimisme de l’action. C’est ainsi que l’engagé trouve le moral et parviendra à le conserver au grand étonnement – quand il ne s’agit pas d’incompréhension – du plus grand nombre.

 

Le moral de l’engagé doit beaucoup à la gratuité de son engagement. Dans une société grandement façonnée par les agents et les valeurs du consommationnisme cette affirmation dérange. Quand l’emprise du Marché s’étend jusqu’à recouvrir des espaces qui lui étaient hier parfaitement étrangers, le citoyen qui affecte d’agir sans réciprocité directe est régulièrement envisagé par autrui comme un être issu d’une époque heureusement révolue. En fait, le nombre des individus potentiellement capables d’agir gratuitement est bien plus important qu’il n’y paraît. Mais, les espaces autonomes où il est permis d’évoluer librement se sont réduits comme peau de chagrin avec l’extension de la sphère marchande. Le moral de l’engagé tient donc, outre la satisfaction que lui procure la gratuité même de ses actes, à sa fierté de réussir encore à trouver des espaces pour sa liberté d’action et de réflexion. Quand les représentations de la société sont déformées – pour ne pas dire conformées – par les incongruités du discours publicitaire et les techniques décérébrantes du marketing – ayant même investi le champ du politique – garder une relative autonomie de pensée est assurément une prouesse réclamant une énergie que le consommationnisme a confisqué à la plupart des individus.

 

On ne fera advenir un autre monde qu’en étendant la gratuité des comportements humains dans des espaces autonomes élargis. Le moral des troupes est à ce prix.

 

Tous ensemble !

On n’y coupera pas : le postulat qui vient d’être énoncé ne sera pas concrétisé si un mouvement social digne de ce nom ne le décide. Chômeurs et précaires, petits ou grands exploités du travail, laissés pour comptes du délabrement des services publics ou de la protection sociale, tous n’ont plus grand-chose à attendre du capitalisme dont les fruits de moins en moins féconds sont accaparés par des oligarchies patentées et surprotégées. Ils ont cru à la fable de la disparition de la lutte des classes, y compris au sein même des lieux de production. Leur salut passe par l’acceptation de la lutte des classes qui, tout bonnement n’a pas disparu. La bourgeoisie le sait bien, elle qui n’a jamais cessé de lutter. Elle seule n’a pas succombé au risque mortifère de l’individualisme que provoque le pur rapport marchand. Quand tout le reste de la société s’absorbe au quotidien et avec allégresse dans d’innombrables relations deux à deux, calque parfait du rapport singulier entre l’acheteur et le vendeur, La bourgeoisie fonctionne toujours en réseaux denses et fermés, gages bien compris du renforcement de son pouvoir. Le discours des cinquante dernières années sur les bienfaits unificateurs et démocratiques de la société de consommation ne lui était pas destiné.. Elle s’en est abondamment servie en direction de son extérieur afin de se protéger définitivement de lui. Ironie du sort : elle aurait des choses à nous apprendre dans le domaine de la gratuité !

 

Le milliardaire Warren Buffet assume pleinement le rôle dévolu à sa classe (New York Times, 26 novembre 2006) : « Il y a une guerre des classes, c’est un fait, mais c’est ma classe, la classe des riches, qui mène cette guerre, et nous sommes en train de la gagner. »

 

Face à ce cynisme non dissimulé, les autres, « les non riches », doivent réintégrer la lutte des classes qui a continué de se dérouler contre eux quand on attirait ailleurs leur regard émerveillé et envieux. Pour reprendre pied dans cette lutte, y compris hors de l’espace du travail où les marxistes l’ont trop souvent cantonné, la pensée d’Henri Lefebvre nous est précieuse. Rappelons que ce marxiste hétérodoxe, que l’on redécouvre aujourd’hui, a analysé diverses lacunes de Marx : réduction de la ville à un simple support du processus de production/consommation ; survalorisation du travail par rapport à l’ensemble des dimensions de la vie quotidienne (transports, loisirs, famille, culture, etc.)  ; sous valorisation des problèmes liés aux temps et espaces sociaux ; survalorisation de l’industrie par rapport à l’agriculture et aux problèmes de la réforme agraire ; négligence de la sphère de l’informationnel. Pour Henri Lefebvre la lutte pour l’espace et le temps, c’est-à-dire pour leur usage, est incontestablement une forme moderne de la lutte des classes que Marx n’évoqua pas faute d’avoir vécu le vingtième siècle où ces enjeux sociaux vont se révéler vraiment. L’aliénation des individus ne résulte pas que du travail capitaliste, elle résulte aussi de la façon dont les individus occupent les espaces non-travail. Chacun devrait rejoindre ou participer à bâtir les alternatives qui poussent un peu partout en marge du consommationnisme essoufflé par l’absence des limites qu’il n’a pas su s’imposer. C’est dans ces alternatives multiformes où les beautés de la gratuité et de l’autonomie prennent tout leur sens que la crise écologique et sociale trouvera un début de solution concrète. Et c’est ainsi, par une esthétique des projets de vie sociale, que l’on reconstruira le politique.

 

Yann Fiévet

Le Sarkophage – Numéro 24 – Mai 2011

 

Professeur de Sciences Économiques et Sociales, co-fondateur d’Action Consommation, auteur du livre « Le monde en pente douce », Éditions Golias, 2009.

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18 mai 2011 3 18 /05 /mai /2011 09:44

http://missbobby.free.fr/images/Masques.gifBernard Debré est un grand médecin, un grand chirurgien. Les rectums d’innombrables éminences n’ont plus de secret pour lui.

 

C’est également un homme politique que l’on peut classer à la droite de l’UMP.

 

S’attaquer, comme il l’a fait, à un homme qui est au fond du trou – et qui n’en ressortira peut-être jamais – prouve une chose : il y a des types qui sont encore plus kleiner Mannque le kleiner Mann qui gouverne la France depuis quatre ans.

 

Deux questions :

 

- Pourquoi Debré, qui « connaissait » les frasques de « l’obsédé sexuel, de l’escroc intellectuel, de la fausse valeur », ne les a-t-il pas dénoncées du temps de la splendeur du directeur du FMI ?

 

- Comment se fait-il que l’urologue connaissait avant tout le monde le prénom de la victime présumée du Sofitel de New York ?

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17 mai 2011 2 17 /05 /mai /2011 14:37

La prison de Rikers Island à la loupe

Naturellement, comparaison n’est pas raison, mais la manière dont DSK nous a été montré par les pouvoirs publics étatsuniens et les médias de ce pays (hagard, pas rasé, débraillé) m’a rappelé la manière dont ils avaient montré Saddam Hussein juste après sa capture, quand il lui examinait la bouche en mondovision. Humilier un riche n’améliore en rien le sort des pauvres.

 

Viktor Dedaj, un des responsables du Grand Soir, note pour sa part ceci :

"Je suis très étonné par la vitesse avec laquelle la police US a réagi dans le cas de la "parole d’une femme de chambre" contre le "directeur du FMI". En temps "normal", je pense que l’accusé aurait pu s’envoler tranquillement tandis que la plaignante attendait patiemment au poste de police que quelqu’un veuille bien enregistrer sa plainte. Ici, en moins de deux, ils sont allés le chercher dans l’avion. Ils sont rarement aussi réactifs face à de telles personnalités. Étrange."

 

Nous sommes sommes bien sûr dans les conjectures. Si ce que dit Dedaj est corroboré, on pourrait alors ne pas écarter la théorie du complot. La police et la justice auraient-elles réagi de manière aussi prompte s'il s'était agi, par exemple, du directeur de la Banque mondiale ?

 

 

Cela dit, je suis parfaitement d'accord avec Michel Broué (Médiapart) lorsqu'il écrit :


"Indignez-vous" ? Je le suis, indigné, par les réactions politico-médiatiques manifestant "la stupeur", "l'incrédulité",  affirmant que "tout cela ne ressemble en rien à DSK", voire évoquant un "complot" … alors que dans le même temps on n'entend rien, aucune marque de respect, aucune solidarité avec la "femme de chambre", comme ils disent – hormis quelques questions soupçonneuses à son égard. 

 

Le directeur général du FMI menotté arrache des larmes au député. La jeune femme africaine, mère célibataire, qui a peut-être été humiliée, souillée, cela lui arrache quoi ? Pas un mot de commisération, même éventuelle.

 

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15 mai 2011 7 15 /05 /mai /2011 16:56

Je lis que Dominique Strauss-Kahn, en transit à New York, a pris une suite dans un hôtel Sofitel.


Coût : 3000 dollars (environ 2500 euros).


Ils nous reviennent cher, les hauts fonctionnaires internationaux qui se promènent de par le monde pour faire semblant d'éteindre les incendies allumés par les spéculateurs boursiers !

 

Par ailleurs, on a beaucoup parlé du train de vie de DSK. Il jouit d’un salaire impressionnant au FMI. Ce salaire n’a pas été fixé par lui. En revanche, un kleiner Mann bien connu a plus que doublé ses émoluments dès qu’il est entré en fonction.


http://wirednewyork.com/images/hotels/sofitel/sofitel_hotel.jpg

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15 mai 2011 7 15 /05 /mai /2011 06:03

Je reçois un coup de téléphone d’un centre d’appel, un call center, comme on dit désormais en idiome transatlantique.

 

Banque Accord

 

Un brave smicard, largement binational, me demande si je suis assuré social. Oui, dis-je. Si j’ai une mutuelle. Oui, re-dis-je. Il m’appelle au nom du service assurance de la société Accor (link). Je le vois venir avec ses gros sabots de serviteur, malgré lui, de la politique de Sarkozy et du CAC 40. Je lui dis de ne pas perdre son temps avec moi car je n’ai pas besoin de ce qu’il propose.

 

Il insiste, ce que je comprends. Il me propose au minimum la lune en matière de couverture hospitalière, en m’expliquant qu’Accor répond à des besoins non prévus par le système public. En trois mots, je lui explique que les résistants français, pendant la Deuxième Guerre mondiale se sont battus, aussi, pour que nous bénéficiions de soins gratuits. Je sens qu’il s’en fiche un peu car, d’une part, il a un produit à placer et que, d’autre part, comme il m’appelle de Marrakech ou de Dakar, le système de santé public français ne le concerne pas directement.

 

Bref, ainsi va la vie sous Sarkozy : l’hyperbourgeoisie démolit les services publics pour permettre aux Accord et autres Malakoff-Médéric de se goinfrer sur les dépouilles de ce que le peuple a construit dans la solidarité.

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14 mai 2011 6 14 /05 /mai /2011 06:36

http://a10.idata.over-blog.com/289x300/1/15/10/97/gueule-d-ange-de-pascaleminus.JPGIl faut toujours se méfier des gueules d’ange en politique, hommes ou femmes. Récemment, nous souffrîmes de Rachida Dati, la très féroce Garde des Sceaux. Nous avons maintenant Laurent Wauquier. Sous ses airs de gentil premier de la classe, Wauquier est un fidèle exécutant de ceux qui l’ont placé là où il est. Il faut se méfier encore plus de ceux qui jouent avec les oxymores : la “ droite sociale ” du maire du Puy nous ramène aussi sûrement vers le XIXe siècle que la “ gauche moderne ” d’un Jean-Marie Bockel.

BG


 

Le 8 mai dernier, Laurent Wauquiez déclarait qu'il allait déposer une  proposition de loi pour que les allocataires du RSA, effectuent, en compensation, cinq heures de "service social" par semaine. Une grande partie des journalistes (et du monde politique) a interprété cette proposition comme une remise en cause du RSA, ce qui, compte tenu de l'état d'esprit de la droite, n'est pas inexact. Je désire, néanmoins, insister sur quelques points qui, me semble-t-il, n'ont pas assez été mis en valeur par les médias.

 

1. La proposition de Wauquiez fait penser à l'institution des workhouses, institution officialisée au Royaume-Uni au XIXe siècle. Ce lieu [link] accueillait les personnes incapables de subvenir seules à leur besoin. Elles pouvaient y vivre en échange de leur travail. L'objectif était d'arrêter de payer l'aide sociale à ceux qui vivaient chez eux. Si quelqu'un voulait une aide, il devait vivre dans le workhouse. [Je souligne ces mots].

 

Les conditions de vie dans ces lieux étaient extrêmement dures, la politique annoncée étant d'assurer qu'on vivait moins bien que toute personne salariée, car l'élite craignait que les pauvres paresseux y viendraient. À l'entrée du workhouse, les familles étaient séparées, les hommes et les femmes n'ayant pas le droit de séjourner ensemble.

[Je souligne encore].

 

Si je me suis référé à cette institution, c'est pour souligner qu'en dépit de son habillage moderne, la proposition de Wauquiez ne fait que souligner la persistance, dans l'idéologie de droite, d'une mentalité deux fois séculaire, celle de faire payer aux pauvres les (maigres) secours qu'on leur offre. Ce qui est dans la droite ligne de l'idéologie du "Workfare state", opposée à celle du "Welfare state", et bien représentée, aux États-Unis, par les Reagan, Bush et autres activistes des Tea Parties.

 

2. L'autre aspect, mentionné par le deuxième passage souligné, est l'aspect afflictif et infamant [je souligne encore] de la proposition. Pourquoi afflictif ? Parce que ces cinq heures sont trop peu pour avoir une quelconque utilité économique (et qu'on ne se préoccupe même pas de savoir si elles ont un rapport avec la qualification de l'allocataire). En revanche, elles font fortement penser aux TIG (Travaux d'intérêt général) peines prononcées par les tribunaux en substitution des peines d'emprisonnement. [Ces TIG sont également nommés "travaux d'utilité publique" ou "travaux d'utilité collective", dont le sens est tout à fait le même que celui du "service social" de Wauquiez]. C'est afflictif comme l'était la séparation des couples dans les workhouses.

 

Pourquoi infamant ? Parce que, contraindre un allocataire du RSA, par exemple, à balayer les feuilles mortes, est un peu comme le désigner au pilori face à ses amis, parents et connaissances comme un feignant, un parasite, un mendiant du RSA !

Philippe Arnaud

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12 mai 2011 4 12 /05 /mai /2011 15:00
J’aime beaucoup Nicolas Domenach. C’est un homme cultivé qui n’étale pas son savoir. Il trouve Mélenchon utile et sympathique, ce qui est plutôt rare chez les vedettes des médias. Il n’hésite pas à renifler discrètement en parlant, ce qui montre son humanitude. Enfin, depuis 2007, il démonte inlassablement les rouages du sarkozysme, avec mesure, humour et fermeté.
http://s2.lemde.fr/image/2011/05/04/540x270/1517028_3_1ebb_photo-de-dominique-strauss-kahn-et-anne.jpg

 

Aujourd'hui, dans l’émission d’information de Bruce Toussaint où il officie quotidiennement, il est revenu sur la photo de DSK et Madame à côté d’une Porsche très grand tourisme.


Il a commencé par rappeler qu’on avait déjà vu d’autres hommes politiques français au volant de bolides somptueux, à commencer par François Fillon qui prend son pied en Ferrari. Il a poursuivi en rappelant que dans le couple DSK/Sinclair, c’est la femme qui est vraiment riche (il aurait pu évoquer la situation similaire de Giscard, Chirac et quelques autres). Il a terminé en notant, à deux reprises, que la voiture appartenait à un « grand communicant ».


Là, Domenach m’a déçu. Lui qui ne prend aucun gant avec ceux qui nous gouvernent, à commencer par notre kleiner Mann, il a tu le nom et la qualité du propriétaire du petit bijou allemand. Il fallait les donner, pour une raison très simple : la voiture appartient à un proche de DSK qui est en même temps un collaborateur important de Lagardère.


Une voiture, donc, au carrefour de toutes les fortunes, de toutes les ambitions, de toutes les connivences. Neuilly, quoi !

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11 mai 2011 3 11 /05 /mai /2011 15:48
http://www.page2007.com/wp-content/uploads/2007/08/mitterrand-attali.jpgIl y a trente ans, le parti socialiste élaborait 110 propositions pour gouverner la France, pour "changer la vie", pour créer les conditions d'une véritable rupture avec l'ordre capitaliste.

Ça ne manquait pas de charme...

Plan

I. - La paix : Une France ouverte sur le monde : propositions 1 à 13

II. - l’emploi la croissance sociale par la maîtrise de l’économie : propositions 14 à 43

III. - La liberté : des femmes et des hommes responsables : propositions 44 à 104

IV. - La France : un pays libre et respecté : propositions 105 à 110


I. - La paix : Une France ouverte sur le monde.

Défense du droit et solidarité avec les peuples en lutte

1 - Exigence du retrait de troupes soviétiques de l’Afghanistan.

2 - Condamnation de l’aide apportée par les États-Unis aux dictatures d’Amérique latine.

3 - Affirmation du droit des travailleurs polonais aux libertés et au respect de l’indépendance syndicale.

4 - Paix au Moyen-Orient par la garantie de la sécurité d’Israël dans les frontières sûres et reconnues, le droit du peuple palestinien à disposer d’une patrie, l’unité du Liban.

5 - Indépendance du Tchad. Respect de la souveraineté du Cambodge. Soutien au droit à l’autodétermination de l’Erythrée et du Sahara Occidental.

Désarmement et sécurité collective

6 - Désarmement progressif et simultané en vue de la dissolution des blocs militaires dans l’équilibre préservé des forces en présence.

7 - Action internationale énergique contre la dissémination de l’arme nucléaire et pour le renforcement du contrôle des centrales nucléaires.

8 - Ouverture d’une négociation sur la sécurité collective en Europe à partir de la conférence sur la réduction des forces et des tensions proposée par les socialistes français. Retrait des fusées soviétiques SS 20 en même temps que l’abandon du plan d’installation des fusées américaines pershing sur le sol européen.

Nouvel ordre économique mondial

9 - Priorité au dialogue Nord-Sud pour la mise en place d’un nouvel ordre économique mondial. Aide publique au tiers monde portée à 0,70 % du PNB de chaque pays développé.

10 - Définition d’un nouveau système monétaire mondial par la réforme du FMI de la banque mondiale et du “ panier de monnaies ”, un moratoire et de nouvelles liquidités pour les pays pauvres du tiers monde.

Une France forte dans l’Europe indépendante

11 - Application stricte du traité de Rome. (Marché commun) : poursuite de la démocratisation de ses institutions et mise en œuvre immédiate de ses dispositions sociales. Défense de l’emploi européen par le développement de politiques industrielles communes, par la protection des secteurs menacés par l’invasion de certains produits en provenance du Japon et des États Unis, par l’élaboration du règlement communautaire sur l’activité des sociétés multinationales. Réforme profonde de la politique agricole et de la politique régionale.

12 - Avant toute adhésion à la CEE de l’Espagne et du Portugal, respect de quatre préalables (agricole, régional et sur la pèche maritime) conformes à la résolution socialiste adoptée à Montpellier en septembre 78.

13 - Création d’un Conseil des peuples méditerranéens.

II. - l’emploi la croissance sociale par la maîtrise de l’économie

La relance économique

14 - Un programme de relance économique fixera, dès la prochaine session de la législature les premières orientations : emploi, prix, développement technologique, cadre de vie.

15 - Des actions industrielles seront immédiatement lancées dans les secteurs de l’électronique, de l’énergie, des biens d’équipement, des transports et de l’automobile, de la chimie fine et de la bio-industrie, de la sidérurgie et de l’agro-alimentaire afin de reconquérir le marché intérieur et de créer des emplois.

16 - Un programme de grands travaux publics, de construction de logement sociaux et d’équipements collectifs (crèches, restaurants scolaire, maisons de l’enfance ) sera engagé dès le deuxième semestre de 1981.

17 - La recherche sera stimulée pour atteindre d’ici 1985 2,5 % du PNB. Des mesures d’aide par le crédit et d’encouragement à l’innovation seront prises en direction des PME.

18 - 150 000 emplois seront créés dans les services publics et sociaux en vue d’améliorer les conditions de travail et les capacités d’accueil au public (santé, éducation, P et T, etc…). 60000 emplois d’utilité collective seront mis à la disposition des associations et des collectivités locales.

Une nouvelle croissance

19 - Le plan, démocratisé et décentralisé, donnera un contenu au développement économique. La croissance sociale s’appuiera sur le dynamisme du secteur public, l’encouragement à l’investissement, l’augmentation des bas revenus et l’amélioration des onctions de travail.

20 - Le franc sera défendu contre les manœuvres spéculatives. Le développement industriel et agricole et les économies d’énergie rendront la croissance moins tributaire des importations. D’ici 1990, la part du commerce extérieur dans le PIB sera ramenée en-dessous de 20 %.

21 - Le secteur public sera élargi par la nationalisation des neuf groupes industriels prévus dans le Programme commun et le programme socialiste, de la sidérurgie et des activités de l’armement et de l’espace financées sur fonds publics. La nationalisation du crédit et des assurances sera achevée.

22 - Le contrat de travail à durée indéterminée redeviendra la base des relations du travail : les capacités d’intervention du syndicat dans l’entreprise seront étendues et affermies : moyens et production des délégués élus, temps consacré à l’information et à l’expression collective.

23 - La durée du travail sera progressivement réduite à 35 heures après négociation entre les partenaires sociaux. La cinquième équipe sera instaurée dans les métiers pénibles. La cinquième semaine de congés payés sera généralisée.

24 - L’ANPE sera démocratisée. Elle sera transformée en un grand service public de l’emploi (coordination de l’ensemble des moyens de coordination de l’ensemble des moyens d’information, de formation et de conversation, travail intérimaire).

25 - Une loi fixe fixera les conditions d’évolution de la révision des loyers et de la répartition des charges. En outre, des dispositions particulières seront prises en faveur des locataires des logements sociaux.

26 - L’épargne sera fortement encouragée. Un livret A par famille sera indexé sur les prix. Les taux d’intérêt des autres dépôts seront relevés. La réforme des circuits financiers permettra l’affection de l’épargne des Français aux investissements considérés comme prioritaires par le plan.

27 - Des bonifications d’intérêt ou des avantages fiscaux sur une base contractuelle, seront accordés pour contribuer à la réalisation des objectifs de la politique économique et sociale en particulier pour les industries de main-d’œuvre.

28 - Les prix des produits pour lesquels la concurrence ne joue manifestement pas seront contrôlés. Les produits de distribution seront réformés, l’implantation des grandes surfaces réglementée, les pouvoirs des consommateurs renforcés.

29 - L’artisanat et le petit commerce verront leur rôle social et humain reconnu et protégé. Le salaire fiscal sera institué pour les travailleurs non salariés.

30 - L’assiette des cotisations patronales de la Sécurité sociale sera modifiée afin de ne pas pénaliser les entreprises de main-d’œuvre.

La justice sociale

31 - Le SMIC sera relevé. Son montant sera fixé après négociations avec les organisations syndicales. La nouvelle hiérarchie des salaires inscrite dans les conventions collectives sera respectée. Les prestations familiales seront revalorisés de 50 % en deux étapes. Les indemnités de chômage seront fortement augmentées.

32 - Les taux de la TVA seront ramenés au taux zéro pour les produits de première nécessité.

33 - De nouvelles prestations familiales seront progressivement substituées au quotient familial par enfant qui sera, en attendant plafonné.

34 - Un impôt sur les grandes fortunes, selon un barème progressif, sera institué. Les droits de succession seront réformés afin d’alléger les successions modestes (en ligne directe ou non) et de surtaxer les grosses successions. Le capital des sociétés sera taxé sur la base de l’actif net réévalué.

35 - L’impôt direct sera allégé pour les petits contribuables, renforcé pur le gros revenus de manière à réduire l’éventail des revenus. L’avoir fiscal sera supprimé.

36 - Règlement des contentieux concernant les anciens combattants, application du rapport constant, retour à la proportionnalité des pensions militaires inférieure à 100 %, bénéfice de la carte de combattant aux anciens d’Algérie.

37 - Nouvelle loi d’indemnisation pour les rapatriés, prévoyant la reconstitution des patrimoines familiaux, limitée par les grosses fortunes.

L’énergie

38 - L’approvisionnement énergétique du pays sera diversifié. Le programme nucléaire sera limité aux centrales en cours de construction, en attendant que le pays, réellement informé, puisse se prononcer par référendum. Les crédits en faveur des énergies nouvelles ou des techniques nouvelles d’exploitation des énergies traditionnelles (charbon) seront très considérablement augmentés.

39 - Un vaste programme d’investissement destiné à économiser l’énergie sera entrepris. Des clubs d’économie d’énergie animés par des personnes pris en charge et formés par l’État assisteront les ménages. Une politique de normes orientera la production vers des produits, des machines u des matériaux permettant de réduire la consommation d’énergie.

40 - Une loi-cadre garantira le contrôle des citoyens et des élus sur toutes les décisions, et notamment les questions de sécurité touchant au nucléaire.

L’agriculture

41 - Le gouvernement proposera aux partenaires de la CEE, afin de revenir à l’esprit du Traité de Rome, une réforme de la Politique agricole commune. Celle-ci devra tenir compte de la nécessité de supprimer les inégalités de revenu entre les agriculteurs, la salariés de l’agriculture et l’ensemble des travailleurs. Des mesures particulières seront prises pour l’élevage, la viticulture, les fruits et légumes, jusqu’ici défavorisés. Les marchés seront organisés par des Offices par produits ou groupes de produits, chargés de mettre en œuvre des prix garantis, tenant compte des coûts de production, dans la limite de quantum par travailleur. Cette politique prendra en comte aspirations des consommateurs.

42 - Un statut de travailleuses à part entière sera reconnu aux femmes d’agriculteurs. l’installation des jeunes - et notamment l’accès à la terre - sera vivement encouragée. l’agriculture de montagne fera l’objet de mesures de soutien spécifiques.

43 - L’outil de travail - la terre - sera protégé contre la spéculation, par la création d’offices fonciers cantonaux où les représentants de la Profession seront majoritaires.

La pêche

44 - Une politique de la pêche maritime, élément d’une politique de la mer sera mise en œuvre : réorganisation des marchés, amélioration des conditions de travail et de rémunération des travailleurs de la mer, aides à l’investissement… Au plan européen le gouvernement proposera application d’une politique commune de la pêche fondée sur la garantie d’accès à la ressource, la gestion rationnelle des stocks, l’organisation et la protection du marché communautaire et l’harmonisation des régimes sociaux…

III. - La liberté : des femmes et des hommes responsables

La démocratie respectée

45 - Le mandat présidentiel sera ramené à cinq ans renouvelable une fois, ou limité à 7 ans sans possibilité d’être renouvelé.

46 - Le parlement retrouvera ses droits constitutionnels. Le recours à l’usage du vote bloqué sera limité.

47 - La représentation proportionnelle sera institué pour les élections à l’Assemblée nationale, aux assemblée régionales et aux conseils municipaux pur les communes de 9000 habitants et plus. Chaque liste comportera au moins 30% de femmes. Février 1981

48 - La représentation parlementaire des Français de l’étranger, comprenant non seulement des sénateurs mais aussi des députés, sera assurée selon des procédures qui en garantiront le caractère démocratique.

49 - La vie publique sera moralisée : déclarations des revenus et du patrimoine des candidats aux fonctions de président de la République, de député et de sénateur ainsi que des ministres en exercice, avant et après expiration de leurs mandats.

50 - La justice sera appelée à faire toute la lumière sur les affaires dans lesquelles ont été mises en cause des personnalités publiques.

Une justice indépendante

51 - L’indépendance des magistrats sera assurée par la réforme du Conseil supérieur de la magistrature.

52 - Abrogation des procédures d’exception (cour de sûreté, tribunaux militaires en temps de paix), de la loi anti-casseurs et de la loi Peyrefitte. Le principe fondamental de présomption d’innocence sera réaffirmé.

53 - Abrogation de la peine de mort.

Des contre-pouvoirs organisés ; un état décentralisé

54 - La décentralisation de l’État sera prioritaire. Les conseils régionaux seront élus au suffrage universel et l’exécutif assuré par le président et le bureau. La corse recevra un statut particulier. Un département du Pays Basque sera crée. La fonction d’autorité des préfets sur l’administration des collectivités locales sera supprimée. L’exécutif du département sera confié au président et au bureau du Conseil général. La réforme des finances locales sera aussitôt entreprise. La tutelle de l’État sur les décisions des collectivités locales sera supprimée.

55 - Le secret administratif sera limité et l’administration contrainte à motiver ses actes et à exécuter les décisions de justice.

56 - La promotion des identités régionale sera encouragée, les langues et cultures minoritaires respectées et enseignées.

57 - Les communes, départements, régions bénéficieront pour assumer leurs responsabilités d’une réelle répartition des ressources publiques entre l’État et les collectivités locales.

Celles-ci auront notamment la responsabilité des décisions en matière de cadre de vie : développement prioritaire des transports en commun, aménagement des rues, services sociaux, espaces verts. Elles susciteront le développement de la vie associative, contribuant ainsi à l’animation de la ville, au rayonnement de ses activités, à l’affirmation de sa personnalités.

58 - Pour les peuples de l’outre-mer français qui réclament un véritable changement, ouverture d’une ère de concertation et de dialogue à partir de la reconnaissance de leur identité et de leurs droits à réaliser leurs aspirations. Entre autres, dans les départements d’outre-mer, institution d’un conseil départemental, élu à la proportionnelle et responsable de la vie locale de chaque département avec consultation obligatoire avant tout accord international touchant à la région du monde où ils se trouvent. La loi déposée à ce sujet par le groupe parlementaire socialiste sera soumise au Parlement dès la prochaine session de la législature.

59 - Le projet de loi sur la vie associative sera également soumis au vote du Parlement dès la prochaine session. L’élu social aura un statut reconnu. Les associations d’usagers du cadre de vie verront leurs droits largement accrus et des moyens matériels mis à leur disposition.

La démocratie économique. Des droits nouveaux pour les travailleurs

60 - Le Comité d’entreprise disposera de toutes les informations nécessaires sur la marche de l’entreprise. Pour l’embauche, le licenciement, l’organisation du travail, le plan de formation, les nouvelles techniques de production, il pourra exercer un droit de veto avec recours devant un nouvelle juridiction du travail.

61 - Le comité d’hygiène et de sécurité aura le pouvoir d’arrêter un atelier ou un chantier pour des raisons de sécurité.

62 - La gestion du secteur public sera largement décentralisée. Les instances de direction des entreprises seront, soit tripartites (collectivités publiques, travailleurs, usagers), soit formées par la coexistence d’un conseil de gestion élu par les travailleurs et d’un conseil de surveillance. Les représentants des travailleurs seront élus directement à la proportionnelle et à la plus forte moyenne. Des conseils d’unité et d’atelier élus par les travailleurs seront instaurés.

Un secteur d’économie sociale fondé sur la coopération et la mutualité, expérimentera des formes nouvelles d’organisation des travailleurs.

63 - La participation effective des cadres (ITC) sera assurée et leur rôle reconnu au sein des organismes représentants de l’ensemble des salariés : comités d’entreprises, comités de groupes et de holding dans les entreprises de droit privé, Conseil d’administration tripartites, conseils d’unité ou d’atelier dans le secteur public.

Des droits égaux pour les femmes

64 - L’égalité des chances devant l’emploi sera garantie par une réelle mixité de toutes les filières de formation professionnelle (quotas minima). Les crédits seront affectés à la formation continue en fonction du nombre et du sexe des salariés de l’entreprise dans chaque catégories. La loi supprimera la notion de “ motif légitime ” invoquée pour refuser à une femme l’accès à un emploi.

65 - L’égalité de rémunération entre hommes et femmes sera garantie - et appliquée - au terme d’une négociation des conventions collectives dans chaque branche professionnelle.

66 - Le statut de travailleuses à part entière sera reconnu aux conjointes d’agriculteurs, de commerçants et d’artisans, actuellement considérées comme sans profession.

67 - L’information sur la sexualité et la contraception sera largement diffusée dans les écoles, les entreprises, les mairies, les centres de santé et d’orthogénie, et par les médias. La contraception sera gratuite, les conditions d’obtention de l’IVG seront révisées.

68 - L’égalité devant l’emploi, pour les femmes, exige un vaste programme d’équipements collectifs : 300 000 places de crèche seront créées prioritairement.

69 - La dignité de la femme sera respectée, notamment à travers l’image qui est donnée d’elle dans les manuels scolaires, la publicité, la télévision. Les associations de défense des droits des femmes pourront se porter partie civile en cas de discrimination.

70 - Un fonds de garantie, chargé de la récupération des pensions alimentaires, viendra en aide aux femmes divorcées chefs de famille. La pension de réversion sera égale pour les deux conjoints et pourra se cumuler avec des droits propres. Une allocation sera versée aux veuves et divorcées pendant eux ans minimum moyennant leur inscription à l’ANPE ou à un stage de formation professionnelle.

La famille et l’enfant

71 un congé parental ouvert pour moitié au père et à la mère, rémunérée et assorti de garantie de réintégration dans l’emploi sera accordé aux parents d’enfants de moins de deux ans.

72 Une allocation familiale unique sera versée dès la déclaration de grossesse et dès le premier enfant.

73 Un institut de l’enfance et de la famille sera mis en place avec la participation des représentants du Parlement, des syndicats, des associations familiales et de jeunesse, de la profession médicale et des enseignants.

Le droit d’être elle-même pur la jeunesse

74 - Les jeunes seront éligibles dès 18 ans pour les élections politiques et dès 16 ans pour les élections professionnelles.

75 - La liberté de réunion dans tous les établissement scolaires sera garantie pour les parents d’élèves ainsi que pour les élèves dans les lycées et les LEP. Les délégués de classe participeront aux conseils de classe et la gestion des foyers socio-éducatifs sans que leurs droits puissent subir de restriction.

76 - Les appelés au service national auront la liberté de réunion et d’association. L’objection de conscience sera respectée selon les termes de la loi.

77 - L’enseignement technique sous toutes ses formes recevra les moyens nécessaires et personnel et en matériel afin qu’aucun jeune, fille ou garçon, n’arrive dans le monde du travail sans qualification professionnelle.

78 - La vignette moto sera supprimée.

De nouveaux droits pour les immigrés

79 - Les discriminations frappant les travailleurs immigrés seront supprimées. Les refus de délivrance de cartes de séjour devront être motivés.

80 - L’égalité des droits des travailleurs immigrés avec les nationaux sera assurée (travail, protection sociale, aide sociale, chômage, formation continue). Droit de vote aux élections municipales après cinq ans de présence sur le territoire français. Le droit d’association leur sera reconnu.

81 Le plan fixera le nombre annuel de travailleurs étrangers admis en France . L’Office national d’immigration sera démocratisé. La lutte contre les trafics clandestins sera renforcée.

Une société solidaire

82 - Le droit à la retraite à taux plein sera ouvert aux hommes à partir de 60 ans et aux femmes à partir de 55 ans. Les retraités auront le droit de siéger dans les instances de la Sécurité sociale et les caisses de retraite. Les cotisations prélevées par le régime général de la Sécurité sociale sur les retraites seront supprimées. Une loi définissant les nouveaux droit des retraités et des personnes âgées en matière de ressources de logement, de santé et de culture, et assurant leur réelle participation à la vie sociale, sera déposée.

83 - Les handicapés auront la place qui leur est due dans la société : le travail, l’éducation, le logement, les transports, les loisirs et l’accès à la culture seront adaptés à leur contraintes particulières.

84 - Un système national de protection sociale commun à tous les assurés sera progressivement institué. L’État remboursera les charges indues et affectera des ressources fiscales au financement des dépenses d’intérêt social. Le ticket modérateur d’ordre public d’intérêt social. Le ticket modérateur d’ordre public sera abrogé.

La santé protégé

85 - Un service communautaire de la santé reposera sur le développement de la prévention, le tiers payant généralisé à terme, la création de centres de santé intégrés auxquels chaque médecin pourra adhérer s’il le souhaite. Une nouvelle conversion sera négociée. Le conseil de l’ordre des médecins sera supprimé.

86 - Les missions respectives de l’hôpital et du secteur privé seront définies. Adoption d’une nouvelle carte sanitaire. les équipements seront programmés par région et leur financement réformée (suppression du prix de la journée).

87 Une nouvelle politique du médicament sera mise en place en s’appuyant sur les grands pôles industriels nationalisés où la recherche sera intensifiée.

Droit au logement pour tous

88 - Un politique de l’Habitat social visera à mettre à la disposition des ménages des logements suffisamment grands et assortis des services à proximité (crèches, haltes-garderies, transports collectifs). Des dispositions particulières seront prises pour favoriser aussi le logement des jeunes (construction des F1 et F2).

89 - Réformes des instruments de l’intervention publique. Maîtrise du sol urbain par les collectivités locales grâce à l’instauration d’un impôt déclaratif foncier, d’un droit de préemption et de prêts bonifiés par l’État.

Une éducation de qualité

90 - Un grand service public, unifié et laïque de l’éducation nationale sera constitué. Sa mise en place sera négociée sans spoliation ni monopole. Les contrats d’association d’établissements privés, conclus par les municipalités, seront respectés. Des conseils de gestion démocratiques seront créés aux différents niveaux.

91 - L’école sera ouverte sur le monde. La pédagogie sera renouvelée pour favoriser l’expression sous toutes ses formes ainsi que l’épanouissement physique. L’enseignement de l’histoire et de la philosophie sera développé. Quel que soit le niveau d’études, chacun devra disposer en fin de scolarité d’une formation professionnelle. Les classes comprendront 25 élèves au maximum.

92 - La loi Seguin-Rufenacht sur la composition des conseils d’université et d’UER sera abrogée ainsi que les décrets modifiant la carte universitaire.

93 - Chaque travailleur disposera d’un crédit de formation de deux ans qu’il pourra utiliser tout au long de sa vie active. La gestion de l’éducation continue sera tripartite

Une information libre et pluraliste

94 - La télévision et la radio seront décentralisées et pluralistes. Les radios locales pourront librement s’implanter dans le cadre du service public. Leur cahier des charges sera établi par les collectivités locales. Sera crée un conseil national de l’audiovisuel où les représentants de l’État seront minoritaires. La création sera encouragée. Les droits des “ cibistes “ seront pleinement reconnus.

95 - Les ordonnances de 1944 sur la presse seront appliquée. Les dispositions assurant l’indépendance des journalistes et des journaux face aux pressions du pouvoir, des groupes privés et des annonceurs seront prises. L’indépendance de l’AFP vis-à-vis de l’État sera garantie.

96 - Toute censure de l’information, y compris dans les casernes et les prisons, sera abolie.

La science et la culture

97 - La recherche fondamentale sera un objectif essentiel : d’importants crédits publics lui seront consacrés, pour son développement sur le plan régional comme sur le plan national. Les coordinations nécessaires seront réalisées.

98 - L’implantation sur l’ensemble du territoire de foyer de création d’animation et de diffusion, sera encouragée par l’État qui en assurera un financement partiel. En dehors de nos frontières, une présence active et rayonnante de la culture française sera assurée. L’enseignement de l’art à l’école sera développé et des facilités accordées pour accéder aux grandes œuvres : extension des heures d’ouverture des musées, des bibliothèques, des monuments, grâce au recrutement du personnel nécessaire.

99 - Le soutien à la création cinématographique musicale, plastique, théâtrale, littéraire, architecturale placera la renaissance culturelle du pays au premier rang des ambitions socialistes.

Un conseil international pour la science et la culture, une école, européenne de cinéma, et un centre international pour la musique seront crées.

100 - La libération du prix du livre sera abrogée.

Les équilibres naturels

101 - Une charte de l’environnement garantissant la protection des sites naturels, espaces verts, rivages marins, forêts cours d’eau, zones de vacances et de loisirs sera élaborée et soumise au Parlement après une large consultation des associations et des collectivités locales et régionales avant la fin de l’année 1981.

102 - La lutte contre les pollutions de l’eau et de l’air sera intensifiée. Les entreprises contrevenantes seront pénalisées.

103 - Les normes de construction de machines et moteurs dangereux à manier et générateur de bruit seront révisées et strictement appliquées.

Le sport

104 - L’indépendance du mouvement sportif vis-à-vis de l’État et des puissances d’argent sera garantie. L’éducation physique et sportive deviendra une dimension essentielle des enseignements dispensés par l’Éducation nationale.

IV. - La France : un pays libre et respecté

Sa sécurité et son identité

105 - Développement d’une stratégie autonome de dissuasion et organisation nouvelle du service national réduit à six mois.

106 - Définition claire de la portée et du contenu de l’Alliance atlantique. Cohésion accrue de l’Europe.

107 - Développement des relations entre la France et l’Union Soviétique dans le respect des traités existants.

108 - Renforcement des échanges avec la Chine.

109 - Liens privilégiés avec les pays non alignées de la zone méditerranéenne et du continent africain, spécialement l’Algérie.

110 - Établissement de relations étroites avec le Québec. Création d’une académie francophone.

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10 mai 2011 2 10 /05 /mai /2011 09:55

http://www.larevue.info/attachments/article/5596/Jean-Daniel-H.jpgÀ l’occasion de la commémoration de l’élection du 10 mai 1981, Jean Daniel, fondateur du Nouvel Observateur, publie plusieurs articles, entre autres “ Notre 10 mai et le sien ”, dont je voudrais commenter ici quelques extraits.

On retrouve Jean Daniel tel qu’on l’aime : informé, précis, immodeste, prophète, autocentré, suffisant, en un mot : au niveau des grands de ce monde. Ce qu’il nous dit de cette page d’histoire est très éclairant.

Il évoque Rocard, dont il a été plus proche qu’en ce jour de victoire :

Je discute avec Rocard. Qu'attend-il d'une victoire? Que l'on renonce au Programme commun ! Et moi ? Que l'appoint des voix communistes ne soit pas indispensable pour gouverner.

Tout est dit : il faut trahir les millions de gens qui nous ont suivis, ne pas appliquer les réformes structurelles discutées pendant des années par les principaux partis de gauche, faire comme si l’électorat communiste n’existait pas.

Quel est, en cet instant, l’état d’esprit de Jean Daniel ?

Explosion de joie. Au fond, on n'y croyait pas. On s'était habitué à ne plus y croire. Que nous arrive-t-il ? Simplement, depuis l'extérieur, des exclamations de délivrance, de renaissance, un parfum de révolution, le «peuple» a réussi là où les étudiants de Mai-68 ont échoué.

On n’y croyait pas ? Mitterrand, lui, y croyait. Le peuple est entre guillemets. Ouf ! Il n’y aura pas de révolution, juste son « parfum ». Les étudiants de 68 ont échoué ? Non, car le mouvement ne visait pas à prendre l’Élysée.

Puis, parce qu’il veut nous faire croire qu’il observe tout cela depuis la stratosphère, Daniel mélange tout :

Mitterrand vient en effet de redonner une vigueur et un souffle à une mythologie séculaire que la «modernité» baptisée giscardo-rocardienne entendait rejeter dans l'archaïsme. Le nouveau président, dont la stratégie ancienne rejoint les convictions récentes, affirme une détermination gaullienne.

Si l’on comprend bien : la gauche, c’est le mythe ; le « giscardo-rocardisme » (de ses amis Furet et Julliard ?) c’est la « modernité » ; Mitterrand est gaullien.

La suite semble relever de la petite histoire, mais explique en fait toutes les défaites de la gauche jusqu’à aujourd’hui, à l’exception de la victoire de Mitterrand en 1988 face à un médiocre candidat de droite, Chirac en l’occurrence.

Le 12 mai 1981, Claude Perdriel, alors directeur du «Matin», et moi-même, au nom du «Nouvel Obs», sommes invités à déjeuner rue de Bièvre. Nous trouvons à table, déjà assis autour de Mitterrand, Robert Badinter, Laurent Fabius et Claude Estier. Le nouveau président n'est pas aussi indifférent qu'on l'a dit. Il est dans la maîtrise et dans la plénitude d'un bonheur total. À la fin du repas, sur un ton quasiment pervers, il demande: « Quelle sera votre réaction si je fais entrer des ministres communistes? » Laurent Fabius se montre ironiquement circonspect. Il semble deviner la décision du président à laquelle il lui faudra de toute façon se rallier. En revanche, Robert Badinter, franchement hostile, déclare: « Vous vous voyez, une fois encore, poser pour les photographes avec des ministres communistes à vos côtés ? Redoutez la photo, monsieur le Président. » Claude Perdriel et moi sommes évidemment d'accord avec Robert Badinter. Il avait fallu prendre sur nous pour accepter l'union avec les communistes pendant la campagne électorale.

Comment mieux insulter le peuple et la démocratie ? Perdriel, Badinter, Fabius et Daniel apparaissent pour ce qu’ils sont vraiment : de grands bourgeois anticommunistes. Ironie de l’histoire : sur la photo, on verra en effet quatre ministres communistes, mais pas Badinter, Mitterrand ayant nommé à la Justice son vieux complice de la Quatrième République Maurice Faure, qui n’en voulait pas.

Puis Jean Daniel expose la justification florentine de Mitterrand pour inclure des communistes dans le gouvernement Mauroy :

Rien n'oblige François Mitterrand à faire appel aux communistes. «Si quelque chose m'y eût obligé, je ne l'aurais pas fait», me dira-t-il plus tard. Quelle est la justification? Aussi tordue et aussi efficace que celle de «l'alliance conflictuelle» dont il avait démonté pour moi le mécanisme au cours d'un déjeuner à Latche et dont la relation que j'en avais faite dans un livre avait provoqué un scandale dénoncé par «l'Humanité». L'obsession du premier secrétaire du Parti socialiste a toujours été d'exaucer le souhait unitaire de l'électorat communiste en contraignant l'appareil du PC à trahir cette union, donc à se voir désavoué par ses troupes. Avant qu'elle ne réussisse, cette stratégie nous paraissait aussi ténébreuse qu'incertaine.

Hé oui ! Pour gouverner avec les communistes, il fallait être « tordu », « ténébreux », « obsédé » et, surtout, mettre en porte-à-faux les dirigeants du parti avec leur électorat. Car le communisme français, c’était le début du quaternaire :

Les rapports avec le Parti communiste, c'était la grande question pour nous. Presque plus importante, à vrai dire, que celle du Programme commun avec son cortège de nationalisations tous azimuts. Pour nous, les communistes constituaient un embâcle, au sens géologique du terme, c'est-à-dire un barrage de glace. Et cet embâcle paralysait toute fluidité de la vie politique, la dépendance à l'égard du PC faisant obstacle à toute évolution d'une gauche socialiste. Dans cette période de glaciation «complète», même la social-démocratie représentait l'abomination de la désolation. En fait, il est peu d'époques dans l'histoire récente où la mise en condition d'une pensée et d'une opinion publique ait été aussi efficace. La gauche était en fait colonisée. C'est pourquoi certains d'entre nous en étaient arrivés à désirer moins la victoire de la gauche que la déroute des communistes. Et ces derniers avaient raison de nous en accuser.

Ah, le « barrage de glace », l’« embâcle » avant la débâcle, la « désolation » social-démocrate, la « mise en condition » de l’opinion publique par les cocos, « colonisateurs » de la gauche !

Mais l’important, pour Daniel, est que Mitterrand a fait gagner à la bourgeoisie anticommuniste un temps considérable. En 1981, le parti communiste, sur le déclin, est à 15%. À entendre certains anciens communistes passés à droite, écrit notre penseur, la disparition progressive du PC était « programmée » :

Il y avait même quelque chose de pernicieux dans le mitterrandisme qui continuait à véhiculer un certain nombre de vieux clichés néomarxistes alors que les communistes n'étaient plus en mesure de les défendre. Cela m'a toujours paru absurde, et j'ai fait confiance à Mendès France et à Raymond Barre pour estimer que Mitterrand nous avait fait gagner au moins quinze ans, et que sur ce plan nous avons bien fait de le soutenir.

Alors si Barre en personne, l’épigone de von Hayek en matière économique, l’un des premiers abonnés aux rencontres de Davos le pensait, c’est que, effectivement, Mitterrand a bel et bien engagé la France dans la soumission au capitalisme financier :

Mais sur un autre plan, celui du tournant de la rigueur, la question peut se poser différemment. On est en effet passé, entre 1981 et 1985, d'une conception socialiste de l'économie mixte à une conception flexible. À partir de 1983, les secteurs public et privé se mélangent, l'Etat se prive du pouvoir de gestion directe, mais il fait plus qu'une régulation: il diffuse dans le tissu productif une éthique du développement et de la prise de risque. Tout cela ne suffira pas, certes, à débloquer une société française peu disposée à remplacer la culture du conflit par la culture des contrats et trop encline à céder aux corporations ce que l'on refusait aux syndicats. Mais enfin, le chemin était tracé.

Mais il n’en a pas fait assez :

Plus que tout le reste, et contrairement à mes confrères et aux autres politologues, j'estime que la responsabilité de François Mitterrand dans le désarroi de la gauche est terrible. Une pédagogie solennelle d'un changement assumé eût épargné aux socialistes d'être accusés une fois encore de trahir, et aurait permis qu'on lui imputât le mérite et l'audace d'une adaptation active à la modernité. Au lieu de quoi on a suscité une génération de schizophrènes pratiquant le double langage, honteux de privatiser et dénonçant le règne de l'argent roi tandis que l'on couvrait les «affaires». L'histoire de la «gauche caviar» date de cette situation que nous avons toujours ici dénoncée.

Ah, qu’il est doux, le mot « pédagogie », si cher à Jean-Marc Sylvestre !

Pour terminer, je voudrais, une fois n’est pas coutume, passer du général au particulier. Vers 1975, je n’ai pas renouvelé mon abonnement au Nouvel Observateur. Son “ Expressisation ” m’indisposait depuis quelque temps : je supportais de moins en moins l’abondance de pub, les articles bidons sur les remises en forme avant l’été, ainsi que l’extrême parisianisme des pages culturelles. Il se trouve que l’un de mes amis faisait partie de la rédaction de l’hebdomadaire. Je le rencontrai un jour à Paris. Il venait d’être convoqué par Jean Daniel, suite à des engueulades à répétition qu’il avait eues avec son supérieur immédiat à propos d’articles qu’il voulait faire passer sur des conflits sociaux. Daniel lui avait dit : « Je comprends votre enthousiasme, mais le Nouvel Observateur n’est pas un organe gauchiste. » Déjà, la direction de cet hebdomadaire, né de la défense de la cause algérienne, était plus proche de Raymond barre et des siens que des travailleurs en lutte.

 

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10 mai 2011 2 10 /05 /mai /2011 06:13

Hommes invisiblesCe sont tout simplement les ouvriers dans nos pays développés, comme nous l'explique Bibi, dans un texte qu'il a eu la gentillesse de me faire parvenir

 

Quand BiBi regarde la , toutes chaines confondues, il a du mal à reconnaître la France dans sa diversité sociale. Les ouvriers sont quasiment absents du petit écran. Lorsqu’ils sont évoqués ou montrés, c’est à la va-vite, à travers une interview-express d’un délégué syndical ou encore à la façon de Jean-Pierre Pernaud qui exalte la veine populiste qu’avant-c-était-mieux et qu’aujourd’hui-tout-fout-le-camp-mon-pauvre-monsieur.

 
Les Big Boss, eux, toujours mauvaises langues, ont fait une fine glissade sémantique : dans leurs programmes, bulletins ou projets, ils n’utilisent plus guère le mot « ouvriers » mais plutôt celui d’« opérateurs » avec l’idée qu’en changeant la dénomination, ils pourront effacer un peu plus l’identité ouvrière. BiBi reconnaît bien là une forme de la violence symbolique qui s’exerce à l’endroit de ces populations.


Lorsqu’ils sont présents sur la scène médiatique, les ouvriers sont perçus le plus souvent à travers le prisme de manifestations restituées en «marronniers », ce genre de reportages télévisuels, cycliques, déjà-vus, archi-connus. Avec toujours ce cliché que l’ est passéiste, encore attaché à de vieux principes, à de vieilles revendications. Ces reportages retraduisent le souhait de certains politologues et chiens de garde qui déclamaient avec obstination depuis la chute du Mur de Berlin que « la classe ouvrière a disparu ».


On continue à faire l’impasse télévisuelle sur ces 28 pour cent de population active, frange méconnue et présentée sous des dehors paternalistes. Sur la scène médiatique, peu de recherches mais lorsque celles-ci existent, les ouvriers sont « parlés » plus qu’ils ne parlent. Le téléspectateur les aperçoit fugitivement quand il y a des fermetures d’entreprises : ils sont derrière leurs pauvres banderoles ou devant un brasero qui fait chaud aux mains et aux cœurs. On donne surtout l’image d’ouvriers abattus, démobilisés, en voie de disparition.  La vision en est le plus souvent négative, dramatique, misérabiliste.


Cette partie de la population qui officie dans la production industrielle est donc ignorée. Lorsque les rares images nous parviennent, on reste incrédules. Comme King-Kong aux yeux des New-Yorkais. On ignore par exemple – territoires inconnus – les salariés qui opèrent à la chaîne, on tait tout ce qui concerne la souffrance sociale (maladies professionnelles, rapports hiérarchiques, rythme des cadences, accidents du travail, suicides etc) comme si cela faisait partie d’un Monde d’un autre temps – celui de Marx et Engels désormais désuets . Et il suffirait de peu pour qu’émerge cette idée que l’ouvrier est congénitalement ignare et ignorant, qu’il n’a pas su s’adapter aux techniques nouvelles de l’Ere moderne etc.


Quant aux images sur les luttes sociales, sur les actions collectives, elles sont moquées sur un ton condescendant. Les ouvriers – ombres peu différenciées – sont filmés de façon anonyme et/ou en masses anonymes. Le drame des pertes d’emploi est enseveli sous les chiffres, sous les courbes des spécialistes. Silence encore plus épais pour expliquer la Mondialisation et la part qu’y prennent les trusts français/européens. France-Info a une rubrique par heure sur les indices boursiers et le commentateur cite le nom des Entreprises de façon désincarnée. Les hommes et femmes qui y travaillent sont des hommes et des femmes invisibles, inaudibles ou en fond sonore imperceptible.

La parole ouvrière, hésitante, en recherche, en construction de pensée n’y est jamais aidée ou restituée. Elle est de fait dévalorisée lorsqu’elle vient en écho de la parole construite (objectivité oblige !), sans tâches, sans fautes syntaxiques de l’Expert ou/et des fins lettrés du personnel politique.


Alors que les Français font de plus en plus confiance aux syndicats pour les défendre, les médias ne cherchent plus à comprendre mais à censurer avec douceur et obstination. Tous les micro-débats, tous les gestes quotidiens militants, toutes les opérations culturelles des nombreuses associations d’éducation populaire sont ignorées. Du coup, toutes ces initiatives – supposées ne pas entrer dans la Culture savante – n’ont pas droit de cité et n’ont aucune existence médiatique.
C’est dans ce climat de censure que s’est opéré le transfert massif gauche-droite d’une frange importante des ouvriers vers le Front National en son temps. Là le discours n’était plus folklorique mais méprisant et accusateur. Face aux mains propres des Intellectuels médiatiques (gauche-caviar y compris), l’ouvrier y était stigmatisé, lui, l’Ignorant, l’Abruti, l’Habitant résiduel des Temps passéistes. L’ouvrier reste le Dangereux qui ne sait pas ce qu’il fait, qui suit aveuglément l’Aristocratie ouvrière et qui devient une marionnette dans ses mains.


Et quand on montre des rares images sur ce Monde à peine visible, c’est la plupart du temps sur le mode de la « Story » individuelle, d’une histoire singulière misérabiliste, du Conte de fées à l’envers, avec comme socle la Psychologisation et la Personnalisation des témoignages.
Et pourtant, malgré ce silence délibéré ou ces reportages bancals, la classe ouvrière cahin-caha se fait entendre malgré le mépris du Pouvoir médiatico-politico-économique et la surdité de ses anciens porte-paroles politiques.

 

http://www.pensezbibi.com/pensees-politiques/les-hommes-invisibles-222

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