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4 septembre 2017 1 04 /09 /septembre /2017 05:30

Jusqu'au jour où ils seront carrément traînés sur la claie, voués aux gémonies.

Ci-dessous de larges extraits d'un article de Gilles Bridier pour Slate.

 

Il y a, dans la caricature utilisée pour représenter les retraités, une démarche presque malsaine. Ils apparaissent comme des quasi privilégiés avec des niveaux de vie plus élevés que les actifs, passant leur temps dans des croisières ou achetant de grosses berlines en profitant des pensions versées grâce aux cotisations sociales prélevées sur les acteurs du monde du travail.

Des privilégiés... à 1.300 euros par mois en moyenne après plus de quarante années de cotisation. Cette caricature véhiculée par certains médias est entretenue par la communication du gouvernement et sa majorité de La République en marche, justifiant ainsi la ponction bientôt opérée via la CSG sur les revenus de ces retraités.

Des nantis à seulement 200 euros au-dessus du seuil de pauvreté

Laisser supposer qu’ils sont des nantis de la République, et qu’il faut qu’ils soient un peu moins riches pour que les jeunes soient un peu moins pauvres, procède d’une rhétorique bien dangereuse et fort approximative. C’est pourtant celle du chef de l’État Emmanuel Macron lorsque, dans une interview au magazine Le Point relayée par toute la presse, il déclare :

« Les pauvres d’aujourd’hui sont souvent moins les retraités que les jeunes. Je leur demande donc, pour les plus aisés, un effort ». 

 Un effort qui s’appliquera avec l’augmentation de 1,7 point de CSG à partir de 1200 euros de pension mensuelle (ou 1800 euros pour un couple). Au total, 60% des retraités seront concernés. 

L’argument d’une moindre pauvreté n'est pas valable

Certes, des statistiques existent qui montrent que la proportion de pauvres parmi les retraités est moins élevée que dans le reste de la population. Dans son état des lieux établi en décembre 2015, le Conseil d’orientation des retraites (COR) note que  « sur toutes les années de 2006 à 2012, les ménages de 60 ans et plus sont moins exposés à la pauvreté en conditions de vie que le reste de la population : en 2012, par exemple, 9,6 % des ménages de 60 à 74 ans et 7,5 % de ceux de 75 ans et plus sont pauvres en conditions de vie contre 11,9 % pour l’ensemble des ménages. »

Mais la récupération de cette comparaison, à partir de ces chiffres bruts, est tronquée. D’un côté, on considère le niveau de pauvreté de toute une population avec notamment des jeunes encore en étude ou qui démarrent dans la vie professionnelle et n’ont pas encore progressé dans l’échelle des salaires. De l’autre, on isole une catégorie de personnes qui ont accumulé  plus de quarante ans de vie professionnelle et qui ont consenti un effort financier tout au long de leur carrière pour payer les différentes cotisations de leur régime de retraite.

Les retraites sont déjà globalement gelées depuis 2013 (soit une perte de pouvoir d’achat de l’ordre de 6% sur quatre ans)… sans parler de la taxe spécifique acquittée par les seniors pour financer la perte d’autonomie des personnes les plus âgées.

 La moitié des retraités en dessous de 1720 euros par mois

Prenons le niveau de vie médian des retraités calculé par le COR pour 2013 : il était de 1720 euros par mois. Ce qui signifie que la moitié des retraités se situait au-dessous de ce niveau médian (dont 560.000 devaient se contenter des quelque 800 euros de l’Allocation de solidarité pour personnes âgées), et la moitié au-dessus.

En réalité, d’après les statistiques du COR, seulement un retraité sur dix dispose d’un revenu supérieur à 3250 euros par mois, un montant supposé être le début de la fortune. 

Une mesure fiscale sans grande originalité

Cette caricature de l’immense majorité des retraités apparaît d’autant plus indécente que, dans le même temps où on annonce un relèvement de la CSG pour de nombreux retraités, d’autres arbitrages se traduisent par un allègement de l’ISF pour les plus gros patrimoines. 

Si l’objectif du gouvernement consiste à réduire les charges qui pèsent sur le travail en trouvant de nouvelles recettes, il pourrait aussi se tourner vers les revenus du capital, le versement des dividendes particulièrement élevés en France, et les transactions financières, en s’attaquant notamment à la finance parallèle. Il pourrait innover dans la lutte contre l’évasion fiscale, ou faire preuve de la créativité promise pendant la campagne de l’élection présidentielle… Mais il applique en l’occurrence une augmentation fiscale simpliste, en n’épargnant pas des catégories captives de la population qui ne peuvent, comme d’autres, faire de chantage à l’expatriation des revenus et des capitaux.

Le début de la guerre des âges ?   

Les systèmes de retraite posent un problème à l’économie française. On ne compte déjà plus que 1,7 actif par cotisant de droit direct (sans compter les reversions pour les conjoints de retraités décédés), et la proportion doit continuer de baisser pour atteindre 1,4 actif par cotisant à l’horizon 2040, indique le COR dans un rapport de juin 2016 sur l’évolution et les perspectives des retraites en France.

Quant au déficit du système de retraite que l’on observe depuis 2005, il sera résorbé plus ou moins vite en fonction des niveaux de croissance économique : « L’équilibre serait atteint dès le milieu des années 2020 dans les scénarios 1,5%, 1,8% et 2%. À l’inverse, le système de retraite resterait durablement en besoin de financement en cas de croissance des revenus d'activité inférieure à 1,5 % par an à long terme », commente le COR

Pas de panique, donc. Mais dans l’immédiat, le sentiment d’une « guerre des âges » prend forme, conforté par la communication gouvernementale. C’est la solidarité intergénérationnelle qui est alors menacée si le sentiment se répand que les retraités coûtent trop cher et pénalisent les actifs. À force de caricaturer les retraités, on travestit la réalité des pensionnés et on creuse une fracture dans la société. Ce qui ne peut que nuire à la solidarité intergénérationnelle qui soude une nation et qui sert aussi de fondement au système de retraite par répartition, comme en France.

Un comble, alors que chaque actif est appelé un jour à prendre lui-même sa retraite! Et qu’importe si on est en pleine contradiction, au moment où les retraités soutiennent souvent leur descendance au chômage, et offrent par leur nombre des relais de croissance à l’économie et des occasions nouvelles pour créer des emplois.

Des privilégiés, les retraités ? Plutôt des boucs émissaires
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3 septembre 2017 7 03 /09 /septembre /2017 05:30

 

 

Le 31 août, à l'occasion de la présentation du détail des ordonnances sur la modification du Code du travail, le Journal télévisé de France 2 de 20 h était présenté par Julian Bugier et celui-ci demandait au "spécialiste économique" du journal, François Lenglet :

 

  • "Bonsoir François Lenglet. Votre analyse sur le curseur de cette réforme : ce soir, qui est le grand gagnant ?"
  •  
  • François Lenglet : "C'est un texte qui penche clairement du côté patronal..."
  •  

 

Remarque. Ce jugement, cette appréciation de François Lenglet sont d'autant plus remarquables que, comme je l'avais dit lors de précédentes chroniques (le 9 avril 2004 ou le 31 mai 2016), François Lenglet ne cache pas son tropisme libéral. Or, cette fois-ci, il ajoute même, à la fin de son intervention : « Reste bien sûr une question politique : Emmanuel Macron avait promis la flexisécurité. Ce soir, on voit bien la flexibilité, qui est au profit de l'entreprise, mais on voit un peu moins la sécurité pour les salariés. »

 

Alors, si (par euphémisme, évidemment...), même Lenglet le dit...

 

Au cours du Journal est invité le premier ministre, Édouard Philippe, qui cite, parmi les freins à l'embauche, le « coût du travail ».

 

Remarque. Qu'est-ce que le "coût du travail", présenté comme un élément naturel fâcheux (froid intense, canicule, grêle, verglas...), qu'on ne peut éviter mais dont on aimerait réduire au minimum le désagrément ? Que désigne cette périphrase cuistre, si ce n'est le salaire ? Et que signifie cette façon hypocrite de parler, sinon cette réalité crue : « Les salariés français sont trop payés » ? Pourquoi le journaliste ne pose-t-il pas cette question de bons sens qu'un enfant de 12 ans poserait ?

 

Édouard Philippe ajoute : « Nous allons baisser les cotisations salariales et les cotisations patronales ». Or ces cotisations, ce sont celles qui payent, entre autres, les soins médicaux et la retraite. Dès lors qu'on n'alimente plus ces caisses, avec quel argent seront payés les soins et les retraites des salariés, compte tenu qu'il n'est question que de baisser les impôts ? Et si les impôts baissent, où trouvera-t-on la source du financement ?

 

Édouard Philippe dit aussi : « Mais la meilleurs sécurité, pour les salariés, ce n'est pas le droit, c'est la compétence, c'est la formation ».

 

Remarque 1. Cette remarque suit le modèle de la manipulation du sens des termes par la droite et l'extrême-droite lorsque, pour faire passer des mesures liberticides, elles disent : « La première des libertés, c'est la sécurité ». En conférant une extension abusive à un terme, on lui fait signifier n'importe quoi.

 

Remarque 2. En mettant l'accent sur un élément de fait (la compétence, la formation), cette phrase nie, gomme, anéantit plus d'un siècle et demi de droit du travail, de Code du travail, car qu'est-ce que le Code du travail, si ce n'est du droit ?

 

Édouard Philippe dit également : « Nous ne pouvons pas supporter 9 à 10 % de chômage en France ».

 

Remarque. Sauf qu'il ne précise pas à quelles conditions est effectué ce travail. S'il s'agit d'un travail aux conditions de l'Allemagne après les lois Hartz IV, comme le dit Le Monde diplomatique de ce mois, ou comme au Royaume-Uni, avec les contrats "zéro heures", on peut présenter n'importe quelle statistique flatteuse sur le taux d'emploi. Sur les galères du roi d'Espagne (ou de France), où la puanteur était telle qu'on sentait la galère avant de la voir, les galériens étaient employés 24 h sur 24 et 7 jours sur 7. Ils ne pouvaient donc se plaindre du chômage...

 

Puis on passe à la fiscalité. Julian Bugier :

 

- « Quelques points sur la fiscalité. Beaucoup de mesures ont été présentées, ont été annoncées ces derniers jours, monsieur le premier ministre, avec des revirements, aussi, de calendrier, et un sentiment, parfois, d'inégalité, des cadeaux pour les riches, c'est tout de suite, c'est ce que dit l'opposition, des cadeaux pour les autres, c'est plus tard. On a fait tourner nos ordinateurs pour comparer. Quel impact pour les ménages modestes, quel impact pour les plus fortunés   Magali Boissin et on se retrouve après :

 

[Ici, présentation de trois cas] :

 

- Un ménage qui gagne 8000 euros nets par mois. Il fait 4442 euros d'économie.

- Une famille modeste, qui gagne 2500 euros par mois [si cette famille est qualifiée de "modeste", on se demande comment serait qualifiée une famille qui gagne la moitié...], le gain est de 632 euros par mois.

- Un retraité considéré comme aisé à 2000 euros par mois : il perd 435 euros de CSG.

 

Titiller le Premier ministre sans lui faire trop de mal (par Philippe Arnaud)

Interrogé, le premier ministre conteste ces chiffres. Il commence par dire : « Ce qui m'importe, c'est que le travail paye [...] et nous allons transférer du pouvoir d'achat sur les actifs. »

Julian Bugier dit : « Mais avec cette fameuse “ flat tax ”, le capital sera désormais moins taxé que le travail. Et le premier ministre dit : « Je me permets de terminer mon argumentation, et je vous répondrai évidemment complètement ».... et il n'y revient pas ! Et Julian Bugier ne le relance pas sur ce sujet !

 

Edouard Philippe dit : « Nous pensons que si nous voulons produire plus de richesses pour, ensuite, éventuellement, les distribuer... » [J'ai souligné cet “ éventuellement ” car cet adverbe est révélateur : il signifie qu'une production supplémentaire de richesse pourrait ne pas se traduire par une augmentation de salaire. Autrement dit, que les salariés travailleraient plus pour gagner autant ! Mais alors, pourquoi redistribuer dès maintenant, sans attendre d'augmentation de richesse, de l'argent aux plus aisés et aux entreprises ?]

 

Certes, Julian Bugier a posé des questions gênantes au premier ministre, mais il ne les a pas toutes posées et il n'a pas insisté sur certains points, même s'il a été ironique en commentant le fait qu'un salarié licencié allait toucher 5000 euros d'indemnités au lieu des 4000 euros précédemment attribués, par les mots : « C'est l'Amérique ! ».

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31 août 2017 4 31 /08 /août /2017 05:48

Merci à Jean Lévy de s'intéresser aux îliens qui se battent chaque jour avec le maquillé de Bri-Bri d'amour pour favoriser des investissements productifs créateurs d'emplois.

 

Indigo Island, dans l'archipel des Bahamas, a été acquise par Bernard Arnault. ©Eric Fenouil pour Capital.

Indigo Island, dans l'archipel des Bahamas, a été acquise par Bernard Arnault. ©Eric Fenouil pour Capital.

 

BOLLORÉ, ARNAULT, MULLIEZ :

LES PDG FRANÇAIS CRAQUENT POUR LES ÎLES PRIVÉES

 

Les patrons s'entichent de nos îles. Découverte de leurs plus belles possessions.

 

Tranquillité assurée, voisinage de bon aloi et climat vivifiant. Les îles de Bretagne et leur nature brute sont un havre de paix. Pas étonnant que les P-DG en raffolent. Sur les 800 morceaux de terre éparpillés au large du littoral, une cinquantaine sont privés. Longtemps propriétés de familles du cru, d'agriculteurs ou de congrégations religieuses, elles sont petit à petit rachetées par des grands patrons qui alignent sans barguigner des millions d'euros pour mettre la main sur quelques hectares de terre sauvage.

Le golfe du Morbihan, chouchou des P-DG

Il faut le vouloir, car ces petits bouts de paradis ne sont le plus souvent accessibles que par la mer. Et l'eau potable provient en général d'un puits ou d'une citerne d'eau de pluie. Point d'électricité non plus sans groupes électrogènes ou panneaux solaires. Les photos aériennes réalisées en exclusivité pour Capital dévoilent certains de ces joyaux détenus par des entrepreneurs amateurs d'embruns. Le spot préféré des P-DG amoureux de la Bretagne est le golfe du Morbihan, loin du monde bling bling qu'ils fréquentent sur le continent.

 

 

©Pierre Perusseau / Bestimage. Vincent Bolloré a craqué pour l'île du Loc'h.

Ile des Rimains : la forteresse du frère de NKM

Photo île des Rimains : ©Eric Fenouil pour Capital. Photo Pierre Kosciusko-Morizet :©P.Conrad/Photo 

Pierre Kosciusko-Morizet, cofondateur du site de vente en ligne PriceMinister et actionnaire actif de nombreuses start-up, est le propriétaire de ce caillou de 2 hectares à 800 mètres au large de Cancale (Ille-et-Vilaine). Il l'a acheté à Apollonia Poilâne, fille du célèbre boulanger, qui en avait hérité en 2002 après la mort tragique de ses parents dans un accident d'hélicoptère alors qu'ils se rendaient justement sur l'île. Le montant de la transaction aurait dépassé les 5 millions d'euros selon des sources locales.

Boëdic : un Lyonnais l'a payée une petite fortune

©Eric Fenouil pour Capital. L'île de Boëdic.

C'est au printemps 2014 que Christian Latouche, fondateur de Fiducial, une société de services comptables de 1,5 milliard d'euros de chiffre d'affaires, a mis la main sur cette perle du golfe du Morbihan comprenant 7 hectares privés (1) et 4 hectares contrôlés par le Conservatoire du littoral (2).

Elle était auparavant la propriété de l'avocat de Jérôme Kerviel et de Françoise Bettencourt-Meyers, Olivier Metzner, qui avait été retrouvé noyé en mars 2013 à proximité de la plage. La star du barreau avait effectué plus de 1 million d'euros de travaux dans le “château” (3), une villa de seize pièces, somptueusement réaménagées. La longère (4) qui donne sur le chenal avait, elle, été transformée en un superbe salon design. Pas superstitieux en dépit du sort funeste de son prédécesseur, Christian Latouche a lâché 4 millions d'euros aux héritiers de l'avocat pour pouvoir s'installer ici.

 

Ile de la Jument : l'héritage des six enfants Mulliez

©Eric Fenouil pour Capital. L'île de la Jument.

Le mouvement des courants semblable à la crinière d'une jument au galop a donné son nom à ce bout de terre du golfe du Morbihan. L'île était la propriété de Stéphane Mulliez, décédé le 15 juin dernier à l'âge de 65 ans. Cousin de Gérard Mulliez, le fondateur d'Auchan, il a créé la chaîne de magasins de jouets Picwic. L'île appartient désormais à ses six enfants. L'entrepreneur nordiste l'avait achetée en 1986 et avait réaménagé la vaste demeure de 300 mètres carrés (en bas à droite) et la petite anse où accostent les embarcations (en haut à gauche). Il y organisait des séminaires, peu chers (89 euros la nuit) et “roots”, puisque l'électricité solaire et l'eau de pluie traitée étaient rationnées. Son dernier combat : tenter de limiter les dommages provoqués par les cormorans, qui ravageaient une partie de ses arbres.

Indigo Island : Bernard Arnault a son morceau de paradis aux Bahamas

©Eric Fenouil pour Capital. Indigo Island, dans l'archipel des Bahamas.

C'est une perle caraïbe que s'est offerte le patron de LVMH. En 1999, Bernard Arnault a acheté la splendide île de Cistern Cay, dans l'archipel des Bahamas, à un homme d'affaires américain en difficulté financière. L'empereur du luxe a négocié ce havre de paix de 54 hectares, à vingt minutes en hydravion de la capitale, Nassau, pour 4 millions d'euros. Rebaptisé Indigo Island, ce bout de paradis vaudrait douze fois plus aujourd'hui !

Le milliardaire n'a pas lésiné pour réaménager l'endroit à son goût. Il a investi 30 millions de dollars pour construire la demeure principale (photo ci-dessus), flanquée d'une piscine, sur le point le plus haut de l'île d'où il jouit d'un pano rama phénoménal sur les eaux turquoise. Les bungalows et le court de tennis ont été construits en bois imputrescible, avec des toits en chaume alang alang, importés d'Indonésie. La marina peut accueillir une dizaine d'embarcations et une flotte de Jet-Ski

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30 août 2017 3 30 /08 /août /2017 06:44

Un article d'Olivier Doubre (Politis) : 

Les organisations syndicales italiennes ont contraint le gouvernement à abolir deux dispositifs néfastes pour les salariés : les chèques services et l’irresponsabilité des donneurs d'ordre.

 

Équivalent de la CGT française, la CGIL avait déjà remporté il y a quelques mois la bataille des signatures pour imposer un référendum abrogatif sur certaines dispositions des « lois travail » transalpines : 1,1 million de personnes (500 000 suffisent selon la Constitution) avaient ainsi signé pour abroger ces lois iniques votées d’abord par le gouvernement Berlusconi en 2008 puis renforcées en 2015 par Matteo Renzi – et à côté desquelles la loi El Khomri passerait pour timide.

 

La Cour constitutionnelle avait alors validé le principe du référendum, fixé au 27 mai prochain. Celui-ci devait supprimer en particulier le recours aux fameux « vouchers », ces chèques services (de 10 euros de l’heure) avec lesquels les employeurs pouvaient rémunérer les précaires pour quelques heures de travail (avec des cotisations sociales ultraréduites), mais aussi abroger le principe de non-responsabilité des donneurs d’ordre dans un contrat de sous-traitance ne respectant pas le droit du travail.

 

Le gouvernement de Paolo Gentiloni, successeur de Renzi à la présidence du Conseil suite à l’échec de ce dernier à faire approuver une réforme constitutionnelle en novembre dernier (également) par référendum, n’avait aucune envie de prendre le risque d’une nouvelle consultation populaire.

 

Le Parlement italien a donc voté mercredi 19 avril dans la soirée un texte gouvernemental abolissant les vouchers – dont l’utilisation avait été multipliée par 270 entre 2008 et 2016 ! – et rétabli la responsabilité des donneurs d’ordre. Le référendum du 27 mai n’a donc plus lieu d’être, les syndicats se félicitant de cette issue après des mois de lutte sur ces deux points.

 

Le très social-libéral Parti démocrate, dont une partie de l’aile gauche a fait scission il y a quelques semaines, s’évite ainsi une campagne sur une des lois phares (mais honnie dans la population, surtout des précaires) de l’ère Renzi, alors que des primaires internes au parti doivent avoir lieu le 30 avril en vue de rétablir l’ancien président du Conseil au poste de secrétaire général de la formation. Des circonstances qui ont permis cette victoire syndicale, hautement symbolique.

Une rareté : une victoire de syndicats contre un gouvernement
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29 août 2017 2 29 /08 /août /2017 06:41

 

 

 

Un article du géographe David Teuscher

 

 

Après des études de commerce international, David Teuscher a poursuivi ses études en Master 2 Géopolitique à l’Université de Reims (Mention très bien). Ses recherches de Master 1 portaient sur la guerre économique en France. Elles sont en cours d’approfondissement en vue de les publier. Depuis plusieurs mois, il développe un projet de recherche sur les perspectives d’évolution territoriale des États-Unis.

 

Un rassemblement de suprémacistes blancs à Charlottesville a coûté la vie le 12 août 2017 à une contre-manifestante, tuée par un automobiliste, un homme de 20 ans soupçonné de sympathies nazies, ayant précipité sa voiture dans la foule.

 

Le président des Etats-Unis, Donald Trump, a jugé dans un premier temps que les responsabilités étaient partagées dans ces violences. Vivement critiqué pour cette déclaration, le président américain a tenté le 14 août de rectifier le tir en qualifiant les néo-nazis et le Ku Klux Klan de criminels.

 

La carte ci-jointe de David Teuscher met en perspective géopolitique les divisions ethniques aux Etats-Unis. Sa légende présente un pays multi-ethnique et ses ancrages régionaux, le développement de menaces pour une stabilité interne, et des dynamiques de mouvement et de blocage.

 

Cette carte présente un état des lieux des aires d’établissement privilégiées des populations et des mouvements radicaux établis sur une idéologie ethnique. Des enjeux communautaires s’observent avec la radicalité des hate groups, ou groupes de haine, révélateurs d’idéologies suprémacistes et séparatistes. Ces différences et idéologies ethniques traduisent de véritables lignes de fracture dans la société américaine du melting pot. Fait intéressant : il n’y a pas un État sans groupe de haine.

 

La géographie de la population et l’ethnologie mettent au jour des ancrages territoriaux visibles. Les concentrations de populations sont l’héritage du passé et des peuplements coloniaux du territoire américain. Cette présence de différentes ethnies ne se limitent pas aux frontières des États fédérés, mais les traversent pour devenir transnationale. Dans l’actualité, la frontière Sud cristallise les enjeux migratoires aux Etats-Unis sous l’administration Trump avec le projet de mur pour endiguer et contrôler les flux clandestins et trafics. Son renforcement l’atteste avec les milices, patrouilles, murs, etc.

 

Etats-Unis : différences ethniques
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27 août 2017 7 27 /08 /août /2017 06:27

 

Ci-dessous un article de Galil Agilar sur les choix radicaux de Macron en matière d'économie :

 

Lors de sa déclaration de politique générale à l’Assemblée nationale le 4 juillet dernier, le premier ministre Édouard Philippe a annoncé la suppression des cotisations salariales sur l’assurance maladie et l’assurance chômage. Or, cette suppression sera financée par une hausse de 1,7% de la Contribution Sociale Généralisée (CSG). La CSG est financée par 7,5% des revenus des actifs, 8,2% des revenus de détenteurs de patrimoine, et 6,6 % des pensions des retraités. Cette ponction touchera les pensions des retraités percevant plus de 14 375 euros par an, soit 60% des retraités. Une drôle de manière de remercier une catégorie sociale ayant largement participé à son accession au pouvoir, puisque 74% des retraités auraient voté pour Emmanuel Macron au second tour.

 

Le 6 juillet dernier, Gérald Darmanin, ministre de l’action et des comptes publics, du budget et de la fonction publique, a annoncé le rétablissement pour les fonctionnaires du « jour de carence ». C’est-à-dire, la suppression de la paie pour le premier jour d’absence pour maladie. Il a également confirmé le gel du traitement des fonctionnaires en ces termes :

« Il n’y aura pas d’augmentation de point d’indice pour les agents de la fonction publique. »

 

Toutes les catégories socio-professionnelles ne sont pas à la même enseigne. Dans le même laps de temps en effet, le ministre des finances Bruno Le Maire, qui se comparait au dieu Hermès devant un parterre de financiers new-yorkais, faisait des pieds et des mains pour les inciter à investir et à s’installer en France.

 

Devant le cercle Interrallié le 5 juillet dernier à Paris, il déclarait :

« Parmi les investisseurs étrangers, il y a des salariés qui ont des niveaux de revenus élevés. Or, la taxation de ces revenus est très forte. »

Faisant ainsi écho au discours de politique générale du premier ministre, dont les mesures annoncées doivent prouver que « nous sommes capables de tenir compte de cette situation pour faire venir des salariés en France ».

En 2013, le gouvernement de François Hollande avait initié la mise en place d’une taxe sur les entreprises non assujetties à la TVA (en grande partie, celles touchant au domaine de la finance). Cette taxe pouvait monter jusqu’à 20% pour les entreprises générant des salaires supérieurs à 153 000 euros brut. Le projet du gouvernement actuel : faire disparaître complètement cette taxe. Objectif : permettre aux banques françaises de payer leurs traders en bonus supplémentaires avec l’argent ainsi économisé. Ceci afin de les rendre compétitives  vis-à-vis des banques londoniennes en terme de rémunération des traders.

 

 

Ponctionner les retraités et les fonctionnaires pour détaxer les traders

Mais les courbettes ne s’arrêtent pas là. C’est une véritable pochette surprise que le gouvernement propose aux financiers des places londonienne et new-yorkaise. Ainsi, en accord avec le ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer, Le Maire propose, à l’attention des enfants des traders en question,

« un plan de réalisation d’établissements scolaires ou de classes bilingues susceptibles de [les] accueillir ».

Rappelons que cette proposition de petits soins privilégiés pour les enfants de traders intervient dans un contexte où le minimum de salubrité n’est assuré ni par les collectivités ni par l'Education nationale dans certains établissements scolaires de province ou de banlieue parisienne. Pour paraphraser notre Jupiter-Macron national, il y a les enfants de ceux qui « réussissent » et les enfants de ceux « qui ne sont rien » …

 

En 2003 fut créé le statut d’impatrié. Il concerne les Français fortunés ne résidant plus sur le territoire, puis décidant de revenir en France. Ce statut favorisant les fortunes décidées à revenir sur le territoire a été favorisé par Nicolas Sarkozy en 2008, puis en 2015 par Macron, alors ministre de l’économie. Selon Marianne, ce statut pourrait être encore plus valorisé en terme de défiscalisation par le gouvernement actuel.

 

Macron aurait pourtant juré au porte-parole de l’ONG OXFAM, les yeux dans les yeux, qu’il ne supprimerait pas la Taxe sur les Transactions Financières (TTF). Cette taxe que le gouvernement s’apprête à supprimer pour favoriser l’activité spéculative sur le territoire au prétexte de valoriser la croissance, avait rapporté depuis sa création 137 millions d’euros aux caisses de l’État.

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25 août 2017 5 25 /08 /août /2017 09:21
Calomnie : le mari de Bri-Bri d'amour ne se maquille pas !

Et comme le dit Thomas Porcher, un des rares économistes de gauche invités sur les plateaux de télévision, " Les français ont quand même accepté 165 réformes relatives au marché du travail entre 2000-2014. Ils ne les détestent pas, ils en ont marre.  "

 

On commence à penser que le maquillé ne finira pas son quinquennat.

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24 août 2017 4 24 /08 /août /2017 05:29

 

 

 

Ci-dessous, de larges extraits d’un article récent de Courrier International :

 

 

La Commission européenne a été contrainte de publier une partie des notes de frais engagés pour ses déplacements en 2016. La lumière ainsi faite sur des sommes astronomiques est gênante pour la Commission, et la presse britannique anti-UE n’en fait qu’une bouchée.

 

Après avoir tergiversé pendant trois ans, la Commission européenne a fini par publier une partie de ses notes de frais pour ses déplacements. La publication fait un tollé : la Commission a dépensé près de 555 000 euros pour couvrir les déplacements de ses membres, rien qu’en janvier et février 2016.

 

Ce qui a fait grimper les frais, ce sont les déplacements en jet privé. Ainsi, le président de la Commission“Jean-Claude Juncker, a dépensé 24 000 livres [26 000 euros] pour un déplacement à Rome”, et Federica Mogherini, vice-présidente de la Commission, “avait fait une note de frais de 67 000 livres pour une visite à Bakou, la capitale de l’Azerbaïdjan”. Et ces coûts ne représentent probablement “que le sommet de l’iceberg, car l’UE refuse toujours de publier les notes de frais sur toute l’année, officiellement parce que la publication représente ‘une tracasserie administrative’”, ajoute le quotidien.

 

Le journal précise que la Commission permet l’utilisation d’avions affrétés s’il n’y a pas de vols commerciaux disponibles, si ceux-ci ne conviennent pas à l’agenda du commissaire ou pour des raisons de sécurité.

 

L’UE ne comprend pas ce que rendre des comptes veut dire. La raison est évidente : elle n’est pas soumise à la pression démocratique. Les Commissaires européens non élus qui abusent de leurs privilèges n’ont pas à craindre d’être chassés de leur poste par des électeurs en colère.”

 

“Ces notes de frais pourraient être politiquement explosives, étant donné que l’UE demande aujourd’hui au Royaume-Uni de lui payer une facture de divorce d’un montant de 50 milliards de livres.” En effet, le scandale risque d’accentuer la réticence britannique à régler la note finale à l’UE lors de son départ du bloc européen. “Pourquoi le Royaume-Uni devrait-il payer cette facture du Brexit, afin que ‘jet-set Juncker’ puisse continuer ses voyages en grande pompe ?”

 

Non seulement [la Commission européenne] gaspille l’argent des contribuables pour financer des bureaux chics, des salaires et des retraites exorbitants et des déplacements où toute dépense est permise, mais en plus elle a l’audace de cacher les sommes.”

 

Judith Sinnige

 

 

 

 

Quand la Commission européenne se sucre
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21 août 2017 1 21 /08 /août /2017 06:07

Merci à Situation pour cette intéressante analyse :

Logiquement, tout avance de concert. Au moment où Macron est élu, nous découvrons que La Poste enrichit sa gamme de services d’une offre « Veiller sur mes parents » à partir de 19.90€ par mois (plusieurs formules : 1, 2, 4, 6 passages par semaine). Le missionné, qu’on n’appellera sans doute plus « l’agent » (tellement impersonnel-bureaucratique – old), mais dont on verra si la Poste va jusqu’à l’appeler l’« ami de la famille », passe en voisin, boit le café, fait un petit sms pour tenir au courant les descendants, bref – dixit le prospectus lui-même – « maintient le lien social ». Résumons : Pour maintenir le lien social tout court, c’est 19.90€. Et pour un lien social béton (6 visites par semaines), c’est 139.90€. Tout de même. Mais enfin il y va du vivre ensemble.

En 1999, des lignards d’EDF en vacances et même en retraite avaient spontanément repris du service pour rétablir le courant après la tempête. Ils l’avaient fait parce qu’ils estimaient que, dans cette circonstance exceptionnelle, il se jouait quelque chose entre eux, le service public dont ils étaient ou avaient été les agents, et la société dans son ensemble, quelque chose qui n’était pas de l’ordre d’un lien contractuel-marchand et procédait de mobiles autres que pécuniaires. Maintenant que nous en sommes à l’étape de la forfaitisation du lien social, nous percevons combien cette réaction qui fut la leur a été une tragique erreur. Puisqu’il est décidé que tout, absolument tout, est monnayable, la prochaine fois que les lignes sont à terre, on espère bien que toute demande de reprise de service obtiendra pour réponse, au mieux la renégociation en position de force du tarif des prestations extraordinaires, et plutôt d’aller se carrer les pylônes.

Le contresens anthropologique du lien social tarifé semble ne pas apercevoir que, précisément, la transaction contractuelle-marchande n’est au principe d’aucun lien, entendons autre que le lien temporaire stipulé dans ses clauses, dont l’échéance est fixée par le paiement qui, dit très justement l’expression, permet de s’acquitter – c’est-à-dire de quitter. Après quoi les co-contractants redeviennent parfaitement étrangers l’un à l’autre. C’est pourtant ce modèle « relationnel » que la société néolibérale, La Poste en tête, se propose de généraliser à tous les rapports humains, désastre civilisationnel dont le désastre électoral de ce printemps n’est que l’épiphénomène. Mais aussi l’accélérateur. Avec peut-être toutes les vertus des accélérations à contresens : déchirer les voiles résiduels, clarifier la situation, rapprocher des points critiques. Si l’on peut placer un espoir raisonnable dans la présidence Macron, c’est celui que tout va devenir très, très, voyant. C’est-à-dire odieux comme jamais.

Car il ne faut pas s’y tromper, la France n’est nullement macronisée. Les effets de levier composés du vote utile font à l’aise un président avec une base d’adhésion réelle de 10% des inscrits. Quant aux législatives, le réflexe légitimiste se joint à la pulvérisation des candidatures d’opposition pour assurer de rafler la mise. Par l’effet de cette combinaison fatale, le 19earrondissement de Paris, par exemple, qui a donné Mélenchon en tête au premier tour avec plus de 30% est ainsi bien parti pour se donner un député macronien – on aurait tort d’en tirer des conclusions définitives. Mais en réalité, au point où nous en sommes, tout ça n’a plus aucune importance. La vérité, c’est que « la France de Macron » n’est qu’une petite chose racornie, quoique persuadée de porter beau : c’est la classe nuisible.

La classe nuisible est l’une des composantes de la classe éduquée, dont la croissance en longue période est sans doute l’un des phénomènes sociaux les plus puissamment structurants. Pas loin de 30% de la population disposent d’un niveau d’étude Bac+2 ou davantage. Beaucoup en tirent la conclusion que, affranchis des autorités, aptes à « penser par eux-mêmes », leur avis compte, et mérite d’être entendu. Ils sont la fortune des réseaux sociaux et des rubriques « commentaires » de la presse en ligne. La chance de l’Europe et de la mondialisation également. Car la classe éduquée n’est pas avare en demi-habiles qui sont les plus susceptibles de se laisser transporter par les abstractions vides de « l’ouverture » (à désirer), du « repli » (à fuir), de « l’Europe de la paix », de « la dette qu’on ne peut pas laisser à nos enfants » ou du monde-mondialisé-dans-lequel-il-va-bien-falloir-peser-face-à-la-Russie-et-aux-Etats-Unis. La classe demi-habile, c’est Madame de Guermantes à la portée d’un L3 : « la Chine m’inquiète ».

La propension à la griserie par les idées générales, qui donnent à leur auteur le sentiment de s’être élevé à hauteur du monde, c’est-à-dire à hauteur de gouvernant, a pour effet, ou pour corrélat, un solide égoïsme. Car la demi-habileté ne va pas plus loin que les abstractions creuses, et ignore tout des conséquences réelles de ses ostentations abstraites. En réalité, elle ne veut pas les connaître. Que le gros de la société en soit dévasté, ça lui est indifférent. Les inégalités ou la précarité ne lui arrachent dans le meilleur des cas que des bonnes paroles de chaisière, en tout cas aucune réaction politique. L’essentiel réside dans les bénéfices de la hauteur de vue, et par suite d’ailleurs la possibilité de faire la leçon universaliste aux récalcitrants. En son fond elle est un moralisme – comme souvent bercé de satisfactions matérielles. Sans surprise, elle résiste à la barbarie en continuant de boire des bières en terrasse – ou, plus crânement encore, en brassant elle-même sa propre bière.

Demi-habile et parfaitement égoïste, donc : c’est la classe nuisible, le cœur battant du macronisme. Elle est le fer de lance de la « vie Macron » – ou du vivre ensemble La Poste. Partagée entre les déjà parvenus et ceux qui continuent de nourrir le fantasme, parfois contre l’évidence, qu’ils parviendront, elle est la classe du capital humain : enfin un capital qui puisse être le leur, et leur permettre d’en être  ! Ceux-là sont habités par le jeu, ils y adhèrent de toute leur âme, en ont épousé avec délice la langue dégénérée, faite signe d’appartenance, bref : ils en vivent la vie. Ils sont tellement homogènes en pensée que c’est presque une classe-parti, le parti du « moderne », du « réalisme », de la « French Tech », du « projet personnel » – et l’on dresserait très facilement la liste des lieux communs d’époque qui organisent leur contact avec le monde. Ils parlent comme un journal télévisé. Leurs bouches sont pleines de mots qui ne sont pas les leurs, mais qui les ont imbibés si longtemps qu’ils ont fini par devenir les leurs – et c’est encore pire.

Cependant, l’égoïsme forcené joint à l’intensité des investissements existentiels a pour propriété paradoxale de faire de la classe de « l’ouverture » une classe séparée et claquemurée, sociologiquement minoritaire en dépit des expressions politiques majoritaires que lui donnent les institutions électorales – qui disent là comme jamais la confiance qu’elles méritent. La seule chose qui soit réellement majoritaire, c’est son pouvoir social – mais comme on sait, à ce moment, il convient de parler non plus de majorité mais d’hégémonie. Sans surprise, la sous-sous-classe journalistique en est le joyau, et le porte-voix naturel. L’élection de Macron a été pour elle l’occasion d’un flash orgasmique sans précédent, ses grandes eaux. Au moment où nous parlons d’ailleurs, on n’a toujours pas fini d’écoper. En tout cas la classe nuisible est capable de faire du bruit comme quinze. Elle sait ne faire entendre qu’elle et réduire tout le reste – ouvriers, employés, des masses elles bien réelles – à l’inexistence. Au prix, évidemment, de la sourde accumulation de quelques « malentendus », voués un de ces quatre à faire résurgence un peu bruyamment.

Il pourrait y avoir là de quoi désespérer absolument si le « progrès intellectuel » de la population ne fabriquait plus que des possédés, et se faisait le parfait verrou de l’ordre social capitaliste. Mais la classe nuisible n’est qu’une fraction de la classe éduquée. C’est qu’en principe, on peut aussi se servir de capacités intellectuelles étendues pour autre chose. Bien sûr on ne pense pas dans le vide, mais déterminé par toutes sortes d’intérêts, y compris matériels, à penser. De ce point de vue les effets du néolibéralisme sont des plus ambivalents. S’il fabrique de l’assujetti heureux et de l’entrepreneur de lui-même, il produit également, et à tour de bras, du diplômé débouté de l’emploi, de l’intellectuel précaire, du startuper revenu de son esclavage. La plateforme OnVautMieuxQueCa, qui a beaucoup plus fait que les directions confédérales dans le lancement du mouvement du printemps 2016 – qui a même fait contre elles… –, cette plateforme, véritable anthologie en ligne de la violence patronale, dit assez où en est, expérience à l’appui, une large partie de la jeunesse diplômée dans son rapport au salariat. Et, sous une détermination exactement inverse, dans ses propensions à penser. On peut donc ne pas tomber dans l’exaltation « générationnelle » sans manquer non plus de voir qu’il se passe quelque chose dans ces tranches d’âge. Si d’ailleurs, plutôt que de revoir pour la dixième fois The social network et de se rêver en Zuckerberg français, toute une fraction de cette génération commence à se dire « ingouvernable », c’est sans doute parce qu’elle a un peu réfléchi à propos de ce que veut dire être gouverné, suffisamment même pour apercevoir qu’il n’y va pas seulement de l’Etat mais de l’ensemble des manières de façonner les conduites, auxquelles les institutions formelles et informelles du capitalisme prennent toute leur part.

Sur ce versant-là de la classe éduquée, donc, ça ne macronise pas trop fort – sans compter d’ailleurs tous ceux à qui l’expérience prolongée a donné l’envie de changer de bord : les cadres écœurés de ce qu’on leur fait faire, les dégoûtés de la vie managériale, les maltraités, les mis au rebut, à qui la nécessité fait venir la vertu, mais pour de bon, qui ont décidé que « rebondir » était une affaire pour baballe exclusivement, ne veulent plus se battre pour revenir dans le jeu, et prennent maintenant la tangente. Or ce contingent de têtes raides ne cesse de croître, car voilà le paradoxe du macronisme : en même temps qu’il cristallise la classe nuisible, son effet de radicalisation, qui donne à l’époque une clarté inédite, ouvre d’intéressantes perspectives démographiques à la fraction rétive de la classe éduquée.

Cependant le privilège social de visibilité de la classe éduquée, toutes fractions confondues, n’ôte pas qu’on ne fait pas les grands nombres, spécialement dans la rue, sans la classe ouvrière mobilisée. En l’occurrence affranchie des directions confédérales, ou du moins décidée à ne plus les attendre. Mais ayant par suite à venir à bout seule de l’atomisation et de la peur. Pas le choix : il faut qu’elle s’organise – se -organise... Et puis s’organiser avec elle. Caisses de solidarité, points de rencontre : dans les cortèges, dans de nouveaux groupements où l’on pense l’action en commun, tout est bon. En tout cas, comme dans la jeunesse, il se passe quelque chose dans la classe ouvrière : de nombreux syndicalistes très combatifs, durcis au chaud de plans sociaux spécialement violents, virtuellement en rupture de centrale, font maintenant primer leurs solidarités de lutte sur leurs appartenances de boutique, laissent leurs étiquettes au vestiaire et ébauchent un front uni. Si quelque jonction de la jeunesse décidée à rompre le ban ne se fait pas avec eux, rien ne se fera. Mais la détestation de l’entreprise, promise par le macronisme à de gigantesques progrès, offre d’excellentes raisons d’espérer que ça se fera.

Les postiers nounous

Il n’est pas certain que le macronisme triomphant réalise bien la victoire à la Pyrrhus qui lui est échue. C’est que jusqu’ici, l’indifférenciation patentée des partis de gouvernement censément de bords opposés parvenait encore vaille que vaille à s’abriter avec succès derrière l’illusion nominale des étiquettes de « l’alternance ». Evidemment, l’alternance n’alternait rien du tout, mais il restait suffisamment d’éditorialistes abrutis pour certifier que la « gauche » succédait à la « droite, ou l’inverse, et suffisamment de monde, à des degrés variés de cécité volontaire, pour y croire. Le problème du macronisme, c’est précisément… qu’il a réussi : sa disqualification des termes de l’alternance prive le système de son dernier degré de liberté, assurément factice mais encore doté de quelque efficacité résiduelle. Quand il aura bien mis en œuvre son programme, poussé tous les feux, par conséquent rendu folle de rage une fraction encore plus grande de la population, où trouvera-t-il son faux alternandum et vrai semblable, l’entité faussement opposée et parfaitement jumelle qui, dans le régime antérieur, avait pour double fonction de soulager momentanément la colère par un simulacre de changement tout en assurant la continuité, quoique sous une étiquette différente ?

Résumons-nous : bataille terminale au lieu du noyau dur – le rapport salarial, via le code du travail –, intégration ouverte de l’Etat et du capital, presse « en plateau », extase de la classe nuisible et radicalisation antagoniste des défecteurs, colère grondante des classes populaires promises à l’équarrissage, fin des possibilités théâtrales de l’alternance, disparition définitive de toute possibilité de régulation interne, de toute force de rappel institutionnalisée, de tout mécanisme de correction de trajectoire : à l’évidence il est en train de se former une situation. À quelque degré, ce gouvernement-du-barrage-contre-le-pire doit en avoir conscience puisqu’il approfondit le mouvement, déjà bien engagé, de proto-fascisation du régime : avec les ordonnances du code du travail, la normalisation de l’état d’urgence en droit ordinaire a été logiquement sa première préoccupation. Ultime moyen de contrôle de la situation, lui semble-t-il, mais qui contribue plutôt à l’enrichissement de la situation. Et confirme que la question de la police va se porter en tête d’agenda, comme il est d’usage dans tous les régimes où l’état d’illégitimité n’est plus remédiable et où ne reste que la force armée, la seule chose opposable à la seule opposition consistante : la rue. Car il est bien clair qu’il n’y a plus que la rue. Si « crise » désigne le moment résolutoire où les trajectoires bifurquent, nous y sommes. Quand tout est verrouillé et que la pression n’en finit pas de monter, il doit se passer quelque chose. Ce dont les forces instituées sont incapables, seul l’événement peut l’accomplir.

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20 août 2017 7 20 /08 /août /2017 06:21

 

 

Quand j’étais gamin, la bourgeoisie française envoyait ses jeunes filles ayant fauté se faire avorter en Suisse. A la rigueur aux Pays-Bas ou en Grande-Bretagne, mais c’était moins chic. Dans notre imaginaire, la Suisse, dans ce domaine, c’était le pays de l’hygiène classe, des cliniques régénérantes où l’on se faisait changer son sang et où on ingérait des glandes de mouton, merveilleux produit dopant légal. On lisait La Montagne magique avec ses tuberculeux raffinés.

 

Pour la crème de la crème, les choses n’ont guère dû changer. Mais pour le commun, suisse ou pas suisse résidant en Suisse, la situation se dégrade d’année en année. Pour faire simple, disons que l’assurance maladie est obligatoire et obligatoirement privée. Il s’agit donc d’un véritable modèle pour Macron et sa bande de jeunes barbus de trois jours, d’autant que le gouvernement helvète regorge de lobbyistes en provenance de l’assurance privée ou de l’industrie pharmaceutique.

 

La dernière loi sur l’assurance maladie date de 1996 Elle fut adoptée après référendum.

 

La Suisse compte plusieurs dizaines de caisses d’assurance-maladie, toutes privées. Selon la bonne vieille loi de concentration capitalistique, les 10 caisses les plus importantes assurent plus de 80% des Suisses. Une initiative populaire pour une caisse « unique et sociale » a été rejetée en 2007 par 71% des citoyens. Une seconde initiative a été refusée en 2014.

 

Le système actuel, où les cotisations sont indépendantes du revenu, distingue trois catégories d’âge : les enfants de 0 à 18 ans, les jeunes adultes de 19 à 25 ans et les adultes âgés de 26 ans et au-delà.

 

Les pauvres peuvent obtenir des aides cantonales. Chaque assuré peut souscrire une franchise de 300 à 2 500 francs suisses. La concurrence étant forcément « libre et non faussée », les assurés peuvent quitter leur caisse à la fin de chaque année. Les compagnies sont tenues d’accepter tout nouvel assuré, quels que soient son âge et son état de santé. Bien que les prestations soient les mêmes pour tous les assurés, les Suisses payent des primes d’assurance différentes les uns des autres. Les citoyens des grandes villes payent davantage que les campagnards. Certaines caisses offrent des primes généreuses pour les jeunes de 19 à 25 ans. Plus la franchise choisie est élevée plus la prime est réduite. Si l’on anticipe une tranche de vie sans maladie sérieuse, l’intérêt est de payer une franchise élevé pour réduire le coût des primes. Les compagnies sont donc gagnantes-gagnantes.

 

Le montant des primes d’assurance change le 1er janvier de chaque année.

 

Le système de franchise est particulièrement pernicieux. Si un assuré a une franchise de 1000 francs suisses et a eu pour 800 francs de frais médicaux dans l'année, il ne sera pas remboursé, comme les frais ne dépassent pas les 1 000 francs de franchise. Si un assuré a une franchise de 1 000 francs et a eu pour 1 500 francs de frais médicaux dans l'année, il ne sera remboursé que de 450 francs.

 

Les critiques contre ce système ne manquent pas. Le manque de transparence permet aux compagnies d’assurer les « bons risques », les personnes recevant des soins peu coûteux, loin de toute pratique de solidarité. Par ailleurs, les compagnies dépensent leurs bénéfices en frais de gestion et publicité sans penser à en redistribuer aux assurés. Plusieurs associations de consommateurs ont récemment proposé, en vain, la création d’une caisse publique unique qui séparerait les comptes des complémentaires de ceux des prestations de bases obligatoires.

 

Les lobbies sont à l’oeuvre, très efficaces. Le socialiste Pierre-Yves Maillard estime que « les membres d'une commission (parlementaire fédérale) ont une influence quasi totale sur le groupe de parlementaires… On recrute donc des parlementaires des partis bourgeois (de droite) membres des commissions spécialisées pour composer les conseils d'administration des caisses maladies. Il y a un vrai réseau d’influence  économique sur la politique dans le domaine de la santé et malheureusement cette tendance s'accentue. Elle va dans la direction d'un caractère toujours plus commercial des assureurs maladie et vers un poids politique toujours plus fort auprès des parlements fédéraux. ».

 

Pour le privé, il y a donc encore beaucoup d’argent à faire sur le dos des malades.

 

 

Se soigner en Suisse, ça fait mal
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