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19 octobre 2015 1 19 /10 /octobre /2015 05:45

Il est l’un des hommes les plus influents de l’Union européenne. À côté de lui, Hollande, c’est du pipi de chat. Il est proche de la retraite, mais gageons qu’il sera remplacé par un clone aussi dingue que lui de la mondialisation libérale, du capitalisme financier le plus débridé. Selon lui, ne pas accepter cette mondialisation est une stupidité politique et économique, et aussi « une attitude moralement indéfendable ».

 

Comme tout bon dirigeant « européen » de haut niveau qui se respecte (voir Mario Draghi, Mario Monti, Lucas Papademos), Sutherland a passé vingt ans à la tête de la banque Goldman Sachs. Là, comme dans les instances européennes, il a œuvré, dans la discrétion ou en pleine lumière, au profit de l’oligarchie capitaliste mondiale. Lire à ce sujet La Banque : Comment Goldman Sachs dirige le monde de Marc Roche.

 

À l’origine, Sutherland est avocat. Dans son pays, une Irlande que l’on peut considérer comme l’un des laboratoires préférés de la déréglementation à tout crin, il est nommé procureur général (Attorney General of Ireland), en d’autres termes le premier conseiller du gouvernement en matière juridique. En 2011, il propose – et finit par imposer – au gouvernement irlandais des réductions budgétaires de 3 milliards d’euros.

 

Sa fiche Wikipédia nous dit tout de sa carrière d’homme d’affaires : « Peter Sutherland, né le 25 avril 1946 à Foxrock dans le comté de Dun Laoghaire-Rathdown, est une personnalité des affaires et un homme politique irlandais. Il est président de l’European Policy Centre , de Goldman Sachs International (depuis 1995), la présidé BP (British Petroleum) (1997-2009), et aussi la section Europe de la Commission Trilatérale (2001-2010) [poste auquel il fut remplacé par Jean-Claude Trichet, dont le CV est presque aussi impressionnant puisqu’ils appartiennent aux mêmes cercles d’influence] Il est aussi directeur non exécutif de la Royal Bank of Scotland. » Il sera en outre l’un des dirigeants du plus important site de vente en ligne à destination des entreprises, le chinois Alibaba (153 milliards de dollars de chiffre d’affaires). Sutherland fut assurément un dirigeant efficace : à la fin de son mandat à la tête de BP, la société faisait 42 millions de livres de bénéfices par jour. Par ailleurs, ce membre influent du groupe Bilderberg aura été le représentant honoraire pour l'Union européenne du Transatlantic Policy Network.

 

 

 

 

Sutherland préside également la London School of Economics, à l’origine une école socialisante (quand on pense qu’elle fut fondée par les époux Webb et George-Bernard Shaw et qu’elle fut en pointe lors de la contestation de mai 68 !), aujourd’hui parangon de la pensée libérale. Et il est représentant spécial de l’ONU pour les migrations internationales et le développement. À ce titre, il est très favorable à l’arrivée d’immigrés (lui, l’Irlandais qui appartient à un peuple d’émigrés) constituant des bataillons industriels de réserve. Il s’est exprimé sur ce sujet devant une commission parlementaire de la Chambre des Lords en 2012 : « L’immigration représente une dynamique cruciale pour la croissance économique. La population autochtone vieillissante de l’Allemagne ou des Etats sud-européens est l’argument clé en faveur du développement de sociétés multiculturelles (…). Les Etats doivent être plus ouverts, tout comme le Royaume Uni l’a démontré. (…) Les Etats-Unis ou l’Australie et la Nouvelle-Zélande sont des sociétés de migrants, ils peuvent donc accueillir plus facilement des populations différentes d’elles-mêmes ». L’objectif politique étant, par le biais du multiculturalisme, « la destruction de l’homogénéité interne des nations européennes ». Pour les grandes entreprises mondialisées, les coutumes, les nations, les traditions culturelles diverses, les frontières, les structures sociales ne doivent pas faire obstacle au commerce.

 

Sutherland n’a que 69 ans. Il a vaincu un cancer glorieusement. Il peut encore sévir un bon moment.

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16 octobre 2015 5 16 /10 /octobre /2015 06:24

En s'en émouvant, de nombreux médias ont reproduit la photo d'une dizaine d'enfants de l'école primaire de Flastroff, en Moselle, allongés sur le ventre, des fusils d'assaut type Fams dans les mains, prêts à tirer.

 

Des enfants et des fusils

Chochotitude que cela ! Je suis tombé récemment, à l'ENS de Lyon, sur une photo placardée au mur, très grand format, datée de 1881, qui prouve qu'on a toujours su embrigader les enfants.

Des enfants et des fusils
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10 octobre 2015 6 10 /10 /octobre /2015 06:25

Le Grand Soir a récemment publié ce très bon article d'Herwig Lerouge sur la privatisation de la Grèce qui, d'une certaine manière, fait suite à celle de la République démocratique allemande (mes illustrations).

 

Il y a 25 ans débutait la plus grande privatisation de l’histoire. Le bilan de la Treuhandanstalt, organisme ouest-allemand chargé de la privatisation des biens de la République est-allemande (RDA), montre que ce n’est pas nécessairement la voie à suivre...

 

Depuis le diktat européen à la Grèce du 13 juillet (3ème accord financier entre le gouvernement et l’UE), en Grèce, tout est à vendre : îles, plages, hôtels, châteaux, ports, aéroports, autoroutes, chemins de fer, sites olympiques... La vente d’actifs publics d’ici fin 2017 devrait rapporter 50 milliards d’euros, dont 50 % doivent servir à recapitaliser les banques. Une autre partie sera utilisée pour payer les créanciers (allemands, français...) et le montant restant sera consacré à des investissements non déterminés pour l’instant. Un agent immobilier suisse haut de gamme a déjà vendu l’île de Stroggilo, près de Samos, à Johnny Depp pour 4,2 millions d’euros, négocié l’îlot Gaia dans les îles Ioniennes pour Angelina Jolie et Brad Pitt et acheté pour 15 millions l’île d’Aghios Thomas près d’Egine avec le milliardaire Warren Buffett. Et la liste de ses clients ne cesse de s’allonger. Le gouvernement grec a dû vendre les 14 aéroports rentables et garder les 30 autres déficitaires et les subventionner. Le maire de Corfou n’en revient pas : « Notre île de 120 000 habitants reçoit plus d’un million de touristes par an. Notre aéroport est extrêmement rentable. Pourquoi le livrer maintenant à des mains étrangères ? »

 

Et qui va prendre le contrôle de ces aéroports ? La société Fraport AG, une entreprise publique allemande, dont la majorité des actions appartiennent à la Ville de Francfort et au Land de Hesse. Ce qui était propriété de l’État grec va devenir propriété de l’État allemand. Et les profits réalisés dans ces 14 aéroports financeront les services publics allemands.1 

 

« La souveraineté de la Grèce sera énormément restreinte »

 

Déjà en 2011, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, à l’époque président de l’Eurogroupe, comparait la situation de la Grèce à celle de l’Allemagne de l’Est après la réunification. Dans le magazine allemand Focus, il expliquait que « la souveraineté de la Grèce sera énormément restreinte » en raison de « la vague de privatisations à venir » d’un montant de 50 milliards d’euros. Il faut, disait-il, une agence de privatisation, pilotée par des experts européens et fondée « sur le modèle de la Treuhand allemande », cet organisme qui avait vendu 14 000 firmes est-allemandes de 1990 à 1994. Il se disait convaincu que les mesures prises « résoudraient la question grecque ».2

 

Le fonds de privatisation dont parle Juncker et qu’exige l’Allemagne, s’appelle le TAIPED (Fonds de mise en valeur du patrimoine privé de l’État grec). Il reprend en effet les méthodes mises en œuvre lors de la réunification allemande. 

 

 

En 1990, il y a 25 ans exactement, à peine un an après la chute du mur, le gouvernement chrétien-démocrate Kohl a mis sur pied une société pour organiser la privatisation de l’économie de l’ex-RDA, la République Démocratique Allemande. Comme le fonds de privatisation grec, il s’agissait d’une agence qui avait les mains libres pour vendre rapidement les avoirs de l’Allemagne de l’Est faisant de cette façon entrer des milliards dans les caisses de l’État allemand. 

 

1990 : La grande expropriation de la population de la RDA

 

Le 9 novembre 1989, la chute du mur de Berlin ouvre la voie à la réunification allemande. Se pose alors la question : comment adapter l’ensemble du système productif de la République démocratique allemande (RDA) et l’intégrer dans l’ensemble de l’économie allemande ? La RDA avait une industrie et une agriculture développées et assez complètes. Le problème central était le manque de capitaux pour moderniser un appareil productif vieillissant. Mais les entreprises, la propriété foncière et l’ensemble des activités économiques appartenaient à l’État, et donc aux citoyens. Les militants des ONG à la base de la révolte de 1989, organisés dans la « Table Ronde centrale », ont présenté au Premier ministre Hans Modrow une « proposition pour former rapidement une agence fiduciaire (Treuhandgesellschaft en Allemand) chargée de sauvegarder les droits des citoyens de la RDA sur la propriété publique de la RDA ». Ils considéraient que le transfert de ces biens à l’État serait une « dépossession des citoyens ». Ils craignaient que dans le cas d’une « annexion de la RDA à la République fédérale d’Allemagne, la propriété du peuple serait perdue », si tout cela appartenait à l’État allemand. La Treuhand devait immédiatement émettre des actions et les distribuer parmi les citoyens de la RDA sous forme de participations au capital de la RDA. Une sorte de « capitalisme populaire » en fait. 

 

Le gouvernement Modrow, une coalition de tous les partis existants en RDA, a créé, le 1er mars 1990, cette Treuhandanstalt. 

 

« Capitalisme populaire »

 

Mais, quelques jours plus tard, la CDU est-allemande gagne les élections. Le 17 juin 1990, la nouvelle Chambre populaire de la RDA adopte la Treuhandgesetz (loi sur la privatisation et la réorganisation du patrimoine de l’État). Cette loi stipule que « le patrimoine d’État doit être privatisé ». Cette disposition était imposée par le gouvernement de la République fédérale allemande (RFA). Le chancelier Kohl avait promis pendant la campagne électorale aux citoyens de la RDA que personne n’y perdrait. Selon lui, la RDA était en faillite, son économie totalement usée. Il ferait, grâce au travail de la Treuhand, de l’Allemagne de l’Est un « paysage florissant », en quelques années. 

 

Cette loi met ainsi fin aux rêves de « capitalisme populaire » des mouvements citoyens qui avaient contribué à la chute du mur. Mais les nouveaux dirigeants politiques et une armée de professeurs de l’Allemagne de l’Ouest passaient maintenant à la télé pour affirmer que la privatisation de la RDA allait sauver les citoyens de la catastrophe. En fait, disaient-ils, l’économie de la RDA ne valait rien, qu’il n’y avait que des dettes. Ils devaient être reconnaissants qu’on ne leur donnait pas de titres de propriété. Au moins, ils ne seraient pas tenus pour responsables des dettes. Comme ils n’étaient plus propriétaires, il n’était plus nécessaire non plus d’associer les citoyens aux opérations de privatisation. 

 

Cette décision exauçait évidemment les vœux du patronat de la RFA qui demandait une privatisation massive et rapide. Le jour avant la réunification allemande, le 2 octobre 1990, l’écrivain Günter Grass fait un discours sur « Une affaire en or, appelée RDA ». Le patronat avait d’ailleurs une vue tout à fait différente de la valeur de l’appareil productif de la RDA que les citoyens. Une équipe de prospection de la Banque Schröder, Münchmeyer, Hengst & Co., était tout à fait de son avis. Les experts disent dans leur rapport commenté dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung du 7 février 1990 : « Les participants à ce voyage de prospection sont enthousiastes. Les trois quarts des participants avaient l’intention ferme d’acheter des entreprises en RDA. Ils pensaient qu’en dix ans de temps maximum, les affaires seraient très rentables. »

 

« Ruée vers l’or »

 

La Treuhandanstalt est donc transformée, par la loi du 17 juin 1990, en agence de vente au privé des biens de l’ex-RDA. Rohwedder, le président du Conseil d’administration de Hoesch AG et membre de nombreux autres conseils d’administration dans les plus grosses entreprises allemandes devient le premier président. André Leysen, l’ancien président de la Fédération des Entreprises de Belgique (FEB) sera le seul étranger à faire partie de la direction de la Treuhand. Quand Rohwedder est assassiné, Birgit Breuel, la fille d’un banquier et plusieurs fois ministre régionale des finances, lui succède. 

 

On assiste à une véritable ruée vers l’or. Industries, banques, lobbyistes se ruent vers l’Est en l’absence de tout cadre légal. Premier arrivé, premier servi. Cela va tellement vite que, lors d’une visite en Belgique, Birgit Breuel pouvait annoncer fin 1992 que bientôt « le rôle de son organisme se limiterait à veiller au respect des engagements pris par les repreneurs occidentaux, en termes d’investissements, de maintien de l’emploi ».3

 

La Treuhand était censée revendre les actifs publics en faisant un bénéfice mais elle a clôturé ses comptes sur un énorme déficit de 270 milliards de marks (118,4 milliards d’euros). Un peu avant la fin de la Treuhand, fin 1994, c’est l’heure du bilan : « Lorsque nous avons commencé, nous avions à porter un diagnostic sur environ 8 500 entreprises. Aujourd’hui, après des restructurations importantes, notre portefeuille est monté à quelque 13 000 entreprises. A ce jour, nous avons privatisé 12 300 entreprises et parts d’entreprise ; nous en avons fermé 2 500. Un millier sont en voie de privatisation. Il reste donc 800 entreprises à privatiser. »4

 

Privatisation, privatisation, privatisation

 

La privatisation était la priorité absolue. Presque jamais, la Treuhand n’a envisagé d’assainir des entreprises pour en faire des entreprises publiques efficaces. La Treuhand Anstalt 1 a liquidé 30 % des entreprises et a offert le reste pour un mark symbolique à des sociétés et des spéculateurs ouest-allemands. En agriculture, la grande expropriation a eu lieu de 1990 à 1992. Aujourd’hui, les paysans en sont réduits à racheter ou louer leurs propres terres. 87 % des entreprises privatisées sont vendues à des groupes d’Allemagne de l’Ouest. Dans le meilleur des cas, elles devenaient des filiales de firmes ouest-allemandes. Dans beaucoup d’autres cas, les Allemands de l’Ouest les achetaient à bas prix pour les fermer et éliminer ainsi des concurrents ou pour spéculer avec les terrains ou les bâtiments. 

 

Les grandes usines sidérurgiques de Brandenburg sont entièrement détruites. L’usine de tracteurs de la même ville et la filature de laine n’existent plus. Les 5 000 travailleurs de Pentacon Dresden ne produisent plus aucune caméra. On ne construit plus de camions. KruppStahl a acheté avec des subsides de l’État le laminoir d’Oranienburg, et l’a fait arrêter en 1993. L’usine berlinoise d’installations de chauffage, qui employait 1 850 travailleurs et gros exportateur de centrales électriques, a fait faillite en 1993.

 

Même des entreprises modernes comme la mine de potassium de Bischofferode sont fermées et les travailleurs mis à la porte parce que BASF voulait éliminer la concurrence est-allemande. Souvent, on n’a demandé pour de grandes entreprises qu’un mark symbo-lique, et en plus on a remboursé aux nouveaux chefs d’entreprise des prétendus frais d’assainissement de sites contaminés et on leur a versé des aides à l’investissement et des compensations pour les pertes subies. De nombreux acheteurs furent dispensés des contrôles de routine normaux en matière de commerce et de personnel.

 

L’agriculture assurait l’approvisionnement de base de tous les habitants de la RDA. Après l’union monétaire (le premier juillet 1990, le Deutsche Mark est devenu la monnaie officielle), des chaînes de grande distribution ouest-allemandes ont éliminé les produits agricoles est-allemands du marché. Les cultivateurs ne recevaient plus que la moitié ou même le tiers de l’ancien prix de leurs produits. Beaucoup d’agriculteurs ont perdu leur travail ou ont rendu leur tablier : des 850 000 agriculteurs de la RDA, il n’en reste plus que 170 000.
La surface cultivable a diminué de 20 %, le cheptel a diminué de 50 % pour les bovins, de 65 % pour les porcs et de 70 % pour les ovins.

 

Plus grande destruction de richesses sociales

 

Les banques occidentales ont pu acheter les banques publiques de la RDA pour la somme ridicule de 412 millions d’euros. En contrepartie, elles ont reçu les créances des entreprises, les créances immobilières (10 milliards) et des coopératives agricoles (4 milliards). La Deutsche Bank a raflé les deux tiers des filiales de la Banque d’État de la RDA. 

 

Résultat : la plus grande destruction de richesses sociales jamais vue en temps de paix. Le 19 octobre 1990, le président de la Treuhand, Rohwedder, estimait la valeur des biens à privatiser à 300 milliards d’euros. Quand la Treuhand a fermé ses portes en 1994, elle présentait un bilan négatif de 128 milliards d’euros. Plus de 400 milliards d’euros ont été détruits. Fin 1991, l’industrie de l’Est ne produisait plus qu’un tiers de sa production d’avant 1989.

 

Les exportations se sont effondrées et réduites de moitié en deux ans, surtout vers les pays de l’Europe de l’Est et l’URSS. Mais ce n’était pas perdu pour tout le monde. Les exportations de firmes ouest-allemandes vers ces régions ont presque doublé. 

 

Un désert social

 

En deux ans, de 1989 à 1991, le Produit intérieur brut (PIB) a chuté de 44 % et la production industrielle de 65 %. Le nombre de personnes actives a chuté de 8,9 millions à 6,8 millions dans la même période.

 

En moyenne, le taux de croissance a été de 1 % entre 1990 et 2004. En 1959, le PIB par habitant à l’Est était la moitié de celui de l’Allemagne de l’Ouest. En 1991, il s’élevait à un tiers. En 2009, 20 ans plus tard, ce n’est toujours que deux tiers. 

 

Souvent en situation de monopoles, les nouveaux propriétaires licencient massivement et font du chantage à l’État, demandant des subventions pour investir. Un directeur de la Treuhand expliquera plus tard qu’« aucune grande banque allemande n’a risqué le moindre mark. Tout était garanti par l’État, par l’ensemble des citoyens ». Un autre note dans son journal : « Personne ne se gêne, et personne n’a de scrupules à dévaliser les caisses de l’État, car c’est bien de cela qu’il s’agit. »

 

C’est aussi l’État qui va financer la mise à niveau de l’appareil productif, et fermer les entreprises les moins rentables, celles qui n’ont pas trouvé de repreneurs. 

 

Quatre millions d’Allemands étaient salariés des entreprises passées dans le giron de la Treuhand en 1990. Seulement 1,5 million d’emplois demeuraient lorsque l’agence ferma en 1994. Les entreprises privatisées avaient promis d’en reprendre 1,5 million. Mais même Birgit Breuel reconnaît en 1994 qu’au moins 20 % des investisseurs n’ont pas tenu leurs engagements, qu’il y avait des acquéreurs qui achetaient des entreprises pour s’en débarrasser et spéculer sur l’immobilier.

 

Même si les entreprises avaient repris le 1,5 million de travailleurs comme promis, la Treuhand aurait détruit 2,5 millions d’emplois. 

 

Les emplois à temps plein, stables, sont remplacés par des temps partiels et temporaires en grande partie. En 2008, l’ex-RDA compte un sixième de la population allemande, mais la moitié des Allemands sans emploi. 

 

Entre 1989 et 2006, 4,1 millions d’Allemands de l’Est ont émigré. Surtout dans les anciennes villes industrielles, on estime à 1,3 million le nombre de maisons non-occupées. La solution : la démolition.

 

En fin de compte, ce sont les citoyens qui ont supporté le poids de la réunification. La faillite de la Treuhand et de son idéologie de la « thérapie de choc » est proche. Le 1er janvier 1995, elle disparaît en laissant une montagne de dettes à l’Allemagne réunifiée. 

 

Aujourd’hui, de nombreuses disparités subsistent encore entre l’ex-RDA et l’Allemagne de l’Ouest (ex- RFA).

 

Certains acquis demeurent

 

La plupart des habitants de l’ex-RDA ne disposaient en 2012 que d’un revenu inférieur à 17 800 euros par personne. La majorité des Allemands de l’Ouest, eux, atteignent des sommes pouvant aller jusqu’à 23 700 euros, voire 26 700.

 

En 2013, le PIB par habitant (Berlin excepté) était de 50 % supérieur dans les anciens Länder. Dans les années 2000, le chômage a globalement baissé partout en Allemagne mais les écarts n’ont pas été réduits entre anciens et nouveaux Länder. Lorsque le chômage passe entre 2006 et 2014 de 10 à 6 % de la population active dans l’ancien territoire de la RFA, il passe de 20 à 12 % en ex-RDA. 

 

Par contre, certains acquis sociaux de l’ex-RDA demeurent aussi. Les Allemands de l’Est disposent toujours d’une meilleure prise en charge de leurs enfants. Il existe des zones où jusqu’à 63 % des enfants (âgés de 2 ans ou moins) sont accueillis dans des crèches ou autres établissements de ce type, hérités de l’ex-RDA. A l’Ouest, ce taux chute souvent en deçà des 25 %.

 

Corruption et meurtre 

 



La grande criminalité, des spéculateurs en tout genre ont pu réaliser la reprise pour le mark symbolique d’immobiliers ou de terrains d’entreprises bien situés dans Berlin ou ailleurs revendus quelque temps plus tard au prix fort. L’ancien chef du département juridique de la Treuhand expliquait déjà en septembre 1992 que le total des dommages infligés à la Treuhand par des escroqueries de tous ordres « pouvait être raisonnablement estimé au-dessus de 4,3 milliards de marks ».5

 


C’est pourquoi la Treuhand, qui était sensée s’autofinancer – les revenus des privatisations devaient permettre d’amortir les frais de restructuration a fini avec un déficit de 140 milliards d’euros.


La volonté de faire supporter une partie des coûts de l’annexion aux régimes sociaux (sécurité sociale, retraites, chômage) conduisit bientôt à une crise de ces caisses et à des mesures de restriction. 


 

Un paragraphe de la loi accorde l’impunité aux dirigeants de la Treuhand dans la gestion de leurs affaires. Le ministre des Finances de l’époque, Theo Waigel, leur a accordé « la possibilité de ne pas observer la prudence d’habitude de mise dans la gestion des affaires ». Il fallait agir vite. Cela a conduit à ce que la Treuhand a agi dans un climat de scandales, de corruption, de chantage, la plupart du temps impuni. Les transactions de la Treuhand ont alimenté des caisses noires du parti CDU de Kohl. Il y a eu le dossier Elf Leuna. Les dirigeants des Siemens, Höchst, Daimler et autres Thyssen, représentés en qualité « d’experts » auprès de la direction de l’organisme, ont pu se partager à très bon prix les meilleurs morceaux du gâteau Est-allemand.

 

1. ARD, Milliarden-Deals mit Griechenland : Wer sind die Profiteure der Privatisierung ?, 23 juillet 2015 • 2. Le Monde, Pour Juncker, la Grèce devra se résoudre à perdre une grand epartie de sa souveraineté, 3 juillet 2011 • 3. Le Soir, 31/10/1992 • 4. Les données qui suivent viennent du livre de Vladimiro Giacché : Anschluß - Die deutsche Vereinigung und die Zukunft Europas. Laika-Verlag, Hamburg 2014 • 5. Frankfurter Allgemeine Zeitung 7/9/1992.

 

 

La RDA était-elle en faillite en 1989 ?

 

Aujourd’hui encore, pour de nombreux Allemands de l’Ouest, l’ex-RDA est synonyme de dictature, de faillite économique. Il s’agirait d’un pays qui n’a survécu que grâce aux transferts financiers de l’Ouest aux frais des contribuables ouest-allemands. 

 

Les fermetures d’entreprises après la réunification sont considérées à l’Ouest comme la conséquence de la mauvaise gestion en RDA. 

 

Il est vrai que beaucoup de choses étaient archaïques et devaient être modernisées, et en comparaison de l’Allemagne de l’Ouest, la productivité était faible, mais on ne saurait parler de faillite. 

 

Selon le rapport de la Bundesbank d’août 1999, la RDA disposait en 1989 de réserves monétaires de 29 milliards de Deutsche marks. Ce montant couvrait 59 % de la dette extérieure. La dette par habitant était d’environ 7000 deutsche mark. Cela ne représentait même pas 50 % de la dette de l’Allemagne de l’Ouest, qui était de 15 000 marks par habitant. Avec un produit intérieur brut de plus de 16 000 deutsche marks par habitant, la RDA se situait en 1988 au 9e rang des pays de la Communauté européenne, derrière l’Angleterre mais avant l’Espagne. En matière d’exportation (pour 90 % des produits de l’industrie) la RDA était en 16ème position en Europe.1


Detlev Rohwedder, le premier président de la Treuhand, a évalué le capital de la RDA à 600 milliards de deutsche marks.

 

C’est l’union monétaire beaucoup trop rapide qui a donné le coup de grâce à l’économie de l’ex-RDA. Du jour au lendemain on décrété qu’un mark de l’Est valait un mark de l’ouest, sans transition. Le taux en vigueur était en fait de 4,44 contre 1. Le président de l’époque de la Banque Centrale allemande a dit : « C’était un remède de cheval, aucune économie n’aurait survécu. »

 

En un jour, les entreprises de l’Est ont perdu les marchés de l’Allemagne de l’Ouest et de l’Europe de l’Est. Le commerce avec les pays de l’Est se réglait jusque-là en roubles. Mais avec le Deutsche Mark les produits de RDA devinrent si chers qu’ils n’étaient plus compétitifs. 70% des entreprises firent faillite, ce qui entraîna la suppression de 2 à 2,5 millions d’emplois, cela équivalant à un taux de chômage de 30 %.

 

On a dit dans la presse que mille milliards de deutsche marks auraient été versés aux nouveaux Länder depuis 1990. En réalité, il s’agit de 400 milliards de marks. 

 

Et comme avec la Grèce, cet argent est surtout retourné dans les caisses des actionnaires des grosses multinationales de l’Ouest. L’annexion de la RDA et de ses marchés d’avant 1989 leur a ouvert un marché de plus de 16 millions de nouveaux consommateurs, uniquement en Allemagne de l’Est. Des banques ont pris le marché, les Lidl et autres Aldi se sont emparés de l’approvisionnement en biens de consommation. La concurrence a été rachetée et éliminée par les fermetures d’entreprises. La construction de routes et de bâtiments, la réhabilitation de villes entières et la création de nouvelles industries ont, selon le Premier ministre du Mecklembourg-Poméranie occidentale Harald Ringstorff, « profité à 80 % à des entreprises ouest-allemandes ». L’économie ouest-allemande, particulièrement dans les années 1990 à 1992, a beaucoup profité de la réunification. Elle a enregistré un taux de croissance de 4 % et une progression du nombre d’emplois de presque 1,8 million. 

 

Comme d’habitude, ce sont les travailleurs de l’Est et de l’Ouest qui ont payé et les actionnaires qui ont encaissé. Avec l’aide de leurs amis au gouvernement, évidemment.

 

1. Siegfried Wenzel. Was war die DDR wert ? Und wo ist dieser Wert geblieben ? Versuch einer Abschlussbilanz. 7. Auflage, 2006, ISBN 3-360-00940-1

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8 octobre 2015 4 08 /10 /octobre /2015 05:55

 

Depuis que les conservateurs gouvernent seuls outre-Manche, on peut effectivement parler d’hallali : les ouvriers, les petites gens, les chômeurs, les femmes seules sont aux abois et la bourgeoisie a sonné la charge pour que les victimes, de plus en plus en plus isolées, se rendent.

 

J’en veux pour preuve un bref reportage du Daily Mirror, le seul quotidien à grand tirage britannique qui ne soit pas hostile aux travaillistes, y compris à leur nouveau chef Jeremy Corbyn. Les journaux de droite se sont également fait l’écho du scandale qui suit.

 

Récemment, Debbie Balandis, femme seule avec enfant, a eu la douloureuse surprise de constater que le HMRC (Her Majesty's Revenue and Customs), après avoir eu accès à son compte bancaire, avait interrompu le versement de ses allocations familiales car, selon ce compte, elle vivait avec un dénommé Martin McColl. En tant que chômeuse, Debbie perçoit 160 livres par mois (moins de 200 euros).

 

Le HMRC est une administration non ministérielle du gouvernement, responsable de la collecte des impôts et du paiement de certains services fournis par l’État ainsi que les cotisations à la sécurité sociale.

 

Debbie Balandis perdit le bénéfice de ses allocations familiales (140 livres par semaine) parce que le préposé aux impôts avait cru qu’elle avait désormais un nouveau compagnon, un dénommé Martin McColl qui apparaissait sur son relevé de banque. Il y apparaissait puisque, tout ou presque étant privatisé au Royaume Uni, elle percevait ses allocations au bureau de poste situé dans le magasin géré par ce McColl. Un cas de figure tout à fait banal : depuis des dizaines d’années, des points poste sont gérés par des échoppes privées, du genre épicerie locale.

Royaume-Uni : l’hallali contre les pauvres

En parfait illogisme judiciaire, le HMRC lui fit savoir qu’elle récupèrerait ses allocations lorsqu’elle pourrait prouver que le Martin n’était pas son amant.

 

A noter le ton peu amène, supérieur de la lettre de l’administration. En particulier le “ Miss ”. Pas de politiquement correct pour les gueuses. Enfin quoi, ça n’est jamais qu’une fille-mère !

 

 

 

Source  

Royaume-Uni : l’hallali contre les pauvres
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7 octobre 2015 3 07 /10 /octobre /2015 05:37

 

En mars 2015, le Grand Soir publiait ce saisissant article de Denis Quignard sur une prestation du PDG d'Air France. Au milieu des siens, des patrons de droite et d'extrême droite, la morgue de ce grand patron, nommé par la droite et maintenu par la gauche, s'affichait sans vergogne. On n'a pas entendu le DRH d'Air France (l'homme sans chemise mais avec pantalon), ancien du cabinet de Martine Aubry au moment de l'élaboration de la loi sur les 35 heures, exprimer publiquement la moindre distance par rapport à ces horreurs.

 

 

C’est une vidéo assez hallucinante que vient de dénicher Mediapart. On y voit Alexandre de Juniac se prononcer, lors des rencontres patronales de Royaumont les 6 et 7 décembre 2014, sur les acquis sociaux. Sans vergogne, le PDG d’Air France – KLM s’en prend aux 35 heures, à l’âge de la retraite, et semble même remettre en question l’interdiction du travail des enfants. Une intervention d’un mépris crasse dont le timing laisse songeur, alors que la compagnie traverse une crise profonde.

 

En demandant à de Juniac de prendre la parole sur le thème « les acquis sociaux face aux enjeux mondiaux », les organisateurs de cette petite surboum patronale à laquelle assistait le président du Medef Pierre Gattaz n’ont pas fait les choses au hasard. Probable qu’ils se doutaient qu’ils auraient affaire à un bon client, il qu’il y aurait même moyen de rire un peu. Pari gagné.

 

Pendant plus de 20 minutes, de Juniac régale son auditoire. La mine gourmande, le numéro 1 du groupe aérien semble oublier l’existence des caméras, et enchaîne les déclarations décomplexées. Les acquis sociaux ? Tout cela est « très flou ». Les 35 heures ? « La durée du temps de travail, qui paraît-il est un acquis social, qu’est-ce que cela veut dire ? ». L’âge de départ à la retraite ? « Est-ce que cela a un sens ? ».

 

L’œil vitreux (de Juniac est intervenu après le déjeuner), il embraye ensuite sur le sujet de l’interdiction du travail des enfants. Une interdiction dont le bien fondé semble douteux au président d’Air France – KLM : « On a d’abord interdit aux enfants de moins de huit ans de travailler, puis l’interdiction a été portée à douze ans, puis à seize. (…) Qu’est-ce que c’est qu’un enfant ? Est ce qu’il faut les faire travailler, pas travailler ? Pas sûr ».

 

Mais le comble est atteint lorsque de Juniac, évoquant la concurrence à laquelle sa compagnie doit faire face dans un monde globalisé, raconte une anecdote qu’il trouve manifestement croustillante : « Comme le disait mon homologue de Qatar Airways hier à propos de la grève, “M. de Juniac, chez nous, ce ne serait pas possible, on les aurait tous envoyés en prison” ». Salve d’applaudissements dans la salle. Le Qatar érigé en exemple, pays où comme le rappelle Mediapart, « les salariés émigrés, traités comme des esclaves, meurent par tombereaux sur les chantiers ».

 

Tout au long de ces 20 minutes, de Juniac n’en rate pas une, taxant en filigrane ses employés d’ignorants : « Je pense qu’on se trompe sur le degré de conscience de nos troupes de ce qui se passe » (à propos des « enjeux mondiaux »), et empilant les maladresses. Au sujet du plan Transform 2015, qu’il a conçu à son arrivé à la tête d’Air France en 2012 et qui portait sur 10 000 suppressions d’emplois, réductions de coûts obligent, il précise qu’il a été au préalable expertisé : « Les meilleurs experts mondiaux sont venus, on a payé tout un tas de cabinets de consultants très cher. » Payer très cher des cabinets censés justifier les réductions de coûts drastiques pour cause de caisses vides, on admettra que c’est cocasse.

 

Cette vidéo « tourne énormément parmi les salariés d’Air France » selon Jean-Marc Quattrochi, délégué de l’UNAC, et expliquerait en partie le boycott par toutes les organisations syndicales de la réunion entre de Juniac et la direction d’Air France, lundi 16 mars, réunion censée lancer la discussion sur le plan Perform 2020, nouveau projet de cost-killing du PDG de la compagnie.

 

A force de provocations, de Juniac est parvenu à s’aliéner l’ensemble du tissu syndical de la compagnie aérienne, à l’image du SNPL, syndicat majoritaire chez les pilotes (65 % des voix) dont le président Philippe Evain regrette : « Ce dont on a besoin c’est d’un véritable capitaine d’industrie. Aujourd’hui, nous ne l’avons pas ! ». Une situation fâcheuse, alors que le dialogue social doit s’ouvrir à l’aube du lancement de Perform 2020.

 

Qu’à cela ne tienne, de Juniac a bon espoir d’être reconduit dans ses fonctions. Ses propos ahurissants et son recours aux licenciements plutôt qu’à un projet industriel de qualité pour sortir Air France-KLM de l’impasse n’ont pas suffit à écoeurer le comité de nomination du groupe, qui a décidé d’appuyer sa reconduction auprès du conseil d’administration, qui vient également de lui apporter son soutien. L’Etat lui-même, actionnaire à 15,9 %, semble se prononcer en faveur d’un nouveau mandat pour de Juniac. Raison invoquée : assurer la stabilité de la gouvernance du groupe en cette période de réformes. Les salariés d’Air France seront heureux d’apprendre qu’à défaut d’assurer la leur, l’Etat veille à la stabilité de l’emploi de leur patron, dont l’occupation favorite ces derniers temps semble être de les virer à tour de bras.

 

 

Voir aussi : http://www.mediapart.fr/journal/france/160315/le-pdg-dair-france-divag...

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6 octobre 2015 2 06 /10 /octobre /2015 05:40

Ceux-ci habitent Paris, mais on trouve les mêmes dans presque toutes les grandes villes du monde. Ceux-ci sont globalement musulmans, mais d'autres sont chrétiens, bouddhistes, animistes, voire sans religion. Comme des centaines de millions d'autres vivant dans des conditions plus décentes (dont des lecteurs de ce blog), ils ne savent pas de quoi demain sera fait car leur destin est entre les mains de la classe de Warren Buffet.

Les nouveaux Misérables
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3 octobre 2015 6 03 /10 /octobre /2015 06:00

 

Je voudrais revenir brièvement sur le film d’Yves Jeuland, Un temps de président, consacré, pour reprendre le titre d’une collection d’ouvrages bien connu, à la vie quotidienne au palais de l’Élysée et dans ses alentours.

 

Je pense avoir été plutôt bien inspiré lorsque j’ai rendu compte du livre de Laurent Binet sur la campagne de François Hollande Rien ne se passe comme prévu. J’avais écrit que l’auteur du brillant HHhH s’était fourvoyé parce qu’il avait écrit un ouvrage sur rien. Le film de Jeuland confirme mon intuition. A part une gestion de la France médiocre au profit des plus riches, la politique de Hollande, ce n’est rien.

 

Dans mon compte rendu du livre de Binet, j’écrivais ceci :

 

« Il fut un temps où les jeunes d’un parti fournissaient du sang neuf, de l’irrévérence, de la contestation. Tels que décrits par Binet, les jeunes socialistes sont encore plus creux que les jeunes UMP : « Une jeune chauffeuse de salle vient nous réciter un discours à base de “ Nous sommes tous les enfants du monde ”, Mandela, Martin Luther King, Obama c’est bien et la guerre c’est mal. » Il est vrai que, quand on a biberonné du « Désir d’avenir » pendant des années, la dialectique ne peut pas casser des briques.

La vérité est toujours dans le rire, même gêné : « Mathieu sapin, le dessinateur de Libé, dit qu’il n’y connaît rien en politique. Hollande : “ Nous non plus ! ”. Rires. » Julien Dray a beau essayer de rattraper le coup à l’occasion de la préparation d’un discours très important : « La question sociale, il faut qu’elle apparaisse » (crois-tu, Juju ?), les simulacres de débat entre Hollandais historiques, Hollandais rattrapés par la peau des fesses, Fabiusiens repentis, Strauss-Kahniens Je-vous-l’avais-toujours-dit-que-François-gagnerait-les-primaires semblent à des années-lumière de la vraie vie, de la souffrance du peuple.

Le livre est donc à l’image de ceux qu’il raconte : sans contours, sans épine dorsale. On l'aura compris : le titre de l'ouvrage est sa propre mise en abyme. Rien ne marche comme prévu dans ces pages sans intérêt, dans cet acte manqué. »

 

Hollande a beau être sympathique, chaleureux, sincère, touchant (voir, par exemple, lorsqu’il se rend au domicile de la famille du policier assassiné devant l’immeuble de Charlie Hebdo),  son erreur de posture originelle est d’avoir voulu être un président « normal ». Il voulait – mais ne pouvait – dire « anormal ». Anormal au sens où la fonction présidentielle implique un minimum de politique, de grandeur (j’allais dire de « majesté »). Comment voulez-vous exercer dans la gravité, dans la dignité quand vous virevoltez, comme “ Au théâtre ce soir ”, des dorures d’un salon au service à thé d’une antichambre, quand vous passez un long moment dans un car régie en compagnie de techniciens de télévision, quand vous donnez une demi-heure à trois secrétaires (à l’Élysée, pas de parité : que des mecs à part les secrétaires) pour reprendre un discours que vous avez bâclé (à l’adresse de Jean d’Ormesson) et dans lequel, fatalement, vous laissez une vraie faute de français : « J’ai le plaisir à vous remettre la Grand-croix de la Légion d’honneur … » ?

 

Les hommes politiques, comme tous les autres, ont souvent des tics en matière de gestualité corporelle. Lorsqu’il sortait d’une voiture, Giscard mettait sa main droite dans la poche droite de sa veste. Tapie regardait sa montre et vérifiait que son portefeuille était toujours bien là. Hollande se tient le ventre, au niveau des boyaux, là où réside la force vitale. C’est le nin-nin du petit garçon qu’il n’a jamais cessé d’être. À deux reprises dans le film, on l’entend parler avec la voix d’un enfant de six ans. Ce qui ne le rend pas antipathique, d’ailleurs. De même, lorsqu’il s’exprime devant un pupitre, il se penche en avant en défiant les lois de la gravité. Sa manière à lui, justement, de ne pas être grave.

 

Il est quand même singulier que le héros de ce film soit Gaspard Gantzer, énarque de 36 ans, “ chargé des relations avec la presse, chef du pôle communication à la présidence de la République ”, où il a succédé à Aquilino Morelle, l’homme aux chaussures et aux conflits d’intérêt. Singulier mais logique une fois intériorisé que le fond de la politique de Hollande c’est la forme de sa com’. À noter que Gantzer a une doublure en la personne de son épouse Émilie Lang, attachée de presse de l’Élysée.

 

Vu de l’extérieur, il est parfait. Ses costumes sont impeccablement coupés, il s’exprime sobrement, ne s’affole jamais. Il parle peu, mais avec précision. En réunion élyséenne, officielle ou informelle, il est toujours présent, à la droite du président. Avec les autres conseillers, il est diplomate. Avec les journalistes, il a la juste distance, si bien qu’ils notent scrupuleusement tous ses éléments de langage et, dans un premier réflexe, répètent ce qui vient de leur être dit. En surface – la com’ n’est que surface – Gantzer est très puissant, au point d’utiliser le « nous » de majesté : « nous avons décidé », « notre projet est de … ».

 

 

Mais le problème est que la com’ de Hollande est, comme sa politique, médiocre, un ou deux crans en dessous de celle de tous ses prédécesseurs, jusqu’à De Gaulle (qui n'avait pas de conseiller en com', juste de vigoureux ministres de l'Information). Hollande ne cesse de parler de clarté (« Utiliser jusqu’au bout l’argument de la clarté ») mais ses messages sont confus. Quand il faut être solennel, il peut sombrer dans le burlesque, comme à l’île de Sein, le coin le plus pluvieux de France où Gantzer n’a même pas prévu un parapluie. Bien que réplique de Macron, Gantzer n’a pas été fichu d’aider son patron à expliquer ce qu’était le social-libéralisme. Ou, peut-être, a-t-il finement compris que jamais Hollande ne fournirait cette clé. Lors d’une réunion de tous ses collaborateurs au lendemain d’un remaniement, Hollande leur déclare : « Je dois montrer ma solidité personnelle et je dois montrer ce que je suis. » On a peine à imaginer De Gaulle ou Mitterrand avouer de la sorte que leurs genoux pouvaient trembler.

 

On a le choix, mais le passage le plus emblématique de ce film me semble être la longue et pathétique minute où Hollande et Valls expliquent à la pauvre Pellerin qui ne lit jamais un livre ce qu’il faut faire quand on est ministre de la Culture. « Vois Jack, il a des idées. » « Et Monique », surenchérit Valls. « Et aussi Aillagon » (ancien ministre de droite). Et, ajouterais-je, Berthe Mouchabœuf, qui a inventé le fil à couper le beurre. Hollande s’enfonce : « Va au spectacle tous les soirs ; il faut que tu te tapes ça ; dis que c’est bien, que c’est beau. Les artistes veulent être aimés. Et il y a aussi une dimension économique dans la culture, ça crée des emplois. » En voilà une politique qu'elle est bonne …

 

Lors d’une cérémonie de vœux à l’Élysée, Jouyet, secrétaire Général de l’Élysée, ami de toujours de Hollande mais qui l’a trahi au profit de Sarkozy avant d’être pardonné, n’est intéressé que par une seule chose : pendant que le président s’exprime devant les caméras, sa veste ne tombe pas très bien.

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1 octobre 2015 4 01 /10 /octobre /2015 05:41

Avec Jeremy Corbyn, un Parti travailliste aux confluents des mouvements sociaux ?

 

L’élection, le 12 septembre dernier, de Jeremy Corbyn à la tête du Parti travailliste britannique a secoué toute la social-démocratie européenne, tant pour la façon de faire de la politique que dans la définition de son contenu.

 

En préalable, pour disposer d’une vision globale du paysage politique d’outre-Manche, il faut rappeler une caractéristique du système électoral en vigueur : le scrutin uninominal majoritaire à un tour – est élu député le candidat qui a obtenu le plus de voix, même si elles ne représentent pas la majorité absolue – entraîne généralement une forte distorsion entre le score d’un parti et le nombre de sièges dont il disposera.

 

Ce mode de scrutin favorise outrancièrement les deux partis dominants et désavantage les autres qui, malgré une moyenne nationale importante, sortent rarement vainqueurs dans une circonscription donnée. Ainsi, lors des élections législatives de mai 2015, le Parti conservateur a obtenu 331 sièges (sur les 650 de la Chambre des Communes) avec 36,9 % des voix, alors que le Parti travailliste n’en obtenait que 232 avec 30,4 % des suffrages. Soit une différence de 99 sièges pour un écart de 6,5 % ! En fait, les Tories n’ont progressé que de 0,8 % par rapport aux élections précédentes en 2010. En termes de nombre de suffrages, on est très loin du « raz-de-marée » évoqué par certains commentateurs !

 

De son côté, le parti europhobe Ukip s’est seulement adjugé un siège à Westminster alors qu’il avait mobilisé 13 % des électeurs au niveau national. Le cas de l’Ecosse est encore différent car les deux partis dominants n’y sont pas les Conservateurs et les Travaillistes, mais le Parti national écossais (SNP) et les Travaillistes. Le SNP, présentait seulement des candidats dans cette composante du Royaume-Uni dont il réclame l’indépendance, et a enlevé 56 des 59 sièges à pourvoir dans ce qui était historiquement un bastion du Labour.

 

Les études montrent que la défaite du Labour aux élections de mai dernier est essentiellement imputable à une forte abstention de ses électeurs traditionnels, ceux des catégories populaires, qui ne se reconnaissaient plus dans une formation dont la ligne visait davantage à accompagner les mesures d’austérité du gouvernement Cameron qu’à les combattre frontalement.

 

Le contraste est frappant avec l’enthousiasme des membres et sympathisants du Parti travailliste – dont un très grand nombre de jeunes – qui ont assuré la victoire écrasante (59,5 % des suffrages) de Jeremy Corbyn dans l’élection interne pour la désignation de leur dirigeant appelé à devenir le chef de l’opposition. Cette victoire est d’autant plus remarquable qu’elle s’est faite sur une ligne en rupture totale avec les politiques néolibérales et atlantistes impulsées par Tony Blair à son arrivée au pouvoir en 1997 et poursuivies par son successeur à Downing Street, Gordon Brown, de 2007 à 2010, puis (certes avec plus de modération), par Ed Miliband dans l’opposition.

 

Quand Corbyn manisfestait devant la Maison de l'Afrique du Sud à Trafalgar Square

 

L’originalité de la démarche de Corbyn est qu’elle vise à transformer le Labour de l’intérieur, à en refaire un parti authentiquement de gauche, fidèle à ses traditions militantes historiques. Ce faisant, il ne laissera pas vacant l’espace qui, en Espagne et en Grèce, a été occupé par des forces extérieures à la social-démocratie – respectivement Podemos et Syriza – au détriment du PSOE et du Pasok discrédités par leur conversion au néolibéralisme.

 

Cette entreprise va se heurter à d’énormes difficultés car, funeste héritage du blairisme, les barons du parti et 90 % des députés travaillistes sont foncièrement hostiles à ce virage à gauche, certains d’en eux, en premier lieu le nouveau milliardaire qu’est devenu Tony Blair, étant idéologiquement plus proches des 1 % de privilégiés que des 99 % auxquels le nouveau leader veut justement donner la parole. Il est significatif que, dans son premier face à face avec David Cameron aux Communes, le 16 septembre dernier, Jeremy Corbyn ait posé au premier ministre six questions – maximum prévu par le règlement de Westminster pour le chef de l’opposition – qui étaient revenues le plus souvent chez les quelque 40 000 électeurs qui lui avaient envoyé un courriel à cette fin.

 

Un conflit de légitimité risque fort de se déclencher entre la nouvelle direction du Labour et son groupe parlementaire à Westminster. S’il est isolé au sein de l’Establishment travailliste, Jeremy Corbyn ne l’est pas du tout dans les bases du parti, ce qui fait sa force. Tirant les leçons de l’étonnante mobilisation qui a assuré son succès, il a écrit dès le lendemain du scrutin dans le journal dominical The Observer que « l’ampleur du vote de samedi est un mandat sans équivoque pour le changement émis par le soulèvement démocratique qui est déjà devenu un mouvement social ». En fait, un mouvement social agglomérant et fédérant les nombreuses luttes en cours au Royaume-Uni – en matière de logement, d’accès aux soins (notamment psychiatriques), de baisse d’impôts pour les foyers pauvres, de frais d’inscription dans les universités, etc. – dont les médias parlent peu sauf pour les discréditer.

 

Un parti qui se veut aussi un mouvement social – catégories d’ordinaire bien distinctes, particulièrement en France – voilà une configuration inédite dans la social-démocratie européenne, comme d’ailleurs chez les formations de la gauche radicale. Elle rappelle la dynamique des révolutions citoyennes d’Amérique du Sud que Jeremy Corbyn connaît bien. Nul doute qu’elle sera suivie de près non seulement par tous les déçus de la politique institutionnelle, mais aussi – question de survie – par les dirigeants d’une social-démocratie européenne en perdition.

 

Article publié sur le site de Mémoire des Luttes

 

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30 septembre 2015 3 30 /09 /septembre /2015 05:40

La FEN son ancêtre nous avait déjà fait le coup au début des années 1980. La victoire de François Mitterrand avait porté aux affaires une myriade de militants enthousiastes qui s’étaient transformés en moins de deux ans en gestionnaires du monde  tel qu’il était. Il avait alors été demandé aux syndicats proches des socialistes et des communistes, telle la FEN, de « s’armer de patience », de ne pas « gêner les camarades au pouvoir », qu’en tout état de cause les « résultats seraient bientôt visibles ». À la base, cela se traduisit par une démobilisation massive des syndiqués qui n’ont jamais retrouvé la force mobilisatrice d’antan.

 

Avec l’acceptation par la FSU (et par les autres centrales) de l’ordre établi européen, c’est-à-dire de l’Europe de la finance, d’une Europe qui ne respecte pas la démocratie mais sait, à l’occasion, humilier et écraser tout un peuple, un pas de plus a été franchi dans la direction d’une collaboration totale de classe. Comme la CGT, la FSU s’est CFDTisée en acceptant l’affiliation à la Confédération européenne des syndicats, dirigée par Bernadette Ségol qui n’a jamais milité dans un syndicat français, et elle n’agit plus par elle même : elle ne fait que réagir aux ordres du jours européens en acceptant tous les présupposés idéologiques et politiques de Bruxelles. En juillet 2014, à l’occasion d’un portrait de Bernadette Ségol, j’écrivais ceci :

 

« J’ai toujours pensé que, vu la puissance de feu des milliers de banquiers, de groupes de pression multiples et variés harcelant sans relâche les représentants du peuple, les moyens dérisoires des forces syndicales ne feraient pas le poids. J’estimais par ailleurs – et je n’ai pas changé d’avis – que plus on s’affaire, plus on se croit utile et intéressant dans les sphères ouatées si loin de la vraie vie, moins on a d’envie et d’énergie pour descendre dans la rue et lutter dans les entreprises. Ce sont des habitudes que l’on perd très vite. »

 

Je rappellerai également que lors de la « crise grecque », la CES a soutenu la démarche de l’UE et a appelé à l’annulation du référendum.

 

 

Aux dernières élections professionnelles d’avril 2012, la FSU a perdu 5% des voix au profit d’une fédération encore plus réformiste, l’UNSA, et du syndicat de droite (voire d’extrême droite) le SNALC. À force de ne pas avancer, on recule. À force de faire semblant de croire dans une mythique Europe sociale qui n’arrivera jamais car la construction européenne n’a pas été élaborée pour cela, on sème la confusion et le découragement.

 

Récemment, contrairement à la CGT et à FO, la FSU a signé le « protocole d’accord relatif à l’avenir de la fonction publique : la modernisation des parcours professionnels, des carrières et des rémunérations ». Cet accord entérine le gel des salaires depuis 2010 et la perte du pouvoir d’achat depuis quinze ans (http://bernard-gensane.over-blog.com/2015/09/l-effondrement-du-pouvoir-d-achat-des-fonctionnaires.html). Il prévoit la fin du statut national des fonctionnaires par le biais d’avancement par la notation au mérite, de la mobilité (voulue ou imposée ?) en attendant la remise en cause radicale du statut de la Fonction publique envisagée par Macron.

 

Bref, la FSU n’est plus du tout à l’offensive. Son acceptation, comme celle de la CGT depuis deux ans,du « syndicalisme rassemblé » – en fait l’alignement sur la démarche tactique de la CFDT – fait le jeu du pouvoir politique français et des instances européennes.

 

L’ancien secrétaire général de la CGT Henri Krasucki avait coutume de dire qu’on ne négocie pas la régression sociale mais qu’on la combat. Une prise de conscience s’impose à l’intérieur de la FSU. Le glissement vers une pratique syndicale qui n’est même plus réformiste risque d’être irréversible.

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29 septembre 2015 2 29 /09 /septembre /2015 05:48

Toujours vigilant, Théophraste R., du Grand Soir, nous met en garde contre la banalisation du Front national, un colosse aux pieds d'argile qui perd des adhérents et qui existe surtout par les médias.

 

 

Le FN est omniprésent dans les médias. Om-ni-pré-sent, même sans actualité particulière.

 

Si vous vous demandez pourquoi, vous êtes un complotiste.

 

Quand le FN n’est pas dans les médias, ses idées y sont relayées. Maïtena Biraben du Grand Journal-(sic)-Canal+-Bolloré affirme que les Français « se reconnaissent dans ce discours de vérité qui est tenu par le Front national » qu’elle classe 1er parti de France (3ème, en fait).

 

Le parti LR lui court après. Nadine Morano, tout en se prétendant laïque, s’inquiète de voir monter l’islam dans la France judéo-chrétienne de « race blanche ».

 

Le FN est un colosse aux pieds d’argile, sans cadres de terrain, en perte d’adhérents. Il a du mal à fournir les candidats partout dans les élections. Si la loi autorisait de présenter des chèvres, il achèterait un troupeau.

 

Expert en la matière, son fondateur confie : « Nous existons par les médias ».

 

Alors que presque toute la classe politico-médiatique appelait à approuver la Constitution pour l’Europe en mai 2005, les Français ont voté non au référendum. Ils devront faire preuve à nouveau de beaucoup de lucidité pour désobéir lors de prochaines échéances électorales.

 

On me dit que, avec un FN donné à 25 % pour les régionales, les médias ne peuvent se priver d’un quart de leurs clients et consommateurs de publicité et qu’ils sont donc couchés, comme le furent les journaux de la collaboration qui ne pouvaient se passer du papier octroyé par les Allemands, mais qui payèrent leur lâcheté et leur complicité à la Libération.

 

Théophraste R. (Trrremblez, merdiacrates, viendra l’Heure du Jugement).

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