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11 janvier 2022 2 11 /01 /janvier /2022 06:08

Cette intervention du député Bastien Lachaud (Seine Saint-Denis) a été retirée de Youtube.

"Le passe sanitaire est une passoire sanitaire, le passe vaccinal ne sera pas plus efficace : malgré l’instauration de ce passe, on enregistre des centaines de milliers de contaminations quotidiennes !

La preuve de l’inefficacité de cette mesure sur le contrôle de l’épidémie est établie par les faits.

La réduction des libertés publiques ne permettra pas de contrôler l’épidémie, elle permettra seulement de renforcer encore un peu plus l’autoritarisme, la société du contrôle permanent. Et comme toujours, la restriction des libertés risque de se pérenniser.

Vous avez été incapables d’organiser la société pour faire face à l’épidémie : vous avez fermé des lits d’hôpitaux, vous n’avez pas su organiser ni les masques, ni les tests, ni les vaccins, ni des protocoles sanitaires cohérents. Vous avez passé votre temps soit à mentir de façon éhontée aux français, soit à dénigrer et stigmatiser ceux qui vous le faisaient remarquer.

Vous voulez rendre les personnes responsables de leur maladie pour mieux vous dédouaner de votre écrasante responsabilité.

Vous voulez contraindre les gens à se faire vacciner, au lieu de vous demander pourquoi après avoir autant menti, vous n’êtes plus convaincants. Vous voulez instaurer une obligation vaccinale sans le dire. Oui, le vaccin est utile pour lutter contre la pandémie, pour protéger et prévenir les formes graves de la maladie. Cependant le vaccin n’empêche pas la transmission et la circulation du virus. Malgré cela, vous misez tout sur le vaccin, alors que celui-ci doit être un élément parmi d’autres dans une stratégie globale de réponse à la pandémie.

Sauf que, à partir du moment où il existe, vous estimez qu’il n’est plus nécessaire de rien faire : ni soutenir l’hôpital public et ses personnels exténués par deux ans de pandémie, ni engager la constitution d’un pôle public du médicament, encore moins agir pour lever les brevets sur les vaccins, et surtout pas lutter contre les causes de l’apparition des pandémies.

Nous refusons votre chantage."

Ici la vidéo de l'intervention avant la censure d'un représentant du peuple français par une société privée californienne estimant que l'allocution contenait des informations médicales incorrectes

 

Un élu du peuple français censuré par Youtube
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9 janvier 2022 7 09 /01 /janvier /2022 06:05

 

Où l’on va voir que notre carte d’identité doit beaucoup à Pétain.…

 

Le plus drôle (mais le banquier a-t-il de l’humour ?) c’est que les Britanniques n’ont pas de carte d’identité. Pour attester leur identité, ils disposent de leur passeport ou de leur permis de conduire.

 

Ajoutons que notre carte d’identité est « nationale » : elle est la preuve que nous sommes français. Pas de ça Lisette au Royaume Uni : la nationalité royaumeunienne n’existe pas. Quantité de citoyens outre-Manche se pensent, se définissent d’abord comme écossais ou gallois avant de se penser grand-bretons.

 

Á noter que l’expression « identity card », que le banquier a fait figurer sur nos cartes, n’a jamais existé outre-Manche.

 

Le Royaume Uni a connu deux tentatives de carte d’identité : pendant la Première Guerre mondiale (de 1915 à 1919) et pendant la Seconde Guerre mondiale (de 1939 à 1952). Depuis, tous les projets de carte d’identité sont tombés à l’eau. Sûrement parce que les Britanniques associaient cette carte à la guerre.

 

Les Français n’ont pas toujours été des fanatiques de la carte d’identité. Á la fin du XIXe siècle un mouvement assez vigoureux a vu le jour contre ce document. Pendant la Première Guerre mondiale un projet de carte fit long feu. Il faudra attendre 1940 pour que la première carte d’identité apparaisse. Á partir des années cinquante, la très grande majorité des citoyens français en possédait une.

 

Depuis le 1er octobre 2021, dans le sillage du Brexit, la carte d’identité française ne permet plus de voyager  entre le Royaume Uni et la France. Un passeport est nécessaire. Pour les Français qui résident outre-Manche et qui ont le statut de résident (Settled Status), leur carte d’identité restera valable jusqu’en 2025.

 

La carte d’identité bilingue est une manœuvre parmi d’autres – comme le drapeau européen à la place du drapeau français à l’Arc de Triomphe, par exemple – pour effacer la France, pour la banaliser, la diluer dans un gloubi-glouba pseudo européen au service et aux injonctions, non des Britanniques qui n’en ont rien à cirer (“ They don't care a fig ” (1), comme ils disent), mais de l’Empire étasunien.

 

(1) S'en moquer comme d'une guigne en français. La guigne étant une cerise. Oui, mais en anglais fig signifie aussi le sexe de la femme.

 

 

 

La carte d’identité du banquier éborgneur et emmerdeur
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7 janvier 2022 5 07 /01 /janvier /2022 06:00

Moi qui ai été piqué trois fois, qui porte bien mon masque et qui me lave les mains dix fois par jour, je le dis depuis un bon moment : on nous promène avec cette histoire de Covid. On ne soigne pas les malades avec les médicaments appropriés dont on dispose et on vaccine la population avec des produits pharmaceutiques qui ne sont pas des vaccins. Pour la France, tant que cette comédie durera jusqu'à l'élection présidentielle, les intérêts du banquier éborgneur et emmerdeur seront assurés.

 

Ci-dessous un article publié par Le Grand Soir. 

 

Le CDC admet que la « pandémie de Covid » était le produit d’un test inapproprié

 

Discrètement, sans l’attention des médias, les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) ont retiré le processus PCR comme test valide pour la détection et l’identification du SRAS-CoV-2.

 

« Après le 31 décembre 2021, les CDC retireront la demande d’autorisation d’utilisation d’urgence auprès de la Food and Drug Administration (FDA) des CDC 2019-Novel Coronavirus (2019-nCoV) Real-Time RT-PCR Diagnostic Panel, le test introduit pour la première fois en février 2020 pour la détection du SRAS-CoV-2 uniquement ».



Les CDC admettent que le test PCR ne peut pas différencier le SRAS-CoV-2 des virus de la grippe.

 

J’ai signalé il y a plusieurs mois que les « autorités sanitaires » étaient parvenues à cette décision, mais qu’elles retardaient sa mise en œuvre jusqu’à la fin de 2021. Elles avaient besoin de ce faux test pour entretenir la peur afin d’obtenir le plus de vaccinations, et donc de profits, possible.

 

Il est extraordinaire que le retrait du test par le CDC n’ait reçu aucune attention de la part des médias ou des politiciens.

 

Le Dr Kary Mullis, lauréat du prix Nobel et inventeur du processus PCR, a déclaré il y a plusieurs années que « le PCR est un processus. Il ne vous dit pas que vous êtes malade ». Il n’a jamais été conçu pour être un test Covid.

 

Le Dr Pascal Sacre, le célèbre Belge spécialisé dans les soins intensifs, a déclaré que le processus RT-PCR a été détourné et appliqué comme une stratégie implacable et intentionnelle pour créer l’apparence d’une pandémie basée sur des résultats de tests bidons et non sur de véritables patients atteints du Covid afin de violer les droits humains et constitutionnels des citoyens.

 

Comme je l’ai toujours signalé, le test PCR a été délibérément effectué à des cycles élevés, connus pour produire des faux positifs. La plupart des prétendus « cas Covid » n’étaient rien d’autre que des fabrications intentionnelles. Les hôpitaux ont fait partie de l’escroquerie, car ils ont été incités par des récompenses financières à déclarer pratiquement tous les décès comme des décès dus au Covid. C’était facile à faire, car chaque personne mourante, quelle qu’en soit la cause, subissait un test PCR qui produit jusqu’à 97% de faux positifs et était ainsi déclarée « mort Covid ».

 

La question qui se pose au monde est de savoir si les « autorités sanitaires », qui ne sont en fait que les avocats des profits de Big Pharma, comme l’a prouvé Robert F. Kennedy Jr., les politiciens et les médias menteurs seront tenus responsables des blessures et des décès causés par le « vaccin » lui-même, des pertes et des fermetures d’entreprises causées par les confinements insensés, et des violations extraordinaires des lois de Nuremberg par la vaccination obligatoire.

 

Les peuples du monde doivent comprendre que la « pandémie de Covid » orchestrée est le plus horrible crime de masse jamais commis dans l’histoire de l’humanité. C’est « l’Occident libre » qui a organisé et perpétré ce crime horrible.

 

Les personnes qui ont fait confiance à Fauci, qui ont fait confiance à Biden, qui ont fait confiance à l’establishment médical et qui ont fait confiance aux médias ont vu leur vie ruinée.

 

La race humaine sera-t-elle trop stupide pour comprendre cette tromperie et les conséquences pour les droits de l’homme et la liberté humaine ? Continuera-t-elle à faire confiance aux autorités et aux médias qui l’ont trompée avec un récit contrôlé qui exigeait de réduire au silence et de punir tous les vrais experts ? Si tel est le cas, ils auront été effectivement réduits en esclavage.

 

Paul Craig Roberts

 

source : https://www.paulcraigroberts.org
traduction Réseau International.

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6 janvier 2022 4 06 /01 /janvier /2022 06:01

 

Envoyé aux partenaires sociaux le 23 décembre, le décret réformant l'assurance chômage introduit une nouvelle réduction de la durée d’indemnisation si le taux de chômage ne dépasse pas les 6%. La gauche et les syndicats dénoncent une mesure injuste.

 

Dévoilée le 23 décembre à la veille de Noël, l’une des dispositions de la nouvelle réforme de l'assurance chômage contenue dans un projet de décret, à savoir une réduction de la durée d'indemnisation de 40% si le chômage passe sous la barre des 6%, a déclenché la colère tant des syndicats que des partis de gauche.

 

Les syndicats dénoncent une «punition collective» des plus précaires 

Les organisations syndicales ont tout d'abord fustigé la méthode retenue par le gouvernement. «Ce n'est pas acceptable de faire une annonce le 23 décembre sans échanges et sans concertation. C'est vraiment de très mauvais goût», a déploré le président de la CFTC Cyril Chabanier sur BFM Business. «Nous sommes encore une fois mis devant le fait accompli, nous n’avons jamais été consultés sur ce scénario», a souligné auprès des Echos Michel Beaugas, pour Force ouvrière (FO).

 

Le secrétaire général de la CFDT Laurent Berger a dénoncé pour sa part «la pure déloyauté» dont a fait preuve selon lui le gouvernement en introduisant en catimini cette nouvelle disposition, tout en faisant mine d'accorder de l'importance au dialogue social. Le syndicat réformiste a dénoncé dans un communiqué «un nouvel arbitrage encore une fois en défaveur des plus fragiles».

 

«Il y a eu la première lame, avec la réforme de 2021 qui a réduit l'indemnisation des chômeurs, il va y avoir la deuxième lame, le 1er février, avec la baisse de 25% de la durée d'indemnisation, et le gouvernement prévoit déjà la troisième lame qui va couper encore plus les droits des demandeurs d'emploi», a énuméré auprès du même quotidien Denis Gravouil, pour la CGT.

 

«Le gouvernement prend des décisions idéologiques et déconnectées de la réalité de terrain, en partant du postulat que les chômeurs le sont un peu par leur faute», a condamné le président de la CFE-CGC François Hommeril sur France Inter, s'insurgeant contre une mesure relevant à ses yeux de «la punition collective». 

 

La Nupes promet des mobilisations à la rentrée

«C’est le gouvernement du père fouettard !», a critiqué le leader du parti socialiste Olivier Faure, en utilisant le même registre. Il a souhaité, ironiquement, un «Joyeux Noël aux précaires, aux jeunes, aux intérimaires, aux mères célibataires…».

 

«Le Père Noël est une ordure 2», a réagi le leader des communistes Fabien Roussel, ne goûtant guère le cadeau gouvernemental déposé sous le sapin.

 

 «Joyeux Noël à tous !!! Sauf aux membres du Gouvernement qui ont préparé un beau cadeau aux Français cette année : la baisse de 40% de la durée d’indemnisation du chômage», s’est indignée la députée LFI Alma Dufour.

 

«Taper sur les plus faibles, s'asseoir sur les votes démocratiques... une méthode, un mantra», a dénoncé, à l'unisson des critiques de la CFDT, la députée écologiste Sandra Regol. En évoquant aussi le climat et la réforme des retraites, elle a assuré que des mobilisations auraient lieu en janvier «pour nos droits».

 

Le texte envoyé par le gouvernement le 23 décembre prévoit, comme annoncé, une baisse de 25% de la durée d'indemnisation pour tous les demandeurs d'emploi à partir du 1er février en métropole.

 

Fait nouveau, il envisage aussi qu’avec un taux de chômage sous les 6% (contre 7,3% actuellement), la durée d’indemnisation soit réduite de 40% et non de 25%. La fiche de présentation du décret précise que «les conditions d'application de cette disposition sont renvoyées à un décret en Conseil d'Etat pris après concertation» avec les partenaires sociaux.

 

En présentant la réforme à l’automne, le ministre du Travail Olivier Dussopt avait évoqué la possibilité d'un durcissement, mais en cas de chômage inférieur à 5%, soit le niveau auquel il estimait qu'on pouvait parler de «plein emploi».

 

Pour les demandeurs d'emploi qui verront leur durée d'indemnisation réduite en février, le document prévoit, comme annoncé, un «complément de fin de droits» en cas de dégradation du marché du travail, si le chômage dépasse 9% ou s'il augmente de 0,8 point ou plus sur un trimestre. Le texte confirme aussi que certaines populations sont exclues de la réforme comme les intermittents du spectacle, les marins-pêcheurs ou les dockers.

 

Au sujet du «bonus-malus» appliqué à la cotisation des entreprises de sept secteurs grands consommateurs de contrats précaires, dont la restauration, le texte prolonge jusqu'au 31 août 2023 la première modulation qui a débuté le 1er septembre 2022. Il établit une seconde période du 1er septembre 2023 au 31 août 2024, en réintégrant les entreprises très touchées par la crise sanitaire qui avaient été exclues pendant un temps du dispositif.

 

Le projet de décret de 12 articles a été transmis aux membres de la Commission nationale de la négociation collective, de l'emploi et de la formation professionnelle (CNNCEFP) dont l'avis est consultatif. Ils examineront le texte le 10 janvier, date à laquelle doit également être présentée la réforme des retraites, après le report surprise décidé par Emmanuel Macron mi-décembre. Une manifestation a d'ores et déjà été programmée le 21 janvier pour s'opposer à ce projet, présenté par la majorité comme un chantier majeur du quinquennat.

 

Vu sur l’application RT News

Guerre au chômage, pas aux chômeurs
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5 janvier 2022 3 05 /01 /janvier /2022 10:09

“ J'ai décidé d'emmerder les évadés fiscaux jusqu'au bout (J'déconne) ! ”.

 

Blague à part, je pense que ces déclarations fracassantes, parfois ordurières, sont le fait d'une petite frappe qui se sent illégitime, pas à sa place. Et je peux assurer que, si les forces de l'esprit existent, sa grand-mère (dont je rappelle que je l'ai très bien connue quelques années avant la naissance de son petit prodige) a dû se retourner 17 fois dans sa tombe.

Une déclaration exclusive du banquier emmerdeur au blog de Bernard Gensane
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4 janvier 2022 2 04 /01 /janvier /2022 06:00

Il y a trente ans, le président du patronat français, Pierre Gattaz, faisait une promesse de Gascon (pardon, les Gascons !) aux travailleurs français : acceptez une réduction des cotisations sociales (il préférait le mot “ charges ”) et nous, patrons, créeront 1 million d’emplois. Depuis, ces réductions se sont généralisées. Ainsi, les entreprises payent des cotisations symboliques pour les salaires au niveau du smic, ce qui coûte des dizaines de milliards d’euros aux finances publiques.

 

Plusieurs économistes progressistes, suivis, entre autres, par Jean-Luc Mélenchon, suggèrent de créer une sécurité économique garantissant un socle de revenus incluant les cotisations sociales.

 

Lorsque la Sécurité sociale est créée en 1946, à l’instigation de politiques communistes ou proches du PC, les cotisations sociales sont considérées par le mouvement syndical comme une partie intégrante du salaire destinée à assurer des revenus hors emploi, en cas de maladie, lors du passage à la retraite. Il s’agissait par ailleurs d’un système collectif : je suis en bonne santé, je paye ; tu es malade, tu touches ; je cotise pour ma retraite, ce qui assure le payement de ta retraite.

 

Les exonérations de cotisations sociales pour les bas salaires sont apparues en 1993 sous le gouvernement d’Édouard Balladur qui instaura l’exonération totale des cotisations sociales de la branche famille sur les salaires jusqu’à 1,1 Smic et de 50 % jusqu’à 1,2 Smic. En 1995, le gouvernement Juppé combina les exonérations des cotisations famille avec celles d’assurance maladie jusqu’à 1,3 fois le Smic. Rappelons pour la nième fois que, dans l’esprit des créateurs de la Sécurité sociale, celle-ci devait être gérée par les travailleurs et non par les gouvernements.

 

Quid de la “ gauche ” dans cette optique ? Elle amplifia la spirale infernale : les lois Aubry,  critiquées en leur temps pour leur progressisme par Manuel Valls et … Emmanuel Macron, poussèrent les exonérations à 1,8 fois le smic à l’occasion de la réduction du temps de travail. Les lois Fillon abaisseront le seuil à 1,6 fois le smic mais augmenteront les exonérations sous ce seuil.

 

À partir de 1995, les dispositifs « Juppé » ont combiné. La gauche gouvernementale a pris le relais avec les lois Aubry sur la réduction du temps de travail qui ont étendu ces exonérations à 1,8 fois le Smic. Les mesures Fillon réduiront ce seuil à 1,6 fois le Smic tout en augmentant les exonérations sous ce seuil.

 

Hollande rehaussa le cliquet avec le Crédit d’impôt compétitivité emploi en 2013. Ce crédit s’établissait à 6% de la masse salariale en dessous de 2,5 smic. Á sa suite, le banquier éborgneur transforma ce crédit en baisse pérenne de cotisations. Les candidats de la droite de droite à l’élection présidentielle (Le Pen, Zemmour, Pécresse) veulent baisser encore davantage les cotisations.

 

Le CICE a coûté 19 milliards d’euros aux finances publiques en 2018. Selon l’INSEE, la mise en place du CICE a créé 160 000 emplois entre 2013 et 2016. Avec cette précision : « Entre 2013 et 2015, dans les secteurs des services bénéficiant le plus du CICE, les entreprises où la masse salariale rémunérée sous 2,5 Smic est élevée ont plus baissé les prix de leurs prestations que les autres entreprises. En revanche, dans l’industrie et les secteurs des services employant d’abord une main‑d’œuvre qualifiée, les entreprises bénéficiant des baisses de coût les plus importantes grâce au CICE n’ont pas affiché des baisses de prix différentes des autres, à l’exception du secteur de la métallurgie. Ceci ne signifie pas que leurs prix n’aient pas été affectés par le CICE puisque, pour elles, une partie de l’effet du CICE a pu transiter par une modération des prix pratiqués par des entreprises fournisseuses de services. » 

 

Chaque emploi privé coûte annuellement 118 750 euros à l’État. Avec cet argent, l’État aurait pu embaucher 1 million de travailleurs au smic. Cette aide aux entreprises (66 milliards) équivaut environ à deux fois l’impôt sur les sociétés.

 

 

Vers toujours moins de cotisations sociales
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31 décembre 2021 5 31 /12 /décembre /2021 06:13

Repris sur le compte Facebook de Harimampianina Rasolofonirina

 

Le Botswana est devenu le pays le plus développé en Afrique noire, sans tempête, sans bruit. Comment ?

 

Il est interdit d'exporter des matières premières brutes. Une transformation doit d'abord se faire sur place, pour absorber les valeurs ajoutées.

 

C'est ainsi que, premier producteur de diamant, ce pays a fait déplacer la bourse de diamant d'Anvers à sa capitale Gabarone. C'est donc le Botswana qui fixe le cours du diamant.

 

Tout projet de création d'entreprise se fait par déclaration. L'entreprise fonctionne 6 mois avant de déposer les statuts.

 

Tout projet en prévision d'au moins 50 salariés se voit bénéficier d'un chargé de mission de la présidence qui va jouer le rôle de facilitateur.

 

Tout projet de plus de 100 salariés bénéficie d'un site gratuit par l'État pour 10 ans.

 

L'Etat investit énormément dans l'éducation [tous les étudiants ont la garantie de bénéficier de 10 ans d'éducation de base, conduisant à un certificat de qualification junior. Environ la moitié de la population scolaire participe à deux autres années de l'enseignement secondaire menant à l'attribution du Botswana General Certificate of Education (BG)].

 

Les bourses étudiantes varient de 100000f à 150000f /mois, selon le cursus. L'université est gratuite.

 

L'État a obligation de trouver de l'emploi à tous les diplômés de l'enseignement Supérieur, tant dans le secteur public que privé.

 

Le nouveau diplômé bénéfice d'une allocation en attente d'emploi payé mensuellement.

 

Après l'éducation, une grosse partie du budget est attribué à la santé.

 

Les plateaux techniques des hôpitaux de ce pays, n'envient aucun pays au monde.

 

Le tourisme est sélectif pour préserver l'environnement. Le Botswana est entrain de talonner l'Afrique du sud en matière de Safari.

 

Les mandats présidentiels sont de 4×2 non renouvelables. Rarement de contestations post électorales.

 

Le poids de l'armée y est faible.

 

On comprend pourquoi le Botswanais n'émigre jamais [4,5 pour mille] et pourquoi il n'y a pas de fatalité pour le développement des pays africains. Seule la volonté politique compte.

 

[Selon certains scientifiques, mais pas selon tous, l'homo sapiens serait apparu au Botswana il y a 70 000 ans. Le Botswana est sorti du groupe des pays les moins avancés en 1994. Deux points noirs qui n'ont rien à voir : 1/3 des habitants seraient  affectés par le SIDA et le Botswana figure sur la liste française des paradis fiscaux (BG)].

 

 

En illustration : des drones utilisés dans l'agriculture.

 

Le Botswana au même niveau que le Portugal et la Malaisie
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24 décembre 2021 5 24 /12 /décembre /2021 06:17

Par Jean Guisnel

 

publié le juillet 2002 (modifié le 12 mai 2019) 

 

Où l’on découvre que le seul officier supérieur à n’avoir pas été rétabli dans ses droits à la suite de la loi de réhabilitation de novembre 2002 est le général Jacques de Bollardière.

 

Un texte de Jean Guisnel, extrait de Les généraux - enquête sur le pouvoir militaire en France (éd. La Découverte, 1990) – fin du chapitre 3 “les généraux et la politique”, de la page 66 à la page 78.

 

 

Pardon contesté pour les putschistes

Amnistier des généraux félons ? Jamais... A la fin de 1982, alors que François Mitterrand et les socialistes sont au pouvoir depuis un an et demi, leur première crise sérieuse va opposer le premier aux seconds. Huit anciens généraux putschistes de 1961 sont au cœur de la très violente controverse qui amènera les députés socialistes conduits par leur président de groupe à l’Assemblée nationale, Pierre Joxe, à amender le projet de loi présenté par le gouvernement de Pierre Mauroy. Le Premier ministre devra finalement faire appel, pour la première fois du septennat, à l’article 49.3 [1] pour faire passer le texte de loi dans son intégralité. En laissant d’un côté quelques cicatrices douloureuses sur les députés socialistes, mais en donnant de l’autre un gage de bonne volonté à l’armée pour laquelle l’épisode algérien reste une source, désormais tacite mais toujours lancinante, de rancune.

 

Lorsque François Mitterrand arrive au pouvoir, le 10 mai 1981, ils ne sont que deux survivants du « quarteron de généraux en retraite » qui, le 22 avril 1961, à Alger avaient tenté la folle aventure du putsch militaire destiné à conserver l’Algérie à la France et à provoquer la perte de Charles de Gaulle. Edmond Jouhaud, 76 ans en 1981, avait été chef d’état-major de l’armée de l’air avant de prendre une retraite anticipée puis de se lancer dans le putsch. Seul pied-noir de la bande des quatre, il avait été libéré de prison en 1967. Son chef dans le réseau terroriste de l’OAS [2] , Raoul Salan - 83 ans en 1981 -, a toujours à cette époque bon pied bon oeil. Charles de Gaulle avait accepté de le libérer de la prison de Tulle en juin 1968 : c’était, pensait-il, le prix à payer - négocié avec le général Jacques Massu à Baden-Baden le 29 mai 1968 - de la sujétion de l’armée au pouvoir pendant les événements de Mai.

 

Les deux autres membres du quarteron, Maurice Challe et André Zeller, sont décédés. S’ils sont les plus connus des généraux putschistes encore vivants en 1981, Salan et Jouhaud ne sont pas les seuls. Il en reste six autres, qui ont joué des rôles subalternes, mais n’en ont pas moins été mis à la retraite d’office : Pierre-Marie Bigot, 73 ans, ancien commandant de la région aérienne d’Alger, libéré en 1965 ; Jacques Faure, 77 ans, représentant des putschistes à Paris, libéré en 1966 ; Marie-Michel Gouraud, 77 ans, commandant le corps d’armée de Constantine, libéré en 1965 ; Gustave Mentré, 73 ans, qui ne fera pas de prison ; Jean-Louis Nicot, 71 ans, major général de l’armée de l’air (il n’avait pas voulu organiser la protection de la métropole contre une possible opération aéroportée des putschistes), libéré en 1965. Enfin André Petit, 72 ans, qui avait accepté le commandement militaire d’Alger, avait été libéré en 1964.

François Mitterrand ne s’est pas précipité. Mais le 29 septembre 1982, un an et demi après l’élection présidentielle, le chef du gouvernement Pierre Mauroy a présenté au Conseil des ministres un projet de loi « relatif au règlement de certaines conséquences des événements d’Afrique du Nord ». Le président avait déclaré quelques jours plus tôt : « Il appartient à la nation, au bout de vingt ans, de pardonner. » En réalité, le travail est mâché : au fil des années, et des différentes amnisties intervenues [3] toutes les condamnations prononcées pendant ou après la guerre d’Algérie ont été effacées. Reste un dernier point à régler, qui n’est pas un détail : 800 officiers, 800 policiers et 400 administrateurs civils renvoyés de la fonction publique entre 1961 et 1963 attendent l’ultime normalisation administrative, la « révision de carrière ». Pour les 8 généraux, le cas est particulier car leur ultime réhabilitation doit prendre la forme d’une réintégration dans le cadre de réserve.

 

Quand Salan vote Mitterrand

 

Lorsque le gouvernement présente son projet de loi, il respecte les engagements pris à de très nombreuses reprises, pendant les vingt précédentes années, par le nouveau président. François Mitterrand a fait part de ses sentiments dès le 18 mai 1962 lorsque, cité par la défense devant le Haut Tribunal militaire qui jugeait Raoul Salan, il était venu rappeler que ce dernier avait fait l’objet d’un attentat en 1957, qui lui avait laissé la vie sauve, non sans provoquer la mort de son accompagnateur, le commandant Ridier : « Commencer à tuer un Français parce qu’on n’est pas d’accord avec lui, cela oblige à poser cette question : quand donc la patrie reconnaîtra-t-elle les siens ? » déclare-t-il à la barre.

 

En 1966, avec Guy Mollet et Gaston Defferre - qui déclarait quelques années plus tôt à propos des tueurs de l’OAS « qu’on les pende, qu’on les fusille » -, le futur président dépose une proposition de loi prévoyant « la réintégration de plein droit dans les fonctions, emplois publics, offices publics ou ministériels ainsi que les divers droits à pension ». Deux ans plus tard, en 1968, Gaston Defferre dépose un amendement - repoussé par l’Assemblée mais voté par les socialistes - proposant le rétablissement dans leur grade et fonction de tous les fonctionnaires impliqués dans l’OAS. Lors du débat sur la loi d’amnistie de 1974, les socialistes avaient proposé des amendements - repoussés - qui réclamaient, sans évoquer explicitement le cas des putschistes, qu’elle soit plus large. Les généraux rebelles, que cette loi d’amnistie réintégraient dans l’armée pour les mettre aussitôt à la retraite d’office, auraient pu considérer qu’ils ne s’en tiraient pas trop mal. Ce ne fut pas le cas.

 

Lors de la campagne présidentielle et sans trop se forcer, François Mitterrand avait tenu à donner de nombreux gages aux rapatriés d’Algérie, à ces pieds-noirs - souvent, mais pas toujours, sympathisants de l’OAS - qui entendaient saisir l’occasion pour que l’éponge soit passée une fois pour toutes. Celui qui n’est encore que candidat et qui aimait, dit-on, à rappeler en privé que « Mazarin a bien pardonné à la Fronde » suivait ces affaires de très près. Depuis près de dix ans, quelques-uns de ses proches travaillaient sur ces dossiers sensibles avec Jacques Roseau, porte-parole de l’association le Recours ; parmi eux se trouvaient l’avocat Jacques Ribs, qui deviendra conseiller à l’Elysée après le 10 mai 1981, et Georges Dayan, natif d’Oran et le plus proche ami de François Mitterrand. Au parti socialiste, dont le siège se trouvait encore place du Palais- Bourbon, des réunions régulières se tenaient autour de Pierre Bérégovoy et de Laurent Fabius.

La perspective de l’élection présidentielle accélère le processus : en mars 1981, Jacques Roseau et Guy Forzy, président du Recours, rendent discrètement visite dans son appartement parisien à Raoul Salan. Ils lui annoncent clairement leur intention d’appeler les rapatriés à voter pour François Mitterrand. Le vieux chef des félons qui tient la clé du vote de la frange la plus dure des anciens partisans de l’Algérie française - plusieurs dizaines de milliers de bulletins de vote - leur fait passer quelques jours plus tard son message d’acceptation par le colonel Jean Gardes, président de l’association des anciens militaires détenus : d’accord pour appeler à voter Mitterrand !

 

D’ultimes tractations se déroulent jusqu’à ce que, le 4 avril 1981 à Avignon, le candidat socialiste formalise publiquement quinze promesses aux rapatriés, rédigées par Jacques Ribs, Michel Charzat et Pierre Bérégovoy. Parmi celles-ci se trouve la promesse : « Une amnistie totale sera enfin réalisée, effaçant les séquelles de toute nature des événements d’Algérie. » Entre les deux tours de l’élection présidentielle, le 7 mai 1981, un congrès extraordinaire réuni pour l’occasion par le Recours à Montpellier reçoit un télex urgent du PC de campagne socialiste. Le candidat Mitterrand est particulièrement explicite : « Je vous confirme ma volonté, déjà ancienne, de mettre un terme définitif aux problèmes des rapatriés, spécialement en ce qui concerne l’amnistie, dont je voudrais que tous comprennent que dans un esprit de profonde union nationale je la souhaite intégrale, effaçant toutes les séquelles, même de carrière, du drame algérien. » La réponse du Recours est limpide et brève : « Prendrons position sanction Valéry Giscard d’Estaing. Fin de message. »

 

Lutte fratricide

 

Alors que le projet de loi présenté au Conseil des ministres ne semblait pas devoir soulever de problèmes particuliers à l’Assemblée, le retour de Pierre Joxe d’un voyage en URSS marque soudain le début des hostilités entre le groupe socia­liste, soutenu par une large frange de l’opinion publique qui contribuera par la suite à gonfler les rangs des « déçus du socialisme », et le gouvernement. Joxe, pour plusieurs raisons, ne veut pas entendre parler d’amnistie. L i qui effectua son temps de service à la sortie de l’ENA comme officier de la sécurité militaire en Algérie à la fin des hostilités n’avait pas à l’époque la moindre faiblesse pour les officiers félons. Il ne se renie pas. Second motif justifiant son attitude : son père Louis Joxe, ministre du général de Gaulle, avait été l’un des principaux négociateurs des accords d’Évian qui aboutirent à l’indépendance de l’Algérie en 1962, et sa tête avait été mise à prix par l’OAS. Il ne le pardonne pas. Ce refus net, que François Mitterrand lui-même ne pourra ébranler, n’aurait cependant pas pu s’exprimer aussi fortement s’il n’avait trouvé un très large écho chez les députés socialistes.

 

Le 20 octobre au soir, le bureau exécutif du PS demande le retrait du texte ou l’exclusion des putschistes de son bénéfice. Le 21 octobre, jour même du vote, Paule Dayan, chargée de relations entre l’Elysée et le Parlement et fille de Georges Dayan, arrive à la réunion du groupe porteuse d’un texte confirmant que la loi d’amnistie exprime bien la volonté présidentielle. Elle est interdite de parole par Pierre Joxe qui, avec l’aide d’Alain Richard et de Jean-Pierre Worms, a définitivement convaincu ses collègues. Le secrétaire d’Etat aux rapatriés Raymond Courrière a beau se démener en faveur du texte, et guerroyer à la tribune, rien n ’y fait. Galvanisés, les socialistes rebelles, qui ont trouvé des soutiens très précieux sur les bancs communistes et gaullistes, votent en leur compagnie l’amendement qui exclut les généraux de la loi.

 

Camouflet pour l’Élysée, ce geste déclenche la fureur des rapatriés et l’inquiétude discrète de l’armée. Le chef d’état-major des armées, le général Jeannou Lacaze, prend langue avec le ministre Charles Hernu et lui rappelle que les militaires « sont très sensibles à ce genre de choses » ; aussitôt, Hernu envoie un petit mot à Courrière dans lequel il lui fait part du message... Le secrétaire d’Etat aux rapatriés n’avait guère besoin de cet avertissement : il avait tant pris à coeur « son » texte de loi que l’adoption de l’amendement provoquera chez lui un malaise cardiaque, le soir du vote. Quelques semaines plus tard, l’habileté tactique présidentielle commence à faire son oeuvre : les sénateurs socialistes dûment chapitrés par l’envoyé élyséen Michel Charasse s’abstiennent comme par enchantement d’amender le texte de loi, y compris ceux qui - comme Marcel Debarge - avaient voté en faveur de l’amendement lors de la réunion du bureau exécutif le 20 octobre.

 

Les textes adoptés par les deux assemblées parlementaires ne l’ayant pas été en des termes identiques, le projet de loi doit repasser en seconde lecture devant l’Assemblée nationale. Mais ni Pierre Joxe ni les députés n’ayant malgré les objurgations l’intention de se déjuger, le Premier ministre doit se résoudre à demander l’autorisation d’engager la responsabilité de son gouvernement. Le 23 octobre, Pierre Mauroy clôt l’affaire à la tribune de l’Assemblée et affirme que les généraux félons ne bénéficient pas d’une clémence démesurée, que la guerre d’Algérie est loin : « De toutes les images qui en restent, l’une des plus insupportables est sans doute celle de soldats et d’officiers qui se sont dressés contre la République [...]. Vingt ans se sont depuis écoulés, et au fil des années bien des pas ont été effectués dans la voie du pardon. [...] Le pardon n’est pas l’oubli. Il n’implique aucune approbation des faits qui, hier, ont provoqué des condamnations. Mais la société française doit aider à l’apaisement des esprits. Elle doit aider à refermer les plaies. C’est le rôle du gouvernement. C’est l’engagement qu’il avait pris devant le pays lors du dernier scrutin présidentiel. Cet engagement doit donc être tenu. Il le sera. »

 

Huit généraux rebelles à la République et à ses lois rentrent donc, en cette deuxième année du septennat, dans le giron national. Autant que les députés, de nombreux électeurs socialistes durent avoir quelque mal, ce soir-là, à digérer ce pardon mitterrandien imposé à la hussarde. Mais dans le concert des voix qui avaient réclamé que les putschistes ne bénéficient pas de la réintégration dans les cadres, il en était au moins une qui avait sonné un peu plus tristement que d’autres, celle du général François Binoche... Ce compagnon de la Libération avait été de ceux qui, en poste en Algérie lors du putsch, avaient contribué à son échec en refusant de suivre les rebelles. Dans un texte publié après le débat parlementaire [4], il s’indigne du fait que les officiers fidèles n’aient jamais reçu de récompense pour leur action : « Quelles mesures a-t-on prévues pour les cadres, officiers et sous-officiers de carrière, loyaux envers le gouvernement et qui, avant ou après l’appel du général de Gaulle, entravèrent l’action des putschistes, bloquant les rouages et les services du commandement et s’assu­rant du contrôle des troupes dont ils s’estimaient responsables ? Non seulement leur attitude et leur courage ne furent en aucun cas l’objet d’une quelconque récompense, ce qui n’aurait été que justice, mais ils furent soumis à toutes sortes de vilenies et de vexations ayant pour but final leur départ de l’armée. »

Etrange situation que celle du général Binoche. Car alors que les généraux de l’OAS sont désormais de nouveau membres de l’armée en cette fin de 1982, il est toujours, lui, en retraite d’office. Il n’a bravé aucune loi, ne s’est pas rebellé contre ses chefs ou contre la République. Plus simplement, il a dit ce qu’il pensait, il a de la sorte « contrevenu au devoir de réserve ». On aurait pu penser que le nouveau président aurait préféré commencer par le réintégrer, lui et ses collègues Antoine Sanguinetti et Jacques de Bollardière. Manifestement, ce n’était pas le plus urgent !

 

Les trublions, à la porte !

 

Trois hommes aussi différents que possible. Trois officiers généraux aux faits de guerre incontestables, et d’ailleurs incontestés. Tous trois jugés trop bavards par des présidents de la République aimant plus que quiconque les militaires muets, et qui leur firent payer très cher leur volonté de s’exprimer publiquement. Le premier à avoir fait preuve de ces velléités est Jacques Paris de Bollardière ; en juillet 1973, il est arrêté par la marine nationale au large de Mururoa sur un navire appartenant à des militants antinucléaires néo-zélandais, le Fri, en compagnie du journaliste Brice Lalonde, du prêtre Jean Toulat et de l’écrivain Jean-Marie Muller. Venu pour protester contre les explosions nucléaires atmosphériques que pratique encore la France à cette époque, Jacques Paris de Bollardière n’est pas un inconnu : saint-cyrien, mais sorti sergent de l’Ecole spéciale militaire pour cause d’insubordination chronique, condamné à mort en 1940 par un tribunal militaire vichyste, compagnon de la Libération, général en 1956 (à 48 ans), il a pris vigoureusement position contre la torture en Algérie en mars 1957.

 

Sa carrière militaire est dès lors compromise, mais il attend cependant le putsch des généraux pour démissionner et demander son admission dans la seconde section : « Dans cette période où l’hésitation et l’attentisme de beaucoup m’écoeuraient, j’éprouvais le besoin d’un choix clair [5] », expliquait-il quelques années plus tard. Georges Pompidou, président de la République, n’a pas bien pris le voyage tropical du général, et tranche rapidement son cas : le 25 juillet 1973, le Conseil des ministres décide de le mettre à la retraite, à titre disciplinaire. Le commandant Jean Blondel, secrétaire de sa promotion de Saint-Cyr, lui envoie alors un courrier au nom de ses camarades pour lui rappeler leur conception commune de la pratique politique d’un officier : « La servitude militaire, qui fait aussi la grandeur de son état, lui impose une réserve absolue à l’égard des propagandes ou des prises de position équivoques et malsaines, surtout quand elles utilisent son sang et ses services passés à des fins politiques discutables [6]. »

Le général de division François Binoche, comme Jacques de Bollardière, est compagnon de la Libération. Mais en plus, il est gaulliste. Et même gaulliste de gauche notoire. Après avoir quitté l’armée en 1970, il a repris du service en 1975 dans la revue L’Appel qu’éditent des fidèles de l’homme du 18 juin 1940. Alors que le président Valéry Giscard d’Estaing se pré­pare à se rendre à Bonn en visite officielle et compte y discuter avec Willy Brandt, à cette occasion, de la mise en service des missiles nucléaires Pluton, François Binoche fait état de ses anciennes fonctions de gouverneur militaire français de Berlin pour s’en prendre vigoureusement à l’Allemagne. Celle-ci, à le croire, « est restée immuable de Bismarck à nos jours » et il voit dans la soumission de la France « un effroyable retour en arrière ». La sanction ne se fit pas attendre et le général fut mis d’autorité à la retraite.

 

Dans un autre genre, Antoine Sanguinetti est également très tonique. Vice-amiral d’escadre et major général de la marine nationale, il considère que Valéry Giscard d’Estaing n’est pas un président à la hauteur, et que ce n’est pas avec lui que la France pourra faire sienne une ambitieuse politique navale. Tant que de tels avis sont proférés dans les dîners en ville, celui qui les tient ne risque rien. Le problème, c’est qu’Antoine Sanguinetti - en bon Corse - a le sang chaud. Et il écrit ce qu’il pense : une première publication en 1975 lui vaut d’être rétrogradé à la présidence de la commission d’essai des bâtiments neufs. Ce qui ne l’empêche pas de tirer une nouvelle bordée en janvier 1976 : le ministre de la Défense Yvon Bourges le convoque alors et lui intime l’ordre de ne plus écrire ; au risque pour l’amiral en cas de récidive de subir une sanc­tion disciplinaire et d’être mis à la retraite d’office. Naturel­lement, l’amiral remit le couvert à plusieurs dizaines de reprises, finit par publier à nouveau une série de papiers dans Le Monde en juin 1976 ; il fut mis en retraite d’office la semaine suivante par le Conseil des ministres. Ce qui ne l’a pas empê­ché de demeurer particulièrement actif au parti socialiste dont il fut finalement exclu pour une sombre histoire de candida­ture sans investiture en Corse, puis dans le mouvement de I< l’appel des cent » contre l’implantation de fusées américai­nes en Europe au début des années quatre-vingt ; sans oublier la Ligue des droits de l’homme, dont il demeure un très actif militant.

 

 

Réhabilités à la sauvette

Ainsi donc, en novembre 1982, les putschistes d’Alger sont-ils réintégrés dans tous leurs droits et prérogatives par le Parlement, alors que Bollardière, Binoche et Sanguinetti se morfondent toujours dans le statut de retraités. Leur réhabilitation faisait pourtant si peu de doute que le général Jeannou Lacaze, chef d’état-major des armées, avait fait savoir au ministre Charles Hernu, dans les semaines qui avaient suivi son arrivée, qu’il ne serait pas convenable de les réintégrer sans que Salan, Jouhaud et leurs collègues le soient aussi... De fait, le cas des trois sanctionnés est très différent de celui des anciens membres de l’OAS. Dans une note adressée le 15 novembre 1982 à Michel Delebarre, directeur de cabinet du Premier ministre, Maurice Benassayag, directeur de cabinet du secrétaire d’Etat aux Rapatriés, évoque le casse-tête qu’avait provoqué le ministère de la Défense en pensant résoudre les avatars parlementaires de l’amnistie. Ce dernier avait en effet suggéré que, dans le texte de loi d’amnistie des putschistes et pour calmer les socialistes, la mention « sont réintégrés » soit remplacée par « peuvent être réintégrés ».

 

Et Benassayag de répondre que « cette rédaction, si elle doit concerner les autres termes du texte initial, ne vise que les généraux amnistiés en 1974 et donc exclurait toute possibilité d’adjoindre Sanguinetti, Binoche et de Bollardière. Si le texte est modifié sous la forme "peuvent être réintégrés", les géné­raux de Bollardière, Sanguinetti et Binoche pourraient être pris en compte. Mais accepteront-ils d’être assimilés aux généraux d’Alger ? Ces généraux d’Alger demanderont-ils à bénéficier de ce qui pourrait apparaître non pas comme une volonté de la représentation nationale mais comme l’expression d’une grâce présidentielle ? ». Finalement, le sort des « trois » ne sera d’aucune manière lié à celui des putschistes. Mais se pose alors le problème de l’impossibilité de réintégrer des retraités dans la réserve, autrement que par une loi. C’est finalement Charles Hernu qui prit un arrêté dans une quasi-clandestinité, et en avisa personnellement les bénéficiaires par téléphone. Le général de Bollardière fut le seul à refuser cette mesure : il estimait que ce geste bien tardif était malvenu de la part d’un président qui était venu lui rendre visite le 25 juillet 1973 à l’hôpital militaire du Val-de-Grâce, avant de déclarer à la sortie :

 

« Sur le plan politique, le parti socialiste a toujours estimé les expériences nucléaires inutiles et dangereuses. La signification politique de mon geste doit être comprise par tous [7]. » Charles Hernu - qui entreprit pourtant des réformes autrement plus importantes - ne jugea pas utile de revoir les textes régissant l’expression des militaires en général, et des officiers généraux en particulier.

 

« Ne pas franchir le seuil de la polémique »

 

La liberté d’expression des militaires est régie par deux textes distincts. Le statut général des militaires qui rappelle dans son article 7 le socle des démocraties, à savoir que « les opinions ou croyances, philosophiques, religieuses ou politiques sont libres ». Mais c’est pour ajouter aussitôt que « les militaires en activité de service doivent obtenir l’autorisation du ministre lorsqu’ils désirent évoquer publiquement des questions politiques ou mettant en cause une puissance étrangère ou une organisation internationale ». Le second texte de référence est une instruction ministérielle publiée par le ministre de la Défense, Michel Debré, le 29 septembre 1972. Il précise que les militaires sont tenus, comme tous les fonctionnaires, au devoir de réserve. Dont l’appréciation est laissée pour une large part à l’analyse personnelle : « L’étendue de ce devoir varie évidemment en fonction de la situation personnelle de chacun, caractérisée notamment par le grade détenu et par l’emploi occupé, en fonction aussi des circonstances et en particulier de la diffusion qui est susceptible d’être donnée aux points de vue exprimés. Mais chacun, en fonction de ces différents éléments, doit être en mesure d’apprécier ses respon­sabilités propres. Dans tous les cas aussi, chacun veillera à ce que l’usage de sa liberté d’expression n’aboutisse pas à franchir le seuil de la polémique sur le plan des personnes ou des différentes catégories de personnel que comprennent les armées. »

Jean Guisnel
 

 

[1L’article 49, alinéa 3 de la Constitution de 1958 prévoit qu’un texte présenté par le gouvernement est considéré comme adopté par l’Assemblée, sauf si une motion de censure, déposée dans les vingt-quatre heures, est votée par une majorité de députés.

[2L’Organisation de l’armée secrète est directement responsable de 1 500 assassinats, pour la plupart entre mars et juin 1962.

[3Décret du 22 mars 1963, lois du 23 décembre 1964, du 17 juin 1966, du 31 juillet 1968, du 16 juillet 1974.

[4Général François BINOCHE, « A sens unique ", Le Monde, 28 octobre 1982.

[5Général Jacques PARIS DE BOLLARDIÈRE, Bataille d’Alger, bataille de l’homme, Desclée de Brouwer, Paris, 1972, p. 110.

[6Jean TOULAT, Un combat pour l’homme, le général de Bollardière, Le Centurion, Paris, 1987, p. 137.

[7Jean-Marie MULLER, « Vous avez dit pacifisme ? » De la menace nucléaire à la défense civile non violente, Cerf, Paris, 1984, p. 83.

 

 

Si tu ne sais pas torser le bombe, tu n'es pas un vrai militaire ! 

La réhabilitation des généraux putschistes, en 1982
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21 décembre 2021 2 21 /12 /décembre /2021 06:00

La présence de la France dans la zone euro ne semble plus faire débat, y compris dans la gauche de gauche. N'étant pas économiste de formation (et quand bien même...), je n'ai pas d'opinion tranchée en la matière, tout en pensant de manière pragmatique que ce qui fait plaisir aux banquiers de Francfort (comme s'ils ne faisaient que mettre en pratique leur principal slogan : “ Nous veillons la stabilité des prix et à la sécurité de votre argent ” ) n'est pas forcément bon pour les Européens de base.

 

Je reproduis ici une brève analyse de Jacques Sapir, hostile à l'euro depuis bien longtemps.

 

20 ans après la mise en circulation de l'euro, Jacques Sapir dresse le bilan économique peu reluisant de la monnaie unique. Pour l'économiste, le choix de rester dans la zone euro est avant tout politique. Le 1er janvier 2002, il y a 20 ans de cela, nous faisions connaissance avec les premiers billets en euro. Ce dernier existait déjà depuis 1999 en réalité. Les comptes bancaires étaient déjà comptabilisés en euro et les parités des monnaies des pays de la zone euro étaient bloquées, afin de respecter leur valeur en euro. Mais c’est bien la date de 2002 qui est symboliquement restée dans les mémoires.

 

Des promesses non tenues

 

Bien des promesses entouraient la nouvelle monnaie. On annonçait l’unification des marchés. Il n’en fut rien. Même pour les actifs financiers, les écarts de taux d’intérêts entre les pays membres sont restés substantiels.

 

Des dirigeants européens, Jacques Delors et Romano Prodi, avaient affirmé à l’époque que l’euro allait favoriser la croissance européenne. Certains avaient même prétendu que la monnaie unique devait engendrer, de par sa seule existence, un taux de croissance plus élevé de 1 % à 1,5 %. En fait, la croissance fut constamment plus faible dans la zone euro que dans les autres pays développés. Les écarts furent importants par rapport aux pays européens qui sont restés hors de la zone euro, comme la Norvège, la Suède et la Suisse ou le Royaume-Uni.

 

Ce fut aussi le cas pour la France. Le statistiques de l’INSEE montrent bien le freinage important de la croissance, et ce dès avant la crise de 2008-2009. Ce freinage a été fort bien décrit dans l’ouvrage collectif publié par Biböw et Terzi en 2007 [1]. Les données disponibles montrent que la crise de 2008-2009 a de plus cassé la croissance, et que les politiques mises en œuvre à partir de cette crise ont eu un effet très délétère sur l’économie. Les pertes en richesse furent importantes. Si l’on calcule le PIB sans l’effet de l’euro, ce dernier était en 2017 plus élevé de 12,5% que le PIB «réel» obtenu avec l’euro. On constate aussi que l’écart s’est accru progressivement à partir de 2003 et qu’il avait atteint, en sommes cumulées, 2025 milliards d’euros en 2017, soit environ 94% de la valeur du PIB réel pour cette année. L’euro nous aurait donc, sur 20 ans, fait perdre l’équivalent d’une pleine année de PIB. Ce n’est hélas pas tout.

 

L'euro, le chômage de masse et la balance commerciale

 

L’euro a eu des conséquences funestes sur l’emploi. D’abord, lors de la période dite de «convergence» où la France, pour se «qualifier» pour l’euro, a dû mettre en place des politiques restrictives dont l’impact sur l’emploi a été dramatique.

 

Ensuite, si la France était restée hors de l’euro et avait connu une plus forte croissance, le nombre de chômeurs serait passé de plus de 5 millions à 1,5 millions, autrement dit une réduction de 70% ! Bien entendu, ce calcul est théorique et ne tient pas compte des problèmes de formation professionnelle. Mais l’on peut penser que le nombre des «chômeurs» tel qu’estimé à travers les catégories A+B+D de Pôle Emploi se serait stabilisé autour de 1,8/2,0 millions et non de 5 millions comme aujourd’hui.

 

Sur le commerce extérieur, les conséquences de l’euro ont été calamiteuses. Les études du FMI [2] le montrent bien. L’écart potentiel avec l’Allemagne apparaît bien dans ces études. L’économie française souffre d’une surévaluation liée à l’existence de l’euro que l’on peut estimer entre 26% et 43% avec l’Allemagne. Cela est dû à la fois à la surévaluation générale impliquée par l’existence de l’euro, mais aussi à la sous-évaluation qu’entraîne l’euro spécifiquement pour l’Allemagne. On voit que le montant de l’écart est tel qu’il ne peut être combattu par des changements dans la structure de la fiscalité (et de la parafiscalité) en France, car ces changements jouent au maximum sur 5% à 10% du coût. Ce décalage explique, dans une très large mesure, l’ampleur actuelle du déficit commercial de la France, alors que le pays était à l’équilibre, voire en léger excédent, au début des années 2000.

 

L’euro peut-il évoluer ?

 

L’euro a été en crise, de fait, dès sa naissance. Mais les évolutions actuelles, du fait de la pandémie de la Covid-19, sont-elles de nature à changer cette situation ?

 

La Banque centrale européenne a mis sur pied un programme spécial de rachat des dettes publiques, le PEPP (Pandemy Emergency Purchasing Program). Les rachats de titres auxquels l’Eurosystème, soit le réseau des Banques centrales des pays de la zone euro, s’est livré dans le cadre de la lutte contre la crise sanitaire, soit 1 063 milliards d’euros en un an, portant ainsi les avoirs à 3 695 milliards d’euros contre 2 632 milliards en 2019 soit un accroissement de 40%, et en particulier les rachats au titre du PEPP pour un montant de 754 milliards, ont été techniquement faits par les Banques centrales de chaque pays, sous mandat de la BCE. Est-il imaginable que cette forme de décentralisation de la politique monétaire soit consolidée, voire approfondie ? 

 

De fait, la BCE ne peut soutenir les politiques économiques générales de l'Union que si cela ne porte pas atteinte ou n'entre pas en conflit avec l'objectif de stabilité des prix. La BCE est supposée se cantonner aux soutiens des politiques et n’a pas la compétence d'élaborer une politique de manière autonome dans le domaine de la politique économique [3]. Enfin, le soutien de la BCE aux politiques économiques générales de l'Union ne peut être accordé que conformément à ses missions fondamentales [4]. Les possibilités d’évolution apparaissent ainsi comme des plus limitées.

 

Le choix de rester dans l’euro est un choix essentiellement politique, qui sous-tend un objectif implicite, jamais présenté aux Français, de dissolution de la Nation dans un cadre fédéral. Il est plus que temps de remettre en cause ce choix et de forcer le gouvernement à un débat honnête sur cette question, au nom de laquelle il sacrifie aujourd’hui la vie et le futur de millions de gens.

 

Notes

 

[1] Bibow J. et A. Terzi (dir.), Euroland and the World Economy: Global Player or Global Drag?, New York (N. Y.), Palgrave Macmillan, 2007

[2] Voir http://www.imf.org/en/Publications/Policy-Papers/Issues/2017/07/27/2017-external-sector-report et http://www.imf.org/en/Publications/Policy-Papers/Issues/2016/12/31/2016-External-Sector-Report-PP5057 

[3] Ioannidis M., Hlásková Murphy S.J., Zilioli C., « The mandate of the ECB : Legal considerations in the ECB’s monetary policy strategy review », Occasional Paper Series, n° 276, septembre 2021, Frankfurt am Main, European Central Bank, 2021, p. 17. 

[4] Article 127, paragraphe 2, TFUE et article 3 des statuts du SEBC et de la BCE.

En savoir plus sur RT France.

 

Á Francfort, l'euro a sa statue...

 

L'euro a vingt ans
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12 décembre 2021 7 12 /12 /décembre /2021 06:32

Je reproduis ici une réflexion (tirée de son blog) de Michel Cialdella ("le citoyen Michel") sur les mutuelles et la sécurité sociale.

 

On entend souvent dire : « le mouvement mutualiste, conquête de la classe ouvrière, fut le précurseur de l’installation à la Libération de la Sécurité sociale ». 

 

La réalité historique est beaucoup plus compliquée que cela. 

 

Si durant la moitié du XIXe siècle, elles sont étroitement liées au mouvement ouvrier (1) notamment avec les « sociétés de résistance » issue de la Mutualité qui ont dominé le mouvement social et politique de cette période et ont largement commandé l’évolution qui a conduit à la révolution de 1848. Dans la période suivante, l’on assiste à la dissociation des sociétés de « secours mutuel », à vocation d’entraide sociale, et des syndicats de salariés, à vocation de défense ouvrière. 

 

Le patronat va s’appuyer sur les sociétés de secours mutuel, voire même en provoquer la création et le développement, pour faire pièce au syndicalisme. Ces sociétés vont être un instrument du paternalisme social qui marque profondément la deuxième moitié du siècle. 

 

Au XXe siècle, les dirigeants du mouvement mutualiste appartiennent alors, pour la plupart à la bourgeoisie aisée, aux cadres salariés, aux professions indépendantes, industrielles, commerciales, ou libérales. Pas d’ouvrier… 

 

D’ailleurs c’est un avocat, Henri Vermont qui a présidé « l’Émulation chrétienne » (à l’époque probablement la plus importante mutuelle interprofessionnelle de France) de 1871 à 1928. Au 5e congrès de la Mutualité française en 1895 (année de création de la CGT) Henri Vermont a reçu le pouvoir de représenter 45 sociétés de secours mutuel. Il affirme que les vrais mutualistes ne veulent pas d’une mutualité professionnelle. « Ils préfèrent de beaucoup la mutualité aux syndicats où l’on ne peut entrer, le plus souvent, qu'en abdiquant sa liberté (…). La Mutualité est un instrument de pacification entre les classes qui s’y rencontrent, tandis que le syndicat est une machine de guerre sociale ». (La classe ouvrière ?) 

 

Le Peuple, journal de la CGT, à l’occasion du congrès de Lyon de la FNMF, dénonce le renforcement du poids des notables au sein de l’institution : « La fédération nationale ? Un aréopage de Messieurs amplement décorés et cherchant à obtenir, au hasard des cérémonies officielles quelques colifichets supplémentaires… À Lyon, nous avons estimé les 900 ou 1000 délégués présents aux discussions. Nous sommes arrivés à cette singulière constatation les trois quarts au moins n’étaient pas des usagers de la Mutualité, hormis les membres de l’opposition, et pas tous encore ! Les congressistes étaient des patrons, des commerçants, des médecins, des avocats… » (2). Vous avez dit « classe ouvrière » ? 

 

La Mutualité a réservé un accueil très favorable à la « Charte du travail » de Pétain (publiée le 4 octobre 1941). Cette loi décrète l’abolition de la lutte des classes. « La charte du travail est manifestement destinée à casser les reins du syndicalisme » (2). La FNMF voit dans cette tentative de résorber les oppositions sociales par un processus institutionnel, une rencontre avec ses propres positions idéologiques. 

 

En 1942 l’Union Départementale Mutualiste de l’Isère porte une appréciation semblable : « Nous vous rappelons simplement que les buts principaux que la « Charte » se propose d’atteindre sont de demeurer étranger à toute discussion politique et de réaliser le rapprochement confiant entre patrons et ouvriers » (2). L’allégeance au régime de Vichy semble avoir été la règle parmi les Unions Départementales. L’engagement maréchaliste des dirigeants de l’union ne fait d’ailleurs aucun doute. D’ailleurs Léon Heller, président de la FNMF depuis 1930 participe tranquillement à la délégation spéciale du conseil de Paris, mis en place par les occupants ! (2) 

 

La résolution de clôture du Congrès de Lyon se conclura par un hommage appuyé au chef de l’État : « Les délégués (…) adressent au maréchal de France, chef de l’État, l’hommage de leur respectueux dévouement et de leur plus vive gratitude pour la bienveillante sympathie dont il lui a plu de donner des preuves à l’institution si parfaitement française qu’est la Mutualité ». (2) 

 

Au début de l’année 1943, Marc Degas, directeur général des services de la FNMF souligne l’efficacité de l’apport mutualiste dans la réalisation des objectifs sociaux de la Charte : « les sociétés de secours mutuel ont réalisé le rapprochement confiant des patrons et des ouvriers au sein de leur conseil d’administration et constituent le terrain le plus propice au développement de l’esprit d’entente et de compréhension réciproque » (2). Pour la défense de la classe ouvrière, il y a mieux ! 

 

Il n’y a donc rien de surprenant à ce que la Mutualité Française, en 1945, s’oppose à la Sécurité sociale. 

 

À propos de l’ordonnance du 4 octobre, la Mutualité française craignant que la dernière heure de leur mouvement n’ait sonné, ses dirigeants firent placarder sur tous les murs de France une affiche sur laquelle figurait un texte alarmiste où l’on pouvait lire notamment : (3)

 

« On porte gravement atteinte aux libertés des assurés… 

 

On veut instituer dans chaque département un régime de caisse unique, froide et bureaucratique, où les assurés seront intégrés pêle-mêle, sans leur consentement… 

 

On va provoquer inconsidérément une désorganisation catastrophique dont les assurés sociaux seront les victimes, on condamne ainsi à l’échec les améliorations de prestations d’assurance sociale péniblement acquises… » 

 

Non seulement elles n’ont pas fait dans la nuance, mais elles se sont gravement plantées ! 

 

Dans la même logique, la Mutualité française a soutenu les ordonnances Juppé ainsi que la loi dite Douste-Blazy espérant pouvoir jouer un rôle important dans le fonctionnement de notre sécu. Plantée une fois encore…. 

 

Pour siéger depuis 18 ans à la CAPM de Grenoble dans le conseil d’administration de laquelle siègent également des représentants de la mutualité, j’ai pu constater que la Mutualité française ne s’opposait quasiment jamais au patronat. La classe ouvrière est bien défendue ! 

 

- Aujourd’hui les lois émanant de l’Europe libérale obligent les mutuelles à avoir de fortes réserves. 

 

- Le fait qu’elle soit en concurrence les unes avec les autres. 

 

- Que 70 % d’entre elles aient jusqu’à six niveaux de prestations et donc de cotisations. 

 

Ces éléments font qu’elles s’éloignent à leur corps défendant (quoi que…) de plus en plus du système de sécurité sociale français élaboré par le Conseil National de la Résistance où l’on cotise selon ses moyens et l’on reçoit en fonction de ses besoins. 

 

Un livre récent (4) questionne des acteurs de la protection sociale. Jean-Pierre Davant, président actuel de la FNMF (la plus grosse fédération de mutuelles) livre sans retenue son fiel en se croyant intelligent. 

 

 

Quelques extraits : 3 

« Avec les médias en embuscade qui n’ont jamais été très clairvoyants en matière de santé. Mobiliser l’opinion comme ils le font quand une maternité menace de fermer, c’est rendre un mauvais service aux citoyens. Mieux vaudrait, pour les futures mamans, parcourir quelques kilomètres de plus, mais les médias jouent sur le sensationnel au lieu de remplir leur rôle » 

« Les syndicats… représentent les personnels hospitaliers et les intérêts corporatistes de certains salariés. Comment dans ces conditions, prendre en compte l’intérêt général ?(*) » 

« Le paritarisme, c’est bon pour gérer l’emploi, mais, pour gérer la santé, ça ne passe pas ! Pourquoi avoir ramené les syndicats au sein de l’assurance-maladie alors qu’on aurait très bien pu imaginer de faire appel à la société civile ? (**) Au surplus, les syndicats ne veulent pas assumer la gestion (***). Ils veulent en être parce que c’est un lieu de pouvoir. Ils veulent en être au nom de vieux schémas hérités de 1945, selon lesquelles il s’agit de l’argent des travailleurs(****). Mais le système fut en réalité financé par la CSG et les cotisations des consommateurs plus que par le patronat ou les syndicats ! Le reste relève de la fiction marxiste… » (*****) 

C’est clair, non ? Je pourrai longuement argumenter et démolir son raisonnement, mais cela fera l’objet d’un autre texte. 

À méditer : 

(*) Les confédérations c’est quoi ? 

(**) Qu’est-ce que la société civile ? Les syndicalistes seraient-ils des militaires ? 

(***) Depuis quand ? 

(****) La CSG financée à 90% par les salariés ne serait pas de l’argent des travailleurs ? 

(*****) Alors que la crise actuelle valide les analyses marxistes (si besoin en était) le citoyen Davant devrait réfléchir avant de baver ! 

Rappelons que les mutuelles devaient jouer un rôle provisoire et mineur en aval de la Sécurité sociale. À terme elles devaient disparaître et la Sécurité sociale institution unique, solidaire et démocratique devait prendre en charge la totalité des risques et assurer une couverture à 100%. 

Quel intérêt ont les travailleurs à avoir quelques 1500 à 1800 mutuelles ? Pourquoi cotiser à plusieurs endroits ? Qu'attentons pour lancer le débat ? 

Le 30 11 2009

 
Michel Cialdella.

 

 

 

(1) De la mutualité à la Sécurité sociale Bernard Gibaud ; les Editions Ouvrières. préface de Pierre Laroque. 

(2) « De la mutualité à la Sécurité sociale ». 

(3) Histoire de la sécurité sociale (1945-1967) - Bruno Valat ; éditions Economica. 

(4) « Ma Sécu de la Libération à l’ère Sarkozy » - Eric Merlen, Frédéric Ploquin ; Fayard – 2008. 

 

 

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