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14 octobre 2022 5 14 /10 /octobre /2022 05:53

André Gorz (qui signait fréquemment ses articles – en particulier dans Le Nouvel Observateur – sous le nom de Michel Bosquet) avait prévu, dans ce texte paru en 1974, la récupération de l’écologie par l’industrie, les groupes financiers – en un mot, le capitalisme.

 

Evoquer l’écologie, c’est comme parler du suffrage universel et du repos du dimanche : dans un premier temps, tous les bourgeois et tous les partisans de l’ordre vous disent que vous voulez leur ruine, le triomphe de l’anarchie et de l’obscurantisme. Puis, dans un deuxième temps, quand la force des choses et la pression populaire deviennent irrésistibles, on vous accorde ce qu’on vous refusait hier et, fondamentalement, rien ne change.

 

La prise en compte des exigences écologiques conserve beaucoup d’adversaires dans le patronat. Mais elle a déjà assez de partisans capitalistes pour que son acceptation par les puissances d’argent devienne une probabilité sérieuse. Alors mieux vaut, dès à présent, ne pas jouer à cache-cache : la lutte écologique n’est pas une fin en soi, c’est une étape. Elle peut créer des difficultés au capitalisme et l’obliger à changer ; mais quand, après avoir longtemps résisté par la force et la ruse, il cédera finalement parce que l’impasse écologique sera devenue inéluctable, il intégrera cette contrainte comme il a intégré toutes les autres.

 

C’est pourquoi il faut d’emblée poser la question franchement : que voulons-nous ? Un capitalisme qui s’accommode des contraintes écologiques ou une révolution économique, sociale et culturelle qui abolit les contraintes du capitalisme et, par là même, instaure un nouveau rapport des hommes à la collectivité, à leur environnement et à la nature ? Réforme ou révolution ?

 

Ne répondez surtout pas que cette question est secondaire et que l’important, c’est de ne pas saloper la planète au point qu’elle devienne inhabitable. Car la survie non plus n’est pas une fin en soi : vaut-il la peine de survivre [comme se le demande Ivan Illich],dans « un monde transformé en hôpital planétaire, en école planétaire, en prison planétaire et où la tâche principale des ingénieurs de l’âme sera de fabriquer des hommes adaptés à cette condition » (…)

 

Il vaut mieux tenter de définir, dès le départ, pour quoi on lutte et pas seulement contre quoi. Et il vaut mieux essayer de prévoir comment le capitalisme sera affecté et changé par les contraintes écologiques, que de croire que celles-ci provoqueront sa disparition, sans plus.

 

Mais d’abord, qu’est-ce, en termes économiques, qu’une contrainte écologique ? Prenez par exemple les gigantesques complexes chimiques de la vallée du Rhin, à Ludwigshafen (Basf), à Leverkusen (Bayer) ou Rotterdam (Akzo). Chaque complexe combine les facteurs suivants :

 

— des ressources naturelles (air, eau, minéraux) qui passaient jusqu’ici pour gratuites parce qu’elles n’avaient pas à être reproduites (remplacées) ;

 

— des moyens de production (machines, bâtiments), qui sont du capital immobilisé, qui s’usent et dont il faut donc assurer le remplacement (la reproduction), de préférence par des moyens plus puissants et plus efficaces, donnant à la firme un avantage sur ses concurrents ;

 

— de la force de travail humaine qui, elle aussi, demande à être reproduite (il faut nourrir, soigner, loger, éduquer les travailleurs).

 

En économie capitaliste, la combinaison de ces facteurs, au sein du processus de production, a pour but dominant le maximum de profit possible (ce qui, pour une firme soucieuse de son avenir, signifie aussi : le maximum de puissance, donc d’investissements, de présence sur le marché mondial). La recherche de ce but retentit profondément sur la façon dont les différents facteurs sont combinés et sur l’importance relative qui est donnée à chacun d’eux.

 

La firme, par exemple, ne se demande jamais comment faire pour que le travail soit le plus plaisant, pour que l’usine ménage au mieux les équilibres naturels et l’espace de vie des gens, pour que ses produits servent les fins que se donnent les communautés humaines. (…)

 

Mais voici que, dans la vallée du Rhin notamment, l’entassement humain, la pollution de l’air et de l’eau ont atteint un degré tel que l’industrie chimique, pour continuer de croître ou même seulement de fonctionner, se voit obligée de filtrer ses fumées et ses effluents, c’est-à-dire de reproduire des conditions et des ressources qui, jusqu’ici, passaient pour « naturelles » et gratuites. Cette nécessité de reproduire l’environnement va avoir des incidences évidentes : il faut investir dans la dépollution, donc accroître la masse des capitaux immobilisés ; il faut ensuite assurer l’amortissement (la reproduction) des installations d’épuration ; et le produit de celles-ci (la propreté relative de l’air et de l’eau) ne peut être vendu avec profit.

 

Il y a, en somme, augmentation simultanée du poids du capital investi (de la « composition organique »), du coût de reproduction de celui-ci et des coûts de production, sans augmentation correspondante des ventes. Par conséquent, de deux choses l’une : ou bien le taux de profit baisse, ou bien le prix des produits augmente. La firme cherchera évidemment à relever ses prix de vente. Mais elle ne s’en tirera pas aussi facilement : toutes les autres firmes polluantes (cimenteries, métallurgie, sidérurgie, etc.) chercheront, elles aussi, à faire payer leurs produits plus cher par le consommateur final. La prise en compte des exigences écologiques aura finalement cette conséquence : les prix tendront à augmenter plus vite que les salaires réels, le pouvoir d’achat populaire sera donc comprimé et tout se passera comme si le coût de la dépollution était prélevé sur les ressources dont disposent les gens pour acheter des marchandises.

 

La production de celles-ci tendra donc à stagner ou à baisser ; les tendances à la récession ou à la crise s’en trouveront aggravées. Et ce recul de la croissance et de la production qui, dans un autre système, aurait pu être un bien (moins de voitures, moins de bruit, plus d’air, des journées de travail plus courtes, etc.), aura des effets entièrement négatifs : les productions polluantes deviendront des biens de luxe, inaccessibles à la masse, sans cesser d’être à la portée des privilégiés ; les inégalités se creuseront ; les pauvres deviendront relativement plus pauvres et les riches plus riches.

 

La prise en compte des coûts écologiques aura, en somme, les mêmes effets sociaux et économiques que la crise pétrolière. Et le capitalisme, loin de succomber à la crise, la gérera comme il l’a toujours fait : des groupes financiers bien placés profiteront des difficultés de groupes rivaux pour les absorber à bas prix et étendre leur mainmise sur l’économie. Le pouvoir central renforcera son contrôle sur la société : des technocrates calculeront des normes « optimales » de dépollution et de production, édicteront des réglementations, étendront les domaines de « vie programmée » et le champ d’activité des appareils de répression. (…)

 

Direz-vous que rien de tout cela n’est inévitable ? Sans doute. Mais c’est bien ainsi que les choses risquent de se passer si le capitalisme est contraint de prendre en compte les coûts écologiques sans qu’une attaque politique, lancée à tous les niveaux, lui arrache la maîtrise des opérations et lui oppose un tout autre projet de société et de civilisation. Car les partisans de la croissance ont raison sur un point au moins : dans le cadre de l’actuelle société et de l’actuel modèle de consommation, fondés sur l’inégalité, le privilège et la recherche du profit, la non-croissance ou la croissance négative peuvent seulement signifier stagnation, chômage, accroissement de l’écart qui sépare riches et pauvres. Dans le cadre de l’actuel mode de production, il n’est pas possible de limiter ou de bloquer la croissance tout en répartissant plus équitablement les biens disponibles.

 

Tant qu’on raisonnera dans les limites de cette civilisation inégalitaire, la croissance apparaîtra à la masse des gens comme la promesse — pourtant entièrement illusoire — qu’ils cesseront un jour d’être « sous-privilégiés », et la non-croissance comme leur condamnation à la médiocrité sans espoir. Aussi n’est-ce pas tant à la croissance qu’il faut s’attaquer qu’à la mystification qu’elle entretient, à la dynamique des besoins croissants et toujours frustrés sur laquelle elle repose, à la compétition qu’elle organise en incitant les individus à vouloir, chacun, se hisser « au-dessus » des autres. La devise de cette société pourrait être : Ce qui est bon pour tous ne vaut rien. Tu ne seras respectable que si tu as « mieux » que les autres.

 

Or c’est l’inverse qu’il faut affirmer pour rompre avec l’idéologie de la croissance : Seul est digne de toi ce qui est bon pour tous. Seul mérite d’être produit ce qui ne privilégie ni n’abaisse personne. Nous pouvons être plus heureux avec moins d’opulence, car dans une société sans privilège, il n’y a pas de pauvres.

 

 

André Gorz est décédé en septembre 2007. Ce texte, paru en avril 1974 dans le mensuel écologiste Le Sauvage, a été publié en 1975 aux éditions Galilée, sous le nom de Michel Bosquet, en introduction du recueil Ecologie et politique.

 

 

 

Leur écologie et la nôtre, par André Gorz
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12 octobre 2022 3 12 /10 /octobre /2022 05:01

En en parlant. En bien ou en mal, cela n’a pas d’importance. Il s’agit que l’espace médiatique, social et politique soit rempli par cette question. C’est une vieille technique enseignée depuis des dizaines d’années dans les écoles de commerce.

 

Mais, attention ! Il ne faut pas mettre d’huile sur le feu, ni impulser des débats sans fin qui risqueraient de se retourner contre la cause. La publicité (on dit « la pub » pour ne pas nommer tout en nommant), consensuelle si possible, c’est-à-dire sans aspérités, sans provocations, est un médium particulièrement efficace. Car en tant que contenant, elle est déjà banalisée, quoiqu’elle dise. L’occupation de milliers de mètres carrés par la publicité dans n’importe quelle ville du monde nous semble là, de toute éternité. Même dans des pays comme la Russie où, il y a quarante ans, il n’y en avait quasiment pas. La publicité n’est pas transitive mais intransitive. Un placard pour Omo (je choisis un produit qui a moins le vent en poupe qu'autrefois) ne sert pas à faire vendre Omo mais à faire vendre, tout simplement, à nous maintenir dans un monde de la vente, un monde où nous ne pouvons pas faire trois pas dans la rue sans être interpellés par l’industrie dans une démarche commerciale. Ce qui n’est absolument pas naturel mais culturel et politique. Coluche avait fort bien repéré cela dans son sketch sur la publicité qui, quarante ans après, n’a pas pris une ride. Il observait que, comme par un fait exprès, la publicité télévisuelle était principalement consacrée aux lessives et autres produits détergents. Jusqu’à saturation et écœurement : « on doit en manger parce qu’ils nous en vendent énormément ». Aujourd’hui, la publicité ne s’intéresse plus à la ménagère devant sa machine à laver : elle cible bien davantage la ménagère et son ménager envisageant d’acheter une voiture. Aujourd’hui comme hier, cela n’a rien de rationnel, nous sommes dans la pensée magique, dans le fantasme, en marge de la vraie vie.

 

Ce qui nous ramène à la banalisation de l’islam radical.

 

Observons la photo ci-dessous. Deuxième plus grand fournisseur de transferts de fonds dans le monde, Moneygram, entreprise étasunienne, compte 350 000 employés (pardon : collaborateurs). Son chiffre d’affaires en 2019 était de 1285 millions de dollars. Elle a perdu plus d’1,6 milliard de dollars d'investissements durant la crise des subprimes de 2008, et les pertes ont mené l’entreprise à vendre une grosse majorité de ses actions à – guess who ? – Goldman Sachs en échange d’espèces sonnantes et trébuchantes. En janvier 2017, Alibaba, énorme conglomérat chinois aux méthodes infiniment douteuses, annonce l'acquisition de MoneyGram pour 880 millions de dollars, hors reprise de dettes. L’étasunien Euronet Worldwide surenchérit à 1 milliard de dollars. Alibaba pousse jusqu’à 1 milliard 200 millions. Le gouvernement des États-Unis bloque cette offre pour des raisons de « sécurité intérieure ». Ben voyons… Que le gouvernement français essaie de faire la même chose pour protéger une entreprise : il aura 3 000 avocats de Manhattan sur le dos !

 

Des renseignements que l’affiche publicitaire ne fournit pas.

 

En théorie, quiconque peut utiliser MoneyGram. Un Belge peut envoyer de l’argent au Honduras par son intermédiaire. Dans les faits, MoneyGram est très utile pour les transactions entre ce qu’on appelait autrefois le tiers monde et le Nord. Et dans le tiers monde, il y a beaucoup de musulmans, et parmi ces musulmans on compte de plus en plus d’intégristes. Les grandes compagnies et les institutions étasuniennes ou pilotées en sous-mains par les États-Unis comme l’Union européenne n’hésitent pas à faire appel à l’islam le plus militant dans leur communication-propagande. Tout récemment la Commission européenne n’a pas hésité à publier une affiche avec une fillette voilée d’environ huit ans pour vanter, en anglais naturellement, des méthodes d’enseignement innovantes. L’affiche fut retirée, de manière peu spontanée, après de nombreuses protestations.

Comment banaliser l’islam radical ?

Donc, par définition, une femme musulmane est une femme voilée. Voilée mais douce et sereine, à l’écart des vrais problèmes matériels et des luttes idéologiques qui font bouillonner le monde d'aujourd’hui en le parcellisant à l'infini. Elle ne regarde pas devant mais plutôt de côté et vers le bas. Et elle peut, sans demander la permission à quiconque, envoyer 3,90 euros à une copine qui, si elle réside au Royaume-Uni, sera encore plus voilée qu’elle.

Comment banaliser l’islam radical ?
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9 octobre 2022 7 09 /10 /octobre /2022 05:01

Il est confondant d’observer que la seule personnalité politique française de poids qui enfonce le clou – de manière erratique il est vrai – sur la question de la souveraineté nationale, est Marine Le Pen.

 

Dans une perspective rousseauiste, les règles communément admises qui gouvernent les humains n’ont été ni imposées ni adoptées pour servir les intérêts d’une minorité, mais les intérêts de tous. Dans Du Contrat social, Rousseau postule que la souveraineté appartient au peuple et que chaque citoyen en détient une part : « le souverain n’est formé que des particuliers qui le composent ». La souveraineté est « la totalité concrète des individus ». C’est ainsi que le peuple des citoyens est le vrai propriétaire du pouvoir.

 

Le cœur de la souveraineté repose sur trois éléments : la monnaie, le budget et les lois. Ces trois éléments du socle de la souveraineté nous ont glissé entre les doigts à mesure que se constituait « l’Europe ».

 

La monnaie – actuellement l’euro, monnaie commune et unique – est contrôlée par la Banque centrale européenne, indépendante des États sauf de l’Allemagne qui ne voulait pas de la disparition du Mark et qui avait accepté cette banque sous condition des « critères de stabilité et de convergence ». La BCE ne poursuit que deux objectifs : maintenir la stabilité des prix et empêcher l’inflation de dépasser 2%. Depuis le 4 novembre 2014, elle contrôle les principales banques d’État européens via le Mécanisme de surveillance unique. Elle est actuellement dirigée par Madame Christine Lagarde qui, précédemment, à la tête du FMI,  avait imposé le « consensus de Washington », un corpus de mesures libérales datant de la période Reagan, au monde entier. Avant Lagarde, Mario Draghi avait été l’un des cadres dirigeants de la banque mondiale, puis vice-président de la branche européenne de la banque Goldman-Sachs.

 

Depuis 2012, le budget est soumis à la règle d’or du « traité de stabilité, de stabilité, de coordination et de gouvernance » qui permet à la Commission de corriger le budget d’un pays membre de la zone euro qui ne respecte pas les critères de Maastricht, particulièrement en matière de déficit public. L’Italie en fit les frais en 2018 – il s’agissait d’une première – quand fut refusé son budget « anti-austérité ». Le commissaire européen aux affaires économiques Pierre Moscovici avait alors déclaré : « Nous ne sommes pas face à un cas ‘ borderline ’ [Moscovici ne connaissait pas le mot « limite ] mais face à une déviation claire, nette, assumée et par certains, revendiquée ».

 

Pour ce qui est des lois, depuis 1964, la CEE est un ordre juridique dont les dispositions priment le droit national de manière irrévocable, dans le champ restreint où les États membres lui ont transféré une partie de leur souveraineté. En 1962, l'Italie décide de nationaliser le secteur de la production et de la distribution d'énergie électrique, en regroupant les diverses sociétés privées de l'époque au sein de l'Ente Nazionale per l'Energia Elettrica (ENEL). Le citoyen Flaminio Costa, actionnaire de la société Edison Volta, en avait perdu ses droits à dividendes et refusa de payer ses factures d'électricité, pour un montant total, minime mais symbolique, de 1.926 lires. Assigné en justice, il argumenta que la nationalisation violait toute une série de dispositions du traité CEE de 1957. Le Giudice Conciliatore de Milan  se tourna vers la Cour de justice des communautés européennes pour lui demander son interprétation dudit traité. La Cour déclara qu'« à la différence des traités internationaux ordinaires, le traité de la CEE a institué un ordre juridique propre intégré au système juridique des États membres [...] et qui s’impose à leur juridiction. »

 

Cette véritable révolution avait été envisagée par Pierre Mendès France en 1957. Lors du débat parlementaire sur le traité de Rome, l'ancien président du Conseil avait exprimé des réserves sur le dumping social ou sur l'absence d'investissements. Il avait donc parfaitement prévu les méfaits d’un demi-siècle de politique européenne. Dans un discours historique, il avait déclaré que : « Le projet de marché commun tel qu’il nous est présenté est basé sur le libéralisme classique du XIXe siècle, selon lequel la concurrence pure et simple règle tous les problèmes. […] nos partenaires veulent conserver l’avantage commercial qu’ils ont sur nous du fait de leur retard en matière sociale. Notre politique doit continuer à consister, coûte que coûte, à ne pas construire l’Europe dans la régression au détriment de la classe ouvrière et, par contrecoup, au détriment des autres classes sociales qui vivent du pouvoir d’achat ouvrier. Il faut faire l’Europe dans l’expansion et dans le progrès social et non pas contre l’une et l’autre. »

 

Plus largement, Mendes avait proposé de la mise en péril de la démocratie une analyse qui figure dans les manuels de sciences politiques : « L’abdication d’une démocratie peut prendre deux formes, soit le recours à une dictature interne par la remise de tous les pouvoirs à un homme providentiel, soit la délégation de ces pouvoirs à une autorité extérieure, laquelle, au nom de la technique, exercera en réalité la puissance politique, car aunom d’une saine économie on en vient aisément à dicter une politique monétaire, budgétaire, sociale, finalement une “ politique ”, au sens le plus large du mot, nationale et internationale. » Et il avait ajouté à propos de notre voisin d'outre-Rhin : « Si l’Allemagne est prête à opérer son redressement dans le cadre d’une opération fraternelle avec les autres pays européens, elle n’admettra pas que les voies et moyens de son redressement lui soient imposés de l’extérieur, même sous le couvert de mécanismes automatiques. »

 

Les partis socialistes européens – et de nombreux partis communistes – ont accepté ces règles, étourdis par les promesses d’une Europe « sociale » à la Jacques Delors. Certains ont même avancé, en se ridiculisant totalement, qu’ils pourraient « désobéir » aux traités. Même Le Pen et les siens ont cessé d’entonner cette stupide scie, dès lors qu’ils ont vu le désenchantement de quantités de citoyens qui ont voté pour eux lors de la dernière élection présidentielle. L’extrême droite française a compris qu’on ne sort pas de la zone euro ou de l’UE sans sortir du capitalisme.

 

Quelques remarques sur la souveraineté nationale
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8 octobre 2022 6 08 /10 /octobre /2022 05:01
 

La gauche est au bord de la crise de nerfs. Comme dans un film d’Almodovar, la moindre étincelle peut provoquer une explosion. L’ennui est que ces explosions restent verbales. Quelques dizaines de tweets vengeurs, quelques numéros de vierge offensée à la télévision, et puis on passe à autre chose… jusqu’à la prochaine crise. Ces affrontements aboutissent rarement à un débat de fond, à une remise en question. Au mieux, on obtient une rétractation, un « on a mal interprété mes paroles », un « je n’ai jamais voulu dire que ».

Exemple, la sortie de Fabien Roussel à la fête de l’Humanité. Je rapporte la citation originale, parce que les mots ont leur importance : « La gauche doit défendre le travail et le salaire et ne pas être la gauche des allocations, minima sociaux et revenus de substitution ». On notera la prudence de la déclaration. Il ne s’agit pas d’opposer les titulaires d’allocation aux travailleurs, mais d’opposer deux « gauches », l’une qui se concentrerait sur la défense du travail et du salaire, l’autre dont le combat serait centré sur les allocations et autres revenus de substitution. Autrement dit, Roussel n’oppose pas deux catégories de Français, il oppose deux catégories de militants politiques « de gauche ».

La meilleure preuve que cette « gauche des allocations » existe bien est la réaction quasi unanime de la NUPES à cette déclaration, réaction comparable à celle d’un chat dont on a marché sur la queue. Il serait amusant mais certainement ennuyeux de lister ici ces réactions. La plupart de leurs auteurs ont entendu ce qu’ils voulaient entendre, quitte à déformer la formule originale. Olivier Faure, dans sa réponse, prend la défense de ceux qui touchent des allocations (« Les gens qui cherchent à utiliser les mécanismes de solidarité collectives sont minoritaires et celles et ceux qui fraudent le plus ne sont pas ceux qui touchent le RSA ou le chômage ») alors qu’ils ne sont nullement attaqués. François Ruffin se sent obligé d’écrire que « opposer « la France qui bosse » à « la France des allocs », ce n’est pas le combat de la gauche, ce ne sont pas mes mots », alors que personne n’a, je le répète, opposé une « France » à une autre, mais bien une « gauche » à une autre, ce qui n’est pas tout à fait la même chose. Sandrine Rousseau, devenue l’idéologue publique de la gauche radicale – ce qui vous donne une idée de l’état intellectuel de la gauche en question – décrète sur ce ton professoral n’admettant aucune contradiction qui la caractérise que « la valeur travail est une valeur de droite » – étiquette qui, dans la mentalité « gauche radicale », la disqualifie définitivement et sans qu’il soit besoin de l’examiner plus loin – et que « On a un droit à la paresse, on a un droit à la transition des métiers, on a le droit aussi de faire des pauses dans sa vie ».

Ce que cette éruption démontre, c’est qu’il y a une ligne de partage dans la gauche qui ne s’efface pas, et dont le déterminant est le rapport au travail. C’est celle qui divise la gauche sociale de la gauche sociétale, celle qui porte les intérêts des couches populaires et celle qui se consacre plutôt aux intérêts des classes intermédiaires. Et il est important de comprendre le pourquoi et comment de cette division.

Commençons par la « valeur travail ». Avant d’être une « valeur », le travail est une nécessité. Et c’est une nécessité parce que l’immense majorité des êtres humains vit entourée par une nature qui, n’en déplaise aux romantiques, n’est guère généreuse et souvent hostile. Les fruits et les poulets rôtis ne tombent pas des arbres dans notre assiette, le toit qui nous protège des intempéries et le feu qui nous réchauffe ne se construisent et ne s’alimentent pas tous seuls. Nos ancêtres ont bien compris que s’ils voulaient se nourrir, se protéger du froid et des bêtes sauvages, et bien, il fallait bosser. C’est le travail qui nous a permis de nous nourrir, de nous protéger, et puis, le temps aidant, de jouir de toutes sortes de biens qui non seulement nous rendent la vie plus agréable, mais nous permettent de moins travailler et donc d’avoir plus de temps pour penser, pour imaginer, pour créer. Car l’histoire humaine, c’est l’histoire d’une bestiole qui a appris à libérer du temps en augmentant sa productivité. Les chasseurs-cueilleurs passent le plus clair de leur temps à chercher la nourriture tous les jours de leur vie, et malgré cette masse de travail fourni ont une vie misérable. Nous, hommes modernes, travaillons moins de 10% du temps que nous passons sur cette terre… avec une qualité de vie incomparablement meilleure !

Oui, il faut du temps et de l’effort pour arracher à mère nature – qui plus qu’une mère aurait plutôt le caractère d’une marâtre de conte de fées – de quoi subsister, de quoi nous épanouir. C’est ce temps d’effort obligatoire qui définit le travail. Et on comprend donc bien qu’il n’y a pour un être humain que deux moyens de se procurer les biens nécessaires à sa vie et survie : soit de travailler pour les produire, soit prélever sur le produit du travail des autres.

Que deviendrait une société qui n’invoquerait pas le travail comme valeur sociale, qui aurait autant de considération pour le travailleur productif que pour l’oisif parasitaire, pour celui qui produit la valeur qu’il consomme que pour celui qui la consomme sans la produire ? Un tel système de valeurs ne peut conduire qu’à une société où tout le monde consomme et personne ne travaille. Ce n’est pas là une organisation sociale réaliste. C’est pourquoi le travail n’est pas une valeur « de gauche » ou « de droite », mais une valeur anthropologique des sociétés humaines, tout simplement parce la valorisation du travail est la condition nécessaire de leur existence, de la même manière que le travail est la condition nécessaire de la survie des individus.

L’oisiveté, la paresse ne peuvent être les valeurs de l’ensemble de la société. Elles peuvent être – et l’ont été historiquement – les valeurs pour un groupe social déterminé, un groupe privilégié dont le caractère dominant lui permet de prélever de la valeur sur le travail des autres. A l’inverse, la « valeur travail » est souvent revendiquée par les classes exploitées, celles sur qui la valeur est prélevée, parce qu’elle souligne l’injustice qui leur est faite. Paul écrit, à une période où l’église chrétienne était celle des opprimés, que « si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus » (deuxième épitre aux Thessaloniciens 3 :10), et que les révoltes des « travailleurs » contre les « oisifs » sont chose courante dans l’histoire, révolte toujours légitimée par le fait que c’est le travail qui nourrit les hommes, qui est seule source de valeur.

Cela ne conduit pas bien entendu à refuser l’idée même d’allocation. Pour reprendre la formule paulienne, il ne s’agit pas de priver de nourriture ceux qui ne travaillent pas, mais bien ceux qui ne veulent pas travailler. La nuance est tout à fait essentielle. Toutes les sociétés admettent plus ou moins le besoin d’assurer un revenu suffisant à ceux qui veulent travailler et ne le peuvent pas ou plus, soit parce qu’un handicap, une maladie ou l’âge les en empêchent, soit parce que l’état de l’économie ne leur permet pas de trouver un emploi. Mais en aucun cas un allocataire n’est, au plan symbolique, l’égal d’un travailleur. Le travailleur vit de son travail, l’allocataire vit du travail des autres (1). C’est pour cela que le travailleur a une légitimité politique que l’allocataire ne peut avoir.

La gauche, parti des travailleurs ?

On comprend bien mieux à cette lumière pourquoi une gauche dominée par les classes intermédiaires tire à boulets rouges sur la « valeur travail ». Parce que la « valeur travail » est l’outil de légitimation politique de la classe ouvrière, cette classe avec laquelle les classes intermédiaires ont rompu et dont elles ne veulent pas entendre parler. C’est pourquoi dans le discours de la gauche le « pauvre » a remplacé progressivement le « travailleur ». L’avantage étant que contrairement au travailleur, qui a une légitimité politique et donc une voix propre, le « pauvre » ne plaide que par l’intermédiaire de ses avocats… c’est-à-dire, des classes intermédiaires qui ont toute liberté pour plaquer sur lui leurs propres revendications. Et cela a eu une traduction au plan de la tactique politique : depuis quarante ans, la gauche a compensé ses pertes dans le monde du travail en se constituant une « clientèle » par la distribution d’allocations de toutes sortes.  Ce sont ces clientèles qui votent à gauche de peur de perdre ces bénéfices. Or, c’est à ce type de clientélisme que Roussel s’attaque lorsqu’il écrit que « La France pour laquelle je me bats, c’est une France du travail dans laquelle nous arrivons à éradiquer le chômage. Cela veut dire que nous avons tellement de défis à relever, d’emplois à pourvoir, que, dans ma France, il n’y a plus d’allocation-chômage. C’est de ces allocations-là que je parle. Il n’y a plus de RSA, plus de revenu de substitution qui permettent de nourrir le chômage. Je veux nourrir le travail ». Parce que si demain « il n’y a plus de RSA », il n’y aura pas non plus de gens qui voteront pour cette gauche de peur de perdre le RSA.

Certains ont le culot d’invoquer le nom de Marx pour placer à droite la « valeur travail ». Mais Marx n’a jamais dit pareille chose. Marx critique le travail aliéné, c’est-à-dire, le fait de travailler pour un patron qui prélève une partie de la valeur produite sans avoir contribué à la produire. Car Marx, n’en déplaise à certains de ses prétendus disciples, était d’abord un matérialiste, ce qu’ils ne sont pas. C’est d’ailleurs lui qui expliquait que l’homme n’arrive au royaume de la liberté qu’en passant par le royaume de la nécessité. C’est ce qu’oublient ceux qui invoquent un « droit à la paresse ». Bien sur, on a le « droit » de s’arrêter de travailler quand on veut. Ce qu’on n’a pas, c’est le droit à s’arrêter tout en continuant à être payé. Une nuance que certains semblent avoir du mal à comprendre…

Sandrine Rousseau, avec son « droit à la paresse », est un peu Marie-Antoinette avec son « qu’ils mangent de la brioche ». Appartenant à une classe qui a tout, Rousseau invoque le « droit » de ne pas travailler – droit qui n’a comme contrepartie aucun devoir, même pas celui de réduire sa consommation. Alors qu’à l’autre bout de l’échelle, des gens condamnés à la paresse forcée clament au contraire à cor et à cri leur désir de travailler…

Descartes

(1) Je parle ici bien entendu des allocations non-assurantielles. Pour les allocations assurancielles, c’est un peu différent : tout le monde cotise pour couvrir un risque qui ne se réalisera que dans un nombre limité de cas. Celui qui est désigné par le hasard souffre du risque et bénéficie de l’assurance. Il n’y a donc pas véritablement de « prélèvement », mais plutôt une mutualisation.

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6 octobre 2022 4 06 /10 /octobre /2022 05:01

Vous avez peut-être déjà utilisé Doctolib, ce service en ligne qui vous permet de programmer un rendez-vous médical sans avoir à appeler le cabinet de votre médecin. Pratique. 

Mais Doctolib prend un peu trop ses aises avec nos données médicales qui sont pourtant extrêmement sensibles !

Même si vous ne prenez pas de rendez-vous, Doctolib enregistre chaque clic et chaque interaction faite sur le site ou sur l’application mobile. Tout l’historique des pages visitées est collecté. Et certaines de ces données sont envoyées directement aux États-Unis sans être anonymisées, ce qui pourrait être contraire au règlement général sur la protection des données (RGPD).

Pourquoi Doctolib collecte autant de données ? Que fait Doctolib de ces données très sensibles ? Sont-elles revendues ? Nos données médicales ne sont pas à traiter avec autant de légèreté. L’entreprise doit se plier au droit et faire preuve de transparence.

Dites à la CNIL d'enquêter sur Doctolib et de forcer l’entreprise et à respecter la loi sur nos données privées.

La Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) a le devoir de s’assurer que l’humain passe avant le profit sur internet.

Nos données médicales personnelles sont plus que sensibles, il en va du secret médical, de notre vie privée, de nos droits et libertés. Comment les protéger si n’importe quelle entreprise peut y accéder pour les utiliser à des fins commerciales ?

Doctolib a déjà été sollicité sur ce sujet, notamment par le chercheur David Libeau. Mais l’entreprise n’a que très partiellement répondu à ses questions, ce qui l’a poussé à saisir une nouvelle fois la CNIL, après une tentative vaine en juillet 2021.

Si des milliers d'entre vous le rejoignent pour demander à la CNIL de faire appliquer le droit, nous pouvons mettre fin à ce qui pourrait bien être une violation flagrante de nos vies privées. C’est aussi l’occasion d’envoyer un message fort aux géants de la tech : nos données sont à nous et à personne d’autre.

Dites à la CNIL que Doctolib n’est pas au-dessus des lois !

Il y a un peu plus d’un an, la mobilisation massive de membres de SumOfUs comme vous, avait déjà poussé la CNIL à ouvrir une enquête sur le réseau social Clubhouse, qui aspirait nos données personnelles même si vous n’étiez pas inscrits sur l’application.

Votre mobilisation paye. Montrons à la CNIL que cette inquiétude est partagée :

Demandez à la CNIL d’ouvrir une enquête sur Doctolib.

 

Article du site SomeOUs

 

On peut signer leur pétition

Les oreilles de Doctolib vous écoutent
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4 octobre 2022 2 04 /10 /octobre /2022 05:01

 

Le site Conspiracy Watch vient d'attaquer, sur sa chaîne, de manière particulièrement abjecte, mon ami et compagnon de route Maxime Vivas.

Maxime a répondu en ces termes :

 

“ Á partir de 54 mn 25 je suis allègrement exécuté, puis Viktor Dedaj, puis Le Grand Soir, site que nous administrons.

 

On y apprend que (puisqu'on ne récite pas le bréviaire des EU) on est complotistes et on fait de la propagande d'Etat chinoise.

 

Réfléchir à ça.

 

Tristan Mendès France, chroniqueur que je paie avec mes impôts, m'avait déjà diffamé sur France Inter. Là, il affirme qu'on est « rouges-bruns » (= nazis), qu'on nie le 11 septembre (!), que je prétends que c'est le grand amour entre les « Ouïghours et la Chine », qu'il n'y a jamais eu de problème au Xinjiang, tandis que Rudy Reichstad affirme que j'ai dit la même chose sur le Tibet (« le Tibet, y a pas de problème, les gens sont heureux... »).

 

J'ai écrit  des dizaines d'articles et 4 livres contre les fascistes (dont un sur Céline, réédition en cours).

J'ai écrit un livre sur le Tibet (Dalaï lama pas si zen), traduit  en 6 langues, réédition en cours avec un addendum sur les scandales sexuels.

 

J'ai écrit un livre après 2 voyages au Xinjiang (Ouïghours, pour en finir avec les fake news) traduit en 13 langues.

 

Dans chacun de ces livres, j'ai, au contraire, répertorié les problèmes dans ces deux régions chinoises. Je n'en ai pas inventé, il est vrai.

 

Pour TMF et RR, ces 2 snipers (qui n'ont rien à cirer du Xinjiang et du Tibet), si l'on soutient les Palestiniens, on est antisémites, négationnistes, rouges-bruns ...

 

Je suis issu d'une famille espagnole ; ma mère a échappé par miracle à la soldatesque franquiste.

 

Mon nom, comme  celui de Levy ou Cohen est un nom juif séfarade. J'ai donc plus qu'eux des fortes raisons de me dresser contre tous les fascistes. 

 

Jeune homme j'ai participé clandestinement en Grèce à l'organisation de filières de résistances contre la junte des colonels.

 

Quant au 11 septembre, j'ai passé ma journée à essayer de joindre un Français qui travaillait dans les tours jumelles. Je l'ai fait à la demande d'une amie, sa sœur, qui n'avait pas Internet. Et Tristan Mendès France dit que je nie l'attentat !

 

Je vous [Mendès France] écris cela parce que vous êtes resté propre à leur contact et parce que vous êtes un chercheur, pas un coupe-jarrets.

 

Je ne réponds pas à ces lascars. Leur mauvaise fois et leur méchanceté sont immenses.

 

Dans un mail envoyé il y a quelques mois à mon fils aîné, TMF prétendait :  "Je ne veux aucun mal à votre père". En effet !

 

Étant moi-même administrateur du Grand Soir (trois heures de travail par jour, de manière bénévole évidemment), j'ai écrit à Conspiracy Watch, n'admettant absolument pas d'être qualifié de “rouge-brun ”.

 

Á Conspiracy Watch,

 

Vous avez accueilli sur votre site des personnes qui ont mis en cause, de manière répugnante, mon ami et compagnon Maxime Vivas, en le mettant dans le même sac que Faurisson. Dans la foulée, vous avez attaqué le site du Grand Soir que vous avez qualifié de rouge-brun.

Contrairement à ce que vous avez affirmé, Le Grand Soir n’est pas administré par deux personnes, mais par trois. Je suis cette troisième personne depuis une bonne dizaine d’années. Si Le Grand Soir était « brun », les 98% de ses lecteurs de gauche et d’extrême gauche auraient fini par s’en apercevoir. Tout comme, d’ailleurs, Jean-Luc Mélenchon, qui a préfacé l’un des livres de Maxime Vivas.

Je connais Maxime Vivas, sa compagne et deux de ses fils depuis de longues années. Ce sont des gens profondément de gauche qui ont milité toute leur vie de manière totalement désintéressée.

Pour ce qui me concerne (appartenant à une famille de gauche sur cinq générations), j’ai en vu d’autres, à bientôt 75 ans. Toutefois, aussi intellectuellement crapuleux que vous, jamais. Je pense en particulier à Tristan Mendès France qui n’a pas hérité de la rigueur intellectuelle et de l’honnêteté politique de son grand-père qui fut, avec Camus, un exemple pour l’adolescent que j’étais dans les années soixante, même si je n'ai pas toujours partagé ses choix en matière d'économie et de politique étrangère.

Comme tous les esprits simples et manichéens, et sans vraiment le connaître, vous avez convoqué Orwell. Cela m’a amusé, moi qui ai rédigé sur cet auteur une thèse de 1012 pages, une quarantaine d’articles universitaires et un livre. Laissez en paix ce géant, trop écrasant pour vous. Le citer ne lavera pas vos calomnies.

Je n’attends aucune réponse de votre part. Et s’il vous prenait la fantaisie de me répondre, je ne répondrais pas à la réponse.

 

En défense de Maxime Vivas, calomnié par le site Conspiracy Watch
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1 octobre 2022 6 01 /10 /octobre /2022 05:01

Ci-dessous un communiqué de presse du Snesup. C'est la misère organisée. Les personnels sont apathiques. Dans une UFR que je connais un peu, le budget, amputé de 25%, a été adopté avec une seule voix contre, que je connais bien. C'est à désespérer. Le banquier jet-skieur peut continuer.

 

 
 
­ 

 

A l’heure où certaines universités ont d'ores et déjà annoncé des mesures radicales pour tenter de faire face à la hausse du coût de l’énergie et payer les factures, la ministre de l’ESR a présenté lundi un budget 2023 en complet décalage avec les besoins réels dans nos établissements. Par ailleurs, elle a confirmé qu’il n’est pas prévu de rectificatif budgétaire pour financer l’augmentation de 3,5% du point d’indice de la Fonction publique pour la période allant de juillet à décembre 2022 (soit 185 M€). Charge aux établissements, déjà exsangues, de trouver des financements… en ponctionnant éventuellement sur leurs quelques réserves (fonds de roulement), et peu importe si cela remet en cause des investissements prévus (travaux immobiliers et de rénovation énergétique notamment) et les recrutements de personnels nécessaires à l’accueil, l’encadrement et la réussite des étudiants. 

Il manquera en fait 1 milliard d’euros pour maintenir la même activité qu’en 2022 dans les établissements d’enseignement supérieur et la part de l’ESR public dans le PIB va encore diminuer. Dans le même temps, le gouvernement affiche ses priorités : il baisse les impôts pour les multinationales (taxe sur la valeur ajoutée des entreprises, baisse de l’impôt de production) au détriment du financement des services publics.

Par ailleurs, dans le projet de loi de programmation des finances publiques 2023-2027, aucune augmentation du point d’indice n’est prévue durant tout le quinquennat alors que la perte du pouvoir d’achat des personnels fonctionnaires et contractuels atteint 25% (3 mois de salaires) depuis 2000.

Le SNESUP-FSU dénonce ce budget d’austérité et demande une compensation de l’augmentation des coûts de l’énergie et la prise en charge de l’augmentation du point d’indice dès maintenant. Il continue à revendiquer une augmentation des salaires, une indexation du point d’indice sur l’inflation et un retour à un taux d’encadrement décent dans les universités pour prendre en compte la croissance des effectifs étudiants au cours des 15 dernières années.

Les universités devront-elles financer les baisses d'impôts ?
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30 septembre 2022 5 30 /09 /septembre /2022 05:01
Défilé correct : au moins 3 000 personnes. J'y ai rencontré Danièle Simonnet. Abord simple et facile. Elle me dit qu'elle est à Lyon pour le congrès des HLM et qu'elle a préféré sauter un repas pour venir nous épauler avec ses camarades de LFI. Je lui dis que ma première manif date de presque 60 ans : la grève des mineurs de charbon de mars 1963. 178 000 mineurs sur les 197 000 étaient en grève. Pendant plusieurs semaines avec mes camarades de classe, j'ai collecté, pendant plusieurs semaines, de la nourriture pour les femmes de mineurs. Le gouvernement avait dénoncé un accord de 1959 qui prévoyait l'indexation des salaires sur les prix.

Ce mouvement très dur fut globalement un succès en termes de rattrapage des salaires.

Cette expérience victorieuse m'a marqué à vie.

Aujourd'hui, très grosse participation de la CGT, comme d'hab'. On passe devant le Casino. Grilles fermées. Heureusement que le magasin est ouvert le dimanche en pleine nuit.

29 septembre 2002 : manifestation à Lyon
29 septembre 2002 : manifestation à Lyon
29 septembre 2002 : manifestation à Lyon
29 septembre 2002 : manifestation à Lyon
29 septembre 2002 : manifestation à Lyon
29 septembre 2002 : manifestation à Lyon
29 septembre 2002 : manifestation à Lyon
29 septembre 2002 : manifestation à Lyon
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28 septembre 2022 3 28 /09 /septembre /2022 05:01

Il faut reconnaître à la présidente de la Commission européenne deux qualités : en politique, elle n’a pas besoin de boussole. Á droite toute – mais attachée à un certain progrès social – le regard vers les États-Unis. Et puis cette atlantiste forcenée est aimée de notre banquier jet-skieur. C’est lui qui l’a imposée – on ne sait pourquoi officiellement – à Angela Merkel, contre la volonté de la classe politique allemande. Un tour de force d’autant plus exceptionnel qu’Ursula n’avait jamais été élue nulle part. Le SPD a évoqué un « exemple sans précédent de tricherie politique qui rend absurde le processus de démocratisation de l’Union européenne ».

 

Ursula est la fille d’Ernst Albrecht (rien à voir avec Berty Albrecht, soyons sans inquiétude) qui fut vice-président fédéral de la CDU et ministre-président (de droite) de Basse Saxe de 1976 à 1990. Elle naquit à Bruxelles car son père y était alors fonctionnaire européen (avant de devenir PDG de Bahlsen). C’est là qu’elle passa son enfance où elle fréquenta l’École européenne et devint une cavalière de compétition. Avec les Albrecht, nous sommes dans une famille de négociants patriciens de la grande bourgeoisie allemande, avec des connexions aristocratiques depuis le XVIIe siècle. Ursula a également une arrière-grand-mère étasunienne et des ancêtres français et italiens. On trouve dans son ascendance paternelle des juristes, des médecins, des universitaires, de très riches négociants. Au moment où l’esclavage fut aboli aux États-Unis, son ancêtre James H. Ladson possédait 200 esclaves. La mère d’Ursula était également bien née. Elle mourut malheureusement d’un cancer et de la maladie d’Alzheimer en 2002, mais celle-ci ne fut révélée par sa fille qu’en 2008.

 

Ursula passa un baccalauréat en mathématiques et en sciences, puis étudia les sciences économiques aux universités de Göttingen et Münster avant de fréquenter la London School of Economics sous un nom d’emprunt, protégée par Scotland Yard, son père étant menacé par la Fraction armée rouge. Elle entreprit par la suite des études de médecine et obtint le titre de docteur en 1991, avant de rejoindre pour quatre ans l’université Stanford où elle suivit des cours d’économie, mais sans suivre un cursus formel. Sa thèse de médecine fera l’objet d’une longue controverse en 2015 : un site anti-plagiat déclarera avoir trouvé 27 pages suspectes. L’université ouvrira une procédure formelle à la fin de laquelle il sera décidé de ne pas lui retirer son titre. Plusieurs experts afficheront leur désaccord.

 

En 1986, Ursula épouse le médecin Heiko von der Leyen, issu d’une famille qui a fait fortune dans la soie.

 

Ursula est nommée par Angela Merkel en 2005 ministre de la Famille. Elle met en œuvre une politique sociale : elle institue un salaire parental de deux mois pour les pères et augmente le nombre de crèches. Elle se prononce contre les sites pédopornographiques, écopant du sobriquet Zensursula (censursula). Elle soutient l’instauration d’un salaire minimum, ainsi que des quotas pour les femmes au sein des conseils d’administration. Elle est nommée ministre du Travail en 2009, puis ministre de la Défense en 2013, première femme à occuper cette fonction régalienne. Elle est reconduite en 2018 mais est nommée présidente de la Commission européenne en 2019. Avant cela, en 2014, elle milite pour une politique étrangère plus ferme de l’Allemagne. Elle valide l’envoi d’armes aux forces armées kurdes et irakiennes, ce qui rompt la tradition allemande de ne jamais exporter d’armes vers une zone de conflit.

 

 

En tant que responsable européenne, Ursula von der Leyen ne risque pas de faire contre-poids à la puissance des États-Unis. Elle s’aligne complètement sur les positions étasuniennes en matière de géopolitique et militaire. Déjà lorsqu’elle était ministre allemande de la Défense, elle avait obtenu une hausse de 35% des dotations de l’Allemagne à l’OTAN (l’Allemagne est aujourd’hui le second contributeur après les EU) et avait obtenu que le général allemand Jürgen Weigt soit nommé commandant en chef de l’Eurocorps. La servilité d’Ursula vis-à-vis des États-Unis n’est sûrement pas sans rapport avec sa promotion inattendue et ultra-rapide à la présidence de la Commission européenne.

 

Lorsqu’elle est nommée le 16 juillet 2019 présidente de la Commission, sans l’appui d’Angela Merkel (elle obtient 51% des voix, élue grâce aux suffrages d’extrême droite des Polonais de Droit justice et de ceux ambigus du Mouvement 5 étoiles), elle est auditionnée par les groupes du Parlement européen. Á noter qu’elle prononce son premier grand discours en anglais, qui n’est que la seconde langue de la République d’Irlande. Selon Le Point, elle en reste à des généralités qui ne mangent pas de pain. Elle permet aux Britanniques de négocier leur Brexit pendant le temps qu’ils voudront, ce qui a le don d’irriter notre banquier jet-skieur. Elle se dit favorable à un salaire minimum, mais également à l’entrée de la Moldavie où le smic est à 42 euros par mois… Ursula est bien au-dessus de ses considérations, elle qui emprunte à tour de bras des avions privés sur des petites distances.

 

Ursula est favorable à des « États-Unis d’Europe », sur le modèle de l’État suisse, de l’Allemagne ou des États-Unis. Elle vise en fait une harmonisation des questions financières, de la fiscalité et de la politique économique.

 

En janvier 2022, une enquête menée par un organisme de surveillance de l’UE sur les SMS envoyés par Ursula von der Leyen au PDG de Pfizer a conclu que l’UE était coupable de « mauvaise administration ». L’eurodéputée néerlandaise Sophie in’ t Veld déclara que la Commission était devenue moins transparente avec von der Leyen. Selon The Guardian, Pfizer a signé plusieurs contrats avec la Commission pour son vaccin qui a été critiqué pour les prix élevés négociés pour les vaccins à ARNm Covid .

 

PS : dans la photo ci-dessous, Ursula est vêtue aux couleurs de l'Ukraine.

 

Connaissez-vous Ursula von der Leyen ?
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27 septembre 2022 2 27 /09 /septembre /2022 05:01

Je reprends ici de nombreux éléments d’un article de deux militants cégétistes.

 

Selon eux, les publications papier et internet des fédérations CGT et de la Confédération contiennent de plus en plus de publicités. Ces deux militants se sont demandés si cette publicité servait uniquement à couvrir les coûts de fonctionnement des publication ou si elles couvraient aussi d’autres lignes budgétaires.

 

Ils ont étudié les publications de 19 fédérations sur 33 et ont observé que la surface des publicité variait de 6 à 33%.

 

Parmi les annonceurs figurent en bonne place des cabinets d’expertise comptable proches de la centrale syndicale. Une autre part importante revient aux groupes de protection sociale complémentaire. Par exemple, le groupe VYV, créé en septembre 2017 et qui comprend de nombreuses filiales comme Harmonie Mutuelle ou la MGEN. Ces mutuelles, écrivent les auteurs de l’article, « sont en lien direct avec des fédérations, notamment dans le secteur de la Fonction publique, puisque la gestion du régime d’assurance maladie leur est déléguée depuis plusieurs décennies, au détriment de la Sécurité sociale ». Le problème est que la mutualité est « une institution du capitalisme financier » qui gère ses fonds selon les directives européennes. Les auteurs citent le cas du groupe Macif « au sein duquel la CGT fait face à une dégradation des conditions de travail, un refus de négocier, et même de la répression antisyndicale ».

 

Autres annonceurs privilégiés, les groupes de prévoyance (complément de salaire, capital-décès etc.). La gestion y est paritaire mais ces institutions sont identiques aux mutuelles, avec des réserves imposées captés par la sphère financière. Citons AG2R La Mondiale, Malakoff Humanis, Apicil, Lourmel.

 

Une dernière catégorie d’annonceurs est constituée par des entreprises capitalistes, « majoritairement des anciennes entreprises nationalisés » : La Poste Services à la personne, Orange, EDF, SNCF, Dalkia.

 

Le Secrétaire général de la Confédération s’est montré partisan d’accueillir tous les annonceurs. Lors d’un débat en novembre 2021 à propos du financement de NVO-Ensemble, Philippe Martinez a exprimé l’idée qu’il n’y avait « pas de scandale à avoir des recettes publicitaires car il l’y a aucune raison que l’argent, fruit du travail des travailleurs, ne serve pas leur cause, sans compromission aucune et en lien avec les organisations ».

 

Le choix est douloureux : accepter toujours plus de publicité ou augmenter les cotisations syndicales.

 

Pas simple.

 

Publié par La Révolution Prolétarienne, n° 818.

 

 

Les publicités dans les publications de la CGT
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