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20 mars 2020 5 20 /03 /mars /2020 06:03
 

 

Le Corona va être un extraordinaire révélateur de la misère qui touche 20% de la population résidant en France, et de l'inféodation de nos dirigeants au capitalisme financier.

Ci-dessous de larges extraits d'un article publié par le site Initiatives Communistes.

 

Comment la pandémie du covid-19 fait voler en éclat le mythe de « l’ protectrice » et met en évidence toute la pertinence de « l’État- » souverain

Tous ceux qui croyaient aux chimères des grands slogans pro-européens de « L’Europe de la paix », « de cet espace de solidarité », « d’une Europe qui nous protège, qui nous rend plus fort », doivent tomber de haut en voyant la totale absence de leur « sacro-sainte Europe » dans la gestion de la pandémie que nous vivons!

L’Union Européenne aux abonnés absents des solutions à la crise sanitaire du COVID-19

On ne peut faire autrement que constater l’inutilité chronique de cette institution, qui n’aura strictement rien fait et n’aura strictement servi à rien dans la crise du covid-19.

Ainsi, les Italiens, premier pays d’Europe touché par l’épidémie, ont dû se débrouiller tout seuls pour gérer la crise. Enfin, pas tout à fait, puisqu’ils ont heureusement reçu l’aide précieuse… de la Chine, du Venezuela et de Cuba qui ont envoyé leurs médecins en Lombardie, ces pays aux économies planifiées détestés par l’idéologie dominante et dénigrés dans sa presse aux ordres. Et ce tandis que l’Allemagne, pourtant moins touchée, refusait de faire parvenir des masques de protection.

Par suite, les Français, les Espagnols, les Belges, entre autres, prenaient, dans le cadre de leurs frontières, des mesures pour endiguer la pandémie :

– la France en prenait enfin toute la mesure en annonçant, avec retard, le jeudi 12 mars, que toutes les écoles seraient fermées à partir du lundi 16. Le surlendemain était annoncé que tous les commerces autres que de premières nécessités devaient à leur tour fermer leurs portes ; 

– en Belgique, cette mesure était prise 2 jours avant la France ; 

– en Espagne tous les déplacements autres que professionnels furent interdits à compter du lundi 16 ;

– le Portugal, quant à lui, ferma l’ensemble des établissements scolaires à partir de ce même lundi.

D’autres pays de l’, eux, ont décidé de fermer totalement leurs frontières aux ressortissants  des pays les plus touchés par le covid-19 comme le Danemark, l’Autriche, la Pologne, la Slovaquie.

Il est donc démontré par les faits qu’aucune concertation n’a eu lieu, chaque pays prenant des mesures uniquement dans le cadre de ses frontières.

Cette absence de concertation se manifeste par des aberrations totales, à l’image de la frontière franco-italienne, où quasi aucune personne ne peut rentrer en Italie pendant que les Italiens peuvent, eux, entrer en France ! Bref, du grand n’importe quoi.

Dans ce processus l’UE est donc totalement absente.

L’Union Européenne du Capital, l’une des causes de la catastrophe

Le PRCF n’a eu de cesse depuis maintenant plus 15 ans, reprenant le flambeau du PCF de Thorez et la CGT de Frachon, de dénoncer la construction européenne comme étant une création du grand capital tournée uniquement vers les profits des entreprises multinationales et contre les peuples. Divisés, mis en concurrence pour être mieux exploités.

C’est dans ce cadre que les services publics, notamment de la santé, ont été démolis. C’est, en effet, bien à cause des directives européennes et du respect des critères de l’euro-austérité du traité Maastricht, qu’ont appliqué avec zèle les différents gouvernements, Macron/Philippe en tête, que notre pays a été mis à sac et que ses finances publiques ont été réorientées en soutien des profits du CAC40, au lieu de financer nos services publics et notre protection sociale. Au nom de l’euro a été appliqué le dogme des 3% de déficit public maximum, étranglant les hôpitaux publics. Il y a tout lieu de penser que l’absence de renouvellement du stock de masques de protection a tout à voir avec cette logique financière qui a conduit partout à faire des “économies” sur le dos de la santé publique. Avec à la clé des fermetures massives d’hôpitaux et de lits. Ce sont plusieurs dizaines de milliers de lits qui seraient si utiles ces jours à venir qui ont été supprimés. Des milliers de médecins, des dizaines de milliers d’infirmiers et infirmières qui n’ont pas été formés et recrutés ! 

Voilà un effet concret de l’Euro et de l’Union Européenne.

Dans cette même logique, peut être également citée la loi travail, voulue par la  de Bruxelles, qui, en plus de précariser encore plus durement la vie des salariés, a supprimé également les organismes paritaires qu’étaient les comités d’hygiène, sécurité et des conditions de travail (CHSCT) dans les entreprises, qui auraient été un atout majeur dans la gestion de cette crise. 

Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que l’UE du grand patronat ne fasse et ni même n’annonce quoi que ce soit pour protéger les peuples du coronavirus et qu’au contraire elle soit la première à annoncer des mesures de soutien aux profits capitalistes, en débloquant tout de suite un fonds de 25 milliards d’euros « en soutien à l’économie ». S’il n’y a pas « d’argent magique » pour l’hôpital public, il en va autrement pour le CAC-40 !

D’ailleurs, dans son allocution, si Emmanuel Macron appelait « à faire nation », il tentait désespérément de fabriquer dans ses mots l’introuvable UE dans les faits, en ressassant « Europe », « Europe » et encore « Europe ». Mais comme le disait Spinoza  « le mot chien n’aboie pas » et les euro-béats auront beau répéter « Europe » à tout bout de champ, rien ni fait : l’UE est totalement absente dans la gestion de la crise sanitaire.

La souveraineté populaire de la Nation pour répondre aux besoins du peuple par le peuple

Si les peuples de l’UE ne peuvent que constater son absence et n’en attendent d’ailleurs rien, il en va tout autrement de leur État-nation. On constate que dans une pareille crise, c’est bien vers lui que le peuple se tourne, c’est à lui qu’il réclame des mesures, c’est lui qu’il écoute, en témoigne les 25 millions de personnes qui ont suivi le discours d’Emmanuel Macron jeudi soir.

Cette crise sanitaire aura le mérite, non seulement de voir l’UE pour ce qu’elle est, mais également de démontrer toute la pertinence du concept « d’État-Nation ». 

Dans cette crise, il démontre que le concept de nation n’est pas archaïque, qu’il entraîne pas automatiquement le  et que, bien au contraire, bien utilisé, c’est-à-dire lorsque sont défendus les intérêts de la classe des travailleurs, la Nation est résolument un espace progressiste, qui fait sens aux yeux du peuple, qui le protège et dont il attend et demande la protection.

C’est bien ce que Macron a compris dans son discours de jeudi soir, bien obligé, malgré lui, de prendre des mesures dans le cadre de l’État-nation France, mais tout en fustigeant le nationalisme. À quoi faisait-il référence ? À ces pays de l’UE qui ferment tour à tour leurs frontières et cela non seulement pour protéger leur population mais également pour protéger les autres populations, à l’image de l’Italie déjà citée, qui, si elle n’autorise pas les personnes à entrer dans son pays, c’est bien plus pour protéger les étrangers que son propre peuple. 

D’ailleurs, la France fait figure de dernier pays d’Europe à ne pas avoir fermé ses frontières, ce qui est totalement irresponsable, aussi bien pour notre peuple que pour toutes les personnes qui entrent sur notre territoire. La faute à qui ? Précisément à l’européisme idéologique, dogmatique et sectaire d’Emmanuel Macron et du gouvernement Philippe. Rejoints dans cette course absurde par Ursula Von der Leyen qui, en tant que présidente de la Commission européenne, déclarait que « les interdictions de voyage générales ne sont pas considérées comme très efficaces par l’Organisation mondiale de la Santé » et ajoutant « de plus elles ont d’importantes conséquences sociales et économiques, elles perturbent la vie de la population et des entreprises ». Comment être plus cynique ? Comment ne pas voir la nature intégralement capitaliste et résolument tournée contre les peuples de l’UE ? On lui répondra que s’il est pertinent, pour lutter contre la propagation du coronavirus, de mettre en confinement des villes, des départements ou des régions, il ne saurait l’être à moins, concernant des pays ! L’exemple chinois est à ce titre plus que révélateur. Aussi, il ne peut qu’être constaté qu’à part le gouvernement français, aucun pays n’écoute les « recommandations » de la Commission européenne, à commencer par l’Allemagne qui a annoncé la fermeture de toutes ses frontières ce dimanche 15 mars.

 

Cette argumentation du risque « nationaliste » est donc totalement risible. Il ne s’agit que de propagande pro-européenne de la libre circulation des populations, cache-sexe de la libre circulation des capitaux responsables des délocalisations et de la concurrence entre eux de tous les travailleurs de l’UE.

Une libre circulation des capitaux et des biens qui ne donne en réalité qu’une pénurie de masques et des gels hydroalcooliques, l’incapacité de fabriquer le grand nombre de respirateurs dont nous avons maintenant besoin. En effet, pour maximiser les profits, la libre circulation et la libre concurrence, dogme fondamental du dumping anti-social, ont conduit à démolir l’outil de production industriel à coups de désindustrialisation.

Non, ni la main invisible du marché ni l’euro, ni l’UE ne soigneront le coronavirus

Cet épisode doit ouvrir les yeux à tous les progressistes qui continuent de croire à « l’Europe sociale » qui est tout autant un mythe que celui  de « l’Europe qui nous protège ».

Au contraire, cette crise révèle que c’est bien le cadre de la nation qui fait sens, qui est l’espace dans lequel les idées progressistes peuvent s’affirmer et que plus que jamais si « l’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes » elle ne se fera que quand le monde du travail « se constitue[ra] lui-même comme nation ». Et cette réappropriation ne passera bien sur que par les 4 sorties : OTAN, Union Européenne, €uro et capitalisme. Ce sont à ces uniques conditions que reviendront enfin « les jours heureux ».

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13 mars 2020 5 13 /03 /mars /2020 06:21
 

L’Observatoire International de la Gratuité propose cette tribune en réponse au texte contre la gratuité des Transports en Commun paru sur le site de Politis de la part d’EELV...

 

LGS la publie d’autant plus volontiers que nous avons été partenaires du Forum national de la gratuité organisé à Lyon par cet organisme et notre ami Paul Ariès en janvier 2019. Nous y sommes intervenus avec deux de nos administrateurs et nous avons rencontré et apprécié politiquement l’élue lyonnaise Nathalie Perrin-Gilbert, actuelle candidate à la mairie de Lyon et cible d’EELV.

 

EELV de LYON/Métropole attaque violemment le principe même de gratuité des transports en commun urbains qualifié de "mesure électoraliste", de "mesure antisociale", de "mesure antiproductive" donc anti-écolo.


L’attaque virulente d’EELV Lyon/Métropole contre la gratuité choisit délibérément d’ignorer que le débat existe (ou existait ?) au sein d’EELV sur cette question, que des listes EELV, comme celle de Roubaix, proposent cette gratuité, qu’ Eric Piole, le Maire EELV de Grenoble, s’est prononcé, à titre personnel, en faveur de la gratuité universelle des transports en commun urbains, qu’EELV avait participé au Forum national de la gratuité organisé par l’Observatoire International de la Gratuité le samedi 5 janvier 2019 à Lyon.

 

Le site EELV des Yvelines reconnait pourtant que la gratuité des TC à Dunkerque a permis d’augmenter le nombre d’usagers de 65 % "dont de nombreux automobilistes qui laissent désormais leur voiture au garage", 10 % des utilisateurs ayant même revendu leur deuxième voiture.

 

Cette haine de la gratuité, accusée soudainement de tous les maux par des édiles d’EELV, est donc une très mauvaise nouvelle pour l’écologie sociale et populaire et pour les élections de dimanche.

 

On savait déjà EELV favorable à la remise en cause du clivage droite/gauche, on découvre EELV favorable à une remise en cause du clivage libéral/antilibéral, marchand/antimarchand.

 

Pourquoi cet alignement d’EELV Lyon/Métropole sur les pires positions des ennemis de la gratuité ?
Ce parti-pris du réalisme comptable est le signe des alliances contre-nature mises en place depuis 19 ans au Grand-Lyon puis au sein de la Métropole de Lyon entre EELV, le PS et... LREM !

 

EELV Lyon/Métropole partage donc le bilan de la majorité sortante, ayant participé à ses exécutifs. 


Cette haine de la gratuité serait-elle une façon de camoufler qu’elle partage le bilan de Gérard Collomb ?  
Ce parti-pris du réalisme comptable est aussi un mauvais signal car il pourrait faire craindre de nouvelles alliances contre nature consistant à faire demain du Collomb sans Collomb...


Ce part-pris du réalisme comptable explique qu’EELV fasse ses choux gras des études financées et réalisées par des adversaires irréductibles de la gratuité, à Lyon comme ailleurs... notamment les Lobby privés et publics responsables de la crise actuelle des transports. 


EELV-Lyon-Métropole ne recule pas devant le fait de qualifier la gratuité de "mesure antisociale", car la gratuité concernerait aussi bien les riches que les milieux modestes, voire les pauvres...

 

Signe qu’EELV ne sort pas de la logique des tarifs sociaux qui ne va pourtant jamais sans condescendance ni flicage et qui a fait la preuve de son incapacité à changer le système.


On imagine mal Jean Jaurès prôner simplement la gratuité de l’école pour les gosses de pauvres.


EELV Lyon/Métropole se rend-elle même compte que dire que ceux qui peuvent payer doivent payer, concernant les transports en commun, pourrait tout aussi bien s’appliquer à l’école ou à la santé ?


J’accuse EELV Lyon/Métropole de développer un discours sapant la logique de la sécurité sociale.
Chacun paye au moyen de la fiscalité et bénéficie des services en fonction de ses besoins.


EELV explique doctement que la gratuité va conduire à la saturation de certaines lignes... ce qui est bien la preuve que la gratuité augmente la fréquentation et répond à un besoin....


C’est d’ailleurs, pour cela, que la gratuité n’est pas seulement la suppression de la billetterie, mais une transformation de l’offre donc aussi le choix de nouveaux investissements...


On peut choisir soit d’adapter la demande à l’offre en préservant le principe du système marchand (puisque toutes les études prouvent que les tarifs sociaux restent trop chers pour les pauvres) soit d’adapter l’offre aux besoins légitimes en se donnant les moyens de financer les choix de société.


Car ce que ces écologistes libéraux ne comprennent pas c’est que la gratuité, pas plus que le service public, n’est une modalité de gestion des biens communs mais bien une conception différente de la société.

 

La gratuité n’est donc pas une mesure électoraliste, comme le prétend méchamment EELV mais un outil de transformation urbaine, en faveur du ralentissement et de lutte contre la gentrification.


Cette gratuité, que nous défendons contre EELV, est une gratuité construite dans tous les domaines, comme celle, d’ailleurs, des routes, des trottoirs et, bien sûr, des pistes cyclables.


Cette gratuité, que nous défendons contre EELV , est une mesure sociale dans la mesure où elle distribue du pouvoir d’achat non monétaire.


Cette gratuité, que nous défendons contre EELV, est une mesure écologique car elle rompt avec la civilisation de la voiture et avec la satisfaction individuelle des besoins.


Cette gratuité, que nous défendons contre EELV, est une mesure politique car l’enjeu est bien de multiplier les îlots de gratuité (eau et énergies élémentaires, services culturels et funéraires, cantines scolaires, activités périscolaires, etc) avec l’espoir qu’ils deviennent des archipels de gratuité puis de nouveaux continents.

 

Quoi qu’en dit EELV Lyon/Métropole la gratuité c’est bon pour les usagers, les personnels et la planète.


Comment EELV ose-t-elle opposer la gratuité des TC et l’urgence climatique ?


La mouche qui a piqué EELV/Lyon-Métropole c’est celle d’une écologie libérale !


Nous ne voulons pas de cette écologie qui considère que donner un prix à toute chose serait bon.

 

Nous ne voulons pas de cette écologie d’hommes et de femmes patronnesses adeptes des tarifs sociaux.

 

Paul ARIES

Observatoire International de la Gratuité
Directeur de l’Observatoire International de la Gratuité
auteur de Gratuité vs capitalisme (éditions Larousse).

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26 février 2020 3 26 /02 /février /2020 06:05

Ils veulent supprimer l’anonymat sur Internet. Or, c’est le seul endroit où des milliers de petites gens peuvent dire des vérités sans être punis : arrêtés, virés de leur entreprise, de leur établissement scolaire, de leur média.

 

 

Moi-même, parce que j’écris des livres et que j’ai besoin de ne pas avoir tous les médias contre moi, je signe d’un pseudo mes articles sur (contre) les médias.

 

 

Si l’on cherche sur Google, on trouve des centaines et des centaines de pseudos utilisée en littérature, cinéma, journalisme, variétés, etc.

 

 

On cite toujours Romain Gary/ Emile Ajar, mais mon cher Roger Vailland, écrivan (prix Goncourt), ennemi juré de Céline (pseudo d’une ordure) et journaliste, signait aussi : Georges Omer, Robert François, Etienne Merpin, Frédéric Roche.

 

 

Mais il y a pire : quand mon fils Raphaël a été arrêté par des agents de la BAC, le rapport de ses prétendues exactions remis au tribunal portait la signature d’un agent de la BAC. J’ai  cherché un peu pour voir qui était ce type, où il habitait, si sa bagnole était ignifugée (je blague), etc. C’était un nom banal. J’ai oublié, mais ça ressemblait à Lemarchand, Lambert. Il y en a plein.

 

 

 

 

On m’a dit que ce nom est le pseudo de tous les baqueux (de Toulouse ?) dans leurs documents écrits remis à la Justice.  Les juges le savent, me dit-on.

 

 

 

 

Bref, non seulement ils n’ont pas de RIO, mais quand ils doivent faire état de leur identité dans un procès, elle serait bidon. Est-ce que quelqu’un pourrait confirmer cette info ?

 

Un questionnement de Maxime Vivas
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25 février 2020 2 25 /02 /février /2020 06:18

Ci-dessous un très fort texte publié par Le Media et repris par Le Grand Soir sur les effets à court et à long terme de la répression organisée par le banquier éborgneur.

 

 

D’innombrables arrestations, des milliers de blessés, et des centaines de personnes traumatisées parmi les manifestants : la violence de la répression policière affecte les corps et les esprits. Ceux qui ne sont pas atteints dans leur chair souffrent aussi, tétanisés par la peur, et voient leur existence bouleversée par les cauchemars ou la paranoïa.

 

« La peur, quand on la perçoit, c’est fini. C’est la boîte de Pandore », résume Valk, photographe à Nantes. Depuis environ 1 an, cette habituée des luttes, toujours prompte à sortir l’appareil photo, ne peut plus s’y rendre. Elle a d’abord ressenti la peur, lancinante, encore un peu floue, « à la façon que j’avais de me harnacher ». Une seconde fois, elle s’est rappelée à elle de manière frontale. Une panique au milieu d’un épais brouillard de gaz lacrymogènes, l’impossibilité de bouger. « J’étais tétanisée. Un militant, habillé tout en noir, m’a mis la main sur l’épaule. Il m’a juste dit « ça va ? ». Ça m’a fait revenir à la réalité. Ce simple geste, précautionneux et aidant, m’a sortie de ma torpeur ».

 

La dernière fois, la peur l’a paralysée. Elle l’a empêchée, entravée. Impossible de partir couvrir la manifestation, de franchir la porte de l’appartement. « C’était après une semaine d’arrestations brutales dans la ville. Je me suis dit : « Ils viennent nous terroriser là où on habite ». Je ne pouvais plus retourner sur le terrain. Le rapport à la ville s’est modifié. On n’a plus confiance ». Vale a compris l’importance des « débriefs » d’après-manif. La nécessité de parler, de ne pas ressasser seul ce que l’on a vu ou vécu. Le sentiment de culpabilité s’immisce aussi, parfois : « Quand tu as peur, tu es obligé d’affronter qui tu es. Tu te dis : "Qu’est-ce que je fais pour survivre ?". C’est ni bien, ni mal. C’est juste ta survie ».

 

"Les flics, je les hais maintenant"

C’est aussi l’instinct de survie qui a poussé Jérémy, 24 ans, tombé dans la Loire le 21 juin dernier à Nantes « à cause des gaz lacrymogènes », à maintenir la tête hors de l’eau, « entre 15 et 25 minutes, difficile de savoir ». Le soir de la mort de Steve Maia Caniço, pendant la fête de la musique, suite à une violente charge policière. Jérémy a aidé une autre personne, tombée elle aussi, qui s’était déboîtée l’épaule lors de sa chute. Des gaz lacrymogènes, des chiens, des hurlements, de l’eau froide et de la peur, il ne dira rien aux urgentistes, qui ignorent alors tout du drame qui s’est déroulé sur le quai. 



Jérémy rentre chez lui après l’hôpital, la vie reprend son cours, il porte plainte. Passe des heures entières sur le quai, tout l’été, en pleine canicule. Personne pour proposer un suivi psychologique. « Le fait d’en parler aux médias m’a aidé à extérioriser la chose, à prendre un peu de recul ». Un mois après cette nuit cauchemardesque, le jeune homme craque. Fond en larmes. « Je me disais alors que c’était moi qui aurais dû disparaître à la place de Steve. Je ne me sentais pas légitime à être en vie ». Un syndrome du survivant que Jérémy essaie de gérer seul. Il ne se souvient pas avoir fait de cauchemars, et dit avoir trop de fierté pour se décider « à aller voir quelqu’un. Je savais que j’allais réussir à retrouver ma joie de vivre ». Mais il passe plusieurs mois à fumer des pétards et consommer trop d’alcool. « Je percevais bien le choc émotionnel, le trauma. Et ma culpabilité ».

 

"L’imaginaire de la lutte, c’est un milieu viril, guerrier. Comment dire alors qu’on a besoin d’espace pour se reposer, se ressourcer ? Quand on milite, on se confronte volontairement à la violence."

 

S’il va mieux aujourd’hui, « grâce à une rencontre » qui lui a fait remonter la pente, les réminiscences de cet épisode se font sentir au quotidien. « Dès que j’entends parler de Steve, ou de violences policières, j’ai la boule au ventre et la larme à l’œil ». Jérémy n’a plus aucune confiance en la police. « Les flics, je les hais maintenant. Clairement. J’ai peur aussi. Peur quand je les croise. Même si j’ai fait le choix de ne pas cacher ce qui m’est arrivé ». Le jeune homme ne comprend pas comment on a pu en arriver là.Une famille brisée et le trauma tenace de dizaines de jeunes. Il évoque un futur tatouage en hommage à Steve. Avec la date. Pour ne pas oublier ? « On ne peut pas oublier de toute façon. C’est ancré ».

 

"J’ai cru qu’on était en guerre"

Lors du G7, sur le camp des opposants, on trouvait un « espace de soin et de soutien » appelé Chez Thelma. Zazou, du collectif, a remarqué que cette question des traumas était peu réfléchie en France. Beaucoup de ressources viennent de l’étranger, Angleterre, Allemagne, Canada.

 

« Chez Thelma, c’était une première sur un contre-sommet. Il est encore difficile que ces espaces existent. L’imaginaire de la lutte, c’est un milieu viril, guerrier. Comment dire alors qu’on a besoin d’espace pour se reposer, se ressourcer ? Quand on milite, on se confronte volontairement à la violence. On se surexpose même, sans être préparés aux conséquences », explique la militante. Au G7, de nombreuses personnes ont fait un saut Chez Thelma. Pour se reposer, ou après une crise d’angoisse. Les retours ont été positifs. « Il faut faire exister cette parole en assemblée pour pouvoir parler à tous des risques traumatiques. Commencer par être attentif aux autres. La peur doit être entendable ! On doit prendre cette question en charge collectivement ».

 

Si la question du trauma était latente chez les militants de longue date, elle a en revanche brutalement fait irruption dans la vie de Gilets Jaunes qui connaissaient peu le terrain des manifestations. Julia, 31 ans, n’avait pas manifesté avant d’enfiler le gilet fluo. La jeune femme est ressortie « choquée » de ses premiers samedis. « On était face à des gens en armure qui nous bloquaient chaque rue. Je vois une femme palpée devant tout le monde, qui pleurait. C’était humiliant. Je me suis dit : "ces gens n’ont aucune pitié" ». Elle a vécu une nasse qui l’a durablement marquée, et se souvient avoir hurlé. La nasse, technique anglo-saxonne appelée kettling (comprenez « bouilloire »), peut être particulièrement traumatisante.

 

Un piège qui s’est refermé sur Julia début janvier 2019, près de la Préfecture de Nantes. « J’ai cru qu’on était en guerre. Il faisait nuit, les gaz ne s’arrêtaient pas. On sautait partout pour éviter les projectiles. Je hurlais. Les gens hurlaient. Là, je me suis dit qu’ils voulaient nous faire crever ». Réfugiée dans l’arrière-cour d’un restaurant, elle voit les gens tousser et vomir à tour de rôle. « Le chaos complet. Et le sentiment bizarre de me dire "j’ai échappé à la mort" ». Une expérience traumatisante, qui s’achève par l’arrivée de CRS, avec de nombreux coups de matraque à la clef. « Je ne comprenais pas. J’étais ahurie ».

 

Après ça, Julia a mis du temps à retourner en manifestation. Elle a consulté un hypnothérapeute, pour essayer de régler des soucis d’hypervigilance teintés d’angoisse et de paranoïa. « Je sursautais au moindre claquement de porte. Dans le centre-ville, je regardais partout. Et paniquais dès que j’entendais une sirène. Comme si on était tout le temps en manif, qu’il fallait tout guetter ». Elle se surprend un soir à courir jusqu’à sa voiture de peur d’être suivie par la police. S’enferme parfois chez elle. A le cœur qui bat plus fort quand elle pense qu’une voiture la suit. « Mon pire cauchemar, c’était qu’ils viennent toquer à la porte de chez moi pour venir me chercher. Je l’imaginais, j’en cauchemardais ». Cette peur d’être traquée, des représailles, Julia le dit : « C’était de la paranoïa ». Un enfer au quotidien.Depuis ces séances d’hypnose, elle se sent plus apaisée. Elle a pu retourner en manifestation. De loin, d’abord.

 

Un état de sidération psychique

Les cauchemars, les angoisses, la paranoïa, Lauriane Perez, psychologue clinicienne en libéral, en voit tous les jours dans son cabinet. Elle reçoit de plus en plus de manifestants démunis face à la persistance de leurs symptômes.

 

« Dans les traumatismes, le facteur aggravant est l’intentionnalité de la violence. Or les Gilets Jaunes ont d’abord vu le policier comme quelqu’un du même corps social, qui pouvait potentiellement les rejoindre. Avant qu’il ne devienne un ennemi, un oppresseur légitimé par le discours de l’État ».

 

La psychologue constate des traumas liés au maintien de l’ordre. « Quelque chose va arriver qui va nous confronter à la réalité de la mort, au danger de notre intégrité physique ». Typiquement, chaque espace de la répression policière est donc un panier à traumas. Nasse, sensation d’étouffement sous les gaz, impossibilité de fuir, peuvent provoquer la peur de mourir. Lauriane Perez écoute les militants parler d’un choc psychologique dont ils ont à peine conscience avant de venir la voir.

 

Le choc psychologique s’apparente à cet épisode raconté plus haut par la photographe Valk. « Il s’agit d’une sidération psychique. Tout s’arrête. La personne n’aura plus de sensation, elle est tétanisée ». Il faut alors espérer que quelqu’un vous extirpe de cette immobilité émotionnelle avant un drame potentiel. « La communauté, l’entourage, peut faire « re-rentrer » la personne dans le groupe ». Pour Valk, ce fut ce militant qui lui posa la main sur l’épaule. Pour Lola, street medic de 23 ans, c’est un symbole de secouriste qui lui a fait recouvrer ses esprits alors qu’elle était comme glacée. « Une fois, j’ai déconnecté. Je me suis retrouvée collée au mur d’un immeuble, sous les gaz, je calculais plus rien. Je ne pouvais plus bouger malgré ma détresse respiratoire, parce que je n’avais pas eu le temps de mettre mon masque ».

 

"Un bruit de pétard me crispe, j’ai peur que ce soit une grenade. Ce qui est le plus ancré, c’est la tenue vestimentaire de la BAC". Lola, street medic.

 

Souvent, le choc psychologique passe inaperçu, explique Lauriane Perez. La personne rentre chez elle, épuisée, sans en parler. « Ce n’est pas la bonne option. Il faut aller boire un café, poser des mots, être entouré ». Ce que l’on remarque, en revanche, ce sont les symptômes de stress post-traumatique (SPT). Flash-back, cauchemars, troubles de la mémoire, hypervigilance, évitement, dissociation (détachement émotionnel), hypermnésie...« Les sensations d’étouffement reviennent souvent, observe la psychologue. Pour les cas les plus sévères, il y a des difficultés à travailler, des conséquences sur la vie de famille... La moindre sensation peut faire écho au trauma. Les personnes vont développer des phobies de lieu ou de vêtements... ».

 

Comme Lola, après « seulement » quelques mois au sein des street medics. « Un bruit de pétard me crispe, j’ai peur que ce soit une grenade. Ce qui est le plus ancré, c’est la tenue vestimentaire de la BAC. Si je croise un motard habillé de manière similaire, je ne vais pas être bien, je serai sur la défensive... » La jeune fille égrène une symptomatologie à faire frémir. Les oiseaux qui volent et elle lève la tête par peur qu’un projectile ne lui tombe dessus. La fumée d’une cigarette électronique la plonge en apnée. Elle se retourne en panique au son des sirènes, soulagée quand ce sont les pompiers. Lola a vécu une nasse de plus de deux heures dans une minuscule impasse, cernée par la BAC et les gaz lacrymogènes. Contrôle, confiscation de matériel. Le confinement a déclenché une importante crise d’angoisse. En rage à la fin de la nasse, elle hurle sur un « baqueux qui collera son front au mien de manière agressive ».

 

"Il est temps de reconnaître le caractère traumatique des violences en manifestation"

Pour Lauriane Perez, ceux qui retournent en manifestation « réactivent le trauma, au risque du burn-out. Ils culpabilisent de ne pas pouvoir y retourner. Ils ne s’écoutent pas tout de suite. J’entends beaucoup « j’ai cru que c’était la guerre ». Le bruit et les détonations symbolisent dans notre imaginaire quelque chose de meurtrier ». Ces personnes déjà fragilisées vont se mettre en état de vulnérabilité psychique, « mais le trauma finira par prendre toute sa place. Il est temps de reconnaître le caractère potentiellement traumatique des violences en manifestation ».

 

La professionnelle observe la difficulté pour les militants d’assumer « une forme de vulnérabilité alors qu’on est dans un contexte de lutte ». La question de la souffrance psychique insuffisamment pensée risque donc à terme de desservir les mouvements sociaux, affaiblissant le caractère collectif de la contestation en isolant les individus. Lauriane Perez invite à la spontanéité et la solidarité manifestants d’un jour et militants de toujours, qui peuvent créer des « petites cellules psychologiques d’urgence d’après-manif [...] Ce qui manque, c’est ce moment où, en groupe, on se ré-humanise ». Et les hommes ne doivent pas être en reste, souligne celle qui reçoit plus de femmes que d’hommes pour parler de ces traumas. Pour ceux qui souffrent de symptômes de stress post-traumatique, en revanche, il convient d’aller voir un professionnel. « Pour un SPT, il faut consulter, insiste la psychologue. On ne s’en sort pas miraculeusement. En plus, il peut y avoir des effets sur le cerveau à long terme ».

 

Lola, la street medic, a fait le choix de continuer. Malgré les signaux, dont elle est consciente. « Les uniformes déclenchent chez moi une forme d’agressivité. Tout ça laisse des marques de fou, surtout de voir des blessures de guerre. Quand l’adrénaline redescend, tout t’atteint, tu te sens faible ». La jeune femme, fille de gendarme, ne se voit pas arrêter. « Je veux continuer. Je ne me verrais pas ne plus être street medic ». Elle se souvient de chaque détail. De la première GLI-F4 qui pète à côté d’elle - « j’étais sonnée » -. Du bruit de la tête d’un homme cognant sur le bitume, alors qu’un policier le maintient.

 

De la violence verbale, « qui laisse aussi des marques ». De la sienne, quand elle a hurlé à un gendarme : « Vous allez attendre qu’il y ait combien de morts ? ». La jeune soignante soulève un autre problème, qui tend à occuper l’esprit des militants : l’impact sur la vie privée et l’entourage. La peur de la perquisition, de la filature, la perte de son anonymat auprès d’une partie des forces de l’ordre. Une situation qui peut jouer sur le moral. « On perd son innocence. Ta vie devient beaucoup moins simple. Je ne suis plus la même. Tout ça me touche de plein fouet et il faut apprendre à le gérer. Ça change une vie ».

 

"Les gens sont encore plus révoltés"

La vie de Swann, militante de 23 ans, a elle aussi été bouleversée après une nasse en début d’année. Réfugiée dans un commerce où rentraient les palets de lacrymogène, elle grimpe les escaliers d’un immeuble pour échapper à « un matraquage collectif de la CDI [Compagnie Départementale d’Intervention, NDLR]. On entendait les coups, les cris. Les hurlements : "Tous à terre, fermez vos gueules !" ». La jeune femme, avec d’autres, finira dans une cour, sous escorte policière. Elle aperçoit tous les manifestants allongés par terre, mains sur la tête. Assise dans un coin, au milieu de policiers cagoulés, elle voit une amie être fouillée. « Un flic passe alors une matraq

ue sur nos épaules en disant « ouvre ton col ! ». Puis un autre m’a pris à part, derrière une voiture ».

La jeune militante doit mettre les mains sur le mur. « Il m’a palpé. Les cuisses, tout. À ce moment là je me dis : « C’est illégal, c’est pas un homme qui doit faire ça ». J’ai pas pu lui dire ». Swann se rappelle « s’être dissociée. J’ai eu l’impression de voir la scène de l’extérieur, de ne pas être dans mon corps ». Elle portera plainte pour agression sexuelle. Depuis, elle se repasse la scène en boucle, angoisse qu’on vienne la chercher à son travail, craint d’être suivie par la BAC. « Je ne dormais plus, je faisais des cauchemars. Quand je rentre dans un bar, je vérifie qu’il y a une sortie de secours ». Elle s’est rendue à un groupe de parole, animé par une psychologue « qui ne jugeait pas ». Mais elle ne peut plus se mouvoir dans un cortège : les angoisses sont trop fortes. « Ce qu’ils [les policiers] font, ça ne change rien au niveau des luttes. Les gens sont au contraire encore plus révoltés ».

 

Ces plaies psychologiques qui s’ancrent parfois dans le sommeil, Salomé en a fait un compte Twitter, “Pavé de subconscient”, sur lequel elle partage des cauchemars de manifestants. « J’ai vu deux personnes se faire éborgner... depuis je n’arrête plus de revoir la scène », raconte-t-elle. « Dans mes rêves, je vois les corps tomber, comme quelqu’un qui se prend un tir de LBD ». Gilet Jaune depuis le troisième acte, Salomé explique avoir commencé à faire des cauchemars dès le mois de décembre. « C’est toujours un peu la même chose, la police me poursuit et en général je cherche une échappatoire. Tous ces hommes ont le visage masqué et cagoulé ». Avant de partir en Erasmus en Italie, ce genre de cauchemars revenait régulièrement. Son départ lui a permis de retrouver des nuits plus calmes. « Je n’en fais plus qu’une fois par semaine ». Même à plusieurs kilomètres de la France et de son agitation, Salomé continue d’alimenter le compte, « parce que le premier impact psychologique qu’on peut déceler, ce sont les rêves. Il faut parler de ces violences qui restent durablement ».

 

Les violences policières - dont l’exposition au LBD - augmenteraient les risques de dépression

Pour Jais Adam-Troïan, docteur en psychologie sociale, lui-même manifestant contre la loi Travail en 2016, il existe également « un lien très clair entre exposition aux violences policières et symptômes de stress post-traumatique et de dépression ». Avec deux autres collègues, Elif Celebi (professeure de psychologie clinique à l’université Sehir d’Istanbul) et Yara Mahfud (maîtresse de conférences à l’université Paris Descartes), il vient de finir une étude, encore au stade de la relecture, consacrée à l’impact des violences policières - dont l’exposition au LBD - sur la santé mentale des Gilets Jaunes.

 

L’enquête repose sur un questionnaire auquel ont participé près de 523 militants l’été dernier (de mi-juillet à fin août). « Notre échantillon n’est pas représentatif des Gilets Jaunes, prévient-il. Il s’agit de Gilets Jaunes ayant participé en moyenne à 18 manifestations, et très motivés pour répondre à l’enquête, avec un salaire médian au SMIC ou en dessous. On a affaire à un échantillon de Gilets Jaunes dans des situations économiques et sociales très précaires, qui ont donc de fait une prévalence de troubles psychologiques beaucoup plus élevée que la population générale ».

 

Cette étude traduit cependant une réalité effrayante : les violences policières - dont l’exposition au LBD - « semblent augmenter de deux tiers le risque de syndrome post-traumatique et quasiment tripler (184%) le risque de dépression chez les personnes blessées ». Pour aller plus loin et prouver la causalité, il faudrait « effectuer des études observationnelles plus poussées », en suivant des Gilets Jaunes sur le long terme. « Mais nous n’avons actuellement pas les moyens de mener une telle étude », concède Jais Adam-Troïan. En attendant, cette enquête serait pourtant la première à s’intéresser aux conséquences psychopathologiques de l’exposition à la violence policière.

 

De son côté, Swann, la jeune militante, attend une issue positive à sa plainte. Une réponse, un soutien de la justice face à son trauma, face à cette blessure qui l’a laissée KO. Sans doute n’a-t-elle rien à attendre concernant ses cauchemars et insomnies. Elle doit s’occuper seule de les gérer, de les étouffer. Vivre avec cette scène, inscrite au fer rouge dans son subconscient. Les blessures « invisibles » sont aujourd’hui les impensées – et les impansées - des conséquences du maintien de l’ordre. « Ça me laissera des séquelles psychologiques, peut-être physiques, disait Lola, la jeune street medic. Mais je suis prête à ça ».

 

LE MEDIA / 12 février 2020

Par Elsa Gambin, Léo Tixador et Nicolas Mayart

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23 février 2020 7 23 /02 /février /2020 06:16
 

Grâce à un super-logiciel qui croise des données issues de multiples fichiers, le gouvernement, l’an dernier, aurait réussi à faire rentrer 9 milliards d’impôts supplémentaires dans les caisses de l’État.

 

Et citoyens et contribuables priés d’applaudir. Sauf que...

 

1. Sauf que... l’impôt direct sur le revenu des personnes physiques, présenté implicitement – et donc de manière spécieuse et malhonnête – comme l’impôt par excellence, l’impôt en soi, ne représente en fait qu’une part minime des recettes de l’État (dans les 17 %).

 

- En effet, l’impôt qui rapporte le plus est la TVA, impôt indirect, donc injuste, puisqu’il pèse essentiellement sur les classes moyennes et populaires, qui consacrent l’essentiel de leur revenu à consommer, donc à payer cet impôt. En outre, avec cet impôt, on trouve la taxe sur les produits pétroliers, également injuste car tout aussi indirect. N’oublions pas que c’est cet impôt qui, en 2018, a déclenché l’insurrection des Gilets jaunes. Ces deux impôts représentent la moitié des recettes de l’État.

 

2. Sauf que... avant même l’impôt sur le revenu, l’impôt sur la personne qui rapporte davantage est la CSG, dont le produit est supérieur à l’impôt sur le revenu, et qui est aussi un impôt injuste, mais pour une autre raison, c’est qu’il est proportionnel (comme l’est la flat tax) et non progressif...

 

3. Sauf que, depuis des années, le taux marginal d’impôt (c’est-à-dire maximum) sur le revenu n’a cessé de baisser, c’est-à-dire d’être favorable aux classes aisées, car ce sont elles qui sont concernées par cet impôt. Et que les gouvernements dits "de gauche" n’ont rien fait pour inverser cette tendance.

 

4. Sauf qu’une des toutes premières mesures du gouvernement Macron a été de supprimer l’ISF (qui était pourtant d’un taux tout à fait modique), qui ne profitait qu’aux très riches. Ce qui fait perdre dans les 3 milliards par an à la collectivité.


5. Sauf que non seulement aucun effort sérieux n’est fait pour éradiquer la fraude fiscale, qui coûte à la collectivité dans les 80 milliards d’euros par an, mais qu’en outre, depuis des années, les effectifs des inspecteurs et contrôleurs des impôts ne cessent de diminuer...

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21 février 2020 5 21 /02 /février /2020 06:18

Je ne suis pas chrétien, je n’ai même pas été baptisé (la mécréantitude vient de loin chez nous). Mais quand des gens souffrent, en particulier pour ce qu’ils sont, cela me pose problème. Huit chrétiens sont tués chaque jour pour leur foi. En 2019, 9 488 églises ou bâtiments chrétiens ont été attaqués et 3 711 chrétiens ont été détenus sans procès, arrêtés, condamnés et, pour certains, exécutés.

 

Le pays le plus hostile aux chrétiens n’est pas un pays musulman : il s’agit de la Corée du Nord qui les déporte ou les exécute sans sommation. 60 000 seraient derrière les barreaux.

 

L’Inde est particulièrement malveillante vis-à-vis des chrétiens. Les hindous sont à la manœuvre, impunis. La situation des chrétiens empirera sérieusement le jour où le gouvernement aura peaufiné la reconnaissance faciale de la population.

 

Cela dit, l’oppression islamique reste la principale source de persécution à laquelle sont confrontés les chrétiens dans de nombreux pays majoritairement musulmans ou ayant une population musulmane importante.

 

En tête, l’Afghanistan où il est illégal pour un Afghan de quitter l’islam. Même chose en Somalie. Au Maroc, dont le roi se réclame de la descendance du prophète, se convertir est très périlleux, l’islam étant la religion dominante par défaut. L’article 6 de la Constitution marocaine stipule que « l’islam est la religion de l’Etat qui garantit à tous le libre exercice des cultes ». En d’autres termes, l’écrasante majorité des Marocains est musulmane, mais les autres religions monothéistes sont admises. Dans les faits, si la loi ne réprime pas les convertis, elle ne leur donne tout simplement pas les moyens juridiques d'exister en tant que tels. Lorsqu'il n'est pas de confession juive, un citoyen marocain est considéré comme musulman par défaut. En 2015, l’État islamique a massacré 34 Éthiopiens dans le nord de la Libye. Au Pakistan, les chrétiens sont considérés comme des citoyens de seconde zone. Les lois anti-blasphème sont appliquées avec la plus extrême rigueur contre la minorité chrétienne, ce qui rend dangereux de sortir du bois. Surtout descendants d'hindous issus de basses castes, les chrétiens vivent pour la plupart dans des bidonvilles sans eau courante ni électricité. Au Soudan, de nombreuses églises ont été démolies. Les chrétiens, les Noirs et les sud-Soudanais sont poussés dehors dans la perspective de la création d’un état islamique et arabe homogène. En Iran, où l’église chrétienne a été fondée par un apôtre du Christ, une loi de 1979 exige que les chrétiens n'adoptent pas de vêtements distinctifs (c'est-à-dire, par exemple, que les femmes sortent sans voile et que les hommes portent des shorts montrant le genou), ne consomment pas d'alcool et se conforment à la séparation des sexes en public. Il est illégal de produire de la littérature chrétienne ou d’organiser des services religieux en farsi.

 

 

Plus de 200 millions de chrétiens dans le monde sont persécutés

 

En Afrique noire, la situation des chrétiens devient de plus en plus problématique. Au Burkina Faso, où toutes les religions ont longtemps coexisté très pacifiquement, des dizaines de prêtres et pasteurs ont été tués, comme à Pansi tandis que les fidèles célébraient la messe du dimanche avant que le pasteur protestant soit enlevéAu Mali, l’existence du pays est menacée à cause des djihadistes islamiques. Au nord-Cameroun, Boko Haram massacre des chrétiens avec l’aide de bergers musulmans, ce qui renforce l’instabilité dans le pays.

 

Au Sri Lanka et aux Philippines, des centaines de personnes ont été massacrées ces deux dernières années. Les Maldives, très appréciées des touristes occidentaux, sont régies par la charia. Les églises sont interdites. On ne peut vendre des exemplaires de la Bible.

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15 février 2020 6 15 /02 /février /2020 05:17

Les choses bougent à la vitesse V. En 2000, il y avait en France un établissement scolaire musulman. Il y en a aujourd'hui plus d'une centaine. Plus de la moitié des bovins et des caprins sont abattus rituellement. En 1989, 60% des musulmans observaient le ramadan. Ils sont aujourd'hui plus de 80%. 65% des musulmans sont favorables au port du voile. 60% sont favorables au port du voile dans l'enseignement secondaire.

 

On voit bien que la République une et indivisible a cessé d’exister. Disons que des populations cohabitent. Le pays compte au moins un millier d’enclaves – 5 millions d’habitants peut-être – quasiment dépourvues de populations européennes. Des tensions violentes se sont faites jour, comme lorsque l’état d’urgence, pour la première fois depuis la Guerre d’Algérie, fut établi en 2005 (avec couvre-feu) et en 2015. Il ne s’agit pas de zones de non-droit mais, comme le disent les Britanniques, de zones où l’on ne va plus. Il existe en effet un droit qui n’est pas celui de la République, qui est loin d’être anarchique et qui organise le « côte à côte ». En attendant peut-être le « face à face ». C’est dans ces zones qu’ont été élevés 90% des terroristes qui, tous, se réclament du suprématisme islamiste. Ces enclaves son armées. En janvier de cette année, une perquisition chez une “ nourrice ” a débouché sur la saisie de deux fusils d’assaut, un fusil à pompe, une carabine 22 Long Rifle, trois pistolets automatiques, deux gilets pare-balles, une cagoule et un important stock de munitions. Et, accessoirement, de la drogue.

 

Restent de graves questions en suspens. Les pouvoirs publics n’ont plus vraiment les moyens (peut-être est-ce un choix de leur part ?) de promouvoir l’intégration, l’assimilation, que les populations d’origine, influencés par le modèle ethnique anglo-étasunien, ont toujours plus tendance à voir comme un repoussoir, une volonté de l’ancien colon d’acculturer les anciens colonisés.

 

En matière d’immigration, c’est l’arrêt GISTI (Groupe d’information et de soutien des travailleurs immigrés) de 1978 qui a marqué une prise de pouvoir par le judiciaire, le Conseil d’État au premier chef, lequel, à partir de cette date, est devenu, en conformité avec la doxa  le parangon du refus d’une politique de maîtrise des flux. Par cette évacuation du politique, l’État a été confiné à un rôle bureaucratique. En démissionnant de ses prérogatives, il a même régularisé ceux qui ne respectaient pas le droit. Ce laxisme a permis aux plus durs des quartiers (disons 30% de la population, en chien de faïence face aux 30% de sympathisants du Rassemblement National) de renforcer leur pouvoir dans les “ territoires perdus de la République ” et de constituer une armée de francophobes titulaires d’une carte d’identité française, de Français de confort.

 

Á quoi sert-il de maintenir dans une situation de précarité des étrangers sans papiers dont chacun sait qu’ils ne quitteront jamais la France et à qui il est, de toute façon, extrêmement difficile d’imposer des Obligations de Quitter le Territoire ? Au moins 300 000 étrangers en situation irrégulière vivent en France. Parmi eux, de nombreux « ni-ni » : ni régularisés, car ils ne correspondent pas à l’interprétation des critères retenue par l’administration, ni expulsés, car cela amènerait, cas de figure de plus en plus fréquent, à séparer des enfants – non expulsables – de leurs parents.

 

Les pouvoirs publics, du sommet de l’État aux élus locaux, s’efforcent de trouver des « arrangements raisonnables », comme, par exemple, des horaires de piscine réservés aux femmes. Le problème est que ces compromissions clientélistes, s’adressent non pas aux musulmans qui veulent réellement s’intégrer mais à ceux qui exigent que la société française accepte leur mode de vie et leur prosélytisme. Sans le savoir ou en le sachant, la majorité de la population de la région parisienne mange ordinairement de la viande halal (ou casher). Auparavant, les abattoirs étaient gérés par les communes mais le désengagement des municipalités a vu l'ensemble de l'abattage francilien confié à des opérateurs privés. Pour simplifier, n’est-ce pas ?, pour réduire les coûts, ces opérateurs, avec le consentement des pouvoirs publics, ont privilégié un procédé unique d’abattage rituel. On n’a pas vraiment entendu les anti-spécistes protester.

 

La société française n’est pas près de s’apaiser et n'est pas prête à s’apaiser.

 

En avril 2018, traitant du paradigme islamiste qui se répandait à travers le monde, j’écrivais que des millions de gens étaient tétanisés devant les exigences, non pas de l’islam, mais d’un caïdat rigoriste qui, avec la complicité du capitalisme financier, était en train de transformer notre planète en un immense champ de communautarismes divers et déflagrateurs.

 

Je n’ai pas changé d’avis.

 

 

FIN

L’islam dur aura-t-il raison de la République ? (V)
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14 février 2020 5 14 /02 /février /2020 06:36

Depuis cinquante ans, la gauche et la droite ont voulu de l’immigration, pour des raisons différentes. La droite et la classe dominante pour faire baisser le coût du travail, la gauche parce qu’elle avait cru voir dans l’immigration un autre prolétariat se substituant à une classe ouvrière ayant – croyait-elle – disparu. Cette même gauche a alors vu resurgir un problème qu’elle pensait évacué depuis 1905 : une religion particulièrement visible, à cheval sur le privé et le public, sur le sociétal et le politique, sur le cultuel et le culturel. Une religion traversée par des valeurs dont la société française avait mis des siècles à essayer de se débarrasser, comme la tradition au service de la réaction, le patriarcat, le machisme, la pudibonderie. Et une religion qui, qu’on le veuille ou non et même si elle n’est pas la seule, est une fauteuse de troubles graves un peu partout dans le monde. Je ne parlerai pas de ces deux jeunes filles égorgées au nom d’Allah devant la gare de Marseille, ni du massacre des collaborateurs de Charlie Hebdo, mais plutôt d’un événement sans précédent quoique non létal en octobre 2001. Lors d’un match de football France-Algérie auquel assistait le président de la République, des spectateurs d’origine algérienne sifflèrent l’hymne national français. Á la 76è minute, des centaines de supporters envahirent le terrain alors que la France menait 4 à 1. La partie cessa (à noter que le 8 septembre 2007, des supporters italiens avaient sifflé “ La Marseillaise ” à Milan lors d’une qualification pour l’Euro).

 

Assurément la colonisation de l’Algérie par la France, puis la longue et meurtrière guerre d’Algérie furent un drame et ont laissé des traces dans tous les esprits. Lyrique, le jeune banquier éborgneur qui nous gouverne parla même de « crime contre l’humanité » à propos de la colonisation en général. Il avait raison au sens où toute colonisation détourne des populations entières, donc une humanité, de sa nature profonde, de son évolution propre, du destin qu’elle s’est choisie. Cela dit, l’identité de l’Algérie en tant que nation s’est forgée durant la colonisation. La Guerre d’indépendance souda de peuples qui s’étaient combattus à maintes reprises. Signe que le nationalisme en Algérie est particulièrement fort, son hymne national est l’un des rares au monde (le seul ?) à s’en prendre à un pays étranger :

 

Yâ firansâ qad madhâ waqt ul-ʿitâb

Ô France ! le temps des palabres est révolu

Wa tawaynâhu kamâ yutwa l-kitâb

Nous l'avons clos comme on ferme un livre

Yâ firansâ inna dhâ yawm ul-hisâb

Ô France ! voici venu le jour où il te faut rendre des comptes

fa-staʿiddî wa khudhî minnâ l-jawâb

Prépare toi ! voici notre réponse

Inna fî thawratinâ fasl al-khitâb

 

Tout de même : l’ironie de l’Histoire est que le pays qui a le plus lutté contre la France pour se libérer de son joug est celui qui a envoyé (ou laissé partir) le plus grand nombre de ses ressortissants vers l’ancienne puissance colonisatrice honnie. Avant la Guerre de 1914/1918, il y avait 13 000 Algériens en France qui travaillaient dans les mines, le bâtiment ou certaines industries en bénéficiant des mêmes droits sociaux que les travailleurs français. Après 1945, l’apport des travailleurs algériens fut considérable, les immigrés – dont une forte proportion d’Algériens – ayant construit 90% des autoroutes françaises et un logement sur deux. Les années soixante et soixante-dix furent une période de très forte immigration, la population algérienne vivant en France passant de 350 000 à 800 000 (contre 450 000 Marocains). La victoire du parti islamiste FIS aux élections de 1990 poussa 100 000 Algériens à demander le statut de réfugié politique entre 1993 et 2003. La France en accorda moins de 20 000, contre 44 000 à l’Allemagne. La population algérienne en France est aujourd’hui variée puisque 25% des médecins étrangers exerçant dans les hôpitaux français sont algériens.

 

En décembre 2019, je me posais dans la question de savoir si l’immigration était un bienfait économique pour la France. Sans savoir répondre formellement à cette question. J’écrivais ceci : « Á ma connaissance, aucune étude sérieuse n’a pu déterminer, au milliard d’euros près si, depuis une cinquantaine d’années, l’immigration a été une chance économique ou pas pour notre pays. Que l’on écoute des gens de droite ou des gens de gauche s’exprimer sur la question, on n’obtient en fait que des réponses idéologiques, du discours. Pour la gauche de gouvernement – qui oublie que Marx et ses épigones ont toujours considéré les travailleurs immigrés comme une armée de réserve au service du patronat, en concurrence avec les travailleurs locaux, pour faire baisser les salaires – l’immigration est du sang neuf, de la diversité pour notre société, un enrichissement. La droite considère comme de première nécessité un afflux continuel de main-d’œuvre, en provenance principalement de l’Afrique. Avec deux fonctions principales : pallier le manque de travailleurs locaux dans les métiers pénibles et peu qualifiés, et abonder nos retraites. Jean-Paul Delevoye, spécialiste en cette matière, exprime parfaitement le point de vue et les désidérata du capitalisme financier quand il affirme que l’Europe a besoin de 50 millions de travailleurs immigrés pour que nos régimes de retraite soient à l’équilibre, alors qu'il y a 150 milliards d'euros en réserveNotez bien la rigueur de cette éminence : 50 millions, pas 55 ou 48. Une question simple à Delevoye et ses patrons : le destin d’un enfant malien (sarakolé si possible) est-il de s’arracher à son village, à sa famille, à l’âge de 20 ans, de parcourir un périple semé d’embûches et d’accepter pendant quelques dizaines d’années des travaux pénibles pour payer nos retraites ? La réponse est oui, si l’on considère que l’Afrique doit, pour l’éternité, subir une colonisation dont la forme s’adapte au gré du gré des pays riches : après le pillage des ressources, la détérioration des termes de l’échange et, actuellement, le pillage, le rapt des humains. »

 

Économiquement, l’immigration n’est positive pour le pays d’accueil que si le niveau moyen des immigrés et de leurs descendants est supérieur au niveau moyen de qualification des populations d’origine. Le problème étant de savoir – et je n’en sais naturellement rien – si la France dispose de réserves importantes de travailleurs, avec les chômeurs, les femmes ou les personnes de plus de cinquante ans. Avant de rapporter, l’immigration a un coût. En terme d’investissement public, le prix Nobel d’économie Maurice Allais l’avait évalué à quatre fois le revenu potentiel de l’arrivant.

 

Encore une fois, les immigrés sont là au mauvais moment. Les dépenses publiques se faisant désormais en euros constants, ce que l’on donne à l’un, on le prend à l’autre. Rien de tel pour mettre en concurrence populations d’origine et immigrées et accroître l’hostilité. Le capitalisme financier a augmenté ses profits par le biais de la spéculation internationale, de la privatisation des services publics, de la diminution de la protection sociale et des salaires. Qu’elles l’aient voulu ou non, les forces communautaristes, identitaires et racialistes sont devenues les idiotes utiles de ces politiques.


 

L’islam dur aura-t-il raison de la République ? (IV)
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13 février 2020 4 13 /02 /février /2020 05:48

Qu’en est-il de la France ?

 

Avant de réfléchir à la manière dont la France a évolué depuis cinquante ans du fait de l’immigration et de l’importance grandissante de l’islam, je proposerai deux études de cas en reprenant tout d’abord un article du Journal du Dimanche du 19 janvier 2020. Nous sommes à Roubaix, une ville qui a profondément changé en un demi siècle. Le journaliste craint un « repli communautaire » :

 

Au supermarché Le Triangle à Roubaix (Nord), les caissières, toutes voilées, alternent entre « Salam » et « Bonjour », en fonction de la clientèle. Partout dans les allées du magasin, le français est traduit en arabe, et à la sortie, une urne invite au don pour la construction d’une nouvelle mosquée. La ville de 96 000 habitants en compte déjà sept, dont une salafiste. Dans la rue aux maisons de briques rouges, les commerces s’appellent L’Aziza, Les Mille Merveilles, Les Délices du Maghreb. Et proposent pâtisseries orientales, voiles, livres en arabe ou viande halal. « Ici, c’est comme au bled ! », s’exclame en souriant Hourya, qui flotte dans un jilbab, un voile enveloppant tout son corps.

 

Ici, en plein quartier de reconquête républicaine, l’islam est ostentatoire. Mais est-ce vraiment un problème ? Oui, à en croire un rapport sur l’efficacité des politiques publiques mises en œuvre à Roubaix émanant des services d’inspection de plusieurs ministères. Ce document daté de juin 2019 et commandé par le Premier ministre pointe une « tendance au repli communautaire ». « Certains lieux ne sont plus fréquentés par des femmes », « le port du voile a fortement progressé », s’inquiètent les auteurs. Une source policière dépeint, dans certains quartiers, « un laisser-aller total, un non-respect général de la loi française ». Stationnement illicite, employés de commerces en situation irrégulière, terrasses de cafés non déclarées : « Ce sont des rues qui se gangrènent. »

 

[…] Les éducateurs, glisse l’un d’entre eux, s’emploient à convaincre certains jeunes que « voter, ce n’est pas haram », c’est-à-dire pas contraire aux préceptes du Coran. « Il y a un gros travail d’éducation à faire sur la laïcité », abonde Michel David, ancien directeur général adjoint des services de la ville. Le rapport interministériel de juin 2019 révèle aussi « une hausse des demandes d’enseignement à domicile pour des motifs d’ordre confessionnel ».

 

Autre reportage : une visite en Seine-Saint-Denis où la « montée tranquille du satanisme » en vient à effrayer les musulmans eux-mêmes (Émilie Blachère, Paris Match, 19 janvier 2020) :

 

« Le groupe scolaire s’appelle Al-Andalus, du nom donné à la péninsule ibérique sous domination musulmane. Cette école privée à Saint-Denis, sous la direction de l’association du Centre d’enseignement génération avenir (Cega), est gérée par Mustapha Halloumi. L’imam salafiste, « défavorablement connu » des services de renseignement, a été écarté de sa mosquée, en 2012, par la mairie d’Epinay. Quatre ans plus tard, l’Éducation nationale lui a délivré un agrément… Il est 16 h 30, les élèves commencent à sortir. Des fillettes voilées courent vers des pères barbus. Ce n’est pas leur barbe – épaisse, longue, parfois teinte au henné – ni leur qamis, longue tunique traditionnelle affectionnée par les salafistes, qui inquiètent le plus, mais leur nombre : « Quand on ne voit plus les mères, c’est qu’il y a un problème d’intégrisme radical », nous explique-t-on. Dans certaines cités, on ne fume plus dans les rues, dénonce une habitante de Saint-Denis. Plus jamais les femmes ne discutent entre elles en bas des immeubles. Les couples ne se tiennent plus la main. On n’entend plus de musique… A Trappes, toutes les boucheries sont halal. Même constat dans le quartier de la cité de la Rose-des-Vents, à Aulnay-sous-Bois. Ce mardi 31 décembre, jour de marché, les températures sont glaciales, le ciel bleu vif et les femmes voilées. Quelques-unes disparaissent sous le djilbab, qui montre juste leur visage. Dans des effluves de menthe et d’agrumes, les allées sont bordées de stands de vêtements amples, de voiles islamiques et de livres religieux. Des hommes fument devant des bars bondés. A l’intérieur, pas de femme. « L’accès ne leur est pas interdit, dira une Aulnaysienne, mais ici on pense que les femmes n’ont rien à faire dans un café ! » A Mantes-la-Jolie, Aubervilliers, Pantin, les thèmes de l’islamophobie, des discriminations sont abordés avec agressivité. On appelle à ne pas voter ni se soumettre aux lois, à ne pas se mêler aux juifs, aux chrétiens, aux kouffars (les mécréants). »

 

On a beau se dire – et on le dit – que l’ennemi n’est pas l’épicier arabe du coin mais le capitalisme financier, le type de situation décrit par le JDD et Paris Match est, à court terme, lourd d’inquiétudes sérieuses. Des pans entiers de notre société ont décroché (le quartier de la Reine Jeanne près d’Avignon en est un des exemples les plus frappants, qui conjugue satanisme et extrême violence). Des centaines de milliers d’habitants, pour beaucoup citoyens français, vivent et se pensent « comme au bled ». Plus le temps passe, plus les fractures s’élargissent. « On vit côte à côte, je crains que demain on vive face à face, avait déclaré Gérard Collomb en cadeau d’adieu lors de sa démission du ministère de l’Intérieur. » Avant d’ajouter : « Nous sommes en face de problèmes immenses ». Pour Collomb, nous sommes clairement à deux doigts de la rupture de la paix civile à cause de la paupérisation et de la ghettoïsation de ce qu’on nomme – hypocritement – des « quartiers ». En surface, officiellement, les autorités musulmanes souhaitent « une insertion sereine de l’islam dans la République ». Le problème est que, autant on peut parler de l’insertion des musulmans, autant, depuis la loi de 1905, il n’est pas possible d’insérer l’islam dans la République.

 

Selon l'Observatoire de l'islamisation, le nombre de mosquées est passé de 100 en 1970 à 2500 en 2016. Il y aurait plus de 150 mosquées dites salafistes, où l'on enseigne que la loi islamique doit primer sur les lois de la République. Et c'est chez les nouveaux arrivants que ce type de discours passe le mieux.

 

Dans les années cinquante ou soixante, un paysan italien immigré en France était d’abord un paysan, puis un Italien. Idem pour un maçon polonais (j’ai conscience de simplifier en écrivant cela). Les immigrés d’aujourd’hui, en majorité extra-européens et musulmans, sont, se pensent, comme des entités de forces et de mouvements collectifs qui les dépassent. Pas moins que les Français d’origine, cela dit, dans notre pays fracturé.

 

Ce qui est en train de disparaître sous les coups de boutoir du capitalisme financier, de la construction européenne, des politiques identiques menées dans la plupart des pays d’Europe, c’est l’effacement de la Nation. Ce dont profitent, sans voir à quel point c’est dangereux pour elles à long terme, les populations immigrées. Elles en profitent parce qu’elles n’ont plus à se fondre dans une communauté nationale construite au fil des siècles, une communauté de culture produite par l’Histoire. Une nation, c’est une langue, une éducation commune, des mythes, des souffrances partagées. Et des frontières. Á Roubaix, en Avignon et ailleurs, nous n’en sommes plus du tout là. La nation française disparaît. Le pays devient – l’individualisme effréné régnant de par le monde aidant – une agence de prestations où le bien et l’intérêt publics ne comptent plus. La droite et les Fauxcialistes n'ont eu de cesse de transformer la Fonction publique en Fonction aux intérêts du public. Tout cela sous le regard bienveillant de l’Union européenne pour qui les différences de classe comptent beaucoup moins que les singularités individuelles ou de groupe, ethnique, cela va sans dire. Parlez d’un peuple dans un territoire (ce qui est, pour partie, la définition d’une nation) à Bruxelles et on vous regardera avec des yeux de merlan frit ! Il n'y a plus de peuple, mais des populations.

 

L’énorme problème que l’on refoule – de moins en moins car le nez au milieu de la figure finit toujours par se voir – est que l’immigration massive amène de l’« Autre » (culture, religion, entités ethniques) qui n’est pas forcément compatible avec la société d’origine tant qu’il reste « Autre ». En outre, la plupart du temps, les immigrés provenant de pays violents, non démocratiques et corrompus, ils importent ces graves travers à la semelle de leurs souliers. Danton s’est lourdement trompé en affirmant qu’on n’emportait pas sa patrie à la semelle de ses souliers. Je fus très frappé, dans les années 80, lorsque je vis arriver en Côte d’Ivoire (un des pays où l’intégration des étrangers a été l'une des plus remarquables au monde avant les dérives mortelles de l’ivoirité dans les années 1990) quelques dizaines de jeunes hommes libanais à la dégaine sauvage, prêts à en découdre avec tout un chacun. Le pays comptait plusieurs centaines de milliers de Libanais, dont certains étaient installés depuis le début du XXe siècle. Dire qu’ils étaient parfaitement intégrés était superflu : ils exerçaient, dans le calme le plus total et fort utilement pour le pays, des fonctions de commerçant, d’artisan, de médecin. Quelques centaines étaient riches (quelquefois immensément), quelques milliers étaient pauvres : je pense aux petits épiciers qui vendaient de tout dans des petites échoppes de petits villages. Les nouveaux Libanais un peu fous venaient directement de la plaine de la Bekaa. Ils avaient participé à une guerre civile atroce qui avait fait plus de 200 000 morts. Ces soldats perdus étaient les autres Libanais d’un autre Liban qu’ils avaient apporté – en Côte d’Ivoire, au Togo, au Sénégal etc., – à la semelle de leur soulier. Le président de la République d’alors, Félix Houphouët-Boigny, pressa les notables libanais d’Abidjan de régler rapidement ce problème avant qu’il s’en occupe lui-même. Ce qu’ils firent.

 

Plus la Nation et l’État sont évanescents, plus l’« Autre » s’impose dans son altérité. Ce qui ne fut pas le cas durant les années 1880 à 1975. La France demanda et accueillit une immigration de travail provenant principalement d’une Europe blanche et catholique : péninsule ibérique, Pologne, Italie. L’intégration de populations culturellement proches, donc n’ayant rien de spécial à revendiquer, ne se fit pas sans mal. On se souvient des Ritals de Cavanna. Mais l’assimilation (dans “ assimilation ”, il y a “ semblable ”) fut possible. Comment reconnaît-on une femme protestante dans la rue ? C’est très simple, on ne le reconnaît pas, bien qu’elle soit issue d’un peuple qui a beaucoup souffert chez nous, un peuple qui, autrefois, fut considéré par la France catholique comme un agent de l’étranger, l’Angleterre en l’occurrence. Á l’origine, le concept d’assimilation est biologique et physiologique, comme chez ceux qui souffrent de diabète et ne peuvent assimiler les glucides. L’assimilation implique le recours au milieu, une synthèse et une reconstruction. On vit parce qu’on assimile. D’un point de vue sociétal, l’assimilation implique que l’on va du différent au semblable. Pour qu’il y ait un chemin vers ce semblable, il faut que les individus qui viennent de l’extérieur acceptent d’être modifiés par le groupe accueillant. Cela s’est vu à maintes reprises au cours de l’Histoire. La culture hellénique, accueillie dans la culture chrétienne, subit une transformation profonde. La culture étrusque fut assimilée par la culture gréco-latine.

 

Ces processus, toujours lents, sont incompatibles avec la soudaineté de la mondialisation et la violence des guerres qui se sont déclarées dans un passé récent et dont les victimes furent, dans leur très grande majorité, des civils. On pense, bien sûr, aux tragiques événements de Syrie et de Libye. Et l’on aura à traiter, dans un avenir proche les conséquences démographiques catastrophiques – qui ont déjà commencé – de l’errance des millions de réfugiés climatiques. Autant il fut possible d’intégrer, d’assimiler, plusieurs millions d’Italiens sur une période de plus d’un demi-siècle, autant cela est une gageure lorsque déboulent, en cinq semaines, des centaines de milliers de Syriens en constituant la plus importante population de réfugiés au monde (quatre millions émigrèrent, dont un million vers l'Europe). Ceux-ci n’ont alors d’autres possibilités que de se regrouper, de se communautariser. Dès lors, il leur est impossible d’abandonner ce qui était à la semelle de leurs souliers. Parce qu’elles ne peuvent réellement s’agréger à la société d’accueil, ces populations migrantes finissent par ne plus le vouloir et se raccrochent au mode de vie ante. Tout est à refaire, mais ce n’est pas possible dans le court et moyen termes.

 

 

Ci-dessous le camp de réfugiés de Zaatari en Jordanie.


 

L'islam dur aura-t-il raison de la République ? (III)
L'islam dur aura-t-il raison de la République ? (III)

 

Le drame historique de l’immigration de masse en France est que les populations concernées sont arrivées au mauvais moment, vers 1975. C’était l’époque où la Chine s’éveilla avec Den Xiao Ping, où les chocs pétroliers de 1973 et 1979 appauvrirent durablement les Français, et où le pays était dirigé par trois hommes (Giscard, Chirac, Barre) qui ne se souciaient guère de faire dans le social. C’est en ces temps de désindustrialisation, de disparition d’emplois, que les immigrés arrivèrent. Mitterrand et Mauroy tentèrent un court instant de panser les plaies mais l’Europe des banques et des marchés les remit dans le droit chemin. Les populations immigrées vécurent des moments nettement plus difficiles que leurs aînées des années cinquante et soixante. Elles transmirent à la génération suivante un fardeau qui devint de plus en plus lourd.

 

Pour que les “ quartiers ” ne s’embrasent pas, pour préserver la “ paix sociale ”, la France se transforma en une sorte de libre-service de l’immigration. Comme elle ne pouvait pas donner du travail et des conditions de vie décentes à ces populations, elle leur accorda des droits, en bricolant : droit au regroupement familial, droit à la nationalité par mariage, droit à la régularisation à l’usure (au bout de cinq ans en général) pour environ 40 000 personnes chaque année, droit d’interdire la possibilité de changer de religion (dans la législation européenne, des personnes ayant été baptisées enfants peuvent se faire rayer des registres des églises), possibilité d'aménager des planches horaires pour la pratique religieuse dans les entreprises privées.. Le regroupement familial fit gonfler les chiffres de l’immigration. En 1976, après avoir mis fin à l’immigration pour motif économique, le gouvernement Chirac l’autorisa, à l’exclusion des familles algériennes. En 1977, le gouvernement Barre suspendit cette décision pour trois ans, sauf pour « les membres de la famille qui ne demandent pas l’accès au marché de l’emploi. » En 1978, le Conseil d’État instaura un nouveau principe général du droit, celui de « mener une vie familiale normale. » Par un revirement de jurisprudence très important, il annula le décret Barre. Paul Collier, économiste de l’université d’Oxford, a calculé que 10 immigrés installés en font venir 7 autres – par le regroupement familial, le mariage, les naturalisations – et ces 17 en appellent douze autres.

 

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12 février 2020 3 12 /02 /février /2020 06:08

 

Le Danemark a connu une forte immigration ces quarante dernières années. Récemment, des mesures ont été prises pour préserver une certaine homogénéité de la population danoise. Jusqu’en 1975, l’immigration avait été faible au Danemark, principalement en provenance des pays d’Europe du nord. Puis le pays manquant de main-d’œuvre, des travailleurs étrangers furent accueillis à cette époque : Turcs, Pakistanais, Africains, Moyen-Orientaux. L’ouverture des frontières par l’Allemagne en 2015 créa une arrivée soudaine de demandeurs d’asile, dont le nombre tripla en deux ans, tandis que celui des bénéficiaires du regroupement familial doublait. Une cinquantaine de milliers de migrants (principalement des Syriens et des Afghans) entrèrent dans un pays comptant moins de 6 millions d’habitants. Le nombre de résidents au Danemark nés hors du pays est passé de 93 000 en 1960 à 613 000 en 2019, dont la moitié issus de pays non-européens. Le Danemark compte désormais plus de 800 000 personnes issues de l’immigration (13% de la population).

 

Malgré un coût annuel de 4 milliards d’euros, la politique d’immigration connaît des ratés sérieux. Les autorités dénombrent 25 ghettos dans lesquels vivent 50% de non-Européens, 50% de chômeurs et 3% de personnes ayant commis des délits. Dans ces ghettos, de nombreuses écoles privées musulmanes ne préparent pas les enfants – selon les pouvoirs publics – à une véritable insertion dans la société danoise. Par ailleurs, c’est au Danemark que fut mise à prix en 2005 la tête de dessinateurs proches de l’équipe de Charlie Hebdo après que le Jyllands-Posten (quotidien conservateur) eut publié 12 caricatures relatives à Mahomet. Depuis une vingtaine d’années, une guerre des gangs fait rage, dans laquelle s’illustrent des Turcs, des Albanais, des Arabes. Cette guerre aliment l'hostilité vis-à-vis des immigrants.

 

En septembre 2015, le gouvernement danois prit diverses mesures afin de freiner le flux des migrants : baisse du revenu minimum, éloignement des déboutés du droit d’asile, interdiction du regroupement familial avant trois ans de résidence, raccourcissement de la durée des titres de séjours, abandon du quota fixé par les Nations Unies. Ces mesures eurent l’aval de la plupart des forces politiques. En 2020, les musulmans comptent pour 4, 1% de la population danoise.

 

 

 

 

L'islam dur aura-t-il raison de la République? (II)

 

Les Pays-Bas ont accueilli en nombre des immigrants de leurs anciennes colonies. Par exemple, 300 000 Indonésiens après la Deuxième Guerre mondiale, 200 000 Surinamais dans les années 1970. Ce ne fut pas toujours facile mais ces populations, en provenance d’Asie principalement, se sont intégrées tant bien que mal. Depuis une trentaine d’années, le pays a tenté de répondre par le multiculturalisme à une immigration très variée de plus en plus importante. Comme en Allemagne, des partis populistes ont canalisé les craintes et l’hostilité des populations d’origine. Selon les standards européens, les Pays-Bas sont quasi surpeuplés : plus de 400 habitants au km2 dans un pays de 17 millions d’habitants. Le pays comptait 53 000 étrangers en 1900, 100 000 en 1950, 540 000 en 1982. De 1996 à 2003, le nombre d'immigrés est passé de 1 284 106 à 1 714 155 personnes, soit un accroissement de 33,5 % en sept ans. Résident actuellement dans le pays 400 000 Turcs, 400 000 Marocains, 360 000 Indonésiens et 350 000 Surinamais. Le pays compte 900 000 musulmans (5% de la population).

 

Le nombre d’arrivants ne cesse de croître : 140 000 en 2008, 240 000 en 2018. La population extra-européenne est passée de 1% en 1972 à 13,5% en 2018. Une des raisons étant le vieillissement de la population d’origine et sa natalité en baisse. La population immigrée est particulièrement présente dans les grandes villes : à Rotterdam, Amsterdam, Utrecht et La Haye, la population d’origine devient minoritaire. Á Amsterdam, 52% des jeunes de moins de 18 ans sont originaires de pays hors OCDE. Á Rotterdam, 75 % des moins de 3 ans sont d'origine extra-européenne.

 

Bien que les Pays-Bas jouissent d’un taux de chômage peu élevé (3% en 2000, 6% en 2019) et qu’un milliard d’euros soit consacré chaque année à l’éducation et à des cours de langue pour les immigrés, l’intégration de ces populations n’est pas un franc succès. Les chômeurs sont surreprésentés chez les étrangers depuis les années 80 malgré des mesures de discrimination positive dans les années 90. Le taux d’emploi des femmes immigrées, celui des Turques et des Marocaines principalement, est très faible. Dans le cas des Syriens, l’aide sociale compte pour 90% de leurs revenus, ce qui ne résout pas leurs problèmes de chômage.

 

Le pays subit des actes de violence de la part de gangs albanais. Le gouvernement a demandé en 2019 à la Commission européenne de suspendre l’exemption des visas pour les Albanais mais cette demande n’est pas près d’aboutir.

 

Depuis l’époque de Descartes, et surtout depuis la séparation de l’Église et de l’État en 1848, les Pays-Bas présentent un vrai visage de tolérance, surtout en matière religieuse. Au XIXe siècle, le pasteur conservateur – pour ne pas dire réactionnaire – Abraham Kuyper a théorisé le principe de “ pilarisation ” de la société, chacun étant « souverain dans sa propre sphère ». Ce principe a été dévoyé par les colons qui se sont installés en Afrique du Sud, ce qui a donné l’apartheid. Les musulmans qui se sont installés ces cinquante dernières années au Pays-Bas ont utilisé cette pilarisation pour vivre au sein de leur communauté religieuse, ce qui a freiné l’intégration et renforcé les différences. C’est dans le cadre de la pilarisation que furent construites des mosquées, des écoles musulmanes et des universités islamiques. Par des financement conformes à la charia. Au nom de la pilarisation, la communauté musulmane tenta même, en vain, de construire à Rotterdam un hôpital avec des départements séparés pour les hommes et les femmes, avec de la nourriture halal, des lieux de prière, des tours de garde d’imams, du personnel médical arabophone respectant les croyances et coutumes des musulmans.

 

Bref, le pays s’est ghettoïsé. Il existe désormais des écoles publiques 100% arabo-africaines. Á Rotterdam, le Qatar a récemment financé l’ouverture d’un centre salafiste par le biais de la fondation Eidcharity, sur le site de laquelle chacun peut se rendre et apporter son obole (à condition de comprendre l’arabe).

 

Dans les rues, le port du voile se généralise, particulièrement chez les femmes turques et marocaines. Même si la loi interdit le port du voile intégral dans les écoles, les hôpitaux et les transports en commun. La consommation de nourriture halal est devenue majoritaire chez les musulmans qui deviennent de plus en plus visibles (6% de la population) tandis que les Néerlandais d’origine se sécularisent chaque jour davantage (un quart des Néerlandais se disent athées contre 14% en 2006). Les partis politiques musulmans sont en plein essor et particulièrement décomplexés : Tunahan Zuzu, le chef du parti Denk (musulman et turc), le seul parti néerlandais qui ne reconnaît pas le génocide arménien, a déclaré en octobre 2019 : « Si les Néerlandais ne veulent pas accepter le changement aux Pays-Bas, où vivent des gens de différentes cultures, comme dans la ville de Zaandam ou le quartier de Poelenburg, ils devraient partir. » Aux élections législatives de 2017, le parti Denk a obtenu trois députés (7,5% des voix à Amsterdam). Il souhaite que le mot “ intégration ” soit remplacé par “ acceptation ”. Ce ne serait plus aux immigrés de s’intégrer dans une société qui leur préexiste mais aux habitants d’origine d’accepter les étrangers tels qu’ils sont et qui resteraient séparés. Les trois députés du Denk ont été les seuls à ne pas voter la reconnaissance du génocide arménien.

 

L’autocensure règne désormais en maîtresse aux Pays-Bas. Les services de la mairie d’Amsterdam ne font pas appliquer les règles sur la Burqa. Des universitaires suggèrent aux Blancs d’origine néerlandaise de faire un effort pour s’intégrer dans les villes où ils sont désormais minoritaires. On notera un acte de résistance plutôt isolé : des journalistes ayant été empêchés d’évoquer l’arrivée de migrants dans la ville d’Appeldoorn, ils ont démissionné collectivement.

 

On a naturellement assisté au retour du refoulé. Ancien membre du parti travailliste néerlandais, l’universitaire Pim Fortuyn a mis en garde dans les années 1990 contre une immigration numériquement trop importante. Sans jamais parler de race et en se démarquant des partis d’extrême droite. Il estimait également que l’islam était incompatible avec les valeurs fondamentales des Pays-Bas et menaçait la séparation de l’Église et de l’État. Il fut assassiné par un écologiste radical qui lui reprochait de « se servir des musulmans comme de boucs émissaires ». Lors des élections subséquentes, le parti de Fortuyn envoya 26 députés à la chambre basse du Parlement en devenant le deuxième parti du pays

 

En 2004, Theo Van Gogh, arrière petit-neveu du peintre, était assassiné par un islamiste. Il était connu pour son talent de cinéaste et ses propos orduriers antisémites. En 2004, en collaboration avec Ayaan Hirsi Ali, cinéaste néerlando-étasunienne d’origine somalienne, il réalisa un court métrage sur la soumission des femmes dans l’islam. Le 2 novembre 2004, un musulman d’origine marocaine naturalisé néerlandais tuait Van Gogh de huit balles de pistolet. Il lui planta ensuite deux couteaux dans la poitrine dont l’un portait sur le manche une lettre adressée à Ayaan Hirsi Ali

 

Plus prudent, Geert Wilders a fondé le Parti pour la liberté en 2006, qui a connu un réel succès sur la durée. En bon libéral européen, Wilders a été l’assistant parlementaire de Frits Bolkenstein. Il est soutenu par des conservateurs étasuniens et par la droite israélienne. Il a fait l’objet de nombreuses menaces de mort et d’appels à son assassinat.

 

Plus modéré encore dans l’hostilité à l’islam, Thierry Baudet a fondé en 2017 le Forum pour la démocratie, parti qui est devenu la première force politique aux élections de 2019.

 

L'islam dur aura-t-il raison de la République? (II)
L'islam dur aura-t-il raison de la République? (II)
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