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2 février 2020 7 02 /02 /février /2020 06:21

Par le Groupe Jean-Pierre Vernant

Téléchargez un diaporama pédagogique en PPT de la réforme des retraites, librement utilisable pour vos présentations:
www.groupejeanpierrevernant.info/PresentationRetraites.pptx

Copier ce lien pour citer ce billet.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, l’annonce ministérielle d’une revalorisation des salaires des jeunes chercheurs est directement liée à la réforme des retraites. Elle est destinée à faire écran aux réformes structurelles de la recherche et de l’Université dont le volet financier, la loi de programmation pluriannuelle de la recherche (LPPR), est annoncée pour la mi-mars (transmission au Conseil économique et social puis présentation fin mars en conseil des ministres), pour adoption en octobre, du moins si le calendrier parlementaire saturé le permet. Le reste des dispositifs prévus dans les rapports des “groupes de travail” figure dans la Loi sur la transformation de la fonction publique du 6 août 2019, dans la loi de Croissance et transformation des entreprises (PACTE) ou passera vraisemblablement par ordonnance, par cavalier législatif ou hors de toute loi, par voie réglementaire [1].

Pour comprendre le lien entre réforme des retraites et LPPR, il convient d’en passer par l’arithmétique.

Déroulons d’abord la mécanique de la réforme des retraites jusqu’à son cœur : l’article 18. Il prévoit que l’Etat aligne progressivement, sur 15 ans, son taux de cotisation patronale de 74,3% aujourd’hui sur celui du privé dans le nouveau système : 16,9%. Cette mesure contribuera évidemment à créer une crise de financement des retraites, pourtant aujourd’hui à l’équilibre. Si globalement, les recettes vont décroître de 68 milliards € sur un total de 330 milliards € par an, la chute sera de 36 milliards € sur un total de 55 milliards € pour la fonction publique d’Etat [2]. En 2037, l’Etat sera le principal contributeur à la baisse générale des recettes de cotisation pour un montant de 42 Milliards € hors inflation. L’objectif est évidemment de reprendre ce déficit créé de toute pièce sur le montant des pensions [3] [4].

Que fera l’Etat de ce prélèvement sur le salaire socialisé, qui va croître pendant 15 ans ? En 2021, il en reversera une partie aux budgets des universités et des grands organismes de recherche. Le montant annoncé par Mme Vidal lors de ses vœux, 120 millions €, est comparable aux annonces faites chaque année, qui couvrent généralement l’inflation (143 millions € pour 2019) mais pas le glissement vieillesse technicité. Pour partie, ce montant sera cependant consacré à des primes indemnitaires, permettant d’accroître l’adhésion de la technostructure managériale. 92 millions € seront utilisés pour aligner la cotisation salariale et compenser la disparition de la retraite additionnelle de la fonction publique. Cependant, le Conseil d’Etat a considéré dans son avis que reporter les compensations de rémunération à une loi de programmation est anticonstitutionnel [5]. Par ailleurs, le recrutement pour des postes statutaires (CR et MCF, de plus en plus clairement mis en extinction) se fera à un salaire de 2 SMIC [6].

En présentant de manière favorable ce système de vases communicants entre budget de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche et creusement annuel d’un trou de 230 millions € dans le financement des retraites, il s’agit de fabriquer le consentement à la réforme réelle. Ainsi, le journal Les Echos titrait le mercredi 22 janvier : « Frédérique Vidal annonce le doublement du salaire des jeunes chercheurs ». Les éléments de langage du ministère ont en effet sous-estimé le salaire d’entrée actuel des chargés de recherche et des maîtres de conférences, qui se situe entre le 2ème (1,6 SMIC) et le 3ème échelon (1,8 SMIC), en omettant délibérément la reconstitution de carrière. Passer le salaire d’entrée de 1,7 SMIC à 2 SMIC, beau “doublement” en vérité. Cela constituera « un gain de 2600 à 2800€ sur un an » répète du reste Mme Vidal, soit +0,2 SMIC. Ce qu’il fallait démontrer [7].

On se souvient que la « loi de programmation pour la recherche » était la revendication centrale portée il y a des années lors de grandes réunions des directeurs d’unité annonçant leur démission. En en reprenant le nom, la loi à venir se dotait d’une façade consensuelle : l’inscription dans la loi de l’objectif de 3% du PIB consacré à la recherche. L’objectif, non contraignant, est ramené aujourd’hui à une montée à compter de la fin du quinquennat vers 2,6% du PIB dans 10 ans.

Que s’agit-il de faire accepter par ces jeux de bonneteau budgétaires ? Le cœur de la réforme est l’introduction du système de tenure track par des chaires de professeur junior : ces contrats de 3 à 6 ans accompagnés d’un financement de recherche seront intercalés entre les post-docs et le recrutement statutaire, accroissant de la même durée la période de précarité. Au passage, les modalités de recrutement et de titularisation seront dérégulées et les conditions statutaires dégradées. Il s’agit bel et bien d’initier la mise en extinction des postes statutaires, déjà raréfiés, pour les jeunes chercheurs. Pour des raisons politiques évidentes, la demande syndicale de fusion des corps des maîtres de conférence et des professeurs n’a pas été actée.

Hormis les vases communicants liés à l’article 18 du projet de retraites, il importe de comprendre l’absence totale de surprise dans ces annonces, théorisées depuis quinze ans par Aghion et Cohen [8]. Leur rapport de 2004, suivi à la lettre, prévoyait quatre volets de dérégulation et de mise en concurrence :

  • l’autonomie administrative des universités (dérégulation des statuts, direction par un board of trustees, etc) : actée ;
  • l’autonomie pédagogique (mise en concurrence croisée des étudiants et des formations, dérégulation des diplômes) : amorcée avec Parcoursup ;
  • l’autonomie de recrutement, d’évaluation et de gestion des personnels (dérégulation des statuts, contractualisation, liquidation des libertés académiques et du principe de collégialité entre pairs) : nous y sommes ;
  • l’autonomie financière (dérégulation des frais d’inscription) : travaillé dans le débat public, par l’augmentation des frais d’inscription pour les étudiants étrangers et par la multiplication des DU.
Que les réformes structurelles menées depuis quinze ans conduisent à l’effet inverse de celui qu’elles prétendaient obtenir ne les arrêtera pas. L’obsession néolibérale consistant à utiliser les moyens de l’Etat pour construire un marché international des universitaires, des chercheurs, des établissements et des formations est telle, que la sphère managériale ne perçoit plus la réalité des dégradations qu’elle engendre. Elle persiste, dans une période où le nombre de candidats de qualité par poste explose, à répéter la fiction d’un « défaut d’attractivité » supposément constitué par la fraction limitée de candidats étrangers [9]. Cette séparation de la sphère décisionnaire avec l’expérience concrète des conditions d’exercice de la recherche et de l’enseignement est dramatique : la reprise en main bureaucratique est en train de sacrifier une génération de jeunes chercheurs ainsi que le niveau d’exigence dans la création et la transmission des savoirs.

 

[1] Ces réformes systématiseront ce que certains établissements comme Sciences Po, l’ENS Paris ou Strasbourg font déjà en partie: tenure-tracks, modulation de service d’enseignement, précarité, prime à la performance, appels à projets dissipant en bureaucratie crédits et temps, développement de l’endettement bancaire et rupture conventionnelle.

[2] Cette chute se fera au rythme de 2 milliards € par an d’économie jusqu’en 2036, engendrant un défaut de recette cumulé de 240 Milliards € sur 15 ans pour la fonction publique d’Etat.

[3] L’élévation de l’âge de départ à la retraite à taux complet est une manière d’obtenir cette baisse des pensions. Le décrochage de la valeur du point par rapport à l’inflation en est une autre (15% de baisse depuis 10 ans).

Intervention pédagogique de Michael Zemmour sur la règle d'or
https://www.youtube.com/watch?v=iJKVd609iGU&feature=emb_logo

Notre système de retraites ne connaît pas la crise.
https://www.alternatives-economiques.fr/systeme-de-retraites-ne-connait-crise/00091163

https://www.alternatives-economiques.fr/guillaume-duval/reforme-risque-de-desequilibrer-fortement-financement-retraites/00091464

Garantir la valeur du point ne garantit rien.
https://www.alternatives-economiques.fr/michel-husson/garantir-point-ne-garantit-rien/00091288

La valeur du point ne pourra pas baisser… Mais le niveau de votre pension, si.
https://blogs.alternatives-economiques.fr/zemmour/2019/11/30/la-valeur-du-point-ne-pourra-pas-baisser-mais-le-niveau-de-votre-pension-si

[4] Le taux de cotisation patronal était un frein aux passages entre fonction publique d’Etat et contrats de droit privé, l’employeur devant par le passé compenser le différentiel lors du passage de la fonction publique d’Etat vers la fonction publique territoriale ou la fonction publique hospitalière. L’objectif est donc également de généraliser l’indifférenciation entre les sphères publique et privée et le recours à la contractualisation en lieu et place du statut de fonctionnaire.

[5] Avis du Conseil d’Etat.
https://www.conseil-etat.fr/ressources/avis-aux-pouvoirs-publics/derniers-avis-publies/avis-sur-un-projet-de-loi-organique-et-un-projet-de-loi-instituant-un-systeme-universel-de-retraite

"29. En revanche, le Conseil d’Etat écarte les dispositions qui renvoient à une loi de programmation, dont le Gouvernement entend soumettre un projet au Parlement dans les prochains mois, la définition de mécanismes permettant de garantir aux personnels enseignants et chercheurs ayant la qualité de fonctionnaire une revalorisation de leur rémunération afin de leur assurer un niveau de pension équivalent à celui de fonctionnaires appartenant à des corps comparables. Sauf à être regardées, par leur imprécision, comme dépourvues de toute valeur normative, ces dispositions constituent une injonction au Gouvernement de déposer un projet de loi et sont ainsi contraires à la Constitution (décision n° 89-269 DC du 22 janvier 1990, cons. 38)."

[6] Selon l’arbitrage, le recrutement se fera à l’échelon 3 par une addition de 73 points d’indice ou à l’échelon 4.

[7] Les vœux de Mme Vidal comportaient ces éléments rendant impossible la compréhension à qui ignore la reconstitution de carrière : “Dès 2021, tout chargé de recherche et tout maître de conférence sera recruté à au moins 2 SMIC, contre 1,3 à 1,4 SMIC aujourd’hui. Cela représente, en moyenne, pour les nouveaux maîtres de conférences qui seront recrutés l’année prochaine, un gain de 2 600 à 2 800€ sur un an.” Tweet du 21 janvier.

[9] Trois des rapports sur lesquels sont construites les réformes à venir:

Note Idex
http://www.groupejeanpierrevernant.info/NoteIdex.pdf 

Note Terra Nova
http://www.groupejeanpierrevernant.info/NoteTerraNova.pdf 

Note Siris
http://www.groupejeanpierrevernant.info/NoteSiris.pdf 

Retraites : un peu de désenfumage
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1 février 2020 6 01 /02 /février /2020 06:13
Ci-dessous de larges extraits d'un article de Laurent Mauduit pour Mediapart
 
Pourquoi Total n’est pas le bienvenu à Polytechnique

 

Les élèves s’opposent à l’installation d’un centre de recherche du groupe sur le campus de Saclay (Essonne). Selon les informations de « La Croix », une nouvelle réunion est prévue jeudi 16 janvier. En attendant, la direction explique ne pas être « arc-boutée » sur ses positions et se dit prête à rediscuter des modalités du projet.

Privatisation partielle de Polytechnique au profit de Total !...
L’Ecole polytechnique partiellement privatisée au profit de Total
 

C’est un pas de plus dans la privatisation de l’enseignement supérieur : Total va installer sa direction Recherche et innovation sur le campus et va financer une chaire d’enseignement, au mépris de la mission de l’école, qui est de former des ingénieurs au service de l’intérêt général. La neutralité scientifique de la formation est menacée.

Lors d’une récente enquête mise en ligne le 10 janvier, j’ai donc raconté dans quelles conditions le groupe Total va installer sa direction Recherche et innovation sur le campus de la prestigieuse école et financer une chaire d’enseignement, au mépris de la mission de l’établissement, qui est de former des ingénieurs au service de l’intérêt général. J’ai aussi raconté que la majorité des élèves avaient voté contre ce projet, estimant que la neutralité scientifique de la formation pouvait en être menacée.

Depuis, la mobilisation des polytechniciens a visiblement grandi puisqu’une pétition a vu le jour sur 350.org, à l'initiative de cette plate-forme.

Pour les lecteurs du journal de Mediapart, souvent très mobilisés contre les projets de privatisation de l’enseignement supérieur et de la recherche, je tenais donc à signaler cette initiative. Je pense utile de reproduire ci-dessous l’appel

 

« Total prévoit de construire le site de sa Direction Recherche et Innovation au sein de Polytechnique ! C’est du jamais vu : un projet 10 000 m² en plein coeur de l’école où s’installeraient 250 salariés de Total. Dès qu’ils ont pris connaissance de ce projet, une majorité d’étudiantes et étudiants a exprimé son opposition lors d’un vote organisé par le bureau des élèves. 

Il y urgence, les travaux menacent de commencer sous peu : signez cette pétition pour que le projet de Total à Polytechnique ne voit jamais le jour. 

Soyons un grand nombre à exprimer notre indignation face à ce projet qui lierait irrémédiablement l’image de l’école publique sous la tutelle du ministère des armées, à la multinationale pétrolière et gazière.

Total n’a rien à faire à Polytechnique, ni dans aucune institution ayant le devoir de défendre l’intérêt général : faites le savoir au président de l’école en signant cette pétition. 

L’hypocrisie est flagrante : Polytechnique ne peut pas prétendre former ses étudiant·es à construire le futur, tout en ouvrant grand les portes à un acteur qui ne leur en réserve aucun. Total a été historiquement confronté à de multiples allégations de corruption et à la mise en cause de sa responsabilité pour de graves atteintes à l’environnement et aux droits humains. Le dernier rapport du GIEC est sans appel, tout nouveau projet fossile est inadapté au budget carbone conforme aux objectifs de l’accord de Paris. Total prévoit pourtant de les poursuivre ou de les amplifier, notamment dans des pays qui subissent déjà les conséquences les plus dramatiques du dérèglement climatique, comme en Afrique du Sud ou en Mozambique.

En 2018, Total a financé la production d’hydrocarbures pour 9,2 milliards de dollars d’investissements contre seulement 500 millions dans le secteur décrit comme “bas carbone” à savoir gaz (!) et renouvelables. Total n’est donc pas seulement à la traîne : la multinationale n’a aucune intention de se redéployer réellement vers les énergies renouvelables. La présence envahissante de Total au sein de cette école qui promeut l’excellence a de quoi choquer. »

 

 

capture-d-e-cran-2020-01-23-a-09-20-03

« Au contraire, des ressources faramineuses sont mobilisées dans des campagnes de communication et de lobbying, pour duper l’opinion publique et tromper les décideurs. Nous refusons que Polytechnique soit instrumentalisée à ces fins alors que la dynamique pour contrer l’influence de cette industrie n’a jamais été aussi forte, en témoigne la moitié des universités ayant coupé leurs liens avec l’industrie fossile au Royaume-Uni ou les 1150 autres institutions à travers le monde.

La dynamique pour contrer l’influence de l’industrie fossile n’a jamais été aussi forte, en témoigne la moitié des universités ayant coupé leurs liens avec l’industrie fossile au Royaume-Uni ou les 1150 autres institutions à travers le monde. 

Face à l’urgence climatique, toute institution à un devoir de responsabilité. Polytechnique, une école publique, sous la tutelle du Ministère des Armées, dont la mission première est de former des ingénieurs qui mettront leurs compétences aux services de l’Etat, de la collectivité, et de l’intérêt général, devrait avoir au moins l’ambition de ne pas légitimer la présence de Total en plein coeur de l’école. 

L’influence de Total dans l’éducation supérieure ne se limite hélas pas à Polytechnique, une campagne est également active à Sciences Po où les étudiant.e.s sont mobilisé.e.s, mais avec votre soutien, commençons par ajouter cette nouvelle victoire à la liste ! »

 

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« Demandons ensemble :

  • L’arrêt du projet de centre de recherche et innovation immédiatement, avant que le chantier de construction du bâtiment débute et l’abandon total du projet : un engagement à ce qu’il ne soit pas transformé discrètement sous une autre forme.
  • La suspension de tous les liens avec le géant Total : la suspension de Patrick Pouyanné, PDG de Total, du Conseil d’Administration de Polytechnique, la fin de la chaire d’enseignement et de recherche que Total a négociée dans la foulée en 2018.

Pour aller plus loin : 

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29 janvier 2020 3 29 /01 /janvier /2020 16:44

Forte présence de la CGT. Les universités de Lyon 1 et Lyon 2 moins évanescentes que d'habitude. Le Snesup ? C'est quoi le Snesup ?

 

Après ces semaines de luttes, des gens très déterminés.

 

La CFDT était absente car elle préparait avec le Medef des réunions hyper méga importantes.

 

Encore une belle et grosse manif à Lyon aujourd'hui
Encore une belle et grosse manif à Lyon aujourd'hui
Encore une belle et grosse manif à Lyon aujourd'hui
Encore une belle et grosse manif à Lyon aujourd'hui
Encore une belle et grosse manif à Lyon aujourd'hui
Encore une belle et grosse manif à Lyon aujourd'hui
Encore une belle et grosse manif à Lyon aujourd'hui
Encore une belle et grosse manif à Lyon aujourd'hui
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24 janvier 2020 5 24 /01 /janvier /2020 06:20

Tiré du blog de Régis de Castelnaud

 

La reconnaissance du bout des lèvres, à la fois par le pouvoir et les médias qui le servent, de l’existence de « violences policières » nous a encore offert une séquence intéressante. Quiconque suit les réseaux, s’est penché sur le travail remarquable du journaliste David Dufresne, ou a lu les articles du Monde sait à quoi s’en tenir. Encouragée par le pouvoir à utiliser une violence débridée, protégée par une justice refusant de la contrôler et de la sanctionner, la police française s’est transformée en une milice qui par la violence et l’intimidation porte gravement atteinte à la liberté constitutionnelle de manifestation. Chez les soutiens du président et en particulier les « journalistes militants » du macronisme deux sortes d’arguments ont été avancés pour le justifier. Tout d’abord que très rares (!), ces violences policières n’étaient que la réponse aux « effroyables » violences des manifestants, et ensuite que la police n’utilisait à cette occasion que la « violence légitime » dont l’État est dépositaire. C’est simplement une manipulation, les « violences des manifestants » abondamment et systématiquement filmées et photographiées par la presse du pouvoir ont été celles de groupuscules provocateurs parfaitement identifiés et utilisés pour justifier la « riposte » policière. Ensuite on nous a servi la légitimité juridique de la violence policière, les forces de l’ordre usant d’un « droit républicain » de frapper, d’amputer, d’éborgner et de détenir. C’est un dévoiement complet du principe de légitimité dans toutes ses définitions.

 

Tartufes et menteurs

Avant de revenir sur la question de la légitimité pour l’État d’utiliser la violence, on se permettra quelques remarques. Sur la tartuferie de ces « journalistes militants » soutiens acharnés de l’aventure Macron, occultant soigneusement pendant plus d’un an une réalité que l’étranger regardait et commentait avec effarement, d’une police transformée en milice de nervis, et qui font maintenant semblant de découvrir ce que tout le monde voyait et savait. Un ban pour Anne Sinclair qui avec son tweet publié au spectacle de la fameuse vidéo du « croche-pattes », faisait semblant de découvrir la lune. Il y a aussi les inepties proférées par la macronie, gouvernementale ou pas. L’Oscar revenant comme souvent à Sibeth Ndiaye proférant une nouvelle énormité et nous confrontant comme toujours à la question obsédante : est-elle à ce point parfaitement niaise, ou s’agit-il d’un cynisme d’acier ? « Je ne pense pas qu’on puisse dire dans un État de droit, dans une démocratie extrêmement solide comme celle de notre pays, qu’il y a des violences policières, comme s’il y avait de manière générale chez les forces de l’ordre une attitude consistant à aller tabasser des manifestants systématiquement ou à violenter des personnes sans raison». Si, si Madame c’est bien le cas, et il y a des centaines de vidéos et des milliers de témoignages qui l'attestent. Et lorsque vous dites « quand il y a eu des fautes, elles sont systématiquement sanctionnées », c’est simplement un de ces mensonges grossiers que vous revendiquez pouvoir proférer « pour protéger le président ». La justice depuis le début, dans le même temps où elle lançait une répression de masse sans précédent contre le mouvement social des gilets jaunes, a refusé de remplir sa mission de contrôle de la violence policière. Il y a eu une condamnation à trois mois de prison avec sursis (quelle sévérité !) pour un policier qui avait lancé un morceau de béton de la taille d’une brique sur des manifestants. Et c’est tout ! Pas une suspension, pas une garde à vue, pas une révocation, pas une suspension, pas de jugement, juste une poignée de mises en examen pour des centaines de violences avérées. Et parallèlement des dizaines et des dizaines de classement sans suite scandaleux. Comment pouvez-vous à ce point vous moquer du monde ?

 

Le monopole de violence qu’est que c’est ?

Alors comment comprendre l’utilisation par les amis du pouvoir du concept de « violence légitime » dont disposerait la police, pour répondre à l’émotion de l’opinion publique devant les exactions policières qui se déroulent depuis un an et dont l’évidence a fini par s’imposer ? C’est tout simplement un abus de langage avançant l’idée d’une d’une « autorisation juridique » donnée aux forces de l’ordre de violenter les corps dans l’intérêt de l’État. D’abord il y a une impropriété des termes puisqu’il s’agit en fait de ce que Max Weber appelait « le monopole de la violence » que seul l’État sur un territoire donné est autorisé à utiliser. Cette violence qui se caractérise par le « pouvoir sur les corps » est déléguée à la police à l’armée et ce qui est essentiel à la Justice. Pour deux raisons, d’abord c’est celle-ci qui punit les délinquants et qui si nécessaire les prive de leur liberté et enferme leur corps entre quatre murs (et auparavant pouvait le couper en deux). Mais elle doit aussi exercer son contrôle sur l’utilisation de la violence par les agents armés de l’État. 

 

Il est important de rappeler pour que cette violence dont l’État a le monopole soit « légitime », deux conditions indispensables doivent être réunies : d’abord que son usage en soit défini et réglementé par la Loi. En nature, en intensité, et en proportionnalité, pour que ceux qui vont en disposer sachent les limites de leurs pouvoirs et les risques de sanctions qu’ils encourent. Et qu’ensuite le caractère légal et régulier de cet usage soit contrôlé par le juge. La première condition est réalisée : user de la violence physique dite « légitime » par les forces de l’ordre est strictement encadré et le Code pénal prévoit une répression spécifique pour les agents publics titulaires par délégation de l’État du pouvoir sur les corps. Si l’auteur d’une violence illégale parce qu’excessive et non proportionnelle commise à l’égard de ses concitoyens, est un agent public, c’est une circonstance aggravante et elle devra être plus sévèrement punie que celle commise par un simple citoyen. Cette situation juridique et institutionnelle est fondamentale dans la mesure où l’État doit pouvoir conserver la totale maîtrise de l’usage qui est fait de ses pouvoirs par son personnel armé. 

 

Sans le contrôle de la Justice toute violence est illégitime

Mais l’absence de la deuxième condition, celle du contrôle juridictionnel prive « le monopole de la violence » dont dispose l’État de sa légitimité juridique et démocratique. Car, force est de constater que si la loi a bien créé les outils légaux d’encadrement, la défaillance quasi totale de la justice française dans l’accomplissement de cette mission de contrôle a complètement déréglé le dispositif républicain et démocratique. La responsabilité du pouvoir exécutif est évidemment lourdement engagée qui a laissé faire quand il ne l’a pas directement organisé, mais celle de la Justice est première. 

 

Emmanuel Macron utilisant à l’égard des policiers et gendarmes de l’expression de « forces de sécurité intérieure » caractérise un glissement sémantique à la fois troublant et inquiétant. Les « forces de sécurité extérieures et intérieures » ce sont les forces armées. Gendarmes et policiers sont des forces de l’ordre. On ne peut malheureusement que constater qu’aujourd’hui les conditions institutionnelles et juridiques indispensables à l’usage du « monopole de l’État sur la violence » ne sont plus réunies. Ce qui veut dire que de ce point de vue notre pays a basculé dans une forme d’arbitraire, tout simplement. Un pouvoir minoritaire a décidé de ne plus respecter les libertés démocratiques fondamentales pour traiter un mouvement social profond. Il a pour cela donné carte blanche à une police dont une partie est dévoyée. La nomination de Didier Lallement au poste de préfet de Paris, l’attitude des syndicats de policiers vis-à-vis du pouvoir multipliant les chantages, l’invraisemblable brutalité des forces de l’ordre sur le terrain dont témoignent des centaines de vidéos, tout cela augure mal de la capacité d’Emmanuel Macron à rétablir l’autorité républicaine sur la police.

 

Si jamais lui prenait l’envie de le faire, ce qui est malheureusement très improbable.

Les violences policières sont toutes des violences illégitimes
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22 janvier 2020 3 22 /01 /janvier /2020 06:13

Je reprends ici un article de Pierre Bonneau publié par Bastamag, puis par Le Grand Soir

 

Plus de 400 gilets jaunes, condamnés à de la prison ferme, purgent ou ont purgé leurs peines. Certains ont accepté de raconter à Basta ! leur découverte de l’univers carcéral, une expérience qui marque les personnes et souvent déstabilise les familles. Tout en laissant une trace profonde sur le mouvement.

En plus d’un an près de 440 gilets jaunes ont été incarcérés pour des peines de un mois à trois ans. Cette répression, menée sur le plan judiciaire et carcéral, a bouleversé leurs vies et celles de leurs proches, et affecté l’ensemble du mouvement. À Montpellier, Perpignan, Narbonne, Le Mans et d’autres villes, Bastamag a rencontré plusieurs prisonniers et leurs soutiens, qui nous ont raconté leur expérience.

« Je n’aurais jamais cru aller en prison ! » Le 11 mars 2019, le verdict du tribunal de grande instance de Montpellier s’abat comme un coup de massue sur Victor*. « Quatre mois ferme avec mandat de dépôt, huit mois de sursis, 800 euros de dommages et intérêt » Arrêté lors de l’acte 16 pour avoir tiré un feu d’artifice en direction des forces de l’ordre, ce gilet jaune de Montpellier est jugé en comparution immédiate pour « violences contre les forces de l’ordre » et « participation à un groupement en vue de commettre des violences ». Les images de son jugement tournent en boucle dans sa tête.

« Ça n’a même pas duré dix minutes. Je n’ai rien compris à ce qui se passait. » À peine sorti de sa garde-à-vue, sidéré, ce plombier et père de famille est embarqué au centre pénitentiaire de Villeneuve-les-Maguelone. Placé pendant cinq jours dans le quartier des « arrivants », il y reçoit un petit kit avec le minimum nécessaire pour le couchage et l’hygiène. « Au début c’était terrible. Je ne voulais pas sortir de ma cellule, être confronté aux surveillants et aux détenus. » Il sortira de prison trois mois plus tard.

 

Plus de 2200 peines de prison prononcées, fermes ou avec sursis

Victor fait partie des 440 gilets jaunes condamnés à de la prison ferme avec mandat de dépôt, selon le dernier bilan du ministère de la Justice en novembre, qui comptabilise 1000 peines de prison ferme allant d’un mois jusqu’à trois ans. Sur ce total, 600 peines ont été prononcées sans mandat [1], aménageables avec un bracelet électronique ou un régime de semi-liberté.

En plus de ces 1000 condamnations fermes, aménagées ou non, 1230 gilets jaunes ont été condamnés à de la prison avec sursis. Une telle répression judiciaire d’un mouvement social est inédite dans les dernières décennies. Seules les révoltes des banlieues en 2005 ont fait l’objet de plus d’incarcérations, avec 763 personnes écrouées sur 4402 garde-à-vue [2].

Comme Victor, la grande majorité d’entre eux n’avait pas de casier judiciaire ni de connaissance du monde carcéral. « À 40 ans, bientôt quatre enfants, je n’étais pas du tout préparé à aller en prison ! », souffle Abdelaziz, ancien brancardier à Perpignan. Cette figure associative locale de la Coordination contre le Racisme et l’Islamophobie se savait dans le collimateur de la BAC depuis le printemps 2017, où il avait diffusé une vidéo de violences policières. Le 5 janvier 2019, une manifestation s’échauffe devant le tribunal de Perpignan. Des manifestants rentrent dans l’enceinte, des vitres sont brisées, des affrontements éclatent. Quatre jours plus tard, à l’aube, Abdelaziz est perquisitionné. « Ils cherchaient mon gilet jaune et le mégaphone de mon association, pour me présenter comme le meneur. » Les policiers l’accusent d’avoir assené un coup de poing à un agent, ce qu’il conteste fermement.

« En garde-à-vue, les policiers disaient entre eux : "Regardez, on a eu Abdelaziz !". J’étais comme un animal qu’on avait attrapé. » Placé en détention préventive, en attente de son procès en février, il est finalement condamné à trois mois fermes et cinq mois de sursis. « Deux autres gilets jaunes, Arnaud et André, interpellés au même moment, ont accepté la comparution immédiate en espérant que le juge soit plus clément. » Ils prendront huit et dix mois fermes avec mandat de dépôt.

 

 

« Les toilettes sont à 50 cm de l’endroit où l’on mange, sans cloison »

À Perpignan, Abdelaziz rejoint un deuxième détenu, dans une cellule conçue pour une seule personne. Au début, la cohabitation est respectueuse. Mais elle se détériore avec l’arrivée d’un troisième prisonnier qui dort sur un matelas à même le sol. « Les conditions de détention étaient horribles. Nos toilettes sont à 50 cm de l’endroit où on mange, sans cloison. Il y a des grillages derrière les barreaux de nos fenêtres alors que c’est interdit. La surpopulation est de plus de 200 %. Des femmes s’entassent à quatre dans certaines cellules. Récemment un détenu s’est suicidé dans sa cellule. J’ai porté plainte contre la prison. »

Émilie*, compagne d’un gilet jaune incarcéré depuis juin dernier en détention préventive dans une prison du sud-ouest de la France, évoque aussi des conditions très dures. « Ils sont trois dans 9 m2. Il doit régulièrement changer de cellule parce que la cohabitation se passe mal. »

Son compagnon a été interpellé avec 30 autres personnes dans le cadre de l’information judiciaire sur l’incendie du péage et de la gendarmerie de Narbonne Sud le 1er décembre 2018. Leurs demandes d’accès à une « unité de vie familiale » - un espace permettant aux couples et aux familles de se retrouver avec plus de temps et d’intimité que les parloirs [3] - sont restées sans réponse depuis trois mois. « On a fini par se faire un câlin dans le parloir. C’est interdit : l’administration nous l’a supprimé pendant deux mois. »

 

Entassés à cinq, dans une cellule insalubre de 14 m²

Bastamag a également reçu le témoignage anonyme d’un détenu purgeant une peine de plus de deux ans dans une prison du nord de la France. Entassé avec quatre autres personnes dans une cellule de 14 m², il déplore des conditions insalubres : « Une table, quatre mini-placards, un WC dans un état lamentable, un lavabo sans eau chaude pour vaisselle et toilette, pas de frigo, des murs moisis, une prise électrique détériorée, des grilles à la fenêtre. Les promenades sont enclavées et grillagées. »

Il dénonce une « lenteur abusive » de l’administration pénitentiaire, provoquant des délais de « dix jours pour obtenir un sac de linge arrivant, trois semaines pour une plaque de cuisson, un mois pour un poste radio, et des courriers qui mettent jusqu’à une dizaine de jours pour nous parvenir. » Du côté des parloirs, il critique le « manque d’intimité en parloir collectif, des fouilles abusives et systématiques, et des problèmes informatiques récurrents pour la réservation des familles ».

À Montpellier, Victor a « ressenti la faim ». En prison, la nourriture fournie gratuitement n’est pas suffisante. L’image des détenus « nourris, logés, blanchis » est un leurre. Pour améliorer l’ordinaire, tous les détenus doivent « cantiner », c’est à dire acheter le surplus. Et tout se paie : nourriture supplémentaire, cigarettes, papier toilette, savon, location de télévision, journaux... Il est crucial d’obtenir de l’argent via des « mandats » envoyé par l’entourage, ou en travaillant en détention. « Je m’entendais bien avec mon co-détenu, au début il a cantiné pour moi. Une fois que j’ai eu mes cantinages, j’ai rendu la pareille à d’autres détenus en difficulté. »

Pour Bruno, gilet jaune du Mans, « les conditions n’étaient pas trop mauvaises : il y avait même une douche dans la chambre ». Ce déménageur de 51 ans avait d’abord écopé de trois mois de sursis suite à un feu de poubelle, en janvier 2019. Interpellé à nouveau le 16 février pour « outrage », « rébellion » et jet de canette, il est incarcéré à la prison des Croisettes, un établissement plus récent. « Ce qui est fatigant, c’est la routine. Le réveil, le café, les infos, la promenade du matin, le repas du midi, la télé, la sieste, la promenade de l’après-midi, le repas du soir, etc. Toutes les journées se ressemblent. »

Pour tuer le temps et bénéficier de réductions de peine, Bruno s’est inscrit à certaines des activités proposées en prison : « J’ ai fait l’école des prisonniers, avec des cours d’anglais, de mathématiques, de français et d’histoire-géo. Et aussi des activités avec un groupe musical. » Le compagnon d’Émilie, lui, s’est « inscrit à toutes les activités et au travail. Il a aussi participé à un atelier d’écriture dans le journal de la prison... sauf que le mot « gilet jaune » y était interdit ! »

 

« Quand on sort, si le mouvement continue on sera avec vous ! »

Malgré ces conditions très difficiles, de nombreux gilets jaunes interrogés témoignent du respect exprimé par les autres détenus. « Mon nom c’était le "gilet jaune du B2 rez-de-chaussée", se souvient Victor. Pendant les promenades, certains prisonniers me posaient des questions sur le mouvement. Certains disaient "Quand on sort, si ça continue on sera avec vous !" »

L’ambiance est similaire à Perpignan. « On nous appelait les "prisonniers politiques". La majorité des détenus soutenaient les gilets jaunes. Ils savaient qu’on avait manifesté pour la justice et la dignité, témoigne Abdelaziz. Les prisonniers, majoritairement issus des quartiers populaires, y aspirent aussi. Ils sont souvent incarcérés parce qu’ils ont fait des actions illicites pour obtenir de l’argent et améliorer leur quotidien. »

Parfois, les manifestations de soutien sont allées jusqu’au personnel de la prison. « Une des surveillantes m’appelait "camarade" », se souvient Victor. Abdelaziz est encore plus affirmatif : « Les trois-quarts des gardiens nous soutenaient, et le reste ce sont des fachos. L’un d’entre eux participait même au mouvement au début. » Sourire aux lèvres, Victor évoque même des encouragements, à mots couverts, de la psychologue chargée de son suivi. « Elle a fini par me dire que j’avais raison d’aller aux manifestations. »

 

« Maintenant que l’image de "l’ultra-jaune" s’est imposée, il n’y a plus de bons traitements »

Ce respect diffus des gardiens est pourtant loin d’être généralisé. Dans la prison du sud-ouest de la France où son conjoint est placé en préventive, Émilie* évoque des « surveillants qui font tout pour [le] pousser à un geste de violence pour pouvoir le sanctionner ». Dans le nord de la France, le détenu anonyme dénonce des maltraitances, avec « des surveillants parfois irrespectueux. Certains nous prennent même pour des chiens, d’autres donnent des coups physiques ou verbaux ».

Dans cette même ville, un gilet jaune anonyme d’un collectif local analyse : « Au début il y avait encore des matons pro-mouvement. Mais maintenant l’image de "l’ultra-jaune" s’est imposée, et il n’y a plus de bons traitements : ceux qui sont encore en prison sont particulièrement ciblés. »

L’administration pénitentiaire ne fait aucun cadeau et cherche à saper le moral des gilets jaunes incarcérés. À son arrivée en janvier, Abdelaziz avait rencontré sept autres camarades au quartier des arrivants. Mais les retrouvailles ont été de courte durée. « L’administration nous a divisés dans les différents bâtiments de la prison pour casser les solidarités et éviter qu’on s’organise. À la fin, on ne se croisait plus, sauf par hasard à l’infirmerie. »

Pour résister à l’isolement, le lien avec la famille et les proches est indispensable. Chaque soir, à 21h, Victor avait son rituel, sa « bouffée d’oxygène ». « J’appelais longuement ma femme et mes enfants. C’était mon seul lien avec l’extérieur, à part la télé. Heureusement qu’on avait un téléphone en cellule. » Normalement interdits, ils sont tolérés de fait. « Comme pour le cannabis : c’est comme ça qu’ils achètent la paix sociale entre les murs. »

 

Les familles déstabilisées

À l’extérieur, les familles sont profondément bousculées par l’incarcération, à commencer par les enfants. « Mon plus petit m’a vu partir menotté de la maison à 6h du matin. L’autre a refait pipi au lit pendant que je n’étais pas là », explique Abdelaziz. « À la rentrée, la maîtresse a demandé à mon fils ce que leurs parents faisaient comme métier. Il a répondu : "Mon père est prisonnier politique gilet jaune !" »

En l’absence des prisonniers – surtout des hommes, les femmes se retrouvent en première ligne pour tenir le foyer et assumer les démarches pour les détenus, au risque de l’étranglement financier. « Ma femme a été obligée d’emprunter 3000 euros pour payer le loyer et les factures avec un salaire en moins », explique Victor. Émilie, elle, « dépense toutes ses économies » dans des aller-retours coûteux pour les parloirs, le cantinage et les frais juridiques. « Normalement, on aurait du faire les marchés cet été. On a un énorme manque à gagner. »

Karine, assistante maternelle à Narbonne, « réfléchit à monter un dossier de surendettement ». Son compagnon, Hedi Martin, était un youtubeur influent au début du mouvement. « Il avait lâché son travail pour le mouvement. Il n’en a pas retrouvé depuis. On en a eu pour plus de 5000 euros de frais d’avocat : ça nous a tués. »

Interpellé lui aussi dans le coup de filet autour de l’incendie du péage de Narbonne Sud, Hedi a fait un mois de préventive en janvier 2019, suivi de six mois de bracelet électronique. Dans le viseur des autorités, il avait aussi été condamné en janvier 2019 à 6 mois de prison ferme sans mandat de dépôt, pour avoir relayé un appel à bloquer une raffinerie. Un symbole de la répression ciblée sur les « meneurs » locaux.

 

S’organiser pour soutenir les prisonniers

Mais tous les détenus n’ont pas la chance d’avoir des proches prêts à se mobiliser. Le soutien du mouvement est donc crucial. Candy*, gilet jaune à Saumur, en est l’une des chevilles ouvrières. Après la fin des manifestations dans sa région, cette mère au foyer s’est impliquée dans l’écriture de lettres aux prisonniers. En août dernier, elle a créé le groupe Facebook « Un petit mot, un sourire : où écrire à nos condamnés ». Sans bouger de sa maison, derrière son ordinateur, elle a épluché jour et nuit articles et réseaux sociaux pour retrouver les identités des prisonniers et les diffuser avec l’accord de leurs proches.

De Toulouse à Reims, en passant par Caen, Lyon, Fleury-Mérogis mais aussi Dignes, Bourges, Marseille, Béziers ou encore Grenoble, une cinquantaine d’adresses de prisonniers dans dix-sept prisons ont été collectées. Le groupe, animé par trois modératrices, rassemble plus de 2500 personnes, « dont un noyau actif d’une centaine ».

Chaque semaine, ils écrivent aux prisonniers et publient leurs nouvelles et leurs besoins. « Les gens engagent une correspondance suivie, on ne les lâche pas : c’est le cœur qui parle !, explique Candy. On est devenus comme des parrains et des marraines, en recréant une grande toile de solidarité. »

Les contours de cette toile ont rapidement dépassé la pointe du stylo. « On s’est vite rendus compte qu’il fallait aller plus loin que les lettres. Certaines personnes sont isolées, sans famille. On ne pouvait pas les laisser dans cette situation. À Toulouse, un jeune détenu est resté seul quatre mois, sans visite de sa famille, ni référent pour ouvrir un parloir et l’accès au cantinage. On s’en est occupés. » Certains assurent des cantinages pour les prisonniers que la famille ne peut pas soutenir. D’autres récoltent des vêtements. « Chaque geste compte. Récemment, on s’est organisés pour héberger ceux qui sortent et ont perdu leurs logements. »

 

« Maintenant, il faut mieux informer les gens pour se renforcer »

Au-delà des réseaux sociaux, dans certaines villes le mouvement local s’est fortement mobilisé. « Tous les dimanches matin, j’entendais des bruits de moteurs, de klaxon, de cornes de brume. Les gilets jaunes venaient faire du bruit », se remémore Abdelaziz en souriant. « Je faisais tournoyer mon pull orange fluo par les grilles, pour qu’ils nous voient. » Le gilet jaune a aussi reçu du cantinage.

À Montpellier, Victor se souvient avec émotion des feux d’artifice qui résonnaient au-dessus de l’enceinte les dimanches soirs. « C’était mon moment de gloire. Je sortais un miroir pour voir les explosions par le petit trou de ma fenêtre. Tous les détenus hurlaient, c’était de la folie. » Le groupe anti-répression de Montpellier, « l'Assemblée contre les violences de l'État », s’est largement impliqué dans l’appui financier aux frais juridiques ou l’organisation de petits déjeuners devant les prisons, à l’instar de beaucoup de grandes villes familières de la répression comme Paris ou Toulouse.

À l’inverse, dans d’autres villes la mobilisation a été très limitée. « À Narbonne, la vague d’arrestations pour l’incendie de Croix-Sud a tué le mouvement. Beaucoup ont eu peur. Le reste s’est divisé et ne s’occupait pas des inculpés parce que l’action n’était pas pacifiste. », se souvient Hedi. Karine complète : « Hedi était connu donc il a été privilégié, avec une cagnotte, des rassemblements. Mais il n’y a presque rien eu pour les autres. » En plus de ses longues semaines de travail, Karine a donc créé en juin dernier, avec sa mère et des amies, le « Cool-actif 11 vous soutient », pour soutenir les prisonniers isolés.

« Je regrette qu’on se soit fait avoir par la justice au début du mouvement. On ne connaissait rien à la répression et à la prison. Maintenant il faut mieux informer les gens pour se renforcer. » Peu à peu, leur collectif s’est rapproché de groupes « antirep » (pour anti-répression) expérimentés à Toulouse ou Montpellier. « On veut aller plus loin que l’appui aux incarcérés et promouvoir la défense collective : ne pas faire le tri entre "bons et mauvais manifestants", refuser de parler en garde à vue, se mettre en réseau avec les avocats. » explique l’assistante maternelle. À sa manière, la « famille gilet jaune » se réapproprie la lutte anti-répression.

 

Beaucoup de détenus « isolés, oubliés et démunis de soutien extérieur »

Mais la mobilisation reste cependant faible par rapport à l’ampleur des condamnations. Détenu en préventive pendant six mois à la prison de la Santé, le militant antifasciste Antonin Bernanos évoque, dans une lettre parue en octobre, « beaucoup de gilets jaunes croisés derrière les barreaux, souvent isolés, oubliés et démunis de tout soutien politique extérieur ». « Sur près 400 personnes, on n’a pu contacter que 10% des prisonniers environ », constate Candy.

Karine, de son côté, n’a pas reçu de réponses à toutes ses lettres. « Certains détenus nous ont dit qu’ils ne voulaient plus entendre parler des gilets jaunes en attendant leur jugement. » Notamment le procès-fleuve du péage de Carbone mi-décembre, où comparaissaient 31 prévenus, dont 21 ont écopé de prison ferme, avec deux mandats de dépôts et deux maintiens en détention. Isolés face au système judiciaire, ces détenus ont fait une croix sur le gilet.

C’est aussi le cas d’Hedi, qui avoue avoir « tout arrêté dés que les embrouilles judiciaires ont commencé ». Le débit rapide de ce passionné d’informatique masque une certaine amertume. « Tout ce qu’on avait est allé dans ce mouvement : notre argent, notre voiture, nos meubles. Mais on a raté le coche. Il a fallu revenir à la vie normale. C’est comme une descente : je suis mort intérieurement. »

Le coup dur est venu avec le bracelet électronique imposé de mars à fin novembre après sa détention provisoire. « J’étais en prison à domicile. Mon contrôle judiciaire m’interdisait d’aller sur les rond-points, en manifestation, de sortir du territoire national. J’étais assigné à résidence de 22h à 6h, avec un pointage une fois par semaine, une obligation de travail et de soin. »

Des Gilets jaunes jetés en prison témoignent

 

« Ils te détruisent économiquement, psychologiquement. Beaucoup de couples explosent »

Cette répression « à emporter » l’a conduit à faire une dépression. « J’ai senti l’étau se refermer sur moi. Un psy m’a prescrit un arrêt. Pendant quatre mois et demi je ne suis pas sorti de ma maison. » Comme pour les blessés, les conséquences post-traumatiques de l’incarcération sont insidieuses et s’insinuent partout dans le quotidien, générant repli, amertume, colère. L’entourage et les compagnes sont les premières affectées. « Ils te détruisent économiquement, psychologiquement. Si en plus ils arrivent à casser le niveau familial on perd tout. Beaucoup de couples explosent », explique Karine.

Les nuits de Victor sont hantées par des cauchemars récurrents, peuplés de policiers qui le poursuivent et le perquisitionnent pour un meurtre qu’il ne sait plus s’il a commis. « Je me réveille le matin déboussolé. » Mais pas question de quitter le mouvement, malgré ses huit mois de sursis, deux ans de mise à l’épreuve, son obligation de travail et de suivi. « Je continue d’aller à toutes les manifestations. Toujours en première ligne, mais les mains dans les poches et à visage découvert ! Je ne peux pas lâcher le mouvement, après toute cette solidarité qu’il y a eu autour de moi. » Abdelaziz, lui, y va « un samedi sur deux, au plus loin des policiers. »

En plus de son incarcération, Bruno a écopé d’une peine d’interdiction de manifester de deux ans sur le territoire national. Une peine complémentaire qui, depuis le passage de la loi « anti-casseurs » en avril 2019, tend à se généraliser dans les condamnations pour « violences » ou « dégradations ». Il a donc littéralement arrêté de marcher dans les cortèges du samedi. Pas plus, pas moins. « Je reste 300 m plus loin, devant ou derrière en faisant très attention, mais je suis là. Je vais partout où je peux aller, aux piques-niques, aux assemblées populaires, aux tractages sur les marchés. » Il s’est aussi impliqué dans la « coordination anti-répression » du Mans.

 

« Le système ne sait plus comment contenir la colère sociale. Jusqu’au jour où ça explosera encore plus fort »

L’incarcération a profondément marqué les gilets jaunes interrogés. Tous ont changé de regard sur la prison. « Je croyais que c’était la guerre, que seuls les mauvais y allaient. Mes proches ont cru que j’allais me faire violer ou mourir. Mais j’ai surtout réalisé les conditions honteuses », explique Victor. Les rencontres entre les mondes, entamées sur les rond-points, se sont poursuivies entre quatre murs. « André, incarcéré avec moi, votait RN », confie Abdelaziz. « Maintenant c’est fini. Il a changé de regard sur les détenus, qui sont surtout des personnes racisées issues des quartiers populaires. Ce sont des gens comme tout le monde. »

Grâce au soutien sans failles de ses proches et du mouvement, la détermination de Victor est restée intacte. « Tous n’ont pas eu cette chance mais j’en suis sorti plus fort. Ils m’ont mis en prison pour me détruire, ça a produit l’inverse : j’ai encore plus ouvert les yeux. Le système ne sait plus comment faire pour contenir la colère sociale, alors il enferme même des gens avec un profil "intégré". Jusqu’au jour où ça explosera encore plus fort. » Le gilet jaune ne regrette en aucun cas le geste qui a provoqué son arrestation. « J’en ai assumé les conséquences. J’ai encore la rage : pour l’instant, on n’a rien gagné. »

*Ces prénoms ont été modifiésRetour ligne automatique

 

3 000 condamnations prononcées, 1 000 peines de prison ferme.
 

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17 janvier 2020 5 17 /01 /janvier /2020 06:18

 

 

La réponse n’est pas simple, et je ne prétends pas la donner ici. Le problème est que si le banquier éborgneur sait comment traiter des manifestants qui usent de leurs droits démocratiques – on éborgne et on arrache les mains – il n’a pas de politique claire et ferme concernant des assassins en bande qui ont causé des centaines de morts, entre autre sur le sol français.

 

En gros, on a entendu trois sons de cloche :

 

  • ils doivent être jugés au Proche-Orient
  • on les rapatrie tous pour les juger en France
  • on rapatrie et on juge au cas par cas, les femmes et les enfants en particulier.

 

Cela ne constitue pas une politique mais un encouragement à toujours plus semer la haine et la violence aveugles.

 

Si l’on a bien compris, la Gardienne (soyons politiquement correct) des Sceaux Nicole Belloubet est favorable au rapatriement de 200 adultes djihadistes et de 300 enfants et mères, emprisonnés principalement dans des prisons kurdes. L’argument de Belloubet – que l’on peut entendre – est qu’il est difficile d’organiser un procès équitable dans un pays particulièrement instable. On lui opposera qu’il est difficile de juger en France sans pouvoir convoquer des témoins adéquats, et surtout de les faire témoigner dans la sérénité.

 

Le ministre Le Drian (Affaires étrangères) a récemment soutenu que la position officielle de la France était que les djihadistes devaient être jugés sur place. Position contraire de celle de Belloubet. On peut se demander si l’implicite de la pensée ledrianesque est que les djihadistes français, ayant renié la France et l'ayant attaqué violemment en devenant ses ennemis, n’ont plus rien de français.

 

On sait bien qu’un djihadiste bénéficiera en France d’une justice plus clémente qu’en Irak. Tout récemment, Flavien Moreau, condamné à 7 ans de prison en 2014, a été libéré après 5 ans. Il a expliqué qu’il voulait “ planter ” des surveillants de prison. On peut avoir des doutes sur sa déradicalisation. Si Moreau a bénéficié d’une peine aussi légère, c’est qu’il n’a pas été condamné pour intelligence avec l’ennemi, ni même pour terrorisme.

 

La justice française frappe parfois fort, comme dans le cas de Moussa Coulibaly (30 ans de réclusion criminelle) pour avoir tenté d’assassiner trois militaires. Mais la plupart du temps, on la sent désarmée, pataugeante, aléatoire. Le poseur de bombes Lahcen Zligui a été condamné à 12 ans, alors que le parquet avait requis 18 ans avec période de sûreté. Chemsedine Dinar, combattant de l’EI et membre de sa police religieuse, a été condamné à 11 ans de réclusion criminelle sans période de sûreté, alors que le Parquet avait requis 17 ans. Originaires des quartiers populaires de Toulouse, Mounir Quantum et Rodrigue Diawara ont vu leur peine réduite à 10 ans en appel, contre 15 ans précédemment. Les magistrats ont apprécié la « sincérité » de leurs regrets. Comme en première instance, vingt ans de réclusion criminelle avaient été requis.

 

Bref, comment juger en France des actes commis dans des pays aussi lointains et opaques ? Les femmes des djihadistes n’ont prétendument fait que de la cuisine alors que certaines d’entre elles étaient encore plus fanatiques que leurs maris qui, eux, affirment avoir été de simples chauffeurs ou infirmiers. Quant aux enfants, on en a vu quelques-uns, très jeunes, égorger des prisonniers.

 

Peut-on déchoir de leur nationalité ces terroristes qui haïssent notre pays et se sont battus contre lui ? C’est possible dans le cas de menées terroristes (article 25 du Code civil) à la condition expresse de ne pas créer des apatrides. Cette mesure serait envisageable pour ceux qui possèdent une autre nationalité mais pas pour des nationaux intégraux. La convention des Nations Unies du 30 août 1961 stipule qu’un État peut déchoir de sa nationalité un individu « qui a eu un comportement de nature à porter un préjudice grave aux intérêts essentiels de l'État »Ces dernières années, un seul binational français a été déchu de sa nationalité, mais pas pour une affaire de terrorisme !

 

Que faire ?

 

 

Que faire de “ nos ” djihadistes ?
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13 janvier 2020 1 13 /01 /janvier /2020 06:21

Aujourd'hui, spécial retraites

 

Sur le site du Grand Soir, Angel Rossi, qui milite à la CGT depuis 55 ans, s’étonne que les syndicats – le sien y compris – ne défendent pas cette analyse frappée au coin du bon sens : Les retraites appartiennent aux travailleurs !

 

De quel droit l’État s’arroge-t-il la mainmise sur les retraites, parties intégrantes de la Sécurité sociale ?

 

À l’origine, en 1945, la Sécurité sociale est issue du Conseil National de la Résistance. Sa mise en œuvre a été conduite par le ministre du travail Ambroise Croizat avec l’aide de nombreux militants, bénévoles, de la CGT. Ambroise Croizat ne voulait pas d’un financement par l’impôt qui présentait un danger d’accaparement de l’organisme par l’État. Il avait vu juste. Par la suite, les principes constitutifs ont été fragilisés par une prise en main de l’État : le décret du 12 mai 1960 a accru les pouvoirs de la direction, et les quatre ordonnances du 21 août 1967 établirent le paritarisme dans les conseils d’administration, mettant fin à la démocratie sociale. La politique s’est emparée de la gestion de la sécurité sociale au détriment de la gestion démocratique par les travailleurs.

Cette étatisation s’est faite aussi par la fiscalisation, notamment par la création de la CSG le 1er janvier 1991 par Michel Rocard (dont le taux était à l’origine de 1,3%), ensuite finalisée par le plan Juppé en 1996.

 

Toujours sur le site du Grand Soir, Anaïs Henneguelle récapitule les idées reçues véhiculées par la classe politique et les médias dominants, toujours à propos des retraites : 

 

1 – « Il n’y a pas de perdants à la réforme »

2 – « Le système n’est pas viable financièrement : il faut réformer »

3 - « L’espérance de vie augmente et il faut en profiter »

4 – « Il faut un âge d’équilibre à 64 ans »

5 – « Il faut sanctuariser la part des retraites dans le PIB à 14 % »

6 – « On conserve un système par répartition »

7 – « Il faut en finir avec les régimes spéciaux »

8 – « La réforme permet de protéger les droits des plus faibles »

9 – « Le nouveau système bénéficiera aux femmes et aux familles »

10 – « Les hauts salaires contribuent plus dans le nouveau système »

11 – « Le nouveau système sera plus lisible »

12 – « Le Président a annoncé cette réforme durant sa campagne présidentielle »

 

 

Sur le site Regards.fr, Agathe, co-porte-parole du collectif “ Nos retraites ” rappelle brièvement ce que signifie la retraite par points : « Cela va nous faire passer d’un système à prestations définies, c’est-à-dire que je connais la prestation dont je vais bénéficier quand je vais arriver à la retraite (un système qui permet aux gens d’être sécurisés sur leur avenir de retraités), à un système par cotisations définies. On saura combien on cotise mais pas combien on touchera une fois à la retraite car cela variera en fonction de critères donnés par le gouvernement, à savoir l’espérance de vie d’une génération, l’argent que l’on met dans le système. » Agathe explique par ailleurs le profond changement sociétal que la contre-forme induirait : « Se poser la question de son avenir ou celui de ses enfants, c’est aussi se poser la question des relations sociales que l’on va avoir entre nous. Si je n’ai pas de retraite stable à l’avenir, ça va changer complètement la relation que j’ai avec mes frères et sœurs, mes parents ou mes enfants parce qu’il faudra que j’essaie de trouver des moyens de subvenir à mes besoins quand je ne pourrai plus travailler. »

 

 

 

 

 

Revue de presse (304)
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12 janvier 2020 7 12 /01 /janvier /2020 06:22

 

 

Ce document est terrifiant. L’action aurait pu être filmée dans le Chili de Pinochet ou dans le Pays basque de Franco. Il est passé en boucle sur des centaines de supports (pas dans le JT de la servante du Palais Lacarrau). Il faut se le remettre en mémoire et ne jamais l’oublier.

 

Á gauche de l’image, une cohorte de flics dont – on le verra – certains ne portant aucun signe distinctif, ne sont pas identifiables. Un peu comme au temps des polices parallèles dans la Pologne communiste. Á droite, à au moins cinquante mètres un groupe de manifestants qui marchent dans la même direction que les flics, sans avoir nullement envie de les affronter. Les manifestants, sans aucune arme (pas même la canne du grand-père), contrairement aux brutes policières surarmées, ne représentent aucun danger.

 

Soudain, j’imagine sans qu’un ordre lui ait été donné, un nervi obéit à une pulsion d’animal sauvage (pardon, les animaux sauvages) et décide d’aller casser du manifestant. Il attaque une jeune femme de dos (un jour ses enfants connaîtront sa lâcheté, si ce n’est déjà fait) et lui flanque un très violent coup de matraque sur la tête. La personne s’effondre.

 

Dans ce type de situation, le devoir des autres flics est de porter secours à la personne blessée. Pas sous le régime du banquier éborgneur et du client des tripots du sud-est de la France. Les flics enjambent la personne et continuent leur sale besogne. Ils sont alors aidés par des supplétifs sans uniforme et sans le RIO qui permet d’identifier leur appartenance à la police. La personne blessée est secourue par des manifestants.

 

Par miracle, une enquête aura lieu. Mais la Justice donnera raison au flic violenteur, précisant même que le lâche avait été « contraint de charger ».

 

Apparemment, il n’y a pas eu de suite médicale pour cette pauvre femme.

 

Apparemment, car cet épisode et bien d’autres du même type m’ont rappelé un souvenir d’enfance. J’avais huit ans. Un de mes meilleurs camarades de classe était en promenade avec ses parents dans une 2 CV toute neuve. En ville, à 30 à l’heure, son père voit avec une fraction de seconde de retard que la voiture les précédant vient de freiner brutalement. Un choc s’ensuit. Pas bien méchant. L’avant de la voiture en a pris un coup, mais personne n’est blessé.

 

Deux mois plus tard, mon camarade s’endort pour un coma de six semaines. Il meurt sans avoir repris connaissance. Sa tête avait heurté la barre de fer de la banquette avant. On l’avait plaisanté sur sa grosse bosse au front…

 

 

Police et Justice aux ordres, plus un souvenir d’enfance
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11 janvier 2020 6 11 /01 /janvier /2020 17:16

Je dirais entre 10 et 15 000 manifestants.

 

Il manquait un élément important : le soleil ; et un insignifiant : le SNESUP, l'enseignement supérieur. Je m'engage solennellement : la prochaine fois que des universitaires manifestent, je leur offre le champagne. La CFDT et l'UNSA avaient piscine.

 

Comme j'ai aimé cette universitaire, bien seule mais tellement déterminée :

 

Manif à Lyon : et de deux en trois jours !

 

Quand on pense qu'il y avait même dans cette manif des policiers de la scientifique qui réclament un vrai statut !

 

Les avocats étaient présents. ils ont un système formidable, autonome et équilibré, qui ne coûte rien à la collectivité et qui est solidaire puisqu'ils reversent chaque année 100 millions d'euros au régime général.

 

C'est insupportable pour le banquier éborgneur au service de la finance internationale.Et ce système est pérenne : il garantit l'équilibre des régimes de base et complémentaire jusqu'en 2079. Le banquier éborgneur aura 102 ans. Bribri d'amour 126. Hé oui, ça conserve la bonne pâtisserie !

 

Manif à Lyon : et de deux en trois jours !
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J'ai bien aimé cette pédagogie qui nous change de celle qu'on entend sur toutes les ondes depuis trente ans :

Manif à Lyon : et de deux en trois jours !
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10 janvier 2020 5 10 /01 /janvier /2020 06:00
8 – « La réforme permet de protéger les droits des plus faibles »

Arguments similaires / liés souvent entendus :

  1. « La réforme est une réponse à la crise des gilets jaunes »47
  2. « La pension minimale à 1 000 euros pour une carrière complète est une conquête sociale »
  3. « Le nouveau système est plus juste car chaque euro cotisé ouvrira les mêmes droits »
  • La pension minimale annoncée se trouve en-dessous du seuil de pauvreté.

En France, en 2017, le seuil de pauvreté pour une personne seule était de 1 041 euros nets par mois48« La conquête sociale » promise par le gouvernement revient donc à instaurer une retraite minimale inférieure au taux de pauvreté actuel : les retraités qui en bénéficieront seront sous le seuil de pauvreté… 

  • La pension minimale annoncée sera réservée aux carrières complètes.

Certes, avec le système actuel, plus d’un tiers des retraités touchent moins de 1 000 euros par mois et ce n’est pas normal (cette situation concerne plus les femmes que les hommes). 

Néanmoins, le gouvernement précise bien que sa « conquête sociale » des 1 000 euros nets par mois sera réservée aux carrières complètes de 43 années, à l’âge de 64 ans… Or, parmi celles et ceux qui touchent moins de 1 000 euros par mois aujourd’hui, la moitié environ n’a pas eu une carrière complète49 et n’est donc pas concernée par l’annonce d’Édouard Philippe. En particulier, beaucoup de femmes ou d’agriculteurs, qui ont eu des revenus faibles et variables au cours de leur carrière, seront exclus de la mesure. 

  • La pension minimale annoncée… avait déjà été votée dès 2003 !

Le gouvernement présente les agriculteurs, les artisans et les commerçants comme les grands gagnants de sa réforme. Par exemple, la FNSEA, gros syndicat d’agriculteurs, a déjà plusieurs fois été dans son sens50. Dans le secteur agricole, les pensions moyennes sont en effet très faibles : elles oscillent aux alentours de 730 euros pour une carrière complète.

Néanmoins, Jean-Paul Delevoye ne fait que reprendre une promesse non tenue inscrite dans la loi du 21 août 2003, votée alors qu’il était lui-même ministre de la Fonction publique, de la Réforme de l’État et de l’Aménagement du territoire51. En effet, l’article 4 de cette loi52 indique que « la Nation se fixe pour objectif d’assurer en 2008 à un salarié ayant travaillé à temps complet et disposant de la durée d’assurance nécessaire pour bénéficier du taux plein un montant total de pension lors de la liquidation au moins égal à 85 % du salaire minimum de croissance net ». Cet article devait donc, en particulier, concerner les salariés agricoles et leurs petites retraites.

Cette promesse, pourtant inscrite dans la loi, n’a cependant jamais été respectéeEt le gouvernement, sous les conseils du désormais Haut Commissaire à la Réforme des Retraites Jean-Paul Delevoye, la reprend donc 16 ans plus tard !

  • La réforme annoncée n’est pas du tout équitable.

En parlant au sujet du système par points de « justice », Édouard Philippe semble en fait confondre les notions d’égalité stricte et d’équité53. Ce nouveau système serait effectivement égalitaire : tout le monde serait logé à la même enseigne : pour chacune et chacun, un euro de revenu donnerait lieu au même nombre de points.

Mais cette réforme n’a rien d’équitable, et on ne peut pas la qualifier de juste ! En effet, tout le monde n’a pas les mêmes chances d’accéder aux métiers les plus rémunérateurs et donc de cotiser plus. Les personnes aux hauts revenus seraient dans ce système gagnantes deux fois54 : la première fois durant leur vie active, car elles gagneraient beaucoup, et la deuxième fois lors de leur retraite, car elles auraient engrangé beaucoup de points et toucheraient donc une bonne pension. Ce serait le contraire pour les plus bas salaires

Le système est donc très inégalitaire pour beaucoup de travailleurs : les femmes, les ouvriers, les précaires, les chômeurs… toutes les personnes qui cotiseront peu pour différentes raisons et toucheront une pension moindre in fine55.

 

9 – « Le nouveau système bénéficiera aux femmes et aux familles »

Pour Édouard Philippe, « les grandes gagnantes de la réforme, ce sont les femmes » :

  1. Des points supplémentaires seront accordés pour chaque enfant (majoration de 5%), et ce dès le 1er enfant (ces points seront, sauf choix contraire des parents, attribués à la mère). Dans le système actuel, il y a une majoration de 10 % mais seulement à partir du 3e enfant.
  2. Le système sera aussi favorable aux familles, notamment à celles de 3 enfants et plus (avec une majoration supplémentaire de 2 % accordée à partir du 3enfant). 
  • Les femmes vont subir de plein fouet la réforme annoncée.

Il ne suffit pas de proclamer partout que « les femmes sont les grandes gagnantes du système » pour qu’elles le soient. Édouard Philippe s’attarde sur des mesures techniques mais semble oublier qu’en calculant le montant de la pension de retraite sur l’ensemble de la carrière (et non plus sur les 25 dernières années pour les salariés du privé, ou sur les 6 derniers mois pour les fonctionnaires), de nombreuses femmes seront pénalisées car elles ont des carrières plus souvent hachées, interrompues, précaires ou à temps partiel56 que les hommes57.

  • Le gouvernement confond les « femmes » et les « mères ».

Édouard Philippe semble également oublier que ce ne sont pas du tout les femmes qui profitent de ces quelques mesures, ce sont les mères ! Les femmes sans enfants ne sont nullement concernées.

  • Les hommes risquent de beaucoup plus bénéficier des mesures annoncées.

La mesure concernant la majoration de 5 % pour tout enfant à partir du premier semble effectivement bénéficier aux mères : par défaut, elle leur sera attribuée, « sauf si le couple en décide autrement ». Le diable se niche dans les détails : comme la majoration est exprimée en pourcentage et non en montant absolu de points, il sera beaucoup plus rentable pour beaucoup de couples de faire bénéficier de cette majoration à l’homme… puisque c’est l’homme qui gagne en moyenne plus que la femme dans un couple hétérosexuel.

Les deux conjoints auront donc intérêt à s’entendre pour attribuer cette majoration au conjoint homme pour augmenter plus sa pension à lui. Ce système incitatif est donc mal configuré : les femmes risquent encore d’y perdre en cas de séparation avec leurs conjoints et d’être ainsi précarisées

 

 
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