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9 janvier 2020 4 09 /01 /janvier /2020 14:44

 

J'attends les chiffres de la Préfecture pour une estimation objective !

 

J'ai dû quitter le cortège plus tôt que prévu. Une heure plus tard, les manifestants défilaient toujours sous mes fenêtres en direction de la Place Bellecour.

 

Une fois n'est pas coutume, on vit le barreau défiler. Et puis des musiciens et des choristes de l'Orchestre symphonique de Lyon.

 

Manquaient les syndicalistes de confort de la CFDT (tant mieux, et puis normal puisqu'ils sont depuis longtemps en faveur de a retraite à points !), et puis mes anciens collègues de l'enseignement supérieur. Ils n'étaient que deux poignées. Ces gens qui sont supposés penser font l'objet d'une attaque sans précédent de la part du gouvernement qui va pulvériser leur statut, leur fonction, leur mission, leur vie professionnelle pour 100 ans. Quand on est des ventres mous, on ne se refait pas. Plus tard, ils pleureront, solitaires, dans leur cabinet de travail. Ils n'auront toujours pas compris que, face à la banque et aux forces gouvernementales de  répression, les solutions individualistes ne marchent pas.

 

Á propos de ventre mou, on vit trois militants PS, ès qualité, qui marchaient en regardant le bout de leurs chaussures car ils savaient bien que, si on en était là aujourd'hui, c'était largement à cause de leur parti chéri.

Plein succès pour la manif' à Lyon !
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9 janvier 2020 4 09 /01 /janvier /2020 06:00
4 – « Il faut un âge d’équilibre à 64 ans »

Édouard Philippe annonce que l’âge minimal de départ à la retraite sera maintenu à 62 ans, mais qu’il faut « inciter les Français à travailler plus longtemps », en instaurant au-dessus de l’âge légal un « âge d’équilibre » avec un système de bonus-malus.

  • Instaurer un âge pivot, c’est faire discrètement reculer l’âge de départ à la retraite

En fait, instaurer un âge pivot à 64 ans en 2025 (ou 2027 selon les versions) revient de fait à reculer l’âge de départ à la retraite à taux plein… Qui passe donc pour tout le monde, salariés du public comme du privé, de 62 ans actuellement à 64 ans après la réforme.

  • Il y a d’autres solutions pour « garantir les pensions », contrairement à ce que fait croire le gouvernement.

En fait, la solution proposée par Édouard Philippe pour « garantir les pensions » n’est pas la seule possible. En effet, il y a trois leviers pour maintenir un équilibre25 :

On peut augmenter le taux de cotisations, salariales ou patronales. L’État se refuse à le faire, sous prétexte « qu’il y a déjà beaucoup de charges sociales sur les Français ». Pourtant, le rapport du Conseil d’Orientation des Retraites (COR)26 indique que, pour résorber l’éventuel déficit qui apparaîtrait en 2025, il faudrait simplement augmenter les cotisations d’un point sur cinq ans, soit de 0,2 point par an… C’est loin d’être insurmontable, mais cette solution semble complètement laissée de côté par le gouvernement !27

On peut aussi reculer l’âge légal d’ouverture des droits à la retraite, qui est fixé à 62 ans depuis 2010. Le gouvernement refuse officiellement de le faire, mais il suit une voie détournée qui aura in fine les mêmes effets… 

On peut enfin allonger la durée de cotisation : c’est la solution de l’âge pivot. Cet âge pivot a pour conséquence directe de reculer l’âge de départ à la retraite de nombreuses personnes. 

  • L’âge pivot ne restera pas à 64 ans.

L’âge pivot ne sera en réalité pas fixe à 64 ans, il évoluera pour équilibrer le système par points28

Pour le comprendre, revenons d’abord sur le système actuel. Aujourd’hui, pour toucher une retraite à taux plein, il faut à la fois avoir atteint l’âge légal (62 ans) et cumulé un nombre de trimestres cotisés (41 ans et 6 mois, soit 166 trimestres). Au maximum, même si on n’atteint pas le bon nombre de trimestres, on touche une retraite à taux plein automatique à partir de 67 ans

Avec le système de retraites à points, la notion de trimestres cotisés disparaît au profit des points. Peu importe sa durée de cotisation, on peut toucher l’intégralité de sa pension (calculée à partir des points accumulés) à partir d’un âge-pivot. Ceux qui partiront avant subiront une pénalité (la décote), ceux qui partiront après auront droit à un bonus (la surcote).

Or, pour que le système à points puisse s’équilibrer automatiquement, il est nécessaire que ce pivot soit mouvant… Dans le rapport Delevoye, l’âge pivot évolue d’ailleurs en fonction de l’espérance de vie. Ainsi, l’âge d’équilibre de la génération née dans les années 1990 pourrait être de 67 ans. D’après ce rapport (ce qui n’a pas été confirmé ni infirmé par Édouard Philippe lors de son allocution), si l’espérance de vie augmente d’un an, l’âge pivot augmentera en parallèle de huit mois29.

Si modifier l’âge de départ à la retraite (62 ans aujourd’hui) était très difficile précédemment (puisqu’il fallait une nouvelle réforme), modifier l’âge pivot (et instaurer plus de décotes) sera par la suite un jeu d’enfant !

  • Non, les Français ne choisissent pas aujourd’hui de partir à 64 ans !

Tout comme c’est écrit dans le rapport Delevoye, Édouard Philippe indique dans son discours que l’âge pivot de 64 ans constitue un « horizon raisonnable » de départ à la retraite puisqu’il s’agit de « l’âge moyen de départ à taux plein en 2025 actuellement projeté » (notamment par le COR)30.

Effectivement, le rapport de novembre 2019 du Conseil d’Orientation des Retraites prévoit bien que l’âge moyen de départ à la retraite va s’allonger : d’après ses prévisions, il passera de 62,1 ans en 2018 à 62,8 ans en 2025 puis à 63,3 ans en 2030 (p. 42). Néanmoins, le COR ne parle pas de 64 ans.

De plus, le COR explique que cette augmentation s’explique en grande partie par l’allongement de la durée de cotisation requise et de l’entrée plus tardive en emploi… Ce n’est donc pas vraiment un « choix » de la part des travailleurs, qui se plient plutôtà une contrainte imposée. 

 

5 – « Il faut sanctuariser la part des retraites dans le PIB à 14 % »

Les membres du gouvernement ont affirmé à de nombreuses reprises qu’un des objectifs de la réforme était également de sanctuariser la part des retraites dans le PIB à 14 %, soit la proportion actuelle, pour des raisons de « sérieux budgétaires »31.

  • Le chiffre de 14 % n’a pas de réel fondement.

Ce chiffre de 14 % est un totem, qui n’a pas de fondement économique. On peut le rapprocher de ce qu’impose l’Union européenne aux différents États membres en matière de dette publique : les ratios bien connus de 3 % (déficit / PIB) et de 60 % (dette / PIB) souvent appelés « critères de Maastricht »32.

Pourquoi 14 % et pas plus ou moins ? Aucune justification n’est jamais apportée (hormis le chiffre de la part actuelle des dépenses dans le PIB). En creux, on peut comprendre que cette proportion serait optimale… sans en avoir aucune preuve ! Cet objectif semble avant tout idéologique.

  • Sanctuariser la part des retraites dans le PIB revient à organiser la baisse future des pensions.

Ce chiffre de 14 % s’oppose nettement à l’idée selon laquelle « il n’y aura pas de perdants ». En effet, sachant que le nombre de personnes de plus de 65 ans va augmenter de plus de 6 millions d’ici 30 ans33cet objectif organise l’appauvrissement relatif des retraités. Comment alors croire le gouvernement lorsqu’il affirme « ne pas vouloir diminuer les pensions », ce qui serait son « engagement vis-à-vis des Français » ?34

C’est en fait un blocage très clair du montant des dépenses de l’assurance retraite : concrètement, on va partager le même gâteau entre beaucoup plus de personnes.

 

6 – « On conserve un système par répartition »
  • La baisse future des pensions va favoriser les retraites par capitalisation.

D’accord, on conserve effectivement une part de système par répartition. Pour rappel, un système par répartition correspond à une solidarité intergénérationnelle : la génération de travailleurs actuelle cotise pour financer les retraites de la génération de retraités actuelle. À l’inverse, un système par capitalisation correspond à une logique individuelle : chacun cotise actuellement pour se garantir sa propre retraite dans le futur (par l’intermédiaire notamment des fonds de pension).

Mais cette réforme fragilise en grande partie le système de répartition. En effet, avec la baisse future des pensions, il y a fort à parier que celles et ceux qui le peuvent vont se tourner vers des mécanismes complémentaires de retraite en épargnant de l’argent au fur et à mesure de leur carrière. L’incitation à la capitalisation via la baisse des pensions est claire !

  • La solidarité intergénérationnelle nécessaire à la répartition est mise à mal.

Un système par répartition repose sur une forte solidarité entre les générations. Or, la réforme actuelle brise ce type de solidarité intergénérationnelle en distinguant trois groupes, ceux nés avant 1975 (pas affectés par le nouveau système, mais qui le seront par l’introduction rapide d’une décote pour un départ à 62 ans), ceux nés entre 1975 et 2004 (affectés par le nouveau système pour la partie de leur carrière qui a lieu après 2025) et ceux nés après 2004 (entièrement affectés par le nouveau système). On monte ainsi les catégories de Français les uns contre les autres35.

  • La réforme annoncée intervient dans un contexte particulier, celui de l’arrivée en France des fonds de pension.

L’objectif inavoué de la réforme est clair : le passage progressif à un régime par capitalisation, en diminuant progressivement les pensions, ce qui incite les Français à y avoir recours pour compenser36.

Comment en effet ne pas le penser lorsqu’on lit par exemple que « plusieurs géants américains se positionnent sur les opportunités offertes par la réforme de l'épargne retraite »37 (dont la très puissante société de « gestion d’actifs » BlackRock) ? Ou bien que « le gouvernement introduit par la loi PACTE des fonds de pension à la française »38 ? Comment ne pas le penser non plus lorsqu’on découvre les (nombreux) liens du Haut Commissaire à la réforme des retraites, Jean-Paul Delevoye, avec le monde de l’assurance39 ? 

 

7 – « Il faut en finir avec les régimes spéciaux »

Arguments similaires / liés souvent entendus :

  1. « Les régimes spéciaux bénéficient à des privilégiés »
  2. « Les régimes spéciaux vivent aux dépens du régime général »
  3. « Le système des 42 régimes est complètement illisible »
  • Les régimes spéciaux constituent un alibi pour réformer l’ensemble du système des retraites par le bas.

Mettre l’accent sur la fin des régimes spéciaux permet au gouvernement d’avoir des éléments de langage pour justifier sa réforme : il s’agirait avant tout de « rétablir l’égalité » entre tous les régimes. Les régimes spéciaux, en ce sens, jouent le rôle d’un écran de fumée qui permettent de focaliser l’attention des Français tout en modifiant le système en profondeur à beaucoup d’autres endroits.

On entend d’ailleurs souvent dire que les régimes spéciaux sont des « privilégiés » et que « les [remplacez par n’importe quel nom de profession pénible] travaillent aussi d’arrache-pied, et sans tous ces avantages ! ». Oui. Cette logique revient à appliquer un principe égalitariste strict : puisque certains n’ont pas cette chance, personne ne doit l’avoir40

  • Les régimes spéciaux sont très minoritaires.

Le gouvernement parle souvent des « 42 régimes » du système actuel. Comme on sait finalement peu de choses sur notre système de retraite, on a tendance à penser qu’il y a un régime général et 41 régimes spéciaux… Or, ce n’est pas du tout le cas.

Il y a en fait quatre blocs de régimes de sécurité sociale : le régime général (qui couvre 80 % des travailleurs), le régime agricolele régime des non salariés non agricoles, et enfin le bloc des régimes spéciaux. Ces régimes sont « spéciaux » car ils fonctionnent sur la base d’une solidarité restreinte à une profession (comme pour les marins, les militaires, les avocats) ou à une entreprise (comme pour la SNCF ou la RATP). Ils sont généralement antérieurs à la création de la sécurité sociale41. Chaque régime spécial est soumis à ses règles propres de cotisation et de calcul des pensions42.

Les régimes spéciaux concernaient environ 1 million de bénéficiaires sur les 17,2 millions de retraités que comptait la France au 1er décembre 2017 : ils représentent donc environ 6 % des retraités43. Cela représente donc une très petite minorité, qui ne justifie pas à elle seule que l’on bouleverse tout le système de retraites actuel…

  • Beaucoup de régimes spéciaux vont disparaître d’eux-mêmes.

On comptait en 1945 plus d’une centaine de régimes spéciaux. Actuellement on en compte une quinzaine seulement44. En effet, beaucoup de régimes spéciaux ont vocation à disparaître par eux-mêmes, car la profession qu’ils représentent n’existe plus. C’est le cas par exemple des personnels de l’ex-SEITA (régie publique des tabacs), qui comptait en 2017 5 cotisants pour 8 482 bénéficiaires. En 2017, la caisse des Chemins de fer de l’Hérault, qui faisait partie jusque là de la liste des régimes spéciaux, a disparu suite à la mort de son dernier bénéficiaire45.

Les régimes spéciaux de retraite ne sont donc pas si nombreux que ça (entre 10 et 13 selon la façon de les compter46) et leur nombre a encore vocation à diminuer à l’avenir.

  • Les problèmes de financement des régimes spéciaux sont avant tout démographiques.

Les régimes spéciaux ont-ils un problème de financement ? La réponse est majoritairement oui… car ils ont avant tout un problème démographique ! Par exemple, le régime spécial de la SNCF compte 144 000 cotisants environ pour 258 000 bénéficiaires, soit presque 1 actif pour 2 retraités…

Néanmoins, inclure tous ces régimes dans un « régime universel » ne règle pas du tout ce problème du déficit de certaines branches, puisque ce dernier est structurel (il est démographique) et ne sera pas résolu en rassemblant différemment les travailleurs. Heureusement, d’autres secteurs d’activité comporte un ratio cotisants / bénéficiaires plus favorable, ce qui contribuera à l’équilibre des comptes de l’assurance retraite. Mais cette branche là spécifiquement (celle des cheminots) continuera à être en déséquilibre dans l’avenir : affirmer que la suppression des régimes spéciaux résout le problème budgétaire, c’est de la poudre de perlin-points-points…

 Retraites: 12 idées reçues à combattre, le guide d'autodéfense (II)
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8 janvier 2020 3 08 /01 /janvier /2020 06:23

 

  • UN TRÈS BON ARTICLE DE MEDIAPART
  •  

 

 

Petit guide d'autodéfense

 

Liste des idées reçues combattues dans la suite du texte*

1 – « Il n’y a pas de perdants à la réforme »

2 – « Le système n’est pas viable financièrement : il faut réformer »

3 - « L’espérance de vie augmente et il faut en profiter »

4 – « Il faut un âge d’équilibre à 64 ans »

5 – « Il faut sanctuariser la part des retraites dans le PIB à 14 % »

6 – « On conserve un système par répartition »

7 – « Il faut en finir avec les régimes spéciaux »

8 – « La réforme permet de protéger les droits des plus faibles »

9 – « Le nouveau système bénéficiera aux femmes et aux familles »

10 – « Les hauts salaires contribuent plus dans le nouveau système »

11 – « Le nouveau système sera plus lisible »

12 – « Le Président a annoncé cette réforme durant sa campagne présidentielle »

 

 

1 – « Il n’y a pas de perdants à la réforme »

  • Toutes les pensions vont baisser, dans le public comme dans le privé, car l’ensemble de la carrière sera désormais prise en compte.

Avec le nouveau système universel à points, la référence aux 25 meilleures années(pour les salariés du privé) et aux 6 derniers mois (pour les fonctionnaires) disparaît. Seuls comptent les points accumulés durant la vie active. 

Concrètement, cela signifie des baisses de pension importantes puisqu’on prendra aussi en compte les mauvaises années, les années où on a été mal payé (donc où on n’a pas accumulé beaucoup de points), les années au chômage, etc1.

Les infographies du collectif « nos retraites » établies à partir des chiffres du rapport Delevoye, sont ici très éclairantes2.

Tout le monde va donc y perdre : il est inutile de prétendre qu’une réforme qui fait perdre des droits à tous en nivelant par le bas est « plus juste » comme le fait le gouvernement… De la même manière, il est faux de dire que la réforme touche uniquement les fonctionnaires : elle concerne l’ensemble des travailleurs.

 

  •  
  • Tout le monde est perdant car tout le monde devra travailler plus longtemps.

Avec l’introduction d’un âge pivot à 64 ans, les salariés du public comme du privé y perdent car tout le monde va devoir travailler plus pour ne pas subir une décote de sa pension.

  • Les fonctionnaires à faible niveau de primes vont particulièrement yperdre dans cette réforme.

Dans la fonction publique, la retraite est actuellement de 75 % du dernier traitement indiciaire, mais ne tient pas compte des primes. Un calcul sur l’ensemble de la carrière, prime comprise4, aura obligatoirement un effet négatif très fort sur les fonctionnaires avec peu de primes, en particulier les enseignants (9 % en moyenne), les infirmières, les aides-soignantes5.

Sur ce point, le gouvernement a promis des « revalorisations » des salaires des fonctionnaires à faible niveau de primes, sans que l’on sache exactement quelle(s) forme(s) elles vont prendre : s’agira-t-il des primes ? Si oui, seront-elles ponctuelles ou durables ? S’agira-t-il plutôt de hausses de salaire ? Ou bien de la fin durable du gel du point d’indice6, qui conduit chaque année à une perte de pouvoir d’achat des fonctionnaires compte tenu de l’inflation, de l’ordre de 18 % depuis 2000 ? 

 

2 – « Le système n’est pas viable financièrement : il faut réformer »

  • Le système est tout à fait soutenable à moyen terme.

Dans le rapport du Conseil d’Orientation des Retraites (COR) de novembre 201910, on peut lire que : « Le besoin de financement du système de retraite varierait en 2025 entre 0,3 % et 0,7 % du PIB selon les scénarios et la convention retenue, soit entre 7,9 et 17,2 milliards d’euros constants » (p. 50). D’après le gouvernement, ce chiffre signifie que le système de retraites actuel ne serait pas viable. Néanmoins, il oublie de mentionner que les réserves de l’ensemble des régimes de retraite actuels s’élèvent à 127 milliards d’euros (p. 54)11.

Cela signifie concrètement que le système de retraite pourrait être en déficit à partir de 2025 (date de l’entrée en vigueur prévue de la réforme), mais qu’il possède des réserves de l’ordre de 127 milliards d’euros en parallèle. Or, ces réserves sont justement supposées servir à financer d’éventuels déséquilibres… ce qui rend le système tout à fait soutenable à moyen terme.

  • Si déficit annoncé il y a, c’est à cause de la baisse des ressources et non à cause de la hausse incontrôlée des dépenses.

Le chiffre de déficit indiqué par le COR provient surtout de la baisse des ressources affectées au système12 dans les prévisions du rapport COR. Il ne provient en revanche pas du tout d’une hausse des dépenses de retraites. 

Comment expliquer cette baisse des ressources qui conduit mécaniquement à une hausse du déficit? Le COR retient plusieurs hypothèses : 

  1. Les exonérations de cotisations sociales non compensées, qui diminuent les ressources de l’assurance retraite (tout comme la baisse non compensée de la CSG). En effet, depuis la loi Veil du 25 juillet 1994, l’État doit compenser intégralement les allègements et exonérations de cotisations sociales aux caisses de la Sécurité sociale. Mais en 2018, le gouvernement est revenu sur ce principe (notamment pour financer les mesures d’urgence destinées aux « gilets jaunes ») et cette absence de compensation pèse lourd sur le budget de la protection sociale (et donc aussi de l’assurance retraites)13.
  2. L’austérité salariale dans la fonction publique : le COR prévoit que l’État va recruter moins de fonctionnaires titulaires ; or, l’employeur public cotise plus que les employeurs privés et cette baisse a un effet direct sur les ressources de l’assurance retraite. En effet, les cotisations sociales salariales pour le système de retraite sont inférieures pour le personnel de la fonction publique (7,85 % contre 10,65 % pour les salariés du privé), mais l’employeur public cotise beaucoup plus (62,14 % pour la fonction publique d’État, 108,63 % pour les militaires, 27,3 % pour les hospitaliers… contre 15,6 % dans le secteur privé)14.

D’autres éléments plus marginaux comme la baisse des transferts de l’Unédic ou de la CAF (qui participent un peu à l’assurance retraite).

Donc finalement, le déficit se creuse non pas parce que les dépenses sont « hors de contrôle », mais parce que les recettes diminuent. On peut dire que ce déficit est créé de toute pièce… ce qui incite à la réforme !

  • Le gouvernement joue le jeu de la « politique des caisses vides ».

De façon plus générale, on assiste en fait avec cette diminution des recettes à la mise en œuvre de la « politique des caisses vides » (starving the beast en anglais) : cette stratégie politique consiste à générer d’abord un déficit pour ensuite justifier politiquement une réforme impopulaire, au nom de la « bonne gestion ».

Cette stratégie a été mise en place pour réformer de nombreux services publics : la Sécurité sociale dans son ensemble, mais aussi les hôpitaux ou la SNCF par exemple15. C’est une politique de « chantage à la dette » qui permet de faire passer des réformes difficiles, comme l’explique clairement une note publiée en 2010 par le FMI (Fonds Monétaire International) :

« Les pressions des marchés pourraient réussir là où les autres approches ont échoué. Lorsqu’elles font face à des conditions insoutenables, les autorités nationales saisissent souvent l’occasion pour mettre en œuvre des réformes considérées comme difficiles, comme le montrent les exemples de la Grèce et de l’Espagne. »16

  • D’autres solutions sont envisageables pour combler un éventuel déficit.

De toute façon, même si le système connaît un déficit, il n’est pas évident pour tout le monde qu’il faille faire des mesures d’économie en baissant le niveau des pensions et en reculant l’âge de départ en retraite. On pourrait envisager d’autres solutions !

C’est d’ailleurs ce qu’indique aussi le rapport du COR : « le fait que le système de retraite présente un déficit à cet horizon [2025] n’implique pas nécessairement pour tous les membres du COR que celui-ci doive être résorbé par des mesures d’économies » (p. 61).

 

3 - « L’espérance de vie augmente et il faut en profiter »

Arguments similaires / liés souvent entendus :

  1. C’est normal de travailler plus puisqu’on vit plus longtemps.
  2. Il y avait 4 actifs pour un retraité en 1950, il y en a désormais 1,7 pour un retraité.
  • L’espérance de vie en bonne santé est inférieure ou égale à l’âge pivot promis.

En France, en 2018, l’espérance de vie à la naissance est de 85,3 ans pour les femmes et de 79,4 ans pour les hommes. Ces chiffres sont plutôt stables pour les femmes depuis 2010 et stagnent chez les hommes depuis 201417 : l’espérance de vie n’augmente pas mécaniquement chaque année.

Si on regarde à présent l’espérance de vie en bonne santé, en 2018, en France, on obtient un chiffre de 64,1 ans pour les femmes et de 62,7 ans pour les hommes18. Ces deux chiffres se situent juste au niveau de ou en-dessous de l’âge pivot voulu par le gouvernement : cela signifie qu’on a toutes les chances d’arriver à la retraite en mauvaise santé, et donc de ne pas pouvoir en profiter…

  • Il existe de forts écarts d’espérances de vie selon les métiers et les situations, qui ne sont pas pris en compte par la réforme annoncée.

L’espérance de vie est également très disparate selon la catégorie socio-professionnelle. Ainsi, en 2009-2013, l’espérance de vie des hommes cadres de 35 ans était de 49,0 ans et celles des ouvriers de 42,6 ans : en moyenne, un ouvrier vit 6,4 ans de moins qu’un cadre19. Pour les femmes, cet écart n’est « que » de 3,2 années en moyenne. On peut aussi noter que, pour les hommes, les 5 % les plus riches vivent en moyenne 13 ans de plus que les 5 % les plus pauvres20. Chez les femmes, cet écart n’est « que » de huit ans.

Or, la réforme annoncée ne prend pas en compte ces différences sociales dans l’espérance de vie. Pour les pauvres ou les ouvriers, c’est la triple peine : non seulement ils gagnent moins tout au long de leur vie, mais en plus ils touchent une pension de retraite plus faible et pour moins longtemps que les autres. À l’inverse, les personnes aux revenus les plus élevés raflent la mise : rémunérations plus hautes tout au long de la vie, pensions plus élevées pour beaucoup plus longtemps. Là encore, le futur système est loin d’être juste.

  • L’effet de la pénibilité sur l’espérance de vie n’est pas vraiment prise en compte dans la réforme annoncée.

D’après le Premier Ministre, les personnes qui exercent une profession « pénible » (ce terme restant à définir21) continueront à partir plus tôt que les autres. Oui, mais dans le système actuel, elles peuvent espérer partir au minimum à 60 ans (soit 2 ans avant les autres)22. Avec la réforme, elles pourront toujours partir deux ans avant… l’âge pivot, désormais fixé à 64 ans, soit un recul de deux ans de leur âge d’ouverture des droits à la retraite !

Cet écart de deux ans pour les métiers les plus pénibles est assez faible lorsqu’on compare par exemple l’espérance de vie d’un cadre et d’un ouvrier (de 6,4 ans en moyenne chez les hommes). Or, la pénibilité a des conséquences importantes sur l’espérance de vie23, difficilement chiffrables mais qui vont certainement au-delà de ces deux années d’écart proposées par le gouvernement.

  • Réformer les retraites ne modifie pas le ratio actifs / retraités.

On entend souvent dire qu’il faut réformer car le ratio actifs / retraités se dégrade au fil des ans (on passe de 4 actifs pour un retraité en 1950 à 1,7 actifs pour un retraité aujourd’hui)24. Mais en quoi est-ce qu’une retraite par point changerait ce ratio ? La situation sera exactement la même après la réforme annoncée… À ce niveau, la variable sur laquelle il faudrait agir serait plutôt le taux d’emploi (et non l’âge d’ouverture des droits ou le calcul des futures pensions).

 

 

 

Retraites: 12 idées reçues à combattre, le guide d'autodéfense (I)
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3 janvier 2020 5 03 /01 /janvier /2020 06:02

Le patronat et les politiques qui le servent, de l'extrême droite au parti socialiste, n'ont jamais digéré la solidarité, la philosophie qui ont animé l'instauration de régimes de retraites. De De Gaulle à Macron en passant par Hollande, ils ont tout fait pour contrecarrer les luttes sociales dans ce domaine. Le but du banquier éborgneur est de donner le coup de grâce au modèle français des retraites et de le livrer à la finance, comme c'est le cas dans la plupart des grands pays "modernes", c'est-à-dire qui s'inspirent du modèle anglo-ricain.

 

Les origines de la Caisse des retraites


1850
Dès leur origine, les compagnies de chemin de fer prévoient l’attribution de pensions de retraite à leur personnel. Les retenues sur salaire et les contributions patronales sont versées sur un livret ouvert au nom de chaque employé. Ce système est appelé régime à livret individuel et fonctionne en capitalisation.


1853
Par analogie avec les retraites des fonctionnaires de l’Etat, la retraite des employés des compagnies de chemin de fer est, à partir de cette époque, égale à une fraction constante par année d’affiliation de la rémunération moyenne des dernières années de la carrière. Ce système, appelé régime à tantièmes, est toujours en vigueur.


1909
Unification des régimes de retraite des compagnies - la loi du 21 juillet 1909 impose notamment aux compagnies de servir des pensions égales au 1/50ème du traitement moyen des six meilleures années de la carrière avec réversibilité de moitié au profit de la veuve. L’âge à partir duquel la pension peut être attribuée est fixé à 50 ans pour les agents de conduite des locomotives, 60 ans pour les administratifs et 55 ans pour les autres catégories de personnel.

 

 

A ce compte-là il faut abroger toutes ces contre-réformes :


• 1960 Décret du 12 mai accroit les pouvoirs de la direction


• 1967 Ordonnances Jeanneney du 21 août établissent le paritarisme dans les conseils d’administration, mettant fin à la démocratie sociale, au détriment de la gestion démocratique par les travailleurs.


• 1987 indexation des salaires des 10 meilleures années des régimes de base du privé sur l’inflation et non plus sur le salaire moyen


• 1991 Réforme Rocard. Création de la CSG au taux de 1,3%, étatisation par la fiscalisation


• 1993 Réforme Balladur. Passage de 37,5 ans à 40 ans de durée d’assurance pour les salariés du privé et passage des 10 au 25 meilleures années pour les salariés du privé.


• 1996 Plan Juppé qui aggrave l’étatisation par la fiscalisation


• 2003 Réforme Fillon. Extension à la fonction publique des 40 ans de durée d’assurance.


• 2007 Extension des réformes aux régimes spéciaux.


• 2010 Réforme Woerth. Recul de l’âge de départ de 60 ans à 62 ans.


• 2013 Réforme Hollande. Augmentation de la durée d’assurance jusqu’à 43 ans pour la génération 1973.

 

 

Source : [Le Grand Soir->https://www.legrandsoir.info/les-retraites-appartiennent-aux-travailleurs.html]

Ces contre-réformes qui ont miné les retraites
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1 janvier 2020 3 01 /01 /janvier /2020 06:30

Le Brexit, une bonne chose économiquement pour le Royaume-Uni ? Je suis incapable d'en juger. Le fait est que, démocratiquement parlant, les Britannique se sont prononcés à deux reprises pour le Brexit, lors du référendum de 2016 et avec la nette victoire de Boris Johnson lors des élections législatives récentes.

 

Je propose ici de larges extraits d'un article de Fabrice Drapel pour Valeurs Actuelles, droite dure, pro-Brexit. Les arguments développés ici ne sont pas à balayer d'un revers de la main.

 

 

 

Le projet de la peur est l’argument principal des européistes dans tout le processus du Brexit tant ils craignent un effondrement de l’UE. La question qui se pose maintenant est quel sera l’avenir du Royaume-Uni hors de l’UE, ce qui arrivera le 31 janvier 2020.

 

Le projet de la peur avant le référendum complètement mensonger

 

Je ne suis évidemment pas de ceux qui pensent que ce sera la catastrophe. Du reste, toutes les prophéties d’Apocalypse émises avant le référendum de 2016 se sont révélées complètement fausses. Leur argument était simple, efficace et tout trouvé : « Si vous votez non, ce sera une catastrophe économique dès le lendemain du vote. »

 

La Banque d’Angleterre, David Cameron, George Osborne, et même Barack Obama ainsi que Christine Lagarde, qui faisaient ici preuve de « bonne ingérence », annonçaient les catastrophes suivantes : effondrement de la livre, affaissement des marchés financiers, récession du PIB, hausse du chômage, débâcle des investissements, explosion de l’inflation et baisse massive des prix de l’immobilier.

 

« L’intimidation était totale. Regardons maintenant la réalité »

 

L’intimidation était totale. Regardons maintenant la réalité de ce qu’il s’est passé depuis le vote en faveur du Brexit lors du référendum du 23 juin 2016, où 51,9 % des Britanniques avaient voté pour sortir de l’UE.

 

La livre sterling a certes perdu de sa valeur à la suite du référendum et de la victoire du Brexit. Le 23 juin, on était à 1 euro = 0,76 livre. Aujourd’hui, vendredi 13 décembre 2019, on échange 1 euro contre 0,83 livre. Cela représente une dépréciation de 9 %. Cela n’a rien d’insurmontable : rappelons que l’euro entre avril 2014 et mars 2017 s’est déprécié de 25% sans que personne ne hurle à l’apocalypse.

 

Au contraire, la baisse de la livre sterling a favorisé la production sur le territoire britannique. Entre mars 2016 et mars 2017, la production manufacturière a augmenté de 2,7 %, et la production industrielle de 3,2 %. Un tel rebond n’avait pas été observé depuis 2010. Sur l’année 2017, la hausse a été de 1,8 %. Sur la période 2016-2018, la hausse a été en moyenne de 1,2 %, alors que, sur la période 2001-2015, la production industrielle était en régression de 0,8 %.

 

Les commandes industrielles en novembre 2017 ont d’ailleurs été au plus haut depuis près de trente ans ! Pour ce qui est des marchés financiers, le principal indice boursier britannique, le FTSE 100, équivalent de notre CAC 40, cotait à 6 338,10 le 23 juin 2016 au soir.

 

L’indice a perdu 3,15 % le vendredi 24 juin, puis 2,55 % le lundi 27 juin. Il repartait à la hausse dès le mardi 28 juin, avec une augmentation de 2,64 %, puis dépassait son niveau d’avant le vote dès le mercredi 29 juin. Aujourd’hui, il cote désormais à 7 383,80, soit une hausse de 16 % depuis l’avant-référendum. Là aussi, on est très loin de l’effondrement annoncé.

 

Concentrons-nous maintenant sur la croissance et le chômage. Dès 2016, une récession devait se produire après le vote pour le Brexit. Manque de chance, en 2016, la croissance était la deuxième plus forte de tous les pays du G7, à 1,8 %, et avait même été revue à la hausse… après le Brexit ! La croissance a été de 1,7 % en 2017 et de 1,3 % en 2018.

 

Trois années plus tard, on attend encore la récession promise par les remainers ! Alors que l’Italie n’a pas de croissance depuis l’adoption de l’euro et sombre en récession et que l’Allemagne est en train de ralentir et se trouve également au bord de la récession, on peut même dire que le Royaume-Uni ne s’en sort pas trop mal !

 

Chômage à la baisse 

 

La plus grande claque pour tous les prophètes d’apocalypse a sans doute été l’évolution du taux de chômage. Ce que l’on constate, selon l’Office for National Statistics (ONS, équivalent britannique de l’INSEE), c’est que le chômage était de 5 % avant le référendum et qu’il est tombé à 3,8 % à la fin de mai 2019, soit le taux le plus bas depuis plus de quarante-quatre ans, depuis l’hiver 1974.

 

Dans le même temps, le taux d’emploi est passé de 74,2 % à 76,1 %, ce qui constitue un record historique. Les mauvaises langues, qui n’ont pas étudié en profondeur la question, expliquent que ce taux de chômage baisse grâce aux petits boulots et aux emplois « zéro heure ».

 

Si cela a pu être vrai par le passé, c’est pourtant l’inverse que l’on observe depuis le vote du Brexit. Les emplois à temps partiel sont passés de 8,564 millions (27 % des emplois) à 8,562 millions (26,3 % des emplois). Cela veut donc dire que les 851 594 emplois créés l’ont été entièrement à temps plein !

 

On apprenait aussi en septembre 2019 que les salaires ont augmenté de 4,0 %, et le pouvoir d’achat de 2,1 % sur un an pour la période mai-juillet 2019 ! De telles augmentations de salaire et de pouvoir d’achat n’avaient plus eu lieu depuis 2008, soit onze ans !

 

Le Royaume-Uni au premier rang mondial des destinations d’investissement

 

On aimerait réellement vivre à notre tour une telle catastrophe en France ! Les investissements devaient aussi s’effondrer. L’enquête annuelle sur les tendances de l’investissement réalisée par le cabinet de conseil international EY en 2019, place même pour la première fois le Royaume-Uni au premier rang mondial des destinations d’investissement, dépassant même extraordinairement les États-Unis, une économie bien plus vaste que le Royaume-Uni.

 

L’investissement étranger direct (FDI, pour foreign direct investment) a augmenté de 6 % en 2017, selon les derniers chiffres disponibles, par rapport à l’année précédente. Il y a eu 1 205 nouveaux projets, contre 1 138 en 2016 et seulement 700 en 2012. Lorsqu’ils ont été interrogés sur le Brexit, 6 % des investisseurs ont déclaré qu’il diminuait leur attrait pour le Royaume-Uni, tandis que 7 % ont déclaré qu’il augmentait leur attrait.

 

Ironiquement, certains des plus gros investisseurs au Royaume-Uni ont été des entreprises de l’UE comme Siemens ou la société espagnole CAF. Celles qui ont le plus investi sont les entreprises américaines : Boeing, Apple, Google, Facebook, Amazon, Snapchat, Mc Donald’s, Subway, McCain Foods, etc.

 

Cette liste n’est évidemment pas exhaustive, mais elle témoigne de l’absence totale de lucidité et de bonne foi de la part de ceux qui annonçaient l’effondrement du Royaume-Uni et cherchent maintenant à se raccrocher aux quelques mauvaises nouvelles courantes pour faire croire que ce serait la catastrophe.

 

« Le projet de la peur s’est révélé complètement faux »

 

Londres est la première destination européenne des investissements en capital-risque dans les nouvelles technologies, d’après une étude du cabinet PitchBook publiée à l’ouverture de la semaine de la « tech » de Londres.

 

Le Royaume-Uni avait d’ailleurs aussi été classé par le célèbre magazine Forbes comme le meilleur pays pour faire des affaires en 2018. Ces investissements ne sont pas des investissements engagés sur deux ou trois mois mais pour plusieurs années. Les investisseurs au moment de ces choix avaient déjà intégré le Brexit !

 

Les prix de l’immobilier devaient baisser. Ils n’ont en réalité jamais baissé. Les prix de l’immobilier ont même augmenté de 5,2 % en 2016, de 4,5 % en 2017 et de 2,0 % en 2018. On attend aussi toujours les 10 000 à 30 000 financiers qui devaient traverser la Manche pour se réfugier en France ou en Allemagne.

 

Le projet de la peur s’est révélé complètement faux ! Les mêmes qui ont asséné toutes ces prophéties apocalyptiques devraient se faire tout petits. Le pire étant que l’on veut continuer de nous faire croire en France, dans les grands médias, que la situation serait terrible au Royaume-Uni.

 

Ce sont aussi les mêmes qui se sont trompés sur toutes leurs prévisions avant le référendum qui agitent le deuxième étage de la fusée projet de la peur et disent que la catastrophe aura lieu après la sortie effective… Comme si toutes les entreprises n’avaient pas déjà intégré depuis longtemps cette sortie…

 

L’UE paiera la facture 

 

Le projet de la peur s’est révélé faux. Le Royaume-Uni va enfin sortir et aller de l’avant suite à cette élection. Ce ne sera pas la catastrophe annoncée et avec la fin de l’incertitude, il est même probable que l’économie britannique se porte encore mieux. Ceux qui doivent redouter le Brexit, ce ne sont pas les Britanniques mais ceux qui restent dans l’UE. Ce n’est pas pour rien que l’Allemagne, voyant bien ses intérêts, a toujours freiné une sortie sans accord.

 

C’est l’UE qui a tout à perdre, d’où le caractère incompréhensible de sa position de fermeté totale et de sa volonté de faire un exemple. Plutôt que de vouloir faire un accord gagnant-gagnant pour sauvegarder ses intérêts économiques, l’UE, à commencer par l’eurofanatique Emmanuel Macron, a voulu que le Royaume-Uni souffre pour ne pas donner aux autres l’envie de sortir.

 

Au fond, cette attitude est celle d’une secte qui veut punir l’adepte qui souhaite sortir et reprendre sa liberté. L’UE peut être la grande perdante car le Royaume-Uni est massivement déficitaire au niveau des échanges de biens. Son déficit commercial était en 2017 de près de 110 milliards d’euros avec l’UE.

 

Surtout, les pays contributeurs nets restants, devront payer le manque à gagner au budget de l’UE. La contribution nette de la France au budget de l’UE est de 10 milliards d’euros en 2019. Après la sortie du Royaume-Uni, et avec la hausse prévue du budget de l’UE de 30%, elle pourrait passer dans les années qui viennent à 14 ou 15 milliards d’euros par an.

 

Alors que l’on n’a plus d’argent pour les services publics de base comme l’hôpital, ou pour l’entretien de nos routes ou de nos ponts qui s’effondrent, on continue d’aligner les billets en pure perte pour la secte UE. 15 milliards d’euros, cela représente la construction de 375 hôpitaux ! Ce représente aussi 909 euros par an et par foyer fiscal payant l’impôt sur le revenu.

 

Bon vent à nos amis britanniques qui sortiront tout début 2020 et s’en sortiront très bien. Il est grand temps de suivre leur exemple, de ne plus avoir peur de ces illusions économiques, de se libérer de la secte UE par le Frexit et de reprendre notre liberté et notre démocratie.

 

Pourquoi le Royaume-Uni sortira gagnant du Brexit
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30 décembre 2019 1 30 /12 /décembre /2019 06:29

 

 

De quel droit l’État s’arroge-t-il la mainmise sur les retraites, parties intégrantes de la Sécurité sociale.

 

Deux arguments s’opposent à cet abus de pouvoir, l’un historique, l’autre ayant trait à la nature du financement des organismes sociaux.

 

À l’origine, en 1945, la Sécurité sociale, est issue du Conseil National de la Résistance. Sa mise en œuvre a été conduite par le ministre du travail Ambroise Croizat avec l’aide de nombreux militants, bénévoles, de la CGT.

 

Elle fut conçue comme un service public original et indépendant de l’État, directement géré par les assurés eux-mêmes, par l’intermédiaire de leurs élus. Cette gestion démocratique donnait 75 % de sièges aux salariés et 25 % au patronat.

 

Pourquoi cette répartition ? Le budget de la Sécurité sociale supérieur à celui de l’État est alimenté par les cotisations ouvrières et patronales celles-ci étant le salaire indirect du salarié. Elles ne sont, en aucun cas, des charges.

 

Pour faire simple, on peut considérer que le salaire est composé de trois parties, le salaire direct, le salaire indirect (les cotisations patronales) et la plus-value accaparée par le patron. Il est évident que l’emploi d’un salarié constitue un investissement créateur de richesse. Si tel n’était pas le cas, où l’employeur trouverait-il l’argent pour le payer ?

 

Ambroise Croizat ne voulait pas d’un financement par l’impôt qui présentait un danger d’accaparement par l’État de l’organisme. Il avait vu juste.

 

La Sécurité sociale, qui inclut la caisse vieillesse, a été fondée par cinq grands textes : deux ordonnances, en 1945, et trois grandes lois rédigées par Ambroise Croizat, en 1946.

 

Par la suite les principes constitutifs ont été fragilisés par une prise en main de l’État : le décret du 12 mai 1960 a accru les pouvoirs de la direction, et  les quatre ordonnances Jeanneney du 21 août 1967 établirent le paritarisme dans les conseils d’administration, mettant fin à la démocratie sociale. La politique s’est emparée de la gestion de la sécurité sociale au détriment de la gestion démocratique par les travailleurs.

 

Cette étatisation s’est faite aussi par la fiscalisation, notamment par la création de la CSG le 1er janvier 1991 par Michel Rocard (dont le taux était à l’origine de 1,3%) et finalisée par le plan Juppé en 1996.

 

Il me semble opportun d’apporter le témoignage d’Éliane Croizat, fille du ministre, que j’ai interviewée pour le Bulletin de l’Institut départemental d’Histoire sociale CGT du Gers, n° 6, avril 2011. Elle rappelait que la classe dirigeante et la majorité des élus ne voulaient pas d’une Sécurité sociale gérée par les travailleurs. Ni le Ministre d’État, ni De Gaulle ne voulurent parapher les ordonnances prises à l’instigation de Croizat. A De Gaulle qui lui avait dit qu’il fallait au moins six mois pour préparer et promulguer une loi, Croizat avait répondu que les travailleurs avaient besoin de ces lois immédiatement. Ensuite, grâce à l’action de Croizat et de milliers de bénévoles syndicalistes qui purent mettre à jour des centaines de milliers de dossiers, cinq millions de travailleurs purent toucher une retraite.

 

Les retraites ont été soumises à la même chronologie libérale avec de multiples tentatives, plus ou moins réussies, de passer des retraites par répartition vers des retraites par capitalisation. La place croissante prise par les complémentaires fait redouter cette évolution : l’accaparement par le secteur privé et financier des retraites des salariés.

 

 

Angel Rossi,

Président de l'Institut départemental d’histoire sociale CGT du Gers

 

 

Les retraites appartiennent aux travailleurs !
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27 décembre 2019 5 27 /12 /décembre /2019 06:24

 

Des sénateurs se sont récemment opposés au gouvernement en demandant la suppression des dépenses pour les radars. Et ils ont commencé à se demander si les radars sauvaient vraiment des vies ?

 

 

La réponse est non. Sinon la mortalité n’aurait pas baissé en décembre 2018, au plus fort de la crise des Gilets Jaunes, avec 69% de radars hors circuit. Et cette mortalité n'a pas augmenté en 2019 malgré l'importante quantité de radars saccagés.

 

 

Il faut prendre  le problème à la base, globalement. Qui dit sécurité routière dit routes bien entretenues (pour les banquiers qui nous gouvernent, une route bien entretenue n’est pas une route sans nids de poule mais avec des radars), des automobiles en bon état, sécurisées et une répression réelle des comportements dangereux (90% des amendes concernent des dépassements de vitesse de 10 à 15 km/h). Pour ce qui est des routes, la France a perdu en un an 11 places au classement du World Economic Forum pour leur entretien. Notre pays est passé de la 1èreà la 18èmeplace entre 2012 et 2019.

 

 

Chaque jour, un pont est mis hors service en France à cause du manque d’entretien. Mais en 2019 nous avons dépensé 420 millions d’euros pour des radars de plus en plus perfectionnés. Cynique, le Délégué interministériel à la Sécurité routière a osé dire que le mauvais état des routes était un gage de sécurité routière, puisque « quand les routes sont en mauvais état les gens roulent doucement ».

 

 

Ce sont des conducteurs qui ont créé Activ’Route, la 1ère plate-forme française de signalement et de réparation des emplacements dangereux, en lien avec les collectivités locales. Les conducteurs signalent les emplacements dangereux aux pouvoirs publics. Plus de 7 000 emplacements ont été répertoriés. Activ’Route ne reçoit aucune subvention publique ou privée.

 

Photo : radar embarqué dans une voiture banalisée de la Gendarmerie nationale

 

La lutte contre les radars prédateurs : ça progresse !
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24 décembre 2019 2 24 /12 /décembre /2019 06:06
Par Jacques Littauer. Analyse inspirée par Les Économistes atterrés.
 
Réforme des retraites : un avenir radieux
 

Aujourd'hui : non seulement il n'y a pas de déficit du régime des retraites mais en plus, il y a de l'excédent. Avec le partage du travail et des richesses, la société aurait de quoi vivre des années dans la félicité. Qu'est-ce qu'on attend pour se mettre ça dans le crâne ?

 

Le gouvernement essaie de nous terrifier avec le déficit – futur, hein – du système des retraites. Or ce déficit, inexistant actuellement pour le régime général, découle du fait que les emplois des fonctionnaires, et leurs salaires, sont gelés depuis des années. De plus, le gouvernement ne veut plus affecter les excédents des autres caisses de protection sociale aux retraites, contrairement à ce qui s’est toujours fait.

Car saviez-vous que la « branche famille », cette partie de la Sécu qui verse les allocations familiales, est en excédent ? Et que l’Unedic, qui verse les allocations aux chômeurs… aussi ?

Pendant ce temps-là, on laisse des millions de personnes au chômage, alors que leur situation, en plus de tout le reste, coûte cher aux finances publiques, beaucoup plus cher même, que si elles travaillaient.

Et on nous serine la nécessité de la croissance alors que l’observation des 40 dernières années arrive à ce résultat stupéfiant : la croissance économique ne crée pas d’emplois. Aucun ? Aucun.

 

Pas d’embauches d’infirmières, pas de retraite pour Mémé

 

Un : vous n’embauchez plus de fonctionnaires. Vous ne remplacez pas ceux qui partent à la retraite. Il n’y a plus d’infirmières aux urgences, plus de profs de collège, pas assez de flics, les pompiers sont épuisés ? Pas grave. 

De plus, les salaires des fonctionnaires sont gelés depuis Charlemagne. Moins de fonctionnaires, et des salaires plus bas, c’est doublement moins de cotisations. Rien qu’avec une gestion à peu près normale de la fonction publique, il n’y aurait aucun déficit des retraites. 

 

Et les excédents des caisses de Sécu, on en parle ?

 

Saviez-vous que, même avant les atroces réformes du gouvernement, l’assurance-chômage était en excédent d’un milliard d’euros ? Eh oui : les cotisations chômage des salariés sont plus importantes que les allocations touchées par les chômeurs. Le « déficit » de l’assurance-chômage vient du fait que l’État demande à l’Unedic de financer le coût du fonctionnement de Pôle Emploi, qui coûte 3 milliards par an. Or ce n’est pas le rôle de l’assurance-chômage de financer le service public de placement des chômeurs : c’est à l’État de le faire.

Deuxième point relevé par Henri Sterdyniak : il se trouve que la Caisse d’allocations familiales est en excédent. Amusant, non, comme on ne nous parle que des caisses en déficit, même quand elles ne le sont pas, et jamais des caisses en excédent ? 

Eh bien, traditionnellement, l’excédent de la caisse d’allocations familiales était reversé aux retraites. Mais le Conseil d’Orientation des retraites (COR), sans expliquer pourquoi, « oublie » cela dans ses projections apocalyptiques.

Selon Henri Sterdyniak, si on reprend l’hypothèse du COR d’un taux de chômage à 7%, la situation sera la suivante en 2025 :

– branche famille (allocations familiales) : excédent de 3 milliards ;

– l’Unedic (assurance chômage) : excédent de 12 milliards ;

Et donc la Sécu dans son ensemble aurait donc un excédent, de 14 à 23 milliards. 

Or, le déficit des retraites serait compris entre 8 et 17 milliards, d’après le COR. 

On voit donc qu’il n’y a aucun problème. 

 

5 millions de chômeurs, et moi, et moi

 

Et ce, avec un chômage de 7 %. Or, comme l’explique Jean Gadrey, une personne au chômage coûte, au minimum, 20 000 euros par an à la collectivité. 

En effet, les chômeurs – pour la moitié d’entre eux – touchent des allocations chômage ; ou le RSA ; ils touchent moins, et donc paient moins d’impôt sur le revenu ; ils consomment moins, et donc paient moins de TVA. Et il faut, bien entendu, financer Pôle Emploi, ainsi que des aides au logement, les municipalités paient la cantine des enfants de chômeurs, etc.

 

Par ailleurs, la santé des chômeurs se dégrade. Ils se séparent plus souvent de leurs conjoints, ce qui a des coûts judiciaires, et est néfaste aux conditions de vie des enfants, qui se retrouvent dans des logements plus petits, et/ou plus éloignés de leur école, ce qui est néfaste à leur scolarité.

Alors que tant de besoins ne sont pas satisfaits – et que des millions de personnes sont au chômage, ou contraintes d’occuper des boulots dangereux, ou qui n’ont aucun sens, la réalité est celle-ci : une personne au chômage coûte plus cher à la collectivité que si elle était embauchée, à temps plein, au Smic, tant les bénéfices physiques et psychologiques d’un travail intéressant sont nombreux.

 

Baisser les charges ?

 

Le gouvernement actuel, comme tous ceux qui l’ont précédé depuis le début des années 1980, est obsédé par « la baisse des charges », c’est-à-dire la baisse des cotisations sociales versées à la Sécu par les entreprises. Lorsque vous entendez « baisse des charges », cela signifie « baisse des pensions de retraite, des allocations chômage, des allocations familiales, des bourses pour les étudiants, des aides au logement, des remboursement de santé ».

« Baisser les charges » est donc une lourde décision. Lorsque vous le faites, il faut, au minimum, que cela crée des emplois, beaucoup d’emplois, pour compenser les pertes subies par l’ensemble de la population.

 

La honte du CICE

 

La pire décision économique de François Hollande fut de créer le Crédit d’Impôt Compétitivité Emploi, ou CICE. 

Le CICE est la plus gigantesque baisse de « charges » qui ait jamais été accordée aux entreprises, sans aucune contrepartie : ni sur l’emploi (on se rappelle peut-être de la triste farce du pin’s de Pierre Gattaz sur le « million d’emplois » qu’il allait créer), ni sur les salaires, les conditions de travail, l’écologie, l’égalité entre hommes et femmes, rien de rien.

Selon France Stratégie, un organisme officiel très favorable à cette mesure, le CICE est une catastrophe absolue. En effet, seuls 100 000 emplois ont été créés, au mieux, alors que le CICE, depuis qu’il existe, a fait perdre à l’Etat plus de 100 milliards d’euros.

Ce qui nous fait quand même 1 million d’euros par emploi ! 

Jamais aucune politique de création d’emplois n’a été aussi mauvaise. A titre de comparaison, rappelons que les 35 heures, ont, elles, créé au moins 400 000 emplois. Et ce pour un coût net total pour les finances publiques de… 3 milliards.

Comme le dit Michel Husson : 

« On n’a jamais créé autant d’emplois en France que lors du passage aux 35 heures, entre 1997 et 2001. Ce sont deux millions d’emplois – dont 1,8 dans le secteur privé – qui ont été créés au cours de ces quatre années : un véritable record historique. »

 

 

 

Il ne faut pas réformer les retraites (V)
Il est où, le travail, il est où  ?

 

Or il se trouve que le travail est de plus en plus rare dans notre pays. 

En France, la production, et la population, ont énormément augmenté ces dernières décennies. En 1970, il y avait 51 millions d’habitants en France. Nous sommes désormais 67 millions. Et la production a, au moins, été multipliée par 2 depuis cette époque.

A votre avis, de combien a augmenté, durant cette même période, le nombre total d’heures travaillées, dans le public et le privé, dans notre pays ?

Eh bien, il a diminué. Nous sommes nettement plus riches, et nettement plus nombreux qu’en 1970. Et pourtant, nous travaillons moins.

Ce résultat est le plus dingue qui soit. Pierre Larrouturou et Dominique Méda le montrent, dans leur livre intitulé Einstein avait raison. Il faut réduire le temps de travail (Editions de l’Atelier, p. 81) :

 

Et si la croissance ne créait pas d’emplois  ?

 

Michel Husson, dans un texte dément, de deux pages, démontre que, contrairement à ce que j’ai enseigné pendant 15 ans… la croissance ne crée pas d’emplois.

Pourquoi ? Parce que deux forces, contraires, sont à l’œuvre :

– d’un côté, la croissance de la production alimente l’emploi, car il faut plus de bras et de cerveaux pour faire plus de pots de yaourts ;

– à l’inverse, les machines suppriment des postes de travail. C’est ce que l’on appelle les « gains de productivité ».

Or il existe une loi économique, implacable :

– si la production (le PIB) augmente plus vite que les gains de productivité, alors le nombre d’heures de travail augmente ;

– à l’inverse, si les gains de productivité sont plus élevés, plus rapides, que la hausse du PIB, alors le nombre d’heures de travail diminue.

Or Michel Husson nous montre que, la plupart du temps, la productivité horaire augmente plus vite que le PIB. 

Le PIB augmente moins que la productivité : l’emploi devrait donc diminuer. Or on constate que, au contraire, il a, durant cette période, augmenté de 0,5 % par an. Comment est-ce possible ? 

La solution est donnée par la ligne « Durée du travail », qui se réduit de 0,8 % par an (ce qui est considérable, puisque cela représente un jour de travaillé en moins, chaque semaine, entre 1949 et 1974).

En effet, la troisième semaine de congés payés est introduite en 1956, et la quatrième en 1969. Entre 1949 et 1973, le nombre total d’heures travaillées en France a bien diminué (durant la plus forte croissance de l’histoire qui, fort heureusement, ne se reproduira plus jamais). Mais, magie de la réduction du temps de travail, l’emploi s’est accru. Car, c’est simple : si chaque personne travaille moins d’heures, il faut embaucher plus de monde pour produire la même chose.

Rendez-vous compte : sans ce progrès social, même durant la folle période de croissance des années 1950 et 1960, les fameuses Trente glorieuses, en France, le chômage aurait augmenté.

 

Un avenir radieux

 

Ces auteurs nous indiquent la voie évidente à suivre : partager le travail, partager les richesses, moins produire, moins consommer, mieux vivre. Et oublier, les doigts de pied en éventail, le prétendu « déficit des retraites ».

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23 décembre 2019 1 23 /12 /décembre /2019 06:14
Par Jacques Littauer. Analyse inspirée par Les Économistes atterrés.
 
L’erreur de la gauche

 

L’une des fragilités principales de notre système social est sa fragmentation entre professions, legs historique des « corporations ». En 1953 déjà, les régimes des mineurs et des cheminots étaient jugés trop « généreux ». Il appartenait à la gauche, lorsqu’elle était au pouvoir, d’unifier les systèmes de retraite. 

Car il était évident que ces histoires de régimes spéciaux allaient nous péter à la gueule. S’il est clair que l’on ne peut pas être conducteur, ou agent d’entretien mobilisé un week-end sur deux, pendant 42 ans, il y a des centaines de métiers que ces personnes pourraient effectuer, à la SNCF, ou dans un autre service public. Mais cela supposerait que l’État s’occupe de ses agents. Or, s’il y a tant de blocages dans nos services publics, c’est notamment parce que une fois recrutés, en réussissant des concours qui ne les préparent pas à leur futur métier, les fonctionnaires sont trop rarement formés, orientés, conseillés, etc. Ce sujet est beaucoup plus important que ces histoires de statut !

 

Nous ne sommes plus si spéciaux

 

Comme les autres, le statut de retraite de la SNCF a été beaucoup réformé. Le report de deux ans de l’âge de départ, instauré en 2010 par Nicolas Sarkozy, s’appliquera aux régimes spéciaux à partir de 2024. Et, à partir de la génération 1978 (1981 pour les conducteurs), les salariés de la SNCF devront, comme les autres, cotiser durant 43 ans (s’ils y arrivent).


Il n’y a donc, à proprement parler, plus de régimes spéciaux pour ces grandes entreprises. Et qui souhaiterait que disparaissent le régime de la Comédie Française, du Port autonome de Bordeaux, des Clercs et employés de Notaire, et, bien sûr, le régime des Cultes ? Même celui des Parlementaires a été réformé. Il y avait de quoi, puisque, actuellement, les citoyens payent 2 300 euros sur les 2700 euros de retraite moyenne des camarades députés.

 

Quelle solution ?

 

Si l’on veut résorber le déficit, la solution est simple : accroître l’emploi. Nous sommes perdus dans les gares ; des dizaines de « petites lignes » très utiles ont été fermées ; les femmes se font agresser quotidiennement dans les transports ; les trains de nuit ont été supprimés ; le fret a été massacré par les gouvernements successifs, fascinés par le « tout camion », etc. 

Il y a donc des dizaines de milliers d’emplois très utiles à créer. Mais nous prenons la direction inverse. Il est sidérant de voir l’État renoncer à diriger les chemins de fer, tout comme les compagnies productrices d’énergie, à une époque où tout le monde a la « transition écologique » à la bouche. Car l’écologie commanderait de remplacerun maximum de transports par route par le chemin de fer.

La solution au déficit des retraites de la SNCF, c’est l’emploi et le service public. On peut le faire, en taxant la route, en faisant les investissements que tout le monde attend, et en étant à l’écoute des besoins de la société. Bref, en étant pragmatiques et intelligents. Un candidat avait utilisé ces termes lors de la campagne présidentielle de 2017, je ne sais plus qui.

 

Réforme des retraites : les fonds de pension, des pièges à retraités
 

Les fonds de pension collectent l’épargne des salariés pour spéculer sur les marchés financiers. Petit tour d'horizon des requins qui tournent autour des vieux.

Le plus important d’entre tous les fonds de pension est le CalPERS (pour California Public Employees’ Retirement System). Il s’occupe de la retraite des profs de Californie. Il est public, oui oui. Il gère la modeste somme de 354 milliards de dollars. Et c’est juste un fonds parmi des milliers d’autres, hein. Ce n’est pas parce qu’il est public qu’il se prive de mettre des milliers d’entreprises à genoux pour leur faire cracher du cash. Oh non. C’est pour ses petits vieux de profs, vous comprenez ?

À cause des réformes passées des retraites, plus personne ne croit – à tort – à l’avenir du système collectif. Chacun cherche donc, quand il le peut, des « solutions individuelles d’épargne ». Les banques et assurances l’ont bien compris, qui nous inondent de publicités anxiogènes.

 

Spéculation, j’écris ton nom

 

« Enfin des fonds de pension en France ?  » Tel est le cri du cœur de Jean-Charles Simon, dirlo d’une entreprise nommée Optimind, dont le nom ridicule dit tout. Car les fonds de pension, c’est, nous explique Jean-Charles, la « culture du libre choix », « une nouvelle liberté ».

 
Bon, c’est une liberté très select : ainsi, regrette Jean-Charles, la possibilité d’investir dans un fonds de pension ne serait ouverte qu’aux personnes touchant plus de 10 000 euros bruts par mois. Au grand maximum, moins d’un salarié sur 100 pourrait en jouir.


Mais Macron et ses collègues sont obsédés par notre « taux de prélèvements obligatoires  », c’est-à-dire les sommes qui nous sont piquées chaque mois par la Sécu pour financer les retraites, la santé, et le chômage. Comme nous l’avons vu, la force de la Sécu est justement celle-là : ne pas nous laisser le choix de disposer de notre argent, afin d’éviter d’être pauvre lorsque nous serons vieux, malade, ou au chômage. 

Mais, avec les fonds de pension, vous êtes « libre » de placer votre argent à la Bourse, plutôt que d’aller aux Maldives. Cotiser aux fonds de pension est, évidemment, optionnel. Les sommes sont donc sorties des prélèvements « obligatoires ». Et donc cela fait de la France, dans les comparaisons internationales, un-pays-moderne-où-les-impôts-sont-bas.


Et Jean-Charles qui ose dire que les fonds de pension sont « favorables au pouvoir d’achat ». C’est le modèle américain : tu payes moins d’impôts, moins de cotisations sociales, et tout va bien pour toi, sauf si tu as des enfants, sauf si tu es malade, et sauf si tu es encore vivant alors que tu es trop vieux pour continuer à bosser. 

 

La tragédie des fonds de pension

 

Les fonds de pension sont incroyablement nuls. Tout le monde le sait, ils sont risqués : si, en 2048, par malheur, Donald Trump, toujours Président des États-Unis, déclare la guerre au Liechtenstein, Wall Street s’effondre, entraînant dans sa chute la Bourse de Paris, et votre retraite avec. Finies les vacances, vous n’avez qu’à retourner bosser. Je plaisante ? Cela est arrivé à des millions d’Américains.



Par ailleurs, même lorsqu’ils ne s’effondrent pas, les fonds de pension vous mangent toujoursune part très importante de votre retraite. Évidemment, les banques et assurances ne vous parlent que des « rendements » mirifiques qu’ils vous proposent. Mais d’où vient-il, ce pognon ? La BNP, AXA ou la Société Générale ne vont pas le prendre dans leurs caisses.

Cet argent, il découle des placements que leurs traders effectuent, à votre place, sur les marchés financiers. S’ils achètent des actions Google, et que le cours de ces actions augmente, vous allez gagner de l’argent. Mais le camarade trader n’émarge pas précisément au Smic. Il joue avec votre argent, mais il se sert d’abord de votre argent pour se payer… lui ! 

 

Au pays des fonctionnaires spéculateurs

 

Vous vous rappelez peut-être ces publicités pour Préfon retraites qui sont passées durant des années sur France Inter, avec un mec qui beuglait « Fonctionnaires ! », au début, si fort que votre tartine en tombait dans votre bol de café.

Je me rappelle mon directeur de thèse, avec son gros salaire de fin de carrière, me disant, « Jacques, tu devrais cotiser, j’y suis depuis des années, et c’est très avantageux  ». Sauf que mes valeurs de gauche, alimentées par la lecture des articles d’Oncle B. dans Charlie Hebdo, me l’interdisaient. (Et, aussi, le fait qu’il ne me restait pas d’argent à la fin du mois).


Préfon, qui revendique, comme tous les requins de la finance, sa « transparence » n’indique nulle part combien de millions il gère. Par contre, cette association « consciente de sa responsabilité sociale  », et dont les dirigeants se disent « bénévoles » fait gérer les cotisations de ses adhérents par… AXA, Groupama et Allianz, trois entreprises qui jouent de nos peurs les plus profondes – la maladie, la mort – pour nous plumer.



Préfon achète des obligations émises par les États lorsque ceux-ci s’endettent. Sur le site de l’association, on peut se poiler avec leurs « indicateurs » : liberté d’expression, stabilité politique, efficacité gouvernementale, qualité réglementaire, contrôle de la corruption, qualité de l’État de droit… Alors qu’aucun chercheur sérieux en science sociale ne peut définir simplement ces termes, les géniaux experts de Préfon eux, le peuvent.

 

Plus fort encore, ils attribuent une note à chaque critère. Ainsi, ils regrettent que l’indicateur de gouvernance des États soit « en baisse », en particulier concernant les piliers « stabilité politique, violence et terrorisme » pour la France. Qui aurait pensé que les fonctionnaires français soient les victimes collatérales des frères Kouachi, d’Amedy Coulibaly et des auteurs de l’attentat du Bataclan ?

 

La finance nuit gravement à la démocratie

 

Dans les pays où les fonds de pension sont très répandus – parce que la retraite publique est insuffisante –, votre retraite (potentielle) est placée en Bourse, que vous le vouliez ou non. Or pourquoi les États sont-ils en déficit aujourd’hui ? A cause de la crise boursière de 2008, qui a fait exploser le chômage. On l’a tous oublié, mais si les dettes publiques sont si fortes aujourd’hui, c’est parce que la finance dérégulée, censée favoriser la croissance, a fait exploser l’économie mondiale il y a onze ans. Et c’est au nom de la dette publique que l’on massacre les services publics.

Par ailleurs, pourquoi les électeurs américains et britanniques ont-ils voté pour Trump et le Brexit ? Parce que, aux États-Unis et au Royaume-Uni, les banques ont fait faillite, vraiment, et que les banquiers ont été sauvés avec l’argent des contribuables, ce gros nul d’Obama, en particulier, n’exigeant absolument rien d’elles en contrepartie, ce que les citoyens, bizarrement, ont mal vécu. 

Et les banques et assurances financent des bataillons de lobbyistes, d’avocats, de juristes, et d’« experts » en tous genres qui luttent, la plupart du temps avec succès, contre toute velléité de réglementer leurs activités. La finance nuit donc gravement à la démocratie.

 

La guerre des générations

 

De plus, lorsque votre future retraite est placée dans un fonds de pension, vous avez intérêt, au sens strict du terme, à ce qu’elle vous rapporte un max. Et donc que les entreprises dont vous possédez – par l’intermédiaire de votre fonds – des actions, vous versent, en tant qu’actionnaire, des dividendes élevés. 

Pour cela, l’entreprise engrange un maximum de profits. Ensuite, elle paye ses salariés le moins possible. Avec le fonds de pension, vous vous opposez à vos enfants et petits-enfants, qui travaillent : plus leurs salaires sont bas, plus – potentiellement – votre retraite est élevée.

Les fonds de pension alimentent donc la guerre entre générations. Les États, de leur côté, bonnes poires, soutiennent toujours les fonds de pension par des déductions fiscales qui vident les caisses publiques. Et nous devenons tous des soutiens de la Bourse, où notre avenir, littéralement, se joue.

À l’inverse, la Sécu repose sur la solidarité, entre métiers, et entre générations. C’est donc sans doute une coïncidence si, depuis des décennies, aucun gouvernement ne nous a rappelé que l’immense majorité des habitants de la planète rêve de notre bonne vieille Sécu, tandis qu’ils nous chantent les louanges des fonds de pension.

 

Réforme des retraites : La passion française pour les inégalités

 

On l’a dit, le système de retraites est inégalitaire, en raison des différences considérables d’espérance de vie. Aujourd’hui, c’est Robert le maçon qui finance la retraite de Françoise, la prof de français de ses enfants.

Mais, plus généralement, il est faux de penser qu’en France, les riches et les classes moyennes paient pour les pauvres. En fait, c’est l’inverse.

 

 

 

 
Il ne faut pas réformer les retraites (IV)

 

Vous voulez payer moins d’impôts ? Soyez riches

 

La première dépense de l’État, de très loin, ce sont les fonctionnaires : police, armée, justice, enseignement, santé. Pour se financer, l’État prélève des impôts : TVA, impôt sur le revenu, taxes sur l’essence, le tabac, etc. 

Une particularité du système français, c’est que la plupart des impôts sont proportionnels au revenu, ou à la dépense. Le cas typique est la TVA : Michel, le SDF du coin de la rue, paye le même montant de TVA lorsqu’il s’achète un T-shirt à 20 euros que Bernard Arnault.

Or la TVA rapporte 130 milliards d’euros par an à l’État, soit presque deux fois plus que l’impôt sur le revenu (70 milliards). À elle seule, la TVA représente presque la moitié des recettes de l’État !

Certes, les riches paient plus d’impôts, parce qu’ils gagnent plus, et dépensent plus. C’est quand même le minimum du minimum. Mais ils ne paient pas nécessairement une part plus importante de leurs revenus en impôts.

 

Tous à la proportionnelle

 

Pour nous autres économistes, il y a trois types d’impôts :

➡les impôts « progressifs » : plus votre revenu augmente, plus le tauxd’imposition augmente ;

➡les impôts « proportionnels » : le taux est le même pour tous ;

➡les impôts « régressifs » : le taux baisse lorsque le revenu augmente.

En France, l’immense majorité des impôts sont proportionnels. C’est notamment le cas de la TVA et des cotisations sociales, qui représentent 80 % des prélèvements.

Les seuls impôts – un peu – progressifs sont l’impôt sur le revenu et les droits de succession. Or ces derniers, contrairement à ce qui est généralement cru, sont minuscules.

Enfin, il existe des impôts régressifs. C’est le cas de tous les impôts dont le montant est fixe, comme les timbres fiscaux, ou les PV de stationnement. Pourquoi sont-ils régressifs ? Parce que la même somme représente une part plus faible d’un revenu plus élevé. Ainsi, en Suède, les PV sont d‘autant plus lourds que vous avez un salaire élevé. Car l’effet dissuasif d’une amende à 135 € est bien plus faible quand vous gagnez 10 000 € par mois que quand vous êtes prof ou infirmière.

 

« Bonjour, c’est la réalité, j’ai un message pour vous »

 

Un : le taux d’imposition le plus faible est celui versé par… les plus riches (partie tout à droite – ça tombe bien – du graphique, où il descend à un peu plus de 30 %).

Deux : le taux d’imposition des plus pauvres n’est que de peu inférieur à celui des classes moyennes (moitié gauche du graphique).

D’où découle cette chose très rigolote qui est que le taux d’imposition des classes populaires est… plus élevé que celui des très riches.

Or, on se rappelle que les plus pauvres vivent dans des endroits à l’habitat dégradé, où les services publics ferment les uns après les autres. La mairie de la Courneuve a mis en ligne un Atlas des inégalités territorialesqui montre qu’il y a moins de médecins, de profs et de, euh, ben, de tout en fait, par habitant de banlieue pauvre dans les quartiers pauvres qu’à Paris. Même les flics sont plus nombreux dans le Ve arrondissement de Paris qu’à La Courneuve.

De leur côté, des familles de Seine-Saint-Denis en sont à faire un procès à l’Étatpour que leurs enfants aient des profs en classe. A l’inverse, les enfants des lycées de centre-ville, plus souvent issus de familles favorisées, sont ceux qui coûtent le plus cher à l’Education nationale, puisqu’ils et elles ont face à eux les profs les plus diplômés et les plus expérimentés, donc les mieux payés.

À l’inverse, les cadres disposent de nombreuses possibilités de payer moins d’impôts, grâce à leurs « conseillers fiscaux », que je pendrais tous haut et court si je pouvais. Ou même de gagner de l’argent grâce aux atroces dispositifs « Pinel », « Scellier », et autres, dont le coût exorbitant pour l’État est dénoncé par l’Inspection générale des finances. Mais au moins « on est tranquille, on aura un petit quelque chose à léguer à Marion, Jules et Sacha ».

Décidément, le mouvement des Gilets Jaunes est vraiment incompréhensible.

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21 décembre 2019 6 21 /12 /décembre /2019 05:41
Par Jacques Littauer. Analyse inspirée par Les Économistes atterrés.
 
 
J’ai fait un rêve de service public

 

L’argument le plus dégueulasse du gouvernement est sans doute celui de l’incertitude. Comme il le répète, « Aujourd’hui, une personne qui travaille ne sait combien elle va gagner à la retraite ». C’est vrai. Et c’est logique : si vous avez 40 ans, il vous reste 25 ans à taffer, au minimum, et personne ne sait combien vous allez gagner, donc on ne peut évidemment pas calculer votre future retraite. 

Il est d’ailleurs amusant de voir un gouvernement qui se revendique en permanence du « monde qui change chaque jour sous nos yeux  » nous reprocher de ne pas connaître au poil d’euro près notre salaire lors des 30 ans à venir.

Mais il existe des solutions simples : embaucher des milliers de personnes qualifiées dans les caisses de retraite et permettre à chaque citoyenne, à tout moment, de demander ce que serait le montant futur de sa retraite selon différents scénarios. On pourrait appeler cela un « service public ».

 
L’aventure, c’est l’aventure

 

Alors que le système par points, c’est tout l’inverse. Oui, chacun de nous va recevoir, chaque année, une jolie lettre du ministre nous disant de combien de points nous disposons. La belle affaire. Mais combien de baguettes de pain et d’iPhone je vais pouvoir acheter, avec mes points ?

Eh bien je ne sais pas. Et je ne saurai jamais. Car tel est LE but de cette réforme : nous déposséder de nos droits actuels, bien réels, pour permettre au gouvernement de baisser nos retraites comme il le souhaite. Il n’aura en effet, au moment où nous prendrons notre retraite, qu’une chose à faire : baisser la valeur, en euros, du point.

Et c’est un expert qui le dit. Nous avons tous vu cette vidéo de François Fillonlors de son « Grand oral devant les patrons », lors de la campagne présidentielle : 

« Le système de retraite par points, j’y suis favorable. Mais il ne faut pas faire croire aux Français que cela va régler le problème des retraites. Le système par points, en réalité, cela permet une chose, qu’aucun homme politique n’avoue : cela permet de baisser chaque année la valeur des points, et donc de diminuer le montant des pensions ».

Tout est politique

J’apprends également, de source sûre cette fois, que certains fonctionnaires pourront désormais partir plus tôt. Leurs professions ? Policiers, pompiers, surveillants pénitentiaires, contrôleurs aériens, et militaires. ET C’EST TOUT. Vous ne remarquez rien ? Les personnels soignants, eux, si.

Conclusion d’Henri Sterdyniak : 

« L’objectif réel de la réforme des retraites est de passer du système actuel, qui fournit certaines garanties aux salariés, à un système permettant d’utiliser les retraites comme variable d’ajustement des finances publiques. Comme pour l’allocation chômage, le système est étatisé, le rôle des syndicats est réduit. C’est le rôle du rapport Delevoye de détourner l’attention vers « l’universalité » du nouveau système. La société française doit choisir entre une justice fictive et la prise en compte des différences d’espérance de vie et de capacité à rester en emploi selon la carrière. Elle doit choisir entre une paupérisation des retraités et une hausse des taux de cotisation qui permettait le maintien des niveaux de vie des retraités. Les choix faits par le rapport Delevoye doivent être mis en cause. Il existe des alternatives. »

 
Réforme des retraites : con comme un Suédois

 

 « Une couronne de pension pour chaque couronne cotisée. » Ce slogan de l’Agence suédoise des retraites – où la monnaie est la couronne suédoise – ne vous rappelle rien ? Ben si, c’est le « Un euro cotisé égale un euro de pension » du gouvernement.

Les Suédois, gens prévoyants, on fait leur « big bang » des retraites en… 1994. Avant, ils avaient un système proche du nôtre. Depuis, leur nouveau système fait l’admiration des costards-cravates du monde entier, car le processus de consultation a été extrêmement long – plusieurs années – et parce que le déficit a disparu (enfin, presque). Comment ? Très simple : en massacrant les pensions.

 

La retraite : 1 300 € en Italie ; 1 100 € en France ; et… 800 € en Suède

 

Les amis, je suis désolé, je repousse ce moment depuis le début de cette série, mais là nous allons faire un peu d’économie. Mais, je vous promets que ce sera comme chez le dentiste : rapide, pas si douloureux, et très utile.

La réforme du système suédois avait un but, un seul, le même que celle de Macron : assurer l’équilibre financier. Cela peut sembler évident, mais ce n’est pas le cas. 

Voici comment fonctionne notre système actuel :

1. On définit un âge souhaitable de départ à la retraite ;

2. On définit un rapport souhaitable entre votre dernier salaire, et votre pension de retraite.

Par exemple, en 2019, pour un salaire de 1 500 €, voici ce que vous touchez à la retraite, dans différents pays, classés du pays le plus chouette – l’Italie – au plus pourri – les Rosbifs :

Pays

Retraite

Italie 

1 380 € 

Espagne 

1 245 € 

France 

1 110 € 

Suède 

795 € 

USA 

735 € 

Japon 

555 € 

Royaume-Uni 

420 € 

 

On voit :

➡que la France est loin d’être le pays où la pension de retraite est la plus élevée. À Rome, Michele touche 270 € de plus que Paul à Tourcoing. À Madrid, Maria touche 130 € par mois de plus que Françoise à Grenoble ;

➡que Greta, à Stockholm, touche 315 € de moins que Véronique, à Clermont-Ferrand ;

➡et que le montant des retraites est tout simplement misérable auxÉtats-Unis, au Japon, et au Royaume-Uni. Regardez le montant de la retraite anglaise, My God !

Le rapport entre le salaire moyen et la pension de retraite moyenne est le « taux de remplacement ». C’est à partir de ces taux que j’ai calculé ces pensions de retraite.

 

Pays

Taux remplacement

Italie 

92 % 

Espagne 

83 % 

France 

74 % 

Suède 

53 % 

USA 

49 % 

Japon 

37 % 

RU 

28 % 

(source : OCDE).

 

Ce qui s’est passé en Suède, et que veut nous infliger Macron, c’est de figer pour toujours ce que nous cotisons. Oui oui, alors que la population vieillit, nous n’allons pas dépenser une part plus importante de la richesse nationale pour les retraités, car ce serait mal !

Souffrez, c’est bon pour le déficit

Il y a trois éléments essentiels dans un système de retraite :

1. L’âge moyen de départ ;

2. Le taux de remplacement jugé juste ;

3. Le montant des cotisations, le « taux de cotisations » exactement, c’est-à-dire la part de votre salaire qui vous est piquée chaque mois pour être filée aux vioques.

 

Comme l’explique Michel Husson, l’un de mes plus chers papas économistes, la réforme en Suède et celle de Macron constituent « une véritable inversion de logique ». Jusque-là prévalait une logique de besoins : dans un premier temps, l’âge de départ et le taux de remplacement étaient déterminés ; puis, dans un second temps, on en déduisait le taux de cotisation assurant l’équilibre du régime. 

Traduction : si on veut des retraites plus élevées, et partir avant 92 ans, il faut cotiser plus. On pourrait ? On pourrait. C’est ce qu’on a fait sans problème depuis que le système existe.

Mais, poursuit Husson « avec le nouveau système, on bascule dans un autre fonctionnement : c’est le montant total des ressources du système de retraites qui est fixé, l’âge et le taux de remplacement servent ensuite de variables d’ajustement ».

Traduction : on prive le système de retraites de ressources, en déclarant que toute hausse des cotisations serait contraire aux droits du capitalisme. Puis, après, on vous dit que vous devez travailler plus longtemps, pour toucher une retraite plus petite, parce que, désolé, hein, mais les cotisations des jeunes étant insuffisantes…

Vous reconnaîtrez aisément cette pratique, mise en œuvre depuis des décennies à La Poste, à l’hôpital, à l’école, dans les transports publics, bref dans tous les services publics. Elle nous vient des États-Unis, où, dès les années 1970, elle porte le doux nom de starving the beast, autrement dit « affamer la bête » – la bête étant tout ce qui est public. Car, comme le dit le génial Bruno Amable, « l’usage de la baisse des recettes pour forcer celle des dépenses reste encore le moyen le plus simple de mettre en pièces l’État social  ».

 

 

 

Il ne faut pas réformer les retraites (II)

 

Massacre à Stockholm

Et les Suédois dans tout ça ? Prenons de leurs nouvelles :

« Bertil, 84 ans : le nouveau système lui a fait perdre 700 euros par mois. « Heureusement, j’avais souscrit une épargne privée », lâche-t-il.« Fini, les vacances à l’autre bout du monde. Et nous avons dû revendre nos deux voitures. » Marita, elle aussi retraitée, a dû travailler jusqu’à 69 ans. » (Challenges, 5 Oct. 2019).

Alain Lefebvre, spécialiste du système suédois : « Le niveau des pensions s’ajuste en fonction des cotisations collectées, c’est-à-dire de l’emploi. Lorsqu’il y a moins d’emploi, les retraites baissent. C’est arrivé deux fois ces vingt dernières années en Suède  » (Libération, Oct. 2018).

Et même trois fois, en fait : 3 % en moins en 2010 ; à nouveau 4,3 % de perdus en 2011 ; et encore 2,7 % d’envolés en 2014 (voir le graphique de cet article). 

« Un système idéal ? Pas vraiment. D’abord, il est de nouveau au bord du déficit, d’où une seconde réforme, qui a reculé l’âge légal de départ en retraite, de 61 ans à 64 ans d’ici 2026. Surtout, les pensions, qui s’élevaient à 60 % du salaire de fin de carrière en 2000, n’en représentent plus que 53 % aujourd’hui.  » (France Inter, juillet 2019).

« En France, le taux de pauvreté est de 7,5 % dans la tranche d’âge 65–74 ans, et de 7,9 % pour les plus de 75 ans. Il s’agit du taux le plus bas d’Europe. Pour la Suède, le taux de pauvreté est de 14,7 %, pratiquement le double.  » (France Info, 4 Oct. 2019).

 

Un dernier truc, et on va chez Ikea

 

Histoire de bien garder le sourire lorsqu’un député En Marche ! ou un journaliste mal informé vous vanteront les mérites du modèle suédois, voici 3 faits à leur coller dans les dents :

1. Les Suédois n’ont encore rien vu : il est prévu que le taux de remplacement s’effondre à seulement… 32 % en 2070. Une chute du niveau de vie des deux tiers le jour où Björn fait ses cartons ! Même les vieux Ricains auront plus.

2. Le système suédois, vanté comme égalitaire, ne l’est pas du tout, notamment parce que le montant qui vous est versé à la retraite est calculé en fonction d’une espérance de vie moyenne. Or, en Suède comme ailleurs, les ouvriers préfèrent quitter cette Terre bien avant les ingénieurs, les profs et les banquiers. De ce fait, comme l’explique Husson, « les catégories populaires « contribuent » aux retraites des plus favorisés  ».

3. Le temps long de la réforme en Suède, unique au monde, n’est pas synonyme ni de démocratie, ni d’intelligence collective, ni de rien de bien. Ce temps a surtout servi à « traiter les aspects les plus négatifs de la réforme, présentés comme techniques », afin d’arriver « à un consensus néolibéral ».

En France, on déteste le consensus. Alors quand en plus il est néolibéral…

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